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Full text of "Essais de medecine où il est traité de l'histoire de la medecine et des medecins"

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•  /  V 


traite 


X  HISTOIRE  DE  LA  MEDECINE 

ET  DES  ME  DE  G  I  N  S. 

Ou  devoir  des  iMedecins  ^  ^  'àcs  tïi2L[2id^cSp  êc  de 

celui  des  mabdes  à  Tégard  des  Médecins. 

Oe  1  utilité  des  reinedes  5  ^  de  I  abus  ^u^on  en  peut  faire* 

iPdr  J  »  Concilier  Jidcdecîn  ofdînaiïË  d0  Jëus 

Dmhjïç  Doüamere  d' Orléans»  : 


A  P  A  R  I  S, 

A  N  G  R  b  N  N  Ej  tuè  faînt  Vi<^or 
Soleil  Levant.. 


PREFACE. 

l’ E 1^  T  R  E  ?  R  E  N  S  pour  le  bien  public  d’écrire  delà  Mé¬ 
decine  y  de  des  abus  qui  s’y  font  giiffez ,  tant  du  côté  des 
Médecins  ,  Chirurgiens  &  Apotiquairésj  que  du  côté  des 
malades  ^  de  tous  ceux  qui  s’efforcent  de  leur  rendre  de.  pe¬ 
tits  foins, 

Quoi  que  cette  matière  feit  une  des  plus  fu jettes  à  l’en- 
yie ,  ôc  une  des  plus  difficiles  à  traiter  à  caufe  de  fon  étendu  ë 
de  des  obfouritez  qui  s  y  prefentenr  •  jfofpere  neanmoins  ,  {i 
je  ne  fois  moi-même  trompé  par  la  paflion  que  j’ay  de  dé¬ 
tromper  les  autres  ,  que  cet  Ouyrag^cra  bien  reçu  des  per¬ 
sonnes  équitables  ôcje^bondciis ,  ne  nie  mettant  gueres  en 
peiné^  de-^iEêa  ceux  qui  ne  fc  règlent  que  par  le  caprice  de 
î’interéc ,  ‘de  encore  moins  à  ces  impertinens  Critiques ,  qui 
ne  fçavent  rien ,  de  qui  ne  laiffent  pas  de  juger  de  tout  :  fem- 
blables  àcespauvres  âveugles,  qui  fo  mêlent  d’en  conduire 
d’autres ,  quoiqu’ils  ayenç  eux-mêmes  befoin  d’ên é  con¬ 
duits. 

Je  n'écriray  donc  pas  fitiiplement  pour  écrire ,  comme 
font  tant  de  perfonnes ,  qui  pour  éviter  l’oifiveté ,  ou  pour  fo 
faire  connoître ,  écrivent  for  des  fojets  qui  ne  font  ni  propor^ 
tionnez  i  k  urs  forces ,  ni  de  leur  Profeffion.  s'il  faut-  ^ 

comme  tout  kmonde  en  tombe  d’accord  ^quephacun  s'exerce 
dam  fon  Art  ^  il  eft  évident  qu’aprés  plus  de  quarante- cinq 
ans  d’étude  de  d’experiences  Faites  avec  des  Médecins  de  dif¬ 
ferentes  Facjulccz  ^  de  differens  génies ,  tant  dans  Paris  que 
dans  la  Province  *,  Ü  ne  me  fora  pas  difficile  de  donner  les  ca-t 

aij  , 


tJberiorcnr  mate- 
ricm  fcncâuti  fc- 

1. 1  . 


Màmwona?  inï;- 


-Svatitia/..qüç  cft 
idolorum  fcrvitus. 


P  RE  E  J  C  Ë. 

raderes  des  Médecins  ide  nôtre  tcms ,  &  de  redreffèr  bien  de^ 
perfonnes  que  l’amour  propre  âvoit  prévenues  ,  &  qui  don- 
noient  trop  fecilement  daris  la  mauvailè  foy  &  dans  l’igno¬ 
rance  de  gens  qui  fe  difent  Médecins  ,  quai  qu’ils  nefoient: 
rien  moins  que  cela. 

■  De  plus comme  je  n’ay  prefque  jamais  fait  aucun  autre 
perfonnage  que  celui  de  Médecin  d’infirme  ^  &  que  je  n’ay 
rire  aucun  avantage  delà  MedecinG,que  celui  de  me  con- 
ferver  un  petit  patrimoine  r  une  afiTez  longue  vie ,,  &  quelque 
réputation  de  finccrité  y  je  ne  croy  pas  qu'on  me  doive  re¬ 
garder  comme  un  homme  qui  écrit  par  interet ,  à  un  âge 
où  je  n’ay  pas  grand’ chotèâefpercr  de  [aMedecine  &  delà 
fortune 

Je  feray  â  peu  prés  comme  ce  fameux  Hilïo rien  ^ 
qui  après  avoir  donné  les  Annales  de  fon  pars  dans  l’Au¬ 
tomne  de  fon  âge ,  refèrva  pour  le  Gommeneement  de  fon 
Hiver,  &  pour  occuper  fi  vieiileliè',xe  qu’il  avoir  de  meiL 
leur  ôe  de^  plus  important  â  écrire». 

Mais  comme  je  ne  veux  blcfier ,  s1l  fe  peut ,  ni  la  charité 
ni  la  bien-fcance  y  cxpofint  au  grand  jour  de  mes  induc- 
tionsy  les  défauts  des  Médecins  qui  méritent  quelque  cen- 
furcjje  ne  parlerai  qu’en  termes  generaux,,  ou  fous  des 
noms  feints  ô2  empruntez,  exceptant  toûjours  les içavans 
êc  ce  petit,  nombre  de  bons  &  de  vrais  I&aëiites  ,qui  n’ont 
pas  fléchi  le  genoüil  devant  Baal,  ni  donné  dans  l’avarice', 
qüieft  la  véritable  idolâtrie  :  feparant  pour  ainfi  dire  de  cette 
mafle  de  corruption  ceux  qui  penfent  plus  â  faire  leur  de¬ 
voir  qu’a  faire  leurs  alFaires  Ôc  leurs  maifons  y  &c  laifTant  le 
peuple  juger  comme  il  fait  ordinairement  de  tous  les  autres, 
par  leur  emploi ,  &  du  mérité  de  leur  courfe  par  le  prix  qu’ik 
en  remportent^' 

Ce  n  eflrpas  que  je  mimagine  qu’il  n’y  ait  qu2  moi  qui  puifle 


PREFJCË. 

écrire  utilement  ôc  à  fon4  fur  catc  mad^^  î  car  je  puis  dire 
avec  finccrité  ,  que  je  ne  l  entrcprens  que  pour  exciter  ceux 
qui  voudront  Te  donner  la  peine  de  fuivre  les  voies  que  j’ay 
découvertes .  &  le  chemin  que  je  trace  dans  une  carrière  ^ 
dont  la  fin  &  le  terme  leur  fera  d’autant  plus  d’honneur, 
que  ce  qui  regarde  la  Santé  cft  toujours  parfaitement  bien 
reçu,  Sc  que  fans  ce  précieux  trefor ,  les  plus  grandes  & 
les  plus  belles  Villes^  ^  ne  ièroient  que  de  beaux  grands 
Hôpitaux. 

C’eft  pour  cela  que  je  ne  donne  à  cet  Ouvrage  que  le 
modefte  noHï  d’Ess  A  ts ,  qui  efl:  à  peu  prés  en  nôtre 
Langue  ce  que  la  Latine  appelle  Comm  un  effort  un 
goût ,  ou  fi  l’on  veut ,  une  tentative. 

Je  les  divifè  en  trois  Parties ,  î.  La  Medecine  ,  Le  Mé¬ 
decin  ,  3v  Et  les  lècours  de  la  Médecine, 
j  Ainfi  je  traite  dans  la  première  de  l’cxiffcnee  de  la  Mé¬ 
decine^.  de  origine  ,  de  fa  définition ,  de  fa  fin ,  de  fbn 
excellence  &  de  fes  honneurs  ^  ôs  enfuice  de  fes  ennemis , 
dont  je  réfuté  les  calomnies  &  le^.ol:^e(5rions  ^  ôs  finis  ^ 
par  ce  que  la  Medecine  Chrétienne  a  d’oppofé  à  celle  des 
Infidèles ,  des  Juifs,  &  meme  des  Hérétiques  de  des  Schit 
matiques  ,  Ô£  par  un  Ghapitre  du  Secret  ^  qui  eff  rame 
de  cet  Art  &  de  fà  pratique. 

Dans  la  féconde,  je  parle  fort  au  long  dés  Médecins,  que 
jé  difeülpe  dabord  dé  certains  défauts  qif  on  leur  impute  en 
particulier  r  mais  que  je  ne  Mfïépas  de  blâmer  eniuke  de 
ceux  dont  on  ne  les  peut  difculper pour  apprendre  au  Pii- 
b&  à  difcérner  les  âux  des  vrais ,  pour  obl^er  ceux-là  à 
changer  de  maniérés  ou  de  profeflton  ,  ebacun  étant  obli¬ 
gé  de  le  &re,  quand  on  manque  des  qualitez  ôc  des  inren- 
tionis  ncceflaires  pour  s’acquiter  de  fbn  devoir. 

Mais  comme  je  u’épargne  pas  les  défauts  de  plufieiirs; 


ïctau  ,  ^ 

Artem  ,  artifietm 
&  ârtis  inftrumcû- 

ù. 


Luitprmd.  l. 

^tjier.  mprét^at, 


Solis. 


PR  EF  JC  E. 

quand  Toccafion  s’en  prefente  ,  je  n’oublie  pas  aufli  les 
hommes  de  mérité  tant  de  nôtre  fîecle  &  de  nôtre  con^* 
noiflànce  ,  que  des  llecles  pafTeZjen  quoi  j’imite  un  bon 
Hiftorien  du  dixiéme  fiecle.  Je  leur  rends ,  dit-  il ,  ce  quils 
méritent  four  le  mal  quils  mont  fait  y  je  les  montre  tels  quils 
font  y  0*  les  exfofe  aux  y  eux  de  nom  fweU  0*  de  la  foflerité. 
Je  dejtre  aujji  que  le  meme  Owvrage  tienne  lieu  de  rétribution  aux 
ferfonnes  de  •vertu  qui  rnont  honoré  de  leur  aifmtié ,  0  quil 
fait  une  marque  fuhlique  de  U  reconnoijjançe  que  je  conjerve 
de  leur  honnêteté.  Car  pour  ces  hommes  qui  fe  mêlenc 
de  la  Medeçine  fans  capacité,  ni  caradere,  l’hiftoire  que 
j’en  donne ,  eft  bien  moins  pour  réjouir  le  Ledeur ,  que 
pour  lervir  de  Phare  ôc  de  conduite  à  ceux  que  leurs  infitr 
mitez  obligent  à  s’embarquer  dans  le  yailTeau  d’Hipperare , 
pourchçrcher  leur  jànté  perdue/ 

Dans  la  troifiéme  Partie ,  après  avoir  dit  quelque  chofè 
des  maladiés,  des  malades ,  &  des  remedes  en  general ,  je 
pafle  à  ce  quori  appelle Mimélresde  l'Jrty  &  les  chojès 
non  naturelles  externes  j  ^  de-la  aux  lecours  ou  remedes 
de  la  îytcdecine  ,  tant  en  general  qu’en  particulier.  Ainfi 
l’on  pourra  objlèrver  combien  il  eft  facile  d’impolèr  aux 
perfonnes  crédules  ,  particulièrement  quant  aux  remedes 
delà  Pharmacie,  &  combien  les  femmes  abufent  de  ces  re¬ 
mèdes  pour  cacher  ç§  qui  ne  lailTe  pas  de  fauter  aux  yeux 
malgré  toutes  les  précautions  ;  m^r^dge  introduit  tant  par 
leur  yanité ,  que  par  l’ayarice  des  Çharlataris,  &memedG 
quelques  Médecins,  qui,  a  la  honte  de  la  Médecine,  fontlg 
plus  honteux  de  tous  les  commer  ces, 

Mais  comnae  au  milieu  de  tant  de  defordres  il  fe  trouye 
encore  dans  Paris  ^  datis  les  Provinces  ,  comme  je  l’aire^ 
marqué  cy- devant ,  quelques  fçavans&confcientieufMcr- 
decins,  jenefto^  pas  qu’il  y  ait  aucun  de  çes  Medeçîns, 


PREFJCE. 

ni  même  aucun  ic  ceux  que  je  ne  mets  pas  au  nombre  de 
CCS  éleus  ,  qui  foie  affez  imprudent  pour  s’appliquer  ce 
que  j’écris  en  general  ou  en  particulier  contre  les  reprou¬ 
vez.  Au  contraire ,  je  penfe  que  ceux  qui  fe  reconnoîtront 
dans  les  miroirs  qui  fe  prefenteront  quelquefois  à  leurs  yeux  / 
n  en  feront  paroître  aucun  chagrin  ,  &  qu’au  moins  fi  h  dit 
formité  de  ces  objets  ne  les  oWige  de  changer  de  vie ,  ils  ri¬ 
ront  eux- mêmes  les  premiers  à  I’àfpe(fl  de  ces  ma^ues  Sc  i 
de  ces  figures ,  aux  dépens  de  qui  bon  leur  femblcra ,  n’j 
ayant  rien  d’autre  part  qui  émoufiè  tant  les  traits  des  rail¬ 
leries  les  plus  piquantes ,  que  de  les  laiffer  pafTcr  froidement  ^ 
ces  coup  ne  portant  jamais  plus  rudement,  qiie  quand  on 
y  paroît  fcnfible.  Ceft  ainfî  que  Socrate  s’étant  apperçu  a 
qu’on  lejoüoic  dansune  Tragédie  d'Ariftophanejdeman- 
da  froidement  à  cePoëce,  à  la  forriedu  fpe^lacle,  s’ilavok 
encore  affaire  de  lui. 

Pour  moi ,  de  quelque  maniéré  qu’ori  penne  les  éhofes  3 
je  n’aucay  rien  à  me  rcprochêr  ne  nommaaac  perfone. 
Fmerej^erJ(mfSyikeredemtm,  \^  \ 

Je  prejente  a  t&m  cem  voudront  hen  ks  lkt» 

'L/n  mkok  ne  Jlate  point ,  : 

Où  Je  pretem  que  l'on  fendre^ 
fi  quelquun  de  bonne  foy 
Y  reconnaît  fon  air  y  0*  sy  vm  efir<yabk  y . 

Je  n  en  fitis  point  eoupabk. 

Il  ne  faut  pm  s'en  prendre  a  moi  ^ 

Suivant  à  la  lettre  cét  avis  ,  dont  je  croy  que  chacun  fera  .  ^  . 

,  1  r  T-  *  ■  •  CmreOratrmt 

bien  de  pendre  la  part  :  Ego  autem  neminem  nomma  y  quare  Ltge 
érafei  nerm  mihi  poterit ,  nip  qm  priùs  de  fi  confiteri  voluerit. 

Que  fi  l’on  s’étonne  tous  les  jours  cfe  voir  que  des 
gens  fans  nom  y  <|ai  n’ont  encore  rka  fait  ,  ou  <pi 


T  or  au.  Tajfo  eam. 
%  .  dellu  JerufaUtn 
UhfraP. 


Dii  jo€os  amant. 


:ku%.csi^,  Non  nos 
^  J* 


PREFACE^ 

nont  fait  que  fort  peu  de  chofc  ^  entreprennent  de  juger 
des  Ouvrages  des  plus  habiles  en  des  matières  qui  ne  {ont 
pas  de  leur  rcflTôrt;  il  ncn  eft  pas  ainfi  de  naes  Essai s^, 
puifqu’ils  ne  regardent  qu’une  Profeffion  que  j’ay  faite 
long  temps ,  comme  je  1 ’ay  marqué  ^:y-devant. 

Au  relie ,  comme  je  n’écris  rien  que  je  n’aie  vû ,  ou  donr 
je  n’aie  de  bons  garandsje  puis  ^iTurer  que  je  nauray  re¬ 
cours  â  aucun  de  ces  faits  calomnieux ,  dont  lé  faux  fel  eû 
fl  fort  au  goât  de  nôtre  fiecle  ,  Ôc  que  je  n’auray  pas  mê¬ 
me  befoin  de  cette  grâce  qu’un  bel  efprit  demande  dçs 
le  commencement  de  fon  Ouvrage. 

E  tu  ferdona, 

S'mejio  fr^ggi  dl  ver 

Car  pour  les  ornemens  dé  la  poçfie ,  pour  les  hiftoriet- 
tes  ôè  les  induétions ,  outre  que  ce  font  des  preuves  dé  ce 
que  j’avance  ,  je  ne  voy  pas  que  cela  puilTe  être  blâmé >. 
fervant  â  délalTer  le  Leàejür  quand  il  n’inrçcrompt  pas  le 
coufô  de  la  ^narration  v  les  Dieux  memes  ,  dit  Platpn  ^  ne 
haïffans  ni  les  bons  mots  , mi  les  honnêtes  raiikries.  Enuti 
mot,  quoi  qu’en  puiflè  dire  la  critique,  la  vérité  n’eft  pas 
toujours- médifance,  au.  moins  dans  la  matière  que  je  trai¬ 
te,  &  peut  être  comparée  â  un  arbre  dent  il  y  a  lieu  d’ef- 
perer  des  fruits  après  quelque  temps,  Non  efi  malevolus  qui 
çrimen  alterius  indiç^^q^m  indmnào  çorriÿ  -^otefi  ^  mendq^ 
^erire  fermittitur,  -  .  éFraten 


Contenant  PMiffoire  de  Médecine, 


knee  de  la  Jdedecme, 


U I  s  qu’il  faut  prouver  par  de  Bonnes  raifons 
’ .  •  —  i--  I-  d — ;  on  veut 

que  d’aller  plus  loin  i.  ^  que  la 
même  entrer  en  queftion  i’exif- 
de  Dieu,  avant  que  de  parler  de  fes  attri- 
croy  ne  pou- 
^  en  prouvant  qu’il  y.  a 
une  Medecine ,  contre  ces  incrédules  &  ces  ingrats  qui  la  nient, 
&qui  la  traittent  comme  les  Athées  traittent  fon  auteur,,  fans 
penfer  apx  grâces  qu’ils  en  ont  receuës.j  Je  fçray  donc  voir  que 
ni  le  nom  ni  la  chofe  dont  je  veux  écrire ,  ne  iant  point  de  ces 
jllufions  dans  lefqueiles  on  a  donné  de  tout  tems ,  &  dans  lef- 


Sl’exiftence  ^  la  vérité  de  la  chofe  dont 
traitter ,  avant 

buts  &  du  culte  qui  luy  eft  dû  3  je 
voir  mieu^x  commencer  cet  Ouvrage  ,  qu’ 


i  Bjjah  de  Medeçlne 

quelles  on  donne  encore  à  prefenc  plus  facilement  qu’on  ne  Je5 
prôu-ve.  Ma  première  preuve  fera  tirée  de  l’autorité  j  à  laquel¬ 
le  jè  joindrai  celles  qu’on  tire  de  la  raifon  Sc  de  l’experience> 
trois  puilTans  inllruraens  de  la  certitude  &  de  la  vérité  qu’on 
veut  établir.  La  première  fervira  à  convaincre  ceux  qui  ont 
quelque  fentiment  de  Religion  i  la  fécondé  fera  pour  ceux  qui 
n’onf  pas  perdu  la  rai  fon  5  ôc  la  rtroifiéme  pour  ceux  qui  n’ont 
paii  perdu  Tufage  des  fens  avec  la  raifon.  ^ 

LJuant  a  la  première ,  puifqu’il  eft  certain  que  ceux  aufqnels 
la  préventiontient  lieu  de  raifon  ,  n’ont  pas  tous  renoncé  aux 
'  fentimens  de  Rÿigion  5  je  letar  demande  Eee  grand  perfonnage 
qui  a  écrit  fod^  je  noM  deÆeclefiaftàjn’eR^^p^^ 

^  fageiïe  confommée  ,  3c  même  infpiré  du  faint  Lfprit  ,  &  par 
confequent  ce  qu’ils  ont  à  iè^onim  à  ces  paroles  fi  formelles: 
Eedejîafi.^.ti.  Le  tres~Haut  a  créé  la  Médecine 9  ^  le  Sage  ne  la  méj^rifem  points 
Car  de  ^‘re  que  cela  s^ientènd  de  la  medeciné  Épiritueire  ,  s’e® 

lEfiiMs.  Tirin! à9BLç;s ,  6c  des'plus  pieux^  Commentateur^  quî  font  tous  pour  \ç 
^cîrmÇ.  ^  En  effet-  peut-on  donner  un  iens  myRi, 

pli  allégorique  a  ces  paroles  ;  créé  de  /# 

:teyrele$re^edeSi^l-4^(ttipaireferardesc(^^^ 
f  rofris^aîi^coicvrémMt  d^^^  Mais  outice  tout  ce  qu’on  lie 

,de.  fexiftence  ,de  la  Médecine  dans  l’Ecclefîaft|É|[t^n’en  eft-if 
pas  encore  parlé  en  cent  endroits  du.  meux  |C  du  nouveau 
Tedament  t  Le  peut-on  ignorer  s  à  m oins  que  de  n’avoir  j amais 
oüi  parler,  de  Concordancé  ,  d’être  ennemi  .déclaré  de  toute 

eoncorde  ,  ;§c  de  ne  croire  que  foi-mOTe  1  Audi  eft-.ee  fur  ce 

E^^neipe  que  tousles  Peres de  l’Eglife ^  tous  les  Patriaiehes  des 
3.  iOrdré^ ,  tous  les  Tfteplbgietts  ,  Bc tous  les  Cafuiftes  ont  non 
tmi.  7.  r.  I.  p-  féuleîîîcnt  érablLune^  Médecine  5  mais  encore  fon  mérité  3c  la 

Avanj^ons, 

-  ^Qadique  la  raifou.ne  foit  pas  d’un  fort  grabd  poi,!^^ 

pâraifonrde  Lautoritédes'faintes^L^^  &  de  celles  de  leur^ 

fnterpretes^  voyons  neanmoins  en  faveur  de  ceux  qui  dorment 

tout  à  la  raifon ,  &  qui  u’admiettent'  point  d’autrcs  preii  ves ,  ft  le 
fent|incnt  de  plus  àç  fotonte  fiecies  peut  être  une  fuite  d^erW 

miTsjç  d’abus  pour  tout  le  genre  àunmin.  Tant  d’Hift^^^^ 

de:  Pftilofopbes^  de-  Juriféonlultes',  de  Tbeologiens  pourroient- 
ik'jden,  s’être  tous  trompez peirdant  tout  ee  tems  ?  HippcratCi 

.eet  homme  que  îarnamféayoitpcmrvddmfbQnfe^^^ 


fremirn  P^niè.  Chaf .  L  f 

âdîtiïîtc  de  toute  là  pofterité  auflî  bien  que  de  fou  fiecle  3  ce  diviu 
Vieillard  dont  on  a  dit  na  pâ  m  tromper  ni  être  trompé  y  é*  M^tcroh.satumMh, 
était  U  rmfon  meme  ,  auroit-ii  trompé  tout  le  monde  quand  ^ 
il  a  écrit  de  l'Aneiemt  Médecine^  Ce  Celfe  que  fon  éloquence,  v.  ubr.  deveteri 
^  politefle  ,  6c  fon  expérience  firent  nommer  l' Hipocrate  Romain^  Medidnk. 
anroic-il  écrit  unn  faufieté  quand  il  a  alluré  que  la  Medecine  fe  Mcdidna  nufquam 
mHve  par  tout  i  Nxan  aCurément ,  car  ce  feroit  bien  en  vain  que 
la  nature  auroit  produit  des  forefts  de  Remedes  ^ ,  s’d  if  y  ayoit  *  remcdi®- 
point  de  Medecine  j  car  quant  à  tatu  d'autres  Médecins  ,  gen$  mm. 
d'unmeritb  reconnu  par  tout  .cé  qui  s’eft  trouvé  dL’lionames  de 
bon  léns  xians  le  monde  ,  je  ne  m’y  arrefte  pas  icy,  puifqu’on 
pourra  voir  cy-aprés  qu’ils  n^étoient  ni  dés  ignorâns ,  ni  des  cré¬ 
dules,  ni  des  entdlez.- Je  me  contenterai  donc  de  remarquer  en¬ 
core  ici  en  faveur  del’exiftence  delà  Médecine  >  Premièrement* 
que  la  différence  qui  paroift  entre  les  alimens  &  les  venins  ^ 
que  ces  fpecifiques  qu’on  oppofe  avec  tant  de  fuccés  à  la  mali-  -  ^ 

gnité  ,  non  plus  que  la  longue  vie  de  tant  de  grands  Médecins  ; -  {r  s 

qui  étoient  d’une  conftitütion  fort  valétudinaire ne  font  pas 
des  fables  faites  à  plaifir.-  De  plus ,  ne  voyons-nous  pas  quCvie 
bon  ôc  le  mauvais  ulage  qu’on  fait  des  chbfes  qu’ori  appelle  w;?? 
naturelles  i  ^  dépofe  manifaftement  en  faveur  dei’exillenes  de  ^ 

la'  Medecme  '■  car  outre  ce  que  rema'rque  ie  Texte'  facré  ^  tou-  tus,  fomnus  &  vî- 
chant  lafobrieté  &  rmiemperatiGe,  qu’eftree.  que  les.  Médecins^  SÏ^Sicta^^c- 
les  malades,  êcmémesies  per Ibnnes  faines  n’én.épjrouvent  pàs  tcmâ  animi  paf- 
tousles  jours  >  En  effet  ,  sTly  a  quelques  cxtrayagàns  débau-  /i 

chez ,  aufquels  tout  ce  qui  plaift  pamift  bon ,  le_  relie  des.  bom-  ^  ^ 

mes  ,ee  melèmble:,  fait  quelque 'dififereace  des  chofes  i  quand 
il  y  va  de  la'  fanté  ^  de  la  vie.  Donne-t-on  le  ,y  in  pour  rafraî¬ 
chir  ,  6c  glace  pour  réchauffer  ?  ne  procédé- t-o.n  pas  en  tou¬ 
tes  chofes  par  ordre  éc  par  ràifon  quand  on  efl:  un  peü  raifon- 
îiabietEnfincetteapplication  fi  naturelle  à  faire  .choix  des 
Médecins  les  piusréclairez  dans  le  befoin,  ne  fait-elle  rien  pour 
Texiftence  de  la  Medecme  ?  Mais  encore  s’il  n’y  avoit  point  de 
.Médecine^  fi  elle  nétoitqu une  imagination  ,  pourquoy  un 
fimple  ârtifan,  uncrocheteur  ,unpaïfan ,  ne  reüfiîroif-il  pas  pr- 
'dinai  rement  dans  l’exercice  de  cet  Art  âuffi  heureufement  que 
ies  Medecins?  Car  je  ae  parle  que’de  ce  qui  arrive  ordinaire¬ 
ment,  6c  non  pas  de  ce  qui  arrive  par  un  pur  effet  du  hazard. 

Donne-t-on  d’ordinaire  fon  pied  à  chauffer  à  un  Serrurier  2 
’Met-on  fon  procès  entre  lés  mains  d’un  Architede  ?  Ainû  voù- 

A  îj 


ÉJJds  de  Meâecine: 

droit-on  commettre  h  Tante  à  un  Peintre,  à  un  Procureur',  l 
un  Marchand ,  en  un  mot  au  premier  venu»  &  à  tous  ceux  qui 
fc  vantent  d’eftre  Médecins  ?  Et  fi  on  le  fait, fait- on  fagement« 
Il  y  a  donc  une  Medecihe  qui  n ’eft  auxre  chofe  que  la  prati¬ 
que  de  la  bonne  méthode,  en  ce  qui  concerne  laeonfervation 
de  la  famé  prefente  >  &  le  rétabliflement  de  celle  qu’on  aper- 
due  ,  &  qui  eft  prouvée  non- feulement  par  la  rai fon,  mais  en¬ 
core  par  l’expcrieece,^ui  va  faire  la  troifiéme  preuve  de  l’exi- 
ftence  de  cet  Art.  : 

Si  toutes  les  raifons  que  je  viens  d’aileguer  ne  peuvent  rien 
fur  la  prévention  de  ceux  qui  Croyent  fe  faire  honneur  de  ne 
pas  croire  cè  dont  tous  les  fages  conviennent ,  ne  fera-.ce  pas 

Flûtoft  fait  de  les  mettre  charitablement  entre  les  mains  de 
expérience ,  -avec  ceux  qui  eut  nié 4e  mouvemem ,  la, chaleur 
du  feii  ,  la  fr-oideur  de  la  glace,:  &  pour  ainfî  dire  la  lumière 
aà  milieu  du  jour  ?  Qi^e  pourrout-^ils  dire  contre  cette  mm~ 
mjfe  des  -chafèsTce  purgatif,  ce  ^vomitif,  eette  faignée,  n’ont^ 
ils  jamais  tiré  perfonne  d’affaire  ?  Get  homme  qui  crevoit  de 
plénitude  &  qui  pâmoitde  douleur  ,  ne  leur  creve-t- il  pas  les 
yeux  ?  Un  fîmple  &  leger  f  emède  ne  fait-il  pas  meme  quel¬ 
quefois  des  merveilles ,  conduit  par  la  prudence  de  celuy  qui 
'l’ordonne,. 6:  qui  fçait  ménager  les  fecours  fuivant  le  befoin? 
Le  demi-bain  y  qui  iiemble  11  peu  de  chofe,  mais  dont  on  fe  ferc 
Il  Utilement  dans  les  intempéries  des  entrailles ,  &  dans  les 
douleurs  de  la  nephritiqûe  lerok-cèune  illufoU,  puifque  l’ex- 
perience  nous  apprendlqu’ii  y.  a  des  pccafions  où  un  homme 
n’efl:  pas  fi'toft  plongé:  dans  le  bain.,  qii’encore  qu’il  ne  fente 
rien  cpii  datte  les fens  ,  il  paroift  plus  contentdans  l’eflat  d’in- 
d;olenc©  oii  il  fe  trouve ,  .que  les  plus  voluptueux  ne  le  font  au 
■  comble  de  leurs  defirs?  Mais  que  pourroit^on  dire  encore  contre 
les  effets  fcnfiblcs  &  évidens  des  fpecidques,?  contre  ceux  du  fa-r 
meux  Kinâkina,  du  Mefeure,  de  l’Opium ,  du  Baume  3  dé 
tant  d’autres,  bons  remedes  qui  ne  font  pas  moins '^conhrmet. 
par  i’experience  que  par  la  raifon  ?  Gar  .quant  :.à  ceux  de  la 
Gbirurgie  ,  l’ouverture  de  .ce  .&  de  quelques  aütrés 

apoftemes,  l’exclufion  des  çorps  étrangers  s  &;  eurparticulier 
l’extraétion  de  cette  pierre,  aux  du retez  de- laquelle  il  n"^  avoir 
point  dautre  adouciffement.  quel’pperatidnl  la  merveillcufé 
.operation  delà  GataraÆéy  qui  femble  rendre  la:  vie  avec  la 
lumière  à  ceuxquilanguiffoiéni:  dan^  jiçi  ppabr^és  dé.  la  mort ,  1^ 


Premkre  Partie,  Chap.  1.  s 

-reduaion  de  cette  fradure,  fans  laquelle  l’homme  né  pour 
contempler  le  Ciel  rampoit  fur  la  terre  comme  un  lerpent,  Cet- 
îc  adroite  &  charitable  main ,  qui  dans  les  douleurs  d’un  tra¬ 
vail  mortel ,  fauve  la  mere  d’une  mort  cruelle,  &;  qui  donne 
Æn  mefm.e-temps  la  yie  .&  la  liberté  à  un  pauvre  petit  prifon- 
nier  i  cette  main, dis-je,  fl  favorable,  n’eft- elle  pas  de  celles  que 
les  Anciens  appelloient  les  mains  fecomables  des  Tiieu^  ?  Et  tout 
jceh  en  general  ôc  en  particulier ,  eft-ce  autre  chofe  que  la 
Medecine  ?  Car  pour  moy  j’ofe  dire  que  fidcs  preuves  fi  fen- 
£blesnexontentcntpasceuxquerâutqritédivine,&larai- 
fon  ne  peuvent  ramener  3  ils  font  dig^n'es  de  la  peine  du  fens, 

.&  qu’au  heu  de  les  rélegucr  en  l’Iûed’Antiycrcou  croiUl’El-- 

lebore  ,c’eft  plûtoft  fait  de  les  abandonner  aux  Dragonneaux  »  Dracunculi,Dra- 

^.de  la  Chirurgie  ,  voire  aux  Dragons  marins  êc  terreftres,puis  ^ 

qu’en xffet  le  feu  ^  èc  le  fer  font  les  derniers  remedes  . des  mala- 

-dies  opiniâftres,  '  "  b^fhorifmoukim. 

■Concluons  donc  qu’il  y  a  une  Medecine  que  les  belles  mef-  itaiico^ 

me  connoiirent  naturellement ,  s’i  trova  la  Medicina  ;  car  je  n’e¬ 
xamine  pas  encore  icy,  s’il  ell  vray  de  dire,  ma  il  medico  non 
j’/ Coneluon-s,  dis-je,  qu’il  y  arme  Medecine  que  nô¬ 
tre -Galien  a  eugrànd’  raifon  de  dire,\^’?/  ejl  bien  fins  raifon-  GaUn.\.àtCrifik 
nable  de  s  en  tenir  auiç  expériences  tirées  des  principes  y  que"^ de  nier  te-  ' 
merairement  l'un  é"  Vautre.^  Car  apres  tout,  que  les  plus  paf- 
fionnez  ennemis  dç  la  Medecine  le  joignent-.à  tpht  ce  qu’il' y 
ia  jamais  eu  de  déclamateurs  ôc  de  fatyriquès ,  put  cela  ne  prou¬ 
vera  tout  au  plus  que  les  conjectures  de  la  pratique,  &  l’igno- 
rahee  de  certains  Medeems,  fans  donner  la  moindre  atteinte  à 
îcxillence  de  la  Medecine,  non  plus  qu’à  la  iioblelfe  &  à  la 
dignité  de  fon  origine,  comme  nous  l’allons  voir  dans  le  Cha- 
qpitre  fuivanti 

*  Quoà  fccundiini  rationem  éc  fenfum  hominibas  pâtet.  Porto ,  quarum  aâîonain 
cxemplaccrra  fqnt  jcarurodcrn  certas  caufas  dari  necefîe  êft  :  Et  quarumcurnqueaftio- 
num  ccrtæfunt  caufae  ,  earumdem  caufarum  juftacôgnitio,  in  animo  cognofcentis  ha-  ^ 

■b'kum.qùenidam  gignit  ;  îuxtacuius  præceptiTra  fimilcs  aâioncs  eXcrcerc  poffit.  Mich, 

Pmngius  de  Medicina  é'M^^kiif^iversl^sUtromitfiig^if^ÿfeudçiatrp.  \ 


A  iij 


Ejjais  de  Mededne, 


*Q«æ  fcicntia  ma- 
gis  à  Deo  cft  quam" 
fàiütas ... 
-Mfdîcamêta  è  tcr- 
-la  procrcavit,  ne  fi 
accidcret  ægritudo 
.  corpori  non  decffet 
..Biedidha.  Ovigeii. 
in  "Sium,  e,  z4.  ^ 
homil.  in  IfaL  37, 
(iu3-Kiquam  &  iila 
corporis  Medicina, 
fi  akius  remm  ori- 
ginem  rcpecas  non 
invenLatur  and«ad 
fiüinincs  nianàrc 
-potuerit  nifî  à 
Deo  ,  Gui  rcrum 
omnium  ftatus  fa- 
lurque  triibucnda 

eft'.  Augufi.  At  cU 
^it.  Dei  cap.  . . 
^armiz.  caput  Da- 
<iæ. 


«T 


Ç  H  A  P  I  T  R  E  II. 

De  t origine  de  U  Médecine ,  de  fin  progrès. 

DkEz  que  le  premier  homme  eut  tranfgrelFé  le  commande^' 
|.iient  de  fon  Créateur,  ce  ne  fut  plus  que  corruption:  Sc 
c’elt  de  cette  fource  empoifonnée  que  les  maladies  du  eorps> 
-auffi-bien  que  celles  de  l’ame,  font  forties.-  Mais  comme  ce 
Créateur  de  toutes  chofes  cft  la  mifcricorde  même  ,  il  eut  la 
bontéji’y  remedier  dés  qu’il  eut  confideré  le'pitoyable  état  de' 
fa  créature.  Ainfi  c’eft  de  luy  que  toute  la  Medecine  a  pris^ 
naiflancc.*  Il  l’a  donc  creée  pour  le  foulagement  des  malades>^ 
pour  empêcher  qu’ils  ne  tombent  dans  le  defefpoir ,  pour  obli¬ 
ger  tout  le  genre  humain  à  fe  rêftbuvenir  éternellement  de  fes 
bontez  j  &  fi  l’on  en  croit  quelques Philofophes,  pour  une  plus^ 
grande  perfedion  du  monde.  C’eft  pour  cela  qu’il  eft  reconnu 
par  les  Chreftiens pour  le  véritable  Alexicaque,  pour  le  con-^ 
fervateur  &  pour  le  réparateur  de  la  fanté,  dont  les  Payeuse 
n’avoient  que  le  nom  &  qu’une  fauffe  idée  dans  leur  Jupiter. 

'  ^  r  O  V  I  €  V  s  T  O  î>  I 

<Xj  I  RI  N  O . 
s  F  R  V,  A  T  O  R  I 

'  PRO  SAL'VTE  C-ÆSARTS  NERVÆ. 

•'  :  ,  -  .  .T  R  A  I  A-N  t  A  V  G. 

,  G  O  L.  - 

S  A  R  M  I  Z.- 

Or  ces  malheureux  enfans  du  péché ,  ces  maladies,  dis-je,  de 
l  ame  &  du  corps ,  ne  different  pas  moins  entr’elles  que  font 
l’ame  5c  le  corps  meme  5  car  comme  cciles-cy  demandent  le 
Médecin  pour  y  remedier,  &:  que  le  malade  paroift  luy  eftre 
obligé  de  les  foins  5  au  contraire  il  tombe  volontairement  dans 
celles-lâ,  &  fuit  tellement  les  remedes  qu’il  ne  peut  de  luy- 
méme  ,  ôc-fans  le  fecours  de  la  grâce  faire  le  moindre  efibrt 
pour  fa  guéri  fon  5  bien-éloigné  de  chercher  le  Médecin  &  la 
Medecine.  C’eft  pour  cela  que  laifTant  la  Connoiftance  de  ces 
maladies  aux  Théologiens ,  &  leur  cure  au  véritable  Alexica¬ 
que,  Je  m’arrefteray  fimplement  à  l’origine  de  la  Medecine 
corporelle,  &  ne  parleray  dans  cet  Ouvrage  que  des  matières 
qui  en  dépendent. 


Premkre  Partie,  Chap.  II.  7 

-fc  remarque  donc  premièrement  que  ce  que  les  Payens  ont 
enveloppé  de  nuages  &  d ’obfcuritez ,  attribuant  à  leurs  Dieux 
f’invention  de  la  Medecine ,  &  plaçant  les  Chirons  &  les  Ef- 
Æulapes  dans  le  Ciel ,  eft  la  même  chofe  que  ce  qu’en  ont  penlé 
lés  Juifs  ,  mais  exprimé  en  des  termes  ôc  en  des  maniérés 
difFerentes,.  Dim ,  àït  le  fage  fils  de  Sirach ,  a  créé  la  Medecine  y 
Voila  la  creance  du  peuple  de  Dieu  ,  ôc  voici  comme  tout  elt 
allé  enfuite,  non  feulement  félon  les  Juifs  &  les  Chreftiens* 
inais  encore  félon  quelques  fages  6c  quelques  fçavans  du  Pa- 
^anifme,  Adamfortic  de  la  main  de  Dieu  avec  une  copnoifiTan- 
,.ce  parfaite  de  tout  ce  qu’il  y  avoir  dans  le  monde.-  Il  fçavoic 
fcs  vertus  de  toutes  les  plantes,  de  tous  les  minéraux  ,  &  de 
4ous  les  animaux  ^  &  c’eft  cette  fcience  que  Dieu  luy  avok 
infpirée,  quül  communiqua  à  fapofterité  quelque  temps  après 
qu’il-  eut  donné  entrée  aux  maladies  dans  le  monde  par  le  pe¬ 
nché.  C’eft  ainfî  que  Secii  en  fit  part  à  fesdefeendans,  foit  par 
eradition,  -foit  par  les  fameufes  coiomniesdont  parle  Jofeph , 
que  les  Chaldéens ,  les  Egyptiens ,  les*  Grecs,  tant  d’autres 
jjations  cultivèrent  fucceffivenient  ces  lumières.  Mais  comme 
les  hommes  nelaiftbienc  pas  de  vivre  long-temps  nonobftanc 
.Ces  feminairesde  maladies  &  cette  malheureufe  imprefiion  du 
péché  ,  non  feulement  ayant  le  deluge,  mais  encore  quelques 
lîecles  après, 

^^ando  era  cîho  il  latte 

I)el  Ÿ^tgoletto  mondo  y  e  Ctdla  il  bofco  , 

Hs  ne  furent  obligez  de  mettre  en  pratique  ces  connoiflanccs 
-qu’ils  avoient  receuës  de  main  en  main,  que  quand  les  malâ- 
jdies  commencèrent  à  fe  rendre  plus  frequentes ,  &  lors  que  le 
.temps  de  la  vie  commença  à  s’accourcir  notablement.  Ce  fut, 
dis-je,  alors  &  dans  les  befoins,  qu’ils  eurent  plus  particulière¬ 
ment  recours  aux  remedçs,  dont  ils  rectifièrent  infenfiblement 
Eiifage-par  des  raifonnemens  ôc  des  expériences  reïterées.  Et 
€*^611  pour  cela  que  je  ne  puis  croire  que  Noé  ait  efté  le  pre¬ 
mier  Médecin ,  h  ce  n'’eft  en  la  maniéré  qu’ Adam  l’a  efté  avant 
le  deluge  ^  &  non  pas  de  la  maniéré  que  l’ont  voulu  ceux  qui 
croyent  que  ce  Patriarche  ait  efté  le  mefme  que  le  Promethée 
du  Poëte  Efchilus,&  qui  s’imaginent  que  la  réparation  du  gen^ 
re  humain  a  efté  fuivie  immédiatement  de  rinvention  de  la 
Medecine  pratique.  AufS  n’entend-on  point  parler  de  la  Mé¬ 
decine  dans  les  îdiftoires  les  plus  anciennes  jufqu  a  Mercure 


Fkmis  adhuc  foU- 
difque  corporibus, 
&  facili  cibo  noâ 
per  artem  yoluptaf 
temque  corrupto. 
Seneç.  E^ifi.  ÿ. 


L.  de  ermth.  fal~ 
far.  Relig. 


ful.firni'tc.  tbid. 

*£x  iis  fa<Cli  pcrfpi- 
caciores ,  confide- 
rantcs  res  natura- 
ks  apprehcndei  ut 
mcdicinam,  eu  jus 
fuit  juvencor  Af- 
clepius  feu  Æfeu- 
Iapius,avus  Afcle- 
pii  quem  ititrodu- 
xit  T  rifmegiftus  io, 
Diaîogo  de  hoc  , 
noininc,poftea  verp 
res  Haturaics  de- 
clinando  in  fuper- 
ftitiôncm ,  immei- 
fere  fe  in  magicas 
a  très,  UC  patet  ex 
facro  textu  Exodi 
7.  &  8.  loan.  B  ap. 
Cazalius  de  vete- 
ribus  Ægypioruni 
rhihus. 


g  . .  EJJak  de  Medecme, 

Trifmcgifte,  à  Athoth  fils  de  Menés  fécond  Roy  de  la  pTc“- 
miere  Dynaftie,  ôc  à  Tofortro  Rôy  de  la  troifiéme,  aufquels. 
nous  pourrions  ajouter  cet  Efcülape  Pkœnicicn ,  ôc  fi  Ton  veut 
ces  premiers  Rois  de  la  Chine  ,  dont  nous  parlerons  cy-apréSo. 
Ainfi  quels  que  foicnt  ces^  hommes  fameux  ,  &  quoy  qu’on  en 
penfe,  il  y  a  bien  de lapparence  que  la  Medecine  ne  fut  ré¬ 
duite  en  pratique  qu’au  tems  du  Patriarche  Jacob,  dont  les^ 
enfans  la  portèrent  en  Egypte.  Èt  c’efi:  pourquoy  Julius  Fir- 
micLis  a  penfé  que  Jofeph  eftoit  le  Serapis  des  Egyptiens ,  à. 
quoy  il  y  a  quelque  apparence,  fi  l’on  eonfidere  que  le  Congim^ 
ou  boifieau  qu’on  voit  £ur  la  tefte  des  médaillés  de  Serapis  fe 
rapporte  allez  à  la  diftribution  du  bled  que  ce  Patriarche  fit 
faire  dans  l’Egypte  pendant  la  dilèttedes  fept  années.  Car  de 
dire  que  Serapis ,  qu’on  fait  le  Dieu  de  la  Médecine,  eft  ainfi 
appellé  de  le  fils  âe  Sara,  je-laiflè  à  penfer  s^il  y  a  bien 

de  l’apparence  à  cette  autre  conjecture  du  mefme  Auteur». 
C’eR  encore  pourquoy  le  doéte  Cafalius  a  écrit*  que  les  Egy-: 
ptiens  apprirent  par  des  fpeculations  forteS'&  frequentes  tout 
eequi-  appartient  à  la  Medecine,  &  qii’ilsde  rectifièrent  à  mefu- 
reque  les  maladies  augmentoient.  Mais  eequi  n’cll  pas  moins 
vray,ell  que  leurs- connoifianceS' furent  bieu-toll  galtées  par  le 
mélange  de  la  Magie  que  leurs  Rois,  dont  ils  firent  des  Divi- 
nitez,  ne  manquèrent  pas  à  y  introduire.  Car  comme  il  n’y 
avoir  quedes  Princes  &  les  Prcltres  de  la-Religionqni  ofalTenc 
en  faire  une  profeffion  ouverte,  les  particuliers  ne  s’en  méloient 
jamais  qu’en  îecret.  Et  c’efi:  de  cette  maniéré  qu’il  faut  enteu» 
dre  Homere ,  Platon ,  Plutarque ,  qui^ont  avancé  que  les  Egy¬ 
ptiens  efioient  Médecins  j-  car  l’Egypte  eftant-fort  fertile- en 
remedes,  il  n’y  avoit  perfonne  qui  ne  tafchaft  d’en  avoir  quel¬ 
que  connoilFance.  Neanmoins  fl  faut  avoiier  que  ce  ne  fut 
qu’au  temps  d’Efculape  le  Grec,  qui  vercut  un  peu  avant  la 
fameufe  Epoque  du  fiege  de  Troye,  que  la  Medecine,  laquelle 
avoit  encore  quelque  chofe  de  rude  fut  comme  le  re¬ 

marque  Mercurial  auLivre  I,  de  fa  Gymnaftique..  Enfuite  les 
hommes  venans  à  fc'déregler  de  plus  en  plus  »  &  l’intemperanf- 
ee  s’efianc  introduite  dans  la  Grecé,  Herodicus  de  Selimbre,, 
raaifire  du  grand  Hippocrate  ^  inventa  la  Prophiladique ,  qui 
eft  l’art  de  fe  précautionner  contre  les  maladies^  &  rendit, 
comme  le  remarque  le  mefme  Mercurial,  cette  fcience,  de<vier- 
ge  qu,  elle  efioit  encore  alors ,  fécondé  dr  remplie  de  (fumtiü  de  beaux 


Premiers  Pâme.  ^ 

dogmes  é‘  obferviitiom,  tanc  il  eit  vray  que  la  necejfitè  ^  *»  TimM. 

Vefprk  ont  inventé  tout  ce  qit  il  y  a  â' utile  ^  de  merveilleux  dans  le 

monde.  Aiiifi.  la  Medecine  faifant  tous  les  jours  de  nouveaux- 

progrés  i  ie  trouva  fort  avancée  au  tems  de  la  guerre  du  Pe-  ^  . 

loponefej  qui  fut  l’an  300.  ou  environ  de  la  fondation  de  olmpi*d.  s?.  /»»- 

Rome  ,  tems  auquel  on  avoit  déjà  Gulcivé  quelques  autres  430- «»»• 

Sciences.  Vulnusdeligavîta-  . 

Ce  n’eft  pas, pour  dire  le  vray  pour  ne-Iailïèr  dou^ 

te,  que  les  hommes  ayant  commencé  à  fe  faire  la  guerre  dés  fctrcm  quietc 
les  premiers  J^ecles  après  le  dekige  ,  ils  neuflen  t  dés  lors  in-  abftincntia  ,  noa 
venté  quelque  moyen  débander  les  piayes ,  de  tirer  les  corps 
étrangers  j  ôc  d’extirper  les  membres  pourris.  Je  ne  fçay  pas  vaktudocoegerar, 
même  fi  les'Tubalcains  ayant  manié  le  fer  dés  le  commencé- 
ment  du  monde  pour  en  faire  des  armes,  n’auroient  point  en-  ' 
treveu  fes  qualitez  medecinales  ,  &  fi  après  le  déluge  Chain  5c 
Ganaam,  qui  font  l’un  le  Jupiter  8c  l’autre  le  Mercure  du  Pa-  , 
ganifme  ,  n’auroient  point  poufle  plus  loin  ce  que  leurs  peres  '  . 

leur  avoient  communiqué  touchant  les  qualitez  des  métaux  ôc  - 

des  minéraux.  Au  moins  eft-il  vray  que  Clement  Alexandrin 
*  fait  Mifraim  ,  qui  eftoit  petit  fils  de  Cham ,  inventeur;de  la  *  m  srnmâtie  ê, 
Chiru^ie  ,  ôc  qu’on  connoiffbit  la  vertu  du  fer  dés  le  tems  - 
du  fiegé  de  Troye  s  témoin  la  lance  d’Achille  dont  la  rouille 
guérifloit  les,  plaies  que  Tes  coups  avoient  faites  :  car  foit  que 
fraxinpts  foit  pris  pour  la  /lahce ,  foit  que  le  fer  de  la  lance  ôc 
la  virole  qui  le  ferre  Sc  qui  le  tient  ferme,  foient  la  matière 
au  médicament ,  on  peut  inlrerer  de  la  que  les  hommes  voyoïent 
dés  lors  quelques  quâlitez  medccinales  dans  les- arbres  ,  ôC 
dans  les  métaux.  Mais  à  parler  proprement  ces  connoiflances  - 

n’étoient  que  des  rudimens  de  la  Medecine,  les  maladies  in¬ 
ternes  n’eftant  pas  encore  bien  connues, parce  que,  comme  nous 
l’avons  cy- devant  marqué  elles  eftoiênt  rares ,  ou  peu  aiguës  > 
êcpeu  dangereufes. 

Tout  cela  eftant  donc  fiippofé,  au  moins  comme  des  conje- 
dures  raifonnables  ,  je  ne  m’étonne  pas  fi  le  Médecin  Soranus  " 
nous  donne  en  peu  de  mots  ôc  félon  des  lumières  qu’un  Païen 
pouvoir  en  avoir  ,  une  hiftoiredè  la  Medecine  auffi  courte  8c  .  . 

auffi  vray-femblable  opic  ctWc-cy .  La  Medecine  a  eflé  inventée  in  ifagegg^ 
f  y^polLon  -)  augmentée  far  Efculape',  ^  perfeélionnéepar  Hipocrate. 

Car  foit  que  les  Grecs  ayent  entendu  Dieu  auteur  de  tou¬ 
tes  chofes  ôc  créateur  de  la  Medecine  par  Apollon  qui  cft  le 

B 


lo  Meiecm. 

Soleil,  ou  qu’ils  ayent  confondu  cet  Apollon  avcc'Ifis  Sc  Ofiris; 
dont  les  noms  ne  lignifient  pas  moins  la  Medecine  en  langue 
Ægyptienne,  qu’ils  fignifient  le  Soleil  &  la  Lune.}  il  eft  tod* 
jours.vray  qu’ils  ont  voulu  marquer  par  ces  fidions  qu’il  ne 
‘ie  la.  Medecine  qil’à  Dieu ,  ce  que  leur 
Hfmr.  poftejrité  a  fi  bien  compris  que  quelques  Auteurs  ont  écrit  de- ^ 

Deus^famt^w^au-  p^j5  c^Q  l" invention  en  efiûip  au  dejfus  de  l'efprit  humain  ^ 
g^mtiii  deci.  ieî.  ejloit  une.  çhofe  faerée  i  qu  elle' efioii  ha  doBrine  dits  l>ieux  immorttU 
'Lftcian.inAbdim.  ^  queJlexercice:n*en  ejloit pas  moins  noble  que  V origine  -.  Divinitus  da^ 
:tat  diviinitus  accepta.  .Q^nt  au  progrc?  de  cette  fciencc  ri  eft 
afie?  difficile  de  fiçavoir  préeifement  ce  que  veut;  dire  Soranusv 
QnoDîaTO  adliuc  quand ü  l’attribuë  à  Efculape,  l’-hiftoire  &  la  cronologie  n’ayanç 
rcmMSkilS*"*  de  bieu  afluré  touc-hant  cct  hommc  fijcelcbre ,  Celfemé- 
exwiuit  in^DcQ-  m.etQjnbant  d’accord  qunime  fut  misau  nombre- des' Dieux- 
xamnumerum  rc-  que-,parce  qu’îl  avoit  commencé  à  decraffier  la  Medecinev 
^pcas  cft,  quai  y  a  donc  de  plus  vrai;- femblarble  toucbanc  l’origine  de  cet 
Art. J  c’eil  que  les  fameux  Roisi d’Egypte,  qui  pouyoient  avoir, 
appris' quelque  chofe  des  deirendans,  dlHeber,  ôc  enfuice  des 
Ifraëlites  fireiTLt  pafier  leurs  connoiflances  chez  les  .Grecs  ,  où 
elles  .firent  quelques  progrez  du  tems  de  Gadmus ,  de  Ghiron, 
.d’Efculape  &  de  P^datére  Machaon  enfans  de  cel^i-cy, 
qui  furent  honorez  eomme  des  Di vinitez  .,  après  eux’ quei-^ 

ques-uns  de  leurs  defeendanS  î  qui  avoient  exercé  cet  Art  avec  ^ 
gencrofité.  Ainfi  il  em&u:  roû jours  revenir  à  Efeulape  que; 
nous  éxaminerons  cy-aprés  ;,  pour  trouver  les  fondateurs  de 
qes  prcihicnes  écoles  de  la  Grèce  ,  Gnide ,  h^hodes ,  &  Cos , 
f.  &^n£ùjtc  par  divers  degrez de  générations  le  fameux  Hipo- 

crate,  qui  fit-en  Ton  içnis  l’honneur  ded  Eco  le  de  Cos,  y  paroifi- 
fant  comme  un  Oracle  malgré  la  jaloufie  des  deux  autres  ,  quh 
ne  .vouloient  pas  ceder  à.  ceÜe-cy.  Mais  quant  à  ce  que  noftre' 
Soranusavancctouchantlaperfeâ:ionde-laMedeçine,qu’ilat-- 
tribuë  àcet  Hipocrate,  il  nclc  fautpasprendre  tçiiement.àlà^ 
.  lettre  en  fa  veurde&ce  grand  perfonnage,qu^on  s’im^^^ 

la  Medecine  n’ait^^  receu  depuis  aucun  degré  de  perfeclion' , 
puifqu’il  dit  luy  même  ,  que.tout  âgé  qu’il  eft  ,  il  n’eu  a  pas  en- 
adpionyP  cote  acquis  une  comioiftance  parfaite; car;  Soranus  ne  s’eft  ap-= 
paremmentfervi  dé  cette  exprcffîon ,  que  pour  nous  faire  en^- 
tendreque  KArt  av^t  ppocrate,  mayoit  pour  ainfi  dire  fait 
\rhem:  ^  qtie bégayer  ,- Sc  qu-il  navoiti  parlé;  un  peu  diftinefement  que 
‘m,  #û$ees:b6h€setbîerv;^dwqueuéus.adm 


Prmim 

Intelligiblement  dans  les  Commentaires  de  Galien ,  qui  les  fau- 
•va  Ytemierement  de  en  les  tirant  de  lapouffiere  des 

Bibliothèques,  ou  elles  avôierlt ®fté comme  enfevelies  pendant 
'Æx  cens  ans ,  &  donnant  à  tous  ces  Oracles  le  jour  &  l’explica¬ 
tion  4ant  ils  ia  voient  'béfoin  peur  cftre  entendus. 

..  ,  ,,  1  r  ...  Tymc.  Petrarch^ 

JS  quel  m  Coo  ehe  je  ve  mtglm  ojrA  neii.  Triemf,  deiU 

-  SebeneintejifùJfegUsAfm^ 

^j?'diFergam(yiljegueié‘i^lufp^^ 

'Mi^  bre'i^e  fiur/îr  ^là  diéhm^ 

Ë  ne  faut-dottc  pas  douter  que  fî  Hipôcrate  êc  les  .grands 
Sommes  qui  l’ont,  Ëiivi  revenoient  au  monde,  ils  ne  tuflent 
furpris  ôc  étonnez  de  voir  les  merveilles  qu’on  a  découvertes 
depuis  euxdans  la  théorie  dedans  là  pratique  de  là  Medecinè^ 
d:  même  le  jour  que  tant  dé  doétes  plumes  ont  donné  à'  leurs 
ierits.  Et  à  ce  propos  je  crois  que  ceuXiqui  aiment  la  Poëfie  fo 
-ront  bien  aife  de  voir  icy  une  Epigramme  que  ütenhovius  aTv 
traduite  du  Grec  de  d’Aurat  qui  l’avok  faite  fur  là  tradu^ 

^fon  des  Aiphorifmes  d’Hipocràte  par  J éan  Butin  Médecin- 
d’Angers. 

Enthem  BipΟMii  qmndam  jeu  Pythia  Vfstîs-: 

MacfmmcecimtfeBoris’e^  .  . 

&^ma-'féd  teeink^cùnfufa'yfâcer  'tdlit  illim  - 

furoryutmuUfis  .forùbusmdo^ûret.  ^ 

Mnunemdigefia^mçulaâigerithicâum' 

Eutims  rmpio  éjl  quodfmy  mte  furon  - 

11  n’éft  donc  pàs  vray  ,  comme  l’à  penfé  Ariftote  dans  fes 
qüeftions  naturelles ,  que  la  Medecine  ait  été  inventée  par  une 
■efpece  de  divination,  par  hafard  ,  par  révélation  des  démons 
&  par  leur  invocation  ^  ni  que  lôn  meonftance,  de  fon  peude 
certitude  viennent  de  ces  principes.  Au  refte,  quoi  qull  me 
foit  facile  de  conhrmer  non  feuiement  la  noblelFe-dé  la  Mc-- 
decine ,  mais  encore  fon  exifience  ,  par  là  contiuation  de  fes 
pr^rez ,  &  de  fon  hiftoire  depuis  Hipoerate  jufqu’à  nous  ,  je 
pafleicy  fur  ces  grandes  de  fortcspîreuves  ,  parce  que  j’y  reVien- 
dray  çy-aprés  en  fon  lieu  ,*  de  q|ic  d’autre  parc  ee  qUe-j’ay  allé¬ 
gué  dans  ces  deux  premiers  Chapitrés  fuffit  pour  convaincre 

les  gensraifonnabdes  de  l’cxifteneedcdéla  uobleËe  de  ectÀrt. 

.  Bij 


ti  Effds  de  Medecîm, 


C  H  API  TRE  III. 


Vu  nom ,  de  la  définition  ,  (T  de  la  fin  de  la  Medeeine, 

LÇ  terme  de  Médecine  eft  fort  équivoque  ,  car  il  lignifie 
les  inftrumens  ou  remedes ,  dont  TArtfe  fertpour  parve¬ 
nir  à  fa  fin.  De  plus  les  boutiques  des  anciens  Médecins ,  qu’on 
appeiloit  Medicin^ ,  mais  bien  plus  précifement  une  habitude 
de  l’entendement  par  laquelle  le  Médecin  opéré,  &  l’opera¬ 
tion  même  qui  en  émane.  C’eft  pourquoy  Michel  Doringius 
s’expliquant  fur  ce  terme,  dit  qu’il  ne  prend  la  Medecme,  ni 
diei^  ~  pour  les  remedes,  ni  pour  les  boutiques  où  on  les  garde  ,  6c 

c’efl:  à  peu  prés  en  ce  lèns  laque  Tertulien  appeloit  les  gueri- 
fons  des  Médecines^  quod  Medicinas  faeü ,  qnoy  qu’il  appelle  auf 
Ims  Medieu?.  li  en  un  autre  endroit  ,  la  Pifeine  de  Jerufalem  une  Medecme  y 
il  faut  encore  obferver  que  &  5  qui  lignifient 

faire  la  Medeciae  ,  lignifient  aufii  changer ,  colorer  ét  modérer  > 
immutare ,  colorare.lVn  en  eÇkàoncŸ^^  du  nom  de  la  Médecine 
comme  de  tant  d’autres  qui  font  l’image  de  la  chofe ,  ^  qui 
en  marquent  la  nature  &  PelTence.  Et  c’eft  pour  cela  que  ne 
frayant  point  aflez  clairement  dans  ce  nom  ce  qu’eft  la  chofe 
qu’il  lignifie ,  j’ay  recours  à  la  définition  que  Rhafes  nous 
Conne  de  cette,  chofe,  parce  quelle  frappe  davantage  l’efprit, 
qu’elle  eft  plus  clairé  que  tant  d'autres. définitions  qu’il  fe^ 
roit  inutile  de  produire  ky.  eft  donc,  fui vant  ce 

fçavant  Arabe ,  effectif  gui  conferve  la  fanté  frefente  ^  ^ 

^  gui  guérit  Us  maladies  curables  avec  le  fecours  de  la  raifon  é‘  de 

Vexperieme  î  définition  dif-je  d’autant  plus  jufte  &  plus  précile 
'  quelle  comprend  la  nature  de  la  Medeeine,  la  fin  quelle  fe 

fropofe  &  les  moyens  quelle  prend  pour  y  parvenir.  D’où 
on  peut'tirer  crois  conclufions  fort  importantes  à  la  Médeci¬ 
ne  ,  aux  malades  ,  aux  miniftres  de  l’Art ,  &  même  aux  afli- 
ftans  ou  amis  des  malades. 

La  première, que  fr  la  Medecine  eft  un  Art  elfedif,  comme 
-la  définit  Rhafes,  il  s  enfuit  qu’elle  ne  marche  pas  toujours 
-  m  aveugle ,  quoy  qu’elle  marche  quelquefois  dans  Pobfcurité , 
^  par  confequent  que  fi  elle  ne  guérit  pas  toutes  les  maladies , 
dlc  ne  laiffe  pas  d’avoir  la  fanté  pour  fin  ,  à  laquelle  elle  tend 


Première  Partie  Ch^f.  III.  15 

toùjoufs.  A  quoy  nous  pouvons  ajoûter  qu’outre  les  maladies, 
incurables  de  leur  nature  ,  il  y  en  a  encore  qui  ont  des  caufes 
iurnaturelles  ,  vérité  que  les  Payens  ont  reconnue.  sHl  ny  a  Froverb.  i.  i»4m- 
donc  foint  de  confeil  ni  de  prudence  c^ui  puife  s'oppofer  d  Dieu  ,  le  Reg.  t.  4. 

Médecin  n’aura-t-il  pas  fait  fon  devoir  quand  il  aura  mis  en 
pratique  pour  le  bien  du  malade  ce  que  luy  enfeigne  l’Art? 

Delà  vient  que  les  Loix  ne  s’arment  jamais  contre  luy  pour- 
-veu  quŸl  ne  paroifle  ni  malice  ,  ni  ignorance  dans  fa  condui¬ 
te.  C’eftce  qui  a  fait  dire  à  Lucien  que  la  Medecine  eftant  Ci  i»  Abdicmô. 
jiecelTaire  aux  hommes,  &.  par  confequent  fi  digne  d’eftime  , 
eeux  qui  la  prof  elle  nt  doivent  jôüir  d’une  pleine  &  entrere  v.LmgiummEpH 
liberté,  &  qu’il  n’eft  pas  raifonnable  qu’une  fcience  qui  vient 
de  Dieu  ,  &:  une  puifTance  qui  luy  eft  confacrëe  foit  fujettc  â 
la  dureté  des  loix  humaines  à  la  peine  des  Tribunaux.  Et 
néanmoins  s’il  en  faut  croire  le  caprice  de  bien  des  gens,  le 
Médecin  doit  toujours  guérir  ,  &  fi  la  mort  arrive ,  ce  n’eft  j a-  Profperà  omne* 

mais  elle  qui  a  tort,  c’ef^toûjours  le  dernier  remede,  quand 

ce  ne  feroit  qu’une  verréé  d’eau  ordonnée  par  le  Médecin.  co.  Tadt.  Annal. 
Fecerit  pojîquufk  quidipuid  )ubet  ipfa  medendi  ^  J 
Norma  ^niji  npaleutfîdfûffquè  r-evixerit  Ager,  Ferifaîtus  iaHp-i 

Murmurât  dnfipiens  vulgm  i  linpiâque  proeuci 
Eloquitur  de  te  ca0iim  tùïiâ  ''juBans. 

Het  mihi  quam^Mtum  eji  Medicorum  creâêre  nùgis.  -, 

Car  pour  le  malade  &  les  afîiftans  qui  ont  foùveiït  grand  part  | 

à  tout  ce  qui  arrive  de  funefte ,  on  né  manque  jamais  à  les 
difbulper  j  la  raifon  a  beau  dire ,  &  le  Poete  a  beau  chanter: 

Non  ejl  in  Medico  femper  releveiur  ut  Ager  ' 

Interdum  docid  plus  ^alet  Àrte  malum.  ^ 

C’ eft  une  chanfqn  pour  ces  gens  là.  La  fortune  qui  a  bon-  Portana  qücm  'm-' 
ché  les  oreilles ,  &  crevé  les  yeux  de  la'plufpart,  ne  leur  a  dé  -  miuin  fovet  ftul- 
lié  la  langue  que  pour  dire  hardiment  tout  ce  qu’üs  simagi- 
nent  5  on  diroit  qu’on  eft  obligé  de  les  lai fler  conter  tout  Ce 
qui  leur  plaît ,  parce  qu’ils  font  forts  en  comptant ,  &  que  l’ar- 
gertt  qui  femble  redrefter  les  jugemens  de  l’efprit ,  les  rend 

toujours  tres-contens  d’eux-mémes  ,  tant  il  y  a  de  peuple  ,  &  " 

de  pauvres  d’cfprit  parmi  les  richards:  ^untopiurichi  d'ifuorii  Sapienza  ftlie. 
tunto  piu poveri  di  dentro.  Ainfi  je  ne  fuis  pas  peu  furpris  de  voir 
qu  un  petit  homme  glorieux  &  fortement  compofé  ,  qui  n’a  de 
genie  que  pour  faire  mal ,  dont  la  Religion  &  la  dureté  na- 
tur^Ilç  eft  caufç  de  fa  fortuhe  ,  Sicut  Bthnicus  Publicunus^ 

B  iij 


14  Ejfah  de  Medcdne 

.6c  qui  ne  s’éft  élevé  de  lajpoaffiere ,  qitc  pour  fe  guindrer  daw& 
des  airs  de  vanité  &  de  eapidité  j  qu^un  homme  ainfi  fait  ,  s’i- 
magine  avoir  droit  de  fe  moquer  d’un  Art  >  que  tant  de  grands 
rPerfonnages,  6c  le  Fils  de  Dieu  même  ont  honoré  en  le  pro- 
fejTant ,  6c  prétende  traiter  de  haut  en  bas  pour  moins  dhin 
écii,  un  homme  qui.pendant  toute  fa  vie  ne  s’eft  appliqué  qu’à^. 
fon  devoir ,  6c  à  méprifer  les  biens  mal  acquis. 

La  fécondé,  que  fî  la  Medecine  conferve  la  famé  ■pref ente- 
guérit  les -maladies  curables  >,  .on  ne  peut  faire  alTez  d’eftime  du? 
Médecin.  En  effet  ne  voyons-nous  pas  que  le  gouteux  l’appelle - 
■fon  Sauveur  dans  Lucien  5  qu’on  honoroit  de  ce  nom  les  Me* 
4,ecins  du  tems  de  faint  .Bafile  ,  témoin  ce  Jacques  furnommé 
Soter-àc  tant  d’autres  dont  nous  parlerons  cy-aprés' ,  qui  font? 
j)arv6nus  au  terme  d’honneur  ôc  de  gloire  que  le  grand  Hipo- 
crate  C’eft  ainfi  que  le  Mage-,  le  Sage,  le^ 

PhilofQphe  6c  le  Médecin  n’éftoient  chez  les  Perfes  quune? 
mémechofe  ,  6c  que  leurs  Rois  donnoient  à  leurs  Médecins  la 
qualité. de  Prince.  Et  ceft  pour  cela  fans  doute  qu’ Avicenne 
reçoit  cet  honneur,  6c  non  pas  parce  qu’il  efloit  le  premier  Se¬ 
crétaire  du  Roy  ,  6c  que  ceux  qui  ont  le  premier  rang  dans  - 
quelques  emplois  ckez  les  Arabes,  s’appellent  Ahraïes  on  Prin¬ 
ces,  comme  ils  font  appeliez  chez  les  Latins.  Ainlî 

qui  ne  voit  que  ce  grand  MedeGin  ayant  guéri  trois  Rois  de: 
Per fê  ;,  n’ait  mérité  d’eftre  regardé  eomme  un  Sauveur ,  6c: 
comme  unautre  Cid  6c  Seigneur  de  la  Medecine.  En  effet 
j^près  a^vair  fauv.é  trois  Rois 
P  ourroit-atî  manquer  de  Couronnes^ 

Et  fi  pour  avoir  fauve  la  viei.'  un  Citoyen,  on  dônnoit  a  uiî- 
fimple  foldat  Romain  une  Couronne  civile  ,  le  grand  Avicen¬ 
ne,  n-avoit-il  pas  quelque  droit  après  ces  trois  grandes  cures  â 
une  Couronne  ,  telle  qti-on  la  donnoit  chez  les  Perfes  à  ceux 
qui  s’eftoient  diftihguez  par  quelque  aétion  d’éclat  ? 

La  troifiéme  conclufion  que  je  tire  de  la  définition  de, 
Rhafes,,  efi:  que  comme  la  rai  fon  peut  s’égarer  quelquefois  fi 
elle.n’éfi:  fécondée  de  l’experienGe  ,  de  même  l’experience 
nous  conduit  quelquefois  dans  de  terribles  extremitez  ,  fi  elle 
n’eft  foutenuë  6c  fecouruë  par  la  raifon  comme  nous  le 
Vrcrro'ns  -plus  au  long  dans  la  fécondé  partie  de  cet  Oui. 
vrage. 

i  ^  de  la  Medecine  qui  eft  la  fanté,  dont  noui 


Première  Partie,  Ch^f  .  l  II-  if 

venons  de  parler  en  pafTant ,  &  dont  le  Médecin  eft  le  dire-,  Bom  vaietudinc  ^ 
deur,  que  ne  peut  on  point  encore  dire  à  fon  avantage?  N ’eft-  moniîc 

il  pas  vray  qu’elle  efl  le  plus  bel  ornement  du  corps ,  le  plus'  praeftantius 
rprecieux  des  biens  ,  Sc  celuy  fans  lequel  toutes  les  douceurs' 

’de  lai  vie  font  infipides.  ^  Ce  qui  a  fait  dire  à>  certain  ^  Caton  a  sem».  i»  ifagsg^ 
Capûis  mxilmm' Mèdko  commette  fidall  hJüonyfiusCatom 

Sttüyiprscipmqmdprmumejlcurarfaluns.  ,  carmimb, 

C’eft  pour  cela  que-lePoëte'fa^la  Sante’la  plus  ancienne  des 
Déeffes^  5c:que  la  demiere  coupe  de  vin  luy  eftoit  ancienne¬ 
ment  confacrèe  dans  les  feftins *  Il  n’eft-  pas  neceflài  re, dit  Euei  en  in  Abdicarto; 
de-  manger  à  toutes  les^keures  du  jour ,  mais  il  eft  neceflaire 
de  febien  porter ,  &"c'efl:‘pourqnoy  toutes  les  falles  des  feftlns 
.elicZf  les-  Egyptiens  retentillbient  de  ce  beati-  motet ,  o  fanté^  o  fanîm^ /  tu  im- 
m  es  leplus  gmnd  d&s  biens:  Ën  effet  qui  ne  fçait  qu'une  grande 
Jc'-GontiniieUe  fanté  eft  tres-rare'î-ôS' que ,  félon  la  remarque 
•du  fçavant  Erafmè ,  on  n'âi  veft  que  le'  Fils-de  Dieu  Sè  lés  iniEncmio  MeM- 
Apoltces  qui  n’ayènt  jamaiàefté  malades  :  emt  in  THhuhm 

mmm  infirmités  ^  exagération  Hébraïque  du  Eféaume  104. 
pour  marquer  un  bienfait  &  une  grâce  infîgne  ,  mais*  vérité  u* 

à  l’égard  des  Apoftres,  &:  deceux  à  qui  Dieu  fait  part  dftne 
grande- fanté,  C’eft  un  fi  grand  bien  que  celle  du  corps  n’éft-  Auguj}, 
pas  moins  promife  que  celle  de  rame  ceux  qui  font  l’aumône 
de  leurs  biens.  Ainfi  on  eft  riche  des-biens  de  là  nature  à  me-: 
liire  qu’on  fait  bon  ufage  des  biens  delà  fortune  ,  ôc  ceft  de 
Æette  maniéré  que  la  fanté  ^ant  Lé, premier  des  biens-  de  lâ“ 
nature  ,  le  pauvre  qui  fe  porte  bien  eft  incomparablemenr 
plus  heureux  qu’un  riche  malade;  Tant  dé  conlHtations  dé' ’ 
rentes  qu’il  vous  plaira  4  tout  cela  neft  rien  fl  elles  ne' ftnt 
ajccompagnées  d’une  bonne  conftitution' de  corps 

ssjfm  vdidum  quam  cenfm  immenfm^,  u,nM.  r.üng,- 

%^itri!i  hot  nitenâum-  efi  hfi^uémtis  corp'ore  fano  '  musstelUtusZo-- 

^j^ippè ‘valetudà  ^fi  cenfin  frafiantioT' Omni  - 
"  Robéfimfofior  ,  Rege  ^fipréfikntior  égroj 
Sc  fl  l’on  en  croit  fâint  Àuguftin  ,  ne  vaut- il  pas  mieux  le 
bien  porter  avec  une  petite  figure,  que  d’eftre  malade  avec 
une  taille  de  géant?  C’eft  ainfi qu’onpeut  eftfe  riehe  air  mi-  Meüus  eft  habcrc 
lieu  de  la  pauvreté-  Il  n’eft  pas  jufqa’àu  Paradis-  des  Chre-  Zachei  ftaturam. 
ftiens  ,  qu’ils  ne  fe  figurent  comme  un  lieu  ,  ou  ilnV  a  ni  & 
chagrin  ni  douleur ,  ôi  où  on  jouit  d’unedknté  parfaite.  Auffi  Goiiæ  eum  fe'src, 
l’Eglife  pcrmét-cUe  derla  fouhaiteïq  mettant  ellê^méme-  ces 


Ejfais  de  Medeciné, 

paroles  dans  la  bouche  de  fcs  enfans  :  Perpétua  memls  t 
ris  fanitate  gaudere.  C’efl:  pour  cela  que  le  Sanitas  tua  n’a  pas 
efté  moins  connu  pendant  plu lîeurs  fiécles  dans  ritalie  5  que 
*voflra  Seignoria  y  eft  à  prefent  j  &  c’eft  pour  cette  mémeraifon 
que  cette  nation  qui  fçaic  Tes  affaires  autant  qu’aucune  autre, 
en  fait  fa  principale  affaire  ,  &  qu’elle  donne  pour  ainfi  parler 
la  main  droite  à  la  fanté  fur  le  gain  quelle  aime  fi  paffionne- 
ment:  Sanita  ^guadm  mejfer  ,  car  voilà  ce  qu’on  appelle  fort 
grand  Boa  di.  nfin  c’eft  dans  cet  efprit  qu’un  desbeaux  erprits 
de  la  nation  ayant  tout  fait  pour  recouvrer  fa  fanté  perdue  r 
parle  de  fon  rétabliffement  comme  de  la  plus  belle  des  inven- 


Annih.'Cara  nell.  tlons^H/ 
l.mer.  l.  Z. 


Gensf.  4x,  - 
tferefi.  . 


Gregpr,  l.  lo. 
31. 


V.  Miplm.  eru. 
dit.  antiçj!.  Spon, 

Jl. 


quel  ch' importa ,  mi  pare  d'aver  trovata  l’Alchimia  di Jla 
fam.  Que  s’il  m’eft  permis  de  remonter  à  l’antiquité  ,  je  trou  ve 
un  Bene  Falere  introduit  dans  toutes  les  lettres,  &  dans  tous  les 
-témoignages  de  bien  veillance  par  le  Philofophe  Pithagore  5 
car  quoy  que  le  Bene  Falere  le  Salm ,  &  le  Sanitas  fignifient  quel¬ 
que  fois  l’honneur  qu’on  rend  aux  perfonnes ,  la  confidera- 
tion  qu’ôn  a  pour  elles  ,  &  le  bien  qu’on  leur  fouhaite  ,  ils 
marquent  bien  plus  naturellement  &  plus  ordinairement  la 
fanté  de  corps  Ôc,  d’efprit.  C’eft  ainfî  que  Jofeph  jure  par  la 
fanté  &  par  la  confervation  du  Roy  Pharaon  5  que  les  Offe- 
niensjfede  de  Juifs  fameufe  dans  faint  Epiphane,  jurent  par 
leur  fanté  6l  par  celle  de  leurs  enfans.  C’eft  encore  ainfî  qu’on 
Juroit  chez  les  Romains ,  par  la  fanté  des  Empereurs  ,  &  que 
les  Evêques  eftoient  obligez  de  jurer  per falutem  Domimrum  no- 
Jlrorum  Rempuèlicam  guhernantium.  C’eft  pourquoy  les  plus  rai- 
fonnables  &  les  plus  ordinaires  fouhaits  fe  terminent  toujours 
à  ce  qu’on  appelle  ,  mens  fana  in  corpore  fano  ,  TriAiNEiisr  voi¬ 
là  tout  ce  que  demande  le  brave  Pirrhus  ,  &  le  mifterieux 
YrEiA  eft  pour  ainfî  dire  l’heureux  mot  du  guet  qui  fait 
triompher  Antiochusdes  Galates,  fes  plus  redoutables  cnne-  - 
mis,  &  qui  luy  donne  le  nom  de  Sauveur.  Tantd’infcripcions 
confacrées  à  la  Santé  ,  &  particulièrement  celle  du  Temple 
d’Efculape  qu’on  voit  dans  le  Palais  Barberin  à  Rome,  &  que 
tant  d’ Antiquaires  ont  copiée ,  &  cette  fameufe  Hymne  d’Ari- 
fron  traduite  ainfî  du  Grec  en  Latin. 

^  O  Dearumt  Hygeia 
Fac  tecum  exigam 
^md  fuperejl  avi 

TtiiaekntvtUmbubtm  mihf  emtfkrmUm, 


Nam 


Première  Parpi.e.  Châp;  I  î  ï. 

tfam Jtquid  in  divitiis  ^  gr^atitz  aut  liheris 

jtut  qjzem  beMum  fr^dicMt  mùrt^i'Us  j. 

Regio  frmcifatu  defAmû 

cUrdefimis  'ueneris  cajjibus  venamur 
fl  qua>  dm  Divinims ,  hominibus  'volufMS 
AutUbonbm  efi  recreMto  y 
T  amen  ,6  dw  a  Hygeiai 

jUa  omnia  fiorenp  y  charitumque  'werrmidet^, 
APPefeorfumnemo-efbeatm. 


ScAiger  tnCartoi- 
üih^. 


T0  fcôpm  é"  finis  nofier ,  fautrixque  iabomm  f  m.  samhaei^l- 

:Adfa  hoffimf<,m»U^m<,  mvL 
Mdko  quoi  raram  efy  Thefaaros  prome  bmigaos-^ 

ThareOf  fie  aris  gfana  decufqîie  feras. 

Tant  de  médaillés  de  la  Santé  divinifée  par  les  Grecs  5c  par  .  - 

les  Romains  v  rHyg-ée  Minerve  ,  on  la  Minerve  Hygée  d’u-  rrÊiA  A@Em. 
ne  médaillé  d’Antonin  ,  cette  fameufe  Déefle  Salm  qui  don-  ^ 

ne  à  manger  à  un  ferpent  )  ‘ce  Bien  que  les  Epidauriens  appel-  cardiml-.  Ejienfis. 
îbientAcerius,qu’ilsdonnerentpourGompagnonoupouriub- 
ftitut  à  Efculape  ,  &  qu’on  a  crû  cHez  quelques  peuples 

merion  ou.  le  Tclefphore  d’ An toninj  dont  nous  parlerons  çy-  v.iaufm.  tn  cè^ [ 

apres  3-  cePéon  d’Homere,  le  Médecin  des  immortels.,  le  pius  , 

proche'  du  grand  Jupiter  ,  &  qu’on  appelloit  de  ce  nom  , parce 

qu’il  appaijToît  les  douleurs  j  comme  11  on  eut  voulu  marquer  par  ,  ^ 

cette  invention- qu’on  ne  peut  eftre  heureux  fans  fantf.  Cette 

Ratuë  delà  Santé;  dont  parle  Cælius  Rhodig.  au  pied  de  là-  . 

quelletoutes  les  Dames  Sicioniennesjiîiettoîent  les  dépouilles' 

de  leurs  têtes-,  deforse  qu’elle  en-  eûoit  tonte  couverte':  car 

quel  faeriEce  pour  des  femmes  ordinairement  idolâtres  de 

cet  ornement  I  Cette  autre  ftatuë  que  Lucien  nous  -rsprefen-  in  r/euS 

te  avec  pluEeurs  pie-ces  de  monnoye,  &  quelques  lames  d'ar- 

genc,  dont  les  unes  eftoient  à  Tes  pieds  &  les  autres  attachées 

à  Tes  cuiâes,  comme  autanrd’hommagés  qu’on  iuy  rendoir  pour 

les  biens,  la  vie  &  la  lancé,  qu’on  croyok  luy  devoir.  Ne  feait- 

on  pas  encore  qu’il  y  avoir  à  Rome  fdutis  y  PorPafJuta- 

ris  ,  Augar  [duHs  ,.  JTicus  fdataris,  Ædes  fdutls  ,  jupirer  fdutaris  y 

Sacra  Medimndfia..l)cfi[\is  n’a  voit-on  pas  le:  pomh  ou  Fdetudoy 

une  des  filles  d’Efculape  ,  le  t  eà  e  s  ®  o  p  os  a  n  t  o.  n- e  i- 

3^  0  2  ©Eos,  qui  mettoit  fin  aux  maladies  les  plus  opi-- 

iîiâtres,  6c  qu’on  donnoit  pour  compagnon  à  Efculope  6c  à 

C  . 


ia  formel. 

"Ali,  Mmut.  m 
prUgraph. 

jn  oppm  Jnj^,. 
èritm,. 


V.  îmfm.  i» 


t%  Médecine. 

Hygéc,  comme  il  paroît  dans  pluficurs  médaillés  Grecques 
&  Latines ,  &  particulièrement  dans  une  médaillé  de  l’Empe- 
reur  Gecaj  où  ce  petit  Dieu  eft  debout  entre  Elculapc  5c  Hy, 

fée  ,  coefFé  d’un  petit  capucbon:  Car  quoy  qu’il  ne  fût  qu’une 
e  ces  Divinitez  qu’on  appeloit  Mimmm  gentium  y  il  ne  lait 
foitpas  d’avoir  un  Temple  à  Pergame  ,  comme  on  le  peut 
voir  dans  une  autre  médaillé  de  Caracalla.  J’obferve  encore 
le  N  E  iK  A  E  û  N  K I A  B.  ï  A  N  C  K  dc  PEmpereur  Adrien  av  ec  l’Ef- 
culape  ôc  la  Santé  ,  ce  qui  me  fait  fouyenir  de  i’inftance  qu’il 
failbit  à  fes  Médecins  pour  le  faire  mourir  ou  pour  luy  ren.* 
dre  la  faute.  A  quoy  on  peut  ajouter  cette  Bazc  trouvée  de. 
puis  peu  proche  des  termes  de  Trajan  avec  cette  infçripdoti* 

Æ  s  e  u  L  A  P  I  O  S  .  E  .R  V  A  T  O  R  i 
DONARIA  P.RO  S  AL  UT  E 
.'RESTITUTAGRATIÀ- 
R  U  M  CL_  A  C  T  I  O  N  E 
NiO  P  M  ED  E  S  J^  E  DiC  U  S  OTEE  RT. 

pT rois  autres  .  encore  qui  font  au  fujet, 

PEBRIDIVÆ  FEBRI 
EANCTÆEEBRI  MAGN.® 

C  AM  IL  LA  ÀM  AT  A  P  RO 
FI  LlO  ,MA  Li  A  F  F  E  CTO 

minervæ  m_emori 

'  C  ÆLIA'  JULIAN  A 
-INDULGENT.IA 
•MEDICiNARDM 
E  JUS  IN-FIRMIT  ATI  ‘ 

GRAVI  libérât  A 

P-  P  '  '  /  - 

SACRUM  N  U  MI  NI  APOLLjNiS 
L.  N  Æ  V  I  US 
SEC-UN  D  INUS 
.f  RO  SALUTE  SÜO  RrU  H 
"  T.  Y.M.  v:-  '  '  -  ^ 

.V.S.  L.  M. 

Mais  ce  qu’il  y  avoir  de  plus  myfterieux  8c  de  plus  fingulier 
dans  les  facrifices  qu’on  faifoit  à  la  Santé ,»  eft  qu’il  eftoit  per¬ 
mis  d^y  employer  .toutes  fortes  d’animaux ,  au  lieu  qu’on  n’en 
fâcrifioit  ordinairement  aux  autres  Divinitez  que  de  l’efpece 
qui  leur  convenoic ,  le  taureau  à  Jupiter ,  le  belier  à  Mars,  Iç 
coq  à  Efculapc  ,  le  tigre  à  BaccHus ,  Je  pigeon  à  Venus  ;  8cc. 
comme  fi  on  eût  voulu  marquer  pat  cette  diverfité  8c  cette 
quantité  de  vidirnes  qu’on  immolok  à  la  Santé  ,  qu’on  fait 


Première  Far^  Chsip.  I  V, 

toates  chofes  pour  guérir ,  &  qu’il  n’y  a  rien-  qur’on  n’ejaap-Loye 
quand  il  s’agit  de  la  vie. 

;  Finiflbns  par  le  fameux  a  n  s  t  o  n  a  e  t  r  i  a  i  sr  e  r  n  du  fa  - 
meux  Temple  de  Delos ,  &  enfin  par  cet  t r  e i  a  gravé  fur  le 
Tombeau  de  Leon  le  Grand  Empereud:  de  Conftancinop-le  > 

dont- OH  pourroit  dire  avec  raifon  }  - 

a  fa^o  a,mato  ér  homrato  tantà.  Torq.  Tajfo  cm. 

En  effet  quelque  horreur  qu’on,  ait  naturellement  du  tombeau, 
on  attend,  cerne  femble^afiez  dQucementîamortavcçla  fanté, 

B^llo  enco.  e  l^horrore.  ^ 

•’  ■*  ihd.  Cantfi  toi 

.  - - -  -r-- - - - T’— - - - - ,.i  ,  _  - - -  Jima.  lOr 

GHAFITRE  IV.  \ 

We^  l’excellence  de  la  Medecme  ptr  eUe-mme  j^  pm  lesffmdi .  *: 

perjonnâgei  (pi  lomprofeffée  m  qp  en  ontjét  Æ  *  - 

SI  la  Medecineeil:  l’ouvragedu  Tout-puiffant,  comme  nous 
l’avons  remarqué  c  y- de  vaut  3  fi  elle  eH  loüée&recom-- 
mandée  par  le  faint  Efprit  3  s’il  ordonne  de  l’honoreir  à  ceux  Aaéqaatït  îlii  e* 
mêmes  qui  n’en  ont  pas  encore  befoln:  fi  vfélon^Câffodore elle 
fait  tout  ce  que  les  rich:effes,qui  font  tant  déchoies,,  ne 
V  cnt  faire  3,  &,  fi  même  les  fages  Faïeûs  reconnoÂirQient  qn  éj  le  *  1  “os  f“- 
,eft  un  prefent  dés  Dieux»  ôc,  là  main  qu’lLs- 

bkment  aux  hommes  pour  fe  relever  quànd  ils  font  tonibex  mtaccspoffun^^ 

dans  quelque  infirmité.  Si  dif-ie  elle  a  tous  ces  avantages  ^  cagvU. 

dequef  prix  ne  doit-elle  point  eftre  dans  le  monde  >  rPro^/;#/ 

de  ultimk  finik  terr£  pMium  ejus.  Mais  de  plus  fi  nous  confide^ 

ronsque  pour  en  avoir  une  connoiflànce  parfaite -,  il  faut  fe^ 

connoitre  foy-mérae  3  qu*il  faut  fe  donner  la  peine  dé  fonder  '■ 

ce  profond  abîme  3  qu’avec  cette  connoiffance  il  faut  encore 

avoir  celle  de  tous  les  remedes  ,  occupation  à  laquelle  une.  ‘ 

longue  vie  peut  à  peine  fuffire 3  qu’aprés  eftre  pour  ainfi  dire 

entré  dans  l’homme  &  dans  les.  corps  fublunaires,  il  faut  mon-  in  MéScà  auiia 

ter  jufqu’aux  globes  celeûes  r  en  un  mot  polTeder  cette  fameu-^  potcft  effe  pecfc- 

feEncyclMcdie  que  de  grands  perfonnages  demandent  pont 

la  connoiflance  de  cet  Art,  pénétrant  jufques  dans  les  facuE  mini  viam  munie 

•tez  &les  fondions  du  divin  reffort  qui  fait  agir  ,  pour  ainfi 

parler,  la  machine  du  corps  humain.  Si  nous  confiderpns,  dif  tic.  e.  i6. 

jc  jtoutcelaj  jedemandeft  tant  de  peines  &  de  difficultés  ne  TiraquetUeNahi- 

xnarquent  pas  l-excellence  6c  la,  digmté.  de  la,  Medecineï  Auffi 

Cij 


10  EJJals  de  Médecine", 

t  deiege  é*  /.  de  ^ft-cc  pouf  cck  quc  Ic  grand  Hipoerate  a  écrit  que  la  Mc- 
iédetem.  ormt.  dccinc  cji  la  cfpofe  du  monde  ^ui  mérité  le  plus  quon  lejîime  ,  ^uoy 
qu*en  penfent  les  ignotans  j  quelle  peut  rendre  un  homme  accompli 
dans  Vétude  de  la  frgejfe  dont  elle  ejl  la  fœur\  Que  Pline  tombe 
d’accord  quelle  commande  même  a  ceux  qui  font  prepofez,  pourcom^- 
ê»  i/^oge.  mander  :  Que  Galien  foûtient  qu'elle  eji_  un  Art  des  plus  honnêtes 
é^des  plus  Uheraux  ;  '.quelle  a  même  quelque  chofe  de  grand  de 
majeflueux  ,  qu’il  /eint' agréablement  que  Mercure  luy  do7tna 
.  la  première  place  dans  une  affemblée,  mettant  fort  au  deffous  d'elle 
. -  ,  .  tout  ce  qui  ne  dépend  que  de  la  fortune.  C’eft  encore  pour  cela  que 

sîcut  Medicînæ  Senequc  eft  encré  Prbeureulement  dans  le  fens  de  la  verfioa 
àpud  «gros  etiam  ^j-^be  du  paffa^e  de  rEclefi'afte,  ouç  nous  venons  d’âlleguer.j 
eL  seaee.  m  Ep.  &  quetapt  d  autrcs  grands  hommes  ont  écrit  .qu  eUç  eit  ,nnç 
.^i^MLueiL  ^  d'ifëîpline  qui  ne  cede  à  aucun  autre,  non  feulement  en  ntili- 
'tûendav7httidinê.  i  mais  encore  cupolitelPe  ôc  en  agréement,  Mais.ee  qu’il  y 
^umtH.mdeeiam,  a  de  plus  admirable,  c’eft  quelle  force  pour  ainfi  dire  quejU 
\u»Tï  qdefois  par  des  cures  furpfenantes  les  ordres  de  la  nature. 

ifid.  eeltifioi.  Ha-  -Ce  n’eft  pas  toutefois  (  pour  ne  laifTer  aucun  fcrupüle  fua? 

^Cardan  pcnfée  )  quc  jeçroye  qu’il  faille  prendre  à  la  lettre  cc 

, qu’on  raconte  de  certains  Médecins  ,  qu’ils  ayent  en  efFee 
-xenduda  vie  à  des  morts  *.  car  .outre  que  les  faintes  Lettres 
iious  apprennent  que  les  morts  ne  reviennent  plus  ,  &  qu’il 
îfèft  pas  au  pouvoir  dés  Médecins  de  les  relFufciter.  Il  eft' en-  ; 
core  yray  que  les  exempfes  qu’on  allégué  ^en  faveijr  de  ces 
Médecins  font  équivoques  &’ fondez  fur  un  refte  de  chaleur 
"  naturelle ,  qui  pour  eftre  comme  enfeveiie,  nelaiflc  pas  d’a¬ 
voir  une  force  h  une  vertu  vitale.  Je  tombe  dif-je  d^accord  de 
cela ,  mais  ne  voit-oiT  pas  auffi  )  qu  encore  qu  il  n’y  ait  que 
SifcïSt  lîîrdf  E)ie:U  qui  ait  le  pouvoir  de  vivifer  &  de  mortifier^  les  foins  de 
aiîationem.  lâ  Medccine  ont  f avantage  de  retarder  quelquefois  la  mort 
de  plufieurs  années,  &  qu’il  n’y  a  pas  une  difFerence  trop  ; 
.  grande,  çiifre  retenir  Famé  prefte  de  partir  ,  &  la  rappeller 

TSê  quand  elle  eft  partie?  On  pourroit  encore  ajouter  à  tant  d’a- 

\  vantages  de la-Medecine,  que  le  Dieu  vivant  a  bien  voulu  fe 
nommer  le  Sauveur  des  Ifràël!tes,&  que  fon  Fils  unique/dans: 
lequel  font  enfermées  toutes  les  fciences  humaines  avec  les  au- 
trçstrcfors  dé  fa  fageffe  infinie ,  ne  s’éft  fait  appeller  ni  Philo^ 
fophe  ,  ni  Jurifconfulte  ,  ni  Matheafaticien  ,  ni  Orateur,  ni. 
Poëte  ,  ni  Hiftorien ,  mais  Sauveur  i  Pertranfibat  benefadendo  é* 
"fmmdo,  AplTi  eft-'cc4à  h  eara^ere  le  plus  fenfibk  de  la 


Premiers  Partk,  Chap.  IV.  ii 

^yinité  5  ç’eft  par  là  qu’il  attire  les  liommes  à  luy  :  carquoy 
qu’il  le  fa{rc  d*une  maniéré  furnaturelle ,  ce  qu’il  fait  ifeft:  pas  i 

moins  la  Medecine  du  corps  ,  que  celle  de  l’ame  3  ç’eft  tout  ce 
.qu’il  entreprend  de  faire  pendant  fes  voyages,  &  les  trois  an¬ 
nées  de  fa  vie  connue  ^  higc  meta  laborum  ,  il  guérit  les  paraliti- 
=ques  3  les  aveugles  ,  les  lunatiques ,  ôc  les  poffedez  :  Omnes  lan~ 
guores-,  omnes  ogpreffosa  Diabolo  !  mais  il  ne  s’abaiiTe  jamais  juf- 
qu’à  donner  Jes  biens  de  la  fortune.  Il  na  pas  de  remede  pour 
la  paiivreté  que  les  hommes  -regardent  comme  le  plus  grand 
des  maux ,  &  qu’il  regarde  comme  un  bien  ,  jufqua  vouloir 
.que  les  riches  même  1  aiment  au  milieu  de  leur  abondance.  Il 
n'enrichit  point  ni  Obed--Edon,  parce  qu’étant  la  réalité  de  ce^ 
dont ,  l’Arche  n’étoit  que  la  figure  3  il  a  bien  d’autres  biens  à 
f  .donner  que  les  richefies^la  grâce  feule  des  Santez  étant  infini¬ 
ment  au  defius  de  toutes  les  grâces  de  la  fortune.  Mais  vou- 
droit-on  quelque  preuve  . convaincante  fenfiblcde^’excellen- 

,ce,  delà  noblelTej  &de  l’utilité  de  la  Medecine?  On  n’a  qu’à 
faire  reflexion  fur  çe  qui  fe  pafiTe  dans  Ehomme  à  cet  égard; 

Car  n’eft-il  pas  yray  qu’on  fouhaite  naturellement  d’eflrre  Mé¬ 
decin?  Que  chacun  a  inclination  de  donner  des  avis  aux  mala- 
des  5  6c  quonlçs  donné  naturellement?//  ny  a  rien  ^  dit  un  bel  w/.  e.  ïs.. 
Elprit,  dont  on  [oit  Ji  liberal  e^ue  de  fes  confeils  :  mais  de  tous  ces  Penfées  de  u.  J>. 
confeils  qu’on  donne  fi  profufement ,  on  peut  dire  avec  vérité 
qu’il  n’y  en  a  pas  qu’on  donne  fi  fréquemment  &  fi  facilement 
x]uç  ceux  qui  roulent  fur  la  fàntfé ,  témoin  le  plaifant  du  grand 
Duc,  qui  trouva  tant  de  Médecins  dans  Florence  en  fi  peu  de 
4:ems,.  Il  n’y  a  donc  pas  lieu  de  s’étonner  fi  les  Egyptiens  & 
nprés  euX'tant  de  fages  nations  ont  ordonne  des  fâlairés  tirez  ^ 

du  trefor  public  ,  à  ceux  qui  faifoient  profefiîon.  de  la  Méde¬ 
cine,  jufqu’à  fonder  des,  écoles  pour  l’inftrudion  de  la  jeunefi- 
fe  qui  s’adonnoic  à  cette  feience,  fi  les  malades  obeïfldient 
aux  difciples  d’Efculape  comme  des foldats  à  leurs  Officiers, 

6c  comme  des  fujets  à  leur  Souverain ^  6c  par  confequent  fi  l’on 
peignit  depuis  ce  tems-là  les  fameux  Médecins  la  couronnefur 
la  tête, ^puifque  Pline,  comme  nous  l’avons  cy ^devant  remar^ 
que  avoué  que  la  Medecine  a  feule  le  privilège  de  donner  des 
loix  a  ceux  qui  les  font  3  que  Caffiodore ,  fait  dire  à  ïbn  Prince 
en  faveur  de  fpn  Médecin  ;  Nam  .licetalii  Jùb  fch  jure  ferviant  ^ 
ta  rerum  Domino  fludio  frajlanùs  5  qu’on .  avoir  dit  long- 

tems  avant  ces  Auteurs,  "  ^ 

'  C  iij 


0X  Empedoc. 


Hernie.  îmtlutnd 
Trederic.  I V.  E^*- 
Sortm  laUtimtn, 


lAareellus  Eaîin-i 
gen.  Stellat.Zûdiac. 
vh.hHm,i»Ltene.^ 


ChrenclcgÎM  jUt- 
dicerum. 


J>e  vitis  illnSir. 

Medimwm. 


13  Effais  de  Médecine. 

Bt  Medici  m  fedks  qui  homimm  terrejlrihus  infune 
Wm  exijlunt  Dit  quorum  junt  muximi  homres . 

Ht  que  deux  autres  Poètes  ont  dit  il  n^  a  pas  long  tems , 

Stat  primo  Meduina  loco ,  reliquafque  vetu^o 
Jure  fuperb a  praiâ ,  Jiquidem  cum  prima  futuro 
Omnipotente  manu  junôïa  ejjent  Jemina  mundo 
Jamque  recens  tellus ,  vernantem  condita  vultum 
Induerat ,  turpe  ante  ,  nef  as  !  morbofque  nefanda 
Culpa  carnifices»  ante  ipfa  exordia  gentis 
Humana)  Medicina pari  mox  tèmpore  cæpit. 

S it  bonus  é'  do5ius  MedicuS)  Medicina  parahit 
Suficiens  lucrum  Domino,  morbofque  fugabit. 

Hane  elim  Phachus  coluif,  Phobdus  atque 
Biiius,  hac  fe  fe  immortali  mmine  âigni 
Mffecere ,  hanc  ^  didicit  Chironis  alumnus 
^uamvis  Bacida.quamvis  Nercide  natus. 

Mac  fuk  itiujiris  Paon,  clarufque  Machao. 

Mgregius  Medicus ,  mendicus  non  erit  mquam 
Adde  hoo  qmd  plena  eji  occulta  cognitionis 
Ha-c  forum,  herbarum  tJapidum  fecreta  recludit' 

Bt  qmdquid  tellus  intra  fua  vifeera  celat- 
Pe^picit  ,  ae  wres  natura  pro  vida  pandit. 

Corforis  humant  partes  confderat  omnes , 

Bt  reofocat  muhos  regnum  ad  Plutonis  ituroS. 

Brgo  quid  hdc  potmsfapientem  [cire  licehit  ? 

^fnm  folum  animos  pofft  fanare  medendo, 

Bertm  etiam  membris  agris  prode^e  medendo. 

Ce  fera  donc  pour  confirmer  tant  de-  veritez  glorieuses;  à  ia 
Medeeine,  par  des  exemples  particuliers  ,  &  par  des  inductions 
plus  fènfîbles  ,  q^e  tout  ce  que  nous  avons  dit  cy  devant ,  que 
je  vais  faireune  Hifloire  C.ronologique  des  Médecins  »  où  je 
m’arrefteray  particulièrement  à  ceux  d’un  mérité  diftjngué  >cp 
que  j’entreprens  d’autant  plus  à  propos  quil  ne  s’eft  trouvé  pey-. 
Ibnne  jttfqu^à  prefent  qui  ait  travaillé  avec  quelque  exadituâe 
à  ce  deffein.  Car  fi  Wolphan^us.  Juftus  y  a  mis  la  main,,  il  èfl: 
certain  qu*ii  n’eft  pas  exa£t ,  &  qu’il  s’eft  trompé  dans  ce  wi' 
regarde  la  Chronologie  &  bien  d’autres  faits.  Joànnes  Neander 
n’a  fur  cette  matière  qu’un  projet  fort  ma]  ordonné.  P^trus 
Çaftellanus ,  quiavoit  écrit  Iqng-temps  avant  ceux-là ,  n’çft  pas 


Premkrè  Partk.  Cliâp.  IV.  2.3 

pliis^xact  dans  Tordre  des  temps.  Andréas  Tiraqi\iellus  ,  n’cït  ^  nebilime:^ 

{  dans  ce  qu’il  a  écrit  fous  le  titre  de  Smcejjio  McUcomm  de  mé-  caf.  31. 
nie  que  dans  Ton  NomemUrn^  Meà'mmmfer  Alphabemm  )  qu'un 
.chaos ,  dont  on  a  peine  à  percer  l’embarras  pour  en  tirer  quel^ 
que  lumière.  Je  fçais  à  la'  vérité  queBarthoL  Mozerus,  Otho 
Brunfelfius ,  Ifrael  Spachius  Andr.  -Chioccus  ,  Jacobi  Miii- 
chius ,  BarthoL  Vvalthexus,  Robert.  Gonftantinus,  Joan.  Sam*- 
"bucus ,  Joan.  Spitbonius  ,  Joan  Sebardus  ,  Jofias  Simiérûs , 

Laurenî.  Jôubertus  ,  Melchior  Adamus  ,  Petrus  Lambecius 
Symphor,  Campegius  ,  Gerardus  Voffius  ,  German.  Conrin- 
.gius ,  Francifc.  Ranchivus ,  Renatus  Mordus ,  ont  écrit  les  vies 
de  quelques  Médecins  s  mais  outre  que  la  plufpart  n’ont  faic 
.que  pad'er  fur  la  matière,  les  uns  ne  fe  font  arreftez  qu’aux 
Médecins  de  leur  tems,  &  les  autres  qu’à  ceux  deièur  pa'is  , 

’üaiverfitez  ou  Golleges^  ehacun  fuivant  ie  fyfteme  qu’il  s’elfc 
,fâir.,  fansfe  mettre  fort  en  peine  deia  Chronologie,  Ajoutez 
que  les  mémoires  de  certains  Auteurs  qui  eulfont  pu  fervir  à 
ce  dedein ,  de  que  Henricus  Meibomius  marque  dans  fa  lettre 
à  Idieronim.  Velfchius  Médecin  &  Hiftorien  d’Ausbourg  , 
font  perdus.  Car  quant  à  ce  qu’a  marqué  *  Lypenius  touchant  *  Fr*fat. 
le-delTein  de  Joan.  Meibomius  fils  de  Henricus >.  celuy  de  hliothec..  naîh, 
Hyeronim,  Velfchius  ,  5c  celuy  même  de  M’^.  l’Abbé  Ménagé;  il 
faut  fçavoir  que  les  deux  premiers  ne  purent  executer  le 
dçffein  d’écrire  l’ H illoire  Chronologique  des  Médecins ,  par¬ 
ce  qu’ils  manquèrent  de  mémoires  &  defecours,  ôc  qu’enfin 
ils  furent  prévenus  par  la  mort,  comme  il  parroift  par  Tépi- 
dlre  que  Henric.  Meibomius  a  écrite  à  Hyeronim.  Velfohius 
fur  ce  fujet  ,  6c  par  la  réponfe  qu’y  fît  celuy-cy.  Pour  M^  ^ 

l’Abbé  Ménagé,  Lypenius  n’a  pas  fçû  que  ce  que  ce  fça  vaut' 

Jiomme  a  ramaffé  de  divers  Auteurs,  n’eftque  la  matière  des 
.vies  de  plus  de  quatre  cent  Médecins  ,  la  plufpart  anciens , 

^  qu’il  n’y  a  rien  dans  ce  manuferit  qui  regarde  THiftoire 
chronologique  des  Médecins ,  Tordre  cflanc  purement  Alpha¬ 
bétique,  Mais  pour  cela  je  ne  dois  pas  pafTer  fous  filence  que 
comme  ce  manuferit  efè  plein  de  bonnes  chofes  ,  il  m’a  efté 
d  un  grand  fecours,  &  que  j’eufTe  encore  pu  en  tirer  bien  des  ^ 
éruditions  ,  fides  Vers  &  des  paffages  de  Poëtes,  d’Orateurs* 
d’Hiftoriens  &  de  Perès  Grecs  euffent  pu  entrer  dansün  Ou- 
yrage  que  j  ay  compofé  en  François,  &pour  les  François.. 

Comme  je  ne  fais  donc  icy  qu’une  HiRoire  Chronologique 


de  Koblit..  cap. 

V.  epifi..  Henrtct 
Meihom.  ad  'H.ier. 
Ve^lfchium. 

V.  ^o0am  de  hî- 
fteria.  Lapm. 


*  ¥Lott'mg.AnaleSî. 
Hijîorice  Théolo¬ 
gie.  pag.  ic,  1 ,  dif¬ 
féré.  6. 


14  '  Meiecme: 

&  non  pis  des  vies  de  Médecins,  ôc  que  d’autre  part  on  auroit 
prefque  auiîi-tôc  compté  les  aftres  dit  Ciel  que  ceux  de  la 
Médecine,  j’imiteray  ceux  qui  chaflent  dans  une  grande  fo-. 
reft  ,  ou  qui  pefehent  dans  un  grand  étang  ,  aulqiiels  il  doit 
fuffire  d’avoir  cherché  fort  exadement  fans  s’opiniaftrer  à, 
vouloir  trouver  &  prendre  tout  ce  qu’il  y  a  de  caché.  Ainfi  je 
rne  contenteray  de  marquer  dans  ce  Chapitre  tous  ceux  qui 
fe  font  rendus  eonfîderables  dans  la  Medeeine ,  n’oubLiant  pas 
même  les  défauts  des  Médecins,  que  les  Poètes  &;  les  Hiho- 
riens  font  entrer  dans  leurs  indudions ,  feints  ou  véritables,, 
pour  donner  en  pafl'ant  du  relief  aux  vertueux,  &  pour  inf- 
pirer  aux  vivans  une  jude  horreur  des  imperfections  des 
morts.  Quant  à  ceux  qui  ont  approché  de  noftre  fiecle  ,  je  ns 
feray  que  palTer  legerement  fur  leurs  noms  , .  fur  leur  patrie  & 
fur  leurtems  j  parce  que  le  nombre  de  ceux  qui  ont  paru  de¬ 
puis  le  treiziéme  fiecie  jufqu’à  prefent  ,  eft  fi  confiderable  , 
qu’il  faudroit  des  volumes  entiers  pour  les  marquer  exade- 
ment,  outre  que  les  vies  de  la  plufpart  lê  trouvant  au  comi- 
mencement  de  leurs  Ouvrages,  ou  dans  des  Auteurs  particu- 
iiers  ,  les  curieux  y  pourront  avoir  recours.  Car  quand  pai* 
exemple  on  n’auroit  à  parier  que  des  Chimiftes  Scdss  Arabes-, 
qui  nefçait  qu’il  y  a  une  infinité  de  ces  derniers  dont  les  noms 
feiils  font  fatigans,  &  qu’il  efl  difficile  fçavoir  ,  ou  le  dode^ 
.André  Tkaqiieau  a  pris  tant  denonas  bizarres  d’Arabes  &  de 
Juifs  dont  li  a  rempli  fo-n  recueil,  fi  ce  n’ed  peut-eftre  dans 
l’Hiftoire  compoféepar  Ben-Cafendode  Arabe  ,  ôc  dans-celle 
de  Leon  l’Africain  ,  dont  les  originaux  gardez  dans  les  Bic 
bliotheques  de  Leyde  &  de  Florence  ,  peuvent  avoir  efté 
cammuniquez  par  extrait  à  ce  grand  Jurifcbiifulte.  Et  a  ce 
propos  j’avercisdcy  j  que  quant  à  l’ordre  de  cette  hifioire  ma- 
nufcrite  gardée  dans  , ces  Bibliothèques ,  je  n’entreprens  pas  de 
fuivré  ce.  grand  delFeln ,  non  plus  que  celuy  d’Alpagus,  qui  fe-^ 
Ion  le  témoignage.  d’Henricus  Meibomius  en  l’épidre  cy-de- 
vanc  alléguée ,  en  avoic  compofé  une  qu’il  n’a  ni  achevée' ni 
fait  imprimer  y  piïifque  quanti  ce  Ben-Cafen  il  a  fait  une  H'- 
iftoire  generale  des  Médecins  félon  les  nations  ,  entreprife 
d’une  trop  grande  difeuffion  pour  mo-n  defiéin  ,  ôc  qui  ne  re¬ 
garde  pas  la  Chronologie  en  particulier ,  &  que  tout  ce  que  j’en 
puis  dire  après  *  Hottinger  pour  fatisfaire  le  Ledeur  en  pafiant,' 
efi:  qu  d  divife  cet  Ouvrag,e  en qttawe  Parties,  où  il  traite  dans 

^  ^  la  première 


frmiere  Vanîe.  Chap.  IV. 

%Si  preffiiefC  »  l’origine  de  la  Medecine  j  dans  la  fécondé ,  des 
premiers  Auteurs  de  cet  Art  j  dans  la  troiUémei  des  Médecins 
Grecs  de  la  race  d'Efculape  f  dans  la  quatrième  ,  des  difciples 
d’Hippocrate  3  dans  la  cinquième  ,  de  ceux  qui  ont  paru  de¬ 
puis  Galien  3  dans  la  fixième  ^  des  Médecins  Chrétiens  d’Ale¬ 
xandrie  3  dans  la  feptiéme  ,  de  ceux  qui  ont  fleuri  depuis  le 
Mahometifme  3  dans  la  huitième  ,  de  ceux  qui  fe  font  rendus 
confiderables  au  tems  des  Abaffides  3  dans  la  neuvième ,  des 
Metaphraftes  ou  Tradudeurs  des  Livres  Grecs  &  Arabes  ÿ 
dans  la  dixième  ,  des  Médecins  de  la  Mefopotamie  &  de  Ba- 
bylone  3  dans  la  onx,ième  ,  des  Barbares  3  dans  la  douzième  * 
des  Juifs  3  dans  la  treizième  ,  des  Africains  >  dans  la  quator-- 
ziéme ,  des  Egyptiens  3  ôc  dans  la  quinzième ,  des  Syriens. 

Quant  au  Comput  Chronologique  ,  je  fuivray  Scaligèr  ,  les 
Peres  Petau,  SalienÔC  Torniel  Jefaites  &  autres*  Modernes 
qui  conviennent  à  peu  près  entre  eux  Sc  avec  la  plufpart  des 
Chronologiltes ,  des  Olympiades ,  6c  de  la  fondation  de  Rome? 
parce  que  je  ne  vois  gueres  de  Médecins  avant  ces  fameufes 
Epoques  ,  qui  ne  foient  en  partie  fabuleux,  ôc  d’un  tems  in¬ 
certain  ,  6c  que  cette-  maniéré  de  compter  efl:  plus  méthodi¬ 
que  6c  plus  intelligible  pour  les  Ledeurs  qui  en  font  la  pluf- 
part  prévenus ,  que  celle  de  quelques  Modernes  ,  qui  fe  font- 
avifez  depuis  quelque  tems  ,  de  faire  le  monde  plus  vieux  de 
quinze  ou  de  dix  huit  flecles  ,  qu’on  ne  le  croit  communé¬ 
ment:  Car  quoy  que  j  e  ne  doute  pas  que  ces  Auteurs  n’ayent: 
quelque  raifon  de  compter  ainfi  3  je  crois  qu’il  fera  à  propos 
d’attendre  encore  de  nouveaux  èclairciflèmens  fur  cette  ma¬ 
tière  3  6c  quant  à  ce  qu’il  y  a  de  fabuleux  dans  l’Hiftoire  des 
plus  anciens  Médecins  ,  tout  ce  que  je  puis  faire  ,  efl:  de  t⬠
cher  à  dëbroüiller  ce  cahos  pour  en  tirer  quelques  lumières, 
laiflant  à  de  plus  heureux  6c  de  plus  habiles  ,  à  retoucher  eer 
endroit  qui  n’eft:  pas  le  moins,  diflicile  de  mon  Ouvrage. 

Nous  avons  déjà  marqué  en  palTant  qu’encore  que  le  peuple 
ne  fût  pas  ignorant  dans  la  Medecine  chez  les  Egyptiens ,  il 
n’eftoic  permis  qu’aux  Prefl:res,6c  aux  Princes  dé  l’exercer 
publiquement.  C’eft:  pourquoy  on  a  cm  qu’un  Hermes  ou  Mer¬ 
cure  furnomméTrifmegifte,  Roy  ,  Prefl:re6cLcgiflateur,efl;oii 
l’inventeur  de  cette  fcience.  Pourmoy,  fans  vouloir  prendre 
parti  pour  ce  perfonnage  ,  ni  le  vouloir  nier  aufli  abfolument 
que  quelques  Auteurs  ont  fait  >  jç  ma/queray  fimpiement  ici* . 


Ejjais  de  Médecine, 

.  ce  qu’on  en  a  crû  chez  les  Egyptiens ,  les  Grecs ,  les  Latini, 
'^hiumXenT&  &  enfin  dans  ces  derniers  fiecles.  Les  uns  ont  donc  crû  que 
progrefa  chymu ,  OU  Eiioch  eftoicnt  le  premier  Mercure,  &  le  véritable  j 
^  Fran-ÿc  F atri.  ^  c’cftoit  luy  oui  avoit  planté  Ics  fameufes  Colomnes  doiK 

Tnfmepf.  ont  tant  fait  de  bruit  ,  ^  qui  ont  efté  d’un  fi 

grand  fecours  pour  les  Egyptiens.  Les  mêmes  ont  crû  que  No.é 
eftoit  le  fécond  Mercure ,  que  Chanaam  fils  de  Cha.m ,  qu’ils 
font  inventeur  de  laChimiej  ÔC  Ereftre  d’Ifis  ,  d^’Apollon 
F.  Mùmicum  d’E.fculape,  eftoit  le  trpifiérae.  D Autres  ont  foûtenu  qu’il  n’y; 
çarmeiitm.  i.  de  ayojt  que  deux  MerGures  ,  tous  deux  Egyptiens  Roy  s  de 
xhebes,  quoy  que  d’autres  y  ajoûtent  un  Babylonien  :  ;C^uc  ie 
premier  de  ces  deux  Egyptiens  furnommé  le  Vieux ,  fut  Con- 
feiller,  êC  :Precepteur  d’Ifis,  &d’QfirisRQys  d’Egypte: Q^’il 
fut  inventeur  des  Lettres  ôc  du  culte  de  Dieu  >  &  qu’il  vivait 
environ  le  tems  d’ Abraham  ,  ayant  efté  auditeur  du  vieus:, 

,  ^  Saturne  qui  eft  noftre  Noé  j  &  que  quant  au  jeune  Mercure., 

fh  'ft  fut  petit-fils  du  .vieux  ,  ^  -auteur  comme  fon  ayeul,  de  qûeD 

Iqiies  traitez  de  Médecine  ,  de  Philofophie ,  4c  de  Theojogi^^ 

V  &  peu  moins  ancien  que  Moyfej  4c~qu’iLfut  Lurnommé  TriR 

megifte,  non  pas  pour  avoir  efté,  (Comme  d’autres  l’ont  crû* 
F.  stohmufn.  Roy  ,  Preftre  >  4c  Philùfophe  ,  ni  -pour  avoir  écrit  pxe- 
é'  Sttidüm.  in  U-  miér  .de  la  Trinité  ,  mais  par  une  maniéré  de  j’exprimery 
aflez  ordinaire  aux  .Grecs  4c  aux  d^atins  quand  il  eft  queftion 
Terque  qi^aterÿie  (^oy  quftl  en  .fo  ce  Mercure  a  eû  des  noms 

be^cus.  differens  chez  les  Egyptiens  4c  les  Phéniciens ,  qui  en  ont  fait 

leur  Thoot,Thoyt  4c  Thaautus, 4c l’Inventeur  delà  Medecine.\ 
;Ge  qu’il  y  a  d’alluré ,  eft  que  les  Grecs  ont  fait  de  Mercure, 
quel  qu’il  foit ,  non  feulement  un  Hermès  marqué  dans  unein^ 
/  :huicé  demonumensântiques,mais,encorepluLfieLir.sMereures,' 
par  leurs  inveiinonS:fabuleufes  ,4c' qu’ils  ont  .gâté  4c  obfcurci 
tout  ce  qu’il  y  pouvoit  avoir  de  vray  ,  4c  tout  ce  qu’en avoient 
.-crû  les  Egyptîcns;j  4c que,c’eft  pour  cela  quede  grands  perfon» 
liages  ,>tant  du  Paganifme  que  du  Chriftianifme  ont  eû  bien 
de-:la  peine  à  démêler  le  vray-des  Mercures,  d’avec  les  fables 
de  ces  Grecs  :  Gar  enfin  tant,  d’ Auteurs  graves  ont  donné  de 
tout  tems  dans  les  Mercures  Egyptiens ,  que  pour  venir  à no' 
tre  tems,  le  fameux  Profefteur  en  Philofophie  Prancifeus  Pa- 
tritius  Romain  a  non  feulement  crû  qu’il  y  avoir  piuficurs 
Egyptiens ,  mais  encore  qu’un  de  ces  Mercures  eftoit 
•Auteur  d’une  Phftofophk,  que  ce  Profefteur  a  enfeignèe 


,  Frmlere  Pdrrle.X2h3.ip.  IV.  %y 

aMiée  au  Pape  Grégoire  X  I  U.  6c  dont  il  a  donné  an  Public 
le:5  extraits  illuftrés  d’une  fort  belle  Préfacé, ou  il  fe  déclare  fMrïùt 

jtour  ces  Ouvrages  ,  comme  pour  de  véritables  produdions  "’'”^^’ 
de  refprit  de  Mereure  dit  Triîmegifte ,  &  où  il  fe  vante  d’avoir 
corrigé  une  infinité  de  fautes  dans  les  éditions  de  Marcille 
Ficin  ,yê£  dtf  de:  Foix  de  Candallc  Eveque  d’ Aire  5 

Xurquoy>  il  ne  faut,  pas  oublier  en  faveur  du  Mercure.  Egyp¬ 
tien  que  le  fçavant  Hotdnger  aFure  que  Mahomet  Beu- mc  i« 
aécrit  qu’un  Mercure  R.oy  d’Egypte  a  iailTé  des  Ouvrages  ,  i;iv 
dont  les  Arràbes  &  les  Perles  conlérvenc  une  T radudion  dans 
leurs  Bibliothèques.  Mais  Pàtritius  n’a  pas  efté  le  feül  de  no- 
ifre  fiecle  qui  ait  pris  l’alfirmatif  avec  chaleur  pour  Mercure 
Trifmegifi:e  ,  puiiqu’iF  n’y  a  qu’en virôn  quarante  ans  Ique  ; 

Monfieur  Padet  Profeireur  en  Phiiorophie  à  Paris  i,  fé  mit  zn  P étrm  Pade-^ 
-tête  d’eîifeigner  la  Philofbphie  de  Trifmegifte  ,  ôc  donna  au  tlus. 
public  nonEeulément  un  Traité  fur  fes  principés  j  mais 

ciicore  desextraîts  de  tous  les-- Ouvrages  qu’on  luy  ? attribué  ,  > 
qu’il  fit  imprimer  en  faveur  de  fes  écoliers ,  avec  Une  Préfa¬ 
cé  pù  il, marqu  oit  tout  ce  que  Platon  en  arvoit  écrit  fous  le  ‘  în^TUdon. 
lîom  de  T heuth ,  K  tont  ce  que  Giceron ^  Jamblic  , . 6c  mé-- 
jme  Te  rtullienj  Eu  febe  5-faint  Augufbin  &  Suidas  en  a  voient  Eufeh.  prAfa'r.  e- 
penfé ,  pour  ne  point  parler  de-  Marcille  Fkin  ,  du  ^Seigneur 
dé  Foix  de  Candale ,  de  Pat-ritius ,  &  de  plufieùrs  autres,  - .  ■  dv^.  dJ.  /.'is. 

C^ependant  J,  Goropiiis  Becanus  f^avant  Philolbphe  .6c  Me-  3?* 
dëcin  du  fiecle  pafie ,  avoit  avancé  qu’il  n’y  avoit  jamais  ^eu 
de  Mercure  i  &;  que  tout  '  ce  '  qu’on  a  dit  de  -  ce  perronnage  ^ 

eftoit  fabuleux  ,  mais  par  des  rai fons  que  Francifeus  Pàtritius  v.  ' E:ïatntîumin 
n’a  pas  ■  laùTées  fans  rêponçes.  C’ed  pourquôy  il  ne-  faut  ^  pas  Hewem- 
s’étonner  fi  un  des  plus  fçavans  Prélats  de  noftre  fiecle  a 
\,Tçu  bon  gré  àGorop.  Bccànus  de  fon  fentiment^  ôc  s’il  a  écrit  s, 
que  tout  ce  que  les  Egyptiens  6c  les  Grecs  ont  dit  de  Mcrcu- 
jei  doit  eftre  attribué  à  Mojfe  ,  tant  à  caufe  des  convenan¬ 
ces  qu’il  y  a  entre  les  noms  de  ce  grand  ami  de dDieu  6c  cçüX 
de  Mercure  ,  qu’à  caufe  de  celtes  qui  fe  trouvent  dans  les  ■ac¬ 
tions  dei  un',  &  dans  tout  ce  que  les  Egyptiens  6c  les  Grecs  v'.'fropôp}  4.  3^eu 
ont  publié  de  l’autre ,  jufqu’à  foûtenir  que  l’  Afdepias ,  je  Pbi-  c.  ^"1 
mander ,  6c  les  autres  Ouvrages  attribuez  à  Mercure  Trifmeg.  Hnet,  suef  '^pdfl 
ne  font  point  de  iuy  ,  .6c  que  plufieurs  grands  perfonnages 
font  trompez  avec  Ladance  ,  n’ayant  pas  reconnu  au  ftile  6c 
aux  matières  qui  y  font  traitez.,  que  ce  font  des  fuppofiuons  de 

D  ij 


;28  EJJai^  de  Moderne . 

quelques  Chrefticns  Hérétiques  dupremier  ou  du  deuxieme 
liécic ,  qui  out  abufé  de  leur  loifir,  parce  qu’en  effet  il  y  a'bicn 
-des  choies  qui  ne  peuvent  s’accorder  avec  la  R  eligion  Chrê- 
tienne.  Sur  quoy  il  n’eft  pas  mal  à  propos  de  marquer  icy  que 
Galien,  qui  vivoit  dans  le  deuxième  fiécle ,  a  dit  de  Mercure, 
qu’on  âvoit  pris  plairir  de  tout  tems  à  luy  attribuer  tout  ce  qu’il 
y  avoitde  grand,  fok  vray  ,  ou  fabuleux  :  Ucrmeum pradlcavk 
antitpuitas  Autorem  omnhm  rerum  tamverarumquam  fdfarum. 
dt  Quant  aux  fàmeufes  Colomnes  qui  portent  le  nom  de  Mer¬ 

cure,  il  faut  fçavoir  que  ceux  qui  croyent  un  Mercure  Trif- 
megifté  autre  que  Moyfe  ,  croyent  pareilletpcnt  qu’on  a  de 
tout  tems  ,&  même  avant  le  déluge  ,  gravé  fur  des  métaux  , 
des  pierres  ôc  desarbres,  l’Hiftoite  desTems,  des  Sciences  & 
,  de  la  Religion  5  mais  qu’ils  veulent  que  les  Philofophes  Payens 

n’ayent  trouvé  fur  ces  Colomnes ,  que  les  chofes  civiles  &  -mo¬ 
rales  j  &  que  quant  à  celles  qui  regardoient  l’Aflroiogie  ,  la 
Phiiofophie  &  la  Théologie, -ils  ne  les  apprenoient  que  par 
tradition  des  Preftres  Egyptiens,  qui  les  avoientr  tirées  8c  ap- 
prifes  des  Livres  d’Hermés  5,8c  que  c’eft  pour  cela  qu’on  ne 
iàiffoic  pas  de  dire  qu’ils  avoient  étudié  fur  ces  Golomnes  tant 
vantées^.  Quant  à  ceux  qui  ne  connoiffent  point  d’autre  Mer¬ 
cure  ou  Hermès  que  Moyfe  ,  ils  ont  cru  que  les  Livres  des 
Preftres  Egyptiens  n’eftoient  que  des  extraits  de  la  dodrine 
-de  ce  Patriarche,  qui  avoient  été  gravez ,  (  mais  fort  altérez 
parle  mélange  des  faits  qu’on  y  avoit  ajoutez  après  fa  mort,  ) 

.  fur  des  colomnes  quieftoient  expofées  au  publie  3  8c  que  c’eft 
de  cette  maniéré  que  le  Sanchoniate  avoit  ajouté  ce  qu’il  avoit 
:  voulu  aux  écrits  de  Moyfe  ^  5c  que  Phiion ,  dit  Byblius  ,  avoit 

pareillement  ajouté  plulicurs  chofes  aux  écrits  du  Sanchoniate 
même,  dansla  Tradudion  qu’il  en  avoit  faite ,  tant  il  s’y  lit 
de  chofes  contraires  à  la  dodrine  de  Moyfe,  Oeft  ,  dis- je, 
pour  ces  raifonS  que  tous  ces  Philofophes  8c  Médecins  qui  paf- 

_  '  feienten  Egypte  pour  y  étudier 'i  eftoient  regardez  après  leur 

retour  comme  des  difeiples  de  ces  Colomnes  ,  ou  on  croyoit 
que  toutee  qu  il  y  avoit  de  plus  caché  8c  de  plus  myfterieux 
dans  la  Religion  8c  dans  les  Sciences',  eftoit  contenu.  Mais  il 
ne  faut  pas  paffer  outre  pendant  que  nous  femmes  en  Egypte 
-fens  nous  arrêter  a  deux  de  fes  fameux  Rois  du  pays ,  qui  ont 
profe 

&  SI'-  premier  eft  Athot  ou  Athotis  fils  de  Menés  premier  Roy 


Première  Partie,  Cliap.  IV.  19 

-de  la  première  Dynaftie,  qui  bâtie  un  magnifique  Palais  dans 
Memphis  ;  &qui  fut  fi  fçavant  dans  la  Medecine,  qu’il  ecri-  Scalig.  ad  Caltem 
yit  des  Livres  de  l’Anatomie.  Eufebu. 

Le  fécond  eft  Seforthrus  ouTofortros  fécond  Roy  de  la 
ti-oifiéme  Dynaftie  ,  fçavant  dans  la  Peinture  &;  dans  l’Archi- 
"teclure  J  &  de  plus  fî  grand  Medècitij  qu*on  le  croit  lEfeula-  ceorg.  synceii. 
pe  Egyptien  dont  il  fera  parlé  cy-ap rés.  Mais  ce  qui  eft  bien 
plus  confiderable ,  comme  on  croit  les  merveilleufes  Annales  cyift. 

de  la  Chine  afiez  feures  depuis  Fohio  le  premier  de  fes  Em-  natum. 
pereurs,qui  vécut  peu  de  cems  apres  le  déluge ,  on  fe  perfua- 
de  que  Ginningoou  Xinnungo,ou  Xirinum  ou  Yeuti  fuccef- 
feur  de  Fohio  ,  a  efte  un  tres-habile  Médecin  5  qu’il  trouva 
pendant  les  cent  quarante  années  de  fon  régné  ,  l’invention 
du  ici ,  &  celle  de  la  charrue  ,  &  qu’il  fit  cefler  une  grande  - 
famine  par  cértc  derniere  invention.  On  croit  encore  c\u  il  v.  chrenoiôg.  Mû~ 
fut  fi  curieux  de  l’étujde  des  Plantes  dont  il  fit  amas  ,  ' 

fe  rendit  enfin  fi  capable  dans  cette  connoiftance  ,  qu’il  apprit 
en  un  feul  jour  le  degré  de  venin  ,  &  le  remede  de  foixante 
plantés.C’eft  pour  cela  qu’il  fut  appellé  par  ces  peuples, le  Prin-  chrifi,.  ' 

çe  des  Médecins  5 ,8c  c  eft  de-làquc  les  Chinois  fe  fontNpiquez  n*t.  _ 

de  l’ptude  des  Simples  dont  ils  ont  des  Livres  fort  bien  peins. 

Mais  Hoamti  fuccelTeur  &  frère  ,  félon  quelques  Auteurs, 
de  Cinningo  ,  qui  régna  quatre  cent  ans  après  le  déluge 
%6^j.  ans  avant  la  naiflance  de  Noftfe  Seigneur  ,  eft  bien 
un  autre  Médecin  que  ce  Cinningo  ^  puifqu’il  a  pouffé  fi  loin 
la  dodrine  du  pouls  ,  qu’on  perd  de  vue  ôc  l’Auteur  &  cette 
dodrine.  Mais  pour  donner  quelque  éclairciffement  à  cette 
matière,  il  faut  que  l’on  fçache  qu’ André  Cleyer  Médecin  de 
la  Compagnie  Hollandoife  aux  Indes  ,  après  avoir  envoyé  de 
tems  en  tems  en  E^urope  quelques  Traitez  qu’on  croit  compo- 
fez  par.cet  Hoamti ,  donna  enfin  au  public  tout  ce  qu’on  avoit 
amaffé  de  la  Medecine  Chinpife ,,  imprimé  à  Francfort  l’an, 

16^ L.  fous  le  titre  de Medicma  Sinic£.  Auffivoydns- 
nous  fix  traitez  dans  ce  recueil  ,  dont  les  uns  font  attribuez 
à  un  Van-xn-ho  grand  Commentateur,  qui  vivoit  il  y  a  envi'- 
ron  iGOo.  ans ,  les  autres  à  quelques  Mandarins ,  &  les  prin¬ 
cipaux  à  cet  Hoamti  ou  Empereur  Jaune,  ainfi  nommé  par¬ 
ce  qu’il. ordonna  que  leDiademè  des  Empereurs  delà  Chine 
fut  de  cette  couleur.  Or  àmefure  que  ces  Traitez  de  la  Mede- 
■cinç  Chinpife  arriyoient  en  Europe,  le  Pere  Bohim  Téfuitc 

D  iij 


30  Médecine, 

Polonois,  Milîîoniiaire  ,  ne  manquoit  pas  de  les  illuftrer  de 
quclcjues  Çomnientaii'cs  qui  parurent  dés  l’an  1^58.  foits  le^ 
titre  de  cUvis  MedicO’  ad  Chinarnm  doctj'mam  de  pulftb.  C^ane  : 
au  mérité  Sc  à  rutilité  de  çes  fix  Traitez  il  eft  bien  difficile  de 
s’en  expliquer,  canç  ce  qu’on  y  lit  parok  abfttraic  j  ainfi  je  ne 
vois  pas  pourquoy  l’Auteur  des  nouvelles  de  la  République - 
des  Lettres  a  écrit  dans  l’article  troifiéme  du  mois  de- Sep¬ 
tembre  16S  que  l’Auteur  du  Commentaire  de  ces  Traitez  ex-  ^ 
plique  nettement  les  Syftemes' de  ces  Médecins  puifqu’iL: 
avoué  luy-méme  un  peu  après  ,  que  les  Principes  des  M  ede- 
cins  Chinois  ne  font  pas  fort  clairs.  Nous  voilà  donc  réduits  à 
penetrer  dans  des  fuppofitions  &  des  vi  lion  s  qui  auroient  bon  ^ 
befoin  d’un  Oedippe  5  puifque  ceux  mêmes  qui  nous  lesipro- 
Tractat:  dspnlfth.’  pofcnt,  tombent  d’àccord  tout  eela  n  ejl  fond^é  q-ue  furVautG- 
rité  des  inventeurs  de  cette  doUrine  ,  confirmée  par  um  expérience  dé  ’ 
plus  de  quarante fieclesyqu  ils  le  foâmettent  au  jugement  des  Médecins  • 
de  l’Europe  yquil  y  a  bien  des  contradi  liions  dans  la  do  Urine  des  • 
Foulx  -,  è^  qu  elle  pourra' nous  parroître  non  feulement  ' incroyable 
.  .  mais  encore  ridicule-,  fi  nous  ne  daignons  mus -enyappoitér  à  la  bonne’ 

foy  des  Chinois,  qui  nés  en  tiendront  pas  d  leurs  expériences  -,  tant  ils  - 
clavh'rMedic.  ad  j^Qnt  docUtS  i  à  quoy  jls  ajoutent ,  -  que  ces  gens  goûteront  nos  rai- 
c  vrsiY..  nn.  j'Qjf,}2^^gff}gfi,s  Philoppihiques',  comme  ils  les  ont  goûtez,  fur  Vautres  ma-  - 
tieres  ^  on  les  leur propofe  charitablement  ^  d’une  manière  qui  les  ■ 
mène  à  quelque  chofé  de  plus  fdlide  que  ce  qui  ils  ont.W  n’y  àpas  plus  ■' 
dé  folidité&  de  jour 'dans  les  Traitez  qui  paroiffient  fous  le- 
nom  d’un.  Médecin  Mandarin  Chrétien ,  où  l’Auteur  juo-e  des  ■ 
maîadies;,  &  même  des  fièvres  malignes ,  par  le  feul  fêeours  des  - 

couleurs  de  la  langue  ;  fans  y  joindre  celuy  des  pouix  ê:  des  • 
urines.  Il  en  eft  de  même  de  ce  que  penfent  les  Médecins  de  la  - 
@hine  touchant  là  eircLîlation  du fang,  qu’ils  font  aller  com-^ 
me  il  plait  aux  Aftres ,  dont  elle  fuit  félon  eux,  le  mouvements 
il  eneft  encore  de  même  de  cequ  ils  penfent  de  la  faignêe ,  ÔC  ' 

plus  particulièrement  de  la  vertu  des  plantes  ,  lesquelles  renie-' 

dient  au  poutx  ,  dans  le  déreglement  duquel  ils  font  confi- 
fter  les  maladies,  &:  leurs  caufes ,  au  lieu  de  regarder  ce  de- 
rcglement  comme  un  figne  de  ces  maladies.  Enfin  toute  cette 
doctrine  parroît  fl  embaraffiée  ,  fi  obfcure ,  &  fi  peu  conforme 
au  bonfens,  a  la  raifon  ,  &aux  expériences  des  Médecins  de 
1  Europe,  que  je  ne  crois  pas  qu’on  puiiîc  tirer  la  moindre  lu¬ 
mière  de  la  ledure  de  ces  Ouvrages  pour  la  pratique  de  la  Me- 
d.ecine  de  l’jEurope. 


Première  Partie  Chap.  IVv  3^ 

Jacheii ,  Jachon,  Jacchinou  Jacchenus  eA  un  Médecin  donc 
iSious  n’avons  gueres  de  connoiflance  que  par  Suidas,  Cet  Egy-  y  smdm  in  i/w* 
ftien.i  dit-il.,  grand  amy  de  Dieu,  &  grand  Médecin,  il  wvoit  changé' 
fous  le  Roy-  d'Egypte  EveneSemye.  *  Il  fçavoit  pour  ainfi  dire  , 

.charmer  la pejle  parles  Amulettes  dr  Incantations  ,  &  enfeigna  [on  *RexfecmdiDy- 
Art  mx  hahttans  des  rivages  de  lamer Egée,  Et  c’eft  de  ces  peu^ 

^les,  dit  à  ce  propos  Langius,que  Democrite  apprit  cette  do-  l.  tpi- 

â:riue,  qu’il  communiqua  apres  fon  retour  à  Hipocrate.  Q^oy  fiol. 
qu’il  en  foit  ,  Suidas  ajoute  yue  pour  reçonmijîre  les  obligations 
^ue  les  E<iyptiens  avaient  a  Jacchenus ,  ils  l  enfevelirent  magnifi'j^ue- 
Ment»  dr  gai  ils  luy  bâtirent  un  Temple  dans  lequel  les  Prejîres  ne 
Manquaient  jamais  dés  que  la  pefte  commençoit  à  paroifire  ,  de  faire 
J,es  facrifices  expiatoires  y  dr  d'allumer  des  feux  qui  -purgeaient  im-  / 
Mànquablement  l'air  de  cette  corruption  dr  malignité.  Mais  outre 
.que  Suidas  eft  plein  de  fables^  &  que  tout  ce  qu’il  nous  dit 
-de  JacheoLis'  n’a  guère  d’apparence  de  vérité ,  qui  ne  fçait  en- 
.  Æore  que  ce  qu’il  écrit  de  ces  feux  avec  tant  de  confiance  & 
d’un  air  fl  affirmatif  ,  n’efl:  guère  conforme  à i’experience  de 
plufieurs  Siècles,  c'efis  dit  Orofe,  pariant  de  iapefle,  la  vani'-  Mentitpft jniqui» 
té  dr  l^  malice  de  quelques  impi es)^  qui  s'efi  perfuadé  qu'il  e(l  auffi  îf®  pcftden- 
faede  de  [e  délivrer  de  ce  terrible  ne  au  de  Dieu  que  des  maladies  ordt-  cafum  effe  ,  acci- 
maires.  En  effet  ilneçeffe  gueres  d’affliger  les  hommes  que  la  dentemque  ex, 
juftice  de  Dieu  ne  fort  fatisfaite.  Il  reffemble,  dit-on,  aux  bief-  SïîLæ  fînc°m  UTc 
furesdu  Scorpion  ,  dont  leremede  dépend  de  leur  caufé,  C’eft  «on  pœnam.  orof, 
pourxela  qu’Homerej  tout'Payen  qu’il  eft,  nous  reprefente  la 
pelle  de  l’a-mréc  des  Grecs  comme  des  traits  décochez  des  pro  ¬ 
pres  mains  des  plus  puiffantes  Divinitez ,  comme  incurable  f  Sc 
Eièn  au  deffus  dés  remedes  des  braves  chfans  d’Efculapé  j  le. 
mal  a  lontems  &  fon  cours  :  C’eft  ainfi  que  comme  la  pefte  en¬ 
voyée  au  peuple  de  David  efl  l’ouvrage  d’un  des -Miniftres  de 
Diea,ceSouverâinMedecins’enfeferyelacufequ’iln’aecor*- 
ffle  qu’aux  prières  de  ce  Roy  penitenr. 

Et  c^efl  de  cette  maniéré ,  pour  pafier  fur  tant  d’autres  exem¬ 
ples,  que  la  pefte  qui  affligea  Rome  du  tems  de  faint  GregoR 
'  ce  le  Grand ,  ne  cefïa  que  quand  TAnge  de  Dieu  fut  àper^A 
remettant  au  fourreau  f  épéefflamboyante  qu’il  avoir  tirée  con¬ 
tre  1  Italie  /  ÔC  que  la  pefte  qui  défola  dans  les  derniers  fiée)  es 
rAngleterre  ,  la  France ,  l’Italie ,  la  Grèce ,  faifant  périr  tant 
de  millions  d’hommes ,  eut  fon  cours  malgré  les  remedes  de  la 
Médecine.  Mais  pourrions- nous  oublier  à  ce  fu jet  ce  que. 


'  32*  Ejjkis  de  Mdeçtne 

faint  Ephraim  raconte  de  deux  Médecins.  Vuttt  dit^il ,  nom'mè' 
JDomms  apurant  que  lapefie  de  Conjlantrmfle  n  étant;  caufee  que  par 
des  vapeurs  qui  s' élevoient de  la  terre ,  il  feroit  facile  de  s  en preferver 
en  changeant  d'air,  ne  laijfa  pas  d'eti  mmrir  luy-méme  avec  toute  fa 
précaution.  Ü autre  nommé  2ÿ[acedontus  ayant  au  contraire  affuré que 
le  mal  ejloit  un  effet  de  la  eolere  de  Dieu  ,  &  qu  il  fallait  tâcher  de 
Vappaifer  par  la  penitence,  montra  tout  le  premier  l'exemple  aupeu-^ 
pie ,  é"  évita  la  mort  qui  avoit  enlevé  Domnus  avec  toute  fa  fcienccr 
fe  jetta  enfuite  dans  le  port  tranquille  d'un  Monajlere ,  oh  il  finit 
[es  jours  faintement. 

Cen’eft  pastoutefois  que  je  veille  nier  pour  cela,  que  cet¬ 
te  maladie,  provenant  quelque  fois  de  caufes  naturelles  ,  ne 
1  puifTe  eftre  guerie  par  les  remedes  naturels  ,  qui  font  diver- 
îiondes  vents,  tels  qu’efhoient  les  feux  qu’on  alluma  du  tems 
d’Acron  ,  d’Agrigente,  &  du  tems  du  grand  Hipocrate  i  le  vin 
même  qu’on  r^pendit  en  de  fcmblables  occafions  dans  lesruës 
&  dans  les  places  publiques  ,  pouvant  corriger  l’air  ,  &;  la  ma- 
lignité  des  autres  caufes  externes:  Car  quant  à  tout  ce  que  je 
viens  d’alleguer  contre  ceux  qui  prétendent  que  la  pefte  fe 
guérit  facilement,  par  les  remedes  ordinaires ,  c’eft  particuliè¬ 
rement  pouf  marquer  quefî  je  ne  fuis  pas  perfuadé  dece  qu’on 
aécrit  dejacchenus,  je  ne  le  fuis  pas  même  trop  de  fon  exi- 
itence, 

Qjm  fçait-méme  bien  afrurement  f  le  fameux  Zamolxis  fut 
fçavant' dans  la  Médecine  5  comme  quelques  Auteurs  l’ont 
écrit:  Car  d’autres  ont  dit  feulement  de  ce  fourbe  qu’il  impofa 
tellement  aux  peuples  par  quelques  cures  qu’on  crût  effedives, 
que  non  feulement  il  fefit  reverer  pendant  fa  vie  comme  un 
bomme  Divin  ,  mais  encore  qu’on  luy  fit  des  facrifices  après 
fa  mort,  quela  fuperftition  eftant  ailée  jufqu’à  immoler  des 
hommes  à  ce  Dieufanguinaire,  les  peuples  qui  en  ufoient  àin- 
fi  ,  appelloi.ent  cela  envoyer  des  AmbalTadeurs  à  leur  Dieu. 

Il_^n  eü  de  même  du  fameux  ZoroaftrCj  car  quoy  qu’un  Ze- 
roafter  ait  fait  un  Ouvrage/)^  Re  Rufiica  dont  il  relie  quelques 
fragmens  :  Qui  fçait  s^ls  font  dece  if  oy  de  la  Bacbriane  dont 
on  a  dit  tant  de  chofes  incertaines  ? 

Il  en  faut  penfer  de  même  maniéré  du  fameux  Bac^htis  j 
car  qui  a-t-il  de  bien  affure  touchant  cette  prétendue  Divi¬ 
nité  delà  Médecine  ?  Tout  ce  qu’on  en  peut  dire  ,  c’eli  qu’en^ 
cores  que  1  Aartiquite  ait  attribué  à  un  Bacchus  Egyptien  quel¬ 
que-  uns 


Hejicchi» 

Athenienf. 


Premkre  Partie.  Ghap.  I V.  33  ' 

^es-uns^  des  faits  de.  îSbé  êc  de  Moyfe  ,  des.  Grecs  en  ont 
encore  fait  un  fils  de.  Seinelé  qui  fit  >  fi  on  les  veut  croire  ?  la  Evangei.Dmiei 
guerre  aux  Nations  Orientales  j  &  qui  crut  peut  eftre  après  les  HHct.SHefEpf(ef. 
avoir  domptées  qu’il  manqueroit  encore  quelque  chofe  à  fa  gloi¬ 
re  y  s’il  ne  pafioit  :  pour  aufsi  grand  Médecin  que  grand  ConqueraM. 

11  eft  vray  .  que.  cpinme  les  Poètes  le  crurent  inventeur  du 
Viuy  non  feulement  ils  fe  fervircnt  de  fon  nom  pour  ligni¬ 
fier  le  Vin,  qui  eft  un  fouveraiif  Cordial  ,  mais:  encore  ils 
pafièrent  jnfqu’à  le  divinifer.  A.quoy  on  peut  adjoûter  que  les 
Athéniens  ayant  confulté  l’Oracle  d’Apollon  fur  quelques  be- 
foiiis  ,  il  leur  ordonnajd’adbreri  un  Batchus  Médecin ,  &  c’eft 
fans  doute  pour  celacque  Plutarque  n’a.  pas  fait  deidifficultë 
de  mettre  Bacehus  au  nombrel  dés  Médecins..  / 

-  Que  ue  dit-on  point  encore  de  Promethée  ,  qu’ôn  confond  - 

avec  noftre  Noé,  ôc  que  le  Poète  Efchilus  fait  inventeur  de  - 

ïa Médecine  ^  C’efit.  ainfi  qii’od. fait 'Agatorchiâ premier  Me-» 

rieein  des-Arabes-,  gens  la  plus' part  fujets  aux  maladies: drna>  si  1. 1.  Bihu&t, 

nition,  eaufées  par  l’odeur  des  Plantes  du  Païs,  au  {quelles  - 

ce  prétendu  Médecin  avoit  trouvé  des  Remedes ,  mais  qui 

paroîtront  fuperftiçieux  à  ceux  squi  les. examineront  Peneule^ 

ment^  Et  à  ce  .propos.  :  :  ;  .  :  :  >  ;  "  ' 

AaABooü  Arabs  qu’on  fait  encore  un  d.ésinventeurs  de 
la  Medeeme  eft-if  mieux  prouvé  que  ceux  dont  nous  ve¬ 
nons  de  parler  ,  quoy que  Pline  y  Bbeace  &  Antonius  Sàbeili- 
jEus^eniafient  mention  i?:;  %  .  ^  ..  celeaLB^r^Ÿ 

^^flArahs.qmmBhæbafihiBahiUna  crtajfe  s-^^'-antoh. 

Sama  référé  y  medica  ferfur  dator  anis  ^  authcfr:.  phell.Ennead, 

Car  ce  neft  pas  ici  le  lieu  de  fmfe'  voir  que  cet  Arabs  n’a 
f  as  même  donné  le  nom  à  l’ Arabie,. mais  laarab  fils  de  Tectan  . 

^it-fils  de  S  em.  C’efl:  encore  ainfi  que  Promethée  a  pafifé  ^ 
dans  l’antiquité  pour  le  premier  Médecin,  des  Scithes  ,  Sedoc  orienmiA,  i. 
des  Phéniciens  ,  .  ÔC  les  Druides  de  nos  Gaulois  ,  quoyqu’ik 
nayent  elle  la  plufpart  que  des  fourbes  >  &  des  MagicienSî 
&  qu’on  ait  bien  mêlé  du  fabuleux  à  ce  qu’on  en  a  écrit. 

Quant  à  Peon  il  y  a  grande  apparence  que  c’eftoit  un  de 

ees  fameux  Médecins  d’Egypte,  qui  avoient  enfeigné  la;  Me;- 
decinc  aux  Grecs  ,  puifqu  Eftathius  a  écrit  que -ce  n’eftoic 
autre  chofe  que  l’Apollou  de  ceux-ei ,  &  que  le  Serapis  des 
Egyptiens  ,  qui  fut  appellé  de  ce  nom  parce  qu’il  foulagéa 
quelques  malades  de  leur  douleur,  comme  npus  Pavons  mar- 

'  £ 


34  àe  Médecine, 

que  cy- devant.  C’efl:  pour  cela  ,  $c  parce  qu’il  avoit  gucjfi 

Plutôn  de  la  bleffure  que  luy  avoir  fait  une  des  déches  d’Her^ 

cille  ,  qiv  Hô'merc  le  fait  même  Médecin  de  Jupiter,  le  plaçant 

à  fa  table  aiidelTus  des  autres  Dieux-  Et  c’eft  (ur  ce  fondement 
que  quand  on  a  voulu  élever  enfuite  le  mérité  des  Médecins, 
Erafm,  inchiliad,  on  a  dit  qu’ils  étoieut  de  la  race  de  Peon  ;  que  les  remedes  ont 
■été  appeliez  Peoniens ,  &  qu’on  a  dit  mille  chofes  Fabuleufes  de 
Pœonü  manus.  la  Peone  i  &  cnEn  quoy  que  le  Peon  fûc  Egyptien  .  comme  nous 

i  avons  remarqué ,  voila  pourquoy  les  Dodeurs  Grecs  ont  voulu 
s’en  faire  honneur. 

CAUMOs  eft  encore  chezies  Anciens  un  des  in  venteursde  la 
iMededne  Botanique.  Il  en  eft  de  même  d’Hercule.qu’on  fait 
inventeur  de  quelques  efpeces  de  Pmax_,  jufqu es  à  s’imaginer 
,qu*ii  futguert  des  blcflures  de  PHydre  par  le  pr/uontion ,  au- 
iiüuuhut  in  Æ-  quelil  donna  ce  nom  pour  cette  railbn.  Car  quoy.  que  Plutarque 
■muo^y.  ait  marqué  qu’il  guérit  Alceftide  d’une  maladie  dangereufe  en 

faveur  d’Admere  qu’il  aimoit  luy-même  trop  paffionnémenc, 
il  fe  trouvc  tant  d’Herculcs  fabuieu.x  dans  le  Paganifme ,  que 
Çonfirat.  E^angei.  quelques- uHS  dc  nos  Modemcs  reduifent  les  quarante-deux 
mS.  Hercules  de  l’antiquité  à  Jofaé  5c  à  Samfon. 

Qui  me-dira  même  ce  que  c’eft  que  Je  grand  Apollon., 
mihim:âigHùs  )Àpqh.  ?:Carqueiques-uns  ,dcs  ïçavansdans  rantL- 
quitë  veulent ,  ou  qu’ii  n’y  ait  point  eu  d’autre  Apollon  ni 
At  O  L  L  O.  u’autre  Efculape  que  Moïfe  ,.ou  qu’Apoiion  foit  un  de  ces  fuc- 
cefleurs ,  de  Cham  &  deNembroth ,  qui  s’eft  caché  fous  le  nom 
d<Qrus  Apollo,  5c  ;quon  a  qualifié  fils  d'Apis  6c  d’Ofiris.,  .ou 
Varronm.  peut^eftre  Sefapis,  Ifis  ôc  Ofiris  même.  Quoiqu’il  en  foit^  il 
iéft  alTuré  que  ies  Çrecs  ont  fait  un  Apollon  fils  de  Vulcain  6c 
.  .  |de  Minerve  ,  qu’ils  ont  enrichi  des  d^oüHles  de  l’  Apollon  des 

Egyptiens ,  6c  que  comme  Minerye  ^  l’efprit  inventeur  des- 
6:  ^ulcain ,  qui  eft  noftreChanaam  clt  inventeur  félon 
/queiques-Lins  de  la  Médecine  chimique ,  ils  le  font  imaginé 
;qu’ Apollon  eftok  .fils  d’une  de  ces  prétendues  Divfnitez.  Quel 
ft-Aa  valco  ci-  foit,Strabon  le  fait  fi  fçavant  dans  la  Médecine  qu’i  1  l’apel- 

catrix.  Je  èWrsf.,  fa>lutmre  Pœonien^  peut-eftre  parce  que  toutes  les  an-. 

.ciennes  inlcrlptions  lui  attribuent  ce  nom  avec  plufieurs  autres, 
AP'OLLINI  INVÎCTO.DELPHÏCO,  PA.CIFERO 
f  IND  ECO,  SOLI,  S  ALÜXA.RI. 

d-e  même  Strabon  le  fait  difei pie  de  Pan  Eegiflateur  des  Ar# 
dont  ilapprkl’  An  dedeviner.  Il  ajoute  qu’il  alla  au 


Premmt.  Chàpi  I V. 

bii-regnoit  Pichon  fur.npmj3iîé  Dragon,  à  Gm£é  fèSj  îBcchâii^ 
ectez,  &  quç  rayant  heiHenfçnxbnt-  tm, ,  U  fe.  rçndk  Oîaiftre 
4ii’  lieu  des  Oracles  &;  des  Spej^actes ,  enfee  de,  qnoj,  il  alla 
à  Delphes  où  do.5M5.oit-; des. r^ponfes.,  .Yedtez  comme  il 

eft  facile  de:le  voîr  ,.  atdqubü^^v.o®  ai.m;,êlé  Car  il 

faut  fçavoir  que  tous:  les  Dieux  de  l’antiqùilé'  n’étoient  autre 
chofe  que  des  hommes  >  mais  puiCaes  en  biens-,  de  jfortune  &  en 
iùrees  dé  corpst  ?  dont  ils:  abufoiem,  çeliemj5m  >  qufè  Plu$àf que 
jnôus;  apprend  »  au  fùjer  de  nofee  A|cdlQns.iiU'yEjfei^^ 

qu’il  étok  ,fo^ojttdhin  ires-me(^tant  periq^.  ]^àk;commeÆe&hoiïiêî 
mes  inYentolent  quelquefois  des  chofes  utE^sij.  lèuiS  ■^lolen^é» 
îï’empéchoijent  pas  qu’on  ne  les  honorât  pendant  leur  ^ 
qu’on  neles  adorât  apreslcur  inort , comme  xpîelque  choie blea- 
itU  de|ü& des  autres  bommes,;  .C^nc  aux  fiüêsqjïfi.  ceskoièrries. 
corrbmpoiént  J  &  quant  aux  fruits  de  leurs,  amours ,  -o®.  appdb. 

Ibit  celles-là  des  Nimphes ,  quoy  qu’elles  ne  fulTent.  ioUYent. 
qLïé  dé  dmple>  Bergeres  qui  gardoieur  leurs  troupeaux  aux 
environs  des  rivières  &  des  fQntainfiSi  &  çeiix-.c„y,  deS'.Her^^  - 
quedqdé  ebofe  au  de£ons_des,  D  ieux.^  ôc  bién  au  deflus  des  bom- 
}ufqùcs  à  les  divinifer  à  leuf  -Eoux-i  quand  on  ejroiyok  q#  -^^^^ 
l^voient;  ttierité.  -  .  . 

.  C’eft;  Eone  ainfî  qu’on,  faillit,  dès:  >,^;qiie  les.  Greesr 

as^anf  l’etabliCeménî  de;  liaMedecineEmpiriqiie^pe.lloicnt^€n-: 
fàns  des  Dieux  tous  ceux  qui  fé  mdloi«m.  .de  ceti^rc  ï  d’atW 
îamvplus  feedem^nt  >  n’écoit  permis  de:  l’exercer  piibb-^ 
queme-ntqu’auxPi’inces6cauxPréflresde;laReligio.n..Mais 
retenir  à  noftre  comme  le  SoIeil  eE  le-pere-  des 

E,effledes,:  les  Poètes  n’ont.pas  manqué.de  confondre  i^Apollonî 
ayée  le  Soleil  jrçâ.r  b  celuy-cy-eEapell^  Apolk>d’«^W'‘«)?’,  comme  ^  çj-dend© 
celanets’èntendquedalè.vér  Sc  ducoûcber  decet  Aftr©,il  n^eneft 
pas  moins:  pour  cek  l’:/^^^^^  dont  nous  avons  parlé  cy^ 

devant,-  ,  ,  ;  ■  ■ 

;  Ç’eft:  encore;  ainfîiqtie  le  PrognoEic  ëtantune  maniéré  de  Pro- 
pbetje ,  on  aXaitpréfîder  Apollon  dla  vaticination ,  ôc  déplus  à 
la  Poëfie  6c  à  la  Mufîque,  deux  grands  cbarmes  dè  la  mélàn-. 
colie,  §c  deux  puifiTans  lenkifs  de  là  douleur.  Et  voila  pour¬ 
quoi  Apollon,  b  Ion  en  croit  Pïngenieufd  antiquité ,  juge- non 
feulement  de  la  vertu  dés  herbes  fur  le  ParnafTe ,  mais  encore 
des  belles  faillies  de  la  Poëfi  e ,  6c  des  douceurs  de  la  Sympho- 
nie.  Attfli  éd-  çç:  de  ce^tte  maniéré  qu’un  d.e-np.s  Poëtes;  ©a 


Peèfiet  de  M.  Corn¬ 
iaud. 


!•  & 


^5  ?  .  Effm  de  Médecine^, 

Ic  i  un  Médecin  de  mérité  &  de  fes  amis.  > 

Meniot  loin  des  erreurs  dé  la  trouve  ignorante  9 
Tu  f rens  la  Panacée  ou  je  frens  V Amaranthe  " 

•  -  Sur  un  même  f>mmet  9  dans  un  même  vallon  9 

Mt  cherchant  les  vertus  dont  la  mort  ejl  charmée., 

:  :  Par  differens'fentiers  foua  un  même  Apollon., 

Tu  conferves  la  vie  &  moy  la  Renommée. 

Les  Veftales  l’apelloient  J?ean  dans  leurs  hymnes  du  motXS^*6e 
qui  fignifte  adoüdr.  Mais  à  propos  de  Lenitif,  je  croy  qu’il  eft 
bon  de  -remarquer  icy  que  Çibelc  fille  de  M inos  Roy  de  Phry- 
gie  eft  âpellée  au  langage  des  Poètes  ,  la  grande  Mere  ,  parce 
f.  ÿtariimlnnm.  qu’elle  fut  felonlcux  ,  la  première  qui  inventa  les  linimens 
Utiis  idedichê.  on  appailpic  l'cs  Iduleurs  des  petits  enfans.  Car*  pour  ceux 

qui'  dépéignent:Giauque  -&  Apollon  ,  qu’ils  font  ibn  difcipléj 
cdmtnê  des  arracheurs'  dé  dents qui  ne  traittent  pas^  mieux 
Elculàpe  ÿ  Sc^sidelcendans  jüfqülu  grand.  Hipocraté ,  je  vou^“ 
Leamrd.  di  çspea  drofsVpôür  y  ajouter  quelque  foy  ,  qu’ils  noiis  donnalTent  d^ 
boo^îês  preuves  de  ce  qu 'ils  avancent. 

'  '  Les  SâmEnotraces'j  les  Gahires ,  les  Diofeures  &  les 
tes,  pour  parottre  des  irnms  inconnus  aux  perfoiines  de  peu  de 
iitterature,  ne  le  font  pas  dans  PHiftoire  de  iaMedecine.  Les 
premiers  n’étoient  pas  apdlez  Cabires  ,  des  montagnes  de 
Phrygie  qui  portent  ce  nom,  étant  de  même  que  les  autres  pi.^ 
Y-initez  originaires  de  la  Phenicie  ,  &  au  refte  des  Di vinitez, 
qdi  bien  loin  d’être  du  nombre  de  celles  qu’on  apelloit  z»i^?o- 
r4{m  gentium,  ètàicnt  ivQ^-i^mS'a.mes  èc  tres-fçavantes  dans  Lg 
Médecine,  même  fui vant  leur  fignification  Hébraïque  èc  Arar 
b;ei  Aufii  quelques  amteiirs  Chrétiens  veulentdlf  que  comme 
Moïièidtoit  caché;  fous  le  nom  de  toutes  les  fauf  es  di vinitez,  , 
une  partie  de  ce:qu’il  a  fait  de  grand  &  de  myftericux  foit  ' 
caché:  fous  les  myfteres  des  .Gabires.  Cependant,  qqoy  que  les 
Payens  comprifient  particulièrement  fous  ce  nom  de  Cabires," 
Bacchüs,  Mercure  êcRfomlape,  qu^iis  croient  freres  ,  il  n’eft  faiç 
mention  dans  cette  ancienne infeription  que  de  Jupiter  > 

Êule ,  Minerve  êc  Apollon, 

PATRI  AMMONI  ET  HERCCTLI  FRATRi 
ET  MIN.ERVÆ  PAtLADlÆ,  ET  JOVÏ 
C)LI.MPIO  ET  SAMMOTRACIBUS 

.cAbiris  ET  iNbreo  soLi  ÂtCruE 

APOLLINî  DELPeiCO. 

Çhiron  le  Centaure  de  ThelTalie ,  tout  étrange  monftre 


W.Strahn.  Geègr. 

lo.j^pemonfirat. 
^VAngtl.  Daniel. 


F  y&JpHtn 
,  lâelolatria. 


Ketnefiits  in  înferir 


Prmiere  Partie  Chap.  I  V.  3  7 

^’on  le  fa.it>  n’eft  pas  du  tout  fi  fabuleux  qu  Apollon ,  mais 
51  ne  laifle  pas  d’eftre  auffi  galant  avec  fa  vilaine  figure.  Il 
triomphe  comme  celui-là  de  force  ou  de  gré  des  filles  &  des 
rfemmes ,  6c  cet  animal,  abonne  fortune^  eft  fi  proliféré,  que  fa 
race  femWe  n’eftre  ni  éteinte  ni  malheureufe  apres  tant  de 
üecles. 

Ce  goût  bi^rre  ejl 41  f  as  âe  retour^  '  . 

franc  ^eval  ef  \ouvent  a  la  Court 
Ce  au  un  Galand  fort  foltde  Von  nomme. 

E  ne  falloit  pourtant  pas  eftre  trop  cheval  pour  orner  comme 
il  fit  la  Medecine  ,  pour  découvrir  le  chiromum  Panax ,  &  la 
Centaurée ,  qui  le  guérit,  félon  Pline,  de  la  playeque  luy  fit  une 
des  flèches  empoifonnées  d’Hercule  tombant  fur  (on  pied.  Il 
ne  falloit  pas>  dis- je_,  eftre  une  bête  pour  inventer  la  Vété¬ 
rinaire,  qui  le  fit  prendre  pour  demi-homme  &  demi^cheval, 
&  pour  guérir  lés  yeux  de  Phénix  fiisd’Aminton 
Phenicis  chiron  lumi-na  Fhillmdes. 

Quoy qu'il  en  foit  j  on  luy  donne  Saturne  Sc  Phillirapour  pere 
&  pour  mere ,  afin  de  nous  faire  comprendre  qu’il  faut  dii 
temps  &  de  l’cxperience  pour  former  un  bon  Médecin,  &  fi 
on  le  fait  pere  d’Oxirrhoé ,  c’eft  pour  nous  marquer  que  la 
Medecine  Pratique  commence  toujours  par  la  préparation  des 
humeurs  ,  fur  tout  dans  les  maladies  chroniques  ,  où  elle  t⬠
che  de  les  rendre  fluides  ôc  obeiflantes  aux  purgatifs.  Enfin  fi 
Chiron  ne  meurt ,  comme  on  nous  le  dit,  qu’aprés  avoir  prié 
Jupiter  de  le  dégager  de  fon  corps  j  c’eft  pour  nous  apprendre 
que  la  Medecine  dont  il  faifoit  profeflîon,  l’avoit  rendu  com¬ 
me  immortel ,  tant  il  étoit  vieux.  Aufli  avoit-il  fait  de  fi  braves 
Médecins  qu’on  ne  compte  parmi  fes  dilciples  que  des  Pala- 
medes  ,  des  Achilles ,  des  Patrocles ,  des  Pelées ,  des  Ariftées 
des  Efculapes  j  de  maniéré  que  la  Pofterké  n’a  pas  fait  de 
difficulté  de  le  placer  avec  ce  dernier  entre  les  Aftres  ,  &  de 
Ehonorer  dans  les  ceremonies  publiques ,  témoin  entre  autres 
preuves  cette  infeription  def’Empereur  Clandius. 

ÇH  IRONI  SATUR.  F.  HIPPOCE  NT. 

T.  CLALTD.  CÆS.  LUDIS  SECUL, 

Avec  tout  cela, il  ne  faut  pas  douter  que  le  difciple  ne  l’ait  telle- 
mentemporté  £ùr  le  maître, qu’on  n’ait  regardé  prefque  de  tout 
temps  Efculapc  comme  le  Dieu  de  la  Medecine  après  Apollon, 
parce  qu’il  inventa  quelque  choie  fte  plus  que  les  autres  Me^ 
.  E  iij 


Chiron. 


%onieAUX  4e  M. 
de  Benjferade/ 


Theephrafi.  lih.  fZ 
^  Dîofeor.  L  4. 
’Eufiathius  ad  Z- 
liad.  1. 


*  Medicina  cquo-, 
rum. 


Gruttr.^,  71. 


3  g  l^jj4s  do  Miifçm 

Tiin  i  14  e  4çcms,  jufqucs  à  r^ivQir  confondu  avec  Ariftée  Roy  d’ÀrCâ^r 
Aptihniu^  ^RM.  dic ,  fumommé  Battus  fils  d’Apollon  &  de  CyrenOjPondateur 
i  x.Argonmtar.  yi[[g  jg  Cy?ene ,  &  Inventeur  de  l’huile  &  du  miel,. 

^j^.de'shiiJfôph.  qu’il  mêloit  avec  le  yi.n  ,  qui;  fut  pour  cela  adoré  dü'  cultç;: 
chrifiian.  Gen.  qtl’on  reudoit  à  Jupiter  &  à  Apollon  i  car  pour  cet  Ariftée  au> 
*Rê'^ubiiqHe  des  grand œuvre  dont  j)arle  Hérodote,  c’eft  autre  chofe,  ; 

■Ljüres  du.  monde  Efcukpe  ,  dis-je  ,  malgré  toutes  les  fables  qui  femblent  le- 
iHinim.  ^  718^  dérober  à  la  vérité,  eftun  MedecinefFédif  j  mais  pour=  fçavoir-  ' 
à  peu  prés  ce  que  c’eft  ,  voyons  premièrement  ce  que  l’ami, 
quité  en  acrû.  Sa  patrie  elt  fort  incertaine  ,  car  outre  que^^ 
.Æ  s.cu  l  a-  ^trabonfait  deux ,  Tune  ville  de  la  Fouille ,  &  l’àutre: 
P  I  u  s.  de  la  Theflalie,  ce  Dieu  même  ne  s’en  explique  qu’en  tremblant^ 

41^®amGredesOraclesdansceuxdesSibilles,dontObfcM- 
poGus  nous  a  donné  une  verfion. 

.  Tricca.  ex  fmm-  venio  Bem^  quem  mater^' 

Fhœbo  fuccumbem  ^^peperit  fapkntia  Régem'" 

Rentum  MèàmnA\  Æfculapmm ,  •  feâ  quid.  regas  t 
G’eft  aitifi  qmil  eft  tantot  Egyptien ,  tantôt  P hen icien  j  tantôt^ 
Grec,  félon  qu’il  plaît  à  ceux  qui  s’en  font  honneur.  -  Qj^nt- 
^  à  fa  mere  on  ne  la  conrioit  gue-res  - mieux  que  cel  le  -  de  fon  pe- 

ro,ôi  quefon  pere  même  >  tant- le  temps  &da -fable -nous  ca-^ 
Ghent  le  pere  &  le;  fils;  ■ 

Trtomf  délia fama:  ■  ,  cké:  ^  pef^^'U U  Comp^pde 

Si  p^'f  ch^  mme.  ij,  temp0  £tf^  cûpri^,- 

- -  Car  il  faut  fçavoir  que  quelques  auteurs  ne  lui  donnent* 

chmB.  I7i0.  fe^  pomt  d  autre perc  qu  un Certain  Prêtre d  Apollon, foit  fdit  faint' 
Prêtre  s’apellât  Apollon,  ou  qu’il s’apUquât  à  la ^ 
Médecine  comme  avoir  fait  Apollon.  En  effet  ^ 

. . Multi 

Nomme  divomm  Thalamos  iniere  pudicos. 

Mais  ce  qu’il  y  a  de  plus  embaraffant ,  c’efi:  qu’il  fe  trouve 
plufieursErculapes:  car  Cicéron  en  fait  un  fils  d’Apollon  &de 
Coronis  fille  de  Phlegias  ,  dont  il  nous  refte  un  monumeiit 
dans  une  des  Médaillés  de  Sabine  femme  de  l’Empereur 
Adrien  i  un  autre  frere  de  Mercure  &  celui-là  même  qui  fut 
foudroyé  i:  &:  un  troifiéme  fils  d’Arfippe  &  d’Arfinoé ,  tous  trois, 
Medecinsi  ainfi  il  n’eff  pas  impoffible  qu’on  n’ait  donné  à- 
quelqu’un  des  trois  tout  ce  qu’on  a  écrit  des  deux  autres ,  ^ 
que  comme  on  atribuç  dans  les  Ouvrages  qui  porten  le  npm 


Première  Partie.  CKap.  IV.  59 

iâc  Mercure  Trifmegifte  ,  l’invention  de  la  Medecine  à  un 
JEfculape  Egyptien,  ou  Phénicien,  les  Grecs  n’ayant  donné 
iCette  invention  à  leur  Elculape»  avec  les  autres  qualitez  des 
Efculapes  qui  l’anroient  précédé.  Il  faut  donc  bien  diftin- 
guer  les  Efculapes  dont  il  eft^  parlé  dans  les  Ouvrages  attri¬ 
buez  à  Mercure  Trifmegifte  ,  d’avec  l’Efculape  Grec  qui  eft 
effectif  i  car  -uon  lèuiement  l’ancien  de  ces  deux  Efculapes 
parok  dans  ces  Ouvrages  âyeul  de  celuy  qui  écrit  à  Amon 
Roy  d’Echiopie  j  mais  l’un  &:  l’autre  font  plus  anciens  de  fîx  ou 
Tept  iieeles  que  le  Grec  qui  n’a  rien  écrit,  &  tous  deux  Egyptiens 
au  quelques-uns  ont  cru  que  cet  ancien  n’étoit 

lautre  chofe  que  le  Tofortrus  Roy  d’Egypte,  dont  nous  avons 
parlé cy-devant.  Les  Grecs  n’ont  donc  rien  fait  autre  chofe 
ique  de  confondre  leur  Efculape  pere  de  Podalire  éc  de  Ma¬ 
chaon  ,  avec  quelques  autres  Médecins  de  ce  nom ,  quels  qu’ils 
Toient ,  &  même  fi  l’on  veut  avec  Morfe  ,  tant  il  fe  trouve  de 
convenance  entre  ce  que  rEcricure  fainte  nous  apprend  de  l’un 
ce  que  les  Grecs  ôc  les  Latins  ont  écrit  de  l’autre.  Aulîî  le 
grand  Hipocrate  ne  marque  t-il  rien  précifement,  ni  del’ex- 
tradion  ,  ni  du  temps  ,  ni  du  païs  d’Efculape  ,  quoy  qu’il  fe 
vante  d’être  de  fa  race  ,  fe  contentant  de  dire  qu’il  a  écrit  le 
premier  de  la  Medecine,  après  en  avoir  appris  les  principes  de 
Chiron  j  mais  pour  cela  qui  fçait  s’il  eft  en  effet  l’auteur  d’un 
Traité  de  Medecine  apellé  Navicula  *  dont  il  ne  nous  paroit 
rien  icar  pour  ce  Miriogenefis  dont  Julius  Firmicus  le  fait  au¬ 
teur  ,  il  ne  peut  êtreattribué  qu’à  l’Efculapc  d’Hermés ,  vray  ou 
fabuleux,  commeon  le  peut  voir  dans  Patritius.  Et  quant  aux 
autres  Traitez  que  les  Bibliographes  nous  marquent  fous  le 
nom  d’Efculape  ,  qui  doute  qu’ils-  ne  foient  fuppofez  ?  C’eft 
-donc parce  que  TEfculape  Grec  ht  la  Medecine  avec  quelque 
fuccés  que  Tertullien  l’appelle  le  f  remkr  Maître  Dèmonjiror- 

4eur  àc-CQX  Art,  ôc  Arnobs  T  Mventeur  des  RemedeSs  èc  que  Pin- 
dàre,  Plutarque ,  Lucien  &  Suidas  l’ont  appellé  le  Héros  des 
Cures  i  le  tres^doHe  ^  le  chef  des  Médecins^  &  que  l’antiquitéfii- 

perftitieufe  l’a  honoré  de  ces  Titulâdes  &  de  ces  vœux. 


J.SC,ULA?IO  SACRUM.  COECUS  ISIPISÆDIT- 

ÆSCÜLAPIO  RPIDAüRO.  D.  P.  P.  ET  SALUTI 

ÆSCÜLAPIO  PERGAMENO  S  AC  RU  M  L.  A  N  T  O  N  T  N. 

..  . .  RUSCULU M  .  .  .  .  L.  PQ^LJA 


f‘‘gSSS'Biblmhet. 

Fhetti. 


V.  Traneife.  Patri- 
tium  in  Hermte^ 


*  V.  ftiliui  Tirmie: 
I.  Albenii  Sebtz,i& 
Andr.  Tiraquel. 

InEermeu,' 


Tertul.  in  Apsleg. 
1^'  Coran,  tnilit. 
Arnob.  L  i.  contrM 
gentes.  pindnr.  Ode 
4.  Pluutrch.  l. 
Sympcjtnc.  Lucian. 
in  Abdicat.Suid.  m 

1.0X10. 


V.Reinef  Infcripf. 


40  Ejjafs  de  Médecine,. 

ÆSCÜLAPrO  ET  HYGIÆ.  M.  ANTONIN.  SATURl^rüS- 

*lllndcrediturjo~  -  *  Æ  S  C  U  L  A  P  I  O  E  T  S  A  N  I  T  A  T  I.  L.  C  L  A  ü  DI  Ü  S  KERMIP^ 
(Hlamium.  Qjj  i  y  I  X  I  T  A  N  N  OS  C  X  V.  PUELLAHUM.  A  N  H  E  LT  TB 

QUOD  ETIAM  POST  MQRTEM  EJUS  N-ON  PARUM-  MIRANTUR- 
PHISICI.  J  A  M.  P  OS  TE  RI  SIC  VIT  AM  DUC  I  te. 

pour  ne  poi ne  parler  de  tant  d’autres  qu’au  voit  dans' tant  de 
Médaillés  frapées  en  fon  honneur.  Mais  pour  rintelligence  de 
la  troifiéme  de  ces  lufcriptions-,  il  Faut  fçavoir  qu’un  nomme 
Arehias  fils  d^Ariftæcbmus-,  natif  de  Pergame,  ayant  été  fur-^ 
pris  d’une  convulfion  ehafTant  à  Pindaze  ,  &;  s’écant  perfuadr 
qu’il  en  avoir  été  guéri  par  le  Fecours  d’Efélilape  r  il  bâtit  un.^ 
^  ;  Temple  à  ce  D  ieu  dans  Pergame  ,  des  qu’il  y  fut  de  retour.  En 

;  fuite  dequoy  on  luy  en  érigea  un  autre  à  Smiriie,  où  il- fut  hO' 
noré  de  même  maniéré,.  Quant  à  fa  nourrifTe'j  s’il  eft  vr-ay  qull 
n’en  ait  point  eu  d’autre  qu’une  chienne  ,  ou  qu’uHe  chèvre,, 
les  Romules,  les  LiGafl:es,Parrhafes  ,  TeiepheSrCyrus-ô2  tant 
d’autres  grands  Per  fonnages  n’ont  pas  été  mieux  nourris  5  les 
.  uns  n’ay ant eu  qu’une  Louve  les  autres  qu’une  Vache,-  Ce 
qu’dy  a  d’affuré  effc  que  comme  nôtre  Efculape  gué  rit  en  ef¬ 
fet  quelques  malades»,  on  s’entefta  tellement  de;  fes  cures  en 
:  un  temps  oh  il  n’y  avpît  gueres  de  Médecins-  heureux. ,  que- 
les  Poètes  prirent  occahon  de  feindre  que  Jupiter  L’a  voit  fou^ 
droyé  à  llndance  de  Pluton. 

Dem  extiditim  crejjis  Èpidaurim  herhk 
Rejlituit  patrms  Androgeona  fqck 
Jftpiter  exemplum  njtntm-iàmxitinUlum’- 
Fulmmy  pti  nimmm  novemt  müs  opm  » 

^ofiTeilfariumfe  Piudare  &:  quelques  autres  s’imaginèrent: 

rebus  Argoiic.  «-  quc  ce  fut  pour  fon  avarice^  &  que  Platon  même  a  écrit  que: 
îutt^aVofM  i. }.  ce  pour  avoir  fauvé  la  vie  à  un  mau  vais  riche  qui  fe  moa- 
roit  »  ce  qu  apparemment  il  n  avoit  pas  gmt ü.  Mais  outre: 

qu’il  eft  certaih  que  lés  hommes  foudroyez  étoient  reputez 
des  yidimes  £intes  &  facréés  chez  les  Payens,  Ôc  meme  qn  A- 
riftophane  fe  contente  do  Fintroduire  comme  Médecin  de  “ 
MfslfAsm  4v  piutus-  Dieu  des  Richefïès  ,  qu’il  guérit  de  fon  aveuglement  j 
il  eft  encore  ahùré  que  le  Poète  Homere  l’apelle  irréprochable  y 
terme  dont  il  fe  fert  ordinairement  pour  peindre  fes  HeroS 
d’un  feul  trait ,  8i:  que  Platon  prenant  fon  parti  contre  les 
fidions  de  fes  ennemis, raifonne  de  cette  maniéré  :  S*il  a  été  fils 
^.de^epubUt.  dun  Die» y  ^  ‘^ar  coT^fe^nent  vertueux  ^  riche t  comment  aura-t^d 

ftc 


Première  Partie  Chap.  IV.  41 

P»  être  avare  é‘  interejféî  Cejfe^  donc  ou  de  le  qualifier  fils  d^  Apol- 
don^  ou  de  luy  imputer  ces  foihleffes.  Et  c  eft  à  peu  prés  de  même 
manière  que  Tertullien  a  raifonné  depuis  fur  ce  fujet.  Ilfal- 
loit  que  Jupiter  fut  bien  dénaturé  pour  traiter  ainfi fon  bon  petit-fils , 

^  encore  plus  injufte  de  traiter  ainfi  un  perfonnage  qui  avoit  fi  bien 

mérité  du  public.  Tout  celay  ne  fe  devoit  point  apprendre  d  des  hommes 

attachez,  à  la  Religion  quand  il  aurait  efié  vray  »  é"  devoit  encore 

bien  moins  efire  inventé  sdl  efioitfaux.  Aulîî  eft-cc  pour  cela  que 

je  me  range  du  côté  de  ceux ,  qui'  loin  de  Taceufer  de  dureté 

trouvent  de  la  douceur  jufques  dans  fon  nom ,  comme  s’il  n’a- 

voit  été  qu’un  doux  extrait  de  l’animal  qui  le  nourrit,  Hin- 

nulus  Caprea.  Car  quanta  ceux  qui  difent  en  faveur  de  la  chair 

des  Chevres  &  des  Chevreaux  ,  qu’il  en  faut  ante  con-^ 

cubitum  pour  faire  des  enfans  fpirituels&  de  bonnes  mœurs; 

que  cette  viande  eft  médicinale  5  &  que  la  boüillie  des  enfans 

faite  avec  du  lait  de  Chevre,  contribué  à  les  rendre  enclins  à 

la  douceur  5  je  voudrois  d’autres  garans  pour  les  croire  ,  & 

des  expériences  réïterces  plulieurs  fois  pour  m’en  alTûrer.  Ce 

fut  donc  pour  avoir  bien  mérité  du  public  qu’on  l’honora 

après  fa  mort,  qu’on  luy  bâtit  des  Temples,  qu’on  luy  dreffa 

des  Autels,  &  qu’on  luy  érigea  une  Statué  d’or  &  d’ivoire,  faite  paufm.  înA- 

de  la  main  du  fameux  Tralimede  de  Paros ,  &  enfin  qu’on  le  ce7hithfâe.^' 

furnomma  Alexicaque  Archiatre,  &  Pere  de  la  Santé,  qui 

étoit  figurée  fous  les  noms  d’Ygée,  de  Panacée  ,  de  Romé  , 

que  la  Fable  luy  a  données  pour  filles  ,  comme  Epione  pour  v.suidaminEfctf. 

époLifejtous  noms  qui  ne  marquent  &  ne  refpirent  que  douceur, 

Iplendeur  ,  remede,  force  &  fanté  deforte  que  les  Scithes; 
mêmes  appelleront  fainté’frcré,  le  lieu  oii  on  luy  immoloit  des  v  ParaUpomen.  ai 
victimes.  Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  fi  les  Socrates  &  les 
Cicerons,  qui  peut-être reconnoiflbient  DieuCreateur  de  tou- 
tes  chofes,  &  en  particulier  de  la  Médecine,  fous  le  nom  d’Ef- 
culape ,  ont  été  fi  reconnoifians  du  rétablifiTement  de  leur  fan¬ 
té  5  que  le  premier  ne  charge  Criton  en  mourant  que  de 
payer  lecoq  qu’il  doità  Eftulape,  &le  fécond  ne  recommande  Phœde». 
rien  tant  à  fa  femme  Terentia ,  que  de  le  remercier,  fuivant 
la  coutume  avec  un  cœur  pur  &  chafte,de  la  guerifon  qu’il 
en  a  reçue.  Mais  comme  de  tous  les  Temples  que  la  fuper- 
ftition  payenne  bâtitàfes  fauffes  divinités ,  celuy  quelle  éri-  J 
gea  dans  Epidaure  a  nôtre  Efculape  ,  étoit  apparemment  le  *  * 
plus  ancien ,  ayant  été  fondé,  félon  quelques  Auteurs  ,17.  .fié-. 


42  Medecine. 

des  avant  la  naitTance  de  Nôtre  Seigneur  Jefus-Chrift,  ceux 
de  Cos ôc de  Pergame  ayant  difputé  du  droit  d’Azile.dont 
on  abufoit  du  temps  des  Empereurs  Tibere  &  Claude  5  le  tout 
ayant  été  bien  examiné  /leurs  Aziles  s’étans  trouvez  plus 
anciens  que  ceux  des  Villes  qui  leur  dilputoient  la  préfé¬ 
rence,  leurs  privilèges  furent  ccy^firmez.  Qu^ntàceluy  que 
Tacit  mnciî  peuple  Romain  érigea  à  nôtre  Efculape  dans  l’Ifle  du  T ibre, 
après  qu’il  fe  fut  imaginé  que  fes  députez  l’y  avoient  amené 
fous  la  figure  d’un  lerpent ,  quoi'ïqu’il  fut  beaucoup  moins 
ancien  que  ceux  d’Epidaure  de  Cos  &  de  Pergame,on  ne  fc 
contentoit  pas  d’y  veiller  pour  en  obtenir  la  fanté  ,  mais  on 
abandonnoit  encore  dans  cette  Ifle  les  pauvres  Efclaves  ma¬ 
lades  , à  la  merci  du  Dieu ,  abus  qui  obligea  l’Empereur  Clau-* 
de  de  déclarer  que  tous  ceux  qui  réchaperoient  de  leurs 
maux  feroient  affranchis ,  pour  punir  par  cét  acte  de  douceur 
la  dureté  de  leurs  maîtres. 

Et  à  ce  propos  il  faut  remarquer  que  les  Temples  bâtis  etï 
rhonneur  d’Efculape  étoient  bien  plus  grands  que  les  autres, 
P/ïk/Væ  in  cerm^  p^rce  que  les  malades  qui  venoient  implorer  l’affiftance  de  ce 
îhias,  '  Dieu  ,  étoient  obligez  d’y  dormir,  ôc  par  confequent  d’y  lo¬ 
ger.  Ce  n’eft  pas  encore  là  tout ,  car  la  prévention  fut  fi  gran^ 
de  à  l’égard  de  ce  Médecin, mort  de*puis  fi  long-temps,  que  l’è- 
loquence  payenne  en  parle  en  ces  termes  chez  le  Sophifte 
Ariftide-  Rien  âe  fi  frei^uent  les  cures  qu  il  a  faites  y  même  apréi 

fa  mort  ■>  rien  de  fi  ordinaire  que  les  apparitions  de  ce  Dieu  aux  ma-^ 

\  lades  ,  pour  leur  infpirer  des  remedes  infaillibles  aux  maux  les  plus 

'Ariftides  erai.  i»  dangereux  é*  Ics  plus  Opiniâtres.  Il  preferve  même  ceux  qui  font  én. 
Afilepad.  .  fu,r  la  mer.  Il  remet  les  membres  difioquez  é*froiffez.  Il  al-^ 

longe  le  cours  de  la  vie  par  les  reponfes  quil  rend  a  ceux  qui  le  con- 
fultent.  Il  révélé  pendant  le  fommeiU  les  fecrets  dè  l'éloquence  de 
■  la  Poéfici  apprend  les  coups  de  maîtres  aux  Athlètes  qui  le  recla-‘ 

ment.  Bref ,  fi  l’on  en  croit  te  déclamateur  ,  fon  pouvoir  s’é¬ 
tend  jufques  à  procurer  les  bonnes  grâces  des  Empereurs  ^  de  toute  la 
Famille  Impériale.  Bien  plus,  cette  prévention  luy  fait  même 
faire  une  Oraifon  en  faveur  du  puits  d’Efculape  qui  eft  à 
Pergame.  Il  le  louë  de  fa  fituation  ,  de  la  bo?îté  de  fonxau  »  la-* 
quelle ,  outre  les  autres  qualité^  qu  on  demande  pour  une  eau  potablt 
&  faine  ,  a  encore'  V  avantage  de  ne  fe  corrompre  îamais,  é*  d'être 
une  fource  inepuifable ,  de  fervir  de  prefervatif  aune  infinité  de  mU' 
Ladies ,  ^  de  nè  fouffrir  le  mélange  d' aucune  autre.  Enfin  elle  ef 


Chap.  ï  V.  .43 

fias  douce  que  le  mieli^réfemble  meme  tiux  ea>üx  de  Gnïde  %  à  B.un^ 
tnede  ^  ^  de  Choajpe  j  eomparO’ble  aux  ne^ar  des  Dieux^ 

On  peut  donc  conclure  que  tout  ce  qu’on  a  dit  de  l  Efculape 
grec  eft  fondé  fur  des  vcritez  &  fur  des  cures,  faites  en  un  *  MoaientoubJqiie 
fempsoù  le  peuple  groiEer  tomboit  facilement  dans  l’admira- 
tion.  Car  quant  aux  cures  miraculeufes  qu  on  attribué  aux  quidquid  ubiquc 
vœux  des  malades  qui  le  réclamèrent  apres  fa  mort  .qui  dou- 
te  qu’il  ne  s’y  foit  trouvé  bien  des  coups  de  la  nature  &  de  liant,  vclocitas  di- 
la  fortune,  &  que  le  Démon  *  ne  s’en  foit  mêlé,  pour  tirer  vinitas  credimr  , 
un  gand  avantage  d’un  petit  bien ,  6c  pour  entretenir  tes  ïdo-  dï 

lâtres  dans  l’erreur.  C’eft  fans  doute  ce  que  vouloir  dire  Saint  vinhatcrndum  fa- 
Auguftin ,  quand,  prenant  le  parti  d’Efculape  contre  ceux  qui 
railloient  de  ce  qu’il  avoit  répandu  qu’il  n’étoit  pas  fage-  circa  curas  va- 
femme,  mais  Médecin  i,  en  un  temps  où  tant  de  femmes  en-  letudinuin.  tw»/. 
ceintes ,  mouroient  après  t’avoir  invoqué ,  il  répond  5  Ce  nejl  pas 
le  Medecm  qui  parle  de  cette  manière ,  mais  l*Oracle ,  le  Démon ,  ou 
le  Frêtre  fourbe  or  ignorant  i  qui  emprunte  le  nom  d’Efculape.  17. 

Quant  aux  maniérés  dont  les  Sculpteurs  6c  les  Peintres  l’ont 
reprefenté,  comme  le  peuple  Romain  s’imagina  qu’il  étoit  ve¬ 
nu  d’Epidaure  à  Rome  fous  la  figure  d’un  Serpent  ou  d’un 
Dragon,  fymbole  de  la  vigilance ,  on  le  reprefenta  depuis  fous 
cette  image ,  pour  fignifier  qu’Un  Médecin  doit  toûjours  avoir 
l’œil  au  guet  &  à  l’occafion  5  fi  on  n’aime  mieux  croire  que  ce 
Serpent  fignific  celuy  qui  apporta  à  notre  Efculape  l’herbe 
dont  on  vouloir  qu’il  eût  guéri  Glauque, ou  avec  Theodoret,  Maniny. 

que  tout  ainfi  que  le  Serpent  change  de  peau  ,  de  m  ême  les 
malades  changent  d’habitude  ô£  deviennent  fains  de  malades 
qu’ils  étoient  par  le  fecours  de  la  Medecine.  Quoiqu’il  en  foit, 
il  eft  âftùré  que  le  Serpent  a  toûjous  été  dépuis  le  fymbole  de 
la  Medecine  ôc  des  Médecins  ,  comme  on  te  voit  en  tant  de 
Médaillés  &  d’infcriptions^ 

On  couvre  fa  tête  d’un  chapeau ,  marque  de  liberté  chez 
les  Grecs  6:  les  Romains  ,  d’où  on  peut  inferer  qu’on  a  con¬ 
fondu  les  latroliptes  miniftres  de  la  Medecine  ,  gens  de  baftc 
naiftance  6i  d’un  exercice  aufli  bas ,  avec  les  Médecins  des 
fiecles  fuivans.  Ce  n’eft  pas  toutesfôis  quanta  ce  chapeau  que 
les  Egyptiens  ne  Payent  qiielquesfoi s  reprefenté  chauve,  & 
par  conleqnent  têts  nuë,  pour  nous  marquer  qu’il  n’y  a  nen 
de  fi  fugitif  dans  la  pratique  de  la  Medecine  ,  que- ce  qu’on 
appelé  occafion, 

E  ij 


Effais  de  Medecme. 

Le  coq  cét  oifeaii  donc  on  a  dit  cane  de  belles  chofes  >  & 
qui  eft  confacré  au  Soleil  pere  d’Efculape  ,  ne  marque  pas 
moins  la  vigilance  que  le  hibou ,  le  dragon  &  le  chien ,  qui  luy 
tiennent  fouvent  compagnie  dans,  les  Symboles. 

Si  on.  luy  donne  une  longue  barbe,  il  eft  facile  devoir 
qu’elle  fignine  les  années  ScTexperience  neceflaire  pour  for- 
'  .  mer  un  bon  Médecin. 

Pour  le  bâton  noüeux  &  le  ferpenc  qui  s’y  entortille  ,  qui 
ne  voit  qu’ils  marquent ,  l’un  la  vertu  des  Alexitaires,  &:  l’au- 
tre  les  difficultez  qui  fe  trouvent  dans  la  recherche  &  dans 
l’application  des  remèdes?  A  quoy  on  peut  ajoûter,que  com¬ 
me  les  bâtons  écoient  aucresfois  ce  que  les  Sceptres  ont  été 
depuis ,  ce  bâton  noüeux  marque  rautorité  raifonnable,  &  le 
pouvoir  paternel  que  les  Médecins  ont  fur  leurs  malades 
quand,  les  uns  &  les  autres  font  leur  devoir  ,  &  que  tout  fe 
pafte  entre  eux  ,  comme  il  fe  doit  pafter  dans  les  familles  & 
^  dans  les  Eftats’  bien  reglez. 

On  le  péint  nud  jufqu’a  la  ceinture ,  pour  nous  enfeigner 
que  la  pureté  de  corps  &  d’efprit  doit  être  infeparable  d’un 
Médecin  3  &:  quant  à  la  longue  robe  qui  luy  couvre  le  refis 
du  corps  ,  elle  nous  apprend  encore  plus  particulièrement 
que  la  çhafteté  eft  une  des  qualitez  qu’Hipocrate  demande  en 
on  Médecin  que  comme  le  Pallium  ou  manteau  étoit  un  ha¬ 
bit  honnête  chez  les  peuples  les  mieux  policez ,  an  n’a  pu  expli¬ 
quer  plus  naïvement  l’cftime  qu’ori  faifoit  de  la  Medecine, 
qu’en  revéciffant  fon  Auteur  d’une  maniéré  noble  &  honnête, 
siiiHsïtdic  desy  JntoYtos  àc  mort  Mcificlus  dmlBus. 

naia  Medic.  '  fi  l’on  me  demande  ce  que  veut  dire  la  pomme  de  Pin 

qu’on  ajoute  â  tous  cesfymboles,  je  répons  avec  quelques  Am 
teurs,  que  la  douceur  des  amandes  qui  fe  tirent  des  noyaux 
des  pommes  de  Pin,  marque  apparemment  le  fruit  qu’on  tire 
des  remedes ,  que  comme  il  faut  cafier  les  noyaux  avant 
que  d’en  avoir  le  fruit,  il  faut  profond er  avec  foin  &  appli¬ 
cation  ,  pour  trouver  les  fruits  &  les  fecours  de  la  Medecine , 
fi  1  on  n  aime  mieux  dire  qu’il  y  a  quelque  chofe  de  medeci- 
nal  dans  les  noyaux  de  la  pomme  de  Pin,  témoin  cette  inferip- 
tion  du  Temple  d  Efculape,  hijee  diebtss  Cmo  cuiâam  cœeo  oyyicu- 
lum  .  . .  comedes  nucleos  Fini  una>  mm  müle ^'peY  très  dies,  ^ 
eon'valuit.  C  eft  donc  en  veuë  de  tous  ces  fymboles ,  qu’un 
Médecin  du  fiecle  pafléj  d’une  famille  noble,  &  qui  faifoit  la 


Première  Partie.  Châp.  IV.  45 

Médecine  fort  noblement ,  fit  fraper  une  Médaillé  qui  m’a 
été  communiquée  par  feu  le  R.  Pcre  du  Molinet ,  garde  du  »yjti  Alexandrin. 
■Cabinet  &  de  la  Biblioteque  de  fainte  Geneviève  de  Paris  , 
où  on  voit  d  un  côte  une  figure  d  homme  a  mi-corps  avec  Un^  Rn^iforth. 
ces  mots  a  l’entour.  Ludovic,  d.m.  de  Roche  fort  Blefas  Me^ 
die.  Reg.  &  dans  l’exergue  Genio  salutis,  de  l’autre 
côté  trois  Genies,  dont  celuy  du  milieu  tient  une  figure  de 
ia  fancé ,  &  a  un  Soleil  fur  la  tête ,  un  coq  &  la  mort  à  fes  pieds 
avec  une  pomme  de  Pin. 

Venons  à  la  pofterité  d’Efculape  &  aces  Médecins  qui  ont 
précédé  Hipocrate ,  qui  fortit  de  cet  Efculape  par  divers  de- 
grez  de  générations.  Comme  le  Poëte  Ariftophane  appelé 
Efculape,  /f  fere  aux  bons  enfans,^  que  Coronis  efl  le  nom  de 
fa  mere ,  il  ne  faut  pas  s’étonner  s’il  ne  fort  point  de  mauvais 
œufs  de  cette  Corneille  ,&  fi  les  produdions  de  fon  fils  font 
des  Aigles  en  guerre  &  en  Medecine.  Qu’ainfi  ne  foit. 

Podalire  &  Machaon  fe  fignalerent  également  de  la  tête,  du 
cœur  &  de  la  main  au  fiege  de  Troie, où  ils  rendirent  tant 
de  ferviccs  aux  chefs  &  aux  foldats  de  l’armée  des  Grecs , 
qu’ils  voulurent  bien  encore  s’enfermer  avec  les  braves  dans 
le  cheval  de  bois  qui  fut  fatal  à  cette  Ville,  quoi-que.  félon 
Diodorc  de  Sicile,  ils  fuflent  non  feulement  exempts  des  con¬ 
tributions  que  les  autres  chefs  faifoient  pour  les  frais  du  fic- 
ge,  étant  occupez  du  foin  des  malades  &  des  bleffez,mais  en¬ 
core  difpenfez  de  s’expofer  aux  périls &aux  coups  où  les  au¬ 
tres  étoient  obligez  d’aller.  Mais  avant  que  d’aller  plus  loin, 
il  efl;  bon  de  marquer  icy  que  comme  Podalirc  choifit  cette 
partie  de  la  Medecine  qui  s’attache  à  la  connoiflTance  des  eau- 
fes  des  maladies,  &;  qui  donna  l’origine  à  la  fecte  qui  fut  de¬ 
puis  appellée  Rationelle ,  fuivant  la  remarque  d’Euftathius ,  de 
même  Machaon  s’attacha  particulièrement  aux  operations  ma¬ 
nuelles. 

Ducere  tela  manu  medicamina  fgargere  flagis  y 

Huic  agiles  dédit  ef'e  manus  ^ fi  quando  Sagittas  falingen.  m  z». 

Extrahere  harentes  ogus ,  aut  exfeindere  ferro ,  - 

Aliaque  vel  peterent  medicatum  vulnera  fuemm. 

Afi  alius  mtlior  morhorum  arcana  fagaci 
Jndagere  animot  placidamque  afi^erre  tnedelam.  ^ 

On  dit  donc  de  Podalire  qu’ayant  été  jetté  au  retour  de  P  o  d  a  l  i- 
*fïoïe  fur  la  côte  de  Carie,  6c  conduit  pair  un  paifeur  au  Roy  R.iu  s. 

F  iij 


46  de  Médecine, 

Damætus,  qui  le  reçût  tout  dégoûtant  du  naufrage  >  il  entrei 
prit  la  cure  de  Syrna  fille  de  ce  Roy  >  laquelle  étant  tombée 
du  haut  d’un  logis  j  fut  bien-tôt  guerie  par  les  feignées  &:  au¬ 
tres  remedes  dont  ce  Médecin  fe  ferviti  de  plus  que  Damæ- 
tus  ne  pouvant  aflez  admirer  cette  guerifon ,  &  ne  croyant 
pas  même  la  pouvoir  dignement  reconnoître  par  tous  fes  tré- 
fors  J  il  donna  cette  Princefle  en  mariage  avec  toute  la  Cher- 
fonefea  fon  Médecin ,  qui  de  fon  côté  ne  voulant  pas  paroître 
ingrat  fit  bâtir  deux  Villes  ,  Pune  du  nom  de  Syrna,  l’autre 
de  celu'V  du  Pafieur  qui  l’avoit  fi  charitablement  accueilli.  On 
ajoute  que  les  peuples  qui  receurent  enfuite  des  afiîllances 
mjm.  m.-  merveilicufes  de  Podalire  ,luy  érigerent  un  Temple  dans  le 
païs  des  Samnites  ,  qui  n’étoit  pas  encore  ruine  du  tems  de 
Strabon ,  &  dont  la  fontaine  guerilloitj  fi  l’on  en  croit  cet  Au¬ 
teur ,  les  animaux  malades  qui  en  beuvoiertt.  Ôn  dit  même 
qu’il  fondra  une  Echelle  dans  Syrna  ^  de  laquelle  fortirent 
celles  de  Cos  vde  Rhodes,  de  Guide,  de  Crotone  de  Cy- 
rene  j  mais  que  la  première  fut  la  plus  eftimée ,  &  celle  ou  le 
grand  Hipoc rate  étudia  fix  ou  fept  fiecles  après  fa  fondation.- 
Machaon  frere  de  Podalire  &  fils  comme  luy  d’Efculape 
MUd:  4.  eftîmé  d’Homere ,  qu’il  ne  le  fait  pas  moins  qu’égal  aux  D ieiiX , 

mêmes  AnfliDarésPhrygiusrappeile-t-ileouTageiix, patienta 
prudent,  humain  II  partit  dit  Paufanias  du  païs  des  Méfié- 
1  m:  tr  '  •  ïiî^ns  pour  aller  au  fiege  dé  Troïes  ,  ^  y  fut  blefie  à  mort- 
f  emacu.  f^^éche  quo  lüy  décocha  T eiephe  fils  d’Euripyle  Tmais  ' 

Magkaon  eet  la  confolation  de  fe  voir  afiiilé  &  fervi  par  Neftor  fon 
umï,  qui  eut  la  generofité  d’emporter  fesF  os  avec  luy.  Quel¬ 
que  tems  après  Glauque  Roy  des  Mefiéniens  fut  fi  touché  dé 
ce  qiionduy  raconta  de  ce  Héros  déf  ia  Médecine  ,  qu’il  or-- 
donna  qu*an  luy  faerifiât  comme  à  une  Divinité  ,  &  Paufanias 
marque  qifon  voyoit  encore  de  fon  tems  les  relies  des  Tem¬ 
ples  qu’on  luy  avoit  confacrées  dans  Pheres  &  dans  Gerenie» 
oii  Glauque  luy  avoit  le  premier  facrifî  é.  Mais  les  MelTeniens 
youlans  enchérir  fur  la  magnificence  de  leur  Roy  ,  ajoûterenr 
à  tant  d’honneurs  la  couronne  appellée  Cyphos  y  àont  ils  ornè¬ 
rent  la  Statué  d’airain  qui  reprefentoit  ce  grand  Médecin  en 
pieds ,  de  forte  qu  on  ne  crût  pas  depuis  ce  temps-  la  pouvoir 
rendre  de  plus  grands  honneurs  aux  Médecins ,  qu’en  les  ap¬ 
pelant  de  fon  nom.  ^ 

J>imiuê  Jhfachaonas  om^s 


Première  Partie,  Chap.  IV.  47 

Jlle  MeLchaonim  •vix  ofe  Salnjus  erit. 

Ce  qui  luy  fit  encore  bien  de  l’honneur  ,  eft  qujil  eût  cii^ 

£ls,dont  le  premier  fut  Nicomaque  de  Stagire,ayeul  de  Ni¬ 
comaque  pere  d’Ariftote  &  Médecin  d’Amintas  deuxième  du 
nom,  Roy  de  Mac^oine,  lequel  écrivit  cinq  livres  de  la  Mé¬ 
decine,  &  un  delà  Philofophie.  Le  fécond  fut  appelé  Gor-  ,  ^  ^ 

gafus  Roy  de  Pheres  ,  apres  la  mort  de  Diodes  ion  beaupe-  niae.  ^  c»rm- 
re,ôc comme  ils  excellèrent  également  dans  Part  de  remettre 
les  os  deboitez ,  cela  leur  attira  des  honneurs  divins.  Le  troi- 
fiéme  nommé  Policrate  receut  les  mêmes  honneurs  que  Tes 
freres  pour  avoir  rendu  de  grands  fervices  à  divers  peuples. 

Q^nt  aux  deux  autres  Sphirus  6c  Alexandre ,  on  n*en  dit  rien 
autre  chofe,flnon qu’ils  dédièrent  un  Temple  âEfculape  leur 
ayeul.  Au  refte  le  Sophifte  Ariftide ,  ne  nous  paroît  pas  moins 
palïïonné  pour  l’honneur  de  Podalire  ôc  de  Machaon ,  qu’il  l’a 
paru  cy-devant  pour  celuy  de  leur  pere.  Il  leur  €?$feigna  ^  àÀt-' 
il,  luy -même  tout  ce  quil  uvoit  a^ris  de  chiron^  C*ejl  a  eux  quon  efi 
redevable  de  la  frife  de  Troie  la  grande ,  farce  que  s^Us  n  eurent  guéri 
ihiloBete ,  abandonné  comme  un  miÇerahle  dans  l'jjle  de  Lemnos ,  il 
nauroit  pas  apporté  les  flèches  d*Hercule  ,  qui  étoient  fatales  a  cette 
Ville.  Il  les  fait  encore  voyager  plus  pour  le  bien  public  que  pour 
leur  plaiflr  dr  utilité  dans  l* Egypte ,  dans  Rhodes  ,  Carie  ,  Merope , 

Gnide  ,  Corfe  dr  plufieurs  autres  lieux.  Après  quoy  il  les  place 
comme  les  freres  Caflor  6c  Pollux  au  rang  des  Divinitez,  leur 
faifant  encore  bonne  part  des  mêmes  honneurs  qu’on  avoir 
rendus  à  leur  pere. 

Qimnt  à  la  pofterité  de  Podalire,  on  luy  donne  pour  fuc- 
ceflTeurs  &pour  defeendans ,  quoy  qu’un  peu  confufément ,  un 
Hippolochus,  un  Softratus,  un  Dardanus,  Cleamitides, Chri- 
famis,  Theodorus,  Softrate  fécond,  Ghrifamis  fécond ,  Theo- 
dorus  fécond,  Softrate  troifîéme,  Nebrus,  Gnofidichus,  Hipo- 
crate  premier,  ôc  Heraclidepere  d’Hipocrate  fécond,  qui  eft 
nôtre  grand  Hipocrate  de  Cos.  Mais  quoi-qu’il  en  foit ,  l’on 
ne  peut  pas  nier  que  l’Art  commença  à  décliner  après  la  mort 
des  braves  enfans  d’Efculape  6c  d’Apollon  ,  non  femper  arcum 
tendit  Apollo  s  car  fi  l’on  en  exempte  quelques  uns  de  ces  Hé¬ 
ros  ,  qui  donnèrent  leurs  noms  aux  Plantes  qu’ils  avoient  dé¬ 
couvertes,  quelques  Philofophes  , quelques  Rois  6c  quelques  ~ 
Prophètes  ,  qui  la  plupart  n’étoient  pas  même  grands  Prad-  34'^^* 

ciens  ,  il  fe  trouve  peu  de  Médecins  depuis  le  temps  d’Efcula-  '  — — 


Melampus 
A  R  GI  vus 

Gejner.  Sihliot. 
Medic. 

V.  Vanderlini  de 
Script.  Med;:^Ti- 
racjueîl.  de  nohilit. 
e.  31.  numer.izi. 

Qjiiâ.  MetÂm. 


d.  5.  eaÿ- 1 . 


F.  Ùerodot.  ^  Ste- 
phan.  de  Vrbib.  itt 
diâ.  A^ftria. 


Aâ'Eclog.  6.  Virg. 


&vtd  JtfetUfn 
Virgil.  in  Géorgie. 

K*ieL§7bS. 


V.  Servittm  in  hune 
leeur». 


EJJaîs  de  Mededne. 

pe,  jufques  au  temps  du  grand  Hipocrate,  comme  il  paroîtra 
éy-aprés,quoy  qu’il  fe  foi t  écoulé  lepe  ou  huit  fiecles. 

Melampe  d’Argos  eft  donc  un  des  plus  anciens  Médecins, 
s’ilavécu  l’an  du  monde  2705.  Quoy  qu’il  en  foie  il  ne  fut 
pas  moins  Poète  que  Médecin  :  car  outre  les  Ouvrages  de  Me- 
decinc  qu’on  a  fous  fon  nom ,  on  luy  attribué  encore  quelques  ' 
Poèmes.  Il  guérit  les  filles  de  Produs  Roy  d’Argos  ,  qui  cou- 
roicntles  champs,  &  qui  meugloient  comme  des  Vaches  pouf- 
fées  par  un  efpece  de  manie  caufée  de  la  vapeur  maligne  , 
d’une  humeur  noire  &  brûlé  :  Car  quant  à  la  Fable  ,  elle 
veut  qu’lphinafle&Lifippe  filles  de  ce  Roy,  ayant  méprifé  la 
beauté  de  Junon,elle  leur  troubla  tellement  l’efprit  qu’elles 
crurent  être  Vaches.  Les  uns  ont  crû  que  nôtre  Melampe  fit 
cette  cure  avec  l’Ellebore,  d’autres  que  ce  fut  avec  du  laid 
de  Chevres  nourries  d’Ellebore,  d’autres  avec  l’acier  feul,&: 
d’autres  enfin, qu’il  y  employa  un  violent  exercice  ,  les  faifant 
chanter  ,  danfér  ôc  courir  jufques  à  ce  qu’elles  fuflent  arrivées 
à  SicioiiCj-où  des  hommes  jeunes  &  robuftes  les  entraînèrent 
de  force.  Ce  qu’il  y  a  d’affuré  ,  eft  que  comme  Melampe 
étoit  Augure  &  D.évin,  &;qu’il  fit  jetter  les  forts  qu’il  employa 
dans  la  fontaine  A2aria,cequi  donna  lieu  depuis  à  des  Fables, 
il  y  eut  hien  de  la  fuperftition  ôc  de  la  magic  mêlée  avec  les 
remedes  naturels  de  cette  cure  5  mais  ce  qu’il  y  eut  de  bon 
pour  le  Médecin,  c’eft  qu  ayant  époufé  Iphianafte,  il  eut  la 
moitié  du  Royaume  d’Argos  pour  récompenfe,  &  qu’il  en  fit 
encore  donner  une  autre  partie  à  fonfrere  Bias,  habille  hom¬ 
me,  fl  l’on  juge  par  le  fuccés  de  la  maladie ,  6c par  le  fruit  qu’il 
en  tira:  car  Servius  marque  pofitivement  qu’il  n’eut  point  de 
honte  de  mettre  cette  cure  à  ce  prix.  Quqi-qu’il  en  foit ,  les 
Poètes  eftimans  peut-être  fon  mérité  par  ce  fuccés  Ôc  par  ce 
prix  5  en  ont  parlé  comme  d’un  homme  merveilleux. 

Proâffdas  Mtonitas  erifuit  furiis 
Cejfere  mugi  fi  ri 

Phyllirides  Chyron ,  Amithaonlufque  Melampus 
Mais  ce  qui  nous  perfuade  qu’il  fe  fervit  de  l’ElIebore,  eft 
que  Servius  marque  qu’il  fut  appellé  le  Purgeur.  Ainfi  le  fuc¬ 
cés  de  fes  purgations  paroit  bien  pins  évident  que  celuy  de 
fes  luftrations ,  quoi-que  V  irgile  les  fafté  également  valoir. 

,  Pofiquam  fer  carmina  é‘  herbas 

Brifuit  furiis ,  furgamenta  mentis  in  illas 


45) 


Premiers  Partie  Ch.2L^,lY . 

Mifa-  nqtids ,  oàiumque  meri  ^ermfinftt  in  unàh. 

Nous  avons  parlé  cy-devant  d’Achille  comme  d’nn  des 
-difciples  de  Chiron,  lequel  ne  le  rendit  pas  moins  habile  dans 
les  exercices  de  la  Médecine  que  dans  ceux  d’un  Cavalier  , 
témoin  la>uerifoa  de  Thelephe3c’eft  pour  cela  que  Plutar¬ 
que  le  confidere  comme  un  fçavant  Médecin ,  &  que  Stace  le 
rend  célébré  dans  ces  vers. 

^mn  etUm  fmcos  at^ue  auxiliantia  malis 
Gramina,quo  nîmius  jlaret  medicamine  fmguis, 

^uid  faciat  fomnos  j  quid  hiântia  vulnera  claudat 
J^£  ferro  cohibend/i  lues ,  qu<e  cederet  herbis  edocifiti 

CociT£  autre  difciple  de  Chiron  eft  non  feulement  fameux 
parles  cures  qu’on  luy  attribue  3  mais  plus  particulièrement 
pour  av'oir  penféles  playes  du  bel  Adonis ,  blelTé  par  le  San¬ 
glier. 

Home^e  natif  de  Chio  efi:  encore  un  ancien  Médecin ,  s’il 
vivoic  au  temps  de  Melanthus  Roy  d’Athenes  ,  comme  l’a 
écrit  Archilochus  au  livre  des  Temps  î  cité  parle  DodeAn-. 
dré  Tiraqueau. 

PoLYCLiTE  J  ou  Polyclcte,  efl:  trop  fameux  pour  ne  s’y  pas 
arrêter  quelque  temps.  On  ne  fçait  pas  pofitivèment  fi  ce  fut 
dans  la  lo.  Olîmpiade,  ou  dans  la  30.  qu’il  vécut  3  mais  il  eft 
afluré  qu’il  ne  voulut  jamais  entrer  dans  la  confpiration  faite 
contre  Phalaris  Tiran  d’Agrigente .  quoi-qu’il  pût  rejetter  fur 
la  maladie  de  ce  méchant  homme ,  le  blâme  qu’on  eût  pu  luy 
donner  de  l’avoir  immolé  à  fes  ennemis  par  quelque  poifon  , 
ou  par  des  remedes  donnés  à  contre-temps.  Auffi  ce  Tiran 
luy  en  tient-il  fort  bon  compte  dans  la  belle  lettre  qu’il  luy 
écrit,  parlant  de  la  Medecine,  &  du  Médecin  d’une  maniéré 
fî  avantageufe  ,  qu’il  avoue  que  cét  Art^  efl  plus  l'Art  d'un  Dieu 
que  £un  homme  >  ^  que  le  mérite  de  Policlete  efl  bien  m  dejfus  de 
toutes  les  louanges  humaines,  (jr  de  toutes  les  reconnût ffances  qu  on  luy 
peut  faire ,  quoi-que  lesprefens  que  Phalaris  luy  envoyoit  avec 
cette  lettre  fufteni  en  effet  magnifiques ,  comme  on  le  peut  voir 
dans  le  détail  qu’il  en  fait  dans  la  même  lettre.  Mais  , ce  qu’il 
y  aencore^ÿ  plus  obligeant  du  côté  de  Phalaris,  eft  qu’il  ajou¬ 
te  à  tant  d  nbnneurs  oc  de  recompenfes ,  que  la  'uie  d'un  des'con- 
[pirateurs  nommé  Califehrus,  qu’il  accorde  à  la  priere  de  ce  Mé¬ 
decin  >  n  efl  qu  une  foible  reconnoiflance  de  la  vie  qu  il  doit  à  fon  fça- 
voir  ^  a  fa  fidelité.  . 


if 

Ac  H  I  L  LE  s. 

Opufcul.  de  Kîodo 
Legend.'  Toetets. 
Achilleid.  lib.  j. 


C  O  C I TU  S 

V.  Biblioihsx.  Fha- 
til. 

H  O  M  E  R  U  S. 
Ovid.  Metamorph. 
lib.  10. 


M.  C. 


Ve  nobilitate  'cap. 
il  p^ig.  166. 

Polyclîtus. 


In  Epifiolis  veter. 
Gr&car.  adPoliclet. 
ad  Mejfenigs. 


G 


JO  Effah  de  Médecine, 

P  «TT!  Euribotes  filsdeTeiconte,  fion  en  croit  Orphée,  guérit  > 

URI  O  [espiayes  d’Oilée,bleffé  par  les  Stimphalides. 

^  Nebrus  fut  un  des  ayeuls  du  grand  Hipocrate.  Il  eftloüé 

JN  E  B  R  U  s.  xheffale  fils  de  celui-ci  ,  en  fa  harangue  au  Sénat  d’A- 
thenes.  C’eft  U  qu’il  nous  apprend  que  les  Amphidions  alîie^ 
geans  une  Ville  des  Chriféens, furent  attaquez  de  la  pefte., 

*A*J(pv  otT?.  gcqu  ayant  eonfulté  EOracle,  il  leur  répondit  qu'il  falloitfai- 
revenir  le  fils  du  c^r/,  ceft  adiré  Nebrus, &  l’Or  avec  luy» 
fignifié  par  Chrifus  frere  de  Nebrus  ,  tous  deux  excellens 
Médecins. 

GnosïDIcus,  Gnosidique  qui  fuceéda  à  la  réputation  de  Nebrus  dont  il  ' 
écoit  fils  ,aécrit  un  livre  des  Luxations ^des  Fractures ,  fui- 
vant  Galien  qui  le  marque,  Comment,  in  lib,  i.  de  vMïone  viB, 
in  morbis  acM. 

C  A  D  M  U  s»  C ADMLis  de Müet  dans  Tlonie  vivoit,  dicwon,  l’an  du  monde  \ 

Miietius.  5010,  &  c’eft  pourquoy  il  efi:  un  des  plus  anciens  Médecins. 

On  le  fait  auteur  de  14,  livres  des  maladies,  Erotiques  ,  ou  d’à-- 
.  ,  mour  ,nour  ne  point  parier  deCadmusfils  d’Agenor ,  auquel 
Gtfnert  mbhoth,  attribue  F  invention  de  quelques  fimples.  i 

Demogeues  f>emoc:ebe.s  de  Crotone  nâquk  environ  lan  du  monde  3500: 
Crotoniat.  Rome  150.  mais  Galiphon  fon  pere  étant  d’une  humeup 
&Limp  69  fâcheure,  il  le  quitta  pour  fe  retirer  en  Egine  Ville  de  Sieile,*. 

^  où  les  Habitans  F  arrêtèrent  à  leur  fervice  par  un  talent  de 
penfîon  annuelle,  à  quof  les  Athéniens  ,  qui  reconnurent  fa  car 
pacité,  ajoutèrent  cent  Mines  quelques  temps  après.  MaisPof  ; 
Jicrate  Tiran  de  Samos  luy  ayant  promis  quatre  Talens.  de 
penfîon  >  il  Fattira  ada  Cour  par  cette  libéralité  j  deforte  que  ^ 
D emocedes  mit  les  Médecins  de  C rotone  &  de  Cy r ene  en  re- 
putâtion  dans  ce  païs-lâ.  Cependant  Polycrate  ayant  été  pri^ 
prifonnier  de  guerre  par  Oretés  Lieutenant  de  Darius  ^  & 

*  P  emocedes  avec  luy  ,  il  fut  réduit  dans  une  trille  captivité  y 

où  il  eut  demeuré  toute  fa  vie  fans  le  malheur  qui  arriva  à  , 
Darius.  Ce  Prince  defeendant  de  cheval  au  retour  de  la  Ghaf-  ^ 
fe  fe  déboéta  le  talon,  &quoi-qu il  eut  fait  venir  des  Mcd^ 
oins  d’Egypte,  pour  le  fccourir  &  remettre  cet  os  en  fa  place, 
il  n*en  fut  que  plus  malade.  Ce  fut  alors  que  quelqu’un,  qtu 
avoit  connu  Democedes  à  Sardes,  &  qui  en  faifoit  ellime,s’^ar 
vifâ  d’en  parler  à  Darius  ,  qui  le  fit  tirer  de  la  compagnie  det 
Efclaves  d’Orctés,  les  fers  aux  pieds,  &  tout  cralTeux  qu'if 
ccoit  demifere  ôede  pauvretév  Le  Roy  luy  ayant  donc  demandé 


Première  PmiSi  Cîiap.  I  V.  ji 

étôit  Vfay  C|îi*il  fiic  Mcdccin>  il  répondit  hardiféetît  que  non, 
de  crainte  qu’on  ne  l’arrêtât  en  un  Païs  qu’  il  n’aimoit  pas,  & 
ëtoit  fort  éloigné  du  fien.  Mais  comme  ôn  vit  qu’il  ne  difoic 
pas  vray  ,  &  qu’on  l’eut  menacé  d’un  plus  crttei  traitement 
que^celuy  qu’il  ibuffroit  au  fervice  d’O retés,  il  avoiia  la  vé¬ 
rité.  S’étant  donc  déclaré  Medeciuj  il  commença  par  des  re- 
medes,  qui  appaifant  la  douleur  du  Prince,  le  firent  dormir  , 
&  travailla  fi  heureufement  à  la  reduélion  de  fou  pied  ,  qu’en 
peu  de  temps  on  le  vit  guéri ,  quoi- qu’on  le  crut  eftropiépour 
toute  fa  vie.  Demoeedes  avoir  de  l’efprit  autant  que  de  ca¬ 
pacité,  &c*efl:  ce  qui  le  mit  auprès  du  Roy  fur  un  autre  pied 
que  ne  le  font  ordinairement  dans  les  Cours  les  gens  de  fa 
profeffion.  La  première  marque  qu’il  en  donna  >  e’efl:  que  le 
Roy  luy  ayant  donné  deux  chaînes  d’or,  il  demanda  à  ce  Prin¬ 
ce  s’il  étoit  julle  de  rccompenfer  le  biei^u’il  luy  avoir  fait 
en  le  guerifianc  ;  par  un  double  mafi  mais  ce  Prince  luy  gar- 
doit  bien  encore  un  autre  prefent ,  car  l’ayant  fait  conduire 
chez  les  Reines  par  des  Eunuques ,  qui  le  leur  prefenterent 
comme  le  libérateur  du  Roy ,  il  en  reçût  deux  vafes  d’or  fi 
remplis  de  pièces  d’or ,  qu’un  ferviteur  nommé  Sciton  qui  le 
fiiivoit  fe  fit  un  tréfor  de  celles  qui  fe  répandirent ,  &  qu  il 
ramafla  fur  le  chemin.  Ce  n’eft  pas  là  tout, le  Roy  luy  don¬ 
na  encore  une  maifon  magnifique  dans  Suze ,  &  il  parvint  à 
un  tel  point  de  faveur  ,  qu’il  obtint  la  grâce  des  Médecins 
Egyptiens  que  Darius  avoit  condamnez  à  la  mort,  pour  s’ être 
laiffez  furmonter  par  un  Médecin  Grec.  Voilà  donc  enfin 
Demoeedes  un  des  favoris  du  Roy ,  mangeant  à  fa  table  ,  fa¬ 
veur  dautant  plus  grande ,  que  les  Grands  de  la  Perfe  n’ap- 
prochoiertt  du  Roy ,  Ssne  mangeaient  à-  fa  table  que  le  vifage 
couvert  d’un  voile  qui  leur  déroboit  la  veuë  du  Prince ,  au 
lieu  que  Demoeedes  obtenoit  encore  tout  ce  qu’il  demandoit. 
Mais  pour  tout  cela,  il  ne  pouvoir  vivre  éloigné  de  fa  patrie, 
&  loin  d’écouter  les  promeffes  que  la  Cour  luy  faifoit,  il  re¬ 
jeta  comme  un  autre  Ulifle  celles  de  cette  Callipfo ,  &  trouva 
même  cét  artificieux  moyen  de  s’en  délivrer.  Il  avoir  guéri 
Atofla  fiUe^  de  Cyrus  &  époufo  de  Darius  ,.d’un  uicere  à  la 
mamelle  qu’on  avoit  crû  incurable  avant  qu’il  y  mit  la  main , 
&  entra  fi  avant  dans  fa  confidence ,  qu’il  lûy  perfiiada  tout 
ce  qu  il  voulut.  Il  luy  fit  donc  croire,  premièrement  qu’il  y 
alloit  de  la  gloire  &  de  1  intereft  de  Darius  de  faire  la  guerre 


5  ^  EJfais  de  Médecine. 

aux  Grecs ,  &:  qu*elle  feroit  bien  plutôt  finie  que  celle  qu*U 
meditoit  de  faire  aux  Scithes.  Ainfi  Atofra,;qui  le  croyoitdc 
fort  bonne- foy  le  voyant  déclaré  contre  fa  propre  Patrie,  en¬ 
gagea  Ton  époux  à  cette  entreprife  par  la  déclaration  qu’elle 
luy  fit  quelle  s’accommoderoit  bien  mieux  d’Efclaves  Greques 
que  de  Scythes ,  &,que  Democedes  qui  fçavoit  les  affaires  des 
Grecs  le  ferviroit  fort  utilement  dans  cette  entreprife.  De¬ 
mocedes  cft  donc  envoyé  en  Grèce  avec  des  Perfans  pour  re^ 
connoître  le  païs  ,  après  avoir  donné  fa  parole  qu’il  n’y  de¬ 
meurera  qu’autant  qu’il  eft  neceffaire  pour  fon  deffein.  Ce, 
qu’il  V  eut  de  furprenant  dans  cette  entreprife  ,  eft  que  le  Roy 
q,ui  avoit  donné  des  gensà  Democedes  autant  pour  l’obferver 
qde  pour  luy  faire  compagnie ,  &  pour  obferver  le  païs ,  luy 
permit  encore  de  charger  fon  vaiffeau  de  fes  plus  beaux  meu¬ 
bles  pour  en  faire  p^ent  à  fa  famille  j  &  qu’il  crût  que  luy  en 
promettant  de  plus^aux  après  fon  retour  à  Suze,  ilne  man- 
queroït  pas  à  revenir.  Mais  Democedes  ne  fçaehant  fi  cette 
permifîîon  qu’on  luy  donnoit  d’emporter  fes  meubles  n’étoit 
point  une  feinte  pour  reconnoître  la  difpofition  de  fon  efprit^ . 
refufa  adroitement  ces  offres  ,  ôc  fe  contenta  de  la  propriété 
du  vaifïeau  qui  le  devoit  mener  ,  pour  en  faire ,  difoit-il,  un 
prefentà  fon  frere.  Le  voilà  donc  parti  pour  la  Grece,  où 
dés  qu’il  y  eft  arrivé  j  il  fait  une  defeription  fort  exacte  des 
lieux  maritimes  remplit  fi  apparemment  tous  les  devoirs  de 
fa  commiffion  que  ceux  qui  l’accompagnoient  le  crûrent  de 
fort  bonne-foy.  Mais  AreftophiLide  Roy  des  Tarentins  natif 
de  Crotone  ,  ayant  en  effet  pris  ces  Perfans  pour  des  efpions  ^ 
fit  ôter  le  gouvernail  du  Vaifieau  ,  &  les  arrêta  prifonniers. 
Soit  que  Democedes  fut  de  concert  avec  Areltophilide  ,  ou 
qufil  fût  parti  pour  Tarente  du  eonfentement  des  Perfans,  il 
ne  fut  pas  arrivé  en  cetre  Ville  qu’il  en  partit  pour  Crotone  v' 
fous  pretexte  d’aller  voir  fon  pere.  Cependant  ces  gens  qui 
■Pattendoierît, après  avoir  été  mis  en  liberté  par  Areftophilide,r 
qu’il  menaceTent  de  la  colere  de  Darius,,  voyant  qu’il  ne  ve-- 
noit  point,  fe  refolurent  à  l’aller  chercher  eux-mêmes ,  &  le 
rencontrant  dans  une  des  places  de  la  Ville,  le  revendiquè¬ 
rent  comme  un  fugitif ,  &  firent  effort  pour  l’enlever  5  mais 
n’ayanç  pas  éte^les,plns  forts,  &  Paffaire  ayant  été  mife  en. 
deliberation  dans  Lj^ffemblée  des  Crotoniates ,  qui  crurent  être 
obligez  de  conferver  ce  citoyen ,  ils  poufRrent  tellement  les 


Première  Partie.  Chap.  IV. 

Ferfans  qu’ils  furent  obiige^e  fe  retirer  avec  quelques  coups 
qu’ils  receurent  dans  cette  émotion ,  fans  refped  de  leur  qua-^ 
lité  J  n’ayant  pu  obtenir  ny  par  douceur  >  ny  par  menace  ce 
qu’ils  demandoient  Etant  donc  obligez  ae  s  en  retourner  ^  la 
rëponfe  qu’ils  reçurent  de  Democedes ,  eft  qu’il  les  prioit  de 
faire  ieavbir  à  Darius  qu  il  alloit  époufer  la  fille  de  Milon  » 
ce  fameux  Luitteur  dont  ce  Prince  faifoit  tant  d’eftime ,  grâce 
qu’il  teuoit  plus  grande  que  celle  démanger  à  la  table  d’un 
Prince  Etranger,  &:  ennemi  de  fa  Patrie. 

Toxari  s  le  Scithe ,  fameux  dans  Lucien ,  eft  un  des  plus  T  o  x  A  R  i  s. 
anciens  Médecins.  Il  pafia  defon  paysà  Àtbenespour  y  appren-  sdtha. 
dre  la  Philofophie  ,  &  y  fit  un  fi^rand  progrès ,  que  l’ayant 

pratiquée  dans  toutes  fes  maximes  ,  les  Athéniens  le  regarde-  - - - 

rent  comme  un  homme  extraordinaire  j  de  forte  qu’ils  ne  fe  m.  c.  3500. 
concenterent  pas  après  fa  mort  de  luy  ériger  un  Tombeau  ma-  R.  c.  200. 

gnifique  prés  du  Dypile  5  mais  ils  luy  érigèrent  encore  des  — - * 

Statues, 6: enfin  luy  rendirent  des  honneurs  divins.  *  Ce  qui 

les  y  obligea  particulièrement ,  eft  qu’étant  défolez  de  la  pefte 

&que  la  femme  d’un  Sénateur  les  ayant  avertis  que  ce  héros 

luy  avoir  révélé  en  fonge  ,  qu’ils  n’a  voient  qu’à  répandre  du  zudan.  inscyth^, 

vin  dans  les  riiës  pour  chalTer  ce  mal ,  ils  fe  perfuaderent  par  Hej^chws. 

l’évenement ,  qu’ils  ne  tenoient  cette  grâce  que  de  luy  j  6c  c’eft 

dit-on  pour  cela  qu’ils  immolèrent  depuis  un  cheval  fur  fon 

Sepulcfare.  -  , 


Pausanias  l’aînérfils  d’Anchitus  eft  connu,  par  cette  Epi-  Pausanias 

gramme  Grecque  qu’on  voit  dans  DiogcneLz'ércc  mEmpedocl.  —  . _ J 

Meàicum  indytum  Amhiti  filiurn  c.  m.  3406. 

J^ortdhm  Afdepiadem  patria  aluit  Gelât  — ■  ■  ■ 

tnultos  moleflis  in  tabefeentes  lahoribus  ^:BœoTca\efcrmt 

Monales  avertit  Proferpina  adytis.  ^ 

Car  quant  au  jeune  Paufanias  ,  nous  en  parlerons  cy-aprés. 

Antigene  Médecin  démérité,  eft  marqué  dans  la  lettre  Antigenes. 

qu’on  croit  fuppofée  d’Euripide  à  Sophocle  &  dont  ce  qui  - - - - 

nous  regarde  eft  ainfi  traduit.  Anti^enem  Medkum  [duta  fi  ir 
etiam  ejl  in  chio  -  neqae  dicejjit  in  Rhodum  feiajque  hune  efferuerum  'Epp:.  diverse  ru, 
•  car  quant  à  Antigenes  contemporain  de  Galien  ,  îl  vïen-  . 

dra  en  Ion  lieu. 


Acron  fils  de  Xénon  ,  natif  d’Agrigente^  en  Sicile  ,  eft, fa-  a 
meux  pour  avoir  donné  le  commencement  à. la  Seifté  des  Em-.  Asrigentis. 
pinques,  &  pour  avoir  prefervé  les  Athéniens  de  la  pefte  par 

G  iij 


54  ^  Mcdecfne, 

des  cuirs  &  d’autres  obftacles,  qu’iî*bppofa  aux  vents  qui  fouf-  " 
fiutanh.i.  dejfil  ftoieut  du  Coté  dont  elk  venoit,  à  quoy  il  ajoûtales  parfums. 
^ofirid.  Fim.  i.  Oii  croît  qu’Ü  Yivolt  envirou  Tan  300.  de  Rome,  mais  appa* 
uerTÆüusPmi  il  plus  aacicn.  Quoi-qu’ileii  foit,  il  eût  l’ambi- 

Æginet.  Vofms  '  tîon  dc  vouloir  être  enterré  dans  la  ville  d’Agrigente, faveur 
Gejher.  übiioth.  ng  s’accordoit  à  perfonnc.  C’eft  pourquoy  on  dit  qu’Em- 
pidocle,  pour  fe  moquer  de  fa  vanité>  luy  demanda  s’il  ne  vou- 
droit  point  encore  qu’on  mit  cette  infcription  fur  fon  Tom-/ 
beauj  raportée  diveriement. 

Acron  jitmmm  Medtctts  i  ^ui  fummo 
■  M culmine  >  haht  Tumulum 
'  ;  '  ^  ^  M  _ 

Acron  fummm  Medicus  fummo  fatre  natus 
'  '  ’  -  Tn  fummd  Tumulus  fummus  habep 

Il  écrivit  quelques  livres  delà  Medecine,  s’il  en  faut  croire 
Suidas,  mais  rien  n’en  eft  venu  jufqu’à  nous:  car  quant  à  cette 
EpitapEe  d’un  Médecin  du  même  nom  ,  il  eft  facile  de  voir 
-  qu’celle  eft  du  temps  des  Empereurs  de  Rome. 


Aagup.  T'aftrifk.. 
V.  Gruter  fag. 
jio.é'^A- 

E  M  P  E  D  O  - 
C.EES.: 


OlIMpI  AD. 
LXXXI  V. 

V.'Diodor  T.^héjîum 
(^"&0gen.  iLkcrt. 


l.  de  placitis  Hi- 
f  ocrât.  ^  Elatenis. 

*  lih  de  Mdrtîrih 


A  C  R  O  N  I  R. 
ME  Die  O  AV  G. 
C  L  O  D  I  A  I  I  I. 
L  Æ-T  Æ  S  O  P. 
C.  C  L  O  D  I  V  S 


A  QJJ  I  L  A  N  ü  S. 

Em.ped  octEs  difciple  de  Pythagore, natif  d’Agrigente  en  Sicb 
Icifils  de  Mecon, félon  quelques  mns, &  félon  d’ autres  de  Zenon, 
viYoitenvironl’àn: 300.  delà  fondation  de  Rome.  Quoy-qu’on 
le  confîdere  ordinairement  bien  plus  comme  un  Philo fophe 
que  comme  un  Médecin ,  il  eft  neanmoins  certain  qu’il  étoit 
fi  fçavanc  Praticien ,  qu’on  crût  qu’il  avoit  reflufcité  une  fem¬ 
me  par  fes  remedes  ,  de  maniéré  même  que  les  Selinotiéns 
croyant  qu’il  les  avoit  prefervez  de  la  pelle ,  l’auroient  raie 
leur  Roy  ,  s’il  eût  voulu  l’être.  On  dit  encore  qu’il  avoit  des 
remedes  capables  de  retarder  la  vicillefle ,  tant  on  étoit  pré¬ 
venu  de  fa  capacité  ,&  qu’il  écrivit  plus  de  ^ooo  vers  fur  la 
Medecine.  Qipi-qùHl  en  foit,  Galien  le  loue  pour  avoir  fait 
cette  Profeflîon  avec  un  grand  définterelfemenr.  Cælius  Au- 
rcEan.  n’en  a  pas  parlé  en  fon  temps  avec  moins  d’eftime,  ^ 
Theodoret  *  parlant  des  hommes  qui  avoient  mérité  chez  les 
Payens  d’être  mis  dans  le  Ciel,,  le  fait  auteur  de  ces  vers 
traduits  de  Grec  en  Latin.  . 


Premkre  Partie,  Cb.3.Ÿ AV. 

Hymnidki  'vam,  Arth  Medka^ue  periti 
Mondes  cunctos  primi  pojl  terga  relin<puunt 
Siint  uhi  du  juf^ri  magnis.in  honoribus  aucti. 

Athenée,  racontant  l’honneur  qu’il  remporta  à  la  courfe  ; 
des  chevaux  aux  jeux  de  la  Grece»  dit  quêtant  obligé  de  ' 

donner  un  bœuf  aux  affiftans  ,  6c  ne  lofant  faire, parce  que  / 
les  Pythagoriciens  nejmngent  jamais  rien  de  vivaiiTj  il  leur 
donna  la  reprefentation  d’un  bœuf  farci  d’aromates,  &  de  pre- 
tieufes  odeurs  à  lacrifier  &  à  partager  entre^eux.  Enfin  foit 
qu’il  fe  fût  jetté  dans  le  mont  Æthna ,  ou  qu’il  eiit  quitte  la 
5icile  ,  les  peuples  de  cette  Ifle  ne  le  voyant  plus  ,  &  s’imagi¬ 
nant  qu’il  êtoit  monté  au  Ciel ,  luy  rendirent  des  honneurs 
divins.  ;  -  .  Creok^ 

C  R  E  O  N  eft  un  Médecin  &Phiiofophe  du  pai’s  d’Empedo-  v-tde  ^mém  F^ 
de ,  qui  ne  nous  eft  gueres  connu  que  par  Pline,  igçpar  l’eftime  '"cuurm! 6,$Timi 
qu’on  dit  qu’Empedocle  en  faifoit.  decad\ 

P  H  O  c  U  s  fils  d’Ornithion  fondateur  des  Phocéens  ,  dont  la  ^9.  c-7’ 

Colonie  bâtit  la  ville  de  Marfeille,eft  fameux  dans  Paufa-  Phocvs.  ■ 
nias  ,  pour  avoir  guéri  Antiope  la  furieufe,  &  l’avoir  enfuite  Gricfa0a7ih.7^ 
époufée.  fag.  z6i. 

Alcmæon  de  Crotone  fils  de  Perithuseft  le  premier  félon  Alcmæon. 
Ariftote  qui  ait  bien  écrit  de  l’Anatomie.  Il  fut  premièrement  cwo». 
Auditeur  de  Pithagore  ,  qui  le  rendit  fi  grand  Philo fophe  , 
que  Diogene  Laërce  en  parle  comme  d’un ^enie  fublime  ,•  m.  c.  3514.  ' 

auflî  penfe-t-il  fort  bien  de  l’immortalité  dé  l’âme  félon  cet  »  - _ — * 

Auteur.  Mais  on  ne  fçait  pas  fort  bien  s’il  eft  cet  Alcmæon 

que  cite  Stobée ,  *  &  qu’il  fait  auteur  d’un  livre  de  la  maladie  Astmone  5s.  . 

éide  la  fanté. 

Ph  E.REC  I  D  ES  eft  un  Médecin  contempof  ain  d’Hipocrate',  s’il  P  H  e  r  e  g 
eft  vray  que  celui-cy  luy  adrelfe  des  lettres.  On  luy  attribue  D  e  s. 
le  livre  deviciu  fdubri  d’Hipocrate  même  :  car  quant  aü  Pher- 
recides  de  Diogene  Laërce  ,  je  ne  f^ay  fic’eft  celuy-là  même. 

Euriphon  de  Cos,  inftruit  dans  l’Ecollé  de Gnide ,  fut  Me-  Ehriphok. 
decin  de  Perdicas  Roy  de  Mâcedoine  ,  Auteur  des 

de  Gnide t  Ouvrage  dont  Hipocrate  ne  paroît  pas  fôrt  fa- 
tisfait,  non  plus  que  de  la  méthode  de  ce  Médecin,  ll  â  enêbrè  "  .  S 

fait  un  livre  des  Medicamens  fubflipùe^  G’eft  un  grand  An^..  \  ' 

tomîfte  pour  fon  temps,  &  au  refteft  héureûx  que  la  pofterité  *  Gaien.  im.Èpf- 
luy  a  attribué  le  livre  d’Hipocfaté*  d^y9pr/W/K^^^ 

Cardan  en  parle  en  ces  termes  >  ÿorfan  Euriphon  nuUrt  ex  pane  ' 


MbLI  s  s  11  s 
I  c  c  V  s. 

Tarentinus. 

*  l.  de  legib. 
J>ialog.  8,  ^  in 
Trotagorn. 

V.  Stephm.  deur- 
bib.  in  diB.  tsÙ^s. 


Erafm.  in  ChiUa.d. 

pag.,\zp  ::  .. 

.Vu.Smd^m  in  di.B, 

liCUS^  .  '  :  . 

'J b  L  A' S..:;, 

Bithinius.  ■  - 

adverf.'JîidMfj,  i 

•B  O  - 

jyemacripmsi  •  i 
G^iie.l.  iib ...  vThe.- 
rapetit  c.  Làèrt.  in 
Empedocl  Suidas 

Brmy^iTs. 

Syri^nfis^  ^  ‘ 

Blin.  ■  iib'.  rctrtr'xo . 
GaI.  Jiiirei. 

Andr,  Ttraquell. 
de  nWilU.  ••  cap.  31. 
}H-h^  A- 
HeRQ^ÇîVI 
Selymbriimus ....  ^ 

in  Gorgia  &  Fhce- 
done. 

'*=  tn  Itîdâ\  iV  ‘ 

*  V.  Comment.  ^ 
net  as.  Harduin^  S. 
•î  ad  1.  29.  Flin. 
^ oefium  ^  Mer- 
fnr.  ad  fiâd  p  lïb. 

é.  Êftd.  Flipocrat. 

Tzezes  in  chi- 
diad. 


.5^  ’  EJJais  de  Medmne,  I 

Hifocmti  mfemr  fî  ex  unguikis'  ko nc?n  utm  proverhlo  efi  cognofeere  | 
mihi  conce^fum  eji.  _  .  \ 

Mblis  sus  eft  un  Médecin  cité  par  Hipocrate  au  livre  des  j 

Principes  ,  &  par  Galien  au  livre  des  Elemens.  \ 

le  cus  de  T arente  vivoit  dans  la  77 .  Olînipiade ,  ôc  a  été ,  ou,  1 
peu  s’en  fatit ,  contemporain  d’Hipocrate  ;  c’étoit  un  habile  j 
Médecin  pour  Ibn  temps,  homme  fobre  s’il  en  fut  jamais,  puif.  \ 
‘qii’il  a  donné  lieu  au  Proverbe /w  cam.  Platon  le  loué  de  la  for-» 
be  de  fon  corps  ôc  de  celle  de  fon  efpri  t ,  Temj^ermtiam  fmul  \ 

'fortîfuRinem -wpmi  êonfequutm-i  mllam  énqmm  in  toto  fuoe  exercita- 
iimk tmf(ïfk\vmèrem  co^o'vît.  Surt^uoy  il  faut  remarquer  avec 
ïrâfme  qtr'Elieh ayant  fait  mention  d’un  Athlete  de  ce  nom, 
né  à  T  arente,  qui,  n’étoit  pas  Médecin  ,on  pourroit  bienn’a- 
■vbif/faiEqu’ün  homme: du  Médecin^ de  l’ Athlete.  | 

Jouas  bü.Jblaus  de  Bithyrile ,  contemporain  d’Iccus  de  T aren- 
te,qnpi-qae  fes  Ouvrages  ne  foient  pas  exaéls,  ne  laiffe  pas  d’ê-,  ,  ; 
'tre  cité  par  Nicandre,  Diofeoride,  Ceife,  Pline,  Galien  ,  & 
'SâintEpïphape.: 

B b'£  irr férnômrné  Demoerkiu^  rbivoit  au  tèmps-d’Iccus  & 
d’Iojas.  C’étoit.un  Médecin  Philpfophe  ôc  Hiftorien ,  qui  écri-  | 
^vit  dés  livrés  dé^  Modicamehs.  '  ' 

'in  Lexic.  Vojjtus  de  Hifisric.  GrAcis,  '  ■ 

iDioNysiûs  de  Sirte  en  Egypte,  étoit  non  feulement  contem¬ 
porain  d’Hipocrate  ,  mais  encore  un  de  ceux  qui  paroilTent  | 
avoir  eu  quelque  coauherce ‘avec  luy.  Ilya  encore  quelques 
autres  Médecins  de  ce  npm ,  dont  les  uns  ont  écrit  des  Plantés  i 
&  lés  àiitreV  ne  font  connus  que  de  nom.  ' 

HMqî:)-ieu.ç  de  Seliyçée  dans  la  Propontide  étoit  frere  de 
ÿprgiàs  le  Lephtihi  '  It  fut  maîfre  du  grand  Hipocrate ,  &  Sur¬ 
intendant  .des  ^  païs.  Auffi  fut-il  un  des  pre-  ’  ; 

iniers.qui  joignirent  la  Gy mhaftiqüe  à  la  Medecine ,  Platon  le  ; 
Ippepouc  cette  rai  fon ,  &  quelques  autres  au  3.  de  fa  Re-  ; 
pLjblïqué"^  dans  deux  de  Tes  Dialogues.  Il  compofa  un  livre  ,  ; 
de  la  dîeleieloniEuftathius.  *Qhelqucs  Auteurs  ont  écrit  qu’jl  j 
commença  à  lepârer  par  la  Medecine  delà  Philofophie  5  mais  ce  j 
fut  en  effet  Éuriphon  qui  fit  ce  chaiigement.  Il  faut  bien  fe  ,  i 
,garder  de  le  confpiidre*  ayec  jPrèdicus  dilciple  d’Hipocrate  ,  . 
'comme  ont  fait  divers  Auteurs  trempez  par  quelqués  M  S  Si  - 
qui, ont  ,  pour  qu’un  ancien  interprète  a  retenu  j 

niais  ilya  lieu  de  douter  fi  c  eft  cet  Herodicus  dont  Hipocrate  ; 

blâme 


Première  Partie.  Chap.  IV.  57 

biâme  fî  ouvertement  la  metbode  dans  le  6.  des  Epidémies  :  Herodîcasfcbri^ 
car  outre  qu’André  Tiraqueau  paroît  incertain  fur  ce  fait  5 
Hipocrate  étoit  alTez  modefte  pour  ne  pas  parler  fi  défavan-  luads  foraentis/fff. 

tageufement  de  fon  maître.  *  de'tobfu/'cat' 

pYTHOCLEseft  un  fort  ancien  Médecin,  puifqu’Hipo-  n.fag.  3^4.  ‘ 
crate  en  fait  mention  au  7.  livre  des  maladies  populaires.  Pythocles: 

Ckatevas  étoit  aufli  habile  dans  la  connoifiance  des  Crat  evas 
Plantes ,  qu’Hcrodicus  f  étoit  dans  la  Médecine  Practique ,  ôc 
dans  la  Gimnaftique,  témoin  l’Epître  que  luy  écrit  le  grand  mpoerates  ad cr^: 
Hipocrate.  On  dit  qu’il  découvrit  la  Plante  qu’il  nomma  Tba- 
pfiadans  flfle  Tapfos,une  des  Sporades  dont  il  luy  donna 
le  nom.  Diofeoride,  Pline ,  Galien ,  le  Scholiafte  de  Menandre  " 

&  même  S.  Ciprien  en  font  une  fort  honorable  mention  :  car  -p//»,  i.  e.  g. 
quant  à  ce  Cratevas  qui  addrelTa  un  Livre  des  Plantes  au  Roy 
Mithridate,  c’eft  autre  chofe. 

Democ  rite  d’Abdere  étoit  non  feulement  un  Dèmocri- 
grand  Philofophe  ,  mais  encore  un  grand  Médecin  3  car  pour  tus  abderita. 
le  nom  de  fon  pere  ,  il  cfi:  incertain,  les  uns  l’appellant  Da- 
malipe  ,  les  autres  Athenocrite  &  les  autres  Hegefiftrate.  Il  Ôl  i  m  p  80' 
naquit  environ  l’Olimpiade  80.  Quelques-uns  ont  écrit  ‘  * 

qu’il  avoir  été  maître  d’Hipocrate  ,  &  que  ce  fut  pour  luy 
faire  honneur  que  celubcy  ,  qui  étoit  Dorien  écrivit  en 
langue  Ionienne  5  mais  fi  l’on  s’en  raporte  à  leur  entrevue, 
il  paroît  qu'Hipocrate  n’étoit  alors  connu  à  Demoerîte 
que  par  le  bruit  de  fon  fçavoir  6c  de  fes  cures.  Q^y  qu’il  jr  ^^pifiei  m  eer 
enjfoit  ,  Democrite  fit  plufieurs  voyages  dans  ^d  T>»maget:% 

l’Etiopie  ,  les  Indes  ,  où  il  s’inftruifit  de  tous  les  fecrets 
de  la  Philofophie  dans  la  compagnie  des  Mages  ,  de  ma-  jr. 
niere  qu’ayant  mangé  tout  fon  bien  ,  il  fut  obligé  après  Unum  de  iJvitîs 
Ibn  retour  de  fe  retirer  dans  un  petit  fond  qui  luy  fut  aflîgné 
par  fes  concitoyens  hors  la  ville  d’Abdere ,  où  il  philofopha 
le  refte  de  fes  jours  ,  &:  compofa  ,  félon  Pline  &  Diogene 
Laërce,Lin  livre  de  la  vertu  des  Plantes  ,  &  quelques  autres 
Ouvrages  tant  de  Philofophie  que  de  Medecine ,  marquez 
par  celui-cy  dans  fa  vie  ,  qui  n’ont  pas  été  inconnus  à  Hi- 
pocrate  ,  puifqu’il  le  cite  quelquesfois.  Il  excella  particu¬ 
lièrement  dans  l’iVnâtomie  j  mais  on  ne  peut  pas  difeon- 
venir  qu’il  n’ait  bien  mêlé  de  la  fiipérftition  à  fà  Medecine, 

&  a  fa  Pnilofophie.  On  dit  pour  preuve  de  fa’ capacité  que 
s  étant  fait  apporter  du  laid ,  il  devina  en  prçfence  d’Hipo- 

H 


J  3  EJJats  de  Mededne. 

crate  qu’il  étoit  d’une  chèvre  noire ,  qui  n’avoit  fait  qu’u^ 

.  ,  chevreau,  càpelU  ^nmipa$é  falué  une  fille 

vi  wi-i  qyj  venue  le  voir  avec  Hipocrate  en  cette  qualité ,  il  la. 

falua  le  jour  fuivant  comme  femme  j  parce  qu’il  connut  qu’el¬ 
le  avoir  pafTéla  nuit  precedente  avec  un  homme.  11  mourut 
âgé  de  cent  ans ,  la  première  année  de  l’Olimpiade  ^4.  de  la 
manière  dont  nous  le  marquerons  autre  part. 

H I  PO  CR  AT  E ,  fécond  du  nom ,  naquit  au  commencement 
H  £  P  oc  K  A-  de  l’Olimpiade  8  0.  dans  l’Ifle  de  Cos ,  furnommée  Portedieux, 
ï  £  s  Coîis^  *  parce  qu’elle  avoir  donné  la  naiJGTance  à  la  plupart  des  Af. 

clepiades  ou  defeendans  d’Efculape.  Son  pere  s’appelloit  Hera- 
F  cÜde ,  &  fa  mcre  Praxitée.  Ceux  qui  fe  font  avifé  de  le  dé- 

peindre  l’ont  fait  de  petite  taille,un  peu  grêlé ,  mais  de  vifa- 
làtuarmi.  ge  agréable  ,&  luy  ont  donné  une  groffe  tête.  Quant  aux  in^ 
elinations,  ils  ont  écrit  qu’il  étoit  taciturne,  lent  &  ftudieux  \ 
&  que  non  contant  de  confulter  les  fçavans,  comme  il  fit  à  Athe» 
nés  oii  il  étudioît,  il  apprenoit  même  les  effets  des  remedes  de 
la  bouche  du  peuple  &  des  villageois  :  mais  ce  qui  marque  la 
force  de  fon  genie  félon  Galien  ,  eft  que  fi  celui- cy  devoir  , 
prefque  tout  à  fon  étude ,  Hipocrate  devoir  tout  à  la  nature. 
Galenum  eruàiit  leBio  Hifoemtem  mtum.  C'efl:  pourquoy  il  feint 
qu’Hipocrate  defeendit  dans  le  plus  profond  des  réduits  de  la 
aature  ,  qu’il  s’entretint  quelques  temps  avec  elle ,  6c  qu’il  en  , 
apprit  ce  qu’elle  avoit  de  plus  caché  &  de  plus  mifterieux , 
pour  en  fâiro  part  aux  hommes  lorfqu’ils  commencèrent  à  en 
^  avoir  befoin ,  êc  que  les  maladies  fe  multiplièrent,  donnant  par 

fes  découvertes  &  fes  expériences  une  nouvelle  face  à  la  Mé¬ 
decine  :  car  comme  s’il  l’eût  nouvellement  enfantée  ,  il  en 
V  forma  les  membres  tendres  &  délicats  d’une  main  adroite  & 

fçavante  ,  la  nourrit ,  êé  y  ajouta  comme  un  bon  pere  tous  les 
ornemens  dont  elle  avoir  befein  pour  paroître  avec  éclat  dans  le 
monde.  En  effet,  quoi-que  les  écrits paroiffent  obfcurs,  &  qu’un. 
Poète  Italien  en  ait  dit  comme  nous  l’avons  marqué  cy  -  deffus.; 

E  quel  di  Côb  che  fe  vîé  fnigUor  ogm  \ 

r.  i,nmS.  n.u.  Se  l,e»e  Wtefi  fip  gli  Jfirifmi. 

Neanmoitts  cette  brièveté  qui  donne  à  penfer  aux 
teurs,  ne  laiffe  pas  de  renfermer  une  doctrine  très -pure 
'  des  fentimens  qui  marquent,  que  fon  Auteur  eft  un  genie  des 

plus  elevez ,  ôc  que  dans  l’état  ou  il  trouva  l’Art ,  ôc  où  il  le. 


Première  Partie.  Chap,  IV.  $9 

mit  enfuitc,  un  Auteur  du  moyen  âge  a  eu  railon  dcTappeller 
le  Promethée  de  la  Médecine.  Il  vit ,  quoi-qiie  d’alTez  loin  , 
la  pelle  de  rilyrie,qui  comme  une  terrible  Cornette  mena- 
coit  fon  Ille  de  Cos  ,  6c  en  preferva  non  feulement  fon  païs 
natal,  mais  encore  toute  la  Grece,  par  fes  foins  &  par  ceux 
de  fès  difcipies  qu’il  y  envoya.  Le  bruit  de  cette  merveille  ÔC 
de  tant  d  autres  curés  étant  donc  venu  jufques  aux  oreilles 
d’Artaxerxe  Roy  de  Perfe,il  luy  fit  offrir  par  fes  Lieutenans 
toutes  les  ricbeffes  6c  tous  les  honneurs  imaginables ,  s’il  vou- 
loit  fe  donner  à  luy  5  mais  il  refufa  tant  d’avantages  par  des 
raifons  de  modération , de  generofité  6c  état,  tant  ilaimoic 
fa  patrie ,  6c tant  il  étoit  éloigné  du  falle  6c  de  l’avarice.  On 
dit  qu’étant  de  retour  de  divers  voyages ,  il  fût  appellé  pàr 
Perdica  Roy  de  Macedoine  fécond ûe ce  nom,  qu’on  croyoit 
malade  du  Poumon  5  rnafs  qu’il  reconnut  que  le  mal  luy  te- 
noit  au  cœur,  languiffant  d’amour  pour  Philé  maitrelle  de  Ion 
pere.  Il  étoit  fi  honnête ,  fi  fidellc,6c  fi  modéré  dans  les  pafiîons, 
qu’il  n’y  a  qu’à  voir  fon  fameux  Juœment  pour  en  être  pleine¬ 
ment  perfuadéj  6c  fa  fincerité  le  mena  -fi  loing  qu’il  avoüa  les 
fautes  que  les  lignes  équivoques  6c  les  reiTemhlances  luy  firent 
commetredansla  Pratique,franchifedont  Celfe  le  loue  fi  haute¬ 
ment  ,  que  les  Médecins  qui  n’ont  rien  à  fe  reprocher  ,  ne  de- 
vroient  jamais  fe  faire  un  chagrin  de  ces  accidens  qui  arrivent 
quelquesfois  aux  plus  habiles:  car  *  comme  les  petits  efpmsn  ont  pas 
■grand  chofe  a  perdre  ,  quils  ne  peuvent  fouffrir  pour  cette  taifon 
qu  on  leur  ote  quelque  chofe  ^  ces  genies  éleve^qui  fe  confient  en  la  ri- 
chejfe  de  leur  fond  y  n  ont  garde  de  pleindre  de  petites  pertes ,  font 
toujours  d'ajfez,  bonne  foy  four  marquer  les  pas  où  ils  o?ît  bronché  ^ 
quand  ils  ont  ététrompef^par  les  apparences.  Mais  comme  on  pour- 
roit  faire  un  Panegirique  complet,  des  Eloges  que  Galien  luy 
donne,  ôc  un  livre  entier  de  ceux  que  tant  d’autres  Médecins 
y  ont  ajouté  3  je  me  contenteray  de  marquer  combine  en  paffant 
les  loüanges  que  luy  ont  donné  les  grands  perfonnages  qui 
n’étoient  pas  Médecins ,  6c  qui  par  confequent  étoient  défin- 
tereffez.  Le  Sénat  6c  le  peuple  d’Abdere  l’appellent  le  Pere  de 
la- Patrie  Scie  Jupiter  conlervateur  *  6c  Foetus,  dansl’Epitre 
au  Roy  Artaxerxe,lenomme  le  Pere  de  la  Santé  ,  le  Lenitif 
de  la  douleur  ,  le  Sauveur  6c  l’Econome  d’une  fcience  toute 

Hic  ae  fanitates  pater ,  hic  fervator  ,  hic  dirstor^  hic  divins,  fcîsntis.  p/crticsps. 

Qlupiter  fervAtQ^aiiavMOjVindîcato.'  ^ 

H  ij  ^  .. 


Theephil.TnuPfo^. 

ttirl 


*  More,magno- 
rum  virorum  &  fi- 
duciam  habentiu  , 
œagnarum  rcrum. 
N  aiï5  le  via  ingénia, 
quia  nihil  habcnt 
nii  fibi  dctrahunt , 
magna  ingénia  > 
muitaque  nihilo- 
minus  habitura  , 
côvenit  etiam  üm- 
p!ex  crroris  veri 
confcffio  ,  præci- 
pueque  in  eo  mini- 
llrcrio  quod  atilira— 
tis  caufa  poftcris 
traditur  ,  ne  quj 
dccipiancur  cadem 
xaîione  quâ  quis 
anrea  deccptuscft. 
iib.  S.c.  4. 


De  ctvit.  Dei  Hb. 
s,  cap.  Z. 


l  b.  de  pr&eipms  or- 
iis  miracul. 

*  Pompeius  Orni- 
vus  lih.  I,  cap.  3. 
de  myfiicsi  nomin.. 
interpretntione. 
y.  Tiraquel.  deno- 
bilitatrc.  -^i.  ».  ÿ. 

*Galiotus  Martine 
in  doârin.  promif- 

mé. 


JUicinus  fopra  gli 
Triewfi  di  p.  Te- 
trarch. 


Co  EJJak  de  Médecine. 

divine.  Platon  l’introduit  par  tout  où  il  a  befoin  d’un  hom¬ 
me  fage,  éclairé  &  prudent.  Seneque  àc  Pline  l’appellent  le 
Prince^ des  Médecins,  quoi- que  ce  dernier  l’ait  copié  comme  . 
avoient  fait  longtemps  avant  luy  >  Ariftote  &  Theophrafte  , 
fans  le  nommer.  Aulugelle  ,  ôc  Macrobe  le  traitent  de  di- 
vin  jjufques  a  luy  donner  l’infaillibilité.  Saint  Anguftin  & 
quelques  autres  Peres  de  l’Eglife  l’appellent  tres-illujire  Mede- 
cm,  comme  tant  d’autres  grands  perfonnages  avoientfait  avant  ^ 
eux.  Suidas  dit  que  Tes  paroles  &:  fa  doctrine  n’ont  pas  été  . 
reçues  comme  celles  d’un  homme  ;  mais  d’un  Dieu  ,  Petr. 
Vincus  eft  allé  jufquesà  l’appeller de  mâture  >  &  :  ! 
'  d’autres  *  Auteurs  ont  crû  voir  des  mifteres  non  feulement  ' 
'dans  Ion  nom  ,  mais  encore  dans  chaeune  des  lettres  qui.  le  . 

-  compofent.  Paul  le  Jurirconfulte ,  Panorme ,  Barroleéc  autres 
'Pappelent  le  plus  grand  des  Médecins,  &:  la  Loy  même  parmi  , 
lès  Chrétiens  s’ell  fait  une  loy  de  fes  fentimens  en  quelques  '  ' 
'  matières.  Bon  mary ,  bon  pere,  bon  citoyen,  bon  ami  5  religieux  . 
dans  fes  paroles ,  bc  même  dans  fes  fentimens  autantqae  le  pou- 
voit  être  un  homme  qui  n’avoit  pas  été  de  ce  petit  nombre, 
que  la  vérité  daigna  éelairer  avant  la  venue  du  fils  de  Dieu,  ' 
'  Hipcmte  fenti  dirittam ente  di  Dio  circa^  il  fm  ejfere  jtmplice  -,  ^  . 

uiMore  âe  tutH  le  cofe  mundan'e yil  monda  f eue  eterm  ,  md  V anim a 
ejfer  in  fpirto  tenue  è  futilijjimo  per  tutpo  il  corpo  diffufo.  ^^od  di- 
dimus,  dit-il  luy-même ,  caUdum"')  ‘videtur  mihi  immort  de  ejfe^  é*  ■ 
cunÛA-  rntelligere ,  (jr  videre  ^fcire  omniu  ,  tûm  prxfentia  tum  fu-  » 
Combien  donc  de  Chrétiens ,  fi  Chrétiens  on  les  peut, 
nommer  ,  qui  n’ont  pas  des  fentimens  fi  droits  &  fi  religieux  ?  :  ; 
Il  vécut,  félon  quelques  Auteurs  ,  104.  ans,  &  félon  cf’autres  j 
I op.  &  mourut  peu  après  Democrite ,  dont  la  perte  luy  fut  fort  j 
fenfibie.  Le  Sénat  d’ Athènes  voyant  que  les  Habitans  de  Cos  ^ 
luy  rendoient  des  honneurs  divins  ,  &  voulant  enchérir  fur  . 
ces  reconnoiflfances  ,  luy  rendit  les  mêmes  honneurs  qu’à  ' 
Hercule  dans  les  ceremonies  des  jeux  de  la  Grece  ^  où  la  j 
Couronne  d’or  qu’on  luy  confacra  fut  expofcê  &;  proclamée  ; 
par  les  Crieiirs  publics,  aquoy  le  même  Sénat  ajouta  le  droit  ' 
de  bourgeoifîc  pour  fes  enfans  dans  Athènes  ,  &  une  penfîon  1 
arinuelle  tiree  du  Trefor  public.  La  prévention  même  alla  fi 
loin  du  coté  des  femmes, que  des  abeilles  ayant  fait  leur  miel 
proche  de  fon  Tombeau, elles  s’en fervirent  comme  d’un  fou-  ; 
yerain  rcmedes  pour  les  Aphtes  ou  petits  ulcérés  de  la  bou-  ■ 


Première  Partie  Chap.  IV.  (si 

che.dc  leurs  enfans.  Q^nc  au  chapeau  dont  les  Sculpteurs 
&  les  Peintres  ont  depuis  couvert  fa  tête  ,  quelques  Auteurs 
ont  crû  que  cela  s’ell  fait  pour  marquer  les  voiles  qui  déro¬ 
bent  au  peuple  le  fens  &rinceiligence  de  les  admirables  écritsj 
mais  il  y  a  bien  plus  d’apparence  qu’on  l’a  reprefenté  la  tête 
couverte ,  parce  que  le  chapeau  a  toujours  été  une  marque  de 
noblefle ,  de  liberté  &  de  dignité ,  comme  on  le  peut  voir  dans 
les  Statues  d’Efculape  ,  d’Uiide  &  de  quelques  autres  grands 
perfonnages.  Pour  les  livres  qu’il  a  compofez,  Suidas  en  fait 
6 O.  qu’on  appelé  après  luy  Hexacontabibli ,  pareeque  félon  la 
divifion  qu’on  en  fait ,  il  y  en  a  peu  plus  ou  peu  moins  ,  quoi¬ 
que  ^ymphorian.  Champerius  les  reduife  à  i6.  FinifTons  par 
des  vers  &  par  une  infeription  que  la  pofterité  luy  a  confacrez, 
quoi-que  ce  foit  peu  de  chofe  en  comparaifon  de  tout  ce  que 
nous  avons  marqué  cy-deffus. 

Lux  hominum  Hif  ocrâtes  populos  tutatuSj  in  ono 
Fecit  ut  umbrarum  copia  raya  foret. 

HIPOCRATICOO  OB  SALUER  LT  AT  EMHUMANO 

.GENERI  DATAM  B  R  E  V  I  B  ü  S  QJÜ  E  ,  D  E  MO  N  S  T  R  A- 
TAM  COMPREHENSlONIBUS,BONA  CORPORIS 
VALETUDODICAT. 

Je  laifle  donc  à  penfer  après  tout  cela ,  fl  un  Médecin  de  nô¬ 
tre  temps  a  eu  raifon  d’introduire  Morne  dans  un  dialogue ,  où 
il  luy  fait  dire  que  les  Grecs  ont  impofé  à  la  pojlerité  y  outrant  par 
une  vmité  dr  une  legereté  qui  leur  ejl  naturelle  ,  les  louanges  quils 
ont  donnera  Hipocrate  y  comme  s’il  y  avoit  à  prefent  plus  de  bon 
fens  dans  des  Villes  telles  que  Conzence ,  qu’il  n’y  en  avoit 
dans  l’ancienne  &  dans  la  nouvelle  Rome ,  &  même  dans  tout 
le  monde  fçavant,  dont  il  a  été  &  eft  encore  à  prefent  admiré. 
Car  quant  à  Lionardo  di  Capoa  Médecin  de  même  nation  >  il 
eft  certain  qu’il  ne  s’eft  engagé  à  écrire  contre  la  doctrine  de 
ce  grand  homme ,  que  par  une  maniéré  de  neceffité ,  &  pour 
foûtenir  le  Syftême  qu’il  s’eft  fait  3  &qu’à  cela  prés,  il  ne  pa- 
roit  pas  trop  perfuadé  de  ce  qu’il  écrit  ,  comme  nous  le  ver¬ 
rons  cy-aprés  dans  l’extrait  de  fon  ouurage. 

On  peurroit  encore  ajoûter  à  la  loüange  d’FlipoGrate  ,  que 
depuis  qu’il  a  paru  dans  le  monde,  la  Médecine  n’a  plus  man- 
quéde  grands  perfonnages  ,  femblablcs  à  ces  orangers  toujours 
verts qui  ne  font  jamais  fans  fleurs  Se  fans  fruits. 

Confort  eterr.i  e  terne  ilfrutto  dura 


Afercurial.  m  vit* 
Hiperat. 


Antholcg.l.  I. 


Thom.  Corne]  Con- 
fentinus  Epijiol.  ad 
M.  Aunlium  Se - 
veiinum. 


H  iif 


Ta¥<i.  TApneU.le- 
rufalem  libérât, 
Cant.  ip,  StAnzj, 
?4- 


Thessalus 

Cous. 

Commen^r.  in  l,  i. 
de  nxtura  hutnAn. 


olimpiad. 

X  C  I. 

A.  C.  340. 


V,  Bihlioth.  Schtn^ 
chin-  ThepL 


D  R  A  C  O 

Cous. 

in  nubibus, 

*  Vulua^uUla  ma¬ 
ter  fiiiorum  H^po- 
cratcs  quos  obSuil- 
lom  mdè  acftupi- 
dum  ingenium,  co- 
micorn  falibus  per- 
ftricxos  fuiflè  novi. 
Aihen&us  deipno- 
fophijl.  lib,  J . 

■  *  /.  de  non  creden~ 
dis  fubulis. 

P  O  L  Y  B  U  S 
Cous. 

Gden.  Comment, 
in  l.  de  nutur.  hu- 
mm. 

y.  Qeyierum  in  Bî~ 
hlioib.  ^  Schench. 

Herodotus 

Mermriul:  in  lib. 
de  ire  a^uis  lo. 
(ft. 


,  EJJais  de  Meàecïne,  | 

rnmtn  fpuma  l'un  l' dm  mutum,  ^  -  |^ 

En  effet  j  pendant  que  les  uns  ont  donné  les  doux  fruits  J 
d’une  expérience  confbmmée  ,  les  autres  comme  des  Heurs  ;1 
agréables  &  de  bonne  odeur,  ont  infenfibiement  rembli  l’au 
tente  de  la  Republique ,  ôc  la  place  de  ceux  qui  font  tombez. 

Et  c’efl  ainfi  que  Thessale  ôc  Draco  enfans  d’Hipocrâte,iie  • 
dégenererent  pas  après  la  mort  de  leur  pere,  puifque  celuy- 
là  eft  appelle admirable  par  Galien >  qu’il  fît  fix  livres 
de  la  Medecine,  &  qu’il  fut  en  grande  confideration  dans  la'^  ; 
Cour  d’ Archelaus  Roy  de  Macedoine.  11  eut  pour  fucceffeurs  | 
Gorgias,  Hipocrate  troifîéme  du  nom  ,  Draco  fécond  &Dra-  | 
CO  troifîéme,  tous  Médecins  de  reputation&de  nieritea  éc  fut  f 
enfin  honoré  de  cette  Epitaphe.  * 

Theffalus  Hipocratis  )  Cous gente^^ac  jacet  urnà 
Phcebi  immortdis  femine  progenitus  '  .  c 

Crebra  Trophaa  tulit  morborum  amis  Tgeia 
Zaus  cui  magna ,  nec  id  forte ,  fed  Ârte  fuit. 

Car  quant  ice  Theffale  qui  empoifonna  dit-on  le  grand  ' 
Alexandre,  il  ne,  mérité  pas  d’être  mis  au  nombre  des  Mede- 
cihs  5  &  quant  à  celuy  de  Trallcs ,  qui  fut  Chef  des  Methôdi-  -  e 
ques  ;  nous  en  parlerons  en  un  autre  lieu.  ! 

-  Dr  Aco  frere  de  Theflale  fe  montra  comme  luy  digne 
fils  du  grand  Hipocrate  5  car  ce  n’efl  pas  à  ces  braves  hommes,  ■  < 
qui  ne  furent  pas  moins  grands  Capitaines  qu’habiles  Mé¬ 
decins,  qu’ Ariftophane &  d’autres  Satiriques  ont  penfé  quant  '  : 
ils  ont  fait  des  railleries  des  enfaris_d’ Hipocrate  *  5  parce  qu’en  - 1 
effet,  Draco  eut  un  fils  nommé  Hipocrate  quatrième  du  nom,  : 
qui  fut  Médecin  de  Roxane  époufe  du  grand  Alexandre  5  : 

pour  ne  point  parler  d’un  autre  Draco  que  Palephatus  *  a  mis 
au  nombre  des  grands  Médecins.  , 

P  O  L I È  E  gendre  d’Hipocrate  par  Phanerete  fa  fille ,  eut  ,, 
part  à  la  gloire  de  fes  beaux  freres ,  ayant  fait  des  ouvrages  ' 
fl  confîdcrables  ,  qu’on  en  a  attribué  quelques-uns  à  Hipocra-  ' 
te.  Auflî  tint-il  Echoie  publique  de  Medecine  après  fon  beau-  | 
pere  ,  comme  fi  les  filles  mêmes  forties  de  la  côte  du  grand 
Hipocràteeufiènt  porté  la  Medecine  dans  le  lit  de  leurs  éppux.  ^ 

Bihlioth.  pag.^^j.ubif  lara. 

Hérodote  eft  cité  par  Hipocrate  comme  fbn  contem-  ^ 
poraîn  ,  &  eft  par  confequent  fort  different  de  celuy  dont  il  ' 
fera  parlé  cy- après, 


Première  Partie,  Ghàp,  I V.  6^ 

D  loc  L  E  s  de  Carifto  fuc  furnommé  par  les  Athéniens  , 
le  jeune  Hipocrate ,  parce  qu’il  tenoit  toutes  fes  maximes.  11 
ccriyit  une  belle  lettre  au  Roy  Antigonus  touchant  la  fanté , 
laquelle  a  été  traduite  en  Latin  par  Guillelmus  Copus  :  car 
quanta  fon  Traité  delà  melancholie  hypocondriaque,  il  ne 
nous  en  refte  qu’un  fragment  que  Lionardo  di  Capoa  criti¬ 
que  avec  toute  l’ardeur  imaginable.  Celle  nous  apprend  qu’il 
fiit  inventeur  d’une  machine  Chirurgicale,  qu’on  appela  pour 
cela  Diocleum  infirumernum  j  mais  ce  qui  le  rendit  plus  conlî- 
derable,  cft  qu’il  rétablit  la  Médecine  dogmatique  de  même 
que  la  Gymnaftique  qu’on  coramençoit  à  négliger.  Athenée , 
Pline ,  Plutarque  9  Galien  le  Scholialte  de  Nicandre,  6:  même 
Tcrtullienen  font  grande  eftimaj»En  effet ,  c’étoit  un  fçavant 
Anatomille  bc  Simplifie,  civil ,  honnête ,  accommodant,  ôc  appa¬ 
remment  bon  courtifan. 

P  £  T  R  O  N  ou  Petronas ,  n’étoit  pas  fort  éloigné  du  temps 
d’Hipocrate,  &  fucceda  même  à  Diodes ,  lil’on  en  croit  Celle. 
Mais  loin  de  fuivre  les  maximes  de  ces  grands  maiftres ,  il  fe 
fit  une  méthode  fi  extravagante ,  quoique  fuivie  de  plufieurs  , 
que  celles  d’Afclcpiade  toute  bizarre  qu’elle  étoit ,  ne  nous 
paroîtra  que  raifonnable  en  comparaifon  de  celle-là.  Les 
lueurs  ,  l’eau  froide ,  la  chair  de  porc ,  les  falures ,  entroient 
fi  confiifément  dans  fa  pratique,  que  tout  cela  faifànt  quel- 
quesfois  des  révolutions  dans  les  corps,  &  tirant  ainfi  les  ma¬ 
lades  d’alfaires  ,  le  peuple  s’imaginoit  que  c’étoit  un  effet  de 
cette  méthode. 

Acesias  ellce  malheureux  Médecin  du  proverbe 
Acejîas  medicatus  ejt»  qui  voulant  guérir  un  gouteux,  le  rendiç 
encore  plus  malade.  11  vivoit  environ  l’Olimpiade  lxxx. 
mais  malheureufement  pour  luy  il  vit  encore  dans  le  monde 
prévenu  de  fon  ignorance  ,  par  les  écrits  d’Ariftophane,  de 
Tertullien,  de  Suidas  6c  d’Erafme. 

Dexippe  de  Cos  efi:  ce  fameux  dilciple  d’Hipocrate , 
lequel  ayant  été  appelé  par  Hecatombus  Roy  de  Carie  pour 
guérir  Maufole  ,  6c  Pixidare  fes  enfans ,  ne  voulut  fervir  ce 
Prince,  qui  faifoit  la  ^erreà  fa  patrie,  qu’à  condition  qu’ii  la 
laifleroit  en  paix  j  mais  il  faut  avoiier  qu’avec  toute  la  répu¬ 
tation  il  ayoit  bien  peu  de  méthode,  de  lailîèr  mourir  lès  ma¬ 
lades  de  foif,  6c  de  leur  accorder  toutes  fortes  d-’aiimens.  Âinfi 
quoi-que  Plutarque  6c  Aulugellc  le  citenG  on- n’a  pas  perdu 


Dl  OCL  E  s 

Carifiius. 

AihensLus  lih-  j. 
Setpncfophifi.FlitK 

lib.  z6.  cap,  z. 

Gai.  libris-de  ftc-. 
niîâte  tutni. 


Ætîus  FaiiU 
Æginet  paj/tm. 

Tertuîlian.  lib.  i. 
de  anima,  cap.  ij. 


P  E  T  R  O  N. 


Celfui  lib.  4.  C.9. 


Ac  e  s  I  as. 

V.  Era  mum  in 
Chiliadib. 

Tertulian.  lih.  de 
anima. 

D  EXIF  P  U  S 
CotK. 

Galen.  centra  E  ra- 
fiftratees. 

V,  Sutdam  in  le~ 
xie. 


E  P  I  CHAR- 


M  U  S. 
Cous. 


R.  C.  310. 

Luert.  m  vïth  Vhi- 
hTophor. 

Terîul.i.de  mmi^ 
cüu  4Î. 

Volatéy.  lih.  iJ. 

Nicqstra- 

T  U  s, 
lih- 13. 

lih.  1.  de  Antidot. 
Anti-phmei  lih.de 
A.henienfih.  Scor- 
ti^. 

OLIMPIAD. 
,^3.  ex  Gefner. 

M,.  Ç.  3640. 

M  e  o 

Athenienfis. 

PLI  MP  I,AD. 
L  X  X  X'V  I. 

cap.  31.  lihri  de 

C  tje.  s  i  a  s 

G^idius/ 

M,  C.  3^50. 

*  in.  vita 
xerx. 

Philistio 

Siçulus. 


^4  Mededne, 

grand  chofe  en  perdant  les  livres  que  Guidas  luy  attribué., 

Epicharme  natif  de  Cos  fils  d’Elophale  étoit  Poète , 
Philofophe  &:  Médecin.  Il  fe  fit  inftruire  dans  la  dodrinc  de 
Pytliagore,  ayant  été  mené  jeune  en  Sicile,  ce  qui  l’a  fait  paf- 
fer  pour  Sicilien  chez  quelques  Auteurs.  Il  compofa  un  Livre 
De  natura  remm\  8c  l’autre  De  infomniis  ,dont  Platon  s’efl:  fervi. 
fort  utilement,  &  dont  Volateran  croit  qu’il  y  a  encore  des  re¬ 
lies  dans  la  Bibliothèque  Vacicane  ,  &  mourut  âgé  de  plus  de,' 
50.  ans. 

Voûtas  in  syntagmat.  foetaf.  Gracor.  é’  Schenckius  in  Bihliothec.  Medic. 

N  ICO  STRATE  eft  ce  Médecin  fameux  dans  Athenée, 
dans  Galien  bc  dans  Æce ,  6c  qui  ne  lailTa  rien  autre  chofe  en 
mourant  que  de  l’Ellebor^à  une  courtifane  appellée  Oca^ 
6c  Anthea  par  Antiphane  5  mais  qui  eft  encore  plus  connue 
fous  le  nom  d’Antycira  ,  ou  parce  qu’elle  traitoit  fes  amans'* 
inconftans  avec  de  l’Ellebore  comme  des  in fenfez  6c  des 
brutaux  ,  qui  ne  fçavoicnt  pas  eftimer  fon  mérité  ,011  parce: , 
qiPefiFedivement  nôtre  Nicoftrate  ne  luy  laifla  pour  tout  legs 
que  la  provifion  qu’il  avoit  faite  de  cette  racine  de  Plfle 
Antycere. 

M  e  T  O  N  d’Athènes  eft  non  feulement  célébré  par  TA- 
Urologie  ,  6c  par  la  grande  année  de  fon  nom  5  mais  encore 
par  la  Medecine  qu’il  profelTa  fort  heureufement  ,  fi  l’on 
en  croit  Calliftratus»  Euphranius  6c  Phrynicus  citez  par  André 
Tiraqueau. 

n^hilitat.  pag.  370. 

^  C  T  E  S  I  A  S  de  Gnide  Médecin  êc  Hiftoriographe  du  Roy  : 
Artaxerxe  furnommé  Mnemon^le  guérit  fort  heureufement 
d  une  blefiure  qu’il  avoit  reçûë  en  combattant:  car  quoi-qu’il 
y  ait  mêle  quelques  fables  à  fon  Hiftoire,  il  ne  laifie  pas  d’ê-  , 
tre  eftimé  de  Diodore  de  Sicile  6t  de  Plutarque  *  ,  de  Strâ- 
bon,de  Photius,  de  Suidas,  6c même  de  I.  Gérard.  Vofiius. 

Ehili  stion  Sicilien  eft  un  fort  ancien  Médecin, puif 
qu  il  fut  maître  d’Eudoxe  6c  de  Chrifippe  6c  contemporain 
d  Hipocrate,avec  lequel  on  croit  qu’il  a  eu  commerce  de  let¬ 
tres,  quoi-qu’il  ne-  nous  en  refte  aucune  marque  5  6c  fi  habilo 
que  Galien  le  croit  Auteur  du  Livre  De  viBu  attribué 

communément  à  Hipocrate.  Qi^i-qu’il  en  foit, Pline  6c  Plu¬ 
tarque  le  citent  avec  eftime*  Quantàfcs  difeiples,il  fauepre-» 

mieremenc 


Premers  Partie  Chap.  IV.  <5^5 

mierement  remarquer  que  Petrus  Cafteilanus  a  pafle  Eudoxe 
Pans  en  faire  aucune  mention  ,  &  que  quant  à  Chrifîppc ,  il 
s’eft  trompé ,  donnant  au  Médecin  de  ce  nom  natif  de  Gnidç, 
tout  ce  que  Diogene  Laërceadit  du  Philofophe  né  à  Soles  ou 
Soloc  Ville  de  Ciiicie. 

E  U  D  O  X E  de  Ghide  fils  d’Efchines ,  difciple  de Philiftion ,  E  u  d  o  xu  s 
étoit  donc  ce  grand  Philofophe ,  Médecin ,  Aftroiogue  &  Le-  Gmdms. 
giflâteur  dont  on  a  dit  tant  de  chofes  fînguiieres  :  car  on  veut 
qu’il  alla  de  Sicile  à  Athènes ,  qu’il  y  profefla  la  Médecine  à  la 
faveur  du  Médecin  Theomedon  qui  eut  pitié  de  fa  pauvreté.  Laen.  i» 

On  ajoûte  que  quelque  temps  après ,  il  prit  des  lettres  de  re- 
commandation  d’Agefilaus  pour  Necfabis  qu’il  alla  en 
Egypte  avec  Chrifippe  le  Médecin,  quily apprit  tous  les  fe- 
crecs  de  la  Philofophie  &  de  la  Médecine  des  Prêtres  Egyptiens, 
êc  des  fameufes  colomnes  dont  nous  avons  parlé  cy-defitis  ; 
qu’il  fit  encore  divers  autres  voyages  ,  &  qu’étant  de  retour 
dans  Ton  païs ,  il  y  donna  des  loix  qui  luy  attirèrent  une  gran¬ 
de  vénération  :  mais  que  les  Prêtres  Egyptiens  ayant  connu  à 
certains  Phenomenes  qu’il  fervoit  un  grand  perfonnage ,  mar¬ 
quèrent  encore  que  cela  n’empécheroit  pas  qifil  ne  mourut  à 
50.  ans.  Q^ant  aux  temps  d’Eudoxeôc de  Chrifippe  fon  com¬ 
pagnon  de  voyage ,  fi  on  les  veut  concilier,  il  faut  remarquer 
qu’il  y  a  faute  dans  Diogene  Laërce:  parce  qu’au  lieu  de  lire 
qu’Eiidoxe  viiit-au  monde  eu  l’Olimpiade  ixxiij.  il  faut  lire 
en  l’Olimpiade  edij.  autrement  comment  auroit-il  été  Au-  v.  «emad  ttem 
diteur  de  Platon  ,  qui  ne  naquit  qu’en  l’Olimpiade  Ixxxviiij. 
comme  Pont  remarqué  plgfieurs  critiques:  car  je  ne  m’arrête 
pas  icy  aux  autres  Médecins  de  ce  riom  ,  quoi-qu’il  foit  bon  f  î* 

de  remarquer  en  pafiant  qu’un  autre  Eudoxe  Médecin  dé 
Gnide  ,  eftceluy  qui  étant  né  en  l’Olympiade  Ixxiij.  a  été  la 
caufe  de  l’erreur.  Au  refte 

Chrysippe  natif  de  Gnide  ,  étoit  un  Médecin  Chrysjppus 
extraordinaire  dans  fa  méthode  êc  dans  fa  conduite  ,  tant  ji 
prit  à  cœur  de  contredire  Hipocrate  &  fes  Sectateurs ,  croyant 
en  effet  pouvoir  renverfer  tous  leurs  dogmes  par  fon  babil  &  . 

fa  dialectique.  Auffi  Galien  le  traite-t-ii  fort  mal ,  quoy  qu’E- ** 
tafiftrate  femblc  avoir  été  un  de  les  Seâ:aceurs,  Il  eut  un  fils 
de  même  nom  &  de  même  profeffîon  que  luy,  mais  malheu- 
reux  :  car  Ptoiomée  E  Roy  d’Egypte  dont  il  étoit  Médecin  , 
ayant  été  prévenu  par  la  calomnîei  le  fit  mourir  après  l’avoir 


EJfals  de  Médecine.  l 

y.  taertium  é*  fait  faftigcr.  Diogene  Laërce  en  marque  encore  un  difcîple  ' 
yimtumi.  10.  d’Erafiftrate,  cité  par  Pline,  que  Gefner  n’a  pas  oublié  dans  fa  : 
Bibliothèque. 

P  R  A  X  ago-  P  R  Ax  AG  O  R  E  natif  de  Cos  fils  de  Nicarque  ,  efl;  ce  fa- 
RAs  Cous.  meux  diïciple  d’Hipocrate ,  que  Galien  a  fait  de  la  race  d’Ef. 

culapc,  6c  auquel  il  a  donné  de  grandes  louanges:  car  quoi¬ 
que  Cælius  Aurelianus  ait  critiqué  fes  écrits,  peutrêtre  parce 
qu’ils  luy  paroifiToicnt  obfcurs ,  neanmoins  quelques  autres  .  ' ■ 
*nmms&Athe-  Mgclecins^îinciens  6c  modernes  ont  tant  fait  de  juftice  à  fou  . 

mérité,  que  même  Lionardo  di  Capoa,  qui  ne  pardonne  pref- 
que  à  aucun  Médecin ,  ne  peut  s’empêcher  de  regreter  la  perte 
de  CCS  Ouvrages. 

Plistonicus  P  l  I  s  t  o  n  I  ç  u  s  fut  un  des  braves  difciples  dePraxagore. 

Il  écrivit  fibien  de  la  matière  Médicinale, que Celfe,  Galien, 
Pline  6c  Athenée  le  citent  avec  honneur ,  6c  que  le  même  Lio*  ^ 
nardo  di  Capoa  *  a  crû  qtfil  avoit  eu  quelque  petite  connoif. 
fance  de  la  Chimie,  parce  qu’il  avoit  écrit  que  la  digeftion 
fe  fait  par  une  maniéré  de  putréfaction. 

Philotimus  P  h  I  l  o  t  I  m  e  de  Cos  eft  un  autre  difciple  de  Praxagore 
de  lacitis  Celfe,  Galien  *  6c  quelques  autres  Médecins  du  moyen  J 
Mipcr.i^hTtone.  âge,  mettent  au  nombre  des  illuftres.'  Aufli  étoit-il  fçavant  | 
y  ^  ,  dans  l’Anatomie ,  la  Gymnaftique  6c  la  Prophiladique.  Il  :  | 

entr’autres  maximes  celle  d’approcher  les  peftiferez  . 
rifmn.x.  le  pIus  prés  du  feu  qu’îl  fc  pouvoit. 

P  R  O  D I  c  U  s  P  R  O  D 1  c  U  S  de  Sely mbre  étoit  un  des  difciples  du  grand 

lïb  Hipocrate.  On  le  confond  avec  Herodicus  ,  parce  quij 
15.  enm  nothi.  fautc  dànsde  Tcxtc  de  Pline.  Il  joignit  la  Gymnaftique  a  ; 

cZen^\%^d-  hledecine  j  mais  il  tira  un  vilain  tribut  des  Officiers  des 

exercices ,  6c  traita  les  malades  fi  peu  metbodiquement  ,  que 
&  comment,  mfex-  Galicn  l’cftime  molns  qu’un  fimple  empirique ,  quoi-qu’il  en  ^  ' 
U  Eptdem  feU.  cite  un  traité  ïnûmlé  de^  homim  natum. 

"Æ  s  CH  r  N  £  s  -Æ.  s  c  H I  N  E  S  dit  Soemtiem ,  natif  d’ Athènes ,  ayant  mange  ; 
Aifhenienfis.  tout  foH  bien  fe  tîfa  de  la  neceffité  par  l’exercice  de  la  Me- 
siin  lib  is  Athe^  decinc :  car  pour  cét  Æfehines  qûi  vivoit  dans  le  quatriénxë 

ca-p.  z.  fîecie  de  l’Ere  Chrétienne  ,  homme  d’induftrie  comme  celui-  ,  ^ 
là,  nous  en  parlerons  en  fonlieu. 

A  R I  s  T  o  A  R  I  s  T  o  N  eft  un  fort  ancien  Médecin  ,  8c  dont  Celfé^ 
-Ceifusi  s.  Gnlen.  Galien  font  tant  d’eftime,  qu’on  l’a  cru  Auteur  du  Livre  de  ^ 
%7dZmf'  fduh'd,  de  même  que  Philiftion,  quoi-que  ce  Livre  fe  trou- 

ve  dans  les  œuvres  d’Hipocrate. 


Première  Partie.  Chap.  IV.  <^7 

Dioüote  de  lalïb  eft  cité  par  Diofcoride  fous  le  nom  Diodotus 
de  Pecronius.  C’eft  apparemment  le  Petronius  Diodotus  de 
Pline,  qui  ne  fait  qu’un  homme  de  ces  deux  noms ,  dont  Diof¬ 
coride  en  fait  deux  &  qu’il  met  au  nombre  des  fçavans  Her- 
boriftes,  avec  un  Bathus  Tylæus,ua  Niceratus  êcun  Niger. 

Pamphile  eft  le  nom  de  plufieurs  Médecins.  Le  plus  Pamphilusl 
ancien  qui  eft  fils  de  Neoclide  eft  cité  par  Platon  &:  par  Ci¬ 
céron,  au  Livre  de  natura>Deorum.  Galien  fait  mention  des  trois  ub.  é.  de  Médît. 
autres  Médecins  de  ce  nom, dont  l’un  avoit  écrit  des  Livres  f^c»itatibus 
de  Plantes  j  mais  avec  fi  peu  de  foin  d’étude  ,  que  le  tout 

n’étoic  que  fables ,  fiiperftitions  &  contes  de  vieilles  Egyptien-  .... 

1  ^  ^  tbtdem  eap.  ç, 

nés  j  deforte  qu  il  n  eftimoit  pas  plus  ces  ouvrages  que  ceux  ^ 

d’Andréas  homme  aufii  peu  exad,  ayant  l’un  6c  l’autre  don-  Epipha».  adverf. 

né  des  figures  de  Plantes  qu’ils  n’avoient  jamais  veuës.  L’aù-  nAref.  in  pmfar. 

tre  eft  ce  Pamphile  qui  gaigna  tant  d’argent  à  Rome  dans  la 

cure  de  la  maladie  appelée  mentagra.  Le  troifiéme  eft  un  %mmt°fecuU^iê^ 

Pamphilus  Pharmacopola  auteur  d’un  certain  Fébrifuge  ,  auf-  ces  iib.  \. 

quels  on  ajoute  un  auteur  d*iin  Livre  de  la  vétérinaire  ciré 

par  l’Empereur  Conftantiti  le  Barbu, qui  fut  le  patron  de  cét  *  ^  ^ 

Ouvrage. 

M  N  E  s  I  T  H  l'e  d’Athencs  eft  un  autre  ancien  Médecin  Mnesitheus 
dont  Galien  femble  avoir  entrepris  l’Eloge  dans  le  premier  Athenienfts. 
Livre  des  fièvres  ,  adreffé  à  Glaucon  ,  comme  d’un  fçavant 
Anacomifte  ,  d’un  homme  de  bonnes  mœurs  6c  d’un  ennemi 
juré  de  l’ivrognerie.  Il  n’eft  pas  moins  eftimé  de  Pline ,  de 
Plutarque  ,  d’Athenée  6c  de  Rufus  Ephefius.  Il  a  écrit  des 
alimens  6c  des  effets  dangereux  des  couronnes  de  fleurs. 

A  P  O  L.L  ô  N  I  D  E  s  eft  le  nom  d’un  Médecin  de  Xerxes  Apollon i-; 
Roy  de  Perfe  ,  dont  Ctiefas  nous  donne  une  Hiftoire  que  je  d  E  s. 
rapporteray  au  Chapitre  XL  de  la  fécondé  partie  de  cét  Ou¬ 
vrage  :  car  il  y  en  a  un  autre  de  Cyprc  cité  par  Galien  dans 
fa  méthode. 

P  H  A  O  N  eft  un  de  ces  anciens  Médecins  aufqnels  on  attri-  P  h  a  o  n. 
buë  le  livre  de  di&tH  falubri  d’HipOCrate.  GnUn.  Ubr.  de  alimenter, 
fecultatih.  ^  Comment,  inlib.  de  vict.ratiene  in  acutis. 

Menestor  écrivit  félon  Theophrafte  des  livres  de  quef-  Menestor; 
tions  naturelles, grand  Anatomifte  Simplifte  6c  Seétateur  d’He- 
rophile.  Heroph 

Herophile  de  Chalcedoine  Difciple  de  Praxagore  ms 
eft  un  des  plus  fameux  Médecins  de  l’antiquité.  Q^lques  chaicedonius. 


<ï8  EJjfais  de  Mededne,  S 

Auteurs  l’ont  mis  dans  la  Olympiade,  en  quoy  iis  fQi 
trompent ,  le  faifant  Médecin  du  Tiran  Phalaris ,  qui  n  en  eûtl 
point  d’autre  que  ce  Policlete  que  nous  avons  marqué  cy-de- î 
vaut.  Qi^i-qu’il  fe  foit  éloigné  des  fentimens  d’Hipocrate 
force  de  rafîner,par  des  fubtilitez  qui’ le  rendirent  obfctir  J 
Galien  ne  laide  pas  de  l’eftimer.  Il  difoit  entr’autres  cho-'^ 
fes  de  P  Ellébore  ,  qu’il  faifoit  comme  un  brave  Capitaine  qui  ' 
fort  le  premier  de  fes  retranchemcns  ,  après  avoir  excité  fes  ^ 
Soldats  à  bien  faire,  ce  qui  n’eft  pas  toujours  vray.  li  ne  nous  ' 
relie  dit-on  de  tant  d’ouvrages  qu’il  compofa  qu’un  Livre  du  ^ 
poulx  ,  traduit  par  le  célébré  Joann,  Manardus ,  fi  l’on  eu' 
croit  Remaclus  Fuchfius^  "W^olfang.  Julius  le  fait  Empirique,’ 
mais'il  s’eft  trompé  en  cela  comme  en  plufieurs  autres  faits^; 

'  C’^eft  cét  Herophile  qui  appeloit  lès  Medicamens  les  mMm [ai 
ti'jff  Ifitaires  des  Dieux  y  quand  ils  font  fidellement  &  fagement  aïb" 

miniftrez ,  &  tout  au  contraire  des  poifons  quand  il  font  don-® 

'  '  nez  mal  à  propos.  Pline  s’ell  imaginé  qu’il  avoit  trouvé  une" 

naaniere  de  Mulîque  dans  le  battement  du  poux  ,  mais  dilFe-’* 
rente  félon  les  âges..  Ce  qu’il  y  a  d’alEiré  ell  qu’il  a  été 
non  feulement  le  réparateur  de  la  Gymnallique  ,  mais  enco¬ 
re  un  grand  Anatomille  ,  &  un  grand  Herborifte.  Auffi: 
Pline  luy  fait-il  dire  qu’on  foule  des  pieds  pluüeurs  Plan-"^ 
tes  donc  on  ignore  les  grandes  vertus  j  ce  qui  ell  bien  plus 
Julie  que  de  dire  comme  Fallope  a  fait  couchant  l’Anato-'^ 
mie  ,  que  e’èll:  contredire  à  l’Evangile  que  de  contredire  à 
Herophile..  Il  entre- vit  à  la  vérité  les  veines  ladées  j  mais 
eonnoilTance  de  leur  ufageécoit  rcfervéeâ  nôtre  liecle.  Ilell 
.  :  ‘  vray  que  jamais  Médecin  n’a  tant  dilTequé  de  corps  qu’He^^ 

^erophifcs  Hîc  rophile  ,  en  quoy  il  auroit  été  tres-digne  de  loüange,  s’il  n’a-^ 
S'qS  fexMnros  des  hommes  vivans.  C’ell  ce  qui  a  obligé  Çelfe 

ex  fecait  ut  natu-  7^  deckmer  contre  luy  ,  Sc contre  ceux  qui  l’ont  imité,  &  c® J 
^urhoinincm^odHt  ^  ^  Tcrtullien  qu’il  avoit  paru  dénaturé  à  force 

de  vouloir  Gonnoître  la  nature  dans  le  corps  humain..  Mais  on 
i.  âe  Anima.  fe  klTa  méme  de  fa  méthode ,  parce ,  dit  Pline ,  qu*il  faloit  être 
fçavant  dans  les  lettres  pour  comprendre  quelque  chofe  adés^ 
écrits  &  a  fes  dogmes ,  tant  on  a  aimé  de  tout  temps  le  ftile  ca¬ 
valier  &  dégagé  du  raifomiement. 

S  T  b:  A  J  O  S  T  R  A  B  O  N  d’  Apollonie  ,  dit  Herophileus ,  parce  qo’^l 
^^oUonius.  ctoit  fedateur  d’Herophilc,  écrivit  un  Livre  de  la  vertu  des] 
onguens.  '1 


Première  Partie.  Chap.  I V. 

P  E  R  I  A  K  D  -R  £  eft  cc  Médecin  qn  Archiamus  pere  Pjekiakd-er 

d’Agefilaus  Roy  de  Sparte  ,  railla  .de  ce  qu’étant  affez  bon  — - - 

Médecin ,  il  s’étoit  avifé  de  fe  faire  méchant  Poëte  s  mais 
|enc  fuis  pas  affeuré  fi  c’efl  celur-là  même  que  Pline  cite.  :  / 

Tint Af ch.  in  A^efhtegm.  ét‘ J*  Htfior.nAturAl. 

.  Eu  D  A  M  U  S  dont  il  cft  parlé  dans^  Ariftophane ,  étoit  plu_^  E  u  d  a  m  u  s 
t  A:  un  Jongleur  qu  un  vray  Médecin.  Les  Anneaux  qu’il  Arifie^h.  in  Huto. 
vendoit  contre  les  efprits  &  contre  les  Serpens ,  n’étans  que 
tromperie  &  fuperftition.  #  , 

S  P I T  a  L  £  df’ Athènes  etoit  fameux:  dans  fon  païs  au  temps  S  p  i  t  a  l  u  s 
d’ Ariftophane ,  &  l’elhjÉjfcore  dans  les  Comédies  de  ce  Poëte  :  Athenienfis. 
car  c’eftàiuy  qu’il  re^Ric  certain  mâlade,quoLqu’illé  taxe 
en  pafîant  d’avarice,  Comme  nous  le  verrons  autre-part.  Sui*  i^^Jear^anSfib. 
das  marque  qu’il  a  compofé  un  Livre  des  conjectures  de  la 
Mcdecine&un  des  Medicamens. 

Menecrates  de  Siraeufe ,  étoit  à  la  vérité  Médecin  Mène  cra- 
Dogmatique ,  mais  il  n’en  étoit  pas  plus  fage.  Car  il  n’entre-  tes  Sïyiicü* 
prenoit  aucun  malade ,  qui  ne  luy  eut  promis  de  le  fuivre  com-  fanm. 
me  fon  Efclave.  Et  c’eft  ainfi  que  fe  croyant  un  Sauveur  & 
un  Libérateur  du  genre  humain ,  il  marehoit  en  habit  de  Ju¬ 
piter,  fe  faifant  appeler  de  ce  nom  ,  &  que  pour  mieux  orner 
fon  triomphe,  il  donnoit  les  noms  des  autres  iDivînitezàceux 
de|£^fuitc.  C’eft  ainfi  que  Nicagoras  Zelkes ,  Nicoftratus  , 

AiHFeon  ne  le  fuivoient  qu’en  habit  d’Hercule ,  de  Mercure 

êv d’Apollon.  Il  fut  même  affez  fou  pour  écrire  au  Roy  Age- 

ftlaus,  ou  félon  quelques  Auteurs,  à  Philippes  Roy  de  Macedoi- 

ne  en  qualité  de  Jupiter  j  mais  ce  Prince  luy  marqua  adroite-  ‘ 

ment  fa  folie  par  cette  fiifcription  de  la  réponfe  qu’il  luy  ht  ^ 

Agtfilaus  Menecmti  falutem.  On  ajoute  qu’il  luy  çonfeilla  de 

Elire  un  voyage  à  Antycire ,  &:  que  l’ayant  un  jour  invité  à  dt-  . 

ner  ,  on  ne  luy  fervit  qu’un  ençenfoir  fumant  ,  péndant  que 

ceux  qui  luy  tenoient  compagnie  à  table  faifoient  bonne  che- 

re,  &  que  ion  eftomach  ne  fe  repaift®«'pas  dé  la  vapeur  de 

l’encenfoir,  il  fut  obligé  de  forcir  de  table  confus,  ê:perfuadê 

qu’il  n’etoit  pas  Jupiter.  Au  refte  il  cft  affez  difficile  de  fça-  e.de  ccmfofic.îdc- 

voir  fi  c’eft  ce  Menecrate  ou  quelque  autre  que  Oalien  acU 

té, pour  ne  point  parler  d’un  Menecrates  Zeophletenfis  aile-  loces. 

gue  par  Cælius  Âurelianus ,  ny  d’unJvÇenecraies  marqué  dans  - 

des  inferiptions  Greques  de  Gruterus,  comme  Médecin  des  5g  i, 

Ceiars. 

ï  iij 


ClVITOBULllS 
Plutarch.  lib.  p. 

^  Curtiuslibr.  7. 
cap.  37. 


N  ï  C  O  M  A- 
c  H  U  S  sta- 
girit. 

V.  Çefnerujn  in 
BiUiothee. 


Acumenios- 

*  in  mirabilib.  p, 
786  in  tierbo  àyÿ- 

A  R  I  s  TOT  E- 
j^Es  Stagirlt. 


Olmfiâd.  CV. 


V.  PUtarch.^  in 
\4lex.  ^  Laen. 
in  Ariflgtel, 

Ph  1  L,ï  P  Pli  S 
Çoas. 


P^IL  IPP  U  S 
Acarnan. 


70  Ejjm  de  Médecine^  ;  .tÎ 

CritobliL'E  cfl:  célébré  pour  avoir  tiré  fans  douleur  | 
une  flèche  de  l’œil  de  Philippes  Roy  de  Macedoine ,  perc  s 
d’Alexandre  le  Grand  pour  luy  avoir  remis  fi  adroitement  j 
lin  œil  fuppofé  qu’on  ne  le  pouvoit  diftinguer  de  l’autre  5  ce 
qui  ne  s’accorde  giieres  avec  ce  qu’on  adic  des  Peintres  defon  : 
temps,  qui  n’ofoient  le  peindre  de  face ,  de  peur  de  le  faire  pa-  i 
roître  borgne.  ' 

NicoM  AQmE  pere  d’Ariflote  5c  Médecin  d’Amintas 
pere  de  Philippes  Roy  de  Macedoine  ,  droit  fon  origine  de  ■ 
Machaon ,  5c  fut  ayeul  d’un  autre  Nicomaque  fils  d’Ariflote,  ' 
qui  a  écrit  un  Commentaire  fur  Idfcivres  de  Phyfique^  de  ^  J 
fon  pere,  fuivant  le  témoignage  de  ^Beron ,  ôc  celuy  de  Sui-  '  J 
das.  11  écrivit  encore  fix  Livres  de  la  Medecine  6c  des  cho-  -  ’ 
fes  naturelles  ,  ôcc’cft  du  temps  de  nôtre  Nicomaque  que  vi- 
voient  un  Bion  ,  Evagerus  5c  Philifteus,  Médecins  de  repu* 
tâdon. 

Acu-Menius  pâfle  pour  Médecin  dans  un  des  Scholiaftes 
de  Xenophon  ^  *  mais  comme  le  remarque  un  autre  Scho-  .  , 
liafle ,  Acumenius  paroît  bien  etre  le  nom  d’un  médicament.  ^  • 

Aristote  de  Stagire  fleurifiToit,  félon  la  plus  commune 
opinion,  l’an  de  Rome  450.  Ç’étoit,  comme  tout  le  monde  fçait,  ^ 
le  Prince  des  Philofophes  ,  mais  outre  la  fameufe  Sede  des  '' 
Peripatcdciens  dont  il  efl:  A.uteur,ila  encore  orné  la  M^e- 
cine  de  plufieurs  écrits  ,  ôci’a  honnorée  de  fon  eftime  SPSe  fa 
confiance  dans  les  befoins.  Après  cela  que  tant’de  petits  genies 
fe  faflent  honneur  de  la  décrier,  ôc  de  s’oppofer  ainfi  au  fend- 
ment  de  ce  genie  de  la  nature.  ■■ 

Philippes  de  Cos, efl:  ce  difciple  d’Herophile  dont  Pline  ^ 
êc  Galien  font  mention ,  quoique  celui-cy  le  blâme  de  n’avoir 
ofé  baigner  un  Hedique.  Il  y  a  un  Charlatan  de  ce  nom  dans  .  ^ 
Galien  ,  lequel  promettoit  l’immortalité  à  ceux  qui  fe  vou-  .  f 
loient  confier  en  luy.  G’efl:  peut-être  ce  Philippes  de  Cos  qui 
répondit  au  Roy  Antigonus  touchant  un  Hydropique ,  qu’un  j 
Charlatan  promettoit  de  guérir  ,  que  quanta  luy  il  ne  croyoit 
pas  cette  maladie  incurable  de  fa  nature  ,  mais  feulement  du  - 
côté  du  malade,  qui  péchoit  dans  le  régime  de  vie  neceflairc 
à  cette  cure  ,•  en  effet  ie'malade  mourut  par  fa  faute  quoi-que  ' 
le  Roy  le  fit  garder ,  trompa  ainfi  le  Roy  ôde  Charlatan. 

Philippes  natif  d’Acarnanie  Province  de  l’Epire  ,  eft 
bi^n  plus  iUuftre  que  tous  les  autres  Médecins  de  ce  nom ,  & 


Vremkre  Partie.  Chap.  IV.  71 

que  tous  ceux  de  fon  temps  par  le  fuccés  de  la  maladie  du 
Grand  Alexandre ,  au  détail  de  laquelle  je  renvoyé  les  enne¬ 
mis  de  la  M&decine,  tant  il  eft  capable  de  les  confondre,  me 
contentant  de  dire  que  c’efl  là  qu  oia  voit  la  confiance,  a  un 
grand  K.oy  aux  remedes  ôc  à  celuy  qui  les  luy  prefente  j  mal-  v.  ^  cv-rtium  in 
gré  l’envie  &  la  calomnie,  &011  THiftorien  fait  l’honneur  à  la  -AUx^dr,. 
Medecine  de  dire  en  faveur  de  Philippes ,  que  toute  la  Cour 
&  toute  l’armée  d’Alexandre,  ne  fçavoient  après  fa  convalef- 
cence ,  qui  elles  dévoient  regarder  avec  plus  d’admiration ,  ou 
du  Prince  ou  du  Médecin ,  qui  leur  paroiifoic  un  Dieui  Quant 
à  ce  Philippes  dont  Juvenal  a  parlé  en  ces  termes. 

Medentur  duhii  Medieh  ma]oribtis  agri 
Tti  njentim  vel  difeifulo  committe  Philippi. 

Jecroy  qu’il  pourroit  bien  être  quelque  Médecin  du  temps 
de  ce  Poëte. 

C  R  I  T  O  D  E  M  E  fut  un  des  Médecins  dès  camps  8c  armées  C  iC  i  T  ô  d  e- 
du  Grand  Alexandre,  8c celuy  qui  penfa  lés  playes  qu’il  re.  mus. 
eût  en  la  journée  de  Malles. 

Androcydes  eft  l’Auteur  de  la  lettre  au  même  Ale-  A  n  d  r  o- 
xandre,  où  il  prend  la  liberté  d’avertir  ce  Prince,  fu jet  au  vin,  c  y  n  e  s. 
qu’il  eft  le  poifon  de  l’homme ,  8c  une  maniéré  de  ciguë  par  Tes 
effets  quand  on  en  abufe. 

Pausanias  le  jeune  eft  un  Médecin  du  temps  d’Ale-  Pausanias.. 
xandre  le  Grand ,  8c  dont  Plutarque  parle  dans  fa  vie. 

Théophraste  d’Erefe  dans  l’Ifle  de  Lesbos  ,  ctoit  Theophras- 
fîlsd’un  foulon  nommé  Melanthus,  8c neveu  félon,  quelques  E-refim.- 
Auteurs,  d’Ariftote.  Galien  n’a  pas  fait  de  difficulté  de  le  met-  . 
tre  au  nombre  des-  Médecins ,  tant  il  a  écrit  de  la  matière  Mé¬ 
dicinale  ,  exactement  êc  poliment  ÿ  à  quoy  on  ajoute  des  Com¬ 
mentaires  fur  quelques  Livres  d’Hipocrate.-  Il  avoir  été  Au¬ 
diteur  de  Leucippe  ,  puis  de  Platon  ,  quand  il  fe  fit  difciple 
d’Ariftore  qui  changea  fon  nom  de  Tyrtâme  en  celuy  d’hu- 
phrafte  pour  marquer  la  beauté  de  fon  éloqution,  8c  enfuitc 
en  celuy  de  Tbeophrafte,qui  marquoitla  fublimité  de  fon  gé¬ 
nie  tout  divin.  C’eft  à  luy  que  nous  avons  obligation  des  Ou¬ 
vrages  d’Ariftote, qui  les  luy  légua  en  mourant,  parce  qu’iP 
les  conferva  comme  de  précieux  tréfors.  Il  tint  Ecole  de" 

Philofophie  après  ce  grand  Perfonnage,  8c  eut  plus  de  deux 
mille  Ecoliers  j  8:  fi  une  longue  vie  eft  neceftaire  pour  rendre 
un  homme  heureux ,  on  peut  dire  qu’il  l’a  été ,  puUqu’il  a  vécu 


7r  EJf4s  de  Médecine^ 

-plus  de  cent  ans.  Mais  ce  qti  il  y  a  de  remarquable,  il  ne  laifla 
cicere  Uh.  J.  de  CiceroH ,  d  accufer  la  nature  en  mourant  de  ce  quelle 

fimbHs.  avoit  accordé  une  fi longue  vie  aux  corbeaux  &  aux  corneilles 

fans  qu’il  en  fûcfcefoin  ,  &  quelle  en  avoit  donné  û  peu  aux 
hommes  qui  en  peuvent  faire  unfi  bon  ufage. 

Agatocles  Agatocles  fils  de  Lyfimaque,  eft  encore  un  Médecin 
Lucim  i»  du  grand  Alexandre  célébré  dans  Paufanias  &:dàns  Strabon, 
c.pmpofit.  &  fore  different  de  ceux  de  ce  nom ,  dont  Pline,  Galien  ôc  Lu- 
Medic.  fecundum  cicn  font  mcntioiî. 

T  H  A  s  I A  s  de  Mantinée  eft  ce  fameux  Herborifte  dont 
T  R  A  s  I  A  s  parlent  Theophrafte  *  &  Pline,  lequel  fe  vantoit  d’avoir  trou- 
vé  le  moyen  de  mourir  fans  douleur ,  6c  qui  mangeoit  l’Elle- 
*  bore  fans  aucune  incommodité.  Scribonius  Largus  parle  d’un 
Chirurgien  de  fon  temps ,  qui  s’éioit  ainfi  familiariféavcc  ceite 
Plante. 

ÂLExi  A  s  de  Mantinée  étok  difciple  de  Trafias  ,  6c  fe 
vantoit  comme  fon  maître  de  pouvoir  mourir  fort  commode-^ 
ment,  fecret  qui  ne  confîftoit  apparemment  qu’en  certaine 
préparation  de  la  Ciguë.  Quoi-qu’il  en  foit ,  Theophrafte  l’a 
rendu  célébré  àcaufe  de  la  vivacité  de  fon  efprit.  :  ' 

E  u  DEME  l’ancien  étok  un  Médecin  du  temps  d*Eraiî* 
ftrate.  11  eft  célébré  dans  Theophrafte  *  6c  dans  Galien  .  parce 


Mamin^enjls, 
*  Uh.  9- 
de  Flmt.is. 


A  L  E. XI  A  S 

Mantinenfis. 
l.  9. 


Eu  D  E  MU  s 
*■  Wfi.  Tîantar.  l, 

18.  Gfie».  com-  ^  cxcellé  dans  TAnatomle  ,  6c  qu’il  a  été  le  premier  qui 
nfnZublô.  '  ait  bien  écrit  de  Porigine  des  nerfs.  Il  n’étoit  pas  moins  habile 
dans  la  fçience  des  Plantes.  Quant  à  cet  Eudeme  contempo¬ 
rain  de  Galien  ,  &  quant  au  Galand  de  la  Princefte  Livie,  nous 
ÊRASïSTRA- en  parlerons  cy-aprés;.  - 

i:\x2%lmcenfis  B  u  A  s  i  s  î  R  A  x  e  de  Jules  ou  Julias  ^  étoit  un  des  plus 

*  Vrhs  ceAinfifi.  faméux  Sedatcurs  de  Praxagore  ,  ôc  de  Theophrafte.  H  étoit 
tneris  Mgèi.  petit  fils  d’ Ariftotc  par  fa  mere ,  auffi  fut- il  fi  grand  Philofo.^ 

*  ^  ^  Médecin ,  que  Galien  ^  ne  fait  pas  de  difficulté  de  le 

R.  t:.  4  O.  comparer  à  Hipocrate  J  quoi- qu’il  n’ait  pas  toujours  été  d’ac^ 
^  lihr  de:  eptim.  cord  âvec  luy.  Il  fut  encore  le  réparateur  de  la  Gymnaftique 

^  l’Anatomie ,  6c fut  aflez heureux  pour  entrevoir  les  vei» 
y.T'ertlii.  nés  ladécs  5  car  il  n’en  connut  pas  l’ufage.  Il  fut  auffi  hardi  à 
Uh.  de  anima,  c.  is.  contredire  Chrifippe ,  que  celui-cy  l’avoit  été  à  contredire  Hi- 
oumpiad.  c.xxiv.  poctate.  Appian  Alexandrin  en  a  tant  fait  de  cas,  qu’il  l’a  a^- 
~  pelé  le  plus  éclairé  des  Médecins,  mais  il  ne  pût  éviter  le  bla- 

Max.  mc-d’avoir  rciidu  la  Médecine  venale.  Au  refte  ce  qui  luy  fit 
Fdjb.%piln.'*”''  le  plus  d’honneur ..futla maladie d’Anthiocus  J. Roy  de  Syrie» 

fils 


Première  Partie.  Chap.  IV  7Î 

fîis  de  ScleucLîS  Nicanor  ,  qui  briiloit  d’amour  pour  Stra- 
tonice  fa  beile-mere  :  car  ce  jeune  Prince  mouroit  tabide,  fi 
la  connoiflance  qu  Erafiftrate  avoir  du  poux,  &  quelques  au¬ 
tres  lignes  ne  l’en  eufienc  afluré ,  6c  s’il  n’eût  adroitement 
trouvé  le  moyen  de  faire  ceder  l’amour  conjugal  à  l’amour 
paternel. 

E  fe  non  foffe  la  difcreta  ait  a 
Del  Fifm  gentil  ^.che  ben  s' acGorfe  , 

L'Eta  fua  s'ul  fiorire  era  finita 

C’eft  ainfi  qu’il  connut  un  mal  naturel  dont  lacurcdépen- 
doîtd’un  mal  moral.  Mais  qu’on  liiy  auroit  été  obligé  s’il 
avoit  trouvé  un  remede  de  précaution  à  ce  mal  fêc  s’il  avoit 
pu  empêcher  que  cét  agencement  ôc  arrangement  de  parties 
qu’on  appelé  beauté, n’ôtât  enfantant  aux  yeux  les  lumières, 
de  la  raiîbn ,  &  ne  transformât ,  comme  il  fait  fouvent ,  des  Ale- 
xandres ,  6c  des  Ariftotes  en  valets  de  Trèfle  j  car  il  n’eft  que 
trop  vrayque  le  mal  efl; fouvent  audeflus  des  remedes. 

Mania  Graipigenis  fçit  'uellere  tela  Machaon 
Non  qua  lafcivat  fbicula  figit  amor.  ' 

Mais  il  ne  faut  pas  oublier  icy  que  Guevarreêc  quelques  au¬ 
tres  Auteurs  trompez  par  le  Thqombrpte  de  Pline ,  dont  il  fe¬ 
ra  parlé  cy-aprés,  ont  tellement  gâté  cette  Hiftoire  amoureufe 
d’Antiocus ,  qu’ils  ont  crû  que  le  mal  de  ce  Prince  étoit  une 
maladie  de  poitrine ,  jointe  aune  pafiîon  érotique  :  carfile  mal 
luy  tenoit  au  ccçur ,  il  n’étoit  pas  pour  cela  pulnîbnique ,  com¬ 
me  ils  fe  le  font  imaginé.  Auflî  étoit-çebien  aflez  de  l’une  des 
deux  maladies  pour  le  plus  robufte. 

JntcY  mille  ne  ces ,  é*  àmusfa^a  Ltrannus 
Trijlia  ,  mi  furda  qua  farat  aure  dolor 
jdaliofne  etiam  regnare  cupidinis  areus 

Cur  nardus  malcet  brachia  myrrha  caput? 

Aufm  es  hune  clamorem  inter ,  huneque  inter  odorem 
Motibm  affuete-tè  nequitiose  choris  t 
Hue  Hilareis  tenera  matris  pratendere  jîammas 
Mortuaque  extin^i  perdere  corda  'viri  ? 

Afiutum  :  crefeat  ^  potuit  fi  crefeere  mors  hac 
Aut  fi  non  \  faltem  fit  fatis  una  mihi. 

C  L  E  O  P  H  A  N  T  E  étoit  Contemporain  d’Erâfiftratc  6c  ap¬ 
paremment  fon  difciple.j  mais  fa  méthode  étoit  dangereufe  i 
puifqu’il  donnoit  du  vin  dans  les  fièvres  6c  dans  des  maladies 

K 


Tulviü  Tefii  neïïe 
fo'éfie  liricle. 


Ægid.  JHenag:  t» 
Elegiis. 


j.C^ptr.  Saltger.  m 
Th^umant. 


Cleophan- 

T  U  s. 

V.Celfuml.  3.  r.14. 
^flin.  L 16.  f.  315 


tib.  de  nobilit. 
N  I  C  I  A 

S’olens. 


HyCesias. 

Hycefias  artis  ^ 


74  Effais  de  Mededne, 

Gaufecs  d’intemperie  chaude.  Pline, qui  ne  déraprouve  pas 
om.froMuuna.  pQ^j.  ^elà  cetce  mecliode le  loue  de  la  Gonnoiffance  qu’il  avoic 
.  des  fîmples.  Qqanc  à  ce  Cleophante  donc  parle  Cicéron  ,  il 
Medk.  viendra  cy-apres  en  fon  lieu  :  car  au  refte  il  eft  afe  difficile 
de  dire  fl  Cleophancus-,  Cleophanc^  6v  Cleophancas  font  la  mê¬ 
me  chofe. 

Ni  CI  A  s  de  Soles  compagnon  d’étude  d’Erafiftrate ,  écoit 
félon  le  Scholiaftc  de  Theocrite  Poëce  &  Médecin.  11  adrefla 
à  ce  Theocrice  quelques  vers  furie  Cyclope  :  car  quant  à  ce 
Nicius  prétendu  Médecin  de  Pirxhus  par  quelques  Auteurs, 
e’eft  autre  chofe.  ' 

_  ^  ^  Hy  c  É  s  I A  s  difciple  d’Erafiftrate,  eft  marqué  dans  Pline 

natur&  fr&varïca-  ficdans  Athenée,  *  &  même  dans  Tertullus,  mais  dans  celui- 
ci  comme  un  homme  qui  avoit  une  opinion  fort  extravagante, 
i.  ^.deipaofoph.  é*,  touch^aut  la  nature  ôç  Finfufion  de  Pâme  raifonnablc. 

S  T  R  A  TON  due  Symphorian.  Champerius  appelle  Strahon, 
s  X  R  A  T  ô.  ^  ^  Médecin ,  mais  Précepteur  &  ami  du  Roy  d  Egypte 

Galen.  contr.Er’a.  Ptolomée  Phibdelphe.  Ce  qui  a  trompé  les  Auteurs  qui  Pont: 
ffirateos.  fait  Medecîn  de  ce  Prince-5  c’eft  que  Piqgene  Laërce  a  mar¬ 

qué  quelques  Ouvrages  de  Medecine  parmi  ceux  qu’on  luy 
attribué.  Comme  il  s’éft  donc  trouvé  plufteurs  illuftres  de  ce 
nom ,  ri  n’y  a  eu  à  proprement  parler  qu’un  difciple  d^Eraftftra- 
te  mentionné  par  Galien  qui  ait  été  Médecin ,  &  c’eft  le  troi- 
ftéme  dé  ces  illuïtres ,  auquel  on  ajoute  lé  feptiéme  marqué 
par  Ariftote  j^omme  Médecin.  Car  quant  à  ceux  dont  par¬ 
lent  Macrobe,  Trallien, Æce ,  je  erby  que  ce  n’eft  antre  cho¬ 
fe  que  celuy  de  Galien maié  il  ne  faut  pas  oublier  que  c’eft  à 
peu  prés  en  ce  temps  que  Picole  d’^Alexandrie  ,  fondée  par 

Ptolomée  Philâdetphe,  commença  à  fleurir  en  Egypte. 

_  .  P  M  e  T  R  O  D  O  R  £  eft  un  nom  de  Médecins ,  qu’il  eft  aftet 

METRO-  difficile  de  demêler  ,  éar  on  en  fait  un  natif  dé  Chio  difci¬ 
ple  de  Democrite,  êc  maitré  du  grand  Hipocrate  5  un  autre 
d’ Athènes  difciple  é’ËpîGurc  &  de  Cbrifippe  ,  maître  d’Era^ 
fiftrate  &  gendre  d’Ariftotc  ,  Galien  en  fait  un  autre  inter* 

•  prete  d’Hip>r rate.  Auteur  d’un  Livre  des  Plantes  ,  &  difciple 

Un.  i»  Ifag.  fÿ-  tn  X  _  _  ■  _  , 

Epîdem.  Eaertium  in  Epimr.  fextitm  Emyiric.  contre  'Mathematic: 

Àristoge-  a  R  xs  T  O  OE  N  £  cft  le  noiu  de  deux  Médecins,  dont-Sui- 
Nis  Thafms.  das’faic  Pun  de  Thafo,  ^-  lequel  a  écrit  24.  Livres  qu’il  dc- 
•^i»M^m&xkAgei  dia  à  Antigonus  Roy  de  Maeedoine  ,  l’autre  de  Gnide  valet 


c.  3S00. 


D  O  RU  S, 

-■  Olirr/pixd,.  lo^.. 

R.  -  C.  ^SO. 


PrmterB  Pwpi?-  Ctâp.  I  V.  7Î 

ac  Chrrfîppe  le  Phibfoplie  ,  en  qnoy  il  Veft  trompé  ;  carc'elt 
Chrifippe  le  Médecin  <in’il  fei  vit.  Cependant  Pline  û’en  a 
qu’un  natif  de  Thaforcn  guoy  il  ed  foivi  fxr  Gerner-ÔC  par 
Voffius.  Eo  effet  ces  deux  pourroieat  -bien  être  le  même  fi  on 

les  examine  bien.  •  ^ 

Simon  eft  le  nom  de  deux  Médecins ,  Pus  d’Atbencs 
PhilofopheSc  Médecin ,  qui  écrivit  un  Eivrede  la  fanté ,  l’au¬ 
tre  eftimé  de  Seleucus  Nicanor  Roy  de  Syrie ,  neanmoins  ce- 
iui-cv  n  étoit  qu’un  Médecin  de  efievaux. 

N  i  c  A  N  D  fi.  E  de  Claros  ou  de Colophon  ,  félon  quelques- 
uns,  ctoit  bon  Poëte,bon  GrammàirienH&bon  Médecin, e’^ 


Âuflî  tous  les  fçavans  en  font  une  fort  bonorable  mention, 
quoi-qu’il  ne  nous  reffe  rien  de  iuy  que  ne  qu  on  appelé 
Therlaca  &  Alexi^hammit  i  m^is  apparemment  il  efi  different  de 
ceiuy  cy. 

MU.  FONTEI'XTS 
N  1  C  A  N  D  E  R  -ME.D  I  C  U  S. 

Sot  ION  cité  par  Galien  *  pourroit  bien  être  ce  Méde¬ 
cin  qui  a  écrit  du  ten^s  des  Etolomées  Rois  d’Egypte  divers 
traitez  fur  diverfes  matières  ,  ^  ceiuy  qui  ^eft  ailegué  par 
Conftantin  Pogonate  ,  -comme  habile  dans  la  Médecine  êc 
l’Agriculture. 

E  u  P  O  L I  c  Sicilien  eff  marqué  par  W^olfang  Juftus  , 
comme  un  Médecin  qui  fit  duEruit  en  fon  temps.  Il  y  a  aitflî 
un  Empolidès  dans  Galien ,  Æt  fecundus  Auto! icus  ,  mais  il 
ii’eft  pasfîancien.  €(mnrent.  in'l^.  âe  viU.  rat.macutis. 

Apolxodo-re  -cïl  un  nom  îi  fréquent  dans  -la  Mede- 
tinc ,  qu  on  auroit  peine  i  marquer  tous  les  Médecins  de  ce 
nom.  Il  y  enaun  de  Tarente ,  l’autre  de  Ghilo  *  ou  Citicitm, 
que  Galien  fait  auteur  d’un  Antidote  contre  la  Vipere.  Céft 
•apparemment  celui-là  qui  félon  Strabon  dédia  quelques  -Ou¬ 
vrages  à  Ptolomée  I.  Rxjy  d’Egypte ,  &  celui-  là  même  que  Pline 
cite  touchant  les  vins  d’outremer  j  &  peut-être  celuy-là  que  \t 
Scholialle  de  Nîcandre  allégué.  Pline  en  Fait  deux,  le  pere 
êcie  fils ,  qu’il  appelé  tantôt  Apollodorus ,  êctantêt  Apollonius  : 
car  quant  à  tant  d’autres  Apollonius  &  Apollodorus ,  il  faut 
confulter  le  traité  qu’en  a  rak  expreffénrent  Scipid  Tatius 
Napolkain. 

K  ij 


R.  C.  412. 
Olympad  exxv^ 

V-  TiraquetL  i» 
nontenclxt.  MedU^ 
e.  ^ï.l.de  nebilit^ 

Sim  q  n 

Athéniens. 

V.  Laenium  ia^. 


Nicander 

Colofhonius. 

■Blimfiad.  ^xx, 
R.  C.  jero. 


Spen.  Mifcellan. 
Erudit.  Antiquit. 

S^  O  T  I  O  N 

*  lib.  deTAediem 
expertis. 


En  P  O  Li  c  > 

Siclus 

R.  C.  530^ 

A^pJp  O  Lî.eiw 
D  O  R41  s  . 

*  ■■  in-Cj/proinfieid: 


V.  Gaben,  G'efheri 
ép  Andr. 
q^uell. 


s  E  R  A  P  lO 

Alexandrin. 

Ubris  dmhus  eontVA 
feetas. 


Tlatavch.  de  Orac. 
delphic. 

Valer.  Maxim,  lih. 

cap.i^. 


B  AC  C  HIUS 

JJLileJms: 

V.  J^exicm.  Ere- 
tian.  C&l.  Aurel. 

Hefner.  in  Bi  - 
hliothec. 

*  Gal&n.pajfîm. 

T  H  E  O  M  - 
B  JRrO  T. 

Blin,  l.^.t  f7. 

1. 19.  c.  i.eximer- 
fretatione^  féan. 
Jiarduin.  iS'eciet. 
/«>. , 

*  Ceairffula  éti'^tts 
eafut  Iulias. 

Lde  aehilitat.c.^i 

*  Idem  I-ean.  ELat- 
duin  S..  I. 

S  T  R  AT  I  U  S 
Th.  Jjvîus  l.  4i. 
cap.  19. 

Bolih.  pag.  7-41. 


R-  c. 


76  ElJàfs  de  Medecine, 

Ceft  icy  que  la  Sede  des  Empiriques,  laquelle  avoir  com¬ 
mencé  dés  le  temps  d’Acron  d’Agrigente,  va  pourainfi  dire 
fe  déchaîner  contre  celle  des  Dogmatiques.  Car 

S  E  R  A  P  I  O  N  d’Alexandrie  difoit  hardiment  que  le  rai- 
fonnement  ne  fervoit  de  rien,  &;  qu’il  n’étoit  befoin  que  d’ex- 
perience  pour  faire  la  Médecine.  C’eft  pour  cela  que  Ga¬ 
lien  le  traite  fimal.  Auffiàdire  le  vray , n’étoit-il  qu’un  fin>- 
ple  Herborifte,  qui  ne  fit  du  bruit  que  par  fon  eCprit  particu¬ 
lier,  c’eft  ce  qui  méfait  croire  que  c’eft  de  ce  Serapion  qu’a 
parlé  Cicéron  ,  quand  il  a  marqué  qu’il  n’y  avoit  rien  de  fi 
obfcur  que  fes  Ouvrages  5  mais  outre  ce  Médecin  là ,  il  faut 
remarquer  qu’il  y  en  a  encore  un  natif  d’Athenes ,  Poëte  ôc 
Médecin  ,  &que  le  peuple  qui  fe  plaift  à  railler  jufques  aux 
perfonnes  qu’il  eft  le  plus  obligé  de  refpeder ,  donna  à  Ro¬ 
me  le  furnom  de  Serapioii  au  grand  Pompée ,  parce  qu’il  crût 
voir  dans  fon  vifage  des  traits  fémblables  à  ceux  de  certain 
Serapion  ,  un  de  ces  Miniftres  des  Sacrifices  qu’on  appeloit 
Pûpee  - 

B  A  C  c-H  i  n  s  de  Millet  eft  mis  par  Galien  *  au  nombre 
des  anciens  Médecins,  quoi-qu’Empirique»  11  fit- un  Commen¬ 
taire  fur  les  Aphorifmes  d’Hipocrate  &  fur  le  fixiéme  Livre 
des  Epidémies,  &  inventa  un  remede  dont  l’Empereur  Ânto- 
rJn  fe  fervit  en  fon  temps,  mais  il  ne  laifta  pas  de  s’attirer  la' 
critique  d’Heraclide  de  Tarente. 

Théo  ktb  r  o  t  e  ou  Cleombrote  qui  reçût  félon  Pline 
cent  Talens  de  Ptolomée  en  l’aftemblée  des  jeux  de  Cybele, 
dits  Migalefiens ,  n’eft  autre  chofe  que  cét  Erafiftrate  dont  nous 
avons  parlé  cy-devant  ,  ôc  la  caufe  de  ce  grand  prefent  autre 
chofe  que  la  cure  d’Antiochus  fils  de  Seleucus ,  &  non  pas  de 
Ptolomée.  Car  outre  que  ce  Theombrote  eft  appelé  Cæus , 
eft  le  nom  de  gloire  &  d’honneur d’Erafiftrate, qui 
d’autre  part  étoit  neveu  de  Cleombrote  frere  de  Critoxene 
fa  mere  ,  Si  de  Médius  Médecin  5  furquoy  on  peut  voir  le 
Dode  André  Tiraqueau  ,  ôc  plus  particulièrement  le  Dode 
Commentateur  *  de  Pline  ,  qui  nous  applanit  ce  fait. 

S  T  R  A  T I U  s  eft  ce  dïrciple  d’Erafiftrate  Médecin  d’Eu- 
mene's  Roy  de  Pergame ,  qui  fut  envoyé  Ambaffadeur  à  Ro¬ 
me  par  ce  Prince  pour  obtenir  la  protedion  dti'  Sénat,  contrç 
les  entreprifes  d’Àttale  fon  frere, 

Ægimius  eft  marqué  dans  Galien  parmi  les  anciens 


Première  Partie,  Chap.  ÎV.  77 

Médecins.  Athenée  *  le  fait  inventeur  de  certaines  pâtifle- 
rics  ,  mais  ce  qu’il  y  a  de  plus  condderable  cft  qu’il  fut  un 
des  premiers  qu  écrivirent  de  la  nature  du  poulx  félon  le 
même  Galien.  * 

C  RATi  PP  £  eft  allégué  par  .Heraclide  de  Tarente,  & 
Galien  le  cite  à  propos  du  mot  qu’il  donna  pour  titre 

à  un  Livre  qu’il  compofa  des  Medicamens. 

He  R  A  X  Cappadocien  difciple  d’Heraclide  ,  eft  cité  par 
Galien  ,  Paul  Eginete.  6c  Æce.  Ses  Ouvrages  font  intitulez 
I^arthecia  comme  celuy  de  Cratitte  ,•  car  quoi-que  IsTanhe-^ 
cium ,  lignifie  la  bocte  où  les  Medicamens  font  enfermez  , 
il  lignifie  encore  plus  precifément  les  Livres  qui  traitent 
des  remedes. 

H  E  R  A'c  L I D  E  cfl  fans  doute  dans  la  Médecine  un  de  ces 
noms  dont  on  peut  dire  mnquam  obfcura  ftomma  :  car  outre 
que  c’eft  le  nom  du  Pere  d’Hipocrate  ,  c’eft  encore  celuy  d’un 
Médecin  6c  Philofophe  de  Pont,  qui  a  écrit  un  Livre  des  cau- 
fes  des  maladies  cité  par  Galien  >  celui-cy  en  cite  encore  deux 
autres  avec  grande  eftime  ,  l’un  d’Erithrée  &  l’autre  de  Ta- 
rente ,  plus  ancien  de  prés  de  deux  lîecles  que  celuy  d’E- 
rithrée.  Celui-là  écrivit  ,  quoi-que  Empirique  de  fede,  quel¬ 
que  chofe  fur  Hipocrate,  iur  les  Plantes  &  fur  la  Cofmetique. 
On  le  fait  difciple;  d’un  Apollonius  Mus  &  contemporain  de 
Strabon,  ce  qui  n’elt  pas  impoflîble,  parce  que  ce  fameux 
Géographe  a  vécu  long -temps.Voyez  au  relie  Diogene  Laërce 
fur  Heraclide. 

S  Y  N  A  L  U  s  Médecin  d’Hannibal  efl:  trop  remarquable 
pour  le  pafler  icy  fous  lilencc.  Voyons  donc  comment  en  parle 
Silius  Italiens. 

Jttedicm  hie  octm  arUi 

St  fenioris  opem  Synali  vocatiUngere ‘vülnus  " 

Herb^ntm  hie  fuccis  i  ferrumy^ue  è  corpore  emtit 
Bxigere ,  fomnum  toto  mtjîjfe  Chelydm 
Anteihat  cunBos  5  mmenque  tmt  unàt  per  urhes 
Berqué  ParethonU  celehratum  Umra  Syrtïs. 

Jpfe  olim  antiquo  primum  Garamanticus  Hkmorr 
Scire  pater  dederat  Synaivymorfufque  ferarum 
relommque  graves  ictus,  fedare  medenda,  ,  ' 

Atque  is  deinde  fuo  moriens  calejlia  dona  ' 

Aaonfiraratnato  ^natufqueharedis  hmori 

Kiii 


*  tihi^.cgf  iç. 
Æ  G  I  M  I  U  S 

*  lib  4.  de  diffe^ 
rent.  p  dfuum. 

Cratippe. 

*  fer  nia. 

H  E  R  A  X 


H  E  R  A  C  L  r- 
D  E  s  Tannti-* 
nus. 


Diegen.  Laerf, 


R.  C.  550. 

S  YN  ALU  S. 
1,1.  helli  X.  puniei, 


Sitias  Imite-  helU 
punie.  Il,,  lih.  5,- 


7  s  Effah  de  Mtieme» 

fMnas  HrUs  :  dem^e  fe^uutui 

Ifaud  levior  famk  Syniths  Cammantica  fhkts 
MonftrMfùmgei)Mfluiio,4niiltafuev>e4upum 
Hiimmonis  cornitemymmer abat  imagine  P atnm 
Tum  fatria  fcrens  levi  Medita,minc  âextrh 
Qcym  intertos  de  more  afiriS^u’s  amiSim 
Mulcebat  lymph  'a  purgatùm  pmguit^  vulnus. 

Il  en  eft  de  même  de  * 

M  A  R  II  s*  Mar  U  s  égàlemetit  grand  Medecinêt grand  Capitaine.  ■ 

Tiam  'memby^a  cubili 

npn  tatd^  Mmüs  ^  'vietus  iU^é  pttreftùs^  ; 

Mi^s  s  hmû  fuM  tfa3mHt  fydïtt  fl^  ■  : 

jyroctdit  remvata  focis  ^  paupere  vejîa 
LummafritteTtdtns’i'Htfmpyaagno^îti^JtgŸuhi^- 
Vvlmr'éu5dmiSifÈlîiimmtà0ltvifu) 

Làpfmtem  fitîtàm  tymcMa.  cujf  iéè  gy'eÿks 
^împi  rtifnfQH 

Inde  agra  teponît 

Mènera toYP -i  ttec ferre  rudis  Meâicamina{:^mpfé 
Caliebat  hllis  )  nmc  purgat  p0nera  lympha 

y^um  mulcet  fiiciis  ^  ligM  inde  ae  vellera  molli 
Çircunà.ftt  ta>^Ui  é^  torp entes  mitigat  mm. 

■  _  Netdum  exorta  dies-i  y^arm  inf  àt  ^aheris  'àjl^ 

-  Expénis  mediçare  moiïs  i  gratimque  tiporef^ 

Exutus  fenium ,  trépida  pietate  minijlrat. 

A  X  T  A  l.  Il  s.  X  T  A  L  E  fils  d’Eiimenes  eft  leüé  par  Galieâ  pour  avoir  , 

^  Gompofé  deitcêllens  Antidetès  pour  ne  point  parler  du4 

R  c  6  *  Médecin  àç  ço.  nom, qui  viendra  en  fon  lieu. 

A  P  O  L  L  O  r  H  A  N  E  é  de  ^eieucic  fut  Médecin  d’Anthio- 
A  P  O  L  L  O-  grand  Roy  de  Syrie  y  5z;  un  de  fes  Confeillcrs  d’Etâf 

P  H  A  N  E  s  avoir  découvert  la  confpiration  dHermias.  Celfe  cite 

5,eieuâens.  iiu  Apollophaucs ,  &  âptés  luy  Flioé  &  Galien.  Paul  Eginetc , 
^oUhM.3.  uipo-  Xrallien&Gæl.  Aurelian,  le  font  Seélatéur  d*Erafiftràte,  Ter- 
rt.it m.  tullien  &  Suidas  en  marquent  éncore  un  5  mais  ils  ne  difenc 

riin.  i  XI. cap.  ZI.  rien  du  temps  auquel  il  yiyoït,  Sc  tous  font  fort  difficiles  à  dér 
mêler. 

Apoilonius  Apollonius  n’eft  pasun  nom  moins  frequent  dans  la 
*  i.  de  copofit.  Med.  Mcdecine  qu  Apollodorus  3  ear  le  Dode  Andr.  Tiraquellus 
î'PfaM.MrdicX  marque  plus  de  feae  j  en  eftet,  Galien*ena  un  Sectateur 


R  ..  C  ,  6  71. 


Premere  Pâme,  Cfiap.  ÏV.  y 9 

é’HeropBiîe-,  lequel  écrivit:  des  Plantes  &  des  Sâcnôcations. 
liy  en  a  encore  deux  pere  &  fils  Empiriques  marquez  par  Cel- 
fe  comme  d’habiks  Chirurgiens  ,  qui  n  ont  pas  été  ignorez 
par  Galien.  Il  y  en  a  un  lurnommé  Arckîjimtor  >  un  furnommé 
Mus  ,*  un  d’Alexandrie  5  un  de  Memphis  ,  uft  d’Abdere  ,  un 
de  Tarfe,  un  Seciateur  de  Stratan  nommé  Cîaudius.  Strabon 
en  marque  encore  un  de  Cicium  Ville  de  Cypre  5  Varron  en 
aaufliua  de  Pergame  grand  Simplifie  ,  ô:  des  écrits  duquel 
il  dit  que  Pline  s’elt  bien  fervijtous  Médecins  dont  il  efi:  fort, 
difficile  de  démêler  les  écrits, le  temps  ôc  lapatrie,  c’eftpour- 
quoy  je  donne  encore  à  deviner  ceux-cy. 

APOAAONÛI  lATTni  M.  X.  KAPJ^lANÉrr 

D.  SERVILI  D.  APOLLONI 
MEDICI  SERVILIA  D  L. 

AMBROSIAR.  FE  C  IT  PATRON. 

SU  O  ET  SIBI  ET  SUIS. 

C  Y  RU  S  fils  d’un  Apollonius  fe  rendit  fi  célébré  dans  Lam- 
faque  fa  patrie,  quelle  l’honora  après  fa  mort  de  cette  belle 
jnleription. 

Sînortus  Cyrum  Ayollonii  filiutn  ArchiMrum 
Ci'vemquc  infignem  vencra^tur  ,•  oh  b^neficiÂi 

Sihi  collotta ,  mm  ceUhritdte  é"  muhis  expenfis 
Üonumque  fenatui  ah  ipfo  faBum  Bmchmamm 
Mille  Atticamm. 

Màis  comme  il  y  a  encore  un  Cyrus  dans  Galien ,  &  un  Archia- 
tre  d’Edefie  dans  Ætius,  *  on  ne  fçait  en  quel  temps  ils  ont 
vécu  r  car  pcmr  eelui-cy 

CYRUS 


t  *  Calen.  tib.  de 
^  Antidot, 

^  V.AthenmmÆtiu, 

\  C&lhim  Aurel. 

.  bliothec.  Schenck. 

'  tf’-g-  ï'5-  &  Tira- 
■  ^uell.innotnen.da^- 
tur  yiedicoTum. 
éf  VojJÎHi». 

Mifiell.  Efad. 
antic^uit.  I.  Spon, 
fed.  4,  pag.  14I; 


C  I  R  U  S 

Lamp[(tcen. 


Mifcelim.  Èrud. 
Antif.  I.  Spon. 


l.  6.  fecundum  làc. 
*TetTahibl.  i.  fer, 
mort  Z.  cap.  zi. 


ÉIVIÆ  D'RÜSl  GÆSAR 
M  EDI  eus 

Il  n’y  a  pas  de  difficulté ,  non  plus  qu’à  ce  Gyrus  Alexandrin, 
qui  écrivit  contre  l’herefie  de  Neftorins. 

M  E  N  O  N  difciple  d’Ariftore  âc  maître  d’Herodote  ,  râniaffa  £  n  o  n. 
ksientimens  des  anciens  Médecins  dans  un  Ouvrage  dont 
on  a  crû  Ariftote  Auteur.  C*eft  un  de  ceux  que  Plutarque  difer.puij^ 
introduit  dans  {bn  banquet,  &  un  des  Médecins  dont  Galien 
fait  le  plus  d  eftime.  Quantàfes  autres  Ouvrages  voyez  Oio-  tertar.  isct, 

geneLaëree  ac  k  Docle  Reinefius.*  tib.  la. 

H  er  om  O  T.E  de  Lycie  étoic  un  des  difcipks  de  Menon.  Herodotus 
On  le  fait  Anteur  d^un  Livre  intitulé  Meiims  s  Galien  Bydns. 
remarque  qu’ayant  trop  donné  à  fes  fentimeas  partkaliers ,  il 


80  EJJah  de  Médecine, 

r.  Ætium  ste-  fe  trompsi  en  beaucoup  de  chofes.  Diogène  Laërce  le  faitdi- 
fhm.(^schenck.  jg  Mcnodote»  mais  Gefiier  ne  die  rien  fur  ce  fait. 

Menodo-  Menodote  de  Nicomedie  étoit  un  des  Sedateurs  de 
TUS  Nicomed.  Serapioii,  mais  comme  il  étoit  grand  Herborifte,  Galien  na 
U.fnethod.  pas  laÜTé  de  letiter. 

pro^rns.  Gl  AU  QTi  E  étoit  uii  autre  Sedateur  de  Serapion  ,  dont 

aucune  eftime  ,  car  quant  au.  malheureux 
biiothel  '  Giaucus,  à  Glaucius  &  à  Glaucias  ,  nous  en  pourrons  parler 
autre  part. 

Andréas  Andréas,  Andras ,  Andros ,  &  Andrias  font  des  Syno- 
nimes  dans  la  Médecine,  dont  on  a  alfez  de  peineà  didinguer 
les  fujets.  Ce  quily  a  d  alluré ,  ed  qu’un  Andréas  6c  certain 
Pamphile  étôient  des  Médecins  fnperditieux,jufqiies  à  croire 
que  les  Démons  prélidoient  à  de  certaines  herbes,  6c  qif il  ne 
les  falloir  cueillir  qu’aux  heures  ou  ces  efprits  fe  rendoient 
^  favorables,  6c  de  belle  humeur.  Audi  firent-ils  des  Livres  des 

cdiarmes 6c  du  changement  des  herbes  en  Démons.  C’eft  ^p- 
è paremment  cét  Andréas,  ou  au  moins  un  Médecin  de  ce  nom, 
quia  feint  que  le  grand  Hipocrate,  après  s’être  approprié  tout 
ce  qu’ily  avoir  de  meilleur  dans  la  Bibliothèque  de  Gnide,]a 
l^rûia,  6c  s’enfuit  comme  vui  criminel  j  erreur  dans  laquelle 
Varron  femble  avoir,  douné  depuis  5  tant  il  eft  vray  que  Ber» 
renr  6c le  menfonge , cette  efpece  de  faulîe  mpnnoye,  ne  laif- 
feot  pas  d’avoir  cours  pour  un  temps  comme  des  veritez  , 
gUfck  utm&ique  pofleritati.  Ainfi  je  ne  m’étonné  pas  de  voir 
Gden.  pajfm.  que  Galien  traite  cet  Andréas  d’arrogant ,  d’ignorant  6c  d’ex- 
-  travagant,  6c  qu’Athenée  l’appelle  faulfaire  ,  6c  corrupteur  de 
*  *  Livres,  Polibe  rHiftorien  fait  mention  d’un  autre  Andréas 

«  — V - -,  Médecin  du  Roy  Ptoiomée  Philopator ,  que  Tfièodore  Lieu* 

M.  c.  3B50.  tenant  de  ce  Roy  tua  dans  fa  Tènte.  Mais  je  ne  fçay  pas  fi 
r'enui  m  de  mi  même  que  cét  Andréas  Archiater  marqué  par  Æce  , 

ma,  ■  ■  *  OU  quelqu’un  de  ceux  quç  Dipfeoride ,  Pline  6ç  T ertullien  ont 

parquez. 

Zenp  Zenon  d’ Athènes  étoit  de  la  Secle  d’Herophile  homme 

Athéniens.  fubtil ,  mais  obfcur  j  *  Cependant  il  ne  laifiTe  pas  d’être  alleguç 
* exLaenio.ceifo.  par  Gclfc  ,  Galieii  6c  Alexandre  Aplirodifée.*  Le  même  Ga-r 
marque  encore  un  de  Laodicée,-  mais  on  ne  fçait  le- 
^  &Cotmen^in  deux  a  fait  le  Livre  de  rebus  mis  Medkorum ,  ne 

■Efidem.  ^  de  point  paflef  içy  d’un  Zenon  Précepteur  d’Oribare,qui  viendra 

Anttdot.  çjj 

Ab CH agate 


Premfere  Partie,  Ch^p,  lY ,  8i 

AS.CHAGATE  natif  dii  Peloponefe  fut  reccu  d’abord  à 
Rome  comme  un  Dieu,  mais  le  peuple  Romain  ne  mit  guere 
à  le  chafîer  comme  un  bourreau ,  quoi-qu  il  luy  eût  accordé 
le  droit  de  bourgeoifie,  &  une  boutique  dans  un  carrefour 
de  la  Ville ,  tant  ^il  eût  de  peine  à  fouffrir  les  operations  de  la 
Chirurgie  aufquelles  il  métoic  pas  accoutumé. 

AscLEPiADEde  Prufe  *  que  Suidas  femble  avoir  con¬ 
fondu  avec  celuy^de  Myrlée  ,  fut  premièrement  Rhéteur  5 
mais  ayant  mangé  tout  fon  bien,  il  chercha  une  refoLirce  dans 
la  xMedecine,  ô:  s’établit  à  Rome  du  temps  de  Pompée  le 
Grand.  Comme  il  n’étoit  pas  ignorant  dans  l’Anatomie  j  qu’il 
feavoit  quelque  chofe  de  la  matière  Médicinale  ,  ^  qu’au 
refte  il  écoit  naturellement  Orateur ,  tout  le  monde  donna 
dans  Tes  nouveautez ,  &:  le  regarda  comme  un  homme  venu 
du  Ciel,  tant  il  fçavoit  rendre  fes  remedes  agréables  au  goût, 
&tant  il  étoit  complaifant,  jufquesà  donner  du  vin  aux  mala¬ 
des  ,  chofe  inconnue  jufqu’à  lors.  Au  refte  il  fut  fi  heureux 
qu’ayant  reconnu  qu’un  homme  qu’on  portoit  en  terre  refpi- 
roit  encore, &que  Payant  réveillé  par  quelque  petit  fecours, 
on  crût  qu’il  l’avoit  reftufeité,  ce  qui  mit  fa  fecle  audeffus  de 
toutes  les  autres,  ôcluy  donna  un  fi  grand  crédit  qu’il  fe  ren¬ 
dit,  comme  dit  Pline,  maître  de  la  vie  des  Romains.  C’eft 
pourquoy  Mithridate  Roy  de  Pont  Payant  voulu  attirer  à  fon 
fervice,  il  méprifa  tous  les  avantages  qu’il  luy  propofa  ,  tant 
il  fâifoit  bien  fes  affaires  à  Rome.  Ce  n’eft  pas  pour  dire  le 
vray  qu’il  n’y  eut  bien  delà  bizarrerie  dans  fa  pratique,  com¬ 
me  de  bons  Auteurs  l’ont  remarqué ,  &  comme  on  le  peut  voir 
dans  les  fragmens  de  fes  Ouvrages  que  ces  Auteurs  allè¬ 
guent  ;  car  pour  moy  je  croy  que  tout  ce  qu’il  a  dit  de  meil¬ 
leur  eft,  que  le  devoir  d’un  Médecin  conftfte  à  guérir  prom¬ 
ptement  ,  feurement  &  agréablement.  Mais  ce  qui  marqua  da¬ 
vantage  fon  bon-heur ,  eft  qu’ayant  été  allez  temeraire  pour 
défier  la  fortune,  &  pour  fe  promettre  de  ne  tomber  jamais 
malade,  il  mourut  en  effet  félon  Pline ,  d’une  chute  qu’il  fit 
du  haut  d’un  efcalier  ,  quoi-que  Suidas  ait  écrit  qu’il  mou¬ 
rut  d’une  inflammation  de  poitrine ,  ce  qui  eft  affez  vrai-fem* 
blable ,  fi  on  confidere  ,  combien  il  étoit  ennemi  de  la  faignée, 
êcavec  quelle  aigreur  Galien  difpute  contre  luy  fur  l’ulàge 
de  ce  grand  remede.  Finiflbns  en  marquant  que  comme  il  fe 
trouve  félon  le  Docte  Reinefius  plufieurs  Médecins  de  ce 


AaCfTA  G  A- 
Tus  P'elopones. 

c-  535- 

Flin.lib.  zÿ.c.  xi. 

AsCL  E  P  IA- 
DES  Pmjîenjîs. 

*  Afamea.  in  prg^ 
fentid.  ^ 


Afclefiades  primUt 
£grotis  vinoopitu. 
Uricœpit  fedd  »d» 

in  tempore.  ApuL 


Tl'n.  lib.  i.6. 
l.&lib.'j.cnp.  j; 


Celfuspa0m.Scrih: 
Larg  f^  C.  Aurel, 
Ætiusf^cet. 


Cito  mto  &  jucua- 
dc  exCelf 


R,  C.  ^50. 


B.einejtus  Epifiol. 
ad  R  pertum  pag. 
îiJ4. 


C  A  L  L  I  G  E' 
N  E  S.. 


M.  C.  3-.5)00.. 

C  A  T  O  Cen'~ 
forms.. 

R.  c..  550. 

Flufach.  m  Galon. 
A  N  XI  M  A- 
GHUS. 

Ros  Suid. 

hexic. 

7.  de  eompo^i.  Me- 
di^î  pergener. 


Th  EMIS  ON- 

Laodicetis. 


'A'ftriâtitlt  &■ 
isicas.- 


hi-  jtptlcgix. 


Si  Ejjais  de  Medeçine,. 

nom  j  le  jeune  Afclepiade  viendra  en  Ibn  lieu. 

Calligene  étok  Medeein  de  ce  Phi  lippe  s  Roy  de- 
Maçedoine  qui  fit  la  guerre  aux  Romains  ,  &  celuy  qui  cela, 
fl  adroitement  la  mort  de  ce  Prince  péndanc  qu’il  en  envoya, 
la  nouvelleà  ÊerPée  Pon  Incceffeur. 

Livius  hell  Macedonic.  Hbr.  10. 

C  A  T  O  N  le  Cenfeur  J  tout  ennemi  qir  il  étoit  des^  Mede-  ' 
einsde  la  Grèce,  a  bien  daigné  .apprendre  quelque  chofe  de 
la  Medeçine  ,  témoin  le  Livre  qu’il  fit  de  la  maladie  ôc  de  la 
fanté ,  ôc  ion  application  à  rétude  des  fimples. 

Plin.  lib.  zp.  cap.  x.  Vanderlind.  de  fcript.  Medic.  _ 

An  t  IM  a  Qqt  e  eft  le  nom  d  un  Médecin  Poète  &:  Mufi. 
ci  en  J  qui  fut  furnommé  Pfecasà  caufe  de  la  douceur  de  fa 
Poëfie,-& parce  que  fes  entretiens  rfétoient  pas^  moins  agrea^ 
blesiPefprit,  que  les  pluyes  du  Printemps  Tout  agréables  à  la 
terre  qu’elles  arrofent  j  inais  je  doute  fi  c’elt  cét  Antimachus; 
cité  par  Galien  ^6c  en  quel  temps  il  vivoit. 

Voicy  lecommençement  de  la  Secke  des-MetiiodIqueSjfaqttelle 
quoy  quoppofeeà  IdRationelle ,  ne  laifTa  pas  d^àvoir  des  MedeA 
cins  de  grande  réputation ,  ayant  été  foutenuë  de  Mlifa^c  Me 
nefeus  ,  de  Diony-fîus  ,  de  Proclus,  d’Antipater ,  de  Trallieii,, 
d*01impianus,  de  Soranus,  d’Archigene,  &  fondée  par  The* 
mifon  de  Laodieée  difeiple  d’Afelepiade  ,  homme  d’une  gran¬ 
de  réputation  &:  d’efprit.  Ce  n’eft  pas  toutesfois  queTametho--  ' 
de  fut  quelque  choléde  fort  feu-r  &  de  fort  folide:  car  de‘ 
vouloir  rcduirela  Medecineàdéux  chefs  communïu^,  Puii 
du  fluide ,,  &;  l’autre  à\i  ferré  y  &  de  prétendre  fur  ce  pied  là  de 
pouvoir  rendre  un  hommehabile  en  cét  Art  en- moins  de  fept 
mois-,  cela  paroît  également  bizarre  &  cavalier.  Tout  ce  qu’il 
y  a.  donc  davantageux  pour  ce  Médecin  ,  eft-  que  Diofeoride  ^ 
Auteur  grave  a  écrit  qu’ayant  été  mordu  d’un  homme  enragé,  ' 
il  fut  adez  habile  pour  fé  guérir  j  car  je  ne  me  mets  pas  fort  en  ] 
peine  de  fçavoir  fi  c’eft:  luy  ou  fon  valet ,  comme  d’autres  l’ont 
écrit  qui' fut  mordu  d’un  chien  &  nonmas  d’un  homme  enra¬ 
gé,  pourveu  qifil  ait  été  afPez  habile  &  afPez  heureux  pour 
guérir  ce  mal ,  ee  qui  n’efl-  pas  impoffible  :  car  comme  notre; 
Themi fon  n’ étoit  pas  un  pur  Empirique  5  qu’il  avoitdes  prin^ 
cipes  tels  quels-,  ôt  de  bonnes  obfervations  par  devers  luy» 
Diofeoride,  Celfe  ,  Pline,  Galien  ,  Paul  Eginette,  Cæl.  Aure-\ 
iian.  L’ont  traité  fort  honnêtement.  *  Apiilee  parle  encore  d’un 


Prmiere  Partie  Chap.  IV.  2y 

ThcmifoQ  de  fon  temps  ,  mais  dont  nous  n’avons  pas  de  con- 
coilTance  ,  non  plus  que  de  ceiuy  qu  Athenée  aççQle  ^ntiochi 
Régis  Hercules  i  èLc^u  il  fait  Macédonien.  Au  refte  quand  Ju- 
venal  fe  fert  du  nom  de  Themifon,  pour  lignifier  un  Méde¬ 
cin  expeditif ,  il  ne  faut  pas  s’imaginer  qu’il  ait  eu  le  nôtre 
en  veuë.  Car 

Themifon  agros  autumno  occiderit  uno 
N’efl:  qu’une  fiétiom 

Proc  U  LUS,  quoi-que  difciple  de  Themifon,  ne  laide  pas 
d’être  cité  par  Galien ,  comme  Auteur  d’un  Livre  intitulé  de 
natura  hominis  ,  mais  il  efl  incertain  fi  c’efl;  ccluy  que  Pline 
allégué. 

Antistius  qui  vifita  les  playes  de  Jules  Cæfar  après 
qu’il  eut  été  maffacré  dans  le  Sénat ,  eft  peut-être  ce  Méde¬ 
cin  qui  fut  pris  avec  luy  par  les  Pirates,  &: que  Suetone  ne 
nomme  pas ,  quoi-qu’il  luy  fade  l’honneur  de  l’appeler  ami  de 
^  umicus  Cafiris  ,  Bc  àce  propos  il  ne  faut  pas  oublier  icy 
que  M'^  l’Abbé  Ménagé  ayant  remarqué  avec  un  Critique 
qu’il  y  a  Antius  dans  un  MS.  pour  Antiftius  ,  femble  d’abord 
pancher  du  côté  de  celuy-là ,  dautant  plus  facilement  que  le 
nom  d’ Antiftius  luy  femble  trop  noble  pour  un  Médecin  5  mais 
enfin  confiderant  que  l’autre  nom  n’eft  pas  moins  noble,  il  fe 
rabat  à  croire  qu’Antiftius  eft  un  nom  d’affranchi,  la  plupart 
des  Profedeurs  des  Arts  ayant  été  en  ce  tempsdà  de  fîmples 
affranchis  j  mais  voicy  un  Médecin  auquel  nous  n’aurions  pas 
penféjfî  Valero  Maxime  ne  nous  l’ayoit  dépeint  comme  un 
homme  fait  extraordinaire.  En  effet. 

Herophile  n’étoit  au  commencement  qu’un  Médecin 
de  chevaux  ,  mais  qui  fit  tant  par  fes  journées  qu’il  alla  plus 
loin  qu’aucun  autre  du  païs  d’Heppiatrie;  Ilcommença  donc 
par  obliger  &  fervir  autant  qu’il  le  pouvoir ,  les  Soldats  des 
Camps  ôc  Armées  de  Céfar ,  &  quand  il  vit  qu’il  étoit  temps  à 
fon  avis  de  fe  déclarer,  il  fît  courir  le  bruit  qu’il  étoit  neveu 
de  Caius  Marins  fept  fois  Conful,&  enfin  fefit  tant  de  créa¬ 
tures  dans  les  vieilles  bandes  de^  Céfar ,  que  chacun  luy  fît 
la  Cour  ,  que  plufieurs  le  choifirent  pour  Patron,  &  qu’il  de¬ 
vint  chef  de  parti.  Il  eft  vray  que  comme  Céfar  avoir  l’ame 
grande,  il  n’en  fit  pas  paroître  de  chagrin  au  commence- 
naent ,  &  qu  il  fe  contenta  de  le  faire  ehaffer  d’Italie  voyant 
que  la  chofe  ailoic  trop  loin.  MaisL  les  affaires  avant 

Lij  ' 


h  Tr 


Proculus. 

Galen.  l,  i.  deUf, 
fer  fehr.  CAp.  6.  ^ 
paffim.  Vlin. 

Antistxus. 


Stieton.irHulioCê* 

far. 


lib,  cap.  \6. 

Herophï- 

LUS. 


MIithrida- 

T  £  S. 


MichriJatium’Da- 

jnocratis. 

Niceratus. 

P/f».  ltl>.  IJ. 
Sçhenck  in  Bihlioth, 
^Gejner. 

Æ  L I U  S  Pro. 
motus  Alexaàr. 

*  Biblioih.  Select. 

Z  5  U  X  I  s 

Tarenti». 

Oalen.  Comment. 
^,in  i.Eftde.m. 

Geo^raph.  lih.  13. 

V.  Celfum  Ith.  3, 
cap.  7.  ^  P//». 
îfb.  16. 

A  L  E  X  A  N- 

BEK  Philale- 
thes. 

Straho  ib-d 
4-  ^  de  Jiferent. 


84  Ejjak  de  Médecine, 

changé  de  face  après  que  ce  Dnïfateur  eut  été  tué  dans  le 
Sénat ,  Herophile  crût  qu’il  pouvoit  remettre  fon  parti  fur 
pied  j  en  effet,  il  retourna  effrontément  à  Rome  ,où  il  cabala 
&  forma  le  deifein  de  faire  tuer  tous  les  principaux  du  Sénat, 
mais  ce  deffein  ambitieux  &  cruel  ayant  été  découvert ,  il  fut 
arrêté  ôc condamné  aune  mort  ignominieufe. 

Mithriûate  étoit  fi  aftécbionné  à  la  Médecine  ,  que 
Pline  remarque  qu’il  confultoit  tous  fes  Sujets  fur  les  ver¬ 
tus  des  rcmedes  qu’il  confervoit  foigneu Cernent  leurs  ré- 
ponfes  ôc  leurs  découvertes ,  quand  elles  étoient  conformes 
à  la  raifon  &  à  l’experience  j  ce  qui  luy  fournit  la  matière 
de  cette  belle  compofition  ,  qui  porte  encore  à  prefent  fon 
nom  dans' nos  difpenfaires ,  quoi-qu’on  y  ait  joint  celuy  de 
Damocrate. 

N  i  e  es.  a  t  e  eft  cité  par  Diofeoride  ,  Pline  &  Galien  , 
comme  un  Médecin  fçavant  dans  la  connoifTance  des  Plan¬ 
tes  ,  ôc  Cælius  AureHanûs  eftime  fort  fon  Commentaire  de 
Catalepfm. 

Æl  I  us  Promotus  dAlexandrie  vivoit  félon  Antoine  Pof- 
fevin  *  au  temps  de  Pompée,  bc  le  Docte, André  Tiraqueau" 
&  Gefnier  ont  avancé  fort  hardiment  que  fes  écrits  font  en 
quelques  Bibliothèques  d’Italie. 

.  Zeuxi  s  de  Tarente  quoi-que  Médecin  Empirique, étoit 
félon  Galien  un  Médecin  de  mérité.  Il  commenta  les  Apho- 
rifmes  d’Hipocrate ôc  quelques  autres  de  fes  Ouvrages,  fur: 
des  Mémoires  qu’il  trouva  dans  la  Bibliothèque  d’ Alexandrie. 
Strabon* marque  qu’il  fonda  un  Temple  entre  Laodicée  & 
Carura  ,  dans. lequel  il  établit  une  Ecole  de  Medecine ,  qui  fut 
entretenue  par  Alexandre  Philalethe,  à,quoy  il  ajoute  qmon^. 
étoit  bien  éloigné  de  fon  temps  i,  d*imiter  le  zele  des  Mede>  - 
cins  fortis  de  la  race  d.’Erafiftrate  ,  qui  en  firent  autant  à  ' 
Smirne. 

Alexand  re  Philalethe  vivoit  au  temps  de  Zeuxis  & 
non  pas  au  temps  de  Tibere  &  de  Néron  ,  comme  quelques. 
Auteurs  ont  penfé.  Il  fut  Sectateur  d’Herodote  &  d’Afcle- 
piade  Si  maître  d’Ariftdxene  ,  &  de  Demofthene  Philalethe. 
Il  eft  cité,  par  Galien,  &compofa  félon  Théodore  Prifeien  un 
LWre  de  S emme  :  car  quant  à  cét  Alexandre  que  Schenckius 
cite  tout  court,  &  qui  compofa  un  Livre  Grec  du  Poux,  qu’on 
garde,  dit-ih  dans  la  Bibliotheque  du  Roy  à  Paris,  je  ne  fç^f 


Premteré  Partie,  Chap.  I V.  S  j 

piS  bien  quel  il  eft ,  non  plus  que  ceux  que  Gèfner  a  marqué 
dans  fa  Bibliothèque. 

D I  O  s  c  Q  RI  D  £  eft  un  nom  fort  connu  dans  la  Medeci-  D  j  q  s  c  o 
ne,  parce  qu’outre  le  Cilicien  natif  d’Anazarbe ,  &;  connu  fous 
le  nom  de  Pedacius  Diofcorides  ,  qui  fleurilToit  au  temps  de 
Jules  Cefar,  il  y  en  a  encore  un  d’Alexandrie  dans  Galien  ,  c^ien.  in  exfcÿt. 
&  dans  Paul  Eginete  ,  &  de  plus  un  de  Tarfe  qui  vivoit  au  Ungruif ocrât,  é» 
temps  de  l’Empereur  Hadrien.  Et  c’eft  peut-être  pour  cela 
que  Petrus  Caftcllanus  a  écrit  que  l’Anazarbéen  étoit  different 
du  furnommé  Phacas  ou  Lentin,  des  marques  qu’il  avoir  au  Gden.uh:T.C(,m- 
vifage  femblâbles  à  des  nentilles  ,&  qu’il  fait  l’un  Empirique^ 

&  l’autre  rationel ,  parce  qu’en  effet  Athenée  marque  un  Diof-  ilX»  ^ 
coridc  qu’il  fait  difciple  d’Hipocrate.  Q^i-qu’il  en  foir  ,  Tetrah.x.  sermon. 
perfonne  que  je  fçache  ne  s’eff  avifé  de  cette  différence  &  ^ 

de  cette  critique  ,  que  Petrus  Caftellanus  j  car  ce  prétendu 
difciple  d’Hipocratc  marqué  par  Athenée  ,  nefl  en  aucune 
maniéré  differentié.  Pedacius  Diofcorides  eft  donc  cét  Ana-  ^  - 
zarbéenSc  Lentin,  ôcde  plus  ce  brave  Soldat  que  Marc  An-  petrus  c^fieiu». 
toine  ôc  Cleopatre  eftimoient  tant  qu’ils  Iny  accordèrent  le  in.'vitisHiHji.  Me- 
droit  de  bourgeoifie  Romaine ,  &  qui  écrivit  fi  bien  de  la  ma- 
tiere  Medecinale ,  que  Galien  &  tous  les  autres  Médecins  re-  Len?. 
gardent  fon  Livre  comme  un  chef-d’œuvre  de  l’  Art  pour  fon 
temps,  quoi-qoe  ce  Prince  des  Médecins  le  reprenne  en  plu-  Ceijusînpr&fcith- 
fieurs  endroits ,  n’étans  pas  poffible  ,  qu’il  ne  fe  foit  quelques-  ^Geilni  'Methol 
fois  trompé  ,  fur  une  matière  fi  délicate  &  d’une  fi  grande  t>^ed.nd.  cap.  uUl 
étendue.  :  '  mo.&Ub.S  fecun. 

Me  GE  s  de  Sidon  fort  cftimé  de  Celfe  &  de  Galien ,  eft  e  g  e  s  - 
comme  Hipficrate,  un  Médecin  d’un  temps  incertain ,  ou  pour  sidomut. 
mieux  dire  un  Chirurgien. 

Philo  x  e  n  u  s  n’eil:  connu  que  par  la  Préface  du  feptié-  Philoxenus 
me  Livre  de  Celfe ,  où  il  marque  qu’il  compofa  hditXiyres  de 
la  Chirurgie ,  qu’il  avoir  profelïeeen  Egypte. 

_  A  RE  T  E  E  étoit  en  fl  grande  réputation  au  temps  d’Augufte  ^  ^  e  u  s 

Céfar,  qu’il  fut  furnommé  PHipocrate  Cappadocien.  ;  Il  eft  àappidU 
loüé  par  tous  les  Médecins  de  mcrite&deruputâtiQn,  A;  par¬ 
ticulièrement  de  ceux  des  derniers  fiecles  :  car  Jules  Céfar 
Scaliger  le  croit  tres-neceftaire  pQurl’intelligençe  ftHidocra- 
te.  Jacob.  Goupilusa  illuftré  fes  écrits  de  quelques  notes  très-  * 

excellentes.  Lionardo  di  Capoa  l’eftimé  pour  avoir  écrit  fort  y-  y^^deriind.  dt- 
ddigemment  ÔC  avec  une  liberté  Philofophique.  C^ntà  Are- 


Medecme, 

teus  Salintis  ,  ç’étoit  le  maître  de  Stratonîcus ,  qui  le  fut  de 
Galien ,  &  l’Auteur  d’un  Commentaire  fur  lés  Epidimics  d’HU 
pocrate  >  c’ell:  pourquoj  quelques  Auteurs  ont  crû  qu’Aretée 
de  Cappadoce  étoit  dû  temps  de  l’Empereur  Hadrien  :  car 
pour  cét  Arethée  de  Corinthe  mentionné  par  Lucien  dans  fon 
;  Toxaris  Médecin  rationel  qui  écrivit  en  Grec  ,  je  ne  fçay_ 
t  qu’en  dire. 

Nicqmedes  Nicomede-s  Roy  de  Bithinie  ,  étoit  une  maniéré  de 
Médecin  tant  il  aimoit  la  Médecine.  Auflî  eft-  il  allégué  par 
Galien  aux  Livres  des  Antidotes,  Sc en  fes  Livres  delaeom- 

pofition  des  Medicamens,  mais  voicy  deux  Médecins  de  ce  nom^^ 

dont  je  ne  fçay  ni  le  temps  ,  ni  la  patrie. 

Mifceil.  Erult.  ÆS  CtJ  L  AP  l'O  S  E  R  V  A  T  Q  R I  D  O  N  A  R  I  A 

Amiquit.  $.  s$o^  PRO  SAL.UTE  RESTITUTA  g'RATIARUMQUE 

ACTÏONE  NICOMEDES  MED.ICüS  OEFERT. 

Cip^um  -pofuerunt.  Anoàymi, 

iCicpmedl  affines  ejus^  Anodynum. 

emt  oftimus,.  Corpus  mm  h  ah  et  mortuus^ 

Meâicus  in  vivis  cum.  Bono  mimo  8um  Nkomedes^» 

JBffiet  i  multos  autem,  ^uia  non  eram^natus  fum^ 

BeyvMt  remediis^  Mon  jum  non  contrifion 

.  rixi  Ann.  XLIV.  é  àie s  XXÎIh 

M  ARéi  ANUS  'M  A  R  ç  I  A  N  cite  par  Æcé  vivoit  félon  Seribonius  Largus 
au  temps  de  l’Empereur  Augufte  j  mais  comme  Galien  parle; 
dlun  grand  Anatomide  de  ce  nom ,  comme  d’un  homme  foré 
m  pMignit.  al  envieux  ,  &  fut  jaloux  de  fa  réputation  ?  il  viendra  en  fon: 

cy-aprés.  '  ■ 

Se.^vil.Da-  D  am  oc  R  AT  E  eft  un  Médecin  fort  eftime  de  Galien  , 
Mb  cRAT  ESi  il  eft  Auteur  de  divers  Médicamens ,  & particulièrement  d’u¬ 
ne  Theriaque  difFerente  de  celle  d^Ândromaqne,  &  également 
de^ompajit. Medi-  bon  Poëte&bofl  Medecin. Mais  fon  temps  eft  fort  incertain, 
To7os^*^jibTi!*%  quoi vque  Pline  le  loué  comme  fon  contemporain.  Quoi-qu’U 
Amidot.  '  '  en  loit ,  on  dit  qu’il  guérit  Confdia  iille  du  fameux  Q^Ser< 
yilius  avee  du  laiâ:  de  Chevres ,  nourries  de  feuilles  de  Len^: 
tifque. 

Cr  aterus.  C  r  a  t  e  r  u  s.  eft  ce  fameux  Medecin  de  Ponponius  Atti' 

eus  célébré  dans  Cicéron ,  dans  Galien  &;  dans  Porphire  ;car 
ce  dernier  a  écrit  quhl  guérit  avec  des  chairs  de  Vipères  pré¬ 
parées  en  maniéré  dç  poilFons ,  un  homme  dont  les  chairs  fé 


Premere  Partie  Ghap.  I  V.  8f 

fcparoient  de  Tes  os  ,  &  c’eft  Geluy-ià  même  dont  Horace  ôc 
Perfe  parlent  ainfi. 

CfüûYum  dîxi^e  futato 

Et;  q^uiâ  o^asCratero  m^ignos  promlttere  montés. 

P  O  M P  E lus  Læneus  eft  ainfi  nommé ,  parce  qa  il;  étoit  af-  ^  p  ^  ^  ^ 

franchi  de  Pompée  le  •  Grand,  L&neus. 

P  A  K  T  H  E  îî  I  U  S-  de  Nicée  Médecin  Si  Poète  Grée  fut  pris  ij-  3o- 

prifonnicr  dans  Pa  guerre  contre  Mithridate  par  Cinna.  Il  a  PAKTHENiUS 
écrit  un  Livre  des  Plantes  &  des  Erotiques  ou  maladies  d’a- 
mour.  Il  y  a  encore  un  Parthenius  Anteur  d’^n  Dialogue  ,  pn,,  iih.xz.  c:t^ 

imhuléde  hffmamtorporis  feâtiomyimŸnmé  ^vcclcs&fuücuXQsàe.  vvoiph.  ïufius  in 
QcoTgwxs  YdXis:  de  R€  Medica.-  chrome. 

Phidippus  étoît  Médecin  du  Roy  Deiotarüs , témoin  le  p. 
plaidoyé  de  Cicéron  pour  ce  Roy.  ^ 

Liso  efl:  un  antre  Médecin  de  même  temps  qui  guérit  l  j  ^  q 
Tiro  *  alFranehi  de  Cicéron;  ,  *Epifi  Fam  imr.  H 

A  s  c  L  A  P  O  de  Patràs ,  autre  Médecin  de  Cicéron  qui  le  A  s  cl  a  fo. 
recommande  a  fon  ami  Sulpice:  patrenf. 

Alexi  o  eft  encore  du  même  temps ,  & loué  par  le  même  Ale  x i or 
Cicéron  dans  l’Epitre  I.  du  15. /îîi 

Glicon  ou  Glaucon  fut  foupçonné  d’avoir  empoifonné  Glfco; 
les  playés  du  Conful  Panfa  3  mais  il  eft  pleinement  purgé  dé 
ce  foupçon  dans  une  des  Epîtres  de  Brutus  à  Cicéron,  il  y  a 
encore  un  Glicon  Chirurgien  cité  par  Scribonius  LarguS.  ^  \ 

Cleo  p  h  a  n  t  e  eft  un  autre  Médecin  marqué  par  Cice-  Cleo?  h  aïI- 
ton ,  da.ns  VOr2Li£on.  pro  Cluenîîo.  t  u  s. 

Cl  A  U  D  E  d’ Ancône  pafteroit  encore'pour  un  Médecin'de 
ce  temps-U,  fi  Cicéron  ne  l’avoir  dépeint  dans  la  même  haran¬ 
gue  comme  un  mtferabie  Charlatan Drogueur  jémpoifonneur, 
ôc  àpeu  prés  tel  qu’une  infinité ,  qui  fe  difentaprefent  Mé¬ 
decins  de  Montpelier.-  Mais  ce  vilain  perfonnage  n’empêché 
pas  que  le  nom  de^  Claude  ne  foit  illuftre  dansfta  Médeci¬ 
ne  :  car  outre  Claude  Galien  il  y  a  un  Claudius  Agâthé- 
merus  ,  Claudius  Apollonius  marqué  cy-devant,  Claudius 
Damonicus  >  Claudius  Philoxenus ,  aufquels  on  peut  ajoûn^^ 
celui- cj. 

TI.  claudius  JULIAN.  . 

MED  IC.  CLI  NIC  COHQPT.mil 
P.  R.  fecit  vivos  sibi  et  TULLIÆ 
EPIGDNÆ  CONJUGI  LIBERTIS 
LIBlRTABUSQjjE. 


O  L  I  M  P  U  s. 


lib,  10, 

Musa; 


V.  LioYmr4.^  4i  C/t  - 
foa  nel  fuo  Parère 

3  7  s. 


g  8  EJJais  de  Medecinél 

Cl  A  11  DI  us  Alcimus  fait  encore  honneur  à  ce  nom  dans 
une  Epitaphe  Grecque,  laquelle  marque  qu’il  ctoit  Médecin 
de  quelqu’un  des  Empereurs,  &  commence  ainfi  dans  les  lu. 
fcriptions  de  Gruterus. 

KAAVAIO  AAKIMÛ  IAPTPOK  AICAPQS.  &C. 

Olimplis  Médecin  de  Cleopâtre  écrivit  l’Hiftoire  de  fa 
mort,  6c eut  part  au  fecret ,  foit  de  l’Alpic  ou  du  poifon.  Hy 
aaulTi  un  Médecin  nommé  Olimpiadés  dans  Pline. 

Antonius  Mufa  efb  ce  fameux- Médecin  d’Augufte 
Cefar  qui  étoit  h  grand  Courtifan.  Il  avoit  été  difciple  de 
Themifon,  Et  c’eit  pour  cela  qu’il  procura  la  protection  de 
çét  Empereur  à  ceux  de  fa  Sede,  ce  qui  fut  d’autant  plus  fa¬ 
cile  qu’Augufte  croyoit  être  redevable  de  la  vieà  Mufa ,  en¬ 
core  que  fa  metode  fut  fort  bizarre.  G’eft  ainfî  qu’il  monta 
à  tel  point  de  faveur  qu’il  fut  honoré  de  la  qualité  de  Che¬ 
valier  Romain,  6c  qu’on  luy  érigea  une  Statue  proche  de  celle 
d’Efçulape ,  tant  il  eft  vray  que  pourveu  que  le  malade  gue- 
riffe  ,  fuUe  par  une  voye  qui  en  auroit  fait  périr  plufieurs  au¬ 
tres  ,  le  Médecin  eft  toujours  habile.  On  dit  qu’Augufte  fab 
foit  difficulté  de  manger  des  laittuës  ,  parce  qudn  les  avoit 
jufques  alors  confiderées  comme  la  nourriture  des  morts; 
Adonis  y  ayanç  été  enfeveli  par  Venus  ,  6c  que  pour  cela  Mu-  : 
fa  ne  laifla  pas  d’en  introduire  l’ufage  à  la  Cour,  malgré  le 
Médecin  Çimolius,  qu’il  ht  chafter  pour  avoir  voulu  s’y  pp- 
pofer.  Encore  s’il  en  fût  demeuré  aux  laittuës  ,  6c  à  la  chair 
de  Vipères  qu’il  ordonnoit  mêmes  aux  bleftez  j  mais  fa  prati¬ 
que  alla  ,  jufques  à  plonger  les  malades  dans  l’eau  chaude,  & 
fucçeffivement  dans  l’eau  froide  fans  aucun  milieu  ,  remede 
qu’il  mit  à  la  mode,  parce  qu’Augufte  s’en  étoitbien  trouvcj 
mais  ce  qui  fait  croire  que  la  fortune  avoit  eu  grand  part  â 
la  citre  de  fa  maladie,  eft  que  Mufa  ne  fut  pas  fi  heureux  en 
celle  du  jeune  Marcellus  ,  qu’il  traita  de  mefme  maniéré. 
On  croit  même,  parce  que  le  Médecin  a  toujours  tort  quand 
on  meurt ,  qu’il  avoit  çxpedié  ce  jeune  Prince  pour  faire  la 
cour  à  rimperatrice  qui  ne  l’aimoic  pas,  6c  c’eft  fur  ce  foup- 
çon  qu’il  fut  enfin  chafte  de  la  Cour  >  fi  l’on  en  croit  quelques 
Auteurs ,  6c  ^e  le  peuple,  qui  étoit  dés  long-temps  ennemi  de 
fes  Operations  Chirurgicales ,  le  mafiacra  dans  k  chaleur  d’u- 
l^e  fçdition.  Q^i-qu’il  en  foie ,  comme  les  Poètes  ne 


Vremkrê  Pdrtk,  Chap.  IV.  . 

pas  avares  de  loüanges ,  quand  on  eft  en  faveur  junFoëte  du 
temps  ne  manqua  pas  de  le  regaler  de  ces  vers ,  qui  font  allu- 
£on  à  fon  nom. 

Cul  Venus  ante  alios  àivi  divumque  forores 
Cuncta  neque  indigna  Mufa  dedere  bona. 

Cun^a  quibus  gmdet  JPhœbus,  chomfque  Ipfo  Phœbi 
Docflor,6  qulS'teMufa  fuljfepotefi? 

O  ^quls-te  in  terris  loquitur  ficundiox  uno 
Cleio  nf^m  certè  candida^  non  loquitur  / 

C’eft  encore  ainfi  que  le  Poète  Horace  en  parle. 

Nam  mihi  Baias 

Mufa  fu^ex'vacuas  Antanius. 

On  peut  voir  au  refte  les  Ouvrages  qu’on  luy  attribue 
dans  la  Biblioteque  de  Gefner,  &  dans  celle  de  Schencfcius. 

.Marcus  Artorius  eft  un  autre  Médecin  d’ Augufte  ,  Sc 
fort  different  d’Antonius  Mufaï'avec  lequel  Voflîus  l’a  con¬ 
fondu  ,  ayant  lu  Antonius  pour  Artorius  :  car  après  le  témoi¬ 
gnage  de  Valere  Maxime ,  &  de  quelques  autres  Auteurs, 

il  ne  faut  pas  douter  d’un  Artorius  Médecin  Sc  favori  d’Àu- 
gufte,  à  la  vifion  duquel  ce  Prince  fit  bien  d’ajouter  foy  aux 
champs  de  Philippes  :  car  quoique  Florus  ne  nomme  pas  le 
Médecin  qui  luy  rendit  ce  bon  office,  il  y  a  tant  d’autres  Au¬ 
teur  qui  conviennent  que  c’eft  Artorius ,  qu’il  n’en  faut  aucu- 
ment  douter. 

Euphorbe  frere  de  'Mufa  8c  Médecin  Grec  comme  luy, 
fut  Médecin  de  Juba  Roy  de  Mauritanie, il  donna  fon  nom 
à  l’Euphorbe  qui  eft  une  Plante  des  vertus ,  de  laquelle  les 
Herboriftes  ne  conviennent  pas  fort  ,  8c  laifia  des  Ouvrages 
dont  Galien  cite  quelques  fragmens. 

PhilotaS'  d’Amphife  étoit  Médecin  du  frere  de  Marc 
Antoine  le  Triumvir,  qui  luy  fit  prefent  d’une  Table  d’ar¬ 
gent  ,  chargée  de'vafes  précieux  pour  avoir  courageuTement 
reprimé  l’infplence  de  certain  Sophifte  qui  s’en  faifoit  trop 
accroire  5  mais  je  doute  fi  c’eft  ce  Philotas  Poète  8c  Médecin 
quia  écrit  un  Livre  des  Medicamens ,  ôcqui  eft  cité  par  Celfe 
8cpar  Galien. 

C  A  s  s  I  u  s  eft  un  Médecin  du  temps  de  l’Empereur  Au¬ 
gufte  ,  dont  Celfe,  Pline ,  Galien  Sc  Scribonius  Largus  font 
mention, 8c que  cepremier  traite  de  Genie extraordinaire,  mais 
qu’on  fait  different  de  C  a  s  s  r  u  s  Félix,  &  de  Gaffius  la- 

M 


M.  Art  o- 

RI  us.  1 

lib.  de  Thilofeph.  e. 
M.Vellei  T  Mer  cul. 
Ht  fier.  Roman. 
Valer. .  Maxim,  l. 
ï.çap.7. 

Rlutardi.  l.aâant. 
CaUus  jSarelian. 
V.  Tiraquell.  in 
nomenclat.  Medic,, 

Euphorbus; 

lib.  9,  de  compojît^ 
Médicament,  fe- 
cundkm  lecos  ^ 
Flin.  l.  i  J.  cap.  7.; 

Phi LOTA  ç 

Amphifeus. 

Flutarchus  in  viia 
Anton. 

Celf.  lib.  ç,  cap.  9.' 
Galen.  de  eompojit. 
Médicament.  Je.m 
cunàttm  locos. 

Celf.  lib.  4..e. 

C  A  ?  S  I  US. 


Mifcellari:  Erudit. 
Anti^uit.  1.  Sfenii. 


Philo  Tar^ 
finjfs. 

>  Ehilonîüm.  ^ 
y.  Celf.  lihr.  6. 
ynulut  Æginet. 

pTOLOM£US» 

iih.  4.  Tharmae. 
fecundh-n  lie  café 
,4.  ^lik^z.caf.  ij. 


AmmoniuS. 


cap.  ij. 


Æ  MI  LUI  S 

MMeré 


y.-  "BiUiethet.  ^ef~ 
3ier. . 


90  EJJdis  de  Medecîne, 

trofophifta,  furquoy  on  peut  confiilter  Schenckius,  Geflier  8c 
le  Dode  Andréas  Tiraquellus.  Q^nt  à  celui-cy  je  le  donne 
à  deviner. 

DUS  Manibüs  sacrxtm 

L.  ANNIÜS  CASSIUS  MITHRADORUS 
MEDICUS  nu. 

FACTIONIS  CIRCEN.  FECIT 
SIBI  ET  LIBERIS  suis 
POSTERIBUSQJJE  EORUM 
LOC.  MAR.  ADI.  N.  L  X  X  V. 

ÎN  FRONTE.  D.  XXX.  IN  AGRO.  P.  XV. 

On  remarque  encore  en  ce  temps-U  un  Valgius  Arrun- 
tius  >  Chafpitanus ,  Albutius ,  Rubricus.  Q^Stertinius ,  V edius 
Valens,  Alcon  ôcplufieurs  autres,  dont  les  principaux  vien¬ 
dront  en  leur  lieu. 

)  Philo  N  de  Tarfe  eft  cité  par  Celfe  ,  par  Galien  8c  par 
quelques  autres ,  comme  Auteur  d'une  compofition  appelée  la 
main  àe  Dieu ,  8cdc  certains  vers  qu’il  a  faits  fur  les  vertus  de  ^ 
cette  compofition,  quia  pris  lé  nom  de  fon  Auteur.  * 

faf.  4.  de  cmfefit.  Medie.  fecmdht»  loc.  Elutarch.  in  Symfifé 
Trallian.  ■ 

Pt  o  lôme’e  efi:  un  nom  fort  connu  dans  la  Médecine; 
car  il  ya  un  Médecin  Prêtre  ôc  Hiftorien  d’Egypte  du  temps 
de  Celfe ,  8c  célébré  dans  Tertullien ,  Eufebc  ,  Saint  Cirille, 
8c  Clement  Alexandrin.  Il  y  en  a  un  autre  ami  ôc  contemporain 
dé  Galien ,  un  de  Cythere  ou  Cerigo,Ifle  de  là  Mer  Egée 
marqué  par  Suidas  ,  pour  ne  point  parler  de  Ptolomée  Ever- 
gete  ,  ou  bien  faifantjqui  inventoit  des  compofitions  de  Mé¬ 
decine  à  l’ènvi  d'Attale.  r 

A  M  M  O  N I U  s  eft  une  maniéré  de  Médecin  Operateur  , 
qui  vivoit  au  temps  de  Celfe.  Il  eft  cité  par  ce  grand  Méde¬ 
cin  ^  à  caufe  d’un  inftrument  de  fon  invention,  ôc  de  l’opinion 
particulière  qu’il  avoit  touchant  îextraélion  de  la  Pierre: 
car  pour  rAmmonius  du  temps  de  Saint  Auguftîn  ,  il  viendra 
en  fon  lieu.  , 

Æ  mili  us  Maccr  Médecin  Ôc  Pocte  natif  de  Veronne 
fieuriffoit  au  temps  d’Augufte  Cefar ,  ôc  mourut  en  A  fie  après 
avoir  écrit  quelques  Ouvrages  des  Plantes,  des  oifeauxôc  des 
ferpens  :  car  ce  n’eft  pas  icy  le  lieu  de  vérifier  fi  certains  trai¬ 
tez  en.  vers  de  la  vertu  des  fîmples  ,  eft  ‘de  nôtre  Macer  ou 
d’un  autre.  Qumi-qu’il  en  fqit,  Pline  ÔC  Galien  font  cas  de  Ma¬ 
cer,  ôc  c’eft  pour  cela  que  je  fuis  étonné  de  ce  que  Scaliger 


Première  Partie.  Chap.  I V.  91 

ce  le  met  qu’au  delTous  des  Médecins ,  &  des  Poçtes  me- 

àiocrcs.  ^  rt  n  •  r  > 

A  c  H I L  L  A  s  P,aracânmes  ou  CompnUor ,  eft  ainfi  nomme  AcH  i  l  l  as.' 
pour  avoir  fait  le  premier  la  pondion  du  ventre  des  hydro¬ 
piques.  ;  1 

Diophanes.  de  Nicée  écrivit  au  temps  de  Vapron  de  Diopmanes 
la  Médecine  Ruftique ,  &  de  la  Vétérinaire j  mais  il  n’en  étoit  jikeenfij.  ^ 
pas  moins  bon  Médecin ,  auS  eft-il  allégué  comme  tel  par 
Pline. 

Artemidoae  n’eft  pas  le  nom  d’un  feul  Médecin  :  car  Artemido-. 
•Galien  en  cite  un  furnommé  Capito  ,  un  autre  Phocas.  ru  5. 

Cæl.  Aurelianus  en  marque  un  de  Seide  de  Pamphilie  Secta¬ 
teur  d’Brafiftrate ,  Cicéron  en  a  un  natif  de  Pergame  ,  qui  comment,  in 

fît  compagnie  à  Verres  dans  fa  Préturc  de  Sicile.  On  en 

^  "  1  J  ni-  •  &itk.dfnnmr.hH% 

marque  meme  un  -du  temps  de  1  Empereur  Commode ,  qui 
pourroit  bien  être  un  des  deux  citez  par  Galien. 

ZoPiRus  eft  l’inventeur  de  la  Plante  appelée  Zopi-  Z o  p  i  rus,’ 
rum ,  &  confideré  comme  un  Médecin  de  mérité  par  Diofço- 
ride  ,  Celfe  J  Galien,  ôÈ^ême  quelques  Médecins  du  moyen 
âge.  Mais  je  ne  fçay  fi  exft  celuy  que  Plutarque*  fait  origi-  *  in  symfof, 
naire  de  Gordes  en  Phrygie,  ôc  celuy  que  le  Doéte  Andréas 
Tiraquellus  cite  dans  fon  Livre  des  Loix  Maritales ,  ou  .ce 
Zopirus  d*Alexandrie,qui  inventa  quelques  remedes  agreàr 
blés  à  Ptoloméç  Roy  d’Egypte  >  6c  diiquel  ©n  voit  cette  Epi-  . 
taphe,  \ _ _ 

ZOPIRUS  ALEXANDR.  F.  ale  X  ANip.  MEpiÇ. 

A  S  C  L  E  P  I  U  S  ôc  Afclepias  à  la  vérité  font  des  noms'  de  A.seLEPius 
Profefîîon  j  mais  Pline,  Cælius  Aurelianus,Ætmsont  un  Mé¬ 
decin  de  ce  nom ,  qu’on  luy  donna ,  à  caiife  de  la  facilité  &  PUn.  m,  n. 
de  la  douceur  qu’il  affeeftoit  dans  la  cure  des  maladies. 

le  ET  IDES  ou  ledidas,  eft  un  Médecin  allégué  par  Pline  Içetides. 
fur  un  fait  impertinent  6c  apparemment  faux- 

Qaartanam  virginis  cd?cu  finiri  indpientib.  dnmtaxat  menftruis.  lib.  iS.  cap.  7. 

P  H  I  L  6  X  E  N  U  S  .Médecin  d’Egypte  fut  un  des  plus  habi-  Fuiloxenus 
les  de  fon  temps,  comme  le  marque  Celfejc’eft  pourquoy  on  Ægyptîus, 
a  raifon  de  regreter  la  perte  de  les  Ouvrages.  Galien  en  cite 
encore  un  Ghirurgîen ,  6c  un  autre  Medeciii ,  qui  eft  apparem^ 
ment  le  même  que  nôtre  Egyptien-  ; 

Cornélius  Celfus  eft  ce  Médecin  Romain  du  temps  ^  ^ 

U  ij 


Effais  de  Medeclne, 
d’Augufte  &  de  Tibere  ,  qui  fc  rendit  fi  confiderable  par  la  •  î 
beauté  de  Ton  ftile,  &  parla  folidité  de  fa  doélrine, qu’il  fut  -  \ 
furnommé  l’Hipocrate  Latin  ,  quoi-que  d’autres  ne  l’ayent 
appelé  que  dmidmtus  Hipocrates.y  comme  on  a  appelé  Terence 
dimidUtus  Mtnmdet,  parce  qu’en  effet ,  toutes  îés  plus  belles 
Sentences  font  prifcs  d’Hipocrate,  ôcmifes  dans  un  fort  beau 
Latin.  Au  relie  il  ne  fut  pas  moins  grand  Chirurgien  que  ; 

grand  Médecin.  Dé  plus  brave  Soldat.,  homme  poli  S  fçavant  ! 

,  dans  toutes  les  belles  difciplines ,  jufques  à  avoir  compofé  un 
Traité  de  l’Art  Milicaife,  &  nn  autre  de  la  Rhétorique  que  le 

temps  nous  a  enviez. 

ic  “  ^  ^  ^  ^  A  P  U  L  E I U  s  Celfus  natif  de  Centorvi  en  Sicile ,  Précepteur 

de  Scribonius  Largusôc  de  Valens  Médecins ,  écrivit  un  Trai-  ^ 

té  de  la  Medecine  Ruflique  ,  Sc  quelques  autres  Ouvrages 
du  temps  de  PE nipercur  Tibere  j  niais  je  né  fçay  qui  font 
-ceux  cy.  , 

L.  APULEIÜS  LL.  EROS  MEDICUS 
L.  APÜLEI'US  FF.  PHI  LUMEN  US 
L.  AFULEIüS  LL.  JAHÜARIÜS.  ^ 

'  ScRiB  ONius  '  S  c  K  I  B  O  N  LU  S  Largus  Medeciiff  arin  vivoit  au  temps  des 
^Tfecom  oûtMe  Tlbcre  6c  Claude ,  Galien  *  en  parle  avec  eflimé.  i 

«f/V./fc3li  W^Ilne  nous  refie  de  tous  fes  Ouvrages  que  le  Livre  de  la  com- 
V.  Gefner.  Scheack.  polîtion  des  Medicameus,  donné  par  Ruellius.  ' 

H ^eX  io  b o  h  ^  ^  ^  °  ^  ^  Médecin  &  Poète ,  dont  Galien  cite 

RUS  plu  fieu  rs  vers.  Ily-a  encore  un  Peregrinus  Heliodorus  dans  la 

page  63.  des  Infcriptions  de  Gruterus. 

Euclijdes  E  u  c  l  I  D  E  s  étoit  un  Médecin  oculi  fie  du  temps  de  C  elfer 
qui  le  cite.  Il  efl  même  marqué  par  Galien  :  car  ces  Mede- 
cins  des  yepx  écoient  Gonfiderez  comme  les  autres ,  témoin 
celui-cy.  , 

ILLUSTRIUS  TR  CÆSaR.  A  ü  G. 

SER.  GELED  I  AN  US  M  ED  IC  US 
OCULARIÜS  Plus  PARENTUNi 
SUORUM  VrXlT  ANNOS  XXX. 

HIG  SITUS  EST  IN  P  AGyE. 

E  n  D  B  M  US..  E  U  B  E  M  E  le  jeune  ed  ce  fameux  Médecin  de  Liv  ie  > 

époiîfe  de  X) rufus ,  &  fœur  de  Germanicus  y  mais  infâme  pouf 
V.  »nn^i.  être  entré  dans  la  cruelle  intrigue  de  Sejan,  6c  pour  avoif 

abufé  de  fa  profefîion  en  plufieurs  maniérés.. 

Sa  L  U  STI  U  s  Sa  lu  s  t  e  de  Mopfuefle  Ville  de  la  Cilicie ,  écrivit  du 
Moffentes.  temps  de  Tibere  quelques  Ouvrages  de  Medecine  ièlon  Sui- 


Premêrt  Partie.  Chap.  IV.  ^3 

dus.  Il  y  a  encore  un  Saluftius  Diony fms  dté  par  Pline. 

Ch  aricles  Médecin  de  Tibere  eft  célébré  dans  Cor-  Gharicles. 
neille  Tacite  ,  pour  avoir  prédit  le  temps  de  la  mort  de  cét 
Empereur  ,quai-qu’il  n  eut  touché  fon  bras,  qu’en  luy  baifant 
la  main  en  partant  de  fa  prefence.  .  ^  ^ 

X  ENo  P  HON  un  des  Sedateurs  d’Erahilrate  ^  n’^eft  pas  Xenophon.: 
moins  fameux  dans  le  même  Auteur ,  non  feulement  pour 
avoir  écé  premier  Médecin  de  rEmpereur  Claude, mais  en-  Annal.  Ui. 
core  pour  avoir  fait  accorder  aux  habitans  de  Elfle  de  Cos  les 
privilèges  qu’ils  demandoient, 

S  y-M  M  A  c  H  U  s  autre  Médecin  de  l’Empereur  Claude ,  eft  Sÿmm  achus 
marqué  dans  Suetone  pour  avoir  donné  un  avis  à  ce  Prince,  qui 
l’obligea  adonner  une  déclaration  en  faveur  de  ceux  qui 
ctoient  preflez  de  quelques  infirmitez  naturelles.  . 

Pedere  namque  dixit  nm  mutile  : 

Symmuehm 

C’etoit raillerie  à  part,  non  feulement  un  bon  Médecin ,  mais  ÈfigrmmatJiL  s. 
encore  un  brave  Soldat,  quoi-que  Martial  femble  s’ être  diverti  Epigr.  y.  ' 
àfes  dépens. 

Languehamyfed  tucomiturnSyprofinus  udme 
F'emjii  cenfum  Spmmache  difcipuliSi 
Cenmm  me  ^etigere  mams  aqmlcne  gdat^^ 

Non  habui  febrem  Symmache  nunchAbe(y. 

A  LC  ON  eft  ce  Médecin  que  rEmpereur  Claude  exila  Alêo  n. 
dans  les  Gaules  après  l’avoir  taxé  à  une  très- grofle  amande  y  H.  S;  G. 
mais  qui  étant  revenu  à  Eome  ne  mit  gueres  à  en  gaigner  au¬ 
tant  jc’eft  de  luy  dont  Martiala  dit 
Ojlendit  digitum  fed  impudieum 
Alconti  0^’ 

Mitior  implicitas  j^con  fecM  Pnfiroceïas, 

C  A  L  L I N  A  X  eft  le  Médecin  que  Galien  blâme  pour  aYoir  CAHiANAX- 
fbttemcnt  &  fierement  répondu  â  un  pauvre  malade  ,  oui  té^ 
moignoit  avoir  peur  de  mourir.  ^ 

Occubuif  &  Patroclus  qui  te  multo  f  raflant f or  fuit.  ' 

M  E  N  E  G  R  A  T  E  le  jeiinc  ,  quoi-que  Médecin  des  Impe-  M  E  N  ecrA- 
reurs  Tibere  &  Claude,  n’ eft  gueres  connu  que  par  une  Epi-  T  es. 
taphe  Grecque  ,  gravée  fur  un  Tombeau  de  marbre  trouvé  fag, 

dans  un  jardin  proche  de  Saint  Paul  à  Rome ,  mais  on  ne  fçait 
pas  fi  le  Livre  des  Medicamens  cité  par  Galien ,  eft  de  ce  Me- 
iiocrates  ou  d’un  autre. 

M  îi j 


^4  Ejjkis  de  Medeclnè 

D  £  M  O  s  T  H  E  N  E  Philalethe  eft  ainfi  âppelé ,  parce  qui] 
école  difciple  d’Alexandre  Philaleche.  Il  étoic  né  à  Marfeille , 
difleurilToit  au  temps  de  l’Empereur  Néron.  Ses  trois  Livres  ^ 
des  maladies  des  yeux  furent  fort  bien  reçues  en  fon  temps-.  | 
carquant  aux  Byçhiniaques  citez  par  Stephanus,  *  cétOuvrage  f 
n’elf  pas^de  luy ,  comme  le  remarque  Monfieur  l’Abbé  Mena-  [ 
,ge  dans  fon  Antibaillet.  Galien  cite  encore  un  Demofthene  | 
'Médecin  qui  n’a  pas  été  inconnu  à  Paul  Egincttd  &  à  Æce ,  6c 
qui  peut  être  le  même  que  notre  Pliilalethe.  ^  . 

T  H  E-ON  d’Alexandrie  étoit  fameux  au  temps  de  Néron. 

Il  fit  des  Livres  de  la  Gymnalïique ,  &, quelques  Commentaires 
fur  Nicandfe ,  dont  Galien  *faic  eftime.  Photius  fait  mendbn 
d’iin  de  fes  Ouvrages  intitulé  Homo  ,  où  il  traite  de  toutes  les 
maladies  du  corps  humaini  c’eftpourquoy  je  fuis  furpris  devoir, 
que  Gefner  n’en  parle  pas  comme  d’un  Médecin,  veü  qu’Æce 
cite  après  Galien  un  Médecin  de  ce  nom. 

The  s  s  ALE  fils  d’un  Tifler'an  de  Tralles  en  Lydie,  eft 
bien  differentMes  Médecins  de  ce  nom,  dont  nous  avons  pats- 
lé  cy -devant,  5:  peut  paffer  pour  un  grand  Trobleme;  car  d’un 
côté  Cælius  Aurelianus  l’eftime  jufquesà  regreter  la  perte  de 
fes  Ouvrages,  fentiment  dont  ceux  de  Profper  Alpinus  &  de 
Lionardo  di  Gapoa  ne  font  pas  fort  éloignez,  parce  que  les 
fragmens  qui  nous  en  font  demeurez,  femblenc  marquer  qu’il 
n’écoic  pas  mauvais  Praticien.  D’un  autre  côté  Galien  arme: 
furieufcment  fon  ftile  contre  luy  prétend  que  tout  ce  quîi 
a  écrit  contre  Hipocrate  ,  n’eft  que  rapfodieôc vanité.  Pline* 
ne  l’a  traité  que  de  braillard.  Jbn  effet,  fi  pour  quelques  mo^ 
dernes  qui  l’ont  eftimé  fur  des  frâgmèns,  on  en  confultc  plu- 
fieurs  autres, il  fe  trouvera  que  c’eit  encore  moins  qu’un  Em-, 
pirique ,  ou  qu’un  Méthodique.^  Avec  tout  cela  il  fut. fi  adroit 
courtifan,  qu’il  ne  laiffa  pas  d’être  Médecin  de  l’Empereur 
Néron  ,&de  fe  voir  même  du  nombre  de  fes  amis.  Et  comme 
la  fortune  infpire  ordinairement  de  la  vanité  &  de  là  hàrdiefie^ 
quoi-qu’il  ne  fut  que  le  Singe  de  Tliemifon ,  il  fe  mit  en  tête 
de  fe  faire  Auteur  d’ime  nouvelle  Sede,  le  reformateur  dé  la 
Medecine  ,  &  pour  ainli  dire  le  vainqueur  *  de  tous  Içs  Mede^ 
cinsqiù  l’avoient  précédé,  dans  une  Epiftre  qu’il  addrefia  à 
Néron.  Titulo  res  digîia  fejjulçhri,  Il  mpurut  à  flome  Se  fut  inhu- 
A  R I  s  T  A  K-  W Mans  la  voye  Appie, 

ç  H  u  s,  A  E- 1  5  T  A  R  c^i  E  eft  cc  Medeçin  qui  perfiiada  B  erenice 


Demosthe- 

NESPhlldefk 


*  tib.  deurbibas. 

Galen.  lib.  4.  de 
differ:  pulf.  cap.  j. 

lib.  }.  Fharm. 
local. 


T  H  E  O  N 
Alexandrin. 

*  UBr.  1 .  de  Sanit. 

taené. 


Thess  AL  lis 

Tralliens. 


V.  ?etrum  Cafiet- 
lan.  invitis  iUufir. 
.p/lsdic. 


*Xabie  quaamin 
omnes  ævi  fui  Me- 
diços  perorans. 
lib,  çap.  i. 


Premkre  Vdrtîe.  Chap.  IV.  9$ 

ipôufe  de  Ptolomée  Ceraunus  Roy  d’Bgypte,  qui  s’empara  de 
la  Maeedoine  après  avoir  tué  Selçucus,de  faire  la  paix  avec 
les  Gaulois  5  mais  je  ne  fçay  fi  c’eft  le  Médecin  de  ce  nom, 

natif  de  Tarfe  cité  par  Galien. 

Chrisekmus  Sedateur  d’Herophile  eft  ciré  par  Pline, 
Galien  èc  Sextus  Empiricus.  Ce  dernier  remarque  qu’il  tom- 
boic  dangereufemenc  malade  d’une  afiFection  cardiaque  ,  s’il 
mangeoit  tant  foit  peu  de  poivre.  C’eft  apparemment  de  luy 
qu’Elien  a  dit  qu’il  guérit  du  temps  de  Néron  ,  un  homme 
qui  vomilToit  tout  fon  fang  ,  pour  avoir  bû  de  celuy  d’un 
Taureau.  .  _ 

Agathemérüs  de Cacedemoné  eft  ce  Médecin  ami 
du  Pocte  Pèrfe  ,  qui  philofophoit  fi  agréablement  avec  luy, 
comme  le  remarque  l’Auteur  de  la  vie  de  ce  Poëte  ,  de  dont 
nous  avons  un  Bufte  dans  les  marbres  du  Comte  d’Arondel , 
avec  une  Epitaphe  Grecque  qu’on  a  traduite  en  ces  termes. 
Claudius  Agathimertis  Medicus  hic  ]aceo 
Ommgeni  qui  cognovemm  fraflantijfimum 
Remediorum  morbii  commune  hoc  mihi  efi 
Et  aque  MyrtaU  conjugi  monumentum^ 

Cum  fïts  fcutem  nos  fumus  in  Êlyfio. 

STRATOCLEsde  Sydon ,  duquel  Philoftrate  fait  mén- 
tion  dans  la  vie  d’Apollonius  eft  placé  par  Voffius  fous  l’Empire 
de  Vefpafien. 

An  D  R  O  M  A  C  Hu  s  de  Crêté  Mcdeciii  de  l’Empereur 
Néron  eft  connu  par  la  defeription  qu’il  a  faite  en  vers  de  la 
Theriaque  de  Mithridate,  à  laquelle  il  fit  quelques  additions 
de  remedes,  Ouvrage  que  Galien  citefifbuvént,  qu’il  l’apoiu: 
ainfi  dire  tout  tranferit.  Æce  marque  encore  quelques 
compofitions  de  remedes  de  fon  invention, 

Diodore  eft  un  Médecin  mentionné  par  Pline  &  par 
Galien;  car  cclui-cy  en  parle  en  plufieürs  endroits  de  fes  Ou¬ 
vrages.  Mais 

Actius  Caius  eft  un  Médecin  d’un  teirq)s  incertdn  ; 
&  qui  n’eft  connu  que  par  cette  Epitaphe  rapportée  par  Mer- 
curial. 

b.  M. 

.Actius  caius 
ARCHIATER  SIBI  ET 
jüLlÆ  PRIMÆ  CONJUGI 
INC  OMP  ARAB  IH.  . 


Tdiunus  lih.  t. 

lib.  de  cempef.  Me- 
die.  fecttndktjy  loc, 

Chrisermus 

9 .  dè  tompofit.  Me  • 
dicatnent.  ^  Uhris 
de  diff^r.  pulf. 

Hifi.vxriilih.  li. 
cap.  3  J. 

« 

G  L  AU  DI  US 
Agatheme^ 
rus  Lacede- 
mon. 

Marmer.Oxonienf, 
pag.  77. 


Stratôcles. 

Sydon  lus. 
libr.  8.  ■ 

A  N  DR  O  MA- 
CYLmCmcpfis» 


Di  O  P  oRuiî 

■  Flin.  lib.  ro.c. 

•  A  C  T  I  U  S. 

■  Caius. 

iib.j/f.  eap.l.VA' 
rinr, 


Evax  Hex. 

F.  Bibliothec.  Gef- 
neri^  Schenckii- 

S  T  A  T  I  U  S, 
^nnal.  UB.  ii. 

Crin  as 

Mapliens. 


EJJals  de  Aiedeme] 

£  V  A  X  Koy  des  Arabes  étoic  fçavant  dins  rHîftoire  des 
Plantes ,  &  des  Pierreries  dont  il  fît  un  Livre  quil  dédia  à 
l’Empereur  Néron,  duquel  il  étoit  ami. 

S  T  a  T  I U  s  eft  ce  grand  ami  Sc  Médecin  de  Seneque ,  fi 
eftimé  de  Corneille  Tacite. 

Crin  A  s  ou  Crinias  natif  de  Marfeille  ,  fe  voulut  dL 
ftinguçr  par  des  obfervations  fûperftitieufes  des  Aftres ,  ^ 
par  des  maniérés  de  donner  des  alimens  aux  malades ,  en  des 
temps  ôc  en  des  momens  qui  marquoient  la  bizarrerie  de  fa 
méthode  j  ôc  non  content  de  cela  plongea  èneore  les  malades 
.  en  des  bains  d’eau  froide  >  au  milieu  meme  de  l’hiver.  Ceft 

pourquoy 

C  H  A  R  M  i  s  C  H  A  R  M I  s  fou  compatriote  &  fon  Singe  s’aquit  une,  mer- 
MaffUem.  yeilleufe  réputation  chez  le  peuple  Romain ,  amoureux  des 
nouveautez,  &  accoutumé  aux  ceremonies  des  Augures  i 
fut  fi  haMi  qu’il  improuva  comme  Çrïnias  la  conduite  |çme. 
S/b?nmr''hom?-'  thode  de  tous  les  .Médecins  qui  l’a  voient  précédé,  ainfi 
nés  eonfaiarcs  uf-  dit  Plîiie ,  que  CCS  deupç  temerai^res  fe  rendirent  maîtres  de  la  we 
nem  ^  enrichirent  tellement  qu  Us  laif- 

*  V.  Biin.é  nptâf  ferent  affe^  de  bien^^eur  bâtir  les  murs  de  MarfeiUe  ,  four  h 

l.Uard.s.i.  entretenir, 

Q^S  L  E  RT  î  -  Qu  î  N  T  U  S  Stertinius  eft  fameux  pour  avoir  reproché  aux 
,  N  J  U  s,  Princes  de  fon  temps  ,  qui  luy  faifoient  des,  offres  honnêtes 
pour  l’attirer  à  leur  fçrvice  ?  qu’il  gaignoit  bien  davantage 
nm.iih.%%  -avec  le  peuple,  Il  avoir  un  frere  auquel  l’Empereur  Claùdç 
H  S  C  ce  n’avoit  pas  moins  fait  de  liberalitez  qu’à  luy  ,  de  maniéré 
Menêt.  G»u.  %ret  qu’ils  fe  virent  en  état  de  faire  de  grandes  dépenfes  pourPera- 
rniiiiones.  belliffement  de  Naples  Icur  patrie  ^  êç  d?  lailïer  encore  de 

*  centenfmirn*  g^^iids  biensà.leurs  heritiers,  ^  , 

H.  S.  A  n  t  o  n  1  u  s  Gaftor  prouva  fon  habileté  à  ceux  qui  vou^ 

A  N  TpN  iUS  loient  qu’un  Médecin  vécut  long- temps ScTort  fain ,  pour  nie^ 
C#v-:  riter  le  nom  d’habile  hommç ,  ayant  en  effet  joüi  d’une  met’ 

*  ’  veilleufe  famé,  jufqu’à  l’âge  de  cent  ans  fans  diminution  de 

^rAÇhr.Ann.70,  fa  ycué ,  ny  de  fon  jugement.  Pline  qui  l’admire,  le  louë  encore 

de  la  eonnoiflance  qu’il  avpit^des  vertus  des  Plantes,  &  du  cd: 

S  E  X  T  î  U  s 

Gfkn:i  de Amid.  Sextius  OU  Seftius  Niger fquohque  néà  Rjomeafihi^û 
é‘infrAfat.iiki.  écHt  en  Grcc  de  la  Medecme,que  les  deux  Pliiies  l’app^h 
tres.-exaâ:  &  tres-poli,  Galien  citç  un  Niger  fans  préno®» 
’  c’çft  apparemment  celuy  que  C^lius  Aurelianus  appe® 
'  ’  i’a®i 


;  ca^.  lO- 


Premkre  Partie,  Chap.  IV.  97 

l’ami  de  Tullius  Badus:  car  quant  à  Pccronius  Niger  mentio- 
né  par  Diofcoride,  &  Saint  Cyprien,  je  doute. fort  s’il  eft  dif¬ 
ferent  de  celui-cy.  _ 

P  £  1 N  E  laîné  natif  de  Veronne ,  furnommé  rinterprete  de 
la  nature, ne  doit  pas  être  oublié  icy , quoi-qu’il  ak  écrit  con¬ 
tre  les  Médecins:  car  on  ne  peut  nier  qui!  ny  ait  de  gran¬ 
des  beautez  dans  fcs  Ouvrages  ,  &  que  la  Medecine  n  ak  de 
grandes  obligations  à  fes  veilles. 

Pline  Ion  neveu  étoit  comme  luy  un  admirable  genie , 
verlé  dans  toutes  les  belles  difciplines.  Outre  les  Ouvrages 
appartenans  à  la  Medecine  dont  on  peut  voir  le  détail  dans 
les  Bibliographes,  il  en  fit  plufieurs  autres  aufquels  les  Chré¬ 
tiens  de  Ion  temps  ajoutèrent  ce  qu’ils  voulurent,  fi  l’on  en 
croit  le  Dode  Reinefius,  On  peut  voir  un  grand  Eloge  de 
fon  oncle,  &  l’Hiftoire  de  fa  mort  au  troifiéme  ô:  au  fixîéme 
Livre  de  Tes  E pitres. 

Luc  I  U  s  Durius  Valla  eft  marqué  par  Pline  l’ainé  , par¬ 
mi  ceux  qui  moururent  de  fon  temps  inopinément. 

C  O  s  M  U  s  eft  un  de  ce^Medecins  que  Martial  a  fait,  entrer 
dans  fes  Epigrammes. 

Pajlillos  Cofmi  luxunofa  vorax, 

■ 

JPrdfertur  Cofmi  mne  mihi  fieem  Onix 

quACumque  •venis  Cofmum  migrare  futamus. 

Il  y  a  encore  un  Cofmus  Médecin  dans  Marcellus  Burdigali 
mais  je  ne  fçay  fi  c’eft  le  même. 

C  A  K  U  s  étoit  un  autre  Médecin  de  ce  temps-Ià,  comme  il 
paroît  par  cette  Epigramme. 

Nequius  h  Caro  nil  unquam  Mnximtfacium  ejl 
^uam  qmd  febre  périt  fecit  ^  ilia  nef  as, 

S  AV  a  noçens  febris  ,  faltem  quartanafuiffet, 

Servari  Medico  debuit  ilia  fuo. 

A  s  c  L  E  P I  A  D  E  le  jeune  étoit  natif  de  Prufe  comme  Faî¬ 
ne  ,  dont  il  peut  avoir  été  petit-fiis.  11  fut  Médecin  des  Em¬ 
pereurs  Domitien  &  Trajan  ,  &  obtint  du  premier  le  droit 
dont  nous  allons  voir  la  preuve.  C’eft  luy  qui  dégraifla  Ni- 
codes  ce  prodige  d’embonpoint.  Il  eft  fort  eftimé  de  Galien 
&de  plufieurs  autres  Auteurs  j  mais  il  s*eft  tant  trouvé  d’AE 
çlepius,  d  Afclepias  6c  d’ Afçlepiades ,  que  ce  nom  eft  devenu 

xr  . 


Dhfeorîd.iitfri^t. 
Cjrprian.  lib.  u 
verf.  htrefes. 

Plinius 

major  Veronem. 


P  Li Nias 

junior. 


Variar.  leS,  lib.  3;  - 
cap.  4. 

Epifi  16-  lib.  4, 

L.  Duxius 

Valu. 

C  O  s  Mu  s 

lib.jt.~lib.  II.  l.  §;. 


cap.  7.  14.  is.  ée 
30. 

c  A  RUS. 

Martial,  lib.  lo: 
Epigramm.  7S. 


Asc  LEP  I  AD  ,; 

Frujîan. 


Reîriefii  i^ova  Re~ 
ferta  fag.  6ol. 


98  EJJais  de  Médecine. 

lui  nom  d’honneur  à  eau fe  d  es  difcipies&  defeendans  d’Efctt^  , 

lape  qui  étoient  ainfi  appelez. 

C.  Calpurnius  Ajelepiades  I^edicus  Prufa 
Ad  Olimpum  parentib.  é*  &  f^i^tribus 
Civicatei  feptem  kDivo  Tm^mo  Jjrper^ttor. 

Neanmoins  il  faut  remarquer  que  ces  fept  Citez  ,  ne  doi¬ 
vent  pas  être  prifes  à  la  lettre,  ôc  qu’elles  ne  font  autre  ehofe 
qu’un  droit  de  Bourgeoifie  accordé  à  ce  Médecin  pour  fa  fa¬ 
mille  dans  fept  Villes  i  témoin  une  Epitre  de  Pline  le  jeune 
dans  laquelle  il  demande  à  l’Empereur  Trajan  un  droit  de 
Bourgeoifie  pour  un  certain  Pofthiimius  Marinus  Médecin, 
-auquel  il  avoir  obligation,  mais  voicy  un  autre  infeription  d’un 
autre  Afclepiade. 


L.  ARRUNTFO 

sempromia.no 

ASCLEPIADI. 


IM.  D  OMIT  IA  NI 
.  MED  leO  T.  H. 

IN  FRONTE..  P.,  XX.  I-N  AG.  P.  XX.- 


LlC IN  I  U  S 


exSÿ/trnum:' 

Harfocra- 


Epfi.  II.  é'feq;. 

S  O  R  A  N  U  S 
'Efhefim, 


Licinius  Sura  efi:  Un  autre  Médecin  de  Trajan  ,  que 
cét  Empereur  neiaifiapas  de  favorifer  ,quoi  qu*"!!  eut  été  ac- 
çiifé  d’avoir  confpiré  contre  luy  :  fer  il  luy  fit  ériger  un  tom¬ 
beau  &une  Statué  après  fa  mort,  aux  dépens  du  public.. 

H  A  R  P  O  c  R  A  T  I O  N  ,  -Harpocras  ,  ou  Harpoerates  eft 
fouvent  cité  par  Galien  5  mais  je  ne  fçay  fi  c’eft  cét  Harpo- 
crates  fi  eftimé  de  Pline  le  jeune,  qui  luy  obtint  de  l’Empe¬ 
reur  Trajan  le  droit  de  bourgeoifie  ^  Rome  &  à  Alexandrie. 

S  O  R  ANUS  d’Ephefe  fils  de  Menandre  &:  de  Phoebé,  vi- 
voit  au  temps  de  Trajan.  Il  fit  premièrement  la  Médecine  a 
Alexandrie  puis  à  Rome  ,  où  il  compofa  quelques  Onvrages- 
citez  par  Galien  &  par  les  Médecins  du  moyemâge;  Il  prâ- 
'  tiqua  même  la  Medecine  dans  la  Gaule  Aquitanique  ,  félon 
suidam  Marcellus  Êmpirjcus-.  Il  y  a  encore  un  Soranus  d"Ephefe,dic  . 
é>  vo0^mdeBift,  le  jcunc  ,qui  a  écrit  un  Traité  de  la  Matrice,  &  des  maia- 
Gr&c.  Lib.  5.  die  des  femmes ,  6c  un  autre  des  vies  6c  des  Secles  des  Mede-" 
cins  félon  Suidas .  Le  même  Suidas  marque  encore  un  Sora- 
î^psCilicien,  dit  fort  eftimé  du  Philofophe  6c  Mede- 

Ïib  deanm.p.^9.  Afclepodorc.  Quant  aux  quatre  Livres  de  l’Ame  citez 
P^3.r  Tertuîien,  6cà  Pifkgoge  JMedicay  on  doute  ,  avec  raifbn, 
s’ils-  font  de  ceux  d’Ephefe  ou  du  Cilicien  ÿ  ce  qu’il 
^  ’  qtie  les  Lettres  de  Marc  Antoine  à  Soranus  fout 

fnppofées  ,  6c  faites  a  plaifir  pour  grofiîr  le  volume  du 
«  chrmohg.  Petroné,  à  la  fin  duq^uel  on  lésa  mi  Tes,  au  lieu  de  les  mettre 


Pr€ïïii€T€  Châp.  IV 


V9 


Rufus'if/k- 


*  Td’Eorefrécoit  du^temps&du  païs  de  Soranus  , 
Galien  ëfti«e  beaucoup  fes  OuvFagcs .  &  Rhafis  re^hem  ^ 
«llemenc  fut  l’eftime  que  plufieurs  Medecms  enunt  f 


L,  uwi-w  -  -  ,  ’Bibliothec.Schendt. 

1 - riii’il  lusr  attribue  même  les  Livres  de  la  faute  ,  é*  v^deHind.  de 

Gÿ», 

Médecins  de  ce  nom,  qu'il  eft  alTez  difEcile  de  demeler,  te- 
ïHoin  celui’-cy. 

T-VIBIO  RUFO  MEDICO 
COtîORT.  V.  PR.  VALERIÆ 
RUFINÆ  CONjfUG.  OPTIM. 

...  Diogenia- 

DtoGEKîEN  eft  marqué  dans  Suidas  comme  originaire  Albacentit, 
d*Albace,  ex  Alhace  Hemclin  Cinm  ,  homme  fçavant  dans  tou-  Gefmr  in  mi.  é- 
tes  les  belles  difciplines. 

Nicolas  d’Alexandrie  eft  un  Medecm  Grec  cite  par  , 

Galien  ôc  par,  Paul  Eginettc  >  &  fort  diftereut  de  tous  les  ^.dzcompojit.ue. 
autres  Médecins  de  ce  nom,  ^ particulièrement  de  ceNico-  dic.  fecmd.  Ucos. 
laus  Alcxandrinus  Myrepfus  ,dont  il  fera  parlé  ey-aprés. 

Lu  P  U  s  de  Macédoine  eft  un. Médecin  d’un  temps  fort 
incertain;  car  tpjLix  cp  qu’on  en  fçait^  eft  qu’il  s’avi fa  d’une 
méthode  qui  lé  rendit  confiderable  pendant  quelque  temps.  i  z  de  fa 

C  EE  E  R  premier  Mcdeçin  d’une  Légion  ,  eft  marqué  cuittb.naturaiibV 
par  Galien  comme  Médecin  y  en  eftèr  ?  il  y  avoitautresfois  Celer. 
des  braves  fcayans  Médecins  ,  ôC  des  Medêcins  braves  C'à-  'Gaien.  7.  decom- 

oiraines  _  . Medicjecnn. 

pi  ta  mes.  .  dtim  généra. 

Athene'e  d’Âttale  fe  rendit  çonfiderable  par  fes  Ou-  Atheneus 
vrages  ,  3cpar  cette  nouvelle  Sefte  des  Pneumatiques  dont  il  Mt/tlus. 
fe  fit  Auteur, êc  dans  laquelle  il  eût  pour  difeiples ,  Agathe- 
nus ,  Hcrodotus,  ArGhigenes  &  quelques  autres  ,  qui  s’imagi¬ 
nèrent  avec  luy  une  fubftançe  fort  fubtile,  qui  s’infinuë  dans 
tous  les  corps  i  fpirms  inm  dit  -,  Sc  voila  toute  leur  fpiritua- 
lité  ,  fur  laquelle  on  peut  confuker  Lionardo  di  Capoa.  11  y  ph>  1°  &^6s.dei 
en  a  encore  un  deTarfecité  par  Cælius  Aurclian.  *  fuo  Farere 

A  G  A  T  H I  N  U  s.  eft  donc  un  des  difeiples  de  cét  Athenée,  Ag  athi  nus 
qui  fut  Précepteur  d’Herodoiç  de  la  même  Seéle,  Précepteur  Gaien.  montra Era^^ 
de  Sextus  Empiriciis. 

Se  RAP  ION  d  Athènes  étoit  un  Pçëte  êc  Médecin  qui  Serapion,, 
viYoït  au  temps  de  Trajan,§i  çtpit  un  des  amk  de  Plutarque 

K  ij  ", 


'Galen, 


1O0  Ëjjàs  de  Meiecîne. 

qui  en  fait  mcntioji  3  comme  nous  l’avons  marque  cy-defFus  en 

palTant. 

Archigenes  Archigene  d’Apamée  en  Syrie)  vivoit  du  temps  de 
jipamenjîs.  Trajan.  Il  avoit  été  difciple  d’Agaihinus,  &  fut  Médecin  de 
Pbilippes  Roy  de  Syrie.  On  en  fait  un  autre  du  temps  d’A-  ' 
î,  hhr.  de  connu  pour  avoir  enfeigné  à  cét  Empereur  le  moyen 

de  fc  donner  le  coup  martel  j  mais-  c’eft  apparemment  le 
même.  Quoi-quc  Juvenal  fe  foit  fervide  ce  nom  ,  il  ne  faut 
pas  croire  qu’il  ait  penfé  ny  à  celui-là ,  qui  n  étoit  peutrêtre 
pas  encore  connu  de  fon  temps  3  ny  à  aucun  autre  quand  il 
a  écrit  : 

Tune  corpore  fam 
jidmeaf  Jrchigenem 
Non  plus  que  quand  il  a  dit  f 

Si  non  eget  Anticym  nec 
Archigme, 

H  E  R  M  O  G  E  N  E  efl:  un  des  Médecins  de  rEmpereuf 
Adrien  ,  de  la  Secte  d’Erafiftrate  ,  cité  par  Galien.  C’eil:  fous 
ce  nom  là  que  Lucille  avoit  fait  cette  fameufe  Epigrammey 
que  , Martial  a  imitée  ,  en  le  changeant  en  celuy  d’Hermocrate.. 

Tarn  fubiu  mortis  cmfam  Faufiine  requins 

Jn  fomnis  Medicumvideratr  Hermocratem. 

Ce  qui  me  fait  fauve  ni  r  de  la  Statué  de  Policus  Gencfrai 
des  Corinthiens  ^  dont  les  differens  afpeds  rendoient  les  gens' 
malades, GU  les  gueriflbient. 

S  A  B I N  U  s  ell  cité  par  Galien  en  pluheurs  endroits  de 
Xes  Livres.  Il  fut  Précepteur  de  Stratonicus ,  un  des  maîtres 
de  ce  grand  M  idecin,&commenta  quelques  Ouvrages  d’Hi-^ 
pocrate.  Ily  a  encore  un  Pompeius  Sabinus  5c  Arctheus  Sabi- 
nus ,  qu’on  croit  n’être  pas  dilFerens  de  celuy-là.  Qupi^quil 
en  fbit,  Galien  en  fait  grande  eftime  s  mais  nous  ne  connoif- 
Ions  pas  celui-cyr 

"  s  AB  IN  us  t. 


H  E  RM  O 
GENES. 


ZHcian.  i»  Ffeudor 
frophet. 


S  A  El  N  US. 


PRlMlGENIUSv 


V.  EpUf  x%- 
Sidea  Apollinar. 

ReisepiVaris  Ke- 


Ortus  ab  Jgnu'vîo  Medicm  fora 
Arte  feror  mva  mbiliori  fide 
Me  confurgentem  valida  fortuna  inventa 
Confiituit ,  rapidts  i'mpofuitme  rogis 
Clujlno  cimres  f.amma  cejfere  fepulchra 
^atroms  patrio  conâidit  ojfa  folo 


Première  Partie.  Châp.  IV.  loi 

Ï^Hï'LO  T  HE'E  Cil:  cc  MedCcîn  du  remps  des  Antdnius  ,  Philotheus 
qui  écrivit  des  Commentaires  Grecs  fur  les  Aphorifmes ,  fi 
Tfieoohile  Médecin  Grec  dont  nous  ave 


vide  Gefner.  d* 
Sohenc.iii  Biblisih. 


ce  n’eft  point  ce  Théophile  Médecin 
plufieurs  autres  Ouvrages.  xir  j  •  r ,  - 

X  E  N  O  c  R  A  T  E  eft  le  nom  de  deux  Medeems.  L  un  etoit  Xenogr at. 
d’Alexandrie-,  homme'  fçavant  &  que  Pline  a  copié  en  plufieurs 
endroits.  L’autre  étoit  d'Aphrodilëe,&à  peu  prés,  eontempo-  J/j”;  ‘  fi, 

rain  de  Galien, qui  n’en  faifoit  pas  grand  citime,  tant  la  eu-  cHkatih.  Gefner 
riofité  l’a  voit  mené  loin  dans  la  recherche  des  remedes  dan-  yjcimi  cdiiu^, 
gereux,fuperiHtieux  &  honteux ,  au  point  que  quelques  Au-  '' 

teurs  l’ont  cru  Magicien. 

Palladius  Sophifte  Grec  a  écrit  un  Livre  des  fiévresji  P  all  adius. 
mais  fon  temps  efl:  incertain.  Q^oi-qu’il  en  foîtjun  Pailadius 
a  écrit  des  Scholics  fur  divers  Ouvrages  d’Hipocrate  cité  par  schenchïùséd  o^f- 
Rhafis  ,  ÔC  un  autre  furnommé  pailadius  Rucilius-  Tàurus ,  in  BdhUothec, 
qu’on  fait  contemporain  de  Galien ,  a  fait  d’autres  Ouvrages  de 
Mcdecine. 

Herenniüs  Philo  eft  mentîbnué  par  Saint  Epiphaiie  ,  Herennius^ 
comme  un  grand  Simplifte,  en  fon  Livre  contre  les  Herefies , 
fi  ce  n’eft  point  le  Philo  AuteurdeT’Antidote  ,  nommé  Phi- 
lonium  cité  par  Galien.  - 

C  R  r  T  O  N  a  été  un  des  pks  fameux  Medecins^  Empiriques  c  ^  , 

de  fon  temps  ,&  fort  verfé  dans  la  connoiffance  des  remedes> 
mais  comme  il  fui  voit  la  Cour ,  il  dés-honora  là  Medecinepar 
l’exercice  de  la  Comniotique  5  ^  car  il  ramaffa  eh  un  jufte  vo-«  *  fucaurU- 
lume  tout  ce  qu’Heraclide  ,  Cleopâtre  &  quelques  autres  eh  . 
avoient  écrit  ÿ  quoi- que,  Galien  ait  tâché  de  l’excufer  fur 
rimportnnké  des  gens  de  Cour  r  qui  donnent  la  plupart  dans  dUm  iocos  cap.  1. 
la  couleur  &  le  faux,  brillant ,  &  que  Martial  ait  emprunté  fon 
nom- pour  défigner  un  habile  Medeeinv 

Nec  f^rnare  Crito  me  qmâ  ne  Tgeia  fotejl. 

Antïoqjie  eft  cité  par  Galien,;  dont  il  étoit  corftempo^  AKTiacrfüS. 
rain ,  comme  Auteur  de  quelques  remedes.  Il  eft  remarquable 
pour  avoir  vécu  plus  de  80.  ans  dans  une  parfaite  fanté  de  upf.  de 
corps  &d  efpricpar  fa  conduite  ,  quoi-que,  fîl-on  en  croit  Athe-  sam.  îimd. 

née  ,  il  ne  mangeât  que  du  po-ifibn. 

L  P  ST  R  ONE  eft  le  nom  de  plufieurs  Médecins:  car  Gilien  Petronius. 
çn  fait  un  furnommé.  Mufa ,  Si  un  furnommé  Areta.  Pline  a  un 
Petronius  Niger.  Diofeoride  &  Saint  Epiphane  font  encore  t 

mention  d’un  Petronius  Deodotus  ,  pour  ne  point  parler  du  généra.. 

N  iij 


îoz  Ejptfs  de  Medecine, 

r.  TtraqueU.  de  famcox  Pccfonius  Arbîtcr  j  quoi-quc  quelques  Auteurs  L’àycnt 

«û  Médecin. 

Attalus.  Attale 
comme 

lih.,,.  dernorb.' 


curÀnd.  ô* 
de  Jntidot^ 

C.  An  R  ELI  A- 
îsms  Siccenÿs. 

Ma  R  INUS, 


Médecin  méthodique  eft  regpdé  de  Galien 
un  ignorant, pour  avoir  tue  le  Philofophe  Theagene 
■’avoirpris  les  judiçations,auffi  rappelle-t-il  TAfnede 
Theflale  dont  il  étoit  Sectateur. 

C  Æ  L I U  s  Aûrelianus  ou  Lucius  Aurelianus  étoit  de  Sicca 
en  Aflriquejdela  Sede  des  Méthodiques ,  Sc  grand  partifan 
d’Archigenes  de  Soranus ,  qu’il  a  copié  en  divers  endroits. 

M  A  K.  I N  U  s  difciple  de  (2mntu.s  Précepteur  de  Galien ,  fit 
des  Ouvrages  d’ Anatomie,  fort  eftimés  de  celui-ey  5  mais  il  ce 
le  faut  pas  confondre  avec  ce  Marinus  Pofthumius ,  dont  parle 
le  jeune  Plinedans  une  de  /es  Epiftres  à  Trajan, 

L I  e  u  s  £  J  ^  U  s  de  Macedoine  fut  un  grand  Anacomifte ,  &  un  dés 

difciples  de  Satirus  maître  de  Galien,  Toutesfois  celui -çy  luy 
a  Gbiedé  que  s’il  fut  aflez  hardi  pour  reprendre  Hipocrate , ce 
fût  par  ce  qu’il  ne  l’entendoit  pas.,  Pline  St  Erotien  le  font 
adm>nifir.  Anato-  Napolitain,  apparemment  parce  qu’il  y  a  une  Ville  de  Naples 
mtcti.  dans  la  Macedoine,  comme  dans  Pltalie. 

Antidater,  A  n  t  i  p  a  t  è  r  étoit  célébré  à  Rome  du  temps  de  Galien' 
qui  l’eflimoit  fort,  quoi-que  Méthodique  de  Sede,  Auffi  Çæ^ 
lius  Âureiian.  St  Æce  le  citent-ils  fouvent,  On  dit  qu’iltnou- 
rut  d- une  palpitation  de  cœur. 

M  os  ç  Hi  O  N.  M  O  s  c  H I  d  N  f ut  fu  r  nommé  le  Corredeur ,  pou  r  avoir  re- 

vèu  quelques  Ouvrages  .  d’Afclepiade.  Plutarque  introduit  un 
y  A  Tiraaueii  Medccîn  de  ce^nom  dans  fes  Symporiaques.  Pline  a  le  fienqui 
i.  de  Ipbiùt.  pourroit  bien  être  le  meme  que celuy  de  Plutarque,  Galien: 

•  riind  df  appelé  celuy  de  fon  temps  fon  ami.  fj^nt  à  Theodorus  Mu- 
feienus ,  on  croit  que  c’eft  le  meme  que  Mofehion. 

J  U  L I E  N  d’Alexandrie  rfé-tok  pas  un  des  Médecins  dé 
Néron  ,  comme  l’a  penfé  ’*5folfang,  Juftus  jmaisun  Sedateur 
de  ThelTale ,  Médecin  de  çét  Empereur.  Il  vivoit  donc  au 
temps  des  Antonius  St  de  Galien,  homme  fort  inçonftant  en 
fes  opinions  ,  §c  neanmoins fi  hardi  qu’il  écrivit  48.  livres  com 
tre  les  7.  Sedions  des  Aphorifmes  d’Eïipocrate ,  témérité  quî 
iuy  attira  la  eenfure  Sc  l’indignation  de  Galien,  qui  le  corn»* 
para  àrAfne  d’Efope.  Il  croyoit  qu’un  Médecin  étok  obligé 
de  fçavoir  déffigner  ,  furquoy  il  faut  remarquer  qu’encorC 
1.  Galien  ne  fut  pas  approbateur  de  la  dodrine  Ôedes  fen^ 
Ga  e»,  4*  iidet.ç  .  dê  Julien, il  nelaiÇa  pas  de  donner  dans  cette  opiniom 


Galen.-pajflm. 


V^nâë.rlmd 
Srip^  Med. 

]  Il  L  I  us 
AleX(tndrp»n$. 


Premier^  partie,  Chap.  IV.  103 

peut-êerc  parce  que  les  Med^ins  de  fon  temps  fai fant  les 

operations  Chirurgicales,  il  croyoit  que  l’Art  de  deffigoern  y 
Êcoit  pas  inutile  ;  ou  fi  l’on  veut ,  parce  que  les  figures  fervent  à 

l’Anatomie  &  à  la  Botanique. 

G  L  A  U  c  U  s  &:  Glauco  font  connus  par  Galien  ,  &  parti¬ 
culièrement  céluy  auquel  il  adrefTa  fon  Livre  des  fièvres, 

Ma  gnus  de  Tarfe  étoit  un  contemporain  de  Galien, & 
Médecin  dans  la  Cour  des  Antonins.  Il  a  écrit  un  Traité  du 
poulx  5  ô:  un  autre  des  Antidotes.  Serapion  a  dit  de  ce  Me- 
decin  qu’il  fut  furnommé  le  Roy  des  Médecins  à  caufe  delà 
fortune  qu’il  fît ,  comme  fic’étoit  aflez  d^utre  riche  pour  être 
eftimé  le  premier  d’une  Profeffiôn.  Il  y  a  encore  un  Magnus 
d’Antioche  5  un  Periodente^  du  Charlatan  ,  dont  il  fera  parlé 
en  fon  lieu ,  un  d’Ephefe ,  un  de  Philadeiphie  tres-diffieiles  à 
démêler.  C’efl  de  ce  Magnus  d’Antioche  &  d’un  Zenon 
qu’Eunapius  a  dit  que  l’un  étoit  f^avant  à  pratiquer,  êc  l’autre  à 
contredire  ôç  à  blâmer  Tes  collègues  jmais  nous^yerrons  cy  après 
que  cét  Eunapius  qui  étoit  Payen,  n’a  loüé  J’un  que  parce  qu’il 
étoit  de  fa  Sede  ,  &  blâmé  l’autre  que  parce  qu’il  étoit  Chré^ 
tien.  Avançons  ,  mais  avant  que  de  paffer  outre  ,  &  que  de 
nous  arrêter  un  peu  à  Galien,  arrêtons-nous  premièrement  un 
peu  à  fes  mahres,  &enfuite  à  quelques-uns  des  Médecins  qui 
peuvent  nous  avoir  échapé ,  &  que  Gelfe,  Pline  êi  Galien  ont 
cite?..  '  ; 

S  A  TI  RUS  eft  donc  un  des  plus  confiderabies  entre  ceux 
que  Galien  appelé  fes  Précepteurs  :  “car  outre  qu’il  Peftime 
fort ,  il  fit  des  Commentaires  fur  quelques  Ouvrages  d’Hi- 
pocrate. 

P  E  L  O  P  s  de  Smirnc  efl  encore  nn  des  maîtres  de  ce  grand 
maître  de  la  Medecine.  ^ 

.  ^  ^  ^  ^  encore  un  de  cen3^  fous  léfqueis  il  étu¬ 

dia ,  puirqu’il  nous  l’apprend  luy- même. 

S  T  RATON  IC  us  eli  auffî  marqué  comme  tel  au  Livre  de 
■dtrahîie.] 

I  N  T  U  s  eft  celoy  qu’il  reprend  de  fpn  incivilité  auprès^ 
d  un  malade  ,  quoi-qii’il  Peftime  beaucoup. 

Æ  MiyiANus  eft  encore  un  fes  maîtres,  comme  ilpa- 

voit  au  Livre  delà 

.  ^  ^  ^  ^  Corinthe  autre  maître  de  Galien ,  êe 

mterprete  dHipocrate.' 


Fabius  CoUmna 
deplantis. 


G  L  A  U  C  U  s. 
Magnus 

Tarfenjis. 

V  -Schenck.  Bihlio, 
thec.de  ■ 

mefeao. 

Eunapius  in  vitis 
^Éhilofophor. 


Comrnsnfar- ..  7.  ** 
5.  hpid.  '  - 


1 


Hifi.  Pyr.afiiar  p. 
77- 


lib.  de  dignofc,^ 
m  'm  't 


i^>4  EJJats  de  Médecine] 

Albin  U  s  Platonicien  eft  celuy  qu’il  écoütâ  à  Smifnc  j 
comme  ^ 

Æs  c  H  R I O  N  furnommé  rEmpirique  de  Pergame  s  mais  on 
n’eft  pas  aiTuré  s’il  en  eft  de  même  de 

Ælï  ANUS  Moecius  fçavant  Anatomifte,  quoy  qu’Abul- 
pharage  l’ait  écrit.  Enfin 

An  T  O  N  ru  s  Epicureus  eft  auffi  mis  par  quelques  Auteurs 
au  nombre  des  maîtres  de  notre  illuftre  j  mais  je  ne  voy  pas 
qu’il  le  qualifie  tel ,  en  parlant  de  luy  &  de  fes  Ouvrages. 

Qi^nt  aux  Médecins  dont  Celfe  fait  cftime ,  outre  ceux, 
que  nous  avons  marquez,  cy  devant ,  il  a  encore  un 


Theodorus  , 


lih.  6, 


Arabs  , 

lib,  y  cap. 

iiermon  pajjlm> 
Nymphodorus , 

Ub.  8.  cap.io. 

Athenion , 

Ub.  y.  cap.  25. 

Medus , 

Ub.  5.  cap.  1%. 

Micon, 

ibidem. . 

Dexius, 

ibidem. 

Poliarchus , 

lib.  cap.  18. 

Ptolomæus  Chirurg, 

lib.  6.  cJp.  7. 

Trjphon  Senior , 

lib.6,cap.^. 

Lyfius,  . 

Ub.  5.  cap.  18. 

Numenius  Hçraçlçptes  . 

Theofenus , 

Ub.  J.  cap,  18.  > 
lib.<^.cap,zi. 

Timæus, 

Ctefiphon , 

lib.  5.  cap.  18. 

Diogenes, 

Ub.^.  cap.  xj. 

Gorgias, 

lib.  J,  Cap.  14. 

^olzspajjlm. 

Menophitus,  B,  6.  cap.  ij. 

Mais  Pline  en  çite  une  fi  grande  quantité ,  que  fi  nous  vou»  - 
lions  les  cranferire,  ce  feroit  abufer  du  temps.  Nous  en  mar^ 
querqns  donc  fimplement  quelques-uns.  ' 

Gaius  Julius  qui  mourut  fubitemçnt  appliquant  un  cautère 
à  un  malade.  ' 

Sotacus  ancien  Médecin,  lth.^2.  cap.  ï6. 

Solon  Smirneus ,  ^ap.  zo. 

Marcion  Smirneus,  Ub.  ^8.  cap.,. 

Nymphodoru?. 

^  Ariftogitpm 


Premert  Partit.Chip.  I  V; 


Ariftogiton, 
Cleomporus, 
Apollonius  Pitaneus , 
Aulaus  feuAnchæuï 
Arcemon  > 

Hyginus, 

Mne/îcles  , 
Olympiades» 
Sozimencs , 
Thrafillas  > 

Petridius, 
Ariftander, 
Anazilæus , 

Damion  , 

Cleophanes,  lil 

Philinus  ,  Id 

Dation  palfim. 


lib.  tj, 

as  ,  Itb»  ».  cAf,  ultitH. 

:us>  lib.  28,  caf.  i, 

lib.  ±î.  cap.  I. 
lib.  20.  cap.  II. 
lib.  10.  cap.  lE. 
lib.  zo.  cap.  ZI. 
lib.io. 

.  lib.  23.  cap.  5. 
lib.  zo.  cap.  zi. 
lib.  II.  cap.  i^. 
lib.  Z  cap.  II. 
lib.  zo.  cap.  iÿ. 
Ub.  10.  cap.  ij . 
lib.  zo. 


Miletus,  lib.  28.  cap.  V 

Ophitus,  lib.  lE.  cap.  4. 

Solon  Licius,  lib.  zo.  é*  ii.  . 

Voici  les  principaux  de  ceux  que  Galien â alléguez,  outre 
ceux  que  nous  avons  marquez  ci-deyant,  Medütus  qui  fut  m.  de prdcôg»,  ai 
empoifonne  à  Rome  par  fes  collègues.  : 

Antiph|nes  Délias,  lih.  5.  cap.  $.  f€CunÂhm  loc. 

Chienus,  Ub.  de  SeUis. 

Charmidas,  lib.  z.  de  Antidot. 

Acacius  ,  lib.  J.  de  compoÇ.  Medic. 

Jùl.  Agrippa,  lib.  j .  de  compof.  Medic. 

Q^dratus  ,  lib. -j.  de  cowpof.  Medic i  fecundùm gral. 

Theophilus,  lih.  de  Symptom.  differ. 

Callimenus ,  Ub.  7.  de  compof.  Mcdicam. 

Aphrodifeus,  lib.  j .  fecmdum  gra,  ^ pajjim. 

Dieuches  &  Numenius  Heracleota ,  Comment,  in  Ub.  de  na- 
tara  hum ana  ié’ apud  Atheneum^Ub.l.  Deipmfophijl. 

Arrbabianus  ,  lib.  7.  cap.  4.  feCundùm  loe. 

Ariftarchus  ,  _  lib.  fecundùm  loc. 

CaEimachus,  Ub.  y  .fecundàm  loc. 

Angedemus,  Ub.  z.  Simpl.Meduament. 

Euphranor,  Ub.  2.  de  compof.  Aledic^  fecundum  îoe. 

Agrippa,  Ub.y.fecundàmloc. 

Q 


Effkk  dé  Midecim, 

lib»  5 .  1.  fecundum  Ihc. 

lib.  7.  de  comp.  Med.fecmdùm  lôc; 
Ub.  5.  cap,  '^ .  Phamac.  IomL 


Antrochides , 
Androniçus,. 

Phafeus , 

Bîcïinius, 

Dionas  > 

Amphilochusi' 

Æginus , 

AchillaS) 

Amphion  ». 

Æneas». 

Acoflror». 

AriftbcleSi 
Haparchus  pafsm.- 
ApHrodus^, 

Heiiôdbrus  poët:a>’ 
Bachullus, 

Hîgïnus  fajjlmi 
Evangelus  pajjim:- 
Bàffus  Cietus .  . 
Ariftoxenus .  . . 

Càiiis  Ncapolitâ». 
DapHnus  Ephefîûs  . . 
Macharion . .  .. 

Arabs  T  Hebanus  ,.î 
Darius,- 
Deletius»' 

I^iomcdQs  pajjmi^ 
Epigenus',- 
Evangæus,r. 

Eubums, 

Eabianus  Cretcàfîsÿ. 
Gaiéhus  Haiiaeuy , 
Gâlenus  Meûodoû  filius 
Gemeluss 

Guaierius  Paüiiniis  ».  ' 
Hermes  Alciptüs , 
Ifidorus  Amiôetiüs». 
Licinius  Atticus» 
-Marcus  Caugæus-» 
Marcus  Talcfltinusi, . 


jhid.  Ub.ÿi  cap.  y^ 
lib.6\  Simplic.  Medk. 

j^.dedlffer.pulf.- 
Ub.  y  .  Tharmac.  general. 

Ub.  4*  fecundùm  loeos. 

Ub.  X.  Medic.  feernditm  gener. 
Ub.  de  Medic.  experfU. 

Ub.  0.  cap.  i.  fecmdim  loc, 

Ub.  3 .  cap.  -  4.  [ecmdum  generc^ 

irt  Antidotan 

ibicL 


iW.  x\  AHtidoti 
Ubi  7 .  fecmdùm  lot^ 

Ub.  5.  cap.  5  .  feettnduin  lok' 

Ub^  ad  GlaucoTi. 

Ub.  fecundum  lot. 

Ibid.  cap. 

Ub.  j  .  cap.  a;  fedundumiàçi 
Ub.  de  compoJip.  Mèdic,  ^ 
Qrati  Suafor.^ad  bonas  artés. 
Medic.  local.  Ub.  5  .  cap.  <^'.  - 
Ub.  y  :fecundum  hc. 

Ub.  6.  Simpl.. 

Ub.  6  .  fecundum  grà.- 
lib.  jt  fecundum  gra. 

Ub.  X.  Antidoté 

7j‘  fçcffndumgrai 


Première  Pmif*  Châb.  IV.  107 

Menandefj 

Moftaces  faffm. 

Jw.  Jècmdum  lût.  j. 

Kaucratltasj 

ilïk  4.  Pbarm.  lûeal.  cap.  7. 

j^^eapoIitus  * 

ÏSÎicetes, 

4.  ^7.  Pham.  local. 

Me  die.  local.,  lib.  cap.  7, 

.Nicodemus) 

ibid.  lib,  (^p*  7* 

Orcho  SiculuS;» 

Phamac.  lib.  i. 

Oreftinus  , 

lib,  I.  2^  Jecunâam  Ue. 

Ofigencs  , 

Ibid,  cap.  %. 

Perigenes  , 

lib.  7.  caf  .  2-  jeeundum  loc. 

Petinus,, 

Ibidem.. 

Phœdrus  ^ 

lib.  14.  cap.  y .  ptundûm  lûc^ 

Pharnacesa 

Medic.  local,  lib.  8.. 

Plato, 

Pharm.  loc.  lib.  7, 

Podanhas, 

lib.  7.  Medic.  local. 

Polonifns, 

lib.  y.  Medic.  Simplic^ 

Protas  Pelufîot. 

lib.  10  .  Medic,  hcaL 

Proxcnkis  ,  , 

Jbid.  lib.  7. 

Publias  Lathcgçftes  9 

lib-  5 .  fecundum  gra. 

Pyraniis , 

Mb.  r^.  cap.  7.  fecuadmt  loc. 

Quadratus;. 

lib.  y.  fecundum, 

Rheginus  , 

lib.  I.  Method,  Med. 

Evomeriis, 

lib.  4.  cap.  y.  Medic,  locd. 

<3ercon , 

àn  Medicin,  experp. 

Harçon , 

ibidem. 

Hargemoiï  »  V 

IbidcTn. 

Hermon, 

lib.  !^.fecmdumgra. 

ïdiotas.. 

lib.  5?.  cap,  %.  fecundum  gfa. 

Iras , 

ibidem,. 

Licomcdes^ 

Mb.  y .  fecundum  Uci 

.Mambatæus.9 

lib.è.JtmpiMedlç^ 

Menippus, 

lib.  i.  AîüPdpPr. 

Menolaus  , 

Ibidem. 

Menutianusi 

ibidem.  ,  .  . 

Mnafon  , 

Marchtts, 

Uk  ir.  %.  Medic.  locat 

Nicomedes, 

Ondidçîms 

lib  .  2  ,  cap  .  Z.  Medic,  kcali. 

Dlimpicus  &  pHmpiâïlfîs 

pafim. 

Pbilippus  Agatldn.  difcip. 

lib.  Z.  de  differt.pfdf 

0  îj 

nçt  àç  Médecine, 

Papiâs  Laodic.  lib»  4-  fecmdttm  loc,  cap,  S. 

Pafion  papm. 

Paùfanias  ,  Ub.  Therapent,  i. 

PcrigartuS'>  lib.%.  de  Antidot. 

Phœnias  ,  Ub.  de  differ.pttlf 

VhzYmspapmi 

VoBdoniuspapmi  ^ 

Philocaliis  &  Philocleus  pafim. 

Philoxenus,  Ub.j.Medk. 


Pkvius  Clemens> 
Polyidas  papm. 
Prafiony 
Prïmion, 

Pithius, 

Rufticus, 

Sarelicntitus  ^ 
^eyerusv  .  - 

Sigon,  '  . 

Silo,, 

Syphnius  diphilus*^ 
Solànder,; 
Tareiîtinus, 
Telamom 
Tcrentius 
Thamirasj 
Thamar  Æthiops^,, 
Theranos 
'phemifchiiis, 
ürbanus  Judæas,.  ; 
Xanitas ^ 

Socrates 

Soloiï  Diætarms  y 
Thebcos  ,v 
Theocritüs 
Theocropus  > 

Theodas  Sarcopbagus 
tFreptu^,, 

Tyrannus„ 

ÜgæuSy 

Zc^musy 


Ub.  /.  Medic.  [ecmdamgra^ 

Uh.  %.  Medifi  local, 
femndum  loc.  Ub.  i. 
ibidem. 

Ub.  5) .  fecundam  loe^ 

Ub.  6\  fecundam  gra.- 
Ub.  3..  fecundum  loc. 

Ub.  Médicament,  local.. 

Ub.  fecundum  gra.  ^ 

4.  de  diffef.  pulf. 

Ub.  cap.  '/.  fecundum  loc:- 
in  Antîdot.  ^ 

Ub.  %.  fecundum  gra, 
valemJ.  $.c.  fecundum  gra, 
Ub.  ^.  cap.  5.  Medic,  local, 

Ub.  de  Medic.  expert, 
ibidem. 

Ub.  de  •üîrib,  centaur, 
in  Antidot. 

Ub.  $.  cap.  6.  Medic.  locaL 
Ub.  f.  cap.  /.  fecundum  loc,  ' 
lih,  3  .  cap,  I.  fecundum  loc, 
Ub.  4..  cap,  8.  fecundum  gra, 
Ub.  6.  fecundum  gra, 

Ub.  Medic.  local, 

Ub,  6.  fecundum  loc, 
in  Medic.  localib. 

Ub,  5?.  cap.  6.  fecundum  he: 
Jbid.lik.y 

Ub.  4.  cap.  7.  de  loc.  affert. 


10^ 


Prernîm  Pmk*  Chap.  I  V. 

G  A  L I E  N  êft  fj  connu  >  non  feulement  des  Médecins  &  G  a  l  E  N  u  s. 
des  gens  de  lettres  5  mais  encore  des  hommes  qui  ont  un  peu 
vu  le  monde,  qu’il  n’y  aprcfque  perfonne  qui  ne  fçache  qu’a- 
prés  Hipocrate,  il  eft  le  Héros  de  la  Medecine  dogmatique. 

11  naquit  l’an  de  grâce  130^  de  Micon  Geometre  de  Profeffion , 
àPergame  Ville  de  la  Troade  en  Afic ,  oii  s’étant  adonné  à  ^ 
l’étude  de  toutes  les  belles  difciplines,  il  ne  mit  gueres à  fe 
diftinguef.  Mais  ce  qu’il  fit  de  plus  confiderable  pendant  fes 
études,  eft  qu’il  tira  les  écrits  du  grand  Hipocrate  de  la  pouf- 
fiere,  &  qu’il  en  illuftra  la  plus  grande  partie  de  beaux  Com¬ 
mentaires. 

^tp  di  Pergamoyil  feguéiér  inluifénié  irme.  fetr^rch. 

L"ArUgttftjtfi'mframiydh&rnon>vile-  neii.Trïemf.d'eiia 

Ma  breve  è  ehiam  -i  lo'  duhiMa  _  f^ma. 

C’étoit  un  homme  fi  fage6£  fi  modéré  dans . fes  pafions^qué  Trauquii- 

fon  nom  même  fembk  marquer  la  tranquillité  de  fon  ame  ,  liras  >«A)ircVTranv 
quoi-qu*^il  fut  fils-  d’une  maniéré  de  Xantippé ,  fi  emportée 
quelle  mordoitfes'  fervantés  dans  les  tranfports  de  fa  eolere. 

Il  eft  vray  que  comme  la  feience  enfle  ordinairement ,  il  étoit 

fiperfuadé  de  fon  mérité,  qu’il  ne  laifioit  pafier  aucune  occa- 

fion  de  fe  vanter  ,  foiblefle  allez  pardonnable  à  un  homme  y 

qui  étoit  en  effet  le  plus  grand  ^^Philofophe ,  le  plus  grand 

Mathématicien  &  le  plus  grand  Rhetoricien  de  fon  temps  ;  car 

c’eft  ainfi  qu’Athenée  en  parle ^  &  que  Gefner  femble  le  pein--: 

dre  après  quélques  auj-j^es  Auteurs,  Alexandre  de  Tral- 

les  étant  allé  jufques  à  l’appeller  tres-di'vm  y  {cÀt  ^  cqlmÇç.  de  là 

fubtilitê  de  fon  génie,  ou  parce  qu’il  fut  révéré  des  Gentils 

après  fa  mort  comme  un  Dîeur*  Tiraqueau  n’avoit  donc 

pas  fort  grande  raifou  de  ne  pouvoir  fWffrir  qu’il  fe  fût  efti- 

mé  un  peu ,  ô: qu’il  n’eût  pas  été  infênfible  :  car  quoi-qùc  tant  Dignus  qui  &h  cm- 

d’autres  grands  perfonnâges  ayent  écrit  quelque  chofe  à  fa  gloir 

re ,  ce  qui  femble  luy  faire  le  plu  s- d’honneur  ,eft^  que  S.  Jerô-  daret ,  /.  de^oHUt.- 

me,  qui  n’étoit  ni  Médecin  ,  ni  exagerateur  comme  Alexandre  ^ 

de  Tralles  l’appelle ,  ,  Saint  Grégoire  de 

Nyfle,  admirable ,  &le  jurife-onfuke  y  k  Pere&  te  Prince  de^  Me^ 

»  Gâlenus  {fratcxca  Fergamenus  qui  tôt  càitîs  libris  Medteis ,  &  PbiJofophicis  Mediçi* 
aam  loeuplctatus  eft  ,ut  fuperiorcs  omnes  à  tergo  rejiquerit  j  interpfecaiionis  claritate 

ac  eloquentiâ  vereram  nuUi  poftponendus.  I. 

^'^edicos  cîoqacntiffimus ,  inter  éloquentes  MeHicus  açatilSmas^  inter  Utrofque- 
aiiigçatiflimus,xinter  QSjnc^  maximum.  Gefner.  in  HHiethee^  _ 


iio  mpùs  de  Medecmf, 

decms.  Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  fi  un  homme  de  ce  cari: 
dere  ,  fe  fçait  bon  gré  dans  Tes  Livres  de  n’avoir  jamais  fre, 
quenté  ni  negotians  ,  ni  gens  de  bonne  chere ,  ni  gens  d’af. 
faites  J  peut-être  parce  que  ees  derniers  n’étoient  pas  alors  fi 
précieux  que  le  font  ceux  de  notre  temps.  Mais  il  faut  fça- 
voir, pour  venir  à  l’Idiftoire  de  ce  grand  perfonnage  >  qu’étant 
forti  de  fon  païs  ,ou  il  ne  .fe  trouva  pas  en  feurecé  pendant 
une  fedition,U  fe  retira  à  Jlome,5c  qu’il  s’y  fît  dés  amis  êc  Patronsj 
&  entr’autres  Eudemus  Peripateticien ,  Alexandre  de  Damas, 

^  Sergius  homme  CQnfulairevBarbarUs  oncle  de  Lneius  Verus 
un  des  Empereurs  5  de  plus  les  ifluftres  Confùls  Boëtbus  ^ 
Seyerus  qui  le  firent  connoître  de  rEmpereur  Antonin  j  parcci 
ditrHiftoire.quilsleGGnfideroienteommeunautreOracle.. 
d’ Apollon  le  Py  thien.  Mais  pour  tout  cela  il  ne  f^ifia  pas  de  re. 
tourner  à  Pergame,  quan  d  il  fçût  que  la  fedition  étoit  âppaifée, 
de  crainte  que^foslConcitoyens  ne  trouvaÇcnt  mauvais  qu’il  de¬ 
meurât  incommutablement  à  Rome>  Neanmoins  quelque  temps 
après ,  fé  voyant  prefe  des  amis  qu’il  ay oit  dans  cette  capitale 
monde  vil  fe  laifiâ'  vaincre  à  leurs  perfiiafions,  après 
avoir  mis  ordre  à  fës  ai^ire^  ^  &  pMs  congé  des  Magidrats -die 
Pergame ,  il  y  retourna ,  &Gela  luy  réüfiit  admiîàbiçmettt  ; -  pai 
ay arit  guéri  P  Empereur,  qui  regnoic  feul  par  la  mort  de  Verusi 
^une  maladie  fort  çonfiderablc,  6c  enluite  le  jeune  Commod^ 
fbn  -fils  réduit  à  Pexticmité  v  il  fe  vit.  en  Ü  grand  crédit  que 
P|mperaÉrice  Eauftine ,  quiPadmir^it',  youlahi:  Juy  donner  des 
marques  publiques  de  feu  eftime  >  fe  moquoît  hautement  dé 
tous  les  §eâ:ateürs  de  Thefiralf  qui  étoient  alors  à  Rome ,  les 
appellans  méthodiques  de  nom  &de  pâroles>  De  plus  le  jeune 
Commode  setanjc  feuvenu  '  de  -  luy  aptes  qu’il  fut  parvenu  a 
l’ Empire ,  yqulut^  Phonorer  d’uné' ‘Statui  qu’il;  fit  érigor; à  fa 
mémoire.  Et  cefi:  ce  qui  luy  attirâ-enfin  l’envie  des  Médecins 
d.e  Rome  3c  des  environs  qui  le  pourfuivoienc  avec  tant  d’ai> 
greur,  &  qui  gardoiént  ii  peu  de  mefiires  dans  leurs  perFecur 
tions  ,  ne  fe  crut  pas  en  fort  grande  feureté  pour  fa  vie, 
Auffi  eu-ce  pour  cela  que  pouffe  d’un  j  iifte  reffcntimen  t,  il  n’en 
m.  ds  picfsnh.  parle  dans  fes  Livres  que  comme  des  Scélérats ,  êc  des  peftés 
du  genre  humain ,  tant  ils  avoient  peu  d’humanité.  Quant 
aux  Médecins  qui  ont  entrepris,  de  cenfurer  quelques-uns  de 
fes  Ouvrages  ,fqit  ceux  de  fon  temps ,  ou  de  celuy  des  Ara- 
h^s^oudes  derniers  fiecles ,  ils  nfent  pas  manqué  de  réppoFç?? 


Prernieré  Pmiê>  Ghap  IV.  n  i 

tant  le  plus  grand  nombre  &  la  plus  faine  partie  des  Méde¬ 
cins  &;;^des- Phiiofophes ,  s’eft  fait  honneur  de  défendre  fa  do¬ 
ctrine,  qu’on  n’a  fait  qù’illuftrer&  éclaircir  par  les  belles  dé¬ 
couvertes  qui  fe  font  faites  dépuis  ,  &  particulièrement  de  nô¬ 
tre  temps-danï  les  trois- familles*  de  la  nature.  En  effet  ,  qUoy  *  Animaux ,  vegc- 
qu’on  veiiille  dire,  n’a-t-il  pas  beaucoup  fait  ^  d’avoir  furpaffé  «ux  &  mincianx. 
tons  ceux  qui  l’avuient  précédé?  Pou  voit -il  fça  voir  coûtés 
chofes  ?  Car  fans  m’arrcter  à  tant  de  critiqués  qui  l’ont  attaqué, 
je  diray  feulement  touchant  le  dernier  de  tous  ,  que  non  ^  ^ 

lement  il  n’a  pas  pardonne  au  grand  Hipocràte  i  mais  qu  il  m  neifuo  Parere 
pouvoir  ibûtenir  fon  Syfteme  ,  fans  attaquer  tous  les  grands  . 

l^hilofophes  &  Médecins  de  I-antiquité  )  comme  nous  le  ver¬ 
rons  cy-aprés.  Venons  donc  maintenant  au  jt  autres  côntèm-  " 

poraiiis  ,&  enfuite  aux  fticcefTeurs  de  Galien,  ô:  parée  que 
nous  avons  marqué  ey-deVanc  un  Hartianus  qui  ièurUToit  art' 
temps  de' l’Empereur  Augüfte  ,  marquons  icy  cè 

M  a  r  t  I  A  N  it’s  contemporain  de  Galien  ,  qui  récent  un  Màb:ti  Axiii 
affront  feafible-da&s  la  cmrè  dune  maladie Vpoùf  âyôir  voulu 
fe  jouer  a  ee  grand  Médecin ,  de  même  qü’rî il 

A  NT  IG  E  NÉ  s  Medéèin ,  hâbleur  y  moqueur  6c  calomnia^  Antigenés. 
t'cur  de  prôfedion  ,  mais  qui  s’en  trouva  mal, comme  on  le  peut  dé^rAcagnit. 
voir  dans  la  narration  qü*il  en  fait.  adBpigtn. 

Héragéien  eff  encore  un  ‘  contempôÉâin  dé  Galien  ,  HÉiACLiA- 
qui  enfeigna  la  Médecine  a  Alexandrie^  •  /  .  .  .  nus. 

D EM  £  T  R  lu  s  premier  Médecin  d’Ahtônirï  lèÉiéaXÿétok  DEMETRiuX 

encore  fon  contemporain  ôc  ami.  Il  yr  a  de- plus  un  BérnétriuS 

d’Apamêe  Seélâteur  d’Herophile  6C  un  d’Attale ,  un  de  Bythi-  v.  AHdrTiraquH.  , 

niCv  nn  furnommé  GhlôruSy  un  Nigrlnus^  h  l’Arçhîatréli’Anto- 

nin  n  a  point  été  quelqu’un  de  ceUx^la,  pour  ne  point  parieÉ 

de  quelques  autres  modernes. 

J  u  L  lU  s  Pollux  ne  doit  pàà êtré-ôUbîié  icy  pbtir  avoir  fait  JtiÉius 
un  fort  commode  pour  lés  Medécins. 

P  O  s  T  B  IP  PE  fut  un  fort  nnl-heureuX  Medeein  ,  puif-  PôsiDippus. 
qu  il  fût  {bupçonné  d’avoir  empoifonUé  L.  VéruXj dé  la  ma¬ 
nière  dont'  nous  parierons  dans  la  féconde  partie  de  cét  0u- 

S'OLON.^ 

auquel  Càlen.  Medic  fe^ 
a  ehéore  cundK-iûc.i.  5  r,:i; 

..,..wv4.www  uvjüi  iid-tir  uo  uycie, eeun  ae  2»mvrne.  ^ 

M  a  rc  EL  PUIS  de- Seide  dans  la  Pamphilie /  roetfe 


Solon  furnommé  DiætariuS-éff  un  Archiatre 
GalienàadrejSele  Livré  âe  RetiiednsfkîÏÉf^M^.  li> 


ii2  EJJais  de  Medecme, 

v.  suid.inUxic.  Médecin  )  vivoit  fous  les  Antonins ,  &  écrivit  24.  Livres  cô 
terf.TovirüÂn'!'^  vcrs  heroïqucs  de  la  Medecine,  dont  il  ne  refte  que  le,  Livre 
de  fifeibus, 

Theophilus  Théophile  eft  le  nom  de  quelques-uns  de  ces  Mede. 

çins  qui  commencèrent  à  défigurer  les  écrits  de  Galien,  de- 
V  Rioîm  Anthro  troifiémc  fiecle  jufques  au  quatorze  :  car  nonobftant 

pgr.iib/i.caf.6.  Ic  foiu  quc  prit  l’Empereur  Julien  de  faire  un  ramas  &  uq 
choix  des  meilleurs  écrits  des  Médecins,  il  en  pafTa  un  fort 
grand  nombre  fous  le  nom  de  Galien.  Quant  aux  fiecles  fui*, 
vans  chacun  fe  mêla  j  ufques  aux  feize  &  dix-  fept ,  de  faire  des 
yerfîons  de  fes  Ouvrages ,  avec  des  Commentaires  à  fa  fantai- 
lib.  de  différent.  jQg  nianiere  :  car  ce  qu’il  y  a  de  meilleur  eft  des  deux  der- 
sj/mptomat.  niers.  Pour  nos  Theophiles,  Galien  fait  fort  grande  eftime  du 
Médecin  de  ce  nom,  donc  il  nous  dépeint  le  délire  5  mais  pen¬ 
dant  que  nous  fommes  fur  ces  Theophiles  ,  je  croy  que  nous 
pouvons  mettre  icy,  quoi-qu’il  n’ait  vécu  que  dans  le  quatrième 
Siècle ,  , 

Theophilus  Théophile  Protofpataire.  Il  écrivît  cinq  Livres  de  la 
Frotpfpatnr.  fabrique  du  corps  humain ,  &  fit  un  Commentaire  fur  les^  Apho- 

rifmcs  d’Hipocrate.  Quelques  Auteurs  luy  attribuent  un-Livre 
des  urines ,  un  du  poulx ,  &  un  autre  des  excremens ,  fùrquoy 
on  peut  confulter  Gefner  ôc  André  Tiraqueau. 

Sèxtus  s  EXT  us  Émpirieus,  vivoit  dans  Te  deuxième  fiecle,  en 
Fmpirhus,  Tcputation  de  grand  Mathématicien  &  Médecin  ,auffi  Galien 
r  '  en  fait-il  grande  eftime,  quoi- qu*iTfut  une  maniéré  d’Empi- 

rique,  Diogène  Laërce  le  fait  difciple  d’Herodote  le  Pneu- 
.  matique.  Il  y  a  encore  un  Sextus  Platonicien  qui  a  compofé  un 
Livre  de  la  Médecine  des  animaux,.  Pour  Sextus  AfFer,  il  n’y 
a  point  de  Médecin  de  ce  noni  dans  Galien  :  car  le  Chronolo- 
gue  de  ce  liom  ,  qui  félon  y oflius  a  compofé  quelques  Ouvra¬ 
ges  de  Phifique  ,  a  été  confondu  pat  André  Tiraqueau  avec 
nôtre  Empirique. 

Philagkius  .  1^  t  a  o  Mus  de  Lycic,  ou  félon  d’autres  de  Macédoine, 
LyciHs.  vivoit  peu  de  temp^  après  Galien  ,il  pratiqua  la  Médecine  à 

î4aerenfîs  Mpirat/t  Theflâlonique ,  &  fît  un  Commentaire  fur  Hipocrate,  outte 
did-us,  quelques  autres  ouvrages  marqués  par  Gefner  &  Vanderlin- 

_ _  ucn ,  aufquels  on  ajoute  un  Traité  de  Remm  Calculo  Phih$ni 

chHfi.  jîi;  ex  J».  (jr^rchiç:em5  y  dont  le  Manuferit  eft  dans  la  Bibliothèque  du 
Roy  à  Pans ,  &  dont  qn  voit  de?  fragmens  dans  Æce,  &  dans 
Mefue. 


Ablaeius 


Premere  Pttnîe.  Ghàp.  IV.  iij 

A  B  L  A  B  ru  S  dl:  un  Médecin  du  même  temps  ,  qui  n’eit  A  B  l  a  b  i  u  s 
gueres  connu  que  par  une  Epigramme  de  l’^uhologie,  6i  ^ 

Ton  Commentaire  i  mais  apparemment  plus  Hiftorien  que  ,„ 


Médecin.  ;  . 

RhaMnius  Fannius  ou  Fanmus  vivoit  dans  le  troilie-^ 
me  fiecle.  Il  étoit  difciple  d’Arnobe  Se  fça vaut  Grammairien  >  lanninus. 

&  Poëte ,  témoins  les  vres  fur  des  matières  de  Médecine  ad- 
dreffes  à  Laétance ,  dont  à  la  vérité  il  ne  nous  refte  rien car 
pour  fon  Ouvrage  de  Ponderlbus  menfaris ,  c’eft.  peu  de  chofe. 

P  HiL  O  T  H  EU  s  n’étoit  pas  éloigné  du  temps  de  Galiem  Philotheus 
Il  fit  un  Commentaire  fur  les  Aphorifmes  d’Hipocrate.,  qui  a  ^  ^ 

été  traduit  en  Latin  par  Ludovic.  Collado.  On  luy  attribué  thec.&Tirlqûel 
quelques  Ouvrage^  de  ce  Théophile  qui  a  fait  un  Livre  des  m  nomencUtur 
urine^,,  jiiCques  à  croire  qu’il  n’eft  autre  chofe  que  celui-là. 

A  L  £  X  am  d  R  e  eft  un  certain  Médecin  du  deux.&  troifié-  Alexander, 
me  fiecle, lequel  ayant  été  mandé  par  le  Philofophe  Peregri- 
nus-^,  pour  le  foulager  de  quelque  indifpofition,  en  attendant 
le  jour  que  fa  vanité  avoit  indiqué  pour  le  voir  brûler  aux 
jeux  de  la  Grece  j  lui  répondit  que  fa  maladie  étoit  aflez  pe- 
rilleufe  pour  n’avoir  pas  befoin  d’executer  cette  belle  refoîu» 
tion  ,  &  qu’il  n’avoit  qu’à  la  laiffcr  faire  s’il  étoit  fi  las  de 
vivre. 

C  A  L  L I M  A  Q^E  Mcdecin  des  Bandes  Impériales ,  n’eft  Ca  l  l  i  m  a? 
gueres  moins  ridicule  dans  Luçien  que  Peregrinus ,  parce  qu’il  chus, 
prétendoit ,  au  fujet  d’une  Hiftoirc  touchant  la  guerre  Par- 
thique  qu’il  vouloit:  donner  ,  que  c’efl  particulièrement  aux 
Médecins  d’écrire  PHiftoire  ,  comme  dlfciples  d' Efeulape  fils 
d'Apollon ,  Pere  des  Sciences  é‘  EroteSfeur  des  Mufes-,  quel  compte ■? 

Car  quant  à  un  autre  Callimaque  qui  a  écrit  des  Couronnes , 
il  étoit  plus  ancien  que  Pline ,  puis  que  celui-  cy  luy  aflbcie  un 
Mneftheus, 

Alex  a  n  d  r  b  d’Aphrodifée  vi voit  du  temps  des  Anto-  A  L  E  x  A  N- 
nins.  Il  a  fait  des  Ouvrages  marqués  par  les  Bibliographes  ,  ^  £  Aphro^ 
dont  les  Manuferits  font  dans  la  Bibliothèque  du  Roy  à  Paris, 

Mais  ce  que  nous  en  avons  de  nouveau,  eft  un  Traité  des  fié-  ^  ' 

vres  que  Monfieur  Emeric  Bigot  de  Roüen ,  fi  connu  des  fça-. 
vans ,  a  trouvé  dans  la  Biblioteque  du  Grand  Duc  de  Tofeane, 

&  dont  la  Tradudion  a  été  imprimée  en  divers  lieux. 

^Dathnus  d  Ephefe,  un  des  convives  introduits  par  Athe-  Dei^nefi^hifi.  /iÿ. 
,  étoit  un  fi  fameux  Philofophe  Académicien ,  6:  fi  grand  *• 
t  P 


J 14  Bffkis  de  Médecine,. 

Médecin  qu’il  mérita,  lelon  cét  Auteur,  qu’on  luy  réndir  d^s 
honneurs  divins.  Rufin  de  Nicee  eft  pareillement  un  de  ces 
connives. 

S  JE  R  E  N  U  s  Sammonicus  écriv'it  quelque  chofc  de  rHiUoU 
S  ErE  N  U  s,  naturelle,  qui  n’eft  pas  venu  jufqu’à  nous  pratiqua  fore 
heureufement  la  Medecine.  Bel  elprit ,  bon  Poëte ,  bon  Me-  ■ 
decin ,  &  né  pour  la  Cour ,  oii  toutcsfoisdl  ne  fut  pas  heureux:-  . 
car  le  cruel  Empereur  Caracalia  le  fit  mafï'acrer  dans  un  feftin, 
fans  raifon.  Saint  Jcrômeôc  quelques  autres  Auteurs  en  font 
grande  eftime.  Il  avoit  commencé  une  Bibliothèque  que  fou 
fils  Qaintns  augmenta  de  quantité  de  volumes,  de  même  que, 

,  celle  du  jeune  Gordien  Empereur,  dont  il  fut  Bibliothequairé 
Sc  Précepteur.  PI  eft  vray  que  Conigius .Vofliiis  &  quelques 
autres  luy  attribuent  l’Ouvrage:  en  vers  de  Re  MedJea  3  mais, 
d’autres  le  donnentàfbn  fils,  qui  étoit  Poëte  ës  Medecin  Gom- 
meluy.- 

Flavius.,  F  l  a  v  ru  s  Grammairien  Medécin  dlr  temps  de  l’Empé-- 
reur  Dioclétien  ,  fit  quelques  Ouvrages  de  Medecine  en  yerSj. 
dont  Saint  Jerome  parle  dans  fon  Livre  des  EGrivains  Éecle.i 
fiaftiques,  ëc  dans  le  fécond  contre  loninien.- 
Z ENo  Cyprins..  Z  £  N  o  N  de  Cy pre  maître  d’O ribafe ,  eft  bien  different  de: 

celuy  dont  nous  avons  parle  cy-devantr,  puifqu’il  étoit  Mede* 

,  cin  Chrétien,  &  qu’il  fut  exilé  pour  la  foy:  Mais  les  Citoyens^ 
d’Alexandrie  ayant  intercédé  pour  liiy  ,  il  fut  rappelé  pâf 
l’Empereur  Julien ,  qui  luy  écrivit  une  lettre  fort  obligeante, 
le  remettant  dans  tous  fes  biens  &  honneurs  ,  &  dans  laquelle  il 
fe  fçait  bon  gré  d’avoirrendu  Zenon  àla  ville  d’Alexandrie, 
ÔC  Alexandrie  à  Zenon..  ‘  '  • 

P  H  r  L  u’M  E  Nus  ou  PHilomcnus  eft  un  Médecin  de  eé 


Éunafîtis  in  vitis 
Shilofoÿh. 


Ann. 


/  P  H  I  LU  M  E- 
NU  S- 


M  AGNUS 
Antmhentts. 


temps4à,. dont  les  écrits  font  alléguez  dans  Oribàfe,  'prallieO' 
&  Æcc  ,.&:  marquez  dans  toutes  les  Bibliographies  de  Méde^- 
cine  maîs'  parce:  que  nous  avons^  marqué  ei-devant  qu’il  fe 
trouVeplufieurs  Magnus  Médecins ,  il  eft  à  proposée  remàrqtief 
encore  îcy  ,  comme  nous  avons  fait  ci-devant  en  paftant ,  qn^ 
M  a  g  n  u  s  d’Antioche  difciple  de  Zêiion  ,  dont  Euâapin^ 
fait  mention,  étoit  bien  moins  un  Medecin,qu’ùn  Diaiéâ:iéléé 
vanceur  &  hâbleur,  &  que  comme  Eunapius  étoit'  Payeh 
ne  faut  pas  s’étonner  s’il  le  loué  d’avoir  enfeigné  à  Aléxàiidri^» 
avec  tant  de  réputation,  qu  on  y  accouroit  par  nier  &pârtêrr^> 
pour  le  voir  &  pour  1  entendre  :  car  c’eft  pour  cette  même  fah 


^remre  Partie,  Châp.  IV.  ii| 

fon  qui!  en  eft  aipfi  parlé  dans  rAntholog'ie. 

Frdtrepdus  Plm  Magm  veniente  fub  Orcum 
Befmctûs ymquit  .qui  nv acabit  adefi, 

Paulin  de  Scithopolis  étoit  compagnon  d’étude  de  Por- 
phire  qui  enfaitlnention  dans  la  vie  de  Plotin, &par  confe- 
quent  different  de  celuy  que  Galien  &  Pline  allèguent. 

Z  E  T  H  u  s  Arabe  de  naiffance  ne  nous  eft  connu  que  par  le 
même  PorphirCj  qui  en  fait  mention  dans  la  même  vie. 

O  MB  A  s  £  de  Sardes, félon  Eunapins  de  Pergamc,  fut 
Médecin  de  l’Empereur  Julien  l’Apoftat ,  auquel  il  dédia  fes 
Ouvrages.  Car  pendant  que  ce  Prince  n’étoic  q^ii’un  particu¬ 
lier,  il  fit  quelques  brigues  qui  ne  furent  pas  inutiles  pour  le 
faire  parvenir  à  l’Empire  ,  ôcc’eft  pour  cela  qu’il  le  fit  encore 
Quefteur  à  Conftantinople  .,  mais  ce  qui  marque  davantage  le 
mérité  de  ce  grand  perfonnage ,  eft  qu’ayant  été  exilé  par  le 
fucceffeiir  de  Julien  &  dépouillé  de  fes  biens ,  il  fit  tant  paroi- 
tre  de  confiance  &de  force,  d’efprit  jque  lès  Barbares  parmi 
lefiquels  il  fut  releguê ,  le  refpederent  comme  un  Dieu.  Aiifli 
fut-il  rappelé  quand  lemenfonge  eut  fait  place  à  la  vérité ,  & 
rétabli  dans  fes  biens,  dans  fes  honneurs  ,  apres  quoy  s’é¬ 
tant  marié  richement,  êc  noblement,  il  eut  quatre  enfans  de 
fon  époufe,  qui  luy  firent  honneur.  Voicy  ce  que  la  pofterké 
,apenfé  de  fa  perfonne  6c  de  fes  Ouvrages. 

Juliani  Regis  Meâiçus  celeberrimuSi  hic  efi  \  ^ 

Dïvus  Oribafius  dignus  honore  colL 
Providm  m(l:ar  aps .^veterum  mommenta  prerrms% 

Ex  variis  unum  nobile  fecit  opisl, 

DI  VI  O  RI  B  A  su  QU  EM  IMMORTALEM  PROPTER  A  RT  EM 
SÆPIUS  REVERÏTA  VITAS  HOMiNüM  REMITTEBAT  PARCA. 

loNicus  de  Sardes  ,  fçavant  Médecin  ,  Chirurgien  êc 
Pharmacien,  Sc  de  plus  Aftrologueôc  Poète  ,  eft  loüé  par  Eu- 
napiüs,  Scplus  particulièrement  par  Oribafe  fon  maître  pour 
tant  de  belles  qualitez. 

-A  s  T  ON  à  la  vérité^  eft  qualifié  Médecin  dans  le  Poète 
Prudence  5  mais  ce  n^'étoit  quim  Chirurgien,  ou  pour  mieux 
dire  qu’un  Bourreau  ,  puifqu’il  fe  fervit  de  fon  Art  pour  arra¬ 
cher  la  langue  à  Saint, Romain. 

Ariflo  quidam  MedAcus  accitus  venit 
Proferri  linguam  pacipit^  profert  fiatim 
Martyr  rete^am  pandit  ima  ^fauciam 

Pij 


Pauhnus 

Seithçfelitas* 
Médicament,  loc»U 
lib.  8.  cap.  8. 

Z  ETHUS, 

O  RIBASIU-S 

Sardianiis. 


Eunapius  in  vltià 
Ehilofofh. 


Suidas  in  Uxie: 


Fhotîum  in  Bi- 
bliothec.  ^  Antho. 
leg.  lih.  i , 

Severevic,  in  Eft. 

ftolic.  qu&Ji.  f.  44. 


I  O  N  I  G  Ü  S 
Sardianus. 


A  R  ï  S  T  O. 


in  Marîtria  SanBi 
Romani. 


jk;  Effais  de  Medeclne, 

Jlle&palatUM  tm^^at(jrdigtto€xi(umi 
Percummvuheris  explorât  locumy 
Linguiim  deinde  longé  ab  ore  protrahens 
Scapellum  in  uÇque  gmttir  infertans  agit. 

Nbmesius.  Ne  m  ESI  us  vivoit  dans  le  quatrième  fiecle.  Il  compofi 
un  Livre  de  la  nature  de  l'homme,  où  il  cft  traité  ‘des  parties  du 
corps  humain  ,  &:  c’eft  pour  cela  qu’il  eft  mis  au  nombre  des 
Médecins  par  Vanderlinden,  quoi-que  le  bon  Evêque  ne  foie 
cité  communément  qu’en  qualité  de  Philofoplie. 

Mab^cellus  M  a  r  c  e  l  l  u  s  fleuriffoit  à  peu  prés  du  temps  de  Ne- 
Em^tricus.  m-efiLis.  Il  nâquit  à  Bourdeaux ,  êc  étoit ,  fi  l’on  en  croit  Scali- 
ger  ,  Pirrhonien  de  Secte  ,  c’ell  pour  cette  raifon  ,  "dit  ce 
sczligerma  i  p  ïç^vaiit  Critique ,  quc  n’ofant  faire  profeffion  d’aucune  fcience, 
1.14,  *  ‘  il  fe  fit  appeler  Empirique.  Qj^i-qu’il  en  foit ,  il  eft  certain, 

qu’il  fit  un  Livre  des  Medicamens  confirmez  par  l-êxperience, 
qu’il  dédia' au  jeune  Theodofe  ,  homme  au  refte  de  diftinétion, 
puifqu’il  eft  intitulé  Julufier  ex  magno  offleio  Theodofii  -,  &  ami 
d’Aufone,  qui  n’a  pas  manqué  de  le  faire  valoir  comme  fon 
compatriote  5  mais  pour  tout  cela  pas  moins  grand  copifte  dé 
Scribonius  Larguu  :  car  quant  à  ce  Marcellus  cité  par  Æce, 
Paul  Eginette  &  Trallien ,  jecroy.,  avec  T iraqueau ,  que  c’eft 
le  même  que  celui-là. 

Theodorus  Théodore  Prifcien  eft  un  Medecirnduquatriéme  fîc- 
firijcimus.  de-  Il  eft  qualifie  Archiatre ,  &  a  écrit  d’ane  maniere  qui  prou^ 
ve  que  la  langue  Latine  n’étoit  pas  encore  fort  corrompue  en 
i  ce  temps-là-  On  peut  voir  la  lifte  de  fes  Ouvrages -dans  leS' 
Gifner.  Tàfch/ii.  Bibliotliequcs  de  Médecins  ,  &  s’il  eft  le  même  que  rOdavius 
GÆ.  vànderimd.  HoratianusiCommc  l’a  crû  Otho  Brnnfelfiusi  mais  il  nefaut  pas 
A»dr.  Ttraqite  .  qu’ü  invedive  Contre  ces  efprits  pointilleux  &ces 

prétendus  Philofophcs,  qui  d.ifputent  de  la  Medecine  avec  plus 
d’opiniâtreté  que  de  raifon  ,  èc  qui  ne  fe  rendent- jamais  ; 

^  lâicta  fecund^m  qu’Ü  fait  moios  d’eftime  de  ces  gens  là  ,  *  que  de  Paifans  qui 
heéens  entre^dans  l'exercice  de  cét  Art  y  avec^  dejfein  de  fe  rendre. 

prAfertur  sop  t  a.  ^  qii  on  leur  aurait  fait  mir  d'âjfure'  y  penfée  toutesfoi-s  qu’il 

H  campon  a  prifc  de  :  Galien  .,,comme  le.  remarque  Sv  mphorian.  Campe- 
myfior.lih.4r.  -i-  J  r  r 

Timotheus-  T  I  MOT  HE 'e  l’ancien  étoit  Médecin  du  Roy  Mithrida^ 
te  3'mais  quand  àdduy  du  cinquiéme'fiecle  ,il  étoit  frere  de 
Kéinefi  Kov*  Re.  Thcodôre  Pofcien ,  &  difciple  de-  Vindicianus  fi  eftimé  de 
.  Saint  Auguftin .  ôc  c’eft  apparemment  celuy  dont  nous  .avons^ 


Prmïeré  partie.  ny 

cette  infcriptioii  :  troilvéc  dans  Saint  Paul  de  Rome  en  la  voyc  , 

d’OÆie. 

LOCVS  riMOTHEI  ARCRIATRI 
BTPA^L^JNÆ. 

D  O  RU  S  Médecin  des  Bandes  ,  fait  une  figure  bien  hon-  D  o  ru  s, 
ceufe  dans  Ammian  Marcellin  ,  oùtl  paroit  comme  un  lâche  . 

&  cruel  délateur  pendant  la  Tirannie  de  Magnentius  :  car 
chaque  Bande  avoir  en  ce  temps-là  fon  Médecin  ,  comme  il  ■  ■ 

paroîc  par  quelques  infcriptions  ,  &  par  quelques  endroits  du 
Code  de  Juftinien. 

Genn  adïus  eft  illuftre  par  reftinie  qu’en  fait  Saint  Gennadius 
Auguftin  ,  ayant  exercé  la  Medecine  à  Rome  &;  à  Carthage  Gennadius  frater 
av.ee  un  grand  applaudifiement ,  6c  àce  propos  il  ne  faut  pas  nofter  notiffimus 
oublier  icy  cét  autre  Médecin,  dont  il  parle  dans  le  Chapitre 
troifiéme  du  Livre  quatrième  de  fes  Confeffions ,  &  dans  le  cus.qui  nuncapud 
fixiéme  Chapitre  du  Livre  feptiéme ,  qui  le  guérit  dé  la  pré-  Carthagincm  de- 
vention  qu’il  avoit  pourl’Aftrologie  judiciaire,  &  pour  d’au- 
très  vanitez:  cét  homme,  dis-je,  dont  il  eftime  tant  la  conduite  præpoiiuit  ut  ho- 
acFcrprit. 

ViNDiciÀT^us  fut  premier  Médecin  de  l’Empereur 
Valentinien  L  miquel  il  dédia  les  Livres  Meàic'mu  exfertis  Vi  ndic  i  A- 
ecrits  en  vers.  Saint  Auguftin  l’appelle ,  le  grand ôcilluftre  nu  s. 
Médecin  de  nôtre  fiecle  ,  &  le  lonë  particulièrement  de  fa  pru-^ 
dence  dans  l’Epîcre  5  .  à  Marcellin. 

Cleo  bule  n’eft  gueres  connu  que  pour  avoir  guéri  S;  Cleobulus. 
Epiphane  de  la  maladie  qvie  luycaufa  une  chute  de  deftus  un 
cheval. 


J  E  A  N  Médecin  dutempsde  rEmpercurTheôdofe  î.  étoit 
un  véritable  Médecin  de  Cour:  car  voyant  qu’Epiâ;ete  Méde¬ 
cin  de  cét  Empereur,  étoit  mort ,  il  penfa  bien  plus  à  occuper 
fa  place  ,  qu’il  n’avoit  penfé  à  s’en  rendre  digne  ,  employant 
pour  cela  tout  ce  que  la  brigue ,  les  prefens  6vles  amis  peuvent 
faire  en  ces  occafions.  Mais  comme  il  y  a  d’honnêtes  gens  par 
^ut  qui  ne  peuvent  taire  la  vérité  ,  Symmachus  Prefer  de 
Conftantinople  ,  écrivit  à  l’Empereur  que  c  étoit  là  coutume 
daflembler  le  College  des  Médecins  pour  prendre  leurs- avis 
ur  ce  fait,  ce  qui  fut  exécuté  malgré  les  fol  licitations  dé 
jean ,  quoi-qu’il  fut  de  famille  Patricienne.  - 

^  ^  ^  ^  ^  ^  Médecin  eft  different,  fuivant  quelques  An- 

*^rs,,de  l  Hiftorien  de  ce  nom',fur  quoy  on  peut  voir  le  fen- 

P  iij 


JO  ANNE  S.. 

Symmachtfs  lib.  i. 
ififi.  2.6,- 

Eutropius. 


V.  Vofium  de  Ht- 
ftoric.  Latin,  l. 

E4.IN  APIUS 
Sardi/tnus. 

Vcjjlas  ds  Hiflor. 
Gru.  iii>.  Z.  c.  ,i8. 

EuK-epius  in  vitet 
Proirefii. 

Æschinjes. 


"EltaTATHlU^ 


,F,  pibliathe.c,  J^Ae- 
die.  Schenck^ 

M  £  l  e  T  LU  S  .. 

V.  Gefneri  Bihlio- 
thec.  ^  Sckenckii, 


Gregor-  Gyrald. 
PrAfat.  in  Simeen, 
§ithi  verftonem. 


Il  g  Mjjm  de  Meâecm,  I 

ciment  de  VoO!us,&  de  Janus  Cornarius ,  qui  tfQUvent  zUtt  ’ 
de  convenance  dans  les  temps ,  pour  croire  que  ce  Médecin^ 
rHiftorien  font  le  même. 

E  U  N  A  P I  U  s  de  Sardes ,  .grand  Pliilofophe  &  grand  Hifto. 
rieii  ,efi:  mis  au  nombre  des  Médecins  pour  avoir  fçu  quelque 
chofe  delà  Médecine.  <^i-qu’il  en  foît  , e’eft  deluy  que  nous 
ayons  l’Hiftoire  d’nn  prétendu  Médecin  nommé 

Æ  s  ,c  û  I N  E  s .  f  étais  i  dit-  il ,  tomhé  nuslfitde  m ,  d?ort  de 

rsàuit  en  un  état  ji ^itoyMe  f  ar  la  fatigue  de  la  Navigation  j  . 
quon  ne  me  voyait  plus  aucun  figne  de  vie,  lorfque  le  Médecin  Æf  j 
chines,,  qui  fe  tïouv^  la  par  h  a  fard  priaJnes  amis  qu  on  luy  lai f h 
prendre  foin  de  ma  guerifin.  En  effet  ^  ,quoi~qu  il  fût  connu  pouf  un 
\homme  qui  avait  fait  mourir -,  non  feulement  tous  les  malades  quil 
avait  entrepris  ô  mais  encore  t  eux  mêmes  dont  il  'd  avait  fait  quesafr 
procher  ;  oh  luy  permit  de  me  faim  violence  pour  faire  entrer  dam 
ma  bouche  quelque  rémede  qî^il  pertoit  fur  luy.ré'  ).e  ne  l'eus  pas  Ji-tpt 
avale,  comme  je  l'ay  fçu  de  mes  amis  la  prefens  y  que  mon  ventre  s' 
tant  ouvert. i  je  recouvray  la  paroMe  ^"  lo'  veue^  difiinguant  ceux  qui 
étaient  près  de  mon  Ut.  Cf  ainfi  qu  Æfehines  noya  le  fouvenir  de 
fes  fautes  i  de  fes  igmramés  dans  une  cure  ^qu  on  pouvait  appeUef 

unique  ^  ér  qu  ayant  été  traité  de  Divinité  dans  toute  la  Ville  df  .  i 
thenes  y,  U  repaffa  dans  l'Jfe  de  chio  fa  Patrie  t  ou  il  fut  çonfidm 
toute  fa  vie:,  comme  un  dés  plus  grands  Médecins  du  fiecle. 

E  U  s  T  A  T  H I U  s  ed  ce  Médecin  k  T  keologien  auquel  Saint 
Bafile  écrit  une  lettre  fort  honnête  ,  ôc  dans  laquelle  il  loue 
les  hommes  de  fa  profeffion  ,  de  la  douceur  &  de  lurbanité  | 
.qu’ils  font  paroître  dans  leur  converfation.  Il  y  a  encore  un  | 
Euftathiüs  (^ercenatus  dans  Gefner  quiaécrit  quelque  chc- 
fe  fur  le  Livre  d’Hipocratc  de  natura  humàna ,  k  fur  le  jLivis  ; 
des  Temperamens  de  Galien,  écque  le  Dode  Andreas  Tir^-  j 
quellus  croit  n’ être  autre  chofe  que  céc  ami  de  Saint  Bafîle.  ' 

M  E  L  E  T  I U  s  &  Pafînicus  font  deux  Archiatres  aufquels  I?  j 
même  Saint  Bafîle  écrit  avec  beaucoup  d’eftime.  Surquoy  d 
faut  remarquer  qu'il  y  a  encore  deux  Meîetius  dans  les  Biblio¬ 
graphes  difFerens  de  celui-cy  :  l’un  étoit  Moine  Grec  conr 
verti  du  Mahometifme ,  &  Auteur  d’un  Livre  de  la  nature  às 
Phomme  ,  imprimé  avec  quelques  autres- Ouvrages  de  MO" 

,  decins  jPautre  étoit ,  félon  Lilius  Gregor.  GyraTdus,  un  au- 
yre  Qieç  fon  cont^m|>orain ,  qui  fit  divers  Ouvrages  de  Medé'  ! 


Première  PàttîK  Êüâp.  IV.  li> 

eiiié.  Mais  je  doute  fi  ces  Commentaires  fur  les  Aphorifmes 
d’Hipocrate,  gardez  dans  la  Bibliothèque  du^Roy  à  Paris  font 

de  ce  dernier  5  ou  d’un  troifiéme  MeletitiSi 

A  u  s  O  N  E  étob  natif  de  Bafas  ,  Au  s  ônïü?.^ 

ra[ates  fatrm,feA  faire  Burâigâlm. 
homme  de  diftincfcion ,  felori  V  offius  Gouvêf riatr  de  Plllirlds  . 

quoi  que  Médecin.  Car  shl  ne  dédaigïîà  pas  de  faire  la  Mé* 
decine ,  il  la  fit  ay ec  tant  d’honneur ,  que  fon  fils  marque  cette 
eirconftance  comme  un  des  beaux  endroits  dé  fa  vie,  ihpireM- 

ehtuli  ofem  cUnBis  fofcen0us  àriis  inemfu.  -  ' 

.  Ojficmmqfié  metim  cum  fietate  fuit. 

Il  eft  vray  qu’il  exagcre  un  peu  fa  capacité  ^ 

Braàkm  ée  viiats  homimm  rattom  medendf 
Porrigere  ^  amfUflcftre  moras, 

mais  il  n’a  pas  eu  tort  de  lüy  faire  dire  ce  qui  fuit. 

Jnvidinunquam  yCUfere  aîque  amhire  refugh 
Jurare  aut  fatfim  dicere  fàr  habui. 

Êt  même  de  mettre  en  vers  en  fa  faveur  cetté  bêlie  Sentence^ 
d'Hipocrate.’ 

JFeltcem  fcivi  >  non  qui  q[uod'  vclUt  haheref  -,  ' 

S ed  qui  f  er  fatum  non  data  noB  cupereti  . 

Expliquant  au  refte  le  long  &  heureux  terme  de  fa  vie  en  cét- 
te  maniéré  , 

^ndecièi  binas  vixit  Ôlymfiàdas'  fîo.  ansf 

:  A  B  s  I  R  T  us  de  Nieomedic,  ôc  félon  d’au  très  de  Prùfe  A  b  s  i  rt  us' 
étoit  Soldat  dans  l’Armée  de  l’Empereur  Conftantin ,  5c  écri- 
vit  de  là  Vétérinaire  &de  la  MedecineruftiqUe.  On  dit  qu’il ^ 
vécut  fix  vingt  ans.  ,  .  ~ 

T  H  EOF  H  I L  E  Médecin  dû  même  fiecle  eft  diftingué  THÉOPHifnS 
par  fa  qualité  de  Comte,  marquée-dans  une  lettre  de  S;  Jean  oiympanr  dm^ 
^hx\^o^om&\^Theofhilus  Cornes  idemque  Iviedicm,  conîjf. 

A  R  R I  A  T  £  R  ou  Archiater  eft  allégué  dans  unè  lettré  Arb;!  ater,  • 
de  Saint  Augiiftin  par  le  Comte  Darie  ,  à  propos  de  certain  ' 

remedè. 

A  O  NI  U  s  étoit  contemporain  dé  S^int  Aoguftin  ,  ôt  AmmoKiuS,- 
^etoie  d’un  certain;  Innocentius  ,  qui  l’appela  pour  fhq., 

TT  *  YT  Jjei 

^  ^  Célébré  dans  rÈpître  58;  de  Saint  Jean  HiMETusi' 

Cnrilo{tome,qùi  luy  addrefTe  l’Evêque  Sel eiicus  affligé  d’une  ‘ 
toux  dangereufeôc  importune  :  car  il  le  traité  d'homme  de  bien') 


A  G  À  n  U  s 

^lexandr. 


Aconistus 

fîifior.ÆthiofJib. 


Chalasirjs 


CLAUDlUSr 


120  Ejlàk  de  Médecine,  I 

^  d'ami  fmeere  »  ejt  toujours  bien  aife  de  voir ,  foit  en  faneè  o» 
en  maladie ,  tant  on  goûte  de  douceur  dans  fa  converfation. 

A  G  AP  I  II  s  d’Alexandrie  , ayant  quitté  cette  Ville  où  U 
étoit  né ,  pour  s’établir  à  Conftantinople  ,  Y  ouvrit  le  premier 
une 'Ecole ,  6c  ne  mit  gueresà  fe  faire  riche.  Mais  fon  temps 
çft  fl  incertain  que^Suidas  ni  Voflîus  n’en  marquent  rien,  non 
plus  que  des  Ouvrages  qu*il  compofa. 

A  c  O  N  I  s  T  U  s,  vray  ou  fabuleuX)  parle  Ci  jufte  dans  l’HU 
ftoire  Ethiopique  d’Heliodore  de  la  Sympathie  qu’il  y  a  entre 
le  corps  6c  l’ame  ,ôc  de  ce  que  la»Medccine  peut  raifonnable- 
ment  6c  humainement  promettre ,  que  je  ne  puis  le  lailTçr 
paflèr  ,  non  plus  que 

Chalasikis  Mage  6c  Médecin  d’Egypte.  Car  il  parok 
fi  habile  dans  cette  Hiftoire ,  qu’il  connoît  la  palfion  de  Cha- 
ricléèpar  la  feule  obfervation  de  fes  yeux,  6c du  changément 
de  fon  vifage. 

Claude  Médecin  du  temps  de  Saint  Epiphane  ,  *  eut 


ISfifz  Ehonneur  d’être  un  des  Juges  d’une  célébré  difpute. 

Diosgurus.  JDio'score  ou  Diofeure  n’eft  pas  moins  ie  nom  d’un 
Médecin  en  particulier ,  que  Diofcùri  l’efi:  de  certaines  divini- 
,  tez  Médecines  ,  dont  nous  avons  parlé  cy-devant.  Ce  Diof- 
AgutUidüh.^.  de  core  étoit  donc  de  Tralles  ,  6çpere  d’Alexandre  de  Traliesi 
-beiij  Gothic.  TralUen  ,  6c  frere  d’un  Antemius  Mathématicien ,  6c  de. 

Théodore  Grammairien:  C’eft  luy  dont  Saint  Jerome  parle 
dans  fEpicre  a  l’Orateur  Magnus ,  6c  qui  enfeigna  la  Mé¬ 
decine  à  '  j 

Al  exak  d;er  A  l  e  x  a  n  d  r  e  Trâllien  fon  fils ,  qui  fut  Médecin  de  l’Em* 

pereur  Juftinien  I.  Il  voyagea  premièrement  en  divers  païsi 
puis  il  compofa  les  Ouvrages  qui  nous  reftent ,  6c  dont  les 
Manuferks  font  dans  la  Bibliothèque  du  Roy  à  Paris.  On  le 
loué  de  fon  exactitude ,  6c  de  la  docilité  qui  le  portoit  à  ap¬ 
prendre  des  perfonnes  les  plus  fîmples  ,  quand  ce  qu’ils  difoient 
étoit  conforme  à  la  raifon  6c  à  l’experience.  Il  y  a  tant  d’autres 
Âlexandres  Médecins,  qu’on  peut  voirie  DoCte  Tîraqueàu  fur 
cette  matière. 

Paul  d’Egine  ou  Eginette,  vivoit  félon  quelques-uns  dans- 
le  quatrième  ôc  dans  le  cinquième  fiecle ,  6c  félon  d’autres  dans 
le  fîxiéme  ,  parce  que  ceux-cy  prétendent  qu’il  a  copié  Ale¬ 
xandre  de  Tralles.  Quqi-qu’il  en  foit,  il  fut  furnommé  le 
J^inge  de  Galien  ,  parce  qu’il  avoit  bien  pris  des  chofes  de  ce 

nd 


Trallimus. 
rÇhriji.  no- 


P AULUS 
j^gineta. 


grai 


Tfmim  Partie-  Chap.  TV.  izt 

grand  Medeein  ,  qu’il  inféra  dans  cét  Ouvrage  de  Médecine 
qui  porte  fon  nom. 

Æce  d’Amide  dans  la  Mefopotamie',  homme  de  qualité ,  Æ  t  i  u  J, 
a  écrit  en  Grec  dans  le  cinquième  fieclc  ^des  Ouvrages  de  Amidtnm.y 
Medecine,  que  Photius  n’a  pas  manqué  de  critiquer  :  car  il 
faut  fçavoir  en  palTant  que  ce  fameux  Patriarche  de  Con- 
ftantinople  >  n’étoit  pas  ignorant  dans  la  Medecine ,  mais  on  ne 
laifla  pas  pour  cela  de  les  préférer  à  ceux  d’Oribafe.  Quel¬ 
ques  Auteurs  le  placent  avant?  Paul  d’Egine ,  parce ,  difent-ils, 
qu’il  le  cite.  Mais  quant  à  ceux  qui  l’ont  confondu  avec  le  i 

fameux  Heretique  de  ce  nomiqui  vivoit  au  temps  de  l’Em¬ 
pereur  Conftantin  ,  il  fe  font  manifeftement  trompez.  L’er-  1 

reur  vient  de  ce  que  cét  Hérétique  fe  mêloit  de  la  Mede¬ 
cine,  par  od  il  entroit  dans  l’efprit  des  lîmples,&  faifoit  va¬ 
loir  fes  fourberies,  ^ar  il  ne  faut  pa§  oublier  à  ce  propos  que 
Philo llorge  ne  laiffe  pas  de  le  peindre  ,  quoi-qu’il  ne  fut 
qu’un  ignorant ,  comme  un  habile  homme ,  jufques  à  le  faire 
triompher  de  fes  adverfaires ,  &  mêmes  des  maladies  de  l’ame 
comme  de  celles  du  corps  j  qu’il  traitoit,  dit-il,  fans  intereft. 

A  quoy  il  ajoute  qu’il  avoir  appris  la  Medecine  de  Sopolis  Mé¬ 
decin  Grec,  le  plus  renommé  de  ceux  de  (on  tempsi  &  tout  cela 
parce  que  Philoftorge  étoit  Heretique  comme  Æce  &  fon 
partifan  :  car  Saint  Grégoire  de  Niffe,  qui  fe  connoifloic  en 
efprits ,  tranche  nettement  que  ce  Sopolis  n’ étoit  qu’un  Char¬ 
latan  courant  le  païs  ,  qu’Æce  n’avoit  fuivi  que  pour  en  ap¬ 
prendre  quelques  fecrets,à  lafaveur  defquels  il  faifoit  Ic^rand 
Medeein.  Mais  un  autre 

Philostorge  different  de  cét  Hillorien ,  étoit  un  Philostor^ 
Medeein  effedif  de  ce  temps-là,  pere  de  Philagrius  &  de  gius. 
Poflîdonius ,  deux  Médecins  du  même  temps ,  ôt  habiles,  fî  Pon 
en  croit  Philoftorge  l’Hiftorien.  Au  refte  Andréas  T iraqucl- 
lus ,  qui  fe  perfuade  par  un  paflage  d’Æce  d’ Amidc  qu’il  a  été 
Chrétien,  fait  encore  un  Ætius  Sic^mus^  Autçur  d’un  traité  de 
Atrabile. 

E  L  P I  D  I  U  s  étoit  de  Milan ,  Chrétien,  Diacre  de  PEglife,  ^  ^  ^  1 î  «  ^ 
&un  des  Médecins  du  Roy  Theodoric  jmais  il  fut  malhcu- 
reufement  envelopé  dans  l’affaire  de  Boece  &  de  Symmaque.  dT^lLgotUe, 
Quelques-uns  croyent  quec’cft  le  même  que  ce  Ruflicut  EU 
ptdwsmr  clarîf  é'/»/«/m,Quefteur  &  Auteur  de  l’Hiftoiredu  ^0-  *• 

yjçiix  &  du  nouveau  Teftament  en  vers ,  &  des  chofes  mira-  siiiiethee,  Gtfntr. 

-  0^ 


112  EJJais  de  Meiecke. 

culeufes  que  Jefus-Chrift  a  opérées ,  6c  de  plus  d’un  Traité  dç 

la  cônfolation  à  la  douleur  qu’on  a  perdu. 

Dionysius  Denis  autre  Diacre  6c  Medeein  faifoit  la  Medecine  à  Ro, 
viacems.  me,  en  un  temps  où  les  Chrétiens  avoient  befoin  des  Miniw 
lires  de  rEglifc  ,  6c  de  ceux  de  là  Medecine ,  pour  leur  con. 
folation. 

Hk  levita  jacet  DionyJIus  mis  honefijs, 

Fun^us  Officio ,  qmd  Medicin/i>  deflet. 

Et  à  ce  propos  il  ne  faut  pas  oublier  qu’Ifidore  a  écrit  qu’il  y 
M0.i9o.lib.  I.  avoit  de  fon  temps  un  autre  Diacre  Médecin  nommé 

D  O  R  O  T  H  e'e  ,  6c  par  confequeiit  fort  different  de  ce 
Dorotheus  Dorothée  Médecin ,  dont  Phlegon  affranchi  d’Augufle  parle 
Thleg  de  mirabi^  *  J^oYotheus  Mcdicus  retuUt  in  Comment mïts  ^Alexmdriàs  k 
lib.  c(tf.  xe.  Ægypo  Cmizdum  feperijfe  fœtum  conditum  mimeuH  emf^.  ;  car  ce- 
lui-cy  eft  le'Dorothée  que  Pline  a  cité,  lib.  lo.  caf.  8. 

G  E  s  I  U  s  G,e  suis  Médecin  Chrétien,  étoit  natif  de  Pecra  en  Ara- 
^  vivoit  dans  le  cinquième  fiecle  en  réputation  de  grand 
Médecin.  H  conyainquit  le  Juif  qui  luy  avoit  enfeigiié  la 
Medecine,  de  la  fauffeté  de  fa  Religion  ,  6c  le  gagna  avec 
tous  fes  Sectateurs  au  Chriflianifme.  Ainfi  Dieu  bénit  toutes 
fes  bonnes  intentions ,  car  il  fit  une  grande  fortune  à  Rome, 
6c  s’y  vit  en  fort  grand  honneur.  Il  eft  vray  que  Suidas  l’a 
peint  comme  un  homme  vain  ,  6c  qui  le  portoit  un  peu  trop 
haut  5  mais  quoi-qu’il  en  foit,  il  fit  une  action  bien  noble  & 
bien  Chrétienne  ,  quand  il  cacha  Homifeus,  que  l’Empéreur 
Zenon  cherchoit  pour  le  faire  mourir  injuftement ,  le  recé^ 
vant  dans  fa  propre  maifon  ,  6c  luy  donnant  enfuite  le  moyen 
de  fe  fauver  j  6c  enfin,  luy  rendant  les  derniers  devoirs  quand 
il  eut  appris  qu’il  étoit  mort  pendant  fa  fuite;  C’eft  ce  Gefius 
^  «d  Cülcem  fhi- àon.t.  parle  Zacharias  le  Sophifte  *  ou  Scholaftique  depuis 
hcaiiAOrigenis.  ^  Evêquc  de  Mitilcne ,  dans  le  Dialosiie  où  il  l’introduit  avec  ’ 
himhec.  deux  autres ,  6c  ou  11  le  traite  de  grand.  Medecm. 

E  U  D  ox  I U  s,  E  ti  i>  O  X  I U  s  eft  cét  habile  Médecin  ,  mais  fi  feditieux ,  6C 
ilcfper.mçhromç.  ^  intentionné ,  qu’ayant  excité  feul  une  fedition  dans  Bag- 
Hi/or/  dec,  il  fut  obligé  de  fe  retirer  chez  les  Huns. 

S  YRI  ANUS.  s  Y  R  I  A  N  U  s  eft  un  Médecin  Grec .  du:  cinquième  fiecJ'e  ,' 

qui  a  donné  quelques ,  Commentaires  fur  la  Metaphyfjquéj 
d’Ariftote,  6c  que  Sidonius  Apollinaris  marque  avec  un  autré; 
nommé  Theodofe  en  une  des  lettres  qu’il  a  écrites  à  fon  frerC:; 
Jus  xusk  -,  Jus:Tus:yiYoit  en  cejrnême  fiecle ;eh  réputation  de  glâ:nd 


Première  Partie,  Chap.  I V .  113 

Médecin  5  mais  le  même  Sidonius  ne  laide  pas  pour  cela  de  le  p 
divertir  un  peu  à  Tes  dépens ,  le  loüant  d’une  maniéré  &  en  des 
termes  qui  font  douter,  s’il  parle  de  fon  adrclTeaux  Operations 
ehirurgicales ,  ouà  attirer  manuellement  l’argent  des  mala¬ 
des  5  mais  voici  trois  ^dcdecins  dont  on  peut  ecre  embaradè  , 
parce  que  comme  ils  s’appellent  tous  trois  Jacques,  &  que  les 

temps  &  quelques  autres  convenances ,  font  pour  Tunité  ,  on 
pourrdîc  croire  qu’il  n’y  en  a  qu’un  5  mais  voici  comme  on  les 
doit  ce  me  lèmble  diftinguer.  ^  :  =  :  ;  ; 

J  A  c  ou  E  S  de  Damas  fils  du  Médecin  BefyGÎiiüs  eft  J  a  c  o  b  u  s 
nommé  Pfîchriftus  ou  Pficochriftüs  j  parce  qu’il  Te  fer'voit  de  Damafeems. 
remedesjadoucilTans  &  humedans  dans  la  douleur  des  maladies. 

Il  fit  la  Medeci  ne  à  Confiant inople  fous  Leon  le  -G  rand  avec 
tant  d’honneur  &  de  fuccés'y  qu^od  le  nomn?a  Sm'^eur  ebmmé 
on  avoît  fait  Ton  perc,^êc-'que  Suidas  n’^a  pas-fait  de  diffiGul^^^^^ 
de  le  traiter  de  Saint/ ^u  contrai^^  . 

Jacques  Grec  d.e  nadon  fe  trouve  Païen  de  Religion  j  t  ^  ^  O  î  u  s 
&par  conTequent  different  dexelui-là,qu6i-que  fon  contem-*  Achivus. 
porain.  dn  dit  de  luy  qu’ayant  été  appelé  pour  la  maladie  de  ^  o ,  :  '  .  ^ 

Leon ,  ilTe  plaça  dan^le  faüteüil  du  lit-Imperial ,  êcque-  cette  ^ 
liberté  furp’rit  tellement' les  Côurtiîans^qiPils  firent  ôter  ce  fié- 
gc  de  Ta  place  5  mais  que  ne  fe  fentanr  pas  moins  indigné 
contre  eux  ,  qu’ils  paroifToient  i’êcrc  contre  luy  ,  quand  étant 
retourné  voir  Ton  malade  il  ne  tfoü  via  plus  où-  fè  mettre-  avèé 
commodité  êc  dignité  ,  ilTé  jetta:  für4é%ord  du  lit  Impérial,  'Marcellin.  Comet 
difànt  hautémènrqu’il  avqit  appris  des  plus  anciens  &  habiles  m  chrome.  indisP. 
JurifcOnfultes,  qü’H  poüvoit  s  afieoir  par  tout  où- on  avoit  b^  ^iLeo»e/iioCe»~ 
foin  de  luy ,  fans  difUnélion  de  qualltez.  ■  ; 

oJi.E-s 'd’Âlëxandrie  eft  remarquable  dans  Photius  par  J  a  c  c)  bü  s^ 
des  faits  qoi  Ué-paroiffenr  pas  touS^^er'itâblés.- Car  outré  qu’ôn  Aiexandrmus.* 
luy  atttibuë  dans  cét  Auteur  la  cure'd’üriê  infinité 'de  mala¬ 
dies  extraordïnairès ,  on  luy  fait  même  dire  c[u’il  a  veu  une 
femme  à  laquelle  les  dents  étoient  tombées  'Cn  éternuant/ 

Mais  ce  qui!  y  eut -d’avantageux  pour  ce  Médecin, 'cfl  que 
quant  il-arriÿa  à  Gonflanf-inople  ,'îl  y  trouva 'des  Médecins  fbrf 
ignorânSvqui  ne  faifoidnt  que  badiner  Sc  vetiller  auprès  dés' 
malades,  au  lieu  de  les  traiter  ferieufeméne,  &avec  application 
&  méthode.  Mais  je  ne  fçay  fi  fa  méthode  étok  meilleure  que 

ceUe  que  l  Auteurcîté  par 'Rhotiusv  blâmé  dans  ces  Medeciris: 
car  U  ne  faigtiûkqâmais,  fo^ontèntàîK  de 'baigner  i  de  purger, 

QJj 


ÂSCLEPiOi- 

PPKJkxmdr» 


mtur,  lih, 

Ï3. 

A  G  A  Z  p.  . 

Athtnienjîs. 

Î^E  T:R,U,S, 


0reg.  TurùTttnf. 


Effals  de  Meâecine, 

&  de  faire  obfcrver  une  diete  exquife  aux  malades  :  St  quant 
aux  maladies  chirurgicales ,  particulièrement  aux  ulcérés  ,  il. 
ne  fe  fervoit  que  du  fer  St  du  feu.  Ce  qu’il  y  avoit  de  noHc 
dans  fa -pratique  St  dans  celle  de  fon  fils,  qui  le  fui  voit,  eft 
qu’ils  ne  prenoient  point  d*argent ,  qu’ils  exhortoient  les  ri¬ 
ches  à  avoir  foin  des  pauvres  malades, St  qu’ils  fe  contentoient 
de  quelques  mefures  de  bled,  qui  leur  êtoient  fournies  du 
public.  C’eft  fans  doute:  pour  cela  qu’on  érigea  des  Statues 
au  pere  dans  Athènes  ,  qui  conferverent  même  longtemps 
tous  les  traits  d’un  homme  d’efprit  ,  quoyqu’auftere  ôtxefervé. 
Neanmoins  on  ne  laifla  pas  de  douter  de  la  Religion  du  perc 
&  du  fils ,  puifque  quelques-uns  allèrent  jufques  à  les  croirç; 
non  feulement  impies, mais  mêmes  Magiciens ,  qiioi-que  d’au-, 
très  fe  contenMirent  de  les, croire  ,  fimplement  Payens.  Car 
quant  aux  Auteurs  des  derniers  fiecles ,  R  entre  autres  Cafau* 
bon,  ils  ont  écrit  qu’ils  étoient  Chrétiens,, & que  le  peuple, qui 
blâme  tout  ce  qu  it:ne  peut  comprendre  ^  les  crût  Magiciens, 
Quoi-qu’il  en  foit;^  le  peru 

A  s  G  L;E  P  ï  O  D  O  R  E  d’ Alexandrie  ,  Phiiofophe  ,  Mcdecin,- 
Muficien  ,  6t  félon  Photius,  Théologien.,  mais  d’une  Theologiè 
Payenne^.  On  dit^  quant  àfa  méthode  j  qu’il  mit  PEllebore  ca 
pratique  5  mais  que  quant  aux  Médecins,  il  n’eftimoit  quc.fon 
maître.  On  ajoute  qu’il  eut  la  curiofité  d’entrer  dans  la  ça- 
verne,  pu  étuve  de  Hierapolis  y  êc  qu’aprés  en  avoir  confideré 
la  Itrudure  j  il  en  imita  une  fcmblable  avec  des  métaux,  dont- 
il  ménagea  fort  artiftement  le  mélange  i  mais  il  fut  enfin  fi  mal¬ 
heureux,  qu’il  fenoya  dansle  Meandre.  Aquoy  fil  faut  encore 
'  ajoûter  que  Pline  marque  un  ancien  Médecin  de  ce  nom. 

A  G  A  Z  O  d’ Athènes  eft  connu  fous  le  nom  d' Ex^mmentatir 
dâns  Tetrus  de  jêpom  j  mais-comme  fil  ne  marque  pas  fon- fiecle? 
ilefi:  d’un  temps  incertain.  v<  ^ 

P  I  ER  R  E  eft  un  Médecin  du  cinquième  fiéclc  i  en  faveur 
duquel  Theodoret  écrivit  deux ,  lettres  ^  une  Lan  .Ædihemf 
homme  illûfire  ■>  &  de  qualité-àdLm  la  V;ille  de  Gyr^cb 

l-autrc  à  Apella ,  homme  de  pareille  diftindibm,  dans  léfqu^*; 
les  il  les  afilirc  que  ce  Medêcin  mérite  ;qu’onTé  ;confîderef: 
tant  â  caufe  de  fa  capacité  ,  que  pour  fia  maniéré. noble  avec: 
laquelle  ii  exerce  iâ  Médecine.  Il  y' a  encore  un  Pierre  :4n> 
fcptiéme.fîeele  j,Médecin  de  •Thiérrf  ou  Theodoric  Roy 
ïraneç.,  jquljQüoit..a4|çi4ehefâ;avçeJ^imtade:f^^^ 


Première  Partie,  Chap.  IV.  Ii5 

Reine  Bmnehaudt ,  lorfqn  il  fut  enlevé  par  les  Barons  du 

^  M^a  rTl  elfe  étoit,  felonquclques-unsj  Médecin  Arabe  j 
mais  il  ne  fut  pas  heureux  dans  fon  emploi ,  car  s’étant  donné 
au  Roy  de  France  Chilperic  ,  il  fut  fi  maltraité  par  Meroë  & 
par  Gontran ,  qu’il  fut  dépoüillé  de  tous  les  biens ,  &  fa  famille 
réduite  en  une  maniéré  d’efclavage  &  de  fervitude  j  heureux 
avec  tout  cela ,  de  n’avoir  pas  été  aflbmmé  pendant  qu’on  le 
pourfuivoit  î  Riolàn  a  donc  tort  d’avoir  voulu  foutenir  que 
Marilelphe  n’avoit  pas  été  Médecin  de  Chilperic,  puifqiic  Gre* 
goirc  de  Tours  marque  le  contraire  j  mais  à  ce  propos  il  né 
faut  pas  oublier 

Nie  O  L  A  s  &.D  O  N  A  T  ,  CCS  deux  innocens  Médecins  que 
la  cruelle  Aüftrîgilde,  femme  de  Gontran  Roy  de  Bourgogne, 
fit  égorger  pour  n’avoir  pas  guéri  ce  Princei 

Re  O  N  A  L  eft  marqué  dans  Grégoire  de  Tours ,  comme 
Médecin  de  Sainte  Radegonde  ,  &  comme  habile  à  câufe  de 
la  Caftration  qu’il  fît  à  un  jeune  garçon,  de  la  maniéré  qu’il 
Tavoit  apprife  dés  Médecins  dé  Conftantinople,  pour  le  guérir 
d’une  maladie  que  cét  Hiftorien  ne  nomme^  pas  ,  ôc  qui  étoit 
apparemment  une  hergne  inteftinale.  .  " 

Zacharie  Médecin  dé  l’Empereur  Juflîn ,  &  de  Sophie 
fon  époufei  eut  l’honneur  d’aller  de  leur  part  cn  qualité  d’Am- 
bafladeur  vers  Cofroes  Roy  de  Perfe. 

Tribun  Médecin  originaire  de  la  Palcfti ne ,  ayant  guefi 
le  même  Cofroes  d’une  grande  maladie  ,  retourna  à  Conftan- 
tinoplc  chargé  de  prefensv  C’eft  pourquoy  Juftinien  voyant 
qu’il  étoit  agréable  à  ce  Roy,lc’  nomma  pour  négocier  une  paix 
avec  luy.  L*ayant  donc  chargé  dé  fes  pouvoirs  &  de  fesme» 
moires ,  &  muni  de  tout  ce  qui  étoit  neceffaire  pour  cette  grande 
affaire ,  il  fut  fi  heureux  quil  en  vint  i^put  ,&  que  Cofroes  le 
mit  encore  au  choix  de  ce  tju’il  luy  viCTuroit  demander.  Mais 
Tribun,  qui  étoit  homme  d  cfprit ,  d’honneur  êc  d’érudition , 
jufte  &  définterelTé  ,  ne  luy  demanda  que  trois  cens  prifon- 
niers  ;  qu’il  choifit  entre  ceux  qui  avoient  le  plus  d’eipric 
de  fcience,' comme  gens  neceffaires  à  l’Etat ,  ce  qui  lüy  aéquit 
une  gloire  immortelle.'. 

Théodore  fût  non  feulement  ‘MedcGin  de  EEmpereÊtî 
Maurice  ,  mais  encore  un  de  fes  favoris.  C’eft  pourquoy  il 
renvoya  Ambaffàdeur. vers  Chagan  Roy  dés  Avares ,  obftiné 


Marilelfu^ 


Curieufes  réchtrJ 
ches  touchitnt  les  ' 
Ecoles  de  Medeet- 
ne. 

Gre{.  Turen.  liln 

Nicolaus  & 
D  O  N  AT  US. 
GregXuren.  Uh.  i  j . 
caf  xs. 

Reonalis, 

Greg.  Tûro».  liki  - 
10.  eaf  J  is*j  1 

Zacharias  ^ 

Trocef,^  dé  hell. 
Terfic. 

'TEllBÜKdSi  > 


’  ;thiooob^> 


Ejjah  de  Medecîne, 

à  ne  vouloir  point  de  paix  avec  luy  ,  fie  il  réüflit  fi  bien  dans  fa 
commmiffion,  qu’il  fit  la  paix  ,  ôc  qu’il  rendit  Chagan  ami  de 
Maurice  ,  &  cela  dit-on  pour  luy  avoir  adroitement  raconté 
l’Hiftoire  de  Sefoftris  Roy  d’Egypte,  qui  fe  lailTa  toucher  par 
une  fimple  parole ,  &:  avcrtilTemenc  d’un  des  Rois  qu’il  avoit 
impitoyablement  attachez  à  Ion  Char.  C’eftee  Médecin  d’un  fi 
ï‘ Mafias  grand  mérité,  &  d’un  fi  grand  crédit, que  Saint  Grégoire  le 

^  Grand  ne  fait  point  de  difficulcé  de  l’appeler  fon  glorieux  fils, 

.  le  priant  de  plaider  la  caufe  de  Jefus-Chrift  auprès  de 
^  pereur, au  fujec  de  quelques  Monafiercs.  A  quoy  on  doit  ajoû- 
ter ,  que  Simocrate  &  Niccphorc,  ne  traitent  pas  ce  Théodore 
avec  moins  d’honneur  que  fait  ce  ^and  Pape. 

Theotimus  The.otime  eft  un  autre  ami  &  Médecin  du  même  Saint 
.  Grégoire  ,  qui  l’alîtire  dans  une  de  fes  lettres  qu’il  ne  tiendra 
qu’à  luy  j  qu’ils  ne  fafiTent  tous  deux  qu’une  ame  ôc  qu’uij 
cœur  ,  &  que  s’il  ne  le  voit  ças  toûjours ,  il  ne  lailTe  pas  de 
Pavoir  continuellement  dans  refprit  i  mais  il  ne  faut  pas  padèr 
fous  filence  que  ce  grand  Pape  faifoit  tant  d’eftime  de  la  îde- 
decine  , qu’il  a  encore  rendu  célébrés  les  noms  de  .Fufçus,  d’A-, 
n-aftffms ,  d’Archilaus  ou  Marchilaus  Sicilien)  Mçdecins  de, 
fon  temps  &:  de  fes  amis,  rft 

V  Gît  L  E  s  d’Athenes  étoit ,  dit-on  ,  un  Moine  BenediGfîû 
du  fept;  &  huitième  fiecle  ,  qui  écrivit  un  Livre  du  poulxôC. 
ufines,  6sCquelques  notes  fur  le  Livre  de  febrib.  ad  Gian^. 
scripfrt^âiq.  cqn  Kie  Galiem  '  ;  ,  >  ,  -  ;  h  y 

’m'tmm  l  A  N  x  H  Æ  M I U  S  'uif  illfifim  é^.  Comes-  eft  U  A  pcrfqii  na  ge,  guc* 


I 


nftjtol.  66. 


T>ial0g6n.\  lihf 
M/.  57‘ 


iÆaiBtiUiS 

.Aihenienfij. 


deV.S.  inTleuriîtd 


Anthæmius 


Skenkius  fait  Auteur  d’un  Livre  intitulé  de  Obfervatia 


Céomm.yd^ïé  à  Thierri  Roy  de  Franco ,  &  gardé  MS,,;  dâAsl^,- 
Bibliothèque  d’Occo  Medeoin  d?Auibourg.  .  ; 

.Garîopon  -  =•  a  v  a  .étoit  Affriquain,  êc^eft  félon  quclqUe^A^^. 

^  teurs j  d’ un  temps;  i neer tai u  :  Ç ependant  le  D oéte  Rei n efi us-lfî 

met  dans  le  huitième  fiecle  >  mais  il  n’en  fait  pas  grand  cas.,  ne 


vanar.  UB.itb.  i,  traitant  que  d’impercinent  copifte  de  Théodore  Prifeienc 


Quoi-qu’il .en.foit ,  fon  O u vrage  eft  di vi fé  en  huit  parcieyi^ 
parce  qu’il  traite  de  toutes  les  maladies  du  çqrps  ,huniaia.,dfc 
X.  Frifat.  operts.  cft  Intitulé  Fafionarm-Galenl^.  cç  qui  a  fait  uvancer  ïêl&m 
qu’il  eft"  en  effet  de  Galien  ,  &  qu’il  n’a  été  attribué  à  Gario?; 
:N  O  NU  s.  pont' que  parce  qu’il  y  a'fait  quelques  notes. 

N  oNus  vivoit  félon  René  Mor,eau  dans  le  dixiéme  fiecle^ 


iS^tntkittm  mSiblf 


§sfit  un  Livre  deia  cure  des  maladies. 


Première  Partie,  Chap,  I  V.  117 

Ax  T  H  M  A  R  ou  Jean  Médecin  elt  marqué  par  Flodoarc 
pracepto  Caroli  Regis,  de  fon  Hiftoire  de  Reims. 

^  Te^An  d’Alexandrie  eft  un  Médecin  Sophifte,  mais  d’un 
témps  incertain, qui  a  fait  un  Commentaire  furies  Epidémies 
d’Hipocrate  8c.de-Ga4kn ,  fur  le  Livre  des  Sedes^i.*- 

Michel  Pfellns ,  eft  connu  de  tous  les  fçavans  comme 
un  homme  également  grand  Philofophe,  Théologien  &  Méde¬ 
cin  ,  qui  eut  l’honneur  d’être  Précepteur  de  Michel  Ducas 

Parapinace  Empereur  de -Conftantinople. 

J  E  A  K ,  dit  Aduarius  ,  fils  de  Zacharie  Médecin  Grec,  eft 
marqué  par  Voffius  parmi  les  Médecins  d’un  temps  incertain. 
Cependant  d’autres  le  mettent  hardiment  dans  l’onzième  fie- 
cle  i  mais  s’il  eft  vray  qu’il  ait  traduit  d’Arabe  en  Grec  le  Li¬ 
vre  des  urines  d’Avicenne ,  comme  le  croit  le  Dode  Gefner , 


Althmarus 

lib.  ^.cap.  4. 

JOANHES 

Alexandrin. 

Vi  Bibliothec.  Gef-, 
ner  ^  Tiraquell. 
in  nemencL  Me  'dic. 
M  I  C  H  A  E  L 
J'fellus. 

V.  Gefner.Bibliotti 
Vanderlind  de 
Script.  Medic.  Vof-  ' 
Jium  de  Hifi.  Gnci 

lib.  4. 

J  O  ANN  E  S 
ABnurms. 


il  faut  qu’il  foit  du  douzième  fiecle.  Au  refte  il  a  compofé 
divers  Ouvrages ,  dont  les  MS  S.  font  dans  la  Bibliothèque 
du  Roy  à  Paris,  fie  marquez  par  les  Bibliographes ,  tous  fort 
eftimez  ,  ce  qui  a  fait  que  quelques  Auteurs  l’ont  traité 
d’homme  divin. 


Nicolas  Myrepfe  Alexandrin ,  eft  encore  un  Médecin  j  ^  5  l  a u s 
d’un  temps  incertain  félon  le  même  Voffius  j  c’eft  pourquoy  Myrep  sus 
quelques-uns  le  mettent  devant  Paul  Eginettc  ,  &  d’autres ,  Alexandrin. 
comme  René  Moreau  *  dans  le  douzième  fiecle,  &  cela  parce  ^ 
qu*il  a  copié ,  difent  ces  Auteurs,  Mefué ,  en  plufieurs  endroits,  rmd.  '  ' 
aflurans  au  refte  que  c’eft  le  même  que  Nicolam  PrspoCms.  cajuiian,  m 

Raoul  furnommé  le  Clerc ,  ou  mala  Corones ,  eft  loüé  par 
Oderic  Vital,  d’avoir  avoüé  franchement  qu’il  n’avoic trouvé 
perfonne  à  Salerne  qu’une  vieille  &;  fage  Matrone ,  qui  fût  plus  ' 
habile  que  luy ,  mais  il  ne  marque  pas  fon  temps. 

Jean  de  Chartres  furnommé  le  Sourd  ,  étoit  Meefecin  de  t  ^  a  m  v  t:  s 
Henri  L  du  nom,  Roy  de  France.  _  Ltl/" 

Simeon  Sethi  natif  d’Antioche  Médecin  Grec  ,  a  vécu  x.  Bificr.  vm^ 
dans^  le  douzième  fiecle  ou  environ  ,  puifquhl  a  fait  un  Livre 
dédié  a  Michel  Ducas  Empereur  de  Conftantinople  ;  car  quant  Simeon 
a  fes autres  Ouvrages,  on  peut  confulter  Gefner-Vanderlin--  S  etHI 

a’®"'"- 

ADELARD  ctoit  Medccin  de  réputation  dans  ce  même  Adxlardlis 
liecle,  Angiois  de  Nation,  &  qui  reviendra  peut-* être  encore-' 
ci^prés.  ^ 

Di  M  E  XR  i-ürS  furnommé  Pepagomene,  a  faitmn'tràitëde 


I2S  Ejjah  de  Medècîne, 

la  Goutc ,  6c  dcs  maladies  de  cette  nature  en  faveur  de  Michel 
■Âieor.  Paleologue  Empereur  de  Conftantirioplc  ;  car  quant  aux  au¬ 

tres  Demetrius  Médecins ,  on  peut  voir  le  Doâ:ç  André  Ti- 
raqueau,  Gefncr  6c  Vanderlinden. 

Voila  ce  me  femblc  tout  ce  qu  on  peut  dire  en  matière  de 
Chronologie  ,des  plus  confidefablcs  Médecins  Grecs  &  Latins 
qui  ont  fleuri  avant  les  Arabes,  ou  de  leur  temps.  Il  faut  donc 
maintenant  pafler  à  celle  de  ces  derniers ,  apres  avoir  dit  quel, 
quechofe  touchant  les  Juifs ,  qu’on  confond  fou  vent  avec  eux. 

^  Obfervons  donc ,  avant  que  d’aller  plus  loin ,  que  les  J uifsqui 
fe  font  mêlez  de  la  Medecine  avant  la  venue  du  Meflîc  ,;onc 
ou  échapéà  rHiftoire ,  ou  ont  été  en  fi  petit  nombre ,  que  je 
me  trouve  obligéàme  retrancherà  ceux  donc  il  eftfait  men¬ 
tion  dans  Les  Saintes  Lettres  :  car  quant  au  Fils  de  Dieu  & 
aux  Apôtres  qui  font  nez  parmi  eux,  quoi- qu’ils  ayent  quel¬ 
ques  fois  exercé  la  Médecine  avec  des  remedes  naturels  ,  ils 
ont  bien  plus  opéré  par  la  vertu  du  Tout-puiflant  que  par  ces 
^remedes.  Je  commence  donc  par 

M  O  y  S  E  ,  . fi  ce  Mofehus  ou  Mochus  ,  dont  il  efi:  tant 
parlé  dans  les  Hiftoriens  prophanes  ,  eft  nôtre  Moyfe  ,  &fi 
WM  “  qu’on  a.  dit  de  Mercure  Trifmegifte ,  d'Ayollon  , 
.geiic.Y.ci  mmet.  d  Efculape ,  &  dc  tant  d  autres  Medecinspretendus ,  ii  eft  autre 
xHuet.  sueffon.iEfif  chofc  quc  ce  grand  Patriarche ,  &  ce  Sauveur  des  îfraelitcs. 

^u’il  cn  foit  à  cét  égard  ,  combien  de  cures  n’a-t-il 
point  opérées  en  Egypte  &  dans  le  défert,  même  par  des  re- 
;l««»».^Me^M«-  medes  naturels,  mme  àligno  mdulcata  efi  aqual  Auflî  Saint 
Chryfoftome  La-t-il  regardé  comme  un  très- habile  Me- 
kocorum  penmeu^  decin,^n  quoy  il  a  été  fuivi  par  Mefué,  auquel  il  n’a  pas  moins 
Mftig.  fs.  paru,  qu’un  Taumaturge. 

Salomon  ,  grand  en  toutes  chofes. ,  paroit  encore  pln^ 
^rand  Médecin  que  tous  ceux  qui  l’ont  fuivi,  &  que  tous  ceux 
qui  l’ont  précédé  :  car  outre  qu’il  n’y  a  rien  de  fabuleux  dans 
Ion  iHiftoirc  ,  il  paroît  aufli  élevé  audcJTus  de  tous  ceux 
l’Egypte  ,  delà  Grece  &:dc  la  Judée  ,  que  les  Cedres  du  Li' 
*  iLuta  mraria  Lan  Ic  :fGnt  au  defllis  de  *  l’Hiflbpe.qui  croît  fuxjes  murs  > 
,f^c<ûc8  capîUark.  ^  ^out  céla  parce  qu’il  avdit  préféré  la  fagefrc,  qin  eft 

de  la  Médecine, à  tout  autre  bien  ;  &  c’éft  à  çaufe  de  cette  Id' 
-limité  de  genie^que  quelques  Auteurs  ont  crû  que  ic  grand 

Hipocratc 


Premitre  PAttts>  Ghap.  IV. 

Hipocrate  avoir  tranlcrir  dans  les  Ouvrages  <iuelqucs-unes  de 

fes  plus  belles  Sentences.  ^  _  ,  r  i  '  fsiiùc.  uo. 

Eli  S  E  E  eli  un  Médecin  qui  guérit  Naarnan  dq  la  lèpre  , 
qui  rend  les  eaux  de  Jéricho  faines  &  potables  .  dé- cdrro^  “iff 
pues  qu’elles  ètoient ,  &  qui  ôte  meme  la  màlignit-e  aux  Colo-  ■*  +• 

qumte^.^  E  ne  s’etant  fervi  que  d’un  fimple  cataplâœe  dé  fi- 

<rues,nen  paroît  pas' moins  grand  Médecin  à  Tercullien>  qui  lih.deeoronamllU 

croit* un  homme  fçavant  dans  toutes  les  Sciéhees.  ;  ^ 

rôme  même  Te  ferc  de  cecte  cure  j  pour  avoir  occa:fîon  de  louer 

cette  Medecine  qui  a  été  inventée  par  la  raifon ,  &  foutenue 

de  l’expcrience,  ôc  c’eft  ce  qui  avoit  obligé  Saint  Jean  Ghri- 

ibftômc  )  avant  luy  de  le  regarder  comme  un  Médecin  ratio- 

nel  ,  en  quoy  il  fut  fuivi  par  Serapion  ôc  par  quelques 

Médecins  marquez  par  Hyeronim*  3ardus  in  ^Medic,  CMholico 

Utic.yag.  87.  .  '  ; 

E  s  D  R  A  s  eft  cité  par  Nicolaus  Myrcpfus ,  Æcc  i  Pàül 
Eginette,,  &  même  par  Avicenne  comme  un  excellent  Mé¬ 
decin. 

Jésus  fils  de  Syrach,  Auteur  du  Livre  intitulé  fÉccleJî^ 

Jlique^  eft  un  Juif  ôc  Hellenifte  fi  admirable  en  tout  ce  qu’il'a-^  -  -  L  '  'J 

écrit  en  faveur  de  la  Medecine  &  des  Médecins  jquon  ne  petit  — ; 
luy  refufer  la  qualité  de  Médecin.  Il  vivoit  coihme  it paroît 
dans  la  Préface  de  fon  Ouvrage ,  au  temps  du  Rby  d’Egypté 
Pcolomée  Evergete. 

Quant  aux  Juifs  qui  ont  exercé  la  Medecine -dépiiK  la  Te¬ 
nue  du  fils  de  Dieu ,  outre  que  PHiftoire  n’en  eft  pas  bien 
feure,  il  faut  encore  avoüer  qu’il  ont  été  de  fi  mauvaifé  foy  à 
l’égard  des  Chrétiens,  que  l’exercice  qu^ils  ont  fait  delà  Me-,.„  .  .  :  , 

decine  parmi  eux  j  a  plus  caufe  de  mal  que  de  bien.  Mais  beri  Medicas  ju- 
ce  qu’il  y  a  de  plus  déplorable  en  cela,  eft  que  les  Chrétiens  dæum  yei  Arabem 
les  ont  encore  préféré  aux  autres  ,  &  c’eft  ce  qui  a  obligé  le  tere ,  «» 
pieux  &  Docte  Médecin  de  trois  Empereurs,  Jean  Grato  ,  de  ' 
dire  qu’il  n’y  avoit  pas  de  meilleur  moyen  de  pafter  pour 

grand  Médecin  que  de  fc  dire  Juif  ou  Arabe. 

Toutesfois  il  ne  faut  pas  oublier  icy  les  Juifs  qui  ont  le  v.  NobUisfocuSa- 
plus  fait  de  bruit.  Après  quoy  nous  pafterons  aux  Arabes  Ma-  lodtenfis  ,frt.fenta- 
hometans,  &aux  Arabes  Chrétiens  5  parce  que  qubi-qüc  dif- 
rerens  des  Grecs  en  quelques  maximes,  ils  n’ont  pas  iahTë  de  tuteUé^  Uenurie 
honneur  à  ia  Medecine ,  témoins  les  difciples 

K 


i3o  Effm  de  Medectnel 

faits,  lefquels  n’ont  pas  moins  marqué  les  erreurs  de  Galien' 
que  les  Galeniftes  celles  des  Arabes.  *  ’ 

Il  faut  donc  fçavoir  qu’aprés  que  les  Ecoles  d’Alexandrie  eu¬ 
rent  été  difperfëes  par  les  Califes  fuccefleurs  de  Mahomet,  fouî 
prétexte  que  les  ProfelTeurs  de  ces  Ecoles  a  étoient  pas  d’ac¬ 
cord  entre  eux  /mais  en  effet, parce  que  leur  Philofophie  mat- 
quoit  nettement  les  fables  &  les  impertinences  de  l’Alcorani , 
ces  Profefleurs  ,  Sc  particulièrement  ceux  qui  eafeignoient  la 
Medecine  fe  retirèrent ,  les  uns  dans  la  Perfe ,  dans  P  Arabie,. 
&  dans  l’Egypte,  où  ils  demeurèrent  cachez  j  les  autres  en  di¬ 
vers  païs  de  L’Europe.  Ainfi  pour  commencer  par  les  Juifs,, 
nous,  ne  connoifTons  rien  de  plus  ancien  que 

M  A  s  A  R  I  G  N  I  A  îfraëlita  &  Thiarok  qui  EeurifToient ,  fe- , 
Zhromior  ^^'.  Jofeph  Scaliger  ,  l’an  70.  de  rEgire,  oa  environ  l’an  de 
'^  ♦grace  685. 

Isa  AC  dont  les  Ouvrages  font  marquez  dans  tous  les  Bi¬ 
bliographes,  a  tant  écrit ,  que-jeme  fçay  fi  les  Juifs  de  ce  nom 
qui  fuivent  ,  ne  feroient  point  Auteurs  de  quelques-uns  de  ces 
traitez.- 

Isa  A  c  Is  R  a  e  c  i  ta  Béimeiran;  fils  adoptif  du  Medeci® 
O  O  N-  Ro  Y  des  Arabes , qui  compofa  des  Livres  des 
thec.  Oriental.  .M^ic^mensv^  malades  citcz  par  Mefué,  Ti- 

raqueauv,  Vanderlinden  ,  Schenckius  &€.  que  Symphorien 
-  Champier  met  dans- le  fîecle  onzième  ,  &  René  Moreau  dans 
le  douzième ,  quoi-qu’apparemment  du  feptiéme. 

,  -  Is  A  A  G  Ifraëlita  Aaiteur  du  VUticum  ,  mis  en  Grec  par 
jConflansïde'  Memphis  , gardé  MS.  dans  la  Bibliothèque  du 
Roy  À  Paris. 

pAAc  HebnAmaran.D'eplus: 
derimden.  .  I S  A  A  C  fils  dc  Ghuncin ,  quî  a  ccrit  en  Grec. 

Ils  A  A  c  Ben  Sulamein,  ou  Bon  Sullaimon,  citéparSera- 

■Rottmger  tn-  R  A  B l' Juda  qui  s’êR  fait  connoître  par  le  Traité 
Uscor^omm.- 

V:  Scaltger.  în  Apicalts  é'  Hèrâithtts.  Cardan,  in  lihr.  Hipdcrat.  de  &yb  aquis  ^ 
lecis:  Andr.  C^falpin.  in  Catoptro  pag:  6.  Alok.  Mmdell.  Epifi.  Medicin.fag-^ 
Vàtefr  de  Tarant.  Vàlejîum  Cêntrovtrf.  U  9.  Centrez/ erf.  i^ ,  Sauanarol.  Roderie  à  Cm* 
■  iit’.Médîce  Tolîtiei  Ub:  9^ 

Gûfridÿ  Stechinf-i»  E'pifil  dédiêat^  Medïe.arth. 

_  SciQtillae  Ycrcrum  ad;  Arabes  Gccidentalcs  pervenerunt ,  &  ira  pulîulàmnt  ut  ^ 
Pàroct-SchoHs^aA.flwreAthUaticum  fi«s  jùftam  acqurficiiat 


Hiothec. , 


Première  Parue,  CÏiâp.  I V.  ^  i|i 

Abraham  Caûari^^uia  compofé  le  Dux  o\i  ReÏÏor  , 

lafIsraeliTa  Juif  de  Catalogaë ,  f:éàjt  unAn- 
ddotaire  félon  Symphorian.  Campegius. 

F 1  DE L I  s  Medùus  jfmélita,2icomipo£é en  Arabeun Ottvfaga 
de  eopiitione  Deiy  que  Guillaume  Pollel,  au  rapport  dé  Gef- 

ner,  avoit  en  fa  difpofition.  ""  O  '■* 

Samuel  Ebn  Juda  Juif Efpagnol,*ou  Occidental,  grand  PHï-  *Môgrc’oma5Àd«i 
lofophe,  Mathématicien  Ôc  Médecin,  fut  fort  cftimé  des  Princeè 
defon  temps ,  l’an  560.  de l’Egire.  il  fe  maria  à  Maragua ,  ou  il 
eut  des  enfans  qui  furent  Médecins  de  réputation  5  mais  il  fe  ^ 

ficMaho'metan,  Ô:  fi  paflionné ,  qu  il  écrivit  contre  iesjuifs  ÔC 
leur  cabale:  car  pour  fes  Ouvrages  de  Médecin e  ,  je  ne  voy 
pas  qu’il  en  reûe  quelque  choie.  Il  mourut  à  Malaga  l’an  de 
i’Egire  570. 

Yu  SI  F  Ebn  Yahia  Médecin  Juif  de  Phares ,  grand  Phi- 
lofophe&  Mathématicien  ,  vivoit  l’an  ^23.  de  l’Egire.  Il  eut 
des  Conférences  avec  Mofes  fils  de  Maimon  dans  l’Egypte , 
oîi  iis  firent  quelques  obfervations  &  corredions  Aftronomi- 
ques.  De-là  il  fe  retira  en  Syrie  ,  sYtablit  à  Haleb,  où  ilfe  BiJi.i>ynafior4^^ 
maria,  &  fit  la  Médecine,  ôc  amitié  avec  Alkadi  Al-Akcran  3® 5. 
au  point ,  qu’il  fe  promirent  de  fe  venir  dire  des  nouvelles  de 
l’autre  monde  après  la  mort,  comme  on  le  peut  voir  ,  avec  la 
fuite  de  ce  beau  projet ,  dans  Abulpharage. 

Abraham  Aben-Efra  Efpagnol,  a  fait  félon  Vander¬ 
linden  un  Traité  quelques  autres  Ouvrages  mar¬ 

quez  pat  Schenckius ,  mais  iis  ne  marquent  pas  fon  temps  non 
plus  que  ccluy  des  Juifs  de  ce  nom  ,  qui  ont  lailTé  quelques 
Ouvrages  de  Medecine.  Âinfî  je  finis  par  ccux-cy. 

Rabimoses  Maimonides ,  ou  fils  de  Maimon,  a  été  le  ! 

plus  fameux  Médecin  Rabin  de  tout  le  Judaïfme.  il  naquit 
à  Cordouë  en  Efpagne  Pan  de  Jefus- Ghrifl  1160.  félon  3^-,  Aiuipharag. 
d’autres  1200.  &  fît  quoi-que  Juif  dans  l’ame  ,  une  profeflîon 
apparente  du  Mahometifme  :  car  il  fe  déclara  Juif  après  qu’il  mïhlhXTcmZ 
fe  fut  retiré  d’Efpagne  en  Egypte,  où  il  demeura  le  relie  de 
fa  vie  ,  &  c  eft  ce  qui  a  trompé  ceux  qui  l’ont  crû  Egyptien. 

C  étoit  un  fi  fçavant  Rabin  qu  on  a  dit  de  luy ,  à  Moife  ad  Moi- 

fem ,  non  furrexit  peut  Moifes.  Auffi  Scaliger  &  Cafaubon  luy  nemdeiiZZ^Arâ, 

rendent-ils  ce  témoignage ,  que  c*eft  le  premier  desRabins  qui 

^  ceffé  d  écrire  des  {ottiles.  Outre  les  Ouuragcs  de  Theolo- 


EJJais  4^  Medecme. 

gïeôlde  Rabinirme,  nous  avons  de  luy  un  Traité  de  Regîmint 
■f.randerlinden  de  famtaûs ,  dcdiè  au  Sültaii  Saladin  ,  dont  il  étoit  Médecin.  De 
Médit,  plus  fes  A^horifmes  fuivant  la  doctrine  de  Galien  ,  avec  les 
contradiiStions  'qu’il  a  trouvées  dans  fes  Ouvrages.  11  mourut 
l’an  6é^4.  de  l’Egire. 

J  A  c  O  B  U  s  Mantineas  ou  Mantinus  Médecin  Juif  Hcllc- 
nilte  du  quatorfiéme  fiecle  j  a  fi  heureufement  traduit  quelques 
^‘^t^^Medir^^  Ouvrages  d’Avicenne  qu’il  auroit  beaucoup  obligé  le  public 
f  te.  traduit  le  refte. 

jhidem.  D  A  V  I  P  de  Pomis  efi:  un  Juif  moderne  qui  a  écrit  des  ma- 

ladie^  .des,  vieillards. 

3^koi.  Augüfi.  in  .  S  a  LO  m/o  N  Auteur  du  Sebeth  Juda,ou  Hifi:oire  des  Juifs 
BibUothec,  depuis  la  deftruétion  du  Temple  de  Jeruralemj  eft  un  Juifdu 
fiecle  pafle  qui  faifoit  la  Medecine  en  Efpagne. 

A  M  a.t  u  s  &  Z  a  c  u  t  u  s  Portugais  font  d’autres  Médecins 
Juifs  fi  modernes,  &  dont  les  Ouvrages  font  fi  connus  >  qu’il 
Tuffitdelçs  nommer  en-pafiant., 

Q^fit  aux  Juifs  prétendus  Médecins,  de  nos  Rois ,  Zedé- 
.  ebias  iieft  connu  que. pour  avoir  empoifonné  Charles  le  Chau¬ 
ve  car  Farragiiis  n’a  jamais  été  Médecin  de  Charlemagne  , 
MUoéec.1  comme  fé  le  font  imaginé  quelques  Médecins  après  Schenkius, 
^trompéz  par  l’équivoque  du  nom ,  par  l’Eloge  donné  à 
^.Expîicit  tranflâ-  .^  Charles  premier  R  de  Sicile  dont  ce  Farragin s  étoit  Me- 
jtio' libri  Eihauy  in  decln  ,  àînfi  qu’il :  paroît  fur  la  fin  du  livre  d u  Continens  de 

^  plus  particulièrement  par 
Bjzxacaria  cl  Razy  Ics  Manufcrits  fur  lefquels  cette  édition  a  été  faite  ,  dont  le 
faa^,  plus  rare,  efi:  celuy  la  même  qui  fut  prefenté  à  Charles  E  Roy 

gb*^^Karoir!gioiL  dc  Sicile  ,de  -Naples  &;  de  Jerufalem ,  garde  dans  la  Bibliothe- 
gentis  chriftianæ  quc  de  Monfieur,  Colbert,  OU  Moiifieur  Baluze  qui  en  prend 
Sp°ii:maS°&^-  &  qui  efi:  fi  connu  par  fon  érudition  &;  honnêteté,  me  la 
Kiinis  peritoru.  per  fait  voir  :  car  on  y obfervc  d’abord  dans  une  Miniature  ce  Roy 
FarMSi^Xtfiiü  ^nvoyc  fcs  Ambafiadeurs  au  Roy  de  Tunis, pour  luy  de- 
maaiftn  Salem  de  mander  dc  . fa  part  une  copie  de  cq  Continens  écrit  en  Arabe, Si 
Agregento^.devg  dans  jâmême  Miniature  ces  mêmes  Ambafladeurs  de  retour 
SiifltSoTtriur-  prefentans  cette  copie  à  Charles ,  qui  donna  ordre  à  Farragios 
que  fcculi  >  qui  ip  «fc  la  traduire  ea  Latin  ,*  mais  il  ne  paroît  nullement  ni 
d?e^Lmî?iï.^Fe’  f  c  Manufcrit ,  ni  par  l’édition  de  Brixianus ,  que  Farragius  ait 
Aruarü,  Vri.  fndi-  été  Liu  de  CCS  Ambafiadcurs  Comme  -Riolan  Ta  avancé. de  foi^ 
"^oHmb-riSiïï  chef,  dans  fes  curieufes  recherches  fur  les  Ecoles  en  Mede- 
cine  de  Parisôc  de  ;Moiipclier.  .  Venons  donc,  maintenant  anx 
Arabes,. 


Première  Partie.  Chap.  IV. 

Il  eft  bien  vray  qu’on  les  aceufe  la  plupart  d’avoif  fait  périr 
plufieurs  originaux  Grecs ,  après  les  avoir  traduits’en  leur  lan- 
CUC  5  mais  il  nous  en  refte  une  affez  grande  quantité  pour 
croire  que  quand  cela  feroit  vray  ,  la  Médecine  n’en  cft  pas 
plus  pauvre  ,  tant  la  plupart  des  anciens  Auteurs  ont  eu  peu  > 
de  honte  de  s’entre- copier.  Quoiqu’il  en  foit ,  ceux  que  j’ay 
marqué  cy-devant  page  130.  font  voir  manifeftement  que  la 
Medecine  n’a  pas  peu  d'obligation  aux  Arabes  >  quand  ils 
n’auroient  découvert  que  les  purgatifs  doux  ôc  bénins  inconnus 
aux  Grecs  &  aux  Latins ,  dont  leurs  ennemis  mêmes  fe  fervent 
fl  ordinairement  Bi  fi  avantageufement. 

Paffant  donc  icy  fous  filence  tous  les  Auteurs  originaires 
d’Arabie  marqués  cy-devant  qui  h’ont  rien  écrit)  &  ceux  qui 
ont  écrit  en  Grec,  ôc  même  les  SS.  Cofme  ôC  Damien  qui  vien¬ 
dront  en  leur  lieu.  Je  commence  par 

G  É  B  E  R.  quoy  qu’il  ne  foit  que  du  huitième  fiecle ,  parce  y.LeonmAfncm. 
que  Cardan  l’a  tanteftime,  qu’il  l’a  mis  entre  les  douze  fubli-  c7fne7”vojfmm, 
mes  génies  du  monde.  C’étoit  un  Grec  de  nation  &  de  Re-  '  ^ 

ligion ,  mais  qui  écrivit  en  Arabe  ,  ôc[qui  félon  quelques-uns  ' 
fe  fit  Mahometan  ,  ôc  eft  par  confequênt  un  fort  grand  Pro¬ 
blème.  Car  quant  au  temps 

H  A  R  E  T  H  Ebn  Calda  eft  un  Médecin  Arabe  bien  plus  ,  . ,  . 

ancien  que'Geber  ,  .puifqu’Abulpharge  le  fait  contemporain  ' 

de  Mahomet.  11  apprit  la  Medecine  dans  la  Perfe  en  un  temps 
oii  l’ignorance  étoit  fi  grande ,  qu’il  paffa  pour  fort  habile 
-homme,  ôc  qu’il  amalTa  de  grands  biens  dans  l’exercice'dc  cet¬ 
te  profeflion.  Après  avoir  demeuré  long-temps  en  Perfe  il  re¬ 
tourna  à  Tais,  ville  d’Egypte  fa  patrie,  ou  le  faux  Prophète 
Mahomet,  dont  il  étoit  grand  partifan,  le  mit  en  crédit.  Gnluy 
fait  dire  fe  bien  porter  y  ilny  aqua  déjeuner  du  matin  y  a  Uidem' 

ne  point  contraster  de  dettes  ,  é‘  à  ne  pas  approcher  de  trop  prés  des 
femmes. 

K I R  A  N I  s  ou  Kiranides  a  écrit  des  Livres  Arabes ,  des  > 

Animaux  ,  des  Plantes  ôc  des  Pierreries  ,  que  Gérard  de  Cre- 
mone  a  mis  en  Latin.  Qpa.ntàce  que  Gefner  ÔC  Schenkius  en 
ÿfent  de  fingulier ,  il  n’y  a  aucune  apparence ,  tant  tout  cela 
lent  la  fable.  ~ 

A  HA  RO  N  étoit  un  Medécin  en  fort  grande  réputation 
du  temps  d’Ebn  Calda.  C’étoit  un  Prêtre  d’Alexandrie  ,  le- 
•quel  compofa  en  Syriaque  un  Syntagma  Medikum  de  30.  Cha- 

R  iij 


Çhrifi.  684. 


îhidempag.  iiî\ 
Chrifi.  7  0  0- 
S^'ütagma  niagnû. 


.C'.rifti  7  5P,. 
îhtdem^ag.  148, 
..IgG- 

jpreg.  Aittlphar. 

Georg.  Elm^- 
jiin.Kegir.  171. 

,  Çhrifli  770. 


Î34  EJJds  de  Medecîne, 

pitres ,  auf^uels  un  nommé  Sergius  en  ajouta  deux  autres 
d’où  il  s’enfuit  qu’il  eft  bien  different  de  cét  Haron  fils  de 
Semion ,  dont  Ben-Cafen  parle  dans  fes  Eloges ,  &que  Mefué 
RhafesôcSerapion  citent  fouvent. 

Masseriavvaih  Médecin  de  Baffora ,  quoi-que  Juif 
de  Religion  &  Syrien  de  langue  ,  ne  laiffe  pas  de  venir  icy , 
parce  qu’il  traduifit  les  Pandedes  de  Medecine  d’Afron  en 
Arabe,  fous  le  Caliphat  de  Meruuam  fils  de  Hakomi,  l’an  de 
l’Egire  ^5,  On  dit  qu’un  pauvre  homme  l’ayant  confulté  fur 
une  maladie  qui  n’étoit  autre  chofe  qu’une  taim  naturelle  ,  il 
répondit ,  ê  lajotte  maladie  de  s’être  attachée  a  un  gueux  ^  fiât  a  Bitu 
quelle  fe  fâp  attachée  a  moy  ^  a  ma  famille  5  mais  que  le  con- 
fiiltant  ne  comprenant  rien  à  cette  exclamation,  notre  Mé¬ 
decin  luy  dit  nettement ,  [que  c’étoit  un  ligne  de  fànté  dont  il 
ne  fçavoit  pas  le  prix ,  &  qu’il  prioit  Dieu  de  luy  oter  cette 
preténdiië  incommodité  pour  la  faire  palïer  dans  fa  maifon  au 
dépens  même  de  la  moitié  de  fon  bien. 

,T  H'E  O  D  O  cru  s  ôc  Theodunus  furent  Medecin-s  du  Calife 
Heiaius  ,  environ  l’an  de  l’Egire  80.  Ils  firent  de  fçavans 
difciples ,  ^  eelui-cy  fit  en  faveur  de  fon  fils  une  grande  col- 
ledion  de  Theoremes  delMedecine.  On  dit  que  cè  Calife  luy 
ayant  demandé  un  remede  contre  un  appétit  dépravé  qui 
avoit  pour  manger  de  la  Terre, il  luy  répondit  en  bon  cour^ 
•tifan Gaffez  fpirituellement , qu’il  n’avoit  qu’à  fe  fervir  de  ce 
.courage  dont  la  nature  l’avoit  doüé ,  &  qu’à  faire  une  refolii- 
aion  digne  de  luy ,  pour  n’y  plus  Jfonger  3  ce  qu’i  1  fit  êc  qui  le 
guérit.  '  ’ 

Abukoraîsth  qui  n’étoit  qu’un  fîmplc  Apoticairé 
Tan  de  l’Egire  16 f.  ou  environ,  fit  un  prognoftic  fi  jufte  fur 
Turine  d’une  des  concubines  du  Culife  Al-Mofdi,  qu’il  fut 
ehoifi  pour  fon  Médecin ,  avec  des  honneurs  ôedes  preîens  ex¬ 
traordinaires  ,  quoi-qu’il  n’çût  parlé ,  comme  il  rayoüa  à  feS 
amis  qu’au  hafard, 

Georgius  Ebn.  Baclishua ,  ou  George  fils  de  BaptichoU 
etoit  un  Médecin  Arabe  Chrétien  de  londifaburg,  fameux  éu 
temps  du  Caliphe  Al-Manfor,  qui  le  manda  fur  le  bruit  de  fa 
jreputation.  Ayant  donc  laiflé  à  fon  fils  le  foin  d’un  Hôpital 
dont  il  ctoit  Intendant ,  il  fe  rendit  aux  ordres  de  ce  Prince 
^ui  fut  charmé  de  fa  bonne  mine,  de  la  beauté  de  fon  exte- 
deTon  éloquençe^  ac  ce  qu’il  y  eut  encore  d’avantageuS 


Vremtere  Partie.  Chap;  IV.  135 

ûouf  l’un  &  pour  l’autre,  eft  que  le  malade  fut  bien-tôt  guéri. 
C’eft  pourquoy  un  jour  que  ce  Calife  demanda  à  Georges  s’il 
avoit  quelqu’un  pour  ie  fervir  avec  amitié  &  affiduité  ,  & 
Georges  luy  ayant  répondu  qu’il  n’avoit  pour  toute  compa¬ 
gnie  êafliftance  que  fa  femme  déjà  vieille ,  il  luy  fît  prefent 
de  trois  mille  écus  d’or,  &  de  trois  belles  Efclaves  j  mais  Ifa 
Ebn  Shahlaiha  fon  difciple  qu’il  avait  amené  avec  luy ,  l’ayant 
fait  fouvenir  qu’il  n’étoit  pas  permis  aux  Chrétiens  d’avoir 
plufieurs  femmes ,  il  renvoya  les  trois  Efclaves  aux  Calife. 
Cependant  celui-cy  ayant  tâché  de  le  faire  Mahometan ,  luy 
promettant  de  grands  biens  en  cette  vie ,  6c  le  Paradis  de 
Mahomet  en  l’autre ,  comme  une  chofe  affurée  3  non  feulement 
il  refîfta  à  fes  perfuafions  d’une  maniéré  fort  Chrétienne  , 
mais  il  déclara  encore  qu’il  fouhaitoit  de  retourner  en  fom 
pais rlaiffant  fon  difciple  au  Calife  ,  qui  luy  donna  un  Efcla-  ’ 
ve  pour  le  fervir  en  chemin  ,  6c  pour  le  conduire  ,  avec  dix^ 
mille  écus  de  prefens.  Mais  comme  ce  difciple  ne  fut  pas  fi 
Page  que  fon  maître  ^  il  s’en  fallut  beaucoup  qu’ilfît  fl  bien  fes 
affaires  ;  car  ayant  choqué  les  Puiflances ,  6c  mêmes  quelques 
Evêques  du  païs  ,  ils  firent  enforte  qu’il  fut  difgracié  ôc'dé- 
poüilié  de  tous  les  biens.  Au  refte  nôtre  Georges  Baptichou 
eut  un  fils  nommé  Georges  comme  luy ,  ôC  qui  ne  fut  pas  moins 
célébré  da.ns  fon  païs.  *  C’eft  pourquoy,  il  fut  appelé  en  la^ 
Cour  du  Calife  Aaron  Raflîd ,  abandonné  des  autres  Méde¬ 
cins  l’an  170.  de  l’Egire.  Ce  Georges  luy  ayant  donc  ordon¬ 
né  une  faignée, malgré  la  refiftance  des  affiftans  6c  des  amis 
du  Calife ,  qui  tâchoient  de  paroître  affectionnez  par  leurs 
contradictions ,  ÔC  Payant  guéri  parce  remede  d’une  grande 
douleur  de  tête,  o.u  félon  Georges  Elmacin,  d’une  Apoplexie, 
ce  Prince  luy  en  fçût  tant  de  gré  ,  qu’il  le  fit  Surintendant 
de  fes  Médecins  ,  honneur  auquel  il  ajouta  une  penfion  pa¬ 
reille  à  celle  qu’il  donnoic  au  Capitaine  de  fes  Gardes^  parce  ^ 
diÇoit-ili^ueJlce  Capitaine  garàoit  fon  corps  yce  li/îedeciny  retenoit 
fon  ame  j  mais  il  ne  faut  pas  oublier  iey  que  ce  Raffid  fit  tant 
d’eftime  de  là  Medecine  6c  des  Médecins  ,  que  comme  on  le 
verra  cy-aprés,  la  ville  de  Tauris  fut  fondée  par  fes  liberali- 
tez,  comme  un  monument  éternel  de  la  cure  faite  en  la  per- 
fonne  de  fon  époufe  ^ particularités  qpe^  nous  marquerons  plus 
au  long  en  fon  lieUi 

G’Ab  RI  E^L  fils  de  ce  Georges  fut  fi  heureux  qti’à  la  fa-^ 


*  Ibiîdifaburgî 


Chrîfii 


«et' 


Ccntütri  ftàteru,:. 
miliîum. 


jlhulpharagii  Hifi. 
Pynafi.  p/ï^.  153- 


f&cul.  9. 


Ahulphàrag.  HîB, 
Pymfi.'pag.  iji. 


Effàis  de  Medecîne.  \ 

veur  de  fot;  pere ,  il  fucceda  à  ion  employ  âuprés  de  Kaffid  ^ 
&  enfin  à  fa  faveur  6c  àfa  fortune  ,  tant  ce  Prince  luy  témoil  i 
gna  de  tendrefie  paternelle  ,  le  confiderant  en  ejfFet ,  comme  | 
s’il  eût  été  fon  fils.  On  raconte  de  ce  Gabriel  qûunc  | 
Concubines  de  Raffid  étant  attaquée  d’une  parlifie  du  bras ,  ^ 

elle  en  fut  heureufement  guerie  par  une  galanterie  que  ce  1 
Médecin  luy  fit  5  mais  qui  ians  doute  ne  plairoit  pas  fort,  ny 
aux  Mahometans ,  ny  aux  Chrétiens  de  nôtre  temps. 

.qu’il  en  foit ,  le  Médecin  avoit  réüflî  ôc  le  Prince  étoit  prévenu 
en  fa  faveur  ,  &  c’eif  ce  qui  fut  eau fe  de  fa  récompenfe  :  car 
quant  à  celle  de  cette  paralifie ,  &  quant  à  la  raifon  que  le 
Médecin,  rendit  de  la  cure  ,  je  laiiTe  à  juger  aux  Médecins  de 
de  nôtre  fiecle  qui  voudront  examiner  cét  endroit  de  PHiftoire, 
fi  Gabriel  raifonnoit  julle ,  ÔC  s’il  n’y  avoit  point  de  remede 
'  plus  feur  &:  plus  honnête  à  ce  mal ,  que  celuy  dont  il  fe  fervit 
Ce  Gabriel  dit  PHiftoire ,  eut  un  fils  nommé  Gabriel  Badhi-  ; 
fua  ,qui  fut  Médecin  du  Calife  Motauuacél ,  l’an  de  l’figire 
144.  &  ce  jeune  Gabriel  fut  fi  heureux^  qu’il  conferva  long-  | 
temps  les  bonnes  “grâces  de  fon  maître ,  quoi-qu’il  fe  fut  ren-  j 
du  un  peu  trop  libre  avec  luy  :  car  le  Calife  étant  un  jour  en 
,  fa  belle  humeur  5  &:  ayant  ouvert  la  y, elle  de  ce  Médecin  juf- 
qu’à  la  ceinture  ,  luy  demandant  en  même  temps  à  quoy  les 
Médecins  connoilToient  qu’il  étoit  temps  de  lier  les  fous ,  il 
luy  répondit  hardiment ,  c  eji  lorfquiU  om  fi  de  confidératm 
four  leurs  Médecins quils  ne  les  éfmgnent  fm  ,  ét  quHs  fie  jettent 
fiur  eux  pour  déchirer  leurs  habits,  ôc  cependant  Motauuacél  trou¬ 
va  cette  liberté  fi  naïve  >  qu’il  tomba  par  terre  à  force  d’en  rire, 
ordonnant, après  qu’il  fut  relevé, qu’on  luy  donnât  un  autre 
vefte  d’un  prix  bien  plus  colifiderable  que  celle  qu’il  avoit 
déchirée.  H  eft  vray  que  comme  il  n’y  a  rien  de  fi  inconftanc 
que  le  vent  de  la  Cour,  les  richefies  de  ce  Médecin  firent  ce 
que  fes  libertez  n’avoient  pu  faire  ,  luy  attirant  l’envie  des 
çourtifans  qui  trouvèrent  enfin  le  moyen  de  le  perdre. 

Jean  fils  de  Mefué  eft  mis  au  rang  des  Médecins  de 
Raffid  par  Abulpharage.  Il  marque  que  ce  Médecin  ayant 

*  Jubepte  ergo  Al  Raffido  prodiit  puella  .  quam  cbnfpicatus  Gabriei?  ad^pfam 
currit  &  inciinato  capite  fimbriam  ipfius  præhcudit  qnafi  ipfam  denudaiurus;  puclia  vcro 

commota  præ  conmrbatiqnis  &  pudoris  vehementia,  tnembra  fua  dimit cens  manu  dcorfuJ" 

.«tensà  firabriam  fuam  preheedit.  Gabriel  autem  ianata  eft  inquit  Ofidelium  Impcutot, 
4icente  ergo  Al Rafido  puella extende  dexteram  &[fîDiftram  manum  tuani,cùm 
.üte  ftatim  Cabiicli  daii  jullit  quinquies  mille  nummos ,  ipfumquc  cbariun  babuii* 

fait 


Préntîerê  Pmft,  Châp.  IV-'  Ï37 

£ak  la  Médecine  à  Bagdcc  ,‘ii  Tenfeigna  publiquement ,  &  com-  :>  ■' 

Hienta  quelques  Livres  par  ordre  de  ce  Prince  j  mais  quec  e- 
tok  un  homme  d’humeur  inconflante ,  tantôt  gay  ,  tantôt  re>  videAbuifh^agi 
fervé  avec  fes  difciples-  Quant  à  Tes  Apophtegmes  &  aux  con-  ^7»#-  PH- 
tes  qu’il  en  fait ,  ils  ne  me  femblent  giieres  capables  , de  ré- 
jouir  le  Ledeur-  Il  eft  feulement  à  propos  de  marquer  ïcy  &i7^- 
qu’il  eut  diverfes  avancures  pendant  fe^  voyages ,  qu’il  fut  pris 
prifonnier  ,  &  qu  il  fut  racheté  cent  mille  éens ,  &  c’eft  peut- 
être  pour  cela  qu  on  a  confondir  ce  Jean ,  Saint  Jean  Dama^ 
feene  furnommé  Manfur,ôc  Jean  fils  de  Mefu  edu  douziè¬ 
me  fiecle  J  comme  nous  le  verrons  cy-aprés. 

The  B  IT  ou  Thabit  Ebn  Corah  étoit  un  grand  Mathe- 
maticieii  j  Philôfophe  5c Médecin  fort  eilimé  du  Calife  Hal-  fhàr.uift.  Bjnajk,  ' 
motatide.  Il  naquk  à  Saba  dans  l’Arabie  heureufe,  l’an  liu  de  ^7: 

l’Eglrc, '6c  mourut  Pan  288.  de  cette  Ere.  '  s 

T  H  A  B  E  T  Ebn  Senan  étoit  non  feulement  grand  Médecin, 
mais 'encore  fameux  HiHorien  chez  les  Arabes  l’an  330.  de 
l’Egire.  Il  y  a  u  n  autre  Thabet  fils  d’ Abraham  fameux  Mede-  ^ 

cin  àBagdet,mort  l’an  3^9.  de  rEgire,qui  fit  des  Prognodics 
merveilleux ,  quoi-qu’au  hafard -,  ôc  que  les  Arabes  attribuoient' 
à  fa  conftellation, comme  on  le  peut  voir  dans  les  pages  208., 

5c  217.  de  l’Hiftoire  des  Dynafties.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier 
que  ce  derniér  étant  Ghrétien  )  6c  que  le  Galiphe  Alkaker 
dont  il  étoit  Médecin  le  voulant  faire^ahometan ,  parce  qu’il  ' 
l’aimoit ,  il  choifit  la  fuite ,  &  abandonna. fa  fortune  plutôt  que  - 

de  fe  rendre  lâchement  à  fes  offres.  Mais  ce  qu’il  y  a  de  parti¬ 
culier  touchant  la  Médecine  dans  fon  Hiftoire  ,  eft  (p.î’ étant  " 

obligé  d’interroger  un  certain  foy  difant  Médecin  fort. igno¬ 
rant  ,  ôc  qui  tâchoit  de  fe  le  rendre  propice  par  des  prefens  ,  if  le 

iaiffa aller,  mais  gratis ,  parce  qu’il  vit  que  ce  miferable  n’ôr-  ^ 
donnoit  que  de  rOximel  6c  des  Julcps  à  fes  malades  ,  &  que 
voyant  qu’il  avoir  une  famille  à  entretenir, il  crût  qu’il  le  fal¬ 
loir  laifler  vivre ,  pourvu  qu’il  promit^  comme  il  le  fit,  de  n’or¬ 
donner  jamais  aucun  grand  remede.  Encore  fi  nos  Charlatans 

en  ufoient  ainfis  mais  des  Antimoniaux,  des  préparations  de 
Mercure  ,  de  l’Elleborc  ,  de  l’Arfeniç  5  de  l’Opium  , 
quihus  inurefi. .  - 

B  at  ric  I  p  e  s.  ou  le  fils  de  Batrice  ,  ou  Patrice  ,  eft  ce 
fameux  Eutichms  des  Grecs  ,  Patriarched’ Alexandrie,  égale- 
ment  grand  Hiftorien  ,  Théologien  6c  Médecin  ,  furnommé 


V.  (SeoŸg.  Élmsc. 
îib.  3.  ^SeUenum 
in  préifat.  operum 
Eutichii  ■  ^  Ga~ 
hrielem  ^  fomn. 

Hijt, 


Ahulpharàg.  .Hijil 
Dynajf.  p»g.  ij^. 


Ch'riji.  841.^ 


ijg  EJjm  de  Medecine, 

Saide  ôLi  rHeurcux,  fl  connu  par  fes  Ouvrages  Ôcpâr  les  loüan* 
ges  que  tant  d’Autcitrs  luy.ont  données.  Il  naquit  fous  l’Empire 
de  Charles  le  Chauve  ,  l’an  de  grâce  8^6.  ôc  tint  le  Siégé 
d’Alexandrie  fept  ans  &  (ix  hiois ,  6c  mourut  l’an  âgé  de 
^3.  ans.  .  . 

Salmanath  Médecin  du  Caliphe  Almotafen  qui  vi- 
voit  environ  l’an  ^zo.  de  l’Egire  ,  fut  h  eftinié  de  ce  Prin¬ 
ce,  que  le  voyant  mort  il  témoigna  ne  fe  mettre  gueres  plus 
en  peine  de  vivre;  En  effet  ,  nonTéulement  il  s’abftint  deman*' 
ger  pendant  quelque  temps  j  mais  encore  il  fe  fit  prepairer  une 
bierre  ôc  des  funérailles  a  la  maniéré  des  Chrétiens.  Cepen^ 
dant  s’étant  fou  venu  que  Salmannaih  luy  avoit  fait  eftime  de 
Jean  fils  de  Mefué,  il  rcfoiut  enfin  de  vivre,  êc  de  fe  confier 
en  luy  ,  tnais  ayant  obfervé  qu’il  ne  fui  voit  pas  la  méthode 
de  fon  maître  ,  il  ne  voulut  plus  entendre  parier  de  rémedgf 
êc  de  Medéçin ,  &;  mourut  tabide  au  bout  de  zo.  mois.  ' 

S  a  l  e  h  u  s  eil  un  Médecin  Indien ,  qui  n’a  de  rapport  a 
l’Hiftoire  des  Médecins  Arabes.,  que  parce  qiril  fit^des  cKo- 
fes  miraculeufes  ,  ou  pour  mieux  dire  fabùleufes  ,  du  temps 
d’Aron  Raffid  ,  donton  peut  voir  le  détail  dans  Abulpharagc 

-  ...  . 

Le  Médecin  du  Calife  Vaticus  qui  vivoit  l’an  de  l’Egire 
11$.  ne  doit;pas  être  omis  icy ,  quoi-que  l’Hiftoire  ne  le  nom¬ 
me  pas.  On  raconte  donc  que  ce  Calife  s’étant  mis  dans  la 
têtc  qufil  guerkoit  d’une  fâcheufe  incommodité ,  s’il  pouvoir 
être  en  état  d’approcher  des  femmes ,  ordonna  à  ce  Médecin  de 
luy  . préparer  un  remede  qui  excitât  fes  paifranccs  ^mais  que  le 
Médecin  ayant  d’abord,  refufé  de  le  faire  ,  foit  par  un  principe 
d’honnêteté  ou  dé  crainte  de  rendre  le  Calife  encore  plus  ma¬ 
lade ,  enfin  il  refolut  de  le  contenter.  Il  luy  eohfeilla  donc  de 
manger  trois  dragmes  dé.  chair  de  Lion  5  mais  le  Calife  ayant 
préféré  le  boüillon  de  cette  viande  à  la  fubftance ,  loin  de  s’en 
troiiver  niieux  ,  mourut  quelque  temps  après.  Ce  qu’il  y  eut  de 
remarquable,  dans  la  fuite  de  cette  {bttife,  eft  qu’elle'fnt  fui- 
vie  d’une  grande  refignation-  de  ce  barbare.!  la  volonté  de 
Dieu  ,  6c  qu’il  parut  bien  plus  fage  en  fa  mort  qu’en  fa  mala¬ 
die  ,  ayant  prononcé  en  ceflant  de  vivre  ces  belles  paroles  » 
lés  yeux  tournez  vers  le  Ciel ,  a  tu  cujus  regmm  non  trmfiti  mi' 
férere  e]us  cuius  regnum  tranfit  !  - 

EIqn  axn  Ébn  tfaac  de  là  Tribu.  Arabe  d’Ebade  ,  f^i- 


1 


Chap.  I V.  13  ? 

Mcdecin  du  Calife  Mottauuacel.  Il  etoit  Chrétien  &  fils  d  un  Abuipharag./oaft». 
Apoticaire  de  la  ville  d’Arie  ,  dans  la  Province  de  Coraflan 
en  Perfe.  11  étudia  l’an  de  l’Egire  ibo.  tous  Jean  fils  de  Me- 
fué  dont  nous  avons  parlç  cy-devant ,  avec  lequel  il  ne  s’ac¬ 
corda  pas  fort  bien ,  ce  qui  l’obligea  à  fe  retirer  dans  la  Grece, 
d’oii  il  retourna  dans  fpn  païs  après  y  avoir  étudié  quelque 
temps  ,  &  eut  l’avantage  de  faire  amitié  avec  Georges  Bapti- 
choti  qui  admiroit  fon  érudition.  Mais  Mottauuacel  appre-  ^ 

hendant  qu’il  n’etit  été  envoyé  par  l’Empereur  de  Grece  pour 
pempoilbnner  ,  s’avifa  de  le  tenter  &  de  s’affurer  de  la  vérité 
par  cét  artifice.  Il  luy  demanda  donc  uu  jour ,  après  Iny  avoir 
fait  quelque  prefent  ,  s’il  ne  fçavoit  point  quelque  moyen 
prompt  ôc  facile  de  fe  défaire  d’un  ennemi  5  mais  voyant  qu’il 
avoit  témoigné  de  l’horreur  de  cette  propofîtion  ,  if  changea 
de  maniéré  3  &  tâchant  de  fçavoir  par  des  menaces ,  ce  qu'il 
n’avoit  pu  apprendre  par  artifice  ,  il  commença  par  la  prifon  ,  ' 

&  par  les  gehennes  ,  avec  lefquélles  il  tjâcha  de_  luy  faire 
peur  ,  êcluy  fît  enfin  voir  le  genre  de  mort  qu’il  luy  prépa-. 
roit  ,  s’il  ne  luy  donnoit  fatisfadion.  A  quoy  le  Médecin 
ayant  répondu  qu’il  ne  çraignoit  que  Dieu  ,  auquel  il  étoit 
obligé  de  rendre  compte  de  fes  adions  ,  le  Calife  revint  à 
luy -même  ,  le  louant  de  fa  generèufe  refolution  ,  &  lüy 
avoüant  que  tout  ce  qu’il  avoit  dit  êc  fait ,  n’ étoit  que  pour 
fonder  fon  defiein  touchant  le  poifon  qu’il  apprehendoit ,  à 
quoy  il  ajouta  des  prefens  fort  confîderables.  Mais  qu’eflr-ce 
qtie  de  l’efprit  humain  ,  puifque  ce  Médecin  qui  avoir  été  fi  ,  ,  .  ,, 

confiant  dans  cette  occafibn ,  tomba  en  une  autre  dans  le  defef- 
poir  ?  car  les  Courtifa-ns  jaloux  de  fon  bonheur  ,rayaiitbroüil- 
lé  avec  les  Puiflances,  il  fe  fic  mourir  crainte  des  tourmens, 
mais  Hottinger  dit  fimplement  qu’il  mourut  après  avoir  tra¬ 
duit  la  Sageffe  des  Grecs  ,  qui  efi  apparemment  le  Livre  de 
Jefus  fils  de  Sirach,  en  Siriaqu^^  en  Arabe,  &  expliqué  Eu- 
clide  &  r  Almagefie  de  Pcolomée.  Il  laifla  deux  fils ,  Ifaac  &  Anaiea 

David  qui  fe  rendirent  habiles ,  &  un  neveu  qui  traduifît  quel-  ^ 

ques  Livres  Grecs  3  en  Arabe  Sien  Syriaque, 

Joseph  Prêtre  fut  furnommé  Id^vigilant,  parce  qu’il  ne  *  sahin 
dormoit  que  quatre  heures  chaque  nuit ,  à  caufe  d’un  Cancer  -  ”  ; 
qu’il  avoit  a  la  tête  ,  mais  il  fçavoit  admirablement  la  matière 
medecinale.  Jean  Ebn  Batrik  affranchi  d’Almamin  efi  un  au-^ 
sre  Tradudeur ,  mais  plus  grand  Philofophe  que  grand  Me- 

S  ij: 


91  û  . 


Ejjkis  de  Médecine,. 

dccin..Sa'hecEbn&  Saporfont  encore  desTradufeufs&Medc^ 
eins  ArabeS)  Auteurs  de  quelques  O  u vf  âges  du  temps  de  BatfUç^ 

J  A  c  E  s  Alkindi  originaire  de  Baflora ,  d’une  famille 
noble  &  ancienne  ,  dont  il  prit  le  nom  j  n’ignora  rien  de  ce 
qu’il  y  a  de  rare  dans  les  Sciences  &:  dans  les  beaux  Arts..  Mais 
il  fît  un  Livre  avec  tout  cela  intitulé  âe  gmdibus  Medkamtn- 
'  '  '™  tomm ,  qui  plut  fi  peu  à  Anerrhoes ,  qu’il  en- dit  fbn  avis  d’une 
maniéré  fort  injurieufe  à  cét  Auteur. 

M  a  n  s  u  a  Ebn  Mokasher  MedecinCbrénen  Egyptien  ,  fut 
en  grande  confideration  chez  les  Princes  èc  grands  Seigneurs 
■MpUrag..  loil  temps  l’an  de  l’Egire  34c.  témoin  les  lettres  queduy 

12^  •  ^  écrivit  AL Aziz  j  mais  il  ne  fut  pas  toujours  heureux ,  ayant  été 

fnpplantépar  un  Charlatan  Juif  caufe  d’unecure  qu’ilavoit 

faite  par  hafard. 

H  EL  AL  fils  d’ Abraham  vMcdéefn  natif  dé  Charresea 
Mefopotamie  5  fit  la  Medecine  à  Bàgdet  avec  beaucoup  de  ré¬ 
putation,  auffi  étoif-il  fçavanc ,  bel  efprit  ^  &  d’une'  conduite, 
merveilleufe  ,  c’eft  pourquoy  d  fut  Médecin  de  T ufan  Ge¬ 
neral  des  Armées- du  Calife.  On  dit  que  fon  hls  Abrahain 
l’ayant  un  jour  fel-icité  des  grâces  &  des  honneurs  que  kiy  faL 
foit  ce  T uzau  ii  ne  iuy  répondit  rien  dii  tout  3  que  ce  ft- 
lence  ayant  obligé  le  fils  a  preflTer  fon  pere  de  luy  faire  quel¬ 
que  réponjfeyilltiy  tint  enfin  ce  langage  : 
tmde^ritn  aux  manières. de  la  Cour  é"  des  Grands iinon  Maître,  four 
njous  farter franchemenpyavec  teute  ja--^uiffdnce^  toutes  fesricheps, 
ne  fçait  ce  ^uil  faityil  nagit  ÿuè  far  frèvention  é‘fms  raifon  V& 
c'ejl  four  'cela  que  je  ne  camfte  guéris  fur  [es  carejfes ,  ^  furie 


dffe^  f  articulieremenp  fan  temferammenPyla  cmjèimion  de-fon  corfty 
^  le  degré  de  fes  forces  y  de  forte  qu  il  aété  furgé  jufqid au'  fang.  GC' 
fendant  comme  il  S'^Jl  enfin  tire  d^ affaire  y  qu*il  neji  f  as  mort  du 
remede  r  bien  éloigné  de  fe  f  rendre  ny  au  Médecin  ny- a  la  Medecintr 
des  accidem  qui  l  ont  mené  f^loing  yil  s’ êfi  imaginé  que  cette  Medt* 
cine  l  a:  guerk  Delà  efi-  'uenu'è  ma  faveur  ^  les  grands,  biens  qipil 
m  a  fastP  enfuite.-  Æn^  f  ay  grand  fujep de  craindre  que  comme  il 
tn  a  fait  du^  bien^  far  cafrke  dr  fans  rmfon  y  il  ne  me  faffe  aujjt  du 

Màttifiser:fagi6i^.^^t^^désoccafiônsoùjenetauray.fasmerité.. 

^Bifiothec.  qrien  ^  M-U  H  A  MED:  Ibn  Achmet  Altemimi ,  Médecin  Arabe  fai- 
une  grande,  figure  v-ers  l’an  4,70*.  de.  l’Egire ,  &  écrivit 


Prermêre  Farm,  Chà,^.  IV.  141 

to  Lîrre  des  .Alimens^ô^  cle  la  yerm  des  fimples. 

Nadhi  s  Æ.LUCH  Médecin  Grec,  &  un  autre  nommé 
Manfur ,  comme  Ebn  Moka:sher  Médecin  Chrétien  du  Cali¬ 
fe  Al  Azizl , fleurilFoienc  aufS  en  ce  temps- là ,  témoin  une  lettre  ' 

de  ce  Calife ,  fort  avantageufc  aux  Médecins  &  à  la  Medeeine.  \ 

.  A  &  itN  A  ^  A  R  Alpbarabiüs  .pacif  de  Phaïab  en  T urcoma- 
nic ,  vivoit  fan  43 o .  de  rEgire ,  &  étoit  fî  verfé  dans  la  leàu re 
des  Livres  d’ Ariftotc  &  de  Galien  ,  qu’il  fut  regardé  à  Bagdct 
comme  l’Efculape  de  fon  temps, &  furnommé  Homme  honom- 
ble  en  Arabe.  Audi  fît-il  de  fçayans  difciples  &  des  Ouvrages 
dofit  ?il  fera  parle  cy-aprés  ,  au  fujet  d’Avicenne.  Il  mou¬ 
rut ,  dit  Abulpharagej  pouf  ?être  trop  appliqué  à  l’étude ,  l’an 
435.  de  l’Egire.  Mais  il  faut  fe  garder  de  le  prendre  pour  un 
Abunazar  >  Philofophe  ôc  Médecin  ,  qui  vivoit  l’an  1^0.  de 
PEgire.  :  :  : 

Ebn  Bot  l  a  natif  de  Bagdet  ou  Baldac  dans  F  Arac  Ara¬ 
bique  étoit  Médecin  Chrétien  ,  homme  à  la  vérité  fort  laid  de  > 
vifage  J  mais  bel  efprit ,  qui  fit  de  bons  Livres  %  &  qui  fe  ren- 
ditconfiderable  par  les  conférences  qu’il  eut  avec  les  habiles 
de  fon  temps ,  &  par  les  differens  qu’il  eut  avec  Ebn  Redu  van,  skmL  xï;- 
&:  voila  pourqûoy  n’ayant  rien  trouve  dans  le  monde  qui  le 
contentât  pleinement  ^il  fe  fit  Moine  à  Antioche ,  l’an  44a .  de 
l’Egire.  - 

Ebn  Reduvan  efî:  par  confequeht  contemporain  de 
Ebn  Botla  ,  outre  que  celui- cy  en  parle  dans  fes  Ouvrages  5 
mais  comme  d*un  homme  fingulier  &:  bizarre  dans  fa  métho¬ 
de ,  &  à  peu  prés  du  caraclcre  d  un  autre  bizarre ,  lequel  ayant 
fait  marché  -  avec  un  malade  pour  le  guérir  d’une  fièvre  tierccj 
demanda  au  moins  la  moitié  du  prix  dont  oh  étoit  convehu,  T'ertiana  fim  -  ' 

léuteDant ,  fuivant  la  fignification  littérale  &  ordinairé^dü  ter-  Hemtcri^ 
me  de  demie  tierce,  qu’on  luy  devoit  la  moitié  du  prix  ,  ne 
refiant' à  fon  compte  que  la  moitié  du-malàguêriri 
Y  A  H 1  A  Ebn  Ifa  Ebn  larla  étoit  Médecin  Chrétien  natif  de  ■ 

Bagdet  ,  mais  il  fe  fit  Mahometan  à  la  perfuâfion  d’Eduflvvarid  î^S- 

qui  luy  enfeignoit-la  Dialectique:  Toutesfois  il  mourut  en  re- 
putation  de  Médecin  charitable  ,  l’an  de  l’Egire-  475,  Mais ^ 
il  ne  faut  pas  oublier  icy  certain"  ^ 

^  qui  faifoit  la  Médecine  l’an  51 0,  de-  . 

FEgire,  &  qyj  étoit  félon  Abulpharage ,  Médecin  comme  un  cor-:  » 

em  ejî  hUmj  &  un  homme  mordu  détin  ferment  3  e^  un  homme  fain 

S  iîj 


J  41  Medëcînt. 

é' vigoureux  î  mais  cela,  continiië  cét  Auteur,  riel-em^êch^ 
pas  de  faire  le  fçavant,  &de  fe  moquer  même  d*es  plus  habi, 
les,,quoi-qa’il  ne  dît  que  des  fadaites.  Il  en  vouloit  parcicu. 


les,,quoi-qa  il  ne  dit  que  des  radailes.  Il  en  vouloit  parcicu, 
liercmenc  à  un  Médecin  Juif  nommé  Abulchair;,  contre  lequel 
il  fit  ces  vers.  P  - 


4bulchair  aâeo  fiultus  ejl ,  ut  in  lame  ejus  leviüs  jîf  -^if^uii 
excellit,  .  ■ 


Adeo  infaujlmut  agrotum  qui  i^fo  Medico  ufitur  in  mare 
Perditum  fit  cui  nullum  eji  littuii  ■  . 

T ria  fpmtd ,  il>fiim  afie^us ,  é^  f^retrum  i  é"  qui^ortuos  laf&dt. 

Il  y* eut  encore  en*  ce  temps 4à  plüfieùr^-autrés  Mé& 
Arabes  Chrétiens ,  un  Colathat,  un  Abâtélla,.Ebîi  Talmid, 
Ht-batelli  4onum  Abatclla  Bbii  Matka,  Abatella  Ebn  Joham-,  tous  èftimez. des 
Califes  leurs  particulièrement  d’ Ai mataki,  qttll 

ne  faut  pas-  faiflèr  pàffer  fans  remarquer  que  fon  fils  luiy  ayant 
demandé  pendant  fa  derhiere  maladie,  levvoyant  fort  indilFe. 
ctohocuta  -  point  appétit 'à  quclqüé  chofe, 

il  Iny  xéi^dnàït ,  tout  mon  appétit  eji  d"  avoir  appetitl 

ALRAHABifutunMaTehandrhêlédeDan3as,quivi- 
vôit  randcrEgire  ,^32.  fâifàiitenelFetla  Medeciné&laMar- 
■chandife  j  mais  au  relie  tont’Amphibire  qu’il  étoitshommema- 
gnifique  .en  tocîî  &.par  tout;  ;  ' 

A  B  u  B  E  c  E  K  El^eric  eft  un  Arabe  d’un  temps  incertain, 
Ofie»-  qui  a  fait,  fuivant  Hottinger,  un  Traité  de  medendis  morhis  y 


Ahulphar^i 
■  pyn»fi. 


■td.  pag.  xyi.  gardé  Mahufcrit  dansda  Bibliothèque  de  Laurent  Meàicu, 

,  _  a  Florence/  '•  '  '  ^  _ 

M  O  H  A  MET  Ben  Abditalif,-  furnommé  Ebn  Elbirad ,  écri- 
ihuiphmg-  mA  vit  des' Plantes  de  l’Egypte,  l’an  6^6.  de  l’Egire,  comme  ; 
D/»#-  M  U  H  A  M  E  n  Ben  Eladib ,  écrivit  des  canfes  des  maladies. 

ÂBDo'ssALE  ,  Vahia  Ebn  Hâid,  Poëce  &:Philofoph,f’ 

Saet  Ebn  Abatella  ,  &  piufieurs  - autres/ Médecins  Arabes  3 

tant  Mahomecans  que  Chrétiens:,  font  marquez  dans  le  même 
'  Auteur. 

-  Theodoke  d’Antioche  Jacobite  de  Relio-ion ,  fe  donna- 

aun  Prince  Chrétien  de  la  Nation  des'Francs  j  mjais  l’ayant 
quitté  fans  fu  jet  après  quelque  temps  de  fer  vices  ,  &  tâchant 
^  de  gagner  fon  païs ,  aborda  par  un  coup  de  vent  dans  une  V in^ 
-^huM»rx£?  Hifi.  OU  ce  Prince  fe  trouva  par  hafard.  Âinlî  de  honte  de  fon  ip' 
Pynm.pitg-  Î4Ï*  conftahee  ,  il  aima  mieux  fe  donner  la  mort ,  que  de  rougit 
devant  luy  de  fa  défertion. 


Première  Partie.  Chap.  IV.  \î43 

I B  K  Z  O  A  R  eît  appelé  admirable  par  Averrhoes ,  parce  üottinger.  inAm- 

qu’il  vécut^cent  trente  ans ,  &  qu’il  n’avoit  commencé  à  étudier  , _ 

qu’à  raffe  de  40.  ans.  .  '  >  chrifi.  1163.  « 

^  EbnElbeiTAR  AbenbicanEfpagnoli  natif  de  Malaca 

de  Grenade,  a  écrit  en  Arabe  un  Liyre  des  Medieamens  fim- 

plcs ,  dont  le  Manufçrit  étoit,  fi  l’on  en  croit  Pafchalis  Gallus 

I:  ScWkius, parmi  Ics^tiytesude  Ginlto 

ils  ajoutent  quai  y  en  avôit  qnqoré  un  çhe-z. certain  Jacobite  5; 

maïs  ce  qu’il  y  ade  plusi  vr^-lèmblable>  eft  ^ueaoutxela  &: 

tout  ce  que  nous  en  avons  ^n  eft  que  des  compilations  faites-  • 
dans  les  Médecins  Grecs.:  .  ,  . 

Kln  A^,r.s  ouiKimanm^^^  à  écrit  en  Arabe  un  Livre 
facultés  des  Plantesf,  des -animaux ,  A  des  miherauîé,  lequel  a  ^ 

été  traduit  en  Latin  paj*i Gérard  CromoncnfiSi»/  ;  / 

.  A  B  H  I  N  G  U  .RB  r  t;  ou  Albingucfit  a  donné  un;  Livre  de  la 
yertii  des  ;  âlimcns,&  des  .  Medieamens,  tradudc. pan  le  mime-  ferip,  Mei,  *'  " 
Auteur  ,  6c-un  autre  des.' Redemedes;,  impriméîavenlesGeiivxés: 

deMefiié.  ' 

;  -  J:QA  Mfi'x'ifû:Si;e|l;iun::(AiÆevdu  dixiéme  ûecle  ,  qüia 
écrit:  fur  divers  fujétsf  Si  apparemment  le  ’mêtiie  que  eét  Hu- 
main  ou  Huæan  çité'piar-  Rbafis  .i;qul  a  interprété  Andrqma-  èi/îf.  i, 
chus  ,  &  qui  adonné;- lés  GànonS.O'econbîniqües  &  les  Tables 
Ifagqgiques  ,  qp>’Qn  vP.it  .dâns  l’Avâcenne  dé  Gérard  de  Grc- 
mpne,  ^  ^’4ndrdd’iAlpago.i  -  :  :  ■'  -  - 

J  E  AîN  fils  de  Serapiona  vécudanH’onztéme  fiecle.  Quel¬ 
ques  Auteurs  l’ont  fait  Mahometan  3  mais, quand  il  n’y  auroin 
quefonnom,c’eftairezpourcroiréquilétoitClirétien.  ' 

Al  B  AT  E^H-ns  ou  AlDateniusavécudansdeLmêdîe'fiecle,  •  ^ 

6c  a  traduit  quelques  Livres  dé  Galiéni  en: Arabe  fur  le  def-^ 
fein  de  Joannitiiis;,  qui; luy  avoit  montré  le. chemin.; 

K.  A  Si  s  y  Bi^zÇes  Ahub^tCrr,  ou  BultBjureMjrgÆm  et  jiUîis  Z  Acha- 
rid  Rhafis  ,  &{):  un  Arabe  de  la  Mauritanie,  connu  de  tous  les  yanderlind.  ds^ 
Médecins  par  la  quanrité  des  Livresjqu’ii  a  faits ,  &;  particu-  Hedic 
lierement  par  fon  iou  Traité  dectoutes;  lés  maladies 

du  corps  hun:^in,.&ldbregéde-E?s  âutiæs;OuTrages  rmais  fon.  ,  . 
temps  paroit-ineertain  ,  parce  que  René  Moreau  iednet  dans 
1  an  de  grâce  p 3^.  Câmpegius'êcd’âutfès'en  iio^ô.  Vanderlin-. 
dçn  5  &''Vplphang.  Juftus  en  loSsO.  MaL  saldfi,;vr-ay;-qù’îlait 
veen  fix- vi nge^  ^  toutes  ces  dpînibfîs  ne ibné  pas  diffidiles 

âçoaçU.er.  .  Quni-qii  il  enTôit;>il:éerlvkdnêmeXinetbiiftQire 


pag.  155. 


y.  SchenhiUm  é* 
Vmderlind. 


0mmger.  Bihlia- 
-theç.priental.pag. 
,ï3;« 


Hottinger.  in  A»a 
leâ.pag,  197. 

F.  Schenkii 
theç. 


1^,^  Éjjals  âe  Jlde^€clnâl 

d’Efpagtie  Cil  faveur  du  Miramolin  Balharabî.  On  dit 
commença  à  faire  la  Médecine  à  l  age  de  trente  ans ,  qiVif  fjj. 
Empirique  40 .  ans ,  6c  40 .  ans  M  edecin  rationeU  il  fut  encore 
Médecin  d’ Almanfor  Koy  dés  Arabes,  mài^  fi  malheureux  qu’ü 
ne  put  Gonferver  fa  faveur.  Ârnaük  dé  Villè-neuve  eft  uq 
de  ceux  qui  ont  travaillé  à  fon  Eloge  avec  le  plus  d’appUca. 
tion  ,  6c  Hottinger  nous  apprend:  vqne  non  feulement  il  eft 
préféré  à  Avicenne  par  les  Arabes  >  niais  encore  qu’un  certain 
rbn  Chatiean  l’a  appelé  Médecin  par  excellence. 

A  L  B  U  C  A  s  î  s  ou  Buchafis  vivoit ,  fi  l’on  en  croit ’^olpH. 
Juftus,  l’an  de  grâce  1085.  6c  compofa  trois  Livres  de  la  Clii- 
rurgie,  6c  d’au  très  Livres  des  maladies  des  femmes ,  fort  diffe-  . 
rens  du  Livre  intitulé  Bulchafim  Benabénazerim  >  ou  UUr 
traduit  par  Simon  Januehfis. 

S  A  L  A  b  I N  U  s  de  Efculo^  ou  Sàladinus  Efculanus  Mede. 
decin  du  Prince  de  Tarente  ,  a  fait  un  Abrégé  des  Medica* 
mens  aromatiques  ,  6c  quelques  autres  Ouvrages  marquel  par 
les  Bibliographes. 

H  A  L  i/A  B  3  A  s  ou  Bbn  Abba  dlfcîple'  de  Rha^^^^^  a  été  en 
grande  réputation  dans  le  dix 6c onzième  fîecle,  qüoi-qu’il  ait 
été  furnommé  le  Singe  de  Galien  Aûffi  Avicenne  qui  avoit 
fureté  tous  lés  Ouvrages  dés  Grecs  6c  des  Arabes  qui  l’avoient 
précédé ,  s’cft-il  bien  donné  la  peine' de  le  éQ'pier  en  divers 
endroits.  Il  dédia  fes  Ouvrages  àCqn  Prince  yqu-.il  ne^-^ 
fâk  connbître  que  fous  le  .nonvde  grand  Rby ,  6c" de  plus" fcrt 
que  tous  les  autres  Princes  de  fon  temps.  Certain-  Eftienne 
Philôfophe  lés  mit  en  Latin  l’an  1127.  6c  Michel  Capella  les 
iliuftra  de  quelques  notes  l’an  i  j  2,3 .  Il  y  a  encoré  Hali  Ro- 
doam  que  "Vanderlinden  fait  Egyptien' après  ‘^olphang* 
Juftus ,  6c  qni  aecritXur  de  Galien ,  apparemmeoE 

different  d’un  autre  Hali  Abbas  Juif  qui  a  écrit  Re  Medica* 
d’un  autre  qui  a  fait  un  bel  Ouvrage  de  Chirurgie. 

A  L  s  H  A  R.  A  V I U  s  OU  Alpharabius  eft  un  Arabe  Maure  éa 
douzième  ficelé  ,  défi  grande  réputation  que  ZaeutusXc Pau- 
kis  Ric.cius  le  croient  le  prémier  dés  Médecins ,  après;  Hipo- 
crate  6c  Galien  .-  car  outre  fa  pratique  donhée  au  public  par  ce 
Riccius ,  il  fit  un  excellent  Livre  de  la  Chirurgie  que  Golius 
a  véu ,  ditdl ,  à  Conftanti nople. 

H  E  L  LU  G  H  A  Z I M  Ellimitar  fils  de  Nahâdün,  petit  filsde 
Cellam ,  natif  dè  Bagdet,a.  fait  les  Tacum  ou  TahuU  fanitpi^ 
marquez  par  les  Bibliographes.  RalpS^^® 


r 


Première  Partie.  Chap.  IV".  ifS 

■  Kalehus  Egyptien  a  fait  un  Traité  ou  Commentaire 
fur  les  Canons  d’Avicenne  ,  de  même  qu  Ibn  Nephis  :  car  je 
marque  icy  plufieurs  Auteurs ,  quoy  qu’au  deiTous  d’ Avicen¬ 
ne  &  d’Averrhoes ,  quant  au  temps  &  au  mérité ,  afin  den  y  pas 
revenir. 

Avicenne  donc ,  cçt  Arabe  fî  connu  >  qui  fleiirifToît 
dans  l’onzième  fiecle  ^  eft  un  nom  corrompu  d’Ebn  Sina ,  qui 
fignific  le  fils  de  Sina  ,  5:  c’efi:  peiic^êcre  pour  cela  que  le  Car-  fermim.fôî,  ite. 
;dinal  du  Perron  a  crû  qu’il  éepir  fils  d’un  CEinois.  On  l’appelé 
-encore  Abuhali  père  déHali ,  Ebn  Hali,  le  fils  de  Hali ,  &ou 
ajoute  que  fon  vray  nom  étoit  'Hofam  î  &  que  c*efl:  pour  cela 
qu’il  a  été'  encore  appelé  Alhafcn.  Quoi-qu’il  en  foit ,  fon 
pere  étoit  natif  de  Belch  ,  ^  Intendant  des  affaires  de  Nuch  PJf 

fils  du  Rpÿ  de  Buchara  fur  rEuphrate  ,  &  fà  mere  sTppeîojt  fcÿ^minltTôof'i. 
,  Citara.  Il  naquit  àEucharaen  PerfeFan  370.  del’Egire.  C’é-  r»/». 
toit  un  tresEel  efprft ,  mais  il  fut  toute  fa  vie  Mahometan 
malgré  toutes  fes  lumières ,  tant  l’éducation ,  la  coutume  ôc  la 
commodité  de  fa  Religion  eurent  de  force  fur  luy. .  11  eut  - .i» 
pour  Précepteur  Abu  Abdalla  de  Nahcl  j  qui  lüy  cnfcigna  la  .99a»  ^ 

Grammaire  >  la  Rhétorique  6c  la  pialeçtique  ?  d’ou  il  paffa  a 
l’étude  de  la  Médecine  5  &  à  celle  des  Livres  d’Buclide.  JI 
étudioit  jour  6c  nuit  prefqué  fans  aucun  repos  ,  6c  prenoit  un 
peu  de  vin  pour  reparer  la  perte  des  cfprits  ,  quant  il  fe  fen- 
toit  âffoibli.  Q^nt  aux  mœurs  il  étoit  hpnnêce ,  équitable  , 

:  charitable  &  pieux  à  la  maniér  é  des  Mahometans,  de  forte  qu’il 
fut  admiré  de  tout  le  monde  dés  l’âge  de  18.  ans.  On  dit  qu’a¬ 
yant  trouvé  par  hafard  un  Livre  compofé  par  cét  Albtimafar 
Alpharabius  ,  dont  nous  avons  parlé  ci-devant,  il  y  découvrit 
des  Tréfors  d’érudition  qui  le  rendirent  fçavant  dans  la  Me- 
taphyfique  ,  à  laquelle  il  n’ayoit  pu  rien  comprendre  avant 
cette  découverte.  S’étant  donc  enmite  adonné  à  la  Medecine, 
il  s*y  rend.it  fi  fçavant ,  que  Nuch  fils  du  Roy  de  Buchara, 
abandonné  des  autres  Médecins ,  demeura  fort  perfuadé  qu’il  , 
avoit  obligation  de  fa  vie  àfes  foins:&  àfa  capaeité.  Ainfi  Avi¬ 
cenne  fe  voyant  en  pofiefTion  de  la  Bibliothèque  de  ce  Prince, 
il  profita  de  l  oçcafion  par  le  bon  ufage  qu’il  en  fit,  &  eut  en¬ 
core  l’avantage  après  la  mort  de  fon  pere  ,  de  luy  fucceder 
dans  l’intendance  de  fes  aflfaires ,  &  fut  fi  heureux  pendant  ce 
temps-la  ,  qu  il  gnerit  lé  Prince  d’Eléram  d’une  maladie  me-  ^ 

lancholiqüe.  Mais  ayant  jugé  à  propos  de  donner  quelque 


j 


‘  .  ■  EJJk^  de  Medecme. 

•tréVèate-ë^udes,  &>dé  mefter  une  vie  plus  douce ,  ïl -.admît 
ibs  'Eebiiers  -à  '^fes  div^erc-iffemetis &  à  quelques  petites  débau¬ 
ches  qui  lhy-a^iÉii»ei?ént  leur-amitié ,  quand  iis  le  virent  de  cette 
Eürtjeùr.  Gek  -neEenipêGha  pa5  de-fairc'un  voyage a^Abdaj 
où  il  guérit  de  la  colique  le  Prince  de  ce  lieu,  qui  le  fit  au 
'deÉës  '^^ifirs  ou  Confèillers.  Delà  il  paflTaà  Apheca ,  où  il  fm 
■  receu  des  fcavans  avec  de  grandes  demonftra'cions  d’eftinïe^ 
■d’âtftkié-,  ■&  il  y  a^Uit  beaucoup  de 'gloire  daiïs  les -dlfpütcs  ^ 
des  Gotiferences.  Ee^Royde  Sénfadüle;  ^voyant  eependâUu  ^qulil 
‘Skdonnoit  avec  beauGôüp  d’application  à  l’étude  dès  Matho- 
-matiqués ,  luy  fit  fournir -tout  ce  ^qiii  'éîoït  '  neGeiraire  pour  fe 
^rendre  accompli  en  cette  fcience  ,*  niais  pou^cela  il  ne  dédai- 
!  -gnoit  "pas  de  fairède  fês  propres  tinains  tous  les  inftrumens 
-  p^ont  il  avoït  le  plus  dé  hefoin  j-mâis  étantobligé  deduivre 
Roy  dans  qUêlqüeS:  expéditions  -inilitairés ,  il  y  contrariai  dès 
dneonimoditês'qui  dégenererent  en  Epileprie  ,  n  ayant  pasiété 
^pendant  cette  guerre  âflez  fur  fes  gardés  contre  les'attaques 
“désEerrimes.  A"quoy  il  faut-ajoûter  que  comme  il  lîfa  tr<^ 
^longStCmpsvde  Mithridât,-  &  qite  jLesd0niéftïques  ,^ui:neM- 
"rnoient -pas  à^  caule^  de  fa -fe Vérité  ,  pdlerent  trop  "d’opiuffld 
fes  Ecmedes  ,  ils  de  firéné- doueétnent  ^rnburir  par  celui -dà. 
Ain  fi  voyant  apprOchér  la;  Mort  r  i  l  fe  dépêcha  d  e  prendre  /on 
-parti ,  mais  en  PEilofëphe.  El  donna  donc -une  partie- de 
-Biens  aux  ^pauvrési,^  la  liberté  à*  qudqiies-üns  de  /esiEB 

Comment,  in  ^rt>-dlâv€s ,  rCcOmmàndânt  enfiii^fo'nràme-WËCfg.neur  à  la  Mâniefô 
gn^fi.  Hi^ecrat.  des  Mahomctans.  dPMôûrut  âgé"dé  ÿS.'aris  fut  inh^^^^ 

-Ghamadan ,  l’an  de  PE  g  ire  42-8.  de  grâce  10E2,- félon  la 
'plus  Commune  opinion,  ^^ant  à  fê^:  Duvragès  Gardan  ae'çrit, 
que  quoy  quùPaitbeâiiCoup  pris  d’Hipocrate ,  de  Gàlicn,d’0- 
Eibafe,  d’Æce  SedeiPaUP  Eginette  J  il ands  tout- cela  en-fiboîi 
ordre ,  qu’il  mérite  d’être  lu.  De  plus  qu’il  adécouvert'  la  plû- 
part  des  purgatifs  doux  &  bénins  ,  qui  étoient  inconnus  aux 
Grecs ,  &  que  quant  aux  fautes  qui  fe  trouvent  dans  fes  éerics, 
elles  viennent  de  Pignorance  ou  de  la  negligénce  des  iritef- 
^iierami,tag.  .^,^^es.  J.  Gdlâr  Scalîger  va  encore  plus  kdn  que  Cardau;, 
•  car  il  ^croit  la  lecture  d  Avicenne  fi  necefl’alre,  qiiil  ne  croit 

pas  qtPon  puifife  être  bon  Médecin  qu’on  ne  Paît  bien  lu 
AveRkhoes  n  eft  gueres  moins  connu  qii’ Avicenne ,  ^ 
n*eit  gueres  moins  grand  Médecin  que  grand  Phîlofbphe, 
-comme  il  paroît  par  ies  Ouvrages.  -Il  s’établit  à  -Cordoué  6» 


Prmkre  IV. 

Fas  n-4o.'Ô4&tJe  plms  paffionné  deaoii^  k5  fârdü 
d’IStete.  Oo  kty  P^fienrs  diofes,,  Sc  même  fur  la 

K.eUdott,  taDc  bonnes  qiiq  manv'aifç&,,&,app.r^^ 

ment  par  -ks.  Àütears.  ;  Il  ço^ppif.qu^nt,à  la  :M  ma 

Ouyracrc ;4u  il  iuximk  la Mcde-^ 

çine,  par  l’ordre  dn\^ran3orip,,  dqiu  il^étd^tKfedècia}  mais, 
iln’cil  pas  vray  qa'il  ait  empoikimé  ,^ykeàde  >,  §C,  qpe  celui- 
cy  to  rjendu  la  pardllc  ^  comme.  L’a  .écrit  Yan4éxrinden 

tK>m^  par  Wolp^ang^  jd^u^fjij’iî  ftutr^  ^éngî^ent  ^ca^ 
outre  qp-aucan  Autear  ma  mar%|è  ^  fait  ,i’iX  e%  vfây  qu 
yerrhoes  aiç  fleuri  eaii45r  félon  qriçî^ues.-di^',  d’aur 

très  en  lidy  .rpu,  117  0..  commet  Avicenne 

étant  mort  des  L’an  loé  2  ?  ;  .  ,  ^ 

A  vÊN.zaAR -Abhqmcron.oaîAb^^  Abynzoar,  étoit 

ipeer  prés*dn  tçnïpsA^verrflôés^^^  &^t  i.-c’efl:  pqurf 

qjuoy  :  nom^  fàge.  &  '  1110%%^ "9^  <ÿp  cpail  !  oomuiença 
d’étu-dier  en  Medeçine  des  Lage  de  dixà^^  qm  if  en  vécut 
plus-  de  flx'vingts.  Son  plus  fameux- Puvrâge,  cltle  TdwV  j  OU 
de  Re.Medica  marqué'  par .  tous  les, 

•Bibliographe^.,  r.v'o^V,  ;  i;-:  , 

E  :a  N  flls^de -Mefné  natif  dé-Damà^^  des  Canons, 

^  de-  quelques^  autres  Quy.rages,  de  Medecine  Pharmacetiçi^ 
qnu ,  elf  fl  different  de  ce  Jean  Sis  de  Meftie  Syrien  donc  nous 
avons,  pâ-iid  çy  -deYanc  ;^  que  les  temps if^is  ^ies^  iLirnoms  font 
ftiffifans  pour  les  diflinguor.  En  effet  ,l’nn  vivoit  dans  le  hui¬ 
tième"  fieGle,  conîmo  nqds  Lav ws  Wf ^ ué,  éfffo.n  Beu ,  &  eeluy 
dont  il  s’agit  icy  yvivoit  daps  Le  Âouaiéuie  félon  tous  les  Mm- 
decins&Hiftoriens,  ôte  étqic  petit- ils  dainRoy  de  Damas  ,  té- 
mpin  la  Genealogie  qu’il  amilqà  la  tête  de  (es  Ouvrages  à  la 
maniéré  des  Orjetîtaux.  _  Quant  d  fes,  écrits  on  ne  fçait  s’ils 
font  en  Arabes  Grec,  ou  Siriaque  5  mais  il  eft  certain,  qu’il 
avoit  iu  les  Grecs  avec  tant  d’afliduité,  qu’il  a  pu  écrire  en 
leur  langue.  Il  faut  donc  encore  remarquer  à  notre  fujet  que 
Andréas  Beilunenfîs  fait  deux  Jean  fils  de  Mefué ,  l’ancien  SC 
le  jeune.  L’ancien  a ,  dit-il ,  écrit  en  Arabe  ,  &  voilà  le  Maffuia 
eu  fils  de  Mefué  du  huitième  fiecle,  mais  dont  nous  n’ayons 
-pas  les  écrits.  Q^nt  au  jeune,  il  dit  qu’il  n’a  pu  trouver  fes 
Ouvrages  parmi  ceux  des  Arabes, d’oii  on  pourroit  inférer, 
qu  il  auroic  écrit  en  Grec  ou  en  Siriaque  »  ôç  voila  celuv  du 
y-ouitiçnie  fieçlç,  ou  chreÿiet^  '^  mais  Yoflius,  nonobffant 

'  ‘  ■  “  Tij 


Chrifti  iiéi.  ex 
fuBo. 


CâBell.  in  vitis 
'Medic.  iltufir. 
Andr.  Tiraquell. 
in  nomenclar.  Me^ 
die.  Vanderlindenà 
de  ferip.  Medic. 

MeSannathi  fiîius 
Mçdicus  Syrus. 


V.  facoh.  Sylvie 
pr&fat.  fetr.  Ca^ 
fiellanum  in  vitis 
illufir.  Medieor, 
JP  af ch  al.  Gallum 
Schenkium  in  Bi~ 
bliothec.  ^  fujium 
inchronol.Medic, 


’  ■  Ëjjais  de  Médecine, 

cette  diftinÆioh,  a  tellcrncnt  confondu  ces  deux  Médecins  fu^ 
t)enipric.GŸAe^  Ics  Mciîioires  de  Leon  rAffriquain,  &  fur  la  ledure  de  queU 
lih.A.&i.devhi-  autres  Auteurs  ,  qu’il  n’en  fait  qu’un,  6c  fi  bigaré  qdou 
lêfo^km.  connoit  rien.’  La  convenance  de  MaJfuUi  &  de  Majfahi,- 

celle  de  Patrie. ,  de  ProfelTion  6c  de  Religion ,  car  ils  etoient 
tous  deux  Chrétiens ,  a  donc  càüfé  cette  confufion  ,  dans  la. 
quelle  cét  habile  critique  a  donné ,  6c  l’erreür  de  plufieurs  Mé¬ 
decins ,  qui  non  feulement  nen  ont  fait  qu’un,  mais'  qui  Font 
Confondu  avec  ce  Jedn  de  Damas  qui  fuit.  “  ' 

J  E  A  N  Damafcene  efl:  le  Synonïme  de  deux  Médecins 
qu’on  ne  peut  démêler  qu’en  démêlant  les  écrits  qu’on  a  tnis 
fous  leurs  noms  i  6c  fous  ceux  de5  Auteurs  qu’on  a  confondus 
avec  eux.  Il  faut  donc,  fça voir  que  Vanderlinden  a  fait^ 
apiês  Volïang:  ^|dliüs  >  un  lahüs  DamafceUus  Auteur^  de 

:  certains  Adhorr&iés  J,  d’un 'Traité  des  fièvres  ,'ôc-^^^d^^^^ 

'  Therapéutique  ,  le'  qualifiant  .  Prêtre  ,  Moine  6c  Médecin 
de  Decapolis  ou  Paneas.  Mais  il  n’y  a  gueres  d’apparence 
que  ces  Ouvrages  ,  qui  ne  font  que  des  compilations  decaix 
-  de  Galien,  :d’Æcc  &de  Paul  E'gïnette  ,  foienc  d’un  de;  ces 
Solitaires  du  quatrième  fiecle  ,  qui  n’étbienc  occupés :en  ce 
têmpsdà  qu’a  la  PHeré  )  6c  au  travail  des  mains aufli  Gèfner 
6c  Schénkius  croyent-ils,  que  loin  d’être  d’un  Solitaire  de  ce 
nom  6c  de  ce  tempsdâ  ,  ils  foht  de  Jean  Sefapion.  Qj^nt  à 
Joan.  Damafeerius  fils;  d’un  Mefité ,  qui  a  écrit  des  Ganons  de 
Médecine,  6c plufîeuÿs  .aiitres'Ouyrages  de  la  matière  Medi-- 
'  ■  einalev qui  vivbit  ddhslc'dQüiîeraè  hecle,  Wolphang.  Jd^^^ 

6c  Vanderlinden  lé^nt  éncôre  trompez  quand  ils  l'ont  fait 

MoineBenedictin'î.car  oüt;re  qu’il  n’y  â  aucun  Moine  Méde¬ 
cin  de  ce  nom  dans  toUtè  FHiftoire  Behedidine ,  l’erreur  vient 
fans  doute,  de  ce  qivilsunt  pris  tin  Moine  Bénédictin  Préce¬ 
pteur;  de  Saint  Jean  Dabaféehejpoiif  cé,  Joann.Damâfçenns, 

6c  qu*ils  ont  confondu  tous  ces  noms.  T rithémius  même ,;Bz(> 
vins  ,  6c  Symphoxian.  Gampegius  ,  ont  tellement  défiguré  ce 
Joano.  Damafcsnus  Médecin  du  douzième  fiecle ,  que  non 
leulemenc  ils  l’ont  confondu  avec  Sai  nt  Jean  Damafcene  5  qei 
m’a  jamais  rien  écrit  de  la  Medécindî  rnais'  encore  qu’ils  ont 
Uiîs  ce  Saint  au  nombre  des  Saints  Medeéins  5  dé  forte  qudn 
trouve  même  nôtre  Joann.  Damafeenus  6c  Saint  jean  Damâ' 
feene  confondus  avec  les  deux  Jean  Mefué  dont  nous  avons 
parlé  cy,-dçS:ixs, parce  que  l’uu  éco.it  fils  d’un  Mefué,  6c qd’il^ 


Première  Partie.  Chap.  IV.  14^ 

avoient  été  tous  deux  furnommez  Manllir,  *  quoy  à  de  dif  *  Vidorieux.  iiia- 

„  r  O.  ftïc.  Sarrafin. 

ferens  refpeds.  , 

'  Alkanamusalusou  Canamufalus  de  Baldac  a  écrit  _ I _ U 

dans  le  douzième  fiede  ,-des  maladies  des  yeti^.  ^  ^^50. 

Y  AH  I  A  Ebn  Hamechjvivoit,  dit-on,  l’an  715).  de  TEgfre  , 

Sc  fît  un  Livre  àeReMeàua,  qui!  dédia  au  Roy  Albulafem ,  ST  Hottinger.  Biblio- 
qui  contenoit  la  maniéré  d’examiner  les  Médecins  fujets  du  thec.orum.f.iéi. 
Roy  de  Grenade. 

Abdaramahus  Afintenfis ,  eft  un  Arabe  Egyptien  , 
dont  les'  Ouvrages  ont  été  traduits  de  nôtre  temps  par  Abra¬ 
ham.  Echcllenfis  Maronite  fur  le  Manuferic  de  la  Bibliothèque 
Mazarine. 

B  U  H  A  H  Y  L  y  H  A  Bingezk  a  fait  les  T acuins  ou  Tables 
des  maladies  du  corps  humain ,  traduits  de  l’Arabe  en  Latin 
faivantTordré  de  Charles  1.  Roy  de  Naples  >  de  Sicile  &  de  ‘ 

Jer'ufalem ,  frere  de  Saint  Louis ,  par  ce  Earragius  qui  a  traduit 

le  de  Rhafîs  3  comme  il  paroîc  par  la  Préface  de  ce 

Juif,  où  il  donne  les  mêmes  Eloges  à  ce  Roy ,  qu’il  luy  donne 

dans  la  Tradudion  de  ce  fur  Ta  fin  du  25.  Livre  5  &  : 

où  il  prend  lès  mêmes  qualitez  qu’il  y  a  prifes.  Mais  comme 

je  ne  voudrois  pas  affîifer  que  ce  Bin^flas  n’àit  écrit  au  temps 

de  Charlemagne  ,  je  croirois  plus  ^paremment  qu*il  a  écrit 

àu  temps  de  Charles  1.  Roy  de  Sicile ,  puif-qu’il  a  donné  ordre 

à  Earragius  d’en  faire  la  Traduction  pour  l’ufaee  de  fa  maifon, 

&  que  dé  plus  Occo  *  ni  Schcnkiûsne  nous  donnent  aucune 
preuve  évidente  qu  il  ait  ete  du  temps  de  Charlemagne.  jerr^ingef. 

Il  y  a  encore  dans  Abulpharage plufieurs  Médecins  Arabes  > 
tant  Chrétiens  que  Mahometans ,  depuis  l’an  de  l’Egire  éao, 

&  entr’autres  Said  Ebn  Tuma  Médecin  Chrétien  de  Bagdetj 
mai-heureulemenc  aSaffiné  par  Une  horrible  trahïfÔhv  Hâfnon  .  *  '  .  ; 

nütre  ’  Medeci n  Chrétien  d’EdeCe;  lâkub  Ebn  Saklan ;,  Ebà  RohcnjGs^  ' 
Salem  ,  ou  Ebn  Kafabâ  Jacobite ,  Theôâbré  d’ Antioche  > 

MetTud  de  Bagdet  M’edecih  fçavant  êc  fpi rituel  ,  Ifaaç  de' 

■Bagdet  &  plufieurs  autres  qu’on  peut  foir  dans  les  pages  345. 

&  444.-  dc  rHiftoire  desDyn0iey  d’Abulpharage;  Mais  à  ce 
propos  il  ne  faut  pas  paRer  à  d’autres  hiatieres  j  fansT’arrêtér 
un  peu  à  céTameux  Médecin  -Hiftorien  jides  ^Ouvrages  dïi-  -  ^ 

quel  jay  tire  la  plupart  de  ce  que  je  viens  d’écrire  touchant 
Médecins  Arabes. 

Cs^egoire  Abulpharage  étoit  né  à  Malaca  >  dis 
■  '  T  iij 


i^Q  Ejjais  de  Medecine, 

d'un  Mcdecin  Chrétien  nommé  Aaron ,  Sc  n’étoit.gâs  Ëhi'étiea- 
Renégat, comme  l’ont  voulu  faire  croire  les  Mahometans,|a,loüx. 
de  voir  un  fl  grandPerronnageChrétienimais  cequi  fait  à^iagloi. 
re,  eft  que  ces  ennemis  du  nom  Chrétien  ,  &  d;C  la  reputationde 

Grêgoi rc ,  ’  ne  lailToient  pas  de  le  confulter  comme  fai foient  •; 
tous  les  Orientaux  dans  leurs;  maladies.  On=  peut  voir  les  Elo*  ' 
ges  qu on  luy  donne,  oii  on  ne  le  traiie  pas  moins«  que  de. 
Phénix ,  &  que  de  rhonneur  de  fon  fiecle  3  au  (h  eh'  il  appelé  às 
quelques.  Chrétiens  : 

Primarius  i  'jacohm£i&  üZ;UnQ, 

maire  Syricnncj&^pelques  autres  Ouvrages 

des  Dynafties,  &  mourut  à  îahn  du  douzième  jlieclGy&  félon  -  ! 

-  qneiques-uns-à  la  fin  dm  treiziéme,  Pan  de  UEgi-re  é^o»  1 

Je  paffe  danc'  maintenant  aux  Rois  Ô4  apx,  Prdnges  .qiai:  ont 
honoré  la'Medecme  ou  pac  Pétude,.0u  gân  la  profeffio^quih 
en  ont  faite.  Ainfî4^;remaix|U6  entreje&  Héros  de  i’aatfquk 
la  plus  reculée  vjafon,  dont  le  nom  femblcirnar^iiier-  la  prin¬ 
cipale  étude  &  application;  Hercule ,  AcHle ,rT hefée, ,,  T ela? 

V  mon,  Pelée,.Arin:ée,  Teucer,  PacroGleyFaIamede,Cadmus6; 
àziido.  Bacehus,  eut re  les  Grecs  r  Comme:Nekep&;S  r  Peto&is.,  ,Tp- 

lbrthrtis,&:  ces  autres,  Rms  d’Egypte  :que:  la  fable  a  défigui^j  | 

Alcibiade ,  Denis  Tirante..  Sieiie  >  Idomenée  Roy  de  Crete, 

'  Nous  ayons  encore  le  Grand  Alexandre  J  puifque  Plutarquê 
le  met  au  nombre  des  MGd€Gins  ,  Xy fimaque ,  Antipchus  Roy 
de  Syrie,  Ptolomée  Evefgete  Ro:y  d’Égypte  ,  Actâlç s  Çod^ 
nms,.Amarot  6ç  Éaodieusrmarguéf  par  (^llén..  Juba  j 

Mauritanie  ,  Mithridate  Roy  de  Pont ,  Seleucus  Roy  de  Lo'-  | 

-  cres.Gentius  Roy  d’Illirie,Pharnâçes,Eupator,  Agrippa  Roy  | 
des  Juifs,  Evax  ,&  Sabid,,Rois  des  Arabes,  Sabor  dcun  autrç  ! 

in  AntidpuY,  cap.  Prince:  d’Orient.  citc  par  Æcé  &  Mefué Abderamç  Roy  des  | 
17-  r  SàrafinsjÔcceMçluépetit-fils.d^un  Roy  de  Damas.  Un  D^r 
yid  Roy  de  ce  pa'A  ,  cité  par  Àvicenne,  laciiruta  &  Rermit 
marquez  dans  Scrapion,  *  Sandropiélus  ou  Sandroçàtus  Rpy 
BaUus  de  Seripto.  des  Indes ,  marqué  dans  Pline  &  dans.  Athenée.  De  plus,  Gcn^ 
rib.  AngUc.  plps,  CUmcnus,  Aaron,  Agrippa ,&  Mafiniflà  Roy  de  Numh 
die  ,  Kinamis  Roy  de  Perte,  qiii a  écrit' de  la  vertu  des 
tes ,  tous  Rois  ou  Princes  &  Hçros  de  la  Medeçine,  Nous  avons 
*  Indiæ  Rex,  ad  Antiocliam  Medicamenta quædam  aftriEgcntia  mifît  quæ  fubdûa 

po4o.  malacohibc:«^. 


Première  partie.  ly .  ij-  i 

-cücorc  lin  Renta'NataeiüsSiJorina  Rois  d’Ecofle, qui  vivoient 
-prés  de ‘deux  ficeles  avant  Jefus-  Chrift  ,  ^  dont  le  fécond  a 
ecfit^des  'Re'f’lcs-ou  Canons  de  IVSedecine  :  car  quant  a  Jofina  ceorg.  suchanm. 
;il  neraut  pa?Gubli<^:qu'ayan:^été  nourri. &ékvéj^r  des^M 
-decms,  aurqueis  il  fc  lentit  oblige  ,  il  aima  depuis  la -Mé-  Major. 'Britm.. 
ccine  &ecux  qui  profeflbicnt ,  jufques  à  eompdfer  des  Trài- 

^tez  des  playes&dcs  facultez  de  Medieameusjd’oii  il  ell  arrivé  ^ 

que  les  Eeoflbis  ont  long-temps  cultivé  cét*  Art-qu’ils  hono¬ 
rent  encore  à  prefent.  Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  fi  quel-  •  ' 

ques  Plantes  &:queiquesMedicamens  compolèz,  ont  pris  leurs 
noms  des  Princes  qui  en  ont  été  les  inventeurs ,  &  fi  quelques- 
uns  mêmes  des  Empereurs  Romains  ont  - éftimé  la  Médeci¬ 
ne  au  point  de  la  pratiquer  en  quèlqués  occafions  5  entre 
lefquels  on  marque  Augufté,  Tibere, Néron î.Adden,Tite , 

Conftantm  id Grand,  JuftinV&CondantiripVldit'le  Barbu, 
diiquelnouswonsquelquesOuvragesdeMedeeine.N’avons- 
■’hous  pas  encore  l’Epître  de  Theodoric  Roy  des  Oftrogots, 

-touchant  les  facilitez  ^Medecinales  des  Eains-d’Apone?  N’a- 
vons-nous:pas  même  dans  les  derniers  Ifiectes '^Robert  Roy  de  ,  ... 
Naples  y  éi  Alphonfe  Roy  de  Caftiîle  ÿ  lequel  accrit  des  me-  JrHp! ued. 
taux  5  Edoüard  .  .  .  .  Roÿ  d’AngleterrejainrPrmee  de  la  Mi- 
rande ,  un  Rarchelemi  Prince  de  la  Maiibn  des-Gomtes  de 
Lanoy  en  Flandres  j  un  Proehitc  grand' Seigneur  Napolitain  , 

S: pour  ne^pâs  remonter  plus  haut,  des  Rois  d-Egypté  ,  des  'In¬ 
des ,  de  la  GEine,  des  Arabes  que  nous  avons  ouirOucliè  ci-  ‘ 

d evatit ,  ou  paffé  fous  filenee  pour  éviter  prolixité  ?  •  ca t  peu  r 
les  Princes  de  l’Eglife  ,  ils  viendronr  cy-aprés  en  leur  rai  g. 

=  Q^iant  aux  Poëtes 

-O  B.  P  h-e'e  qui  eft  un  dès  plus  anciens  a  écrit  de  la  vertu 
des  Plantes.  Mufée Hefiode  &  Homeré  paroiffent  fça  /ans dans 
la^Rotanique  ,  &  particulièrement  ce- dernier ,  qui  a\oit  encore 
'toute  la'connomance  de  rl^nratomic, qu’on  pou vo  t  avoir  de 
fèn  temps 5  cequi  a  obligè  j.'Sambiicus  dede  metrre-dans-fes 
Images  des  Médecins.  Empedocle me- par6u-iF;pias--Mod€C^ 

,^par  ce  que- nous  en  avons  remarqué  cy-devanèf  Aicæüs  Poète 
'Lyrique  n  a-t-il  pas  écrit  un -Poème ‘des 'Plante;^'? '"Melampe 
d’-Argoy  ne  nous  a-t-il  pas  paruPoèteBc  Médecin  tout  enfem- 
ble  ?  piagoras  de-Millct  écoitvPiiilofophej'Pcëte  8i‘'Medecîn, 
au  point  que  Diofeonde ,  Pline  Sc  Serapion' le  ekent-fouvenc. 

Morfînuyd’Atiienes'aieve.u-du  Peëte  LElchines-j^étoitt^ncore 


1^2  EJJais  de  Medecînt 

Médecin  &:  Poëte.  Il  en  eft  de  même  d’ Arâcus  qui  a  écrit  de 
la  Theriaque ,  d’Heliodore  d’ Athènes  cité  par  Galien  tou, 
chant  les  contre-pôifons.  Ptolomcc  de  Cichcrc  écrivit  aufTi 

des  Plantes  en  vers  comme  fît  Servilius  Damoerates  marqué 

cy-devant.  Nicandre  ,  Æmilius  Macer ,  Andromachus,  Eu. 
demus  firent  divers  Ouvrages  touchant  les  Antidotes  j  mais 
*v.simphor.cam^  Ü  faut  pas  oublier  Virgile  *  lâ  gloire  dcs  Poètes,  puifqu’il 
avoit  étudié  en  -Medecine  ,  &  que  Ce  fait  eft  marqué  dans  fa 
ejusvit».  vie.  Mais  je  ne  voudrois^  pas  inférer  de.  là,  comme  a  fait 

Hipolitus  Obicius  ,  que  luy  étant  arrivé  dés  Tuccês  fâcheux 
dans  la  cure'de  quelques  maladies  ,  il  fe  dégoûta  du  métier, 
%  l’abandonna  de  chagrin  :  car  Obicius  auroit  bien  pu  expU- 
quer  ce  vers  de  ce  Poëte. 

.  Mutas  agitabat  ingkrius  Artes.  :  ;  ^ 

Sans  ftippoferun  fait,  dont  aucun  autre  Auteur  que  je  fçachc 
n’a  fait  mention.  Ovide  parle  de  la  Médecine  bien  plus  per* 
tiiiemmcnt  quand  il  eft  obligé  d’en  parler  ,  que  ne  font  tant 
de  méchans  Copiftes  de  fes  Ouvrages,  6c de  ceux  de  nos  Me- 
'  decins,dontoneftàprerentfatigué.CæeiliusArgivus,Ru- 
fus  EphefiuS  j  Silius  Italiens,  Marcellus  SyditesjPhilotheus, 
Philo  Tarfienfis,  Petronius  Arbiter ,  Serenus  Sammonicus, 
Thimariftus,Periânder,Rhamnius  Fannius,  lequel  a  adreffé 
fes  versa  Ladance,  Philés  qui  adrefte  les  ficnsàMichel  Em- 
.pêreur  de  Conftantinople.  Ægidius  Moine  Grec  de  l’Ordre 
de  Saint  Benoift,  quels  eftkins  d’abeilles  qui  nous  ont  fourni 
.des  douceurs  du  Parnafie,  6c  la  Manne tle  laMedecine  ?  Mais 
pourrions-nous  oublier  entre  les  rnodernes ,  Bruno  Seidelius 
Poëte,  Grammairien  ôc  Médecin ,  Hîeronimus  Fracaftor,  Eucas 
;  yaleDt;inLts  ,çes  dignes  enfans  d’Apollon,  J oan.  Baptift.  Fiera, 
Joan.  Urfinus ,  Médecins  6c  Poëtes/courOnnés ,  Joannes  V adia- 
nüs  de  Saint  Gai.  Jacques  Grevin  Médecin  de  la  DuchefTede 
Savoye , l’ami  du  fameux  Ronfard,  fi  diftingué  par  fes  Ouvra¬ 
ges  -,  quoi-rque  mort  à  2.9.  ans,  Jacques  Pelletier  tiu  Mans,  Al- 
phonfé  Lopés  de  Valladolid.  Jean  Pofthius  Allemand,  Conftan- 
tin  Pulcharçllo  different  du  Jefuite  de  ce  nom ,  enfin  Pierre  Pe¬ 
tit  Philofophe,  Poëte  &  Médecin  de  Paris  mort  depuis  peu  ,  fj 
cftimé  des  hommes  du  métier,  8c  tant  d’autres  qui  ont  excellé 
doublement  dans  l’art  d’Apollon,  ôc  dont  quelques-uns  pou- 
ront  venir  cy-aprés. 

Pour  Les  Philofophes  je  ne  marquéray  icy  que  les  plus  con- 

fiderables 


Première  153 

lîdefablc  :  càr  ori.peut  bien  dire  du.  reHè ,  Turha(m>  ^itam  dlm-- 
f»erm  nemo  merit.  Pythagore  eft  donc  fi  inconteilablcment 
Médecin ,  que  non  feulement  fcs  Sedatcurs  étoient  Medc- 
cins  J  &  qu’il  fit  félon  Pline  8c  Diogenç  Laërcc  quelques  Ou-  dt  var^uifior.uht 
vràges  de  Médecine  j  mais  cncbré  qu  on  difoit  de  luy  qu’il  ne 
vovao-eoit  pas  pour  apprendre  ,  mais  pour  guérir  les  maladies 
du  c(^ps  &de  refprit.  Empcdôcle ,  Platon  &  Speufippe  l’ Athé¬ 
nien  difcipic  de  celui-cy ,  raillé  par  le  Poëte  Epicrate  pour  s’ê¬ 
tre  trop  ferupulcüfement  attaché  à  rAnatomie  8c  à  la  Botani- 
que«  Epicharme  de  Cos, cy-dévant  marqué.  Epicurc  ,  qui  a  écrit 
un  Livre  des  Plantes.  Dembcr  ite  fi  connu  par  Iny^même  &  par  . 
Hipoeratefon  ami.  Theophrafte  ,  dont  le  mérite  fauva  fa  pa¬ 
trie  de  lacolere  d’Alexandre.  Timée  de  Locrés  fameux  par  le 
,  Dialogue  de  Platon  de  fon  nom.  Thaïes  de  Millet ,  un  des  fepe 
fàges  de  là  Grece.  Socrate  qui  pafoit  fi  fouvent  Médecin. 

Ariftotc.  Alcmæon  >  &  tant  d’autes  mafquè’z  cy-devant.  Com¬ 
me  Stratondç  Lampfaque,  un  des  difciples  de  Theophrafte  , 
qui  a  compofé  un  Traité  des  maladies.  Eudoxe,  Hcraclide 
de  Pont,  Methrodore, 'Simon  d’Âthenes,Epimenides,  Proclus, 

Apollonidés  ,  aufquels  on  peut  ajoûter  Plutarque  de  Chero- 
née  ,  Sextus  fon  neveu  ,  Apulée  ,  Pôles  ou  Polies,  Conon  , 

T heodotion,  Trachius,  Porphirc,  Martirius  5c  Pfellus ,  pour  ne 
point  parler  d’une  infinité  de  modernes. 

bîous  n’avons  donc  plus  à  parler  ,  que  des  Médecins  Chré¬ 
tiens  qui  ont  honoré  leur  Arc ,  ou  par  la  fainteté  de  leur  vie  , 

ou  par  la  maniéré  charitable  avec  laquelle  ils  l’ont  exercé,  ou 

qui  fe  font  rendu  confiderables  par  la  pieté  de  leurs  écrits  , 
ou  par  les  Dignités  qu’ils  ont  eues  dans  l’Eglife.  Je  nepuis  donc 
mieux  commencer  que  par  - 

SAINT  LUC,  Evangelîfte de  Jefus.Chrift  ,  difciple de 
Saint  Paul ,  Hiftorien  Ecclefiaftique ,  8c  Médecin  à  Antioche, 
le  premier  de  nos  Médecins  Chrétiens, dans  l’ordre  de  dignité 
8c  du  temps.  Il  écrivit ,  dit-on  ,  fon  Evangile  d’une  maniéré 
fl  concertée,' qu’il  femblc  qu’il  ait  pris  à  tache  de  faire  voir 
a  toute  la  terre, que  le  Fils  de  D^eu  n’étoit  pas  moins  le  Mé¬ 
decin  des  corps  que  le  Sauveur  des  âmes  ,*  tout  cela ,  dis- je ,  5c 
pour  porter  femoignage  à  la  vérité ,  5c  comme  chacun  fait  cas 
de  ta  Proremon ,  pour  faire  honneur  à  la  fienne  :  car  qui  pou- 
roit  douter  après  Saint  Jérôme  ,  Saint  Epiphanc  ,^5c  quel- 


V.  Epifi.  Tauli  ai 
Colojfenf.  ïLierony- 
mum  Eufeh.  An^ 
felpt.in  cap.  4.  hu- 
jusEpiJh.  Ereffeniti. 
EihlicarHtn  di/i^ut- 
jît.pag.6Z^ 

Molan.  Biartum- 
StorumMedic.Sz9- 
vius  in  nfimençlat^ 
Storim  Uedic, 


Chrifii  44. 


1^4  EJJds  de  Médecine, 

ques  autres  grands  pcrlonnages ,  qu’il  ait  été  Médecin  ?  Ou  f^ 
l’on  en  veut  douter  avec  Éraflnc  &  Calvin  ,  on  n’a  qu’à  voir 
dans  l’examen  qu’a  fait  Molanus  de  leurs  doutes  s’ils  font 
bien  fondez ,  6c  fl  les  Proteftans  d’Allemagne  ont  eu  raifon, 
quand  ils  ont  voulu  foütcnir  que  ce  Saint  exerça  encore  la 
Medecine  corporelle  après  fa  convcrlion ,  6c  pendant  ledyii- 
niftere  de  l’Evangilé  ,  afin  de  fe  rendre  favorables  à  leurs 
Miniftres  qui  font  la  Medecine  corporelle  6e  fpirituellc  y 
pour  manger  /comme  on  dit,  à  deux  Tables  6e  en  didèrens 
endroits  j  mais  je  ne  voudrois  pas  affurcr  que  le  Manuferkde 
la  Bibliothèque  de  Michel  Cantaeuzene»^^  duodecim  cumtmu 
bus ,  fut  un  Ouvrage  dé  Saint  Luc. 

U  RS  I  c  I  N  natif  de  R^avenne,  fuit  Saint  Luc  dans  l’ordre 
des  temps.  C’eft  celuy  auquel  Saint  Vital  difoit,  le  voyant 
chancelant  dans  laPoy  ,  6c  étonné  de  l’appareil  du  fupplice  j 
Prene^  gurrde ,  won  cherVrpein  ,  vous  qui  ave^  tunt  guéri  de  ma- 
-  ladies  eorprelles, que  vous  ne  perdie^  vitre  ame^  é"  qt^t  vous  rien 

_ ^  Ahandomitz,  le  foin  >  pour  conferver  un  "sorps  mortel  é"  perijfahle, 

V.  Hieronym.  Ra-  Avis  6c  avertiffement  qui  fut  d’un  fi  grand  effet ,  qu’ürficin  eut 
courage  pour  prefenter  fa  tête  aux  Bourreaux,  qui  le 
Mamroi&s^  'S-  décapitèrent  par  rordreduJuge  Paulin,fous  l’Empire  de  Ncroiî. 

.  -O  RE  STE  eft  un  autre  Saint  Martir  Medeçin  ,maisBzo- 
id^GT&^r^mnoï.  vins  qui  nous  marque  fes  études, 6c fon  martire  fous  Diode- 
tien  le  5).  Novembre,  ne  nous  marque  pas  le  lieu  de  fanaifiance 
,  ny  celuy  de  fon  martire. 

P  P  ^  M  £  6c  Damien  Arabes ,  fi  célébrés  par  les  cures  qu’ils 
R.  faifoiciit  gratuitement ,  6c  par  les  aumônes ,  fouffri  rent  le  mar¬ 
tire  à  Egée  fous  Dioclctien  le  27.  Septembre ,  6c  firent  plufieurs 
miracles  après  leur  mort.  ' 

Martiroî.  Romm.  D  I  O  M  E  D  E  homme  de  qualité  né  à  Târfe  dans  la  Cilide, 
^  'Ceârm.iniorn-  faifbit  la  Medecine  corporelle  6c  fpirituelle  ,  quand  il  fut  pris 
fêtdto.  pour  la  foy  6c  décapité  à  Nicée  Ville  de  Bithinie ,  fous  Diode- 

tien  Ici  6.  Aouft. 

Médecin  D’Egée  dans  la  Cilide ,  puis  Evêque 
de  cette  Ville ,  ne  fe  contentant  pas  de  faire  la  Medecine 
aux  pauvres  ;  mais  leur  donnant  encore  les  alimens  neceflai- 
res,  iouffrit  le  martire  avec  fa  fœur  Zenobia,  fous  Dioclétien 
le  30*  Octobre. 

C  Y  R  U  s  d’Alexandrie  6c  Jean  ,  deux  Médecins  Anargk 
res  prifonniers  poux  la  foy ,  eurent  le  bon-heur  d’être  vifit^ 


Armure  partît,  IV.  15? 

dans  leur  prifon  par  les  deux  AnargircS .  Cofme  &  Damien 
qui  leur  apparurent  &  les  confolerent,  après  quoy  ils  fouflri- 
rent  conftamment  le  niartire ,  pour  avoir  voulu  {auver  l’hon-  Mlmiutex  if», 
neur  de  trois  faintes  Filles&'de  leur  nierc,  fous  Dioclétien  le  l«»». 
dernier  de  janvier.  Ils  font  fi  célébrés  dans  le  Mcnologc  des 
Grecs ,  qu’il  y  eft  remarqué  que  leur  Boutique  fut  changée 
eu  Eelifc  après  leur  mort.  ^  . 

Alexandre  Médecin  de  Phrygie ,  eft  condamne  aux  «'A 
bêtes  pour  la  foy  de  Jefus-Ghrift,  fous  Marc  Aurclle.  &  enfin 
égorgéà  Lion ,  après  avoir  évité  d’être  dévoré  des  bêtes  le  II. 

de  Juin, l’an  de  grâce  177.  . 

J  £  A  N  de  Phrigic  foufFrit  le  martire  fous  Antonin  Vems , 
fuivant  le  Marcirologe  Romain.  _  sarofimsT.  î, 

A  N  T  I  O  E  Médecin  de  Sebafte  ,  après. avoir  con^  ' 

verti  fes  Bourreaux,  foufFrit  avec  eux  le  martire  fous  le  Juge 
Adrien,  qui  Ie_fîc  décapiter  le  15.  Juillet  5  mais  le  Menologe 
traduit  par  Sirlet,  ne  marque  ny  le  lieu,  ny  le  temps  de  fon 
Martire. 

A  N  T  I  O  ou  E  Gentil- homme  de  Mauritanie  ,  autre  que  cc' 
luy  de  Sebafte  5  homme  de  lettres  ôc  grand  Médecin ,  foufFrit 
une  maniéré  de  martire  dans  l’Ifle  de  Sardaigne  fous  Adrien: 
car  après  avoir  guéri  charitablement  plufîeurs  malades  ,  ôf 
converti  quantité  de  Payens ,  étant  aceufé  devant  PEmpereur 
qui  luy  fit  endurer  plufieurs  tourmens ,  il  fut  enfin  relégué  ' 
dans  rifle  qui  a  pris  fon  nom,  *  où  il  mourut  tranquillement ,  ^  infuia  suUitaa» 
quoi-que  les  plus  grands  Seigneurs  du  païs  demandalTent 
inftamment  fa  tefte.  Sa  mort  eft  'marquée  le  13.  Décembre  Pan 
de  grâce  133.  dans  le  Martirologe  Romain  ,  &  dans  Bzovius. 

S  A  N  c  T  U  s  ou  Benediéliis  natif  d’Otricoli  dans  le  païs  des 
Sâbins  ,  fouffrit  longtemps  pour  la  Foy ,  &  fut  enfin  décapité 
par  l’ordre  de  Sebaftien  Lieutenant  de  l’Empereur  Antonin  , 
join  Pan  de  grâce  130.  félon  Bzovius.  L’extrait  de 
l  âéle  de  fon  martire  cité  dans  PItinerairc  d’Italie  ,  de  Dom  BibUothù. 
Jean  Mabiilon ,  Religieux  Bcnedidin ,  page  47.  le  nomme  Be-  vaiUcdia». 

nediefus ,  &  marque  fon  martire  au  6.  des  Kalcnd.  de  Tuillet.  .  ,  . 

^  Pentaleon  Noble  Médecin  de  Nicomedie,  fils  d’Eu- 

Korge^  Sénateur ,  Saint  &  fçavant  perfonnage  ,  fouffrit  diver-  chnft.  dâsri^. 

inju^s  6c  tourmens  ,  aceufé  qu’il  fut  par  les  Médecins 
I ayons  fous  1  Empire  de  Maximin,  &  enfin  le  martire  le  7.  *  «mencUt. 
Ipillet.  Bzovius  *  marque  les  differens  miracles  qu’il  fit  après 
fa  mort.  V  ij 


'  Ejjais  de  Ajfedeeme, 

Julien  natif  d’Emeiè  dans  ia  Phénicie ,  foufFrit  le  mar, 
jaoUK.  in  Diario  tire  fous  TEmpire  de  Maximin  Galere ,  le  <3.  Février  ,  exhor- 
Medtc.  BoUmd.  é'  janc  les  Médecins  Chrétiens  expôfez  au  Theacre  ,  à  foufFrir 
auffi  conilamment  qu’il  faifoit. 

R  as  iphe  &  Ravenne  freres,  Prêtres  5c  Médecins  natifs  de 
Bretagne,  félon  quelques  Auteurs, fouffrirent  le  martirê  en 
faifant  laMedecine  le  23.  Juillet, mais  on  ne  fçait  pasrannéc. 
Ce  qu*il  y  a  d’alTuré ,  eft  que  leurs  eorps  font  à  Bayeux  *  - 

ExGfacorsinaxar.  P  API  LE  Mcdecin  de  Pcrgame ,  piiis  Diacre  rfoufFrit  le 

Metaphrafi,  Lifo-  mattirc  avcc  Garpc ,  Agâthodcre  ôc  Asathanice  fa  fœur  le  12. 
Aïril.fousrEmpèreurDece. 

Lipmm.  m  ejm  CjO  D  fl  A  T  jeune  Medccin  de  Corinthe,  foufFrit  le  martire , 
'^tj.mnomendap  exhortant  fcs  freres  à  le  fuivre ,  le.  dixiéme  Mars ,  fous  Dece 
^  5c  Valerien.. 

BzevAnmmmdàt.  '  d-  E  O  N  c  E  5c  Carpophorc  dcux  Medecihs  Arabes ,  ayant  évi- 
Baciùs  in  prAfat.  té  le  fcu  5c  l’eau  ,  qui  nc  fer  virent  qu’à  convertir  plufieurs 
Gdmt  P^yens ,  furent  Réeapité^  par  l’ordre  d’un  des  Lieutenans  de 

^  *  Dioclétien  à  Aquilée  le  6.  Aouftr. 

Eu  s.E  E  E  Grec ,  Pape  dcRome ,  eft  mis  au  rang  des  Me^ 
-Bergcm.infup^jem.  <^vGins  par  quelques  Auteurs ,  qiioy  qu  apparemment  il  ne  fut 
chrome.  quc  fils  dc  Medecin.  *  Il  foufFrit  le  martire  fous  L’Empereur 

E  l  BER  A  T  Médecin  d’ AfFrique,  foufFrit  pour  la  Foy  peh- 
rmor  vhunTs'^  la  perfeeution  des  Vandales  ,  qui  le  firent  mourir  le  ij. 
Mars  485.  à  Zurzàne  en  AfFrique.. 

Romm.  Martyroi.  .  Emi  lien  Rutre  Médecin  A ffriquain  de  grande  reputa- 
jidor  iih.  de  tion  ,  foufFrit  pareillement  la  mort  pour  la  Foy  ,  pendant  là 
.«  ecm.  Van  a  er.  perfecution  Arrienne  ,  avec  quelques  autres.  Chrétiens  le 
Décembre..  . 

'  P  -E  N  r  s  Médecin  5c  Clerc,  ayant  foufFert  pendant  la  perfe* 

cution  d’Alarie,  tout  ce  que  la  captivité  a  de  fâcheux ,  infpira 
tant  de  refpeâ:  aux  Barbares  par  fa  patience  5c  par  fes  autres 
vertus  ,  qu’ils  le  regardèrent  enfin  avec  un  profond  refpeft. 
Aufii  ne  s’étoit-il  pas  contenté  de  faire  la  Medecine  aux  ma¬ 
lades,  mais  il  leur  faift)it„  encore  de  grandes  aumônes ,  comme 
onlepeut  voir  dans  fon  Epitaphe  en  vers, rapportée  par  BzO"  / 
vins,  qui  met  fa  mort  le  z8.  Février  l’an  de  ^^^race  410. 

Isidore  Evêque  de  5e ville  eft  n-is^par  cuielques  Auteurs 
au  nombre  des  Saints  Médecins ,  5c  confondu  par  Molanus 
avec  Ifidore  natif  de  Chip,  U  eftyray  que  Euc  Evêque  de 


Tremiere  Piirtie.  Chzp,  I  V,  157 

TuT>  parle  que  comme  d’un  homme  fçavant  dans  lesfepe 
Arts  ’  liberaux  î  mais  Symphorian.  Champerius  en  fait  un 
grand  Médecin  ,  que  Bede&Uruard  font  maxtir  ,  de  même 

que  Grégoire  de  Tours ,  l  an  731.  ^ 

Voicy  encore  des  Saints  Médecins ,  qui  pour  n  avoir  paS' 
fbufFert  le  martirCînont  pas  lailTé  d’ honorer  la  Médecine  par 
la  pureté  dè- leurs  mœurs. 

C  E  s  A  I  ît  £  Sénateur  de  Conftântinople  ,  &  prèmier  Mé¬ 
decin  de  l’Empereur  Conftanee  ,  frere  de  Saint  Grégoire  de 
Nazianze,dic  le;Theologien5.qui  a  fait  foii  Eloge,  aima  mieux 
renoncer  à  tous  les  avantages  que  l’Empereur  luy  propofa  ,  & 
quitter  la  Cour  que  de  fe  faire  Arrien.  Audi  Dieu  le  recom^ 
penG-t4l  de  fa  fidelité  ?  car  il  revint  à  Rome  après  la  mort  de 
eét  Empereur ,  glorieux  .  carclTé  du  peuple  &  de  toute  la  Cour, 
&  difpofant  commeil  luy  plaifoit  des: finances  ,  dont  il  fit  un 
fi  bon  ufage,quc  les  pauvres  trouvèrent  un  pere  &iin  Méde¬ 
cin  en  la  perfonne.  Oh  célébré  (a  fête  chez  les  Grecs^le  i 
de  Février  félon  Baronius. 

S.  Basile  le  Grand-&;  Saint  Grégoire  de  Nazianze,  ap¬ 
prirent  la  Medecine  dés  leur  bas-âge  avec  Saint  Cefaire  ,  & 
celuy-la  aima  tant  les  pauvres  malades ,  qu’il  bâtit  un  Hôpi¬ 
tal, oii  il  faifoic  la  Medecine  aux  LepreuXde  fes  propres  mains, 
,  S  A  M  S  O  N  ©toit  un  Saint  Perfonnage  du  cinquième  fietie , 
qui  donna  tontfonbien  aUx  Pauvres,  il  guérit  l’Empereur  Ju- 
ftinien  d’une  grande  maladie  ,  ce  qui  l’obligea  à  faire  bâtir  â 
fa  confideration  un  grand  Hôpital  à  Gonftantinople.  Il  eft 
mis  au  nombre  des  Saints  pour  avoir  eu  foin  des  pauvres  ,  & 
leur  avoir  fait  de  grandes^  aumônes  ,&  fa  Fête  marquée  \c  27. 
de  Juin  ,  comme  celle  d’un  Saint,  au  Sepiilchre  duquel  il  s’eft- 
fait  de  grands  miracles. 

Zenon  de  Gypre  foutint  çonftamment  l’exil  pour  la  foy 
de  Jefus-Chrift  ^  à  convertit  le  fameux  Juif  Jofeph.  Sa  niort 
eft  marquée  le  13.  Juin.  / 

Pierre  Prêtre  &  Médecin  de  la  Ville  de  Cyr ,  Ht  mar-' 
que  comme  un  Saint  Pérfonnage  pat  Bzoviiis  ,  en  l’année  495- 

T  H  I O  D  O  T  E  Médecin  puis  Evêque  de  Laodicée  en  Sy- 
rie  eft  fort  eitime  par  Eofebe ,  s’étant  converti  à  Dieu  dans 
1  exercice  de  fa^Profefiion  ,  par  la  méditation  de  fa  dernîere 
^jfiir  celle  de  les  maiades.  G’eit  pourquoy  Bzovius  le  pré¬ 
coce  aux  Médecins  comme  un-  miroir  tres-fidelie,  ou  il  s  peu¬ 
vent  voir  leurs  obligations. 


Be  Gloria  Confef. 
cap.  loz. 


Gregjiria  6^«4<r»s-- 


'Baron.  innotiL  - 


Nazianz-entis  Ser¬ 
mon  de  amoreBau^ 
perum: 


V.Bzovînm  ^ 
lanam. 


Hift:  Ecclejiâfi^  U 
Z.  fap.,  zi. 


I J  8  Ejjds  de  Medecînt. 

L’Evêque  de  Tibériade,  qui  fous  preeexte  de  faire  la  Mc* 
decine  à  Ellel  Patriarche  des  Juifs  ,  prit  occafion  de  le  bapti- 
rom.i.u.hiref.i.  fer , étoit  apparemment  Médecin, fur  quoy  on  peut  voir  Saint 
Lpiphane ,  ôc  après  luy  Baronius  qui  l’a  copié  fur  ce  fait  mot 
^»ron.  a  Annum  mais  quî  UC  Ic  nomme  point  autrement  que  l’Evêque  de 
Tiberiade. 

Martyroi.  Rem..  J  U  V  E  N  A  L  fut  premièrement  Médecin  à  Narni ,  puis  Prê% 
s.ed.  yfiiàrd.  j-j-g  ordonné  par  le  Pape  Damafe ,  &  enfin  Evêque  de  Narni, 
ou  fa  mémoire  efl:  honorée  de  même  qu  à  FofTan,  ôc  où  on  a 
porté  fes  Reliques ,  &  bâti  des  Eglifes  fous  fon  invocation. 

G  E  N  N  A  D I U  s  Grec  efl:  mis  au  nombre  des  Médecins  par 
Bzovius,  qui  nous  en  fait  un  bel  Eloge  3  mais  fans  nous  marquer 
ny  le  lieu  de  fa  naiffance ,  ny  celuy  de  fa  mort.  Âinfi  je  crains 
fort  qu’il  n’ait  fait  un  Saint  Médecin  de  Gennadius  Evêque 
de  Çonflandnople  ,  dont  il  efl:  fait  mention  au  Menologe  des 
Grecs  le  ly,  Aouft  fous  Juftinien ,  ou  de  ce  Gennadius  de  S. 
Auguftiu  ,  dont  nous  avons  parlé  ci-devant. 

P  H  I L  I  P  P  E  s  ^eiïitio  na^if  de  Eiorence ,  après  avoir  étu- 
R^ovmsinnomefi-  4)^  OU  Medecinè  à  Paris  ,  &  pris  le  Bonnet  de  Docteur^  Pa- 
cùtur.  doue ,  fe  fit  Religieux  Servite ,  fut  General  de  fon  Ordre ,  & 

mourut,  en  odeur  de  Sainteté  ,  àTuderte  le  iz.  Aoufl:  1285^ 
n  vé  c  Ma-is  pourrions-nous  oublier  icy  le  eelebre  Médecin  Tribun, 
quoi-que  marqué  cy-devant,  puifqu^il  préféra  la  délivrance  des 
Chrétiens  Captifs  aux  biens  temporels.  '  ' 

Maatirius,  qui  fe  jugea  indigne  du  .Diaconat  pour 
avoir  exercé  la  Medecine. 

s,  B  A  K  B  A  T  I E  N ,  lequel  ayant  le  dm  des  [mte^ ,  ne  guerif- 

rio'.  foit  neanmoins  aucun  malade ,  qu’il  ne  fe  fervit  des  remedes 
naturels, pour  fe  mettre  à  couvert  de  la  vanité. 

Riàdoiird..  ad  am.  D  E  O  L  D  U  S  Evcque  d’Amiens  ,  qui  viendra  encore  cy- 
après.  Enfin  deux  Médecins  Japonnois  nommés  Paul,  dont  il 
ell:  fait  mention  dans  les  Lettres  du  Japon  devPeres  Jefùites. 
’Bz.ovmt  ex  Epifi.  .  I  N  autrc  Jappouois  converti , qui faifoit  la  Medc- 

G/tbrie^.  Jtdaihf.  cinc  aux  Pauvres,  &  qui  leur  donnoit  encore  l’aumone,ccqui 
luy  attira  la  couronne  du  Martirc  à  Facaya  le  13.  Mars  de 
Pannec  1 613.  mais  il  ne  faut  pas  oublier  icy,  que  quelques  au¬ 
tres  Médecins  que  Guillaume  du  Val  a  inférez  dans  fon  Mo- 
nogramme  des  Saints  Médecins  font  fupernumcraireSjOii  parce 
qu’ils  n’ont  pas  été  Médecins  de  Profeflîon  ,  ou  parce  qu’ils 
noax  guéri  que  fprn.aturellemen£.  L’on  peut  encore  remarquer 


Vnmerè  Chap.  IV.  15:9 

en  pâflaût  pour  l’honneur  de  la  Medecme ,  que  prefque  tous 
les  Peres  de  l’Eglife  ont  été  partifans  de  la  Medecine,  &  apres 
eux  tous  les  Patriarches  &  Fondateurs  des  Ordres  Religieux. 

Aufli  voyons-nous  que  la  plupart  d^s  Saints  Perfonnages  donc 
il  cft  parlé  dans  les  Peres- &  dans  l’Hiftoire,ont  aimé  ou  pro- 

feiTécécÂrt.  Un-  ^  ,  1 

A  m  m  o  n  I  u  s  fl  célébré  dans  la  Cite  de  Dieu  de  Saine 
Auguftin.  Ce  Proconful  d’AlFrique  ^  cy  - devant  marqué  , 
ou  pour  mieux  le  defigner  yce  Vindicianus,  Un  Prêtre  nom¬ 
mé  Pierre»  dont  Theodorct  fait  une  fi  honnorable  mention  , 
un  Euftathius  fi  célébré  Médecin  &  Théologien  du  troifiéme 
fiecle,  ce  Ruftiç.  Elpidius  cy-devant  marqué ,  ce  Médecin 

qui  ramena  fi  fpirituellemcnt  Louis  Lantgrave  de  . .  - - 

Epoux  de  Sainte  Elifabeth  ,  de  k  fotte  opinion  qu’il  a  voit 

touchant  la  Predeftination.  Le  fameux  Turrianus,  qui  quitta  Bzovm-f  aimnum 

lemionde  pour  fe  donner  tout  à  Dieu  dans  une  Chartreufe  , 

.  après  avoir  long.temps  profefié  k  Medecine.  Gui  de  Ccr- 
celles,  qui  fe  retira  du  monde ,  après  y  avoir  longtemps  exercé 
la  même  Profefiion  l’année  qui  légua  cinq  cens  livres  aux  ^ 

Religieux  du  Val  des  Ecoliers  de  Paris  ,.011  il  palTa  le  refte 

de  fes  jours.  Petrus  Ægid.  Corbolienfis , qui  quitta  pareille- 

ment  la  Cour  du  Roy  de  France  Philippes  AuguRe  ,  pour  ne:  _  . 

plus  penfer  qu’au  Salut  de  fon  ame.  EîierômnSefla ,  qui  bâtit  & 

fonda  k  fameufe  retraite  des  Solitaires  de  Rua  dans  le  Padoüan.. 


SaintCharlesBorromée,  qui  fit  luy  même  la  Medecme  à  Milan 
pendant  une  grande  pefte  ,  &dont  Dieu  bénit  les  foins  y  parce 
qu’ils  n’étoient  animés  que  de  l’efprit  de  Charité. Voyons- main¬ 
tenant  ceux  qui  fe  font  diftingués  par  la  pieté  de  leurs  écrits. 

A  N  T  O  N.  MufaBraflafolus ,  outre  tant  d’autres  Ouvrages 
de  Medecine,  acompofé  en  Italien,  k  vie  de  Jefiis-Chrift ,  ÔL 
paraphrafé  les  quatres  Evangeliftes  pour  fa  confolation  &  pour 
celle  de  fa  famille.-Deplus  un  Problème  dans  lequelil  tâche  de 
prouver  à  k  Duchefie  Anne  de  Eerrare,  que  k  mort  eft  toû- 
lours  à  cra-indre.  Guillaume  Ader  *Medeem  deToüloufe,a  écrit 
fort  doRemenc  &  tpirituellement  fur  les  guéri  fons  miraculé  u  - 
tes  laites  par  le  fils  de  Dieu.  Renaud  Sturmius  de  Soifions 
non  content  d’avoir  écrit  fur  les  Aphorifmes  d’Hipocrate  »-aL 
encoreecrit  contre  les  Athées.  Henri  Valentin- Voo-kr  a  don- 
ne  une  eurieufe  &  Crétienne  Phifiologie  des  inftrmnens  de  la 
A^on  duFiis  de  Dieu..  Vincent  Molés  a  écrit  une  .Phik- 


J  (J  O  Ejfak  dt  Mtdtcme, 

fophie  qu’il  appelé  Sacrée ,  touchant  le  facré  Corps  de  Jefuj, 
Chrift  j  avec  un  Traité  des  maladies  dont  il  eft  parlé  dans  1^ 
Bible,  en  quoy  ilaété  fécondé  par  Marcellinus  Ûberte,&pjj 
V  f‘ifeha.1  ^spi~  Bârhletiimi  Horftius ,  qui  a  aufli  compofé  des  Prières  à  TafL! 
LiterAtoK  "  des  Medccins.  Guillaume  du  Val  Médecin  de  Paris,  rarnalh 
de  nôtre  temps  ,  quoi-que  d*une  maniéré  allez  confufe  j 
noms  ôc  les  avions  des  Saints  Médecins ,  5c  quelques  mo* 
numens  de  la  pieté  des  autres  Médecins  Chrétiens  des  der- 
MemogrammA  sto-  nicrs  fiecles-  Levittus  Lemnius  a  fait  rcxplication  des  fimili. 
■rum^smâ.  Me-  ^t^des  tirées  des  fruits  ,  ôc  des  herbes  mentionnés  dans  la  Bi- 
hle.  Louis  Takius  à  fait  U  Meâeem  chrétien  fur  l'idée  ou  iœa. 
ge  d’Aza  Roy  de  Juçla.  Bernardits  Tomitanus  Médecin  de 
.  Padouë  5  a  fait  un  Commentaire  fur  Saint  Mathieu.  Otho 
Briiiifeirius  5  qùoi-que  fa  vie  foit  un  grand  Problème ,  s’eft 
aufli  diftingué  par  quelques  Ouvrages  dé  Medecine  Chré¬ 
tienne ,  félon  Gefner  en  fa  Bibliothèque.  Mævius  Volfcho- 
niiisafait  voir  dans  une  belle  dilTertation  l’accord  qui  fc  trou¬ 
ve  entre  la  Medecine  &  la  Théologie.  Jean  Vandermei  nous 
a  donné  l’expoUtion  des  palTages  du  Pentateuque  de  Moïfe, 
où  il  s  agit  de  Medecine.  Francifeus  Valcfms  a  fait  la  Philo- 
lophie  facrée ,  ou  explication  des  mots  de  la  Bible  qui  regar¬ 
dent  la  Medecine.  Jean  Groflius  a  fait  un  abrégé  de  la  Méde¬ 
cine,  dans  Felprit  de  l’Ecriture  faintc,  Si  y  a  ajouté  le  moyen 
de  bien  comprendre  cette  Ecriture.  Anton.,  Ludovicus  a  écrit 
contre  Galiei^  fur  la  nature  de  l’ame  râifonnable,  foùtenant  fort 
doctement  fon  immortalité  contré  ce  grand  Médecin ,  qui  fem- 
ble  en  avoir  douté.  Jean  Baptifte  Codronchiu s  a  parfaitement 
bien  écrit ,  touchant  la  maniéré  de  faire  la  Medecine  en  vray 
Chrétien.  Paul  Zachias  a  expliqué  pins  au  long  qu’aucun  au? 
tre  Médecin ,  tout  ce  qui  regarde  les  loix  divines  &  humaines, 
touchant  l’exercice  de  lahïedecine.  Thomas  Eraftus  ,  quoi- 
q[ae  Luthérien  ,  n’a  pas  lailFé  d’écrire  de  la  Medecine  Chré¬ 
tienne  fort  dodemenc  ,  fi  l’on  en  excepte  ce  qui  regarde  la 
Polémiqué.  Daniel  Ülierdenus  de  Bruxelles  a  fait  üneEpître 
Theologomedicale  touchant  les  maladies  du  corps  5c  de  l’amc- 
Joachim.  Vadianus, Poète  jTheologien  5c  Médecin  5  a-fait  nn 
Commentaire  fur  les  Aétes  des  Apôtres  ,  outre  fes  autres 
Ouvrages.  Jacques  Goupil  a  fait  une  dode  5c  pieufe  Para- 
phrafe-de  PEpître  de  Saint  Paul  à  Tite ,  dediée  au  Cardinal 
4uBelley,  Thomas  Bartholin  a  fait  quatre  Traités  fort  pieux 


Première  Partie.  Chap.  IV. 

fort  doétcs,  fur  la  Croix  de  Jefus-Chrift. 

Peut-on  s’imaginer  un  Médecin  &  Philo fopîie  plus  pieux  Hypemnemat.  4; 
que  Marcille  Picin.  Nicolas  Bicrius  natif  de  Gand  ,  &  Me- 
decin  de  l’Empereur  Maximilien  IL  n’a  t-il  pas  écrit  contre  Tmyfrhat.deTu-^ 
les  Hérétiques  &libercins  de  fon  temps  ?  Jules  Cefar  Scaliger,  dor.  smguin, 
quoique  Catholique  fufpecb ,  a  dans  fes  Poëfies  plufieurs  piè¬ 
ces  qui  ne  font  pas  indign-es  d’un  Médecin  Chrétien.  Nico¬ 
las  Maflà  Médecin  de  Venife,a  fort  bien  écrit  de  la  création 
du  monde ,  &:  de  l’immortalité  de  l’ame.  Guillaume  Rondelet 
Médecin  de  Montpelier,  a  commenté  quelques  Pfeaumes  de- 
David.  Adrianus  Junius  a  fait  PAnaftaurofe ,  ou  Hiftoire  do 
la  Strudure  &  fabrique  de  la  Croix  du  fils  de  Dieu.  Paul 
de  Midelbourg  a  écrit  touchant  le  jour  de  la  mort  &  Paflîon  de 
Jèfus-Chrift.  Hieronimus  Bardus,  Prêtre,  a  fi  bien  écrit  de 
la  Police  de  la  Médecine  Chrétienne  qu’il  nefe  peut  mieux, 
quoi-qu’il  ait  avancé ,  fans  le  prouver ,  qu’Ariftotea  été  Secta¬ 
teur  de  la  doctrine  de  Moïfe.  Après  toutes  ces  remarques  que 
nous  relie- t-il  que  d’entrer  dans  PHiftoire  des  dignités  Eccle- 
iialliques ,  polTcdées  par  des  Médecins  ? 

E  U  s  E  B  E  Pape,  furnommé  Anteros,Grec  d’origine  ,  étok 
avant  fon  exaltation,  ou  Médecin,  ou  au  moins  fils  d’un  Mé¬ 
decin  ,  qui  eut  l’iionncur  de  donner  un  Chef  &  un  Saint  à  1  E- 
glife  de  Dieu. 

S I  L  V  E  ST  K  E  1 1.  à  la  vérité  n’a  jamais  exercé  la  Médecin 
ne,  mais  il  ell  certain  qu’il  fe  plaifdit  à  la  Théorie  de  cét  Art, 
comme  il  paroît  par  cét  endroit  de  PEpître  i  jo.  Nec  me  mt&re 
MeàicinA  Çwnr  tra^urt  njelim^  pAfertim  cum  fcientiam  illomm-^ 
tantum  u^eciaverim  ojjicium  femper  ^ugerim. 

■Jean  XXI,  natif  de  Lifbonne ,  dit  Petrus  Hifpanus  ,  *  canones  Medici. 
ctoit  un  fort  fçavant  Médecin  ,  comme  il  paroît  par  fes  Ou- 

Vrages.  *  ^  femm. 

^  Paul  IL  fe  pîaifoit  comme  Nicolas  V.  à  l’étude  de  la  Me-  *  "Bartholomeus  ex 
decine.  Aufli  ce  dernier  étoit-il  fils  d’un  Médecin*  forti  d’une  Parenm- 

fort  noble  famille ,  &  d’une  mere  illuRrc  en  vertu  &  en  naif-  ’ 
fance ,  appelée  Ândreola  Sarrazanenfis.  .  , 

Qi^nt  aux  Cardinaux  de  PEglife  Romaine.  - ' 

H  U  GUES  le  Noir ,  dit  Atratus  ou  d’Evesham  Anglois  de  «■ 

nailiance  ,  etoit  homme  d’un  efprit  délicat  ,  d’une  mémoire 
ücureule ,  &  de  moeurs  tres-innocentes  &  tres-honnêtes.  Il  de- 

X 


Tulgef.  ét'  Ciaco- 
mus  .n  Martin,  4 


in  Elogiis  lllujir. 
^'glor. 


*  Hans  TEtat  He 
Vcnife. 


£:iacûK.  U  (Bïegor,. 
^11. 


F,  Envum  SermiU. 
p'clufione  habita  in 
ÿ-.  Komao. 


^44P- 


T^un^irttnâsn.  de 


i6>h  ■  EJJàts  de  Medecïnt,  * 

vint  fl  fçavant  dans  la  Medecme  ,  la  Philofophie  &  les  Math&. 
matiques  j  qu’il  fut  furnommé  le  Phénix  de  fon  temps.  Le 
Pape  Martin  V.  connoiflant  fon  mérité  ,&  voulant  apprendre 
la  décifion  de  quelques  faits  qui  regardoient  la  Médecine^ 
après  l’avoir  confulté  avec  application  fut  fi  fatisfait  des  répom 
(es  de  Hugues  encore  fort  jeune,  qu’il  le  fit  Cardinal  Prêtre 
du  Titre  de  Saint  Laurent  in  Luchm^  l’an  ii8i*  Auffi  a-t-on 
dit  de  luy ,  qu’il  fut  le  Médecin  le  plus  honnête ,  le  plus  dé- 
cifîf,  &  le  plus  agréable  de  fon  temps,  à  quoy  on  ajoute  qu’il 
n’étoit  pas  moins  grand  Théologien.  Au  relie  Pitzeus  nous, 
apprend  qui  la  écrit  un  Livre  des  Généalogies  humaines  n’eft 
pas.  venu  a  nôtre  ConnoilTance  ,  non  plus  que  Canones  Medick^ 
fuper  oper.  febrium  Jfaact  y  é’  Problematum  liber  unicus  ^c. 

J  A  c  E  s  d’üdne  ,  *  dit  Jacobüs  ou  Jacobinus  Vtinenjisi  eft 
appelé  par  Saint  Antonin  homme  fort  Religieux.  Il  fut  après 
avoir  exercé  la  Médecine ,  Proconotaire  ApoRolique ,  &  enfui- 
ce  Eyêque  5  mais  firHiftoire  ne  marque  pas  d’où  ,  elle  nous 
alTure  que  le  Pape  Grégoire  XI L  le  fit  Cardinal  du  Titre  de 
Sainte  Marie  la  Neuve  ,  &  que  comme  fa  Sainteté  projettoit 
de  l’en voyer  Légat  à  Venife ,  il  mourut  l’an  141  o . 

Lo  U I  s  M  E  Z  A  R  O  T  A  de  la  famille  dell’ Arena ,  furnpim 
me  Scarampo ,  fe  fît  recevoir  Dodeur  en  Medecine  à  Padouë,, 
où  il  étoit  né,  &  y  exerça  quelque  temps  cette  profelTion  j  mds 
setant  enfuite  tranfplanté  àh-onie  >il  prit  parti  dans  rArméc 
du  Pape  Eugene  I V.  commandée  par  le  Cardinal  Vitelefchii 
qui  faifqitla  guerre  aux  Rebelles  de  fa  Sainteté.  11  fe  ren? 
dit  enfuite  fîmeceflaireà  ce  Pape ,  que  luy  ayant  découvert  les 
defPeins,  de  ce  Cardinal ,  il  s’enrichit  de  fes.  dépouilles ,  dont 
les  principales  étoient  l’Archevêché  de  Florence  ,&  le  Gene* 
ralat  des  Troupes  Ecclefîaftiques.  Je  ne  m’arrête  icy  ni  a  fa 
eonduite,  nia  fon  bonheur,  ni* à  fes  exploits  de  guerre  5  ffiâis 
jje  marqueray  feulement  que  s’il  ne  triompha  pas  dans  Romp' 
après  fes  expéditions  militaires,  comme  avoir  fait  Vitelefchi» 
fe  Pape-  ne  îaifîa  pas  de  payer  fes  fervices  d’un  Chapeau  Ro*^ 
ge,  le  créant  Cardinal  Prêtre  du  Titre  de  Saint  Laurent 
Damapto.  Voyez  au  furplus  Aubert  tom».  i^.Hifl,.  Cardinal, 
compilé  fe  vie  de  divers  Auteurs.  . 

Vi  T  A  L  du  Four,  dit,  Vitaïis  de  Furnoy  étoit  Gafeou natif 
de  Bazas.  H  étudia  fi  bien  en  Medecine  ,  qu’il  compofa  uî? 
Livre.  d£  Tsuend,  VaUtudinti^^  quelques;,  autres  Ouvrages  de 


Première  Partie,  Chap.  I V.  ï^3 

Medecine.  Enfuite  il  fe  fit  Cordelier  ,  6c  entra  fi  avant  dans 
les  bonnes  grâces  du  Pape  Clément  V.  qu’il  le  fit  première- 
ment  Cardinal ,  6c  depuis  Evêque  d’Albe.  On  luy  fait  dire 
dans  un  Livre  intitule  de  Smamgdt  ■vmuub,  qui  n  eft  pas  vC’  1319. 
uu à  nôtre  connoiflance, qu’il  vivoit  au  temps  de  Bêla  Roy  de  — -~ 
tdon'^rie  ce  qui  n’eft  pas  impoiîible  fi  c  elt  Bêla  quatrième  y  crcnic.  yiinor. 
du  nSm , qui  mourut  l’an  1275.  Il  n  eft  donc  pas  vray  comme  l’a  Antmn.  3, 

écrit  Volphang.  Juftus  qu’il  ait  vécu  en  148^.  •  _ 

H I  E  R  G  M  £  A  L  E  A  N  D  R  E  étoit  fils  de  François  Aleandre 
Médecin  Vénitien.  Comme  il  étoit  fils  d’un  bon  Maître  ,  il 
eut  encore  le  bonheur  d’être  difciple  de  Daniel  de  Padoüe , 
qui  luy  apprit  la  Medecine  6c  l’Aftrologie.  Ainfi  le  Pape  Paul 
ï II.  fe  fouvenant  des  fervices  de  fon  perc,  6c  voulant  recon-  .  - 

lioître  ceux  du  fils, qui  fans  doute  luy  en  avoir  rendu  de  cqn- 
fîderablesjle  fit  Cardinal  du  Titre  de  Saint  Chrifogone.  On  ^ 

dit  qu’il  mourut  par  l’ignorance  d’un  Médecin. 

H  I E  R  ô  M  E  Sefia ,  ne  fut  pas  Cardinal ,  comme  quelques- 
uns  l’ont  penfé,  mais  outré  qu’il  avoir  tout  le  mérité  necef- 
faire  pour  obtenir  la  Pourpre  Cardinale il  eft  certain  qu’il 
ne  tint  qu’à  luy  d’en  être  revêtu  ,  le  Pape  Paul  I  V.  l’ayant 
nommé.pour  cela 5  honneur  qu’il  refufa  avec  une  humilité  que 
iés  véritables  Chrétiens  eftiment  beaucoup  plus  que  cct  bon-  14?;- 
neur.  ' 

Hermolaus  Barbarus,  fi  connu  des  Sçavans,  n’a  pas  été 
Cardinal  comme  Volphang.  Juftus  fe  l’eft  imaginé  après  Tri- 
themius  6c  quelques  autres  5  mais  il.  fut  feulement  défigné 
Patriarche  d’Aquilée  par  le  Pape  Innocent  VUl.  &  auroit  ap¬ 
paremment  été  Cardinal  s’il  eût  vécu  davantage.  Que  s’il  n’a 
pas  été  Médecin  de  profeffion  j  au  moins  a-t-il  extrêmement 
obligé  la  Medecine, en  luy  donnant  uii  Diofeoride  6c un  Pline 
plus  corrects  6c  plus  iliullrés  que  tous  ceux  qui  a  voient  paru 
auparavant. 

Simon  Pas  qü.  a  Doéte  Médecin  6c  Théologien  natif  dc 
Gennes ,  fut  premièrement  Ambafiàdeur  de  cette  République 
vers  le  Pape  Pie  IV.  qui  le  fit  fon  premier  Médecin,  puis  Evê¬ 
que  de  Sarzano.  Enfiute  FI  afiifta  au  Concile  de  Trente  ,  6c 
fut  enfin  nommé  Cardinal  Prêtre  du  Titre  de  Sainte  Sabine 
par  ce  Pape.  Il  laifla  quelques  Ouvrages  Hiftoriques,  6c mou¬ 
rut  en  réputation  de  fort  grand  Perfonnage  en  15  <35. 

-  F  E  R  D  IN  AND  Poncet  Evêque  deMelphe ,  Napolitain  6c 

X  ij 


1^,4  Ejjàis  de  Adedecine:,. 

_  Cardinal  du  Pape  Leon  .X.  a  fait  un  Traité  des  venins  y  & 

*5^7-  de  Phifique,  qui  marquent  alTez  que  s’il  n'a  pasprofelTé  la  Me- 
*  decine,  il  n’a  pas.laifie  d’y  être  fçavant,  comme  on. le  peut  voin 

dans  Ciaconius. 

Vincent  L  a  u  r.e'  natif,  de  Tropia  dans  la  Calabre  ^ 
fut  premièrement  Précepteur  ou  plÉtôt  Catecliifte  d’Antoine 
Roy  de  Navarre,  par  la  faveur  du  Cardinal  de  Tournon  fon 

Patron ,  qui  le  mit  auprès  de,  ce  Prince.  Il  étoit  egalement 
grand  Philofophe,  grand  Théologien  &  grand  Médecin.  Le 
Pape  Pie  V.luy  donnîtla  direction  de  l’Eglife,  du  Mont-Royaly, 
&  le  nommaNonce  fucceiîivement, .auprès  du  DuedeSavoye,, 
de  Sigifmond  Roy  de  Pologne  ,  du  Roy  de  France  Henri 
le  Grand..  Après  quoy  le  Pape  Grégoire .X  H  I.  voulant  re- 
nduÀhh^7ùvita.  connoîtrc  fon  merite.Sc  fes  grands  fervices.,  le  fit  Cardinal  du, 
tjus.  '  Titre  de  Sainte  Marie,  &  c’eft  pour  cela  qu’il  fera  parlé  plus 
Greier.  Talent,  de  cc  Cardinal  dans  eét  Ouvrage.  Il  mourut  ea> 

ehfervap.  i6t.  m  l  y^Z. 

Tacit,  Voici  les  Médecins  Archevêques  au  nombre  defquelson  met 

Vanderlinden,  de  .  Albicus  Archevêque  de  Prague  qui» fit  l’an  i4S^4.  un 
fçrip,,  Medic.  Traité  inùmlé  Jraxis  medendi ,  &  quelques,  autres;  Ouvrages 
de  Médecine.:. 

Pierre  Ruicpalle  étoit  né  fi  pauvre,  qu’il  avoir  de^ 
mandé  fon  pain  en  chantant  5  mais  il  ne  lailTa  pas  d’être  élee 
Sf.endm.  >s4;iî»».  vé à  l’Archevêché  de  Mayence  5  parce ,  dît  rHiftoire,  que  le 
M.Qh.  Bape  Clement  V.  voyant  qu’il  ;  étoit  fi  habile  dans  la  cure-des 

maladies  corporelles,  efperoit  qu’ilne  le  feroit  pas  moins  dans 

celle  des  nmlâdies  de  l’ame. 

^  .  y , .  Ange  lo  C  a  t  h  o  Médecin'  du  Roy  dé  France.  Louis 

jLi  '  XJ.  fut  nommé, comme  chacun  fçait.  Archevêque  de  Vienr 

ne,  ou  il  tint  le.  Siégé,  pendant. le  Régné,  de  ce  Prince; 

Quant  aux; Médecins  devenus  Evêques  ,  outre  ces  Saints 
perfounages  cy-devant  marqués,  on  remarque  encore  un  Pam- 

philus  EpifcopusrCJté  .par.Æce,  au  fujetf d’une  .certaine  fuffu-- 

‘  ■  migacion.,,  ^ 

Theodote  Evêque  de  Laodfcée  ,  dont  j’ây  parlé  cy- 
devanty  fe  rendit  fort  confiderable  dans  lé  V.  .fieciè:car 
febe  en. parle  comme  d’un  homme  d’un  mérité  extraordi¬ 
naire  ,  m  êine..a  vant  ;  que.  d'être  parvenu  à  l’Epi  feopat ,  ôc  encore; 
?  F-  Médecin.-. 

Tndiii.  _  K  AU  L/  UECc  .de  nation  £2:. Médecin  de  P rofefiion ,  donc 


Prmiere  P  Me.  Chap.  IV.  isj 

avons  1-Hiftoirc  dans  Paul  Diacre  de  Merida  la  grande  ,  fut 

§gLiz.  Evêque  de  cette  V  ide  pour  fa  vertu ,  i5C  y  opéra  '  des  CUreS'  pAtrum  Eme^ 

BDiraculeufes.  fuul.r. 

E  Î I P  H  A  N  E  Evêque  de  Conftance  eft  mis  au  nombre  des  * 

Médecins  par  quelques  Auteurs ,  pour  avoir  fait  quelques  T rai-  fenp.  Med. 

cez  de  Philique  ou  de  Medecine.  c  q  c  u  u-i  T>uthmar:  chrmè^ 

*T  H 1  A  D  A  G  E  Moine  de  C.orbie  en  Saxe  )  ci  rort  nabiie  log.mfi.  saxonenf,’ 
Médecin,  quiaccompagna  Boleftas  Duc  de  Bohemcàla  guerre  & 
de  l’an  9^^.  devint  enfin  Evêquo  de  Prague.  ' 

S  a  h  I D  £  ou  Patricide^  ,tdont  il  a  été  parlé  cy-devant  dans 

PHiftoire  des  Médecins  Arabes, Patriarche  d’Alexandrie ,  étoit 
Médecin  de  Profeffion  fous  le  Calife  Hanied  Aradibella.  Il 
mourut  Tan.  de  PEgire  jiS.  après  avoir  tenu  le  Siégé  fept  ans  Si 

jGx  mois.  .  .rr 

Nemesius  ,  dont  le  temps,  PEvêché  &la  Patrie  paroilTent 

allez  incertains,étoit  à  la  vérité  grand  Philofophe.  Aulfi  Paurois- 

je  mis  parmi  les  Philofophes ,  fi  l’Ouvrage  natma  hominis  qui 

porte  fon  nom,  n’étoit  un  Ouvrage  appartenant  àla  Medecine  i' 
puifqu’il  y  eft  fait  mention^  du  corps, des  élemens ,  des  fens  ^ 

&  de  leurs  organes  ,  du  poux,  des  maladies,  de  la  refpiration,  de  baudtum  é* 

la  faculté  senerative  &  de  femblabl CS  matières.  C’eft  ainfi  qu’on  ai 

O  r  T'  \  O  operts. 

pourroit  mettre  en  ce  rang  Synehus  Eveque  de  Cyrene,  o^un 
certain  Theobaldus  Epifeopus,  puifque  l’un  a  fait  un  Livre 
Jnfommts  ,èc.V3.ntrc  un  de  Namra  xi j.  Ammalium.  Mais  il  eft  cer¬ 
tain  que 

W I  G  E  B  E  R  T  fut:  Evêquc  dc  HildesHim  Pan  S  8 o.  qu  il  y 
tint  le  Siégé  quatre  ans ,  &  qu’il  n’y  exerça  pas  moins  la  Me¬ 
decine  du  corps  que  celle  de  Pâme.  Aufii  voit-on  dans  la  Bi-  ^ 
bliotheque  de  cette  Ville  plufieurs  Ouvrages  de- ce  Prélat 
Médecin. 


Deroldus  étoit' Médecin  de  Profelîion Pan  915).  quand 
il  fut  nommé  Evêque  d^Amiens.  Il  mourut  Pan  9^40.  «tenf.ith.  4.  c. 

A  L  B  E  R  T  le  Grand-,  également  grand  Médecin  &  grand 
Théologien, fut  Evêque  de  Ratifbonne, Pan  11^0. 

Go  N  SALVE  de  Tolede  ne  m’eft  connu  que  par  Lio-  57^-  deipi$ 
nardo  di  Capoa  qui  le  fait  fameux  Médecin  ,  &  Archevêque 
de  Leon  en  Efpagne 4  car  après  avoir  cherché  dans  tous  les 
^  -^’^^urs  de  1  Hiftoire  d’Efpagne ,  je  ne  trouve  qu’un  Gonfal- 
ve^Eveque  de  Leon,  qui  vivoit  au  temps  du  Roy  Ramire  ll. 
environ  l’an  ^00.  mais  iPne  paroît  pas  dans  cette  Hiftoire  qu’il 
été  Médecin.  X  üj 


Ce^ienjts  Bpifco^ 
fittiis. 


Êlôdvvîn,  in  feri~ 
fterib.  Anglkis. 


Chrijjt, 


Vanderlinden^  de 
Med. 


Vanderlinden,  is 
fcrip.  Med. 


Vanderlinden,  d* 
firip.  Med. 


0ifi.  de  Bleis. 


,  ^Jfals  de  Medecme, 

Nicolas  Perveham  Anglois ,  fut  auffi  grand  Medccia 
que  grand  Philofophe  ,  &  comme  il  étoit  confommé  dans  la 
connoilTance  des  Plantes  &  des  autres  Rcmede^ ,  il  fut  appelé 
dans  la  Cour  &  d'ans  la  Famille  du  Roy  d’Angleterre  Henri 
I  II.  mais  pour  cela  il  ne  laifla  pas  de  s’adonneràla  lecture  des 
Saintes  Lettres,  &  à  la  méditation  des  chofes  Celeftes:  C’eft 
pourquoy  le  Roy  le  nomma  premièrement  à  PEvêché  deChe- 
ller  l’an  1135?.  grâce  qu*il  refufa  d’abord  5  mais  comme  il  en 
reçût  une  forte  corredion  de  Robert  Capiton  Evêque  de  Lin* 
cellfe,  il  fe  refolut  à  l’accepter.  IL^étoit  Maître  és  Arts  de 
Püniverfité  de  Paris,  6c  Dodeur  en  Medecine  de  PUnivcrfité 
de  Bologne, d’où  il  fut  tiré  par  le  Roy  &par  la  Reine  d’An¬ 
gleterre,  pour  être  le  Diredeur  de  leur  confcicnce  &de  leur 
fanté.  On  dit  qu’il  écrivit  un  Livre  de  Pratique  ,  6c  un  delà 
vertu  des  fimples,  qui  font  apparemment  perdus. 

Guillaume  Barfetti  natif  d*Aurillac, Médecin  du  Roj 
de  France  Philippes  le  Bel ,  dont  il  étoit  fort  eftimé  pour  ia 
probité  &  capacité,  fut  nommé  à  l’Evêché  de  Paris,  l’an  1304V 
Theodoric  Efpagnol  DominicainEvêque de Cervie, étoit 
confommé  dans  la  pratique,  qu’il  écrivit  l’an  1180.  unTraitéft 
félon  la  Méthode  de  Hugues  de  Luques  fon  Maître,  impri¬ 
mé  avec  la  Chirurgie  de  Guidon,  de  Roland  6c  de  quelques 
autres. 

Alexakder  Benedidus  Evêque  de  Civitta  di Ghieti 
dans  le  païs  de  Benevent ,  cft  mis  au  nombre  des  Médecins 
par  quelques  Auteurs  Allemans  5  mais  je  crains  fort  qu’ils  fe 
foient  trompés:  car  comme  il  cft  certain  qu’il  y  a  un  Alexmi* 
BeneàiBus  dans  le  Catalogue  de  ces  Evêques ,  il  n’eft  pas  vray 
qu*il  y  foit  qualifié  Médecin  5  ainfi  je  croy  que  ces  Auteurs 
pourroient  bien  avoir  confondu  l’Alexandre  Benedidus  Mc- 
decin  Italien  de  ce  fîeclc-là,  avec  l’Evêque  de  même  nom. 

K  A  M  i  N  T  U  s  ou  Ranutius  Kamintus  Evêque  d’Arozc 
en  Dannemarch ,  a  écrit  deux  Ouvrages,  l’un  de  la  pefte  SC 
l’autre  du  Régime  de  la  Santé  félon  les  differentes  faifons  ào 
l’année. 

G  A  s  P  AR  Torella Evêque  de  Sainte  Jutte  ,011  félon  d’au¬ 
tres  de  Valence  en  Efpagne,acompofé  un  Traité  de  Pudendd^ 
gra ,  8c  M'&  de  agritudine  Pejlifem. 

Pierre  Bechebien  natif  de  Blois ,  oîi  il  avoit  fah 
longtemps  la  Medecine,  ayant  été  quelque  temps  premier  Mc- 


PrernkrePmle,  Chàp.  IV.  14*7 

aecin  de  Marie  de  Sicile  ,  Epoufe  du  Koy  deFfance  Charles 
VIT.  fut  nommé  &  facré  Evêque  de  Chartres ,  Fan  1422. 

'  Guillaume  Pellieier  Evêque  de  MonpeUier ,  compola 
félon  quelques-uns  le  Livre  des  Poiflons  attribué  à  Konde- 
Ict ,  &  par  confequent  obligea  &  orna  la  Medecme  de  ce  bel 


^PaÏ^  I  g  V  e  ,  fl  fameux  par  les  difFerens  Livres  que  nous 

en  avons, étoit  un  fameux  Médecin, qui  pour  fon  mérité  fut  *  An  RegniNets 

éWéàrivêchédeNoccra^dansrOmbrie.  ^  o,, 

Gérard  Rambaud,  furnommé  le  Prélat  Lettré  , 
fçavanc  Médecin ,  affifta  au  Concile  de  Trente  de  la  part  du 
Pape  Pie  IV.  &  fut  nommé  par  fa  Sainteté  àrEvéché  de  Civma 
.  di  chkti  àzns  lc  Benevent. 

H  EN  R I  S  TA  c  H  E  R  premièrement  Médecin  de  Profeflîon,  Eijhr,  Vnîvtrji^ 
puis  Redeur  de  PUniverfité  de  Paris,  6c  enfuite  de  celle  de  ^arîjfèn^s. 
Louvain, fut  honnoré  d’une  Dignité  dans  TEglifé  de  Licge ,  ^  v  ^ 

êc  enfin  fut  nommé  Chorevêque  de  Maëftrik.  Trafestlnw^'** 

Simon  Paulli  premier  Médecin  du  Roy  de  Danne^  * 

mark ,  fi  connu  par  fon  érudition  &  fes  écrits,  a  été  de  nôtre 
temps  Evêque  d’Arrofe  dans  le  Danncmark. 

J  E  A  N  S  T  E  N  O  N ,  dont»  no-us  attendons  la  vie ,  ou  au  moins 
l’Eloge  d’une  bonne  plume  ,  naquit  l’an  1630.  à  Copenhague 
Capitale  du  Royaume  de  Dannemark ,  Proteftant  de  Reli¬ 
gion  &  des  plus  zelez  ,  d’où  il  alla  étudier  à  Leide  en  Hol- 
&nde.  Etant  venu  de-là  à  Paris ,  il  y  trouva  ce  qu’il  cherchoit 
dans  les  difledions  des  corps  ,  &  ce  qufil  cherchoit  dans 
î’Ecriture  Sainte  ,  &  dans  la  lecture  desPeres  &  de  PHiRoire 


Ecclefiaftique  i  je  veux  dire  les  vérités  de  la  Religion.  Ga-^ 
tholique  ,  prévenu  qu’il  étoit  déjà  par  les  Conférences  qu’il 
avoit  eues  avec  un  Curé  d’Amfterdam  fort  fçavant  5.  car  les 
erreurs  de  la  Religion  Froteftanteduy  fauterent  tellement  aux 
yeux ,  qu’il  fc  fentit  dés- lors  prelTé  d’en  faire  une  abjura^ 
tion  finccrc.  Etant  donc  allé  de  Paris  a  Florence,  où  le  Grand 
Duc  Cofnie  III.  Pappelk  fur  le  bruit  de  fon  érudition,  &s’y 
étant  déclaré  Catholique  ,  ce  Prince  ravi  de  cette  action  ,  & 
de  voir  tant  de  feience  &  de  probité  dans  un  homme  de  cét 
«ge ,  luy  affigna  une  penfion ,  &  luy  confia  l’éducation  Ôc  la  con-? 
duite  du  Prince  Ferdinand  fon  fils.  Cependant  ccrtc  occupa^ 
tion  ne  iempecha  pas  de  vaquer  à  l’etude  de  la  Medecineÿ&: 
tant  de  belles  découvertes ,  que  le  Roy  de  Dannemark  ji 


’léi  j  ^jjds  de  Mdectne,  - 

jaloux  de  voir  que  ce  Duc  qui  s’eit  acquis  une  gloire  imiTioiVi 
telle ,  pour  avoir  honnoré  les  Sciences  éc  les  Sçavans ,  polTedoit 
Ain  tréfor  qui  avoit  longtemps  été  caché  dans  fes  terres ,  ig 
revendiqua  ,  pour  ainfi  parler,  mais  avec  des  honnêtetés  qui 
obligèrent  fon  AltefTe  Sereniflîme  à  le  luy  envoyer  pour  (e 
voir,  ôc  pour  jouir  quelque  temps  de  fa  perfonne.  Mais  Jean 
Stenon  n’y  voulut  aller  qu’à  condition  qu’il  luy  feroit  permis 
non. feulement  de  faire  ProfelTion  de  la  Religion  Catholiquç 
qu’il  avoit  embralfée -,  mais  encore  de  la  prêcher  de  voix  & 
d’exemple  ,xc  qui  luy  fut  accordé.  Il  paflà  donc  de  Florence  ^ 
.à  Rome ,  ou  il  fit  voir  que  fa  réputation  étoit  bien  mieux  fon« 
dée  que  celle  de  tant  d’autres  Médecins  &  Philofophes, &OÎI  ! 
ia  probité  éclata  encore  plus  que  fes  autres  grandes  qualitet 
Aufii  Le  Pape  le  nomraa-t^ii  Commifiaire  General  dans  tout 
.  Le  Nord ,  pour  y  enfeigner  &  prêcher  les  veritez  Catholiques, 

^  ÇrAchi  après  l’avoir  fait  facrer  Evêque  de  Titiopolis  in  partik  *  mais 

les  Miniftres  qui  furent  bien  furpris  de  le  voir  dans  cet  exer*  » 
çice,  èc  qui  eulTent  bien  voulu  qu’il  eut  encore  fait  honneur  , 
â  leur  Religion  ,  ne  manquèrent  pas  de  publier  qu’il  s’ étoit  • 
fait  Catholique  en  Italie  par  intereft  ,  quoi  que  la  vie  qu’il  i 
jpapnoif  en  ce  paüs-là  fît  bien  voir  qu’il  n’étoit  pas  de  ces  Prê* 
très  qui/approchent  dès  Autels  pour  en  vivre  à  leur  aife.  Ainfi 
--Dieu  bénit  tellement  fa  conduite  ,  que  comme  il  y  avoir  dfl 
l’ondion  dans  fes  Prédications  &  fes  Conférences ,  il  convertit 
quantité  de  perfonnes  de  toutes  conditions  ,  &  qu’il  confirmi 
le  Duc  d’Hanovf'e  dans  la  creance  qu’il  venoit  d’enà>raflrer 4 
d’une  maniéré  dont  il  demeura  fort  confolé.  Le  Prince  de 
Fuftemberg  Evêque  de  Munller ,  l’appela  enfuite  dans  fofl 
Evêché  on  qualité  de  SufFragant.  Enfin  ayant  été  envoyé 
.  après  la  mort  de  ce  Prince  à  Hambourg  ,  &  de-là  à  Suvcrin 

"  1^87.  dans  le  Mekelboiirg  pour  le  fervice  de  l’Eglife  ,  il  y  mourut 
calTé  des  travaux  de.  fa  vie  toute  Apoftolique,  dans  le  temps 
quel’ Archevêque  de  Trêves  tâchoit  de  l’attirer  en  ^on  'Dlor 
eefe  ,.à  caufe  de  la  réputation  qu’il  s’itoit  àcquife  dans  celuy 
de  Muafter. -Q^l^  temps  après  le  Grand  Duc  de  TofeanC 
Cofme  III.  qui  vouloir  honorer  fa  mémoire ,  fit  transférer  fo^ 

corps  àElorence ,  où  il  fut  inhumé  dans  l’Eglife  de  Saint 
^rentvêc  mis  avec  les  Princes  &  autres  grands  perfonnages  qui 
y  repofent.  Au  refte  je  renvoyé  le  Ledeur  aux  Ouvrages  d® 
j^edecine  -qu'il  nous  a  donnez  pour  preuve  de  la  capaeùd* 


BrmJeré  Parth.  Chap.  IV. 

laifTant  ce  petit  portrait  comme  un  m;roir  de  defînterelTe- 
luentîde  diligence,  d’érudition  &  de  Religion  aux  Médecins 
de  nôtre  ûecle.,  qui  n’aiment  qu  à  faire  du  bruit ,  qu’a  intri- 
xruer-ôc  à  débiter  des  vanitez  pour^’établk  &  pour  gagner  de 
i’argent,  ' 

Veut-on  de  fameux  Abbez  ,  &  des  Moines  d’un  merite  di- 
ilingué,  qui  ne  fe  =foient  point  ingerez  de  la  Medecine  par 
faineanrife,  libertinage  »  avarice,  inquiétude  &  prefomption 5 
qui  rayent  faite  avec  charité  ^  ôc  connoilFance  de  caufes  ? 
Commençons,  par  ceux:qui  en  ont  écritLqueique  chofe. 

.Max  rMm  x-  Planudes  Moine  de  Conftantinople ,  a  fait  un 
Livre  des  Urines,  &  un  autre  du  Prognoftic  de  la  Vie  &  de 
la  Mort ,  gardez  Manufcrits  dans  les  Bibliothèques  de  Paris, 
de  Vienne  ôc  de  Gonftantinop-le  143©.  , 

N  £  O  PHI  T  U  s  autre  Moinl^  a  fait  un  Lierre  dû  recueille^ 
ment  des  Plantes  ,  un  des  Medicamens  fubftitués ,  gardés 
dans  la  Bibliothèque  du  Roy  à  Paris, 

C  A  L  LIST  £  autre  Moine  a  fait  un  Livre  des  Plantes  ,des 
huiles,  des  Antidotes ,  des  Emplâtres.,  des  ünguens, gardé  Ma 
nufcrit  dans  la  même  Bibliothèque,  i 

Bhrtharius  difciple  &  îucçedeur  de  Baffalius  Abbé 
du  Mont-Caflln,  Jean  fon  difciple  &  Religieux  de  l’Ordre  de 
Saint  Benoift.  B afile  Valentin ,  un  des  grands  ornemens  de 
céc  Ordre.  Noîkcr  Moine  de  Saint  Gai ,  Peintre  ôc  Médecin 
des  plus  eftimez  de  J^on  ternes  ^  fmnômmé  pipem  gmmm  ,  quî 
fit  dans  le  dixiéme,  fiecle  des  cures  fi  admirables,  partieuliere- 
ment  en  Ja  perîfonne  d’un  certain  Crato,  auquel  on  avoit  cre** 
ve  les  yeux  ,  que  cela  fent  un  peu  la  Fable,  à  moins  qu’on 
n  entende  par  ces  yeux  crevez,  une  fimple  effufion  de  l’hu'- 
nicur  aqueufe.  ^  Joanaes  ou  Joannellus:  Abbé  de  Fefeamp  , 
aatifde  Ravenne  fils  d’un  Médecin, qui Pîftrui fie  dans  la  con- 
noififance  de  la  Meiecinc& des  beaux  Arts  Vétoit  d  une  fi  pe* 
tite  figure,  &  pâroiflbitfimépri{able,qu’ii  futappelé  Joannel- 
his  ou  petit- Jean  j  mais  les  gens  de  bon  fens  ne  laifibient  pas 
de  voir  tant  de  dons  du  Seigneur  dans  un  fi  petit  corps ,  qu’ils 
le  regardoient  comme  une  merveille.  ■ 

M  A  G I  s  T  E  R  S I  M  O  N  eft  uii  Moinc  fiencdiclin ,  Méde¬ 
cin  de  Râhzenhaklàch ,  marqué  dans  la  vie  de  Sainte  Eren- 
rude  Abbefler,  en  l’Hilloire  du  fiecle  douzième  des  Sainte 

Y 


Fetr.DiaeM  de  ït- 
lujîrib.  Ca0nenjib. 


Blbliethei;.  'SeheSt, 
kii,  ' 


Ibidem^- 


Ibidem:  - 


Ekkehardi  de  Cii-> 
{ib. Manager  i  San- 
cti  G alli.  GoLdaB. 
Rerum  Alemaniî, 
tu.  I.  .y<;. 
Chronicü  Gabriel, 
Bucelin.  ad  annum 

*  vide  obfer'uat, 
117.  Ephemerid.' 
Medico  Fhyfic.  Jer. 
man.  ann.  ï6-ji, 
pag.  171. 

Chronic.  S.  Benignî 
Divionef.  Spicileg, 
Tlorrm.  Luc&  d' Ar¬ 
cher  i  Tit.i.p,  4  45» 


f.  2'tbl.  Schenckii. 


V.  Vanderlind.  ^ 
Tafçhal.  Gallus  in 
Stïliethec. 


V.  Tetrum  C.^fiel- 
Un.  m  vitis  illufir, . 


B;-  BiètmMc.  Gëf- 
schenki-  Van- 
dgrlmd^! 


149  0'., 

iîîjf.,  ZMm- 


17  0  EJJais  de  Me^ècînti 

de  rOrdrc  de  Saint  Benoifl:  ,  page  jjj, 

T  H  R I  T  E  M  I U  s  le  fameux  Abbé  de  Spanheim  ,  a  tant 
fait  de  Traitez  de  Medecine ,  qu’il  ne  doit  pas  être  oublié  icy 
C  O  N  s  T  A  N  t’i  N  TAfFriquain  Médecin  Grec  fut  fort 
cftimé  des  Princes  de  fon  temps.  Il  étoit  fçavant  dans  les 
Langues,  ôc.  écrivit  qüçlqües  Ouvrages^ marquez  par  l’Abbé 
Thriteme ,  après  quoy  il  fe  fit  Moine  au.  Mont-Caffin  Fan. 
1071. 

-  .  C  O  N  s  T  A  N  T I  NUS  Lucas  Philofoplie  d*A*lexandrie ,  % 
écrit  quelque  chofe  fur  le  Chapitre  de  la  faignée  d’Avicennei; 
mais  André.  T iraqueau ,  qui  l’a  marqué , , ne^  dit  point,  s’il, a. été:  ■ 
Moine,.  ,  I 

G  i  L  L  E  S  Galixte  ,  dit  Gilîcs  d’Athenes  dont  nous  avons  i 
parlé  ci-devant ,  étoit. aufîi  Moine  au  MontrCaffin  ,  comme 
Mophitus  &  Valentinyqui  n’eâ  autre  que  le  frere  Bafile  mar¬ 
qué  cy-deifus  i.mais.pourrions-nous  bien  oublier  Sainte  Hil- 
dcgarde,  cette  fameufe  Benedidine^d’une  des  grandes  Mai^ 
fîins  d^Âliemagne  ,  puifque  pour  ne-  point  parler  de  fes  Gu-. 
vrages  .  de  fpiritualité  >  qui  n’ont  pas  été  du-genie  de  tous  les. 
Sçavans ,  elle  a  fait;  des  Livres  de  Médecine  qui  ont.  mérité, 
l’approbation  des  Médecins  &  des.  Philôfophes,. 

R  i.G  O  R  D  Moinede  Saint  Denis,,  étoit  Mededn&Hîfto» 
riographe  dû  Roy  Philippes  Augufte. . 

Les.Camaldules  ont  un  Hieronimus  Surianus  ,  qui  a  donné: 
ItXontmens^  de^Rhafes ,  &  quelques  autres  Ouvrages. 

Les  Carmes  eurent  un  Albertr  Eeir  un  Richardus-  Ku- 
nentius^  un  Georgius  Replerus  Anglois ,  premièrement  Chat; 
noine ,  puis  Carme:,  &  un  certain .  Theophanes  marqué,  par 
%dfîîus, 

Les  Chartreux  ont  Jéan-de;Hagef]i;,  dit  Jbannes  de  Ibda^ 
gine  i  &  le  fameux  T urifanns  ou  T aurifanns  Rlorentin ,  quifnî 
appelé  plufyüam  commeméfor  ,  Ÿ^ur  zvoïx  fait  quelque  chofe  fnf' 
lljys  de  Galien  ,  &  qui  fe  fit  de  cét  Ordre  l’an  15.00' 

parce  que.  fbn  habilécé  n’avoit  pas  été.fecondée  dés  heureüX^ 
fûccês.  ’  - 

Voicy  des  Cordèliêrsqui  n’étoient  ny  des  Fraters  BarhiefS? 
sy  dés  Religieux  las  dû  Cloître.’  Rogerius  Bacon  donc' ont 
fait  un  prodige  dé. Science:,  parce  qu’üa lonscemps  travaille-^ 
Chimie  - 


Première  Partie,  Chap.  IV.  17 1 

Br  T  HELE  Ml  Glannuli  autre  Cordelier  Anglois  ,  mais 
Bomme  d’un  vray  mérité  Ôc  de  grande  maifon  ,  donc  les  écrits 
furent  imprimés  à  Bologne  l’an  1500.  Guillelmus  Holk  & 

Helias  Autnur  du  ffeculum  ChimU.  Joann.  Eafol  difciple  de 
Scot ,  Joan.  deRupefcilTa  ou  de  Roquctail^de ,  fi  c’eft  le  mê¬ 
me  que  ce  Cordelier  Auvergnat  fi  connu  dans  le  quacorfiéme 
fieclc,  par  fes  inquiétudes ,  fes  paradoxes  j  fes  liableries,  &  bien 
different  du  Cardinal  de  ce  nom  ,  tant  çes  Cordeliers  Mede-  " 
cins  font  de  grands  Paradoxes  3  mais  il  ne  faut  pas  oublier  a 
ce  propos 

R  A I  M.o  N  D  Lulle  du  même  Ordre  ,  quoy  qu’une  autre 
maniéré  de  paradoxe ,  non  plusrque  Morienus  ce  fameux  Her- 
mite  Romain  qui  vi voit  du  temps  de  nos  peres. 

J  O  A  N  N  E  s  Gmivetus  145^0.  Cordelier  de  Vienne  en  Dau¬ 
phiné»  qui  fit.  un  Livre  intitulé  Amicm  Mtàüorum. 

Les  Dominicains  ont.eti  comme  les  Cordeliers  leurs  Mé¬ 
decins.  ' 

J  O  A  N  N  .  Æ  G I  D-.  à  Sanclo  Qmntino  naquit  i  Saint  Alban 
«en  Angleterre  l’an  1153.  Comme  il  ne  mit  gueres  à  fé- rendre 
grand  Philofophe  &  grand  Médecin  ,  il  profefTa  à  Paris  &  à 
Monpelier,  &  devint  enfin  un  des  Médecins  du  Roy  dé  Fran¬ 
ce  Philippes  II.  mais  s*êtant lafle  du  monde  &  de  la  Mede-  , 
çine,  il  îc  donna  tout  entier  à  la  Théologie  ,  &  fe  fit  enfin  Re- 
ligieux  de  l’Ordre  de  Saint  Dominique ,  après  avoir  quitté  3.  nifioru  vni~ 
l’habit  feculier  en  pleine  aflemblée,  à  la.hn  d’un  de  fes  Ser- 
mons. 

A  l  b  E  R  T  le  Grand,  dont  il  a  été  parlé  cy^-devant  ,  étoit 
pareillement  de  cét  Ordre. 

Ro_BEE.T^’York,oa.Robertus  Ebaraeus  autre  Doœini-  ^ 

cain,  ctoit  auffi  grand  Médecin  que  grand.  Théologien  ,  De  Bibimhee. 
même  que 

H  £  N  R  Y  D  A  N  î  E  L  qui  compofa  l’an  137^.  un  Livre  des 
Urines  ,  &  un  autre  qu’il  intitula  Mamptdus, 

S  Thomas  d’Acuii N  a  compofé  quelques  Ouvrages 
qui  font  en  quelque  manière  de  Medecine. 

G  A  MT  A  NE  L  L  A  du  même  Ordre ,  que  nous  touchons  en-  . 

core  du  doigt,  étoitun  Médecin  qui  a  fait  beaucoup  de  bruit 

far  la  nouveauté  de  fes  Siftemes. 

Les  Auguftins  ont  eu  leur  George  K^lcr  Anglois, Poëtc» 

y  ij 


infcri^tcrih .  iU 


JLnafiaf.  inVr^fat. 
ad  Miracul.  SanBi 
magni  f(tg. 
6i.  Itinerar.  linr. 
J).  MabilL  Relig- 
^enediSl.. 

Matheus  Farif.  in 


Trx- 

Fjirif. 


Mois  parA 

h-"  . 

5®'  QMtléîm. 
noix  in  vip^..  Sm&i 
Imépsimz. 


Ij2  EJJàtsJde  Medecinev 

MathematiGien,  Théologien  &  Médecin ,  qui  fe  fit  enfin  Knz^ 
chorette,  &  laiffa  leî>  Ouvrages  mentionnés  par  Pitzeu-s.- 

Voicy  des  Chapelains  &  Médecins  de  Papes.. 

U  K  s  O  Sous-diacre  de  la  Sainte  Eglife  fComaine ,  MédeGin 
ordinaire  du  Pape  Nicolas* 

Richard  de  Vendôme ,  Chanoine  dé  Saint  Paul  d© 
Londres  ,  fut  premier  M  edecin  du  Pape  Grégoire  X.  l’an  riyok 
qui  luy  légua  en  mourant  une  Croix  pleine  de  Reliques.  , 
Si.M  O  N  de  Gennes-i ou  Médecin  &;.ChapCi 

Iain''du  Pape  N'iGolas  IV.  l’an  liSS. 

R  A  î M  o-N  D  us ,  Chalain  de  V inario  , -étoît  Medecrn  db? 
Papes  Martin  TV*  Nicolas  IV.  Honoré  IV.  Arnald.  de  Vili 
lanova,  Joann.  de  AleRo>  Guido  de  Canliâco.î.,Raimondus  de 
Poiolis ,  Pccrus  .FalqEietus,  étaient,  pareillement  Médecins  des 
Papes  g.  Campanus .  M  edecin  de  Paris ,  étoit  aufîi.M  edeein  dt 
Pape-!  Nicolas  V.  Guillelmus  Brixianiis ,.  Médecin  6s  Chanoine 
de  Paris ,  étoit  encore  Médecin  du  Pape  Sixte  I  V.  Ambrofms 
ThurinuSî- V idorius McrviMuSjEahius  .Cal vus  ,..P.etrùs  Pintor 
Rîchardus:  VandQperanus>- autres  Médecrns^de  Papes  y,  comme 
Jpannes>.Biodier  Cænomanus  Médecin  de  Jules^T  I.  inhumé  à 
Saint  Sebaftien  de  Béome -j  oiidon.  Epitaphedé.-qiialihe  tel; 

Ma[s|)uifque  les  Prêtres  de  Pancienne  Loy  étoient  tous  Mé- 
de.cins,..&  quTLn’appartenoit  qu’à  -eux  de  difeernet  &  de  guérir 
Tl.:lepre  >  pourquoy  ne  ferionsmoiis  pas  icy  quelque  mention 
-des  Prêtr£s.,,d.es  Chanoines  ^ Curez  ôc,  autres^  Ecclefiaftiques- 
de  mérité  &  de  réputation  ,  oai-ont  honoré  la  Médecine,  où. 

•  par  L’étude  j  OU' par  la  profefTioii  qu’ils  en  ontfaites?. 

R  O  B  ER  T;  Medoci  n  .de  l’Abbé  Suggee,^dontil  efl:  parlé  danf 
PHiftoire,  étoit  apparemment  Erêtré.:,.  '-  ^ 

T  H„o  jv[  A  s.  Linacer  Prêtre  An gloi  s veR  un  Mededh  trop 
connu  par. Tes;  Quwa.ges&,  par,  £à  réputation  ,  pour  être  -oublié; 
icy?  -  /■  .-  ■  '  'T  -  ■  T  ■  ■  '  ■  ■  ' '  ^ 

;  '  P  r-E  R  R‘E  de  Bloisî  ArGhidiàçre  de  Bathe  en  Angleterre  ^, 
connu  pâT  Tes  beaux .  Quv-rages-,  é,îdit  fçav.aiït,danS’  la  Mede^ 
ejne,  conme  oe  IcrpeDty'oir' dâns>ra:vde*,.  . 

,Duï>o  Medécia  êce Clerc.: de' Saim  Louis  j  Paccompagna^ 
dans  Ion  vovnge:-d’A®'^T^’^-  Cnçdic  que  setant  voüéà  ce  Sainr,. 
en  une.  grandermaladîe:;qU-rE®^^T.ibîi.-  ietoiu:.;d’eutre;-nïîSr'?»iE 
^  gtteritjmufaeîfe^Smen^ .  -î  - 


Vnmïén'PadiSy  X^i.^.  I  V.  175 

Obizo  fe  fie  Chanoine  de  Saint  Vidor  de  Paris,  où  il  elt 
inhumé  ,  après  avoir  été  Médecin  da  Roy  Louis  le  Gros  »  ôC 
luy  avoir  rendu  la  fanté:  belle  &judicieufe  retraite.. 

P I E  R  K  E  Lombard  étoit  Chanoine  de  Chartres ,  où  il  eft 
inhumé,  &  premier  Médecin  du  Roy  de  France  Louis  VIL 
R.  O  B  E  RT  de  Douai  cm.  de  Dumo  ^etoit  premier  Médecin 
de  Maro-ueritede  Provence  époufe  de  Saint  Louis ,  &  Chanoi¬ 
ne  de  Senlis-,  ôc  un  des  premiers  qui  ont  contribué  à  Pétablif- 
fement  du  College  de  Sorbonne.  ' 

G  U  I  D  O-  de  Cercellis  s  avant  quitté  la  Profeffion  de  M.càc-  Ei^.v^iverliA^ 
cin  l’an  îz6:o.  £e  fit  Religieux  au  VaLdes  Ecoliers  à  Paris,  où 
il  légua  cinq  cens  livres^. 

G  U I  L.L  E  E  M  U  s  de  Saliceto ,  étoit  Dodeur  en  Medecine^ 

&  Curé  de  Saneville  Diocefe  de  Roüen,  Pan  1 374.  '  . 

Si  M  O  N  Alïïgi^c  étoit  Chanoine  dé  Paris, &  Dodeurea 
Médecine  l’an  135;^.  - 

P  E  T  R  U  s  Ægid.  Gorbolienfis  Chanoine  de  Paris  5  fut  aufli 
premier  Médecin  du  Roy  Philippes  Augnfte  ,  &  Auteur  d’un 
Poëme  de  6o.o^:vers  fur  la  nature  des.  Medicamens’compofezy 
qu’il  dédia  à  un  certain  Romuald  Mededn  du  Pape..  Il  fé  dort- 
na  enfuite  tout  entier  à  Pétude  de  la  Théologie  ,  occupation 
donc  il  eft  loiié  par  JEgfd,  Parifienf,  in  [uo  Carolino..  : 

Jean  de  MandevilleAngloisy  Gentil-homme  natif  de  Saint 
Âlban,.  philofophe  ôc  Médecin mais  encore  plus  homme  dé 
bien ,  étant  un  grand  Aumônier  &:  un  grand  dévot ,  avoir  veu 
fort  exadement  toutes  les  trois  Parties  du  monde,  dont  il 
donna  l’Hiftoire  après  fon  retour,  à  quoy  il  ajoûca  quelques 
.Ouvrages  de  Medecine.  Il  mourut  à  Liege  ,où  on  voit  fon 
Ep]taphel’an.i-372>..' 

J  a  n  Lucas  Médecin  ,  fut  pourvu  en  Coi^r  de  Rome  Pan 
1481.  du  Doyenné  de  l’Eglife  de  Paris. 

J  A  N  V oignon ,  fut  premièrement  Promoteur  de  îa  Nation 
de  France  Tan  1573V.  puis  Redeur  de  l’Bniverfité  enfin 
Chanoine  de  Paris  ,  &  comme  il  fe  fit  enfuite  Médecin ,  H  fe 
trouva  Doyen  de.  la  Faculté  Pan  135)4.  Il  divers  emplois 
•.honorables  ,  &  particnberementceluy  d’aller  vers  le  Duc  de 
bourgogne  aTCG  Renaud- de  Fontaines  ,  &  N.  de  Coiirtecuiae, 
uepuis  Evêque  de  Paris.  .  .  • 

E  T  R  u-s  de  Caftanra  Médecin  de  Paris ,  eut  Phonneur 
^tre  envoy  é  lau  135^^.  Ambafiàdeur  vers  le  Roy  .Richard 

y  iij 


mjkis  de  Médecine, 

d’Angleterre ,  5c  rUniveriite  d’Oxtorc. 

J  E  A  N  de  Marie  Prêcre  ôc  Docteur  de  la  Faculté  ,  obtiu. 
Van  1404.  dn  Pape  Benoiil  XIII.  pemiiffion  d’enfeign^p 
publiquement  la  Medecine.  ]  e  a  n  Grey  Prêtre  5c  MccUcin 
^ut  en  même  temps  la  même  difpence  ,  6c  trois  ans  après 
Gui  liume  de  la  Chambre ,  quoi -que  marié  jeut  permiffion  de 
regenter. 

,  J  A  N  Fuforis  ou  le  Fondeur  Maître  es  Arts,étoit  Chanoine 
5c  Médecin  de  Paris ,  Van  .141 4. 

Robert  u  s  Poitevin  fut  Médecin  d’Elifabeth  de  Bavie.  j 
j-e,  Reine  de  France  1440.  j 

Guillaume  Meuiiiier  Curé  de  Saint  Benoift  de  Paris, 
fut  Doyen  de  la  Faculté  de  Medecine  de  Paris ,  Van  14^1.  | 

J  A  c  q;u  E  s  Sacq’épée  ,  Gentil-homme  Pieard  d  ancienne 
KoblelTe  ,  fut  Médecin  6c  Chanoine  de  Paris  ,  Van  1414, 
Henri  T hibouü:  étoit  Penitencier,  Chanoine  6c  Medeck 
de  Paris  Van  i475>. 

Michael  de  Colonia  ,  Doyen  de  la  Faculté  de  Paris  ; 
fut  Chantre  6c  Chanoine  de  Paris ,  6c  fonda  l’an  140:0  la  MelTe 
•de  la  même  Faculté,  •  V, 

G  e  o  F  F  RO  I  le  Petit  ,  étoit  Maître  és  Arts  de  Paris,  l’an 
3414.  ôc  Chanoine  du  Saint  Sepulchre  de  la  même  Ville, 

A  R  RI  A  s  Montanus  natif  de  Séville  en  E  (pagne,  fçayant 
dans  la  Théologie ,  6c  dans  les  Langues  Orientales ,  Chevalkr 
de  l’Ordre  de  Saint  Jacques ,  qui  avoit  refufé  des  Evêchez» 
étoit  fçâvant  dans  la  Medecine,  jufqn  es  à  avoir  en feigné  pu¬ 
bliquement  la  Chirurgie ,  avant  que  d’être  entré  dans  les  Or¬ 
dres  Sacrez  O.  , 

Mais  ne  pourrions-nous  pas  faire  îcy  une  petite  digrelFiofl 
au  (iiiet  detant  de  Médecins  de  Paris, pour  marquer  que 
jeMiod  légua  fes  tapifleries  pour  fervir  aux  ades  deJT^,® 

»  à  condition  que  chaqtié  Ma^ître  diroit 
pour  îûy  üh  MiJererCi  6c  remarquer,  pour  égaier  un  peu  Va 
îiere,que  Jean TOifel  ou  l’Oifeau  jdit  Avis, Médecin  decetts 
Faculté ,  6c  des  Rois  Louis  X 1 1. 6c  François  premier  ,dohnak 
Continens  à\.\M2irïuÇctit  de  Rhafis  de  la  Faculté,  pour  être  copi^ 
-6c  mis  dans  la  Bibliothèque  du  Roy  ,  6c  qu’il  étoit  de  i 
humeur,  qu  on  le  reprefenta  en  ce  temps-li  dans  une tapig^ 
âyee'un  convalefcent  ,5cun  fiers  colloquteur,  ces  vers  cn  .l^ 
bouche.  .  .  : 


Ï75 


Première  Partie*  CFiap.  lY. 

%c  Malade.  je  ‘voy  Madtre  }ep.n  Ami 

fe.  nay  ni  fièvre  ny  frijjhn. 

Le  Médecin.  GutYi  êtes  h  mon  avis, 

Puifq^ne  vous  trouve^  le  vin  bon» 

Le  Colioquteur  L»  peinture  de  vôtre  vis  * 

à  Jean  Avis.  A  plus  coûté  que  lu  jupon. 

Revenons  à  nos  Chanoines; 

Pierre  de  Troyes  étoit  Chanoine  du  Saint  Septilchre  de 
Paris  &  Médecin,  Fan  1 40 ^  -  ,  ,  .  _  ^ 

Ma'I^siele  Ficin  cy-devant  mentionne  ,  etoit  Pretre  » 
Fhilofophe  &  Médecin  ,  &  Chanoine  de  Florence,  d’une  re-’ 
putation  bien  autre  que  tous  ces  Moines  &  Prêtres  qui  fe  me- 
lentàprefentdelaMedecine.' 

G  E  R  V  A I  s  Chrétien  premier  Médecin  du  Roy  de  France 
Charles  V.  Fondateur  du  College  ,  dit  de  Maiftre  Gervais  k~ 
Paris,  fut  Chanoine  de  Paris  ôc  de  Bayeux  fucceffivement, 

J  AC  q^e  s  des  Parts  Médecin  du  Roy  de  France  Charles 
V  I  I.  qui  mourut  en  1457.  étoit  Chanoine  de  Paris  ,  ôc  Tré- 
forier  de  l’Eglife  de  Tournay. 

Guillaume  deFîarcelay,  ce  Médecin  qui  guérit  le  Roy 
Charles  V  I.  étoit  Chanoine  de  Laon. 

E  s  T  1  E  N  N  E  de  Monanteüil  étoit  Chanoine  &  Médecin  de 
Paris  ,  Fan  1.5 . . 

Jean  Froideval  Chanoine  8c  Médecin  jétoit  encore  Prin¬ 
cipal  du  College  de  Portée ,  l’an  1538. 

Gilles  des  Champs  fut  premièrement  Médecin  à  Blois, 
puis  Chanoine  de  Senlis  Fan  iç  .  . 

V I  D  u  s  VidiusEiorentin,  étoit  premier  Médecin  duRoy  de 
France  François  I.  puis  s  étant  fait  Prêtre  ,  il  fut  pouvû  de 
plufieurs  Bénéfices ,  ôc  après  la  mort  de  cè  Prince  s’étânt  retiré 
àPife,  il  y  enfeigna  la  Medecine.- 

jEAN  de  Saint  Amand  ,  fut  Chanoine  de  Tournay . 

L  E  V  I  N  U  s  Lemnius  fut  Chanoine  de  Zirixée  au  Pais  bas. 

M  I  C  A I  s  I U  s  Ellebandius  fut  honoré  dé  l’amitié  du  Cardi¬ 
nal  de  Granvelle  ,  &  fait- Chanoine  de  Pofon  ou  Prefburg 
dans  la  baffe  Hongrie. 

Marcus  Nevianus  étoit  Chanoine  de  Gand. 

Jean  SanderMedecin  de  l’Empereur  Charles  y  .étoit  Cha- 
^oine -de  Saint  Bavon  de  Gand. 


îyè  mjak  de  Meiecîne] 

J  AC  O  B  U  s  de  Leugerio ,  ou  Jacques  de  Letigen  ^ÆedeciQ 
du  Roy  François  1 1.  ài  de  Marie  Stuard  Ton  époufe ,  étoit  Cha, 
îioine  de  Pans ,  témoin  fon  Epitaphe  dans  la  Chapelle  de  Saint 
Michel  de  d’Eglife  de  nôtre  Dame  de  Paris. 

François  Rabelais  de  Chinon  ,  étoit  Prêtre  Curé  de 
Meudon  lez- Paris ,  Medecm  de  la  Faculté  de  Monpelier,  &  du 
Cardinal  du  Bellay  Evêque  dé  Paris. 

P  H  i  L  A  R  E  T  £  ou  Phiiber  .  de  Limbiirg,  Chanoine  de  Lie. 
ge  > fit  divers  Ouvrages  de  Medecme  Pan  70. 

Anton.  Miims  in  R  E  M  A  <3  L  E  Fuchfc  Chanoine  de  la  même  Eglife  ,  a  été 
'Avaler  Andr.  UD  Medeciu  de  réputation,  auquel  nous  Pommes  redevables 
'in3ihtkth;3éigic:  dcs  vies  de  quelques  ill  U  lires  Médecins. 

M  A  R  c  ü„s  N evianus  de  Grammoüt  en  Flandre,  Chanoine 
de  Gand.  ^ 

,  J  A  N  Rofée  fut  Chanoine  &  Médecin  de  Paris ,  Pan  ipo. 

.  Rueljfi  connu  dans  la  Medecine  ,  fut  Chanoine  de 

ïierctsatïjio.  SoilTons ,  5cdc  Paris  fuccefii  vement ,  par  la  fâveur  de  Jean  Pon- 
^ertuasiÆuætau.  ^Ler  Evêque  fie  cette  Ville ,  après  avoir  perdu  fa  femmé.“  '* 

.  T  h  A  D  Æ  u  s  Collicola  étoit  Camerier  &  Médecin  du  Pape 
Urbain  V  I II.  ôc  Chanoine  de  Saint  Pierre  de  Rome. 

François  Gicois  Médecin  du  Cardinal  de  Richelieu  , 
©toit  Chanoine  de  Paris.  \  _ 

Franço  is  Ranchin  étoit  Bénéficier  &  Chancelier  de 
Püniverfité  de  Monpelier, avant  que  de  fe  marier,  ■ 

F  r  a  n  ç  ois  Vautier  premier  Médecin  de  Mairie  de  Mc- 
dicis  Reine  de  France  ,  &  enfuite  du  Roy  Louis  X  IV-  écpic 
Abbé  de  Saint  Mange  lez-Chalons.  , 

*  DiofôfcdeÇam-  P  I  E  A  R  E  Seguin  Abbé  de  Saint  ERienne  de  Femf,  *  fe  re- 
bray-  tira  à  Saint  Vi(3:or  lez-Paris,  après  avoir  été  Médecin  d’Anne 

là’ Autriche  époufe  du  Roy  Louis  XIII. 

:Mai,spo'u]:quoynejoindrions-nouspasencoreâtantdeMc- 
d.ecinsEcclefialliques,deshommesinrpirezdefuivrePayer* 
ùiremexit  E^3.ngé[iquc,  Medlce  cm  te  ipfum,  ipuKqn  ils 
relit  en  effet  le  commerce  &  Pemharras  de  la  vie  diffipée  &  iO' 
•relTéc  ,qLie  mènent  la  plupart  des  Médecins  ,  pour  fe  donner 
A  Dieu  dans  la  Méditation  de  fes  commandemens:  car  oiure 
tous  ceux  que  nous  avons  marquez  ci-devant  qui  fe  P^nt  re¬ 
tirez  dans  des  Monafterës  &  des  Solitudes,  comme  dans  des 
•  azilesA^d.es  païs  de  Salut, 

Y  I.Ç  T  9  ^  Pailu  natif  de  Tours ,  apres  avoir  fervi  un  gr^^^^ 

Prince 


Première  Chap.  IV.  177 

Prince  Si  le  public  en  qualité  de  Médecin  eut  alTez  de  cou- 
j-ao-e  pour  rompre  les.  liens  qui  le  tenoienc  attaché  au  monde  , 

&^fe  retirer  au  Port  Royal  des  Champs ,  où  il  fit  la  Médecine 
aux  pauvres  des  environs ,  qu’il  affiftoit  de  fes  aumônes ,  de  fes 
avisfôi  de  fesinftruaionsfpirituelles. 

Jean  Hamon  Parifien  le  fuivit  quelque  temps  apres  dans 
cette  retraité ,  &  dans  le  même  exercice  ,  &  finit  fa  carrière 
fort  chrétiennement  le  ii.  Février  1687.  mais  il  ne  faut  pas 
oublier  icy.que-celui  qui  a  fait  quelques  dyftiques  fur  fa  vie  & 
fur  fa  mort  j  &  particulièrement  ce  dernier , 

PauferibmgraûsMidicmamexeïcmtunm 
Inter  tôt  Medicos  res  nova  fanefus  obit, 
a  parle  fort  ignoramment,  puifque,  comme  on  a  pu  le  remar¬ 
quer  cy-devant,  il  n’y  a  pas  de  Profefiîon  qui  ait  donné  tant  de 
faims  Perfon nages  que  lar  Médecine, 

Pierre  Mercenne  Médecin  de  Paris,  fut  infpiré  de  pren^ 
dre  fa  place ,  6c  ce  qu’il  y  eut  de  remarquable  dans  fa  vocation , 
efl:  que  n’étant  entré  dans  cette  lice  que  forr âgé  ,  le  celefte 
Agonothete  le  recômpenfâ,conimes’il  y  eût  couru  long- temps , 

^  en  la  maniéré  que  le  Pere  de  famille,  dont  il  efl:  parlé  dans 
l’Evangile  ,  paye  quand  il  lui  plaît  les  Ouvriers  qui  ne  font 
venus,  travailler  dans  fa  vigne  que  le  foir. 

Il  ne  refle  donc  plus  qu’à  parler  ,  félon  nôtre  projet  .,  des 
Médecins  que  nous  avons  laiilez  au  douze  ôc  treiziéme  fie* 
des,  6c  de  ceux  des  fiecles  fuivans  5  mais  comme  le  nombre 
en  efl  trop  grand  ,  6c  principalement  des  Spagirifles  ,  je  ne 
marqueray  que  les  principaux ,  ne  les  faifant  même  connoî-, 
tre  que  par  leurs  noms ,  leürs  furnoms ,  leur  patrie,  6c  le  temps 
où  ils  ont  fleuri ,  à  la  referve  de  ceux  qui  méritent  quelque 
petite  obfervation  ,  renvoyant  les  Ledeurs  curieux  d’en  appren¬ 
dre  toute  l’hifloire  aux  Auteurs  qui  ont  donné  leurs  Ouvra¬ 
ges  au  public  ,  à  la  tête  defquels  ils  peuvent  lire  leurs  Vies , 

&  particulièrement  à  Paul  Freherus  Médecin  de  Nuremberg,  ,  . 

qui  nous  a  donné  depuis  peu  un  abrégé  des  Vies  de  la  plu f-  dJrTplT/s-pai. 
part  de  ces  Médecins  ,  depuis  le  treiziéme  fiécle  iufques  à 
prefent.  •  .  ' 

Je  les  range  donc  pour  faciliter  la  chofe  par  quelque  ordre 
fuivant  le  lieu  de  leur  naiflance  ,  comprenant  fous  l’Angle¬ 
terre  ,  1  Ecofle  ôc  1  Irlande  5  fous  l’E (pagne  ,  le  Portugal  6c  les 
lues  Maïorque  6c  Minorque  j  fous  l’Italie ,  la  Sicile  ôc  les  Ifles 

Z-  . 


1 


I  Ejfdîs  de  Médecine . 

de  Sardaigne  &  de  Corle  j  fous  l’Allemagne ,  la  Suède ,  la 
logne,  le  Dannemark ,  la  Suiffê  ,  les  Païs-bas ,  &  tout  ce  qui 
fait  partie  de  cette  grande  partie  de  l’Europe  j  &  enfin  fous  la 
Erance,  tout  ce  que  le  Koy  Lonïs  le  Grand  pofTede  depuis  les 
Pirenées&des  Alpes  ,  jufques  au  Rhin ,  à  l’Océan  &  à  la  nier 
Mediterranée.  * 

Ainfi  je  commence  par  l’Angleterre  ,  où  je  remarque  un 

Albricius  natif  d  Londres ,  qui  vivoit  l’an  de  Grâce  1087» 

Adeldardus  ou  Adelardus  ,  qui  a  fait  un  Livre  de  Que- 
ftions  naturcllesjôc  quelques  autres  OuvragesdeMedecine,!  130, 
Joannes  à  fando  Ægidio ,  qui  écrivit  une  pratique  de  Mé¬ 
decine  l'an  iiîi.  .  . 

Gilbertus  Legleus  fameux  Médecin ,  Phiîofophe  &  Mathé¬ 
maticien,  grand  voyageur  &  fçavant  dans  les  Langues,  Mé¬ 
decin  ordinaire  de  Hubert  Evêque  de  Cantorberi ,  qui  deurif- 
foit  l’an  J220.  &  dont  Pitzeus  &  Symphorian.  Gompegius  font 
l’éloge' mais  qu’il  ne  faut  pas  confondre  avec  ce  Gilbertus 
M agnu s  Théologien  ,  &  General  de  l’Ordre  de  C idéaux* 
Poëte,  Hiftorien,  ôc  Orateur  *  Anglois  de  nation ,  vivoit 
l’an  1180. 

Edmundas  Hollingus  natif  d’York,  qui  vivoit  l’an  iiîf, 

Rogerius  Bacon,  ce  prodige  de  fcienceêc  d’cfprit, mention¬ 
ne  cy-devant.  . 

Joannes  Gadefdens  ,  ou  de  Gadefden ,  Auteur  du  dfh 
*  glicaftor ,  1320. 

nd.  Gefner.  é*  Albauus  Hillus  dun  temps  incertain  ,  mais  fort  edirne  de 
i»3ibiiotK^2L^i3.nm  Lândus. 

Henrieus  Daniel  Dominicain  ,  marqué  cy-devant ,  1370. 

Nicolaus  Hodroham  1440.  marqué  dans  la  Bibliothèque  de  ■ 
Pafchalis  Gallus. 

Georgiiîs  Riplæus  cft  un  grand  Chimide  de  l’an  145)0. dont 
les  écrits  font  marquez  dans  Vanderlinden. 

Riehardus  marque  cy-devanr. 

Thomas  Linaeer  ,  homme  d’un  d  grand  merke  ^  qu  il  eut 
l’honneur,  d’étre  Précepteur  du  Prince  Anus  ,  fils  du  Rof 
d’Angleterre  Henry  VIL  il  fleuridok  Pan  ijzo.  &  mourût 
Fan  1524.  apres  avoir  fait  amitié  avec  Erafme,  &  tous  lesfça- 
vans  de  fon  fieele  ,  fondé  des  Chaires  de  Profeffeurs  dans  le 


College  d’Oxfort  ,&  donné  fa  maifon  au  College  des  Médecins 
4e  Lomres ,  &  fut  inhumé  PEgiife  de  fkint  PauL 


Première  Partie,  Chap.  I  V.  17^ 

Guillelm.  Tûrnerus  qui  fleuriffoit  l’an  1^48.  donc  on  peut 
yoir  Télogc  &  les  Ouvrages  dans  la  Bibliothèque  de  Gcfner. 

Eduardus  Vottdiius  Oxonienfis ,  fur  lequel  on  peut  conful- 
ter  le  même  Auceufi  ôc  meme  Paul.  Freherus  inThentroviror* 
JErudit.  claror. 

Joannes  Caius  Nordovicenp  ,  a  vécu  jufqucs  à  Tannée  i  J73.V 
mais  011  a  tant  mis  d’écrjts  Ibus  fon  nom ,  qu’il  y  a  lieudedou- 
ter  s’ils  font  tous  de  lui.  .  - 

Thomas  MoufFetus  a  écrit  un  Dialogue  Apologétique  pour 
les  medicamens  Chymiques  ,  mais  il  eft  fore  décrié  quant  aux 
mœurs  ,  15S0, 

Duncanus  Lidellkis  eft  un  Ecoflbis  qui  a  fort  bien  écrit  de 
la  Medecine,  &  qui  a  vécu  en  ce  dernier  fiecle  ,  auquel  il 
faut  ajouter  Robert  Flud ,  ou  de  FluM,  Philofophe  &  Méde¬ 
cin  ,  1:62.0.  * 

Nous  avons  encore  eu  en  ce  {îccle-cy  les  doélcs  Guillelm. 
Harvæus  ,  Nathanaël  Higmorus  d’Oxfort  ,  Jacobus  Primero- 
(îus,  Thomas  W illis,  Joannes  DaviiTonius  Scotus  ,  Georgius 
Elit,  GuaUherus  Charleton,  &  tant  d*autres  qui  ont  brillé  »  & 
qui  brillent  encore  à  prefent  en  Angleterre. 

L’Allemagne  nous  prefente  d’abord  dans  fes  extremitez 

Albertus  Magnus,  Suevm  VnLZo. 

Daniel  Bokerus  Dantifc.  gendre  du  fameux  Melanchton  , 
qui  n*étoit  pas  ignorant  de  la  Medecine  non  plus  que  fon  gen¬ 
dre,  152,0.  Mathias  Michovius,  P<îW.  1523.  s. 

Jodoc.  "W^illichias  1550. 

Francifeus  Tedefeanus,  Bantifeajf.  , 

Melchior  Guillandinus  Borujjius  ,  qui  a  tant  écrit  au  lîeele 
paffe,  &  qui  fut  Intendant  du  Jardin  de  Medecine  de  Kohif- 
burgenPruflè,  158^, 

Petrus  Severinus  Danm^  1370  Joann.  Pontanus  Dams  y  1571. 

Joannes  J elfenius  àJelTen  Hungaras  ^  ijço. 

Thomas  &  Gafpard  Bartholinus ,  pere  &  fils ,  natifs  de  Co- 
penhaguén,  fi  connus  par  leurs  écrits. 

Qlaus  H afnienf.  1600. 

Joannes  StenOn  ,  1630.  ‘ 

•  Oiaus  Vvormius  ,  1624.  ^  . 

Joan.  Agricola  Ammonius,qui  a  fait  divers  traüez' de  Me¬ 
decine,  &  qui  étoit  Profcflêur  dans  la  Langue  Grecque ,  vivoic 
environ  Tah  1480.  different  de  Georg.Agricol.  Mifnienf.  1530. 

Z  ij^ 


I  g  O  Bjjais  de  Medeclne, 

marqüé  par  Pauli.  Frekerus  6c  Vanderlind.  grave  Auteur.-  car 
quant  à  un  Joan.  Agricôla  qui  a  écrit  en  ce  liecle  de  Plicd  Po. 
lonica ,  &  à  un  autre  Joan.  Georg.  Agricole,  qui  a  écrit 
Uio  ccrvi  excoriati  ,.c’eft  peu  de  chofe. 

Voicy  les  autres  Allemans  félon  Tordre  de  leur  tems. 

^  '^SiCohus  Roterodam.i‘)00. 

Marquardus  Frekerus  ,  ou  Froër  Fvittembergenf,  fleurilToit 
Tan  1770.  Il  eut  un  fils  de  mêmè  nom,  qui  mourut  Tan  1^30. 

Martinüs  Pollickius  Médecin  ,  Pkilofopke  ôc  Tkeologien, 
Mflerjïaâienfis ■)  ^ 

ÀureoT.  Pkiiipp.  Tkeopkraft.  Bombait  connu  fous  le  nom  de  ' 
Pàracelfe.j  Suilîe;,  grand  problème,  de  dourine  &  de  mœurs  , 
puifqu’il  ell  mort  après  avoir  tant  guéri  de  malades  ,,  dés  Tâgc 
de  52.  ans  j  faute  d’avoir  obfervé  les  préceptes  de^  la  Méde¬ 
cine,  1540. 

Paülus  Ricciüs  Xuif  converti  j  ami  d’Erafmo  j  fleurilToit  Tan 

Henricus  StromeruSj-^/^r&^r/^/W,  151^. 

Reinerius  Batavus , 

Giiillelmus  Goptis  ^B^ftleenfis  ^  Médecin  de  la  Faculté  dePa- 
ris ,  qui  fur  Médecin  du  Daufin  de  France  ,  fils  du  Roy  Fran¬ 
çois  ï.  dont  Petrus  Ramus  a  dit  : 

nohilium  ^eâico^m  gloria  Cofus, 

Ét  avec  raifoU  f  püifqu’ila  travaillé  fur  .Hipocrate,  GaliemS^^ 
Paul  Eginette.  II  n’eft  donc  pas  vrai,  comme  on  Ta  écrit  dans 
le  Scaligerana  i\  qiTil  n*avoit  Fait  autre  ckofe  toute  fa  vie  que 
de  commenter  Rabelais. 

^ Euricius ,  ou  Henricus  Cordus  yHaJfiacus  a  Simeffa  fago.F^o, 
étoit  Poete  ,  Medecrn  64  ennemi  juré  deS  AJlrpiogues:^xontre 
lefqneis  il  a  écrit.  Ôn  le  fait  Auteur  de  TEpigramme  TresMe- 
dici  fades  ■)  ~^c.  Il  futperede  V.alerius  Cordus  grand  Herbo' 
rilte  1544. 

•  Mi^^Pkîias  Tkrivèrius  1^40.  “  .p- 

Geqrgjus  Pilânder,  Mifnienfs  Cygnaus i54P*  ’  : 

Gilbertus  Longolius ,  1540. ,  -  V'  - 

Joannes  Guinterius  Anderaac.  Colomenf  Médecin  du 
François  I.  &  du  Cardinal  du  BelTcy',  8c  Doven  de  la  Faculté 
de  Paris  ,1145-,  '  '  > 

:  Qûio  ^ïiinicXÇms  Mogmtmusÿi‘^10.  .5  r 

Henricus  Cornélius  Agrippa  Colomenfîs y  Problêinc2e 
[i  c.  '  ^  ' 


Première  Pmle,  Chap.  î  V.  I8i 

mœurs  &  de  fcience  ,  1^30-  ^  ^  . 

Adolphns  Occo  feavanc  Antiquaire  &  Medecm  ,  1^03.  eut 
un  fils  &  un  petit-fils  Médecins  de  Ton  nom  ,  dont  le  dernier 

né  à  Aufbpurg  mourut  1  an  160^. 

Joannes  Cufpinianus  Suinfortenfis.  ,.1530.  Poëte,  Phaoiophe  , 
&  iVîedecin  de  l’Empereur  Charles  Y.  donc  Joannes  Sanibu- 
cus  a  donné  le  portrait  ,  hi  donc  Paul  Jove  ,  Mclchior  Adam 
8c  ’V'ofiïus  font  une  grande  diftinaion.  . 

Joannes  Sanderus  autre  Médecin  de  l’Empereur  Charles  V. 
Candavenfis^  1540. 

Gafpar  Nævius  Chemnic^s  1550.  eft  different  de  Joan.  i^/vï»- 
tous  deux  célébrés  p^  leurs=  écrits.  -  ^ 

Kdoimm  homccrus  Mar^urgenfisi 
Georg.  Krant  Hagenœffus  ,  I-530.  .  : 

-  Hermann.  Cornes  à  Nevenare  1530.  qui  a  écrit 

Tcbre  puddtoriii  êc  de  Plmtis.  .  . 

Philippus  Appianus  ,^cet  illufirre  infirme  qui  fe  guérie  par 
l’étude  de  la  Medecine  ,  Jngolfind,  15 85).  -  .. 

Juftus  Velfius,  HagmuSi  1540.  claruit  15^0. 

Thomas  EraftuSî  Bafdee?^fis ^ 

Jafon  Pratenfîs  Ziricceus  marqué  avec  fes  JDuvrages  dans 
Vanderlind.  i5’30.  n’eft  pas  le  Joann.  Philipp.  Pratenfis  marr 
quépar  Pauli.  Freherus J  1576.  * 

Hieronymus  Tragus  Brettenfis^  Médecin  8c  Théologien,  1550. 
Antonius  Niger  Bmunfvigenf.  1550.  < 

Reiner.  Solénande^^«/(S?rm^;iï?y/5 ,  ij^é. 

Jodocus ’V’villichius^Wofellian.  1550. 

Laurent  Fri  fins  >  ijao.,  difeent  de  Jacobus  FrR 

fius ,  Tigurinus  y  ôc  de  Jacobus  Frîfius  >  Regiomontmus. 

Georgius  Stujkiàes  MijJinenfts  ^  154^.  Ppëte  ôc  Médecin^ 
Camillus  Squarcialupus ,  PlumbenfisH<^^o.  -a 

Leonardus  Jachinu-j  T^ü^or/V^y/5 }  1 540. 

Balduinus  Roiafæus  ^  Gmdenfisi  1550.  . 

Anton.  Niger  1550.  , 

Marquardus  Freherus  Sénateur  d’Aufbourg,  &  Médecin  de 
l’Empereur  Charles  V.  Bunkerfpulenfis  ,  m^renà  de 

Joannes  Marquardi  Fiennenjîs  \  qui  a  vécu  jufqucs  enranM58o. 

Gafpard  Peucerus  Lufac.  Btidihm  ,  un  des  gendres  de  Mé^ 
lanchton,  15^0.  ® 

Julius  Alexander  a  Neuftein  Tridentif^*  Médecin  de  l’Em^ 

Z  iij 


1 


€efn«f,3ihX 


Gefnêr.  Btil. 


igt  EJJais  de  Medecine^ 

percur  ÎFcrdinand  I.  ij^o. 

lacob  Bontius  ,  Roterod.  1 5^40. 

Getzrd.Bontms  Gcldnenf.  1590. 

Reiner.  Bontius  cjus  filius,  iSoo. 

Balduin.  Ronfîæus  Gandcnjis  »  i  j8o. . 

Gemma  Frifius  Docciimienfis  j  fleurifloii  l’an  1 550.ÎI  eut  un  filj 
nommé  Cornélius  Gemim  né  à  Louvain,  &  Médecin  comme  lui 

Gafpar  Peucerus ,  I  J  JO. 

Jom.  DtigLndcti  Tepemno  HejjuSi  1^60. 

Leonhardus  Fuchfius  Vvimhdingtnf.  RhjituSy  ij^o. 

Gregorius  Pidorius  ri///»^4w«^ûeariiFoit  en  15^0. 

Marcus  Nevianus  Gemrâimonte^  c\m  fut  plufieurs  fois  Con^ 
fui  de  fa  patrie,  &  qui  fut  Chanoine  à  Gand  ,  1560. 

Petrus  Lotichius  ijjo. 

Goropius  Bccanus  Brah^j^ntin ,  fleuriiloit  fous  Philippes  II.  Roi 
d’Efpagne  ,  &  avoit  été  Médecin  des  Reines  dé  France  &  de 
Hongrie,  fœurs.  de  Charles  V.  Il  étoit  Philofophe,  Théolo¬ 
gien  ,  Médecin,  &  eftime  le  Varron  de  fon  tems ,  &  qui  eût 
pu  être  Chevalier  de  la  Toifon  d’or  ,  s’il  eût  fait  quelques 
avances  pour  cela  ,•  mort  en  1172. 

Andréas  V  cfalius  yFefalknjis  a  Phafnlâ  olim  dicîa  civiUU  Cu* 
mit ^tus  Clivm i 

Wolphang.  hzTAMS -,  ViennenfiSi 

loannes  Langius ,  15(30. 

Conradus  Gefnerus ,  ,  1560. 

Nicolaus  Biefius ,  Gmdavenf.  i5éo.^edecin  de  l’Empereuf 
Maximilien  II.  W 

‘  Güillelmus  ViiîO  i  Lugduno  Bat av.  i<^^o.  different  dé  Nicolaus 
Pifo  Lotharing.  ôc  dé  Garolus  Pifo  Parifierifis,  ^  ^ 

Levihus  LemniusX/>jfrff^»yîCanonicus  i  j6o. 
loannes  lacobus^  Vvëkei^ 

Gerardus  Dornseus  .  .  i  j6o. 

Pafehafius  luftus  EchelaJt€x^Jis  t  i^vd  2.  écrit  de  Aléa 
euranda  Indendi  eufiditate  i  different  d’un  autre  luftus  Méde¬ 
cin  marqué  dans  ¥anderlinden. 
lanus  Cornarius ,  ,  I J  J  8. 

Guillelm.  Adolph.  Scribonius  ,  Marpurgenf.  lygj. 
îaeobus  Miiiehius  v  1550* 

Laurentius  Grilius , 

Herman.  Cruferius,  ,  lu'dsii- 


Première  Partie.  Chap.  I V.  ni 

Joachim.  Cutæus ,  Frijlad.  SiUfim.  Auteur  des  Annales  de 

Sflcrie,i570.  _ 

Volcher.  Coiterusj  1570' 

1.  Moi^znm  y  ^rfijlavienf.1^60.  ^ 

ÿem3.Td\is  DcffcniiiS  ^  157®* 

Adrianus  Junius,  1570. 

Jacobus  Skchius  y  Schorndorf.  Fvitmberg.  1580,  Médecin  & 

Théologien;  1  .  1  ta 

Joan.  ^ierius  >  Brabant.  Gravius ,  Médecin  du  Due  de  Clc- 

yes,  1570. 

^02inn€s  Vi^chénis -,  F'vinhdingenf.  i^Sqf# 

Joachimus  Camerarius  r  Normhergenf.  fils  (Te  Jean, a  été  un 
Médecin  fore  célébré ,  lequel  a  vécu  jufqucs  à  Tan  1^40.  Il  y 
a  encore  un  Joan.  Rodolph.  Camerarius  de  notre  fiecle  ,  dont 
Yanderlind.  a  marqué  les  Ouvrages. 

Salomon  Albertus,  1580. 

Thomas  Eraftus ,  Bad^us  Hduetm  ,15  80.  Médecin ,  Théo¬ 
logien  ôc  Aftrologue. 

Joannes  Grato,  Silefim  Vratijlav.  1580.  Comte  du  Palais  Im¬ 
périal,  &  qui  après  avoir  été  Médecin  de  trois  Empereurs ,  vou« 
lut  mourir  à  Dieu  &  à  luy-mêmé ,  fe  retirant  de  la  Cour. 

Rembcrt.  Dodonæus,>î/^cI///;?/^»f.  1^80, 

Godefridus  Stcechius,  Amerfortius -,  1580. 

Bruno  Sciàclïus  ^^erfurünas ,  ^80.  Poece6cMeda:in. 

Ifraël  S^âcKius  J  Argentinenjis ,  1580. 

Joan.  Pofthius,  Gemershemius  PalatinuSi  i y^y.Poëte &  Mediecin^ 

PauL  Lucherusq  Ijlebienfisi  15  «>0.  fils  de  Martinus  Luchcruf 
rHcrefîarque.  .  ^ 

VéttMsPovcdkmi  Alkmarian.  i\ÿO.  v 

Fortunat.  Plcmpius,  1550. 

Petrns  Monavius  ,.^ratijlav.  1^80. 

Jacobus  Theodorus,  Tabernamontantii  155©.  dfBus^  fatria 
in  ditiont  Principis  Bipontinorum. 

Joannes  Opfopœus,  U ao.pere de  SimcMî 

^pio^ç&MS i  Hildehergenf. 

^  BafiUenJIs  i  i|9o.  Hiftorien  >  Medscis»  CefatrMU^ 

rocte  Couronne  ,  &  Comte  Palatini  " 

Lauremius  Seholtzius,  ^ratifiav.  1550. 

Joannes  Vifeherus  >  FvembdinfenF, 

Michael,  Neander,5v^ew.  1^80.  ' 


184  Aiedecine. 

Joannes  Schenkius  ,  à  Gmfemberg.  1550.  difFerent  d’Eufc, 
bius  Schenkms  i  Burgjîadienfis  ,  1620.  &  de  Theodor.  Schen' 
kiuSilemenfts,  fils  de  celui-cy ,  more  en  1671. 

Hieronimus  de  Rantzau ,  qui  donna  quelques  écrits  de  Me, 
decine  l’an  1580.  &  c’eft  de  cette  famille  qu’eft  forti  Henry  de 
Rantzau  ,aufii  fçavant  Médecin  ôç  Poëte ,  que  grand  Capitaine. 
Luberc.  EfthiuSj&Francifc.  Eil:hius,^;'^f;iî^on  160. 
Martinus  Rulandus ,  ,  pere  &;fils ,  i(joo. 

Raimundus  Mindererus  ,  léoo. 

Joan.  Pincier  :  léoo.  Andr.  Kra^ius ,  léoô, 

ijoan.  Heurnius,  VltrajeB.  1600,  Otho  fon  fils,  idoo. 
Nicolaus  Taurellus ,  1600. 

Carolus  Clufius  ,  Atrebas^  1600. 

Félix  Platerus ,  Bafdeenf.  Rmmc.  1600. 

Barthol.  BrunneruSji’^xc»  1^04. 

Jacobus  Zuingerus  Theodori.filius ,  BafiUu^i  1610.  ' 

Laurentius  Hpfmann.  Halofaxo  ,  i6ip. 

Henric.  Fabric ,  Tabemmont.  Poëte  6c  Médecin  i  éi  2. 
Erneft.Honnerus ,  i<3i2. 

Melçhior  Utenhovius,  1^13. 

Henric»  Ludoviçus  Neujîad.  i6î  3 .  Joan.  Ürfinus  ,  Leopqldj  i6iy 
Gcorg.'Wî^th) Lufrtms^  i6î^.  Henric.  Smetius,  Jlojimm,,  i6ii. 
Félix  Platerus ,  , 1^14. 

Ludovic.  Gravius ,  1^15. 

Petrus  ^Sivlns  y  jimfielodam.  iSiy. 

Chryftophor.  Mylins, iéi*4.  ^ 

Mathias  Lobellius,/»y^/4^.  iSi6,  Andr.  Libavius,H/*^if/ÿ 
Hermann.  W^olphitis,  1^20. 

Joann.  Ncander,  Bremenf.  1620.  Francife.  Joël,  Rojlûchknfi6%o. 
VetmsLsLurembergms.BoJiûchienf,  i6io, 

Martin.  Va.nÇ3L  y  SchUfîfingetfs  i  1610. 

Melçhior  Adam  .  .  .  .  .  15:^0. 

Meichior  Sebizius  Falkemburg.  Silefius  1^25.  perc  de 
SQhi7À\iSi  Argentoyat.^i^'j/^. 

Joan.  Stephan.ScrobelbergerusjLMr;^/:  1^20. 

Vetrus  Knî y  Bdfileenf.  161.^. 

Rodolph.  Goclenius,  T^'vitemberg.  1^20. 

Michaël  Doringius  ,  ‘Vratijlav.  f^ao. 

Joann.  Neander  Bremenf.  162,0.  . 

Joan.  loïkQLQïim i  Amplodam.  1^30. 


Première  Partie.  Chap.  IV.  18/ 

Gréo-or.  Nymmannus,  Fvttemberg.  16^0.  different  de  Hicro- 
nimus  Nynunnus.  ,  ' 

Guillelm.  Fabric.  Hüdanus,  Badenfis  ,  1^30. 

Joan.  PrcDotius, 

Daniel  Sennetcus,  J  1^30- 

Mævius  ^olfchonius  ,  Gnffudd.  Pomeran.  1^30. 

Nicol.Foncanus,  Amllelod.  1^30.  different  de  Joan.  &  de  Jacob. 
Fontanus  Médecins  François. 

Joann.  RHcnanüs ,  Frmeofurt.  1^30. 

Thom.  Fienus  ,  1630. 

Laurent.  Scholtzius,  1^30.: 

Guillelm.  Fabric.  Hildanus,  Badenf.  1^30. 

Joan.  Beyerovicius ,  Bordracenf.  1640, 

Hermann,  ConringiuSjJ'r//^,  1^40. 

Petrus  Kirftenius ,  ^ratijla>v.  1640. 

Joan,  Freitagius,  r^p/or//V.  1540. 

DavidHelicius,-^-^/»^'«^>i<33^- 

Georg.  Kirftenius  , )  16^0. 

Joan.  Anton.  Lindm.  feu  Antonides  Vandcrlind, 

Joan.  Schroclerus ,  Vinmm  Saxo ,  1390. 

Philipp.  Jacob.  Schroëterus  Vunnen^.  Aujlriac.  i6ij.  fils  de 
Joan.  different  de  Joann.  Fridcric.  Scroterus,  de  Maurit.  Scro- 
terus ,  &  de  Joan.  Scoderus  Momfrancof.  Auteur  de  la  Phar¬ 
macopée  Chimique,  16 

Joannes  RodoJphüs  Globerus  .  ,  ,  .  .  .  1^50. 

Thomas  Reinefius ,  ,  ce  prodige  de  fcience  de  nôtre 

ten^ps. 

Joannes  Veflingius,  1^30. 

Joannes  Daniel  Horftius ,  Gefberus  Horftius ,  &  Jaeobus  Hor- 
ftius ,  différons  de  ce  Gregor.  Horftius ,  Mifnienf.  qui  a  tant  écrit 
en  ce  ficelé,  perede  Greg.  Horft.  ,  mort  en  1660. 

Gafpar  à  Reics  ,  Francofurt.  1650. 

Adrianüs  Spigelius,  16-50. 

Chriftianus  Langius  homme  d’un  grand  meritc,vir- 

voit  encore  r,an  4660. 

Anton.  Deuflîngius  ,  i^éo. 

Hsnrie,  Meibomius  ,  ce  grand  Phïlofophe  de  nôtre  fiecle  , 
natif  de  Hermcftald,^fut  pere  de  Joan.  Henric.  Meibomiusi,  qui  a 
compofède  nôtre  temps  plufieurs  bons  Ouvrages  de  Medecinè 

Joan.  Hieronym.’^lRhius  ,,^f«gif^  vinddic.  tS^k 

A  a 


mfiiis  de  Mededne 
JL’Ialie  Vit  îlî^nqué  noD  plus  que  T  Allemagne  de  grande 
Médecins.  Àufli  elle  nous  preféntedans  le  douzième  fieclcun 
Saladinus  de  Efculo.  Médecin  du  Prince  de  Tarente, 

Joann.  de  Mediolano  qui  a  écrit  fous  Iç  nom  des-  Medecins^dc  I 
Salerne,  l’Ouvrage  addrcffé  à  un  prétendu  £Loy  d’Angleterre»  i 
fous  le  titre  de  SchoU  Sdemitma. 

N rcolaus  B ertrucius ,  l^omnienfis  ,1250. 

Ludovic.  Fra^cus  ,  12^4. 

Thadeus  Florentinus  celcbrc  pour  fes  guains ,  vivoit  encore  a  ^ 
Florence  fa  patrie,  Pan  157p.  car  quant  à  Thadæus  Dunus  Lo- 
cariiienfis  autre  Italien ,  il  vivoit  dans  le  dernier  ficcle  à  Zurich, 
comme  le  marque  Oefocr  dans  fà  Biblioteque. 

T urrifanus  de  T uritoi?  j  ou  Drufi anus  Florentinus ,  difciple 
de  Thadeus  Florentinus,,  ce  fameux  Chartreux  dont  nous  avons 
parlé  cy-devant  î^oa. 

Lamtrancus  Mediolanus.Medic.  &  Chîrurg.  1 29^4. 

Petrtis  de  Aponc,  Patavm^mQn^  Page  de  80.  ans ,  Pan  1305,  j 
Aftrologue ,  Philofophe  ôc  Médecin ,  furnommé  le  Conciliateur, 

Sc  grand  Problème  de  vie  &  de  Dodrine. 

Gentils  Fulginas ,  Perufims ,  1510;  grand  Partifan  d’ Avicense, 
mourut  à  Boulogne  âgé  de  80.  ans. 

Petrus  de  Ub^ldis  »  ,  perc  de  trois  toieox  |urilGcm- 

fuites ,  Pierrei^Bilde &  Ange ,  J  2.3  4. 

Dinns  de  Garbo  ,  Florentin,  difciple  de  Thadeus  Florentie* 
Mathæus  Si.lvatieus  nohilis  Mantuanus ,  1500. 

Thomas  de  Garbo  e|us  filius,  13  46. 

Guillelmus  Variguana ,  1300.  ,,  - 

Nicolaus  Rheginus ,  1330^  , 

Mundinus  àc  Lentiisj,  ^/<?3»'(f^,  f  "HÏQcAxxS  i  Flormt.  13^^* 

Axeda^n,. 

Galeac.  de  SandaSQphia,i40D. 

Chriftoph.  Georg.de  Honeftis  ,  14^0. 

Fiugo  Senenfis ,  dit  Bencius^eet  homniefifçavantèc  fî  magoi' 
^que^,  c]^’aprés  avpif  L  domé  tin  graruf  repas  à  tous  les  S^avans 
qui  étoient  à  Ferrare  pendant  le  Cotieile  ,  il  les  défia  tous  à  ^ 
difpute,  143  g. 

Sancles  de  Hardoînis,  Fifmrkaf  1430.  Bernard.  Trevifan.  143*’' 
joannes  Michaël Sayanai:oiâi»rfr«2;.  Chevalier  de  Saint 
de  Jerufalern  >  1430, 

Jacob,PoTOljyi«afii^  14^0.  Joan.  4c  Marliano  ,143 


Premkre  Partie.  Chap^i  y.  18/ 

Bartholom.  Moncagnana,  Patav,  1440. 

pctr.Leonms  iS^olefa?f.  1440.  Joan.  Arculanusr(fn>^.i4^o. 

Uuh^i3LS  de  Gr3Ldïbus,MedioU».i46o. 

Cleoientius  Ckmentinus,  1470. 

Anconius  Benivemus,  i7/tfr^»//»/»,  145?^. , 

Mardi.  lEïcin.Floremnus »i^Zo.  Amon.Zcnoi Tenet. 

Gcorgius  Vüh  >  Placent,  i  ^^o. 

Gabriel  Zerbixs ,  ou  de  Zerbis ,  vivoit  Ban  1500.  en  reputatîoa 
de  grand  Anatomiftc  >  mais  il  n*en  z  pas  moins  été  cenfuré  par 
M-  Anton.  Turrianus ,  c]ui  n’a  pas  plus  épargné  Mundinus.  Ü 
fut  mandé  par  les  Triballiens  pour  tri^itcr  Schenderbaffé  leur 
Prince  hidfopique  ,*  iSc  n’en  ayant  pu  achever  la  cure  jils  Be^ 
gorgcrent  lorfqu’il  fe  difpofoit  à  retourner  à  Veronne  fa  patrie. 

Antonius  Guaynerius,  1440.  . 

Anton.  Cermifonus,  1470.  Alex.  Benediâ:.^<?w».  14^5. 

Antonius  Gdatheta  sdentmmy  1480;  homme  fçavant  dans  les 
belles  difciplines. 

Nicolâus  Lconîcenus  ,  Vimentin,  14^5.  Médecin  du  Duc 
de  Ferrare  qui  vécut  ^o.^ans>  h  homme  de  bien  ,  qu’il  ne  eon- 
ûoiflbic  pas  même  l’argent  ,  1524. 

Laurentius  Laurentianus , 

Guillelmus  Brixius,  ïpo; 

Petrus  Cfinitus  ,  15x0. 

Marcus  Antonius  Turrianus ,  eA  bien  diâFerèht  du 

Chartreux  Turîfanus.  Il  étoic  fils  de  Hieronimus  Turrianus, 
IJovicomenfis  i  d’une  des  grandes  maifons  de  là  Lombardie.  Il 
fut  Profeffeur  à  Padouë  &  à  Pavie ,  grand  Phiiofophe ,  gràiidUm- 
plifte, grand  Anacomifte,  &  d’une  preftance  agréable  aux  fains 
&  aux  malades^.  Il  fut  le  Maître  ôc  le  Paranimphe  de  Paul  Joue 
Médecin ,  Evêque  de  Noccra^  ;  mais  il  ffîOümt  de  pefte  d*és 
làge  de  35.  ans,  pendant  la  fameufe  bataille  de  Ravenne 5  re¬ 
gretté  de  tous  les  Sçavans  qui  luy  firent  cette  Epitaphe. 

•^nfe  annos  feim^e  nocei -i  nâm  maxima  virtus 
Perfuafitmorti  ut  crederet  effe  fenem. 

Amfi  je  jje  voyjpas  pourquoy  Jules  Cefar  Scaliger  a  emprunté 
le  nom  de  cet  excellent  perfonnage  ,pour  fe  moquer  d’un  Chi- 
i^urgicn  qui  tranchoir  du  Médecin. 

De  mane  furgit  Tûmanus  ut  vivait  ' 

Ffi  rafeo  Turrmnus  at^ae- * 

Aa  ij 


7.  Taul.  Frehef 
'Theatr.  virvr. 
erud,  darer. 


Itt  Hip^Mare. 


yide  Treher.  ii 
Tbeatr. 


T 

jg  g  Effah  de Medecme, 

De  mme  ^urpt  TuYïmms  ut  hihdt. 

Il  y  a  encore  un  Barihol.  Turrianus  de  GenneSjqui  à  écrit 
Medica  confultatione ,  &  un  Joan.  T u rrian.  marqué  dans  Vanderl.  i 
Barthol.  Cochles  yBonon.i  j  8.  Joan.de  Vigo,  Gemenfisf  | 

Jacob.  Mantinæus  Judæus  5  2110.  -  | 

Maççus -Gatinaria  r  W 

Mathæus  Currius ,  TicinenÇ.  i:  44.  Petr.  de  Bairo,  Taurin,  lyjo. 

.  Guillelm.'Gratarol.  1561. 

Marcellus  Virgilius  5  Secrétaire  &  Médecin  de  fa 

Patrie  1520^>;  '.iV/:  ‘  ^ 

r  Jpjyines  Maîiàrdus.,  >  i5’30.  Médecin  de  Ladiflas 

Rûy  de  Hongrie  J  &:  ProfelTeur  à  Ferrafe’ ,  s’étant  avifé  de  fe 
marier  avec  une  jeune  femme^  dans  un  âge  fort  avancé  ,  mou¬ 
rut  dés  la  première. année  de  fon  mariage  ,1535. 

Anton.  MufarBrairayol.  Pw/îr.  1540.  " 

:Benediâ>-¥i^Qrm^  Fa'vemin..  y  ’ 

Antonius  Ftimanelius ,  1550. 

^  J.  B^tiftaiConfaloneriuS5  rw;^r/?y?  ijjo. 

.  Leonardus  de  Jacchim  y  Emforienf.  Florentin.  15  40.  | 

Ludovic.  Bonatiolus  ,  530. 

Antonius  Donatus  ab  Altomari ,  Neafolit,  1 3  y 0. 

Marcell.  D on2.ms  yMmtumus  .  .  Chevalier  de  l’Ordre  de 
Saint  Eftienne 

‘  Amon.  Fiim3Lne\\us,Ficentin. 

Andr.  Thurinus,  Pifeienf.  1 540.  Ant.  Mundella ,  1550. 

^  Baiîîanus  Landus,  1560. 

;  Aloîfius  Mundella ,  Brixianm,  1550, 

J,  ,  Barxholomæiîs  Euftachins  ,  1 5  50. 

J.  Phiiippus  Ingraffias  5  V  Médecin  de  Philippes-  H. 
Roy  d’Efpagne  ,,furnommé  l’Hipocrate  de  Sicile ,  pour  avoit 
prefervé  ce  Royaume  de  la  peftc  j  1570. 

Leonardus  Botallus,  13(50. 

Joan.  Francifcus ,  Ripenfis ,  1584.  Poëte ,  Médecin  &  Muficien. 
Petrus  Romanus,  Médecin  ôc  aQii  de  Saint  Ignace  dé  Loyola. 

^,7  J*  OdusdeOddis  iPatav:.  1558.  Paul  Crâlîus  ,  Patav.  Iî74;- 
Jui.  Gæfar.  Scaliger, Feranenf.  1 53o./Nicol.  MalTa , Fenet.  15^0. 
P.:îtrus  Beroldiis  ,  Fkentin.  1-550. 

Joan.  Bapt.  Giraldus ,  i^T 

Joan.  Bapt.  Rafarius,  IJ78. 

Hieron.  FracaRqrius  ,.;^^rÉ?i^r»j?r,  l  yp.  grand  Poëte  &  grand 


Premkre  Partie,  Chap.  IV.  I89 

Médecin  en  l’honneur  duquel  Jules  Cefar  Scaliger  fit 

^^Hieronimus  Cardanus,  157(3. 

Petrus  Andréas  MathioL  Ser^enfa:,  1577.  .  ^  ^ 

Andr.  Turinusji’/y^^#^ >^^e^ecin'des  Pape^eiement  Y  1 1. 

&  Paul.  III.  1540.  .n.  ^  t  w • 

Mundinus  eltun  Anatomifte  ,  critique  par  J acç^b.  Garpus. 
Tacob.  Carpenfis,  Médecin  &  Chirurgien  ,  qui  mit  le  premier 
le  Mercure  en  ufage  pour  les  maladies  Veneriennes  5  mais  qui  ne 
pût  éviter  le  doupçon ,  d’avoir  diflequé  vif  un  Espagnol,  1550. 

Joannes  Bapnfta  Moncanus  ,  d55ifjj£Qrt  diffe^^^^^  de 

Cornes  Montanus  j  &  de  Joannes Môntaniis  SiUJi^i 

qui  mourut  en  1(304.  .  '  v 

-  Baffian.  Landus  djfciple.de  J.  Montanus  j  ;r  56o. 

Joannes  Argenter^ius ,  Cajie/lom^enfis  jPedemmtm.j,3m\ -  àc  ce 
Vincent  Laure  Cardinal ,  qui  avoit  été  Médecin ,  i57;2,.,’  ^ 

'  :;:Rhald.  eoloa)bas  ',:P^r/^^^^^^  Maître  de.Jqan.  Vaiverda 
Efpagnbl.  Julius  DelphinuS;î  Ticinîenfn ,  1 550.  _ Ki/  S-;  -  ts 

GdihndiidWo'^ms ,  Mutinenfis  i  1660. 

Michael  Angel.  Blondus,  1540.  ^ 

Arnold  us  ’Ltnïd^ns.y  Belliolan.  1 5  jo.;.Jl  fut  inandé  par  le  Duc 
de  Mofçovie  pour  être  fon  Médecin ,  &  pour  luy  apprendre  les 
Màthematiquês.  '  i  2 /I  .'C/noioiH 

,  Franc.  Bonafidns  ,  1558,  ,  ■  d  ;  ' 

:  Bartholomæus  Maranta  ,  1550.  - 

Andréas  Alpagus ,  1550.  6i 

Petrus  And.ræas  Mathiolus  ,  Semnfif^  1 57  7*  '  i  S  -2;  [ 

Alphonfus  'QQïmcin.\iS  f.Fapenfts  1550..  il  ‘itæSiri 
-  '  Alphonf.  Fer;rius;,vi\r^4^o//>.  15  50. 

Jacobus  Antdnius'CortufuS  ^  15510. 

Albertinus  Botonus,  Fatavin.  1596.  ^  l'I  xd." 

Andr.  Baccius  IJElpidius  »;i:58o.  Simon  Simonius>sZ^rr;^y? 
Hieronym.  Don2elinus>  jv.3  H  ' 

Vidus  Vidius ,  Florent.!  5(37.  Marcell.  Cagnatus  iFeropenf.!^?>o» 
^  Vidor  Trincavellius  ,  PhUofophe ,  Médecin  &  noble  Veni- 

i5^g,  .T  :  .  ; 

Andréas  Baccius,  158©.  different  de  Baccius  Baldin. 

o^tin.  15^0,  &  de  Bernardinus  BaldiUé  Bapienf.  ièoo.-  n 
Wieronymus-Capivaçcius.,^^^^^  ■'  • 

etrus-Salius  JDiyerfus.j ^jSp,  ■  !  riq  - 

A  a  iij 


Voyez  VaacJcrllni. 
pro  Comité  Mon- 
tano  Vieentin.  Ni- 
col.  Montano  Pc- 
tro  Montan.&  Ro¬ 
bert.  Montano  , 
marquez  par  le  mê¬ 
me. 


J  P  O  Medecme: 

Felicîan.  Beten ,  Bnxtan.  1570. 

Conftantius  V arolius ,  Bmon.  1575. 

Scbaftianus  Montuüs ,  Alkhrox.  pere  de  Hicrony mus  Montuuj 
Callu4^  1550. 

-  ^Joannes  Bapd%  Silvaticus  K^^^io/^»^  ,  " 

Gafpard  Tagliacotius  ,  155)9. 

Eüftàebms  Kudkts  r 

Joan.  Zechius,  Bonon.  15  70.  JuL  Cæfar  Arantks ,  Bûnon.  15  $9. 
Bernardin.  Pacernus,  Sdoàknfis  Brixim.  Profe^r.  TkmenfJi^^^ 
M.  Àntonius  Ulmas,  Patavin.  1590.  difterenc  de:  FrancHe. 
ülnms  Brixian.  qui  Vivdit  encore  en  . 

Barcholom.  luftachitis  ^  S-mSto  Stvmnm\  1 5  8  o*; 

Andréas  Chioceus ,  J  1 590. 

Albcrdn.  Bottonus;  P/îmf;?/zi,i596. 

Joan.  Martnellus  j  Fenet.  1570. 

Archaügêlas  Piecolbominius,  ,  1580.  / 

Gabriel  Frafeara^,  Brêàrnm  V-  AÀrologue  Médecin  Bâëtc 
de  r Academie  des  Affidatr  ».  qk  mourut  defigné  Médecin  du 
Roy  d’E  {pagne  Fan  ifS  av 

fabius  Colomna. ,  Bo^opt.  1^90.:  AngeE  Sala,.F/Vm/;z.  r5:90i. 
JacobuS  Aâtoîâitis^  Gortufos  r  Bmivin. 

Eùtecbdu^  RudiusV 

Hieronym.  Niger.  Patavin.  1600.  Il  eut  un  itis;  nomme  Aiii. 
tonius ,  auquel  lePape  Clemenc  V  III.  fit  de  grands  honneurs. 
Il  mourut  en  léid.  &  laida  un  fîk  Médecin  nommé  Jeronae  i 
comme  Ton  ayeul, 

Joannes-  BaptiRa  Çbdrbnchîus  ,  Imolenfis  ,  1-590. 

.  Alexander  Ma j[raria,‘f!fç^r/»«S',  15.98.  "  - 

Hercules  Saxonia,  Putn'ôin.  mort  en  1^7.  dififerentcFMcû* 
ricusde  Saxonia  Allêmànd,  dîrcipie  d’Albert  le  Grand.  . 

Félix  Platerus-,  I  (5 1 4. 

.vi  ^homa^  Ptorus  fôere  de  Felîxï,  r^iS. 

Hicronim.  Fabric.  /îé  ^ÿ^ssja^ff»^  1^.19. 

-  üllfieS' Aldfeandüs  y  7  ^ 

Joas;  Bape-PoptaP,  MêofëUtmp.  iSi^. 

Hieronym.  Scipio  de  Mercuriis  Ordinis  Sandi  Domiû^^ 
Romanm  i  i6k^.  • 

FabritiUsiBardîoîëttis  , 

}  U 1.  Cefar  Clau  éM  nus  qui  a  v-écu^  dans  n^trè  '  fîëclé  ,  Po^^  ’ 
Médecin  &  Philo {bphéiâmi  du»  Giiaîrini  ^  'fiÊ''lAri<^®. 


Première  Pmie,  Cjiap.  I V.  191 

Cotnedic  Italienne,  pourks  Noces  de  Charks  Dac  _dç.%yoye 
avec  Chriftinc  de  France.  UliC  A\dTo^nd.  3à»cfuenJiri  iièo^. 

Paul.  Sarpa  dit  Fra.  Pol  peut  avoir  icy  une  plaGe,^’,deil  vray 
qu’il  a  le  premier  découvert*  la  cireulation  du  fai^ ,  ^Jes  V a-, 
luules  du  cœur,  comme  le  marque  Pam  Fdgenùu^iQ^,j^  y\pr 
-Andréas  à  Cucc ,  Vencm \  Médecin  de  notre  ficelé.  ; 

Horac.  Augcnius ,  i ,  léo}.  [y,--. 

Fabius  Pacius,  1^14. 

Jalius  Guaftavin.  i^io. 

Jul.  Cafièrius,  Placmt.  Fljppolit.  ObiciuSïP^/t^r^/^yî  i6io» 
Vincenr.  Thomas  Minadous ,  Rhodigm.  35^7.  ü^ol ,  si-r? 
Cæfar  Baricellus ,  à  Mam,  1600,  ^  TcboJ  .neif 

Antonius  Santorellus ,  Nolmui ,  1(^50.  .-gdx,  , 

Hieron.  Fab.  ah  Aqua^endmP.  i^i^.  Franc.  Pona  ,  i  ^âo. 
VicFor  Maürilius  Protonotar.  Apoftolic,  Medic.  ôç  Camerar. 
Paul.  V*.  Pontif.'Max.  Joann.  Stephanus ^  ,  1(330. 

Joannes  à  Colle ,  163Ï. 

Baldus  Baldius  ,  Floremms  y  iè^o.  ^  - 

Antonius  Ricclardus  auffi  éloquent  que  fçavant  Médecin  , 
Bf/xian.  i  6io.  Pauius  Zachias ,  1610. 

Angel,  ri^orius ,  un  des  Médecins  qui  vérifièrent  les  mira* 
des  de  Saint.  Philippes  de  Neri  ,  ïèii.  :  L-d  - 
Hieronymus  Mercurial.  Forolm,  Eques.  Tprqjuat.  & 
Maximil.  IL  Imperar.  Mcdicus.  -  - 

Félix  Cûy nus ,  R^ivemas  ^  i  6oj^.  Médecin  du  Pape  Ciemenc 
yilL  Profper  Âipinus  ,  ïéié. 

.  Æœilian.  Campolongus ,  11^04,  v  '  .; 

Andréas  Cæralpinus ,  Amims  y  160^.  ;  . 

Joannes  Coftæus  ,  Lmdenf.  1  ^03. 

Çhriftoph.  Guarinonus ,  Feronenf.  Glarus  i^oo. 

Joannes  Baptifta€mperiâl.  1^35. 

Julius Gaflerius,  léi  j. 

Fabius  Pacius^  r/Vm//»,  1^14.  P(3ctç  &  Médecin  ,  Auteur  de 
* ,  Comediç  Italienne.  -30 

Francilcus  Redi  Florent.  'Q\k\:s  Hetruriæ  Medicüs. 
Ludovicus  Septalius  ,  MedioUn.  1633.  / 

Marcell.  Malpighius , 

L  Efp^ncala  vérité  ne  nous  retiendra  pas  tant  quc  rltalie, 
âis  elle  ne  laiffera  pas  de  nous  faire  voir  de  grands  Médecins, 
premièrement  J 


-  ^  EJJds  de  Médecine» 

■  PetruS  Hirpanus ,  qui'  fut  Pape  Jean  XXI.  en  l’an 
K3citDonà.  Lu\ihs,  Majorac.  r^i^. 

Arnaickis'à*  Villanova ,  que  quelques-uns  font  Efpagnol  , quoi. 

que  plus  apparemment  François  13^5.’ vijo: 

*  •  Chriftophor.  Orofcius  i  1 490.  — i  • - 

Pctrus  Pintor,  Médecin  du  Pape  Alexandre  VI. 

Lüdovicus  à  Luceria  V  ï  5  xb. 

Pemis  Garcia  Garero  ,  CaUgurhan.  1530. 

Antonius  Cartagena ,  Profeff.  Compluti ,  qui  demeura  prés  des 
chfanà  de  Frânce  ,  otages- à  Madrid  pour  Le  Roy.  François  I. 
leur  pcre ,  loüé  ■  par  les  Hiftof  iens  de .  foh  temps  »:  15  30.  '  ;  ; 
Anton.  Ludovic.  OUftpponenfti \  1540.“ 

Jacob.  Almenar.  1530. 


Brudus ,  & 

Henric.  à  Guillard. 


^Profejfeurs  À  Conimbre,  1J40. 


•  Joannes  V-aly^dai-^r  * 

Andréas  Lacuna  Segobieufe  fils  de  Ferdinand  Lacuiia  ,  Me- 
déciri  de  plufieurs  Papes  j  15^1. 

'Blafius  VilTàfraUca  FH^^ 

V rsLncKcns  Mic^ims  i  Figue^f.  if^o. 

Martinus  Akakia  Gatâlaun.  154.0. 

Ludovicus  AbulenfisvMedecin  de  Charles  V.  - 
Ferdinand.^dê  MenàvZ^/r^?j^^  ,  ^ 

GomcTÀusVcrçiïZiMephmmDuUenjîS-ji^^o. 

Nicolaus  Mbnardus ,  1555. 

Petrus  de  Peramato ,  15  70.  Al vares  Nonniiis,  Hifpàlmf  1570. 
Joan.  Roderic.  CaRelli  vvulgb  diélUsAmàtus  iji®* 

Chriftoph.  de  Y y  Complut.  Médecin  de  l’Empereur  Char¬ 
les  V.  1550.  ? 

Gardas  Lopinsï>  Z*^r4^».  1576.  '  ; 

Francifcus  Arcæiis  i  1370. 

Andréas  ^  a  Gu^/Uax^  yl^no, 

Petrus  Vaérmsv<b/^'^Z/^^^^^  g--.' 

Petrus  Nonnius ,  Lujit.  1570.  * 

Alphonfus  Daca  V^/z/^W;?/  1570.  -  ♦  '  . 

Ambrofins  Nonnius  j  -1600. 

Emmanuel  Nonnius  ,  OLiJîport.  1580. 

Ludovicus  Mercatus  ,  1600.  #1  ; 

«  Ludovicus  LcmofiuSy  1580.:  .  ; 

Thom.^Roderiç.  à  Yeiga,  Eborac.  ^ 

Illefonfus 


Première  Partie,  Chap.  IV.  1^5 

Illcfonfns  Nunefius,  1^00. 

Petrns  Paulus  Pereda,  SefabenJtSy  1 580. 

Michaël  Pafchalius,  Fdentims  ,1580. 

Garcias  ab  Horzo ,  Lufttan.  I57°* 

Mathæas  Adriani  fils  d’un  Juif  qui  le  fît  Chrétien.  Il  étoit 
fçavant  dans  la  Langue  Sainte ,  &  fit  imprimer  fes  Ouvrages  en 
France  ,  après  avoir  enfeigné  en  Allemagne  3  où  il  fit  amitié 
avec  Erafme. 

Francifeus  Valefius  3  Covmuhimm  y  ce  fçavant  Médecin  de 
Philippes  II.  Roy  d’Efpagne. 

Ludovicus  Mercatus ,  Fallifokt,  Médecin  des  Rois  Philip¬ 
pes  II.  &  Philippes  1 1 1. 

Aloifius  Torrez  J  1580*^ 

Simon  à  T oüar ,  Hi^alenfis  ....  èï 

Antonius  Alvarez,  ]?rofefreur  à  Alcala  &  à  Valladolits  158 o,’ 

Alphonz.  Lupeus ,  1580. 

Joannes  Fragofus  ,  Toletm.  1580. 

Laurent] us  Gozar,  Fdentm.  1580. 

Scholaftic.  Silvi. 


Hieronimus  Ximenes,  C^far-dugufl.  1580. 

Henricus  Georgius  Henriques  J  1 5po. 

Ludovicus  Rodriguez  de  Perrofa  .... 

Joannes  de  Carmona  >1590. 

Joannes  Alphonf  Fontecha  ,  i  550. 

Joannes  Gallego  de  Lacerna  >  Médecin  des  Rois  Philippes 
ÎÏI.  &.IV. 

Alphonfus  Lopes  de  Corilla.  NoniusàCoftai  Lujit,  155)04 
Roderic.  à  Fonfeca ,  1580. 

Petrus  Jacobus  Iflemius  ,  Fdentin.  .... 

Francifeus  Scoburius ,  Vdentîn.  1590. 

Joannes  Braws  ,  Petrafilan.  1 55?o. 

Joannes  Bruflamantinus  ,  Camarenf.  i  590. 

^  Foicy  ceux  de  nôtre  fiecle, 

Georgius  Hcnriqués,  Lueerms  y  1600. 

Giouan.  de  Bagnolo  ,  loüé  par  Lionardo  diCapoa. 

-^acutus ,  Lujitan.  Juif  de  ce  fiecle 

Philotheus  Ælian.  Montalte,  Z»&,  Hoo. 

Gafpar  Caldera  de  Herediâ,  1650, 


y.  Bihlioth.  à  S/ini 
&o  Feregrin.  ijAlj 


E^ais  de  Medecine. 

Francifcus  Ximcnes,  167.0.  Anton.  Ponce  à  S.  Cruce, 

Francifcus  Sanchez,  Baccarenjis ,  16  30.  * 

Ludovic.  Oviedo;  Bencdid.  Matamorus» 

Alphonz.  à  Caran^.  Didacus  Moranus. 

Didac,  de  Soria  ,  Gramtenfis ,  tous  Médecins  Efpagnols  6c. 
Portugais ,  marquez  avec  leurs  Ouvrages  dans  les  Bibliogra- 
phies  de  Nicolaus  Antonius  ^  &  à  Sando  Peregrino,aufquels. 
on  peut  ajouter  fi  Ton  veut  la  fameufe  Oliva  Sambuco ,  qui 
sxft  piquee  de  Medecine^ôc  de  Philofophie». 

/  Nous  voicy  enfin  en  païs  de  connoiffancc,  &  dans  la  terre 
du  monde  la  plus  fécondé  en  Médecins,  tant  bons  que  mau¬ 
vais,  c’eft  pourquoy  je  me  retranche  aux  plus  Gonfiderables, 
de  ceux  qui  ont  donné  quelques^  GGMts  ,ou  qui  ont  été  d’une 
grande  réputation  dans  les  Üniverfitez ,  dans  la  Gour  ,ou  dans 
les  Villes  de  France* 

Nousavons  marqué  cy-devant  Aufonius,  npoi 

hxnûà.  àFülmova-i  1300.  vendiqué  par  les  Espagnols  j  mais 
plus  apparemment  de  V  illeneuve  dans  la  France  Narbonnoife, 
que  de  Villeneuve  de  Catalogne:. 

Guido  de  Cauliaco  1360..  Médecin  du  Pape  Urbain  V.- 

Valefcus  de  Taranta;  ProfeHeur  z  Monpelier ,  6c  Medeeitt' 
du  Roy  de  France  Charles  Vil  1380; 

Raimond.  Ghal^,  dt  Finario  ,  1380. 

Joannes  de  Tornamira  Doyen  de  la  Faculté  de  MonpeHcrr 

1450- 

Jacobus  de  Partibus  n’étoit  pas  de  Tonrnay  comme  l’â  écrit 
Vanderiind.  mais  Chanoinede  Tournay,  comme  il  paroîtpat 
la  Préface  de  fon  Ouvrage  imprimé  à  Lion  aux  dépens  da 
Roy  de  France  Charles  VI,  dont  il  fut  Medecin  après  l’avoit 
etc  du  Duc  de  Bourgogne.^. 

Stephanus  Gourmelenus  ,  1300.. 

Bernard.  Gordonius ,  1300. 

Deodatus  Baflblus  Chancelier  de  Monpelier,  Médecin  des 

Rois  Charles  V  1R&  Louis  X I. 

Joannes  Trofleleri,  Chancelier  deMonpelier> 

Médecin  du  Roy  Charles  V  I  I  L  145)5. 

Joannes  Martini  Doyen  de  la  Faculté  de  Monpelier  ,  Mc- 
dccin  du  Roy  Charles- Y  PI  L  &  Maître  des  Comptes  de  cettc 
ïille  ^ 


»9i 


Vrennere  Pmie,  Chap.  IV!. 

Gérard,  de  Solo.  14S0.  PtofelTeur  à  Monpelier. 
AdafflusFumeus,  TumenfisMeàecm  des  Roys  Charles  VII. 
louis  X  L  &  Charles  VlH.  &  Maître  dès  Rcijuêtes  de  l’Hô- 
jelduRoy. 

Jacobus  Ponceau ,  -v 


Honoratus  Piquetas,  J  dtt  Moy  chartes 

joannes  Burgenfis  ,  V  r/i/. 

Joannes  XSrafTini ,  \ 

Rcginald.  Freron  ou  Futon.  J 

Gabriel  Miron  Médecin  &  Chancelier  de  II  Reine  Anne 


de  Bretagne,  pere  de  François  Miron ,  qui  le  fut  de  Marc 
Miron  premier  Médecin  de  Henri  1 1 L  , 

]omnes  Gmivcms ,  Fùmef^s ,  14^0,  dont  F  Ouvrage  inti¬ 
tulé,  Amicus Medmrum y  fut  imprimé!  Lion  Tan  1456.  par  les 
foins  d’un  Gondeflaus  ou  Gondifalvus  de  Toleto ,  qui  fe  dit 
BkStm  Regius  Zfégdmmjts  &  Prorex ,  Médecin  d’Anne  de  Breta¬ 
gne  Reine  de  France ,  èc  cependant  employé  fimplement  fur 
l’état  de  laMaifon  de  cette  Princeffe  pour  1 50.  livres  de  ga¬ 
ges,  à  quoy  Symphorianus  Campegius  ajoûte  que  fon  époufe 
étoit  de  rilluftre  Maifon  des  du  Terrail  de  Dauphiné.  On 
voit  dans  les  Ouvrages  de  Campegius  une  Epître  que  ce  Gon¬ 
difalvus  écrit  a  fon  fils ,  où  il  paroît  favorable  aux  ARrologues. 
Joannes  Kiicllïm ,  Sue^ome^f  1520. 

Guillelmus  Rondeletius,  Monf^el.  'Decan.  1520. 
Symphorianus  Campegius ,  Lugdunenfts ,  qui  fut  Echevindc 
Lion,  Médecin  du  Duc  de  Lorraine ^  &  Chevalier  de  l’Ordre 
de  Saint  Georges ,  1 520. 

Simon  de  Papia  eft  marqué  dans  Symphorian.  Campegius  , 
parmi  les  illuftres  Médecins.  C’ëtoit  un  homme  fi  charitable  , 
qn  il  rebâtit  l’Eglife  des  Cordeliers  de  Lion  de  fes  guains  » 
qui  étoient  fi  grands ,  que  le  Duc  de  Bourbon  fon  maître  luy 
donna  tout  d’un  coup  dix  mille  fraiK:s ,  fomme  grande  pour 
ce  temps-là.  ^  ^ 

.  Joannes  Hortenfis  ou  des  Jardins^  fut  enfigrande  réputa¬ 
tion  a  Paris  l’an  1 5  20.  que  quand  la  mort  luy  enlevoit  quel¬ 
que  malade ,  on  luy  appliquoit  ce  vers  de  l’Ecole  de  Salernc. 

Contra  yim  mortü  non  ejl  Medicamen  in  hortis. 
jôann.  Morifetus,  Burgund^  Bolanfti ,  1 540. 

Joann  T agautius ,  Amhianus ,  i  54a. 
tancifeus  Valeriola,  Arelatenf.  1540, 

3  b  ij 


^  chapelain, 
CaÜeUn. 


EJfais  de  Medecine. 

Joanncs  Canapæus  étoit  un  des  Médecins  du  Roy  François 
î.  quoi-que  je  ne  le  trouve  par  fur  l’écat  de  fa  Maifon.  Sytn. 
phorian.  Campegius  en  fait  cas.  Il  traduifu  le  Livre  de  offibm 
de  Galien  ,  de  Grec  en  Latin. 


Jacobus  Sylvius,  AmbimuSi  eft  un  fçavant  Médecin  de  la 
Faculté  de  Paris ,  mais  homme  fingulier  dans  fes  maniérés. 


Joann.  Gorrhæus  ,  Panfmus  »  1540. 

Honorât.  Caftcllanus  fut  Médecin  des  Rois  Henri  IL  Fran¬ 
çois  IL  Charles  IX.  &  de  Catherine  de  Medicis,  &:pere  de 
Joan.  *Medecin  du  Roy  Charles  IX.  car  quant  à  Petrus  Caftel- 


lanus  natif  de  Grammont  au  Païs-bas  ,  <jui  écrivit  la  vie  des 
illuftres  Médecins ,  il  a  fleuri  jufques  à  l’an  16  3  2  . 


Francifeus  Rabelefîus ,  Chimnenfis ,  &  non  pas  Lngdmenfu , 
comme  l’a  écrit  Wolphang.  Juftus,  trompé  par  fes  Ouvrages 
fur  les  Aphorifmcs  d’Hipocrate ,  imprimés  à  Lion, 

VctrusBcllonmSiCdmmm,  1550 

Antonius  Mizaldus  »  Menlucim.  1560. 

Joannes  Gorrheus ,  1 540. 

Carolus  Stephanus  ,  ,  1 5  50. 

Dionyfius  Fontanonus  >  MonffeL  1550. 

Ludovicus  Vaflæus ,  Cathdmen.  i  5  50. 

Sebaftianus  Monz\x\is y  Rivirenjis ,  1530. 

Jacob.  Dalechampius ,  Cadomenjîs  >1550. 

Joannes  Fernelius ,  Ambim,  1550,  le  Héros  de  l’Ecole  de 
Paris  5  &  qu’elle  appelé  Nofer^  quoi-qu’il  ne  foit  rien  moins 
quant  à  fa  pratique  ,  ne  faignant  que  rarement,  ôc  fe  fervant 
de  tous  les  Medicamens  que  les  Arabes  ont  découverts,  &  de 
ceux  qu’on  tient  ordinairement  dans  les  difpenfaircs  j  de  forte 
^  queScaliger  n’a  pas  fait  difficulté  de  dire  qu’il  répandoit  éga- 
"  lement  les  fleurs  de  fon  expreffion  Ciceronicnc,  fur  les  excre- 
^  mens  du  corps  ,6c  fur  lies  humeurs  que  la  nature  a  travaillées 
avec  plus  de  foin  5  &  D  uret ,  qu’il  avoir  débité  la  lie  des  Ara- 
L  bes ,  à  la  faveur  de  l’élegancc  &  des  fleurs  de  l’élocution  Latine, 
La^tinitatis  quodam  neBare Barharorumfeces  condivityZ  on  peut 

ajouter  fur  le  nom  favori  de  iVo/tf^'jcequ’Alexandre  MalTaria^- 
a  dit  dans  fon  Xraite  de  la  goûte.  Summk  cum  ïMtoue  hic 
fua  libro  Titdum  infcripftt  Médicinal  Femelii  y  namque  fi  totam 
infiitutionent  omniaque  dogmata  diligenter  advertas ,  ea  ma]ori 
f^rtefunt  ita  ejus  propria  ^peedaria,  ut  propè  müiui  fmt  alteritts^ 


Premtcre  partie,  Ch^Ÿ,  IV, 

Augcrius  Ferrerius ,  Tholojan.  fie  pendant  le  dernier  fieclc 
plufieurs  beaux  Traitez  de  Médecine  ,  &  fut  Médecin  de  la 
Reine  Catherine  de  Medicis.  De  plus  fçavant  Jurifconfulte  & 
Mathématicien,  homme  poli ,  bien  fait  &  d  agréable  converfa- 
tion.  Sa  mort  eft  marquée  dans  les  Eloges  de  Sainte  Marthe, 
l’an  157^.  , 

Michael  Noftradamus,  a  Perto  SanliA  MarUifrope  Burdega^ 
a  fait  quelques  Traités  de  Médecine,  &  quelques  tradu- 
dions  marqués  par  Vanderlinden  5  car  je  ne  m’arrête  pas  à 
CCS  Prophéties  qui  ont  fait  dire  à  Scaliger  Hiponace, 

Si  Nofiradamm i ^uid  pudere  fo,nefcit: 

^upd  efi  paratum  ,  nec  recondmm-^  ^  prAfem 
nam  futura  notîone  mentitur  ? 

Antonius  Mizaldus,  15^0. 

Jaeobus  Goupilus ,  fçavant  dans  les  Langues  5  mais  fi  jaloux 
de  fes  Ouvrages  ,  qu’il  mourut  de  douleur  l’an  1 500.  voyant 
que  les  Soldats  luy  avoient  enlevé  fes  Mémoires. 

Jaeobus  Grevin  Poète  Ôc  Médecin  delaDuchefie  deSavoye, 
&  ami  de  Ronfard  1570. 

loannes  Huchcrius  Profefifeur  à  Monpelier,  Bellovacenf  1 5^0. 
Antonius  Fœfius  ,  Mediomatric.  15^0. 

•Lâurentius  loubertus  , 1580. 
loann.  Hollerius,  1570. 

Mauritius  Cordæus ,  Rhemen/iSi  1  5-70. 

Pafchal.  Gûlus  ^  Fillefanenfis  PiSlo ,  Auteur  d’une  Biblioffra- 
pfiie,  1580.  ^ 

Defider.  lacotius  ,  ,  1 5yo. 

Petr.  Palmarius ,  ,  1580. 

lacobus  Dalechampius,  Cadomenfisi  1580. 
lofephus  Quercetanus  ,  Aminiacus  ,1570. 

Ludovicus  Duretus,  I  580. 

Petr.  ïoan.  Faber ,  Cajlrinovid, 

Vincent.  Burgundus,  Pellovac.  i6io. 

Re^mald.  Stmmms  y  Suejfon.  16  zo. 
lofephus  Trullier ,  que  Stephanus  Roderic,  à  Caftro ,  dans 
un  1  raite  intitule  Popuma  Farktas  ,  qualifie  Médecin  &  Am- 
aii^deur  du  Roy  de  France,  &  Auteur  d’un  Traité 

coptra  Romanos, 
yitnnàoWus  y  AquenfiS 
Jaeobus  Qu^ercetanus ,  Aminiac, 


B  b  iij 


Ejjais  de  Medecîne, 

Pbilipp.  Gtiibertus,  Parijin,  Carol.  Pifo ,  Pmjin^ 
\2,cob.G\x\\\d.m.  Amlim,  1570.  Barthol.|>erdulcis,f^^ 
G.BûloniaSt  P arijlff.  loan.  KioUn  fenior,  "  = 

Andréas  Làurcntiu s, l 
Abraham.Frambcfarius, ^  l 

Joannes  Marquis  ^  Viemenfis  ad  Rhodamm  3  ami  de  Jufttis  j 
tepfius  qui  luy  a  addreffé  des  Lettres.  11  fît  quelques**  Ou.  f 
vrages  doncil  ne  nous  refte  que  la  continuation  de  la  Chrono¬ 
logie  de  Geqebrard,  il  mourut  Pan  5. 

Francifc.  R^anchinus,  Lazar,  i 

loann.  Varandæus  ï 
Francifc.  Citefms ,  Piciav. 

Tbeodor.  Turquetus  de  Maierne-  j 

îoanp.  Chicotius  i.,SUvamHenfi 

Renatus  Moreau^  ^ndega'venp^ 

îoanii.  Riolanus  fdiùs  , 

îoann.  lacobus  jChifletius , • 

loann.  Fequetus, 

Marinus  Curæus  de  la  Chambre  ,  PariÇmm  ,  Fhiîofophe  l 
^renommé»  &  Medeein  ordinaire  du  Roy  Louis  XIII. 

•  Petrus  Petiteus,  Pariftn.  Philofôphe,  Poëte  &  Médecin.  ^ 
Francifçus  Bernier  ,  Andega^tnp^  Phiiofophe  ,  Voyagedr^ 
Médecin.  ‘  ' 

Ariton.  Meniotus ,  Panp. 

Mais  il  ne  faut  pas  oublier  icy  ceux  qui  ont  travaillé  pouf 
ia  Medecine ,  quoi-qu’ils  n  ayent  pas  été  Médecins,  tels  qu^oJit 
été  Philippes  Beroaldus ,  m  emrrat,  fmjl,  Tufcdanar,  Dc^der^ 
Erafmus,  loannes  Bodekenus,  ïofeph.  Mantenfis,  loann.  Fi- 
tefacius ,  Ahafnerus  Frit2chius,qui  nous  a  donné  depuis  peu  uU 
petit  Ouvrage  intitulé  Medicm  PeccanSi  fort  utile  pour  la  con¬ 
duite  des  Médecins.  Les  Sçayans  lefuites  Maxîmilianus  San- 
dæus ,  loann.  Beir,  Leonard.  Leffius ,  Jacobus  Baldus ,  Anton. 
ij  uaiD PoflTevinus  ,  Theophil.  Rrenedæus ,  qui  l’ont  tous  illuftrée  paf 
de  bons  Ouvrages.  |e  croy  même  que  nous  ne  deyo*ns  pas 
paffer  fous  filencc  quelques  hommes  de  qualité  qui  ont  honore 
îa^Medecine  par  Pétudc  ^  ou  par  la  profeflîon  qu’ils  en  ont 
faite  I  car  outre  une  infinité  que  nous  avons  marqué  cy-de- 
^oaavunusXo-  vant  ,  il  s’eft  encore  trouvé  des  Doges  ,  &  des  Sénateurs  de 
jfgy.  Genaes ,  &  un  Prochit^  Seigncuj:  Napolitain  qui  faifoit  la 

'  '  lîçd^iiie ,  ayec  une  charitd  &  une  generofité  héroïque.  Nouî 


Première  Pa^rtiev  Chap.  IV.  1^9 

j^oûS  encore  eu  en  France  un  Eftienne  Boüet  Gentilhomme 
Tourangeau  ,  qui  non  content  d’avoir  exercé  1  a  dignité  de 
principal  du  College  de  Sainte  Barbe  à  Paris,  Employ  encore 
bien  plus  honorable  en  ce  temps-là  qu'à  prefent  d’avoir 
pafle  par  tous-  les^  degrez  de  la  Médecine-,  en  voulut  encore 
mrc  l’exercice  ,  dans  la  feule  veue  de  ferv  ir  fes  amis  &  les  pau¬ 
vres ,  comme  fit  quelque  temps  après  Gui  de  Molins  de  Roche- 
fort,  Gentilhomme  Blefoisjdoüé  par  I.  Augufte  de  Thon,/,  vi¬ 
ra  frofria,àLcommtont  fait  longtemps  en  Picardie  les  Seigneurs 
de  Sacqu’Epée,  à  quoy  nous  devons  ajouter  comme  une  remar- 
queTiiftorique ,  une  famille  que  leDuc  de  Bourgogne  n’enno¬ 
blît  qu’à  condition  qu’elle  exerceroit  toujours  la  Medecine 
comme  elle  avoir  fait  avant  5  pour  ne  rien  ajouter,  comme  nous 
le  pourrions  encore ,  à  ceux  que  les  Princes  ont  honnoré  de'  leurs 
Ordres  de:  Chevalerie ,  d’Ambaflades  &  autres  Emplois  con- 
fiderables ,  &pour  ne  pas  entrer  dans  la  penfée  de  ceux  qui 
eroyent  qu*uneMaifon  Souveraine  qui  honore  les  Saints  Cof- 
me  &  Damien  comme  fes  Patrons ,  doit  une  partie  de  fon  ori- 
gineàla  Médecine.  Q^y-qu’il  en  f6it,il  eft  affuré  qu’oti  eni 
noblitles  Médecins  aprçs  quelque  temps  de  feryice  >  non  feu¬ 
lement  en  Ecoile,  mais  encore  en  d’autres  EftatsV  ô^  que  fî' 
eela  ne  fe  pratique' pas  à  Venife  ,  ils' ne  lailfent  pas  d^y  être- 
diftingués  du  peuple,  &  regardez  comme  des  fujets  tous  diP 
gofez  à  pafler  dans  la  noblelTe.  Ce  qui  doit  être  dâütanr' 
moins -furprenaut  que  les  premiers'  Médecins  des  Empereurs 
qui  fuccedêrent  au  grand  Conftantin  ,  &  même  quelques-' 
uns  de  Ger  Médecins  qui  ne  fuivoient  pas  la  Cour^  &:  qui  de- 
mcuroient  dans  les  Villes  ,  étoient  Contes  du  premier  ou  du 
^cond  ordre.  A  quoy  oii  peut  ajoûter  que  la  fameufe  ville  de- 
Tauris  ou  Thebris  en  Pérfe,  doit  fa  fondation  à  la  Medecine, 
Gomme  nousde'verrons  dans  la  fécondé  partie  de  cét  ©uvra-' 
gf.  Enfin  que  la  grandeur  des  Pharaons ,  oü  au  moins  Icurfaom, 
^^tdu  Médecin  Pharao  ou  Phariaco  ,  qui  tranfmit  à  fesfuc- 
Gefleurs  Rois  le  nom  Si  l’Empire,  avec  les  belles  connoiflTances 
ÿiil  avoit  dans  la  Medecine.  Aufiî  voyons-nous  que  comme 
aphael  fignifie  Medecine  dans  la  langue  Sainte  ,  de  même 
p^phaim^  qui  fignifie  ordinairement  des  Geâns  ,  fignifie  non 
des  hommes  puifians  &  confideràblesi  mais  encore 
A ^^^.^Gcins  dans  le  particulier  :  Ht  funt  patentes  a  j/tculo..  Mais 
icequi  palfe  tout  ce  que- nous- venons  de  remarquer,  5c  qui  re- 


Simon  Pafqua  S, 
R.  E.  Cardinal. 
Borcholom.  Mc- 
tellus  Senatot  Ge- 
nuenf. 

CliriftophorusRo- 
fciu^  Dux  Genuenf. 
V.  Bartholom.  Tur. 
rian.  de  Media» 
confult.lib.  z.e.  9- 


2.00  de  Médecine, 

garde  nôtre  temps  )  quel  plus  grand  honneur  à  la  Meu^ 
que  de  la  voir  honorée  de  la  confiance  du  plus  grand  Roy  dj* 
la  terre,  en  un  temps  ou  une  infinité  de  pcrlbnnes  de  mauvais 
goût,  la  dés-honorent  en  tant  de  maniérés  ?  Par  un  Roy  qyj 
ne  s’écarte  point  du  chemin  Royal ,  pendant  qu’une  partie 
même  de  fa  Cour,  &  prefque  toute  la  Capitale  de  fes  fiftats 
s’égare  8c  fe  pert  dans  des  fentiers  détournés  ?  Par  un  Roy  qui 
veut  bien  fe  fervir  de  ce  bon  fens,  ôc  de  ces  lumières  dontle 
Ciel  l’a  fi  libéralement  pourvu  ,  pour  avoüer  8c  infmucr  par 
fes  exemples  ,  qu’il  eft  bien  plus  leur  de  fuivre  des  maximes 
fondées  non  feulement  fur  la  raifon  ÔC  l’experience ,  mais  en- 
^■Eccîejiafi.  c.  38.  core  fur  un  Oracle  *  infaillible ,  que  d’abandonner  faperfonne 
facrée ,  au  hafard  d’un  remede  donné  témérairement  par  quel¬ 
que  étranger  ,  ou  par  une  perfonne  fans  aveu  ,  qui  n’ayant 
pas  fouvent  plus  d’honneur  ôc  de  Religion  que  d’étude  ,  n’a 
pas  toujours  une  fidelité  à  toute  épreuve?  Auflî  la  Medecine 
aiiroit-elleici  une  l)elle  occafion  de  loüer  ce  grand  Prince  de 
cette  confiance  ,  fi  elle  le  pou  voit  faire  dignement  :  car  quel 
autre  pinceau  que  celuy  d’Apelles  pourroit  peindre  Alexandre, 
prenant  un  Remede  de  la  main  de  Phjlippes ,  ôC  quelle  autre 
plume  que  celle  de  Cefar  pourroit  apprendre  à  lapofterité  jiif- 
qu’oueft  allée  la  raifon, la  patience  ôc  le  courage  de  Ceiar, 
dans  fes  maladies  comme  dans  fes  autres  affaires  ? 

Voila  les  Honneurs  de  la  Medecine ,  Martirs,  Confefieurs, 
ôc  autres  Saints  ôc  pieux  perfonnages  j  Papes ,  Empereurs ,  Rois, 
Princes ,  Cardinaux ,  Archevêques ,  Evêques ,  Abbez,  Chanoi¬ 
nes  ,  Prêtres ,  Religieux ,  Chevaliers  d’Ordres  j  Philofophes, 
Poètes, Orateurs  8c  Ambafiadeurs  ,  que  j’ay  bien  voulu  ajou¬ 
ter  a  tous  ces  Médecins  Grecs,  Latins  8c  Arabes  dont  j’ay  don¬ 
né  l’Hiftoire  Chronologique  :  car  à  propos  des  Ambafiadeursi 
il  eft  bon  de  marquer  icy  ,  que  fi  quelques  Hiftoriens  fe.  font 
*  Nempè  caums  ^^cyiés  fur  ce  que  le  Roy  de  Franche  Louis  XI.  avoir  envoya 
Rex  diffidentia  Olivier  le  Dain  fon  Chirurgien ,  en  Ambaftade  vers  la  Du- 
§S°T4tioncm  cheffe  de  Bourgogne,  un  bon  Auteur  *  foutient  qu’il  le  fit  en 
hcxnini  fîdci  ex-  bon  politique, choififiant  un  homme  de  confiance ,  qu’il  enno- 
pense, qui certèca  blit  par  cét  Emploi.  Mais  pour  ne  laiffer  aucun  doute  à  ccs 
Ccàùm-mcm^no.  igoorans  ÔC  gens  de  mauvaife  humeur  ,  qui  pour  tout  ce  qo® 
vum  nobiiemanus  nous  vcnons  de  marquer  à  l’avantagc  de  la  Medecine i  ne  lad* 
‘f  “  guerre ,  voyons  avec  quelles  armes  ils 

c»i.  IJ.  l’attaquenti&  quelles  raifons  ils  ont  de  la  vouloir  décrier. 

CHAPt 


Première  Pitl'tie.  Chzp.  V.  zoi 


CHAPITRE  V. 


Des  ennemis  de  U  Medecine,&  du  jugement  qu'on  en  doit  faire'. 

CO  xM  M  E  il  y  a  trois  fortes  de  libertins  en  matière  de  P^e- 
ligion  ,  il  y  a  trois  fortes  d’efprits  particuliers  qui  décla¬ 
ment  de  vive  voix,  ou  qui  ont  déclamé  par  écrit  contre  la 
Médecine.  Les  premiers  ,  gens  fort  ignorans  ,  le  font  fans 
fçavoir  pourquoy  ny  comment  j  les  autres  moins  ignorans,  pour 
faire  les  beaux  cfpritsj  les  derniers!  quoi-que  gens  d’efprit  ÔC 
même  d’érudition,  font  à  peu  prés  à  l’égard  de  la  Médecine, 
comme  ces  vifîonnaires  qui  ne  fe  trompent  &  qui  n’errent  que 
fur  certains  objets  j  mais  qui  ne'peuvent  revenir  de  cette  er¬ 
reur  par  un  malheureux  effet  de  la  prévention. 

Je  remarque  donc  que  lès  premiers  de  ces  efprits  particu¬ 
liers  Sede  ces  ennemis  de  la  Médecine, ne  font, de  même  que 
la  plûpart  de  nos  libertins  de  Religion ,  que  des  miferables  qui 
veulent  parler  de  toutes  chofes ,  feulement  pour  parler ,  igno¬ 
rans,  dont  toute  la  raifon  cft  qu’ils  ont  le  bon  fens ,  quoirqu’ii 
n’y  ait  rien  de  fi  rare  que  ce  bon  fens,  &  qu’ils  ne  fçaehent  pas 
même  ce  que  c’eftjla  plupart  brutaux  ôc  fac-à-vins  plongez  dans 
une  vilaine,  crapule ,  qui  croient  avoir  dit  des  merveilles, 
quand  ils  ont  fait  rimer  d’un  air  goguenard  ,  vm  à  Meâécm  ,  êc 
qui  après  avoir  bien  dit  des  pauvretez  ,  difent  des  injures  à  ceux 
qui  fe  mettent  en  état  de  leur  répondre,  le  tout  prefque  fans 
penferi  ce  qu’ils  font.  Ceux  du  fécond  ordre  ne  font  pas  fi 
bêtes  que  les  premiers, çe  font  des  tiercelets  de  fçavans,  qui 
s  admirent  eux-mêmes  qui  fçaehant  bien  qu’on  n’aime  gue- 
rcs  les  remedes,  croient  faire  leur  cour  à  la  compagnie  ,  en 
attaquant  quelque  miferabie  Médecin  qui  fé  défend  mal  ,  ou 
qui  n  ofe  leur  faire  voir  la  mifere  de  leur  raifonnement ,  de 
crainte  de  les  fâcher  ,  6c  de  les  trouver  apres  cela  dans  fon 
chemin:  car  enfin  tout  ce  que  ces  .beaux  difeurs  entaffent  de 
ucours,  n’efi:  ordinaiirement  que  confufion  ,fau^^cté,galima- 
t  las ,  oa  tout  au  plus  fophifmes  5  mais  quoy ,  en  fe  déenainant 
ainii ,  ils  croyent  s’être  érigés-  en  gens  du  bel  air:  Etç’eft 
c  ces  deux  fortes  de  critiques  donc  Galien  fç  plaint ,  leur  re- 

-  Ce 


E'îrictaté  quidam 
beri  dimiferuni:,  3c 
de  bis  agereaudent 
qùæ  exercicatiflîmt 
non  fine  timoré 
tttéksint.GaUft.ad 

Trafibul.  e. 


Epis  de  Médecine, 

prochant  qu’à  peine  ont-iis  cuvé  leur  vin ,  qu*ils  ofent  porter 
jugement  fur  des  chofes  qui  ne  font  connues  que  des  plus  fa, 
gcs&  des  plus  graves  Maîtres  de  l’Art. 

Quant  aux  derniers ,  j’avouë  que  ce  font  fouvent  des  gens 
.  d’efprit ,  de  bonne  foy ,  &  mêmes  commodes ,  pourvû  qu’on  ne 
les  mette  pas  fur  le  fujet  de  leur  averfîon,  étant  fimàlheureu, 
fement  prévenus  à  cét  égard,  qu’ils  n’y  tombent  jamais  fans 
errer  5  mais  d’une  maniéré  bien  differente  de  celle  de  cette' 
pauvre  fille ,  laquelle  étant  tombée  dans  une  pafïioii  érotique, 
qui  la  rendoit  extrêmement  penfive  6:  chagrine ,  ne  forcoit  de 
cét  état  pitoyable, que  quand  le  temps  étoit  ferain,  &  le  Soleil 
entièrement  dégagé  de  nuages,  comme  elle  s’en  explique  elle-  . 
même  dans  un  de  fes  intervalles. 

Non  co$i  vibbra  il  fol  mi  sfacce  m 
il  celefie  mi  mvi'va, 

Il  mio  U  cor  mi  friva 
Corne  pm  dfitr  mi  morte  t 

La  vita  il  Sol ,  ria  forte  /  ~ 

Car  Idin  d’avoir  aucun  bon  moment ,  ils  n’ouvrent  jâmàis  les 
yeux  aux  lumières  de  la  raifon  pour  fe  défaire  de  leurs  pré¬ 
jugez  ,  foit  que  quelque  mal-habile  Médecin  ou  Chirurgien 
les  ait  maltraités  ,  ou  que  les  maximes  de  la  Médecine  flc 
s’accordent  pas  avec  leurs  pallions  Sc  ieurs  mœurs.  Ainfi  ils 
font  refolus  à  foûtenir  la  chofe  opiniatrément,  jitfqnesà fe  fai¬ 
re  une  loy  ôc  un  honneur  de  n’en  revenir  jamais  5  gens  à  peu 
prés  du  caradere  de  ceux  dont  je  vais  examiner  les  duvra- 
ges  ôc  les  fentimens:  car  pour  les  autres,  iis  ne  méritent  pas 
qu’on  s’y  arrête ,  crainte  de  donner  quelques  poids  à  leurs  lé¬ 
gèretés  en  les  voulant  réfuter.  Pour  connoîcre  donc  à  fondées 

derniers ,  examinons  ces  Auteurs  dont  ils  fe  jFont  les  partifansj 
ôc  dont  ils  ne  font  fouvent  que  les  finges  ôcles  copiftes. 
P0R.TIUS  Caton  le  Cenfeur  efl  celuy  par  où  je  commence ,  pâi'ee 
O.  qu’il  eft  le  plus  ancien,  le  plus  déchaîné,  ôc  celuy  dont  Pl^^ 
fe  fait  le  plus  d’honneur.  Premièrement  tout  ce  qu’il  écrit  à  fo^^ 
fils  Marcus  fur  le  fujet  de  la  Medecine,  dont  il  n’a  voit  qu’nne 
connôiffance  groffiere  ôc  campagnarde  ,  regarde  bien  plus  les 
Médecins  que  leur  Art,  ôc  ne  conclut  tout  au  plus  que  contre 
quelques  Grecs  de  fon  temps.  Toutyèft  d’un  efprit  opiniâtre, 
»  Atroeem  animû  prévenu  ,  ôc  pour  ai  11  fl  dire  héréditaire  à  fa  famille  ÔC  à  fes 
caroiiis.  fcendans.-^  Il  invective  mal  â  propos  contre  toutes  les  difei' 


Première  Partie,  Chap.  V.  2.03 

«liûcs  du  païs ,  d’ou  ia  Medecine  elt  veiiuë  à  Rome  5  &  comme 
y  esprit  humain  n  eft  fouvent  c^ue  bizarrerie  ôc  illufion  ,  quand 
la  paflîon  le  domine ,  il  ne  laifl'e  pas  de  témoigner  enfuite  une 
complaifance  ridicule  pour  d’autres  chofes  qui  viennent  de 
ce  païs-là,  fans  en  excepter  les  habits.  Il  le  promet  enfuite  de  '  * 

convaincre  ces  gens  qu’il  appelé  indociles ,  fans  penfer  qu’on 
ne  ramené  pas  fi  facilement  des  gens  de  ce  caraélere ,  &  par-  vincam  iniociiè 
ticülieremeat  des  Grecs ,  fur  tout  quand  on  eft  encore  moins 
docile  qu’eux  i  mais  quoi- qu’il  en  loit  ,  il  tranche  hardiment  ' 

du  Prophète  pour  le  faire  croire  à  fon  fils,  11  veut  qu’on  croye,  diiffe! 
fans  fe  mettre  en  peine  de  le  prouver ,  que  la  Medecine  eft 
la  plus  tnéchance  chofe  qui  foit  venue  de  la  Grece  en  Italie  5 
&pour  faire  croire  que  les  Grecs  en  veulent  à  ia  vie  des  Ro¬ 
mains  ,  il  donne  maiiGieufement  la  gehenne  à  un  endroit  d*unc 
lettre  d’Hipocrate,  pour  faire  de  ce  grand  homme  un  meur-  BftfiMCratevam, 
trier  interefte  ,  luy  Caton ,  dont  l’épargne  &  la  lefîne  alloic 
jufques  à  l’inhumanité  >  revendant  fes  pauvres  Efclaves  comme 
des  bêtes  à  jufte  prix  >  pour  fe  difpenfer  de  les  nourrir,  quand 
ils  ne  pouvoient  plus  tuy  rendre  des  fcrvices  confiderables  5 
mefquinerie  6c  cruauté ,  dont  Plutarque  le  blâme.,  Enfin  ü  fe  tîtttmh.inCHton, 
met  fi  avant  dans  Pefprit  la  haine  qu’il  a  conçue  contre  la  Me¬ 
decine  6c  les  Médecins ,  qu’il  luy  en  coûte  fa  femme  6c  fon  fils 
qu’il  facrifie  à  fon  entêtement ,  pour  avoir  voulu  faire  le  fça- 
vant  en  une  matière ,  oii  il  n’étoit  qu’écolier  ;  car  pour  le  beau  - 
Livre  de  la  Medeetne  qu’il  fe  vante  d’avoir  compofé ,  je  laifTc 
a  penfer  entr’autres  chofes ,  fi  ce  n’étoit  pas  bien  rafincr  fur 
le  régime  des  fains  &  des  malades,  que  de  choifir  comme  il 
tait  les  cannes  ,  les  pigeons  fauvages,  ôcles  lièvres  pour  leur 
nourriture. 

r  ^ E ,  à  la  vérité ,  eft  un  homme  incomparable  à  prendre  P  l  i  n  i  u  s 
onHiftoire  Naturelle  en  gros  5  mais  quant^àce  qu’il  dit  de  la  major. 

^  Médecins ,  qui  ne  voit  qii’il  y  a  bien  des  con¬ 
ta  ictions  ,  du  travers  6c  de  la  paffion,  tant  il  eft  vray  que  les 
grands-hommes  ont  de  grands  défauts  ?  Il  ne  faut  donc  pas 
J  Hiftorien  6c  Philofophe 

4  2  Médecin , n’ayant  jamais  pratiqué  ny  veu  des  malades,  il 
erre  en  tant  d*endroits  ,  particulièrement  quand  il  a  blâme 
a  J  medicamens  exotiques  :  car  n’eft-il  pas  vray  qu’il  y 

fe  pourvus  deremedes,  *  qu’il  faut  neceffairement  *  ^^regrma  rcme- 

ervir  de  ceux  qui  viennent  des  païs  éloignés  omnts 

Çc  ij 


lih.  câp.  S. 


Oportcî  Medicum 
immifericordem 
cffc  &G.  Ce  if. 


Minimè  hcTcIè 
Don  rem  antiqui 
camn^bant^fcd  ar- 
tcm. 

Hiftor-  natural.  1. 


204  '  EJJàis  de  Médecine, 

fert  omnia  Tellus.  De  plus  quand  les  maladies  fe  tranfplan, 
tent  d  un  païs  en  un  autre  ,,ne  faut -il  pas  avoir  recours 
aux  rcmedes  que  la  providence  divine  a  fait  naître  . dany 
les  païs  d  oîx  ces  maladies  fe  font  tranfplantées  ?  Il  blâme  auffr 
mal  à  propos  ,  les  comportions  de  remedes  :  car  le  mélange  gj 
la  fermentation  de  ces  remedes ,  ne  font-ils  pas  ordiriairement 
ce  qu’ils  ne  pouroient  faire  feuls  ?  &fe  donnant  ainfi  les  mains' 
ne  peuvent-ils  pas  devenir  par  cette  mixtion ,  ce  qu’on  appelé 
dans  la  Medecine  îfes  mains  falutaires  de  Dieu?  ll  dit  encore 
que  les  Arcadiens  ne  fe  fervent  d’aucun  medicarpent,  ôcqu'iisr 
ne  vivent  que  de  laid ,  comme  li  le  laid  n’étoit  pas  fouvèntun 
médicament  alimenteux^  &  un  aliment  médicamenteux ,  quand  on  y 
eft  accoûtumé  ,  &  quand  il  ny  a  pas  de  difpofitions  dans  le 
corps  qui  y  répugnent.  Il  impute  à  la  Médecine ,  (  quelle  injnfti- 
ce  î  )  les  fautes  des  Médecins  ignorans,  &  prend  de  là  occafioa 
de  déclamer  Contre  cette  Science ,  qu*il  s’avife  de  loüer  en  un 
autre  endroit ,  quel  railbnnement ,  quelle  conduite  !  Il  dit , 
fans  y  faire  reflexion ,  que  les  Médecins  ignorent  la  vertu  des 
minéraux  ,  ce  qui  n’étoit  pas  même  vray  de  fon  temps ,  les 
plus  anciens  Médecins  ayant  connu  leurs  proprietez  ,  ^  les 
ayans  mis  en  ufage.  Il  dit  aüfli  fauflement,  comme  nous  le  ver¬ 
rons  en  fon  iicu,que  la  Medecine  a  été  proferite à  Rome  pen¬ 
dant  doo.ans  i  ingrat!  qui  a  pris  des  Médecins  tout  ce  qu’il  2 
écrit-de  meilleur  ,  &  qui  n’a  pas  voulu  comprendre  que  les  Ko- 
mains  ne  condamnèrent  que  les  Operations  du  Médecin  Ar- 
chagare,&de  queiqiies  autres  Chirurgiens  venus  de'  la  Grèce, 
gens  intrépides ,  aflurez  &  tels  que  doit  être  un  bon  Chirur¬ 
gien.  Car  après  tout  ce  procedé^du  peuple  Romain  j  inarquoit- 
il  autre  chofe  que  fon  inconftance ,  ayant  d’abord  honoré  Ar- 
chagate  degraces  &  de  privilèges ,  &l’ayànt  enfuite  traité  dp 
hourrea.u,  plehi  non  judicium  non  'ueritas.  Ên  effet,  ce  qui 
voirque  Pline  parle  en  homme  paffionné  5  c’eft  qu’aprésavoir 
pris  di'oit  fur  les  jiigemens  &  fur  l’inconftance  d’un  peuple 
encore  groffier ,  il  fe  demande  par  une  conrradiebion  nianifeft^j 
s'il  faut  croire  que. les.  anciens  ayent  condamné  une  chofe  falutaire  '^ 
car'il  ferép€»nd,  en  'vérité,  ils  ne  condamnèrent  pas  la  Science  •> 
mais  la  maniéré  de  d' exercer ,  après  avoir  dit  fauflement  & 
raifon  que  /««  morum  non  aliunde  quàm  ex  Medicina.  ComnieDC- 
veut-il  donc  qu’on  entende  ces  paroles .?  Mille  peuple  ne  peu'vent 
ten  pafer,  quoi-quils  fe  pajfent  quelques-fois  de  Médecins.  Accot- 


Premien  Pmk,  Chap.  V.  20  j 

dez  cela.  Car  je  refervc  pour  un  aucre  lieu  a  répondre  ,  non 
feulement  à  fa  prétendue  proscription  de  la  Medecine  pen¬ 
dant  600.  ans  5  mais  encore  à  ee  que  fes  partifans  ont  voulu 
inferer  d’un  autre' palTage  de  cét  Auteur  mal  entendu  ,  pour 
mettre  la  Medecine  aux  fers ,  avec  les  Efclaves  du  peuple  Ro¬ 
main.  Te  reviens  donc  à  fes  autres  fentimens,  &  pour  réponfe  à 
ce  qu  il  dit, qu’il  n  y  a  que  les  homicides  des  Médecins  qui  ay  ent 
le  privilège  de  demeurer  impunis ,  ne  fçaiuil  pas  q^e  de  fon 
ternps  même  ,  la  malice  &  rimpcritie  des  Médecins  étoient  pu- 
niflables ,  &  que  la  Loy  A^uilU  y  elï  formelle  ?  Il  fe  plaint  de  ce 
qu  on  ajoute  foy  aux  cajolleries  des  Médecins ,  comme  fi  cela 
ne  venoit  pas  en  partie  de  la  crédulité  ,  &  de.  la  fottife  des 
malades,  qui  veulent  être  flatés ,  &  en  partie  de  ces  difeoureurs ,  .  _  ; 

qui  ne  font  rien  moins  que  de  vrais  Médecins,  puifque  la  Me- 
decine  *  fe  plaint  elle-même  dans  de  bons  Auteurs  de  ces  Mc-  . 
decins ,  pour  lefquels  on  devroit  établir  des  grands  jours  ,  & 
faire  revivre  la  Loy  Coruclea  deJ/W/w,  puis  qu’ülpien,qui 
eft  bien  plus  proche  de  nous  que  ces  Loix,eft  dans  ce  fens-là,,/ 
difanc  que  quand  il  parle  des  Médecins ,  il  ne  reconnoît  pour 
tels  que  ceux  qui  procèdent  par  ordre  &  par  méthode ,  &  non 
pas  des  ignorans  &  des  empiriques.  Ainfî  nôtre  Auteur  après, 
avoir  furieufement  déclamé  contre  la  Medecine  &  les  Mé¬ 
decins  ,  ne  laiffe  pas  de  revenir  à  luy-même  ,  tant  la  vérité  a. 
de  force,  avouant  de  bonne  foy  que  U  Medecine  efi  U  feul  de 
tem  les  Arts  qui  ait  l\a'van^(ig€  de  donner  la  loy  aux  Souverains  y  ^  /«l».  2.-4. 
que  s'il  fi  J.  en  a  point  de  plus  Jujet  au  changement  »cela  fi  empêche  pas 
quil  ne  foit  le  plus  uüik  de  tous.  Auffi  fon. neveu  fut-ibbicn  plus  jHnim 
équitable  que  luy  yêcbienplus  confiant  dans  le  jugement  qu’il 
fit  de  la  Medecine ,  défendant  à  fes  domeiliques  de  luy  don.- 
ner  autre  chofe  que  ce  que  fon  Médecin  ordonneroit  dans  fa 
inaladie.  Je  demande  donc  enfin  aux  partifans  de  Pline  l’ainé, 
quel  jugement  on  doit  faire  des>  fentimens  d’un  homme  fi  in- 
qonftant ,  &  quf  ayant  nié  rimmortaiité  de  Pâme ,  contre  le  fen- 
timent  de  prefqiie  cous  les  fa ges  de  l’antiquité ,  pourroit  bien 
encore  nier  fa  propre  expérience,  &  tout  ce  qui  tombe  fous  les. 
eiB  dans  Pcxercice  &  dans  les  heureux  fuccés  de  la  Medecine. 

-kJi  o  îî  Y  s  I  U  s  Ægeus  pourroit  être  mis  au  nombre  dès  Dionysiusî 
cni^misde  la  Medecine ,  quoi -que  fçavant  dans  cette  feien-  Ægeus. 
e,  il  aYoit  fait  paroi tre  quelque  confiance  dans,  fes  opinions., 
les  Didiaques  ne  font  autre  chofe  que  cent  Chapitres , 

C  iij 


2,06  de  Médecine. 

*  c.  dont  les  Sommaires  font  marqués  dans  Photius  *  comme  des 

chofes  qui  ne  font  pas  d’un  grand  poix.  Car  cét  homme  bien 
plushabile  Dialedicien  que  Médecin ,  établit  dans  les  50  prc. 
miers  de  ces  Chapitres  quelques  Theoremes  qu’il  prend  plaifip 
de  détruire  dans  les  ^o.  fuivans ,  Suamm  ipfe  legum  conàitor^ 
T*cit.  de  psmptio  ^^^r.Enfin  c’eft  tout  dire  que  de  marquer  avec  Photius  qu’il  eft 
‘  ‘  pamonné  enplulieurs  endroitS;&:  qu’il  n’eft  gueres  propre  qu’à 
des  Dialecticiens ,  qui  fe  plaifent  à  foûtenir  le  pour  &  le  contre. 

P  E  T  R  U  s  Pierre  d’Apone,  dit  le  Conciliateur >  tout  Médecin  qu’il 
de  jpone.  femble  un  de  ces  hommes  qui  n’ont  pas  fort  bien  parlé  de 

la  Medecine  rationelle,  parce  qu’en  effet,  il  a  trop  donné  dans 
V-.  voftum  lih.  I.  PAftrologie  ,  &  dans  d’autres  vanitez  ;  ce  qui  le  fit  condamner, 
de  idoiolatr.  c.  Comme  Heretique  par  les  Juges  de  i’Inquiûcion  de  fon  temps, 
Toutesfois  à  prendre  les  chofes  comme  il  faut,  il  eft  affuréqtie 
tout  ce  que  les  ennemis  de  la  Medecine  en  ont  pris.,  n’eft  tiré 
que  des  objections  qu’il  fe  fait  luy-même,  aufquellei  il  ré¬ 
pond  quelquesfois  fi  folidement,  qu’il  a  été  appelé  le  ComUktm 
pour  cette  raifon.  Mais  quant  à  l’avarice  qu’il  réproche  aux  Mé¬ 
decins  de  fon  temps ,  outre  que  cela  ne  fait  rien  à  la  Medecine , 
il  a  dautant  plus  de  tort  de  s’ériger  en  cenfeur  de  ce  vice,  qu’il 
paroît  luy-même  extraordinairement  incerefle,  comme  nous  le 

verrons  cy-aprés.  ;  ^ 

F.  P  ET  R  A  R-  P  E  T  R  A  R  E  à  la  verité  eft  un  bel  efprit ,  homme  ini* 
.CH  A.  mitable  &  original  en  fa  Langue}  mais  tout  ce  qu’il  a  fait  en 

Latin  n’eft  que  copie  en  comparaifon  j  fur  tout  quand  il  a  at¬ 
taqué  la  Medecine  Ôc  les  Médecins.  On  n’y  voit  que  paffionôc 

emportement ,  point  de  raifonnemens  folides ,  &  aucune  de  ces 
belles  faillies  d’efprit  qui  font  fi  frequentes  dans  fes  Poefics* 
Mais  pour  bien  comprendre  ce  que  j’avance  touchant  la  MC' 
décime,  il  faut  fçavoir  le  fujet  de  fes  invedives  ,  &  de  la  quC' 
ccntfn  Ueiitur»  ^e  Pape  Ciement  V 1.  étant  tombé  malade  ,  Pétrarque» 

Gniiutnmonim.é'  qui  vouloit  faire  fa  Cour  aux  dépends  de  la  Medecine, 

écrivit  une  lettre  fort  injurieufe  à  la  Proféflîon ,  &  même  aflX 
Profefleurs  qui  étoient  auprès  de  fa  Sainteté.  C’eft  pourquoT 
un  de  CCS  Médecins  fe  vanta  fur  launouvelle  qu’il  en  eut  qu^J?’ 
lettre  ne  manqueroit  pas  de  réponfe ,  &  qu’il  écriroit  une  Pni; 


il 


iippique  fi  forte ,  &  contre  la  lettre  &  contre  fon  Auteur , 
auroit  fujet  de  fe  repentir  de  fa  témérité  5  &  apparemment 
le  fit.  Car  Pétrarque  qui  cherchoiq  querelle  ,  fit  les  qu^tï^ 
invedives  qu’il  intitula  contre  le  Médecin  Anonime  ^ 


9  ^ 

Première  T^^rtie.  Chap.  V.  107 

cote  depuis  occafion  d*écrire  tout  cc  que  nous  lifons  dansfës 
jEpîtres  contre  les  Médecins  &  la  Medecine.  Encore  s’il  fe  . 
fut  contenté  de  faire  le  procès  aux  Médecins  qu’il  attaque , 
mais  il  s’en  prend  même  à  la  Medecine  avec  tant  de  chaleur , 
que  tout  ce  qu’il  écrit  n’eftqu’injures  &  contradidions.  C’eft 
ànfi  qu’aprés  avoir  nié  la  Medecine  qu’il  ne  fait  fohfijier  que 
dans  Vidée  de  Dieu  »  il  dit  »  quelle  nefi  chez,  les  hommes  que  VArt  ^trumSenil.l.u 
de  tromper  y  de  voiler  é"  de  tuer.  Mais  comme  s’il  ne  fc  fouvenoit  uhm».. 
plus  de  cét  emportement,  ou  qu’il  en  eût  honte ,  il  dit  autre 
^zityquil  ne  méprife  pas  V Art  y  mais  fes  Prof ejfeurs.  Il  dit  en  un 
lieu ,  quil  ne  connopt  pas  un  bon  Médecin  ,  &  en  un  autre ,  qu  il 
y  a  certains  Médecins  quil  chérit  y  ont  la  prudence  nece^aire  l'ovtdu'o.x. 

au  plus  noble  de  tous  les  Ans.  Tantôt  il  ne  faut  pas  s  arrêter  aux 
Médecins  quand  on  eji  malade  y  puis  il  confeille,  de  cbôifrun  \Me~  -EptJ^adClmtm 

decinfideile  ér  ff avant.  Il  Cc  moqiic  des  Medeems^Ÿ^^ 

lerie  afFedée  contre  le  WM  d’Hipocrate  ,  &  autre  part 

il  louë  Hipocratc  &  Galien  ne  fe  fou  venant  plus  qu’il  a  dit 

au  Livre  15.  Epijl.  rerum  Senil.  qu’il  n’y  a  pas  de] meilleur  fcccrc  breviffimai- 

moyen  de  fe  bien  porter,  que  de  ne  le  fcrvir  jamais  des  Mede- 

cins,6c  qu’il  n’enconnoît  pas  un  bon,  il  avoue  dans  la  premie- 

re  &  dans  la  deuxième  de  fes  invedives ,  quil  fe  trouve  de  bons 

Médecins.  Bien  plus, il  conclu  le petir  nombre  des  bons  ne  rend 

la  Profejfon  que  plus  honorable  %  é"  ^ue  la  difficulté  qu  il  y  a  a  parve^" 

nir  a  la  perfeBion  de  cét  Art ,  doit  fervir  d aiguillon  aux  nobles  effi 

pries  y  pour  les  exciter  a  s  élever  au  rang  des  illujlres.  Tout  cela  après  . 

avoir  nié  la  Medecine,  &  après  l’avoir  appelée  l’Art  de  trom¬ 
per  ,  de  voler  &  de  tuer ,  pendant  qu’il  obfervoit  luy  même  fe^^ 
réglés  &  fes  maximes  jufques"  au  ferupiile.  D*bû  on  peut  con¬ 
clure  que  tout  ce^ qu’il  écrit  fur  ce  fujet ,  n’eft  qu’égarement 
d  un  homme  piqué  au  jeu ,  tant  la  paffion  eft  capable  de  méta- 
ïîiorphofer  le  Poëte,  &  le  bel  efprit  en  braillard  &  en  harangere., 
c  O  RN  E  l  L  L  E  Agrippa,  tout  Médecin  qu’il  eft, s’en  prend  Cornélius- 
ffieme  à  fa  ProfelFion  ,  tant  il  eft  pofledé  de  la  rage  de  médire. 

Auffi  avouë-t-il  de  bonne  foy  dansi’Epitre  liminaire  de  fon  *^"'- 
^lyre  de  la  Vanité  des  Sciences  y  qu  il  efi fi  chagrin  érft  peu  fatis- 
P^tt  de  fa  fortune  y  quil  fe  regarde  comme  uneHecube  transformée  en 
^  ^e»  ,  tant  il  luy  prend  envie  d'aboyer  y  de  mordre  ^  de  médire  ÿ  ^ 
f^e^qaant  il  penfe  k  fes  dJclamations  Oratoires  ,  iï y  trouve  tout  d'un> 

QiPi]  fl^tene  y  quoique  neceffaire  à  un  courtifan  teV 

"  eji.  Âinfi  quand  il  traite  la  Medecine  dans  la  dcciaa; 


xog  .  de  Medecme, 

mation  qu’H  a  faite  contre  elle  en  particulier  »  d’ Art  de  tuc 
&de  tromper  ,  qui  ne  voit  qu’il  ne  fçait  ce  qu’il  dit  ?  & 
ne  parle  qu’aprés  Caton ,  Pline  &  Pétrarque  5  &  que  quand  i\ 
s’étend  fur  les  conteftations  des  Médecins  ,  &  fur  leurs  difFe, 
rentes  opinions  ,  il  ne  fait  que  ba'tre  du  païsj  tout  cela  n’a, 
boutiflant  qu’à  faire  voir  qu’il  y  a  bien  des  ignorans ,  &; 
temeraires  qui  palfentà  la  montre  fous  le  nom  de  Médecin 
&  qu’aprés  tout  la  Medecine  efl:  bien  pleine  de  conjedures. 
Voila  donc  de  grandes  nouvelles  qu’il  nous  apprend  ,  &  bien 
de  quoy  faire  tant  de  bruit  j  mais  ce  qui! y  a  de  plus  outré 6c 
de  plus  malin  dans  cette  déclamation,  eft  qu  Agrippa  y  donne 
un  mauvais  tour  au  paflage  de  Pline  Medicos  omnes  ^  urk 

totà i  é*  totà  Italie  pepulere.  Et  {mt  ce  toL\r-ik  qp.QThù'mis 

Lanzius  ,  Melchior  Junius,  Roborcellus Michel  de  Monta¬ 
gne,  &  quelques  autres  ennemis  de  ia  Medecine  ,  ont  voulu 
la  décrier  comme  une  chofe  dangereufe.  Pour  la  Chirurgie 
&;  la -Pharmacie ,  qui  font  parties  aneillantes  de  la  Medecim^, 
il  ne  faut  pas  s’étonner  s’il  n’a  pas  mieux  traité  les  fuivantes 
que  la  maîtreiTe.  Car  n’eft'il  pas  facile  de  voir  que  tout  le 
mouvement  qu’il  fe  donne ,  n’eft  que  pour  foutenir  fon  Syftê- 
Oiejde  la  V anité  des  Sciences  aux  dépens  même  de  fa  Profeffiom 
Âimii  tout  cela  n’eft  que  flèches  volantes  qui  ne  font  que  fifler 
'  en  paflant ,  bien  loin  de  donner  quelque  atteinte  à  la  Medecine. 

J.  N  O  V I Z  J.-  J  ,0  A  N  N  E~s  Novifanus ,  efl:  un  Auteur  fi  rempli  de  Fables  & 
K  U  s..  de  badinsrics,  que  tout  ce  qu’il  dit  de  la  Medecine  ne  méri¬ 

té  pas  qu’on  y  réponde.  Pour  Hieronymus  Cardanus  ,  Eudo 
Nehuhus ,  Ferdinandus.  Abduenfis,  Vincentius  de  Petragone, 

il obertus  Fevinus,  qüoi-qu’ils  femblent  d’abord  fâvorablesaiix 

^  enaemis  de  ia  Medecine,  il  eff  certain  qu’ils  ne  leur  donnent 
aucLines  armes  offenfîves  :  car  ces  eontradiélioiis  apparentes 
que  ces  Auteurs  allèguent  ,  ne  font  fou  vent, comme  celles  qne 
Has  nu’ia  vishu-  d’Apone  a  marquées  ,  que  des  difEculcés  qu’on  fe 

maaa,  müia  regio-  peut  former.  Si  aufquelles  ils  donnent  du  jour  ,  ôc  quant  me- 
num  locorümçiue  contradidions  feroient  efïedives ,  cela  ne  marqueront 

p=^-  que  la  foibielTe  de  Pefprit  humain  ,  ou  l’inftabilité  qui  le 
ertitAcd invioiaca  fouveiit  Contraire  à  luy  même:  car  pour  en  parler  franche' 
uffæcSo'iûîiémr  ment,  je  tombe  d’accord  qu’il  y  a  bien  de  la  conjedure  d^ns 
tare  immatabiies  l’Art  ,loin  de  croire  avecFernel ,  que  les  loix  de  U 
nzXSS.dTÙ'g.  éteynelles  y  invariables  y  é  indépendantes  des  hommes  y  des 
Médian.  &  des  umps ,  ^  loin  de  m’imaginer  que  cette  tirade  de  ^ 


^réméré  Vé/rttèl  Chap.  V. 

âuffi  vraye ,  qu*elle  eft  bien  écrite. 
LisetBenantio  Médecin  de  Poitiers  ,  qui  écrivit 
en  François  ati  commencement  du  fiecle  pa{ré>&:donc  ic  Livre 
fut  traduit  en  Latin  l’an  1571.  par  Thomas  Bartholin^  marqne 
à  la  vérité  bien  des  abus  qui  fe  commettent  dans  rcxercice  de 
la  Médecine  j  mais  tout  cela  regarde  bien  plus  les  Apotiquai- 
res  &  les  Charlatans ,  que  les  Médecins  &  la  Médecine, 
Guevaare  eft  un  Efpagnol  qui  n*a  pas  fait  fi  grand 
mal  à  la  Medecine  qu’on  pourroit  fe  L’imaginer  :  car  quant  a 
l’Epitre  qu’il  écrit  au  Seigneur  de  Mclgar  Médecin  ,  elle  ne 
conclud  rien  de  défavamageux  à  la  Medecine.  Il  fe  plaint 
feulement  du  peu  d’habileté  de  fes  Médecins ,  parce  qu’ils 
n’avoient  pas  été  heureux  dans  la  cure  de  fa  maladie.  Après 
tout,  fi  ce  qu’on  lit  dans  cette  Epîcrc  n’eft  pas  plus  ferieux 
dans  l’original  qu’il  paroît  dans  la  traduction  françoife  ,  oa 
peut  traiter  cette  lettre  de  goguenarde  ,  &  par  confequenti 
d’ouvrage  fans  force  Se  fans  confcqiience,  Ge  qu’il  y  a  de 
meilleur  eft  qu’aprés  avoir  bien  déclamé  contre  fes  Méde¬ 
cins  ordinaires,  il  revient  à  la  Medecine  ,  qu’il  ertime,dit-il , 
iîifiniment,,  &  même  les  Médecins  qui  ont  de  rérudition  ôc 
de  la  probité,  jufques  adiré  qu’on  ne  peut  allez  reconnoître 
leurs  foins.  Mais  quant  il  vient  à  parler  de  l’origine  de  la  Me¬ 
decine  ,  il  le  fait  avec  fi  P  eu  d’ordre  &  de  connoifiance  de  cet¬ 
te  matière,  qu’on  voit  bien  qu’il  né  parle  qu’avec  des  .Auteurs 
Païens  &  fabuleux  ,  encore  place- t-il  fi  mal  leurs  autorités  , 
quelles  ne  peuvent  avoir  aucune  autorité  de  la  manière  dont 
il  s’en  fert.  .  / 

Su  L  P  I  T I O  Severo  eft  un  autre  Efpagriol  qui  ne  paroît 
pas  fort  ami  de  là  Medecine:  car  il  faut  fç  a  voir  qu’un  Anoni- 
Qîc  de  fon'païs  ayant  écrit  Pan  16 éS,  un  Livre  en  faveur  des 
principes  de  Galien  ,  un  Jacobiii  en  fit  uq  pour  le  contredire, 
qn  il  imitula.  Moxi^ro  de  traitant  Galien  de  ce  nèm,  parce 
qu  il  fe  déclare  hautement  pour  la  faignée.  Sur  quoy  un  troi- 
fiéme  noilimé  Sulpitio  Severo  forma  un  nouveau  Syftême  fous 
le  titre  de  Negromantico,  qui  fut  imprimé  à  Sarâgoffe  &,a  Ma¬ 
drid, -mais  qui  n  eft  pas  fort  injurieux  à  la  Médecine  ,  puifqu’il 
y  déclaré  qu’il  n’en  vent  point  au  Médecins  fçâvans  ,  habiles 
expérimentez  ,  mais  aux  ignorans  &  malicieux:  car  quant 
indurions  qu’il  y  fait  contre  ces  derniers ,  elles  ne  font  pas 
Çee  iieù,  &  pourront  revenir  autre  part. 

pd' 


tr  SErBE-, 

N  A  N  T  I  Ov 

Guevarre. 


SUL  P  I  T 
Severo» 


FÊROtKAKD. 

^onrûHs^ 


Garcia 

Gamar 


liO’  EJJàts  de  Medeciné, 

Ferdinand  N  unes  de  Gufman  auti*e  Efpagnol ,  étoit 
à  la  vérité  un  fort  habile  homme  j  mais  qui  doute  avec  toute 
fon  habileté,  qu’il  n’ait  pu  s’entêter  contre  la  Medecine  &les 
Médecins  ?  En  effet ,  fon  entêtement  alla  fi  loin  ,  qii’ àyaut 
trouvé  un  jour  che2  un  malade  certain  Médecin  qu’il  n’ai- 
môit  pas,  il  luy  porta  ce  trait  en paffantj/^î/ï^rrw  ex  inimim  no- 
Jlris  !  mais  ce  qu’il  y  eut  de  remarquable  ,  eft  que  le  Méde¬ 
cin  Iny  répQndit  fur  le  champ,  en  s’appliquant  les  paroles  fui. 
vantes  j  ^  de  mmu  omnium  o^ui  oderunt  nos.  / 

Pendant  que  nous  femmes  fur  lesÉfpagnols,il  ne  faut  pas 
oublier 

G  A  RC I A  6c  Gamar  deux  Jurifconfultes  ,  aufquels  nous 
pourrions  affocier  GhaflTanée  ôc  à  de  certains  égards  ,  André 
Tiraqueau  deux  autres  Jurifconfultes  François.  En  effet,' le 
le  dernier  femble  avojr  propofé  des  objections  contre  la  Mé¬ 
decine,  aufquellcs  il  n’a  pas  toûjours  répondu  comme  il  faut, 
quoy  qu’à  prendre  en  gros  fon  Traité  de  la  nobleffe  dela  Me- 
dccine-jil  y  ait  de  fort  bonnes  chofes ,  toutes  confiifes  &  mal 
digérées  qu  elles  font.  -Quant  à  Chaffanée  ôc  à  ces  deux-  Efpa- 
gnolsion  n’a  qu’à  les  fui  vré  pied  à  pied,  pour  reconnoitreqae 
chaque  trait  qulls  décochent  contre  la  Medecine,  n’eft  pour 
âinh  dire  que  Telum  imhjêlle  fme  iBu  ,  à  quoi  on  peut  ajouter 
que  Hieronym*  Bardus  ,  qui  répond,  d*un  bon  fens  dâBs  la 
page  5;44.  de  fon  Medicus  PoUïkus  à  ces  Efpagnols,-fait  enco-" 
re  voir  qu’ils  ne  font  en  effet,  que  de  pauvres  êQle  foihies 
Jurifconfiiltes  ^qui  méritent  plus  de  compaffion  qu’ André 
Tiraqueau  n’en  a  eu  pour  Chaffanée.  Mais  à  ce  propos  qui 
.  a-t-il  de  plus  injufte  poiir  dés  Mlniffres  de  là  Judicè  6c  des 
interprètes  des  iaix,que  d’avoir  voiilü  ravallér  la  Medecine) 
jufquesà  la  mettre  au  rang  des  Arts  les  plus  vils  , comme  quch 
ques-uns  ont  fait,  parce  ,  difent-iis,  qu’elle  traire  des  chofes 
viles  ac  mécîianiques  ;  comme  fi  les  Jurifconfultes  ne  s’occu- 
poient  pas  fur  des  fujets  auffî' vils,  ce  qui  ne  doit  être  impnte 
ny  à  baffede  ,  ny  à  honte-  aux  uns  &•  autres  ,  quand  il 
pour  lé  public,  &  dans  refprit  de  la  charité.  Que  ceux-là 
donc  qui  voudroient  fe  fervir  de  ces  autorkez,  au  mépris  de  b 
Medecine ,  fçaehent  que  fi  les  fages,.femmes  fe  trouvent  en 
inémé  li^ü  que  les  Médecins  dans  quelques  loix  , 
qu’eneffèt  ces  femmes  font  en  quelque  maniéré  li  Medecine 
aux  autres  femmes  en  de  certaines  occafions  ,  6C  que  la  -  Jurif- 


tiruàcüce  a  ah  devoir  expédier  j  ce  qui  regarde  le  faîaire  des 
Matrones,  &  leurs  interefts  en  traitant  de  ceux  des  Médecins  & 

des  autres  ProfelTeurs.  Et  quant  à  cét  mr  de  lliperioricé  qu’ils  le 

donnent, il  faut  fçavoir qu’Albertus  Gândinus  6c  Joan.  Baptift.  conira  lurifcenfult. 

Goyneus ,  ont,  été  d’âffez  bpntie  ïpy  pour  préférer  les  Med^  T/rA/’S 

cins  aux  Jurifconfultes ,  parce  que  ceux-cy  ne  traitent,  que 

des  chofes  inanimées  ,  6c  de  bieas  fort  au  dellous  de  la  famé  6i  y-Tarquin-q^-Uip^ 

de  la  vie.  CJu'ils  fçachcnt  éncorê  que  le  fçayanc  Jean' de.  la  “XSrÿifi 

Mirandc ,  abandonnant  l’étude  des  loix  fe  referva  celle  de  3. 

la  Médecine ,  parce  qu’il  la  croypic  digne  d’un  PhilofopheSç 

d’un  honnête  homme.  Que  Philippes  Beroalde  de 'Boulogne  ch ms  confiât^ 

fuppofe  le  Teltament  d’un  pere  quia  trois  enfans  ,  un  ,Mçde— 4^. 

cin,un  Orateur  &  un  Philofoph'e,  6c  qu’il  inftitué  fôn  heri* 

tier  celuy  des  trois  qui  fera  le  plus  utile  à  la  République ,  ^  M^  orin 

marquant  tacitement  par  cette  difpohtion  de  fes  biens  le  Me-  desxceiilimi^^. 

decin.  'Qu’ils  f^achent  qu’il^s’en  faut  beaucoup,  quedes 

decins  foient  fi  maltraités  dans  Tacite  dedans  Florus  ,  que  les 

Juges  6c  les  Avocats  :  qu’ Artrëe  n’eft  au  Giel,  comme  a  dit  quel-  ~ 

qu’un ,  que  parce  qu’elle  s^y  eft  cachée  pour  fe  mettre  à  cou-  4- 

vert  des  injures  que  luy  faifoient  fes  propres  Miniftres  ,  6c 

qu’au  contraire  les  anciens  y  ont  placé  les  Efculapes  ôc  les  .  >  ,  ,,  n 

Chirons  ,  après  avoir  été  longtemps  en  honneur  fur  la  terre  , 

où  la  Médecine  originaire  du  Ciel'  eft  demeurée  pour  le 

befoin  qu’on  en  a.  Qu’ils  apprennent  que  les  Jurifconfultes  GreganHs-mpnm., 

ont  pris  quelques  chpfes  des  Médecins,  6c  que  les  Médecins 

fe  font  toujours  palTc  d’eux  j  parce  qu’il  efl:  plus  facile  do  fe 

pafler  des  loix  6c  des  jurifdiétions  contentieufes  que  de 

Medecine ,  quand  on  veut  écouter  la  Loy  de  Dieu  écrite  dans 

tous  les  cœurs.  _ 

Ite  jffi  in  vefirtz  pnetmlia  mentis  ér  intus 

Incifos  apces  i  aç  feripta  *volpmma  cordis 

Infpicite ,  tîohifcum  agnofeite  legem^  . 

Qjf au  moins  il  devroit  bien  être  permis  à  chacun  d’être  le  GuUUoncUc.  g$i^ 
maître  chez  foy  Uq.  mxtor. 

■Ægris  di^m  Medicm ,  dum'fams  Jurïfperitus 
^  Imper imperk  prajit  uterque  fuo, 

Qli^enfîn fi  l’on  voit  quelques  Médecins  pafTer  trop  facilement 
dans  de  petites  Univerfitez ,  il  eft  neanmoins  alTurc  qu’on  y 
^  plüs  employé  de  temps  qu’à  faire  des  Licenciés  és  Loix 
ans  ces  mêmes  Univçrfitcz,  §c  que  ny  Paris  ny  Monpelier, 

Pdij 


ÉJJ^is  de  Médecine, 

U  ont  jamais  vcii  comme  i’üniverfité  de  Bologne,  un'Alcxan. 
"der  Straticus ,  Bouclier  de  fon  métier  ,  lequel  étant  devenu 

amoureux  d’une  Damoifelle, qui  dédaignoit  de  répoiifer  i’ii 

n’étoit  ennobli  parle  degré  de  Doebeur  és  Loix,  reçût  apres 
quelque  peu  de  temps  d’etade , le  bonnet  en  prefence  de  lob- 
jet  de  fon  amour,  qui  fit  fon  perfonnage  dans  cette  farce. 
Michel  M  i  c  h  e  l  de  Montagne  eft  encore  un  de  ces  efprjts  pré. 

deMmîffpis.  tendus  forts  qui  fe  font  déchaînez  contre  la  Médecine,  mais 

fon  autorité  n’eft  pas  de  grand  poix,,  puifque,  s’il  n’eft  pas  ce 
que  Scaliger  appelé  en  parlant  de  luy  ,  un  hmdi  ignormt , 
au  moins  un  grand  problème.  En  effet ,  fes  écrits  font  à  peu 
prés  comme  ces  Plantes  d’Egypte  ,oû  il  y  a  bien  autant  deve^ 
nin  que  de  médicament. 

fot  puni  de  bien  é‘ ntid  i 
Amas  confus  de  mille  ebofeSy 
Dèvelopemens  i  lettres  clofes  t 
Boete  de  JPandore^  oit  les  Eofés 
Becellent  un  poifon  fatal. 

Premieremérit,  pou?  ne  point  parler  du  peu  de  rapport  qu’il  y 
a  entre  fes  Chapitres  ,  qui  ne  voit  qu’il  eft  plein  de  concradi. 
^af^H0r  lettrt  iz.  ctions ,  particuri,erement  fur  le  fait  <de  la  Médecine  ?  car  comme 
U  y  a  des  Vâllcts  qui  ne  font  rien  qui  vaille  pour  avoir  trop 
d’envie  de  bien  faire  ,  de  même  Montagne  s’échauffe  telle¬ 
ment  rimagination  après  la  Medecine  &  les  Médecins,  qu  il 

prend  le  change  a  tous  momens,  &:  qu’il  perd  même  le  j’uge« 

.  ment, eeqiif  me  furprend  dâutant  moins, que  c’étoit  un  efprit 
fier  ,  entêté  né,  comme  ill’avôuëffuy  mèinc^  à’V-ee  une  a'uef^ 

^  fon  naturelle  pour  la  Medecintt  fans  doute  ,  parce  qu’elle  rom* 
poit  les  mefures  â  fes  plaifirs  ,  qu’il  particuiarife  fans  aucune 

ho.mcy[çco’LnŸ^r!Lmauxplusextraô-rdinaires(^^plusdêbûrde^‘^o- 

iuptueux  ,  fans  en  excepter  la  ^^^arti/la  de  I^etrone.ll  'pzYOiZCQCOïe 

il  peu  judicieux  fur  le  fait  de  la  Médecine,  qu’il  déclaré 
fe  fierait  autant  aux  brevets  é*  ^nx  barbotages  des  bonnes  femmes  ^ 
gliaux  regks  de  la  M'eâecine  fans  faire  reflexion  fur  ce  qn’^^j 
doit  a  la  ffeligîon  ëc  à  la  raifbn  ,  qui  ne  font  jamais  d’accord 
avec  des  fentimens  aufli  bizarres  que  les  fiens,  &  qui  s’accor¬ 
dent  toujours  avec  la  Médecine.  Il  prend  droit  fur  la. loog*^^ 
vie  de  fon  pere,  de  fori  ayeul&  de  fon  bîfayeui ,  ne^  fi  M 

jamais ,  dic-i l ,  feyvis  de  Medecine ,  &  ne  laiffe  pas  d’a voiier , 
vécurent  fort  infirmes  pfi^ussÀla  mon ,  8c  comme  il  veut  être  le^f 


Premkre  pArtîc.  Chap.  V.  213 

aknc  fils  &  leur  imitateur ,  il  meurt  enfin  d  une  Efquinancie  , 
mâns^ffé  qu’eux,  &  bien  plus  tourmenté  de  gouttes,  &  de 
nnelqucs  autres  incommodités  qu  il  à>YOît  bien  méritées.  C’eft 
^urquoy  on  a  dit  de  luy ,  f  àoit  tro^  hâté  tn  de  U  .  ^ 

Medmne^é  aue  iii  eût  eu  quatre^vmgt-dix  ms  aumt  me  de  U  ^ 
faire ,  il  mroip  eu  quelque  couleur  de  rmfon.  Mais  quand  Tes  peres 
auroient  cncore^écu  plus  longtemps.5  que  feroit  cela  à  la  Mé¬ 
decine  ?  puifquc  les  chofes  fîngulieres ,  &  tout  ce  qui  arrive  ra¬ 
rement  n  eft  pas  de  l’Art ,  6:  même  que  les-  perfonnes  qui  vi¬ 
vent  d’un  grand  régime, n’ont  pas  moins  d  obligation  à  la  Mé¬ 
decine,  que  les  malades  ,  &  que  ceux  qui  fe  fervent  de  fes 
remedes  ,  les  uns  &;  Ic^  autres  luivans  Tes  préceptes.  11  doute 
s  il  s’efi  veu  des  malades  qui  apnt:  allongé  leur  vie  far  les.. feeoürs  de 
la  Médecine  i  ét  faut  fier  aux  exferiences  des  anciens  é"  des 
modernes.  Eft-ee  raifi^nner,  comme  on  l’a  pu  obférver  cy-d^ 
v-anr,  &  comme  on  le  verra  dans  la  fuite  de  cét  Ouvrages 
Il  doute  même:  de  la  probité  des  Médecins.  Eft-ce  là  parler 
en  Chrétien&en  Eonnéte  homme  Mais  quand  ik veut  faire 
le  Dodeur>ô:  qu  il  fe  moque  des  M edecins^  parce. qu’ils  pro- 
gnoftiquent  une  grande  maladie  par  une  grande  fantè  ,  qui  n® 
voit  qu’il  ne  fçaic  ce  qu’il  dit ,  puifque  cela  ne  s’entend  que:  ^ 
des  habitudes  Athlétiques  ,  êc  non  pas  de  te.te  fanté  qui  con- 
fifte  dans  la  fimetïie§i  dans-  le  jufte  accord  des  humeurs  î  11  fs 
vante  de  ne  s’être  jamais  fervi  de  Médecins  5  6c  ne  coiifidere 
pas  que  c’eft  pour  cela  qu’il  a  été  toute  fa  vie  tourmenté  de 
coliques -êfcd.  autres  incomnaoditésv- lia  joute  que  les  Médecins 
font  âuffi  infirmes  que  lesautres  hommei  Oüi  les  ignorans,  car 
les  Sçavaiis  vieillifrent;  &  fe  tirent  d’affaire  par  le  régime  ,  6c 
par  les  remedes- quand  les  maladies  font  curables  j-&- tout  cela 
n  empêche  pas  qu’il  ne  revienne  en  quelque  maniéré  à  luy., - 
tant  il  eit  inconltant ,  difant  qu  il  honore  les.  Médecins ,,  qu  il 
en  y  eut  qu  h  kur  Mrt^  en  quoy  il  paroîr  un  efprit  .encore  pliïs. 
particalier-j  que  ces  efprits  particuliers  quirn’ont  méprifé  que- 
«s  Médecins ,  &  qui  ont  honoré  la  M.edecine.  'Mais  après  ce 
un  grand  perfonnage  de  notr;e: fiede  a  dit  de  Montagne-,  - 
yudroit-on  bien  s’en  rapporter  à  fon jugement  ^  fur  lérifsBt  ^ 
une  Profefiîon  qui  n’eft  que  charité  ,  . que  pkié,  qu’honnêr- 
^cte  ,  &  qui  s’accorde  fi  bien  avec  le  ChT\M3:mfmc;  Des  defauts^,.  Tenftesü.M. 
^tt4  ,  âe  Montagne  font  grands  ,  il  ejt  fîein  de  mots  fales  &  des^  ^ 

^^f^étes  ^ceLa  ne  vaut  rient  fes  fentimens  fur  fhomicide  volontaire 

.Ddiij, 


de  Medéçîrie^ 

fur  la  mort  font  horribles  ^  il  infpire  eette  nomhalam  Wf^^^ 

çr/tinte  &  fans  repentir.  Son  Livre  n  étant  point  fait  pour  la  pieté\ 
ny.étoit  pas  obligé)  mais  on  efi  tou]oun  obligé  de  »  en  pas  détourner 
^ohquon  puiffe  dire  pour  excufer  fes  fentimens  trop  Ubres  fur  pif, 
fieurs  chofeS)  on  ne.  fçauroit  exeufer.  en  aumne  forte,  fes.  fentiMens  touj 
pay  em  fur  la  mort  i  çar  il  faut  ■  renoncer' a  la  pieté  y 
moins  mourir  chrétiennement.  Or  il  ne  penfe  qu  à  mouxir  Uchemem 
mollement  par  tout  fon  Livre.  Voici  encore  ce  quW  penfe 
chAptm  î^.  fencimens  de  ce  critique  de  la  Medeciiie.  Ze  fot  projet  pu 

Montagne  a  eu  de  fe peindre^  é" cela. mn  pas.  en  pajfant é‘: contre fu 
maximes  )  comme  il  arrive  a  tout  le  Monde  de  fai/lir  ‘).  mAk,par  [u 
propres  maximes^  é-  par  un  dejfein premier ét  principal:  car  de  dire 
des. fottifes. par  hafard  par foiblejjé  )  cef  un  mal  ordinaire)  mm 

dfn  dire  à  Jejf ün ,  ctf  ce  pui  ni  efi. pas  fupportable  i  £  en-  dire  de.  telk 
D’où  jFon  doici  conelure  que  Montagne  ;»elî  pas 
un  bon  Juge  y  ô£  particulièrement  au  fait  de  la  MedeCinCjqui 
a’eif  que  prudence  y  charité  Sc  bon  fens  que  loin  de  la  mé- 
priferiy  il  eût  bien  mieux de  la  confulter  ferieufeihemi 
jrour  :  apprendre  à  temperer  les  fucs  mékncholiques  &  brûlez^ 
q,ui  âv oient  déréglé  fa  conHitation  6c  fes  meeurs.  \  : 

<SiiîLî.AUM:E  G:u  ï.  e  L  A  U  M  Ei&ochet  Libr.ajre  6c  juge-Gon£ildcs  Mar- 
Bouchet.  cha-nds.  a  Pnitiers-, -traite  la  Medecine  Comme  une  marchandife 

de  contrebande  5  mais  il  ne  la  met  pas  pour  cela  au  raval ,  fi 

oa  appelé  de  fes  jugemens  à  la  raifon  :  car  tout  ce  qu^’il  écrit, 
-regarde  bien  plus  quelcpies. Médecins  que  la  Medecine} outre 
4.^rrée}i^,  qrron  nc.vok  dans  toütes  fes  SetréesySc  pardculieretiient  dacs 

celles  ou  if  .parle  de  la  Medecine }  que  quelques  rapfodics  ti-  | 

rées de  Stobée ,  dè  Montagne, &  de  quelques  femblablesPb* 
flaires*  Car  an,  fond  il  n  y  a  rien  de  raifonné  ny  de  fin ,  1^ 
contes  en  fo nt  fades ,  vilains  6c  hors  de  propos ,  ôc  d’un  Libraire 
qui  a  pris  plaifir  à  s’imprimer  Itiy -même ,  pour  parvenir  enfid  ^ 
l’IionneuT^de  la  relieure.  . 

G  Eo  RG  1  us  G  E  O  R  G I U  s  Homius  femble  avoir  fort  mal  penfé  de  h 
Hormus.  Medecine ,  quant  il  a  rapporté  PHiftoire  de  ce  Prince ,  lequel 

ayant -perdu  fon  ffls-unique; par  l’ignorance  de  quelques  Me- 
fmm.  rnf  Mun  fàécms  )  fie  vœu  de.  ne, plus  confier  les  enfans  qu’il  plairokf 
dijitt  .  Arcii  ^oc.  P  ieu  de  lu  y  donner  ,  à  cette  forte  de  gens.  Mais  fi  on  Ikee^ 
Auteur  fans  prévention  ,  on  verra  qu*il  n’en  veut  qu’aux 
loufies,  ala  defiinion  J  6c  au  peu  d  application  de  ces  Mcdecin^’ 
qui  préfèrent  leurs  interets  au  bien  6c  à  la  fanté  dc$  maladeS' 


Premiers  Panîè.  ^  Chap.  V.  115 

R  Descartes  à  la  vérité  na  prefquc  rien  lailTé  dans  R.  Descar- 
fes  écrits  qui  puiffe  faire  tort  à  k  Médecine  dogmatique  i  tes. 
j33ais  on  fçait  aflfez  qu’il  avoit  defleni  d^en  ruiner  les  princi¬ 
pes  s’il  eut  pû  ,  pour  établir  d’autant  plus:  facilement  les  fiens. 

Duels  principes  hélas  i  puifquepour  avoir  traité  fa  goutte  fui- 

vaut  fcsprincipes ,  &  s’être  imaginé  quelle  ne  venoit  que  faute  ^ . 

du  mouvement  de  la  matière  lubfeîîe  ,  il  s’écliaufa  tellement. 

le  fang,  qu’il  vouloir  rendre  plus  fluide, par  reau  de  vie  doiit  il 

{cgorieafînîaiàpropos,qu’ileniîîourutmiferaMément,fep- 

blable  au  Philofophe  Heraciide,  lequel  ayant  voulu  foute<  - 

nir  laverfion  qu’ilavoic  pour  la  Médecine  , rationnelle,  &  pour 

les  Médecins  de  cette  fede,  s’enfevelit  jufqu’au  cou  dans  du- 
fumier  de  borufs ,  croyant  diffiper  fon  hydropirié.  par  cetw^^^ 
chaleur  :  car  loin  du  foccés  qu;  il  le  promettoit  de  ce  vilain  , 

remede,  s’étant  endormi  dans  cette  ordure  les  chiens  vinrent  : 

&  le  mangèrent ,  vangeant  ainfi  les  Médecins  ^  qu’il  n’avoit  : 
mandez  que  pour  leur  demander  en  raillant ,  au  fujet  de  cette  r 
hydropifie, s’ils  pourroient bien  fâire  füceeder  un  temps  ferain? 
àuntemps  huînide  6c  pluvieux  :  ::  ^  ; 

Mol  I  e  R  E  êc  fes  Partifans ,  po’urrbient  éffe  mis  au  nom--  MoLiERjlt- 
bre  des  ennemis  déclarés  de  la  Medecine,  fi  Quintili en. .n’avoit 
remarqué ,  qu  encore  que  les- Comedks  [oient  bien  . reçues  du  f  ublic  ^ 
cmfe  de  la  grâce  que  les  ABems  leurs  donnent ,  elles  ne  trowvent 

êc  fi-ce  Gptoedten  îikvoit  luy- 
même  retradé  >  ou  fi  l’on  veut  interprété  eiî: faveur  de  la  Mé¬ 
decine  tout  ce  qu’il  avok  écrit  de  plirs  :  outré  contre  cette: 

Proféflîon.  Mais  pour  ne  laifTcr  aucun  doute  fur  cét  article  , 
il  faut  apprendre'  au  peuple  jaux^demi  fçavans  ,  6c  aux  adora¬ 
teurs  de  la  Comédie,  que  Moliere  n’a  fait  nronter  là  Médeci¬ 
ne  en  fpedàele  de  railîërie  furie  Théâtre  que  par  intcreft> 

^  pour  fe  vanger  contre  une  famille  de  Médecins,  fans  fe  met¬ 
tre  fort  en  peine  des  réglés  du  Théâtre  ,  ;6c  particulièrement 
if  <ielle  de  la  vrai-femblance  :  eax  de-toutes  les  pièces  dont  ice 
^oinedieaa  outré  les-caraderes;,ce  qui  luyed  fou  vent  arfivé, 
qu  on  ne  voit  guere  dans  l’ancienne  Gomedie ,  celles  où  il 

jnuë  les  Médecins  font  ineompàrâîdement  pW  outrées  que 
^  ntes  les  antres  y  mais  comme  il  faut^être  maître  pour  s’en 
^|*P^^t:evoir ,  ceux  qui  cherchent  à  rire  ne  penfent  qu’à  rire ,  ^ 
étn*  ^  ^^^ttre  ea  peine  suis  rient  à  propos.  De  plus  j  comme  il 

encore  meilleur  Adeur  que  bon  . Auteur  .^  il 


Ejjals  de  MeâecmK 

foin  d’accorder  fes  fujecs  j  fes  caraderes  &  fes  ^erfoiïftagçjj 
fon  gefte  naturel ,  &  à  fon  vifage  qu’il  ^voic ,  comme 
dans  Tes  mains.  Ajoutez  que  comme  il  vit  que  la-  Medecinç 
étoit  fort  décriée  à  Paris,  il  crût  tic  pouvoir  mieux  prendre 
fon  temps  qu’il  le  prit  alors.  Ainfi  il  n’y  avoit  qu’à  jouer  toû, 
jours'à  bon  compte ,  &  fur  refperance  que  le  jeu  ne  dépiairoig 
pas ,  fans  penfer  fcrupuleufement  à  joücr  dans  les  réglés.  De 
forte  que  fi  on  iuy'  eût  demandé  fcrîeufement  ,  comme  oa  fit 
depuis  à  un  Comédien  Italien  ,:  pourquoy  la  Comedie  aavoit 
plus  rien  de  fon  ancienne  régularité  ,  fans  doute  qu’il  auroit 
répondu  comme  celui-là  j  ntvouloît  rkn  reprefemerfir 

le  Théâtre  que  de  régulier  i  on  verroit  mmrir  Je  faim  bim  des  Çem- 
diens  avec  de  bonnes  Comédies^  Quoi-qu’il  en  foit  ,  fi  Molière  fç 
moque  avec  fuccés^de  quelques  Médecins  ,  Je  ne  çrpy  pas 
pour  cela  qu’il  ait;  riiiné  le  métier  ;  car  s’il  arrive  qu’un  tom¬ 
be  malade  au  forfir  de'  fçs  reprefentations,oh  ne  kifie  pas 
d’avoir  recours  à  des  ignorans  &  même  à  des  empiriques i  pires 
que  toutes  les  Satyresiôc  tous  les  Théâtres.^  Après  tout,  il  n’y 
-eut  pas  trop  à  rire  pour  Moliere  t  car,  loin  de  fe  moquer  de 
,  la  Médecine ,  s’il  eût  fui  vi  Tes  préceptes,  s’il  eût  moins  échau' 
£é  fon  imagination  &  fa  petite  poitrine ,  Sc  s’il  eut  obfervc  céc 
avis  d’un  meilleur  Médecin ,  quoique  bien  moin^  bon  Poëte 
queluy^:  .  ' 

Et  Von  en  peut  gutrîr pourveu  que  Von  s*ahjlienne  ; 

T)n  peu  de  Comeàie  é^  de  Comédienne -, 

Et  que  thoyant  un  peu  fes  poumons  échaufés. 
s’il  eûë  difrje  füivi  cét  avis ,  &  qu’il  eût  bien  ménage  l’Au¬ 
teur  &  l’Adéur,  ceux  dont  il  prétendoit  fe  railler  n’auroient 
pas  eu  leur  revanche  &  leur  tour  ,  outre  qué  c’efl:  une  grande 
témérité  àun  mortel  defo  moquer  dé  la  maladie  &  de  la  mort) 
&  particulièrement  à  un  Chrétien  qui  n’y  doit  penfer 

tremblant.  Q^nt  aux  pauvres  malades  qu’il  prend  tant  de 

plaifir  à  railler ,  comme  les  vifionnaircs  mêmes  font  en  cela  fott 
à  pleindre  ,  il  me  femble  qu’il  les  devoir  laifler  là,  s’U  n’^® 
vonloic  avoir  compaffion. 

Aüffi  que  luy  arriva-t-il  d’avoir  voulu  jouer  les  mîfefabksj 
il  fut  luy-méme  joüé  en  diverfes  langues,  puni  félon 
merite,d’avoirïaitfottementlemorc; 

Rofeius  hk  fitus  eft  parva  Mûlierus  in  urna 
Cui  grenus  humanum  ludere  ludus  erat, 


î 


'^réméré  tdhk'.  V. 

'^ocmUni' 


^nm  luàit  morum . 

CoYrmt  \  &  mimum 

Ci  gip  un  ^uon  moyt  f 

f^uy  s’fl  l'eflou  s’it  dorf, 

'  Sa  maladie  imagmaire 

Ne  fçauroît  V avoir  fait  prir  : 

C'efi  un  tour  ^u  il  jouë  à  flaijir  i 
car  il  aimoit  à  contrefaircy 
Comme  il  ètoif  grand  Comédien 
Four  un  malade  imaginaire 
S'il  fait  le  mort  il  le  fait  hkn. 

Car  pour  tant  d’autres  pièces  tant  bonnes  que  mâüvàifès  for 
ce  fujet ,  je  ne  m’y  ètendray  pas  icy ,  renvoyant  même  le  Le- 
deur  quant  aux  E pigrammes  du  Pere  V avaiTeur  à  fon  qùatriémè 
Livre.  Retournons  donc  aux  Auteurs  qui  fèmblent  avoir  droit 
de  prétendre  quelque  place  dans  les  Bibliothèques ,  puis  que 
les  Gomedies  de  les  Go mediêns  en  font  exclus. 

On  a  veu  depuis  quelque  temps  quatre  Livres ,  dont  le  titre 
fembloit  foudroïant  pour  la  Médecine;  mais  quoi-qu’ils  ayent 
furieufement  grondé  contre  elle  ,  &  qu’ils  fe  foient  un  peu 
foutenusàla  faveur  de  l’ignorance  publique,  enfin  ils  n’ont 
pas  laiffe  de  tomber. 

Le  premier  meriteroit  à  la  vérité  quelque  èfl:ime  >fion  n’a-  dialogues 
voit  égard  qu’à  la  beauté  du  ftile,  &aux  qualitez  perfonnely  santé 
les  de  fon  Auteur  i  mais  comme  le  folîde  &  l’intelligible  ne 
s’y  trouvent  pas  ,  il  ne  faut  pas  s’étonner  s’il  a  manqué  de  Le¬ 
cteurs  &d’Appro’Dateurs,  Car  pour  ne  point  parler  de  la  faute 
qu’onafaite  en  le  ventant  trop,6ten  le  faifant  trop  attendre, 
après  l’avoir  tant  préconiféi  il  pàroit  fi  âbftrait,  qu’il  échape 
^ar  tout  >  la  fin  ne  répond  ny  au  commencement  ny  au  mi- 
mu,  &  paroit  même  encore  plus  obfciire  que  tout  le  refte. 

plus  il  faut  obferver  avant  que  de  pafler  outre  ,que  l’Au^ 
teur  n’aété  ny  le  feul  ny  le  premier,  qui  fe  (oit  ivifé  de  faire  ca*-, 

paner  tes  parties  du  corps  humain  ?  car  Symphbricn  Cham-  fegü  Médicinale 
pîcr ,  fçavant  Médecin  de  Lion  ,  fît  au  fieclc  paffé  un  traité  >  cordis& 

la  guerre  ,  ou  il  reprefentoit  le  cœur  &  le  cerveau,  7rJmZepr^ncipJiîl 

miputans  ^  la  primauté  dans  l’occonomie  &  le  régime  du  corpsi  tate  hummi  carpe  • 
Oîais  comme  il  n’y  faifoit  intervenir  que  ces  deux  parties ,  &: 

Uiane  meme  de  Venus  etoient  du  Dialogue  ?  il  pana  a  la  fimus. 

E  e 


l; 


il  8  EJJkîs  ie  Mèdecint^ 

montre  déguifé  qu*il  étoit  en  Latin  ,  en  un  temps  ou  on  n*é- 
toit  pas  li  difficile  à  contenter  qu’on  l’eft  à  prefcnc.  L’Auteur, 
des  Dialogues  de  la  fanté  eût  donc  bien  mieux  employé  fon 
temps  ôc  Ton  ftile,  s’il  eût  écrit  fur  quelque  matière  plus  agréable 
&  de  fon  reffort  :  car  enfin  des  Protbpopées  du  foye ,  d*  larate  & 
de  l’eftomach  :  la  Santé,  un  Sauvage ,  un  M  edccin  fur  le  tout 

desexpreffions  métaphoriques  ,  ne.  font  gueres  propresa^perfua- 
der,  &  à  divertirdes.Ledeurs ,  en  une  matière  où  il  ne  s’agit  pas 
de  moins  que  de  la  fanté  &  de  la  vie.  Mais  quoy ,  on  s’efl:  imagi, 
né  de  nôtre  temps  qu’il  n’ÿ  a  qu’à  courir  fus  à  la  pauvre  Medeci- 
ne,pendantqu’elleeftdi{graGiée,&qu*ellen’aplusquequeU 
ques  amis  bien  fenfez  qui  la  foutiennent^On  s’imagine  qu’ifn*y  a 
plus;  qu’a  débiter  des  plaifantcries  contre  elle  ,  fade  ou  afiai- 
îbnnées  d’un  fel  attique,  il  n’importe, dépuis  qu’on  t’a  fait  mon¬ 
ter  fur  le  Theatre,  où  tout  paroît  bon  aux  fots  &  aux  rieurs 
de.  profeffibn,  C’ed  ainfi  que  Tes  cœurs  étroits  fc  font  de  tout 
temps,  déclarés  contre  les  malhéareux  ,  &  que  tant  de  petits 
erprits,  pour  éviter  d’ecre  tournez  en  ridicules ,  plaifantent  les.  * 
.  premiers  aux  dépens  de  quelque  miferablej.G’eiiaiiîfi, dis- jc^ 
que  les  animaux  de  la  fabie-  qui  avoient  mangé  tout  le  pré^ 
^s.  Moines  facrifi-enc ,  pour  fe  tirer  d’adaire ,  ce  pauvre  âne:,,:, 
qtii  n’en,  avûk  tondu  que  la,  largeur  d’un  pied  ou  deuXi 

Bt' Jihi  qîdjqîte  ùmehMr 

^■nms  m.miferhŸernkiemconverfa  tul'ère^  ■  '  " 

liE:  MEOECiN^  Le  âedecinde  foy;-mémc,.oupar  inftin£t,âété  Bien;.miéux 
4e.f0y-mùnc.  reçu,  du  peuple' que  les  Dialogues  de  ki  Santé  :  car  comme  il 
fèmble  plus,  populaire ,  &  qu’il  promet  bien  davantage,  lé  peu¬ 
ple  s’ed  imaginé  fur  lo  Titre,  qu’il  fe  pafietoit  aifément  deMe- 
decînsavecèe:  beau  paireport  ;:  màis.poa  r  îoo.t  cela  je  ne  v.oy  paS' 
qu’on  y  comprenne  davantage  qu’aux  Diaiogues  j.ny  qu’aùcun 
fe  foie  prefervé  ny  guéri  d’àuçune  indifpôfition  par  ce  beau 
fydême..  Car  je  demande'  &  au  L.edeùr  &:  à  T  Auteur  ,  fi 
quand  ils  font  ma-làdcs4ls.fe;ntent  quelque  indind  qui  les, por¬ 
te  aux  choix  d’un  remede  particulier  éc  fpeeial,  à  Texciiilion 

'  de  tous  les  ,  autres*;  Pour  moy  je  croirois  plutôt  ou  qu’ils  ont 
inclinatiGn  de  n’èn  prend re- aucun  ,  ou  au  moins  dé  n’en  pren¬ 
dre  que  d’âgteaWes.  Car  de  dife  qu’on  fe  détermine  plu^^fa- 
eilementponr  Pua  que  pour  l’antre,  quant  un  Mededn  en  fait 
la  propofition^  ce  n.  eft  pas dà  ce  qu’on  appelé  un  inftind,  c’eft 


Premteré  V;  îïÿ'] 

tin  e5*et  de  la  raiibn  ou  de  rinçimation  natureîlé ,  &  du  goût 
du  malade,  Pourroienc-ilsbieû>dis-je,ces  partifans  de  i’inftinâ:, 
me  citer  quelque  exemple  du  fruit  qu’on  ehtire  ?  Trouveroicnc- 
ils  bien  quelque  chofe  dans  k  nature  qui  fut  à  l’homme  ,  ce 
qu’eit  le  Gramenau  chien ,  PEclaire  aux  hixondelîes  ,1e  Di^a- 
me  au  cerf,  &c  ?  Non  alTurément:  car  comme  la  Providence, 
divine  a  fait  naître  une  infinité  de  remèdes  qui  ne  fervent  à. 
Phomme  que  félon  Papplication  qu’il  en  fait  ,xile  iuy  adonné 
la  raifon  pour  faire  ccïte  application  5  mais  quatte  a  l’inflinà:, 
pure  chimere ,  idole  qu’on  fe  forme  pour  Pencenfer  ,  6:  pour 
le  faire  encenfer  au  peuple  &  aux  richards  idolâtres  des  nou¬ 
veautés.  En  effet ,  je  ne  doute  pas  que  fi  je  demandois  à  nô¬ 
tre  Auteur,  ce  que  c’eft  prédfement  que  Pinftind  dans  rhom- 
me,  il  ne  fe trouvât  iuy-même  aufii  empêché  que  fes  Leéleurs* 
qui  la  plupart  lifenc  pour  lire  ,  &  qui  s’imaginent  ehfiike 
avoir  trouvé  au  fond  du  fac  ,  ce  qu’ils  y  ont  cherché  for  la  foy 
de  l’étiquette.  Il  faut  être  bien  bête  pour  ne  pas  fçavoir  qu’il 
ïi’y  a  que  les  bêtes  qui  fe  portent  naturellement  à  quelqu’un  des 
remedes  qui  leur  font  propres  ,  la  nature  ne  leur  ayant  donné 
ny  la  main  ,cét  inftrument  des  inftrumens,  ny  l’efprit.TArt  de 
tous  les  Arts  :  car  ç'eft  fauté  de  ce  dernier  que  le  cheval  ne  gué¬ 
rit  jamais  de  la  fradurc  des  os,  non  plus  que  les  autres  ani¬ 
maux  ,  parce  que  n’ayant  pas  comme  l’homme  la  raifon  pour 
guide, ils  ne  comprennent  pas  qu’ii  faut  du  repos,  après  la  rc- 
dudion  des  fradures  &dcs  dlflocatiohs.  Voila  donc  nôtre  Au¬ 
teur  retranché  au  foin  détenir  le  boyau  Coion  netôc  vuide  de 
toutes  fortes  d’excremens  &  d’ordures,  mais  je  Iuy  demande 
de  bonne  foy  quand  on  aura  hicn  nétoyë  ce  Colon  ,  ne  fe 
.  trouvera-t-il  plus  d’excrcmcns  dans  les  autres  boyaux  ?  De 
plus,  le  foyc,  la  ratte,  le  pancréas  &  le  mefentere,  aufqucls  ces 
boyaux  font  attachez,  ne  fe  déchargent-ils  de  leiïrs  fuperflui- 
tez,que  for  ce  feul  boyau  ?  Faudra- t-il  dorénavant  qu’il  de¬ 
vienne  le  foyer  des  maladies  longues  &  rebelles ,  qu’il  faffe  ce 
«lue  faifoient  naturellement  le  Pancréas  &  le  Mefentere  ,  qui 
u’aurontplus,  félon  nôrre  Auteur,  aucune  de  ces  fondions  que 
ia  Médecine  leur  a  de  tout  temps  affignées  avec  tant  de  raifon? 
S  il  étoit  ainfi,  k  belle  invention  1  il  n’y  auroit  rien  de  fi  com¬ 
mode  5  les  apéritifs  ,  les  purgatifs  ,  les  fpecifiqties  devien- 
droient  fuperflus  ôc  inutiles  aux  longues  maladies.  Iln’yau- 
rokplus  quâ  fe  fervir  de  quelques  kveraens  po^^*  déloger 

Ecif 


ilo  Ejjms.  de  Jktèdtcîné. 

les  maladies^  qui  ont  leur  fiegc  dans  la  balTe  région  ,  &  qui 
auroient,feloncétAuteur,élu  leur  domicile  dans  le  Colon.: 
Adieu  les  Colons  &  habitans.  du  Colon ,  adieu  toute  la  colonie 
des  maladies  croniqucs ,  puis  qu’avec  le  torrent  de  deux  ou  trois 
petits  cliftercs  on  Cntraineroit  toutes  lescaufes  conjointes  &  an¬ 
técédentes  des  maladies.  Mais  encore  une  fois,  Monfieur l’Au¬ 
teur  de  tant  de  belles  inventions, croyez- vous  effeclivement 
que  ces  excremens  qui  croupilTent  dans  le  Colon  3. ces  matières 
pituiteufes,  &  ces  vifcolîtées  dont  il  cfl:  enduit,  croyez-vous, 
qu’il  les  faille  ainfi  déloger  fans  délay  ?  N e  fçavez-vous  pas  que 
ce  font  des  excremens  utiles ,  &:que  fans  ces  excremensil  feroit 
continuellement  expofé  à  l’acreté  &au  piquant  d’une  infinité 
de  fuperflultés,qui  le  précipitent  de  toute  l’habitude  du  corps, 
dansie  Mefentere  5  mais  dontles  impreflions  dangereufes  foi^t 
éludées  par  cette  humidité  glaireufe  ,  comme  on  le  voit  dans 
les  diarrhées  &;dans.les  diifenteries ,  ou  le  malin  &  le  corrofif 
de  la  bile  coùle&  paffe  fur  ces  vifeofitées,  dont  la  nature  les  a 
enduits,  pour  empêcher  qu’ils  n en  foient  ulcérés  au  premier 
abord  ?  Mais  quoy  n’y  auroit-il  encore  ,  félon  nôtre  ' Auteur j 
dans  toute  la  baffe  region  que  le  Golona  nétoyer  ,  &: ces  autres 
parties  ffparfèmécs  de.  glandes  &  de  petits  vaiffeanx  ,  ne  con-- 
riendroient- elles  que  des  fucs  alimenteux  ?  j*cn  fais  juge  l’ex- 
periencc,  &  les  Anatomiftesqui  en  font  le  reeeptable,  &  la  fenti- 
ne  de  tant  dordures  ,êc  de  tant  de  caufes  des  maladies  longues  & 
rebelles. Encoreiî  le  Colon  avok  quelque  fympathie  particülicre; 
avec  les  autres  parties  du  corps  ?  car  s’il  eft  vray  que  toutes  les 
parties  fouffrent  par  fympathie,,  je  ne  voy  pas  que  le  Colon  ait; 
plus  de  fympathie  avec  rôtîtes  ces  parties que  le  ventricule  ôs 
îes  autres  boyaux  dontnôtre  Auteur  ne  fait  aucun  compte.  En 
vérité  ny  lesrnethodiqiies  ,  ny  The;mifGn  de  Laodicée  leur 
brave  Chef,. qui  fe  vantoicntde  pouvoir.enfeigner  laMédeci-^ 
ne.en  moins  de  fix  mois ,  avec  le  fecoursôc  révidencc  de  leurs 
Commmitesji  nj  entendoient  rien  en  çomparaifon  de.  nôtre; 
Auteur.  0,n  n’a  félon  lüy  qu’à  fui vre.  l’înftincl:  ,  &  à  tenir  lo 
Golon  bièu  net;,  iScon  a  trouvé  l’abregé^e  la  Medecine.,  U  le 
plus  beau  fecret  du.  monde.  Il  n’eft  plus  queftion  d’autro  étu¬ 
de  i  mais  feulement  de  jouir  d’une  fi  belle  invention  en  vray 
Quietifte  delà  Medecine  :  car  au  refte  fi  on  vouloit  fuivrepas 
à  pas  toutes  les  autres  pauvretés  dont  fon  Livre  eff  plein ,  il  en 
fe.udroitrfair6  u.n  glus  gros  que  çclui-là  ,  encore  ne  fçait-on  iî 


Première.  Partie.  Chap.  V. 

on  raincneroit  ceux  qui  en  font  leur  bréviaire  &  l’abrégé  de 
là.  Médecine  :  car  pour  rAnteurj  fans  doute  qu’il  n’abandonr 
uera.pas  fon  beau  iyftcme,  &,qu’il  fera  fidelleàfou  Idole  juf- 
ques  a  la.  fin.  Apres  tout  cela  je  laide  à  penfer  fi.  l’Auteur  des; 
nouvelles  de  la  République  des  Lettres  ,  a  eu  raifon  de  loücc 
dans  celles  du  mois  de  Juit  i6U.  cét  Ouvrage  :  car  outre  qu’il 
ne  prend  pas  la  peine.denous  en  marquer  les  beautez  &  les. 
traits  les  plus  délicats ,  il  fe  contente  de  dire  ^ueA'uîuteur  fedé^ 
chaînant  dans  un  fécond  Ouvrage  manu  fer it.  contre  tes  Médecins 
il  y  prouve  fis  principes  fur  toutdC.égarÀ  du  Colon  fiege  des  maladies  »  > 

^  ^uil  ne  doute  pus  que  MejJleurs  de  la  Faculté  y  ne  fouhaittent  que 

cét  Ouvrage,  ne  voye  'jamais  le  jour,  x^nt.  il  eil:  vray  que  ceux  mê^ 

me  qui  font  habiles  . en  toute  autre  matière ,  ne  parlent,  de  la 

Medecine  que  comme  les  aveugles  des  couleurs.  Mais  quant  à 

ce  qu’il  dit  d’une  critique  ^de  cét  Ouvrage  ,  il  faut  avoüer  *  Régime  dé  u, 

qu’il  en  parle  bien  plus  jufte  que  du  Traité  de  l’inftinck ,  cette  *imituic'^1c - 

prétendue  critique  n’étant,  comme  il  le.reconnojt,  ,rien  moins  Mededn  de  foy?- 

qu’une  critique  imaisu’eft  que  certains  hommes  brfi lent d’en*^  ®^®^" 

vie  de  faire  un  Livre.}  tatus  moriar  ■>  ôc. de luy,  donner  un 

îUuftre  Patron  un  titre  fpecieux  :  car  qu’eft-ce  que  ce  beau 

Régime  qu’un  Anamniftic  de  l’Indication ,  d  ju.vantib.  (jrledenT 

foA  qu’un  homme  qui  ne  fçait  ce  que  c’efi ,  veut,  apprendre 

aux  gens  du  métier  J-  - 

Le  Traité.de  la  tranfpiration  dés  humeurs,  que  fon  Auteur  Disc  ôxjR-s- 

appelé  Difcours  Philof&phique  ^c.  n^ft  qu’un  difeours  en  Pair  ,  Philofophi^ue  fpr 

&  dont  Ja  matière  n’efl:  que  lie.,  quoi-qu’il  n’y  fdit  parlé  qne^“®^“* 

d’efprit.,  &;  que  l’Auteur  j^^rometteAa-guerifon  de  tous  les.  maux, 

fans  le.trifefecaurs  de  la  faignée,  ^  particulièrement  du  pied^  enquelqut 

maladie  que  .  Car  afiiirement.fî  le  malade  guérit ,  ce  ne. 

peut  être, qu’en  la  maniéré  d’un  qui  mourut  pour  avoir  été  tn  hyh  euyar.  aàa 

guéri  de  travers,  &  pour  âvoirprécipité  la  caufedu  malfur  une 

partie  noble  j  morbus  curatus  ejî,d\t  Galien  d’une  telle  cure ,  fed 

^^rmortuHs.  Mais  pour  . venir  plus  précifémentau  fait,  qu’efi^ce, , 

jevousprie,  que  laprétenduë  Panacée. de  cét  Auteur,  qui  fait 

lans  aucune  remiffion  le  procès  à  la  faignée?  Acro /o,  U  n  efprit  de  ■ 

.Vîn.  V oilacét  Fffrit  Adminiprateur^  &  miraculeux  de  l’ Auteur,  &  : 

^ntla  fingularkéconfîfte  en  ce  qu’il  ne  marche  que  tres-rare- 
nient,  en  compagnie  des  autres  remedes,  E  {prit  particulier,  foli>-  - 
taire, qui  fé paffe  de  toute  compagnie  &  dé  tout  fecours,  qui  fnffit  ? 
a  tout,  qii^i.  n’admet  pas  mêmeie  cliftere,tout  înnocénc,  toutfar,- 

Teiij^ 


iiL  de  Meâsdne] 

miüer  &  tout  mfmuant  Q^nc  aux  expériences  ^ 

.aux  hiitoires  qu’il  nous  aîlegiie faute  de  raifons,je  m’enrap^ 
porte  au  fait  comme  je  fais  au  bon  feffî  3  mais  quant  à  l’adnl* 
niif ration  de  ce  remede.,  &  à  fes  prétendus  v ebicules ,  quelle 
extravagance  de  vouloir  qu’on  n’ait  aucun  égard  au  fexej  à 
l’âge ,  au  lieu,  à  la  faifou&au  'tem^eramment  ?  indicatioHs,quî 
ne  feront  plus ,  félon  luy  ,  i’ame  &  le  fin  de  la  Médecine, 
■comme  elles  rétoienc  de  ^ouc  temps  ,  tant  il  paroit  à  ciiaque 
page  preffé  de  vendre  fon  baume.  Avançons: 

Il  parut  un  peu  après  ce  beau  Traité  un  autre  Livre  ,  de 
*  Traite  fur  Us  efprit  &  de  même  mérité  que  celui-là  ,  fous  le  nom  de 

1/  Panacées.  ^  Il  eft  bien  vray  qu’encore  que  les  principes  de  fou 
Majfard.  A^utcur  hefoicnt  pas  reçûs  dans des  Ecoles,au*moins  ily  râifonné 

fur  fes  prineipes5maiseomme  il  nous  ehvelope  fes  dilFereates  Pa¬ 
nacées  dans  les  tenebrés  épailTes  d’un  fecret ,  &  qu’il  veut  qu’on 
lé  croye  fur  fa  parole  .>  fur  fes  expériences  ,  fur  fes  écrits  , 
je  ne  voy  pas  que  nous  foyons  obligez  d’avoir  plus  de  creance 
â  CCS  Panacées  yqu’â  tara  d’autres  qui  courent  les  rues ,  êcdont 
les  afficlicstapdrciit  les  murs  de  tous  les  carrefours  de  Paris 
quand  elles  feroient  écrites  en  lettres  d’or,  &  revêtues  de  tout 
Tappareil  qui  donne  dans  la  veuë  de  la  badauderie.  Ën  effet,  ce 
Traité, comme  tous  les  autres  de  cette  nature,  refTemblent  à 
ces  batimens ,  dont  k  f rontifpice  ÔC l’ in'fcription  p romettent  un 
Hôtel  magnifique  3  mais  oùToa  ne  trouve,  quand  neft  entré 
qtfune  ou  deux  petites  chambres  mal  tournées  3  à  ces  Hôrellc» 
ries  ,  dont  l’cnfeigne  promet  bon  vin, bon  logis^,&  où  on  ne  - 
-  trouve  qu  un  méchant  lit  &  du  vin  de  Brie  5  ou,  pour  parler  en¬ 
core  plus  j  ufte ,  à  CCS  Carvànferas  de  1*  Afic ,  dont  les  malTes  ne 
contiennent  que  de  grands  vuides. 

Neanmoinsjeveuxbienqu’onfçachcjâpropsdecesdiftiî- 
lateurs  ^  ôc  pour  ne  laiffer  aucun  fcrupulc  for  cette  matière  V 

que  je  ne  mets  au  nombre  des  ennemis  de  la  Médecine ,  ny  ks 
Arabes  qui  cultivèrent  les  premiers  la  Chimie, depuis  qu’elle 
eût  été  négligée  pendant plufictirs  ficelés, ny  Bafile  Valentm» 
ny  Paracellc  fon  difciple,  ny  plufieurs  autres  Chimiftes  qui 
nous  ont  tous  enfe igné  quelques  chofes  qii’ou  avoit  peut-être 
ignorées  avant  eux ,  pas  meme  pour  venir  à  nôtre  temps ,  l’Hi" 
bernois  Meara ,  Jean  Faber ,  Campanelie  Glifibnius  , 

Seü0  fite  tarera.  Silvius  Dclboc,  &  tant  d’autres  dont  Lionardo  di  Capoa  ad¬ 
mire  les  inventions ,  quoy  qu’il  tienne  leurs  fyftçmes  coini»^i 


Premkre  Pdffh,  V:.  - 

iflfbûtcîiablcs.  Je  n  ay  garde, dis- je,  de  mejctrc  tous  ces  Auteu rs> 

&  encore  moinsL  Arnaud  de  V  illeneiwe.,  Raimond  Lulle,  Joan. 

à  Rupeciffa,  le  Docte  Libavius  &  tant  d’autres  Ghimiftes.,  au^ 

sombre  des  ennemis  de  la  Médecine  ,  puifque  les  uns  &  les 

autres  ont  reconnu  fon  exiûencè ,  qu’ils  ont  cherché  avec  foiu» 

ce  quelle  a  de  meilleur,  &  qu ils  ont  tous  découvert  d’affez 

bonnes  chofes ,  encore  qu’ils  le  foient  trompez  qnelquesfois 

&  qu’ils  n’ayenc  pas  tous  pratiqué  Suivant  les  principes  de  la^ 

dogmatique  :  car  qui  doute  quil  n’y  ait  quelque-chofe  de  bou 

dans  toutes  le.^  Sedcs^pourveu  qu’on  le  mette  bien  en  œuvrcL 

En  effet  j  qui  ne  fçait  (fi  on  juge  des  chofes  par  l’antiquité.,  )  ^ 

que  la  Chimie eft  encore  plus  ancienne  que  la  doffrine  d’Hi* 

pocrate ,  puis  que  les>  vertus-  des  métaux  ôc  des  minéraux  com> 

Hiencerent  à  être  connues  dés  les  premiers  ficelés  ?  Gar  fii*baî 
en  croit  de  bons  Auteurs  ,  Ghus-Fils  de  Gham  qui  avoit  étu¬ 
dié  fous  Trifmegifte  difciple  de  Moé  fon  ayeul ,  fit  paffer  cer 
qu’il  en  fçavqit  aux  Chatdéens  &  aux  Babiloiiîens  ,  qui  le-  - 
communiquèrent  à  tous  les  Orientaux,  Il  y  a  même  un  endroit: 
dans.  Job  qui  paroît  des  plus  favorables  à  la  Chimie,  natu-  *  Lapis  foluta® 
relie, fur  qnoy  on.  peut,  voir  le  Dode  Valefius 
rr^a:,  45ji;;  Bernard  Comte  de  la  marche  Trevifane  ,  cite  à  ce  pro¬ 
pos. l’Epitred’Aros  au  Roy  Meffoc  ,  par  laquelle  il  paroît  Lihr,defe{feti0^: 
la  Chimie  fut  revelée  aux  cnfansd’Ifraël,  S:  que  d’autres  peu- 
pies  . en  eurent  connoi{îànce  ,.;quoi-qüe  d’une  maniéré  moins*;: 
parfaite,  par  la  fimple  méditation  des  Oeuvres  de:ia?Divinité3 
ôc  d’autres  enfin  par  lar^taBle  Smaragdine  d’Ermes ,  dont'  ils  eu¬ 
rent  l’intelligence  par  une  fbrte &  heureufe  application.  Mais  per/,'  Trevî.extr^ 
à  propos  des  enfans  d’Ifraël  ,  il  eû  bon  qu’on  fçaehe  que  Ca-  citation,  in uir  dé 
^ubon  s’eft  trompé  ,  quand;  il  a  écrit  qu’une 
foeur  de  Mbïfe ,  avoit  fait  un  Tmité  de  Chimie  :  car  le  manuf- 
cr’t,  Grec, qui  eft  ce  prétendu  Traité  que  j’ày  eu  curiofîté  dc-; 
voir  dans  la  Bibliothèque- du  Roy  à  Paris  ,  n’eft  autre  chofer 
un  opufcule  touchant  la  pierre  philo fophale,  fous  dè  nom 
d  une  Marie  ,. dite  la  très -fage  ,élogequi  ne  nous  rend  pasplüs^: 
ff  a  vans  fur  (es  qualitez.  Car  quant  au  temps  ou  elle  a  vécu  , . 

Comme  elle  n’èû:  mêm e. citée  qu’aprés  Cleopâtre ,  &  avee  quel-' 

Auteurs  des  cinq  premiers  fîecles  de  l’Ere  Chrétienne  »  il? 

^  a  croire  que  cette  prétenduë  fœur  dé  Moïfe  ffefl  venuê'que.- 
^^geemps  après  la  Cleopâtre-dé  Cefar,  laquelle  a  écrit  dc  îa- 

vommotique  *  &  des  fiirds  5  maàs  pour  revenir  aux  S9aYans.qiff  *  ptmmm- 


2frnxrd.  Scardeon. 
tn  Antiquit.  Pata  • 
vin.  I.  Maptifi.  Voÿ' 
ta  in  magia  natu~ 
rai.  CArahden  in 
Britann  Epheme- 
rid.  Germanie,  ohr. 
fervat.  ta.ann.  g. 

de(!^r.  I. 

^CcCpitat  jampro- 
pè  fine  hac  ars 
Mcdicinæ. 

*  Lionardo  di  Cet~ 
foa ,  nel  Parère  in- 
terne  la  Medicin. 


■Tajtenït  Hij>oerat: 
€hitaicHS‘ 


■%z^  Éjjdk  de  Medeme, 

onc  pratiqué  cét  Art ,  Democrice,  qui  avoic  tant  étiidié  ea 
Egypte  ne  l’ignoroit  pas ,  témoin  le  caillou  changé  en  émew 
faude.par  fon  induiirie,  &ce  qu’jl  a  écrit  du  Mercure  fous  des 
noms  Hnigraatiqués.  Les  Romains  en  eurent  enliiite  quelque 
connoiiïance,  comme  on  le  voit  par  le  Tombeau  de  Maximius 
Olibius-,  par  la  lumière  &  les  infcriptionS'qu’on  y  trativa ,  &  par 
tant  d’autres  monumens  de  rantiquité.  André  Machiole  nous 
alTurejScnous  l’expcrimentons  tous  les  jours,  qu’un  Médecin 
ne  peut  être  habile  fans  la  connoilTance  &  lufage  des  Remè¬ 
des  chimiques,  &  particulièrement  dan^  la  cure  des  maladies 
longues  &  rebelles.  Le  Doétc  Hurnins  dit  bien  davantage, 
puiîqu’il  adure  quela  Médecine  n’a  rien  d’alluré  *ians  le 
cours  de  la  Chimie ,  &  fî  Ton  s’en  rapporte  à  un  fameux  Méde¬ 
cin  *  de  nôtre  temps  l’Agriculture  ,  rArchitedure  ,  la  Navi¬ 
gation,  l’Art  Militaire,  la  Sculpture,  la  Peinture  &  meme  la 
Philôfophie  tirent  tous  leurs  ornemens  de  la  Chimie. Ce  n’eft  pas 
que  la  méthode  Galenique  6clès  remedesn’ayentleur  ufage  fé¬ 
lon  la  nature  des  maladies  ,  les  unes  demandant  des  rcmedes 
doux  3  d’autres  de  médiocres ,  6c  d’autrès  enfin  de  violens.  Ainfi 
nous^n’avons  pas  peu  d’obligation  à  ceux  qui  ont  fait  renaître 
l’Art  admirable  de  tirer  les  differentes  fubftances  des  végé¬ 
taux  ,  des  animaux  ,  des  minéraux  6c  des  métaux  5  mais  il  ne 
faut  pas  croire  pour  cela,  comme  a,  fait  Raimond  Luile  ,  ôccom-' 
me  ont  fait  après  luy  quelques  Médecins  de  nôtre  temps,qu’eû- 
cores  que  cette  Science  foit  plus  ancienne  quel  le  grand  Hi- 
pocratc ,  on  la  trouve  dans  les  écrits ,  6c  qu’enedre  que  De- 
mocrite  en  ait  pu  avoir  quelque  connoiffance  ,  il  en  ait  fait 
part  à  ce  grand  homme,  puifqu’il  ne  nous  en  paroît  rien  dans 
fes  Ouvrages.  Ce  qu’il  y  a  d’affuré ,  eft  que  les  Médecins  qui 
font  venus  après  Hipocrate  n’y  connoiffoient  rien  ,  ou  qu’ils 
n’en  ont  rien  voulu  laiffer  par  écrit,  Galien  ne  conndiffoic 
qu’à  peine  les  differentes  fubftancés  du  vinaigre ,  6c  fçavoit  en¬ 
core  moins  lé  moyen  de  les  feparer  ^  de  forte,  qu  il  ne  fair 
point  de  difficulté  de  dire, qu’il  n’eut  épargné  ny  dépenfe  ny 
fatigue  pour  avoir  ce  fecret  qui  cil  fî  connu  a  prefent.  La  Chi¬ 
mie  a  dune  été  perduë  pendant  quelque  fiecles  ,  comme  tant: 
d’autres  belles  connoiffanccs  ,  6c  n  a  pour  ainfi  dire  été  réfiufci* 
téc  que  quand  les  Sarrafins  fe  font  établis  à  Damas,  fous  leur 
Roy  Maina ,  Rafes ,  Avicenne  6c  Albucafis  ayant  commencé  d® 
le  faire  revivre  par  le  moyen  des  diftillations.  Chacun  fç^i^ 


Prermefe  partie.  V  -iij 

'coiame  eîlè  s  eft  perfedionnée  depuis  ce  temps  la-  jufques  à  ce 

qu’une  dufinicé  de  vilains  foufleurs  rayent  défigurée,  au  point 

que  fide  dcde  êc  diligent  Libavius  ne  iuy  eût  rendu  fon  iuftre,  Adco  AIc&imra:  di- 

elle  étoit  profcritc  par  l’ignorance  de  ceux  qu’il  a  fi  manifeîle-  gniratcm  rcftitnit 

ment  coîivainçus  de  fon  Utilité  &  de  fon  mérité. 

Il  n  yadonc  que  ces  prétendus  Chimiltes  qui  ne  jurent  que  nii  arcpüus  aMA 
par  leurs  vifioas  ,  leurs  fourneaux  Bc  leurs  fecrers  ,  qu’il  faille  >. 

mettre  au  nonabre  des  ennemis  de  la  Medecine  5  ces  gens  qui  ^ 
verroient  crever  un  malade  de  plénitude  Bc  d’inflammation  -, 
plûtôt  que  de  luy  tirer  une  once  de  fang ,  vrais  martirs  de  leur 
opinion  j  foutenans  d’ordinaire  la  chofè  jufques  à  fe  laifiér  mou¬ 
rir  eux-mêmes  faute  de  quelques  faignéfes  3  gens  au  refte  qui 
ne  veulent  que  renverfer  fans  rien  établir  d’udlé  &d’inreiiigi- 
ble  ,  pour  la  diagnofe  &  pour  la  cure  5  ■un  VV’anhelmom  ôç  un 
Corneille  Bontekoe  Hollandois  3  dont  le  difciple  Abraham 
Gehema  a  fait  FEloge  fans  fçavoir  ,  non  plus  que  fon  maître, 
ce  qu’il  vouloit  dkc-,  au  commencement  de  la  Tradudion  Ita¬ 
lienne  qu’il  a  faite  de  cèt  Auteur. 

Van  Helmont  eft  donc  un  de  ces  hommes  qui  ont  plus 
fait  de  bruit  que  de  befogne  dans  la  Medecine  5  vrai  baragoin 
qui  ne  s’entend  pas  luy-même  ,  homme  qui  en  veut  à  toutes  les 
Seclês ,  &  particulièrement  à  la  plus  raifonnable  de  toutes.  Enig¬ 
matique  ,  Barbare ,  fans  Religion ,  B^  qui  fut  .pour  cela  retenu 
dans  dès  Prifons  de  l’Evêque  de  Malines ,  jufques  àec  que  la, 
faveur  des  grands ,  g^ens  ôrdinairement  fort  curieux ,  mais  fort 
crédules  &c  fort  ignorans ,  l’en  eût  tiré  >  pour  finir  fa  vie  par  une 
pleurefie'  faute  de  quelques  faignées.  D’où  l’on  conclud  qu’il  à 
plus  écrit  par  un  efprit  de  fingularité  ,  le  plus  dangereux  de 
tous  les  elfiits  ,  que  pour  fe  rendre  utile  au  public  5  mauvais 
«ceur ,  &  plus  agité  de  l’e^rit  Arlènical ,  que  de  cét  ciprk  Bal- 
falmique  qu’il  vaiite  tant.  . 

euûr  ffotervo  3  che-foec  furo  hahea 
-Con  molto  j^eccia. 

.  Car  s’il  faut  avouer  qu’il  adonné  quelque  chofe  dé  cet  Al¬ 
cali,  &  de  cet  Acide,  donc  la  connoiflance  bien  entenduë  n’eft 
pas  tout  à  fait  mutile  dans  la  pratique ,  quôi-que  trop  à  là  mo¬ 
de  ,  il  faut  auffi  qu’on  tombe  d’accord,  que  comme  il  a  voulu 
donner  à  fes  principes  trop  d’étenduë',  jufques  à  les  faire  princi¬ 
pes  des  mixtes, q^u’il n’y  a  rien  de  réglé  dans  Içs  imaginations 
de  ce  Maître,  ni  par  conîêquent  dans  celles  de  fes  difciples  i  & 


•dell.  Ôrldnd.  fu~ 
riof. 


- 

«• 


'  EJfais  de  Mêdeeme, 

que  comme  ils  fc  détruilènc  .les  uns  les  autres ,  il  les  faut  aban¬ 
donner  à  leurs  imaginations  fans  fe  vouloir  égaccr  avec  eux  > 
Cant  îindinvcntio-  renvoyant  les  Lecteurs  curieux  du  furplus.  à  ce  qu’en  a  écrit 
.  Monfieur  Bertrand  agrégé  au  College  des  Médecins  de  Mar- 
{eille*  '  ^ 

BoNTikoE*»  pour  ne  pas  pafîer  fur  le  dos  d’un  homme  de 
même  farine  que  V anhelmont ,  fans  le  belutter  un  peu ,  a  tâché 
de  détruire  tout  ce  que  les  anciens,  nous  ont  laide  des  caufes 
des  fièvres  imais  tout  ce  qu’il  a  allégué  n’eit  que  Sophifmes  ,^ 
que  fuppofitions.  qu’ignorance  de  la  vraye  Medecine,.  n’éta- 
,  blilTant  rien  ,  ny  pour  la  théorie  ny  pour  la  pratique  j  comme 
on  le  peut  voir  dans  la  réponfe  que  Monfieur  Bezançon  Mé¬ 
decin  de.  Monpelier  a  fait  à  ce  Paradoxe  »,  longtemps  avant  que 
de  fe  donner  à  Dieu,  comme  il  a  fait  dépuis  quelque  temps  en 
prenant  les  Ordres  Sacrés ,  ok  il  a  trouvé  le  repps ,  &  le  remede 
aux  chagrins  qiiecaufe  àprefenc  Texercice  de  la  Medecine>à 
tous  ceux  qui  ont  de  l’honneur,  de  la  Science  &  de  la  con- 
fcicnce.  Et  à  ce  propos,  je  croy  qu’il  faut  que  l’on  fçaehe  en¬ 
core  qu’un  autre  Ouvrage  de  ce  Monfieur  Bezançon ,  intitulé  , 
les  Médecins  à  la  Cenfure  ,  n’cft  pas,  comme  on  poûrrpit 
croire  un  Livre  fait  contré  la  Médecine  ny  les  Médecins ,  mais 
un  Eloge  de  cét  Art  a^^ec  des  réponfes^  fort  folides  à  quelques- 
unes  des  objections  faites  par  fes  ennemis..  . 

Finiiïons  cette  matière  par  un  bel  endroit  &  afiTez  difficile  â 
décider  :  car  qui  fçait  fi  le  Scignor  Lioriardo  di  Capoa  a  pré¬ 
tendu  prouver  qu’il  n’y  apas  grand  fond  à  faire  fur  la  Méde¬ 
cine  pratique,  ou  s’ ila  même  voulu  en  attaquer  l’exillence ,  t⬠
chant  de  détruire  les.  fyitémes  de  tous  les  anciens  Sc  nouveaux 
Médecins  ?  En  effet ,  qu’on  examine  fon  fyiléme  avec  tout  au¬ 
tant  d’application  qu’^il  fe  peut ,  fon  intention  elt  fi  cachée ,  qu’il 
échapc  par  tout  au  Ledeur.  Et  c’efl:  pour  cela  que  j  e  donne  iey 
un  extrait  du  Livre  intitulé,  del  Seigmr  Lionardo  âi  €a- 

poa  divifo  in  otto  Ragionamenti  y  né  qudi  partiiràmente  n^irrmnâ'o  fi 
l  origine ,  (^progre^o  délia  Medicina  t  chiaîammte  V in  'cérte^l^  deli^ 
Medejimafi  fa  manifejta  ,  pour  ji^er  de  fes  intentions. 

Le  premier  de  ces  raifonneinens ,  contient  les  commencemens 
de  la  Medecine ,  &  le  caradere  des  plus  anciens  Médecins.  H 
s^éteiid  enfuite  fur  la  Sede-des  Empiriques,  &  fur  celle  des  Me- 
«kodiquçs-,  &  fait  voir  avec  quelles  armes  l’une  éc  l’autre  attaque 


Première  Pam»  Chap.  V.  . 

ia  Scchcdes  Dogmatiques.  Il  n^oublie  ny  les  querelles  des  Me- 
decins  anciens  ôc  modernes  ,  ny  la  différence  de  leur  opinions. 

II  marque  non  feulement  les  erreurs  des  PHilofophes  &dcs  Mé¬ 
decins  5  mais  encore  particulièrement  celle  d’Hipocrate  &  de 
Galien  ,&  triomphe  enfuite  avec  tant  J  de  joyc  de  leur  foiÛe, 
qu’il  fcmble  en  le  lifant ,  qu  il  n  y  a  eu  que  ces  grands  hommes 
capables  de  faillir  5  doù  il  conclud  qu’il  n’y  a  rien  de  fl  incer¬ 
tain  ,  ny  de  fî  problématique  ,  que  lès  dogmes  de  la  Médecine» 
puifque  fes  deux  plus  fortes  colomnes  tombent  au  moindre 
branle  qu’on  leur  donne. 

Dans  le  fécond  il  prouve  à  fa  maniéré ,  que  les  anciens  loin 
d’avoir  perfectionne  la  Philofophïe  &  les  beaux  Arcs,  ne  nous  en 
ont  donne  que  de  légères  teintures  ,  &  qu’ils  fe  foht  trompez 
évidemment  en  une  infinité  de  chofes.  Il  ajoute  que  c’*cft  pour 
cela  qu’il  ne  fe  faut  attacher  à  aucune  Sede  ,  ny  même  jurer 
fur  l’autorité  d’aucun  Maître,  fi  fes  dogmes  ne  font  d’accord 
avec  la  raifon  &  l’experience ,  &:  le  prouve  par  cette  honnête 
liberté  de  Philofophe  ,  qu’une  infinité  de  fçavans^Mcdecins 
ont  prifç,  retournant  à  la  charge  contre  HipocrateôC  Galien , 
qu’il  reprefente  comme  des  Maîtres  dont  les  fentimens  ont  en¬ 
fin  été  abandonnez  par  ceux  mêmes  qui  s’ étoient  déclarez  leurs 
difciplcs. 

Le  troifiéras  raifonnement  efl:  une  exaggeration  des  differen.» 
tes  opinions  des  Galcniiles  ,  de  leurs  jaloufles,  de  leurs  diffen- 
fions,  qui  fans  les  mener  à  la  découverte  de  la  vérité  (  chofe 
difRcile  ,  comme  il  le  fait  voir  par  l’Anatomie  des  corps  naturels, 

&  par  raütorité  de  Dionyfius  Hxiguus ,  )  les  entretient  dans  fo- 
piniâtreté  de  leurs  fentimens  ,  &  dans  des  vanitez  infupportables. 

Il  e3q)ofe  pour  cela  au  grand  jour,  quelques  contradidions  qui 
fe  trouvent  dans  Galien,  puis  il  retourne  à  rhiftoire des  Sedes , 
par  laquelle  il  prouve  l’incertitude  de  la  Medecine  ,  &  la  part 
que  le  hazard  a  eu  à  l’invention  des  remedes, marquant  enpaffant 
les  plus  confiderables  Médecins  des  difïérentes^parties  du  monde, 

.  Sc  particulièrement  ceux  qui  ont  été  divinifez, 

'Dans  le  quatrième  raifonnement  il  examine  avec  aigreur ,  mais 
d’une  maniéré  divertiffante ,  les  fyftêmcs  des  anciens  Médecins , 
fans  épargner  même  ceux  d*Hypocrate  qu’il  ridiculife ,  particu¬ 
lièrement  fur  les  matières  de  Phîlofophie ,  que  le  bon  homme 
n’àvoit  pas  pris  la  peine  d’examiner  en  un  temsoîi  la  belle  Philo-  . 
f>phie  n’avoit  pas  encore  paru  dans  le  monde ,  &  s’attache  fur 

.  Ffij 


'  EjJaU  de  Medecimt 

tout  aux  A'phorifmes ,  comme  à  ce  qu’on  a  le  plus  eftimé  d’Hy^ 
pocratc  5  de  force  qu’il  n’oublie  rien  pourperfuader  à  fes  leâieurs 
qu’il  ny  ani  ordre,  ni  deflcin,ni  foli  dite  dans  cet  Ouvrage. 

'  Le  cinquième  Raifonnement  regarde  la  doctrine  &  le  mérite 
des  Médecins  de  réputation  qui  ont  vécu  après  Hipocrate ,  auf* 
quels  il  ne  fait  pas  plus  de  quartier  qu’auxautres>  exténuant  le 
plus  qu’il  peut  tout  ce  que  la  pofterité  y  a  trouvé  de  bon  j  &  le 
fait  avec  tant  de  fubtilité  &  d’éloquence ,  qu’on  eit  tenté  de  le 
croire. 

Le  fixiéme  eft  refervé  pour  les  ryftêmes  duFrere  Baille  Va¬ 
lentin,  de  Paracelfe  j  de  Campanclla  ,  de  Roderie  Caftello>  de 
Vanhelmont,  de  Meamoz2arono,de\!i;î^illis,de  Srlviusd’Eboé, 
de  Fabri ,  de  la  Dona  Olimpk  Sambuco,de  GlilTonius,  &  de  queb 
ques  autres,  ou  üabien-tôt  trouvé  l’incer-titude ,  la  vanité 
qu’il  y  cherche  i  d’oii  ilconclud  que  les  anciens  ,  ni  les  mo.' 
dernes  n’ont  pû  rien  fixer  dans  la  Medecine  ,  &  qu’il  n’eft  pas 
mcmcpoffiblê  d’y  rien  établir  de  folide.  A  quoi  il  ajoute  la  maiiv 
vaife  foi,  l’envie.,  la  jaloufie  &  les  autres  vices  des  Médecins 
de  chaque  Nation  de  l’Europe ,  &  même  des  païs  les  plus  recu¬ 
lez  ,  comme  autant  d’empéchemens  êc  autant  d’obRacles^rx 
avantages  &  aux  fruits  qu’on  peut  tirer  de  la  Jdedecine  5  mais 
tout  cela  n’empéche  pas  qu’il  ne  revienne  en  quelque  manière 
à  iuymiême  daFiS< 

Le  feptiéme  Raifonnement;  C^eft  là  qu’il  établit ,  que  hoâ^ 
obftant  toutes  ces  incertitudes ,  les  Médecins  doivent  fecondni*" 
re  dans  lc  traitement  des  maladies  cachées  &  rebelles  aux  re¬ 
mèdes  ,  comme  feroit  un  homme  quf  fe  voyant  expofé  à  la  tedi- 
pclle,  fc  fauve  du  naufrage  on  fur  un  mats  ,  ou  fur  iine^planf 
che  5  &  qu’il  doit  fe  fervir  en  ces -occa fions ,  des  conjeé^res  , 
de  l’experiencc,  delà  Philolbphie  de  la  méditation,  comme 
feroit  un  ^voyageur  fnrpris  de  la  nuit  dans  une  épailîe  forefti 
tnarchant  doucement  ,  à  la  faveur  des  éclairs,  ou  des  ioibles 
rais  de  la  lune.  ïl  demande  donc  de  ccluy  qui  penfe  à.  fe  fmrs  ' 
Médecin  tout  ce-qu’Hipocrate  même  en  demande ,  les  âifpor 
Etions  naturelles  ,  lè  lieu  =  commode  pour  letude  ,  un  pende 
bien  de  fortune  ,  &:  outre  cela  les  .Mathématiques ,  rHiftoirc, 
la^Morale  ,  l’Anatomie ,  la  Botanique  fur  lefquellesil  s’étend 
fort  dodement  particulièrement  la  Chimié  ,  qu’il  éleve 
comme  le  bras. droit  de  la  Medecine  j  mais  il  ne  manque  pas 
d,’avertir  .quç  les  fecours  qu’on  tire  de.  cette derniere ,  luy  to’* 


Premierè  PMfé,  GHap.  Y-, , 

Moït  âuffi  dangereux  quand  ils  font  préparez  &  donnez  d’u- 
cc  mauvaife.  main  ,  qu'ils  font  utiles  6^  admirables  entre  les 
mains  d’un  homme  lage  ôc  expérimenté  j  ce  qu’il  fait  d’une 
maniéré  à  perfuader  qu’ilxft  prefqi^  impoffibk- d’être  jamais 
un  fort  grand  Maître  dans  cette  Science..  ^ 

Le  huitième  &  dernier  raifonnement  met  hors  de  page  tous 
ceux  qui  ont  deffein  de  philo fopher  ,  leur  permettant  de  ne 
s’arrêter  à  aucun  Maître  ,  &  de  fuivre  tout  ce  qu’ils  trouve¬ 
ront  de  bon  dans^  les  Ouvrages  de  tous  les  Philofophes  anciens 
&  modernes.  G’eJfl  pour  cela  qu’il  prend  la  liberté  d’exami¬ 
ner  Ariftote ,  Zenon  ,  Epicure ,  &C  quelques  autres  Philofophes 
aufquels  il  fait  le  pjroccz  dans  tous  les  <  chefs  qui  femblent  mé¬ 
riter  quelque  cenlure  5  puis  retournant  tout  d’un  coup  au  de¬ 
voir  de  fon  Médecin,  il  paffe  de  là  à  celuy-  des  Apotiquaires^ , 
promettant  dans  quelqu’àutre  Ouvrage  le  relie  de  ce  qui  re¬ 
garde  fa  matière  3  le  tout  avec  des  varierez  ,  des  narrations  & 
des  inductions  ,  qui  paroiftroient  encore  plus  agréables  ,  li  fon 
Ouvrage  n’avoit  pas  le^  défaut  de  ces  pièces  de  Théâtre  5  dont 
la  chute  ell  fort  au  dellbus,  de  ce  ..qu’on  s  en  ctoit  promis.  . 

Je  laiffeà  ceux  qui  auront  fuivi  cet  extrait»  &  plus  partieulie- 
rement  àceux  qui  voudront  lire  tout  l’Ouvrage ,  àen  .conclure 
Gomme.il  leur  plaira  :  car  quant  à  moy>j  je  ne  voi  pas  que  nôtre 
Auteur  puilTe  inférer  de  tout  fon  difeours*  autre  choie  ,  linon 
que  la  Médecine  n’a  pas  toute  k-cerenude  qu’on  en  peut  fou- 
haiter:  auflî  le  titre  ne  promet-il  rien  autre  chofei  car-enfîn  ces 
conjeélures  dont  on  la  veut  ,  battre  ,  .  que -font-elles  contre  fon 
cxiftence  &  fon  utilité ,  quandelie  elt  faitefuivant  fes  principes, 
&  félon  les  .  maximes  de;  la  prudence  ôc;  de  la  probité  ,,‘toutcs 
les  autres,  difciplines,  à  les  bien  examiner  , -n’étant  -gueres  plus 
aflurées  Ainlî  comme  la  plufpart  des  Raifonnemens;  de  nôtre 
Auteur  tiennent  non  feulement  du  Sophifteî,  mais  encore  du 
Rhcceur  ,  ôc  qu’il  ne  cire  que  fort  rarement  les  garens  de  ce 
qu’il  avancé ,  .  je  conclus  pour  moy  que  fon  fyftêrne  ^  quel 
qu’il  foit  ,  n’ed:  pas  feur,  particulièrement  quand  il paroîtop- 
pofé  à  l’exillence  de  la  Medecine.  A  qaoy  orr  peut  ajqûter 
qu’il  écrit  d’une  maniéré  ft  tirée  ,  qu’il  n’eft  pas  luy-mèîTae  fort 
perfuadé  de  ce  qu’il  écrit  ,  m  (peci^m-  'veri, 

fentire  fuiieatm,  : _ _ 

^  Au  refie  puifqu’on  comprend  au  nombîe-des  ennefms  dè  la 
Medecine  tous  ces  .faifeurs.de  petites,  objedions  ,4€>nç  on  cil 

F;f  iij 


2-5^  ^JJats  de  Medecîm, 

fatigué  daiis  lalcàure  desméchans  livres  ,  &  quélqueFols  mê* 
me,  dans  les  converfations ,  je  croi  qu’il  ne  fera  pas  malàpro- 
|)os  de  leur  faire  encore  iey  quelques  réponfes  en  paffant ,  quoi, 
que  tant  de  bons  Auteurs  aient  travaillé  fut  cette  matière  fans 
les  ramener  :  Cumvimm  Babylonem  7  ' é*  non  eji  fanata.^  &  que  je 
ne  prétende  pas  être  plus  heureux  qu'eux  1  m’attendant  bien 
de  trouver  en  laplufpart  de  ces  petits  Critiques ,  des  gensfemi 
blables  â  ces  avares  forts  en  billets  portans  intérêts  ,,  qui  ne 
trouvent  aucune,  monnoie  de  mife ,  ni  de  poids  quand  on  veut 
fortir  de  leurs  mains  ,  &  fe  mettre  à  couvert  de  leurs  du*  ' 
■rctez.  ,  ■  ■ 

Ils  allèguent  donc  premièrement  que  les  Empereurs  Tiber^ 

(  car  ils  ne,^  connoilîènt  gueres  d’autres  autoritez  que  celles  des 
,  Grands'ôc  des  Riches  )  Héron  ,  Verpafien  ,  Adrien,  Macrjn  , 

Chârlenjagnejêcc.  étoient  ennemis  de  la  Medecine-.que  les  Rois 
d’Arragon  Ferdinand  &  Alphonfe ,,  prefererent  la  leebure  de 
Quinte-Ciirfe  êc  de  Tite-Live  à  celle  d^Hipocrate  pendant 
îcqrs  maladies  i  6c  comme  ils  ne  veulent  pas  laiiTer  ces 
grands  Princes  fans  efeorte  ,  'ik  leur  donnent  Muiinnerme  & 
AriRopbane,  Poëtés ,  aufquels  ils  alFocient  Jodocus  Harchlus, 

'  ,  philipp.  Hatizius  ,  Sigirmond.  à  Goës  &  rnême  Luther  hom¬ 

me  h  emporté  contre  les  Médecins  J  qu’il  ne  iç's  accule  pas  ^ 
do  moins  que  de  tuer  à  prix  d’argent,  n’oubliant  encore  au- 
^  cun  de  ceux  que  lîous  avons  examinez  &  réfutez  cy-devarit: 

comme  (1  l’autorité  dé  cès  Princes  &  de  ces  Auteurs  étoit  dé- 

ciÇ\yiQ,  ÇÆi  ctttz  m'SiXAQtiQ'.  Meâicorum  efi^Ÿ^omittant  MeMcL 

En  efe  Euripide  importuné  dé  ceux  qui  cenfiirerent  une  de 

fes  Comédies ,  leur  répondit  de  bon  fens,  qn’il  ne  l’a  voit  pas  eom- 
pofée  pour  prendre  des  leçons,  mais  pour  en  donner.  C’eftén- 
core  ainfi.qu’Anacharfis  rioit  de  ce  que  des  Grecs  qui  he- 
îoient  pas  Muliciens  jugeoient  des  Mudeiens  &  de  la  Mufique, 
•Epi^oUAÀîamme-  Snx  quoi  S.  Jerome  dit  excellemment  après  Fabius  Piétor  U 
ehium^^  QMiillen  que  les  Arcs  feroicnf  mieux  traitez  ,  s’il  n’y  avoit 

que  ceux  du  métier  qui  en  jugeafTent.  Aufli  Sidonius  Âpollk 
naris  entre-t  U  tellement  dans  ce  fentiment ,  qu’il  foutient  qu^ 
ceux  qui  n  entendent  pas"  un  métier ,  ne  font  pas  capables  d’a>d- 
mirer  les  bcautez  des  ouvrages  des  gens  de  métier.  Mais  s’il 
n’eftqueftion  que  de  rai  Tonner  â  la  maniéré  de  ces  Critiques, 
Sc  que  d’alleguer  des  autoritez  ,  n’ay- je  pas  cette  foule  de  Pet- 
Tonnages  il  çonderables  par  leur  naifiance  ,  leur  rang  j 


Prmkrt  Partie,  Cbap.V\  13.1^ 

mérité  > que  j^ay  cy-dcvant  montrez  aux  Lecteurs  ?  De  plus  ne 
petK-on  pas  leur  répondre  que  les  plus  confiderables  de  cepetic 
nombre  de  leurs  partifans,  n  eft-ce  pas  qu  ils  penfent  ?  puifque 
pour  commencer  par  Tibère  ,  Çimarque  luy  répond  ,  que  ç’eft 
farler  moins  de  mifon  que  d"/irrogance  é‘  de  confiance  en  fon 
propre  fins  ,  que  de  fie  moquer  de  ceux  qui  donnent  leurs  bras  au  Mé¬ 
decin  quand  ils  ont  fafifiê  fioixante  ans.  Q^nd  à  Néron  qui  ap- 
pelloit  les  Médecins  des  bourreaux  3  il  faut  remarquer  que  cec 
Empereur  vit  pendant  quelque  tems  d’un  œil  affez  favorable 
les  livres  de  Medecine  qui  luy  furent  dediez  par  des.  Princes 
&  des  Médecins  5  mais  qu’aprés  fon  fameux  ^mnquennium ,  fes 
organes  cftant  gaftés  comme  fon  Efpric  ,  &:  ayant  pàffé  de 
Phumanité  à  la  cruauté  >  il  s’imagina  que  les  Médecins  étoient 
des  gens  faits  comme  luy.  Adrien  à  la  vérité  écrivit  une  lettre 
fort  chagrine  contre  la  Médecine  &  les  Médecins  :  mais  pou- 
voiuon  attendre  autre  chofe  d^ün  malade  de  mauvaifè  humeur^ 


Tiberiam  CçGurc» 
dicenté  inetninî  ri- 
diculum  effe  homi- 
nern,  qui  fexage- 
naiius%manüm  por- 
rigit  Medico  :  fcdl 
ille  mihi  videtur 
dîxiffc  arrbgan- 
tius.  JSt  Saint 
Tirend. 

’Epfhcnius  lib. 
Msnjitrü, 


&  qui  vouloir  que  des  hommes  qui  ne  font  que  les  miniftres. 
de  la  nature  ,  s’en  rendiffent  maiftres  en  le  guerilïànt  d’une 
maladie  incurable..  Mais  quand  à  Charlemagne ,  ne  fbnda-t-ip 
pas  l’Univerfité  de  Paris  ,  au  moins  n’établit-il  pas  des  Pro«. 
îefleurs  pour  la  Medecine  dans  fon  Palais  même?  N’a  voit-il.  pas 
des  Médecins  auprès  de  luy  i  Car  pour  le  paffage  d’Egy- 
nard  qu’on  s’efforce  de  faire  valqk  contre  les  Médecins  j  voici^ 
ce  c^ne  c  g9[.  Ce  fut  dans  fia  derniere  maladie  y  qu  il  fie  conduifit  plu- 
tofi  par  fion  propre  fins  ^  que  par  l’avis  de  fies  Médecins  t  pour  lefiquels 
il  fiembloit  avoir  quelque  fiorte  d’averfion ,  parce  qu  ils  luy  confieilloient’ 
de  ne  manger  que  dû  bouilli..  Voila  bien  de  quoi  faire  tant  debruit> 

&  de  quoi  faire  grand  tort  à  la  Medecine.  Il  en  eft  de  mê¬ 
me  de  touslcs  autres  r  dont  le  fentiment  ne  mérité  d’être  confî- 
deré  que  comme  celuy  d’un  particulier  j  gens  >  {  Principautez. 

&  Dignitez  à  part  )  faits  comme  les  autres ,  peut-être  hommes 
d’une  grande  fancé,  5:  dont  on  peut  dire  qu’ils  avoient  raifbm 
de  vouloir  fe  pafTer  de  Médecins  ,  parce  qu’én  effet  valentibus 
»i>»  ^  Gar  ^quandaMuimnerme  &  à  Ariftophane  3 

tout  ce  qu’on  en  cite  n’eft  qu^injurcs  &  calomnies  de  Poëtcs  Sc 
d’Entoufîaftcs ,  aufquels  même  ce  dernier  femble  déroger> 
par  des  louanges  qu’il  donne  à  la  Medecine  en d’autres  endroits> . 

&  d^s  fon  feng  froid. 

^  Pour  Clenard ,  c’eft  allez  que  Scaliger  T'aic  traite  de  petit  SMligerum  ftmss, 
ignorant  pour  vérifier  que  ce  n  cft  pas  à  luy  a  s^ériger  en  ceny 


*■  ExceptisMcdicis 
nihil  cft  Gramma- 
ticis 

pt0/»^h. 


Medicina  ici  com¬ 
mune  habet  cum 
bonis  Principibus  , 
UC  bene  faciat  & 
male  aadiat.ExI.«- 
vm^Lemn.  jé^  Pon- 
tm. 


t.  ie fenfti-ié' 
U. 


2^1  mjkis'deWehme, 

feur  des  Médecins  ,  ©acre  que  quand  il  les  appelle  SanicÙei< 
il  ne  fçait  ce  qu’il-veut  dire,  püifqu’on  ne  s’en  lert  gueres  que 
pour  les  malades,,  heureux  au  refte  d’êcre-morE  fi  jeûné  qu’oa 
n’euit  prefque  pas  le  tems  d^  le  mettre -au  nombre  de  ces 
Grammairiens  &  de  ces  Médecins  donc  Athenée  fait  la  peintu¬ 
rées ,  &  pour  lerqucls  je  n’ay  garde  de  plaider  icy.  il  en  eft 
de  même  de  Luther  homme  de  feu  &;  de  bile  ,  qui  n’en  vou- 
ioic  fan-s  doute  a  la  Medecine,  que  parce  qu’dle  ne  s’accdm- 
ffiodoit  gueres*à  fon  genre  de  vie  &  à  fcs  maximes.  Enfin  s’il 
m ’elf  permis  comme  je  l’ay  déjà  infînué  cy-deflusj  de  -rétot^ 
quer  contre  ces  Critiques  leur  propre  argument.  Combien 
d’Empereurs ,  de  Rois,  de  Princes ,  de  grands  Capitaines ,  de 
Philoîbphes  ,  de  Pdëtes,  d’Hifforiens  ,'de  grands- Prélats  &  de 
gens  de  bien -46  notre  coté  ?  .  . 

■  Concluons  donc  que  la  Méàecine  a  cèla  'de  ^commun  avec  la 
bans  f  rinces  i  qu  encore  qu  elle  fajfe  bien  a  tous  elle  ne  Idffe  fos  de- 
tre  la  matière  des  fots  entretiens  ^dù  une  'i7}fimté  d/ignoram  ingrats. 

Mais  ne  iâifibns  pas-pour  cela  de  répondre  aux  ob jéclions  tél- 
les  quelles  de  nos  CTitiques  f car- quoi  que  je  néfpere  pas  de 
pouvoir  convertir  i  y auray  au  moins  la  Tatisfadion  de  lescon?^ 
vaincre,  parlés  raifons  que  j^’oppoferay ‘a  leurs  fophîfmes. 

La  diece ,  dîfent-ils ,  &  lés  alimens  ordonnez  &  prisa  propos», 
font  les  meilleurs  rémedes  dont  on  fe  puiirè  fervir  ,  puis  qu’au 
ièndment  même  d’Ariftotc, les  Médecins  en  font  bien  mourir. 
J’avduë  que  la  dicte  tient  fore  Ibu vent  lieu  de  remedes  y  mais 
cette  dicte  n  eft-eîie  pas  une  partie  de  la  Medecine  preferva*- 
tive'ôc  curative ,  6c  cela  empêche-t-il  qu’on  fe  fèrve  des  Medc"- 
dns  dans  le  bef<5in  ,  ôc  pour  éviter  les  maladies  qui  nous  ména- 
cent-fQuant  aux  malades  quimeurerit  entre  les  mains  des  Mé¬ 
decins  ,  toutes  les  maladies  font-cHe  curables  ?  Les  Médecins 
peuvent-Hs  être  ^arans  des  fignes  équivoques,  des  vices  de 
conformation ,  des  tranfpofitions  de  parties ,  des  erreurs  de  la 
nature  ,  6c  pour  ainfi  dire  de  fes  prévarications  ?  Les  reflèm^ 
blances  ont  trompe  le  grand  Hipocrate  ,  mais  H  nén  a  pas 
moins  mérité  l’eftime  de  la  pofterité  5  les  maladies  d* Autono- 
mus  de  Phaetufa,de  Namifia,  6c  d’autres  accidens  ne  font  pas 
empêché  de  paffer  outre  dans  la  recherche  de  la  natuîe.  De 
fcmblablcs  accidens  ,  dit  Galien  ,  ne  doivent  quéxcitcr  IcS 
Médecins  à  faire  leur  devoir  ,6c  à  ne  pas  donner  dans  Texcés 
oh  donnent  ces  ignorans  qui  promettent  des  guerifons  ,  -6c  qui 


Prem^e  PdA  CKap.  V, 

ce  pas  de  kuxs  svSmmioiis  leLîTS  fiâfeisa-bs.èc 

c'eft  à  le  bien  prendre  de  ces  gens  qk  Ariiloie  parle  dans  t'ob- 
jecïion ,  &  non  pas  des  bons  Médecins ,  luy  qui  les  eftinioic  tant. 

Mais, dit-on, la  Mediscine étok fini éprifée  cher  les  Roaiains;,  . 

qu’elle  ne  s’exerçoit  que  par  .de  miferabiescEfclavcs.  Je  répons. 

d  la  première  partie  de  robjection- ,  que  ces  Raniains  qü-’€)îî 

Tante  tant  n’ont  été  long^temps  que  des  Rufitesi  qu  ib  nAot 
commencéà  fe  polir  &  à  .fe  faire  fçavans  que  fort  tard 3  que  leur 
.Etat  n  ccoit  pas-encore  formé,-&quals;nc  fai&iene  aucune  figure 
iorfque  les  Egyptiens  ^  ies  fireps  ,  &  quelques? autres  peuples 
faifoient  déjà  une  gi^de  éfiime  de  la  Medecine.  C^ant  à  ikf- 
clayâge,  remarquons  premièrement  que  les  Efclaves  aufquels 
Abraham  ordonna  d'embaumer  Sara  îon  époufe  ,  n’étoient  pas 
comme  quelques  uns  l’ont  crû  Médecins  ,  mais  Embaumeurs  , 
ôc  que  fi  quelques  loterpreces^ont  traduit  Le  mot  Grec  *  par  ce-  * 
lui  de  Me dtck\  SaiHc  Auguftin  6c  quelques  autres  ont  traduit 
PoUinBoribus,  Mais  venons  au  fait  :  car  voudrok-on' fo'uteUir 
que  ces  Médecins  qui  ont  fait  figure  à  Rome  du- temps  de- la; 

Republique  &  des  Empereurs  n’étoient  que  de  miferabics  Efcla* 
ves ,  puis  qu’on  aurok  peine  d’én.  marquer  deux  ou  trois,  Sc 
plus  d'alFranchis- dans  toute  i’Hiftoire  ?  Après  tout^  s’il 
trouve  quelques-uns  qui  ne  foient  pas  venus  à  nôtre  conliôif- 
fance ,  c’étoit  des  Grecs  ou  d’autres  gens  réduits  dans  la  fervi- 
tude  par  le  fort  de  la  gucrrcvmais  qui  étoient  nez  libres  ,i&: 
qui  fefvméiit- leurs  patrons:  félon  leurs  taleris ,  de  gré  ou  de  - 
force ,  la  loy  naturelle  afliijetiiïànc  le  vaincu  au  vainquàtr.  _  ' 

y  a  bien  plus ,  puis  qu’un  bon  Auteur  ^  foûtient  par  de  bonnes  m 
raifons  &  par  de  bonnes  indudiions ,  qu’on  n’efi:  tombé  dans  l’er-  feientiamat. 
reur  de  croire  que  les  Médecins  ont  été  Efclaves  chez  les  Ro*i 
mains ,  que  parce  qu’ils  donnoient  ;à  garder  leurs  confedions ,  "  v  ^ 

Plantes ,  onguens ,  &  autres  remèdes  à  des  Efclaves  &  à  des  fem¬ 
mes  ,  qu’on  fut  obligé  de  chafier ,  quand  on  fe  fut  apperçû  qu’ili^ 
en  abufoient ,  ôc  qu’ils  s’érigeoient  en  Médecins.  Sur  quoy  on 
peut  voir  l’obfervacion  lxxx.  du  v  i  .  Livre  de  la  fécondé  Centurie- 
des  Ephemerides  d’Allemagne  pag-  jé 4.  Car  quant iauK'afïran-> 

€hts,qLii  nefçak  l’honneur  qu’on  leur  rendoic  dans  l’exercice  de 
la  MedecineVôcqne  ces  hommes  parvenoient  Fouventaux  plus^ 
hauts  degrez  de  faveur  dans  la^  Republique  ôc  dans  la  Cour  F 
hiais  quant  la  Medecine  auroitkté-  exercée  par  quelques  Efcla¬ 
ves  ir  û  ces  diftiadioàsd^Efclaves  d’afifcaHichis ,  de  Li&resibdeGhe- 


SJ  4  ElJats  de  Medècmei 

Ro^anus^*^aw^'^i-  dcs  chimercs ,  *  la  Médecine  en  eft-ellc 

bertinus  aut  fervus  moins  noble  pour  cela  ?  Au  moins  fi  nos  petits  critiques ,  fi  ces 
nominaexarabitio-  petits  tirans  cfe  là  Medeciue ,  qui  ne  la  condamnent  pas  à  moins 
<lu’àrErclaF.age  &:auxfers,prenoientle  terme  d’Elclav.eaa  fens 
de  certain  Bacha  de  la  Méque.  11  étoit. malade  ,  mais, fur  une 
terre  où  il  n’etoit  permis  qu’aux  EfclaFes  Ghrétiens  ,  &  aux.. 
Chrétiens  libres  qui  vouloient  bien  tomber  dans  refclavage  de 
mettre  le  pied.  Monfieur  Bernier  Médecin .  François ,  fi  connu 
par  fes  voyages  &  fes  autres  bonnes  qualitez  ,.pafloic  par-hafard  ^ 
aux  environs  de  cette  ;T erre  ,on  raporte  au  Bacha  qu’il  y  a.un, 
fort- hab.ile  Médecin .  qui  n-eft  pas  loin, de  là  ,  &  qui  le  peut 
guérir ,  s’il  eft  poffible  de  le  faire  venir  feuremenn  Èerfonne  ne 
pouvoir  dénoncer  ce,  nseiid  fi,  fatal  au.  malade  &  au  Médecin  », 
—  lors  que  le  Bacha  s’avifa  de  dire  qu’il  n’y  avoir  pas  de  difEculté. 
àlVaffairé  î  les.  Medecins.deyant  .erre  regardez. coni.riie  les  Efela-, 
vesidu  publ  iCi  M  jurant  ilùn  -{àrtête  ôzlùr  celle  de  fon  Empereur^; 
que  le  Médecin  ne  fe  repentifoit  pas  d’être  venu.  Voila  tout 
l’efçlâvage  de  la  Medecine,,  au  fentimçntjnême  d’un  Barbare,- 
'  Eourluivons.,  /  :  v  .  ï 

.ï,  ;dll3’elb|;as'q)lùs;cvray;  que  lès  Romains  le  (oient  pafftz  f^n- 
darii  (îx  çensîans  de  M^ecins  ;  car  premièrement  ils  ne  (çar 
voient  pendant  les  trois  preimexs  fiecles  de  la  fondation  de,  Ro¬ 
me  ce  que  c’étoît  que  de  Médecine ,  &.  ain(i  igftoû  mlU  mpdo. 

De,plus;,;cetteobgeâ:ion  eft  ûfrivolei  que  ceujc  qui  la.fontee 

font  .nullemcntjd^aecord  entr’eux  car  fi -Pli ne  êCiXite-E.îve  y 
hieteent  le^  fix  cens  ans  tous  enrierSî  Ifidore  n’ên  mef  que  .qua- 
“  tre  cens ,  Denis  d’Halicarnafie  n’en  met  que  trois  cens  >  diîànt 

■  pofirivement  qu’il  y  eut  une  fi  grande  pelle,  à  Rome  Fan  301. 

de  la  fondation  5  qu’a  peineitrouvoit-on  afièz  de  MedeçinspPttt 
*  lib.^e  Sera  m-  affiftèr.  lès  malâdes.  Hlutar.iqae  ^çRde  ice  fentiment ,  .8c  de  n.q- 
tnms  vindiiia..  trç  temps  Ic  fçavànt  &  fpijriruelcLançellot  dans  fbn  Hoggîdi.: 

*Mais  ne/çaic-on  'pas' encore  que  lès  Romains  étant  afilig^^ 
secmdus  -unceUt.  dc:  la  pelle  l’an  460.  de  la.  fondation  de  leur  Ville  î  nepcbiie- 
fartej.caf.  il.  qu’ils,  en  avoient  été  délivrez  par  E  feu  lape  venu  d’Epi- 

daure  fou.s  la  figure  d’un  ferpent ,  que  pour  n’êtrè  pas  obligez 
d’avoiier “qu'ils  avojent  été  lecourus  -Se  guéris,  de  ce  mal  par 
l'affi.(lanGe  :d.es:  Medeeins,  de  -la  Grece  ?  ;  Il  n’eft  donc  pas  vray 
précifément  parlant  quedes  Romain:S:ayent  ,cha(Fé  tous  lés  Mé¬ 
decins  par  averfion  pour  là  Mèdèclne  >  ma.is  par  Fayerfion  qU’ib 
a voiçnLt:d.e5i'.^arec5:j  qu’ils  regaf deientreonîme  -dés  .ènnemis  de  la 


Tfèmieri  V4mè.  CKâp.  V.'  255 

ILepabli-que.  Encore  ne  chafferent-ils  Archagâte ,  qü"à  cauie 
de  la  cruauté  prétendue  dé  fes  Cperations  Chirurgicales  :  car  - 
ceux  qui  furent  exilez  après  luy  ,  ne  reçurent  cette  difgrace 
qu  à  l’inftance  de.  Caton  le  Cenfeur  ^  qui:  ne  croyoit  pas  qu  on 
fe  pût  fier  à  des  hommes  d’une  nation  qu’il  haïlFoit  morcelle¬ 
ment,  6c  dont  il  fe  défioit  peut-être  avec  raifon  ,  ces  pauvres 
eeiisdà  n  étans  gueres  contens  du  tmkement  qu^ils  recevoient 
de  leurs  patrons.  Mais  quand  on  auroit  chafFé  tous  les  Méde¬ 
cins  en  haine  même  de  là  Médecine ,  ce  qui  n’cft  pas  vray  /les 
Mathématiciens  ,  les  Orateurs  >  les  Avocats ,  les  Philôfophes 
n*ont-ils  pas  été  challéz  à  leur  tour  de  cette  Republique  tumul- , 
tueufe?  Q^i-qu  il  en  foit ,  ce  qu’il  y  eut  d’honnorable  6c d’avan-  - 
tageux  pour  la.  Médecine ,  c’efi:  que  Jules  Cefar,  Augufte  la 
plupart  de  leurs  fucceffeurs ,  rapcllerent  ces  Médecins  6c  les  ho¬ 
norèrent  de  grands  privilèges  ,  particulièrement  Augufte  ,  qui 
voyant  la  Ville  preiïee  d’une  grande  famine, en  chafla  tous  les 
Etrangers  ,  6cpluficurs  perfonnes  de  differentes  Profeflîons,  éx^ 
cepté  les  Médecins  qu’il  retint  ,  '6c  aufquels  il  accorda  le  droit 
debourgeoific  ,  ^^odramm,àït  Tacite, mfi  virtuti  futrnm. 
Cequon  ne  feut  emre,diz  encore  Cafaubon ,  été  pratiqué  d 
l'endroit  des  Efclaves- ,  d  moins  que  d'être  infenfé.  Aufîi  faut-il  que 
Pline  même  tombe  d’accord  que  le  peuple  Romain  ayant  chafTé 
les  Médecins  d’Italie  long-temps  ayant  le  temps d’ Augufte, cét 
Empereur  les  retint  avec  privilège.  C’eft  donc  d’un  autre  paf- 
fage  de  Pline  maiicieufemenc  interpraé  par  Agrippa  P Lanzius, 
Junius  ,  Montagne,  Robortel,  qu’on  a  confondu  les  Médecins 
avec  ces  femmes  6c  ces  ferfs  téméraires ,  6c  avec  ces -  Grecs  du 
temps  de  Caton  ,  dont  nous  avonsi  parlé  ci -devant.  Car  ces 
mots  expertamr  damnarunt ,  ne.  Veulent  pas  dire  qu’on  ait  con¬ 
damné  6c  bani  la  Medecine ,  mais  qu’on  la  défaprouva ,  non  rem 
fed  artem ,  dit  Pline ,  c’eft  à  dire  la  maniéré  hardie  de  trancher 
les  membres  pourris ,  qui  faifoit  horreur  aux  Romains  du  temps 
d’Archagate.  En  voila  plus-qu’il  n’en  faut  pour  fatisfaire  à  l’ob- 
jedion:  car  il  feroitaftez  difficile  de  fatisfaire  ceux  qui  en  font 
encore  de  plus  pitoyables  ,  6c  qu’on  pourroit  renvoyer  à  Cafau- 
bon,à  Talentonius  ôcàMeffieurs  Drelincour6c  Spon  ,  Scmême 
aux  nouvelles  de  la  République  des  Xettres  sMls  fçavoient  lire. 

O n  aj oûte  à  ces  objections ,  ç’eft  Dieu  qui  guérit ,  a  quoi  donc 
bon  d’avoir  recours  à  la  Medecine.  Voila  à  peu  prés  i’argumeiic 
des  Anabaptiftes,qui  vottlansjrendre  cette  Profeffion  méprifa- 

G  g  i j 


Sueton.  in  Angkfi. 


In  notii  adSueten, 


FrAfat.lib.  19.. 


î>ijfertap.  in  Sue¬ 
ton. 

Talenten.  in  The- 
fauro  ricenditor. 
Oratione  huhiiLug. 
dun  Batavor 
Mifcell.  Erudit, 
aatiq. 

Mois  de  Septembre 


^  Qâbtqnot  Me- 
dicina  deorum  ope 
vincit  eft  deorum 
mapus,&  remedio- 
rum  cfîicacia  ab  eis 
pendet.  Hi^ocrat.. 
iib.  de  ^legmtia. 


Xmfm.  libella  de 
fref»rat.  ad.  tnor- 
tem. 


Horrorem  operis 
frudtas  exculat. 


Ub..  de  Â.nmai 


*  Quafî  ver  ô  fît  fe- 
îicius  diftendi  cra- 
pûli ,  rumpi  venc- 
rc  V  ccrevifîa  tur- 
gcfccrc  ,  fepeliri 
ibmno. 


Scalig  ’Epdarj^J.  ji, 


;  .  Ejjm  de  Médecine, 

ble ,  fc  contcfitoient  de  dire  omnis  Medela  à-  Dto  ej{.  Car  qui 
doute,  que  Dieu  ne  gueriffe,  puifqu’il  eft  Auteur  de  tout  bien 
&  que  les  Payens  mêmes  en  tombent  ^ d’accord.  :*,Mais  il  fatij- 
comprendre  que  quoi-qu’il  guerifle ,  il  ne  le  fait  gueres  que  par 
l’entremife  des.caufes  fécondés  ,&  que  c’eft  le  tenter  &  s’abufer 
foy-même  que  d’en  attendre  autre  choie.  11  eft  bien  vray  que 
la  Gonhance  qii*on  a  aux  remedes  doit- être  bien  au  deffousde 
celle,  qu’on  doit;aYoir  en  celui  qui  les  a  créés  ,  &  quefe  floy 
^zechias  fît  enlever  ;du  Temple  de  jerufalem  ce  Livre  que  Sa^ 
lomony  avoitmis,parce  que  les  Juifs  le  confultoient  dansleurs 
maladies  au  mépris  de  Dieu  i  mais  il  ne  s’enfuit  pas  qu’on  doive 
méprifer  les  remedes.  Il  faut  premièrement  prier  Dieu  qu’iMes 
be.Gifïe;,  après  quof  on  ;  peut  >  &  on  doit  meme  s’en  feevir.  hardf 
,menr.  ■  : 

On  nous  vient  encore  alléguer ,  que  les  mediGamens  ufent  le 
èorpsj  mais  faut-il  appréhender  un  petit  mal  quand  on  en  erpere 
mn  bien  tel  qu’eft^lalahtèjoutre  que  ce  queie  peuple  appelé  uièr 
leeorps,n’cft  foüvenî.qiLhine  alteration  paffàgere  qui  fe  repare 
par  le  repos:  &  les  alimens  ,  quand  les  remèdes  ne  font  point 
trop  violens.  Car  s’il  fe  trouve  quelques  mauvaifes  qualitez  dans 
certains  remedes ,  ne  peut-on  pas  les  adoucir  &  corriger  ^  les 
mëlanL  avec  des  cordiaux des  alimens,,,  &  d’autres  éorrodifs  ? 
Ge>  nefont.pâs,  dit  admirabicmeht  T emilliên  j  les  remèdes  qui 
font  mal,  mais  la  main  d’un,  mal  habile  homme  qui  les  prépare 
mal  ,  &  qui  les  donne  mal  à  propoSi 

Mais  difent  les  voluptueux  ^  neft-ee  pas  toujours  vivre  mife- 
irablement  que  de  vivre  medieûmümmu^^quoy  fc  priver  éternel¬ 
lement  ideces  douceurs  5cde(  ces  plaiftcsque  la  nature  nous  pre^ 
fènteq  Belle  objeclion.,  répond-Erafrae  i  comme  £  la  félicité  de 
la.  vie  confiftoit  à  vivre  en  Sardanapale,  a  boirdêc  manger  en.co^ 
chon  ,  à  fe.  veautrer  dans  l’ordure  des  plus  fales  voluptéz  ?  &  a 
iè;  préparer  matière  de  gouttes ,  de  paràifies -,  de  fluxions ,  Sc  de 
cent  autres  inèommoditez.- 

fTitar  leo  edens  confulit^hiiud  Uhidmatur  ■> 

Cur  folus  homo  ut  difp,ereat:  iniuenit  àrtem  ? 

*  Sel  iïibs  SycôpKantas;  qiiîd  opus  .eft  refcUcrc  ,  cbm.  ipfî  petüîantiæ.Tuæ  làtis  ïiiâ- 
gnas  ■dent  ^#nas  aftji.  moV  podàgra  coHrorti,  paralepfî  $tnpidi',  'defîpiemcs ,  antètem- 
pws ,ç3ecutjeÉr«..Jyn3quLe  prias 'viruperatæ  , Mçdîcinæ  .çxemplo-  AtlîçriqoviiCe: am  canunt 
palyiiodïa«i‘inïfer4&  tâipçn  bis  liccc  irKtigniff.mis  ’artis  bonjtas  Don  gravarurefle  grae'; 

üdio  ^uàittnîaiiçct.  Erü/m.  in  Mftcomio-''Medici)tA. 


Premkrt  Partie.  Chap.  V.  2.5  7 

Bu  effet  efb-ce  pas.  là  luivre  à  la  lettre  l’Evangile  de  Luther 
un  des  plus  grands  ennemis  de  la  Medecine  t 
yim  fi  te  reflenjcris 

J^Otmite  fidtifK  ^Oteris»  ^  Maximil.  Sandius 

:Et  pod  fomnum  vmtriculum  TheoUi.  Meàtc.  l. 

r  ^  ,  t  ■  ■  n.  lit 

yiao  replebîS4temm  5  ^  . 

Nam  Alexandri  Régula 

Rr^fcribit  hac  Remedia.  ' 

Sentimens  dignes  d’^un  homme,  dont  un  des  plus  beaux  Apho- 
rifmes  ëtoit  y  ludite  ybibite ,  &  qui  eut  enfin  l’impudence 

de  répondre  àxeluy  qui  luy  demandoit  pourquoy  il  avoir  com¬ 
mencé  fon  Commentaire  furies  Evangiles  le  jour  de  fes  noces  j. 

Que  c’étoit  pour  imiter  Saint  Mathieu ,  qui  commença,  fon 
Evangile  par  CCS  mots  . 

Ce  n’eft  pas  là  tout  ;  car  félon  nos  Antagoniftes  ,  puifquc 
tant  de 'Peuples  &:  tant  de  Nations  fe  font  pafl'ez  de  Médecins,, 
pourquoy  ne  vous  en  pas  paffer  ?  lis  s’en  font  paffez  je  l’avoue, 
mais  ils  ne  fe  font  pàs  paffez  de  la  Medecine  ;_car  fi  ces  Peuples, 
de  l’Amerique  qui  n’ont  point  de  Médecins  fc  guerifient  de  là 
fièvre  en  avallant  un  petit  poilTon ,  qui  a  la  propriété  de  les  tireri 
d’affaire  par  une  grande  évacuation, cela  ne  conclud  rien  con¬ 
tre  les  Médecins  ,  puifque  ce  remede  opérant  com^ne  tous  les 
autres,  fui vaiÿ  la  nature  &  la  difpofition  des  fujets-,  il  feroit 
encore  plus  feur  s’il  étoit  employé  par  dès  gens  expérimentez, > 

&  qui  ont  la  raifon  pour  guide.  A  quoi  en  peut  ajouter  que 
ce  que  font  tous  les  peuples  les  plus  barbares  ,  n’efi:  qu’une 
tradition ,  quoi-que  dépravée ,  de  l’anGienne  Medecine  ,  qui  a 
paffé  de  main  en  main  comme  la  Religion  ,  mais  fort  altçrée 
jufqu’â  eux -/mi f^uam  Mtdüina  fion  efi.  Puis  donc  qu’il  y  aune 
Medecine ,  il  l’a  faut  chercher  3  c’eft  ce  qù’ônt  fait  autrefois , , 

&  ce  que  font  encore  à  preferrt  les  fages  &  judicieux  Médecins,  , 

ceux  qui  ont  de  l’honneur,  de  l’application  de  la  probité.  Car 

enfin  quoi-qu’on  veille  dire,  on  ne  peut  fe  paffer  des  miniftres 

de  la  nature  quand  elle  n’opere  que  foiblement ,  &  quand  iî  efl:  - 

queftion  d’un  grand  remede.  Qt^ant  aux  Turcs  &  à  quelque^; 

autres  Nations  qui  ne  s’adonnent  gueres  à  la  Médecine  ,  c’eft 

qu’ils  Ignorent  les  Langues,  la  Phiîofophie  &  toutes  les  belles 

difeiplines  ,  ne  s’appliquant  qu’a  l’Art  militaire  ,  82  à  détruire 

au  lieu  d’édifier.  Sur  quoy  il  n’eft  pas  mal  à  propos  déremarquer 

ici  que  ces  Nations  ne  lailfent  pas  d  eftimer  les  (çavans  Me^ 


i38  Effàs  de  Meiecke. 

decitts  ,  de  s’en  fcrvir  dans  le  befoin  Sc  de  les  diftingnef  dans 

les  occafionsj  témoin  ce  Xi-Hoam-ci> lequel  plus  de  deux  cens 

ans  avant  la  naiflance  de  Jefus-Chrift ,  ÔC  dans  uii  temps  où  la 
barbarie  regnoit  encore  dans  la  Chine  ,  ayant  fait  brûler  tous 
les  Livres ,  épargna  les  Loix  5c  la  Medecine. 

On  demande  encore  fi  les  Médecins  memes  tirent  de  grands 
fecours  de  la  Medecine  i  s’ils  ne  font  pas  aufîi  infirmes  que  les 
_  autres  hommes,  ôc s’ils  vivent  p^lnslong-ternps?  Il  eft  vray,di- 
fokà  cela  le  do  de  Gemma  Frifius  à  fes  Auditeurs  >  que  le  inon¬ 
de  efl:  plein  d’impertinens  qui  nous  jettent  continueüement  au 
nez  ,1e  Medice  -ctirnte-iffum ,  qui  n’a  été  dit  par  celui  qui  efl  la 
Medecine  même  que  dans  un  feus  figuré.  Mais  quoi-qu’il  en 
fbit ,  peut-on  inferer  de-là  que  les  Médecins  fbient  plus  infir¬ 
mes  que  les  autres  hommes,  ôc  qu’il  leur  foit  honteux  de  parta- 
Nunqull tare mcâ  -ger  les  infirmitez  dç.  la  nature  avec  eux  ?  En  effet,  quand  on 
caro  aenea  cft.  io<ï.  ygf foit  de  M-edecins  infirm'ês  qu’on  n’en  voit ,  cela 

cmpcchcroit- il  qu’il  ne  s’en  trouvât  de  fça vans  Sc  d’cxperimeiî- 
tez?  Au  contraire ,  dit  Platon ,  il  ferok  a  fouhaiter  pour  le  bien 
des  malades  ,  que  les  Médecins  euffent  eux-mêmes’ été  mala-' 
■îih^^.  ieRepuU.  jdcs ,  üs  auroicnt  de  la  teiidreffe  pour  les  malades  ,  ôc  connoî- 
troient  plus  parfakement  ce  qu’ils  aiiroient  expérimenté  fur 
■  Terentms  in  ^ux- mêmes ,  convalefctmiis  mgrotis  recta  conÿiia  damus.  Pi- 

thagore  ,  Demoerke  ,  Chrifippc  ,  Platon  ,  Caton  le  Cenfeur  , 
Antoniûs  Gaflor,  Saint  Çafilejl’illuflre  Pàilippes  Appiand’In- 
golftad ,  ôc  tant  d’autres ,  n’ont-ils  pas  prolongé  leursAies ,  par 
l’étude  ôc  la  connoifTanec  de  la  Medecine,  malg'ré  les  maladies 
qui  les  tourmentoient.  continuellement  ?  Mais  comment  vou- 
droit-on  que  les  Médecins  ne  fulTent  pas  valétudinaires ,  pâles, 
maigres  ,  ôC  tout  ce  qu’on  voudra  s'imaginer  ,  quand  iis  font 
leur  devoirs  i  Le  travail  d’efprit  ôc  de  corps ,  les  objets  lugu' 
bresjles  penfées  melancholiques  ,  l’air  corrompu  des  infirme¬ 
ries,  la  crainte  de  la  calomnie  ,  les  contradiâ:ions  jlc  méchant 
goût  du  peuple  ôc  même  celui  des  riches ,  Ôc  particulièrement  de 
ces  riches  qui  étoient  nezq)auvres,la  plupart  gens  infuportables, 
tout  cela  peut-il  rendre  un  Médecin  de  belle  humeur ,  bien  fain 
ÔC  bien  coloré  l  Après  tout ,  no  fe  trouve-t-il  pas  des  hommes 
de  toutes  Profeffidns  d’une  anflî  pauvre  figure  que  les  Médecins? 
fttrui  Kirfiemus  ^  ^  ^  gucrcs  quc  dcs  gcns  fcmblables  à  certain  Ambafla' 
de  ufu  é*  puifTent  fouffrir  la  maigreur  d’un  Médecin, 

Medicim,  &  qui  en  demandent  comme  faifoit  ce  barbare  un  bien  gras ,  ôC 
bien  rubicond. 


Premtère  Partit.  Cîiap. 

Hais  fî  nos  jours,  dit  encore  ia critique,  fontenmptc^  ,pour- 
quoy  fe  mettre  tant  en  peine  de  la  vie  ?  Jç  répons  première^- 
ment  à  cette  pitoyable  nonchalance ,  que  toutes^  les  maladies  ne 
font  pas  mortelles  ,  &  qu’en  ce  cas4à  ,  ne  s’agiffant  que  de  ren¬ 
dre  le  mal  plus  fupportable  &  plus  court ,  il  eft  toujours  de  la 
prudence  d’appeler  un  Médecin.  .  Quant  à  ces  jours,  que  l’om 
croit  comptez  à  la  lettre ,  il  faut  que  le  peuple  fçache  qu-ils  tTe., 
le  font  que  quant  a  la  prcfcience  de  Dieu  j  mais  que  cette  pré- 
fcience  ne  fait-  rien  à  |a  liberté  de  l^homme-,  à  la  vertu  des 
rcmcdes.  Cette  neccffité  meme  dont  ouparle  tant ,  n’eft  qu’unc-^^ 
neceffité  de  confequenee  ,  Dieu  conduifant  toujours  chaque  : 
ehofe  à  fes  fins ,  &  fuivant  l’exigence  naturelle  avec  laquelle  ïh 
ha  produite.  La  durée  de  là  vie ,  toute  contingente  qu  elle 
n*eft  donc  neccFaire  qu’à  Tégard  de  la  prévifîon  dêDieu.  Ainh 
cét  homme.en  qui  Dieu  avoit  mis  en  fa  première  conformation^ 
un  fond  d’humide  radicâl  &  de  chaleur  naturellè  ,  capable  de 
le  faire  vivre  quatre-vingts  ans-,  n’en  vivra  que  trente  ou qua- 
rente ,  parce  qu’il  abufera  en  plufîeurs  maniérés  de  la  bonté  de 
fon  temperammenr.  B’hamjnei  àh  Elie  éc  QrctCyéfi  eondamf^À^- 
la  mortdés  le  premier  momènt  de  fa  vie  tmak  le  ternes  de  cette  mort 
efl  quelqueifois  retardé  ,  far  les  règles  de  la  Mèdecihe ,  d’ou  il  faut 
conclure  avec  Saint  Jerome  ,  qu[H  ne  fam  -pas  méprifer  la  Mede-^'- 
cine ,  &  que-fur  ce  beau  principe  de  jours  comptez  ,11  n’y-auroit.t 
qu’à  lailTer  voguer  le  Vaifféàu  an  gré  des  vents,  fans  PiloteVi 
fans  bouflble-  ,  dormir ,  faire  bonne  ehere ,  &:  chanter  VôguedAi 
Galers.  Il  faut  donc  que  les  ignorans  fai féurs  d’objections 
apprennent  encore  quejputes  les  infirmitez  font  difpal éea  par  lâ.i 
providence  divtne  comme  toutes  les  autres  chofes  crées  3  maisi 
avec  cette  dilFerence  3  que  quelques-unes  deces  infirmitez,  font’ 
envoyées -comme  im  châtiment  ,  2  d’am-res  pour  réndreles  amisi* 
de  Dieu  plus  iÜüftrcs ,  &  pour  confondre  le  Démon  5  d’autres  b  feb.,x.  xehu  4: 
pour  accroître  le  mérité  des  Saints  ,  gUriabor  in  infrmitatihm 
fneis  3  les  autres -enfin  pour  convertir  quelques  pécheurs  ,  les 
abandonnant  aux  paffions  &aux  débauches  qui  les  font  malades^  ‘ 

Quelques-uns  dè  ces-  aecidens  à  là  vérité  n’ônr pas  befoin  de 
Médecins  i  parce  qu’étant  envoyés  commeles- exécuteurs  de  ia^ 

Volonté  de  Dîeuj  ils  ne  font  nullement  curables  5  maisquand  ces  J 
maladies  viennent  par  les  caufes  ordinaires  ,&  qu’elles  paroif- 
fent  eqrables,  le  malade-&  le  Médecin  ne  peuvent  faillir  3  l’un  ? 
fc  foume-itant^  ux  -remedes,  l’autre  fuiyant  les  préceptes  .de.:: 


""  2-io  Meâtcmei 

l’Arc ,  mêmes  dans  les  maladies  délefperées  ^  où  le  malade  peut- 
êcre  confolé  par  la  prefence  d’un  Médecin ,  Ôc  mememeiît  tou- 
lagé  par  fes  petits  loi  ns  y  dum  Jpirap  /perat,  C’eft  le  fentimènt 
non  feulement  des_  Ghréciens  ,  mais  même  dps  fages  Çayens^-. 
*'  Fato  vivimusi  car  à  la  fatalité  prës,  que  Qui  ntl  lien  *  v  fait  ençrer  s  neà-ii  pas 
mu°Medicinaquid  Véritable  quc  la  Médecine  empeene- iouvcnC;que  le  paiivr^tma^s 
praeftasnifiut  jux-  lade  tic  fe  défefpeje?  En  effet,  nepeuc-on  pasi  pour ainfi  dire, 
tajc  ncmodcfpe-  ^^jiic^ner  quelquesfois  la  vie-,:6c^n’ei|:4lpas  à  propos  de  le  faire. 

pour  la  confolation.,  &  pour-  l’intereft;  de-  la^^  fa;mill^,&  des  amisi 
G éft  ai n  Ci  que  D  émocr i  ce  fe  voyan c^mpUFi^  %  Çq  laifïanealjer  doi>- 
^  cernent  au  torrent  qui  remmenoit  fi  naturellement ,  ^voyant  d’au¬ 
tre  part  fa  foeur  au  defefpoir ,  en  un-temps  où  il  n  écoit  pas  bien 
fèant  de  mêler  le;  lugubre  ,  avec  là  joyc  deS;  fêtes  de  Gérés- , 
lny.dit;  A;yez  bon  Gci«^e.ma  foeur ,  Je  f^y  le  moyen  de  vous 
contenterjje  ne  monray  'pà^s  avant  la  fin  de  la  fete.  Dit  &  fait 
Dhge».  in  car  avec.  un  peu  de  pain  chaud  ,  &  d’excellent  miel, qu’on  luy 
emeentp.  ^  quclques  temps  fous  Iç;  nez  ,  &  proche-  de  la^bouphe ,  il  fe 

maintint  eui  vie  par  les  vapeurs,  qui  en  exliajoient,  après  quoy 
ihcedaiàatOtrepi-qdbl^porra  faute  Aeepntinuër  ce  remede, 
■ViokyeUGotevdeuRoutrQisqbjediQnS  j  qui-^femblent  de  quel¬ 
que  poids  jôCta.ùfquelks  je  m^recra^  ne  pas  m’arrêcet 

âtànc  d’autres  qui  font  populaires  &  puériles.  , 

La  Medecinen’a  riend’affuré,  il  y  a  bien  dela  conjedure  &da 
Problématique ,  témoin  les  differens  fuccés  d’un  même  remède  j 
'  les  differentes  conftitutions  des  corps ,  6c  niêmes  les  differentes 

Ad  Tritfihui.  é*  1.  opinions  dés  Médecins  fur  un  même  malj.chofes  dont  Galren,tout 
de  compof.  Medic.  philofophe  &  tout  Medecîn  qùîl  cft ,  HC  difconvient  pas.  Je  ré-. 
fecund.  pons  premièrement  à  cela ,  qu’on  pourroit  oppofer  Galien ,  bien 

centra  rcig  .  ^  Galieii_.mal  interprété ,  6c  que  ç’eft  affez  pour  con- 

•  •  eft  couve-  tenter  Ics  gens  de  bon  jens  de  dire  que  ce  même  Galien  nous 
fs*' fdrma.  &  apprend  quc  fl  la.:  Medeeine'n’cfl  pas  une.  Science ,  parce  que 
nunquamàtationt^^jQj  rigüeur  de  l’Ecolc ,  la  Science  ne  fe  trouve  pas.  dans 
naturelles  ,  au  moins  eff-elle  un  Art  fciéntifiquc. 
lofophospr'çfercim  yH:.eJi,idiJîfHe  qtfe  l' homme  ne  fe  trompe  quelqûesfois  i  fit 

igmmnçe  fomMe  des  cho fes  qui  ,  font  au  dtffis_  de  fin  efpr/t  y  fif. 
Eivcnics  .mukofa-  gft  figeant  de.trasterStfait  en  écrinjant  trop  négligemment  ?  parce  qu  d 
UC  minus  m  remc-  Dicu  qui  ne  fe  trompe  points  C’hom^ne  au  contraire ^  fe  trotn-r 

ytihoe%?^àiâtn.ac  pantjouventluy^meme  yapres  avoir  trompe  les  autres.  Quant  aux- 
adhomincsjaidcm  contradictions  qu’on  croit  voir  dans  les  Auteurs  ,  loin  d’être 

toujours.  Véritables ,  elles  ne  font  fouvent  qu’apparentes  >  êç, 

dans 


.■ 

Premiers  Partk.  Cliâp,  V,  2, 

dans  rerprit  des  ignorans.  A  a  refte,  s’il  y  a  de  la  variation  quanc 
à  l’effet  des  remedes  ,  quant  au  temperamment  des  malades  >  & 
à  la  conduite  des  Médecins,  cela  n’empêche  pas  que  la/Mede- 
cine  n’ak  des  principes  generaux,  &  la  raifon  &  l’expcriencc 
pour  baze.  Si  donc  avec  tout  cela  les  chofes  ne  vont  pas  com- 
.me  on  le  fouhaite ,  il  n’en  faut  imputer  le  malheur  qu’aux  cau- 
fes  externes,  à  l’ignorance  du  Médecin  en  particulier,  Ôc  non  pas 
-à  l’Art.  L! erreur-,  dit  Platon ,  ne  fe  muvmt  ou  V Art  fe  ren^  , 

-contre y,  parce  que  L'Art  ne  pem  '^'amnn  itre  erreur.  Ce  qui  fe  doit,  à. 
mon  fendment, entendre  de  ces  Arts  honnêtes ,  au  nombre  def- 
quels  Cicéron  met  la  Mcdecinei  de  ces  Arts  où  il  ne  faut  pas 
moins  de  prudence  dans  l’execution  ,  qu’il  fq  trouve  de  diffi¬ 
culté  pour  parveniràlâ  fin,  &de  ceux  dont  Lucien  fait  la  Mé¬ 
decine  le  premier  &  le  plus  honorable.  Mais  je  demande  à  ceux 
qui  nous  font  cette  objedion,  s’ils  trouvent  quelque  chofe  de  " 
plus  affuré,  même  dans  les  Sciences ,  que  dans  la  Médecine 
qui  n’eft  qu’un  Art.  La  jurifpmdence  a-t-elle  d’autres  rai- 
fons  que  la  loy  qui  cliange  comme  il  plaît  au  iPrince  ,  &  qui 
s’i nterprete  commé  il  plaît  aux  Commentateurs ,  ou  Expofiteurs 
&  auxMagifi:rats>  La  Philofophie  eff-elle  bien  plus  feurc  dans 
fes  dogmes.  &  dans  fes  maximes ,  témoin  tant  de  Sectes  diffe¬ 
rentes  qui  ont  été;chacune  en  fon  temps  à  la  mode ,  &  particuliè¬ 
rement  celles  qui  font  tant  de  bruit  aujourd’huy ,  en  s’entre- 
heurtant  &  qui  font  qu’on  ne  fçàit  plus  à  quoy  s’en  tenir  ?  Ne 
difpute-t-on  jamais  fur  les  dogmes  des  Mathématiques  malgré 
leur  évidence  &  feurcté  prétendue  ?  La  Théologie  même,  hors 
les  veritez  revelées  qu’on  ne  révoqué  point  en  doute  ,  &  qui  ne 
dépendent  point  du  raifonnerpent ,  qu’a-t-clle  qui  n’ait  été  at¬ 
taqué  ,  &  qui  ne  le  foit  tous  les  jours  >  On  difpute  de  part  & 
ù  autre ,  on  tient  êc  foutient  le  pour  &  le  contre ,  &  on  fe  fépare 
ayant  bien  criaillé ,  fans  rien  conclure ,  laiflànt  par  honneur  le 
foutenant  maître  en  fa  maifon.  Si  la  Medecine  n  a  donc  rien 
d’affuré ,  fi  elle  ne  guérit  pas  toutes  les  maladies ,  e’eft  qu’elles 
ne  font  pas  toutes  curables  ;  c’eft  qu’on  ne  peut  prévoir  tous 
les  incidens ,  c’eft  que  le  malade  celle  une  partie  des  caufes  de 
fon  mai  par  ignorance  ,  honte ,  oubli  ,  ou  qu  il  n’obéït  pas  aux 
ordres  du  Médecin.  Ce  n’eft  pas  tout  de  dire  &  même  de 
croire  ,  il  faut  faire  &  pratiquer  ce  qu’on  entend  &,ce  qu’on 
croie,  autrement  tout  cela  eft  inutile  i  c’eft  pour  cela  qu’un 


4.  cnf  6, 

t  âbdiciit. 


EJJdh  de  Aiedecinei, 

Lcgat  du  peuple  Romain  étant  interrogé  ,  ce  qu*il  penfoit  dc' 
certaines  difpuccs  qu’il  avoit  enteuduës  en  une  Ville  d’Afie, 
où  il  avoir  été  invité  à  des  Thefes  de  Morale  >  .répondit  que 
tout  cela  étoit  bean  ,  mai  s  . qu’il  n’en  faifpit  aucune  eftime  , 
n’ étant  jamais  mis  en  pratique ,  ny  par,  ceux  qui  en  dirputoient, 
ny  par  ceux  qui  en  entendoient  difputer.  En  effet  ,  .de  quoy. 
fert  la  loy  ü  elle  n’eff  obfervée  j  mai  s  , quand  tous  ces  obftaçles 
ne  fe  trouveroient  point. dans  le  chemin  des  Médecins-^  je  de-, 
mande  de  bonnes  foy,  files  Rethoriciens  font  oblige:^  de  per-, 

"  fuader  les  braves  de  vaincre  >  lès  fages  de  parer  atout  j  l’ëfprb: 

humain  ,n’eft-iL  pas  bnrné  ,  peut-il  être  toujours  en  même  fitua- 
tion ,  fes  operations  ne  dépendent- elles  pas  quelquesfois  des  dif- 
îtiamfi  perpctmm  pofitions  du  corps  ,  de  celles  des  caufes  externes  ?  ;Le  bon, 
eÆ  quod  fi^ri  aebçc,  Hpmere ,  coqame  on  dit ,  ne  femble-t-il  pas  quelquesfois  réver  ? 

Voùdroit-on  que  EArtifan  fût  toujours  aùfli-exacT:  que  le  font, 
qui  convcnit.  Ce/- les  réglés  de  T  Art?  y  La  nature  même  ne  fait-elle  pas  quelques-,. 

fois  des  Monffres  ,  &  fi  Edn  tombe  d’accord  avec  les  Doffes , 
qff  il  y  a  bien  a  conjeffurer  dans  rexerçice  ^'de  la  Medeeine  , 
G^amïtiaHcus  ,.ab-  pourquoyr-.les  ignorans  ,eu  demandcnt41s  pluS;qu’èile,ne  peut  ? 

la  grâce  à  un  Livre  dçje  croire  bon  ,  parce,qu’4fy  a 
noravit  remédia  /quelque  chofede  bonaveçdu  mauvais  5  &  on  ne  fera  pas  rhpn- 
an noît conjerooen-  neurà  la  Medecine  dc  la  croire  bonn.e  ,  parce  quelle  ne  par-. 
ms  Harceiiin..  viciit  pas  toujpur5  a  .la  np  ?  En  yerite  je  trouye  le  iiecle  admi-  - 
p/;*fo^  é^4«^<»^»^«^-  rable  de  demander  l’infaillibilité  en  un  Art  plein  de  conjèdu-, 
^Siun  hæc  ar?  ^cs  ,  aprés  avoir  -  fi  folemnellement  dégradé  une  infaillibilité 
cenjcaoraiis ,  ne-  qu’ü  avoit  fl  long-temps  raverée  ^  foutenug  j  &  encomparailoii  : 

queeircfpop^e^, 

non  folum  conje,-  -  i  /->•  '  •>  '  r  i  . 

ctaræ,  fcinececia Encore  une  Objection  v,que  j  ay  .reierveé.pôur  jladin  parce 
expericHïiæ.Cf//»./,, qff  eÜc  femble  fort  Gonfiderable  à-celuy  qui  la  fait, &  qu’il eft  lui- , 
Phirima-in  M^ici-  mêmeun  hqmme  fort  confiderable.  Il  n’yu  rien ,  dit  Bacon,  dé  fi  : 
niiterata  à  Scrip-  .fterilc  que  les  preçeptes  &  les  inventions  de  là  Medecinc  s  tous^ 
dSbofinâcuP  ^^^  Auteurs  n’  écrivent  que -des  redites  ,  ils  ne  font  que  fe  copier 
tu  non  in  progref-  Iqs  uns  les  autrcs  >  ils  tqurnoyent  continuellement  fans  avancer. 
de  Jtui-^  Cela  eft  bien  .dit  en  Latin,  mais-  cela  n’eft  pas-fi  vray  que.  ce 
g^nd  Perfonnage  fe.  le  figure.^  Car  ûf  fùppafe  premièrement  : 

il  ^edid -curanî  animal  humi  natum  ut  conlî  fum- .fdcntîæ  srentali ,  fed  inarteftt^^'' 
picabili  pofitum  ,  &  conjedurarum  æftiraatjonibus  nutans. 

Hipocratis-  difcipulos  Ht  mihi  confulant  confuïo,  incerta  lemper  ab  eis  orâcaîa  repop" 
tans^^qüi  in  _Tafcj?iuco  «qloris  &  fubftantiç  peccatadircerni^a:.  St$^han.  Tornaeefijt: 


eu  Oîi  ne  fait  point  d'obiervations  de  cc  qui  arrive  dans  la  Mé¬ 
decine  pratique,  i.  Qu’on  ne  peut' trouver  de  remede  afluré  à 
la  douleur.  3 .  QoMl  n’y  a  point  de  remede  particulier  à  cha¬ 
que  maladie.  4.  Et  qu’enfîn  l’Arc  n’a  pu  aller  jufqu’à  compo¬ 
ser  des  Thermes  cubains  chaudsV  propres  à  la  fanté-,  qui  imi¬ 
tent  ceux  que  la  nature  nous  donne.  Mais  premièrement  qui 
ne  fçaic  qu’il  y  avoir  dés  le  tems  même  de  Bacon  plnfieurs  li¬ 
vres  d’obfervations  touchant  les,  maladies ,  dont  le  nombre  s’ ell: 
bien  augmenté  depuis  cc  tems-là  ?  ^ue  s^il  y  a  tant  de  Méde¬ 
cins  qui  ayent  copié  lés  Anciens,  il- y  en  a  beaucoup  qui  né 
l’ont  fait  que  pour  leur  donner  quelque  jour  ,  par  le  dénouë- 
ment  de  quelque  difficiilté  pour  confirmer  ce  qu’ils  ont  écrit, 
&  pour  l’accommoder  au  tems ^  aux  lieux ,  par  des  raifonne- 
mens  Ôc  des  expericnees  particulières.  Quant  à  la  fécondé  par¬ 
tie  de  Ton  objedion  ,-  qui  nè  fçait  que  la  faignéC  eft  prefqgé 
toujours  un  rémede  affiiré  contre  ia  douleur  ,  ôc  qu’il  y  a  ,  ou¬ 
tre  ce  remede  general ,  des  Jimdms ,  des  T^regm^ues  t  é"  des 
Sommferes  dans  la  matière  medecinale,qui  font  fort  fou  vent  l’elFet 
qu‘il  demande^  Pour  la  troifiéme  ,  fi  nous  n’avons  pas  beaucoup 
de  fpecifiques  afiiirez ,  c’efl:  ou  parce  que  la  nature  n’a  pas  d.ai- 
gné  nous  faire  ^ces  riches  prefens  pour  des  raïfons  qui  nous 
fout  cachées ,  ou  -^  elle  en  a  qui  ne  fonrpas  encore  venus  à 
nôtre  connoiflance ,  c’efl:  qu’elle  cache  ces  rèmedes  à  nos  re¬ 
cherches  j  de  crainte  que  nous  n’abüfions  d’une  trop  grande 
fanté ,  &  que  nous  y  ayons  trop  de  confiance.  Quoi  qu’il  en  foit, 
au  moins  ne  peut-on  point  nier  qu’il  n’y  ait  d’excellens  anti¬ 
dotes  fimples  &  compofez  ,  contre  les  venins  &  contre  la  ra¬ 
ges  des  extraits  contre  les  affections  comateufes  5  des  fébrifu¬ 
ges  outre  celuy  donc  leTérou  nous  a  enrichis  contreles  fièvres 
intermittentes,  &  que  nous  avons  méprifé  depuis  qu’il  n’a  plus 
cté  un  fecret  à  cher  prix.  Ainfi  ces  rèthèdes  dont  la  pluf- 
parc  n’avoient  pas  encore  paru  du  tems  de  Bacon ,  étant  aujour^ 
d’huy  connus  &  publics  ,  ceux  qtii  fe  fervent  de  fon  objeélion  , 
&  qui  fc  veulent  faire  blancs  de  cette  épée  ,  ne  doivent  être 
regardez  que  comme  des  gens  qui  jouënt  dt  l’efpadon  contre 
la  Medecine.  Pour  les  Thermes  ,  il  efl:  feur  qu’ils  ne  font  pas 
de  necefficé  nabfoluë  dans  la  pratique  de  la  Medecine  ,  quoy 
qu après  tout  il  ny  ait  guercs  de  Royaumes  ,  où  la  nature 
^  ait  fait  naître  des  eaux  chaudes  pour  le  befoin  des  malades, 
î-aiflbns  donc  la  tous  ces  déclamatcurs  paflîonnez  -,  ces  fai~ 

Hh  ij 


5,44  Effets  de  Medecïne, 

feurs  d*obj estions'}  &  particulièrement  ces  petits  efprics  j  qui  cHaw 
grins  de  ne  rien  comprendre  à  la  Medecine  ,  ou  de  n’en  pas 
recevoir  tous  les-fccours  qu’ils  en  défirent  injùftement ,  s’effor- 
cent  de  la  déchirer  dans  leurs  difirours ,  femblables  à  peu  prés 
à  ces/ ambitieux  dont  parle  Montagne,  qui  dcîefperans  depa^ 
venir  aux  grandeurs  après  lerquclles  ils  ont  fi  long-tems  foûpi- 
^ré  >  difent  en  eux-mémes  Puif que  mus  n'y  pouvons  averndre^ 
^vmgeons-nous  a  en  médire  j  gens^au  refte  ordinairement  fi  lâches 
&  fi  mous  dans  leurs  maladies ,  qu’aprés  avoir  bien  pefté  contre 
la  Medecine  ,  pendant  qu’ils  n’en  avôient  point  afFaire  ,  font 
mille  promefies  chimériques  aux  Médecins  dans  le  befoinjeur 
rendant  des  honneurs  &  des  obeïfifances  qui  les  rendent  ridicules 
,  &  confus  ,.(juand  ils  font  revenus  en  {ànté  &  à  leur  bon  fens  ^  d’a¬ 
voir  chanté  la  palinodie ,  &  d’avoir  tant  fait  de  düFerens  Per- 
fonnages.  Concluons  donc  enfin  avec  l’Orateur  Romain  , 
Medlcina-proinco-  Medecine  Comme  toutes  les  Sciences  ^  tous  les  Arts  a  fe s  ufagesj 
lamûare  rctineudâ  ^ui  ne~  peuvent  -être  pervertis,  que  pur  la- faute,  des  Minijlres  ou  des 
externes,.  Et  avec  d’àutres; grands  Perfonn âges  Jî'  la 
philo fùphie  eft  une  Science  fort  élevée-y-eUe  ne  fert^qu  a  peu  de  per- 
utilis  prætcrca  &  qf^g  (i  l^ éloquence  eÈ  admirabie  ,-  elle  ne  fait  ' pas  moins  de 

jwm  vitæ ,  ut,  cum  mal  en  de  certaines  occajwns . ,  que  de  bien  en  d  autres  î  or  qu  enp» 
cietcrarum  quidem .  Medecine  feule  €Ê  une  fcience,  dont,  tous  les  -  hommes  ont  b e foin. , 

artium  ftcdia  aliis  ’’  ^  - 

-  ■  præcjpuc  profint , 

Medicina  ipTa  &--r— — ^  - - - ««w» 

aliis  &,  Medico  ipfî  - 

ufui  fit.  'Lihftmus-  C  H,  A  P  I  T  R  E  V  r»  , 

iKd.Attkum* 

De  la  Médecine  des  V'ajens  0^  de,  celle,  des  Chrétiens,. 

Pre’s  avoir- traité  de  Texifténee  dè  là  Medècinei  de  fôn 

/.X^origine,  Re  fa  définition ,  de  fa  fin  ,  de  fon  excellence ,  de 
fes  honneurs,:  &  de  fes  ennemis  ,  il  femble  qu’il  fau droit  en¬ 
core  dire  quelque  chofe  des  Seâ;es ,  des^  parties,  &  de  la  pra¬ 
tique  de  cet  Art.,  Mais  comme  on  .  a  pû  apprendre  EhiRoire  de 
la  Medecine  ,  par  celle  que  j’ay.  donnée;  cy^devant 
celle  dé  fes/Seétateurs-,  &.que’ce  n’eft.  pas  mon  defiein  de 
donneitdcs  préceptes  ny  dé  la'  théorie,. ny  de. la  pratique,  j’d- 
niets  ces  maderes.uh  peu  trop  feiches  pour  les  Leéleurs ,  S&pl^^ 
propres  pour  l’école  que  pour  mon  defiein  ,  remettant  à  Ja<  troi- 
Ûéme partie -de  :cet  Ouvrage  ;i  - à.  marquer  les  précautions  qu’on 


PremtiT^  Tdrtie,  Chajr.  VI* 

doit  prcûdre  touchant  i’ufage  des  remedes.  Je  pafledonc  à  la 
différence  qui  fe  trouve  entre  la  Médecine  Chrétienne  6c  la. 
Payenne  :  enfuite  de  quoy  j’ajoûteray-  quelque  chofe  de  la 
Médecine  Chrétienne  Catholique  en  particulier  ,  6c  finiray 
cette  première  partie  de  mon  Ouvrage  par  un  Chapitre,  dta 
Pecret  qui  eft  l’anie  de  la  Medecine. 

Tous  les  Medpeins  Egyptiens ,  Juifs ,  Gentils ,  MaHometans 
6c  Chrétiens  ,  ont  eu  une  même,  fin  dans  la  pratique,  qui  efi: 
la  fanté..  lls.felônr  prefque  tous  fervis  des  mêmes  indications,^ 
6c  des^  irrêmes  moyens  pour  parvenir  à  cette  fin  :  car  quoy 
qu’on  puiffe  dire  des  Méthodiques  ,  des  Empiriques  ,  6c  des  au¬ 
tres  Sectes,  ils  avoient comme  les  Dogmatiques  iafanté  pour' 
but ,  6c  quant  à  leurs  remedes  ils  ne  diteroient  les  uns  dés  autres 
que  de  quelques  degrez  dé  vertu.  Il  ne  s’eft  même  trouvé  aucu¬ 
ne  différence  entre  les  dogmes  de  l’ancienne  ,6c  de  la  nouvelle 
Medecine,  que  celle  que  la  Philofôpbie,  l’experience  reïterée 
endiverfes  maniérés,  ôc  quelques  découvertes- ont  ajouté  à  Ix 
nouvelle.-  Mais  ce  que  l’ancienne  a-eu  de  particulier,  6c  ce  qui 
la  mit  en  une  tres-grandé  confideration ,  eft  qu’elle  n’étoitc 
exercée  que  par  les  Princes  6c  par  les  Minières  de  la  Religion, 
particulièrement,  chez  les  Egyptiens.  6c  les  Perfes.  C’eft  pour 
cela  qu’elle  s’âccommodoit  ordinairement  aux  maximesde  la 
Religion  6c  de  la  Police.  Ainll.  la  Medecine  Juifve  6c  la  Chré¬ 
tienne,  qui  ont  eu. raifon  de  fuiyre  quelqqes-unes  des  maximes? 
de,la,  Police  6c  de  la  Religion  ayant  penfé,  tour  autrement:  de  : 
Dieu  6c  de  l’ame  raifonnable  que  la  Medecine  Payenne  ,  là- 
quelle  corrompit  ce  que  les  Egyptiens,  avoient  déjà  altéré  desi 
traditions^  des  Ifraëlitcs  j  la  Medecine  ,  dis-je  ,  .Juifve  6c  lai 
Payenne  ont  eu  bien  plus  de  confideration  pour  le  corps  hu— 
ir»ain  ,  que  n’én  a  eu  la^  Medecine  Payenne;  >  Payant  regardeL; 
Gomme  le  domicile  d’une  ame  immortelle  ,  6c  lé  llempie  ' du 
Dieu  vivant  :  d’oii  elles  ont  tirécctte  conclufion,  qu’il  ne iàut  pas  . 
abufer-des  remedes,  que  Dieu  n’a  faitsquepaur  laconfervatioa  . 
de  la  fanté  prefente,  6c  le: recouvrement  dé  celle  qu’ôn  a  perdue,:, 
de  crainte,  que  les  employant  temerairement  ,  6c  mal  à  propos,  ils  i 
ne  délogeaffént  l’àme  defon  domicile:  avantlè  temps  preferirpr- 
r  en  Gonfequence  dé  cette  creance  que^ 

mMedecineChrétienne  marche  avec  bien  plus  dé  circonfpedibns 
aansdej:raitement.des.maladies,  6c  .en  tout  ce  qui  reearde  la  vie  de: 

Ui  iii; 


EJJais  de  Med^âne 


Mcdicus  noncon-  quc  k  Medecine  Payenne,  &  même  que  la  TuiFvs 

Biciem  vcr^unta-  modcme  j  ^cclle^cy  ne  taiianc  pas  grande  diffieulce  de  fe  fervir 

nimarum-:  meiius 
eft  enim  fempcr 
ægrotarc,  quàm 
cura  Dci  contamc- 
lia  fanus  effe. 

f.  Baptifia  Man- 
tua». 

a  Michaël  Bodevi- 
nus  in  ventilabro 
a  Medico  Theolog. 

Baulus  Zachias  l. 

S.Titul.i.^.7- 
qu&fi.  Medic.Thee- 


des  remedcs  violens  &  des  poifons  pour  faire  mourir  les  Chré¬ 
tiens.  Car  non  feulement  la  Médecine -Chrétienne  ne  permet 
pasPufagedcsmedicamens  qui  font  contraires  à  kloy  de  Dieu,* 
mais  elle  ne  permet  pas  meme  rufagc  des  rcmedes  douteux 
qu’à  l’extrcmite  ,  encore  veut-elle  bien  de  la  prudence  &  de 
la  difcretion  dans  l’exhibition. 

C’eft  pourquoy-les  Loixde  PEglifea^ défendent  encore  plus 
précifément  que  les  Loix  civiles  ,  comme~  nous  Pavods  cy^ 
devant  remarqué  ,  la  Pratique  de  la  Médecine  à  ces  terne- 
Ug.i.B.  crodron-  raires  ,  quille  connoiflent  point -d’autres  retnedes  que  les  vic- 
dechrifit^edendi  ^^ns  ,  ôc  qui  n’ont  aucun  caracbere  pour  Pexereer ordonnant 
ration.  ALfner.  poficivemcnt  qu’on  les  puniiTc  5  parée  qu’outre  qii’ ils  font  igno- 


IriîzchiusMedicus  '■ 
feccans  Concluf.  i. 


S,  ils  mentent  efteclivement  le difànt  D odeurs  :  iMtntïtur fe 
:  Do^orem  jroftendo  i  temmr  fôena  fdfiXzï  c^o^ 

Biin.i.  t:  cap.  éj.  rant  pLiifle  guérir  quelquefois  par  hazard  ,  ^  qu’il  n’arrive  pss 
mfi.natarai.  toujours  du  mal  dcXa  Conduite  ;9  ü  n’en  eft  pas  moins  coupable 
*  Venenutn  cicüîa  £,felon  les  ©odeurs.  .  ' 

‘  .(C^eft  encôfe^f^  principe  de  Pimmonalité  de  l’àme  ,  que 
monem  expetcôDt-  ia''Médecine  Chrétienne  ne  croit  nuiiement,’  que  k  nature  ait 
bus.  ^sioi^Coo  fe-  i^aître  Ics  ’i^eniiis  pour  être  un  pronipt  fecours  à  ceux  qiii 
?cra  ei^aa'  font  las  de  vivre  :  car  combien  de  faux  fages  fe  font-ils  eiix- 
■mêmes  dépêchez  fur  ce  principe  par  des  voy es  violentes  &  in- 
.famés-?  Encore  s’ils  cui^nt  tous  fait  comme  Pompon.  Atticiis 
atis  énec  -iqui  tciita  premièrement  la  voye  de  ia  Medecine ,  pour  fe  tirer 
mcvitabiii  ^’aftairc ,  ôc  qui  ne  fe  fit  mourir  que  quand  il  fut  afinrê-quefon 
mal  etoit  incurable  .,  ils  n  auroîent  pas  dérogé  a  la  ©oy  de  ria* 
fu^ore  corn-  toa  ,  qul  lc 'permet  en  des  cas  approchans  de  celuy  d’Atticus, 
"&animi  foSido^  ^  oon  pas  à  CCS  fous  qui  le  fai  {Oient  par  vanké  i  &  à  ces  im/ 
lofi  imbeciiiicatc ,  paticns  ,  qui  pour  éviter  rardeür  de  la  fièvre  fe ’faifoientbrûier 
Sirarlri/ïïr  '^dt  vîfs.  *  Car  quelle  lâchctê  aUx  uns  &  aux  autres  de  for- 
deieg.  *  tir  dê' fon  pofte  fans  Fordre  du  Commandant  ,  &  quelle  in fo- 

*  Turpeapud  lence  d’attenter  ftir  les  droits  de  celuy  qui  a  feul  droit  for  nô- 
icri.  Siqaisaïuem  tre  amo  ëc  lur  notrc  corps  ?  Sur  qüoy  il  eft  bon  de  remarquer 
yereturfeiprum  per  avcc  k  Lov  qui  a  établi  des  peines  pôLirles  rifMti/^iL,  que  celui 
pyfa^o'Smaî  fï  q«i  ^ft  afféz  fou  pour  fe  faire  viotènee ,  l’eft  . apparemment  Æz 
per  campci-unaus  pour  là  faire  aux  autres.  Nôtre  Médecine  défend  donc  Fufaje 
tamoSfiotot  ‘ie  TOUt  ce  qui  nous  peut  ôteria  vie,  &  particulièrement -les 

StrahoGeogr..  Lig. 


banc. 

*  Qui  le  vitâ  pri- 
vaverif,  ncc 
cio  civitatis 
trifti  & 
fortunæ  cafu  coae- 
tus.  neque  extremo 


,  CHap^  VÎ.  247- 

venins  ,  employez  fur  foy-même  &  fur  le  prochain  j  foitparin-  l.  e^uirei  sk  /ttt^ 
terêc ,  vengeance  j  defefpoir,  &  même  fous  prétexte  de  jufticej 
îafques-là  queles  Loix  de  certains  païs condamnent  les  emppi- 
fbnneurs  nez  Nobles  au  fupplice  des  roturiers.  ;Et  c’eli,  en  cela 
que  la  Medecine  Chrétienne  différé  encore  de  la  Medecine  ^ 

Jaifv«  qui  empoifonnc  les  Chrétiens  même  contre  le  Précepte 
du  Décalogue  contre  la  Loy  de  là  Synagogue  *  ancienne,  iethak  aat  inalios 
Car  pour  la  Payenne ,  ?  fes  Sectateurs  ont  fait  gloire  de  s’emppU 
Tonner  eux-mêmes  ,  &:  l’ont  imputé  à:da,v force  d’efprit ,  peut-  bcrc/^od  fi quis 
être  fondez  fur  la  tolérance  ;6c  l*impunixe: ,  le  Droit: 

ne  rayant  en  effet  jamais .  défendu,  fi  précifémenc  que  le  D roic  lullk. 

Canon.  ,  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  de  louer  la  Médecine  /•  4  s. 

Fiiyenne  de  ce  qu  elle  n’a  pas.  voulu  eœ.poifonner  fes  ennemis, 

l’Hiftoire  ayaiit  détefté  la  cruauté  .d’Âquilius*  qui  empoifonna  tyrçs.  Himnyn^. 

les. fontaines  des  Villes  qu’il  affiegoit ,  pour  les  obliger  à  feren- 

dre.  cùm  contmfas  Deum  morcjquemoilorum  meU^  ihrus  ky.  e.%9. 

hUfS  im^urii,  in  iâ  tejnpm  fMro^fanBa  jtrma,  Romana  'violaffet.  . 

Nôtre  Médecine  ne  s’émancipe  ,  pas. aufîi  facilement  qu’a V 
fait  la  Payenrie  en  des  expériences  faites;  fur  les  criminels ,  fok  ^ 

par  le  moyen  des;  végétaux  ^  des:  animaux , -.des.  minéraux  & 

'des  exhalaifons  empoifônnées  des  terres  ;  :ou  par  lés  operations  . 
de  la  Chirurgie  ;  car  fi  des  Rois  Payens  comme  :Mithridate  , 

Attale,  &  quelques  autres  experimenterent  des  poifons  fur  des  Hîfiortarà.ujMff: 
criminels  ,  É  ces  cruels  Vandales ,  dontïïPaul  Diacre  d’Aquilée 
detefle  l •inhumanité,. firent  ouvrir  un  ^Chrétien  vif  par  les  Me- 
decins.v  pour-  connoitre  la  poficion  .dés  parties  internes  i  s’il  efl: 
vrai  même  que  le  Pape  Clément  VII.  .ôç  Plmpereur  RôdoI-’ 
phe. permirent  d’ expérimenter,  la: /Terre  dé  Lemnos  &  le  mer^  çronique  de:  faint 
cure  fubiimé  fur  un  voleur^  condamné,  à  mort  >  A;  fidc.-franc 
Archer  de  Meudon  fut  ouvert  vif  .pour  avifer  ,  s’il  y  ayoït  quel-  rp»  * 
que  remedeà  la  pierr^jS’il  eflr  vrai  ,  dis-jé  v  des  Princes 
Chrétiens  en  ayent  uféfi  librement,  neanmoins comme  cela  pour¬ 
rait  dégene^er  en  cette  damnable  euriofité ,  dont  on  aceufe  non  : 
feulement  Erafiftrate ,  Herophile,  ces  Rois  p^ens  &ces  ’^an-  /.  coireneh^i. 
dalesque  noiK.venons.de  marquerî  mais/ençofe  quelques  Medé- 
cins  & ^quelques  Peintres  Chrétiens  j  la  Médécinc  Chrétienne  xom'  - 

Ci  tombée  d  accord  avec  les  plus  fages  Theoloiîiens  êC  Turifeon-  s- 

fnlré»®  nf*  •  «  .J  .  nar.¥ritz.chmi  can<‘<.: 

mites  ae  ne  taire  aiieune  de  ces  expériences^:  dupjf. 

Elle  a  encore  tant; d’égard  au  bien  de  :fes  Cîtoiens,  que  non 
fçu-iemientreUe  défend  Pufage  -de  tout  fé  qui  leur  peut  .nuire ,  . 


*  Et  quac  origînem 
fututi  fctninis  cx- 
tingunc  parricidiu 
faciunt  antequam 
pariant  ,  Minut. 
7eltx  in  O^Avian. 

,  Homicidii  fcftina- 
tio  prohiber!  nafei- 
'Terttil.  Afolâgetk, 
\cAp.9. 

Sepeîitur  nova  odii 
rabic  .  anteqaam 
nafeatur  marris  ^ 
jam  in  utero ,  fèd 
fèpulchro  ,  incog- 
nitum  pecus ,  quod 
legititnam  nec  mot . 
tem  potuit  fentire 
nec  vitàm-  Zenv 
Veronenf.  Zpifeep, 
*V.  campe  g.  Com¬ 
ment.  lih.  z.  in-Hi- 
fior.  Gale».  . 
Michael  Bodevin. 
quaji.  z6.Aiphonz.. 
à  Tontech.  fpeculi 
Medk.  Chnfiim. 
lummae.  -z.  pag. 

517.  é*  ^15- 

V.  IvUihom  Com¬ 
ment,  i»  fusjur  Ht- 
pDCtat.  -pag.  i)pf  . 


Michael  Bodevin. 
B.-Ctdronch. 

Ahafner.  Britz- 
thins  Medie.  pee- 
tms. 


Michael  Bedevin. 
lib.  1.6.  ' 


EJfais  dÿ  Meâednè. 

mais  encore  quelle  ctend  fes  foins  jufques  à  l’homme  futur 
défigné  Citoyen,  *  ce  que  la  Payenne  ne  fait  pas  à  beaucoup  prés 
fl  précifément ,  puifque  non  feulement  il  s’eft  trouvé  bien  des 
Médecins  Payens  qui  ont  donné  des  abortifs ,  mais  encore  parce 
que  nôtre  Medecine  va  jufques  à  condamner  tout  ce  qui  peut 
caufer  la  fterilité.  Il  faut  donc  qu’on  fçache  ,quantà  eequ  on. 
appelé  avortement. ou  écoulement,  qif encore  que  la  Médeci¬ 
ne  5  &  la  jurifprudcnce;  Chrétienne  ayent  donné  leur  approba¬ 
tion  à  quelques  belles'Yentences  d*Hipocratc  ,  elles  ne  voient 
qu’avec  Horreur  Pinobfervation  de  fon  fameux  jurénient  dans 
un  des  Livres  qn’on  lüy  attribue,  *  quoique  nous  devions  à  l’ex- 
perlencb  qui  y  eft  marquée  la  connoidance  des  trois  ampoulles, 
celle  des  premiers  lineamens  du  Fœtus  ,  celle  de  la  manière 
dont  la  nature  travaille  dans  fa  première  conformation.  Ainfî 
la  Médecine  Chrétienne  na  garde  de  dire, pour  fe  confoler  du 
mal  que  cette  expérience  a  fait, l’arbre  de,  la  Scien¬ 
ce  du  Lien  &  du  mal ,  ne  produifant  à  fon  égard  que  de  mauvais 
fruits ,  elle  préféré  une  humble  ignorance  à  une  fcience  crirni- 
hellc ,  &  regarde  comme  des  homicides  condamnables  efFedifs, 
tout  ce  qui  n’a  paru  à  quelques  Cafaiftésrélâchez  qu\in  homi¬ 
cide  négatif,  ne  voulant  pas' préférer , comme  a  fait  Ariftote,  le 
bien  politique  &  civil,  au  moral,  quelle  fait  toujours  marcher 
le  premier.,  ‘  ;  "  ^ 

E  lie  ne  permet  pds ihemcj  comme  fait  hardiment  la  Medecine 
payenne ,  qu  on  “employé  de  ceïEai ns  remedes  pour  fça voir  fî 
une  femme  eft  enceinte  ,  parce  non  feulémentque  tout  ce  qu’on 
fait  pour  en  avoir  xonnoilîànce  eft  fort  incertain  j  mais  encore 
^arce  qu’on  ne  le  peut  faire  fans  rifquer  la  vie  de  lâ^  mere ,  & 
celle  de  l’enfant ,  &  qu’enfinde  femblàbles  curiofîtez  condui- 
fem  inrenfîblemènt  à  d’autres,  enfin  à  dés  crimes  énormes  :  car 
non  feulement  elle  abhorre,  comme  nous  l’avons  remarqué,  tous 
les  ahortifsj  mais  elle  ne  permet  pas  même  que  quand  on  or¬ 
donne  dans  les  maladies  des  femmes  grofles  des  remedes  que 
la  Medecine  appelé  oh  ait  intention  de  les  faire  accou¬ 

cher  avant  le  terme  i  h’étatnt  pas  permis  de  provoquer  diredû- 
ment  l’avortement.  Elle  ne  permet  dQnc  ftmplement  que  de  fh 
fervir  des  remedes  qui  peuvent  tirer  la  mere  d’afïàire ,  au  ha" 
fard  d’accoucher  .parce  qu’il  n’arrive  pas  toujours  qu’elle  en 
acouchc ,  ni  quand  elle  en  accouche  qu’elle  meure.  Ainfi  dans 
'  la  jufte  apprehenfton  qu  a  la  Medecine ,  que  la  mere  êc  Fenfant 


Pd^tté  Châp.Vl.’  5^1*’ 

ce  perifTent  en  de  cCFtaines  occaÆoiïs,  elle  fe  met  bien  pîivs  en 
ccinc  de  fauver  l’arbre  que  lé  fruit ,  ménageant  eependant  le 
tout ,  &  fongeant  particulièrement  à  aider  la  nature  qui  a  grand 
befoin  de  fon  fccours  en  ces  occafions. 

La  Médecine  Chrétienne  ne  permet  pas  Tufage  des  fards  , 
non  feulement  parce  qu’il  efl:  dangereux  ,  mais  encore  parce 
q[uc  toutes  les  inventions  de  la  Commotique  >  *  dont  la  Méde¬ 
cine  Juifve  &la  Payenne  ont  abufé,  luyparoiffent  indignes  du 
Chriftianifme  ,  comme  nous  le  verrons  à  la  ha  de  la  troifîémé 
partie  de  cét  Ouvrage. 

Elle  défend  encore  bien  plus  préciêufemént  que  la  Medè- 
éine  Payenne ,  qui  n’enaprefque  pas  fait  de  difficulté ,  les  Phil¬ 
tres  &:  breuvages  amoureux  provdcàns  la  fenfualité ,  parce  que 
c'efl:  tenter  un  crime  par  un  autre  crime,  &;  que  quand  ces  re- 
medes  feroient  quelques  fois  ce  qu’on  en  demande  ,  ils  pour¬ 
voient  anffi  perdre  le  corps  6c  l’crprit  de  ceux  qui  les  pren- 
■droient,  comme  il  arriva  au  Poète  Lucrèce,  à  l’Empereur  Ca- 
ligula ,  au  Calife  Vaticus  marqué  ci-devant ,  &  à  tant  d’autres 
don^la  plupart  font  morts ,  ou  par  la  jaloufîc  de  leurs  femmes  y  ou, 
pour  avoir  voulu  irriter  la  fenfualité.  Mais  nôtre  MedeGine  né 
prétend  pas  pour  cela  condamner  les  remedes  qui  fervent  à 
Pimpuiirance  ,  ou  aux  maladies  fecretes  ,  ny  tout  cc  qui  peut 
entretenir,  ce  qu’on  appelé  conmpifeentm  nMumlls ,  nm  mpiditas 
dans  le  mariage,  Semême  de  certains  remedes  en  des  maladies 
&  en  des  occafions  qu*il  n’eft  pas  à  propos  de  particularifcr  ; 
Ainfîcomme  ces  occafions  font  fort  rares,  &  qu’on  ne  peut  s’en 
expliquer  afiez  nettement  en  nôtre  langue,  les  Médecins  pour¬ 
ront  confuker  fur  cette  matière  les  Cafurftes ,  ces  Médecins 
qui  en  ont  traité*-Car  enfin  la  pudeur  ôcla  neceflîté  doivent  ré¬ 
gler  toute  leur  conduite  ,  quand  la  Loy  divine  ne  leur  paroît 
pas  formelle ôeprécife.  hac  fale  conâiMuriUt fine 

tis  jaBum  ^tger  jMutem  confequatur. 

La  Médecine  Chrétienne  croit  que  la  virginité  cft  un  état 
de  perfedion  ,  contre  lopinion  delà  Medecine  Juifve  &  de  b 
Payenne ,  qui  n’ont  pas  connu  le  mcrite&le  prix  de  cette  vertu:, 
dont  on  peut  bien  dire  fans  faire  tort  au  mariage  ,  qucllé  n’a- 
gardé  de  defaprouver. 

Nec  dulces  Veneris  nec  pTAfyii/i  cuyat, 
cftainfi  que  le  fage  jean  Chemnidus  Secrétaire  de  b  pâtrici 
Sa.rda  une  virginité  perpetuçlle  jufques  àl’agç  de  quatre-vingts^ 

li 


*  Ars  fucatoria. 

Michael  Bodeuviit, 

14. 


tontech 
lumin.  s.  F.  é/i. 
Bodeuvin,  ^  ly. 
18.  zo.  II.  Z4.  44^, 


*  Qaia  crat  Sccre- 
tarius  éc  Magiftta- 
sus  Oedancnfcs., 


Si  qaiit  fpermà-^ 
tis,  profiuax  fiipra 
quam  natiira  tolé¬ 
rât  obeft  magis 
quatn  û  quadra' 
gies  ,,  tantumdem 
fanguinis  eraanarit 
^vicen.  libr,  de 
Animal. 

^  Fraacifc.  Bro-! 
gQonini. 

,  'Demûcrit.  Epicur, 
Flutarch.R^hi  Mo- 
feu  ,RhetJfs. 

Gai.  m.lfetgoge^ 
m  lib  Epidm.. 
^mm.  &%:. 


EJfkis  de  jH^edecine. 

ans  ,  auquel  il  mourut ,  ce  qu’il  fit  d’une  manière  fi  extraordi¬ 
naire  ,  que  l’Hiftoire  n’a  pas  dédaigné  de  la  parcicularifer  , 
Ohfervat,  59.  Centur.i.  mno  £phemerid.  Germanie,  bien  éloio-né 
du  fentiment  de  ce  jeune  voluptueux  ,  lequel  peut-être  pour 
fâcher  Py  thagore ,  luy  ayant  dit  qu’il  aimeroit  mieux  palier  tou¬ 
te  fa  vie,  avec  des  courtifanes  qu’avec  des  Philofophes  ,  s’attira 
cette  belle  réponfe ,  c*efi  ainfi  que  les  pourceaux  préfèrent  la  houè 
d  l'eau  claire.  Aulîi  la  patrie  de  ce  Page  &  courageux  vieiU 
lard ,  l’honnora-t-^ellc  d’un  tombeau  fur  lequel  elle  fît  graver 
ces  vers:. 

^uem  fpeSéas  tumutum  cherrmîi  fufpice  Leêéor  t, 

Hic  vir  intadfo  corpore  virgo  cubante 
Grande  virum  Mufeque  decus,  Fejfalis  amore 
Otirt  cuit  nunquam  mta  nec  utla  Venus,. 

^efeioquid  tulerit  tihi  patria^  ferior  apiSy 
Hoc  fcio  ,  non  feribet  cafiior  uüa  manus.  * 

C’eft  pourquoi  les  X.oix  Chrétiennes  n’ ôtent  aucun  privilège â 
ceux  qui  viveirt  dans  le  Célibat ,  &  veulent  même  qu’on  eu 
garde  éternellement  le  voeu  quand  on  l’a  fait  librement  3c  avec  " 
connoillance  j  la  Juifve  étant  toute  pour  les  noces  ,  &  la  payen- 
ne  n’ayant  approuvé  ce  vœu  que  pour  fes  Veftales ,  encore  n’é- 
tok'ce  que  pour  un  temps  que  la  fuperftition  avoir  fixé. 

Nôtre  Médecine  fc  contente  donc  de  conl’eiller  le  mariage 
quand  on  y  a  quelque  inclination ,  &  de  ne  le  pas  différer  en 
cas  de  befoin  prellant,  ce  qui  u’eftpas  improuver  la  virginité, 
dont  elle  ordonne  laconfervation  au  péril  même  de  la  vie  quand 
onachoilî  cét  état,  la  Religion  &  la  Médecine  nous  fourniflant 
alTez  de  moyens,  licites  capables  dcicontrecarer  les  fâcheux  mo- 
mens  d’un  temperamment  importun.  Ne  voyons-nous  pas  me-, 
meque  quelques  Philofophes  ôc  Médecins  payens  ,  Juifs  ôc  Ara¬ 
bes*  font  honte  à  quelques  Canoniftes  *  qui  fe  font  relâchez  en 
faveur  de  Pincontinence ,  Sc  qu’ils  craignent  tout  de  cettepaffion,, 
qui  ne  peut  jamais  être  félon  eux  que  préjudiciable  à  la  vie  & 
à: la  fauté ,  fentimens  que  Galien  appuyé  de  fon  autorité ,  quoi¬ 
que:  d’ordinaire  fort  attaché  à  celle  d’Hipoçrate  ,,nc  pouvant 
s*imâginer- comme  ce  bon  vieillard  avoit  fait  que  la  maladie  de 
Pithion  vînt  de  s’être  abflenu  de  femmes..  Quoi- qu’il  en  foit  » 
c*efl  au  fentiment  d’un  autre  fage  payen  ,  une  allez  honteufe 
manjere  de  guérir,  que  de  le  faire  avec  des  remèdes- mal-hon-- 
;pêteSi, 


Première  Pdrtk.  Chap.  Vî. 

'*Vhi  Turpis  eji  Meàicinev Çanari  fudet.  (. 

Nôtre  Médecine  a  donc  grande  raitbn  d’avoüer  que,' 

Candîda  virginitas  res  efi  gratijjima  divis. 
êc  de  ne  rien  permettre  de  ce  qui  peut  blefler  la  pudeur ,  bien 
dilFerente  en  cela  de  la  payennc,dont  la  Théologie  approuvoic 
en  la  perfonne  de  fon  Jupiter,  8c  en  celle  de  Tes  autres  falcs  di- 
vinkez  ,  toiit  ce  qui  eit  contraire  à  cette  vertu.  quelques 
impudens  Médecins  falTent  donc  tout  ce  .qu’ils  pourront  pour 
corrompre  le  fens  naturel  de  ce  beau  fentiment,  malo  mariqu/nm 
nôtre  Médecine  conhderera  toujours  la  palleur  dexes 
fages  Princes,  (  encore  plus  remarquable  par  la  pureté  &  par  la 
blancheur  des  Ermines ,  que  par  la  Pourpre  qui  les  environne  ) 
comme  la  fleur  de  leur  vertu  t  fulcher  fublimmm  virorum  jlosy  èc 
pour  ainfî  dire  comme  la  candeur  de  leurs  belles  âmes. 

£  fmarifee  il  bel  volto  en  an  bel  colore 
Che  non  e  falide^a  ma  candore. 

Tels  furent  Cafimir  fils  de  Cafimir  troifiéme  Roy  de  Pologne, 
Cardinal  delà  création  du  Pape  Calixte  III.  Robert  Cardinal 
de  Nobili  neveu  du  Pape  Jules  III.  Jacques  ou  Jaimes  neveu 
de  Jean  I.  Roy  de  Portugal,  Archevêque  de  Lijôbonne  ,  Car¬ 
dinal  du  titre  de  Saint  Euftachc.  Saint  Pierre  de  Luxembourg» 
Cardinal.  Michel  Vcrrinficonfiderablc  dans  rHiftoire^  &  au¬ 
quel  on  a  fait  dire , 

Promittmt  Medici  coïta  mihi  Paale  falutem 
Non  tmti  vit  a  fit  mihi  certa  falas. 

Âufquels  on  doit  ajoûter  le  Comte  de  Monterai  Efpagnol ,  parce 
qu’en  effet , 

Ne  fe  polîueret  matait  ipfe  merî. 

Pour  les  Dames  dont  la  conftitution  du  corps  femblc  deman¬ 
der  bien  plus  apparemment  des  fecours  contre  les  aflauts  d’Af- 
modée  ,  on  peut  neanmoins  dire  avec  vérité  ,  qu’il  ne  s’en 
trouvé  que  tres-peu  qui  ayent  été  aufli  incommodées  de  leur 
virginité  ou  de  leur  veuvage ,  que  cette  vertueufe  Galla,  à  la¬ 
quelle  il  arriva  le  même  accident  qu’à  la  Phaëtufe  d’Hipocraie, 
&  que  cette  Impératrice  de  Conflantinople  dont  Zonare  nous 
dépeint  la  mort  pitoyable.  Ainfi  je  laifle  à  penfer  finos  héréti¬ 
ques  Albigeois  n’étoient  pas  de  vrais  Turlupins  ,  quand  pour 
foutenir  qu’on  nétoit  pas  obligé  d’être  chafte ,  ils  difoient,  ne^ 
imnem  peccare  ab  ambilico  deorfam  3  &  fi  le  fçavant  Symphorianus 
Campegius  n’a  pas  parlé  en  véritable  Chrétien,  quand  ilacon- 


Mauelî. 

■niu$  in  Ca^ricorn^ 


Greg.  de 

paLore. 


Torq.  T‘ijTo  cant.. 
x  6.  Stanz,.  t. 


Angel.  Poliiian. 


Gfegor.Dialog  Ub. 

4. 


Symph.  Cmpeg.  l 
i.  Commentar. 
Galcniffififriof. 


J,'  ç.-  Ss^Uge-r.  Epi 


1,  c,  jf 


Vy  MaximiL  San> 
dmm  Theolog.  Mt 
dicfn.p^g,.izS, 


ifÿ  Effkis  de  MHmne 

.  du  fur  cette  mâtîcre,  qu  il  ctoit  plus  expédient  de  vivre  malk-. 

*  de  que  de  fe  bien  porter  en  violant  la  Loy  de  Dieu.  Kos  autem 
quihus  frofofitum  ejl  nunquam  À  Catholica  Rdigione  difceden  coitum 
mAtrimomi  leges  flocci/pendimus  eligéntes  nos  magis  [emper  ^gro. 
tare  qukfn  cum  Salvatorh  contumdin  [Mvos  ejfe. 

Nôtre  Médecine  n  eft  pas  plus  indulgente  à  l’ivrognerie 
qu’elle  l’eft  à  l’impudicité ,  quand  même  il  s’agiroit  de  la  vie  dui 
malade, ce  qui  n’arrlve  jamais,  quoique  1  a, payenne  ne  fafle au¬ 
cune  difficulté  fur  cette  matière.  Comme  on  peut  donc  s’enU 
vrer  de  toutes  fortes  de  liqueurs  ,  elle  n’en  permet  pas  plus, 
l’excez  que  celuy  du  vin,  parce  qu’il  n’eft  pas  permis  de  gué¬ 
rir  le  corps  au  préjudice  de  l’ame  ,*  que  rivreffe  fait  perdre  k; 
raifon , quelle  peut caufer  des afFèdions  de  cerveau  mortelles ,, 
&  qu’encorc  que  le  vimpuiflé  provoquer  le  fommeil  &  le  vomîf-. 
fement ,  la,  nature  ne  nous  l’a  pas. donné  pourcela  j  mais  pour^ 
aliment  &  pour  cordial  pris  modérément j  &qu’enfin  elle  nonsa; 
donnedes  vomitifs  ôc  des  narcotiques  pou  rie  befoin?  qui  ne  eau- 
fent,  point  tous  ces  accidens,&  dont  Tufage  eft  confirmé  par  la? 
raifon ,  l’experience  &  l’autorité  des  Lpix  divines. &  humaines.,. 
Quant  à  cette  diftindiond’ivreire  materielle  ou  formelle ,  dont 
parle  Michel  Bodeuvin  ,  je  croy  que  fi  on  vouloir  s’y  arrêter  , 
elle  ouvriroit  la  porte  à  bien  des.  abus  fur  cette  matière  jamais 
quand  il;  n’y  aurpit  pas  de  péché, quelle  honte, de, s’adonner  Av 
ce  vilain  vice  h 

F^dnm.cr^’pulAjfadms-ommhmlàtrmis 

Contenta  fufillofihinatumqusefiip. 

Car  enfin  rivrognerie  eft  un  yiee^  maudit  dans  rEcriturc  Sain-* 
te  ,  plus  atroce  iélon  ,  Saint  Auguftin  que  le,  meurtre  ,  3c  félon 
:  Saint  Ambroife  une  maladie  incurable  ,  &  pour  laquelle:  il  a 
fallu  des  miracles  dans,  la  converfion  de  Saint  GuillaumeDuc 
d’Aquitaine,  dans  celle  d’tm  homme  que  Saint  Ma.Gaire  guérit: 
,  ,de  ce  vice  ,  &  dans  cclle  de  cette  Siriene  qDe.le,  S:aint  hommC:: 


Macedonius  ;  guérir  avec  l’eau  benîte.  Qu’on  m’allegiie  donc- 
tant  qu’on  voudra  j  Eexemple  ,  de  Socrate  parmi  les  fagesi 
payons ,  qui  ^vbic  le  don  dé  tenir  tête  aux  plus  braves  beuveurs^ 
fans  s’enivrer ,  celui  de  Pontus  de  Thiar  parmi  les.modernes  >. 
qui  n’a  pas  laiffé  de  jouir  d’une  grande  fanté  &  d’une  longue- 
vie  J  avec  tout  ce  qu’on  a;dic  de  ion  intempérance  ,•  quand  on  ne: 
rogarderoit  même  que  l’honnêteté  &  la  vie  civile,  l’ivrognerie: 
ri^eft  plus  A  p^efent  à  ia -  mode.  En  efFeç ,  qu’elle  vie  pour 


Ptmkre  Partie,  Cfiap.,VI..  if j 

gens  obligez  à  vivre  en  fociccé  ?  ne  vous  femble  -t-ilpas  voir  un 
mari  &  une  femme  fujets  au  vin»,  s’entre-manger  en  l’autre  v^ic 
comme  ils  a  voient  fait  en  celle-cy. 

0  hc  vir  ^  uxor  non  litigant 

fnmus  non  dico.)  fit  ippi'  dicatn  ~ 

Hic  Bhrim  Bebritts  y  me  EhrUm  nmcuiap: 

Non  dico  amfUh  ,  hei  uxor 
Etifcm  mortua  litigas. 

Nôtre  Medecine  eft  même  fi  éloignée  de  rintempcrancc: 
au  manger  >  6c  de.  ce  qu’on  appelé  grande  chere  ,  quelle  eft.. 
non  feiiicment  toute  pour  le  jeûne  ,  mais  encore  qu’elle  ne. 
connoît  ny  ces  commoditez  du  corps ,  ny  cette  évexie  de 
la  Medecine  payenne  ,  que  comme  des  chofes  qui  ne  font; 
point  d*accord  avec  le  Ghriftianifme  ,  6c qui  même  font  fou-r 
vent  contraires  à  la  fanté,  6c  aux  fonctions  de  l*âme  j  ne  dif- 
penfant  du  jeûne.  6c  de  l’abftinence  des  viandes  preferites  par 
rEglife  en  de  certains  temps  î,quc  les  enfans ,  les  vieillards ,  le^ 
nourriçes  jies  pauvres  malades ,  6c  ceux  qui  travaillent  beaucoup. . 
Gar  quelques  conformes  que  foient  quelques  fois  la  Medecine 
Glirétienne  ôc  la  payenne  5  touchant  la  quantité  6c  la  qualité  des- 
alimens  necefTaires  pour  entretenir  la  fanté  6c  la  vie ,  cellc-cy^ 
ne  prive  neanmoins  jamais  le  corps  de  fes  aifes,  craignant  toute 
forte  d’inanition  ,  parce  quelle  ne  connoît  pas  la  fin  du  jeûne 
Ecclefiaftique  j  8c  qu’elle  ne  s’oppofe  pas  trop  àl’inclination  de 
lâ  nature  Corrompuë, .  Avec  tout  cela  il  ne  raut  pas  laiffer  d’à- 
voüer  icy  6c  d’avertir  ceux  qui  l’ignorent ,  que  ce  qu’on  appe¬ 
lé  mortification 'dans  le  Chriftianifmc,  ne  va  jamais  jufquesà  : 
intereffer  la  fanté  ,  parce  que  l’Eglifc  bien  éloignée  de  cette 
intention  dans  i’inftitutioH  du  jeûne  ,  condamne  ces  miferables 
martyrs  de  la  fuperftitioiijqui  tombent  par  dés  abftinences cruel¬ 
les  dans  des  maladies  d’inanition ,  6c  qu’on  les  regarde  dans  les 
Communautés  bien  réglées  comme,  des  efprits  fiiiguiiers  ,  dont 
nn  ne  manque  pas  à  reprimer  le  zele  indifcrecquandil  eft  connû. 
Je  ne  cmy  pas  même  m’écarter  trop  dé  mon  fu jet,  remarquant 
encore  icy  que  comme  le  jeûne  ne  nuit  à  la  fanté  que  quand 
d  eft  exceffif ,  auiîî  l’abftinence  des  viandes  de  bon  fiic,  ôc  l’u- 
fage  de  celles  qui  en  font  un  mauvais ,  eft  d’une  perilléufecoii- 
fequence  en  un  feçle  qui  nous  a  tant  fait  Voir  demaladiesnou- 
^Hcs  ,  dângereufes  ,  malignes  ,  compliquées  :  car  ft  l’on  veut 
‘Sen.conûderer  que  ces, alSniens  . font  encore  pires  quand  ils  ont 

Il  iij  ■ 


'Epitafhi  tn  nialét 
gue. 

Itb.  y,  Lupiditri 

Mufeoli 

reti. 


Efca  Yentri&  ven-' 
terEfeis  Srdcftmcc 
hos  doîmaus*^ 


/.  B'apf.  CDivemhh 

lib.  I.  2. 

Sic^  autem  Dcus-> 
fîbi  ferviri  vult  ,  ' 
non  ut  nimictate- 
fuâ  débiles  fiant , 

&  poftea  reœedio-  - 
rum  fufïragia  te- 
€p.iîant,Ambr0f,  m- 
Cemmentapr 

Daniel.  %Jlterdem 
de  curatfone  mor-=> 
borum  an. mi 
corpçr. 


EJJais  de  Meiecke, 

paffé  par  l’huile  &  le  beurre ,  fouvent  gâtés;  par  le  Tel ,  le  pdi* 
vre  ,lcs  herbes  chaucles  &  acres ,  &  cenc  autres  aflaifonneni^cns 
picquans  5  on  n’aura  pas  peine  à  comprendre  qu’un  fi  loiig  ufage 
de  ces  alimens  ne  peut  rien  produire  de  bon.  Si  l*on  pouvoir 
donc  réduire  la  pratique  du  Carême  au  jeune, permettant Tu. 
Tage  modéré  de  la  viande  le  matin  ,  6c  fixant  le  repas  du  foir 
au  pain  6c  au  vin,  (  chacun  étant  obligé  de  jeûner  en  la  maniéré 
qu’il  le  peur,  j fans  doute  qu’on  ne  verroic  pas  tant  de  malades, 
qu’on  en  voit  après  le 'Carême  /pendant  l’Eté  ôc  pendant  l’Au¬ 
tomne ,  outre  que  tant  de  gens  qui  tranfigreffène  fi  facilement 
6cfi  ordinairement  le  Commandement  de  l’Eglife,  ne  fcandali- 
-  feroient  plus  les  foibles  comme  ils  font;  défordre  d’autant  plus 
grand ,  6c  plus  honteux  qu’il  vient  en  beaucoup  de  lieux  de 
ceux  qui  font  obligez  adonner  l’exemple  8c  à  maintenir  les  Loix 
de  l’Eglife  6c  de  la  police.  Ainfi  quoi- que  je  n’ignore  pas  que 
l’abftinence  de  la  viande  *eft  cenfée  de  i’effencc'du  jeûne  Ec- 
clefiaftiquc  ,  je  n^  défefperepas  que  i’Eglife  Catholique,  la¬ 
quelle  comme  une  bonne  mere  ne  vetK  ny  la  mort  ny  la  ma^ 
ladie  de  Tes  enfans  ,  n’entre  enfin  dans  la  confideration  des 
temps ,  des  climats ,  de  la  nature  des  maladies  neuvelles  qui 
régnent  dépuis  plus  d’un  demi  fiecle  ,  6c  de  la  décadence  des 
eprps  en  general ,«  6c  en  particulier  des  langueurs  de  tant  dé 
perfonnes ,  qui  portent  les  peines  duëfaux  pechez  de  leurs  pc- 
res  6c  meres.  Car  enfin  n’eft-ilpas  à  croire  que  tant  de  maladies 
nouvelles ,  6c  inconnuës  aux  anciens  ont  formé  des  Hébrides 
dans  la  Medecine  ,  6c  pour  ainfi  dire  des  monftres  de  maladies 
qui  demandent  un  régime  nouveau  ?  Pourquoy  donc,  tout  cela 
étant  bien  confideréi,  ne  pas  efpcrcr  que  l’Eglife  aura  enfin  les 
mêmes  raifons  d’une  nouvelle  condefcendance  ,  que  celles 
queile  a  eu  en  divers  temps  6c  en  divers  lieux,  quand  elle  Ta 
jugé  à  propos  vcroyant  cependant  qu’il  s’en  faut  tenir  aux  an¬ 
ciennes  conftitutions ,  6c  à  Tes  faints  ordres  ^  A  quoy  on  me  per- 
metra  d’ajouter  que  ces  charitables  eondcfccndances  doivent  par¬ 
ticulièrement  avoir  lieu ,  à  l’égard  des  nourrices  6c  des  femmes 
enceintes^  la  Republique  ayant  intereft  que  les  enfans  dont  les 
maladiesproviennent  ordinairement  de  la  chaleur  Ôc  de  la  for- 
mentation  des  humeurs  foient  formés  6c  nourris  de  bons  fucs  , 
jufqucs  à  ce  qu’ils  foient  en  état  d’apprendre  à  fervir  Dieu  6c  Ic 
Prince:  car  s’il  eft.vray  que  la  chair  efl:  à  T  égard  du  poiflbn  , 
ce  que  font  le  jfeuôclarerre  à  l’égardde  l’air  6c  de  l’eau  5  coiDine 


Premkri  ^ntnie.  Chap;VI.  tsf 

on  fait  des  vafes  d  un  fort  bon  ufage  avec  ces  deux  premiers 
élemens ,  on  ne  peut  rien  faire  des  dieux  autres  que  de  ces  atn- 
poulies  ,  èc  de  ces  petites  bouteilles  qui  fe  crevenc  &  s’évanouif- 
font  en  l’air  ^ dés  le  moment  qu’on  les  y  élevé.  Pourfoivons. 

Gomme  le  Démon  ne  s’eft  pas  moins  attaqué  à  k  Médecine 
pour  la  gâter ,  qu’il  a  fait  à  la  Religion  dés  le  commencement, 
du  monde,  ily  aintroduit  non  feulement  des  badineries  te  des 
luperftitions  ;  mais  encore,  les  vanitez  de  rAftrologie ,  qufont- 
parû*  quelque  chofe  de  folide  aux  curieux.  De  plus,  la  Chiro- 
mantie,  la  Metapofeopie  ,  Ouromantie. ,  &  cent  autres  efpeces 
de  divinations  dont  on  peut  abufer  qui  pis  efb  vies  horreurs >  ^Geof^.  vaiu  di 
de  la  Magie  ,  comme  ond’a  pu  voir  -  cy-devant  dans  Vhiikohc.inventath  MeUis.- 
Chronologique  de  nos-Medecins,  dont  les  pius  anciens  étoient. 

Ailrologuesj.  Augures  ,  Devins  êcMagiciens  5  ce  qui  a  fait  dire: 

3.  Ariftarque  que  la  Medecine  avoit  commencé  par  la  Magie  3 , 

c’eft  pourquoy  Hipocrateaeu  beau  déclamer  contre  les 

ûrationsjkspurifications,  la  magie, &tant  d’autres  abus.  C’eft  en.  *  ”  * 

vainqu’il  areprefenté ,  que  l’Epilepfîe  venant  de  caufe  naturel- 

le,elle  doit  être  traitée  par  des  remedes  naturels.  Il  s’eft  toûjburs^ 

trouvé,  dit  le  dode  Langius,  des  Médecins  particulierment  parmi- 

les  Juifs ,  les  jfâux  Moines  &  les  gens  à  tout  faire ,  qui  ont  donné 

dans  les  Aftres ,  quoi-que  quelques-uns ,  comme  il  eft  arrivé  à. 

Pierre  d’Apone,  à  Cardan  &  à  fon  fils,  n’ayent  pû  éviter  leurs; 
difgraces,avec  routes  leurs  prétendues  connpiflancesv  Ainfî  k> 

Medecine  Chrétienne  ne  permet  en  aucune  maniéré  l’AftroIo-  ' 
gie  judiciaire  :  car  quoi-que.  quelques  Médecins  Chrétiens  Se 
même  de  réputation  y  ayent  donné  ,  leurs  erreurs  font  fi  bien- 
réfutées  par  une  infinité  de  bons  Auteurs  ,  que  cettcroccupa-- 
tion  eft  à  prefent  ft)rt  méprifée,  ;&  fort  décriée.-. 

Elle  n’aprouve  donc  pas  plus  tout  ce  qui  s’appelle  obferva- 
tion  des  faniez.  Smitiimm  ohfervantmt,  tout-  ce  qui  n’agit  •  point  Miédel  'Siiemm. . 
par  une  vertu  naturelle  :  &  par  l’applicaiion  des  chofes  actives 
aux,  pafiives ,  les  prelervatifs,  ks  ligatures ,  les  billets , les.  talif- 
maiis,  les charaderes ,  charmes  ,  ceremonies  ,  enGhantemens  v  "»'^»/'’'. s. -f* 
Scmêmc  les-amulettes, s’ils  ne  font.familicrs  à  notre  naturelles 
chants,  memesv eonj urations,  exorcifines,  Qraifijns  *  &  Reliqùesv  Gabriel  tmtjm. 
ficclan  éft  fait&approuvépaflesMiniftrcsderEglifequiohtca,  ^Yoy^eUe^tUido  i- 
radereicar  quant  à  ces  billets  &  charaderes,il  y  a  une  obfervaEioa  d'Anne  ^oUnçç^Z 
(10  é.  ).  fur  l’àn  8  5.  d  es  Ephemerides  d’Allemagne  d’un  aveu- 
glement  arrivé.àiune  femme  qui  avait  la  fièvre,  pourayoir  avalé: 


Mekéne, 

uQ  billet  où  il  y  avoic  certainvS  caradercs ,  at;cident  qai 
accompagné  d’une  fi  grande  douleur- de  tête,  &  d’un  fi  g^and 
bruit,  quelle  s’imaginoit  que  toutes  les  cloches  du  monde 
Pémfômc.  de  i»-  étoient  en  branle.  On  remarque  à  ce  propos  que  les  anciens 
gmmionih.  Exorciftes ,  ne  coùimençoient  jamais  leurs  abjurations ,  qu’aprés 

avoir  bien  purgé  la  bile  brûlée  des  poffedés.  ’ 

Ce  n’eft  pas  que  notre  Medecine  ne  croye  que  les  Saints  Ânge^ 
les  Apôtres  &  quelques  amisde  Dieu ,  n’ayêet  rendu  la  fanté  aux 
malades,  par  de  fimplcs  commandemens  faits  aux  Elemens,  &  aux 
Corrnth.  ï%.  maladies  ,  armez  qu’ils  étoient  de  la  vertu  du  Tout  puifTann 
Ce  n’eft  pas ,  dis-je ,  que  l’Apôtre  ne  nous  parle  de  la  grâce  des 
Smtésô  mais,&  l’ApotteScles  autres  Saints,  n  ont  pas  laifiTé  de 
confeiller  Tufage  des  remedes  naturels  &  ordinaires  ,  qu’ils 
n’ont  blâmé  que  quant  on  y  a  plus  fait  paroitre  de  confiance, 
qùcn  la  puifTancc  de  Dieu,  C’efl^donc  avec  beaucoup  de  rai- 
yfon  que  la  Medecine  Chrétienne,  condamne  rufage  des  reme^ 
des  fuperfi:itieux  & diaboliques ,  qui  ne  r éuffilFènt  jamais  qu’à  la  - 
confufion  de  ceux  qui  s’en  fervent ,  tombant  dans  les  lacets  que 
le  Diable  leur  tend  finement  pour  les  perdre.  C’efl  pourquoy 
^  ;  Saint  Bennard  refnfa  de  guérir  d’une  grande  douleur  de  têcé 
îp^ar  le  fecours  d’une  Sorcière,  qu’il  chafia  d’un  figne  de  Croix, 
qui  le  guérit  en  même  inftant  j  c’eft  de  cette  màniere  que  le 
brave  Duc  de  Nevers ,  aima  mieux  s  expofer  au  péril  de  mourir 
que  de  fou-ffrir  qu’on  luy  arrêtât  fon  flux  de  fang  pàr  des  paro¬ 
les.  Ai  nfe  Saint  jean  Chrifoftome  nous  confeille  quand  Dtett 
nous  envoie  quelque  maladie  de  ri’écouter  jamais  aucune  pro- 
Qrafhne  adverfits  pofitiou  dc  remcdès  fu^ecfes  de  fuperftition ,  de  refifter  aux  per- 
■v^letndmem.  foafioiis  des  méillcurs  amis ,  à  fe  préparer  par  cette  genereufe, 
refolution  une  couronne  de  Martyr. 

Ajoutons , pour  ne  rien  oublier  fur  cette  matière, que  quoi-» 
Dieu  ait  fait  de  tout  temps  des  grâces  différentes  à  fes  fer- 
vltcurs ,  il  s’eii  faut  beaucoup  qu’il  leur  ait  donnné  a  tous  cette 
grMe  des  Santés-^  laquelle  n’efl:  plus  à  prefent  necefiTairc  pour  la 

confirmation  dé  la  foyid’ou  l’on  doit  inferer  qu’il  l’a  encore 

moins  donnée  à  tant  de  gens  qui  s’en  vantent ,  &  qui  n  ont  ny 
probité  ny  aucune  autre  qualité  qui  nous  en  puiffe  afiTurer  , 
que  ceux  mêmes  aufquels  Dieu  fa  donnée,  ne  rontaffiijetieny 
aux  jours,  ny  aux  paroles  ,  ny  aux  Agnes,  ny  aux  fexes.  Tout 
cela  neanmoins  fans  préjudice  des  grâces  de  cette  nature,  que 

n/tvitYY.  f  Egliie  Gallicane  ôemêmes  quelques  Auteurs  Etraneers  recoft- 

-11  s 


Première  Pdytii.  Chap.  Vf.  257 

BoiÛTeût  avoir  été  données  à  nos  Rois  ;  car  quoique  veuille  di¬ 
re  le  Docteur  Navarre  en  faveur  de  fes  compatrioccs ,  je  ne  croy 
ni  CCS  Salutadors  ,  ni  ces  Tlamens  enfans  de  la  Pafque  ,  guercs 
plus  grands  Médecins  que  tant  d*autres  de  cette  nature ,  quoi 
qu’approuvez  par  Delrio  qui  n’a  peut-être  ofé  faire  autrement. 
Ajoutons  encore  que  fi  la  Médecine  Payenne  a  donné  hardi¬ 
ment  dans  ces  fuperftitions -,  non  feulement  les  Loix  des  Em¬ 
pereurs  Chrétiens  qui  font  venus  eniuite ,  les  Conciles  &  les  Dé¬ 
crétales,  ont  foudroié  toutes  les  impertinentes  &  honteufes  ma¬ 
niérés  de  faire  la  Medecine  3  mais  de  plus  que  les  Pages  Payens 
mêmes  avoient  oppofé  aces  défbrdrcs  la  Loy  ComcUa  dC  quel¬ 
ques  autres,  &  particulièrement  a  l’égard  de  ceux  qui  employent 
ces  remedes  à  corrompre  les  femmes  &  les  filles  5  que  les  Perfes 
leur  caflbient  la  tête  entre  deux  pierres  5  &  que  les  Loix  &  les 
Magiftrats  étoient  fi  feveres  du  temps  des  Antonins  afégard  de 
la  magie  &  des  fortileges,  qu’Apulce  qui  en  étoit  accule  ne  fe 
leroit  pas  tiré  d  affaire  avec  toute  fa  Philofophie  &  fon  belefprit, 
fi  Lollianus  Avitus  ami  de  Claudius ,  n’eût  intercédé  pour  luy 
auprès  de  ce  Prefident. 

La  Medecine  Chrétienne  ne  rcfulè  fon  fecours  à  perfonne, 
pas  même  aux  Barbares ,  auxinfideiles  ôc  aux  ennemis  de  l’Etat, 
fi  l’intérêt  du  Prince  &  l’intérêt  de  la  patrie  ne  s’y  oppofent  : 
car  s’il  eft  certain  qu’il  faut  fecourir  un  méchant  homme,  par¬ 
lant  en  general,  comme  on  feroit  un  homme  de  bien ,  on  n’eff 
pas  pour  cela  obligé  de  quitter  fa  patrie,  comme  le  Roy  Arta- 
xerxe  le  demandoit  d’Hipocrate,  pour  fe  rendre  ingrat  envers 
elle ,  par  un  efprit  d’intérêt. 

La  Medecine  Chrétienne  ne  permet  à  perfonne  de  feindre 
des  maladies  5  mais  elle  le  défend  bien  moins,  crainte  d’être 
trompée ,  &  de  fe  voir  expofée  à  la  raillerie  de  fes  ennemis ,  que 
de  crainte  que  le  public  ne  foit  trompé.  Elle  blâmeroit  jufques 
a  la  folie  Emulée  de  David  chez  le  Roy  Achis  s  comme  elle 
blâme^elle  de  Junius  firutus,d’Uliire,de  Solon  &  de  quelques 
autres ,  dont  les  intentions  n’étoient  pas  fort  droites  ,  fi  elle  ne 
fçavqit  que  la  feinte  de  David  venoit  d’un  mouvement  du  Saint 
Elprit  5  mais  pour  cela  elle  ne  va  pas  jufques  à  exiger  le  fer¬ 
ment  des  malades  ,  comme  a  fait  la  Medecine  payenne  en  quel¬ 
ques  reimontres  ,  pour  éviter  d’être  trompée  en  la  perfonne  de 
es  Miniftres  ,  parce  qu’elle  n’a  pas  droit  d’exiger  le  ferment 
autruy  ,ny  même  de  jurer  fi  elle  n’cft  interrogée  judiciaire- 


V.  Sa»-' 

iéLum  in  Théologie. 
Medic.  lib.  i.  eorn- 
ment.  ij.fag 

Tslrio  difquijst. 
magicar.  ca^.  3. 
qu&B.  4. 


Alfhoaz,.  a  'F^n- 
tech.lumn.  i.p.  ë. 


Meihemius 
jurand.  Hipocrat. 
f.  B.  Gendronch. 
cap.  a. 


Adultcrmum  eft 
quod  fïngitur.  Pe- 
trus  du  Bé,  de  ver» 
Medici  idea. 


lib.  t.  de  Pnfag. 
ex  puljîb.  cap.  I. 


EJJahdèM^dèmei:. 

ment.,  Câf  s’il  eft  vray  que  Galien  fe  doutant  qu’ùn  certain  ma* 
lade  vouloit  fe  divertir  à  fes  dépens ,  l’obligea  de  jurer  folcm- 
nellemcnt,  que  ce  qujl  difoic  écoic  vray ,  c’eft.  que  les  Eayens 
ne  faifoient  aucune  difficulté  de  jurer  par  leurs  Dieux,  &  par 
tout  ce  qui  leur  venoit  dans  refprit  ,,tant  ils  avoient  peu  de 
connoiffànce  de  la  majefté  du  Dieu  vivant;,  &  de  la  cenfide^. 
ration  qu’on  doit  avoir  pour  tout  ce  qu’il  a  créé.  Enfin  nôtre 
Médecine,  fe  contente  de  rechercher  les  caufes  naturelles,  de 
tous  lesévencïnens  furprenans,  par  des-  voye^  licites  &  honnêtes^ 
&  quant  avec  toute  fon  application ,  ellenetrouve  pas  ce  quelle 
cÉerche ,  ou  quelle  ne  fait  que  l’entrevoir ,  elle  n’a  garde  d’au 
tribuer  ny  à  des- Princes  ,  ny  à;  des  Oracles- ,  comme  a  fait  là: 
payenne  ,  tout  ce  quelle  ne  comprend  pas  :  car  elle  ne  per-i 
met:  jamais  de  tromper  ,  quelque  avantage  qu’on,  en  puifle 
tirer,  &.fe  contente  de  laiffèr  croire- pieufement  aux  Ghré- 
tiens  .,  que  le  Giel  peut  avoir  bonne,  part  à,  de  certains  éyene- 
mens ,  quoy  qu  elle,  ne.  les  croit; pas  abfolument  parlant . furna^ 
tureis.,-. 

Jmcrt^fama.^kncorfécixts'^ajc^^ 
4d,arfeum^n’iQAamimbildpra,^ 
^enèpkt/j>içh£laypietad'a-^u 
*Vmm\credendoyAMQr.sncnda>U 
C’éft.ainfî  que  lasMedeeine  Chréfienne  ne-donne  creance- 
aux  miracles  ^  que.  fur  les  témoignages  de-perfonnes  pieufcs ,  & 
fur  fes  obfervatîons  ôc  expériences,  de  crainte  qu’une  trop  gr  im 
de  facilité  ne  fàlFc  tort  aux  miracles  eflFedi fs  ,  ôc„que  les  faux; 
dévots  ne  prennent  fujet-  d’èn  feindre ,  comme,  il  ^arriva.a  ces 
Moines  qui  gueriffoient,  des  Eoireuxfappofez ,  pourTs’àttirerdes-. 
admirations  &Ies,auGndiies -des  bonnes  géns>  G’ éft  encore  âinfi' 
qu’elle  ne  donne  rienaux  ;fouges  ,  fi.,el'lc  n’a  desanarquesafihT 
rées  qu’ils  font  de  Dieu  > au  lien  que  là^ayeune  donne  indifFèj 
reniment  dans  les  diaboliques comme,  dans  les-  naturels >  .car 
l^xception  de  quelques-  uns  dé  :  ces  derniers  qui  peuvent^  luar? 
quer  les  temperamensdes  fains  &  dès  maladèS  î  Jés  éaufcs  Sf  les  i 
,  pro^noftics  des-maladies-.,il:ya  bien  de  là  vanité  dans; toucdc ; 
rèftev  Mftis.me  dira-t-on  peut-être,-  Empeddclè  fongca  qu’ily 
avoit  dés  œufs  fous  fdn  couffin.  .Il  confulta  f  Qnirocritique ,  ^ 
il  lUy  répondit  qu’il  cherchât  dans  fdn  lit ,  &  qu’il  ne  .  perdrel^ 
pas  fa  peine,'  EuicfFet,  il  y  trouva  êc  or-&  atgenE,  ^  comme  il 
■^uloiç  pas  fee- ingrat ,  ,  il.  envoya  qviclques  -unes  des  pic*' 


Premkr£p^rtfKC3iâ.p.Vlï, 

ces  d’ârgent  à  rineerprete  du  ioBge>  cjui  lùy  manda  pour  re^ 
mercieraent  qu  tl  ne  luy  avoit  envoyé  qu’un  peu  du  blane  des 
ceufs,  &qu’ils’étoit  refervé  tout  le  jaune.  lien  eft  de -ffiêmc  d’un 
Holandois  fort  impécunieux  ,  il  fonge  que  s’il  va  vers  un  cer¬ 
tain  puits  ,  iiy  trouvera  bonne  fortune.  Il  s’y  tranfporte  àfon  ré¬ 
veil  ,  &  il  y  trouve  un  güêux  >  qui  luy  dit  qu’il  vient  de  fon- 
gerqu’ily  a  un  tréfor  dans  un  jardin  5  if  comprend  l’Oracle, 
il  y  court  ,il  y  fouille ,  &  il  y  trouve  dé  quoy  s’enrichir.  5ont-ce- 
là  des  fongcs  diaboliques  ou  naturels  ,  dir^  quelqu’un  ^  ou  des 
fonges  qu’on  a  fongez^  en  faveur  des  fonges 


CH  AI  T  R. B  Vit. 

De  la  Meàecîne  Catholi^e. 

COmkîe  l’Eglife  Catholique  Romaine  n’efl:  autre  chofë 
que  l’Eglife  Chrétienne  ,  défendant  les  droits ,  &  les  dog¬ 
mes  de  la  Primitive ,  contre  les  attaques  des  anciens  heretiques, 
celles  des  nouveaux  &  celles  des  Schifmatiques  j  la  Médecine 
Catholique  marque  bien  plus  précifément  les  devoirs  d’un  Mé¬ 
decin  Chrétien  ,  que  la  Médecine  des  hérétiques  &  que  celle 
des  Schifmatiqües.  ' 

Mais  avant  que  efen  venir  aux  preuves  en  particulier,  je 
croy  qu’il  eft  à  propos  de  poïcr  pour  fondement  que  le  Ghri- 
ftianîfrac  n’a  jamais  crâ ,  comme  Çc  le  font  imaginé  qüelques 
dévots  prévenus  fur  ce  fujet  par  leur  zele ,  que  les  Préceptes 
de  la  Medecine  foient  contraires  aux  loix  de  Dieu  &  de  fon 
Eglifc.  Car  qui  ne  voit  que  la  Medecine  eft  toute  dans  la  tem¬ 
pérance,  dans  la  modération  des  paffions ,  &  qu’elle  fait  le  procès 
al’oifîveté  mere  de  tous  les  maux ,  recommandant  lés  exercices 
du  corps  &  ceux  de  l’efprit ,  modérant  même  la  joye ,  toute  nc- 
ceflairequ  elle  eft  pour  fe  bienporter  ?Qm  ne  voit  encore  qu’el¬ 
le  eft  charitable  envers  le  prochain  ,  fî  religieufe  &  fi  dégagée 
des  afîédions  baffes  &terreftrcs,  que  fî  l’on  en  croit  Arnaud  de 
Villeneuve,  elle  efi  le  chemin  dtt  Ciel  y  d’où  elle  eft  originaire ,  ôC 
<pi’elle  conduit  naturellement  les  hommes  à  la  pieté ,  à  la  dou¬ 
ceur  J  a  la  mifericorde ,  à  la  continence  &  àplufîeurs  autres  ver- 
?  Qui  jamais,  dit  ace  fujet  le  fçâvant  Erafme ,  a  prêché  plufe 
hautement  la  fobricté ,  P abftinence ,  la  modération  dans  les  plai- 

Kkij 


V.  Épip^&iero'üjfvî, 
Mer  curial,  ad  î. 
Baptifi.  Cedronch. 


Triftitia  exdecit 


.Modejfi»’.  P.  lih: 

zj.  Text.  I.  Cedie. 
Th^dek  lib.  T. 

%. 

I.  Bapt.  Godronch. 
lib.  it.  cap.  I.  ij". 
Ahafnerus  Fritz  r 
ehius  Medicfts  Pec  - 
ea»S:iÿnci»f.prma'. 


Laînez  lib.i.Thdc^^ 
log.  moral. 


de  Medecîne, 

firs ,  la  paix  &  la  tranquilité  del’efprit,  que  la  Médecine  ^  ^ 
quoi  on  peut  ajoûter  que  TEglife  même  fe  repofe  tellement  fur 
elle  en  plufieurs  occafions  ,  qu*elle  ne  canonife  pas  même  fes 
Héros  fans  la  confulcer.  Que  fi  l’on  m’objeéte  que  Saint  Am- 
broife  n’cft  pas  fort  d’accord  avec  les  préceptes  de  la  Medeci^ 
ne,  &  que  Saint  Bernard  n’êtoit  pas  pour  Infage  des  remedesi 
Je  répons  que  le  premier  ne  méprifeit  que  la  Medecine  payem 
ne,  dont  les  préceptes  luy  étoient  fufpeâs ,  en  un  temps  ou  elle 
n*âyoit  prefque  que  des  Mini ftres  Payens.  Quant  au  fécond  ,  il 
n’a  retranché  les;fecaurs  de  l’Art  à  fes  Religieux ,  qu’à  régard 
des  maladies  chroniques,  &  non  des  aiguës  ,  croyant  celles-là 
neceflaires  pour  exercer  la  patience  de  les  Athlètes  ,  &;  les  te¬ 
nir  toujours  en  haleine  II  en  cft  de  même  à  l’égard  de  Sainte 
Agathe ,  &  de  Sainte  Pétronille ,  lefqueiies  n’ont  janiais  me- 
prifé  les  remedes, quofqu  elles  ayent  cherché  les  fbuffrances 
Il  ne  tenoit  qu’à  Saint  Pierre  de  prolohgèr  la  vie  de  celle  cy  , 
êc  ü  ne  le  fit  ny  par  les  remcdes  naturels  ,  ny  par  fes  prières  ,, 
fe  contentant  de  laiffer  agir  Dieu  &  la  nature  >  mais  pour  cçla  il 
ne  méprifbit  pas  les  fécours  humains  , les  voyes.  qu’on  fuit  or¬ 
dinairement  dans  les  maladies.  Je  remarque  donc  pour  venir 
àu  fait,  que  l’Eglife  n’ayant  ofé  parler  hautement  de  fes  mille- 
res  y  ni  même  des  devoirs  des  parcieulierspendant  tout  le  temps 
qui  précéda  la  paix  que  FEmpereur  Conflantin  luy  donna ,  elle 
n’a  pas.  manqué  enfuice  de  faire  des  rcglemens  à  mefiire  que  les 
occafions  s’én  font  prefentces,,& particulièrement  à  l’égard  des 
Mçdecins.i 

Elle  a  donc  condamné  depuis  ce  temps-rà  bien  plus  préci- 
fément  qu’elle  ne  failbit  fous  les  premiers  Empereurs ,  tous 
ceux  qui  n’étans  pas  parfaitement  inllriiits  des  préceptes,  delà 
Medecine  donnent  hardi  ment  des  remedes-,  s’ils  ne.  font^benins, 
&fi  ce.  n’ell  dans  de  légères  maladies  j.  parce-.qufil  y  a  toujours 
du  danger  à  faire  un  métier  que  Fon  ne  fçait  pas quand  il  y 
va  de  la  vie  ,  que  cela  peut,  donner  de  mauvais  exemples  aux 
téméraires  que  qui  aime  le  péril  y  demeure  ordinaireméîff^ 
De  plus  comme  cette  Eglife  a  donné  des.  attributions  aux  Uni' 
vcrfitez  qu-*elle  a  établies  avec,  les  Empereurs  &  autres  Princes 
Chrétiens,  les  Officiers: dé  FEglife  ny  ceux  de  ces  Princes  ne 
donnent  leurs  approbations  qu'aux  Médecins,  qui  ont  ffiit  les 

ades  proBa tofres  dans  ces  Uhiverfîtez. 

Elle  n’approuve  pas  même  tes  opinions  nouvelles  &  celles 


Premieri  Pdrth.ChsLŸ.  vil, 

qui  choquent  la  méthode  établie  par  une  longue  expérience  , 
quand  elles  n’ont  pas  des  demonltrations  évidentes  ,  &  parti- 
oïlierement  quand  elles  ont  quelque  chofe  de  la  bizarrerie  de 
celles  de  ces  anciens  Médecins  dont  nous  avons  parlé  cy-de:- 
vant  5  encore  moins  la  malice  de  ces  modernes,  qui  pour,  fedi- 
ftinguer  fe  font  une  pratique  toute  oppofée  à  la  pratique  otdir 
naircj  pas  même  ceux  qui  outrent  l’ufage  des  bons  remedes  „ 

&  ces  hommes  de  bonne-foy  qui  tombent  dans  rerreur  de  ces 
imprudens,dont  le  Poëtea  dit , 

Dum  mtmt  fidti  ‘vit'mm  in  eontrarin  currunt. 

II  y  faut  joindre  ceux  qui  traittent  les  malades  fans  les  voir^  Hipecritt.&etifus 
farce  il  ny  a  mmne  maladie  oh  il  ne  foit  necejfaire  d' interroger  le 
malade  i  fi  on  vêtit  le  traiter  feurement^  GaUn.  conftl.  pr»- 

Mais  parce  qu’on  peut  demander  icy  s’il  n’eft  pas  permis  au 
Médecin  de  donner  quelqucsfois  fes  avis  pour  des  malades  ab- 
fens.  Je  répons  avec  de  bons  Auteurs  qu’il  le  peut,  foit  que  la 
malade  ne  foit  pas  en  état  de  le  chercher ,  ou  qu’il  ne  puiflb  ,  ^  eoirmeh 

luy  même  aller  voir  le  malade  ,  pourveu  qu'il  foit  inftruit  de  4;,.  jfw. 
toutes  les  circonftances  du  maUpar  une  perfonne  intelligente ,  zachtMlik  o. terni 
qui  ne  confonde ni  les  temps  >  ni  les  lignes ,  &  qu’il  n’ordonne  3-  /• 
que  des  remedes  generaux  &  feurs ,  comme  nous  le.  dirons  plus 
particulièrement  en  un  autre  lieu. 

Elle  ordonne  une  grande  aiîî  Juité  &  application  aux  Méde¬ 
cins  qui  fe  chargent  du  foin  des  malades  :  car  s’ils  en  entre¬ 
prennent  un  trop  grand  nombre  ,  ôc  quils  ne  les  voyent  qu’en^ 
courant,  cela  s’appelle  fe  dépêcher,  de  dépêcher  le  pauvre  mav 
lade ,  mn  obfervafii  occidifii.  Ce  qui  eft  fî  vray  que  Galien  paf<  V;  Cmmnm.  îm 
foit  la  nuit  chez  les  malades ,  quand  il  le  jugeoit  à  propos ,  tant  ^ 

il  y  a  de  difFerence  entre  currere  d*  enrare  ,  ce  qui  a  fait  dire  à 
quelqu’un  que  qui  frdiferibit  ex  equa  >  fraferih-it  fro  equo  non  ex 
aqno.  Ainfî  l’on  demande  fur  cette  matière,  fi  le  Médecin  ne 
pourrorc  pas  en  feureté  de  confcience  quitter  quelquefois  le 
malade?  Les  opinions  font  différentes,  ün  nouveau  Gafuifte 
qui  n’enteud  par  le  mot  de  quitter  que  quelques  petites  abfen^ 
ces,  répond  qu’il  le  peut ,  quand- le  malade  ne  fait  que  de  pe-  " 

tîces  fautes  contre  fes  confeils  jamais  ce  n’eft  pas  là  ce  dont  il 
sagit  dans  la  quefiion  ,  puifqu’elle  regarde  cette  défertion  qui 
laiffé  le  malade  iansfécours  &  fans  afliftanco  de  fon  Médecin-; 
ordinaire.  Qi^iques  Cafuiflès  tranchent' net,  que  le  Médecin? 
peut  abandonner  fbn  malade  quand  il  eft  ingrat  qu’il  na 

K  fc  iij 


lËjJais  âe 

reconnoît  pas  Tes  foins,  i.  Quand  il  rèfiife  de  fc  conîtiTei- 
mchttel  Badtvin.  5.  Qi^nd  la  maladie  cft  concagieufe.  4h  Quand  le  malade  n’a 
I.  lih.  confiance  au  Médecin.  Mais  pour  moy  ,  je  Croy  que 

-6.  e*p.  6,  \  c*eft  Taire  plus  chrétiennement  &  plus  noblement  d’affifte?  le 

Gmiieim.  onciacus  ^salade  tout  ingrat  qu’il  éft, entre  que  fi  le  Médecin  cft  imp. 

I.  Baptifi.  codron-  relie ,  il  â  Ion  aaion  en  jultice  contre  luy.  De  plus  que  ^uand 
ehiHicap.is  &i^‘  même  il  ne  voudroic  pas  fc  eohfeffér  ,  il  doit  füffire  au  Mêdeî 
xin  de  l’avoir  avertie  &  que  quand  il  h’auroit  pas  de  confiante 
en  luy^  il  doit  demeurerj  fi  les  affiftans  renprîent ,  parce  qtrele 
pauvre  malade  ne  fçait  fouveiit  ee  qu’il  veut,,  ny  ce  qu’il  liiy 
faut-,  fur  tnut  dans  les  maladies  aigues  5  êccnfîn  qu’il  eft’  encOré 
plus  digne  d’un  Medeciti  Chrétien  de  voir  le  malade,,  quand 
fa  maladie  feroit  contagieufe.,  que  de  s’enfuir ,  parce  que  ,  ieicà 
nip/t  truStxf.  Aè  quelques  Auteurs,  s’il  y  pieritjc’eft  finir  par  une  çfpécc  de  mar- 
cft-ce  dans  cet  c^rit  qu’Eufebe  loué  la  pieté  de 
canciuf  9.  '  cès  Médecins  d’Alexandrie  ,  qui  fous  l’Empire  de  Galienus  fe 

Theophii.Kenedms  dévoüerent  genercufement  au  falut  public  j  mars  je  n  e  croy  pas 
pour  tout  cela  que  le  Médecin  y  foit  obligé  en  confcience ,  s’il 
n’eft  aux  gages  de  la  République  GU  d’un  particulier  5  avec  le¬ 
quel  il  a  r  fttpùle  de  ne  le  point  abâiidenner; 

Oii  demande  encore  fi  le  Médecin  peut  abandonner  les  ma¬ 
lades  qu’c  n  appelé  déplorez  ?  Les  uns  répondent  quil  eft  àpro^ 
pos  de  le  faire  après  avoir  fait  un  prognoftic  fincere  ,cràitite  de 
seipto  Merçuriûs  prophaner  les  remedcs  en  Ics  employant  inutilement,  D’autrcs 
de  gU  erraripopul  ^jpg^t  quc  commc  ott  fc  tfomuc  quelquefois  dans  le  progno- 
ftîG,  rfne  le  faut  jamais  quitter  pendant  qu  il  reipire.  Ce  qu  u 
y  a  d’afiuré ,  eft  qu’il  ne  faut  rien  craindre  à  prefent  de  ce  c^é- 

là  .-  car  nos  Médecins  ne  déferrent  plus,  &  ne  fe  laflent  gueres 

de  continuer  les  vifites  ,  femblables  à  ces  animaux  qui  ne  quit¬ 
tent  jamais  là  paille  pendant  qu  ily  fentenc  du  grain..  Serieu- 
fement  je  croy  que  fi  le  malade  &  les  aflîftans  demandent  des 
vifites  dans  des  maladies  déplorées ,  le  Médecin  les  doit  con¬ 
tenter  pour  leur  confolation ,  à  moins  qu e  d’y  trouver  des  Char¬ 
latans,  qui  ne  confultent  que  fur  leur  fecret  j  des  fâcheux» ou 
de  ces  ignorans  qui  croyent  avoir  droit  de  luy  faire  quelque 
indignité ,  parce  qu’ils  font  en  Charge  ou  en  fortune:  car  en 
ce  cas  là  il  faut  fe  tirer  hardiment  de  telle  cohue ,  fans  crainte 
de  bleflcr  la  charité ,  qui  doit  commencer  par  nous  mêmes. 

On  pourrait  encore  demander  icy,  ce  que  la  Medecine  Ca¬ 
tholique  penfe  de  ces  Médecins ,  qui  fè  chargent  d’autant  de 


Ptmiert  partie,  vu,  itfjj 

fiialaclcs  s’en  prefentc  j  qui  n’en  font  aucun  fcrupule  ,  & 

qui  croient  avoir  rempli  leur  devoir  quand  ils  les  ont  vifitez  en 

courant  î.Cardan ,  Godronchius ,  *  Zadiias ,.Mereurial  &-quel-  *  ‘ 

ques  autres  Catholiques  j  font  du  fontiment  de  Celfc. ,  qui  Th  f 

croie  pas  qu’un  Médecin, puiffe  fe  charger  d’un  grand  nombre  ‘ 

de  malades,  s’il  veut  faire  fon  devoir,  croyant  même-^u’il  n’y:  Metmnd.c^fixs. 

a  rien  de  ii  dangereux  qu’un .  Médecin  trop  employé^ .  Ainn 

comme  la  chofe  efo  un  peu  problématique  que.  la  queftion  Franco  a  Rehs 

pourra  revenir  dans  la  fécondé  partie  deedt  Ouvrage,  je  tom-  î- 

iJepar  provifion  dans  leur  opinion ,  ajoutant  que  quand  les  Me-  RTle7.‘h.cafirl‘ in- 

decins  font  parvenus  à  une.:  vieilleffe-,  qui  leur  ôte  la  mémoire  Me-dico  PoiitU.  iib, 

&  quelquefois,  même  le  jugement  3  la  Médecine  ^î^tholique 

ordonne  qu’élis  fe  défàlfent  de  cette  horrible  ,  démangeaifons./i^.  ^^  xif.  !.^  ; 

qu’ils  ont  de  voir  des,  malades. 

Ellerddfendteneore  aux  Médecins  d’ordonner-aucun  remedé* 
à,leurs,malades ,  qu’ils  nayent  parfaitement  connu  leur  mal  5 
j^rce  qu’il  vaudroirmieux  les  abandonner  à  la  nature  3  qui  T^-Cidrweh.my 

rit  queiquesfois>fans  aucun  fecours^que  de  rempêcher  par  des  i.  cap.  z.  de  chrU 
rcmedes  donnés  à  contrei^temps.  Car  quantà  cc  que  leDodeur,/^?'*”- 
îïavarre ,  appelé  dans  :  fa  diltinélion  des  remedes  innocens ,  ils 
peuvent  toûjpurs  plus  faire.de  mal  que  de  bien,  s’ils  font  donnés 
fans  cônnoiüance  de  caufe  ,  nôtre  Médecine  étant  fi  circonfpe^ 
àe ,  même  quand  aux  alimens  i  qu’ellène  permet  pas  qu’on  en.  ’ 
donne  aux  malades ,  quoi-que  déplorés,  s’ils,  font  dé  fi  mauvais- 
foc  qu’ils  foîent  capables  d’abreger  leur  vie  de  quelques  mo- 
mens. 

La  Médecine'Càtholique  défènd;  même  n  poftivement  aux  Sà*Sds 
malades  de  s’adminiftrer  les  remedesà  leur  fantaifie,-  ^  de  rc-- 
füfer  le  fccours  des  Médecins,  que  nos  Théologiens  ôcnos  ^h:secmd.- 

fuiftes  lés  obligent  fous  peine  dé  pechémiortet  de  recourkvaux 
remedes  ordinaires  ôc  naturels. ,  Arueuh^. 

Elle  défend  d*employer  aucun  médicament  gâté,  fàlfifié,  al-  Micbdei  mdtvin^ 
teré  par  la  négligence  des  Artiftes  ou  des  Marchands ,  commet- 
tant  les  Médecins  fur  leur  confcienccâlawilite  de  ces  medica- 14. 
mens,  ordonnée  par  le  Magiftrat;  Mais  fur  toute  chofe  la  Mc-  ^  .  .  , . , 

decine  Catholique  exhorte  les  malades  à  la  Cbnféffibn  dé  leurs  7^  - 

Juchez  ,  particulièrement  fila  maladie  efl:  aiguë  &  dancrereufé,; . 

Surquoy  il  faut  obférver  que  lès  Médecins  pèchent  bien  moins . 
contre  ce  PreceptC:  que  les  malades  &  les  affiftans  ,  fur  tout  àj. 

Baris  Sc,  chez  les  f^rfonnes  de.qualité  ,  qui  font  fo  iuquietc^i. 


Primo  pîaceutDcü. 
dcindc  Mcdicum 
advocent. 
y.  Annal.  Aug. 
T'êrnieli.  ad  an- 
nam  mundi  3r8, 
is  Az>a  Rfge. 


Recherches  Cdrieu. 
fes  far  les  Echotes 
de  Paris  ^  de 
Monfelier. 


1(54  Medecme: 

qu’elles  s’imaginent  qu’un  prognoftic  net&'finccrc  ,  &  un  boa 
confeil  donné  au  malade ,  cft  capable  d’augmenter  le  mal.  Mais 
comme  cette  Ordonnance  enferme  bien  d’autres  queftions,en- 
tr’autres  fi  quand  la  maladie  cft  mortelle  ,  le  Médecin  eii  doit 
avertir  le  malade  j  s’il  doit  dés  les  premiers  jours  luv  parler  de 
Confeffion  5  s’il  le  doit  faire  luy-même ,  ou  s’il  fuffit  qu’il  le 
faffe  par  une  perfonne  interpofée;  s’il  doit  abandonner  le  ma¬ 
lade  qui  refufe  de  fe  confeffer  i  fi  les  malades  abfens  font  com¬ 
pris  dans  cette  Ordonnance  comme  les  prefens.  Comme  cette 
Ordonnance, dis- je, comprend plufieurs queftions  qui  nous  pour- 
roiént  arrêter  trop  long-temps  ,&  quelles  pourront  revenir  eu 
quelque  autre  endroit  de  cét  Ouvrage ,  je  dis  rimplement  icy 
que  le  Médecin  doit  infinuer  doucement  au  malade ,  que  fui- 
vant  la  Philorophie  &  la  Théologie ,  lexorps  ne  pouvant  fc 
guérir  que  l’efprit  ne  foit  bien  purgé  ,  il  ne  peut  mieux  faire 
que  de  commencer  par  l’invocation  de  celuy  qui  feul  guérit 
les  langueurs  du  corps  de  l’amej  parce  que  Dieu  fe  plài- 
fant  à  voir  le  pecheur  humilie, il  ne  manquera  pas  de  le  con- 
foler  quand  il  le  verra  contrit  aux  pieds  des  Miniftres  de  fes 
Autels  ,  &  de  bénir  les  remedes  qu’il  a  créés  pour  fon  ufage. 

Car  enfin  que  les  malades  faflent  tout  ce  qu’ils  s’imagine¬ 
ront  ,  Ils  ne  ceiferonf  jamais  d’être  inquiets  ,  irrefolus  &  mal¬ 
heureux  ,  s^ils  ne  commencent  par  la  paix  de  la  confcience, 
6c  s’ils  ne  donnent  enfuite  toute  la  créance  raifonnable  Ôc  ne- 
ceflaire  au  Medeçin  qu’ils  ont  choifi.  S’ils  font  autrement ,  tous 
ces  fauX:  amis^  ces  donneurs  d’avis,  qui  fe  mêlent  de  ce  qu’ils, 
n^'attendent  pas,  leia:  gâteront  tout ,  augmentant  leurs  irrefo- 
lutioiis,  ou  les  jettant  dans  unelnfenfîbilhé  pire  que  le  mal,  & 
encore  plus  funefte  à  l’amc  que  rirrefolutionêc  Finquiétudenc 
le  font  au  corps. 

LaMedecine  Catholique  eft  encore  fort  circonfpe<fte  fur  ce  qui 
regarde  les  Monafteres  des  B^eligieufes^ ,  puilqu’clle  en  défend 
meme  l’entrée  au  Médecin  Catholique  hors  de  la  neceflitév 
&  abfolument  aux  Juifs  Mahometans  &:  heretiques,  juïquesâ 
ne  pas  permettre  au  Médecin  Catholique  de  conférer  avec  eux* 
Riolan  va  fî  loin ,  à  l’égard  des  Juifs ,  qu’il  ne  croit  pas  qu’on 
s’y  puiffé  fier ,  s’ils  n  ont  été  redificz  par  plufieurs  générations. 
Âuffi  Langius  &  SimonScultzius  n’ont-ils  pas  crû  qu’on  les  doi¬ 
ve  admettre  aux  confultations  fondez  fur  les  Decrets  des  Pa¬ 
pes  &  fur  l’autorlce  des  Dodeurs.  Sur  quoi  j’ofe  dire  avec  toute 


Première  P  arm,  C  liap .  V .  .  26  s 

la  foûmiffion  poffîSle  aux  Ordres  del’iiglife  j  que  je  ne  croy 
pas  qu’on  puiffe  Ufurer  à  un  malade  la  confolation  de  voir  uiï 
Mcdccin }  de  quelque  Religion  qu’il  foit  >  s  il  le  louhaite  paf-* 
fionnémenc ,  s’ il  y  a  confiance ,  &  fi  le  Médecin  eft  un  Médecin 
rationnel  5  mais  qu’on  ne  luy  doit  jamais  permettre  de  l’avoir 
en  qualité  d’ordinaire ,  s’iln’cft  Catholique ,  de  crainte  qu’il  n’a- 
bule'de  fa  facilité  en  un  tems  oii  l’efprit  eft  affoibii  par  là  mala¬ 
die  yja^ce  quipas^ans  exemples.  En  quoy  nos  Pr.  R.  de  Fran¬ 
ce  ont  efté  bien  plus  politiques  ,  que  les  Catholiques  ,  n’en  , 
ayant  prefque  jamais  apellé  d’autres  que  de  leur  Religion  , 
quandilsenontpûtrouver.-àproposdequoyunPlaifàntdî- 
foit ,  qu’ils  ainioient  mieux  un  afiie  de  leur  Communion ,  qu’un 
barbe  de  celle  de  Rome.  Mais  fi  cela  eft  de  confequence  ,  il 
l’ eft  particulièrement  à  l’égard  des  Princes  j  comme  le  fçavant  f 

Pofievin  l’a  judieieufement  remarqué.  Aufiîle  brave  Duc  de  /  *  4  ^ 

Nevers  ,  non  content  d’avoir  refufé  de  guérir  par  des  remedes  tj'  '  * 
fuperftitieu:^  »  ne  voulut  pas  même  qu’on  luy  amenât  un  Mède-  . 

cin  Huguenot.  A  quoy  nous  pouvons  ajoûter  l’exemple  d’un 
Roy,  qui  eft  un  modèle  de  bon  fens  ,  de  Politique  &  de  pieté  , 

&  qui  a  fait  leçon  fur  cette  matière  à  tous  les  Princes*Catho- 
liques  ;  car  loin  d’en  admettre  aucun  prés  de  fa  perlbnnc  fa* 
crée,  il  n’a  pas  même  permis  qu’aucun  foit  entré  dans  fa  Cour, 
pour  le  fervice  de  fa  maifon. 

'  La  Médecine  Catholique  a  encore  un  grand  foin  d’examiner 
les  befoins^de  ceux  qui  demandent  à  eftre  dilpenfez  de  l’ab- 
ftinence  des  viandes  ôc  du  jeûne  Ecclefiaftique  ,  ne  permettant 
pas  aux  malades  de  confulter  là  deffus  des  Médecins  hérétiques, 
ni  même  ces  Médecins  relâchez ,  qui  donnent  dans  les  raifons 
captieufes  de  Fuçhfé.  En  effet  y  a-t-il  rien  de  fi  ridicule  ^  L.^  d^mtrhis. 

moins  Catholique  ,  qiJft  de  prendre  avis  d’un  Médecin  qui  fe 
moque  des  ordres  de  i’Eglife  &  de  fes  Miniftres  ?  i 

La  Médecine  Chrétienne  Catholique  ordonne  de  plus  à  fon 
Médecin  de  ne  pas  abufer  de  l’état  pitoyable  auquel  fon  mala¬ 
de  fe  trouve  fouvent ,  en  exigeant  des  falaîres  excçfiîfs  5  &  de 
fe  contenter  de  ce  qu’il  peut  faire.  Ainfi  je  ne  croi  pas ,  comme  c.  1. 1.  chrifi 
a  fait  Codronchius  ,  qu’il  puiffe  faire  marché  avec  le  malade,  ued.Mtthl 
cela  fenc  trop  le  charlatan  ,  fi  ce  n’eft  en  des  cas  dont  nous 
parlerons  autre  part  5  mais  s’il  a  fait  marché  ,  &  que  le  ihaladç 
retombe ,  je  ce  doute  pas  qu*ii  ne  foit  obligé  de  le  traiter  gra- 


Zachiâs  q.  q.l.  è' 
GuilUlm.  Onc’m. 
Colloq  mixtor.  c,6. 
Codrench,  e.  zj. 
Ahafner.  Fritx.fh. 
^encinf.  g. 


*  Oftcïidàt  xgro 
morbi  magnitudi  - 
ccm  ,  per  hoc 
concitct  ojus  folli- 
citudinem  ,  ne  lan- 
guorem  ncgJigat  , 
pars  Medicinæ  vi- 
àebimï.ZenoVero». 
E^ifc.  Sert»,  de  li. 
vere  ^  invid. 
Mcdicus  falfum  di- 
cic  quandoquc,  non 
tamen  fallitaiit  inê- 
titur  j.  idcninx  re- 
îertur  ad  ^ntem 
ejus  an  jus  curam 
gcrit.  Sextus  Empi- 
ric.  advtrf.  Math. 
f,zz  .Gâlen.l.de  Of. 
Symphorian,  Cam~ 
pegiut  Speculi  M£~ 
4ici  Chnfiian.doStr. 

7. 

Meihomius  in  jus~^ 
jurand.  Hipocrat.. 

pa^  Z.IZ- 


266  de  Médecine 

tuitement  la  fcconde  fois. 

De  plus  fi  la  Médecine  Chrétienne  Catholique  veut  bien 
que  le  Médecin  vive  de  fon  travail ,  elle  luy  ordonne  d’tutre 
part  de  fervir  les  pauvres  gratuitement,  ^  même  de  leur  donner 
comme  un  charitable  Samaritain  les  medicamens  dont  ils  ont 
befoin  y  parce  que  perfonne  ne  fçait  mieux  que  luy  ce  qui  eft 
neceffaire  au  pauvre  malade  ,  ni  qui  puifie  mieux  prendre  le 
tems  de  le  donner  efficacemènt.  -  ^  ^ 

Elle  veut  encore  bien  plus  précifé  ment  que  la  £ehifmatique  8^ 
que  rherètique ,  que  le  Médecin  dife  fincercment  aux  malades. 
&  aux  afiiftans  ,  ce  qu’il  croit  de  rifiuë  de  la  maladie ,  tant par- 
ce  qu’on  ménagé  enfuiîc  .fajdnvinirtradon  des  Sacremens  ,  que 
parce  qu’en  effet  e’eff  en  cela' que  eonfifte  la  prinéipalè  partie 
de  l’Art ,  &  lé  devoir  de  l’Artiîàn.  *  Mais  ellc  ne  défend  pai 
pour  cela  de  donner  de  la  confiance  &  de  rerperanGe  par  des 
paroles  équivoques  ôc  même  pofitives  quand  on  a  fait  le  de¬ 
voir  de  Chrétien  »  parce  que  cet  adoucifiemenr  pcut  Goncribuet  à 
la  guerifon  jqucce  n’efi:  pas  mentirjquand  de  promeffespafèifc 
ne  fe  confirmènt  pas  par  des  jurcrnens  b  8c  qu’enfin  la  iiature 
à  quelquefois  des  refiources  malgré  nos  lumières  8c  nos  progno* 
ftics,  fort  avantageufes  aux  malades  :  il  fuffit  qu’on  ja’imke  pas 
Galien  qui  fit  périr  un  malade  par  un  menfongé  affedé,  car  ayant 
àlFûréa  deux  charlatans  au fquels  il  abandonnoit  un"^malade<|^ 
que  l’épaule  de  ce  patient  nétoient  pas  luxée  ,, ces  ignorans  le 
firent  mourir  pour  l’avoir  traité  fur  ce  pied-là*  Mais  fi  cette 
fincerité  eft  fl  neceffaire  dans  la  pratique,  c  éft  particulièrement 
a  régarddésaffirmations  verbaiesà  cai  literaHestque  les  Médecins 
font;,  quand  ils  fdnt  interrogez:  judiciairement  j  parce  que  lé 
jurement  que  nous  faifoüs  en  cesdimeem  une  reiigieü^ 

fe  affirmation  faite  à  Dieu  ,  &  qfiei  etiffi:  abufer  dé  fon  nom  j 
que  de  ne  pas:  répondre  jufte  aux  interrogations,  du  Juge  qui  le 
icprefente.  Car  qtioy  qu’on  paiffé;  petextsr:  îd  cdiadté  dans  des 
rapports  faits  en  faveur  de  ixs  mifefealdes,,  qui  font  retenu 
dettes  ,  &  piu5  particulièrement  de.  ceux  qui  font  retenus  pài? 
les  Fermiers  8c  Officiers  du  Prince. ,  on  nepeut  gueres  fervir 
les  particuliers  eùces  occafiôiîs  ,  . fans  donner  lieu  à^des  abus  dé 
€onfequcnçe,5  outre  qu’on  fait  un.naenftmgé^  qui-  eff  unmalef* 
fcclif  ï-pqur  c-aufer  bien:  qui  à^éft  pas  ceitai  n;-  Ainfi  commé 
rôdeur  du:  iîi4;eft  ; taujours.  maâ^ife  fies  .mieux 


Première  Pmis.  Cmç,  y, 

lent  que  leMcdecin  dife  mû jpuïs  la  vérité  ea  in aticfe  de  rap¬ 
ports  &  d’affirmations  -rdâÆnc  à  Dku  te  foin  dès  ffiiféfables  > 
qu’on  pourroîc  peut-être  fecourir  par  une  cfpccc  de  parjurG. 

Quant  à  ces  Canons  de  i’Eglife  Catholique  ,  qui  >  dit-on 
communément ,  défendent  au  Médecin  de  fe  traiter  îuy-même 
quand  ii  efl:  malade,  c’eft  une  chimere  :  car  quand  il  s’en  trou- 
veroit,  il  ne  les  faut  pas  prendre  à  la  lettre  &  fans  diftindion. 
En  efe  à  moins  d’une  vieilieiTe  décrépite  ,  ou  d’une  perte  de 
mémoire  Sc  de  jugement ,  qui  fçait  mieux  que  le  Médecin ma¬ 
lade  ,  ce  qui  luy  eü:  propre  ,  fur  tout  dans  les  rnakdes  croni- 
ques. 

Gomme  TEglifc  ne  permet  le  divorce  que  pour  les  maladies 
honteufes  &  contagieiucs  ,  pour  des  vices  dé  conformation  ,  & 
&  des  indifpofitions  qui  regardent  F  Officialité  j  la  Médecine  Ca¬ 
tholique  veut  que  fes  Miniftres ,  les  examinent  ferieufement  Sc 
avec  application  ,  &  que  tout  s  y  paiïc  avec  toute'  la  deccnce 
poffible. 

Il  en  eft  de  meme  des  atteftations  quelle  donne,  fur  tout  en  ma¬ 
tière  criminelle  ,  oii  les  Juges  ne  concluent  que  fur  ces  atte- 
ftations  &  ces  rapports  5  ce  que  je  marqué  encore  ûûc  fois  : 
car  quoy-qoe  la  Medecine  fchiïmatique  &  l’héretiqué  ne  fôîént 
pas  éloignées  de  ce  fentiment ,  elles  ne  laiflént  pas  â’avoîf:qtrel> 
ques  reïervcs  en  faveur  de  la  Religion  &  des  Rciigidhttâirés , 
comme  nous  le  pourrions  vérifier  par  plufîeurs  exemples.  Enfin 
il  y  a  des  Dodeurs  dans  l’Eglife  Gatholique  ,  dont  le  fentimént 
&  la  pieté  vont  jufqu’à  croire  que  le  Medecîn  ne  doit  .traiter 
fon  malade  qu  après  avoir  invoqué  le  fecours  de  Dieu ,  qui  eft 
le  véritable  Archiatre.  Car  que  feh ,  difent  ils ,  le  diciame  ,Jp  Dieu 
ne  luy  donne  la  vertu  ^  préférant  même  un  Médecin  homme  dé 
bien  moin  fçavant,  à  un  plus  fçavant  moins  vertueux  ^  fondez 
qu’ils  font  fur  le  proverbe  Plamant ,  qui  veut  que  de  trois  Meé 
decins  il  y  en  ait  deux  fort  mauvais  Chrétiens  j  fiippofition  quo 
nous  examinerons  en  fon  lieu.  Çes  mêmes  Cafuires  non  con- 
tens  de  propofer  au  Médecin  l’exemple  d^Aza  ,  Roy  de  Juda, 
pour  le  propofer  à  fon  malade  ,  ÔC  de  luy  mettre  devant  les 
yeux  l’avertiiTement  de  TApôtre  faint  Jacques  ,  F  O  rai  fon  dé 
S^aeides^,  les  Conftitutions  d’innocent  Pape  IIî.  CésGafuites, 
dis-je  ,  blâment  encore  les  Medeerns  qui  fe  confient  bien  plus 
en  leur  étude  qu  en  la  behedidion  dii  Seigneur  ,  &  qui  ne.  luy 


chius  l.  i.f.  j8, 
Baul.Zachias  tiîul. 
de  Ter /trente  q  6 . 
Fatd  du  Bé  in  vsYst 
Medi'ci  idea. 

Roder !c^  à 
Meiico  Rolmc. 
Taul,  Zachius  q. 
1.6. 


Z  ach'mTii  .  q'.p 
I.  s.  Codronch  Li, 
C.37, 


Ojtdder^  Rrehagîtit/ 
Theofhiltts  ,Spize~' 
Ifus  deinfeticit.Lit-- 
terat.  Ahufnerus 
Frhzch.  conclu/,  t. 
cè»  î.  Henricus 
(t’Jpu  ex  Bodevin. 


t  é$  EJfais  de  Medecine» 

rapçrtent  pas  les  heureux  fuccez  :  Hoc  ego  fecl^  tune  fiant  fece^. 
Pour  ne  point  parler  de  tant  d’autres  fautes  qu’ils  font  ordil 
nairement ,  &  que  nous  examinerons  à  loihr  dans  la  fécondé 
partie  de  cet  Ouvrage  ,  qui  ne  traitera  qu’une  Morale  tres-u- 
tile  aux  Médecins  ôc  aux  malades  qui  en  voudront  profiter, 
mais  d’une  manière  dégagée  des  fechereffes  &  des  épines  de 
l’Ecole. 


C  H  A  P  I  T  R  E  VUE 


Du  fecret  de  U  Medecine. 

T  T  O I  c  I  Tame  de  la  Medecine  ,  ce  qui  luy  donne  le  mou- 
Y  yement  >  ce  qui  la  rend  pratiquable  ,  &  la  faitenxrer  dans 
le  commerce  de  la  vie.  Àufli  cft-ce  pour  cela  que  j’ày  gardé 
cette  matière  pour  la  fin  ,  &  pour  la  perfeâion  de  ceue  pre¬ 
mière  partie. 

Ce  n*eft  pas  fàns  raifon  que  rOratéur  Romain  introduit  Ar- 
z.  de  jtmiehU.  çhias  ^  difant  que  toutes  les  beautez  des  deux  ne  touGheroient 

-  gfieres  celuy  qu’on  y  auroit  enlevé  ,  s’il  nY  avoit  perfanne  en 

cesHicux-là  ayec  qui  il  pût  s’entretenir ,  puifque  comme  le 
remarque  Ariftote  ,  Phomme  aime  fi  naturellement  le  colloque) 
qu’il  eil  appelé  En  efifet  il  n’y  a  irien/dans  la  vie 

.  civile  qui  en  adoucifiè  davantage  les  amertumes  prefquc  con* 
tinuelles  ,  que  cette  joie  qu’on  lent  d’ordinaire  dans  la  eonver- 
.  .  fation  d’un  amy  fidele.  C’eft  là  qu’en  épanchant  fon  cœuï 

^  avec  ïiberié  &  fans  crainte,  on  fe  décharge  du  pefant  fardeau 
d’un  ennui  .mortel  ,  ou  qu’on  reçoit  un  confeil  fîneere  )  qui 
tire  de  la  peine  ,  qu’une  trop  grande  referve  ,  &  un  filence 
,  fcrupulcux  rendoit  fans  reinede.  Mais  quoy-que  la  Medecine 
n’ait  rien  d’incivil  ni  qui  interrompe  lafoçicté ,  toutefois  quand 
il  s’agit  de  ce  qu’on  appelle  le  fecret  ,  ,dans  les  converfations 
mêmes  les  plus  particulières  ,  il  n’en  eft  pas  de  même  que  des 
autres  affaires  de  la  vie  civile-,  c’eft  l’intereft  de  nôtre  pro-* 

chain.  Le  -  malade  ’peut  bien  s’ouvrir  à  fon  Médecin  5  il  Y 
cft  même  obligé,  s’il  veut  guérir  5  mais  le  Médecin  ne  doit  jamais 
faire  entrex  le  particulier  de  fon  malade  dans  la  convenado^^’ 


Première  Partie,  Chap.  VL 

quoi-qu  il  y  puiffe  faire  entrer  toute  autre  chofe  ,  pour  parta¬ 
ger  avec  fes  amis  cette  douceur  fi  neceffaire  à  l’entretien  de 
îa  vie  &c  de  la  focieté  dont  nous  venons  de  parler.  C^nddl  a 
donc  reçu  le  précieux  dëpoft  du  cœur  du  malade  j  il  faut  que 
fon  cœur  &  fa  bouche  renfeveliffent  dans  le  filence  >  &  qu’ils 
luy  fervent,  pour  ainfi  dire  ,  de  tombeau  :  ce  n  eft  plus  alors" 
une  matière  de  converfatiôn  s  &  il  n ’eft  pas  moins  obligé  à 
garder  ce  fecret ,  que  le  ConfelTeur  à  garder  celui  de  fon  péni¬ 
tent.  En  effet  fi  1  un  &  l’autre  n’y  étoient  obligez ,  quelles  fui¬ 
tes  &:  quelles  confequences  dans  la  Religion  &  dans  la  Repu, 
blique  ?  En  combien  de  maladies  du  corps  &  de  l’ame  ne  crou- 
piroit-on  point  tous  les  jours  ?  Q^ls  doutes  ,  quels  fcrupuîes» 
quels  chagrins  ^  quels  embarras  ,  &  particulièrement  pour  les 
temperamens  melancholiques ,  de  n’ofer  recourir  aux  remedes 
qui  leur  paroiffent  fi  neceffaircs  ?  S’il  eft  donc  vrai  que  te  Me-^ 
decin  foit  le  Çonfefleur  des  infirmitez  corporelles  il  nt  îmt  Miche Isodetnn^ 
jamais  que  ce  qu’il  fçaît  forte  du  lieu  oii  il  a  été  mis  éh  de-  2- 

Îoft  ,  tout  cela  ne  doit  être  que  pour  luy  pour  le  ma- 
ade  5  2c  loin  d’étre  le  lien  &  rentretien  delà  focieté  civile r 
il  ne  .peut  fervir  qu’à  la  diffbudre.  Le  lieu  qui  reçoit  ce  dé- 
poft,  doit  reff^bîcr  à  ces  vaiffeaux  où  l’on  fait  entrer  tout  ce 
que  l’on  veut ,  mais  d’où  rien  ne  fort ,  quoy  quÿn  faffe ,  quand 
il  y  eft  une  fois  entré  A  moins  de  cela  plus  de  Médecine  Pra¬ 
tique.  Sur  quoy  on  peut  remarquericy  j,  que  ce  qu’on  appelle 
fecret  ,  a  deux  faces  dans  la  Politiquç  j  l’une  qui  cojijpj-end  &  .  ^ 

recelç  les  deffeins  Idüabîes  .  êc  -  les  plu^  nobles  entreprifes  ,  dé  ' 

crainte  qu’elles  n’avortent  en  voiant  le  jour  5  l’autre  qui  caché: 
les  trahifons,  les  QefobéiiTances  &  les  révoltés j  pour! efqu elles;  ; 

le  silence  n’eft  pas  moins  neceffairej,  que  pour  les  plus  honnêtes  & 
les  plus  loüablespro  jéts>Çl’cft  dans  le  dernieridé  t^s  deux  fens  que* 

Tacite  parlpit  de  fonBeau-pere  Agricola  : Secrepum  ^ füentmm- 
pjtis  non  timeres &  que  le  Dde  d’Àlbé  appeiroit  îë  Prince  d^Ô- 
range  A  Mais  il  n’en  eft  pas  dans  la  Medecine  com¬ 

me  dans  la  Politique  ,  Je  filence  n’y  peut  avoir  qiCune  bonne 
face ,  il  n  enferme  rien  de  mauvais^'C’éft  ppucqudy  if  eRcfens: 
dans  l’école  d’Mipoerate  ÿCe  qu’il  étoit  dans  eelIéd’Epemcnides 
&  de  Pythagpre;,  où  il  étoit  fi  préçifément  reçomrharsdé  q  ué  cé: 
luUcy  en  chafla  Hyparchus  ,  pour  en  avoir  révélé  lé  fêcret'v 
Êifant  ériger  une  colomne  en  fà  place  avec  une  figure  dù  ^ 

L  I  i§ 


L.  de  Cftpt/miet  uti- 
litnte  ex  ennicis. 

Siracjd.  c, 


Ejii/.  ad  ElvUiam, 


Injus'urand. 


Medicam  cffc  piS 
&  (cpclicticem  pri- 
vata  rcveiaca  ipÆ. 
Rhxjtsl.z^.  _ 
Contin.  c.^ . 

I.  B.  Cadrer,  ch^ 

T.  B,  Silvutic.  in 
Med,c.%. 

Zachias 

Ahafner.  IritT^ 
'Concluf. 


zjo  Bjjah  de  Mededût. 

lence.  C’eft  ce  que  Plutarque  appelle  nonmitor  pm  virfmhiSip^ 
confequcnt  ce  qui  rend  le  Médecin  accompli.  Car  enfin  fi  l’ons  ea 
rapporte  au  Sage  Siracides ,  celai  qui  revele  le  fecreip  ptrd  tome  U 
creance ,  é*  toute  Vejlime  c^a  on  a’üot'f  pour  lay ,  parce  que  c*eji  le  prcr. 
pre  â*  un  fourbe  de  rfietfre  au  jour  ce  qu'on  Uy:  confie  -tCOinm  défila 
marque  d’un  y  eritable  àmy -de  nè  rien  f épeler  de  u  qut  dott-Ptre  ces-^ 
ché.  Rmgijfez,.,  ajoute-t-il ,  à  la  nfomdre  ttntaiion  de revder le fe^ 
cret ,  fi  vous  voule^  éviter  la  confufion  dé  dvdir  trahi  vûm  âevofr\ 
é’  fi  vous  voule^  mériter  C efii'mt  umnetfiede.  Gonfeil  qui  fembiè 
d’autant  plus  fait  pour  lés  Medecïm  en  particulier  ,  qu 
cy  doit  êcre  regardé  comme  le ' meilleur  amy  qu'on  pdidé'falre. 
Saint  Jerome  parlant  des  obligations  du^Môdecin ,  luy^ôfdâîî':* 
ne  particulièrement  de  garder  le  fecret  des  familles  bii  il  eïïap; 
peîîéjdê  ne  regarder  que  foil  devoir  en  tant  dé  dfiFé.rens  endroit^ 
du  tarit' d’objets  cüfféreîis  preFeiTtent  tfà.  hûë 

.ginatipn  î  Sc  l’avertit  que  fi  Hipocrate;  rouf ÿàyèid qu’l!  étoifi 
a  fait  dé  fl  belles  leçons  à  fes  difcipies  fur  cette  matière  5  à  plus 
forte  raifèn.  îés  'Chrétiens  à  la  fidélité  defquels  dn  fe;  commèt, 
fprit  ôbligé^^  de  côûfîdefêr  le  prerchain  comme  euS-mêmes;  H 
ri’eft  ÿas  jÙfqneS:  à  ce  fagé  Jiïf ?  qu’uit  de  ripi  ÂfaBes  clm  fi)ü> 
vént^a  f ^i 'rie  fecqmmïnde  ’i  fôn  Médecin  aPeriievCi 

fir>  .pdur  aîrifr  dire ,  tout  cé  qti’on  'éoriffci  à'  fa  difcretiori.  Mais 
ce  qui  cft  bien  plus  conlîderable ,  FEglife  dé  Dieu  s’explique 
Ci fdrmetiemént  fur  cette  mâtiere  j  qued  brdoriné  âu  Mede- 
eih  de  garder  le  fècret  fous  peine  de  pètliémTonel ,  &  particu- 
Herement  dans  les  maladies  qui  font  une  fuite  du  péché  3  U 
é’êC  ce  qui  a  faitdireau  jurifconfultc'qüc  le  Médecin  n’éft 
pas  obligé  de  révéler  le  fecret  du  malade  même  ^  jugement» 
Ccè  û’etb  ppur  des  faits  generaux  >  ,&;  quand  par  exemple  il 
s’agit  iié  malhdlès  çontrigieurès ,  Iqur  infecl:eroién  publi,^  > 
âpres  ayoit  Irifeéïéfe  particUlier  rfidn  n’y ‘mettori  ordre 
populî  fuprema  lex^^c^  TôuSles  Maîtres  riiêriic  de  l’Art  j  n'orit 
jamais  publié  Ce  precepté  danS  léiirs  ouvrages  ,  parce  que  le  fc^ 
crCt  ifembîe  ctré  le  lien  qui  attaciae  le  m'aîadc  au  Médecin  SC 
le  Médecin  aumal^e.  Ænfi  le  grand  filpéeratew^ 
te  pas  de  jurer  par  ce  qu’il  croit  le  plus  tClireTriBle ,  qtfd  mè  tè* 
velera  jamais  rien  de  ce  que  le  malade  kiÿ  âu^  <St  3  mâiièff'- 
corc-  il  protefte  de  garder  la  même  fidélité  en  toütës 
dmceafions  Si  dé  rencontres  qui  né  regardent  pas.  la  Médecin* 


PrewW  P^c.Chap.  VIIL  271 

AuÆ  l’Orateur  Romain  veut  abfolameût ,  que  Us.  Mtàeùm  qui 

ent  Centrée  Uhre  des  chambres  &  des  cféinets^  emhem  tout  ce  qui  doit  Subeam  ,  ^hl 

hrt  caché,  ^ufques  à  fe  taire  même  af rés  ànjbir  été  effenfe^^  quay  qu  il  teçcrcdcbcntcnam 

foit  aÿeK  difficile  de  ]c  taire  qmnd  on  efifafcU  i>küic  -^dkvà  ee  ÎL 

fujet  qu’un  Médecin  doit  plus  fçavorr  &  plus  penfer  que  par-  àoicsit.eicer.inof, 

1er.  Le  Conciliateur  veut  que  fcs  difciples  Ibient ,  pour  ainfi  di-  f 

rej  les  receleurs  des  yaffionS'  qui  perteüt  la  éon^ujion  avec  elles,  ün  PafBoièjm  ignomî- 

autre  Auteur  »  de  même  païs  ne  inet  pas  de  diSerence  entre  un  “iofarum  fibi  rcvc- 

Medecin  Sc  un  Conféfleur quant  auXecret.-Le  dode  V aleriifc  ^  zlT£fferjjT'‘ 

quoy  qu’en  termes  differens  de  ces  deux  Italiens ,  eft  de  même  a  Ludovic.  d’Avi- 

fentimenc ,  Si  fait  une  grande  afiàire  du  fecretà  un  Médecin.. 

Une  Moderne  foudent  que  c’eft  du  feexet  que  ce  vers  de  Vir-  hEn^.rrat,Medic. 
crilc  doit  s’entendre  : 

.  Mutas  a^abat  ï^rm  ariesi  r  imundarum 

La  Loy  de  naturequi  ne  permet  pas  qu’ôn  faffe  à  autrui  ce  que* 
nous  ne  voudrions  pas  qu’on  nous  fît  j  femble  iî  délicate  fur 
cette  matière  ,  quelles  premiers  fiecles  n’ont  pas  manqué  de 
marquer  cette  vérité  ,  par  des  Apologu^  ^dés  Hyttrogliphcs 
qui  fautent  aux  yeux  des  clairvoyans.  € ’eft  ainfi  que  l’antiqui* 
té  a  feint  que  Sifiphe  roule  éternellement  une  roche  dans  les- 
enfers  >  pour  avoir  révélé  aux  mortels  le  fecret  des  Dieux }  de 
c’eft  pour  cette  fai fon  que  le  fàmeux  Scite  .Anacarfis  n^étoit 
jamais  reprefenté  que  dormant  la  main  gauche,  fur  ce  qu'on- 
ne  peut  nommer  honnêtement ,  de  la  droite'fur  lia  bouche  ,  pour 
marquer  qu’on  doit  s’alTurer  de  l’une  de  ’èt  L’amre  de  ces  par¬ 
ties  ,  &  particulièrement  de  cette  derniere  ccanmife  à  la  droite 
comme  à  la  plus  forte.  Mais  ce  qni  fcmblfe  de  plus  précis  fur  ‘ 
cetre  matière;,:  c’efl:  qu’on  dirait  que  la  conjèqanee  des  noms 
adocie  Harpocrate  avec  H^ocrate,,  pour  nous  apprendre,  que 
le  fecret  eft  pardculieremem-rccommandé  au  Médecin  »  U  que 
quand  Harpocrate  fe  trouve  jmnt  ehex  les  Egyptiens  avec  Hist 
&  Ofiris  inventeurs  de  la  Medécine  ,  c’eft  men  moins  pour 
nous  enfeigner  que  les  peuples  ayent  voulu  envelopper  dans. 
un  filence  affedé ,  que  ces  Divinitez  ont  été  des  hommes  ejfte- 
clifs,  que  pour  nous  feire  voir  que;  par  tout  ou  il.  y  a"~dü 
malade  &  du  Médecin  ,  le  filence  doit  le  trouver  au  milieu.  . 

Qa’âinn  ne  foit  ,on  ne  voir  gueresde  reprefentations  d’Efeu-, 
lape  appuyé  fur  fon  bafton  noüeux  &  entortillé  d’un  ferpent, 
qurqnr^ne  y.oye  un  Harpocrate  à  côté:,  tenant  un  doigt  iur  fà 


Ejjats  de  Meieçine, 

bouche  >  &  affis  fur  la  Heur  du  Lotus  confacré  au  folêil  fo^ 
pere  ,  auteur  de  toutes  les  produdions  de  la  .nature  ,  &  par¬ 
ticulièrement  des  remedes.  Soit  donc  que  le  Médecin  confè¬ 
re  avec  le  malade  feul  à  feul,  ou  qu’il  conféré  avec  quelqu  autre 
Médecin  pour  ce  malade  j  foit  qu’il  falTe  quelques  indudions 
dans  les  ouvrages  qu’il  donne  au  public ,  il  ne  doit  jamais  man- 
quer  au  fecrec ,  épargnant  toujours  &  les  noms  Sc  les  quaUteZf 
de  ceux  qui  entrent  dans  cesindudions. 


Uifctll.  Erudit. 
jfntiquit.Tabul.tS 
fed.  i.  art.  i. 


^75: 


ESSAIS 


MEDECINE 

SECONDE  PJRTIE. 

Des  défauts  &  des  devoirs  des  Médecins. 


Définhim  du  Médecin  . ^  O*  çeMe  des  quatre  plus  fameux  Médecins 
qui  ont  fait  la  Médecine  d  Paris  de  notre  temps, 

CHAPITRE  I. 

PRES  avoir  écrit  de  la  Médecine  &  des  Méde¬ 
cins  qui  luy  ont  fait  honneur  aux  fiecles  paffez , 
je  viens  aux  Médecins  de  nôtre  temps  5  &  pouf 
mieux  marquer  les  devoirs  des  Médecins  en  ge¬ 
neral,  aux  défauts  de  ceux  qui  déshonnorent  la 
Medecine  par  des  fmgularitez  qui  n’ont  rien  de 
conforme  ni  aux  préceptes  de  l’Art,  ni  à  ceux  delà  Religion;- 
C’eft  ainfi  que  le  droit  étant  &  la  règle  de  l’oblique ,  &  fa  pro¬ 
pre  réglé ,  je  commence  par  la  définition  d’un  bon  Médecin. 
_  Homere  qui  nétoit  pas  feulement  grand  Poëte  &:  grand 
Théologien  dans  le  Paganifme  j  mais  qui  étoit  encore  fçayant 

Mm 


2,74  Ejjais  de  Adededne 

lUni.'L:  ^ans  la  Médecine,  dit  que  c’eft  un  perfomage  excellent  y,  ^  Um 

V.  p.Tahnm.Uh.  deffus  du  commun  des  hommes,  Hipoçrate  va  bien  plus  loin.y 
4.  c.  }i.  Thejauri  puifqu’îl  Ic  fait  égal  aux  Dieux ,  en  quoy  il  a  été  fuivi  ^ar  Ari- 
rerum  rcmdtm-  {tote,  &:  par  quelques  autres  Philo fophes. 

^  "  Ne  pourrions-nous  donc  pas  bien  dire  d’un  bon  Médecin  fur 

nos  propres  expériences ,  ce  que  quelques  Poëtes  ont  dit  du  So¬ 
leil  ,  que  l’Antiquité  a  regardé  comme  le  Dieu  de  la  Médecine?: 
C’efl  le  Dieu  fenjihle  aux  humains  y . 

Ce  fl  II  œil  de  la  nature , 

Sans  luy  les  œuvres  de  fes  mains.- 
-  Kaîtroknt  a  P  avanturCy,  '  ' 

Bt  fans  luy  l'on  verroit  périr  , 

Tout  ce  quon  voit  naître  ^  fleurir,. 

■  Ciuthio  ch'm  ciel  d'^honor,  can  cinthio  ayarMi 
Scorri  ^  alcui  corfe  illuflire  y  an^al  eut  vûlô. 

Termine:  anguflo  €■  l'un  èfl'alm  polô: 

Senfa  meta-i  ^  occafo.  etemo ,  è  chiaroi. 

Non  hk  di  te  naîura  altto  piu  carœ 
liglio  £:  mimflr.o.é.  di  que  raggi- folo. 

:  €into  tenv ai  flrà  numéro fo  fiuolo  ^ 

ch' al  gran  vecchiôidt  Qoo  Ja  chiorma.  ornarœ 
-A  Tu  de  mortali  a  le  caduche  falme.  ' 

Render  faivita  -,  ^  knmortale  intanto, 

Di  due  morti  m  m  punto  bai  do^pe  palmê.- 

M  ne  Tarte  faluhre,  hai  doppiovantOi 
che  f&i  non  men che'p  corpp  a  fanar  T  aime: 

.  ‘Vfoyhnôn  meni  ho  con  la  man  col  cantoi. 

Mcâicas  rcrum  En^-ej^.t,  outrc  It  rémoignàge:  de  tant  dc  gravcs  A.uteurs4’^^ 
fc^nSmuT^^^na-  periencc  UC  nous  apprend-clie  pas  tous  les  jours ,,  ce  qu’on  peut 

tuS”iauafvekum  attendre  des  fecours  d*un  excellent  Médecin  ?;Ne  voyons mous 
minifter,  maiorum  qu’il  pénétré  dans  Ics  fccrets  de  la: nature  les  plus  cachez» 
faimatis  comes^^^  comme  fon  plus  fidelleminiftre?  Les  coétions  ,  Ics  diftributions, 
raierioi.iocor.ci>}s*  Iqs  générations  ,  &  tant  d’autres  Ouvrages  de  la  chaleur  natu- 
mmJtb.  I.  cAf.  4,  j-gjie  jtout  cela  ne  dépend-il  pas  dans  le  petit  monde ,  des  foms» 
de  réconomie  &  dés  fécours  ,  du  Médecin ,  à  peu  prés  de  même 

maniéré  que  dans  lé  grand  monde ,  .  où  tout  (e  fait  &  fc  perre- 

dionne  par  la  verturdu  grand  luminaire  ?  Les  folutions  des  ma¬ 
ladies,  les  fondions  de  Pâme  fenfitive  di  végétative,  &  quelques- 


Seconde  Partie.  Cliap.  ï.  2^7:5 

fois  même  celle  de  d’aaie  railonnable  iroient-elles  pas  à  Tavan-  y.  114. 

tare  fans  la  prudence ,  6c  fans  la  conduire  du  Médecin  ?  Que  de 
morts, que  d’ayortemens , que  de  inonftres , Ôc que  d’autres  dé-  J^^c. 
fordres ,  fans  cette  main  eharitable  qui  remet  fouvent  la  nature 
égarée  dans  fes  voyes  ,  ou  qui  l’empêche  de  demeurer  court 
en  tant  d’occafions  •  T out  cela  eft  vray  f  mais  à  parler  franche- 
înent  ôc  fans  figures ,  comme  ces  deferiptions  de  Poètes  que  nous 
venons  d’alleguer  patoilîent  un  peu  hiperboliqn es, elles  nefonc 
gueres  conformes  à  l’idée  limple  6c  nuë  qu’on  doit  avoir  d’un 
bon  Médecin  ,  ne  Tétantpas  même  à  celle  que  je  me  fois  faite 
pour  l’économie  de  cette  fécondé  Partie  de  mon  Ouvrage. 

Difons  donc  fimplemenc  6c  fui  vaut  l’idée  d’Hipocrate,  que  le 
Médecin  nejl  rien  mm  chofe  quun  homme  de  bien ,  -qui  ^r/zü^ue  4^ 

V  Art  de  guérir  avec  conmiÿance  é"  exactitude^,  Vir  bonus  medenâi  legs,  feu  de  Muâtes, 
pritus ,  fentiment  appuyé^  non  feulement  des  Médecins  de  la. 

Sede  de  ce  grand  homme  ,  mais  encore  des  Théologiens  6c  des 
jurifeonfuites  ,  comme  on  le  verra  dans  la  fuite.  Ce  ne  fera  jr  Tirpqutii.  dt 
donc  ny  l’étude ,  ny  rexperience  feule  qui  nous  donneront  un  31. 

Médecin  j  mais  la  probité  jointe  à  l’étude  8c  à  l’experience  5  La 
fcience6c  les  bonnes  moeurs ,  fans  cela  point  de  Médecin.  Fir 
bonus  medendi  peritus.  Aufli  ce  fera  fuivant  cette  réglé  ôc  for  ce 
plan-là,  que  jechercheray  des  Médecins  en  cette; fécondé  Par¬ 
tie  ,  ôc  que  marquant  ce  qu’il  y  a  de  plus  oppofé  à  la  perfédion 
-des  ProfefiTeurs  ,  je  feray  voir  ce  qui  a  rendu  la  Profeffion  fî 
méprifable  depuis  quelque  temps.  Car  y-a-t-ii  un  meilleur 
moyen  de  ramener  au  bon  chemin,  les  Médecins  qui  s’en  fout 
écartez,  que  de  leur  faire  obferver  qu’ils  font  comme  des 
Afpics  dans  la  voye  des  pauvres  malade-s  ,  ftcut  cerajîes  in  via  , 
au  lieu  d’y  paroître  ôede  s’ÿ  faire  regarder  comme  ce  faluraîrc 
ferpent  qui  fait  la  devife  des  bons  Médecins ,  Fenitcjue  falutifir 
orbi. 

G’eft  pour  cela  que  je  commence  par  les  portraits  des  qua- 
tres  Médecins  de  notre  fiecle  ,  qui  femblent  avoir  fait  le  plus 
d’honneur  à  la  Medecine,dans  Paris  ôc dans  quelques-unes  des 
Provinces ,  ôc  que  je  laififeray  enfuite  à  conclure  dans  l’état  oii 
la  Medecine  eft  réduite  depuis  quelque  temps,  i.  Que  le  juge¬ 
ment  qu’on  fait  du  mérité  des  Médecins  eft  fort  trompeur  , 

2..  Q^  les  Médecins  qui  font  le  plus  de  bruit,  le  font  fouvent 
par  la  cabale  ,  ou  par  des  artifices  ôC  des  dehors  qui  impofent. 

^  Que  la  fortune  a  fouvent  plus  de  parc  à  leur  réputation  qu’un 

Mmij 


'JLnnAUS 

lik 


'tj6  EJJais  de  Ad[edecme, 

vray  mérité'  4.  Et  qu’enfin  les  beaux  jours  de  la  Médecin^ 
étant  paffez ,  c’eft  fait  de  eét  arbre  de  vie ,  dont  il  ne  refte  tan¬ 
tôt  plus  que  le  trône ,  fi  le  ciel  ne  fufeite  quelque  puilFant  gé¬ 
nie,  qui  fafle  reverdir  ces  branches  qui  s’étendoienc  autresmis 
iî  loin ,  &  qui  donnoiènt  de  fi  beaux  fruits  j  le  rajeuniflant  com¬ 
me  il  arriva  à  l’Empire  Romain,  fous  les  heureux  aufpices  de 

Tior.  in  Trajan.. 

■  Le  premier  donc  de  ces  quatre  Médecins  de;  réputation  que 

je  vais  dépeindre  paroîtra  fous  le  nom  de  Neptune:  Le  fécond 
fous  celuy  de  Grand;  Le  troifiéme  fous  celuy  de  Politique,  & 
Le  quatrième  fous  celuy  de  Petit-homme  ,  pour  les- raifons  . qui 
fuivent  chacune  en  fon  lieuv 

Le  Neptune'  eft  ainfi  nommé ,  non  feulement-parce  qu-il  éroic 
le  plus  vieux  des  quatre  ,  &;  qu’ilavécu  prés  d’un  fecle  ;  mais 
bien^  plus.,  parce  qu’il- a  prefque  toute  là  vie  prélide  aux  plus 
fameufes  Eaux  Minérales  du Rdyau me  ;  que  fa-  voix  ,/a  chevé- 
lure  ôc  fa  barbe  impofoient  fi  naturellement  à- ceux,  qui  cher- 
choient  dn-  fecôurs  dans  ces  eaux ,  qu’il  fembloît  un  autre  Ne¬ 
ptune.,  Oi  humerofque  Deo  fimilis ,  ôc  qu’enfin  il  fémbloit  àl’en-/ 
tendre  parler,  qu’il  fut  non  feulement  le  Seigneur  de  toutes  les- 
Eaux  Minérales  mais- encore  rihtclligence  motrice,  de.  celles-, 
qu’il  Gomparoîtà  la  Pifeine  de  Jerufaiem; 

Il  naquit  à  la  fin  du  feiziéme  fiecle ,  fur  lés  rives  dû  Fieuve 
qui  mêle  fes  eaux  avec,  celles- dé  la  Loire  ,  un  peu  au  defibus 
de  Nevers..  Comme  il  étoic  fils  dc-Maître&  d*an  alfez  bon  Maî- 
tre-5  qull  avoir  beaucoup-de  feu-,  qu’il;  fut  fort  bien,  élevé  5  il 
prit  fes-. dégrez  à  Monpelier  avec  de  grands  éloges.,  Ainfi  fom 
pere-  qui^  étoic  fort  en  confideration  ala  Cour  ,  où  il  oceupoit 
un  des  premiers  polies  de  là  Profelîîbn ,  ne  manqua  pas  dé  lé  pouf¬ 
fer  j  mais  ipne  fe  foutinc  pas  long-temps  dans  lés  divers  Emploie 
qu’il  y  eut.  Son  humeur  fiere  &  emportée  luy  fit  des  affaires ,  ^ 
Ion  imprudence  étant  allée  jufquesaen  conter  àdés  Dames  de 
qualité  ,  &  à  faire  des  Vaudevilles  &  des  chanfonettes  fur  déà 
matieres-tres-délicates,  il  changea  tant- dé  fois  de  maîtres ,  qu’it 
n’en  eut  plus  d’autre  que  le  public.  H  parloir  à  là  vérité  fort, 
bien  pour  fon. temps,  &  avec  une  volubilité  de  langue  furpre- 
nantejmais  ilmêloit  tant  defables  &  d’èxagerations-  dans.fès 
difcôLirs ,  qu’on  v-oyoit  bien  qu’il -parloit  plus  parodentatron  que;; 
pour  une  bonne  fin.  G’ell  ainfi  qu’il  faifoic  un  mélange  fi  parti-- 
ealier.  liaœ^ne?av,eç  laiMe.^cine',  .&4’ûne  maniere“ 


fécondé  Vartie'y  Chap.  T.  277: 

CrapitlSj  qu’on  n’avoit  nj  le  temps  déjuger  de  ce  qu  il  avan- 
çoit  xoy  le  ioifîr  de  luy  répondre.  Voila,  pourquoi  ceux  qui  le 
Gonnoiffoient  parfaitement  ,&  qui  ne  v.oubient  pas  fe  commet- 
tre  avec  cette  humeur  hautaine  ,  cedoient  quelquesfois  aux 
premiers  efforts  du  torrent,  fçachant, bien  que  tout  impétueux 
quil  étoit ,  il  ne  laiffbit  pas  de  paroître  à  fec  ,  quand  il  a  voit 
coulé  certain  temps..  A  quoy  on  peut  ajoûter  qu’encores  qui! 
fît  fduvent  entrer  la  fainte.  Ecriture  dans. les  difcours  qu’iJ  te- 
noit  aux  malades  ,  il  y  méloit  tant  de.  vanités  ,  qu’élis  n*en  étaient 
pas  plus  confolez.ôc  édifiez.  Il  eff  vray  qu’il  avoit  de  l’étude ,  6c 
qu’il  connoiffoit  âflez  les  .remedes  de  la  Medecine  j  mais  pour, 
ne  pas  s’arrêter  àL'ufage  bizarre  qu^ilen  fàifoit,  ce  qu’ily  avoit: 
de  plus  avantageux  pour  luy  dans  la  pratique,  eff. qu’étant  afTez.. 
heureux  pour  ^ever  d’abord  les  efprits  médiocres  par  lès  ma-  av 
nieres affirmatives  6i.par  fa  hardieffe,.il  n’ayoït pas enfuite grand- 
peine,  à  faire  valoir  Les  heureux  fuccés  ,  &:.à  les  attribuer  a  ùl 
conduite  ,rejettant  adroitement  les  fuites  malheureufes  des  ma? 
ladies  fur  ceux  qui  n’avoient  pas  le  bien  de  lüy  plaire...  Car  non.: 
feulement  il  ne  vouloit  jamais  avoir  tort  dans,  la  pratique  j  mais, 
jufques.  aux  matières  problématiques  ,  loin  de  revenir  &  de: 
prendre  le  bon  parti , -après  les  avoir  agitées ,  il  ne  faîfoit  pas  de. 
difficulté  de  pouffer  la  chofe  jufqirau  paradoxe  ôt  au  galimathias;^. 
Souvent,  e’étoit  affez  qu’il,  l’eût  dit.,  pour  vouloir  qu’on  le.  crut 
fur  fa  parole  ,4emblab lé  en  cela  au  Géant  dé  la  Gomediè,  donti 
il  avoit  quelque  chofe  dans  la  taille. dans  le  parler. . 

m  Uty  dit  commeMjl  répond  »■  je  k 

En  effet. 

Ces  grands  Sommes  pleins  dé  chlmeres^i  . 

Sont  dé  un  raisonnement  fâcheux  , 

Et  fiers  d" être  au  dejfits  da  hommes  ordinaires^.. 

JPenfent  que  l^  raifùn  doit  être  au  de Ifous  dieux - 
^  Q^nt  aux  honnêtes  rétributions  qu’il  pouvoit  prétendrc  dc"- 
lâ  Medecine,  quoi-qull  Temblat  définterelè.jtout  ce  qu’il  far- 
foic  n’étoit  qu’apparence ,  jpüint  toujours  fièrement  fôn  jeu  par- 
le  moyen  de  fes  Apotiquaires ,  de  quelques  autres  affidez  ' 
qu  îi  faifoit  intervenir  ,  jufques  à  employer  dès  moyens  encore 
p.  us  ï  as  pour  yenir  a.fes'finSjComme nous  le  verrons  dans  quelques 
Uns  Chapitres  fuivans.  Jureur  dautant  plus  hardi,  que  par  un 
Oiaiteat  déplorable,  lés  juremens  étoient  non  feulement  .alorsà  - 

M-m  iij^ 


1 


:ï  78  Effais  de  Medeme, 

tolcrez  ,•  mais  pour  ainfi  dire  du  bel  air  ôc  un  ornement  du  dif. 
cours.  Il  ne  laîfla  donc  pas  .avec  tout  cela  d’être  long- temps ' 
la  mode ,  &  dautant  plus  que -contre  l’ordinaire  des  Médecins 
il  fut  long-temps  efclave  de  la  mode>  6c  meme  de  celle  des  ha- 
I)lts;  car  les  fraifes  étoient  toujours  des  plus  proprement  gode- 
ronnées,fes  habits  des  mieux chamarés  êc  découpés,  fes  caftors 
6c  fes  bas  des  plus  fins  j  6c  comme  fa  cüriolïté  alloit  jufques  aux 
rofes  de  fes  jarretières  ôc  de  fes  fouliers  ?  on  n’auroitpas  manqué 
de  le  prendre  pour  la  véritable  Belle  rofe",  -s  il  eût  eu  la  douceur 
de  cet  Acteur  qualité  qui  luy  étoit  d’autant  plus  nècelTaiîe 
auprès  des  Dames ,  qu’il  n’enrrôit  jamais  en  madere  avec  elles 
qu’en  Capitan,  qaoi-quii  n’en  fortic  ordinairement  qu’en  Pan¬ 
talon  ou  en  Gratian.  Enfin  on  nepent  s’imaginer  plus  de  dif¬ 
ferentes  Scènes  dans  la  vie  qu’on  en  voyoit  dans  fés  -actions  , 
changeant  à  tous  les  momefis  du  blanc  au  noir»  6c  du  noir  an 
Elanc.  Il  avoit  les  apophthegmes  pardculiers,  mais  qui  nc  paf- 
feroient  à  prefent  que  pour  des  turiirpinades.  Enfin  après  avoir 
fait  fort  mauvais  ménage  avec  fon  éponfe  ,  6c  après  avoir  dè- 
meuré  veuf  pendant  un  long*  temps ,  il  s’avifa  de  fe  remarier  à 
iage  de  78.  ans.  Je  ne  fçày  pas  bien  s’il  le  fit  pour  la  fanté  de 
fon,  corps  ou  pour  le  falut  de  foh  ame  5  mais  je  fçay  que  la 
femme  qù’il  époula  étoit  fort  jeune  6c  fbrEpauvre ,  qu  elle  mou¬ 
rut  peu  de  terhps  après,  6c  que  ces  deux  femmes  ne  luy  ayant 
point  laiffé  de  mauvais  enfans  »  la  première  luy^laifla  de  fort 
bons  procès  ,  ce  qui  luy  donna  bien  plus  d’exercice  lùr  la  fin 
de  fes  jours,  que  n’ay oit  fait  la  Médecine  toute  fa  vie  j  de  ma¬ 
nière  que  de  tout  ce  qu  il  avoit  gagné  6c  de  tout  fon  patrinaoi- 
ne ,  Î1  ne  laiffa  prefque  rien  en  mourant  que  la  feule  réputation 
de  grand  Médecin.  On  fe  contenta  d’outrer  après  fa  mort  les 
Eloges  qtfil  avoit  tant  ambitionnés  pendant  fa  vie  ,  6c  avec 
lefquels  on  le  payoit  quelquefois,  comme  il  arrive  à  tant  d’au¬ 
tres  Médecins.  - 

Ô  E  C  U  s  M  E  D  I  C  I  N  Æ  ,  R.  E  G  n  M  D  E  L  I  C  I  Æ  ,  G  A  L  E  I  Æ 
P&æsidium:,  Oasis  Of^aculum.  Oasis  Æsculapius 

ET  G  aeLi  Æ  Me  aeuKius. 

Fixip  fub  Ttihal  Re^èm,  am  ptms  fué  ^0  vtxm. 

En  voulez-vous  davantage  ?  encore  E  cela  âvoit  été  mis 
vers  ,  comme  la  Poefie  a  les  libertez ,  on  le  foulFriroic  auÆ 
tiemment  qu*on  a  fait  cecy. 


2-7^ 


Seeondk  Partie.  C&ap.  1. 

^acet  hoc  tumulo  quant  multos  vivere  fecit 
Tu  mirere  hoffesr  hune  potuijfe  mori^ 

C’eft  ainfi  qu’on  a  die  d’un  autre. 

Hic  ejl  Pat  .  .  ^  inclitunt  AfdepU  genuy 
Fer  quemperire  nm  U(^^t  tnortaUby 

Ainfî:  je  laifle  à  penfer  àceux  qtii  feront  réflexion  fur  ceqtrc 
Je  viens  de  remarquer >  &  fur  ce  que  je^ remarquera)^  eu  quel¬ 
ques  endroits  de  cet  Ouvrage ,  touchant  la  conduite;  de  nôtre 
Neptune.»  fl  fa  réputation  étoit  fondçeTur  la  vérité  ou  fur  les/ 
apparences  6£  la;  prévention.. 

J’appelè  le  fécond  de  nos  quatre  Médecin s^^X  e  G  r  a  n  d  ^ 
plus  par  rapport  à,  fa  taille  ôc  à  foii  bonhenr  ,  que  par  rapport: 
à  fa  fcience  &.  à  fes  autres  qualicez.  Aufîi  eft  -ce  en  ce" 
fens  -  là  q»Xün  Médecin  d’une  riche,  taille  cfl:  appelé  Héros 
chez  ülpien.  M  naquit  vers  la  fin  du  feiziéme  fleclc  dans  une- 
des  Villes  de  k  Loire  fîcuée  entre  Nevers  &  Orléans  5Xameu— 
fe  par  fes  Antiquitez&par  (es  Foires..  Il  fit  fes  études  à  Paris,. 
GU  il  prit  fes  Dégrez  dans  la  Faculté  de  Medecine. .  Après  y  avoir 
pratiqué  quelque  temps  fans  fruit  &.  fans  bruit  r  il  fut  obligé  dc- 
fe  donnera  un  Ptince  peu' liberal,  mais  d’ailleurs  fort  commo- 
de,  &avec  lequel  il  vivoir  au, moins d’efperance  jamais  comme: 
il  eut  reconnu  aprés-quelque  temps  qqe  ny  la  continuation,  de 
fe  fèrvices,  ny  la -  Gaîenique  pour  laqueiléiLavoit  juré,  nc  ren-: 
doient  pas  fa  fortune,  meilleure,  &  que  l’Émpirique  Semini  avoir 
gagné  quelque  argenté  fait  bien  du  bruit  à/Paris  par  une  mé¬ 
thode  fort  hardie  j  iLrefolut  de:  changer  la  flenne  &  en  même- 
temps  de  quitter  fon  Maître  ,  pour  fe  donner  au  peuple  &  aux 
riches, de  cette  grande  Ville. .  Gé  qui  le  détermina  particuliè¬ 
rement  à  rompre-  fes  liens ,  efl:  qu’  il  apprit  que  fon  Patron  im-- 
prouvoît  hautement  la  conduite  d’un  Seigneur  fon  beaufrere 
qui  cnrichiflbit  fes  dbmeftiques  en  fl  peu  de  temps  ,  qu’au  lieu- 
d’etre  affidus  au  fervicei,'  ils  allpient  fe  promener  dans  leurs  mai- 

fbns  de  campagne,&  qu*il  difoit-  à/ee  Seigneur  que  Punique  moyeiî: 

d’être  bien  fervPétok  dé  promettre  toujours  »  &  de  ne  donner 
que  peu  Ôs  fort:  tard..  Voyant  donc  par  là  qu’il  perdoit  fôn 
^mps,  &  ayant  donandé  fon  congé  if  vint  s’établir  à  Paris,  ou 
H  ne^  mit  gueres  à  fe  confirmeri  dans  icette  creance  »  que  fi  un- 
Hmpirique  qui  n’étoiE^j  guidé  que  par  uneexperienceinfideUe,. 
ne  laifïoit  pas  de  reüÆrquelq.uèsfpis  avec  des  remedes;  incon-- 
nus  à  la  Galénique  ,  il  feroic  dau^anr  mieux  fes:  affaires  ^  celf- 


1 


aSo  de  Médecine . 

les  des  malades  ayec  de  lemblables  fecours ,  qu  il  les  cônduîroi 
avec  bien  plus  d’ Art  &  de  prudence ,  que  ne  f'aifoit  un  ignorant 
téméraire.  En  cfFet,  s’étant  fervi  des  memes  remedes  que  Se^ 
mini ,  premièrement  parmi  le  peuple  &  la  -bourgeoifie ,  &  enfui~ 
te  chez  les  perfonnes  de  qualité  ,  il  fe  diftingua  fi  bien  de  fes 
Collègues  par  le  fuccés  de  fes  remedes  ,  qu*il  fut  enfin  recher- 
ché  des  Crands  Sc  du  peuple  plus  qu’aucun  autre  Médecin  de 
fon  temps,  &  que  de  degré  en  degré  il  monta  fi  haut, -&  parvint 
ft  de  fi  grands  honneurs ,  qu’on  n*a  veu  en  France  de  mémoire 
d’homme,  aucun  Médecin  fi  applaudi  êefi recherché,  quoi-qu’il 
y  en  ak  eu  Eon  nombre  de  bien  plus  fçavans  &  de  plus  agréa¬ 
bles.  Car  quoi  qu’il  eut  afiez  la  mine  d^un  Médecin  ,  qu’il  fut 
décifif ,  qu’il  eut  l’exprelfion  mâle  ,  le  naturel  franc  ,  jufquesà 
avouer  â  fes  amis  que  le  liafard  n’avok  pas  peu  contribué  à  fa 
réputation ,  il  n’avok  pas  une  fort  grande  étude ,  &  encore  moins 
cette  douceur  fi  necefiaire  à  un  M  édecin  pour  s’ in  fin uer  dans 
refprit  des  malades  ,  &  pour  s’attirer  leur  confiance.  Il  paroif- 
fôk  même  quelquesfois  fi  brufque,  qu’il  fâchoit  fes  égaux  fans 
fçavoir  pourquoyf  &  qu’il  perdoit  le  refpeâ:  aux  Grands  fans 
penfer  à  ce  que  la  raifon  &  k  bien-féancé  veulent  qü’ori  leur 
rende.  Q^nt  à  cequ’on  appelé  rhonnoraire  ou  reconnoifianee, 
il  étok  fi  intereffé-,  qu’il  continua  à  prendre  de  l’argent  desma- 
lades  après  toe  entré  à  la  Cour,  fçaehantbien  qu’(^  ne  pou¬ 
voir  être  malade  riy  ^mourir  honnêtement  êc  dans  leÿ#rmes , 
fans  quel ques- unes  de  fes  vifirers. 

La  fortune  le  mena  encore  fi  loin  ,  qu’étant  allé  au  fëcouîs 
d’un  grand  Prince  perilleufement  malade  hors  du  Royaume,  non 
feulement  on  fe  perfuada  que  l’heureux  fuccés  des  remedes 
droit  un  efede  fa  capacité^  mais  encore  qiie  les  Députés  des 
Villes  allèrent  à  fon  retourau  devant  de  lüy ,  avec  des  prefens  6C 
des  complimens  extraordinaires^  le  conduifant  comme  un  Éfeu- 
lape.  Enfin  il  eut  ieplaifir  touchant  de  fe  voir  dédier  une  Tbe- 
fe  ornée  de  fon  portrait,  où  ilécoit  a^cle,  Medicus 

C  I  r  UM  E  T  M  E  n  1  -C'^O  R  Ù  M  pRilîf  GE^S)  FJR  BiS  ET  ORBI? 

M  e  d  ïc  u  sU'  pour  ne  point  parler  des  menus  lùffi'uges  qnî 
donnoient  du  relief  à  ces  Titulades.  Et  voila  comment  K 
calté,-quoi-qùelle  ne  1  eftitnât  mpem  c^uc  fon  prix „  & 
crut  avoir  quelque  fiijet  de  s’en  pleindrc,ne  laiffà  pas, tant  elk 
étok  bonne, de  faire  l’Apoi  heofe  d’un  fujet  vivant ,  dC  dû»  ^ 
grato  che  'veH^mente  non  le  mtri^A'ua,  ior.  ,  ‘  ' 


S-econde  Pmte.  Chap.  I.  2.8 1 

Le  Politique  eft  ai nfi  nommé  ,  parce  qu’il  étoit  en  efFec  le 
plus  politique ,  le  plus  accommodant  &  le  plus  infinuant  de  tous 
les  Médecins  de  fon  temps.  Q^i^que  fa  mine  &  fa  taille  ne^ 
promident  rien  de  fort  grand  ,  il  faut  avouer  qu’il  ayoit  efFe- 
éfivement  de  la  douceur  >  de  la  politelTe  j  de  1  elpritj  de  l’érudL 
tion ,  &  qu’il  icoic  lionnête  homme.  Mais  fon  pere  qui  s’étoic 
tranfplanté  delà  Champagne  à  Paris,  s’étant  fait  recevoir  Doc¬ 
teur  de  laFâcaké,  &fe  croyant  obligé  dé  le  mettre  far  lés  bancs, 
il  ne  manqua  pas  de  fuivre  Ig.  méthode  ,  les  maximes  &  les 
allures  quon  luy  montra.  Neanmoins ,  comme  il  avoit  les 
inclinations  nobles ,  cela  ne  l’empêcha  pas  de  continuer  lecom- 
merce  qu’il  avoit  eu  dés  fon  bas^âge  avec  les  belles  Lettres. 
Caroalo  mufe  Encor,  Ainü  ,{bit  qu’il  parlât  François  ou  Latin  , 
fon  expreflîon  étoit  lî  ai  fée,  ôcfes  compofîtions  ii  pleines  d’agré- 
mens  &  d’érudition ,  qu’on  ne  pouvoit  pas  mieux  confulter,  à  la 
Galénique,  qu’il  faifoir.  Outre  qu’il  pofledoit  Hipocrate ,  Celfe 
&  Galien,  il  s’étoit  tellement  mis  Fernel  dans  la  tête,  qu’il  le 
débicoit  prefquetout  pur.  Quanta  la  fortune  ,  ayant  pratiqué 
alfez  jeune  5  fon  perc  luy  ayant  laide  de  grands  biens ,  fon  époufe 
ne  luy  en  ayant  pas  moins  apporté  j  &  ayant  été  l’un  &  l’autre 
fort  bons  ménagers  ,  ôc  s’écanc  enfin  vou  dans  une  reputatiojçi 
bien  au  dedus  de  celle  de  tous  les  autres  Médecins  ,  il  ne  faut 
pas  s’étonner  s’il  mourut  le  plus  riche  Médecin  de  France. 
t‘  Il  n’éxigeoit  rien  à  la  vérité  des  malades ne  fe  fervpitd’aucun 
artifice  bas  ôc  honteux  pour  entrer  en  pratique  3  mais  il  prenoic 
tout  de  toutes  fes  mains  &  de  tout  le  monde  ,  &  ne  rctournoit 
gueres  le  foir  quand  on  avoit  manqué  le  matin  au  devoir.  S’il  fe 
fut  donc  donné  tout  entier  ou  au  moins  en  partie ,  à  qui  plus  luy 
donnoiCîôC  s’il  n’eût  pas  toujours  été  pred  de  fuivre  qui  le  deman- 
doit,on  ne  fe  feroitpas  étonné  de  le  voir  faire  valoir  le  métier^ 
mais  de  bonne- foy,  étoit-ce  faire  la  Medecine  &  gagner  l’ar¬ 
gent  comme  il  faut ,  que  de  quitter  les  malades  aufii-tot  quhl 
Tes  avoit  regardez,  après  avoir  ordonné  deux  ou  trois  faignées, 
du'  fenné ,  de  la  calTe  Sc  du  laid  clair,  dont  il  commettoit  la  df- 
redion  à  quelqu’un  de  ces  Médecins  qui  l’adorofont  ,  &  qui 
n’eulTent  ofé  prendre  la  liberté  de  Farreter  un  moment  en  in¬ 
terprétation  de  fes  Arrefts&dc  fes  Oracles ,  s’eftimans  trop  ho¬ 
norez  de  le  fuivre  ,&  d’avoir  fon  attache  pour  s’introduire  dans 
le  monde  malade  î  Ainfi  je  laiffe  â  paffer  fi  ce  qu’il  donnoit  fî 
charitablement  aux  pauvres^de  la  même  main  avec  laquelle  U 


1 


Ejjdis  dé  Mèdëcme, 

Favoit  tiré  des  riches, doit  s’appeler  aumône  ou  reftitution.  Au 
relie  trois  &  quatre  fois  heureux ,  fi  avec  les  grands  biens  &  les 
belles  qualités  qu’il  ayoit,  il  le  fût-appliqué  à  toute  autre  chofe. 
qu’à  la  Medecinerpii  l’on  n’eft  pas.  toujours  .guide  des- le  cornr 
inencement  dans  , le  bon  chemin  ,  &  dans  les  maximes  les  plus 
méthodiques  ^  les  'plus  nobles ,  &  oii  orr  conferve  ordinairement 
la  teinture  qu’on  reçoit  d’abord. 

Le  Petit-homme ,  Iç  dernier  en  toutes  maniérés  de  nos  qua^. 
tre  Médecins,  eft  bien  moins  nommé  Petit-homme  par  rapport 
à  fa  petite  taille-?  que  par  rapport  à  fon  peu  de  mérité ,  n’étant- 
rien  mpins  en  effet  que  ce  qu’on  s’imaglnoit  ,  &  que  ee  qu’il 
affe  doit  de.  paroi  tre:  ;  ^ 

II  naquit  au  commencement  de  notre,  fîecle  fur  les  rives  de 
la  Loire ,  d’un  pere-qui  ne  fe  contentôit  pas  de  paffer  pour  har 
bile  Ghirurgien  jamais  qui  tr^nchoit  encore  du-  Mcdeeih. ,  com- . 
me  font  tant  d’autres  Chirurgiens.  Après  avoir  fait  fçs  Huma¬ 
nités  &:  fa  Philofophic  -,  il  alla  prendre  fes  Djcgrez  à  MonpeÜer, 
d’oii  il  retourna  s’établir  en  fqn  païs  natal ,  reToiu  d’entrer  dans 
•  ..  laPrariqueâquelqueprixquecefut.MaisaYantquedeleçon- 

fîderer  dans  cet-exerGice  ,  je  croy  qu’on  fera  bien  aiie  que  je  - 
le  reprefente  un  peu  par  lès  traits  &  par  l’air  de  fon  vifage.,  ffil 
-eft  vfay  que  chacùna fa  bête  fut  la  face,  comme  quelques  Au^ 
teurs  fe  le  font  imaginé ,  on  peut-dife  fans  exaggerer  qu’il  avoit 
toute  la  phifionomié  d  un  cMt ,  ôt  par  confequeot  d’un  tygre  , 
•cachant  lin  naturel:  impitoyable  fôus  un  extérieur:  qui  tenait 
de  la  dpuceuf  du  poil  de -ces  animaux  >  non  ieulement  fin  , 
rufé,  flàteur,  ôd  traîtré: comme  un  chat,.,  mais  encore  crttel 
comme  un  tygre,quandil  s’agidoit  derfon  intereft  de  fa  pafr  ' 
don,  Avec  tout  cela  fort  éloigné  de  la  hatdieffe:  du  dernier 
tant  il  étoit  lâche  ;  car  quoy  qù’il  fe  picquât  de  dermeté  de 
generpEré ,  il  étoic  plus'  rempant  que,,  le,  pins -petit  des.  repti- 
lés^  quand  il  ;  avoit  affaire  aux-  riches  , .  &  paroiflpit  le  plus  mef- 
quin  des  meiquins ,  quand  il  s’agiffoit  de  répargne  :&  dù'gàin ?  : 
n-entreprenant-;.m€me  jamais-rien  dihmnê.te  -que  Ÿa^  'vanité: 

le  bien  ^ue  foùr  fmiwir.  faire  de  .mai  impunément^ 

quiet  v  legcr  ,  inGonfta;nt  5  n’étant  jamais  .. où  il  vouloit  être  J 
preft  à  -partir  dé  la  chambrc'du  .malade  dés  qu’il  y  eiuroit ,  con- 
lùltant  fa  'montrn  y  &  ne  manquant  jamai  s  '  d’y-,  trouver  rhearc 
qû’iLavoit  promis  àManfieur  de  Comte  youi-M^nEeur  le  Marr 
quis.'i  Pétit-  chez,  des  Gjrands ,  aider ,  hautain  &  :  inftippprtablcj 


Seconde  Chap.  î. 

a-^ec  fes  éo-anxêc  fa  famille,  parciculibemenc  avec  fes  Çdi^ 
k^rues  ,  qu’il  ne  les  loüoic  lamais  que  pour  les  .pouvoir  calpni^ 
nier  plus  adroitement  .V  ^  ;  1'  : 

-JParUr  faconâo  e  kfinghkro  e  fcorto  '  i  V'  "  ' 

^fieghemii  coflumi  ,  r  vârio  ingegno  :  '  :  7  7'  ^  ‘•7  ‘ 

Aljingerfr^ntOiaVingannareaccorto  7  ‘7 

Gmn  frbyo  de  cdonnie  >  aàorne  tn  rnodi 
2^-ovi  ^  chc  .fono  Hecufe  ègaion  lodi.  ,  \ 

Si  diflîmule  d  ^is-jo  >  qo*il  pleurqit  avec  '  les  pléûreüfs  ,  6c  quiî 
rioit  avec  les  rieurs  5  on  un  mot  le  plus 'grand  Comédien  du 
monde  ,  jufqu’à  fes  habits  qui  paroilfbient  toujours  à  là  mode  7 
quoi-qu’ils  ne  fuffenc  pas  toûj ours  fort  neufs/  Àuffi  àvoi'c  -il 
plus  étudié  pour  furprendre  que  pour  apprendre  ,  ôc  plus  pour 
paroître  que  pour  s’inftruirc  ,  fe  mettant  peu 'én,  peine  du/uc- 
ces  des  maladies,  poLirveu  qu’il  gagnât  1  argent  ô^ramitié  des 
gens  j  bref  un  de  ces  hommes  qui  n  ont  Pour  toutes  vertus  que  les 
vices  qui  fervent  m  commerce  de  hn  vie..  Il  fit  long-temps  la  cour 
à  un  homme  de  fon  pais  natal  >braVe&:  fçavant  tout  enfemble , 
6c  dont  il  apprit  plus  d’Hellenifme  que  de  cette  generofité  qui 
ne  le  diftinguoit  pas  moins  que  les  belles  Lettres  3  mais  fl  nè 
paffa  parmi  les  Seavans  avec  tout  fon  Grec ,  que  pour  une  tres- 
foible  copie  de  cet  original  ,  ne  connoiifant  iiy  les  Aüteùrs 
qu’il  citoit  à  veuë  de  pais  ,  ny  les  lieux  oii  il  falloit  placer  ce 
qu’il  en  citoit.  Cependant  il  ne  lailfa  pas,  d’acquérir  dè  la  ré¬ 
putation  dans  l’exercice  de  la  Médecine  ,  quoi-qu’il  ne  fçut 
que  par  cœur  tout  ce  quil  en  àèhitott ,  flum en  verlorum  iguitüla 
mentis  ;  mais  il  le  faifoit  fi  hardiment ,  6c  il  avpit  tant  de  foin  d^’é- 
viter  les  conférences  6c  les  entretiens  qui  femt  connoître  les 
hommes  pour  ce  qu’ils  font ,  qu  il  pafToit  à  la  faveur  de  l’iglno- 
rance  publique  pour  un  Efculape.  Ce  h^eft  pas  là  tout^ce  qui 
le  faifoit  valoir ,  6c  par  ou  il  fe  rendoit  neceirairè  6c  agrcâble  ; 
car  il  étoit  aufiî  grand  négociateur  que  grand  nègociaût ,  don- 
ûantà  tout ,  faifant  &  dcfaifànt  des  mariages ,  des  rnarchez,  des 
parties  5  débitant  des  rimes;,  delà  profe,  des  Anagrammes ,  des 
Devifes ,  des  Bouts  rimez,  quoi-qu’il  n’y  entendit  rien  du  tout, 
&  qu’il  n’y  paiïât  pour  Maîtrequc  parmi  les  écoliers.  Gom- 
plaifant  r^haHeur,  joüeur,  jufqües  à  manier  lès  gobelets  après 
avoir  fait  tous  les  tours  de  cartes ,  portant  &  rapportant  des  nou-. 
velles  des  belles  6c  des  galans  de  la  Ville  ôc  de  la  Cour  ,  à  fes 
amis  6c  à  fes  amies  5  donna.nt.  à  manger  6c  mangeant  avec  tous 

Nhij 


à,  8  4  ic  Medeànc,. 

ceux  qui  le  pouvoient  prôner  jjufques  à  boire  avec  îes  bcuveurs 
quoi-qu’il  n’cut  ny  la  tête  ny  l’eftomach  propre  à  ce  commerce? 
ouvert  eii  apparence  jui'ques  à  ouvrir  fa  bourcc  félon  les  veuës 
qu’il  avoit.àceuxqui  luy  proiffoient  en  avoir  bcfoin  3.  vigilant 
toûjours  à  Tertei  infatigable  à  cheval  &  àpied,  la  nuit  com¬ 
me  le  jour,  dormant  à  cheval  &  preft  à  y  remonter  dés  qu’il  en 
étoit  défcenduffoufFrant  tout  des  malades  &  des  fains,  des  Grands 
6c  des  petits ,  ôc  ne  reputant  rien  à  perte  que  la  feule  perte  de 
l’argent ,  qu’il  pleuroit  toûjours  avec  des  larmes  de  jang ,  &  pour 
tout  dire  en  peiî  de  mots ,  vmy  corps  âe  bron^  ^  frofitr^ 
mm..  Avançons.  plus  vindicatif  des  hommes  quand  il  pou¬ 
voir  faiivcr  les  apparences  6c  couvrir  fon  jeu  ,  n’ofant  rompre 
en  vifiereà  perfonne  ,  ôc  faifant  toutes  chofes  fous  main  :  car  s’il 
arrivoit  parhafard  qu’on  le  convainquit  de^ce  qu’il  a  voit  nié 
d’abord  ,  il  avoit  fcs  diftinclions  6c  fes  détours  tous  prêts  ,  nniÊ 
faut  par  des  proteftations.  d’amitié  3,  êc  par  des  lamies  capables 
de  défarmer  les  plus  irritez;.  fi  on  luy  fermoit  la  porte  cHez 
les  malades  par  quelque  renierciment  prématuré ,  ou  parce  qu’on 
étoit  mal  fatisfait  de  fa  conduite ,  il  rentroit  pour  ainfi^  dire  par 
la  fénetre  3:  6c  s’il  arrivoit  quelque  chofe  de  finiftre  dans  la  ma-» 
ladie  ,il  fe  gàrdoit  bien  de  faire  comme  ceux  qui  s’enfuïeiit  ,,car 
il  retournoit  hardiment  chez  le  mort  comme  un  Cid  de  la  Mé¬ 
decine,  une  ou  deux  heures  après  l’avoir  expédié ,  pour  y  pouf¬ 
fer  les  fentimerks  de  condoléance  avec  la  première  Chimene 
qmil  y  troUvoitrêc  pour  fe  difculper  fur  le  mort  même ,  ou  fur 
quclqa  èi  acid  eut,  s’d  nerrouvoit  occafion  décharger  quqlqu  un 
de  fes  Collègues  de  tout  le  malheur.  Il  ne  faut  donc  pas  s’éton¬ 
ner  E  avec  d’auiîi  grans. moyens  que  cèux-là ,  un  fi  petit-hommé 
fe  fit  un  àufiî  grand  nom  que  celuy  qir’ilavoit  dans,  la  Proféfllon. 
Car  pour  comble:  de  bonheur, qtioi-qivil  eût  lait  beaucoup  d’en- 
neinis:  par  fes  maniérés,  Sc  qüM'  n’eût  pas  Tapprobation  de  tous 
les  honnêtes  gens  , un  ne  laiflbit  pas  de  le  protéger  quand  il  luy 
arrivoit  quèlquO  aÛàire:,  tant  il  eif  difficile  aux  gens  prévenus  U> 
aux  hommes  d’habitude  d’abandonner  leurs  amis. dans  le  bèf^oim 
céiix^m’eme  qn’il  avait  fbuvent  fSchez  ,  fe  mêlant  quel<^uesfbis 
de  fanq  la  paix  avec  les  autres.,  quand  il  l*avoit  faite  avee  euX- 
car  lé  iûoyen  de  rèfîEer  aux  larmes.  6c  aux  bafiefics  d’un  hom¬ 
me  qui'rampe  ?  Comme  ç’étok  donc  fur  ce  pieddà  qu’il  fortoit 
des  plus  mauvais  pas  ,  c  èft  Eir  le  même  pied  qu’il  entroit  de 
maifon  e  maifcn,^  6c  qu’il  slemparoit  de  la  pratique  après  avoir 


Seconde  Pame^  I.  zsjr 

chaffé  fcs  Confrères  ,  aidé  des  Eniifîàires  qu’il  cntrcrcnoit  afin 
de  faire  naître  l’envie  de  le  voir ,  fur  leur  rapport  &  far  l’idée 
qu’ils  donnoient  de  fa  capacité. 

^  C’efl:  ainfî  qu’il  gagna  à  faire  la  Médecine  tout  ce  qu*on 
pouvok  gagner  en  Province  de  fon  temps ,Joit  en  grâces,  foitr 
en  prefens,  ou  en  comptant , qu’il  droit  même  en  refufant,  ou 
demandant  d’une  maniéré  inimitable;  fécondé  dans  ce  manè¬ 
ge,  des  Apodquaires  fes  affidés ,  ôc  encore  plus  du  petit  Trou¬ 
peau  où  il  faifoit  une  fi  bonne  figure,  qu’il  étoit  compté  parmi 
les  meilleures  &  les  plus  grafTcs  de  fes-  ouailles  ,  &  eonfideré 
comme  le  Millord  Protedeur  de  cette  petite  République.^  Ou¬ 
tre  tous  ces  avantages  ,  il  fut  encore  fi  heureux  qu’il  vit  la 
mort  ou  la  chute  de  tous  les  Médecins,  de  fon  pars  ,  qui  pou- 
voient  luy  faire  tête  v&  que  tous  fes  progrès  ne  furent  inter¬ 
rompus  ,  nj  par  aucune  indifpofition ,  ayant  toujours  été  d’une 
tres-grande  fanté ,  ny  par  la  haine  de  fes  confrères ,  de  fes  pa¬ 
ïens  6c  de  tous  ceux  qui  pouvoient  avoir  des  a:i^ires  avec  luy 
ny  par  le  fcandale  des  coups  qu’il  donna  6c  qu’il  reçut  en  di- 
verfes  occafions,  ny  par  les  affaires  qu’il  eut  avec  fes  femmes  „ 
Scavec  celles  d’autrui, qui  luy  attirèrent  cent  Vaudevilles.  Tout 
cela  n’ayant  donc  point  diminué  fon  Empioy ,  ne  l’empêcha  pas. 
de  paroître  content  ôc  heureux ,  les  chofes  ne  le  touchant  qu’au- 
tant  qu  elles  touchoient  à  fa  bourfe.  Ainfi  ,.quelquc  affaire  qui; 
luy  arrivât , .{bit  audehors ,  fcùt  dans  fon  domeftique ,  il  ne  penr 
foit  jamais  à  y  remedier  quand  cela  ne  fe  pouvoit  fansqu’il  luy 
en  coûtât, oubliant  jufqucs  aux  plus  grandes  injures  quand clles^ 
demandoient  une  vengeance  de  dépenfe  6C  d’application.  C’eft 
pour  cela  que  n  aimant  la  dépenfe  que  quand  die  luy  produi- 
fok  de  quoy  s’en  dédommager  graffement ,  étant  fur  le  point  de 
prendre  une  troifîéme;  femme  après  la  perte  de  fa  fécondé  ,11 
fe  rendit  facilement  aux  remontrances  de  fes  amis,  dés  qu’ils, 
luy  curent,  reprefenté  que  cela  ne  le  meneroit  â  rien  qu’à  un 
repentir bien  qu’il  fût  de  ces  gens  qui  ne  peuvent  vivre  fansi. 
femme  ny  avec  les  femmes.  _ 

Enfin  après  avoir  long-temps  demeuré  dans  la  Efpvincc,  ÔC  aprés> 
avoir  reconnu  enfuite  de  la  mort  d’un  Prince  qui  en^étok  l’ar- 
Qîe,  qu’il  n’y  avoitplùs  moyen  d’y  vivre,  Ôc  que  même  fous  le^ 
commerces  dont  fes  affidéz  l’avoient  mis  dévenoient  fforiles,  il 
Vola  pour  ainfi  dire  à  Paris  dés  qu’il  en  eût  trouvé  J’occafion 
^  un  âge  où  les  fages  fe  retirent  quand  ils  le  peuvent  des  cm?- 
-  Kn-  iii 


2.^  é  Ji^eiecme, 

barras  de  la  Coiif  pour  jouir  de  quelque  repos.  Il  eîl:  vtay  cm^ 
comme  il  étoic  de  ces  hommes  qui  reffemblent  à  certains  ariJes 
dont  récorce  fait  tout  le  mente  y  tutto  U  b-en'jla  nelU 

il  n’y  fit  paroître  d’abord  que  ce  qu’il  avoir  d agréable^ 
les 'autres  endroits  de  fa  vie  demeurans  cachez  dans  robfcurité 
ôe  dans  le  lointain  de  la  Province.  Ainfî  une  genereufe  & bon¬ 
ne  MaîtrelTc,  un-Patron  d’autorité ,  bien  des  eonnoiffances,  foa 
âge  ,  foR  extérieur  ,  la  nouveauté  qui  plaît  toujours^  fa  vio¬ 
lence  &  fa  cupidité  ,  furent  les  moyens  avec  lefquels  il  fe  fit 
bien-tôt  une  réputation  d-aiitant  plus  grande  ,cqu’il  n’y  avoir 
alors  que  fort  peu  de  Médecins  à  Paris  6c  à  la  Cour,  qui  euf- 
fent  cet  agréable  extérieur  qu’Hipocrate  demande  en  un  Me^  * 
decin  :  Car  s’il  s’y  en  trouvoit  de  bien  plus  fçavans  qu’il 
n’écoit ,  c’étoitpour  ainri  dire  de  ces  vins  dont  lesmuids  fales 
&  défigurés  ne  promettent  rien  de  fiiî&de'délicat  au  dedans. 

J’ay  gardé  k  religion  de  notre  Petit-homme  pour  le  dernier 
trait  fa  peinture,  parce  qu’il  Pa  mettoit  luy-même  au  dernier 
lieu  ,  &  que  c’ étoic  la  chôfe  du  monde  à  laquelle  il  fongeoic  le 
moins.  En  efiFct ,  quoU qu’il  ne  parlât  jamai-s  que  de  confcUnce 
&  d'homeur~,^  ^t\à\  ne  laifTât  gueres  paiîer  de  Dimanches  fans 
faire  un  voyage- ,  êc  quelque  petite  fladou  à  Charenton  ,  il  n’y 
altoic  que  pour  y  parier  des  nouvelles  5  que  pour  y  voir  les  riches 
èoen  être  vû ,  fe  poftant  toujours  pour  cél  a  à  la  plus  belle  entrée 
du  Temple^oii  le  ^rufé  Pharifîen  ne  maaquoit  pas  de  prefenter 
de  l’eau  benîte  de  Cour  à^tons  les  publicains  qui  pafibientl  de 
maniéré  que  S’il  fembloit  par  intervalles  y  faire  quelque  petite 
Oraifon,ee  nétoit  pas  fans  doute  celle  de  quiétude. 

Voila  comme  il  vécutdans  la  Province  prés  de  45.  années  ,  SC 
à  Paris  prés  de  12.  ôc  comme  il  fit  fes  affaires- avec  les  malades 
ôc  avec  les  fains:,  quoi-qu’il  ne  fçût  plus  ee  qu’il  faifbit  ny  ce 
qu  il  difoit  pendant  les  trois  ou  quatre  dernières  de  fes  années  j 
6c  voila  comme  on  boit  à  Paris,  jufques  a  ladie ,  le  vin  qu’on  a 
pris  pour  du  Champagne  fur  la  foy  de  quelques  côtcauXjqüol- 
que  ce  nefoit  affez  fouvent  que  du  Brie. 

Pour  conclufîon  le  Petit-homme  finit  la  vie  qu’il  avoir  menée 

dans  la  Province  6c  à  Paris,  d’une  maniéré  à  faire  paroître  toute 
la  foiblefle  dont  l’efprit  humain  eft  capable  ,  ou  pour  mieux 
dire ,  à  faire  admirer  les  jugemens  de  Dieu ,  qui  pumt  les 
gUmens  volant mres par  des  avet^glemens  mcojnpréhenjihles:  ca^r  loin  de 
fe  difpofer  doucement  àla  mort  6c de  s’inftruire  delà  vérité  »  en 


Secondé  partie;  Chafn  1*  iZy- 

uti  temps  où  une  infinité  d’konnêces  gens  de  la  Religion  Préten¬ 
due  Reformée  rentroient  dans  le  bon  chemin ,  il  ne  parloitqne 
de  jolies  femmes ,  que  de  chalîe)  que  de  balTets  5-que  de  cuer 
des  hifondelies  en- volant)  6C-  des- perdrix  de  quarante  pas  >  luy 
qui  ne  voyoit  pas  plus  loin  que  fon  nez.  .  Toujours  inquiet  j-, 
vain  &  envieux  5  toujours  en  quelle  &  toâjours- ardent ,,  au  mi^ 

lieu  même  des  glaces  d’une  vieillelTe  décrépite. 

Feemmeo  prada  &  fpoliorïim  ardebM  amore. . 

Cependant  comme  il  avoit  été  Iny-mêmeun  grand  Saigneuvr 
dans  la  Medecine,  les  plus  Grands  de  Paris  me  manquèrent  pis  à 
lé  traiter  pendant  fa  derniere  maladie:  comme  il  avoit  traité  les  : 
autres.  Ainh  jamais  coehou  dé  la  fameufe  troupe  d’Epicure  ne 
fatmieuxTaigiié,  &ne  fatlaifié  pour  mienxmort>  tant  les  chofes  , 
fç  palFerent  dans  les  formes  ôc  dansPordre.  Heureux  encorcea 
mourant  d^avoir'  évité  les  Dragons  qui  ÎCîtalonnoient  îduy  qiH 
comme  le  Capitan  de  laGomedie,  craignoit  jufques  à  la  fureur 
d’un  Poëte.  Mais  quel  prodige  dans  la  mort  de  ce  Héros  delà  Mé¬ 
decine,  &  dans  la  MedeGinc.même  de  voir  en  un  petit  homme  un  ; 
de  fes  Colodes  par  terre, &  quel  dommagepourdes  malades  qui  at- 
ment  la  crème  foüectée,dc  voir  tant  de  crème  de  Bî . . .  *  répandue 
Mais  quelqu’un  médira  pent-êcrc cll-ii  poflible  que  ces  hom*- 
mes  dont  vous  nous  avez  fait  le  portrait  ayent  impoféàtant  de 
mondé ?'.Creve-t-bn  ainfi les yeux>du public, &nell- il  nycfprit 
ny  bon.fenspour  difeerner  le  faux  du  vray,  en  un  fieçle-oû  on  ^ 
fe  pique  tant  de  bon  feus  ?  Belle  queftion,!  comme  s’il  n’ètoit:pas  > 
facile  d’impofer  en  une  matkre  où  il  y  tant  d’dbfcurité,  que 
les  Maîtres  memes  les  plus  clair voyans  n’y  voyenr  pas  toujours  . 
fort  clair  j  eu  un  fiecle  où  rentêtement  domine  par  tout  )  où  la  . 
plupart  neirvoient  que-par  les  yeux  d’autruy  ,  où  on  fe  làiffe 
agréablement  fürprcndre  par  les -apparences,-  &  où  chacun  fe  : 
fait  juge  des  matières  les -plus  lùblimes.r  ^'ais  pour  prendre  la? . 
cliofede  plus-  hault ,  n’a-î-‘0&  jamais  împofé  au  public  en  ma.-' 
tiere  même  de  Religion  &:  d’Etat  ?  Le  Paganifine  ha-t-il  pas  ; 
impofé  par  fes  fables  à' prefque  toute  la  terre  dés  les^uremiers  ^ 
fiecles  contre  ton  ce  ^apparence,  contre  toute  raifon,  &  prefques  v 
ala  veuë  des  grâces  , que  lespremiers  hommes  &  même  le  peu-  - 

pie  de  Dieu  âyoient  reçues  de  leur  Creareur  ?  DèsfHér^ù^^ 
pèinc-elle  pas  impofé  premièrement- aux- Juifs,  &  énfukeà  une 
^d^-fhède  Chrétiens  ,  malgré  la  refidance, des  ruecedeurs  des  -r 
ApQîress  .&  ce,  fameuXi  Arigiûfme  qui  Igilîa  le,  monde,  d’autantit 


de  M^decm, 

plus  confus  &  étotiné  qu*il  en  avnit  enlevé  lî  fubitement  la  plus 
grand  part ,  ne  prouvent-ils  pas  affez  qu’on  peut  impofer  ?  Le 
l'aganifme,  dis-je,  des  Egyptiens,  celuy  des  Grecs.,  eeluy  des  R.o. 
mains.,  celuy  de  la  Chine  ,  des  Indes  ,  du  Japon  ,  du  nouycaii 
monde ,  a-t  il  trouvé  de  la  refiftance  ?  Les  fables  de  Mahona^ 
ne  fe  font -elles  pas  établies  prefquc  dans  toute  LAfîe  Sc  tout-ç 
r  Adrique ,  avec  une  promptitude  incôncevable  ?  La  crédulité 
iî’y  a-t-elle  pas, donné  lieuàrirreligion  ,  à  la  barbarie  &  à  l’igno¬ 
rance  i  Les  plus  fertiles  campagnes  n’y  ont-elles  pas  été  chan¬ 
gées  en  déferts ,  ôc  les  plus  belles  Villes  en  autant:  de  nids  de  pi¬ 
rates  &  de  hiboux  par  la  prévention  ,  bien  plus  par  la-facilité 
des  peuples  aiifquels  onaimpolé  par  Les  apparences  ,  que  par  la 
forcedes  armesj,  puifque  cette  force  n’eft  qùe  foibleffe  quand  l’ef- 
prit  eft  en  garde  contre  les  fùrprifes  de  l’illuhon  ?  Pour  ce  qui 
regarde  F  Etat,  qui  ne  fçait  qu’on  impofa  dès  le  temps  même  dç 
Nembroth ,  autant  par  le  Cortège ,  l'a  Majefté ,  êcles^  autres  dé- 
hors  de  la  Domination,  que  par  la  contrainte  5  accoutumant  les 
bommes  quoi-que  nez  libres  au  pefant  joug  de  la  tyrannie ,  & 
leur  impofant  doucement  &  infenfiblemcnt  J ufques  à  leur  faire 
ïencenlèr  les  Idoles  de  ceux  qui  les  dépouiHoient  de  leurs  biens» 
&  qui  les  rendoient  Efclaves?  Le  peuple  de  Dieu  ne  préféra. 
æ41  pas  la  domination  des  Rois  dont  Samuel  luy  fit  tant  de  peur, 

•  au  paifîble  gouvernement  de  fes  Juges  ?  Ne  fçait- on  pas  que 
la  Grece  fe  laffade  fes  équitables  Legiflateurs  pour  choifir  des 
Tyrans  qui  Fopprimoient  en  luy  impofant  5  quelle  fabftitua 
aantôt  l’injuftice  des  Oftracifmes,  5c  tantôt  celle  des  préfèrent 

i^cesàia  jLiftice  diftribndve  qui  ne  regarde  que  le  mérité  ? 
ces  Romains ,  un  peu  avant  ïi  jaloux  de  leur  liberté ,  5c  dont  les 
Ancêtres  avoient  détrôné  les  Tarquins ,  ces  mêmes  Romains, 
Gublians  tout  ce  qtf  ils  avoient  de  Romain ,  retombent  fous  les 
Tiberes  5c  les  Nerons ,  en  un  état  pire  que  le  premier  :  Jta  flu- 
*  Q^afi  diCtatorcm  dits ,  ‘uotifque  ceriabatur,  nec  metu ,  ant  amore  ;  fed  libidine  firent 
SSem^Aa'  uftum  du  nom  d’Empcreur ,  *  auquel  ils  étoient  accotitu- 

profeq^eremur.  més ,  le  noin  de  Roy  qui  leur  avoit  tant  &it  d’horrèur  i  tout çÇ' 

Tacit.  Hifi.  Uh.  i.  la  bicu  uioins  par  la  forcé  des  armes,  que  par  une  fotte  préven¬ 
tion ,  puifqu’ils  mettoient  comme  àFcnvi  les  mains  dans  les  fet^» 
O  homia« ad  fer- qui ,  non  contcns de  leurû^ 
vimtes  natosi  la  liberté  ,  le  mocquoicnt  hautement  de  leurs  lachetcz  î 
prétexte  que  Rome,  qui  avoir  été  fi  long- temps  libre, 
f.us  [euffrirny  une  entière  liberté ny  une  xntkre  [ervitude.  ApJ^-^ 


Seconde  Pmie,  Chàp.  î.  18^ 

tovLZ  cela  ,  doutera-t-on  que  l’amour  de  la  vie  &  de  la  fanté  , 
qui  eil  l- affaire  de  chaque  particulier  ,  ne  pmlfe  faire  regarder 
comme  des  Efculapcs  des  Médecins  qui  n’en  fçavent  pas  plus  ^ 

que  les  autres,  &  que  ces  hommes  n*ayent  pâ  impofer  par  quel¬ 
ques  dehors  ,  particulièrement  en  une  Ville  où  çet  amour 
de  la  vie  mène  les  gens  jufques  à  la  confier  à  des  valets  ,  à 
des  pieds  déchaux ,  des  banqueroutiers ,  des  brutaux  ,  des  vi- 
fionaires,  des  Etrangers  3  tant  il  eft  vray  qu’il  ne  faut  que  faire 
du  bruit,  payer  de  mine  &  d’affirmation  pour  impofer  ,&  pour  . 
être  prôné  de  la  renommée ,  qui'  fe  plaît  tant  à  donner  l’appa¬ 
rence  des  grandes  chofes  non  feulement  aux  médiocres ,  mais 
encore  aux, petites ,  &  même  à  faire  croître  de  certains  objets 
jufqu  à  l*infini. 

Che  tofio  0  bmna  ê  rin  qne  Ufama  efee 

Ftiord^unaboccâtininfirntacnfce, 

Qq  qui  a  fait  dire  à  Pline  qu’il  n’y  a  n  impudent  menfbngc  qui 
ne  trouve  des  témoins  3  &  à  Saint  Auguftin,  qu’il  ne  fe  voit  que 
trop  de  gens  qui  comptent  fur  la  facilité  de  ceux  aufquels  ils 
débitent  des  apparences  pour  des  realitez.  On  n’aura  pas, dis-  -^2,. 
je  ,de  peine  à  comprendre  comment  des  hommes  qui-en-fça-  ' 
voient  plus  que  des  ignorans ,  &  qui  fçavoient  le  faire  valoir  par 
quelques  talens,ont  impofé  jufques  à  fe  faire  eftimer  bien  au- 
delà  de  ce  qu’ils  valloienc,,ny  comment  plufîeurs  autres  Medc-  / 

cins  de  moindre  mérité  impofent  encore  à  prefent  à  tant  de 
monde ,  au  préjudice  de  ceux  qui  ont  de  la  fcience  &  de  la  pro¬ 
bité  ,  &  qui  ne  biffent  pas  de  demeurer  cachez  dans^quelques 
coins  de  Paris  &  des  Provinces ,  où  ceux  qui  n  ont  des  oreilles 
que  pour  les  compères  &  pour  les  comercs ,  &  des  yeux  que  pour  . 

les  fauffes  lumières ,  n’ont  garde  de  les  appercevoir,  n’eftimans  ^ 
que  ceux  qui  impofent  par  des  promejf es  y  par  des  compiaifmces  , 
par  des  rtverences  éc  par  des  paroles  étudiées.  p-ilo  graia  hos  d  - 

C’eft  donc  pour  cela  que  voulant  faire  connoitre  autant  qu’on  nTmfnr^ 

le  peut  par  des  deferiptions  &  par  des  raifonnemens  hiftoriqùes 
&  moraux, les  bons  Médecins,  en  oppofant  à  leurs  caraderes  v 

ceux  des  mauvais  ,  comme  je  me  le  fuis  propofé  3  je  difculperay 
^ns  les  quatre  premiers  Chapitres  de  cette  fécondé  Partie  les 
Medecim ,  de  ce  qu’on  leur  impute  fauffement ,  &  de  ces  dé* 
buts  qu’ils  n’ont  tout  au  plus  qu’en  commun  avec  tant  d’autres 
ùommes  de  differens  états  &  conditions  ,  &  que  je  marqueray 
ans  les  autres  Chapitres  ce  dont  on  les  aceufe^  particulière- 


EJJaîs  de  Meàmnt, 

ment  &  avec  f  aifon ,  d’où  j c  concluray  qu e  ceux  qui  font  exempts 
de  ces  défauts ,  &  qui  poffedçnt  les  qualitez  qui  leur  font 
GUt  AM  font  les  plus  parfaits  j  que  ce  font  ceux  qu’il  faut  choil 

fÇsecieM.  fc^qn’nfaut  ùonorer  dans  le  befo^  du  befoin.*  Com. 

niençpns  par  l’irreligipn  dpnt  le  peuple  fait  tant  de  bruit ,  ôc 
vojonsiî  les  M cdecins  ont ,  comme  oii  fe  l’imagine,  plus  de  pen- 
clîant, au  libertinage  que  les  autres  hommes.. 


De  llmligton  prétendue  dés  Medednsl. 
CHAPITRE  ÎL 


^ne  Gâlîcn  &  même Hipocrate , après  avoir for^ 
^  tement  inveâ;ivé:contreles  Medecinsùeleurs  cefnps,  neieur 
0ncrienreproGhétouehantrirreligion,'c’cftqu’en^fe4esMe- 
decins  &Ja  Medeckic  du  Paganifme  penfoient Eien  de  D  jeu  &  du 
culte  qpi  lu  y  eft  dû ,  aa  moins  en  la  ;  maniéré  qu  e  les  ehofcs  lears 
étoicnt  propofées.  par  les  Philofophes  &  les>Miniftres  de 
iigion  de  fuivant  lès  lumières  qu’ils  avoienn  Les^Idiftoriens.^, 
/  '  les  PoëteS;&  mêmes  cesrennanis  de  la  JVÎedeeine  que -npiis  avons 

re^futés  cy  - devant ne.  leur  ont  fait  aucun  procès-  iùr  cette 
matière, qüoi-qu’ils fe  foieiit  déchaînez  contre  eux.. .C’éd donc 
‘  fans  rairon  que  le  peuple- s’eft  lailTé  prévenir  infenfibîement fur 

cefujet  ,  au  point  que  de. les  taxer  d’Athei-fmè.  Car  ûnoMpî'^-»’- 
_  nous  la  chofedésle  commencement,nous  verrons  que  les  Prêtres 
Egyptiens  ceux  des  Grecs  étoient . Médecins  j  que.les  plus  ha- 

Biiesde.ceuxTGyétoientP:rêtrcsdEfcülapcjqu’ils-^traittoiént.ks. 
-  malades  avec,  les  viandes  oiFçrtcs  aux  Sacrifices  par  lineefpec^ 
de  pieté  j  que  les  .Romains  avoient  leurs  Fêtes,  M  de  cmdesi  qu® 

Ids.fbixànte  du  Collège  d’Efcnlape:,  la  plupart  Medecinss  ns 

nîânqnôient  pas  de  s’afiembler  fort  fouyent  en  un  petit.  Xco?-^ 
pje  pour  luy  facrifîèr^  xémoin  cette  infedption  qu’on  peut, voù 
dans  ^Gruterûs ,  &  dont  j’ay  cy-devant,  parlé,  au  Chapitre  de  la 
Santé.  Q^nt  à.la  nature  dont  on  veut  que.  la  plupart  des  Mer 
decins  fe  fuient  , fait  un  Dieu ,  fi  on  les  croit  un  peu  P.hilofophes, 

poiirquoy  en  penferoient-ilsrautrementque:celtii-cy?,^«'^«e^f^^ 

iZlfif.éap.tl  ^  uflexeris  ibiUlum  Deum  vUebis  oçcurremem  tibhKihil  ab  ttk'^^' 
,  opus.  fiiiim  ipfeF3pplep  ; ,  èrgg  nihil .  agis,  mortalium 


Seconde  Partie.  Chsp.  lî. 

qui  té  negas  Déo  debere  ,fed  nature  »  quia  nec  namra fine  Beo  efi^mc 
^Deus  finenatura.  Mais. voudroit-on  quelque  ch^e  deplus  prôæpt 
du  côté  fie  la  Medecine  ,  voicy  comme  elle  s’eu  exprime  par 
l’organe  d’un  de  fes  Minières.  La  nature  fécondé  ~efi  la  vertu  des  Natara  naturata. 
fermes  inferieures  défendantes  des  fuferieures  d"o»  elle  tire  fin  être  y 
^  fa  conftrvation.  La  nature  fremme ,  ou  caufe  fremiere ,  ne  défend  î^atura  naturaas. 
iauvune 'caufe  y  étant  la  f  réméré  de  toutes  &  leur  origine,  s'il  j  a 
quelque  Medeem  qui  fenfi  autrement ,  je  ne  f  en fe  f  as  qu  il  difiere 
beaucoup  de-ees  enfans  qui  regardent  leur  nourrice  comme  leur  mere  -, 
aumoinsyteuthien  confideféydevroient-ils  les  imiter  y  en  ce  que  quand 

ils  fintfirtis  de  enfance  ils  ^reconnoi fient  leur  fueritahle  mere  y  é* 

avouent  que  cefi  d  elle  qu'ils  font  redevables  de  la  ^ie  y  é‘  q^te  la 
nourrice  n  étoit  que  fa  fervame.  ou  fa  Ikutenante.  Et  c’eft  for  ce  fon-  - 
dement  que  le  grand  Hipocrate  prend  la  nature  pour  l’auteur  ^  ^ 
de  nôtre  être,  comme  font,  die  Galien î  ^  tous  les  fages  î  qu’il  /  . 

détefte  la  Goëtie,  cette  efpecc  de  magie  fi  injùrieufe  à  la.Di-  L.-de:prtyhititf.^é‘- 
vinité ,  voulant  qu’on  s’adrefle  à  Dieu  dans  les  grandes  mala-  taedtc. 
dies  ,  jufqu’à  s’exprimer  par  le  lingulier ,  parlant  de  ces  au-  ^  merifo  fairû. 
rres  prétendus  êtres  fouverains  des  Payens.  Déplus  il  penfe lî 
raifonnablement  .  de  l’ame  râifonnable,  qu  il  l' appelé  une  nafture  Lih-Ueinfmrfih. 
inviftble  qu  il  e fi  mpojjible  de  détruire-,  La  Medecine ,  dit-il  en¬ 
core  ,  ôc  les  Médecins  penfent  bien  de  Dieu,  ôc  rendent  à  fa 
Majeftc  tout  le  refpeâ:  qu’il  luy  eft  dû.  Ên  effet,  Galien  dit 
pofitivementyr35^tf nature  efi  l'ouvrier  de  toutes  chofesy  -èc  malgré  Lih.  ^uid  animi 
fon  irrefolution  touchant  la  nature  de  l’ame  ,  il  femble  enfin  «^ores  fequumur 
donner  dans  ce  qu^il  a  appris  de  Pkilon  le  juif  -qui  la  croit  un 
écoulement  de  la  Divinité,  avouant  qaelle  vient  du  Ciel  &  de 
l’ame  uni verfelle,lâqu elle  n'efi:  autre  chofe  que  Dieu.  11  efti- 
me  les  difciplcs  d’Erafiftrate,  parce  quik.  compenfent  ce  qui  leur  f 

manque  du  côté  de  L  Art  par  leur  probité  ,  a-u  contraire ,  de  teux 
far  tle  levain  des  vices  mêlent  la  corruption  dans  la  fincerité  de  la 
difcipline.lla]<shtcquec€fiunethofehonteufedevoirdtsgensfuer 
toute  leur  vie  pour  fi  faire  bons  Grammairiens  ou  bon  Médecins  y  é‘ 
ne  pas  employer  un  moment  a  fe  tendre  vertueux.  Il  paroît  exad  &: 
tout-à-fait  religieux  dans  l’execution  des  promeffes  &  des  vœux 
qu’ilafaic,rendant  à  Efculape  ce  qu’il  croit  luy  devoir  pour 
lavoir  guéri  d’un  abfez  apparemment  mortel  ,  &  chante  enin  Lth  uitim  de  uju 
tin  Hymne  admirable  en  acEion  de  grâces  de  fa  formation  au 
Grcateur  de  toutes  chofes.  Tous  les  grands  Médecins  qui  font 
Ÿenus  devant  êC  apres  ces  deux  Princes  de  la  Medecine ,  &  par- 

O  O  ij 


V.  M^rcil.  Ficin. 

Hieronim,  Bar- 
dum  /).3o7.  é'fff- 
Bafil.  lib.  ReiuL 
interrog.  /. 
Fifiorius  Micr«- 
evfm.. 


ÉccleJiitfi:..cM^-  38. 


V.  Goldaft.  Pars- 
^dox.  de  honore  M-t- 


Ejjais  de  Médecine, 

ticulicreiïient  ceux  qui  ont  été  Philoiophes  ont  été  dans  Icura 
fentimens ,  avoüans ,  comme  fait  le  pieux  Médecins  d’Enée ,  que 
les  grandes  cures  font  bien  plus  de  Dieu  que  des  hommes. 

.  Non  hfic  humanis  opibm  ^  nanvarte  magijira  >  - 

Trovemunt  >  ne^ue  to  Ænea  mea>  dextera  fervat 
Major  agit  Deu$  >  atque  opéra  ad  majora  remittit. 

Ce  qu’il  y  a  eu  de  défectueux  dans  la  Religion  de  ces  Mcde. 
cins ,  eft:  qu*ayant  connu  Dieu  comme  tant  d’autres  fages  de 
l’antiquité  fous  des  noms  &  des  attributs  differens  j  iis  en  ont 
fait  autant  de  Dieux  ne  l’ont  pas  glorifié  en  la  maniéré  qu’ib 

dévoient  j  mais  ils  n’étoient  pas  pour  cela/fans  Religion  >  puis 
qu’outre  le  culte  qu’ils  rendoient  à  Dieu  félon  leurs  lumières 
ils  reconnoilTent  avec  le  peuple  de  Dieu  que  la  corruption  des 
humeurs  piouvant  caufer  celle  des  mœurs,  il  faut  commencer  là 
cure  du  corps  par  celle  de  i’ame.  En  effet ,  fi  on  xonfiderc  la 
Medecine  de  prés  ,  n’eft-ellc  pas  une  Théologie  naturelle  ôc 
une  pieté?  Si  elle  ne  parle  que  de  charité  >  que  de  régi er  les 
paffions,  &  fi  elle  ne  contemple  que  des  objets  de  m*ortification y 
comment  pourra- t-elle  faire  des.libertins,&  des  Athées  ?  De  plus 
fi  ellemtne  au  Ciel,  comme  nous  l’avons  cy- devant  remarqué^ 
avec  Armand  (fe  Villeneuve,, comment  pourra-t-elle  mènera 
l’impicté  &  à  l’irréligion  >  Quoy  cét  Art  que  Dieu  a  créé  pour 
le  foiilagement  des  corps  &  des  âmes,  que  fon  Fils  a  luy-mêmc 
exercé  fi  charitablement,  porteroit  à  mal  penfer  deTa  Religion, 
comme  veulent  le  peuple  &  les  ignoransj  Quel  compte  tpuiÉ 
que  le  fage  Siracides  paroît  fi  éloigne  de  ce  fentiment  qu’il  nous 
alTure  ceux-là  mêmes  qui  traitent  les  malades  yprians  le  Sei¬ 
gneur  de  conduire  leurs  intentions  y  ces  malades  obtiennent  leur  guéri- 
fon  par  cette  entremife,  La  cure  ,  dit  même  un  Arabe  ,  ne  peut* 
être  heureufe  fia  crainte  du  Seigneur  ne  la  prévit  nu  C’eft  dans 
cet.  cfprit  que  Saint  Bafile,  comme  tant  d’autres  Peres  de  l’E- 
glife  ,  a  tant  donne  de  loüanges  à  la  Medecine  ,  qu’il  félicité 
un  Euftachius  de  ce  qu’il  s’attache  |)ien  moins  à  la  Medecine 
du  corps  qu’à  celle  de  l’amc  ,.  &  qu’il  le  remercie  fi  affedueufe- 
ment  des  avis  qui!  reçoit  de  fa  part  fur  des  matières  de  Reli¬ 
gion  &  de  Medecine.  C’eft  encore  ainfî  que  les  Peres  du  Con¬ 
cile  de  Lion  accordent  aux  Médecins  les  mêmes  avantages 
qu’aux  Miniftres  des  facrés  Autels,  les  jugeans  dignes  des  Pré¬ 
bendes  &  de  toutes  les  Dignités  Eeclefiaftiqucs  s  &  c’eft  poni^ 
cela  même  que  la  Glofte  ne  fait  pas  de  difficulté  d’attribuer 


Seconde  . 

aux  Meciecins  le  premier  lieu  après  les  Êcclelkftiques.  Il  clt 
vjuy  qu  il  s’eft  trouvé  de  temps  en  temps  des  Médecins  bien 
éloignés  des  pieux  fentimens  de  tant  d’autres,  qui  ont  regardé 
le  Bis  de  Dieu  comme  le  véritable  Archiatre ,  &  fes  Comman- 
demens  comme  leurs  règles  &  leur  Aphorifines  5  qu’il  s’eïl ,  dis-  ' 
je ,  trouve  des  Médecins  qui  ne  penlbient  pas  trop  bien  de  la 
Religion.  On  fçait  mêm:e  que  parmi  ceux  qui  ont  fait  profeffion 
de  la  Religion  Catholique  y  il  s’en  eft  vû,  qui  plus  animez  de  ^ 
l’efprit  d’intereft  que  de  çeluy  d^  la  chafité  ,  renvoy oient  aux 
Saints  les  pauvres  malades ,  témoin  ceux  dont  Csefariusa  niar-  m.  tU  miratuih, 
qué  fi- précifement  le  dépit  ôcla  jaloufie  contre  une  image  de 
la  faincc  Vierge  qui  faifoit  des  cures  miraculeufes.  J eTçay  en¬ 
core  que  le  Médecin  Montuus  a  rapporté  à  des  caules  natureK 
les  les  merveilleux  Stigmates  du  bon  Saint  François  J  que  le 
fameux  V efal  crut  qu*ll  n’y  avoir  rien  que  de  naturel  dans  l’eau 
qui  fortit  avec  le  fang  du  côté  de  Jefus-Chrift.  Je  fçay  même 
qu’un  Médecin  de  nôtre  temps  étoit  ft  mauvais  Catholique  ôc 
h  imprudent  tout  enfemble  ,  que  d’expofer  dans  fa  chambre  la; 
peinture  d^une  Thiare  foutenuë  en  l’air  par  des  flammes ,  avec 
cette  înfeription  à  l’entour.  Jdea  Platoms  -ignitis  fuffulu  chimeris^ 
vray  rebus  qui  ne  marquoit  qu’un  elprit  particulier  &  fortement 
prétendu  fort.  Mais  quant  au  fameux  Curé  de  Meudon ,  fl  fça*  - 

vaut  dans  les  belles  Lettres  6c dans  la  Médecine,  qu’on  a  fi  hau¬ 
tement  aceufé  d’Atheifme  6w  d’impieté  >  il  faut  fçavoir  qu’on 
luy  en  fait  bien  accroire  en  matière  de  Religion ,  &  que  ce  qui 
paroît  fous  fon  nom  n’eft  pas  tout  de  luy  5  &  qu’enfin  bien  loin 
d’ être  Athée ,  comme  on  a  voulu  fe  le  figu rer ,  le  fçavant  Car¬ 
dinal  du  Perron  a  afin  ré  Antoine  du  Verdier  qu’il  ayoit  en  fa  cUexus. 
dilpofiticn  le  Galien  dans  lequel  ce  Médecin  Curé  avoir  écrit 
de  fa  propre  main  à  l’endroit  oà  ce  Prince  des  Médecins  fcmble  hp.  ^ 

avoir  douté  de  rîmmortalité  de  rame  v2àÇonnûAc paroh  , 
tn  ceU  tmt-k-fait  defiituê  de  hon  fins  ér  de  jugement:  Et  quant  à 

I  herefie  dont  Lionardo  di  Capoa  raceufe ,  j  e  voudrois  qu’il  nous  oftcndiw 
eût  marqué  où  il  a  lu  que  Rabelais  s^étoit  joint  à  Marot  par  urr 
complot  fait  entf  eux, pour  la  Propagation  de  rhcrefie  de  Çab 
vin^en  France..  Il  n  y  a  pas  jufqu’au  Livre.inrituié  Relrgio  Me-r 

dicl,  qui  ne  (emblc  favorifer  les  préventions  des  ignofàns  fur 
cette  matière  tant  bn  prend  plaifir  à  juger  des  chofes  fur  de& 
ternes  ,  fans  lé  mettre  en  peine  d’en  déveloper  les  équivoque^. 

II  faut  donc  qiiùii  fçaehe  que  l’Auteur  de  ce  Livre  s’appelom 

O’d  iij 


15  4  EJfdis  de  Mtitcm 

Brovvon  Anglois  de  Nation,  &  Médecin  de  Profcflîon  j  qneli 
taille-douce  du  frontifpice  repreCente  un  enfant  qui  tombe  du 
Giel  avec  ces  mots  Cœlo  s  dm  tout  cet  Guvraec 

ne  contient  autre  eîiofe  que  les'  fentimens  de  ;ce  Médecin  en^ 
matière  de  'Religion  ,  écrits  premièrement  en  Anglgis  ,"puîs' 
traduits  en  Latin  en  un  temps  &  dans  un  Royaume  où  prcfque 
cous  les  particuliers  avoient  leur  Religion  en  particulier  j 
mais  que  ce  Livre  cft  fi  favorable  à  la  Religion  i  &  dnin  Lu- 
tberién  fi  mitigé  ,  qutl  n’auroit  qu  a' baufler  pour  ainfi  dire 
de  quelques  crans  pour  fc  trouver  dans  la  Romaine.  Y  à^  tUi 
la  de  lirreligion  ?  Car  fi  la  Médecine  a  eu  quelques  impies, 
iès  Kîanés ,  fes  Æces  ,  fes  Sopoles  &  fes  Socins ,  outre  ceux 
que  nous  avons  marqués  ci-devant  ,  tout  ce  petit  particulier 
fait^l  quelque  cliefe  au  general  ,  &  à  cette  iroufe  qti  il  eji  im^ 
pûJJ^hle  de  nomhrer'i  Audi  ne  voyons-nous  pas  que  ces  pieux  Ecri¬ 
vains  qui  ont  déclamé  contre  l’Irréligion  de  quelques  Médecins 
de  leur  ficclc ,  y  ayent  compris  tous  ceux  de  la  Profefîîon^Peut- 
on  donc  raisonnablement  inférer  du  particuHer  que  les  Méde¬ 
cins  Soient  plus  enclins  à  l’irfeligion  ,que  les  JuriSconfultes.,les 
Mathématiciens  ,  les  fhilofbphes ,  les  Poètes  ,  les  Orateurs  & 
mêmes  les  Théologiens  ,  qui  n’ont  pas  moins  leur  place  dans 
rindice  expurgatoirc  de  Rome  que  les  Medecins.-Car  au  refte 
lii’Eglife  même  du  Fils  de  Dieu,  après  avoir  avoué  qu'elle  Souf¬ 
fre  qu  elle  eft  affligée  des  moeurs  corrompues  de  Tes  mauvais 
enfans  .-^  de  Ses  mauvais  Miniftres,  ne  s’en  croit  pas  'pour  cela 
moms'heW ,  nigra  fed  formofa  y  %  Médecine  dont  les  Miniftr^ 
font  admis  au  Sacré  minifiere  dès  Autels,  perdra-t-elle  quel¬ 
que  chofe  de  Son  luûre  &  de  Son  éclat  ,  parce  qu’elle  a  de 
:  mauvais  Miniflres  ?  i  "  ’  - 

îl  cft  vrai  que  le 'Petit-homme ,  car  je  vais  commencer  dés  ce 
Chapitre  ce  que  j’appelle  mes  exemples  &  mes  induftîons, 
qui  Seront  autant  d’additions  &  de  traits  nouveaux  auX. qua¬ 
tre  portraits  que  j’ay  propoSei  cy-devahe.  lleft  yray  dis-je  » 
que  le  Petit  homme -n  étoit  pis  un  fort^  boh  Chrétien  tant  il 
àvoit  peu  de  connoifSance  de  la  Médecine  Chrétienne ,  mais 
pour  ic  'Neptune  îl  avoir  apparemment  une  Religion  i  ayant 
lu  qLielques  bons  livres  de  Religion  &:  de  Medecine ,  quoique 
Ses  difeours  &  Ses  Sentimens  SemblafScnt  extrêmement  bigar- 


Si^fïdé  Pdme,  CilZp,  IL 

J5CZ.  Quant  au  Politique ,  il fcntoit  fort  bien  delà  foy ,  &  n’é- 
toit  nullement  Politique  en  matière  de  Reli^on.  Il  en  parloit 
&  en  croyoit  comme  font  les  honnêtes  gens,  &.  les  vrais  .Sça- 
vans.  Nous  n’avons  pas  même  vu  que  le  Grand  ,-quoi-quc 
bicn'moinsvfçavant  que  le. Neptune  &  que  le  Politique,  eût 
des  opinions  hétérodoxes.  11  aeft  donc. pas  vrai,  parlant  en  ge¬ 
neral  ,  comme  nous  Pavons;  déjà  fait  voir  cy-devant ,  queies 
Médecins  foient  moins  attachez  à  la;R.eligion  que  les -autres 
hommes  ^  -  -  -  : 

Mais  ce  qu’il  y  a  de  déplorable  dânsila  Medeeine  en  matière  de 
Religion,  eft  d’y  voir  depuis  quelq^etems  deshypocrites,;^ilains 
•jÉ^uIceres  &  fauiïés  cicatrices  cachez;  fous  une  apparence  de  gae^ 
rifon.  H  vaudroicmieux  ,  pour  ainfi  dire  ,  ^  libcc- 

tins  declaréz,  on  s’en  garderoit.!.  Iiiy  auroit  même  quelque  ef- 
perance  de  changement ,  puifqü’on  voit  quelquefois  d es  con  ver¬ 
rions  de  libertins  &  de  fceléràts ,  mais  prefque  jamais  d’hypo¬ 
crites. .  Pourquôy  la  Medeeine  ne:  les;  regard eroit-eliè  donc  pas 
comme  des;  monflrcs  , ,  puifque  toutes  les  nations  &  même  1^ 
Payens  lesonc  en  hoïveurl  il  nj  a  pas  ^  dît  on  yde  plus  grande- in- 
jujlice  ^ue  de  contrefam  le  ]ttjie.  Les  hypocrites  font -y  félon  Plutar^ 
'que,  fi  ntal-traite^mx  enfers,  epuils  ne  font  jamais  en  même  état. 
On  les  tourne  ^  retourne  [ans  de  fus  défions ,  ce  qui.  étoit  n'agueres 
au  dehors ,  efi  au  dedans  ce  qukétoit  au  dedans ,  paroif  en  même 
tems  au.  dehors,  ils  fe-renverfent  é'  fi  repliem-  contre  nature  comme 
les  Scolopendres  marines,  ils  écorchent  les  autres  damne^,  pour  faire 
^oir  leur  P er'verfité  é*  'vilainie  intérieure.  AuJJi ,  dhcc  même  Au¬ 
teur  ,  lés  Ephores  firent-ils  mourir  un  homme  ,  qui  contrefaifiit  le. 
Eenitent  public  ,  une  haire  fur  le  dos  comme  un  fac ,  pendant  qutl 
pprtoit  fous  cette  cou'vertureun  habit  pourfilé  de  pourpre.  C’eft  pour¬ 
quoi  nous  ne  fommès  pas  furpris  ac  voir  que  le  Legiflateurdés 
Ghrétiens  les  decefte  encore  plus  qu’il  ne  fait  les  Pubiicains, 
&  les  Idolâtres?^ue  Tertüllien  rit  à  Ton  exemple  de  leurs  jeû- 
,  qu’il  regarde  toutesdeurs  penirencês  comme  des  momme- 
ries.-En  effet  néG:-cC' pas  tuer  la  vertu  des  armts  mêmes  dé  la  vertUy 
:que  de  fe  feindre  vertueux  3  Cf  fontçdk  faint  Bafile  ,  des  arbres 
^^pûutUezn  de  feuiUes  :,  des  murs  recrepis  ^  des  Comédiens  qui  font 
les  Rois,  quoi-qu  ik-m  fiient  que  .der  mifirables.  Ce  font ,  dit  enco¬ 
re  farint  Grégoire  de  Nazianze  ,  des  vieilles  ridées  qui  ont  recours 
plafire ,  a  la^erufe  ér  au  vermillon,  d^  autant  plus  laides,  quelles 
:  ^-^ff^trcent.^aL::k.fropûs  de  faire  les. b  elles  4  oh  venufiatem  invenufia  ». 


*  ViSuiâam  in^'Di. 
Bion.  iî'sk'Aj)  *ajh!. 


JSe  ferA  mmms 
viniiB. 


in  - 


V«i  vobis  Hipo« 
critae. 

'Adverf. 

^  de  IdeloUtriAi^ 
Chrifofiem. 


Proverbes  Ara¬ 
bes. 

-  Jîotting.  Hifi. 
Orient,  l.  c.  ty. 


De  Thilofephiâ.fn^ 
cm  c. 


196  Ejfm  de  Meimûtv  i 

atc[ue  oh  fœà'mtem  déformés.  Les  Arabes  mêmes  difent  au  fuU 
de  l’hypocryfie  ,  qud  fi  faut  biens^arder  d'avoir  les  yeux  dans  les 
larmes ,  &  io  cœur  ers  joie  ;  de  porter  . un  habit  blanc  dans  i'obfcuri. 
tè  de  la  nuityé‘  qa  on  découvre  bien  fiuvent  beaucoup  d'orgueil  dans 
une  tefle  panchèe  vers  la  terre  en  ftgnt  d^ humiliation*  Le  doêfce  Va- 
iefius  remarque  qu’ils  font  d’autant  plus  à  blâmer  »  que  ce  yice 
ne  vient  pas  d’un  mouvement  fubit  ,  qui  poiir  ainlî  dire,  tn- 
trâ-iiiQ  :  Nojp  emm  habetperturbatfonis  -^uas  caufetur. 

Avec  tout  cela  rien  de  lî  frequent  que  des  Médecins  hypo¬ 
crites,  depuis  que  la  faulTs  dévotion  a  pris  la  place  de  la  véri¬ 
table.  Téî  étoit  ilny  pas  fort  long-temps  ce  fameux  Luthé¬ 
rien  Pierre.  Heilius  natif  de  Lubec ,  qui  faifoit  gratuitementla 
Médecine  aux  Chrétiens  du  Caire ,  &  contrefaifoitle  Catholi- 
t]ue  Romain  ,  &  l’hômme  de,bicn;,trcpandant  à  la  faveur  de 
CCS  dehors  le  venin:  du  Lutheranifme. dans  plufîeurs  Villes  du 
Levant.  Tel  ctoit  encore  ce  vilain  Marran  ,  dont  nous  parle¬ 
rons  au  Chapitre  des  Charlatans,  qui  fe  fît  Médecin  d’une  bon-  • 
ne  6c  pieufe  Princefle  par  fa  cagoterie  6c  par  fa  fatifle  dévotion. 
Tel  celuy  qui  ne  parloit  que  de  chapelets  ôc  de  médaillés,  quoi¬ 
que  toutes  les  plus  vieilles  médaillés  lui  fuffent  bonnes  ,  faute 
d’autres,  T el  Lonpi  furnommé  le  Pape, qui  àlFembla  toutes  les  pa¬ 
rentes  6c  toutes  les  voifines  d’un  enfant  nouveau  né  ,,  pour  leur 
faire  obfer ver  fur  fa  telle  lafigure  d’une  mitre  ou  d’une  thiare, 
6c  quelques  autres  caraderes ,  qui  cachoient ,  difoit-il.,  desiny* 
itérés  6c  des  évenemens  favorables  à  l’enfant  6c  à  fa  famille  : 


ilium. 


.  Magnum  fata  ^  fatifyue  canehat 


Comme  h  on  ne  pouvoit  être  bon  Médecin  6c  hommetic 
bien  fans  faire  le  marmiteiix  ?  Mais  quoi  .!  il  ii’y  a  tantoft  plu* 
d’autre  moyen  d’entrer  en  pratique ,  que  défaire  le  petit  collet, 
le  petit  fc/pent  ,  6iC  le  petit  porteur  de  rogatons.  - 

Concluons  donc  malgré  ce  defordre ,  que  s’il  ie  trouve  dans 
la  Médecine ,  comme  il  s’en  trouve  dans  toutes  les  autres.  Pro¬ 
férions  ,  quelques  libertins  déclarez  ,  ^u  quelques  hypocrites 
averez  ,  il  les  faut  éviter  comme  quelque  chofe  de  bien  phe 
que  la  maladie.  Car  comment  un  homme  jnfidelle  à  Dieu  pour¬ 
ra-t-il  être  fidelle  à  fa  créature  ?  Comment  fera  t-on  uneac*^ 
tion  de  charité  ,  fi  l’on  manque  de  cette  charité ,  qui  ne  fe  trou¬ 
ve  jamais  ou  Dieu  ne  fe  trouve  pas  ?  Enfin  comment  fe^^poér- 

xa-t-il 


Seconde  Partie,  Ch^pAll,  %^-j 

ri-t-îl  faire  que  la  Medecine  qui  n  elt  que  fageiïe  U.  que  pru- 
dence  ,  fe  trouve  dans  une  ame  impie  ?  in  ma.levolmi 
Quelque  peine  qu’on  fe  donne  pour  affermir  le  bâtiment,  iieft 
^folide ,  quand  la  benediaion  du  Seigneur  y  manque.  Apol¬ 
lon  &:  fes  Difciples  ont  beau  cultiver  6c  verfer  de  leau  fur  la 
plante,  lî  le  Seigneur  ne  luy  donne raccroifferaent.  Cette bene- 
didion  ,  fans  laquelle  rien  ne  peut  avoir  une"  bonne  iffuë,  ne 
me  femble  promife  ny  à  l’impie  ,  ny  à  l’hypocrite.  Malheur  à 
ces  gens  ,  dit  un  grand  Médecin  ,  qui  mènent  une  vie  dont  la 
ün  ne  peut  rien  avoir  que  de  tres-funefte. 

.Hyeocrita  adJesum  conveb.teke, 

AlhMa  fepîdchri  fMtes  ^  quiâ  intus  fines  \ 

-  fiie  hombilis  fœtor  fihominabilis  mXé 
Admittite  [olem  mefi  feMora  imminentem -i 
Ne  fortè  fi  mm  admietere  pojiea  'velitis 
^  AverjïiSt  agens  alto  flammeas  quadrigas 
Vos  dejlituM ,  tum  Plu'viis  Typhonibufqite 
Sitü  prada  agenda  tempejlatibus  atris.. 


C  H  Â  P  I  T  EL  E  III. 


De  tY'vrognme  ^retendue  des  Médecins^ 

IL  n  y  a  perfonne  qui  ne  fçache  que  les  Anciens,  &  particu¬ 
lièrement  les  Grecs ,  ont  été  fi  fujets  à  l’yvrognerie ,  que  la  vie 
de  ces  derniers  a  paffé  en  proverbe  Ôc  en  exemple  d’intemperen- 
ce,  -k  &  fur  tout  celle  des  Bizantins.  Les  Poètes ,  comme  Ana¬ 
créon  chez  les  Grecs  ,  6c  Horace  chez  les  Latins  ,  femblent 
n’avoir  chanté  que  pour  le  vin.  Aufiî  étoit-on  allé  jufqu  à  di- 
vinifer  ce  vice  long-tems  même  avant  Anacréon.  Neanmoins 
Dieu  n’a  pas  permis  que  la  rapidité  des  torrens  que  ces  Poè¬ 
tes  ont  fait  couler  de  leurs  veines  dans  leur  belle  humeur, ait 
entraîné  tout  ce  qu’elle  a  trouvé  dans  fon  chemin.  Il  y  a  eu  de 
tout  tems  des  Sages ,  amis  de  la  temporence,  6c  malgré  meme 
tout  ce  que  nos  Poètes  François  ont  pris  des  Grecs  6c  des  La¬ 
tins,  l’yvrognerie  n’a  pas  laiffé  d’être  enfin  bannie  de  la  compa¬ 
gnie  des  honnêtes  gens,  Le  tems  eft  venu  où  la  crapule  n’eft 
pas  plus  à  la  mode  en  France ,  que  l’impieté ,  les  blafphêmes  6c 
les  duels  des  derniers  régnés  > 


î,  c.  ScaligerJ 
"Bpderftor.  Ub. 


%Sl%  Bjjals  de  Medeclne. 

Oit  Von  n  au  oit  condamné 

Ce  Carnaval  désordonné 
I>e  juelques-ms  de  nos  Poètes  y 
^ui  fe  trouvèrent  convaincus 
D'avoir  facrijié  des  bêtes 
Devant  l'idole  de  Bacchus. 

pyéAgor.  fragment  Cependant  Comme  il  ne  fe  trouve  encore  que  trop  de  païs 
ta  rojate.  ^  de  Conditions  dans  le  monde  ,  où  les  fureurs  de  la  débauche  ne 
:Bafilius  in  cap.i^.  font  Ÿ^s  tout  à-if  ait  éteintes  i  où  Von  fait  gloire  de  fe  défier  i  ^  de 
provoquer  à  ces  combats  d' intemf  erence ,  d'où  les  vainqueurs  ne  fortent 
fas  avec  moins  de  honte  que  les  vaincus  ^  quelle  feureté  pour  les 
pauvres  malades ,  quand  ils  confultent  des  hommes  fort'ans  de 
cette  lice  3  des  Médecins  dont  les  bouches  &  les  têres  fument 
comme  des  Volcans ,  du  fouffre  des  vins  qu’ils  ont  engloutisi' 
Car  enfin  la  Medecine  n’a  garde  de  dire  comme  la  Poëfie  : 
Qj4,id  non  ebrietas  prodefi  ?  C’elï  pourquoV'  j’entreprends  d’exa¬ 
miner  en  ce  Chapitre,  fi  le  peuple  , dont  les  Proverbes’» font 
quelquefois  fondez  en  raifon ,  en  a  eu  quelqu’une  ductribuer 
particulièrement  aux  Médecins  l’y vrognerie,  comme-file  Bar¬ 
bier  ne  pouvoir  effcre  glorieux  ,  &  l’Apotiquaire  fantafque  que 
le  Médecin  ne  fût  yvrogne  ?  Nous  avons  remarqué  cy-devant 
qu’Hipocrare  &  Galien  avoient  leur  morale  3  éc  c’eft  fur  ce 
fondement  que  nous  pouvons  affurer  que  dans  ce  détail  qu’ils 
font  des  vices  des  Médecins  de  leur  temps ,  &  ou  ils  ne  leur  laif- 
fent  rien  pafler,  ils  ne  les  taxent  pas  plus  d’y  vrognerie  que  d’ir¬ 
religion.  Les  Médecins  qui  les  ont  fui  vis  dans  l’ordre  des  teiBS 
&de  la  Docîrine ,  n’ont  rien  de  formel  fur  ce  vice  dans  les  rç- 
proches  qu’il  s’entrefontjny  même  ces  ennemis  des  Médecins 
que  nous  avons  examinez  ci-devant,  ne  leur  imputent  rien  qui 
en  approche.  Voila  pour  l’autorité  des  Anciens.  Car  pour  les 
Peres  &;  pour  les  Dodeurs  de  ï'EgWÇc  altum  filentium  fur  cette 
matière.  Quant  à  la  raifon  ,  la  Medecine  étant  de  fa  nature 
oppofée  à  tous  les  excès  ,  ne  conclut-elle  pas  évidemment  pour 
les  Médecins  plus  que  pour  toutes  les  autres  Profeflions  ?  En 
effet,  Apulée  remarque  fort  exprelTément  en  faveur  de  fonAf- 
clepiade  ,  que  s’il  fut  le  premier  à  donner  du  vin  aux  malades , 
il  ne  le  donna  neanmoins  jamais  qu’en  temps  &  lieu  ,  fid  dando 
fcilicet  in  tempore.  Androcede  ce  grand  Médecin ,  qui  fçavoit 
que  le  grand  Alexandre  s’en  gâtoit  fouvent ,  ne  luy  en  voyoir 
jamais  boire  ,  fans  luy  dire  avec  une  refpedueufe  hardiejTe  , 


Seconde  Partie,  Chap.  III.'  29^ 

Soffi/efte&^zrous  Trince  que  U  vin  efi  le  fang  de  la  terre ,  ér  le  pifon- 
de  l'homme  ,  pour  luy  marquer  en  peu  de  paroles  ,  que  comme 
le  vin  pris  dans  le  befom ,  eft  le  plus  précieux  des  fucs  de  la 
Terre ,  il  eft  un  deftrudeur  de  nôtre  nature  quand  on  en  abufe. 

Non  feulement  Hipocrate ,  Galien  &  prefque  cous  les  Grecs  j 
mais  encore  les  Latins  &  les  Arabes,  comme  nous  lavons  déjà 
remarqué  êc  comme  nous  le  ferons  encore  voir  dans  la  troifié- 
me  Partie  de  cet  Ouvrage  ,  fe  déclarent  hautement  contre  le 
mauvais  ufage  du  vin  :  Car  pour  ne  laifter  aucun  fcrtipule  fur 
cette  matière,  je  veux  que  l’on  fçaehe  que  fi  quelques  An¬ 
ciens  femblent  avoir  avancé  qu’on  peut  guérir  quelques  mala¬ 
dies  par  l’excès  du  vin  ,  on  ne  doit  pas  pour  cela  inferer  qu’ils 
ayent  pris  le  parti  dei’y vrognerie  j  ce  qu’ils  appeloient 
n’allant  félon  eux ,,  ni  jufques  à  l’habitude  de  boire ,  ni  jafques  à 
troubler  la  raifon  ,  quoi-qu’il  foit  blâmé  des  Chrétiens ,  parce 
qu’il  choque  la  tempérance.  Je  répons  encore  queXi  Petronas, 
entre  les  anciens  &  quelques  autres  marquez  cy-devant  ,  ont 
donné  dans  l’intemperance  ,  &:  que  fi  le  fameux  Paracelfe,  Sc 
même  quelques  Médecins  de  nôtre  temps  fe  font  dés-honorez 
par  l’y  vrognerie  cela  ne  fait  rien  au  general ,  6c  que  la  plupart 
des  derniers  n’étoient  que  des  Alchimiftes  altérez ,  &  peut-être 
les  feuls  qui  ont  donné  lieu  au  Proverbe  qui  a  fait  les  Médecins 
yvrognes.  Quant  à  ceux  que  je  fais  entrer  dans  nos  indudions, 
j’avoue, fi  onîe  veut,  que  le  Petit-homme s’enyvroit quelque¬ 
fois  auffi  franchement  qu’un  gros  ôc  grand  homme  ,  &  même 
que  comme  il  avoit  l’eftomach  petit  &  la  tête  foible ,  il  en  deve- 
noit  fouvent  furieux  5  mais  il  fautaufîi  luy  faire  juftice,en  difant 
qu’il  ne  beuvoit  pas  habituellement  comme  les  véritables  yvro^ 

^es ,  ÔC  que  quand  il  prenoit  trop  de  vin  ,  c’étoit  bien  moins 
par  inclination  que  pour  faire  le  bon  compagnon  ,  &  s’accom¬ 
moder  à  l’humeur  des  gens  qu’il  vouioit  gagner  en  leur  paroif- 
fant  homme  à  tout  faire.  Le  Neptune ,  le  Grand  &  le  Politique 
étoient  fobres ,  Seft  nous  voulons  en  venir  à  l’experience ,  je  fuis 
feur  qu’on  trouvera  plus  de  cent  Médecins  qui  ne  boivent  que 
tres'peu  de  vin,  ou  qui  n’en  boivent  point ,  pour  un  qui  en  boit 
par  excès. 

Il  faut  donc  conclure  que  l’y  vrognerie  n’eft  nullement  particu-  *  Ebrietas  volunta;! 
liere  aux  Médecins,  mais  que  s’il  s’en  trouve  de  fui  ets  au  vin,  *  eft.dæmonvo- 

J  Itintarius  maiit.æ 

Siater  j  virtutis  immica ,  virum  reddit  ignayum ,  ex  tcpiperantc  facit  lafciyuni ,  juftitiain  igneiat ,  prudcatÛH; 

CâEJuiguit ,  ex  Büfilio.  '  *  c 

P  P  ij 


300  Bjjkls  deMedecme, 

Ebrictasfomcntum  il  faut  bien  fe  garder ,  quelques  habiles  qu’ils  foient  ,  de  tom»; 
ïibidinis,  incenti-  lç^^YS  maîus ,  ni  faiii  ni  malade  ,  puifquils  ne  peuvenr 

vum infaniæ, venc-  i  i  r  i  r  •  i  -rr'  r 

num  infipicntiæ.  garder  le  lecrec  i  que  les  lemmes  ,  qui  haillent  ordinaire- 
Ex  Atnbrof.  Vide  ment  Ics  yvrogncs  J  ne  fcroient  pas  même  en  feurcté  avec  eux 
^IroverT!ii!’  ^  'vtmm  in  quo  luxuria  ejl  ;  &  que  tous  les  fexes ,  tous  les  âges 

toutes  les  conditions  feront  toujours  expofées  s.a  quiproquo  en. 
une  occafion  oiiil  n  y  va  pas  de  moins  que  de  la  vie,  Auffi  un 
fçavant  Médecin  a-t-il  écrit  de  bon  fens. 

EMor^flfbx'  Extmguere  me  malo  fiti^quam  ehrius  e^e 

■  '  ‘  Stola  fi ]ovi$  efi  ehria,  ne  Jupiter  efiQ, 


C  H  A  P  I  T  R.  E  l  Y  , 

I)  es  Médecins  prétendus  Homkidèsl 

Avoir  les  hommes  parler  &  agir  comme  ils  font  ordinaire; 

ment  ,  il  femble  que  la  nature  aeu  grand  tort  de  les  faire 
naître  mortek. 

Muoiono  le  Citth  muoiom  i  Regnl 
Copre  i  f afii ,  e  le  pompe  arena  ^  herba 
E  l'huom  d'ejfer  mort/tl  pnr  çhe  fifdegni. 

Quelle  honte  donc  de  ne  pouvoir  apprendre  â  mourir  pendant 
une  allez  longue  vie,  &  de  mourir  tant  de  fois , de  crainte  d’u-. 
ne  mort  inévitable ,  puifqu’il  ell  certain  que 

A  chi  morir  è  grave  . 

Ogni  momento  e  morte  - 

Et  que  qui  ne  fe  peut  refoudre  à  mourir ,  n’avoit  pas  befoin  de 
venir  au  monde. 

Si  non  voleva  morire 


^  Non  hïfognava  nafiere. 

Craindre  la  mort ,  c’ell  au  fentiment  d’un  ancien ,  craindre  le 
terme  &  la  fin  du  travail.  Encore,  dit  Saint  Am  broife ,  s’il  étoit 
poffible  d’éviter  la  mort ,  à  la  bonne-heure  j  mais  s’il  faut  quc 
CS  moment  arrive  enfin  ,  pourquoy  ne  le  pas  accepter  aujour- 
dhuy  comme  demain?  Vous  ne  voulez  rien  foLiflfir,dit  Saint 
Auguftin ,  &  vous  voulez  encore  moins  ce  qui  vous  mettra  en 
état  de  ne  plus  craindre  les  fouffrances,  la  captivité^  vous  dé-, 
plaît  3  &  vous  craignez  d’en  fortir. 


# 


^econàe  Partie,  Chap.  IV*  joi 

ija  morte  èfin  pigion  ofcura, 

^  gli  animi  gentilii  ^g^t  altri  e  nota 

Ch'  mm  pfio  nel  fango  ogni  lorcma. 

Mais  encore  quand  il  arrive  que  quelqu’un  meure  contre 
nôtre  gré ,  quel  entêtement  &  quelle  fbiblefle  de  chercher  des 
confolacions  autre  part  qu’en  la  volonté  de  celuy  qui  nous  fait 
naître  &  mourir  quand  il  luy  plaît  ?  Faut-il  en  accu  fer  les  hom¬ 
mes  particulièrement  ceux  J  qui  bien  éloignez  d’en  être  la 
caufe ,  font  les  inftru mens  Scies  Miniftres  dont  Dieu  a  bien  voulu 
fe  fervir  pour  retarder  la  mort,  Sc  rendre  la  fanté  aux  malades  à 
Car  fi  le  Medécin  n’a  été  appelé  que,  trop  tard ,  par  négligence 
ou  par  avarice,  comme  il  arrive  tres-fouvent,  ou  que  les  cho- 
fesexcernes  Scia  conftitution  du  malade  ,  n’ ayant  pas  fécondé  fes 
intentions ,  on  ne  manque  jamais  de  le  faire  la  caufe  de  la  mort,  • 
le  malade  Scies  AlTiftans  n’ont  jamais  le  tort^  on  compte  même 
pour  rien  les  decrets  de  Dieu  5  &  fi  au  contraire  j  tout  fuccede 
bien, ce  n’eft  prefque  jamais  le  Médecin  qui  en  a  la  gloire.  Encore 
fi  on  la  rendoit  à  Dieu  j  mais  profpera  omnes  ftbi  vmàicmt ,  aàverfa 
mi  yi^àXco.  E  rrMo  meo  nulla  veni^i ,  reBe  faBo  lam  exigna.  C’eft 
pourquoy  le  grand  Hipocrate  fe  plaignoit  fiamerement ,  avoüant 
que  tout  bien  confidere ,  la  Médecine  luy  avoit  moins  fait  d’hon¬ 
neur  que  de  chagrin  ,  Sc  que  quand  quelque  malade  mouroit  , 
la  faute  en  étoit  attribuée  au  Médecin-,  Scia  gloire  de  la  con- 
valefcence  à  quelque  divinité  imaginaire.  De-là  eft  venu  qu’on 
s’eft  tellement  accoutumé  à  crier  contre  les  Médecins,  qu’en- 
fin  l’abus  eft  allé  jufques  aies  appeler  meurtriers ,  camifices  ^pro- 
pinatores  ^  bourreaux  Sc  empoifonneurs.  5  dit  Galien  de 

£onM.2Litre  i  était  fort  habile  y  avec  tout  cela  il  ne  lai  fa  pas  dl  être 
chaffé  de  Rome  comme  un  meurtrier.  Voila  l’endroit  par  oii  non 
feulement  le  peuple  ,  mais  encore  tant  d’Auteurs  ont  attaqué 
les  Médecins ,  Sc  par  où  ils  leurs  portent ,  comme  Is  le  préten¬ 
dent  ,  le  coup  dangereux.  Ce  font,  difoit  le  fameux  du  Mou- 
ftier,  àla  vérité  bon  Peintre ,  mais- aftez  mauvais  Auteur,  les  ma¬ 
gnifiques  bourreaux  de  la  nature  en faîinés s  il  y 

a  long-temps  de  ce  qu’on  n’en  fait  pas  bonne  Sc  brieve  jnftice  , 
foli  Medico  occidiffe  fumma  impunitas  efi.  11  n’y  a  pas  félon  le  vul¬ 
gaire  jufques  à  la  reconnoifFance  qu’on  leur  fait  qui  ne  foit  un 
gage  affuré  de  la  mort.  Arrha  mortis  RrTedici  pratium.  Mais  foit 
que  ces  gens-là  ayent  parlé  ferieufement,  ou  comme  il  arrive 
louvent  pour  fe  divertir  aux  dépens  de  qui  il  appartiendra  , 

Pp  iij 


Cicer.eonirâ  KutHy 


Hipocrât.  Epip.  Siè 
Dion^f. 


^0^  ElJais  de  Medecîni 

examinons  un  peu  ce  qud  les  Originaux  &  ceux  qui  les  ot^ 
copiez  nous  font  voir  lur  cette  matière.  Commençons  par  les 
Poëtes  ,  aurquels  nous  ajouterons  les  Hiftoriens,  &  mêmes  les  ' 
faifeurs  de  contes ,  quoique  ceux-cÿ  méritent  encore  ,moins(dc 
creance  que  les  premiers.  v 

Martial  dont  les  pointes  font  fi  perçantes  &  fi  aiguës,  femble 
avoir  eu  particulièrement  en  butte  les  pauvres  Médecins ,  tant 
il  a  décoché  de  traits  contre  eux.  Il  ne  faut  à  fon  compte  qu^ 
fonger  la  nuit  en  un  Médecin  pour  dormir, écernellement. 

Tarn  fubiu  mortis  cauj^am  Fmjlim  requirk 
In  famnis  Medicum  viderat  Bermoemtem. 

Il  ne  faut  être  que  touché  du  bout  du  doigt  d’un  Médecin  pouf 
avoir  la  fièvre. 

Non  habui  féhrem  Symmache  nunc  hdbeo. 

Quelque  -commerce  qu’on  ait  avec  luy ,  quand  ce  ne  feroit  quô 
par  Procureur  ,il  n’y  va  pas  de  moins  que  de  la  vie. 

‘Vxorem  chMtdùmt  fois  ipfe  Jïnifyue 

A  Medico  .  .  .  .  'vü  fine  febre  mon  ? 

Jupiter  même  ne  peut  garentir  fes  Statués ,  quand  un  Medec^ 
y  a  mis  la  maim 

-.cUmetis  en  Murcm  marmorjovis  attigit  é‘ 

Jnpiter  effertur  fit  Ucet  file  lapü. 

Penfée  que  le  Poëte  Aufone  n’a  pas  manqué  d’imiter  dans  le| 
Epigrammes  71.  &  75.  &  après  luy  quelques  autres  Poètes. 

On  feint  au  Parnafie  que  certain  Hermogene,  qui  apprehea- 
doit  d’être  foudroyé  par  la  même  raifon  que  le  fut  Efculape, 
s’avffa  de  faire  mourir  tout  .  autant  de  malades  qu’il  en  voyoitî 
pour  éviter  cette  difgrace. 

P.hœbigenam  quod  yuondam  mimas  revocajfet  abOrcs 
.Occifum  mdierat  clinicm  Hermogenes  • 

Hoc  ne  illi  accideret  fubko  demifif  ad  Ormm 
Mille  mimas  agYorum  ,  ingemofius  homo  ! 

C’eft  ainfi  que  dans  le  langage  des  Poëtes ,  les  Médecins  tuent 
dés  la  porte  les  malades  qui  font  au  lit  ,  fans  aller  jufquesàJâ 
ruelle.  ^  ^ 

Multomm  Medicorum  ingrefius  me  perdidk. 

Il  ne  faut  point  dans  ce  langage  de  remede  pour  faire  monxi| 
-h  malade,  le  nom  du  Médecin  feul  peut  faire  le  coup. 

Non  eUfiere  ufiis  Phifion  migi^^^ 


Seconde  Pâme,  Châp,  IV.  • 

Kme»  ut  in  fehre  commemini  prii. 
fen  fécond  s’avife  d’une  nouvelle  invention  j  il  fait  d’un 
tnêine  homme  deux  differens  meurtriers  >  ou  fi  vous  voulez  un 
Médecin  ambidextre  6c  expéditif. 

Es  fmd  Medicus  fmd  &  chirurgm- 
Cur^  mittis  fiigium  vihs  ad  Orcum 
Et  manu  fmd  é'  venem. 
pn  a  dit  d’un  autrej 

^mfueratChironcepratef'eCharon^- 
Si  chacun  afon  fait  chez  les  Poètes  ,011  les  Avocats  &  le  Fi£* 
que  du  Prince  font  comparés  à  l’Enfer  qui  prend  par  tout,  leg; 
Médecins  ne  manquent  pas  de  s’y  trouver,  même  avec  le- Sou^ 
drille  &  le  Bourreau. 

Caufidicis ,  Erebo ,  Ffco  y  fas  vivere  rapto 
•  Militib.MtâiciSitortoriimpunè  mcare-i 
Mentiri  Jjlrologo ,  Pictoribi  atque  Po  'étis' 

£n  veut-on  d’une  autre  fabrique? 

Conf  Uo  atque  armü  rpultorum  adjutus  Achïlles 
In  bellis  fudit  millia  mdta  'uirum  ,  - 
Tu  fine  confilio  ndlis  adjutus  &  armis 
Interrimis ,  virtm  major  Achille  tua  efi,  • 

Chirurgm  Medico  quo  differt  ?  fcilicet  illü  »  - 
Enecat  his  juccis ,  enecat  ille  manu. 

Carnifici  hoc  ambo  tantum  differre  njidentur- 
Tardim  hifaciunt  quod  facit  ille  cito, . 

^  I-nNi  colaum  Medicum.^ 

Ttunc  video  haud  rerum  tantum  y  fid  é"‘  ipf^  'virorum  - 
.  Nomina ,  non  tem  ere  ■  fed  ratio  ne  dari, 

Nicolaus  mmen  M îdici  efi ,  qui  convenit ,  inquis. 

Hic  pottus  mmen  debuit  ejfe  Bucis  ÿ . 

Bux  populos  armis  vincit  ;  fed  é‘  ifie  venenis 
Et  pofulum  fortes  fiernit  uterque  Duces. 

Sape  Bucem  belLo  répétant  y  h'ü  nemo  rebellât 
Huic  um  dico  ver 0  efi  nomine  Nicolaus.  ■ 

Prudence  même-  eft  de  la  partie ,  luy  qui  fçavoit  fi  bien  que  là 
fauté  eft  le  but  de  la  Chirurgie  5  mais  quoy  il  falloir  faire 
r/aloir  le  T ragique  aux  dépens  de  la  Médecine. 

-fe  . 


/<?«»».  fecmàJ'fé'i 
mtnitùbi  • 


Véùiégm'i  »  - 

m. 


MÀxmil, 


Thom. 


F.  Erafm.  in  Chi- 


JEgid.  Menug.  . 
Ub^ 


50^  •  Effak  de  Medeclnê, 

Horretid  omnss  mfce  c/^mificum  mmrn 
Num  meliores  funtmmm  meàtntium  ■, 

Lmiena  (^mndo  fgvit  Hi^ocratica  ? 

Vivum  fecMur  vi[cm  i  recem  cruor 
Scal^elU  tingit  àum  putredo  abmdïtur. 

Le  fameux  fiapcifta  Mantuanus  les, faic  encore  monter  a  chevà! 
pour  amener  la  mort  en  poftç. 

Sunt  é'  cquejire  genus  Medki  ^ui  tangefe  vm-M 
.NomunquamillmtdtrSaudent,^pmerequM^m 
Mon  mtelle^ü  tememria^  nominal  morbü. 

Mii  ^ fi  tembms  efi  ptefias 

Excmciandi  dgros ,  hominefque  impn?fe  necmdi. 

Louis  B  U rgen fis  premier  Médecin  du  Roy  Louis  Xlî.  ne  p^ 
éviter  des  vers  ou  il  y  a  voit,  fans  doute  plus  de  rime  que  deraL- 
fon^.^  qui  commençoient  ainfi.  ‘  - 

Mi^gifier  nofier  Burgenfo 
Emt  unm  bonm  en(ls. 

Encore  fi  la  Poëfie  avoit  parlé  auffi  modeftcment  que  fait  Balde,' 
qui  ne  les  faic  pas, îoûj ours,  &  tous  tant  qu’ils  font  meurtriers  | 
Audifiü  Medkos  facios  0Uqumdo  Tf^gœdos. 
pais  de  les  peindre  de  ces  couleurs, 

.  plemmque  ipp  facitis  medk amine  morbum 

Et  dm  mu  diem  agrotos  dimktkis  Orco, 

Scilket  hoc  ^obis  indulfit  opnio  rerum 
^na  pèens^^clades  infer re  impune  fer  orbem 
Mercedemque  alkno  obku  j  Imdemque  farare, 
i£t  d’en  faire  expédier  des  .millions  à  un  feul  3  comme  fait  eetl| 
imitation  de  rAntologie. 

Automne  agrotos  qui  flures  fufiuUt  une 
^uam  folia  Automni  frigore  lafj'a  cadunt 
Langmhat  Medkus  Themffon ,  é‘ fiamina  vk& 

I  Pracifki  ardebat  feindere  f  area  manu." 

Corrifuit  âextra  fufci  Regnator  A-verni 
Iratufque  Ve  a  talia  'voce  dédit  : 

Tune  ilium  fiygias  toties  qui  mktit  ad  -undas 

Millia  tôt  hominum  tôlier e  fiultavMss^ 

En  voicy  d’un  autre, 

jul.  .  occubuit  tandem  y  res  mira  tôt  inter 
Carnifices  ^furem  vix  fotuiffe  mori. 

Paffe  ÿ  d  oîi  vouIqIi  tomber  d’accord  qu’ils  tuent  quèlquesfoi^ 

gratisé 


Seconde  partie,  Chap.  IV.  ^05 

$mis  j  mais  on  veut  encore  qu’il  en  coûte,  ôc  qu’ils  ne  fafleat 
pas  plus  de  quartier  que  les  bourreaux  memes. 

^  Carnifici  Mtàicus  par  ejl ,  nam  cadit  uUrqut 
Tmpune  &  mercesc/dis  utrique  datur  ^ 

Judicium  melm  fmit  ftihnlfe  latronis 
Gennadii  Medicas  quam  pemjfe  manus, 
llle  etenim  c^des  fan^e  execratur  ér  odli 
Bic  pratium  capit  ^  ducit  ad  Elyfios 

de  Profe  Latine  qui  pourroit  aller  du  pir  avec  la  Poefie,  t'.  chiliad.Erapmi 
elle  eft  outrée  &  gaillarde  \  Solis  Medkü  licet  impme  occi-  ventM». 

dere.  Samdotes  é‘  Medici  Utius  &  liherm  qui  cantant  mfunm ,  ^  in  i>iaL  charentié^^ 
quih,  pcrmhtitm  ocçidere, 

LIBERATORI  PATRIÆ. 

C’eft  l’Infcription  dont  on  régala  à  Rome  le  Médecin  qui  avait 
affifté  Leon  X.  Pape,  dans  la  maladie  donc  il  mourut.  Voicy 
pour  ceux  qui  fe  tirent  d’affaire. 

FATIS  VICTRICIBÜS. 

Et  voila  comme  on  remercie  les  Médecins  quand  on  cft  guéri. 

PoLirfuivons. 

Un  Efpagnol  &un  Italien  meurent  après  avoir  pris  une  Me* 
decine  de  leur  ordonnance  i  c’eft  le  Médecin  &  non  pas  la  Mé¬ 
decine  qui  les  a  tuez ,  qui  en  doute  ?  &  l’on  ne  manque  pas  d’é¬ 
crire  fur  le  Tombeau  de  l’un  ,  ^ui  en  ]acio per  ejlarmeiori  Sc 
fur  celuy  de  V2.mtQ»Stavo  bene  é' p^^ ^eglio  jlo  quk  :  Car  les 
Italiens  n’étant  fouvent  que  les  copiftes  des  Latins,  il  ne  faut 
pas  s* étonner  ff  leurs  Poëtes  ne  traitent  pas  mieux  les  Médecin^ 
qu’ont  fait  les  Poëtes  Latins. 

fon  fegni  che  non  vuol  merire 
Ma  i  Medici  lo  non  voglion  ammazgart 
Ferche  non  fi  farrebe  il  lora  onore  ^ 

s'egli  u  fcijfe  termino  ,  ddalle  mani 
Avendo  defto  egli ,  e  fpaciato  ,  e  nrorel 
Oeft  ainli  qu’on  nous  donne  du  Pline  travefti  en  la  même 
langue. 

Ma  perche  un  tal  fi  puo  donar  la  mortt 
Sen^  punitione  é‘  fenZa  pena 
For^a  €  che  si  gentil  Titol  *  raporte. 

Enffn  e  en:  dans  cet  eiprit  que  la  Comédie  Italienne  nous  af- 


^oC  Medecme, 

fure  qu’on  ne  fe  fort  point  de  bourreaux  dans  TEmpire  de  la 
Lune  pour  faire  mourir  les  criminels  j  mais  qu  apres  les  avoir 
condamnez ,  on  les  abandonne  aux  Médecins. 

Les  Poètes  François  autres  copiftesdes  Grecs  &  des  Latins  ne 
,  les  ont  pas  plus  épargnez  j  tant  il  eft  vray  que  les  enfans  d’4-  ^ 
pollon  s’entremangent ,  par  tout  païs  comme  des  Canibales. 

Cy  gifi  far  qui  gi fat  les  autres 
Dites4uy  des  Fatenotres. 

.Voicy  du  clinquant  &  du  plus  brillant  > 

Cet  Art  qui  fait  le  meurtre  avec  impunité 
Et  dont  notre  foihleffe  accroît  V autorité» 

Mais  voicy  quelque  chofe  de  bien  plus  galandf 
Croye^moy  charmante  Do  rife  y 

B'annïjfe^  tous  vos  Médecins  y  , 

Ce  ne  fat  que  des  ajfajjins  y 

la  crédulité  du  malade  autorife»  ’ 

Ils  fat  fort  éloquent ,  ils  ont  de  bons  defans  ^  • 

Mais  quoi-que  leur  jargon  vous  dife ,  ' 

La  fanté  qu  ils  vous  ont  promife  y  . 

EJÎ  une  trop  haute  entreprife  y  J 

Pour  être  l'œuvre  de  leurs  mains»  '  ‘ 

-i  -  .  .  ^ 

En  vain  leur  fauffe  conjeélure  > 

Farl'infaBiondudehorsy 

Juge  de  ce  qui  brûle  ou  pourrit  les  refforts  y  ' 

Far  qui  t' Auteur  de  U  nature  -V 

Fait  agir  l'ame  dans  le  corps» 

Jls  rai  fanent  à  Favanture  t  ,,  , 

£t  ces  tr^vif blés  accords  >  / 

Sont  pour  eux  une  tablature  9 
OÙ  malgré  leurs  doéfes  efforts  y 
Jts  ne  U  fat  qu  a  l'ouverture 
Des  cadavres  de  ceux  que  leur  feule  impoffuTCf 
Vient  de  faire  partir  pour  aller  chez  les  morts» 

r  r  .  .  ^  . 

ze  jang  qut  coule  dans  vos  veines. 

Ne  vous  a  pas  été  donné  y 
four  être  au  moindre  mal  par  vous  abandonné  y 
Aux  effuffons  inhumaines 

D' un  Doéteur  ignorant  a  faigner  ohfliné  y 
Tout  ce  qu'a  le  répandre  uy^  malade  a  de  peine  y. 


Seconde  Vam.  Chap.  ÎV.  J07 

Ce  froide  cette  langueur,  &ce  teint  tout  fanné , 

Sont-ce  fas  des  preuves  certaines , 

fontaines 

Aujji  d'habiles  gens  é‘  des  têtes  bien  [aines, 

N'auroient  jamais  iey  fait  venir  le  Senné , 
la  nature  avoit  tout  exprès  condamné, 

A  naître  en  des  terres  lointaines  » 

De  peur  que  nôtre  mande  en  fut  empoifonné. 

Mais  ces  précautions  fi  [âges  furent  vaines  y 
Dés  que  l’Ecole  en  eut  autrement  .ordonné > 

Avançons  en  ce  beau  chemin  5 

Souverains  juges  du  bien  dire, 

^^e  le  bhondin  Phebus  infpire  > 

Sur  le  choix  des  mets  les  plus  fins , 

JLequel  des  deux  faut  il  gu  on  die  : 

Jules  mourut  de  telle  maladie  , 

Ou  mourut  de  tels  Médecins  ^ 

ün  de  nos  Poètes  décrivant  une  Fête  pendant  la-quelle  chacim 
quittoit  fon  employ  pour  en  voir  lafblemnité  -,  dit  que/f  Atede^ 
tin  même  quitte  [on  malade  ,  &  que 
Le  malade  n  en  efi  que  mieux.. 

Finiflbns  par  ces  vers  ck)nt  on  a  voulu  faire  honneur  à  ce  Co¬ 
médien  de  notre  temps  qui  a  plus  fait  de  mal  aux  ignorans 
dccins.5  qu’à  la  Médecine, 

Contre  Moliere  un  Médecin  > 

Ayant  fait  un  mauvais  defiein. 

Avec  un  pere  d  Patenôtre, 

Tous  deux  V attendoient  d  fa  fin  | 

Mais  Moliere  fut  le  plus  fin  > 

Et  fe  pajfa  de  l* un  &  l^ autre  > 

Moliere  d  chacun  d  fait  voir. 

L'inutilité  du  fçavoir , 

De  ceux  qui  font  la  Medecîne  : 

Car  pour  parvenir  d  [afin. 

Et  nous  mieux  prouver  fa  doBrine , 

Il  meurt  dés  qu'il  efl  Médecin. 

Bref,  queünous  nous  arrêtons  un  pexi  à  la  Gomedie  ancienne 


^e  le  cours  precieux  de  ces  vtv 
veut  point  être  détourné  ? 


lirmiAft.  Lacianp. 
infiipHt. 


508  Effais  de  Medecine» 

&:  moderne  ,  nous  verrons  que  la  mort  neft  prefqite  jamais 
introduite  fur  la  Sqene  ,  que  par  le  minifterc  d’un  Médecin 
c’ellle  Choraguc  ,  &  même  quelquefois  le  dévouement  de  la 
Piece.  Si  la  Mufe  n’eft  donc  pas  plus  favorableàla  Médecine 
en  fa  belle  humeur,  que  ne  luy  fera-t-elle  point  en  colere  ? 

Qi^i-qu’il  en  foit ,  il  cft  facile  de  répondre  à  tant  de  gentilles, 
jolies  penfées  ;  car  qui  doute  qu’il  y  ait  quelque  chofe^ de  plus 
outré  ,  de  tout  ce  que  le  plaiîir  de  railler  a  dicté  aux  Poètes,  que 
ce  qu’ils  ont  inventé  contre  la  MedeGine&  les  Médecins, 
Meurtre  ér  Poifonyi^^s  moins  que  cela  ?  Je  m’étonne  même  com¬ 
ment  ceux  qui  fe  font  imaginé  que  Saint  Luc  n’a  jamais  été 
Médecin  ,  n’ont  point  donné  le  jour  des  Morts  ,  ou  celuy  de 
foetîs  neque  vigi-  Saint  Barthelemi  pour  Fête  aux  Médecins:  car  voila  comme 
lantibus  credam.  [a  Mules’égayc  ordinairement  fur  ce  fujet  3  mais  de  bonne-foy, 
cela  s’appelle-t-il  gayeté  ou  fureur  Poétique  ?-  De  plus  l’argu¬ 
ment  prouve-t-il  quelque  chofe  quand  il  prouve  trop,  ou  pour 
mieux  dire, quand  la  concluilon  effcauffi  fauffeque  les  premiffes  î 
Sont-ce  des  raifons  que  des  faillies  de  bel  efprit qui  fe  termi¬ 
nent  à  peu  prés  comme  ces  feux  d’artifice ,  qui  après  avoir  atti¬ 
fé  pour  quelques  momens  nos  yeux  &  nôtre  attention ,  crevent  en 
l’air  oii  ils  s’ évanouirent  prelque  au  moment  qu’ils  y  ont  paru  ? 

^  Tcla  qn^  gr^-  factum  crepitüs  :  *  ce  n’elt  que  du  bruit ,  rien  d’eieétif  ny  qui 
porte  coup.  Venons  aux  Hiftoriew.  ^  ^  . 

tedis  fine  uiioha-  Comme  les  Médecins  vendoient  anciennement  les  poifons  ï 
bitanoms  incom-  donna  Heu  a  leurs  ennemis  de  croire  qu’ils  en  abufoienn 
foivitur.  stnee.  S  il  U  y  avoit  do'pc  cu  qu  uu  Foctc  qui  eut  irait  dire  a  un  de  res 
'mt  inUercMo  ,  certum  efi  tbo  uà  Medicum  r^atfue  nie  ibi  intoxieuho, 

'  *  cela  feroit  pen  de  chofe  3  mais  Cicéron  même  parlanc  d’un  Me- 

orap.  pro  cîuenm.  dcciii  de  fon  ccmps ,  l’apcle  jam  cognimm  ér  metorem.-  C’eft  de 
Qui  jam  multo-  manière  qu’  Apulée  nous  en  reprefente  un  autre  j  *  Era- 

ticrj^imarum  fpe-  fiftrate  dic-on  ,  6c  Herophile  dilFeqnoient  des  hommes  vîvans  > 
?- Les  Médecins  donnent  un  breuvage  aflbupif' 
tropaea  numerabat.  fane  6c  mortel  aux  vieux  Denis  pour  faire  plaifirau  jeune.  *  Cer- 
* Flutareh.  Theffale ,  fl  Ton  en- croit  Juftin ,  empoifonne  le  grand  Al^' 

xandre..  Cynias  Médecin  de  Pyrrhus- propofe  le  meurtre  de 
citer  orat.  pro-  ^"^7  à  Caïus  Fabricius  Capitaine  Romain  ,  pourveu  qu’bn  le 
■Rege  T>etot*ro  é*  paye  bica.  Ancigonus  empoiibnne  les  pla-yes  de  Phafael  frerC 
Fimn  ch.tnFtïrho  fq^rodes  ,  6c  Glycon  celle  du  Conful  Panfa  apres  la-  bataid^ 
de  Modene.  Antonius  Mufa  abrégé  les  jours  de  l’infortus^ 
Tacit.  JLnvo  4,.  Marcellus  pour  faire  fa  cour  a  Livie  femme  d^Augufte 


Seconie  Partie.  Chap.  IV.  36> 

l^dccin  Eudemüs  cmpoifoniie  Livie  temme  de  Drufus.  Xe- 
cophon  achevé  l’Empereur  Glaudiüs  avec  une  plume  em- 
poilonnée  donc  il  fait  femblant  de  le  provoquer  à  vomir.  An- 
tonin  cft  empoifonné  par  un  Médecin  gagné  par  Commode. 
Caracalk  Tcd  par  fon  propre  Médecin.  Hermogene  montre  à 
l’Empereur  Adrien  l’endroit  par  où  il  fe  peut  porter  le  coup 
mortel.  Marc  Aurelle  fait  mourir  fon  frere  Verusr,  ou  par  cet 
artifice  que  rapporte  Jules  Capitolin ,  ou  par  la  faignée  que  liiy 
fait  le  Médecin  Pofidippe  à  contretemps,-  Il  ne  tint  pas  aux  Mé¬ 
decins  de  l’Empereur  Frédéric  lï.  qu’il  ne  fut  empoifonné  la 
follickation  des  Parmekns.  L’Imperatrice  Zoé  fait  empoifon- 
ner  fon  malheureux  Epoux  par  fon  Médecin.  Jean  de  Scho- 
nen  fait  mourir  Valdemàr  Roy  de  Dannemarb,  par  un  médica¬ 
ment  affoupifTant, qu’il  luy  donne  pendant  fa  fièvre.  Charles  le 
Gha-jave  Roy  de  France  cft  empoifonné  par  fon  Médecin  Ze^ 
dechias  Juifi  Mainfroy  fait  empoifonner  rEmpereur  Conrard 
par  des  Médecins.  Sanche  Roy  de  Caftille  ôc  Grimoald  Roy 
des  Lombards,  font  empoifonnes  par  leurs  Médecins.  Ladiflas 
Roy  de  N-aples  Sc  Comte  de  Provence ,  eft  empoifonné  au  fiege 
de  Florence  par  la  fiüe  d’un  Médecin  de  PéroUfe  ,  inftruite 
pour  cela  d’une  maniéré  auflî  difficile  à  exprimer  honnêtement' 
qu’elle  eft  difficile  à  comprendre.  Ün  Médecin  Juif  Emiffairé 
de  Soliman  II.  Empereur  des  Turcs  ,  trahit  les  Chevaliers  de 
Rhodes  avec  Amarate  ,  quel  meurtre  ?  Joachim  Electeur  dé 
Brandebourg.  I  L  du'  nom  ,  eft-  empoifonné  par  Léopold  Mede- 
ein  Juif.  Ün  autre  Juif ,  fi  l’on  en  ctoit  Sulpitîo  Severo  ,  em- 
poifonne  un  homme  en  luy  touchant  Amplement  la  langue  du 
bout  du  doîgtv  Selim;  I.  fils  de  Bajazeth  1 1.  Empereur  des 
Turcs  ,  eft  empoifonné  par  Hamon  Médecin  Juif  avec  une 
poudre  d’aimanf.  Un  Médecin  offre  à  Henry  ^  J  X  I.  Roy 
d’  Angleterre,  de  le' défaire  dit  Cardinal  Volfey.  Le  Médecin 
Monteeuculi  empoifonné  le  Daufin  du  Roy  François  1.  On 
teiit  mênie  que  comme  lés  Médecins  avoientfait  Leon  X. 
Pape' par  un  artifice  qui  dépendoit  de  la  Mcdecine,' d’autres  le 
deffirent  par  un  remede  donné  à  contre-temps.  Le  Czar  de  Mof 
eovie  eft  empoifonné  de  nos  joürs,  par,  un  Médecin  fait  comme- 
celuy  de  la  Gabrine  du  Poëce  Italien.- 

.  ;  b  Cht  for  -^j^glio  uccider  de  vekno 

Ô.X  iij 


ii'ti.  Ils, 


CAptoii’A.  inèie^. 

CQ. 


Cedren.  in  Èifis¥. 
I.  Lfcliania. 

Saxo  lih.  if.- 

Sigihert.  ^  Regi- 
nald.  in  Chrenic. 
CrmzÀu:  l<h':  9.  C\ 
19.  Ritius-  lih.  i,- 
Neapolit.HiJhr,- 


in  ^eerem»nti/(fl 
Thuan.aàann.i^ji,' 


V.  Catnerarium 
horar.fttlc 
y  cap  7. 


Effets  âe  Me^cîml 

Voila  à  k  vcrité  quelques  faits  de  la  plûpart  defqueîs  m 
ne  peut  douter.  Mais  qqanc  a^x  partifans  de  Caton  qui  ont 
youlu  s’imaginer  avec  luy  ,  que  les  Médecins  de  la  Grèce 
avoient  delTein  de  faire  mourir  les  Romains ,  pure  prévention; 
Pour  les  Arabes  dont  on  a  écrit  qu’ils  avoidnt  inventé  une 
Rhlan.  Rechsrehes  pratique  oppofée  à  celle  des  Orées  pour  faire  mourir  les  Chré. 
‘'mT calomnie  inventée  pour  décrier 
onpe  ter.  mcîhodc  >  ,6c  potir  établir  celle  des  Botaliftes ,  &  qu’au  con¬ 

traire  la  Medecine  leur  a  obligation  de  Finvcntion  de  plüfieur5 
„exceliens  remedes  î  Quant  à  ce  qui  touche  notre  nation ,  fi  Bell^ 
Foreft  a  franciii  le  mot  contre  Adam  Fumée  fur  la  mort  du  Roy 
.Charles  VII.  je  n’ay  qiï*à  répondre  que  cet  Fiiftorien  eft  for| 
rhum, a  ad  c&kem  infidelîe.  Il  elf  bien  vray  quant  à  nôtre  fiecle  que  Louis  Duret 
'^erroman&.  avoit  refolu  de  faire  le  coup  fatal  à  la  con^iration  de  Mantes 
&  du  Tiers  Parti  j  mais  il  ne  le  vouloit  faire ^  ny  par  le  poifon, 
ny  en  qualité  de  Médecin ,  mais  par  le  fer  &  en  Jbtave ,  qui 
croyoit  pouvoir  tirer  fon  parti  d’intrigue  par  cette  voye.  Aquoy 
nous  pouvons  ajouter  pour  égayer  un  peu  la  matière ,  que  cett,e 
furieûfc  démangeaifon  qu’avoit  le  Médecin  Blanquevaux  de 
tuer  des  hommes ,  ne  procedoit  que  de  la  bravoure  dont  il  fe 
pi  quoi  t  ySü  de  rhabitude  qu’il  avoit  à  battre  le  fer  :  car  quoi-quil 
fut  habile  Médecin,  comme  il  paroît  par  le  Commentaire  qu’il 
a  fait  fur  le  prognoftic  d’Hipocratc,^^  par  les  Eloges  des  Can¬ 
didats  de  la  Faculté ,  qu’il  ht  l*an  lé  oS .  il  n’ay  oit  pas  fi-tpt  ache- 
vé  de  faire  Leçon  &  quitté  fa  robe  de  Prçfeflèur,  qu’il  prenoit 
jun  manteau  d’écarlactc^j  &  qu’il  s’en  alloit  l’épée  au  côté  faire 
afTant  contre  les  plus  Prévofts  dé  Sale,  cherchant  de 

plusdans  les  querelles  de  fe^  amis ,  quelque  occafion  de  fignalcf 
jfon  intrépidité  &  fon  adrelïe  aux  armes.  On  dit  même  à  ce  fu- 
jee  5  qu’ayant  rfaité  malade  gratis  un  fort  vaillant  howe ,  qui 
ne  fçayoit  comment  rcconnbître  fes  foins  obligeans  ,cet  homme 
s’avili  de  luy  montrer  un  coup  de  jarqae  qu’il  ne  fçavoit  pas, 
A  ^tie  ce  Médecin  l’en  remercia ,  comme  du  pins  beau  prête 
qu’il  eut  pu  luy  faire,  voilà  comme  il  yivoit  avec  les  vailkns^ 
mais  quand  aux  malades  ils  luy  paroi floient  facrés  ô:  dignes ^aj? 
toute  fon  application.  On  dit  du  Neptune  qu’il  avoir  cmpo*" 
fonné  fa  fécondé  femme  quand  elle  mourut  5  maisdans  le  yraf, 
ce  n’étoit  qu’une  raillerie  faite  fiir  le  mariage  d’un  hdmme  df 
y  8.  ans,  avec  une  fille  de  18.  oii  comme  au  tourmenè  de  Me- 
^pnçejle  mort  ne  met  gueres  à  dépêcher  le  vivant.  Le  Te-ir" 


Seconde  Parm,Ckap,  iV, 

hoasüC,  quoi  qu  oü  en  ait  penfé  ,  n’ëtoit  gueres  capable  d  un 
tel  coup,  tout  vindicatif  qn’il  étoit.  Ge  n’eft  nir  des  fanguins 
ni  des  voluptueux  »  ni  des  poltrons  ,  ni  des  iiieonftafis  eoniiiie 
Juy  qu  on  peut  dire  : 

Illt  robur  é  ^eBus  erat. 

I>c  pareilles  réfolutions  demandent  des^  mélancoliques  brMez 
&  déterminez  au  maL  Qu^nt  au  Grand  &  au  Politique,  je  ne 
doute  pas  que  la  mort  ne  leur  ait ,  pour  ainfi  dire ,  bien  enlevé' 
des  malades  fous  la  mouftache  j  &  que  comme  ce  Medecfo  doiiE' 
on  nous  fait  un  vieux  conte  ,  ils  n’en  eufTenr  pu  compter  autant 
qu’ils  avoient  de  poils  au  menton.  Mais  tout  cela  ne  s  appelle  tuer 
que  danS’  le  langage  du  peuple  ,  &  des  gens  de  trop  de  loifir. 

Qu’on  dife  donc  tant  qu’on  voudra  ,  que  ks  Proferiptions  des  ^ 

Médecins  furpalTcnt  celles  de  Syllayon  ne  le  peut  entendre  que 
du  Prognoftic.  Le  bien  qu’ils  font,  dit Erafme,  eftun  effet  de 
leur  bonne  volonté  ,  &  le  mal  qu’ils  refufent  de  faire, quand  in^neemMeM 
on  les  tente ,  eft  une  marque  de  leur  probité.  Quand  même  on 
roudroit  tenir  quelque  compte  des  malades  que  d’ignorans  M c- 
decins  font  mourir ,  que  fcroit-cé  en  comparaifon  de  tant  d’au-^ 
très ,  que  les  Sages  &  les  expérimentez  ont  tiré  d’afFairc?  Ainô 
pour  toute  réponfe  aux  Hiftorkns  que  nous  avons  bien  voulu 
citer  cy-deflus ,  il  fulEt  de  dire  que  la  plufpart  des  Médecins^ 
qu’ils  aceufent ,  n’étoient  que  dés  Payens  ,  des  Juifs,  dés  Héré¬ 
tiques  5  &  même  que  tous  ces*  Hiftoiriens  ne  font  pas 
fûrs  pour  y  faire  fondsi  Les  Juifs  ,  dit-on  ,  font  obligez  par 
'  les  loix  du  Talmud  de  faire  mourir  les  Orbrétictis:  mais  quant 
aux  Gentils  ^  s’il  s’ eft  trouvé  quelqu’un  qui  ayenr  abtifé  de 
la  Medecine  ,  il  s’en  eft  aufli  trouvé  en  grand  nombre  >-qüï,  à- 
Pimiration  d’Hipocraté  >  ont  eu  horreur  de  Fhomieidéf  &  qui  facW,  Ann^ijjrf^ 
loin  de  donner  dans  cette  facilité  criminelle  du  Médecin  An- 
fiius,  qui  fournit  du  poifon  à  fon  ami  las  de  la  vie ,  aurbient  pré^ 
feré  la  mort  à  cette  adion^feomme  il  arriva  à  üh  des  Médecins 
de  l’Empereur  Hadrien.  C^ant  aux  Chrétiens,  il  eft  affûré  qüc 
knombrede  ceux  qui  fe  font  laiffé  entrafher  a  la  t^tàtion ,  eft 
lort  petit.  Car  fi  nous  venons  même  à  nôtre  tems  ,  on  peut  dï- 
ïc  à  l’honneur  des  Médecins,  que  la  faneufe  Chambre  des 
poifons  qui  éclaira  tant  d’ouvrages  de  tenebres  il  y  a"  peu  dfe 
^ms,  n  a  pas  fait  voir  un  feul  Médecin  impliqué  dans  les  in- 
numanitez  qu’elles  ^  découvertes^  Venons  aux  contes  pouf 
rire.  ^  ^ 


Ejjais  de  Aiedecîne. 

On  peut  dire  de  ceux  de  Stobée  ,  qui  a  ramafle  la  plyf 
part  de  ceux  des  anciens  ,  que  ce  ne  font  que  de  vieux  ccm! 
tes ,  qui  n'ayant  pas  ce  ici  èc  ce  piquant  qui  fatisfait  encore 
que  la  vérité ,  ne  font  aucune  impreffion  capable  d  oSénfer^riy 
la  Médecine  ny  les  Médecins  :  inais  pour  cela  il  ne  faut  paj 
laiiïer  d’en  marquer  icy  quelques-uns.  Un  homme,  dit  cet  Au- 
teur,  interrogé  pourquoy  il  avoit  mal  parlé  de  certain  Méde¬ 
cin  ,  puifqu  il  ne  le  connoiffoit  pas  ,,  répondit  ■:  e’efl;  que  j*ay  crû 
que  je  ne  ferois  pas  long-tems  en  vie  ,  fi  j' a  vois  quelque  habitude 
avec  luv.  Un  autre  appeilpit  bon  Médecin  celuy  qui  ne  lailTbit 
pas  loqg^tems  languir  îés  malades ,  mais  qu'il  les  expedioit  promi. 
ptemenc.  C’efl  en  ce  fens-là  que  quel  qu’un  s'imagina  av<Xr  fait 
qnc  belle  réponfé  à  un  grand  Seigneur  ,  aux  charitez  duquel 
on  rccommandoitun  Médecin  de  nôtre  temscomhédans  la  mife. 
re:  car  comme  ce  Seigneur  demandoit  jfi  ce  pauvre  Médecin  ns 
voyoit  pas  encore  des  malades  1  ce  quelqu’un  lui  dît  qu'il  étpic 
bien  éloigné  d’avoir  dçs  Pratiques  ,  puifquil  les  avoit  toutes 
tuées.  Pabfanias  interrogé  comment  on  pburroit  fe  défaire  des 
Thraces  ?  En  mettant,  dit-il,  un  Médecin àia  tête  de  l’armée. 
£)iogenes  ayant  appris  qu’un  malradroic  &  lâche  Luitteiir  s’é- 
.  toit  fai|^Mpdeçin ,  dit  :  Sans  doute  qu’il  n’a  changé  de  métier 
que  pour  reüvçrfcr  ceux  quilerenverfoienc  en  luittant.Lcs  Ro¬ 
mains  ^  dit  Pâni  îove,:{  car  il  n’y  a  rien  autre  chofe  qui  vaille 
dans  Stobée  ;  ne  pourvoient  allez  eftimer  Curtius 
Pape  Leon  X.  s’imaginans  qu  il  les  avoit  délivrez  de  ce  Pon^ 
jtife  eh  changeant  fon  régime  ordinaire  pour  fe  diflinguer  des 
autres  Medecins.Et  à  ce  propos  RaphaëPGarrero  racontequ’pû 
Villageois  nommé  Bertolde  qu’Alboin  Roy  des  Lombaros  air 
moic  à  caufe  de  fes  naïvetés ,  ayant  été  traité  par  les  Médecins 
comme  un  homme  de  qualité ,  luy  qui  avoit  accoutumé  déman¬ 
ger  des  fèves  &  des  navçts  ,  &:  'qui  en  demandoit  inftamment 
^pour  tout  remede  »  ne  mit  gueres  à  paflèr  dans  l’autre  mon¬ 
de,  malgré  les  bons  alimens^&  les  bons  medicamens  qui  luy 
rent  donnez ,  au  lieu  de  ce  qu’il  defiroit  fi  paffiopnémçmft'^ 
quoi  on  ht  cette  Epitaphe  au  pauvre  mort. 
quejlo'  tomba  tefrebroja  è  ofeura 
Giace  un  villano,  dm  dijfoyme  aipetto 
Chè  fiu  d'orfo  che  ddhpiman  havea  figum 
Ji^a  di  Si  alto  è  mbil  întelletto 
Çhe  fe  Jitipir  il  monâo  ^  è  la  natum^ 


Semà  Partie.  Châp.  IV",  |ï| 

'Mentre  egU  vi^e  fu  Bertoldo  detto 
.  ÎFu  gmtoM  Re,  mon  con  af^ro  duoli 

Per  non  fotCT  mftJ^gi’^r  (jy  fdjeoli. 

Voilà  bien  des  contes  de  Médecins  meurtriers  :  mais  celuy- 
jcy  n’eft-il  point  encore  nn  de  ceux  qu’on  fait  à  plaifir.  Un  mi- 
fiable  ayant  peine  à  vivre  de  la  Medecine  ,  trouva  moyen 
d’entrer  par  faveur  dans  laMufique  du  Roy  d’Angleterre  Jac¬ 
ques  L  mais  il  y  tint  ii  mal  fa  partie  ,  que  le  Roy  s’en  étant 
apper.çu  j  le  cafla  ,  &  le  mit  luy^même  dehors  de  fon  cabinet  , 
après  s’en  être  plaint  plufieurs  fois  au  Maiftre  de  fa  Mufique,  qm 
ne  luy  en  avoit  daigné  faire  raifon.  Comme  ce  mifcrable  en  for- 
toit  ,  quelqu’un  entendit  qu’il  difoit  qu’on  s’en  pourroit  bien 
repentir.,  Û  que  malheur  à  ceux  qui  fe  trouveroient  apres  cela 
fous  ià  main  ,•  ainu  on  l’arrête  ,  on  l’interroge  &  ©n  luy  deman¬ 
de  oii  vont  ces  menaces.  Enfin  après  quelque  filence  il  répond, 
que  voyant  bien  qu’il  n’y  a  plus  de  moyen  pour  luy  de  vivre 
de  la  Mufique ,  il  eît  refolu  de  reprendre  fon  premier  métier  aux 
périls  6:  fortunes  de  qui  il  appartiendra.  Mais  n’eft-cc  pas  ré¬ 
pondre  jufte  à  ces  contes ,  que  de  dire  que  ce  font  des  contes  ^ 

&  qu’il  n’y  a  rien  de  plus  vray  que  ce  qu’on  lit^'  &  qu’on  ob-  ^^rôdia»  -n 
ferve  d’une  infinité  de  Médecins  femblables  à  ceux  de  Cara-  senec.  i.  de  bene^ 
calla ,  qui  aimèrent  mieux  mourir  que  de  faire  mourir  Severe,  fie-  +-  ^ 

&  aufîi  généreux  que  Policlcte, qui  prelïé,  comme  nous  l’avons  ^^**^‘**^^ 
vu  de  fes  compatriotes  d’expedier  leur  commun  Tyran  pour  le 
bien  public  ,  ne  voulut  jamais  y  entendre  ,  quoy  qu’il  eût  pû 
jetter  fur  la  maladie  de  ce  méchant  Eommé ,  ce  qu’on  deman- 
doit  de  luy  avec  tant  d’empreflement  au  nom  de  la  patrie?  En 
effet ,  difoit  Arctée ,  un  Médecin  qui  a  famé  noble ,  &  le  cœur 
Eien  placé  ,  non  foulement  ne  fera  mourir  perfonne ,  mais  il 
n’enfeignera  pas  même  le  moyen  de  fortir  de  la  vie  ,  &  s’en 
fer  vira  encore  moins  pour  luy-mêmc  ,  quelque  malheureux 
qu’il  fait ,  quoht^e  la  mort  paroilfe  douce  &  fouhaitable  aux 
malheureux^ 

llyabien^plus:  car  je  ne  croirai  pas  avancer  un  Paradoxe, 
quand  je  foutiendray  qifil  n’y  a  pas  au  monde  de  Profeflîon 
moins  meurtrière  que  la  Medecine.  Qu’ainfi  ne  foit  combien  les 
armes  font-elles  mourir  d’hommes, foit  dans  les  querelles  par¬ 
ticulières  J  foit  dans  les  .mauvais  traitemens  que  les  gendarmes 
font  a  leurs  hoftes  :  car  je  ne  parle  point  des  ennemis  de  l’E- 
îat  qu’il  eft  permis  de  tuer  dans  la  guerre  jullç,  ouverte  6c  de» 


'Effm  de  Medeçlne, 

ckrée  ?  Gombieii  de  Harpies ,  Icfquelles  abufant  du  nom  & 
de  l’autorité  du  Prince  ,  Ôc  fous  prétexté  de  fes  droits ,  font 
mourir  de  faim  ôc  de  defefpoir  leurs  compatriotes  par  des  exa. 
dions  cruelles  &  infupportables  ?  Le  feu  des  Decrets  dejuftice] 
pire  que  le  feu  gregeois ,  quoi  qu’on  dife  qu’il  ne  fait  que  pur* 
ger  les  affaires-;  ce  purgatoire  fi  étrange  >  que  le  debiteur  &le 
créancier  n’en  fortent  iouvent  que  pour  devenir  plus  malheuî. 
reuXî  tant  il  fe  commet  de  defordres  dans  les  ordres  j  auffi-bien 
que  dans  les  autres  procedures  de  ces  Decrets.  .Çe  Lacd’Aver., 
me  ,  dont  on  peut  dire  : 

Façilis  àefcenfm  Averm  ^ 
revûcme  ,  hîc  oPus ,  hk  Uhor  ejl. 

Enfin  les  prévarications /le  feerec  trahi ,  ou  dont  on  abufe  e® 
tant  de  maniérés  dans  le  Palais, tout  cela,  dis -je,  ne  reduit-il 
.^erfonne  en  un  état  pire  que  la  mort  ?  Tant  de  jugemens  de 
travers  ou  paffionnez ,  en  matière  civile  Ôc  criminelle ,  n’eft-ce 
pas  quelque  chofe  de  bien  plus  mortel ,  qu’une  faute  d’omif* 
Son  même  de  commiffion  faite  par  un  Médecin ,  que  la  na^ 
ture  repare  fou  vent  ?  Après  tout ,  paitron  dire  raifonnablement 
d’un  Médecin  ce  que  Scaliger,  qui  n  a  pas  épargné  les  Mede? 
cins  dans  l’occafion,  a  dit  delà plulpart  des  gens  du  Pakis,? 
Mémo  efi  eorum  cj^ui  ejfe  fe  O.eo s  cenfenp" 

Hoc  f^culo}  atque  temfoye  hoc  ab&rtivo , 
grMîa-)mt  feientiki  aupferis  armip 
Sïhi  fuifgue  vinàiciit  heum  pimum  f 
ÿmm  qui  loquaci  conmmMîpr  lingu^t 
Fretus  dçlojis  artibus  fort  diri  i 
Intermci^u>  beüa  comminutuYus  9 
Mefmdus  occuptpre  nil  timet  quicquam^ 

Audisy  mdefqae  confpicmfque  comivei 

^ui  miu  ppim^  Fegna  GalUa  Torques  ^  . 

Qui  Rex  es  unus ,  ferre  tôt  potes  Rtges  ? 

Mais  il  y  a  bien  encore  d’autres  meurtriers  parmi  ceux  qui 
obligez  de  diftrihuer  le  pain  aux  membres  du  Fils  de  Dieu.  Ik 
n’en  veulent,  comme  font  les  gens  du  Palais  ,  ny  aux  riches, 
ny  a  ceux  qui  font  encore  en  quelque  état  de  fe  défendre. 
Les  pauvres  dont  ils  font  établis  &  conftituez  les  œconotnes, 
font  par  une  horrible  prévarication  les  objets  de  leurs  cruauteZ 
&  de  leurs  meurtres  :  Non  paz/ijfi  ,pccidifii, Veut- on  douter 
ie  témoignage.  defPeres,  &  après  ce  qu’on  lit  de  I  mtention  d# 


Jeconde  Vmie ,  Chap.  I V. 

Foùciateurs  ,  que  c’eft  les  tuer ,  que  de  ne  les  pas  affifter  d\in 
bien  qui  a’eft  donué  que  pour  les  nourrir.  Le  Médecin  eft  ex- 
eufé  par  le  jurifeonruke  même ,  qui  ne  regarde  que  fon  inten 
don  ,  quand  le  malade  fe  trouve  mal  d’une  Medecine  :  fôn  igno¬ 
rance  fouvent  étoit  invincible.  Mais  il  n’en  eft  pas'  ainfi  de  cet 
Geconomc,  il  tuë  feiemmenr  le  pauvre  ,  ic  laiifant  mourir  de 
froid  &  de  faim.  _ 

Concluons  donc  que  tout  ce  que  la  paffion  ô:  la  prévention 
ont  avancé  contre  les  Médecins  touchant  l’homicide  ,  n’eft 
qu*une  outrageante  &  outrée  raillerie,  &  qu’il  n’y  a  rien  de  plus 
digne  d’être  écouté  &  d’être  pratiqué  au  fujet  de  leur  minifte^ 
ré,  que  ce  qu*un  grand  Prélat  nous  propofe  en  fe  le  prOpofant 
luy-mêmè.  fe  ntiy  garde  de  rien  dire  (yui  pnijfe  choquer  les  Mede^' 
cm ,  tombant  dufji  [onvent  que  je  fais  entre  leurs  mains  f-our  mes  pé¬ 
chez.  H  fe  faut  bien  garder  de  leur  faire  in]ure  i  au  contraire  il Uur 
faut  faire  mille  honnêteté^ ,  loin  de  dire ,  ni  même  d'en  penfer  ce  que 
tant  d' imprudent  en  publient  ft  hardimenP  ^  fi  fauffement,  le  croy^ 
qu  il  ny  a  rien  de  fi  ne  ce jf aire  dans  la  'vie ,  quun  Médecin  fage  é" 
prudent;  parce  quil  efiieminifire  ^  le  difiributeur  S  une  grâce  dont' 
Dieu  efi  l'auteur.- 


G  H  A  P  I  T  R  E  V; 

B  es  Richejjesf retendues  des  Medecmf 

CE  n’eft  pas  que  le  public  ait  grand  intereft  de  fçavoir  fi 
les  Médecins  font  riches  ou  pauvres  j  neanmoins  comme 
on  peut  être  avare  fans  être  riche  ,  que  le  riche  efi  prefque  tou¬ 
jours  ou  méchant ,  ou  heritier  du  méchant ,  &  enfin  que  le  Médecin 
doit  être  homme  de  probité,  &  exempt  même  du  foüpçon  d’a¬ 
voir  exigé  des  malades  Ôc abufé  de  Pétât oiï  ils  font^  ilmefem' 
blequil  ne  fera  pas  mal  à  propos  d’examiner  dans  ce  Chapirre 
fi  Galien  donne  les  riche  fies  ^  comme  on  le  chante  ordinairement  j 
ou  fi  en  effet  il  y  a  peu  de  fortune  à  faire  dans  la  Médecine. 
Mais  avant  que  de  paflèr  outre  ,  &  d’en  venir  précifément  àla 
queftion  ,  je  croy  qu’il  fautpofer  pour  fondement ,  quelesfcien- 
ces  ne  font  prefque  jamais  de  fortune  en  comparaifon  des  finan¬ 
ces,  des  armes  ,  &  de  quelques  arts  :  d  où  nous  pourrons  con- 

Rrij 


Sanantii  non  nb- 
cendi  anirtio  dedit.. 
Cujeû  ad,  Leg.  Cer- 
neL  de  Sicâr. 


Tcliacaticî  l.  z.  tï' 
Zÿ  .  1.  Sarifb. 


3:1  (j;  Bjjais  de  Meiecine, 

Glure,quc de  tous  les  emplois ,  la  Médecine  cft  celuy 
le  moins  de  fortune  ,  fi  ce  n’eft  dans  les  Cours,  ce  qui  ne  fab 
rienà  la  queftion ,  tous  ceux  qui  ont  le  don  de  plaire  au  Prince 
de  quelque  condition  ôc  état  qu’ils  foient  ,  ne  manquent  ja¬ 
mais  de  faire  fortune.  Pour  commencer  par  les  finances ,  il  nV 
a  qu’à  oavrir-  les  yenx  >  fi  on  veut  voir  une  infinité  dé^  mou¬ 
ches,  &  d’autres  infedes  metamorphofés  en  vautours.  Quant  aut 
jtript.  ra  iôUtie.  armes,  ne  f^ait-on  pas  qu’elles  font  naturellement  tant  d’horreur, 
qu’il  a  falu  propoler  des  recompenfes  aux  hommes  pour  les^ 
obliger  à  faire  la  guerre  ,  Ôc  a  répandre  le  fang  humain ,  leur¬ 
re  dont  les  fciences  nkvoient  pas  befoin-,  chacun  fe  iaiffant 
aller  doucement  au  plaifîr  de  les  cultiver  ?  tant  il  eft-vraytquc 
Militia  e  frmo  i  C  la  fcien^  un  jiore. 
deil^ar^  rameaux  d’orne  font  que  pour  ceux  qui  battent  lé  fer  i 

tf  miitari,  pour  des^^  Avanturiers ,  comme  Enée>&que  ces  tiges  dont,  on 
couronne  les  Sçavans ,  ne  produifent  que  des  bayes,  aufil  peu 
agteables  à  la  vûë  ,  quelles  {ont  ameres  &  defagreables 
goût,  mgghe&^a  ài  laum,  ^uai  dp  mirto  '^  Combien  de' 

mcti,LaurjMmh.  jj^iferables  foudroyez  par  la  pauvreté  à  l’ombre  milme  des lau-, 
0>.c.  Maîtrife  6c  du  Dodorat  ?  Povera  e  rmda  vai  fitofofia. 

La  Marchandife,  les  Arts-ôc  mille  petits  commerces  qu’il  neft 
*  pis  a  propos  dé  pa'rticuîàrifêr  icy  ,  mènent  bien  plus  loin  que 
la  fcience,  qui  pour  l’ordinaire  ne-fait  que  laificr  les  gens  en 
état  où  ellé  les  a  trouvés. 


Temftî  Arlit.  <»  ’ 
S/iPyP.- 


plago  crédit  magno  fe  fanon  tolUf, 
fugnas  ér  cajlra  fetit  y  fracingitur  aufo. 
yüis  adulator  fiôlo  jacet  ebrius  Ofiro 
Mt  qui  jo  tu  citât  nuftas ,  ad  premia  peccatt 
Sola  pruînofis  horfet  faeûndia  panms ,  *  ' 

Atque  inopi  lingud  difertas  invocat  art'es. 
fid’on  m^âllegue  ceux  que  k'Morale ,  les  Dîredions ,  oü 
l’éloquence  dé  la  Chaire  élèvent  aux  Prelatures ,  je  répons 
qu’elles  ne  font  jamais  cé  qu’mon  appelle  dres  fortunes  U  des 
maifons  3  les  uns'  ne  faifant  fimplement  que  fe  tirer  de  là  mife- 
re  oti  ils'  étoient  auparavant ,  6C  les  mieux  pàrtageZ  n’ëtantqud 
de  fimplcs  trfufrtiitiers ,  6c  s’ils  font  leur  devoir  ,  que  les  Econo¬ 
mes  d^un  bien  qui  ncfb  pas  à  eux  ^  toujours  occupez  de  la  fain- 
teté  de  leur  mi niftere,  6c  par  confequent  n’àya'ns  que  lé  vivre 
êc  le  vêtement.  Appellera-t-on  donc  cela  des*  fortunes ,  ou  des 
affaires  des  foins  6c  des  charges  ?  Car  s’ils  ne  font  pas  leur  de- 


Seconde  Chif  ,  V.  yij 

Vôir, diffipans'  ou  theraurifans^qu  en  arrive-t-il  ordinairement î 
:tes  uns  bien  loin  d’être  riches,  nefont  que  des  mirèrablcs ,  pou- 
fui  vis  de  leurs  créanciers ,  vi  vans  prefque  toujours  fans  argent, 
êc  mourans  en  gueux  j  les  autres  étans  comme  ces  avares &î ces' 
vilains  hommes  qui  manquent  de  tout  ,  au  milieu  même  de  . leur 
abondance,  ôc  raoiirans  de  faim  comme  lés  pauvres  dont  iis  en¬ 
ferment  le  patrimoine  dansleurs  coffres.  De  forte  que  de  quel¬ 
que  manière  qu’on  le  prcnne- ,  les  richeffés  n’étâns pas  faites^ 
pour  ceux  qui  n’ont  épôufé  que  la  pauvrçté  de  Jefus-Chriff  ,  ’ 
il  n’eft  pas  vrayr  de  dire  qu’ils  ont  fait  fortune  ,  h^bentes  tun-  ' 
cjpianfnon  h^ibentes.  Quant  aux  gens  du  Palais ,  quoi-quils  cou¬ 
rent  fi  vice  qu’ils  femblent  vouloir  voler  après  la  fôftuhei  ils  ne  ’ 
l’attrapent  pas  toujours  pour  cela.'  Car  fi  l’on  en  excepte  quel-  ' 
ques  Magiftrats,  dont  les  uns  reçoivent  des'  grâces  du  Prince ,  = 
&  les  autres  augmentent  par  leur  bon  ménage  ce  qu’ils  ont  eu 
de  leürsperesou  de  leurs  époufes,  nous  ne  voyons  pas  de  grands  ' 
biens  dans  tout  le  refte,  &:à  pcine  trouvera^t/on  trois  ou  quatre  ' 
hommes  dans  chaque  çentaine  de  ceux  qui.  font  ait  defîous  de 
ces  grands  Officiers  3  lefquels  apres  avoir  fué&gelé  une  bonne' 
partie  dé  leur  vie  ,  perdu  le  repos  êc  peut-être  leur  ame,  ayent 
une  fortune  de  Croupier  ou  de  petit  Commis  des  finances.  LH’i- 
ftoire ,  la  Poëfîe  3  &  tout  ce  qu'on  appelé'  les  belles  Lettres  n’ont  " 
pas  un  fort  pkis  heuretix. 


Mm 


T>ulcis  erÀtmercedé  labor  t  temj^ufque  fè^mtum  efi' 
fubito  gmttx.  frmgtrît  arWopes. 

-  ,  « 

Frange  puer  calamos ,  ^  inÀnk  dêfmè  '  Mufa  " 


^md  enim'  tïhi  fijlula  réddit  ■ 

tutere  famam  ?  cerû  mjea  carmina  nemof 
..  ^  pTdterquam  fcopulü  ventopi  remurmurat  Echo. 

Combien  ,  dis-je  ,'en  voit-on  qui  peftent  à  prefenc  contre  les  Mu-' 
fevêc  qui  crient  d’un  ton  plaintif. 

Sed  me  litterulas  Jlultp  docuére  parentes  ' 

Iteprocul  J\rfufeJiüon  prodejlû  alumnü 
Jte^'prociil  Aduj^  Ji  nihtl  ijla  valent. 

En  effèt^,  pour  prendre  les  chofes  de  plus  haut ,  6c  pour  dé-- 
cendre  imenfiDlement  à  notre  temps ,  le  prefént  que  fait  Ar- 
c  elaus  Roy  de  Macedoine  au  Poëte  Cheriilus,  a-t-il  quelque 

R  r  ii j  , 


S^at.  Eficid.  in,  P4-' 
trem. 

O'Vid.  Fafir'é,  ' 
Cal^hùrn.EcgUg.-^, 


'dnmin, 


bandeaux  de  Mm* 
fitur  de  Benfer»de 
fur  les  Metamer- 

fhefes-d’Qvidë.- 


Jii-ueital.  Satyr,  7. 


5.1^  ÈJJais  de  M^àhe, 

chofe  de  Royal  i  Un  écu  d’or  pour  chacun  des  vcïs  d^Oppiao 
paroît-il  quelque  chofe  de  proportionné  à  la  magnificence  d’un 
Empereur ,  &  à  la  beauté  de  ces  vers  ?'car  fi  la  pofterité  les  a 
nommé  dorés,  elle  a  fans  doute  eu  plus  d’égardà  leur  élégance 
&  à  leur  mérité ,  qu’au  prix  que  cet  Empereur  y  mit.  Qupn  van» 
te  tant  qu’on  voudra  ceux  qui  ont  été  plus  heureux  du  temps> 
de  nos  Pe res  J  un  Des-Portes  qui  eur  trois  mille  livres  de  rente 
en  Bénéfices  J  pour  un  Sonnet  qui  avoir  plu  au  Duc  de  joyeufe 
favori  dir  Roy  Henry  II  I.  les  huit  mille  écus  d*6r  donnés  par 
le  Roy  Charles  I  X.-  pour  le  Rodomon^f  i  les  deux  mille  écus  don¬ 
nés  par  Henry  PII.  pour  quelques  autres  Sonnets  y  les  mille 
écus  donnés  à- Claude  Aquillini  Poëte  Italien  pour  le  Sonnet 
qu’il  fit  fur  la  prife  de  k  Rochelle  5  qu’on  tâchej  dis-je  ,  dé  faire 
valoir  ces  prefens  ,  on  aura  toujours  rai  Ton  de.  répondre  que  la 
fortune  de  Des-Portes  ,  égala  celle  des  Poëtes  paflez ,  prefens  & 
avenir ,  tant  là  chofe  eft  finguliere,  &  qu’il  n’y  a  rien  de  fi  rare 
que  les  exemples  des  liberalitez  faites  aux  Poètes.  Et  de  fait  la 
pauvreté  femble  être  tellement  le  fort  de  là  Poëfie,  qu’il  nefaut 
qu’un  peu  de  contant  à-un  Poëte  pour  le  foupçpnner  de  quelque 
méchant  fçavoir  faire.. 

ils  m' foumienP  s'imagmèf', 

S^m  foupçàn  de  beaucoup  de  crimes 
on  trouvât  faut  a  butiner  ■i- 
Swunfimplefaijeardermes,^ 

Ainfi  tant  d’Àmphions  qu’il  vous  plaira ,  les  pierres  ne  s’alTem- 
Bleront  pas  pour  leur  bâtir  un  domicile  qui  approche  de  celuy 
d’un  Clerc  des  finances  jc’eft  ce  qui  a  fait  poufiér  ces  jiiftesplain- 
tes  à  un  de  ceux  de  nôtre  temps. 

Ah  !  pour  bâtir  files  charmans  accords , 

Si  les  beaux  vers  tenoienflieu  de  thréjors 
,^e  de  Palais  de  fpiendeur  infinie  i 
Nos  Ahiphions  font  m  chambre  garnie  , 
sHls  n  y  font  pas  ■s  défi  qu  ils  logent  dehors. 

Comme  lés  riches  font  rarement  fçavans  &  beaux  clprits  j  ceuî^- 
cy  font  bien  plus  rarement  riches  "en  un  temps. 

mufi&  maU  funt  y  docta^ue  fuma  famés. 

Encore  fi  ces  pauvres  enfans  d- Apollon  avoient  le  fort  desEû- 
fans  dé  Chœur,  &:quuls  chancaffent  pour  du  pain  bien  blanc  j 
mais  malheureufement  prefques  toutes  les  Mufes  meurent  de 
kim  ,  comme  Homerc  j  fl  elles  ne  montent  fur  le  Theatre  pour 
en  vivoter; 


Seconde  Partie.  Cliap.  'If.  -3j|i 

Efurit,  ÎKtacfam  faridi  mfi  >vmdett  Agavem, 
a^Çiéics  ne  s  occupent  à  chanter  les  Myrtes,  ôc  les  Myrtilles, 
loin  de  chanter  les  Lauriers  des  braves  &  des  fçavans ,  comme 
«lies  feroient  Ci  elles  étoient  bien  nourries ,  &  qu’on  pût  fe 
mettre  dans  la  xêre  ces  raifonnemens ,  de  leur  malheureux 

nourTidons,  ,  n 

Neque  emtn  cantate  fab  antra 

fierio  Thyrfum^e  ptefi  conüngere  f&wa 
faaprtas ,  atyue  aris  inop,  quo  no^e  àieque 
CotPm  A?et 

^  -  \wy\wy 


tyetto  nido  9  efca  dolce  .i  aura  cortefe 
Bramam  i  Cigni^  &  non  fi  va  in  P arna fia 
Con  le  cure  mordaci  :  e  chi  fur  troffo 
Col  fuo  defiin  garifee ,  e  col  difagio.  ^ 

Wien  roco ,  e  ferde  il  canto..,  e  lafavella. 

ÇJn  de  nos  Poëtes  ne  fçachantàqui  fé  prendre  d’un  fi  grand 
malheur ,  en  accule  le  cheval  Pegafe,  &  jette  tout  fur  la  pau¬ 
vre  bête. 

C'étoît  fegafe  9  ^  ce  âoBc  cheval^ 

De  la  riche  fie  ennemi  cafital  » 

d'Helicon  fit  naître  la  fontaînt. 

T mt  d'une  traittt  &  toute  d'une  haleine  9 
Mené  foîivent  fon  homme  d  L'Hafital , 

Sans  s  écarter 

Encores  fi  eét  Hôpital  étoit  bon  ,  &  qu  il  fe  fentit  de  la 
magnificence  de  ceux  que  quelques  Princes  de  l’Europe  &  de 
i’Afie  on  bâtis  &  rentés  ,  on  n’auroit  pas  fujet  de  fe  plaindre 
de  la  dureté  de  ces  Miniftres  mêmes  qui  ont  voulu  paner  pour 
des  Mecenes,  Car  qu’arriva-t-il  à  un  pauvre  Poëte  qui  avoir 
demandé  à  un  Cardinal  Miniftre ,  par  une  requête  en  vers  , 
quelque  addition  à  l’ordonnance  qu’il  luy  avoir  fait  délivrer , 
pour  un  habit  qui  ne  fe  trouva  pas  auffi  complet  qu’on  le  donne 
ordinairement  aux  Poëtes  1  je  m’en  rappone  à  la  réponfe  faite 
en  rimes  au  Poëte  par  ce  Cardinal ,  pour  le  payer  de  même 
ffionnoye.  - 

Surintendant  de  Buüion  . 

Elargi fie[  un  feu  la  main  , 

En  faveur  du  grand  2Peuf germain  % 
yMais  four  moins  que  d'un  million. 


Rondeaux  furies 
Metamorphofe  d’O' 
vide,  par  Monfieuf 
de  Btnferade, 


EJJkh  de  Medecine, 

'Çonclurion  que  tout  fuc , 

Réduit  h  fiix ante  livres  farifis ,  Pour  la  fetite  oye  de  l%âhk. 
Mais  quelle  plus  grande  dureté  ,  que  celle  avec  laquelle  il  ren, 
vqya  bien  loin  les  beaux  yers  de  rilluftre  Ménard ,  que  je  veux 
bien  mettre  icy  ,  quoi-que  tout  le  monde  les  fçaehe  par  coeur^ 
^&que  je  les  tfoûye  par  tout.  '  ^ 

A rmand  l’âge  affoiblit  mes  yeux  ^ 

Et  toute  ma  chaleur  me  quitte  y 
Je  verray  hien~tot  mes  ayeux  y 
Sur  le  rivage  du  Cocite^ 
iCefl  ou  je  feray  des  fuk/ans. 9 
pt  ce  grand  Monarque  de  France j 
fut  le  p£ve  des  Sfavans  j 
Èn  un  fiecle  plein  £  ignorance, 
pés  que  'yapfrocheray  de  luy  ^ 

Il  voudra  que  je  luy  raconte  , 

Pout  ce  que  tu  fais  aujourdlhuy  ^  '  / 

Pour  combler  lEfpagne  de  honte, 
le  contenteray  fomdefir  y 
Far  le  beau  récit  de^a  vie^  - 

Et  charmeray  le  déplaiftr i' 
j^ui  luy  fit  mreudire  Favie  .f 
'Mais  s'il  demande  d  quel  Employ  a 
Tu  m^a  occupé  dans  le  monde  9 
Et  quel  bien  y  ay  reçu  de  toy  9 
^e  veux-tu  que  jè  luy  réponde  f 
Car  enfin  cet  or  du  ParnaiTc  fut  encore  moins  eftimé  par 
Cardinal ,  que  roripeau  de  Neufgermain  ,  &  demeura  comme 
terni  par  ce  vilain  Rien  ,  qu’il  mit  au  bas  de  ces  beaux  vers  pour 
toute  réponfe.  Les  chofes  n’allercnc  gueres  mieux  fous  l’Emi¬ 
nence  qui  fucceda a  celierià  dans  le  Miniftere,  tant  elle  eftimoit 
peu  les  Livres  ,  jufquesàfaire  crier  un  autre  Poëte. 

Ce  n  ejl  que  marroquin  perdu  9 
^e  tes  Livres  que  F ôn  dédie  9 
Depuis  que  Monnerot  mandie  ! 

Comme  fi  les  riches  ne  pou  voient  comprendre  que  tout  hommC 
qui  leur  prefciitc  un  Livre  a  droit  d’en  prétendre  quelque  re^ 
.êonnoiflance^  quand  il  h’efl:  pas  fort  à  fou  ailé. 

pauper  ego  cqntoy  ÎMca  vir  mqximus  audi^ 


Seconde  fmù,  Chap.  V".  '321 

«enfcût-ils  qu'on  foit  encore  au  temps  d’Euripide,  &  de  cette 
infcription  du  Temple  de  Delphes ,  où  les  beaux  efprits  ne  fc 
rcpaiffoient  que  de-  gloire ,  tant  il  failoit  bon  vivre  en  ce  temps- 

Nolo  ego  fauper  dona  dare  tibi  diviti 

Ne  me  (^mentem  futei,  fi  dmdo  fofeere  videar. 

Mais  fans  remonter  au  temps  d’Euripide ,  combien  le  ficelé  paflTé^ 
étoit-ii  plus  heureux  que  le  nôtre  ,  puifqu*il  n  y  a  rien  de  plus 

vray  que  ce  qu^en  dit  ce  Kodeau  ? 

jbe  bel  efprif  m  fiecle  de  Maroty 

Des  dons  du  ciel  faffoie  pur  le  gros  lot ,  ' 

Des  grands  Seigneurs  il  donnait  accointaine» 

Menoit  far  fois,  à  noble  fi'ùilfance  i 
Et  pi  plus  efi,  faifiit  boüi/iir  le  pot, 

Gr  efi  pajfé  le  temps  ou  d'un  bon  mot  y 
Stance  ou  Balade  y  on  payait  fon  écot  » 

Elus  né  voyons  qu  on  prenne  pour  finance , 

Lebelefprit. 

A  prix  d' argent  V  Auteur  comme  le  fit  y 

Boit  fa  chopine  é‘ ^^^ge  fon  gigot  y 

Heureux  encore  d' avoir  telle  pitance  y  '  :  . 

Maints  ont  le  chef  plus  rempli  que  la  panec  y 
Le  fat  efi  riche  y  &  nous  voyons  capot  y 
Ze  bel  efprit. 

Combien  encore  étoit  plus  heureux  le  ficelé  qui  précéda  cc- 
iuy  de  Marotjoù  les  Sçavans  &  les  gens  d'erprit,  loin  de  fe  faire 
la  guerre  comme  ils  font  à  prefent ,  s’aimoient  &  fe  prévenoient 
par  de  bons  offices,  Sc  par  des  maniérés  nobles  &  genereufes ,  au 
point  que  Dante  légua  par  Ton  Tefl:amcnt,dc  quoy  avoir  un 
habit  à  Pétrarque  pour  étudier  commodément  en  hy  ver  ,  au 
lieu  que  tant  de  gens  d’étude  gelent  à  prefent  depuis  les  pieds 
jufques  aux  dents ,  pendant  que  tant  d’heureux  ignorans  lùent 
le  dos  au  feu  Ôc  le  ventre  à  table.  Il  y  a  bien  pis  :  car  les  Mufes. 
au  lieu  de  mener  à  quelque  chofe  de  bon ,  mènent  fouvent  à  des 
précipices. 

Mn  les  Jttivant  on  s'égare ,  on  fe  perd , 

Ces  pauvres  fæurs  marchaient  dans  un  déferty 
il  pleuvait  fort  i  ^  l'on  ne  voyait  goutte  y 
On  les  logea  y  ce  n  tfi  pas  peu  fans  doute  y 
^e  d'étre  Mufe  éf  d'avoir  le  couvert 

S  f 


IRcndiàux  fur 

Metamorfh 

vide. 


'V.Æüm.  VArtA' 
Kijhr.  c. 


îacilius  fait  Apoî- 
loni  venire  in 
latium  Antonini 
ex  Chalcide,  quàtn 
ex  doxno  fua. 

T>ettv  di  GhdAnni 
Seterû. 


Itîner^ium  ItAÎte. 
D.  femnis  Mabil- 
loa.  BsneàiSt. 


5  21  Medecine 

Chez,  un  amant  brutal  é"  peu  diferet  r 
Fut  leur  retraite yil  parle  d  cœur  ouvert t 

Les  veut  forcer ,  les  pref ?  (jr  rien  ri  écoute  y 
En  les  fuivan  f. 

Les  voila  donc  toutes prifes  fans  vert  y  ' 

Toutes  auj]i  s- envolent  de  concert  ^ 

É  court  après  >  é*  ferit  fur  leur  route  5 
A  fes  pareils  ycef  le  moins  qu  il  en  coûte  y 
Ét  tel  fs  nuit  bien  plus  qu*il  ne  fe  ferty 

En  les  fuivant.'  . 

Cela  eft  fî  vray  que  Théodore  de  Gaze  n’^ayant  reçu  que  40- 
ducats  pour  la  cradu^feion  du  Livre  de  la  nature  des  Animaux 
fait  par  Arihote,. qu’il  avoir  dédié  au  Pape  Sixte  1  T.  jetta  pre¬ 
mièrement  le  prefent  dans  le  Tibre  ,  êcTé  laifla  enfiji te  mourir  , 
•de  chagriii  de  fe  voir  fî  mal-traité. 

On  dira  peut-être  à  tout  cela, que  P&atariséonfidera  beau¬ 
coup  le  mérité  de  Stefichorusi  que  Phiiippes  Koy  dé  Maecdoi- 
ne  &  Alexandre  le  Grand  lionorerent  les  Sciences  êc  les  beaux 
efprits  ,par  des  prefens  magnifiques  &  des  penfions,^  Que  Denis 
Tiran  de  Sicile  fie  triompher  la  PMlofophie  dans  fon  char  en 
la  perfbnnc  du  divin  Platon,  qu  il  fit  afibir  à  fon  côté  ?  pendant 
qu  il  tenoit  luy  même  les* refnes  des  chevaux  des  mêmes  mains- 
dont  il  tenoit  le  Sceptre  &  les  rênes  de  fon  Etat.  Pbmpée 
honora  Pbfiidonius,.  Marcelîus  Archimede ,  T rajan  Oion  Phi- 
îbfôphe  de  Prufe.  Qu’Antonin  né  pouvoit  vivre  fans  lePhilo- 
fophe  Apollonius  ,  &  qu’encores  que  ce  Philbfi^phe  em  abufé  de 
fa  b9nté&  de  fa  paiicnce,  il  né  fit  que  cette  réflexion  fur  fa  eon- 
duite  ;  Cela  eji  furprenanf  ^u  il  ait  été  plus  facile  d  Apoüonius  dt  ve- 
nir  die  la  Chalcide  d  Eome ,  que  de  venir  de  fon  logû  dans  mon  È'daùi 
qumà  ]e  le  mande.  O  n  ajoûterafiion  veut,  qu’AthalarieP^oy  d® 
Rome  ordonna  ,  tout  Got  qu’il  étoit ,  des  penfions  aux  Proreb 
leurs  qui  enfeignoient  les  Sciencesj  que  Ménon  Calife  de  B  ag- 
det,  &  P  Empereur  Michel  difputerent  à  qui  auroit  1©  PhilbD- 
phe  Leon  ;  qu  un^  Roy  d’Aragon  metipit  autant  dé  différence^ 
entre  un  Prince  ignorant  &  un  fçavant ,  qu’ij  y  en  a  entre  no 
homme  qui  a  deux  yeux ,  &'  un  homme  qui  n’en  a  qu’un. 
le  Pape  Sixte  Y.  témoigna  tant  d’eftime-pour  lés  Ouvrag^^des 
Sçavans,qLi  ayant  placé  fa  Bibliorheque  au  deffus  du  lieu  qh-  O 
avoit  rangé  le  magazin  de  fes  armes ,  il  y  mit  cette  inferiptioO* 
Sub]eùt  arma  litteris.  Q^  le  Valeftein  afiigna  par  an  deux  mio^ 


Seconde  Partie,  Cha^.  V.’  313 

Talefs,pâyc!zpâr  avance  à  Batifte  Seny  Aftrologuc  Génois  retiré 
à  Vienne 3  après  avoir  dit  à  l’Intendant  qui  avoit  voulu  régler 
CCS  appointemens  à  ving^-cinqTalers,  qu’il  auroit  hônte  X avoir 
des  [çavansà  fi  bon  marché.  On  remontera  même  filon  veut  aux 
temps  qui  précédèrent  l’invention  de  rimprimcric,oules  Grands 
prenoient  plaifir  à  faire  dépencc,  en  mignatures  ,  *  en  or  ÔC  en 
précieufes  couleurs  ,  6c  autres  ornemens  dont  on  paroit  alors  les 
Livres  3  ourdira  que  les  Dames  mêmes  ont  donné  des  marques 
extraordinaires  d’eftime  aux  Sçavans,  témoins  les  Abaillards,  les 
Chartiers ,  &  les  Clopinels ,  au  dernier  defquels  Valentine  dé 
M  ilan  fit  de  grandes  honnêteteZjêe  enfin  qu’il  ne  s’eft  gueres  croU' 
yé  de  Petrarques ,  qui  n’ayent  reçù^dés  témoignages  d’amitié  ,  ou 
quelques  autres  faveurs  de  leurs  Laures.  Mais  que  fait  tout  cela 
à  la  République  des  Lettres ,  ce  particulier  au  general,  ce  font 
des  chofes  fingulieres ,  dont  ny  fUniverfité,  ny  pour  ainfi  dire 
rUniverfalité  des  Sçavans  n  efl:  pas  mieux/  Qi^nt  même  on  a 
érigé  des  Statués  à  quelques  Dodes  &  aux  inventeurs  des  beaux 
Arts  5  en  ont-ils  été  plus  à  leur  aife  3  ces  Statués  mangeoieht- 
elles  pôu^ux  î  Non  afiurément  3  ôcc’eft  pour  cette  raifon  que 
l’illufce  Prefîdent  Faüchet,fc  vpyant  fi  mal  recômpenfé  de 
fes  belles  veilles ,  en  marqua  fori  ebagrin  par  ces ,  jolis  vers, 
fi ay  bien  trou'iré  a  Saint  Germain 
Be  mes  longs  travaux  le  falaire  y  ' 

Be  Roy  de  Pîene  m  a  fait  faire  t 
Tant  il  4fi  courtois  é' bénin,  .  - 

s’il  fouvoit  me  guérir  de  fai^  ,  ■  ' 

AuJJi  bien  qu  il  fait  mon  image  t  : 

,^e  jt  ferois  un  beau  voyage  \ 
fiy  retournerois  dés  demain. 

Ope  le  Fleuri  Ferrârîus  admire  donc  tant  quil  luy  plàifa  ce 
rameux  Maracot ,  ou  les  peines  &  les  douleurs  ,  fembtent  avoir 
etireujement  dégénéré  en  une  ,  il  n  en  éft  pas  au  pars  des 
J-ettres  comme  en  eeluy  desf  ardins  &  de  ces  Iiles  ,  ou  les  fleurs 
Allient  fous  les  pieds, 

-  Ou  ton  ne^voit  ]amaïs  fleuvotr^ 

Si  ce  n  efi  des  rubis  échafés  dt aurore  ^ 

des  champ  fortune^  ^lus  glorieux  encore  i 
-  Haignent  d  feint  recevoir,  ’ 

^oiitraire,  ce  que  les  Mu  fes  ont  de  plus  fleuri  dégénéré 
nt  en  epines  5  n  a-t-on  pas  vu  julques  dans  Rome  le  pais 

S  f  ij 


mytoift  du  Hoy  dê 
Suede  Gufiave 
delphe  ,  par  Mon-: 
fleur  de  Brade 
J6s6. 


*  Inficiûtur  memi 
branæ  colore  pur- 
purco  aurüm  li- 
quefeit  in  Littcraij 


Berr*rtus  in  Flora 
cap.  de  Flore  Faf^ 
fion. 

Pœnas  degeneraC-, 
fc  ia  florein. 


Commènt^nffœm. 


3^4  2\dedecîne. 

des  Lettres',  les  plus  innocentes  veilles  déclarées  criminelles? 
Res  nova  &  inaudita  etiam  de  fladiis  [upflicia  fumi.  ^  La  fortuné 
même  ne  s’eft-elle  pas  déclarée  contre  les  Sçavans ,  au  point 
de  fournir  la  matière  des  volumes  entiers  quidcploreut  lcsfouf- 
frances  des  Martyrs  des  Mufesî  ,  ^  ' 

Voudroit-on  donc  après  tout  cela  que  la  Medecine  qui  n’a 
rien  de  fi  fleuri  que  tant  d’autres  Sciences&tant  d  autres  Arts, 
eut  eu  un  fort  plus  heureux^  Quant  elle  auroit  été  aufli  venale 
de  tout  temps,  que  le  Barreau  l’etoitàRorae  au  temps  de  Cor¬ 
neille  Tacite,  elle  n’en  auroit  pas  été  plus  riche, parce  qu’on 
ne  paye  pas  fort  largement  ce  qui  n’eîl  pas  fort  agréable  aux 
fens ,  &  ce  qu’on  efl:  en  poffeflion  de  ne  payer  qu’à  fa  commo¬ 
dité.  Cependant  on  fait  fonner  bien  hau|:  le 
,  Bat  Galenm  opes  i  dat  jujtmanm  honores. 

Ou  pour  parler  avec  Accurfe,  un 

BatGalenusopesyt^SanêtioIujiimana 
,  Ex  ifiü  paleas  y  ex  illis  collige  grana. 

Car  de  quelque  façon  qu  on  li faces  vers ,  je  ne  voy  pas  qu’on 
en  doive  faire  grand  cas  ,  puifque  cette  autorité  n^e  trouve 
que  dans  une  glofle  pire  que  le  Texte.  On  n’a  donc  qu’à  fè 
promener  un  peu  en  efprit  dans  Paris  &  dans  les  Provinces , 
pour  voir  fi  on  y  trouvera  ces  richelTes  ,  qu’on  s’imagine  chez  les 
Médecins.  Cherchez  bien ,  &  je  m’aflure  que  vous  ne  les  trou- 
verez  qu’a  peine  dans  une  ou  deux  familles  das  Médecins  de 
chaque  Province tout  au  plus  dans  quatre  ou  cinq  de  ceux 
de  Paris,  fi  même  ce  "qu’on  y  trouvera  de  plus  confiderable  , 
peut  être  appelé  richenes.  En  effet ,  qu’un  Médecin. ait  tant 
d’employ  qu’il  vous  plaira ,  qu’il  courre  le  trot  &  le  galop ,  à  pied 
&  à  che  val  ,  à  la  ville  &  aux  champs ,  l’argent  ne  liiy  viendra  pas 
pour  cela  en  pofte.  Il  s’en  faudra  beaucoup  que  toutes  les  vif' 
tes  &  tous  les  ayis  foient  payés ,  les  amis ,  les  parens ,  les  ingrats, 
les  impécunieux.,  les  efcrocs  ne  font  jamais  fomme,  decent  tw- 
rati  Ç»nt  ér  unus .  egit  gratias.  Quoi-qu’on  puiflè  dire  même  de 
Tancîenne  Medecine ,  elle  n’a  été  gueres  plus  riche  que  la  nou¬ 
velle  r  car  fi  l’on  en  excepte  les  Médecins  nez.  riches  ,  &  ceux 
qui  ont  fervi  les  Princes ,  on  trouvera  cinq  cens  pauvres,  Sî 
peut-être  mille  pour  un  qui  aura  gagné  quelque  chofe.  Ve¬ 
nons  à  la  preuve  le  plusbrrévemenc  que  nous  pourrons par 
reveuëde  ceux  dont  nous  avons  donné  l’Hiftoirc  Chronologr* 
que,  après  avoir  fuppofé  >  avec  Galien  ,  la  fin  des  gran^ 


Seconde  PartfC.  Chap.  V.  >25^ 

^edechs  na  été  ny  l* utilité ^  ny  mèmt  La  gloire  ,  inhumanité  Ôc  la 
compaffion  feule  ayant  été  le  mDtif  qui'ies  excitok.  Qu’ainfi 
ne  foit>  on  ne  convaincra  jamais  Efculape  d’avoir  été  riche  ^ 
car  pour  nous  faire  croire  qu’il  ait  thefaurifé  ,  il  faudroit  de 
meilleurs  mémoires  que  ceux  que  nous  avons  examinez  en 
parlant  de  luy,  de  meilleurs  témoins  &  des  juges  plus  défintè^' 
reàcz  que  des  Poëtes  poür  faire  le  procezà  un  Dieu.  Les  graiv 
des  alliances  dé  Podalire  &  de  Machaon  Tes  enfans, des  rendi¬ 
rent  fi  puilfans  qu’ils  ne  tirèrent  rien  de  leurs malades ,  n’ayant- 
en  effet  befoin de  ricn^  Gorgafus,  Pplemaque,N^icomaqiie  en- 
fans  de  celui'Cy  ,ôc  mêmes  leurs  defeeadans  furent  heritiers  des^ 
biens  de  leurs  peres, comme  ils  le  furent  de  leur  mérité,  &  fu¬ 
rent  adorez- des  peuples  comme  des  divinkez-,  parce  qu’ils  fai-' 
foient  la  Medecine  en  Héros  de  l’Art,  Ceux  qui  les  ont  fiiivi 
|ufqu’a  Hipocrate  ne  nous  ont  pas  paru  fort  riches,  au^  moins^ 
par  la  voyedes  rétributions  populaires  :  car  ceux  qui  s’enrichi-: 
rent  comme  Melampus,^ne  le  firent  que  dans  lès  Cour-s^  Hipo^- 
eratemème  qui  put  fe  faire  puiffant  en  biens  ,  s’il  eut  voiilui 
tâter  de  la  Cour ,  pratiqua  partout  fa  belle  Sentence 
Artis  liberalia^quoy^ue  funt  opéra.  Il  refufe  tout  ce  que  le  Sénat 
d’Abderc  luy  prefentc,  êc  méprife  tout  ce  que  Perdicas  Roy  de- 
Macedoine  luy  veut  donner,-  s’il  veut  bien  fe  donner  à  luy.  Il 
poufife  la  genèrofité  jufques  à  ne  vouloir  pas  entendre  aux  pro- 
pofitions  du  grand  Roy  de  Perle  Artaxe^xe  j  il  vit  de  l’honneur 
qui  le^fuît  par  tout-,  ôc  la  couronne  d’or  que  le  Sénat  d- Athènes- 
luy  décerne  ,  n’efl:  qu’un  cercle  oii  fon  domaine  s’étend  bien= 
moins  que  fa  gloire.  Dexippe,-qui  fut  fon  difcipleôcfon  com¬ 
patriote,  l’imite  jufqiies  à  méprifer  les  richefTesd-’Hecatombus- 
Roy  de  Carie,  qtfil  ne  veut  fervir  qu’à  condkionqu’il  ne  fera 
plus la  guerre  â£a  patrie.  Si  Thefïàle  eft  plus  riche  que  ne  fut" 
Hipocrate  fon  perey  c’eft- parce  qu’il  veut  Bien  être  Médecin 
n  Archelaus  Roy  de  Macedoine*  H  en  eft  de  même  de  Policletc 
8cde  Democede  Medecins>Pun  de  Denis  Tiramde  Sicile,. îau-- 
tre  de  Darius  Roy  de  Perfe  ,  de  même  d’Androcedes  qui  àit 
Médecin  de  Philippes  Roy  de  Macedoine  &:  d’  Alexandre  Ion 
fils  j  dë  même  d’Apollophanes-qui  fut  Médecin  d’Anaochus ,  de 
Stratius  qui  le  fut  d^Eumenes  ,'d’Erafikratus  qui. fut  Médecin 
de  Seleucus  5  de  Calligène  quifervit  ce- Philippes  Ps.oy  de  Ma¬ 
cédoine  qui  fit  la  guerre  aux  Romains  5  d’Archigene  Médecin 
de  Philippes  Roy  de  Sytiey  de  Diofeoride  Médecin  de  Mar c- 

S.f  iij 


y.  Pli»  é?  Tir^- 
411. 

Scipio  .de  Uetcmils 
de  gii  errori  pof  o- 
lar.  d’îtalia  lib.  i, 
cdp~^. 


Lih.  4.  de  fompofit. 
Medicam  fecund. 
lûepf. 

In  yadenteA^ti  h 
Scetf.  1, 


^1$  BJJkis  dff  Meiecme: 

Antoine  &  de  Cleopatrei  de  Mufa  &  d’Euthorbe  fî*efcs  Méde¬ 
cins  ,  l’un  d’ Augufte  ôc  l’autre  de  Juba  Roy  de  Mauritanie.  C  eît 
ainfi  que  Philotas  s’enrichit  au  fer  vice  du  frerede  Marc-An¬ 
toine,  Simon  r  Athénien  auprès  de  Seleucus,  Caricles  auprès  de 
Tibere  ,  Vedius  Valens  en  la  Cour  de  Meflàline  ,  Androma- 
chus  en  celle  de  Néron,  Arnutus  en  celle  de  Domitien,  Her-, 
mogene  en  celle  d’Adrien,  Il  n’y  a  donc  jufques-là  que  Cri- 
vias?que  Charmis ,  que  Caftor  ,  que  Q.  Stertinius  ,  qu’un  Ar- 
chontius  Chirurgien  ,  taxé  par  l'Empereur  Claude  à  deux  cens^ 
cinquante  mille  ècus>  &  peut-être  deux  ou  trois  autres  qui  âyent 
fait  fortune  avec  le  public.  Car  pour  Decimus  Merula ,  le 
moyen  de  le  croire  tef  qu’on  le  dépeint ,  puifqu’on  le  fait  fi rh 
che  >  qu’il  eft  impoflibie  de  comprendre  comment  un  fimpiê 
Médecin  pourrok  avoir  tant  gagné  de  bien?  Çalien  même, loin 
d’avoir  été  riche  d’avoir -fait  fortune  avec  le  public,  ne  fit 
qu’a  peine  quelque  petit  gain  à  Rome  ,ouil  s’établit  ,  bicnq)lüs 
à  la  faveur  de  Demetrius  premier  Médecin  de  l’EmpereurAn- 
tbnin ,  que  par  fon  mérité  qui  ne  fut  pas  fort  connu  du  public  , 
18c  qui  nefervit  qu’à  luy  attirer  l’enyie  des  Médecins.  Cela eft 
fi  vray  qu’il  dit  de  luy  même  en  un  de  fes  Livres ,  qu’il  n’efi 
pas  riche ,  5?  que  quant  aux  autres  Médecins ,  il  y  en  avditaur 
tant  de  femblables  à  ce  Médecin  de  Plaute ,  que  R’honimes 
nialades. 

^iâmmncMtdicm-es^usfg^  ,■  ■■ 

Imo  Édepol  unaUttpm  plus  fum  i^ukm  Medicus. 

Q^erenus  SammonicLts  ,  pribafe  ,  Æce  ,  &  tant  d’autres 
mentionnés  cy.-dfevant ,  fans  ©ubiier  la  plupart  des  Arabes' 
étoienttous  Médecins  de  Princes,  ou  riches  de  leur  eftoc 3 de 
forte  que  fi  l’on  cherche  bien  der-ià  en  avant  jàn  en  trouvera  à 
peine  quatre  ou  cinq  qui  fe  forent  enrichis  avec  le  peuple.  Pour, 
■les  Médecins  de  nos  Rois  :  car  ce  feroit  une  grande  afiàife  de 
vouloir  parcourir  toutes  lesHifîoires,  tous  les  temps  &:tôûsies 
païs,  quoi-que  ces  Princes  âyent  çté  mâgnifîqiîes  dés  la  première 
race  autant  quon  le  pouvoit  être  alors ,  ces  Médecins  ne,  furefiç 
recoBipenfez  qu’avec  des  Prébendes  Ecclefiaftiques  ,;fiÇl’dn  en 
excepte  ce  Pierre  Médecin  du  Roy  Clotaire  PL. marqué  cy_'? 
devant  page  124.  Marilelfe  qui  perdît  tout  par  un  rêvers  dé 
fortune  i  1^  Médecins  de  Contran  Roy  de  Soiffons  ,qae  la  cruel¬ 
le  A  uft  ri  gilde  fit  égorger,  &  Zedechias  Juif  connu  par  la  mort; 
de  Charles  le  Chauve:  çar  je  ne  yoy  gueres  d’âiitres  MedéciM 


Seconde  Pâme,  Châp.  V.  ^27 

qui  ô’ayentété  Moines ,  Chanoines ,  Abbez,  ou  Evêques  dans  la 
Cour,  jufques  à  Adam  Fumée  premier  Meddfcin  du  Roy  Char¬ 
les  VII-  lequel  ayant  été  Maître  des  Requêtes  &  Garde  des 
Seaux  quelque  temps  après  la  mort  du  Chancelier  de  Roche- 
fort,  fe  trouva  bien  plus  riche  de  fon  fond  ôidcs  faveurs  delà 
Cour,  que  de  celles  de  la  Médecine  ambulante.  Le  fameux- 
Jaeques  Gottier  Ce  fit  encore  bien  plus  riche  que  Fumée  ,'  car 
quoi-quil  eut  été  taxé  à  quarante^huit  mille  écus  fous  le  Ré¬ 
gné  du  Roy  Charles  Vil  L  fomme  grande  pour  ce  temps-là ,  il 
luy  enreftabien  davantage  ,  & infiniment  plus  qu’iln’eh  me» 
ritoit,  de  la  maniéré  dont  il  l’avoit  gagné.  Si  on  en  excepte  en¬ 
core  Jacques.Fonceau,  J  ca:n  Trofiêleri,  Jean  Martin,- Jean  Mi¬ 
chel  ,  Jean  Bürgenfîs^^toùs  Médecins  du  Roy  Charles  V  IlL 
Gabriel  Miron  premier  Médecin  &  Chancelier  de  la  Reine- 
Anne  de  Bretagne,  Salomon  de  Bombelte ,  André  Briaü  ,Jean 
d’Alez .  -  .  .  de  Fràncieres  Médecins  du  Roy  Louis  XI 

Louis  Burgenfis  Médecin  du  Roy  Franf  ois  I.  Jean  Fernel 
Jean  Chapelain  Médecins  du  Roy  Henri  I  L  Jerome  Mantuus^ 
Médecin  de  François  IL  ôc  de  Charles  ÏX,  Mare  Miron  Mé¬ 
decin  du  Roy  Henri  III.  André  du  Laurent  d’Henri  I  V. 
Bouvard  de  Louis  X HL  à  la  referve, dis-je,  de  ceux-là, tous 
les  autres  furent  recompenfez  par  des  Bénéfices  qui  les  mirent 
à  couvert  de  la  pauvreté  fans  les  enrichir.  Les  Médecins  des- 
Fapes  n'ont  pas  été  récompenfez  autrement  que  la  pki:^ârt  de 
ceux  de  nos  Rois ,  je  veux  dire  avec  des  biens  d’Eglife  ;  car' 
on  ne  verra  gueres  quun  Thadæus  Florentinus s  ce  Médecin 
fi  interefle  qu’il  ne  partoit  jamais  pour  te  campagne  tens  faire- 
marehd  à  cinquante  écus  d’or  par  jour  j  de  forte  qu’en  ayanc- 
exigéGentdu  Pape  Honoré  IV.  famaladieluy  en  valut  dix  milles 
qu’un  Pierre d’Apone  qui  n’étoit  pas  moinsr avare  .-car' quant  à- 
Arnaud  dé"  Villeneuve  fon  difeiple  ,vqUoi-qu’iI  ait  cherché  te 
pierre  Philofophale ,  on  ne  voit  pas  pour  cela  qu’il  Fait  trouvée^ 
O.nfaicquelque  bruit  des  pratiques &duCabir^  de  lahmm  y 
•^0 aqüa pÀme ,  Médecin  ambulant  Scpopulairé,  mais  avec  cct- 
te  fpecieufe  infeription  qu’on  lifoit  fur  la  porte  de  ce  Cabinet 
I^ucri  negle^i luçrum i  fçaitfi  tout  ce  qu’ilyavoit  dedans  n’é-- 
point  de  ces  colifichets  fur  lefqiuels  à  peine  pourroit-on  ma¬ 
rier  uiie  fille  qui  ne  ferôit  pas  fort  jolie  i  Ffochke  le  Napohtaiir 
ecoic  riche,  mais  comme  il  n*ëtoit  pas  moins  grand  Seigneur  que' 
.grand  Médecin  ,  Tes  richefies  ne  venoient  pas  de  la  Médecine' 


jiS  ËJJaisdeAîedecme. 

qu  li  cxcrçoic  fort  noblement.  Gardas  ab  Horro  tira 
mille  écus  d’un  Roy  des  Indes  qu’il  avoit  guéri  5  ïnais  eft-ce 
une  recompenfe  digne  d’un  Roy  de  ce  païs-4à,&  de  quoy  ren¬ 
dre  un  homme  riche  2  II  eft  vray  que  T  urquet  Maierne  alaiffé 
de  nôtre  temps  de  grands  biens  qu  il  avoit  gagnés  en  Anéie, 
terre,  le  Pérou  des  Médecins  ,  oii  on1uy  donnoit  une  Guinée 
par  chaque  viiîte,  Ôc  s’il  en  faut  croire  tons  les  contes  qu’on  fait 
ârce  fuj  et,  autant  de  Jacob  us  chez  les  grands  Seigneurs  qui!  y 
avoit  de  degrez  à  monter  jufques  dans  leur  chambre.  Mais 
quand  on  aura  pofé  qu’il  étoit  Médecin  du  Roy  d’Angleterre, 

^  on  ne  s’étonnera  plus  de  fa  fortune.  Je  veux  même  que  Car- 
pusôeGapivaccius ,  ayent  mis  au  fiecle  pafTéàun  prix  exceffif 
la  cure  des  maladies  Napolitaines ,  comme  firent  à  leur  imitation 
quelques  autres  Médecins  êc  Chirurgiens  ,  dont  fayarice  fut 
caufe  qu’on  appela  tres-précieux  ces  pauvres  malades  ,  tant  ils 
mettoient  leur  cure  à  haut  prix.  Qoqi-qu’il  en  foit  ,  ce  ne'  font 
que  deux  ou  trois  partieuliefs  du  pàlTé ,  qui  ne  font  rien  au  pre- 
fent,.&  àces  Médecins  de  nôtre  temps  que  je  yais  examiner, 
•pdur  voir  s’il  eft  vray  que 

Le  Politique,  je  l’avoue,  a  été  un  tres-riche  Médecin  am- 
bulant ,  6c  fi  f  on  veut  le  plus  riche  de  nôtre  temps  ;  mais  fi  l’on 
Gtoit  de  ces  richefles  fes  biens  de  patrimoine  ,  ceux  dé  fucéef- 
fion  ,  ceux  de  fon  épdufe ,  6c  ce  que  le  bon  ménage  y  a  ajouté 
pendant-plus  de  quarante  ans ,  le  refte  ne  paroîtra  pas  des  ri- 
ehefiés.  Qmnt  au  Grand ,  au  Neptune  6c  àu  Petit-homme ,  quoy 
qufils  ayent  tous  fervi  des  Princes  ,  ils  ne  font  pas  morts  plus 
riches  que  ley  ambülans.  N’oublions  pas  même  fi  l’on  veut  les 
Pais  Etrangers  où  l’on  paye  bien  mieux  qir’en  France  les^vifites 
des  Médecins  ,  &  tout  bien  confideré,  nous  ne  verrons  pas  que 
la  Mçdecineyait  jamais  parlé  par  tonnes  d’or,  comme  a  fait 
le  commerce,  ny  par  millions  comme  ont  fait  les  finances  dé 
nôtre  pais.  Qiron  déterre  tous  les  Médecins  Von  n’y  trouvera 
ny  Jacques  Cœurs  ^  ny  Foukers  d’Aufiboure  ,  ny  Ronis-j  Oy 
aucun  de  ces  noms  que  les  richefies  ont  rencui  célébrés  depuis 
un  fiecle  daiis  la  France.  La  fortune  de  quelques  Médecins 
cft  donc  comme  rien  en  comparaifon  de  tant  d’autres  fortunes  : 
car  même  pour  quelques-uns  qui  ont  vécu  du  métier ,  combien 
en  avons-nous  vu  qui  ont  croupi  dans  la  mifere  ,  6c  combien 
en  voit- on  encore  à  prefent  qui  languiflent  dans  lapauvrete> 
riches  qu’ils  font  de  mérité  ? 


Seconde  Partie*  Chap,  V.  3  lÿ 

D^où  il  faut  conclure  que  la  Médecine  n’étant  pas  riche ,  elle 
mérité  au  moins-  qu’on  l’honore  premièrement  delà  fttbjlmce 
des  Cônvalefcens  de  tm  fifbJiamÀ  ,  en  £cconâ  lieu  de  quelque 
diûindion  ,  Ôc  de  quelques-unes  de  ces  grâces  que  le  Droit 
Romain  luy  accorde ,  h  on  ne  veutluy  accorder  quelques-unes 
de  celles  du  Filquci  &  enfin  qu’on  l’épargne  dans  les  Satyres 
&  dans  les  compagnies,  oii  bien  loin  de  rdlimer  autant  qu’elle 
le  marice ,  &  de  fatisfaire  au  Precepte  du  Page  fils  de  Syrach* 
on  iuy  envie  même  jufques  à  la  moindre  tituïade  dupaïs  où  les 
titulades  font  fi -communes.  Zes  grands  Seigneurs  dit  Apollon 
protedeur  de  la  Medecine,  f)nt  jaloux  de 'isoir  les  Mei^ins  pren¬ 
dre  J  comme  font  les  furifeonfpltes  i  le  titre  d^ Excellence.  Ils  ont 
beau  aüeguer  quils  font  plus  anciens  que  les  l^ucs  t  les  Marquis  ^ 
les  Comtes  ,  ceux  -  cy  leur  répondent  quils  ont  le  titre  d’excel^ 
lence. ,  comme  un  Titre -onéreux  \  ^  acquis  a  beaux  deniers  eom^ 
ftms  ,  au  une  Excellence  de  cinquante  ècus  déachapt  y  nef  pas 
compar^le  h  celle  dé  un  Duc  qui  vaut  des  millions.  Apollon  là-dejfi- 
fus  prend  le  parti  de  Tes  enfans  ,  difant  aux  Seigneurs  ^  que 
leur  état  vient  de  leurs  deniers ,  celuy  des  Doreurs  de  leurs  veilles  , 
ér  de  leurs  fueurS  o  &  renvoyé  enfin  V affaire  aux  Sages  qui  jugent 
que  les  grands  Seigneurs  n  honorant  V excellence  qu  avec  les  biens  de 
fortune  eér  les  Deiles  luy  faifant  honneur  avec  les  biens  de  l’ejprit, 
fi  ceux-là  veulent  rendre  leurs  Excellences  confiderables  ^  en  quelque 
maniéré  au  deffus  de  celles  des  Do0es  ?  Us  n  ontqu  à  mettre  la  main 
à  la  hource ,  ^  à  enrichir  la  vertu,  i  que  c*efi  te  moyen  de  tàcque^ 
rir  le  Titre  de  liberal ,  qui  vaut  mieux  que  celuy  de  Duc  ,  ^  même 
que  celuy  de  ?  rince  au  jugement  de  tous  les  habiles.  Voilà  ce  me 
femble  un  jugement  fort  fpiritnel  &  fort  équitable,  &  dont  la 
Medecine  pou rr oit  comme  les  autres  Sciences  fe  prévaloir  ,  fi 
^5^  Seigneurs  nènavoient  appelé  à  la  coutume,  &  a  laprefcrip- 
tion  ,  &  fi  le  peuple  n’étoit  en  pofiTeffion  de  dire  des  fottifes  de 
la  Medecine ,  fans  penfer  qu’ils  en  peuvent  avoir  befoin  ,  & 
quelquesfois  même  après  en  avoir  tiré  de  grands  fccours.  " 

A  i’ég-arddes  jeunes  gens  qui  prennent  parti  dans  la  Medecine,  - 
concluons  encore ,  que  cette  Siciencc  ne  prpduifant  d’ordinaire 
que  des  fqiîfs  tardifs  ôc  petits,  on  ne  doit  pas  s  q  engager  fi  on  n’a 
quelque  petit  Titre  patrimonial ,  ôc  affez  de  patience  pour  atten¬ 
dre  doucement  le  temps  de  la  moifibn  ,fi  on  eft  àlFez  heureux 
Pu^lauxaper car  en  vérité  la  Medecine  étant  auffi  noble  ÔC 
^Uui  charitable  qu’elle  l’eft,  'ne  peut  être gucres  honorée  par 


*  Hoaora  Medî-: 
cum» 


Tral^ne  Bocealinî 
neUi  Ragienameu* 
ti. 


Ibid.  4^, 

ment.  " 


1 


EJJais  de  Médecine, 

une  jcunefTe,  élevée  dans  la  pouffiere  &;  dans  la  crade  des  Col¬ 
leges  i  paf  de  malheureux  reftes  de  familles  ruinées ,  fouvent 
des  cfprits  bas  ôefans  aucune  des  difpofuions  neceffaires  pour  fc 
rendre  habiles  ,  par  une  jeuneflequi  s’y  engage  dautant  plus 
facilement  qu’on  y  eft  bien-tôt  reçu  Maître ,  quoi-qu’on  n  y  de- 
vienne  grand  Maître  qu’avec  bien  de  l’application,  du  genie, 
ôedes  années.  On  fe  fie  fur  l’exemple  des  plus  heureux  ,  & 
quand  on  eft  une  fois  en  chemin ,  on  ne  penfe  qu’à  entrer  à 
quelque  prix  que  ce  foit,pour  fatisfaire  fa  propre  cupidité, pu 
l’impatience  de  la  famille,  ayec  laquelle  on:n*eft  pas  en  paix 
qu’on  n^agne  bien  de  l’argent ,  fans  penfer  qifen  fe  jettaut 
Êchement  aux  pieds  ,.&pour  ainli  dire  à  la  tête  des  malades,  ou 
ne  trouve  pas  pour  cela  le  moyen  de  parvenir ,  quol-que  cette 
voye  ait  réuffi  à  quelques-uns.  Car  en  vérité  les  chofesiroient 
bien  mieux  qu’elles  ne  vont ,  fi  l’on  avoit  toujours  devant  les 
yeux>  le  Medmm  rogata,  àc  cc  beau  précepte  de  Vitruvé  >  qui 
femble  être  fait  pour  les  Médecins.  Sic  agmm  pmxi  utyogam 
non  TQgms  anus  jufei^ias,.  ‘ 


C  HA  F  I  X  RE  VL 

De  t Avarice  des  Médecins. 

CO  M  M  %  nous  avons  fait  Juftice  aux  MedcGins-  touGltanc 
cê^  qu’on  leur  impute  en  particulier  par  un  efprit  de  pré¬ 
vention  >  aufiî  ne  faut-il  pas  oublier  ce  dont  on  ne  les  çeut 
difculper,  pour  les  obliger,  s’il  fe  peut ,  à  être  plus  honnêtes 
gens ,  U  à  fe  défaire  de . ces  defauts  ,  dont  iis  ne  font  que 
convaincus.  Car  en  vérité  il  y  en  a  bien  de  femblables  à  eeuX 
que  Cardan  &  Jules  Cæfar  Sealiger  ne  pou  voient  fouffrir ,  ^ 
qu’ils  nous  ont  dépeins  comme  une  foule  de  miferables  qui  1^ 
piquent  d’être  de  fort  braves^ens'*' au  relie  envieux, 

*  Tutbam  Ÿîdcmùs  à  prixnis  Ikerar^m'  redimentis  fcipfatïi  veadirantem  j 
ïnalcd;cam  obtreflatricem  novarn  fpeèiem  eÿnîéomm  ,,  avaraàî  ,  fupinam  y 
fimvtî  atqaé  iguaram.  lE»  Sealiger.  •  o 

Medidna  facit  non  reium  memores  ^  fed  verborum  calMos  j  vetratiles 
invidos  »  avares  y  dolofos  ,  ïaboriofos  ,  non  ingeniofos  .  &  minimè  graves  .  ï  ^ 

«orum  &  exercitatia  inkimè-  qùàia-Hbcraîis  cü.-  Suin  autem  improbiïeiiac  ormws®®" 

014  suce  ,  adeo  et  ail  pejus  cxçi^ii  fojEi,  Ex  Car  dm. 


Seconde  Parth^  Châp.  Vî.  $3x 

e^r(Ætei,  vains,  ignorans,  avares.  Mais  avant  que  d’entrer 
en  matière  par  l’avarice,  que  je  regarde  comme  le  premier  & 
le  principal  de  tous  les  défauts  dont  on  les  peut  acculer,  il  faut 
reimrquer  que  les  Auteurs,  &  même  le  peuple  qui  leur  repro¬ 
che  l’avarice  ,  la  dépeignent  d’une  maniéré  à  la  faire  pren¬ 
dre  pour  l’ambition  ,  quoi-que  celle-cy  ne  foit  pas  ordinaire¬ 
ment  un  defaut  de  Médecin.  Car  fi  elle  eft  ,  comme  a  dit  qucl- 
qu  un,  l’erreur  des  grandes  ames>  ü  elle  n’a  que  les  honneurs, 
pour  fin  ,  nos  Médecins  n’ayant  pas  ordinairement  l’ame  plus 
grande  que  la  naifiance  ,  &  fe  mettant  bien  moins  en  peine  de 
la  o-loire  que  du  gain ,  l’ambition  ne  (éra  pas  de  leur  goût.  Un 
homme  né  dans  l’indigence  &:  dans  la  mifere ,  comme  iCarri* 
ve  àla  plufparc,  fonge  bien  moins  à  monter  bien  haut  qu’à 
fortir  du  néant.  A  quoi  il  faut  ajoûtér ,  que  quelque  mérite 
qu’on  ait  dans  la  Médecine ,  on  n’y  dit  pas  Afandam  avec  au¬ 
tant  d’apparence  de  réuflîr  dans  ce  beau  projet  qu’en  quelques 
autres  Profefllons.  Non  feulement  les  Armes ,  la  Cour  ,  les  Fi¬ 
nances  j  mais  quelquefois  auffi  les  Mathématiques ,  les  Loix ,  la 
Théologie  peu  vent  élever  un  homme  fi  haut,qu’on  le  perd  pres¬ 
que  de  vûë,  &;  qu’il  ne  fe  connôît  plus  lui-même.  Etc’ eft  pour 
cela  que  Jafon  Maini  célébré  Juriîconfuke  ôc  grand  Orateur, 
interrogé  par  le  Roy  de  France  Louis  XI I.  qui  lui  témoigna 
de  l’eftirae ,  après  avoir  écouté  une  de  les  leçons  à  Pavie  ,pour- 
quoy  il  ne  s’étoit  pas  marié  ,  il  lui  répondit  d’un  air  de  con¬ 
fiance  :  Pour  confersuer-i  Sire  ,  la  difpofmon  que  '‘\ay  au-  Cardinalat ^ 
qu'il  ne  tiendra  qu  aV^M.  de  m  obtenir  du  Pape  Jules.  Ce  n’eftpas 
comme  nous  l’avons  remarqué  dans  nôtre  Hiftoire  Chronolo¬ 
gique  ,  qu’il  ne  foit  arrivé  à  quelques  Médecins  de  monter 
fi  rt  haut:  mais  outre  que  cela  cft  rarement  arrivé  ,  il  eft  cer*^ 
tain  que  la  plufpart  de  ceux  qni  font  parvenus  à  des  dignitez 
confiderables,  y  font  arrivez  par  quelque  canal  qui  o’étoitpasua 
de  ceux  de  l’Art.  Mais  ,  me  dira  pent-êcre  quelqu’un  ,  le  moin¬ 
dre  Médecin  ne  peuc-ii  pas  être  pouffé  de  l’ambition  de  fe  voir 
Comte  des  Archiatrçs  ?  Sans  doute,  &  j’avoue  môme  à  ce  fii- 
jet  que  le  Médecin  du  Prince  étok  autrefois  o^ielque  chofe 
iafiniment  au  deffus  des  autres  Médecins  Primipû  di- 

eiturhabere  dignitatem ,  &;  que  Caffiodorc  ne  fait  dire  cei:t  bel¬ 
les  chofes  au  Roy  Theodoric  à  l’avantage  de  ce  pofte-là  ,  que 
Ppur  en  marquer  la  dignité.  Mais  outre  que  ce  ii’eft  plus  à  pre- 
fent  .cela  dans  toutes  les  Cours  ,  ôc  que  des  Comtes  jadis  du 

T  c  i  3 


Ta  verb'  ftîi:- 
îàm  pacis  inftillâto 
tanc',  hocceft  æ- 
ncam  vcl  argcr*: 
team  ,  qualcs  ha^- 
beat-  Médkû 


21.  dèi^dècenty cmx^- 
tH  ,  é'  Ef  ifi:  xd 

Ahderi  tan.^  in  fit- 
rejurrndj. 


351  EJJats  de  Aîedecme. 

premier  ordre ,  tels  qu’ëtoient  alors  les  premiers  Médecins^’ 
font  bien  à  prefent  au  deffous  de  ceux  du  dernier  5  jeneeroi- 
pas  qu’un  homme  qui  feroit  touché  d’un  véritable  efpr4t  d’am¬ 
bition,  la  voulût  borner  à  une  dignité  de  Jadis.  En  elFec  quV 
a-t-il  dans  ce  poftequi  diftinguè  fort  un  homme  d’un  autre  i 
Y  paroît-on.  fort  élevé  au  defliis  des  autres  hommes  >  Y  im. 
pofe-t-on  par  les  ornemens ,  par  le  cortege,  par  l’autorhé  ,  &  par 
quelque  carattere  ,  qui  attire  lerefpeét  &  la  confideration  d’un 
chacun  ?.  Car  enfin  qu’uil  Médecin  fe  date  tant  qu  il  voudra 
d’efperance  ,  il  ne  fera  jamais  que  Médecin ,  habile ,  heureux, 
ambitieux  ,  fi  vous  le  voulez ^  toujours  Médecin  ,  s’il  ne  fçait,- 
Sc  s’il  ne  fait  que  la  Medecine.  L’on  s’cngage  dans  le  métier 
fans  y  penfef  ,•  l’on  y  vit  quelques  années  courant  après  ce  qui 

Eeut  garantir  de  la  pauvreté  ,  &  l’on  y^  meurt  enfin  après  en  avoir 
ien  VU-  mourir  d*autres  qu’on  a.  fait  femblant  de  regretter.^ 
Engagement  bien  précipité ,  trille  employ  ,  trille  confolatiou  , 
trille  fin  pour  un  homme  qui  auroit  été  touché  d’ambition.^ 
Voilà  donc  nos  Médecins  pour  l’ordinaire  réduits  à;  l’avarice  , 
Ibit  que  l’indigence  dans  laquelle  ils  nailîent  fouyefit,leLir  faf- 
fe  appréhender  d’y  retomber ,  foit  que  le  tempérament  y  con¬ 
tribue.  Car,  quoi  qu*il  en  foit  ,  l’avarice  des  Médecins  a  telle-: 
ment  pafle  en  Proverbe,  que  le  Conciliateur  qui  étoit  luy-mû* 
me  fi  a v-àre,  l’a  reproché  aux^ gens  du  métier. 

lyicifque  fàcifque  quoà' 

Non  fani  êffe  hommes  :>Mon  fams  prat  Orejles, 

C’ell  elle  qui  a  donné  lieu  à-  la  fable  d’Elculape  foudroyé  pour 
fbn  avarice  fable  qui  pour  trouver  plus  facilement  la  eau  Te: 
de  là  corruption  des  ruifleaux ,  s’ell  avifé  d’en  empoifonner  la 
lôurce.  C’ell:  ainfi  qu  Arillophane  *  ne  rend  les  Médecins  coin-' 
modes  cheï.  les  malades  qu’à  force  d’argent  3  &  que  Mar^iahloin* 

d’en,  demeurer  là  ,  fait-  même  le  Medeéin  Herodes  voleur,  de’ 

fon  propre  malade.. 

Glimcm  'Heroàes  Tmllam  fuMuxerm' 

Deprehenfxs.  dixit  :  Stulte  quid  ergà  bibist 
Aulïîme-  Gomerois-je  pas  pour  grand  chofe  l’autorité  de  ces  Poë-; 
tes' ,  fi  je  n*avois  celle  d-Hipocrace  même  ,  qui  regarde  raya-' 
rice  comme  propre  des' Médecins.  G’ell  pour  cela  qu^l  inve- 
dive  contre  ce  vice  au  point  d&  Và^üeW&r  plus  gr^^^de  des  md-" 
ladies  ,,  fire  même  que  la  fplk-  y.&.  une  mcine  fi  amere  &  fydan^^ 


Seconde  PaHfé.  Ÿ  1.  5B5' 

>  me  fi  Von  ne  VarrMhe  àu,  cœur  du  Médecin  ,•  il  ne  féru  frin  l. 

L  de  corps ,  ny  iefirit.  La  Politique  Romaine:*  dit,Pline,  ne 

permit  l’entrée  de  fa  Ville  aux  Charlatans*  que  pour  reprimeri 

par  certe  digue ,  l’avarice  des  Médecins  qui  fe  me^coient  à-  trop 

haut  prix  j;  mais  if  eft  certain  que  comme  ce  remetie  étoit  en-i 

eore  pire  que  le  mal  r  il  n’empefcha-  pas  qu’on  ne  criât  enéore 

depuis  dans  cette  Ville  :  fis  morborum  fretin  medentibus,  Pline  raût.  Àmai  \i.  ^  » 

le  jeune  fe  plaint  hautement,  dans  fes  Livres  du  prix  exorlsi--. 

tant  que  ceux  de  fon  tems  mettofent  â  leurs  cures  yquoi-qu’ ris  curmd.aKmi^feâ: 

fuâent  fort  ignoransî  Galien  nedifconvienrpas  de  ce  fait  quand 

il  parle  de  ceux  du  fien,  Tertullien  efi:  dans  cet  efprit.-K  r  hileraon  ^sîcutjSiedSïpe- 

dit  dans  ,Stobée  que  les  Médecins  ne  fouhnitént  In  fanté ,  ni  ù  leurS'  cunüs  ,  Sk  chri- 

pmnsy  nidjeurs  amtsynià  leurs  compatriotes  y  é"  qtVUs  fembknt  ne. 

fe  bien  porter  que  qunn^  tout  le  monde  efi  mnlnde,  S.  J-.  Chrryléftorne  in 

lemble  marquer  dans  fon  Commentaire  fur  le  8 .  Chapitre  de  S . 

Matthieu  parlant  du  Lepreux  ,  qnon  n’a  raifon  des  Médecins- 

qu’avec  de  l’argent.  Saint  Bernard, &  jean  dé  Salifbery  fe  plai-: 

gnent  fort  de  l’avarice  de  cenxvde  leur  fiecle.' Elle  prend  J  dip 

ce  dernier  ,  adroitementr  le  tems  de  la  douleur  pour  en  tk 

ïtr  sevsintgLgc  :  cdm  dolor  cruciat  ngrotantem  y  fibique  cooperatur 

lunguentis  exukerntio  ,  ^  an^aritm  rnedentis.  C  eft- pour  cela  que^  Medicbrurii  dràncs. 

Goldafte  a  écrit  que  l’exercice  de  la  Medecihe  n’eft  plus  qu’un’  rcs  vcnto- 

commerce ,  OU  i  on  vend  ce  qu  op  ne  peut  pas  garantir  ,  ec  que- curas, 

Roderic.  Zamorenf.  fait  les  Médecins  fi  intereftéz  ,  qu^ils  vou-,  dox\  Ae  honore  Me-- 

droient  J  pour  ainfi  dire  î  que  tout  fut  brûlé  )  pourvu  qu’ils  euk  . 

fent  la  cendre.  Un  Moderne  tranche  nettement  le  mots 

fant  qu’il  n’y  a  rien  de  fi  avare  qu’un- Médecin  :  Nihil  hodie mu'-  cmÀüionihus\ 

gi^  uvurum^^  efi  Medicày^ç^'As  {ornions  àts  ic.ràç.s  z\-} 

terez  :  omnes  enim  fitibundk  Un  autre  dit  qiie  lé  Médecin  ne  fe 

trouve  jamais  ou  il  ne  fe  trouvé  point  d’argent  *  L’illuftre  S^au-^?  artfeirtotftaat 

ihaiTe  les -appelle  des  mercenair  es  dans  fes  Obfer  vations  furié  ■  îucfuin  no'u  eft 

ï^roit  Attiquev'  Ils  n’aiment ,  dit-on  communément  v  que  l^s . 

playes ,  Vuinrn  um ut  Medicm:  Le  dbde  Minderer  fait  entrer  éi  tUfity 

|Iedecine  dans  ces  fentimeoS  î  en  ces  lamentations  qu’il:  lui  fair 

toe  fur  fes  difgraees.-  Enfin  il  h’y  a  pas  jufqaes'à  la  Verita' 

Raminga  Gomedie  joüée  â-  Venife  vers  la  fin  du  fîecle  pafTé  - 
ou  un  Apotiquaire  &  un  Médecin  ne  fe'rèjouïfient  de  voir  que- 
’lesinauxpubiicsvomfaireieurbienpardcuiier'.- 
Si  on  en  s’en  rapporte  à  Hierocles ,  on  eii' tellement  prë'/ehu  -  ^ 

^  lâ3pinion  qu’on  de  leur  avarice  > = qu’un  Ecolier  demande-  HiericUs  facaîA. 

—  Ttiij: 


1 


334  ÈjJakâèMedecine, 

pardon  à  on  Médecin  de  ce  qu’il  y  a  long-temps  qu’il  n’a  ét' 
malade  :  tant  il  a  peur  qu’il  ne  s’en  fâche  :  Qu’un  Païiàn  rit 
fous  cappe  de  voir  qu’un  Médecin  prend  Tes  luneties  pour  cxa^ 
miner  Targenc  qu’il  luy  prefente  ,  Ôc  qu’il  les  quitte  en  exa^ 
minant  l’urine  fur  laquelle  il  le  confuhe.  Mais  voicy  bien  en- 
core  un  autre  avare  6c  larron  que  n’eil:  le  Clinique  Herodes 
puifqu’il  ne  peut  s’exeufer  fur  l’intcmperance  du  malade* 
comme  cet  efFronté  Clinique.  Cela  cft  un  conte  à  la -vérité 
dans  Efope  5  mais  c’ell  une  vérité  dans  ce  que  nous  n’avons 
que  trop  fou  vent  vu ,  ou  au  moins  dans  ce  qui  en  approché  de 
fort  prés.  Une  bonne  femme  qui  avoit  la  vûë  fort  baffe,  Bcqui. 
craignoit  de  la,  perdre  entièrement,  promet  à  un  Médecin  de 
le  bien  payer,  fi  elle  guérit  par  (es  foins  j  6c  elle  le  laiffepar 
provifion  maiilre  de  tout  fon  petit  ménage.  Le  Medediiéioït 
fort  foigneux  de  la  venir  voir  ,  6c  ne  manquoit  gueres  dé  fe 
payer  de  chaque  vifite  par  fes  nmins  ^  emportant  tous  les  jôur$ 
quelque  chofe  de  ce  qui  l’accommodoit  le  plus.  Comme  il  fut 
à  bout  defesremedes,  6c  qu’il  ne  refta  plus  tien  de  bon  dans  la 
chambre ,  il  demanda  à  la  bonne  femme  fi  elle  n’étoic  pasguc- 
rie,  &  fi  elle  ne, vôyoir  pas  fort  clair  r Je  voyôis,  dit-elle ,  il  n’y 
a  pas  encore  long-tèms  qnélqne  chofe  dans  ma  chambre  5  mais 
je  n’y  vois  plus  rièn  à  prefent.  Elle  avoit  raifon.  Tout  le  mon¬ 
de  ne  fçait  pas  Ehiftoire  d’ Afpafie ,  elle  vient  affez_  à  toariçc 
-  des  Médecins  pour  être  icy  rapportée  brièvement.  La  nature 
qui  avoit  fait  naître  cette  0le  pauvre,  n’avoit  pas  manqué  dé 
Ecn  dédommager  en  quelque  manière  par  une  beauté  raviffan- 
te.  Mais  quoy-qu’ elle  eut  eu  un  prçfléntiment  çn  fonge  des 
grands  avantages  6c  des  grands,  biens  qui- luy  en  devoienc 
venir,  elle  né  lai  {Ta  pas  de  demeurer  mconfolable  ,  &  dé 
prendre  fon  fonge  pour  une  véritable  rêverie  ,  quand  elle  lé 
vit  quelque  tems  apres  une  tumeur  au  menton  ,  qui  la  défign;' 
roit  horriblement,  Son  pere  qui  avoir  pçur  elle  unç  tendreffs 
toute  paternelle  (  car  fa  mere  éioit  mortç  ]à  mettant  au  mon^ 
de  )  la  fit  voir  à  un  Médecin  ,  qui  fans  avoir  égard  à  û 
vreté  ny  à  fa  beauté  3  mit  àfi  haut  prix  la  Cüte  de  cette  ^dil^^ 
mité  3  que  le  pere  &  la  fille  én  demeurçrçnt  défolez,  Alpafi^ 
pleure  donc  continuellement,  à  la  tablé,  au  lit,  6c  particulière-^ 
ment  au  miroir  :  mais  enfin  un  jour  ou  la  douleur  femble  Ea-^ 
voir  affommée  ,  elle  fe  lai ffe  doucement  aller  au  fommeil  ,  SC 
voilà  quelle  apperçoit  une  çolombç  ,qui  prend  çnun 


Seconde  Partie,  Chap.  VI.  "  555 

la  forme  d’une  femme  ,  l’invitant  à  prendre  courage  ,  &  à  ne 
fonder  ny  à  fon  mal ,  ny  au  fecours  que  les  Médecins  luy  refu- 
fcnt  fl  impitoyablement.  Cela  dit ,  la  femme  Colombe  luy  pre- 
fcntc  un  bouqûec  de  rofes  confacrées  à  V enus  ,  &c  luy  ordon¬ 
ne  de  l’applicpicr  fur  la  tumeur.  Elle  obéît,  fans  diflFerer  ,  &  la 
voilà  en  même-tems  non  feulement  guerie  de  fon  mal ,  mais 
plus  belle  que  jamais ,  malgré  l’avarice  du  Médecin  qui  luy 
auoit  refofe^fon  fccours.  Voici  bien  pis  que  de  ravarice  &  de¬ 
là  dureté  envers  une  fille  r  ou  quclqu  autre  particulier  :  car  des  ^ 
Médecins  ennemis  du  public  y  paroifient  fi  enflammèz^  d’a vari¬ 
ce  ,  que  les  eaux  vangereûTes  qui  les  engloutiffent ,  font  feules 
capables  d’éteindre  ce  feu  ,  &  de  les  punir  de  leur  crime.  Les 
bains  de  Pouzolles  faifoient  des  cures  fi  mervciUeufeS  )  que;  les 
Médecins  de  Salerne  fe  crurent  ruinez. 'Les  voilà  donc  refolus  pereur  Frcckric  lï. 
de  les  empêcher  »  &  de  palfer  fur  une  barque  p2n.dant  la  nuit 
pour  rcnverfer  rédificé  ôc  les  canaux  de  cecte  pifcine.  Guam. 

fec ,  conclu. &  exécuté.  Mais  au  moment  qu’ils  repaffent  com- 
me  en  triomphe  de  cette  hslle  execution  ,  la  barque  &  tout 
qu’elle  porcoit  eft  enfevélie  fjus  les  eaux.  Punition  divine  dont  ■ciîu.  lUr,  de 
il  demeura  des  marques  fur  un  marbre où  ratrentat  Je. 

1  r  "  1  TV  -i-i-  di{lmmmiirmortt$\ 

nom  des  Medeems  demeurèrent  expolez  auxyeu^  du  VLmhc  ’YetrarchXi.Epi^. 
d’une  manière  fi  exemplaire,  qu’avant  que  le  trembiement  de  4- 
^rre  qui  arriva  l’an' 140 Si.  eût  tout  renverfé  5  on  en  pouvbit 
encore  dire  ce  qu’on  difoit  du  tems  de  Pline  *  des  reftes.  du^  *  ^ 

fameux  taureau  de  Phalafis  iAd^uc  fer'vdtntur  ofem  tnu  ^  utq&ot 
Broiffard  parlant  de  la  maladie 
du  Roy  Charles  VI.  gueriepar  Guillaume  de  Harcelay  ,  repro- . 
che  aux  Médecins  que  c  ejl  lk  ta  fin  ow  ils  tenâmt  fouvenf ,  ^ue  d’a^ 

'oiifr  de  grands  fdmres  &  profits.  Et  après  avoir  remarque  que  ce 
Médecin  ne  dépenibit  par  jour. que  deux -fols  panfîs ,  il  tjoù-' 

^{Bt  deitdté^s'iferges  fôftrh  II  m  y  prefquèi 

perfonns  qui  ne  fçaehe  PEpitaphe  de  Silvius  fameux  Medeci®; 
du  dernier  fiecie -,  _ 

Silmm  hk  fitus  efi  y  grath  .^ui  nit  dedif  antqaam  r 
Mortûüs  efi vh  r 

Mais  touc  le  monde-ne  feait  pas  qu^il  ofEât^airx?  Médecins  ^de^ 

MoûpsÜer  pr  une  daigne  avariée  à’hm  h  Cburtiêrideieur 
Lcole,  d’y  faite  venir  des  Etudiant ,  sdls  voùfoiené  luy-  rc-. 

1^  Licence  gj  dn  Dotoat  »ie«  pl®,.  il  ne 

t^avoît  -fôtiftrfr  en-' Ion  liteditoire  aucun -Ecolier  ÿ  Vil  n  avoir  lafiiccrum. 


’  ÈJJkisdeMedecme, 

payé  le  piix  qu’il  avok  mis  àfes  leçons ,  s’etnponant  de  cofer^ 
julqu  à  ce  que  les  autres  Ecoliers  l’ enflent  mis  dehors.  Il  vivoit 
encore  fl  pauvrement ,  quoy  qu’il  eût  du  bien  ,  que  pour  épar¬ 
gner  un  fagot ,  il  montoit  ôc  defeendoie  {bii  efcalier  une  grofle 
bûche  fur  les  épaules  ,  jufqu’à  ce  qu’il  fe  fût  échauSé  par.co: 
exercice.  Mais  voicy  un  avare  bien  moins  crafleux  queSilvius, 

8c  dont  l’infolence  8c  favarice  efl:  payée  de  la  même  monnoig 
quil  a  donnée  à  un  Philofophe  impécunieux.  Il  n’y  aperfonne  à 
Florence  qui  ne  fçaehe  le  feptiémp  fpnnec  de  Pétrarque  ,  qui 
commence  ainfiî 

,  La  Gola  e  ilfomoi  e  l^otiofe 

Le  Médecin  dont  efl:  queftion  ,  ayant  rencontré  ,  tout  fier  ' 
,quil  étoif  de  fa  chaîne  d’or  8c  de Ta  fotaue  de  foye  ,  un  aflez 
pauvre  Philoibphe  dans  lé  logis  dun  de  fes  malades ,  8c  luy 
ayant  fottement  reproché  fo^a  indigence  par  cçs  mots  du  SoU’ 
metj  .  ^  ■  :■  .  ^  . 

Lèvera  ignuâa  vaifilofdfia.  -  ' 

Le  Philofophe  ne  manqua  pas  d’infiilter  à  l’avarice  des  gens  de 
ia  Profeinon  d’une  maniéré  d’autant  plus  fpiritueile  ;8c  plus  jü- 
fte  ,  qu’il  le  fit  par  lé  vers  qui  fuit  dm  wdiatemon^  eeluy  dont 
;  on  Pavoit  battu.  .  ;  v  ;  ;  ; 

Dicela  Turba  a  vil  gu/ailagm  intéfa, 

Qu’eflrce  donc  que  n’eût  pas  dit  fur  .la  chaîne  du  même  Mé¬ 
decin  ,  celuy  .qüi  ne  pouvant  foufFrir  les  etaavâgancesîd’un 
homme  paré  d’un  femblable  bijou  »  dit  fi  heureufeméût- 
alînpaz,z^i  bafla  um  mtem  i  la  paz^ia.M  cojli^pf  tàl  i^^ 
pêgli  ebifogm.  i  ■ 

Le  Neptune  pour  continuer  nos  indûÛions ,  faifoit  le  libe.-i 
rai  avec  les  malades  :  mais  outre  qu’il  avokv^sss  û^ 
près  a  en  tirer  toujours  quelquc  chofe  ,ijufqiîés  à  tenir  un  TmftC 
placé  dans  fon  Icfcalier ,  oii  les  Gonfultansdtoîent  iuviteî'^î^ 
mettre  cé  qu’ils  vouloient  pour  l’Office  deS  :  Trêpaifez:,  dont 
quelques  devotes  luy  avoient,  difoit-il ,  laiflç  la  direélion  .en^ 
tiere  »  il  étoit  encore  d’accord  avec  quelques  Apotiquait^s  8Ç 
Chirurgiens  de  ce  qui  luy  devoic.vreveuir  des  .pratiques  avant 
que  dé  les  leur  mettre  entre  les  mains  5.  fc  quoi  -qti’^PF^^^®:^ 
nrent  il  n’eût  plus  gueres  befoindé  viatjque^/  les-*dfrt*i^l’^^‘^^^^ 

nées  . dé  fon  pèlerinage  ,  il  ne  laifToit  pas  de  prendre  de  l’argca^ 
de  ceux  dont  ïi  çroy oit  ne  pouvoir  tirer 'autre  ckofe  »  &!  ee  ‘ 
étoit  plus  à  fildmef  >;par  df^s  â  feas?  ,ique  rjé 

les  oniettre  içy.  ' 


Seconde  PMe.  Châlp.  VI.  337 

Gfand-  difoit  haatenicnc^,  <3u.’«;2  Medecm  ne  puvoit  rieft 
■faire  avec  les  gens  de  Paris, ^sil-neies  trompait.  Cela  elttrop  vrai,, 
iaiais  il  ne  faloiç  pas  pour  cela' -le  dire  à -de  jeunes  Médecins  I 
gc  encore  moins  le  faire/ Ainfi  quol  qu  iî  fût- enfin  'parvenu  à 
uu  Pefte,^  où  il  n’éroit  pas  fort  konüête  de  •frendré  dé  f af- 
o-enc ,  il  ne  ^paroiiîôic  ,pas  content  quand  on  ne  lui  donnoic 
rien  du  tout..  On  dit  à  ce  fujet  entre  autres  particuiaritez , 
qu’une  manière  Ù’Âbbé  qui  dui  avoit  fait  écrire  une  grândé 
ordonnance  pour  un  petit  mal  qu’il  avoit ,  ne  lui  ayant  n en 
prefenté,  il  le  folvit  pas  à  pas  la  porte  ^  &  qué  ^  Ab^^ 

ïbé  lui  ayant  réitéré  ^our  la  ’derniere  fois  ^avec  une  grande  re-^ 
verencej&  en  pliant  refpedueufement  l’ordonnance  ,  quil  ne 
manqueroit  pas  de  l’obferyer  ponduellemênt  i  il  lui  fepondit 
d’un  ton  d’indignation  :  Fe/»  pauve^liMonjieur:^mf^^^  quil 

vom  plaira ,  le  papier  vaut  mieux  :qu€  du  Voilà  ce  que  peut 
d’avarice ,  &  ce  qu’on  appelle  ramoür  d’intêreft.  Cet  amour 
Géant  veut  trouver  fon  compte  par  tout  :  car  comme  les  autres 
amours  font  des  enfans  en  comparaifon  de  celui-là ,  &  qu’ils 
ne  penfent  jamais  qu’à  rire  ,  ils  n’ auroient  fait  que  rire  en  leur 
cœur  dans  une  occafîon  où  celui-là  n’entendoit  pas  ràiMerie/ 

Le  Politique  palToit  pour  liberal  &  pour  charitable  par  Tes 
aumônes,  mais  il  ne  laifloit  pas  de  paroître  fort  intecefle  dans^ 
l’exercice  de  la  Médecine  .-  car  outre  qu’il  ne  retournoit  gue- 
res  le  loir  où  on  ne  l’avoit  pas  payé  te  matin  ,  comme  nous 
layons  hiarqué  cy-déirus,  il  gagnoit  lârgënt  fi  cavalièrement , 
qu’entrer , prendre  &  foftir  de  la  chambre  du  malade  n’avôiént, 
pour  ainfi  dire,  qu’un  tems -,  à  moins  qu’on  n\ilat  dé  delay 
pour  le  payement.  Sur  quoy^  on  raconte ,  que  quittant  un 
jour  la  chambre  de  certain  malade  de  qualité ,  fans  avoir  tou- 
de  la  confulcation.,  il  rencontra  fort  à  propos  dans 
1  antichambre  des  perlbnnes  qui  T  arrêtèrent  pour  lui  deman¬ 
der  des  nouvelles  de  ce  malade  f.&:  que  comme  il  les  entrete- 
noit  de  fa  maladie' fort  éloqiiemment ,  un  Valet-de- chambre 
^i  apntcouijé  un^ccu  d’or  dans  la  main  ,  fl  treheha  net  le; 
ducours  qu’il  avoit  commencé  ^  ê::  dont  ils  attehdoient  fort  ' 
la  conelufion",  prenant  en  même. temps  l’efTorc  ^ 
^  difparoidant  plûtoft  qu’on  n’y  eût  pefffé:  tant  il  étoitpreàe 
d  aller  où  un  autre  écu  d’or  l’attcndoit.^  . 

Le  Petit-homtne  pe^Teroiepas  aiPez  marqué  au  coin  de  ï’a- 
J  quand  on,  diroit  que,  c’etaie  Àvqxitu- Pelagtis'.  Eh  effet 
'  ^  '  Vu 


Effkis  dc:  Jideiecine:^ 

ne  i’a-t-on  pas  vu  rendre  fouvent  fa  honte  publique  plûtoft  aoe- 
de  la  couvrir  avec  quelque  petite  dépenfeï-&.rcdcmander  pucri-- 
lement.  f argent  qu’il  avoit.  donné  pour  ètouffer  de  mauvaifes' 
affaires. ,  quand  ilorage  écoit  paffé  ,  les  fàifant  revivre  par  ce 
procédé: racfquin..  C^ant  aux  rétributions  qu’il  efperoit  de  la 
Medéeinev  s’il  voyoit  qu’on  ne.  le  payât  pas  >  ou  s’iL  avoit  re- 
fufé  l’argent. par  des,  vues . doublement  intçrcffces.,,il  parloit?. 
ou  fâifoit  parler  d’acheter  ce  qu’il  fçavoit  à  fa  bienreance  danss 
la  maifon ,  &  feifoit  tant  par  fes . artifices ,  .que:  la  chofe.  lui tom - 
boit  enfin. entre  les  mains.  Quelque  fomme  d’argent  qu’il  eût 
par  devers  lui ,  ü  faifôit  toujours. binipecunieüX  }  .&  ne  parlôit 
que  de  ^ingratitude;  de  certains  malades,  pendant  qu’il  faifoié 
fdnner.  haut  d  ’ùn  autre  côté  les  liberaîitcz  dc:ceux  dont  ilavoit: 

.  reçu  quelque  prefent ,  comme.-  une  leçon  aux  ingrats.  Enfin  ili 
fit  voir  julqu’à  la.  fin  de  .  fa  vie  tant  de  paffièn  pour  l*argent 
qifau  iieui  de  faire  retraite  à  propos ,  comme  on  le  lui  confcil* 
.loit en  un  temseu-on  avoir  perdu  la:  creance  qu’on  avoit  eue 
de  -fa  fufiîfanfe  dans  une  Clour  ,  if  aima  mieux  y  demeurer  par  ; 
un  efpritrd’àvaricç ,  que  de  s’épargner  mille  chagrins  ,  ,&  par- 
ticulieremept  celüi  de  fe.  voiriun  Gôadjutéur  qui  marquok 
caducité  ^  ou  fon  peu  de  conduite.  Puis-done  que  l’avarice  clfi 
*symfhsr.:fam>  une  maiiicre  de  fié vre  étique  ,  ^  qu’ùn  avare  n  éft  jamais  boii; 

âirien  j  qu’iE  {émblecondamné  commeun «miférable  à  masiérr 
lo,  '  les  métaux  J  qu’îl  eft  ;  certain  que  toutes les  vernis  le  perdentr 

N  .fl  captatio.  lucri  dâns  i’â  varice.,,  comme  les  flèuvfô  dans  fâ.  rosE’- ,  :  enfia^qp^ 

LpUbèT:Dÿ1Sl,  i*^vare  cft  fon  propre  boureau-&  un  Idélâtrcï  ’ 

Ap‘id  subôf(in>^^  Pem^pâ  fùrdidius  nd  ejl^ymh  fi^us  avma^^ 

’sitA  jjumaaA^  .  NU  amat  aiiud  qmm 

Procter  quÆ  fdet  qmne  fc élus  fatrare  i  B eumqu^ 

"  NuUum  iiimà  frAter  nummum  v4pinm  uàorat.' . 

Puis ,  dïs-jc  ,  que  l’avare  cft  un  fi: vilain  perfonnage,  concluôns'' 

que- lés  •Medécins  doivent  être  exemptS-d’avarice  v .6^ 
qu’il  leur  eft  :  fort  mefleant  de  tourner  en  des  èqiiivoques  ri¬ 
dicules  ,  comme  ils- font  entre  eux  l’  Aphoîifme  de  leur  Maî^ 
ttc  \  /ÿi  fimes  labbmnd^  -ntm  eJti  M  f^^  tant  d  autres  turlupr*^ 
nadé^de  cette  fabrique,  dbne  nous  pourrons  parler  autre  part 
^  blefiént  la  charité  ,  .ô£  Tentent  lé  Médecin  de  quart  d’^écu.'C^^ 

quoi-qu’it  fëit  permis  de- vivre  de  la  ProfeâSôn  ,  lé  Médecin  i 
ne:  doit  paroître.  ni  difficile  au  payement ,  pi  négligeât  >  q^^^ 


Seconde  partie.  Ckap.  VI.  339 

’flüc  lc  malade  manque  à  fon  devoir.  Ceux  3  »  dit  l’Hipocra- 
Romain  ,  ne  fenfent  ^um  gain^  ne  fine  pur  ïoràintiire 
.^ueres  foigneux  de  kurs  malades  ^  &  font  en  cela  une  fort  vilai¬ 
ne  a^on.  Mais  voicy  une:  efpece  d’avarice  bien  plus  étrange 
Æue  toutes  les  autres  6c  une  b  véritable  cruauté  d* allonger  ' pr 
malice  ou  far  négligente  ,  les  maladies  quon  put  terminer  en 
"peu  de  tems  ,  é' fe  faire- par  un  fordide  interefi  une  maniéré  de 
£erme  d'm  pauvre  malade.  En  effet  ce  n’eft  pas  de  cette  manie- 
j-c  qu  en  ont  ufé  tant  d’honnêtes  Médecins ,  dont  quelques-uns 
fefont  acquis  par  leur  generofite  le  glorieux  nom  d’  Anargire, 
4es  autres  fe  font  déclarez  dans  leurs  Ecrits ennemis  de  tout 
ce  qui  fent  ravaficc.  Au  moins  que  ceux  qui  ont  befoin  de  ri- 
vre,  comme  on  dit  de  T  AuteU  en  ferrant  T  Autel,  fc  fou  vien¬ 
nent  de  cette  belle  fentencc  de  Seneque  ,  où  leur  devoir  eft 
écrit  d’une  manière  qui  ne  fait  aucun  ^ort  à  leur  fubfiffance. 
Medicis  gravis  annus  in  qüaflu  efi fed  qualem  non  expetit  ipfe  non 
defderet.  Jn  qmbùfdam  civitatibus  impium  votum  fcelerk  vicem  te¬ 
nuité  at  fi  res  ita  contingàwqmdni  fiibi  fuifrne  conjuluerit  Medicus  ^ 
'Q^nd  la  pauvreté  même  les  prederoit  de  fort  prés  ,  qu’il  faf- 
fcnt  quelque  petite  reflexion  fur  ce  confeil  qu’un -Médecin  c  at*- 
stribuë  au  grand  Hipocrate.  Il  efi  plus  avantageux  d'êtrepuvre  i 
que  d'étre  inquiet  avec  des  riche  fies.  On  nefem  guerts  les  incommo- 
dite^  de  la  pauvreté^  quand  on  fiait  fe  contenter  de  ce  quon  a.  lEn 
itoutcasil  ne  faut  pas  foùhaiter  ce  quon  ne  peut  obtenir ,  fi  on  veut  fe 
pofieder  en  quelque  manière  ér  ne  pas  vivre  en  efclave  ;  ou  tout  au 
plus  i  il  ne  faut  fouhaiter  que  ce  qu  on  peut  facilement  obtenir.  En 
quelque  état,  dis-je,  que  fe  trouve  réduit  un  Médecin ,  quel^ 
le  honte  de  ne  vouloir  rien  faire  que  pour  de  l’argent ,  ôede 
dire  comme  celuy-éy  ?  Aperi  buifam , .  ^  aperiam  buccam^ 

Aurea  Caufidicus  loquitur  fufieffus  ab  aura 
Bulgam  ctaude  tuam  ,  claudit  é"  bic  labium. 

Ilurinra  diviiihm  Medieus  y  fed  feribit  egem 
Fro  nihilo  iffelixt  accip  nil  é"  tebi. 

fetvmtït,  amplcxantiir  pr-çcepra  <juæ  fcdulitatem  non  exi^nt ,  ita  ncc 
®  icclcrc  fc  ipfes  vindicant. '€«//.  /.  8. 8. 

V  cft  Medicas  ços  morbos  qui  poffunt  Rancis  diebus  vcl  horis  repelli ,  io 

■iongam  protrahcrc  tempus  ,  &  segr-os  tanquam  in  teditus  habcie.P/i». 

^  Timorc  cum  divitiis  paupertas  fccura  cligibilior  «ft.  Vitabit  quippc  indigentia  qui  co 
^od.  modicum  eft  ,  contentas  crit.  0111  liber  omnino  vuk  efle ,  quod  nequie  habcrc 
Qui  itidem  quod  optât  -vult  pollîdere .  cupiat  quod  facile  nancifei  poteft- 
TrtomptdiI  Fmanh.  triimfo  dcM0pameâ.Cafito}  4. 

V  U  ij 


TUn.  Vuleria,'!.^^ 
Terttf&ian  ^a^m. 


tib.  6,  de  Bênsfc. 
eap,  ti. 


5*-  eshitiod.  6f, 


34Q 


Efftiis  ie  Medkîm. 


C  H  A  P  I  T  R.  E  V  I  L 
Bé  l’Envk  dès.  Médecins,. 


itnPM.  Carhr 
p.fgus  h  de  ini'mi 
^.coypsris..  r/rnhis. 


%  "^peres  mUi  me- 
s^ûrabiL  dettP. 

Mieflexhns'Ih  Jfef'L. 
J).  D.  / 

:B.althafar  Gratim. 
^lh..Qot=tK.. 


ffl,  10%  S  > 

'Satis  eft  invido  m- 
Tidia  fua.. 


MPadiref:-  Tf'ene- 


VO  I  e  I;  le  pechê  mignon  des  Médecins ,  leur  Dalila  , 
ce  fpible  dont  les  plus  forts  iieîe  peuyem  deffendre;  L’en^ 
vie  ,..dit  uii:  feavanx  Médecin ,  eft  larfiévré  inalîgne  & 
tieUe  de.  re(prit:5..d'’^utanti  pluiS'dangereufe'  qùe  ie:tnalade.  né  k. 
fenc  pas.  .Qii  pent  faire  quelque  cbofe  de  l’avarice' /.paii^üé 
celle  divtémsieft  permifej.riiais'  on  ne  peut  rien  faire  de  l  en-. 
vie.  Qfoop  Ipipare  tant,  qu’oia  vondra-  des^  habits  &  des'cpuleüfs.. 
de  :  l’émulation  ,  iellé  , ne  jfera  tout  au-plus  que  comme èés  ad^és-. 
dontvles  fouïUeSÿCont.  verdoyantes  r.  mais>  dont  le*'cœur  éft'toürr 
corrompu  :  appÂrenz^pi,  frendof^^  âi  Âéntro  ta-’- 

dit,  un  bel  efprit,'  r/?  é;^wf.plus  muomilimUt  que. 

Ip  efl^inême  pire,  que  la  mort.  ,  puift|Uer  feëükmé: 

■  ^..voilà pourquoy, ;  ^ ^  ';h;:'7  V  ' 

^  lîîméid.Suuli  'mn  inmvere:  Tfrmm  .  ■ .  ' 

Mé^^m  ■  i 

T^uffi  r.^uteut  dé  ees;  yersme:naanqU^t^ft  pas  de  la;me£tfrealaà 

tété. de  tousvfevicesi;^ ^  '  '7,-  -  '  ;  7"  •  ■'■77  ' 

'.  ^I^idm-^rimcùndm^’fdners  y^Wüfîk’  a  b  a-’ 

C’efopour  ainfi  dire  la  bête  de  Matreasïqul  fo  dévoré^  efle^Piê^ 
me  5  c’ eft,  aftez.. d’elle. 7)  difentiés  -  Arabes  s  pour  être  (on  pro'’' 

pre  bourreaiî.  .Zoifo-  oft  tGÛ|o.urs  le  plus.iH'fame  perfonnagé'dé. 
la  Gbmedie  ,  il .  s’en,..pr.erKb.atiié'foam^  m'êmési  des "^Homnies  11- 
lüftres.  G’pft  pour-  cela  que  Galien  qui  le  peinb  àcharné-^f7 
celle:  d’Homere  >  dit  qu  il  »  éjl.  fèmbiM  iuy.-méme.  ÿ:^ 
ny  a  rien  de  fi  .  lâche  i  qàoy:;qu  U  fie  lè  SpUmonée:  ^  le  facril^^^’  - 
C’eft  donc  une  grande  douleur  à  la-  Medécine  de  voir  qu^-. 

l’envie,  goüEinande-  teirememfés  enfansiv-qufolle  donneinTatiÊ^ 

re  au  Proverbe  :  inyufifim  Mediça.  Gè  qim  l’oblige-  à  s’es  plaindre' 

ameremenc,  dans  les  lamentatTons  qu’clle-faic  chez  un  bon  Au- 
teur,c*eft  qu’elle  voit  dela-concorde  dans  tout:es''les. autres  Profe^ 

fions ,  SC  rîen;quetœé£,aîelligence  chez  elle,.  h;es  gens  du  Palaiyr 
dit-on  J 'S’accordent  a  manger  les,  pauvres  Parties  ,.,mais  les  S^dér 


Seconde  Partie,  Ch.3iŸ>  YII.  54?; 

cHîS s’entremangcnt  eux-mêmes.  Leur  hainceft  cette  tache  d’hui- 
le,&  cette  teinture  qui  ne  s’en  va  qu’avec rétofFe,  X^»^Z)^^^/^^ 
ijPviâU  Medica..  Je.ne  recherche-point  icy  fi  la  .paffion  de  domi¬ 
ner  naturel  le  à  l’homme  ,-eft  pkis  furieufe  dans  les  Médecins  que 
dans  les  autres.  Profeffions étant  d’un  temperamment  chagrin  y. 
inelançholiq.ue  r&qui  ne  peut  fouffrir  de  compagnon  vou  fice- 
ia  leur  arrive  ,  parce  qu’ils  croyent  fe  dédômniager  en  quelque 
maniéré  auprès  des  malades;  du  peu  de  conüderation  qu’on  a» 
pour  eux,,  quand  on  n’eiî  a  plus  befoin  :  car  quoi- qu’il  en  foie  > 
il  eft  aiîuré;  que  ce  que  les.  Italiens  appelent  Cmra  di  Medico  y- 
la  pâleur 3  ia  maigreur,  la  taeitiirnité  ,  L’air  refrogné  &  chagrin 
font-, des- traits  bien  approehans  de  ccux  de  l’envie, 

|o i fonnh  dont  il  ne  caul e  que:  des  cmtr^idi^iom  de.,  l'ergueil:  >  des, 
ù)mnies..T:des  -imures  5..  de,  ces  eoùps  fourreZ- ,  &  de  ces  affronts; ré¬ 
ciproques.. bien  plus  effedifs  que  ceuxa^ue  Tertuliien  s’eftavi-- 
fé  d’ appeler  à  fa  maniéré,  hardie,  &  Affricaiue;,  Cmtumelmm 

,  '  .  .^n  affront  fi  cruel 

/  À  Phomeur  de‘ tous,  deux  il. qforte  un:  coup  mortel.  - 

Æuffi  le.  bon  cœur;  du  bd la  homme  Hipocratc  faigne-t-il  pi¬ 
toyablement  decc  défordre:  Penme  ^  .dk-iï  y  des  Medeems  efila^’ 
ffus  grande  des  Uçhete^  ,  défi  elle  qui  les.  sparte  kimprouver  fmi' 
raifon  ce  qu'un.  autJte  a  ordonné-  au  pauvre  malade. J  Ih.  fe  plai nt  mê-  ■ 
me  des  EeholleS'&;des-  ProfeAeurs  del £bn  :  tempsv,  qui  loin  de;: 
convenir  doucement  des;  chofes ,  Ù  ne  rien  Laire  que  par  une' 
honnête  émulation  j  paroiffent  poffedés:  de  l’envie  comme  d’une 
furie.  Galien  met  .encore  ce  vice  comme  av:oit  fait -Horace  a-- 
vanc  luy  devant  tous;  les  autres ,.  nous  xeprefentant  rés.  ^jaloulles 
des  Médecins  :  dqifon  Eemps  y  comme:  quelque:  chofe;  dè  terrible: 
pour  lés  liiités;.*  Pline  ne  parle  de.'Lheffàle  que  eommedu  plus: 
déchaîne  des  mvieuX;,^^  ôçde  - autres  Médecins  "de  fou 
temps,,  que  commVde  gens  incommodes  chezdes malades:- Cæ- 
has  Aurel,  nous  parle,  d’un;  certain  Afclepiadé  .qui  défaprou- 
''^oit  tout:  ce  quon  avoit.propoféavanr.Iuy ,  ôc  propofëit  coutee- 
Aa  un  autre  n’a^roiE  .  paSi  encore  propufé;. .  Le -Conciliateur"  ne 
pas  rnoins  ddn  Médecin  ,  qu’un  véritable:  ^  l'envie  r 

^^idra- P  élagué.  Cardan  n  e  fe  contente  pas  ■  de  pei  nd  re  :  ceux  dè 
^  temps  ,  comme; des- avares ,  des  fourbeSj'^dès  diffimidés-^ 

vie,  comme  le  véritable,  caraétere.  du  MedecimSea^ 
s’.accord:6.  au  moins  en  cela,  avec  Cardan les  traittans  de; 

^viq. 


y-  Ovid,  Uetm 
mrph.  lib.  X, 

Gdî  de  frAcegnit, 
tfd  Efigm.tn, 


*  'Ceüjug^hdehi^- 


Lib.' de  ViB‘,  '  mtr»'- 
ne  in  acut.  ^  libi/ 
de-pruef  tienilH.  ■ 


Bé'fŸAden:  ad  lfi-  - 
genenti 

'Hinc  rniferæ  a-  ■ 
pud  ægços  concer-  ' 
fatis.nes  nullo  idem-.; 
ccnfcntc  ne  vrdea- 
,  t6r  accefîio  ake--- 
riüs. 


34^  Mtàmne. 

medifans ,  de  cyniques  ,  de  vautours ,  d’avares ,  d’ignorans  de 
jaloux  &  d  envieux  :  car  . ceft  paree  dernier  trait  qu’il  croi^e 
avoir  fini  le  portrait,  Guevare  chez  les  Efpagnols  fe  plait^ 
-dans  la  lettre  qu’il  addrelTe  au  Médecin  Melgar  de  lenvie  dç 
ecux  de  fon  teiups.,  comme  du  capital  de  leurs  défauts.  Il 
pas  jufques  à  Bouchet  qui  ne  demande  dans  £eS  fades  Serées 
Q'kp'enànom-nous  des  prfames  àe  même  Vacation  qui  s  accordem 
moim  enmdks},  Lc^  eclebres  Médecins  Hieronymus  Montuus& 
Rodericà'Cartro  ,  tombent  encore  d’adeord  que  renvie  efteom- 
mc  naturelie  aux  gens  de  leur  Profeflîon,  Mais  outre  que  cc 
vi]ain[vicea  chairé  Galien  de  Rome&deritalie,&  qu’iiamêaïc 
fak  mourir  Saint  Pantalcon  calomnié  par  les  Médecins  de  foa 
temps,,  auprès  de  r£mpereur  Maximien  ,  pour  ne  point  aile- 
guer  icy  tant  d’autres  exemples  de  paréilics  inhumanitez  j  n’a- 
^ons  noüs  pas  dés  les  premiers  fieelesPenvie  d’Apollon  j  qui  tua 
/Linus  Médecin  &  Poète ,  meti  de  jaioufic  &  de  cruauté  î  ce  qui 
donna  occafion  au  célébré  Êmmeco  ^  ou  Vaudeville  des  Egy¬ 
ptiens  au  des  Latins  qui  en  ont  confervé  la  mémo  c. 
JM’avpns  nous  pas  éu  enfuite  l’envie  des  Grecs  contre  les  La¬ 
tins  ,  celle  même  qui  regnok  entre  les  Grecs ,  celle  des  Latins 
contre  les  Latins  t&contrc  les  Grecs  >  N’en  cft-il  pasde  même 
des  Allcmans ,  italiens^,  Anglois,  &de  toutes  les  autres  Nations 
qui  fe  font  fait  la  guerre  dans  leurs  écrits  i  Les  Arabes  ne  fc 
font-ils  pas  pour  ainfidire  traités  de  Turcà  Maure,  après  avoir 
fait  la  guerre  aux  Grecs  dans  leurs  Ouvrages,  Arnaud  de  Vil¬ 
leneuve  &fes  contemporains  ontTils  pu  fe  foufFrir  ^  Les  palc- 
niftes  ont-ils  fouffert  les  Cbimiftes ,  &;  ceux-cy  lés  Galeniftes  ? 
Si  nous  approchons  de  notre  îîeclc  ,  &que  nous  delcendions 
aux  particuliers, nous  verrons  Cardan  oppofé à Scallger,  Car- 
pus  à  Mundinus ,  Vezalà  Silvius,  Joubert  à  Rondelet ,  Fernd 
à  FlefeËcs,  Riolan  àPequct ,  &  ainfi  de  tant  d’autres.  Enfin  les 
Médecins  de  Paris ,  n’ont-ils  pas  déclaré  la  guerre  à  tous  les 
autres  fans  fçavoir  pourquoy  ?  Tous  font  fur  le  wî'epour  u® 

rien  V  &  s’entredifent  mille  pauvretez  dont  l’envié -eft  la  fed® 
caufe  4  ou  au  moins  la  principale  de  celles  qui  les  font  agir* 
N’avons-nous  pas  veu  que  les  Médecins  du  temps  du  bon  hnrn- 
me  Tichobrahé  ,  ne  fc  contentèrent  pas  de  le  diffamer  5 
qu’ils  s’en  prirent  encore  à  fon  curieux  laboratoire  d’ÜraniP 

Bourg,  qu^ils  renverferent  de  fond  en  comble i 
Ou  remarque  meme  tous  les  jours  dans  ce  qu’on  a|pdc  ^ 


Seconà  Tmie,  Chap.  VII.  f 

Pratique  de  la  Medecine  ,  qu’il  n  y  a  rien  de  fi  inquiet  qu’un 
Mcdâ:in  quia  foii  plein,  ny  défi  envieux  qu’un  qui  ne  i*apàs. 

Cclui-cy  v^udroic  que  tous  les  autres  fuflent  au  moins  fur  k 
grabat  pour  fe  voir  en  pieds.  Les  jeunes  fur  tout  brûlcnt  d  en¬ 
vie  d’oecuper  le  pofte  des  vieux,  fans,  examiner  s^ls  le  peuvent 
dio-nement  remplir. j  ils  f^  pouffent  toujours^  bon  compte  à  la 
feveut  de  leurs  hâbleries',  de  la  complaifance  ô£  de  la  calomnie 
qui  leur  donr^nt  entrée  chez:  les  gens  crédules.  Pline  le  jeunei 
priant  des  jeunes  de  fon  temps,  nous  lesd-écrit  ff  infolens ,  qu’il 
toble  que  Galien  en  ait  emprunté  cette,  defeription.  Ils  ofent  Mèthod.  caf  7  é* 
tout,  dit-il,  ^  në  fë  flaifent  a  contredire  c^e  furet  quils 
uejf  le  moyen  d' acquérir  de  la  réfutation  e  ejj:  fmr  cela  quon  ne  cttf.  il.  ^ 

sy  doit  fier  ^ue  de.  bmne-  maniéré.  Cefifii  tanquam  difcifulus  àudes 
4»/?/»  C’eff  ainfi  que  ^envk  monfl:reinfa-- 

tiable5  né  avec  leS'Seélcs  &  qui  ne  vit  que  de- les  entraillés  *  a 
Élit  dans  là  Medecine  ce  quo  le-Satyrique  remarque  des  habb 
tans  de  Cfotone  i  oii  on  ne  voyait  que  dès  corbeaux  qui  déchi-" 
roient  you  des. corbeaux  déchirés  ï  aut-  cami  qui  lacérant  ,  aut  qui  petron.  ia  sàtmc^ 

,  .défm'droqui  me  fait  fouvenir  de  co  chef  dé  parti,, 
quo-chaque  foldat  K;omain  vouloit  avoir,  l’honneur:  d’onlevér ■ 
dans  une  mêlée  ,  &  qui  pour  avoir  été  trop  ambitionné  d ’un  QïïPP*:  «îuïn  ard 
^acun  ,  ne  demeura  à  perfonne  en  pa-'i^k^-dkr  ,  ayant  été 
ré  de  tous,.  Voila  l’îdée: de da-.  Medecine.  Pratique  ,  loin  de  la  tendit  inîer  rixan- 
p>ircder  en  commun  ,  &  d’en  tirer  douGeœentd’àvatitàge  qU*on  pïaed^ 

en  peutpréténdre  railbnuabrèmentjchacun  la  déchlrca  forcede 
la  vouloir  tirer  toute^  foy...Voila  comme  on  ne  peut  pas  même 
fe  refoudre  quelqucsè)is  à  voir-  mourir  ou  guérir,  le  malade  en 
patience ,  quandiquelque  Médecin  plus-lage  que  les  autres  fait 
balte  aux ■remedes  ,  ..&:  juge  a  propos  d’attendte  quelque  ehofe 
^^^s^nsitmei-TharmacaPharmatiscumulàté'VtMa.covamtYctir" 
v^eux  ;  aime  mieux  n  e  rien  faire  qui  vaille  ,  que  de  paroître 
ptoins  fecourablc  6c  moiîis  empreiré  que  Ion  Gollêgue.  On  va  . 

Mques  à  px-omeître  là  cure  des  maladies  incurables ,  pour  s’in- 
«nuer  par  cette  adreffé  STprendre  enfuitè  la  place  dkn  autre. 

^ envie  en  mené  mêmes  queîques-uns  fiîom,  que  de  dire  tant. 

fout  impudens,  qu’ils  trouveront  toujours  lé  moÿên  de  con- 
^«dire  ceux  qui  n’âuronc  pas  le  don  dé  îéuf  plaire.  C’en  de- 
maniéré  ^pour  venir  à  nosinduélions  ,  que  le  Petit -homme 
,  toujours  preft  ^^contredire  &  a  calomnier  fës  Confrères. . 

^1  voyoic  qu’un  remede  ^yoit  mal  réûM  j-le  Médecin  ordinaire- 


344  Ejjais  de  Mededne 

ai  entendre  parler,  ou  i’Apotiquaire  n’avoient  pas  penféip^ 
quinoxe ,  au  S  Aftice ,  à  une  Conftellation ,  à  certain  quartier  d” 
la  Lune, il  avoir  toûj ours  de  quoy  charger  quelqu’un  de  Tey/ 
netnent  s’il  étoic  mauvais.  Il  .embrafidic  tour,  il  était  par  tour 
êc  ne  , difoir  jamais  de  bien  d’aucun  Médecin. s’d  n’étoit  établi 
à  ^b.  ou  6o.  lieues,  de  luy.  '  -  ' 

Pour,  le  d^oiitique  ôc  le  Grand ,  comme  ils  avoient  leur  plein 

ils  étoien't  à  proprenient  |)arler  p^^^^  inquiets  qu’envieux  ,  üs.fe 
voyoient  Suivis  H  adorés  de  prefques  tous  les.:  autres.  Médecins, 
ppoirit  (Poppolans  y s’il  de  çrouvoit  quelqu-dn > aii^ 
pour  les  contredire  l’un  ne  luy  répondok  que  par  un  ibus-rirc 
méprifant  j&  r  autre  luy  impodoit  filence  par  des  parales  rudes, 

par  Lia  air  dedoimnation.  Ainfi  point  de  jaloufîe,,poiEt(i’en-^ 
'vie  étans  les  maîtres  par  tout. , Le  î^eptunej^oit  une  autre  ma-' 
niere  d’envieux  ,  car  comme  11  m’était  pas  fi  eâcLé  vmi  ii  replié 
iCn  luy-même  que-  le  Petit-homme -,11  avoit  des  farllies  , d’en¬ 
vie  affaifonnées  d’un  fel ,  qui  pour  n’etre  pas  Attique ,  rielailfoii 
pas  d’être  du  goût  .de  quelques-uns  i  mais  qui  ne  lailloir  pas 
auffi  de  le , jmener  qLielquesÆis  à  des  violcnaes  indignes  d’un 
honnête  Médecin.  Etm  ce  propos  ,  je croÿl  qu’on  :\mudrâ bien 
que  je  f aide  voir  icy  ,  pour  divertir  un  peu  le  Leâ:éur  ,  quelques 
traits  de  cette  paffion  d’envie  qui  le  polledoit  di  abfolurnenr  H 
ne  pouyok  fouffrir  quele  premier  Médecin  d’un  grand,  prince, 
qui  n’étoit  pas  à  la  vérité;  en  des  premiers  Medeclhs;- de  fon  fié- 
cle,,  mais  au  refte. bonhomme  ,  occupât  un  pofte,qtsfil  avaklaf 
même  occupé  quelque  temps  avant ,.  &  qu’il  n’avo'it  perdu  quc 
’par  fonlmprudence.  Il  avoit  déjà  piufieurs  fois  Brufqué  ce  bon¬ 
homme  ,  quand  la  converfation  les  ayant  nm  certain  jour  en 
prefenGe  du  Prince  fur  :lcs  ,co<k,ioiis  r  ils  tombèrent,  enfin  fur  ce 
qu’on  appelé  dans  la.  Médecine  ,7^  vMe  ou  défmt 
Le_bonhomm€  qui  ne  fçavoit  pas  trop  bien  la  chicanede  l  E" 
cole  vcrût  dans  l’embarrasoü  il  fe  trouva,  que  le  plus  Gourtefo|^ 
de  répandre  d’un  air  qui  marquât  que  la  matière  ne  veuP}^ 
.gueres  à  propos  pendant  le  repas„  Mais  le  Neptune  qtii  n’étoïc 
pas  accoutunaé  adilfimuler  fe  yoyanttraitté  d’un  air  de  mépris» 
le  prit  fur  un  ton  fihaut ,  que  fans  penfer  où  il  étoit  ,illuy 
te  au  même  temps  ce  coup  de  Trident  dont  il  l’étàurdit. 
chè'vdy  brutal  ije  te  méprifs,  va  ]e  U  méprife.  Ainfi  le  bon  Pri^® 
qui  faifoit  quelquefois  ce;.contevnenténdQit  jamais;  parler 
çfets  de  1  envie  des  Médecins;,:  qu’iliaç.jfe  fou  vint  du  vice  d«l^ 

troifiéflsc 


Seconde  Partie,  Chap.  VIÏ. 

Tîoifîémc  coction.  Au  refte  comme  il  arrivoit  fouvetrt  des  af- 
iFaires  de  cette  nature  à  nôtre  Neptune ,  voicy  la  plus  forte  &  la 
plus  honceufe  que  f  envie  luy  ait  jamais  faite.  Il  nepouvoit  fouf- 
Irir  aucun  Médecin  fur  fcs  T  erres ,  ôc  encore  moins  fur  ces  EauXr 
dont  U  ie  difoit  le^  Sur-intendant.  . - 

Non  illi  imperium  PeUgi  f^vum^pie  triâentem^ 

Sed  mihi  forre  datum. 

Mais  de  tous  ceux  dont  la  prefence  luy  déplaifoit,il  ny  en 
âvoit  aucun  qui  le  cliagrinâc  plus  cfFcctivement  qu*Ltn  vieux 
Médecin  de  Bourges ,  honnête  ,mod^c,compofé,  fçâvantj& 
d’an  flegme  aie  defelperer ,  luy  qui  vouloir  toujours  quereller. 
Le"  mal  venoit  de  ce  que  ce  Médecin  luy  gâtoit  fes  eaux  ,  ne 
les  eftimant  que  leur  prix  >  &  ne  les  ordonnant  que  dans  le  be- 
foin.  Ce  qu’ilyavoit  encore  de  fâcheux, eft que  le  bonhom¬ 
me  fe  trou  voit  Ibuvcnt  dans  fon  chemin  qu’ils  étoient  pref- 
quesàtous  momens  en  concurrence.  Le  ^os  ^0  ?  cette  auto¬ 
rité  du  Trident ,  étoit  trop  manifeftèment  méprifée  par  les  ma¬ 
niérés  indépendances  ,  défîntereflees  &  unies  du  bon  homme. 
Il  faloit  donc  exciter  quelque  orage  ,  qui  eflfaiât  cet  adver- 
faire  ,  qui  le  fit  défcrter  &  qui  laiflat  le  Neptune  rendre'  fes 
Oracles  en  liberté  &  fans  compagnon.  Ils  avoient  tous  deux 
leurs  partifans  fur  le  lieu  ;  car  prefques  tous  ceux  qui  venoient 
des  cxtrémitez  du  R.oyaume&  des  pais  étrangers  aux  remedes 
de  la  Pifcine,  après  avoir  pris  l’avis  du  Neptune  ,  prenoient  en¬ 
core  ceiuy  du  bon  homme ,  ôcchacun  enfiiite  félon  fbn  inclina¬ 
tion  ,  6c  fa  prévention  prenoit  parti  pour  l*un  ou  pour  l’autre. 
Voila  donc  la  Meàecine  des  eaux  réduite  en  parti ,  6c  Ion  y 
éemande  qui  vive  en  faveur  des  deux  Médecins  courtifans , 
comme  on  avoir  fait  à  Rome  au  fiecle  paffé  pour  les  deux  plus 
belle^ourti fanes  de  cette  Ville. 


^oi  che  mi  ricerc^e  cJoHo  ve 
^e  fcrivo’  alcuna  cofa  ,  non  vipof- 
fo  dire  accidente  pin  mirabile  d'u~ 
n  incontro  che  fi  fece  in  S.  Apofio- 
i^  fra  lor  due.  Le  traditore  fanno 
^  ^Sfer  tenute  le  pi»  belle  di  Romay 
ér  eiafeuna  ha  corne  fapttelafua 
f»tione  di  quelli  che  l'amano ,  che 
de  ammirano ,  ^  che  le  celebrana. 


Voicy  rHiftoire  de  celles- cy  pant  1,  de  le  ut* 
tirée  de  l’Original  d’AnnibaR^^''^/^^^^*'*’'^- 
Caro  ,  fur  laquelle  on  pourra 
faire  le  paralelle  ,  de  l’envie 
des  deuxMedecins,&deIa  ja- 
loufie  des  deux  Courtifannes. 

Comme  il  n’y  arien  de  fi  tiran- 
nique  que  la  beauté  ,  qu’on 
appelé  pour  cette  raifon  une 


Effets  ds  MfdectÈev 

jJcrndatme  ,  che  fm  fm  Loro ,  ve  efpece  de  Royauté  ^  S  Empire 

la  doMte  imsginare..  Entrarem  iLn  yarien  auffi  defi  dominant 
in  chkfa.d'î^n^  da  la  prima  for^  fur  les  malades  ,  que  la  crainte 
ta ,  l'altra  da  rulûma  i:& apun-^  de  ne  pas  guérir,  Res  eji  imperh^ 
ta  a  la  pila  de  Vacqua  benedetta  fa  timor.  Mais  il  y  eut  cette  di£^ 
s  affrontarom  infieme.  Subito  che  ferencc  entre  nos  Médecins-^ 
p  feoprirono  ,  fi  raffaz^onarono  y,  nos  Courcifanes  au  commen-- 
fi  riforbironby fibrandirom  ,  agu^  cernent  ^  que  les  Médecins  ne 
^arono  irt-  un  certo  modü  tutte  le  fe  connoifîoient  que  trop  ,  ^ 
lor  belle^^e  \  fi  fquadrarom  tutte .  les  belles  ne  fe  connoilfoient 
dal  capo  a  le piante.  Confiderate  que  de  réputation.  'Il  y  eut  en- 
^ei  medefimo  con  quali.  occhi  fi.  core  celle-cy  enfuite  ,  que  s’il 
guardarono ,  con  quali  eram  guar-  n*y  eût  que  des  coups  d’œil  & 
date  da.  una-  corona  ehauevam  de  tête  donnez  du  côté-  des> 
intorm  di  tanti.  ammiratori  \y..  é*  femmes,  ily  eut  bien  des  ceups- 
amanti  loPo..  Dopo  molti  affalti.»  de  poing.  &  de  dents  du,  eocé; 
che  fit  fecero  con  gli  occhi  li.unaa  des  kommeSi  Et  s’il  y  eut  quefr 
l'altra^figlififfaromultimamente  que  chofe  de  commun  entnî' 
addoffo  in  un  modo  i  che  ciafeuna  les  deux  fexes  ,v  ccil:_que  !és 
parea  che  dicejfe  ,  Renditi.:  P  en-  Hommes  avoient  même  envie; 
fate  quant e  fcintUle ,  quanti fi>lg&^  que  les  femmes  de  fe  défaire ?- 
ri  ,  quanti  dardi  corfero  allhora.  ou  de  faire  au  moins  quitter  lé 
per  quel  Carnpoyqmnfi  effettifpfi  terrain  ifon  concurrànt.-  Le: 
fera  ne  gli  animi  de  ppueri  am^  Neptune  ayant  donc  un  jour 
martelati  :  quanti:  hattimenti  di  trouvé  fom  rival  au:  logis  d’un: 
cuori  3  quanti  mutamenti  devifiÿ  Seigneur ,  où  quelques-uns  de 
quanti  atti  dimeramglia  (p  a  leurs  .amis  étoient  comme  eux 
la  fine  quante  difputefi  fieno  fiate.  pour  faire  leur  cour  ,  ,  chacun; 
di  parole.  Imaginatem  Gandolfp  ne  manqua  pas. de  s’in^elfet 
padrmo  da  una  parie  P  Aile-  félon,  le  parti  qu’il  a  vœtpû*' 

gretto  da  Paîtra  ^  confiderate  dansla  dirpute  quifurvinttrog- 

poiquella  chèfdPdjfetîionê  negW  facilément  fur  un  ^ic  Ûcs 
huomini,  che  ciafeuno  di  loro  gri-^  eaux ,  &  comm e  cette  di  fpntc; 
do.  Vittoria.y  ^  corfiè  il  Campa  per  s’écHaûfa  infenfiblcment  y 
la  fua  donna  fit  une  telle  impreffion  dans  l'cf" 

prit  de  nos  Médecins ,  qu’ils  1®’ 
trouvèrent  enfin  tout  difpoféz  a  vuider,  avec  d’autres,  armes  que 

des  paroles ,  la  querellé  que  lé  Neptune  avoit  cHercIiée,  ^ 
pafiér  comme  on  dit^V  de  'uerhis  ad  'verbera..  Mais  voyant  qu 
^  y  ^e^moyen  dans  une  maifon  de  refpeâii)  &  en 


fic&nàe  Partie ,  Chap;  ŸH.  34:7. 

fcncc  de  tant  d’honnêtes  gens  qui  s’y  feroient  oppofés  ils  en 
forcent  comme  de^concerw  &  dés  qu’ils  font  dans  la  rue  femar- 
teiienc  le  vîfage  d’une  grêle  de  coups  de  poings  qui  les  ren\rér- 
fe  fur  le  pavé.  Le  fang  fe  mêleà  la  boue  dont  Ils  font 
&4ic  un  {pectâcle  adez  rare  de  deux  têtes  grifes  ,  &  de  deüx 
fameux  Docteurs  en  cet- étar.  Cependant  les  amis  qui  étoient 
demeurés  dans  la  chambre  dû  Patron',  arrivent  au  bruit  qu’ils 
entendent  dans  la  rué ,  &;  les  féparent  enfin  4  quoy  qu’avec  tant 
de  peine  qu’il  parole  par  les  y ilaniés qu’ils  s’entredifent  que  leurs 
cœurs  font  encore  plus  ulcérés  que  leurs  vifages,  Cataftrophe 
certes  bien  differente  de  celle  de. la  querelle  des  deux  courci- 
fanes,ou  il  n’y  eut  ny  coups  ny  injures  quoi-que  l’aigreur  vint 
du  levain  de  l’envie  du  côté  des  femmes, comme  de  celuy  des 
hommes.  Que  s’il  y  eut  quelque  ehofe  de  commun  dans  la  fuite 
de  ces  deux  affaires  ,  ce  fut  que  la  rencontre  des  deux  Méde¬ 
cins  fervit  d’entretien  aux  Tenans  des  eaux ,  ainfi  qu’a  voit  fait 
fiecle  avant  celle  des  deux  Côürtifahs  à  lèurs  Paladins.  Mais 
‘iflinme  chacun  de  ceux-cy  avoient  quelque  raifon  de  donner 
fuivant  fon  inclination,  rhonneur  du  champ  de  Bataillé  à  quel¬ 
qu’une  de  ces  deux  belles ,  il  eft  pâreiliémént  ÿray  qu-ôhs’ar-  , 
corda  facilement  entre  les  beuvéufs  ôC  lésISaighéurs  dé  la  Pifei- 
ne  à  donner  le  Blâme  d’un  combat  6c  d’un  emportement  fi  fean- 
daleux  au  N  éptuné-  j  comme  à  l’agreffeur  6c  à  l’enyieux. 

Encoré'S’it  re  fut  trouve  quelqu’un  dés  Parali tiques  de  la 
Pifeine  qui  fefâ't  âu'ffi  bien  frotivé du' fpédaclc  . dés  deux  Me- 
cihs  aux  prifésy  que  fc  trouva  un  malade  prèfque  deféfpérëj 
lequel  ?étant  éveillé  d’un  aflbupiffement  dangereux  au  bruit 
de  deux- Médecins  qui  fe  battôient  au  pied  de  Ton  lit,  en  fut 
telléuientému  j  qu’une  évacuation  auffi  favorable  pour  luy  qu’à 
contretemps  pqurTon  heritier ,  le  tirad’afFaire ,  forçant  non  feu-  j 
lement  ce  collateral  à  rapporter  ce  qu’il  avoit  déjà  enlevé ,  mais  ' 
encore  le  réduifant  de  chagrin  dans  le  même  état  d’où  s’étoit 
tiré  celuy  qu’il  avoit  dépoüillé  par  avance.  En  voila  allez  ce 
me  femblé  pour  conclure  que  Tenvie  étant  lé  principe  de  ces 
divifions  qui  arrivent  entre  les  Médecins  ,;6C  ce  qui  dé  foie  fou- 
vent  les  malades ,  ils  font  obligez  à  éviter  un  fi  vilain  vite.  Car 
enfin  fi  nous  ne  fermons  les  yeux  aux  petites  profpérités  de  nos 
Collègues ,  l’envie  ce  collyre  qui  a  la  faculté  comme  a  dît  quel¬ 
qu’un  d’aiguifer  la  veuë  ,  nous  faifant  voir  les  prolperités  du 
prochain  plus  grandes  6c  plus  fouhaicâbles  qu’elles  né  font  en 

^  XTc'ij  ^ 


EJJàis  dé  Mededne, 

f^tcinume[ue^ecusgrandm  uber  habet. 

Cette  envie  ,dis-je  ,,ne  nous  laiflera 'jamais  en  repos ,  &:ne  noua 
donnera  des  defîrs  que  pour  occuper  la  place  d’autruy  ^  &  sop-' 
pofer  ainfi  aux,  ordres  de  la  providence^ 

Je  finis  donc  par  cette  belle,  leçon  d’un  Médecin ,  Payen  àla* 
vérité  J  mais  digne  d’un  Médecin  Chrétien.  LUnvie  efi  unvkt 
Sêribovim  Lxrgus  ([ui  doit  faire  horreur  a  tout  ce  quily  a  d’hommes  au  monde  >  & partie 
in..prAfxf.  peru,  culurement  aux  Médecins^  qui  fe  trouvant  obligez,  à  l'humanité  ' 
la  mifericorde  far  le  droit  de  leur  ProfeJJion ,  doivent  être  en  exécra¬ 
tion  aux  hommes  é‘  Vieux  j  quant  ce  vice  les  emf  êche  de  fra^ 
tiquer  ces  vertus^ 


C  H  A  P^r  T^E  VIIi;  : 
E)eh.vmitéfé^dHridîcdedes.Medemti. 

W 

CO  M.M  E  iPn^ÿ  a  rien  qui  enflé  fiordihaireménEque  là  Séien*'. 

ce  ,  &  qui  édifie  tant,  que  la  charité  ,  les  .Médecins  n’onr 
pas  tant  de  raifons-d^être  vains ,  qulls  ont  d’occafions-d^difier 
le  prochain::  car  outre  qpe  les  belles  lettres.ne  leur  peu  vent  en- 
flêf  le  courage  J  tant  ils  s’y  appliquent  ,  rarement  ,  la  Médecine- 
n’étant  que  charité  jjl  me  lémble  qu  ils  ne  devroient  pcnferqu'’a;i 
paroître  modeftes  dans  la’  converfation  des  pauvres  maiaaes:.! 
Cependant  à  les.  voir  fi  préfomptueux  ,  pn  .les  prendroit  pour  la- 
grenoüüied’Efope ,  tant  ils  ont  d’enflure  ,.011  pour  la  mouche-; 
qui  croyoit  avoir  obfcurci  l’airpar  la  pouflierc  que  le  char  pu: 
elle  étoit  aflife  avoir  exckée-j  quoi-que  la  plupart  n’ayept  pâs- 
encore  fecQüé  la.pouffiere  de  rÉ€ole  ;,.qui  les  rend  de  fort  vi- 
T.  Tertuh  lains' hommcs.  Tércullien  appelle  le  Philofophe  Pédant  ^  fama: 

negotiatorèm,^  Saint  Jérôme  animal  gloria.  'j  Xnzxs  cela  rien  ^- 
icw  en  comparaifôii  de  la  plupart  de  nos  Médecins,  ambulans  :  c^t; 
courant  commeils  font  en  vrais  mercadens  après  le  denier^;!^:’ 
ne  laifliént  pas  dé  paroitre  encore  plus  vains  xpielès  Philofoph'^-' 

dcrantiquitévqupî-qp’'qs  né  foienc  rien  moins  que  Philorophes...  ■ 

Ils  veulént  être  montrez,  . du  doigt  par.  tout  où  ils  paflent,  &  ié- 
plàifent  aux  acclamations  St  aux  applaudiflemcns  dés  ignoranSjo 
bien  que  tontes  lènrs  adions  &  tous  leurs  dïfcours  n’ayent  fieh=  ■ 
que  dé'fervile  &  de  mcprifable.  C’efl  ou  plaifir  devoir cesbeaux 
Meflieuts  diïputer  trok  ou  quatre  heures  fur  un  rienî  &exâr 


Seconde  Partie,  Chap*VIII.  549^ 

0ZTCÎ  eux-mêmes  leur  prétendue  capacité  devant  ceux  qui  ont 
le  loifir  de  les  écouter,  &  qui  feroicnt  mieux  de  leur  dire. 
Omnibus  in  morhis  effers  te  Didim.e  nobû 
Hipocratem  ynes  te  malumus  Harf  ocratem^  ^ 

'  Ils  ne  parlent  que  des  cures  miraculeufes  qu’ils  ont  faites  , 
fc  hafard^ny  la  nature,  fi  on  les  en  croit, ny  ont  nulle  part  ,’  ik 
ne  permettent  pas  même  àpieu  d’y  en  prendre,  cela  feroit  boii> 
aun  Médecin  de  Roman,  tel  que  celuy  qui  dilbit  fi  ingénue^; 
fficnt  ôc  de  fi  bonne  foy.,  "  i 

Kon  hac  hummis  opihus  -inon  arte  magijlm 
Provenîunt  ^  neque  te  ,Ænea.mea.dextemfervat: 

,  Major  agit  Deus  . 

'  Ils  ont ,  di  fent  ils ,  des  fpecifîques  Sc  des  remede^  infaillibles  - 
pour  tous  les, .maux  riU  n\en  ont  jamais  manc^é  aucun ,  quoi-que 
laprupair  ne  connoiffent  pas  mêmes  toutes  les  herbes  potagères» 
Les  jeunes  s’imaginent  en  fçavoir  autant  que  les  vieux  quand 
ils  ont  commis  quelques  lieux  communs  a  leur  mémoire  ,  & 
qu  ont  quelque  conrultation  bien  élégante  par  devers  eux  , 
Meam  ex  Commentario.  EK'jiChiff  wCmiTM,.  Q'eiï  ainfi  qu^ils  font 
auffi  avides  d’èmploy  que  certains  eftomachs  l^guifTans  &  in- 
c^bles  de  digérer  le-  ^ont  de  beaucoup  d’alimcns.  Quant  aux 
vieux ,  ce  qu’il  y  a-de:  pitoyable,  efi:  que  les  nouvelles  lumiè¬ 
res  les  fiirprennent  tellement ,  qu’ils  craignent  en  ouvrant  les 
yeux  de  voir  quelque  chofe  quf  mérité  leur  applieatioru  lis 
fint  tant  d’effime  de  ce  qu’ils  fçavent  &  de  ce  qu’ils,  ont  une- 
fois  avancé  ,  que  la  retradation  leur  paroi t  un  mal  honteux  r 
car  qudle  honte  à  de  vieux- Maîtres  de  retourner  à  . l’Ecole  ,  êc: 
de  fc  défaire  dé  leurs  préjugés»  : 

Turpeputantp/frerem'uenib.^i^Mise- 
Imberbes  dedicere  fenesperdmda  fatèri. 

Enfin  jeunes  ou  vieux  ,  il  fulEt,cc  leur  femble ,  qu’ils  foienr 
,  pour  être  d.es/»//Vm  fauwurs  comme  Menecrates  , 

^  eftadire  le  ridicule&la-yanké  m.ême,  ,Qgoi-qu’ils  ne  portent 
P  us  gueres  de  longues  barbes  ny  de  longs  Eabirs  >pn  peut  nean- 
oins  dire  avec  vérité  des  mmkeresj.  des  habits.,  des  momures , 
^J^^^^olierement dles  diicotirs  de  k|luparc ^'h^bam 
^  ^^Meâicum  autem  peinture  en- 

PiT  de.  ces  Medeci;ns-&  d’aprésmature  ^  écoutez 

^  Apone  c  eft  un  lipmme-  du’-métier  &-un  connoifTeur  , 

^^Htéres ,  elati  ,  logaaces  ,  jckntiie  ]^;lâudis'  Aliéna  detra^ons , 

X  x  iij 


dern^rdBéuhuJfm 


V.  Lîh.  7.  Epijfffl. 
Medic.  foMt»  Ma- 
nard-  ^rafm^  Ut 
Chiliad. 


Herod,  Atthuî 
ApnàAul.GeU.lih, 
5.  cap.  %. 


^al.  in  If^gop, 


350  ’EjJkis  'de  Medecine, 

négligentes  i  vam  gîoru  é"  f^prbu  mhtmtes,  K€  les  feconnoif 
fez^ypus  pas.à  ces, derniers  traits  nos^  petitf  ridicules  &  nos  périt* 
fuperbes  ?  Sont- ce  la  les  Sectateurs  d’Hipocrate  ,  luy  c^uj  étoit 
filage ,  fl  avifé ,  fi  ingénu  en  Tes  difeours  &enfës  adions  ?  Sont- 
çe  de  véritables  difciples  de  Galien  »  fi  ennemi  de  là  Phikuric 
&  de  Tefprit  particuüer  :?  Non  affeu renient  >  puîTquê;de  feinblaV 
blés  préfomptions  ont .  donné  lieu  à  firiyeritibh'de  tarie  de  Fables 
injurieufes  à  la-  Medecinei  les  Poètes  aficiens  n^'yàhs  pàs  ’tedins 
jFait  faire  de  figures  ridicules  à  leurs  Mcdecins-que  nos  moder-' 
,  BrumSe  Bulfa-  nes.  Ccs  Peintres  *' de  bellè  humeur  que  Bocaceiritrôdnit  fi  fou- 
laque.  vent  ne  fetnbient  jamais  plus  enjoués  ,  que  quând  le  ridicule 

maître  Simon  Médecin  leur,  fert  de  Maneqiiiri.  Lé  Poggetrou- 
ve  toû jours  facilement  à- broder  fur  cette  vanité  dès  Médècib, 
'?aTgfflF  qui  adonné  lieu  au  Proverbe  Meàicbmm  frfefhia i  ^  îècxtMcc 

qu’on  lit  dans  Siobée  fur  ce  chapitre  3  où  je  ne  vols  tien  de 


F.  Erafm.  i»  Chi- 
Und, 


comparable  à  la  fumée  de  cêt  cncenfoir ,  dont  le  Roy  Antigo- 
nus  regala  la  vanité  de  Ménecratès.  C’eft  enfin' cette  vanité  qui 
a  fait  que  le  Theàtre  Frànçôîs  n  a  jamais  été  plus  frequente 
ny  plus  applaudi ,  que  quand  on  y  a  fait  monter  les  Medeèits  > 
quoi^qu  on  y  ait  un  peu  outré  la  matière.  Mais  ce  qùile^  rend 
incorrigibles,  c’eft  que  s’ils  fçavent  bien  que  la  vanité  n’eft  pas 
un  bon  arbre ,  au  moins  il  ne  laiffe  pas  de  leur  apporter  quel¬ 
ques  fruits  qui  font  du  goût  de  leur  famille  ,  &  que  Paris  eft 
un  lieu  où  plus  le  Médecin  a  de  vanité  j  plus  oii  ell  tenté  de  le 
croire  :  car  ;  • 

On  peut  ttier  avec  imf mité  ^  i  ^  *  ^  • 

^mnd  on  a  pris  en  quelque  Faculté  i  ,  ; 

Frefent  ou  non  t  bonnet  ou  bien  Licence .1, 
en  fon  maintien  m  a  quelque  prèjiance  y  '  'T  . 

,^u  en  habit  noif  i  [oit  fropre  ou  bién  trotté  y 
On  parle  aux  gens  avec  facilité,' 

Êt  quant  enfin  fait  bien  ou  mal  monté , 

Pourfadévife  onprend  la  vigilencey^  -  .  „ 

On  peut  tuen  ■  - 

J^faù  fi  Von  a  beaucoup  de  vanité  i  - 
tous  venans  on  promette  fanté , 

^uon  fe  commette  avec  grande  afifurance  >  z 
Ah  ic’efi  alors  qu  avec  rècompenfe  ,  ' 

bien  plus  efi  qu  avec  impunité  y 
On  peut  tuer.  , 


Secondi  VIH.  .3^51 

Excinp;les ,  où  jjeime.retranGlie  à, nos  quatres  fameux  »  laiilanc 

cette  ^onle  yqam  diparnem  nemo  poi^ri^ 

Le  Neptune  écoit  fi  plein  de  vanité  ,  qu’on  n’avoit  qu’à  le 
^aarder,  êc  à  l’écouter  quelques  momens  pour  être  perfuadé 
que  c’étoit  le  iVlenecrates  de  fon  fiecle  »  aulTi  paroiffoic-il  fi  ri¬ 
dicule  que  ceux  quine  le  connoiflbientpaspour  un  Dodeuren 
Médecine  J  le  prenoient  pour  un  Comédien.  Ils’ intituloit  entre' 
autres  vanitez  de  trois  Rois  -,  Ambaffadeur  de  l*un  de  ces 

Jiûis  auprès  du  Duc  de  Nt'vers  ^  ^  Noble.  Vénitien,  H  prenoit  poui^ 
fa  deviiùun  Hippolite  feffufcité  avec,  ces  paroles  »  2)/«  geniti 
pgtuere.  Il  par  loi  t  aux  perfonnes  de  qualité  comme  s’il  avoit  été 
fciir  égal ,  &  fouvent  d’un  air  ii  extravagant  >  que  pour  dire  à 
des  ComtelTes  &  à  des  Marquifes  bien  marquées  >  .qu’elles  ne 
dévoient  penfçr  qu’à  guérir ,  fans  trop  étudier  leur  mal ,  ny  s’en 
mettre  en  peine  s  il  les  renvoyoit  à  leurs  quenouilles  6c  a  leurs 
cguilîes..  Tout  ce  qui  luy  venoit  dans  ta  bouche  luy  paroiflbit 
toujours  (i  jufte ,  qu’il  eût  crû  le  dés- honorer  en  fe  retradant  i 
éefl  pour  cela  que  luy  étant  échapé  de  dire  en  prefence  d’un 
fçavant  Evêque  favori  d’un  grand  Prince  .qui  s’étoit  embarqué 
fur  feS'  eaux  »  que  Saint  Auguftin  avoit  écrit  qu’il  eft  permis 
d’avoir  une  Concubinej  ôc  que  le  Prélat  luy  ayant  nié  que  cela 
fut  dans  Saint  AugulBn  ,  il  ne  lai  (la  pas  d’infillcr  li  opiniatré- 
ment  qu’on  le  défia  d’en  venir  à  la  preuve.  Après  donc  qu’il 
eût  cherché  6c.  recherché  long^tcmps  ce  qu’il  ne  poutoitpas 
trouver  ,  enfin  le  Prélat  laffé  d’une  vanité.  &  dune  opiniâtreté- 
fi-ridicule,  ne  pût  s’empêcher  de  traiter  la  propofition  de  gali- 
mathia^.&c’eilce  que  le  Neptune:  attendbit  pour  lôrtir  d’affài- 
re.:  car  étant  monté  en  même  temps  fur  fes  grands  chevaux  > 
&  s’etant  écrié  qu*  on  ne  devait  pas  traiter  ainfi  un  homme- qui  fou--' 
tenoit  depuis  tant  dl années  l'honneur  de  la-  Médecine  ,  un  homme 
quon  confultoit  comme  L' Oracle  de  la  Prof e^iop  ,  qui:  avoit  paru  avec 
tpnt  d  éclat  dans.  Us  cabinets-  des  Princes  ^  des  Rois  y  ^  dont  T efprit  ds* 

^  expérience  animoit  ces  eaux  qui  rendaient  ïame  ^  le  mouvement 
mourans  y\\  ajoûta  quil  fe  retirons  quil  abandonnait  le  Prélat 
P  fon  fort  J  (jr  quil  fe  repentirait  peuti-etre  hien-tot  d'avoir  méprifé 
Oràele  qu'il  avoit  tant  de  . fois  confulté.  11  le  croiôit  comme  il  le 
iloit  tant  il  étoit  vain;6c  perlùadë,  que  tous  les^  au  très  Mede- 
^^ns  n  étoient  que  de  petits  génies  en  comparifoh  de  luy  qui 
1  Ange  moteur  de  la  Pifcine..  Mais  ce  qu’il  y  eut  dé  fingu— 
dans  cette  affaire ,  6c:qui  confirma .  le  Neptune  dans  fa  va- 


35t  Efjdis  de  Meieme, 

nité  jC  cft  que  l’Evêque  étant  tombé  malade  deux  ou  trois  10 
après  la  menace,  il  fut  aflez  foible  pour  avoir  recours  au 
gnoftiqueur.  Ainfî  je  laiffc  à  penfer  fi  les  minauderies  ridicul^' 
&  puériles,  donc  il  falut  fe  fervir  pour  le  faire  revenir,  ne  le  con 
firmcrenc  pas  plus  que  jamais  dans  Ùl  vanité.  Le  Grand  ne  tja* 
roilToit  pas  le  plus  vain  de  tous  fes  Confrères ,  lorfqu  il 
dans  le  grand  Employ,  mais  comme  rappetit  vient  en  mangeant, 
il  s’accoutuma  fî  infenûblcment  à  reiicens  que  luy  dpnnoientfes 
adorateurs  Médecins  &  malades ,  qu  après  avoir  reçu  chez  les 
Etrangers  des  bonneurs  aufquels  il  ne  s’attendoit  pas,  &quinc 
s’étoient  jamais  rendus  qu’à  luy  ,  il  foufFrit  encore  fort  douce¬ 
ment  ceux  qu’on  luy  rendit  à  Paris  dans  des  ÎThefes  dont  iesTi- 
tulades  étoient  dautant  moins  juft es ,  qu’elles  luy  atCribuoient 
Solidairement  des  Eloges  qu’il  ne  pouvoir  prétcndre,touc  auplus, 
qu’en  commun  avec  tant  d’autres  Médecins  de  fon  temps.  Le 
Politique  tout  honnête  &  modefte  qu’iiétoit,ne  fe  îailTa  pas  al¬ 
ler  moins  doucement  aux  honneurs  del’Ecqie  &  du  publicqua- 
voit  fait  le  Grand,  quand  il  fe  vit  occuper  tout  féul  une  place 
dans  la  pratique ,  qu’il  n’avoic  long-temps  occupée  qu’en  tiers  ; 
car  il  en  faloic  palTer  par  oh  il  l’a  voit  ordonné ,  fans  que  prcfque 
aucun  de  fes  Collègues  ofât  le  contredire,  Âinfi  quoi-qü*il  ne 
tombât  pas  dans  ces  fades  vanités  qui  expofent  h  fou  vent  les 
Médecins  au  péril  d*êtrc tournés  en  ridicules,  il  eut  neanmoins 
peine  àèviccr  quelques-uns  de  ces  accidens,  que  la  précipita¬ 
tion  des  Jugemens,  êc  latrop  grande  confiance  qu’onaeh  foy- 
même  attirent  fouvent ,  &  qui  font  rire  les  rieurs  :  car  faifant 
un  jour  faigner  un  malade,  &  le  Chirurgien  luy  ayant  deman¬ 
dé  après  qu’il  eut  tiré  trois  ou  quatre  palettes  de  fang  s’il  con- 
tinuërok,  comme  il  avoit  pris,  faute  d’application,  le  bras  d’un 
Frater  U  prefent  ,  pour  celuy  du  pauvre  malade  ,  il  répondit 
dhn  ton  Magiftral  &de  confiance ,  U  un  fo'ux  de 

^TGcjjettur.  Et  bien  eh  prit  au  patient  de  ce  que  le  Chirurgienj 
qui  avoit  obfecvé  la  méprife ,  ne  palîà  pas  outre ,  après  en  avoif 
peut-être  rendu  raifon  à  l’oreille  du  Médecin,  Autre  vanité  d’u^ 
toute  autre  confcquence ,  mais  dans  laquelle  il  faut  avouer  qn  d 
fut  entraîné  par  celle  du  Petit- homme.  Le  fils  unique  d’un 
grand  Prince  étoiç  malade  à  Paris  ,  oh  on  l’avoit  déjà  faig»^ 
plufîeurs  fois, .&  peut-être  trop,  &  deux  Médecins  de  cette Cout 
là,  prévoiant  que  Pair  du  Bureau  ne  feroit  pas  pour  d’autres  lâi- 
gnées-,  actendoient  le  Petit-homme  &  le  Politique  aux  opinioi^^» 


Seconde  Partie]  Chap.  VIII.  353 

&ceuX'Cy  ayant  encore  été  d’avis  dune  faignée,  comme  les 
Dames  y  refiito;ï.nt ,  ils  firent  femblant  de  ccder  &  de  différer  le 
remede  pour  un  befbin  plus  preffant.  Mais  étant  retournez  le 
foir  en  rabfence  des  deux  autres  Médecins  qui  étoient  de  i’a- 
vis  des  femmes  ,  &  le  Petit-homme  étant  refolu  de  les  tondre 
fur  l'urgence  prétendue  ,  il  conclud  avec  le  Politique  ferieufe- 
ment  U  tout  haut ,  qu’il  falloit  encore  faire  une  faignée  au  ma¬ 
lade.  Il  n’y  avoit  pas  grand  mal  jufques-là  :  (  car  peut-être  cette 
évacuation  étoit-elle  neceflaire  ,  )  fi  le  Petit- homme  n’eût  ajou¬ 
té  J  qu’il  le  falloit  pour  le  bien  du  malade ,  ^ plus  bas  pour  l’hon¬ 
neur  de  la  Profcffion.  Je  laide  donc  à  penfer  fi  ces  dernieres  paro¬ 
les  tombèrent  à  terre,  5c fi  après  avoir  été  relevées  par  des  femmes, 
&  portées  aux  deux  autres  Médecins  plus  habiles  Courtifans  que 
le  Petit-homme , 5c  plus  politiques  que  le  Politique  ,•  ceux-là 
manquèrent  à  broder  fur  l’honneur  de  la  Profe dion.  Il  efl  vray 
que  le  Politique  n’avoit  fait  quetauper  delatête  aux  paroles  du 
Petit-homme,  mais  la  Cour  ne  laifTa  pas  de  leur  donner  leur  con¬ 
gé,  &  les  Courtifans  de  s’entre-demander  à  propos  de  faignées, 
fi  les  Médecins  n’avoient  pas  raifon  d’avoir  égard  à  l’honneur 
de  la  Médecine  en  de  pareilles  occafions  ?  Nôtre  Petit-homme 
étoit  encore  fi  vain,  qu’il  faifoit  donner  fon  nom  à  des  remedes 
que  des  Apotiquaires  fes  afKdés  avoient  préparés  de  concert 
avec  luy.  Outre  cela  il  avoit  des  EmilTaires  gagez  5c  entrete¬ 
nus  ,  pour  porter  fon  nom  par  toutou  ils  pouvoient  porter  leurs 
pas  ,  ÔC  cette  vanité  le  mena  jufqu’à  vouloir  ajoûter  la  quali¬ 
té  d’Ecuyer  à  celle  de  Médecin  du  Roy  qu'il  prenoit  ,  fottife 
qui  eut  été  pardonnable ,  puifque  tant  de  roturiers  y  avoient 
donné  comme  luy  ,  s’il  n’y  eût  ajouté  une  bien  plus  grande  fotti¬ 
fe:  car  demandant  grâce  pour  fa  taxe  à  l’Intendant  de  la  Province, 
Sc  s’étant  difculpé  pour  l’obtenir  plus  facilement  fur  les  Notai- 
te^s ,  qui  donnent  affez  facilement  du  cetera ,  il  fut  affez  lâche 
pour  dire  que  TU  fe  fut  fenti  un  grain  de  Noblejfe ,  il  y  auroit  appliqué 
trois  grains  de  cautère  ,  vray  raifonnement  de  Barbier  ,  comme 
fi  la  Nobleffe  étoit  une  chofe  à  ne  pas  eftimer ,  foit  qu’on  l’ob- 
fjenneparle  mérité ,  ou  qu’on  l’a  reçoive  par  la  naiffance?  Q^and 
d  s’embarquoic  à  faire  des  contes  meffeans,  5c  mêmes  fa^,  & 
qu’on  l’arrêtoit  fur  quelque  particularité  du  conte  ,  ou  fur  la 
«üffecé  d’une  ^citation  ,  il  croyoit  être  bien  forti  d’affaire  en 
ifântjpar  une  vanité  ridicule ,  ou  non-»  je  ne  men  mets  gue- 
t'ej  m  peine  ,  é'  ne  men  crois  pas  moins  bon  Médecin  i  comme  s’il 
.  Yy  , 


îd  gnod  pueloram 
eft  ut  ad  garrien- 
dum  promptiffimi , 
gcnerare  aurem 
non  pofGnt.  "Ëaccon 
de  augmenta  fsUn- 
tiar. 


Jipoplexia  animt 
gua  tument  &  tan¬ 
dem  detruduntur 
adinferos.  Lib.  z. 
de  corpûris  ^  mni 
mimorhis. 


D  lices  &  Medici 
uihil  âgendo  (æ- 
pius  îïiultum  pro- 
ficiunt.  Lîvius  lib. 
ij- 


Effkis  de  Adedecmf, 
n’y  eût  eu  que  luy  de  bon  Médecin  ,  ou  qu’il  eût  été  permit  ÿ 
un  bon  Médecin  de  dire  des  fottiles  &  des  faulTctez?  Mais  quoy’ 
il  vouloir  être  veu  &  montré  dix  doigt , 
hic  efi?  auffi  t’écoic-il  fouvent  d’une  terrible  maniéré,  &  pour  ainfî 
dire  ,  Infami  digito.  Il  ne  nous  refte  donc  après  tout  cela,poup. 
l’achever  de  peindre  d’un  feul  trait ,  qu’à  dire  qu  ibétoit  le 
nitas  vmitatum  dQ.^M.tdcc\ns.  Ainfi  ' 

Concluons  qu’il  n’y  a  rien  defî  préjûdiciable  à  l’honneur  de 
la  Medecine ,  h  i  la  famé  du  malade  que  la  vanité  du  Méde¬ 
cin  5  que  les  jeunes  ne  fe  peuvent  faire  habiles  avec  lès  Livres 
feuls  qui  ne  fervent  qu’à  les  rendre  de  ridicules  parleursîmais 
quhl  leur  faut  encore  rufage  ,  rexperiençe  6c  la  docilité. 

Seris  venit  ujus  ah  annh  r  -  - 

Multa  vemfias  [cire  dédit. ^ 

Qujl  faut  qu’un  Médecin  reûémblc  cîï'diiTelque  ce* 

luy  dont  il  eft  dit,  Cui plmima  mento  cmities  5  que  ce  tféft  pas 
allez  de  parler  ,  He£iicus  infip^em  Mèdicum  non  Rhetora 
que  les  paroles  ne  font  que  des  fruits  de  Cyprès  qui  ne  l'erveiït 
à  rien  >  que  le  Pôëte'Aufone  appelé  les  jeunes  gens  f 

-  Juvenum  tememrm  _y 

Comme  pour  marquer  que  là  témérité  eft  fille  de  la  vanité, -vi» 
ce  des  jeunes  gens  >  6c  qu’enfin  le  dode  Bacon  compare-  tous 
ces  petits  difeoureursà  des  enfansqui  parlent  aft'ez,  mais  qui 
ne  produifent  rien  d’utile  à  la  République.  Quant  aux  vieux 
qu’ils  fe  mettent  s’ils  le  peuvent  dans  refprit,  que  ce  n’eft  pas 
eelny  qui  a  travaillé  le  plus  long-temps  qui  a  fatisfait  au  devoir 
de  Médecin  ;  mais  celuy  qui  a  travaillé  avec  plus  de  méthode 
6c  d’application ,  Mon  qui  dm  cecinity  Rhetaricatus  eji  yaut  gubernd^ 
'Vit  yfed  qui  Imdamr.  Que  la  fuperbe  eft  appeléepar  un  do¬ 
de  Médecin  ,  l’Apopiexie  de  Famé  qui  précipite  les  Médecins 
dans  lesŒîifers  J  apfés  les  avoir  endormis  j  que  tous  ces  em-' 
prelTemens  qu’ils  ont  les  uns  6c  les  autres  d’ordonner  bien  des 
rcmedes  par  vanité  ,  ne  valent  pas  une  judicienfe  furféancè  > 
puifqu’un  grand  Politique  n’a  pas  moins  éftimé  les  fages  délais 
des  Medeems,  que  ceux  des  Capitaines.  Enfin  ce  qui  fait  par'" 
ticuliercmenc  à  nôtre  fujet ,  tous  les  Médecins  doivent  êtrepci"" 
fuadez  que  s’ils  font  trop  prévenus  de  leur  merke,  c’eft  le  vray 
moyen  de  dire  adieu  à  Pétude  &  à  l’expcrience d’abonder  en 
fon  ifens,  &  de  devenir  des  fuperbes  6c  des  ridicules.  Et 
pourquoy  Hipocraçe  demande  de  la  douceur,  de  la  modeftle  ^ 


Secû&de  Pmlel  Gliap.  ÎX."^  55j 

^ick  docilité  en  fon  Médecin  ,  &  pourquoy  Galien  détekanc 
la  fuperbe  &  la  vanité  ,  ne  manque  pas  de  leur  adbeier  Tigno- 
rance  j  aiTarant  qu’un  Medecm  [ufceftible  de  vaine  gloire  ne  fe  dés^ 
honore  f  as  meins  qtt  un  gai  and  homme  ^ui  feroit  la  cour- à  une  EÇ- 
jclave  pur  en  obtenir  queli^ués  pûtes  faveurs,  A  quoy  nous  pou-^ 
yons  ajouter  avec  Seocque  ,  que  les  humbles  ne  font  pmais  tant 
de  fautes  dans  la>  f  fuprbes  ,  qui  d'jordinairé  gâtent 

Sout.  Ce  n’eft  pas  toutesfois  pour  ne  rien  oublier  fur  cette  co.n- 
^deration  .,  qu’d  ne  foit  permis  au  Médecin  de -faire  raiibnna- 
blemcnt  ce  qu’il  peut  pour  conferver  la  gloire  qu’il  s’eft  acquife 
avec  tant  de  peine,  pourveu  que  ce  ne  ioit  que  pour  fe  confer- 
ver  la  creance  des  malades  ,  qui  nobeilTent  gueres  qu’à  ceux 
âufquels  ii  ont  confiance;  &  c’eft  peut  être  pour  cette  raifon  , 
que  Galien  ^-aroît  en'quelqu es  endroits  de  fes“  Ouvrages  un 
peu  trop  content  de  luy-même.  Quoi-qu  il  en  foit ,  quand  nous 
aurons  bien  des  Ga liens,  nous  ne  trouverons  pas àredire  qu’ils 
3  eftiment  autant  qu’il  s’eft  eftimé^ 


C  H  A  P  I  T  R  3E  I  X. 

De  la  Pedenterk  des  Adedems^ 

CO  MM  E  la  Pedenterie  eft  une  fuite  de  la  vanité  ,  elle  ne 
manque  gueres  à  être  la  chute  des  Médecins.  En  effet  il 
y  en  a,  qui  loin  de  fuivre  t’ufage,  comme  le  bon  fens  le  veut, 
affectent  des  termes  barbares  ,j  que  le  peuple  même  n’entend 
pas , quoi-qti’il  les  admire.  Ils  font  dans  leur  langue  maternel¬ 
le  ce  qtfétoient  dans  la  Catine  la  plupart  de  ceux  dü  fiecle 
paffé^,  comme  on  le  peut  voir  dans  les  écrits  d’un  fçavant  & 
poli  Médecin  de  ce  temps-là.  Encore  fi  fuivant  le  confeil  de 
^laton  ils  fe  fervoient  de  Periphrafes,  &  de  détours  pour  éviter 
les  termes  barbares,,  on  fçauroit  peut-être  ce  qu’ils  veulent  di¬ 
re.  Galien, la  venté  ,avoit  fait  un  Livre  pour  exeufer  les  fo- 
lecifines  qui  peuvent  quelques-fois  fe  gliffer  dans  la  chaleur  du 
ifcours  j  mais  je  ne  croy  pas  qu’il  eût  pardonné  au  jargon  de 
Pedens ,  dont  la  plupart  ne  peuvent  traiter  un  malade  qu’en 
^^■ec ,  en'tâtin ,  ou  avec  un  Nerveze  &  un  gâlimathias  affecté  ; 

^  quclqucsfois  même  en  la  langue  de  leur  village,  témoin  celui 

‘  Yy  ij 


Lih.  de  deeent  /<?& 
natu. 


J.  Methad.  eap.  iC. 
^  lih.  de  cognofe. 

cura,nd.  mimi 
eiffeSl  Énib. 

Epifi.  4?. 


Plarîmj  had  tempe,' 
ftate  incompti, 
quib.  fài  eft,  imo  ex 
induftria  eos  dclc- 
(ftat  rudis  fcriBo.  . 
Symphor.  Campe- 

gm  de  îhi,ebot»m.. 


iP’.  Erafm.  Chiliad, 
faj.yoS, 


Erafm.  in  Uncm. 
Morin. 


3j(?  tjjaii  de  Medecîne, 

qui  ayant  fort  rong-tems  fait  la  Médecine  &  le  labour  tout  enfem- 
blc ,  parloit  de  fa  Profeffion  quand  il  fut  dans  la  grande  Villè 
comme  de  faFerme,  Sic  cmibus  catules  fimiles\  car  pour  exprimer  le 
ConcoSta  Medicari ,  d’Hipocrate,  ce  nouveau  venu,  &;  Rupto  rohore 
natus ,  difoità  fes  Confrères  &  à  fes  malades  qu’il  faloit  labourer 
rhumeur.  D’autres  encore  pires ,  afFedent  comme  on  dit ,  de 
parler  en  chifFre.  C*eft  ainlî  qu’un  de  ces  galans-homrnes  m, 
terrogé  par  des  Dames  comment  il  feroit  pour  allef  au  devant 
d’un  tranfporc  au  cerveau  dont  le  malade  fembloit  menacé  •  il 
répondit  qu’il  empecheroit  l’alFomption  des  humeurs/ Un  autre 
pour  dire  qu’il  relfoit  un  levain  dans  les  entrailles  après  la  fiè¬ 
vre  ,  difoit  qu’il  y  avoit  encore  une  matière  lévineufe.  Car 
pour  celuy  qui  parloit  en  bon  lieu  de  fièvres  quintaines,fextai- 
nes  &  odaines ,  &  qui  demandoit  magiftralement  à  des  Médecins 
du  premier  otdre  s’ils  avoienc  lu  rHipoemte  là-dclFus  ,  il  fau* 
droit  un  Chapitre  entier  pour  fon  galimathias  &pour  fon  Nerve- 
ze,  tant  il  eft  fingulier  dans  fes  expreflipns  &  dans  fes  vanité^. 
On  appeloit  cette  forte  de  gens.  Médecins  d’eaü’  froide  dés  le 
temps  de  Pline, comme  nous  les  appelons  Médecins  d  eau  dou¬ 
ce.  Galien  les  compara  en  fuite  au  Poète  Jalemus  ,  le  plus  im¬ 
pertinent  8e  le  moins  intelligible  de  ceux  de  fon  temps.  Car¬ 
dan  les  dépeint  d’après  le  Conciliateur ,  qui  nous  les  reprefente 
comme  de  pmvns  garpom ,  fms  i  jdm  hien  ,pins  éducationf 

fans  polite^e  ,  fans  exprejfion  i  bref  de  véritables  Cmftres  ekaltez. 
En  effet ,  jamais  ils  ne  parlent  que  d’Hipocrate ,  quoi  qu’ils  ne 
l’entendent  pas,  que  de  maladies  qu’ils  ont  difent-iis  gueries, 
&  que  des  malades  qui  les  demandent,  quoi ^ que  leur  plus  or¬ 
dinaire  artifice  foit  de  fe  faire  demander  dans  les  compagnies, 
par  quelqu’un  de  leurs  domeftiques  ou  par  un.  affidé  pour  des 
malades  fuppofez.  Ils  vont  8c  reviennent  continuellement  d’un 
heu  à  un  autre,  Lahor  aefus  in  orhem.  Circm^^  quarensy  8c  ils  ap- 
pelent  cela  aller  fon  train,  La  b'plle  alleure  i  Au  refte  fi  mal¬ 
honnête-gens,  qu’on  en  aveu  refufer  le  falutàceux  quijespre^' 
venoient  de  cette  civilité, parce  qu’ils  n’étoient  pas  de  leur  caba¬ 
le,  hors  laquelle  ils  croient  qu’il  n’y  a  point  dè  îàlut,  ôc  que  tout 
efl  Arabe, ou  hérétique  fembkbles  à  peu  prés  à.  ce  Pedentqm 
foutenoitque  le  pafFage  de  Saint  Paul  hominem  hareticum  às'nit» 
fc  devoir  entendre  ainfi  de  'vita ,  fuppïe  toile  :  car  félon  eux 
de  mons  moins  d’ennemis.  Cependant  ces  maîtres  Pedens,  ée 
quelque  Faculté  qu’ils  foîent  j  car  il  s’en  trouve  de  toutes 


Seconde  Partk.  Chap.  IX.  557 

[ont  pas  toujours  fort  mal  dans  l’elprit  des  Dames  ,  pouryeu 
qu’ils  ayent  de  ccrcaiiies  complaifances,  &  qu’ils  traittem  à  fort 
jufte  prix:  car  toutes  ne  reffemblent  pas  à  cette  bourgeoife  qui 
en  chalîa  un  comme  un  impudent ,  pour  luy  avoir  dit  qu’il  h. 
faloit  Phlebotomifer. 

La  Pedenterie  ne  déplaît  pas  même  toujours  aux  perfonnes 
de  qualité ,  il  y  en  a  de  tous  les  goûts ,  jufques  à  la  prendre  pour 
une  application  particulière  à  l’étude.  C’eft  ainfi  qu’un  Mé¬ 
decin  de  Cour  fraîchement  débarqué  du  Village ,  ayant  fait 
une  incongruité  devant  un  grand  Prince  ,  à  laquelle  il  ajouta 
pour  la  reparer  quelque  chofe  encore  de  plus  ridicule  y  il  fut 
alTez  heureux  pour  qu’un  grand  Seigneur  auquel  il  àvoit  été 
recommandé ,  inlinuât  doucement  au  Prince  &  à  la  compagnie 
qui  rioient  du  Pedent ,  Que  ne  s’étant  jamais  appliqué  qu’à  l’é¬ 
tude  &  au  foulagement  des  malades  ,  il  ne  faloit  pas  s’étonner 
s’il  manquoit  en  des  circonftances  qui  ne  faifoient  rien  à  la  chofe. 

On  dit  d’ordinaire  à  Paris  ,  au  fu  jet  de  tous  ces  Pedens ,  qu’on 
ne  peut  prefque  jamais  fe  méprendre  en  voilpi  un  Mede- 

cin ,  quand  on  voit  quelqu’un  fur  un  cheval  gris  à  houlTe  noire  > 
la  mouftache  épaiffe,  le  caftor  retrouÛTé  fur  le  front  ,  ^  une  ba¬ 
guette  en  main  haut-élevée.  Mais  je  croy  que  pour  en  porter 
un  jugement  infaillible,  il  faudroity  ajouter  bien  de  la  crotte, 
une  mine  balTe  &  un  jargon  tout  particulier ,  tant  pour  les  cava¬ 
liers  que  pour  ceux  qui  .font  à  pied  :  car  qui  ne  fçait  qu’ils  font 
ordinairement  ce  que  font  fur  nos  Q^ys  ces  Charretiers ,  qui 
ne  fçaehant  faire  autre  chofe ,  font  continuellement  claquer  leur 
foüec,  ôc  s’offrent  à  tous  les  paflans.  Mais  ce  qui  entretient  en¬ 
core  leur  commerce ,  eft  que  comme  il  y  a  bien  des  gens  di¬ 
gnes  de  tels  Médecins  ,  &  comme  on  dit  des  malades  de  toile 
autant  que  de  Médecins  de  drap,  toutes  les  pauvretez  que  leur 
difent  ces  Médecins  ,  ne  laiffent  pas  de  pafTer  pour  de  riches 
expreffions ,  &  pour  des  Oracles  quand  elles  donnent  dans  leur 
foiblc  ,  &  quelles  font  accompagnées  de  baffes  flateries.  En  Adoîcftemes  îa 
,  efiPet,  n’ayant  rien  appris  dans  les  Ecoles  de  ce  qu’un  bon  Me- 
decin&ua  honnête^homme  doit  fçavoir,que  peuvent-ils  débi-  exHs^quæir’ 
*^er  que  des  Pedenteries  dignes  d’eux,  tC  delà  plupart  des  gens  ùiu  habenmr  niî 
«lui  s’en  fervent?  Après  cela  venez  me  dire  qu  Athenée  n’a 
pas  parlé  jufte  quand  il  a  fait  marcher  les  Grammairiens  ôc  les 
Médecins  à  peu  prés  fur  le  même  pied.  Qu^ainfi  ne  foit: 

Le  Neptune  écoit  le  plus  grand  Eedenc  du  }âétier ,  quoi-qu’“il 

Y  y  iij 


EJJms  de  Medectnf  , 

fe  picqu^t  de  galanterie  en  un  âge, où  il  ne  pouvoir  plus  être 
qu’à  la  vieille  mode  ;  car  comme  il  avoir  commencé  jeune  & 
en  un  temps  où  la  Pedenterie,  n  étoit  pas  encore  décriée  coin* 
me  elle  Ta. été  dépuis,ilmêla  jufquesàlafin  de  fa  yjc  kXheoî 
iogie,  la  Chicane  &  les  Humaninex  avec  la  Médecine,  fans  pren¬ 
dre  garde  s’il  y  avoir  de  la  liaifon  &de  la  fuite  dans  ce  quil  éi, 
^it  :  car  enfin  le  Grec,  le  Latin  ,  le  François  &  la  Métaphore 
étoient  fouvent'de  la  partie ,  &  Dieu  fçait  qu  elle  Symphonie  > 
Mais  ce  qu*il  y  avoir  dé  plus  ridicule  ,  eft  que  bien  loin  de 
.prononcer  fur  la  nature  de  la  maladie  ^  fur  le  remçde  qu’elle 
demandoit ,  il  commençoit  &  hniiroit  par  un  difeours  confola^ 
toire,  qui  laifToit  le  pauvre  malade  plus  embaraffé  quaupara- 
vant*  carde  bonné-foy  un  malade  cloué  dans  un  lit  par  un 
èruél  rhcumatifme,  ou  par  la  goûte ,  netoit-il  pas  bien  . fatisfaic 
d’entendre  dire  à  un  Médecin. qu’il  avoir  attendu  comme  un 
Sauveur, était  hien-rheureux  de  nêtre  p^s  pamliti^ue;^  AmCt 
fi’âuroit-il  ^as  eu  raifon  de  luy  dire  comme  un  ancre  Job,  Fom 
M^étes  impertmem  ér  in]î^e  confolMcw  ,  ejlis  iniqui  Me^ 
dki  (jr  cmfolMores  ainfi  que  quand  11  s’agiÙmt  de  la 

maladie  de  quelque  pretieufè ,  il  luy  difoit  quil  ny  que 
des  lourdes  qui  eurent  une  grmde  -famé  4  fi  elle  étok  vieille , 
faleit  fonger  qu  elle  n  était  plus  jeune  s  6c  s’il  luy  reftok  encore 
quelque  Jcuiiefle.^  que  de  fem'blablcs  indifpofitions  guerifFoietic 
ifouyent  par  l’agé.  Ce  Grand  avoir  rexprcfîion  &  les  manières 
rudes  .&  de  vray  Pedent ,  n^épargnant  coinme  le  :î^eptune  ny 
les  femmes,  ny  lesperfonnes  de  qualité.,  qui  en  efTuyoient  non: 
feulement  des  termes  barbares  ,  mais  des  difeours  -fâcheux. 
,^a{îi  ne  haïflbit-il  pas  ces  petits  Pedens  qui  l’encenfoient  pont 
feie  rendre  propice  SC  avoir  fon  approbation.  Le  Pecit-hommene 
paroilToit  pas  Pedenc  à  ceux  qui  étoient  prévenus  en  fa  faveur, 
&  qui  ne  lexaminoient  pas  d’afîéz présumais  au  fond  c’étcaf 
l’homme  du  monde  le  plus  copieux  en  exprefhohs  ^  en 
du  fiecl^  paflé  &  de  l’Ecole  ,  &  le  plus  grand  difeur  de  mots 
de  Province ,  de  Quolibets  6c  de  proverbes. 

Il  n’y  avoir  done  de  nos  quatre  Médecins  que  le  Politique 
qui  pariât  port  bien, -ôc  qui  ne  fentit  point  le  Pedenti  en  effets 
on  n’obfervoit  rien  que  de  naturel  dans  fes  difeoursj  il  n’y  avok 
.rien  d’afFedé  ,  de  compofe,,  ny  de  guindé  dans  fon  expreffioS 
&  dans  fes  maniérés  s  en  un  mot  h  le  langage  de  Celfe^  deGa- 
;iÿn ,  de  Fernei,  ^  même  celuy  de  Malherbe  &  de  Palfac 


Seconde  Partie,  CHap.  I  X.  35P 

lent  pu  faire  un  Praticien, il  ne  faut  pas  douter  qu’il  n’eût  été 
üh  des  premiers  de  fon  fiecle. 

S’il  eft  donc  vray  que  le  grand  Hipocrate  même  ,  quoi^quc 
laconique  &:  un  peu  oblcur,  femble  demander  quelque  éloquen¬ 
ce  dans  fon  Médecin ,  pourveu  qu  elle  nait  rien  de  la  hâble¬ 
rie  &du  théâtre,  Ôi qu’on  ne  luy  puiffepas  dire  avec  raifon 
O  fera  hic  vojlra  condu^a  efl  non  oratio^  à  quoy  bon  d’^alFeder  Ics^ 
mots  de  rÇcole  ,  6c  dés  termes  encore  pires  ?  Si  Galien  veut 
qu’un  Médecin  i  obligé  de  fréquenter  les  honnêtes-gehs  ^  &  les 
perfonnes  polies ,  évite  au  moins  les  termes  barbares ,  6c  la  Pe^ 
denterie,  à  plus  forte  raifon  les  Médecins  de  nôtre  fiecle  font-ils 
obligez  de  s’accommoder  à  fes  manières  >  6c  à  fes  expreffions 
autant  que  la  matière  le  yValgo  fàrcendum  ^  Vténdum  fa- 

ro  y  Servienàum  feena.  Car  quand  à  ces  gens  dont  le  goût  dépra-î 
vé  leur  fait  trouver  de  l’érudition  dans  la  P^edenrerie ,  je  leur 
feuhaitte  des  Médecins  Pedens  ,  comme  Guevarre  fouhaittoit 
la  vie  des  Galères  à  ceux  qui  n’en  vouloient  pas  concevoir  les 
horreurs.*  / 

Au  refte,  comme  il  fe  pourroit  trouver  quelqu’un  qui  croyant 
ajouter  quelque  chofeà  ceque  je  viens  de  remarquer  touchant 
la  Vanité  6c  la  Pedenterie  des  Médecins,  leur  voudroit  encore 
2.^^\\(\ucr\Q  Parabolani  des  Jurifconfultes  j  comme  ont  j^it  quel¬ 
ques  Critiques  6c  quelques  Logiftesj  il  me  femblè  fort  â y^opos 
de  faire  ici  jtiffice  à  la  Medecine  d’un  jugement  fi  précipité  6c 
fi  peu  équitable.  Car  quoi-qu’il  n’y  ait  que  trop  de  hâblerie  y 
de  V anité  6c de  Pedenterie  dans  l’exercice  de  l’Arc  ^  W/arabo- 
lani  ne  doit  être  nullement  interpreté  comme  il  a  été  par  Aic- 
curfe,  ny  du  langage,  ny  des  difeours  à  perte  de  veuë  de  quel- 
ques  Médecins.  Premièrement  parce  qu’il  n’y  a  pa^  moins  de 
difcoLir-éursdans  le  Palais  6.:  dans  toutes  les  Ecolesy  que  parmi 
les  Médecins.  En  fécond  lieu  >  parce  qu’il  ne  s’entend  elFe- 
clivement  6c  proprement  que  de  ces  ,  tels  qu’étoient 

anciennement  certains  Frétés  Servans  dans  les  Hôpitaux,  gens 
fe  hafardent  où  il  y  a  du  danger,  pauvres  hommes  fans^. étu¬ 
de  j  fans  lieu,  fans  rang , aufit  affujettisà  c'ét  exercice ,  que  les 
ferfs  l’étoienc  aux  Eglifes ,  aux  Evêques ,  aux  Abbez  6c:àqucf- 

es  particuliers  des  Villes  6c de  la  campagne  j  gens  qtii  n'euf- 
fent  ofé  quitter: leurs  Patrons,  ^Sokaïoi  afirifû  Gleb^e  ,  à  peu 
P"és  comme  nos  Freres  de  la  Charité  ,  qui  ne  font  diftinguez 
ces  Affiftans  que  par  le  motif  qui  les  porteàfc  voüer  volon* 


Lib.  de  Medico  ^ 
effich  M.edi6i 


*  Qui  aîifflé  îa  vie 
des  Galères  ,  I>ica  ‘ 
Ja  luy  doiüt. 


V.  Hipbîit,  ^hieiÊ'- 
de  nohilit.  Medi^i' 

V.  Scaligeranttt» 
fecundsm  ex  codiez 
Theodbf. 

circa  glc< 

bam. 


5  (JO  Bjjds  de  Medednél 

tiers  &  charitablement  à  cet  exereice.  11  eft  donc  certain  qu‘il  n*ÿ 
a  rien  de  jufte  dans  Içs  fens  on  forcez  ou  injurieux ,  que  Pétrar¬ 
que,  Arnaud  de.  Villeneuve,  Scaliger  &  quelques  autres  don- 
-  nént  au  ParaboUni,  Aquoy  nous  pouvons  ajouter  avec  le  do- 

dè  Cujas  que  ce  qu  on  appeloit  anciennement  Parabolmi  étant 
de  l’infpedion  &:  de  Péledion  des  Surveillms-»  &  les  Médecins 
de  celle  des  Décurims il  y  a  une  entière  dilFerence;  11  ng 
faut  pas  aulîî  oublier  ,puifque  nous  en  fommes  fur  ce  térme-là, 
que  les.  Gentils  donnoient  ce  nom  aux  Chrétiens  îp.fèc  quon 
le  donnoit  pareillement  à  de  certains  hommes  qui  combattoienc 
volontairement  contre  les  bêtés  dans  les  Théâtres ,  &  qui  fem. 
bloienc  méprifer  la  mort,  ce  qui  les  faifoit  appeler  ÇonfeBores,^. 
Enfin  on  remarque  qu’il  y  avoir  encore  à  Alexandrie  certains 
Charlatans  qui  s’expofans  au  péril  pour  foulager  les  peftiferez, 
furent  appelez  Pamholani ,  peut-être  parce  qu’ils  méprifoient 
la  mort  comme  ceux  qu’on  appeloit  ,  quoi-que  par 

un  motif  infiniment  moins  noble  ^  moins  héroïque  que  çeluy 
des  Chrétiens,  . 


C  H  A  P  ï  T  E  X, 

De  '  tî^nounçe  des  Médecins, 

|U  oi-QUE  j’aye  avoüé  dans  la  Préface  de  cet  Ouvrage  J 

_ f  qu’il  y  a  encore  à  Paris  6c  dans  les  Provinces  des  Me^ 

decins  fçavans  ôc  de  bonnes  mœurs,  je  croy,  qu’il  n’eft  pas  mal 
à  propos  de  réïterer  icy  cet  aveu  ,  tout  ce  que  j’ay  à  dire  de 
rignorance  des  Médecins  ne  tombant  que  fur  ceux  dont  le  P^' 
Vit  genie  ,  6c  le  peu  d’application  dés-honore  la  plus  honnora-; 
bledes  Profeffions.  Bien  qu’on  n’ait  fait  dire  que  dans  un  leos 
vague  6c  general  à Trifmegifte,  que  la  plus  grande  part  des  cho-> 
^s  que  mus  fçavons ,  e^  la  moindre  de  celles  que  nous  ignorons ,  6cqa^ 
le  dode  Heinfîus  femble  ne  s’être  écrié  que  dans  le 
c^aantum  eft  quoi  fcns  :  Hélas  i  Combien  y-a-t-il  de  chofes  que  nous  ne  connoil- 
aefeimus.  fons  pas  ?  Il  eft  neanmoins  certain  que  ces  plaintes  femblent  re¬ 

garder  plus  particulièrement ,  6c  plus  précifément  la  Meded^e 
que  les  autres  Sciences-  Car  fi  Bon  ne  marche  encore 
ratons,  dans  les  Arts  &  dans  les  Sciences,  dont  les  principes  ont 


Séconde  Pdrtîe,  Ch^^.X-  3(5î 

quelc^ue  évidence ,  que  ne  iievons-nous  point  penfer  de  la  Mé¬ 
decine  qui  fou  vent  n’eft  que  conjedurc  ?  Les  fignes  y  font  fî 
équivoques  ,  &  le  fujec  change  fi  fouvent  de  fîtuation  ,  étant 
compofe  de  corps  fi  mobiles ,  6c  de  fi  differentes  formes  6c  figures, 
que  le -grand  Hipocrare  avoit  raifon  d’avoüer  qu’il  n’étoit  pas 
encore  parvenu  j  tout  vieux  qu’il  écoit,  àla  perfedion  de  l’Art. 
C’eft  à  fon  exemple  que  Laurent  Joubert  digne  Chancelier  de 
la  Faculté  de  Monpelier  ^  dit  de  luy-méme ,  fois  DoBeur y 
mais  bien  éloigné  £  être  àoBe-,  6c  qu’un  autre  Auteur  a  dit  de  bon 
{ens,  que  nous  reffemblons  tous  au  Renard  de  la  Fable,  qui  ne 
faifoit  que  lecher  le  vaiffeau  à  coi  étroit  où  la  boüillie  écoit  en¬ 
fermée,  fans  pouvoir  atteindre  au  fond.  Ainfi  comme  il  eft  af- 
fùréqu’ily abien  plus  de  Médecins  paroles  que  d*ef’et,  6c que 
chacun  craint  naturellement  de  tomber  en  de  mauvaifes  mains, 
quand  il  eft  malade,  on  fe  plaît  tellement  à  reprocher  aux  Mé¬ 
decins  leur  ignorance ,  qu’on  n’en  épargne  prefque  pas  un ,  Ôc 
qu’on  ne  fait  pas  même  de  difficulté  de  leur  attribuer  les  évene- 
mens ,  qui  ne  font  fouvent  qu’un  pur  efFet  du  malheur ,  qui  rompt 
les  mefurêsà  la  prudence  6c  à  la  fageffe  laplusconfommée.  G’eft 
peut-être  pour  cela  que  le  malheureux  Acefias  paffa  en  Prover¬ 
be  d’ignorance  .chez  les  malades  de  fon  temps.  Il  n’eft  donc 
pas  mal  à  propos  d’apprendre  à  ceux  qui  l’ignorent ,  qu’il  y  a  une 
ignorance  fimple ,  dont  l’ignorant  eft  luy-même  convaincu  ,  8c 
une  ignorance  dont  il  ne  s’apperçoit  nullement.  Platon  les  ap¬ 
pelé  ^  ÔC  a<3rxa  ,  ignorance  Jîmple  ,  ^  ignorance  de  ignorance  ^ 
l’une  ôc  l’autre ,  dit  Plutarque ,  font  l’impieté  quand  elles  fe  trou¬ 
vent  dans  un  naturel  dur ,  &  la  fuperftkion  quand  elles  tom¬ 
bent  dans  une  ame  tendre.  C’eft  pourquoy  Hipocrate  a  crû  que 
I  ignorance  étoit  la  mere  de  l’audace  ,  ôc  de  la  timidité  de  cer¬ 
tains  Médecins  de  fon  temps  3  c’eft ,  difoit-il  ,  à  peu  prés  corn¬ 
ue  ces  tréfbrs  quon  cache  dans  la  terre  ou  ils  ne  produifent  que  de 
^  inquiétude  ^  du  chagrin  j  infpirant  félon  Voccafion  ef^ fuinjant  la  dif- 
pftion  des  fùjets  >  ou  lé  audace  é  ou,  la  timidité  au  préudice  ^  an 
dés-honneur  de  la  Pr&fejfion  ,  penfée  qu’un  de  nos  Poètes  a  âinii 
expriinde.  ^ 

y4t  contra  ejl  infeitia  mater 
Errorù  culpa  éf  fcelerü 

C’eft  pour  cela  que  l’ignorance  des  Médecins  du  temps  de 
Malien ,  étant  d’autant  plus  grande  qu’elle  étoit  volontaire  ,  il 
parle  ainfi.  Ces  gens  font  quelquesfojs  tombés  d'accord  que  leur 

'Zj% 


Laurent-  Ifofmannl 
de  vero  ufu,  e^  fero 
ttbufu  Medicaw. 
Chimicor,  in  Pf<e- 


AMedico  indodoâ 
cibp  incoCtOjà  ma- 
la  mulierc.  Libéra 
Hos  Domine. 


Lih.  de  lege. 

V.  Cernari  LeSie^] 
netn. 

Marcell.  Paling. 

S  te  Hat.  inZodiOf, 
viu  human. 


/.  Méthode 


EJJds  de Medecms. 

méthode  nef:  fat  la  plus  feurcy  mais  qtiils  f^'ofent  fuwre  lamtiüeun^ 
n  ayant  pas  d'autre  moyen  de  fe  mettre  en  réputation  chez  k  peupl* 
quils  endorment  par  la  complaifance.  C'eji  la  raifon  yui  ma  mpê 
ché  jufyu  à  prefent  de  mettre  une  méthode  au  jour  >  prévoyant  qu  elle 
ne  feroit  que  pour  peu  de  perfonnes  :  car  a  parler  franchement  ^,s*U  n'ar¬ 
rive  dans  les  affaires  du  Jiécle  quelque  changement  que  je  nofe  efpe» 
ref  5  je  croyque  c’efi  fait  des  homes  lettres  •>  tant  H  y  a  de  corruption  y^ 
tant  on.  ejl  content  pourveu  qu  on  fafe  du  bruit  :  car  vous.f^avez 
bien  y  vous  ï ayant  dit  plufieurs  fois ,  que  je  ne  cannois  pas  feulement 
cinq  hommes  qui  préfèrent  la  folidité  de  la  doBrine.  aux  apparences  y 
avec  lefyuelles  on  impofe  p'refques  a  tout  le  monde.  Les  iiçckS'quî 
ont  fuivi  celuy  de  Galieji ,  n’ont  apparemmem  été  gueres  plus 
heureux  que  le  hen  tcar  quoi-qtfil  îe  foit  trouvé  queiques  bons 
Auteurs  depuis  luy^on  ne  fçait  s’ils  ont  fait  de  bons  difeiplesr 
Nous  voyons,  dis-pej  quelques  Medeeins  de  réputation  depuis 
^  /  le  troifiéme-rieclejufques  au  neuvième  &  au  dixiéme ,  qui.  fu¬ 

rent  des  fieeles  de  fer  d’ignorance  5  mais  à  parler  générale¬ 
ment  ,  il  y  en  a  peu  qui  ayent  iailïo  de  grands  témoignages  de 
leur  eapacité  dans  leurs  Ouvrages ,  n’ayant,  prefqoe  tous  été 
-  ,  que  des  Plagiaires  ,  fi  on  en  excepte  quelques  Arabes  dont  les 

découvertes  méritent  quelque  eftime.  C’eft  pourqtioy  les 
Médecins  du  onze,  du  douze  &  du  treifiémehecle  font  fi  mal 
traittez  par  Saint  Bernard ypar  Jean  du  Sarilberi  y  Eftienne de 
Tournay  ,  le  Conciliateur  &  l’  Abbé  Tricherne.  Et  quoi-que: le 

:  quinfiéme  &  le  feiziéme  fieeles  .ayent  été  fort  fertiles  en  Méde* 
dns  ,  il  y  a  neanmoins  bien  de  l’apparence  qu’il  s’y  en  elt  ben 

plus  trouvé  d’ignorans  que  de  fçavans  ,  non  feulement  parce 
'  qu’on  n’y^  voit  que  peu  de  bons  écrits  , -&  que  Symphorien  Gharn" 

-  pea  &  Scaiiger  s’en  plaignent  hautement  dans  leurs  Ouvragesr 
mais  encore  parce  que  le  fameux LSylvius  affure  n’avoir  trouve 

tous  fes  voyages  ,  que  Sy'îïiphorien  Ghampjer  &HisroiB^ 
^ontuus  de  bobs  Médecins,  rk  C^aiit  à  la  plupart  des  Me^ie- 
reique  Wdicæ  in-  fi*as  de  nôtre  fiecle  qui  fe  font  fait  connoître  par  leurs  écrits > 

famem  ac  probro-  ils, prétendent,  fondez  fur  leurs  Principes  &  fur  les  nouvclksde- 
^  couvertes ,  que  tous  ceux  qui  les  ont  précédez  ont  été  fort  igno^ 

rans  dans  la  Phifique...  C^obqu’il  en  foit ,  il  nkft  que  trop  vray 

qu’on  pourroit  appliquer  à  prefent  à  une  infinité  de  DoÆeiirs» 

qui  inondent  Paris  &  toute  la  France,  ce  que  l’Abbé  Tridi^*^^ 
difoit  de  ceux  de  fon  temps  ,  Rôties  indoBm ,  ér  fine  feientia -honf^ 

in  BoBorem  fuhlimatur  y -gratus,  magifratùs  datur  4n  fi^numi^^^ 


Seconde  Partie^  Ghap.  X. 

(affickm  non  invenitur  fignnmm  ,  cc  font  des  enfeigties  qui  n  en^ 
Iciff lient  rien  j  drculus  ante  âomicilium  pofitus ,  ubi  non  venUtur  'vi- 
Enün  que  ne  peut-on  point  dire  de  tant  d’ignorans  qui 
n’ont  qu’un  ou  deux  remedes  pour  tant  de  difFerentcs  maladies? 
Mais  que  ne  diroit-on  point  encore  fi  leurs  fautes  écoient  con¬ 
nues  ,  §c  fautoient  aux  yeux  comme  celles  des  Hiftoriens ,  des 
Orateurs,  des  Poë tes,  des  Peintres,  §c  même  des  Artifans  qui 
trayaillentau  grand  jour.  Mifcri  eà  infelici  mi  il  munào  ariva^è 
afaper  maik  deboloze  noJire  ,che  ne  meno  ne  pojfiam  frometter  collà 
no  (ire  Medlcina  avéré  a  guarir  in  ficcioÈû  Carboncello  ,  certamente 
elle  ne  converrebe  apparar  altro  rnejïkre  ?  mais  plutôt  quel  bien  n’ar- 
riveroir-il  pas  fi  Ton  pouvoit  difeerner  les  fçavâns  d’avec  les 
ignorans ,  puifqu’il  eft  certain  que  ceux-cy  renonçans  au  métier^ 
ils  ne  feroient  plus  enrager  les  habiles ,  comme  ils  font  à  la  fa¬ 
veur  de  l’ignorance  publique,  qui  s’en  accommode  mieux  que 
des  docles.  Ce  qui  les  devrok  faire  rougir  de  leur  ignorance  j 
c’eft  qu  on  n’a  jamais  eu  plus  de  moyens  de  s’inffruire  qu’en  ce 
temps-cy  :  car  enfin  les  Ecoles ,  les  nouvelles  découvertes ,  les 
Conférences  ,  ne  font-elles  pas  des  moyens  d’aller  bien  plus 
loin. que  nos  prédecefleurs  n’ont  été ,  fi  l’avarice ,  l’envie,  la  va¬ 
nité  &roifivecé  n’avoient  tout  gâté,  &  fiTon  n’avoit  introduit 
les  vifions  de  T  Aftrologie ,  Phyfionomie,  Chyromantie ,  &  parti¬ 
culièrement  celle  des  lecrets  prétendus  qui  l’emportent  tous  les 
jours  fur  la  fincerité  de  fur  la  feureté  de  la  méthode,  confir¬ 
mée  par  le  raifonnément  &  par  l’experience.  On  ne  fe  met  plus 
en  peine  dans  l’exercice  de  la  Medecine  ,  de  cultiver  l’arbrè 
dont  on  joüit,on  ne  penfe  qu’a  le  dépouiller  de  fes  fruits.  On 
penfeàfe  rendre  maître  du  fond,  &  jamais  à  l’entretenir  en  ban 
peré  de  famille.  Mais  voudroit-on  voir  un  râcourci  de  l’igno¬ 
rance  du  fiecle,  jointe  à  cette  vanité  pedentefque  dont  nous  avons 
parlé  cy-devant.  Un  Dedeur  qui  pafibit  peur  un  des  habiles 
fur  le  pavé  de  Paris ,  étoit  allé  voir  un  malade  de  confequence 
a  la  campagne ,  où  on  l^avoit  conduit  dans  un  carroffe  à  fix  che- 
vaux  ,  &  où  il  trouva  un  de  ces  Médecins  de  Village  qui  en 
fçavent  fonvent  plus  que  les  Médecins  des  grandes  Villes. 
E>’âbord  que  le  Médecin  du  carrofie  voit  le  malade,  il  propofe 
fon  avis  à  l’autre  d’un  air  à  luy  faire  comprendre  que  c’eft  un 
Arrcft  qu’il  prononce  ,&  dont  il  auroit  tort  d’appeller.  Celiii- 
répond  à  ce  beau  début  en  des  termes  fort  modeftes ,  &  qui 
^arquoient  neanmoins  affez  qu’il  étoit  fondé  en  raifon,  ôc  qu’il 

Zz  ij 


Marco  ZUcckar* 


3(54  Ejjdh  de  Médecine,  ,  . 

avoic  lu  non  feulement  les  bons  Praticiens  j  mais  mêmes  le 
Cicerons  de  la  ProfeffionCe  langage  étoit  trop  relevé  pour  |ç 
Médecin  cà  fix.  chevaux ,  c’eft  pourquoy  il  ne  manque  pas  àcriti,  ' 
quer  ce  qu’il  n’entendoit  nullement  >  s’en  prenant  même  aux 
termes  les  plus  élegans  qu’il  traitcc  de  barbares  &  de  ridicules 
tant  il  eft  luy  meme  ignorant  &  ridicule,  Ainfi  le  Médecin  de 
Village  outré  de  chagrin  &  d’indignation  r  liauffe  les  épaules', 
quitte  la  partie  &  fe  retire  au  petit  pas  ^  ne  pouvant  comprendre 
comment  on  s’étoit  avifé  de.  faire  partir  de  Paris  avec-tant  de 
ceremonie  un  Médecin  fi  fat  &  fi.  ignorant, Car  ce  qu’il  yeut  en- 
core  de  fingulier  &:  de  fâcheux  pour  nôtre  pauvre  Médecin  de 
Village  ,  c’eil:  que  le. Médecin  à  carrofFe  emporta  tout  l’hon. 
neur  de  la  cure,  quoi-quil  eût  pris  tout  le  eontrepied  de  la 
vraye  méthode.  Avançons  :  car  on  feroit  un  Livre  de  pareil-, 
les  Hifiaires  J  fi  on  vouloit  s’y  arrêter,  11  faut  avoüer  que  les 
quatres  Médecins  qui  viennent  à  la  fin  de  nos  Chapitres  5.  n’é-  - 
toient  pas  de  ces  ignorans-là qu’avec  un  peu  d’application-, 
quelque  rectification  de  leur  meth-ode  &  de  leurs  maniérés , 
iis  auroient  été  afiez,  bons  praticiens  em  Gomp'araifon  de  tant 
d’autres.  Car  fi  le  Neptune  eût  pu  regkr  fon  imagination ,  les 
Ÿanitez  ,  Tes  eniportemens  ,  fes  jaloufies ,  fa  cupidité  >  il  avoit 
affez  d*étude  êi  d’experience  pour  en  faire  quelque  chofe  de 
bon,  Mais'par  malheur  ils’était  accoûtumé  à  qurer  par  fes  éaus 
.avec  autant  d’entêtement  &dê  ceremonies  qu’un  ]  upit-er  d’Ho^ 
nierèpar  cellesrdu  Stix  faifant  au  refie  Ton  Non  flus,  ultrkàes, 
pilules  gommées  5  du  crocus  &  du  bouillon  rouge.  Le  Grand 
n’alloit  pas  encore  fi  loin  que  cela  ,  n’écoutant  d’ordinaire  que 
fons  fens,  n ayant  gueres d’antres  rem,ede^que  la  faignéé',la, 
purgation  ,  l’Emetique ,  le  Diaphoretique  ,  &  ne  faifanr  pas  ay 
refte  grand  cas  de  l’ayi'S  des  autres  Médecins.  Combien  de  fois 
s’efi-ii  contenté,  de  renvoyer  les  MeUnchoikon.f^‘, 

après  avoir  tenté  ou  rEmetique^ou  l’Opium  ,  ou  le  The 
qu’il  mit  en  pratique  dés-  qu’il  yh  qu’il  étoit  du,  goût  delà 
Cour?  Il  étoit  même  qiielquesfois- fi  court  de  remedes.,.qu? 
fçachaut  plus  que  dire  à  une  femme  de  75-.  àns  qui  fi 
d’une  toux  dont  elle  était  incommodée  depuis  40.  ans.,  il 
renvoya,  luy  difant  :  Je  fouhaitte  y  Madame ,  que  vous  la  gardiez 
encore  autant  que  vous  i’avez  gardée.  Voila  le  firop  de  Ion* 
gue  vie  dont  il  l’a  régala,  C’eft  ainfi  qu’un  Médecin  qifi|  ^ 
toit  pas  plus  fort  en  remedes  que-  luy ,  ayant  répondu  à  ui’ 


Seconde  Pâme,  chip,  X.  565 

yre  malade  qué  fa  maladie  étoit  une  maladie  de  cette  année 
a  ,  il  luy  repartit  :  Je  /<?  croy  >  Monjear  5  car  je  ne  V avais  fas  Han 

-  -,  Vm  ...  - 

Le  Politique  fçavoit  ce  qu^il  y  avoit  de  plus  agréable  dans 

le  Diagnoftic  &  le  Prognoftic  de  la  Medecine  :  mais  il  avoit 
-fi  peu  d  armes  odennves  contre  les  maladies ,  qu’il  difoit  ordi-^ 
nairemeiit  a  ces  jeunes  Médecins  qui  luiÆfoient  la  cour;  Je 
fais  pour.  GMien  >  farce  qu  il  ne  tue  pas  r  comme  font  les  Arabes 
les  Chimiftes.  i  comme  s’il  eût  fait  grâce  aux  malades  de me  les., 
pas  tuer  ,  6c  comme  11  Galien  tv étoit  pas  copieux  en  remedesf^  .  . 

Audi  eft-ce  parce  qu il  n’en  employoit  que  trois  ou  quatre, 
que  les  maladies  lui  enlevoient  fouvent  les  malades  prefque 
fans  coup  ferir.  On  raconte  à  propos  de  cette  derilité  dé  re- 
mede-s  ,  queme  fçaekant  un  jour  que  dire  à  une  femme  qui  fe 
plaignoit  de  ce  que  la  derniers  medecine  qu’elle  avoit  compo-  ' 
fée  6c  prife  de  Ton  ordonnance  ,  ne  lui  avoit  fervi  dé  rien  ,dl- 
lui  dit  enfin  d’un  ton  traîné  >  maîs-déGifif  en  la  quittant; 
te^y  encore  un  peu  de  .cerfeutL-  De  bonne  foy  toute  la  matière 
médicinale ,  toute  cette  foreft  de  remedes.,  dont  la  nature  eft  fi 
liberale  ,  ne  lui  eût-elle  prefencé  qu’un  peu  de  cerfueil  s’il 
l’eût  étudiée  avec  autant  d’appîication  que  la  langne  Grecque 
ôc  la  Latine  ,  6c  s’il  eût  voulu  fe  fouvenir  de  ce  bel  endroit  de 
fon  Bréviaire  ?  Nullaque  ufquam  ejl  remediomm  penuria  ,  fed^  no*  VernA,  inABrxfaf,. 
ftra  plerumque  turpisjgmratto.  .Quant  au  Petit-homme  il  n^eii  ^.4  huth^-ms^ 
fçavpit  que  trop  pour  fe  faire ,  comme  il  fît ,  un  grand  nomparr 
mi  ceux  qui  fe  payent  de  confultations  tontes  prêtes  fur  tontes 
fortes-de  fujets.  ,Il  rçavoit  même  affez  de  matière  médicinale , 
pour  s’attirer  reftime  des  Apotiquaires  6C  . des  malades,  qui  ai¬ 
ment  lâdrogne  ,  mais  pour,  cette  application  ,  ce  jugement  6c 
ce  di fcernement  qui  font  le  fin ,6c  pour  ainfi  dire  jd’ame  de  la  Me¬ 
decine,  il  ne  s-’e,n  étoit  jamais  mis  en  peine ,  ce  qui  le  rendoir 
encore  plus  dangereux  que  cesmgnorans  ,  qui  attendent  tout 
de  la  nature  ,  6c  qui  ne  font  que  des  fautes  d’omiffion  :  tant  i’u- 
fage  des  remedes  donnez  fans  diferetion  ell:  dangereux.  Je  né 
parlerois  pas  icy  de  fa  profonde  ignorance  des  belles  Lettres  , 

®  étoit  que  fa  vanité  ne  lailToit  pas  de.  le  porter  à  juger  tenfe-r' 
yairement  des  ouvrages  d'érudition  6c  d’efpric  ,  quoi-qu’on  n’eût 
vû  fon  nom  que  dans  des  reeipez.  pendus  aux  crocs  des 

patiquaires ,  ôc  dans  des  gazettes ,  oîi  il  avoit  mandié  quelques  - 
.^gQes  par  fes  affîdez  ,  difant  pour  fe  difculpejr  de-^fon  ignoran- 

Z  Z  fl] 


*  Nemo  juftius 
jaffidn^difcit ,  quam 
qui  de  falutc  ho-, 
.piihis  xraâant. 


.  ’Sritx.ch. 
Medicm  pccam. 


*Ï.AeveterMeilic, 
2,  Lib  ii.Method. 

^.de  Unis  .  ffeâ. 


r.  ZtMÀrd.  di  X^a- 


EJJais  de  Meâeme. 

cc ,  qu’il  eût  mieux  aimé  avoir  vu  deux  malades ,  que  d’avoir 
mis  au  jour  trois  volumes. 

L’ignorance  étant  donc  encore  à  prefent  fi  commune  .chez 
la  plûrpart  des  Médecins  malgré  les  beaux  Ouvrages  que 
quelques  -  uns  nous  ont  donnez  depuis  cinquante  ans  ,  qui 
ne  voit  qu’ils  font  d’autant  plus  obligez  à  s’inflruire  ,  que  les 
fuites  de  leurs  ignorances  font  de  confequcnce  ,  perfonne 
îixtant  plus  oblige  ,  félon  'Caffiodore  ,  *  à  étudier  avec  affidui- 
té  que  ceux  qui  s’employent  à  la  cure  des  maladies  ?  En  efe 
lîos ;  G'afuites  &  nos  Médecins  font  une  afiaire  decoiifcieiiceaii 
Médecin  ignorant  &  peu  ftudieux.  Paul  Zachias  tombe  d’ac¬ 
cord  avec  J.  B.  Cedronchrus.,  Michel  Boduvin  &  plufieurs  aii- 
fr&s  Médecins  ,  que  celui  qui  fait  ignorammént  la  Médecine  ^ 
peche  autant.de  fois  morteliement.  Ahafnér.  Fritzehius  4e  der¬ 
nier  des  C  aruices’quî  nous  ont  donné  quelque  chofe  touchant  les 
devoirs  du  Médecin,  qft  dece  lentiment,  qu’il  appuyé  de' l’ati-  . 
torité  de  l’Ecriiure  fainte ,  des  Peres ,  des  TheolGgiens ,  êc  des 
Loix.  Mais  ce  qu’il  y  a  de  fâcheux  pour  la  Medecine  dans  la  con¬ 
duite  de  nos  Médecins  ambuians  ,eft  que  le  public  eft  cellément 
prévenu  de  ropinion  de  leur  ignorance  ,  qu’un  fameux  Librai¬ 
re  de  Paris  ayant  fort  peu  eftimé  une  Bibliothèque  de  Mede- 
-reine  qui  ctoit  en  venté  ,  répondit  à  ceux  qui  lui  demandoient 
pourquoi  il  en  faifok  h  peu  de  cas  ,  C\eft  parce  que  les  Mede^_ 
xms  ne  Les  achètent i  ni  ne  les  lifent.  Je  fçay  à  la  vérité  que  lavis 
étant  courte  ,  l’efprk  de  l’homme  fort  borné  6c  l’Art  difficile , 
le  Médecin  ,  comme  nous  l’avons  remarqué  cy-devarlt  ,  ne  laif- 
fe  pas,  après  de  longues  études,  d’ignorer  encore  bien  des  cho- 
fes ,  6c  qu’il  y  a  des  ignorances  pardonnables.  Géft  pourquoi 
le  grand  Hipocrate,  -k  Celfe,  Galien®  ^Avicenne,  6c  tant  d’au¬ 
tres  n’ont  pas  rougi  de  leurs  ignorances  5  &  c’efl  encorè  pour 
cela  que  le  fameux  Jean  Scenon  avoua  franchement  à  Tes  amis , 
qu’aprés  dîx  ans  d’etude,  d’obfervations  &  de  diffedions  ,  il  né 
connoilToit  encore  rien  à  la  conformation  du  cerveau.  Ainfî 
Paül  Zachias  n’ayant  pas  afiez  diftingué  a  mon  avis  dans  les 
queftions  qu’ils  fe  fait  fur  cette  matière, Je  croi  que  quand  à  ce 
que  les  Médecins  doivent  penfer  d’èux-mêmes  ,  6ç  à  ce  qu’iîs- 
font  obligez  de  taire,  ou  d’a vouer  de  bonne  foi  touchant  lèur- 
.  conduite 5  je  crois  , “dis-je,  qu’un  Médecin,  qui  avouëroit  fes 
fautes  6c  fes  ignorances  Obliquement  devant  le  vulgaire  & 
devant  eiprits  ’  fçroit  fort  imprudemment  ;  mais 


Seconde  Partie.  Qh2iip,  XI, 

quil  n^en  eft  pas  de  même  quand  un  Med.ecin  donne  dcsob- 
fervations  au  public  ,  6c  qu’il  écrit  pour  la  pofterké  comme 
eut  fait  les  Héros  de  l’Art.  Car  qui  doute  non  feulement  qu’on 
peut  avouer  ha,rdimefl£  fes  fautes  &  fes;  ignorances  en  ces.oc^ 
Gafions  j  mais  encore  que  cela  ne  foit  digne  d.’un  bomrne  qui 
croit  ne  faire  point  de  tort  à  fa  fnJSfance  ,  comme  nous  Favonfr 
remarqué  cy-devant  avec  Ceife  ?'  il  fttffit:  que  ces  fautes  ne 
viennent  pas  de  la  peritedè  de  fon  genie^^ôc  defoiL  peu.  d’appli- 
eatiofl.  -  AuffifldLegîflateur  rBbcchorii  'vouloit-il  quton  pardon- 
‘  nât  les -mauvais  fuGcés  aux -Médecins  >dé  Ion  tems-.i.quand  il& 
avoient  fuivi  les  loix  &  lés.maximes  de  là  Médecin^^^  Et  c’efl 
pour  cela  que  Sénéque  ,  Lucien ,  même. les  Jutifcon fuites  3 


dent  que  deLétude ,  de  ^application  -,  de  l’experience  ôE  de  la 
probité ,  fans  fe  mettre  en  peine  de  cette  ignorance  >  qu’il  n®cft: 
pas  poffible  d’éviter.  .  ;  .  .  / 

Concluons  donc  que  comme  il  y  a  quelques  ignorances  par-; 
donnables.  au  Médecin  ,'îl  yen  a  beaucoup  d’autres,  dont:  il 
fie  fera  pas  quitte  au  ingement  de  :Dieu  ,  en  -  difant  :  . 
ficL  -iir-  : 


:  ;  .jc  h  a  p  i.t  r  e  i 

-  De  ï' impudence  des  Médecins. 

T;  t.  Es- fautes  que,  lesMedeelns  couîmettent  contre  lapudeur;, 
M  f  fem  bîent  d’une  Çv  gran  de  eonfèqu  ence^quede  n’ay  pascr  u  les 
devoir  paiîèf,  ici  ibusfilence.  Car  quoiTquçiefçaehe  qu’on  ne’  met 
gneres  le  vice  tout  nud ,  quand  ce  iieuérpitquepouf  le  ciâtier  > 
que  Fimagination  n  en.  fouffre,  &  queF-Apocre  nous  défend  même 
dénommer  t  tout  ce  qui  choque  la  pudeurs  l’honnéteté,  j’efpere 
neanmoins  que  les.fçrupuleux  .ne^iroüvêroiat  rien  àdire  en  tout 
ce  Chapitre.^  tant  l’yappôfterai  de-circonfpeélion.  Il  faut  avouer 
que  le  vice  eit  bien  ingénieux  a  fé  déguifer-,  puifqup  les  anciens 
bien  loin  d’inventer  une  ^  Etoile  de  Minerve  ou  de  Diane  pour 
divinifer  quelques  vertus  .s’aviferentd’enrinventer  une  de  Ve¬ 
nus  pour  divimfer  d’amour  prcçE.ane.^^^^^.fc  amir  jette  à 


*  Fornicatio  aeé 
norainetar  inter 
vos  E^hef.  S- cap, 
-Turpitudo  ,  anc 
ftultÜGqaîum  ,  aut. 
feurniitas.- 
*  Quid  tantnîa 
mali  caftitas ,  auc 
uatum  boni  volii- 


EJJkh  de  Meâeàne, 

ftzs  coMmeruit  ,  prefent  fur  l’Etoille  toutes  les  fôibleffes  dont  on  eft  capable  ,  5c 
ïïm  foÆunr  difculper  de  ce  qu’on  appelé  tendreiïe  ,  on  en  plrle 

Æircumcunt  ha-  coiupe  de  US  maUdies  des  mfam  dont'  feu  de  gem  fe  peuvent  ' 

béant  fteiiam  &  ver.' ht  voÜa  eommcnt  le  cours  naturel  de  cette  paillon  entraî- 
h^zuAuguft^nJib.  ne  des  gens  de  tous.  ie&' âges  &:  de  toutes  les  Profeffions  ,  &  com^' 

I.  de  emfsnf.  Æ-  ment  les  Medccins  même  qui  font  plus  particulièrement  obli* 
gez  à  la  pratique  de:  cede.vertu  C|ui:demaude  plus  qu’aucune 
autre  de:iia|  force  ;5cde:4a  relifl’ân,ce  v  ont  lâchement, cédé  aux-  ' 
attaques  d’Àfmbdée  ^  Sc^duivideichar  de  triomphe  de  ce  .Fîlàin^ 
eanqüer^nt.:  £ar'enhn  quoi  qtié  les  Profeiîeurs  eniMedecmè  ' 
ne  foient  plus- obligez  d^tre  Clercs,.  &  àPaire  ies^vœiix  quefonc 
tous  ceuxqui  fé  confacrént  au  Miniftere  des  Autels ,  ;iis  ne  laiC- 
,  font  pas  d’être  obligez â  une  aulS  grande  retenuërauprés-.des ma^ 

i  lades  que  ceux  iqui  onrvôîié.  C’ed  pour  cela  qu’m„%ayant  ïnfc 

■  terpfeté-de  PEpître  aux  GolôlSehs  ,:,qui  fcavoit-quelqu^^^ 

dans  la  Médecine  , ■  a  penféjqucxes  parolesjdu  Texte ,  Nonpm-^, 
eendo  corporiy  homrem  hukere  corpon  auroient  bien  pû  être  expri^7 
mées  par  êes  mots,  ordine  vmeïe ,  fi  d’atroeslnterprétesin’avoient 
crdque  S.  Paul  avoir yortiu  nous  marquei:d;ans:ce:précepte:què 
Honorem  habe-  les  Médecins  qui,  font  leur  devoir  ont  coûjouf s;  grand  foin  de 
£ccorpori,cuiho-  ne  rl^n  dire  &  de  ne  rien  faire  de  dés -honnête  auprès 'des  ma?-  _ 
STuT^fit^oTdine  ladcs  ,  dont  Ils  ont  pout  ainfi  dire  le  corps  en  dépoli  ,  j/r  lo^ue- 
vivere  ,  fie  toques  Tctur  MeMcus.  *  Car  ,  coffime' ics  Medccins  fe  trouvent  par 
fhluf^MeUneht.  nne  neccfficé  indilpenfàble  çn  la- compagnie A^S-^emmes  &  des 
ttdeap.  z.  Mpip.  ad  filles ,  ils  font  poùr  âmll  dire  conlïicü  es  les  gardiens  de  ce  qu’Hi- 
4e  Medico  a  apele  des  Thréforsçn  fa  langue  i  nom  qui  convient  d’au- 

'tant  mieux  au  fexe  que  les  peres  &  les  meres  en  font  fou  vent 
plus  jaloux  que  de  ceux  qu’ils  enferment  11  foi gneufement  fous 
la  clefo  Eli  effet ,  ta-eènverfation  ,  la  Gonidence,l’6ccalion,5i 
tout  ce  qui  faute- fouvënt' aux  yêux  leur  tend foes  pièges  ou  U 
ell  bien  difhcilè  de^  ne  pas  donner  quand  on  n’a  pas  fait  un 
fond  de  vertu,  ^ quand  on  ne  fe  pique  gUeres  de  fidelité.  Car 
enfin  ce  neft  pas  d'aujourd’huy  que  les  Médecins  tirent  avan- 
t^e  des  occâfîons.  -C’eff-pouP  cela  que  le  Médecin  Didyme 
y-J>fese».  Laen^  èft  communémènt  appelé  Philofophe  le  voyant 

■fi  attaehé  â‘ la  gueri'fon’dèd-oiii  d’une  helle  fille v  le-railiedéli- 
*  catement  fur  l’équivoque  du  nom  -Grec  qui  ne  figmfièpas  moins 
une  fille  que  la  partie  de  l’œil  là  plus  délicate ,  Cd^ve  ne  Ÿ^pidunt 
attifigaS  f  Ce  -fora  donc  pour  confirmer  cette  vérité ,  que-comme 
ies  exemples  ont  qûdquç  chôfo'  de  touchant ,  je  m*arrêteray  icy 

fur 


Seconde  Parti/,  Chap.  XL 

gir  rHiftoire  du  Médecin  Apollonidcs ,  dautanc  moins  fuipe- 
dic  de  fauffeté  ,  quelle  eft  rapportée  par  Gtefias  Médecin  & 

Hiftoriographe  d'Artaxerxe  ïCoy  de  l^erfe.,  &  contemporain 
de  cec  Apollonidcs  ,  fans  vouloir  particularifer  tout  ce  que 
les  fiecles  paflez  le  nôtre  nous  fourniffent  fur  une  matière 
qui  ne  veut  être  touchée  qu’en  paflant  ,  ÔC  qui,  ne  louffrc 
que  des  exemples  des  fiecles  les  plus  reculez.  Ceiui-cy  donc 
tirant  avantage  de  la  maladie  d’Amitis  fille  de  Xcrxes  &  fem¬ 
me  de  Megabizus  ,  qu’il  aimoit  éperduëment  i  s’avifa  de  luy 
faire  croire  qu’elle  ne  trouveroit  jamais  la  fin  de  fon  mal ,  que 
dans  le  commerce  honteux  qu’il  luy  propofa.  Comme  la  crainte 
de  la  mort  peut  tout  fur  une  ame  foible ,  la  pauvre  PrineefTc  crut: 
que  ce  que  luy  difoit  l’artificieux  Médecin  étoit  véritable ,  &  s’a¬ 
bandonna  à  tous  fes  defirs.  Mais  enfin  voyant  après  quelquc' 
temps  quelle  ne  laifibit  pas  de feicher,  U  qu’elle  ne  fe  trouvait  ^ 
pas  mieux  du  remede  prétendu ,  elle  ouvre  les  yeux  fur  le  dé¬ 
règlement  dé  fa  conduite.  Ainfî,  touchée  quelle  eft  de  dépit  &, 
de  honte  d’avoir  été  féduite  fi  facilement  par  ce.  Médecin  >  elle 
s’en  explique  àfa  mere  Amiftris  ,  ôc  peut-être  de  la  même  ma¬ 
niéré  ou  à  peu  prés  que  Lucrèce  s’expliqua  de  l’entreprife  de 
Tarquin.  Quoi-qu*il  en  fqit ,  Amillris  raconte  le  fait  comme  il 
luy  plaît  à  Artaxerxcs ,  qui  ne  voyant  point  d’autre  remede  que 
de  permettre  la  vangeance  à  une  femme  outrée  de  l’injure  faire 
à  fa  famille  ,  abandonne  le  coupable  à  fa  volonté  :  &  voila  qu’el¬ 
le  invente  tous  les  plus  cruels  fupplices  que  la  paffion  luy  peut 
fuggercr,&qu  enfin  après  les  avoir  fait  endurera  Apollonidcs 
pendant  deux  mois ,  elle  s^avife  de  le  faire  enterrer  vif  jufqu’au 
cou ,  de  maniéré  qu’elle  a  la  trifte  confolation  de  le  voir  mourir 
dans  les  doiileurs  ,  au  moment  que  fa  fille  expirant  de  fa  mala-  ^  ^  g  l». 
die ,  femble  le  pourfuivre  jufqu’aux  enfers  ,  fhnè  adulte^  iT^‘ 

Tüm  ad  infem  ufque  fequeretur.  On  fçait  le  fupplice  de  Veélius 
Valens  ce  fameux  Médecin  &  adultéré  de  l’Imperatrice  Mefifa- 
line ,  celuy  du  Médecin  Eudemus  corrupteur  de  la  jeune  Livie, 

&s’ii:n  eft  rien  arrivé  d’auflî  tragique  aux  Médecins  dé  nôtre 
temps  qui  ont  abufé  de  l’oecafionou  du  fccret  ,  au  moins  ont-ils 
tant  eu  de  parc  aux  V audeyilles,  aux  Satyres ,  &  aux  Çomedies  > 
qu’ils  ne  font  fortis  de  ces  affaires  que  bjien  contrits  &  confus. 

Encore  fi  ces  vilains  Purgohs  avoient  auffi  bonne  mine  que  ce 
Doaeuf  dont  le  Pogge  nous  fait  le  conte, peut-être  pourroient-ik  i»  faeetHs. 
fe  tirer  de  femblables  pas  auffi  heurenfement  que.fic  ce  fou-la,  ça 

Aaa 


370  Ejjah  de  Mededhe. 

une  ôccafion  des  plus  dangereufes.  La  République  de  Florence 
l’avoit  envoyé  vers  la  Reine  de  Naples  pour  quelques  affaires^ 
«imaginant  qu^étant  fort  bien  fait,&cette  Reine  d’un  alTez bon 
goût ,  elle  ne  manqueroit  pas  de  le  voir  &  de  l’écouter  avec 
quelque  complaifanee ,  ce  qui  arriva  en  effet  s  mais  le  Dodeur 
voyant  qu’il  avoit  obtenu  avec  tant  de  facilité  ce  qu’il  avoir 
demandé  pour  fon  p'aïs,  fe  perfuada  qu’il  n’en  avoit  obligation 
qu’à  fa  preftance ,  &  que  la  Reine  en  étant  charmée ,  il  n'a  voit 
-plus  qu’à  pouffer  fa  pointe.  Auffi  ne  manqua-t-il  pas  de  marquer 
îà  paffion  à  cette  Princeffe  dans  une  Audience  particulière,  ôc 
en  des  termes  fi  formels qu’elle  comprit  facilement  qu’il  afpi- 
roit  à  la  derniere  dés  faveurs.  Ce  qu’il  y  eut  de  joli  du  côté  de 
la  Reine  d’heureux  pour  rextravagant  Envoyé  ,  eft  qu’au 
lieu  de  la  foudre  qui  le  devoir  écrafer ,  il  en  fut  quitte  pour  cet¬ 
te  réponfe  que  luy  fit  la  Reiney  La  République  avoit» elle  auffi  char^ 
gé  vos  cahiers  de  cette  demande  t  comme  nos  Docteurs  fe 
croyent  bien  plus  en  feureté  chez  les  malades  qiie  le  Florentin 
né  i’étoit  chez  la  Princeffe ,  ces'  prétendus  fou verains^ des  Infir¬ 
meries  pouffent  en  de  fembiablcs  pccafioris  leur  autorité  ,  juf- 
ques  à  ufsr  de  main  mife  &  de  violence ,  tant  les  voy es  de  fait 
fent  de  leur  goût ,  traittant  de  pauvres  malades  comme  des 
Villes  prifes  d’affaut,  où  ladoldatefque  porteifes  mains  facriler- 
ges  jufques  fur  les  Temples  de  lai  pudeur  meme  t  car  ces 
kins  Efearbots  ne  craignent  hy  les  vilaines  exhàlaifons ,  ni  les 
ordures  mêmes  qui  fortent  du  corps  des gifans,  &  prennent  l’qc^ 
cafion  aux  cheveux  fans  aucune  formalité  j  infolens  Tarquins 
qui  n’en  veulent  qu’à  ces  Lucreccsqùela  langueur  a  mifesJiors 
de  refîftencc  i  terribles  galans  t  puifque  fans  fe  mettre' en  peine 
s’ils  font  aflez  aimables  pour  être  aimés>ils  caehenc d’enlever  par 
de  furieufes,  avances  ,  ce  que  les  loix  de  l’honnête  gaianteric 
ne  permettent  prefque  pas  d’efpercr.\ 

Brama  ajfai ,  poco  Iperà  )  e  nuda  chiede. 

Ce  n’eft  pas  là  tout,  car  comme  on  rie  manque  gueres  d’aller  . 
de  vice  en  vice  quand  on  a  une  fois  lâché  la  bride  à  fes  appé¬ 
tits,  &  que  quand  on  efl:  venu  à  bout  de  ce  qu’on  deihande,  on 
ne  pardonne  pas  mêmes  à  ces  pauvres  petites  créatures  que  k 
,  Republique  regarde  déjà  comme  fes  Citoiens-i  -  ce  n’efi:  pas 
merveille  ,  s’il  y  a  des  Médecins  qui  fervent  leurs  amies  à  leur 
maniéré  J  ôc  s’ils  fe  mêlent  de  ce  qu’on  appelle  commerce  d’a¬ 
mour  en  faveur  de  leurs  amis ,  tant  ils  font  feurs  de  s’avànceif 


Seconds  Partie»  Cliap,  XI,  57ï 

dans  la  pratique  par  cette  elpece  de  négociation  &  de  négoce; 
On  a  beau  dire  , 

O  chi  un^ue  tu  fojll  che  infegnajli 
Primo  k  vender  P^i^more 
Sia  rnaladem  iL  tHû  cener  jepulto 
E  Pe^a  fredüe. 

Gn  a  beau  dire-  qu  Eiculape  abhorre  fi  fort  ce  commerce  * 
qu’un  de  ces  vilains  entremeteurs  fe  plaint  drans  la  Comédie» 
d.^’avoirpafle  des  nuits  entières  dans  fon  temple ,  fans  avoir  pu  le 
rendre  propice  à  fes  vœux.  On  a  beau  dire  que  le  grand 
pocraté’ J  nonGontèht  de  nous  avoir  fait  une  leçon  de  pudeur 
&  d’honnêteté  à  l’égard  des  femmes ,  dans  fon  J  urement,  va  juf 
qu*à  ne  pas  même  permettre  les  nuditez  qu’on*  peut  éviter  ,  nec 
multos  corf  ons  parus  nudet  ;  que  Galien  blâme  le  Médecin  Xe- 
nophon  d’avoir  agité  des  matières  aufii  fales  que  celles  qui  font 
traittées  dans  un  dé  fes  Livres  ,  &  qu’il  afTure  en  plus  d’un  en¬ 
droit  qu’un  Médecin  fujet  à  fes  paflions ,  ne  fera  jamais  habillé 
homme.  Ils  n’écoutent,  dis- je,  gueres  ces  avis  :  car  comment 
profîteroient-ils  des  leçons  des  Pa^y  ens  ,  pui{qu’ils  n’écoutent  pas 
celles  dés  Médecins  Chrétiens.  Le  Gonciliateur  fon  fameux 
difciple  ont  beau  leur  cnQt  ^  Soye^fagts  ^  honnêtes  d^f^s  les  ruel- 
itS  i  ^  circonfpeBs  en  des  occajiom  qui  ne  fe  prefentent  que  trop  fou-^ 
^ent  i  que  ny  la  beauté  des  filles ,  ny  la  bonne  grâce  des  meres ,  pas 
même  ce  qu  on  peut  voir  de  touchant  dans  les  fervantes ,  ne  fafifie  au' 
tune  impreffion  fur  votre  ame,  ils  font  fourds  à  ces  confcils  ,  ce 
n’eft  pas  pour  eux  que  les  Cafuites ,  les  Théologiens  ôcles  Mé¬ 
decins  Chrétiens  ont  fi  bien  écrit  fur  cette  matière  :  car  quant 
aux  Jurifconfultes ,  quôi-que  rHiftoire  dn  mari  qui  abandon¬ 
na  fon  époufeà  fon  Médecin  ,  ne  foit  apparemment  qu’une  fî- 
dion  ,  je  ne  laifle  pas  d’être  furpris  de  voir  que  ces  Meffîeurs 
les  Legiftes  fe  foienc  plus  mis  en  peine  de  difculperd’époufe 
que  de  condamner  le  Médecin  qui  abufa  fi  lâchement  de  Fin- 
difpofition  de  l’époux.' 

Mais  fi  je  voulois  faire  des  inductions  dans  ce  Chapitré  com¬ 
me  dans  les  autres  ,  que  de  fujets  de  Comédies  fur  la  conduite 
du  Neptune  &  du  Petit-homme  ,  &  fi  je'ne.m’étoispropofé  de 
pâlfer  auffi  vite  fur  ces  matières  ,  qu’on  fak  ordihairement  fur 
les  cloaques  ôc  fur  les  voiries. 

Concluons  donc  des  Medeêihs  en  particulier ,  ce  qu’on  a  dit 
gcneralement  parlant  de  .toutes  les  conditions  de  la  vie  fur  coi-y 

Aaa  ij 


Æquum  crat  iitis  . 
caftifEmæ  præûdé 
parum  propkium 
efle  proftitutæpu- 
doris  homini.  Ter^ 
tullim.  de  Lenon. 
Flami». 


Lib.  de  Medtc». 

L.  quod-  optimut 
Medicus  fit  Fhilo- 
fohpus  é'  de  cog~ 
nofeend.  ^ 
mi  affeü. 


Arnald.  de  Villas 
neva  l  de  cnutelù 
Medicorum. 


V.  Tiraquell.  r.  jr; 
de  nebilitat»  ».  n. 


Tertul.Ub,  de  Pflf- 
iiciti». 


f.  S. 
Melig.  6. 


Piat.  in  Gorpa. 


.  Effah  de  Medecme,  ^ 

te  matière  i  ^âolefcem  Luxuriofus  peccat  fenex  infanif  :  que  fi  Vÿ:J. 
mour  prophane  eft  manfueto  fanciullo ,  il  eft  fiero  'vecchioy  ôc  meme 
qu’un  vieillard  qui  fait  l’amour,  ne  fçait  ce  qu’il  veut. 

A  l'hora  fe  pieta  tu  cerchi  male 
Se  non  la  trovi  y  &  fi  ta  trovi  peggîo» 

Et  qu  enfin  c’eft  particulièrement  pour  le  Médecin  ,  comme 
pour  le  Gardien  du  corps  que  la  pudeur  eft  appellée  Bonorcor- 
forum.  Aufiî  eft-ce  pour  inftruire  les  Médecins  de  cette  \«eritéj 
qu’on  leur  ceint  les  reins  d*aae  chaîne"  d’or  dans  la  ceremonie  de 
leur  Doftorat ,  &  s’il  m’eft  permis  de  remonter  à  l’Antiquité , 
que  les  Lacedemoniens  adorèrent  un  Efculape  vivant  dans  le  céli¬ 
bat,  &  une  des  Statues  de  ce  Dieu  nommée  parce  qu’elle 

ctoit  faite;  d’Agmis  Caftas  qu’on  croit  un  remede  à  l’ardeur  des 
Lombes.  Mais  pour  revenir  aux  Chrétiens ,  pourrions-nous  ne 
pas  obferver  icy  avec  le  fçavant  Erafmc,  que  Saint,  Luc,  ce  Héros 
de  la  MedecineChrêcienne  >  ne  vécut  fi  long-tems ,  dans  une 

fi  grande  famé  ,  que  pour  avoir  tres-exadement  pratiqué  la 
Gontinence  î  V erité  qu’on  peut  encore  confirmer  par  l’exemple  de 
tant  de  fages  Médecins  qui  ont  fuivi  fon  exemple.  Ce  ncft  pas 
pour  dire  le  vray  fur  les  difficulteZ-  de  quelques  Cafîiites ,  &  fur 
le  zeie  de  quelques  dévots ,  que  comme  il  eft  fouvent  neceflàire 
de  toucher  les  malades  ,  qela  ne  doive  être  permis,  aux  Méde¬ 
cins  dans  le  befoin  j  mais  il  faut  aufiî  que  cela  fe  fafife  avec  mo- 
deftie  ,  s’il  fe  peut  devant  des  témoins ,  &  avec  une  intention 
pure  &  charitable, tant  le  malade  doit  être  une  chofefacrée  a  ceux 
^ui  tangere  •venas 
Nomunquam  illkitas  audent. 

Et  tant  un  Pbëte  a  eu  raifon  d’aller  jufqucs  à  ce  point  de  cir- 
conipedion,  j 

Kec  ' 

Morhrum  cm fof  fer  eandida  brachia  qudrat. 


CHAPITRE  XII. 

T>s  U  comfilatjànce  fiaterie  des  Medecinf, 

SI  l’on  a  dit  delà  Rhétorique  qu’elle  eft  une  partie  de  la  fïa- 
cericjpourquoy  n’en  dirions -nous  pas  autant  de  la  Medeci- 


Seconde  VarHe.  Chap.  XH.  375 

puifqu  elle  ne  fe  fait  plusaprefent  c^cpertrijlem  aâuUtio- 
neml  En  efièt ,  dit  Platon ,  comme  la  Politique  âateufe  a  deux 
parties  qui  regardent  refpritr  à  fçavoir  la  Rhetorique.&la  So- 
phiftique  yde  même  la  Medeeine  complailante  en  a  inventé 
deux  qui  regardent  le  corps ,  à  {Ravoir  la  cuifine  &  la  commoti-  * 
que.  *  De  la  vient  qu’il  n’y  a  plus  d’autre  moyen  de  parvenir 
pour  les  Médecins,  que  les  vilaines  complaifances  de  ceux  qui 
croyent  a  voir  trouvé  le  Petazzi ,  quand  ils  ont  tronvé  le  moyen 
de  fortir  du  néants 

Quel  chagrin  pour  les  Médecins  qui  ont  de  Phonneür  de- 
Yoir  que  cette  honnête  liberté  que  les  anciens  confervoienc 
par  tout  ÿ  ne  foie  plus  du  goût  de  nos  Médecins  ambulans?  Ils* 
font  trop  amottreux  de  la  Pratique  ,  depuis  que  les  valets  fc* 
font  faits  Médecins  ,  &  que  lés  Médecins  fe  font  faits  valets  y 
pour  ne  luy  pas  voüer  leur  humbl.e  fervitude ,  &  ne  lüy  pas  fâ-  . 
crifier  tout  l’honneur  de  la  Profelîron.  G’eft  ainfi  qu’ils  ont  mis  •  ' 

_  en  œuvre  depuis  ce  temps-là ,  tout  ce  qu’ils  ont  crû  capable  de^ 
les  approcher  des  Maîtres ,  jufquesà  faire  la  cour  aux  portiers^ 
aux  cuifiniers  ,  au5elaquaiSr  Toutesleshabitudes&coutes  les' 
amicicz  leur  font  bonnes ils  appelent  être  populaire^,  ce  que  lesi 
honnêtes-gens  appelent  faire  le  faquin  avec  les  faquins.  Ils 
boivent  par  tout  de  toutes  fortes  de  yins  &  de  liqueurs ,  &;  d’au-' 
tant  plus  facilement  qu’ils  boivent  les  affrons  comme  on  boit- 
l’eau  ,  offrant  encore  leur  amitié  à  ceux  qui  ne  la  demandent 
pas.  Il  me  femble  que  je  les  vois  dés  le  matin  faire  leurs  révé¬ 
rences  àtous  les  voifins ,  s’arrêter  aux  boutlquesde  leur  «connoif- 
lànce ,  faiuer  à  droit  &  à  gauche ,  &  n’entrer  dans  les  affemblées^ 

&  même  dans  les  Eglifes  que  pour  trouver  à  qui  débiter  les  rioü- 

veautez  de  la  Ville  ,  &  eqfuite  leurs  belles  cures.  Ils>  fçavent 

que  comme  l’homme  eft  naturellement  vain ,  il  a  de  la  peine  à. 

ne  pas  fe  laiffer  aller  aux  complaifances,  &  que  fi  le  flateurefl:  ^  in-fhe^p~ 

une  bête  veneneufc,  là  flateric  ne  laiffe  pas  pour  cela  d/être  un 

poifon  agréable..  Et  voila  comment  il  n*y  a  plus  que  ces  Gna- 

tons  du  Comique  qui  foienc  àla  mode,  particulièrement  chez  les 

‘D2.mQS  yFwfnma  laudem  ,  ta.m  ils  font  feurs  que  les  loüanges 

font  la  glu  où  le  beau  fexe  ne  manqtiegueres  dé  fe  prendre.  C’eff 

par  ces  manières  &  ces  complaifances  que  cet  Afclepiade:  de 

Erufe  ,  dont  nous  avons  parlé  en  fon  lieu  ,  s’attira  l’eftime  de 

ceux  mêmes  qui  avoient  eu  de  l’averfîon  pour  la  Medeeine,  Il 

lî’employa  pas  lîmplement  la  douceur  des  paroles  ,  il  s’avifa  eu- 

Aaa  iij 


^74 

cpre  de  permettre  atix  nialadcs  ruiage.de  l’eau  froide  ;  il  inTciï^ 
ta  les  lits  fufpendus  où  on  les  berçoit  comme  des  enfans  j  ii 
pjrépara  des  bains  inconnus  à  ceux  de  Ion  temps,  ôc  leur  accor¬ 
da  tout  ce  qui  pouvoir  flater  leur  inclination.  Ayant  été  allez 
heiireux  pour  reconnoitre  qu  nù  homme,  que  des  collateraux 
e^^yoient  mort ,  pour  être  porté  ea  terre ,  avoir  encore  des 
jfignes  de  vie  »  &  1  ayant  réveillé  par  quelques  petits  lécoursi, 
il  n’en  feliit  pas  d’avantage  pour  le  faire  regarder-  comme  un 
honimedercenduduciel  ?il  eût  tranché  aulîl  hardiment  qii’  Ar* 
eù^gaf:^  ^  ’)1  ne  fe :%■  fer  y  i- :4ue  des:  remedes  iqne  les  autres 
M^deelns^ittoienjc-  en  uiagc.,  ü n’auroitpas  Ifbien  fait  les  aflfe 
&  n^urqk  pas  étéirecherché  colonie  il  le  fut  du  iloy:M 
tliridatev  nianiçres  du  grand  Hipocrate  M  celle  des  Mede-: 
cinfeq^iti  failoient  comme  duy  profelTion  de  fincerité  &  d’hon-: 

.  niiar^n’ay4nî:  donc.été  nÿ  de  ce  tcmps4à  ny  du  nôtre  ,  il  n^ 

faut  pis  s’étonner  fi  ceux  qui  les  ont  fuivies  exadement  n’ont 
'  jamais  été  les  plus  heureux.  'C’ell  ee  qui  fait  que  le  bon  hom- 

me  S- emporte  contre  quelques  ,  lâches  Médecins  de  fon  fiecle 
de  cttrand.  mimi  tant  Ic  mal  clt  ancien  daus  la  Médecine.  Galien  les  compare  ' 
plus  vils  Efelaves^  ,  dit-il ,  qm  or^t  droit  de  commmdtr^ 
dom.  Item  léb.  ad  ^  Us  fitwe&ttomme  d:es  'ud€ts]ufques  mx  ferfonms  f  ri- 

E^igenem.  ^  ^  J,ont  jU  M  gitgnent  la  ^onfimee  que  far  des  fallut  ations  é'  det 

Lib  1.  de  morborum  fiatetHS  îndigms  :£un.  homme  né  libre.  Jts  fe  flaifent  faniculieyement 
eumionib.  àja  table  des  ferfomés  de  qualité,  ils  tâchent  de  i  accommoder  aieuf 

gout^  &  leur  f  ermettent  Veau  froide ,  la  neige ,  tout  ce  qui  con» 

.  tmhe  à  la  fantè.  Le  vin ,  le  bain ,  &  tout  ce  qui  vient  dans  l’ef- 
r.  i.  Talent.  The-  prit  du  Patron  ell  fort  bon  à  leur  fentiment ,  fans  diftinguer  n^ 
fmr.  retondu. c.  i$.  temps  ny  les  rtijcrs.  Maxime  de  T ir  ce  grand  Philolophe  éc  ' 

contemporaîn  de  Galien entré  dans  fes  fentimens ,  fe  plaignant 
hautement  de  ce  que  les  Médecins  ont  quitté  les  nobles  ma¬ 
ximes  des  defeendans  d’Efculape ,  flattant  lâchement  les  appétits 
*  des  malades.  C’ell  ainfi  que  le  Gavalier  dont  parle  Stobée  J  tour 
accoutumé  qu’il  eft  aux  périls  Se  aux  fatigues  de  la  guerre  j  ne 
peut  fouffrir  ccrxainMedecin  qui  tranche  &  qui  coupe.  On  iuy 
amené  un  doiicet  ,  qui  ne  parle  ny  d’incifions ,  ny  de  remedes 
délâgreables ,  qui  le  lailfe  vivre  à  fa  mode ,  &;  jqui  luy  fait  de 
jolisicontes  j  comme  lepremier  luy  fembloit  un  bourreau  j  C-éé 
'  hii-cy  eft  juftement  l'homme  qu’iLcherchoit.  Et  voila  comme 
il  faut  être  fait  pour  Paris,  où  les  Bourgeois  qui  copient  les 
gens  de  la  Çour  >  loin  ^  donner  les-  mains  aux  remedes  font 


Seconde  Partie.  Chap.  Xll.  *^75 

cènt  façons ,  qui  laifîent  pafler  Toccafion  de  les  employer  utilc-^ 
ment,  jufquesàne  pouvoir  fouffrir  un  prognoftic  quieft  encore 
plus  de  leur  imcreft  que  de  celuy  du  Médecin.  La  cotnplaifance 
va  bien  encore  plus  loin:  car  notre  infâme  efpece  de  reptiles 
n’a  pas  de  peine  à  fe  ravaller ,  jufques  à  fuivre  les  avis  des  gar¬ 
des,  des  fcrvantes  ,  des  vallées  qui  font  auprès  des  malades, 
changeant  tout  autant  de  fois  d’avis  qu’on  les  en  veut  faire 
changer  5  &  comme  ils  s’actriftent  facirement  avec  les  trilles ,  ils 
danfent  aulli  la  gaillarde  &  les  matalîins  files  convalefcensôc  les 
alîillans  le  fouhaitem.  C’eit  par  çes  maniérés  qu’on  voit-tant 
d’ignorans  Médecins  faire  du  bruit  dans^  les  Villés  ,  &  particu¬ 
lièrement  dans  Paris ,  pendant  qu’on  né  dit  pas  un  mot  des  ha* 
bilesSc des  vertueux.  Ces  viUms  fatjires ^■dhimhon  Autêur ,  fùM 
fouvent  comme  ceux  des  Theacres  y  flus  applaudis  que  les  bons  ASièufs^ 
farce  quüs  fervent  dintermede  à  la  Tragédie.  Âulîi  Quintiliéii 
avoit-il  dit  long-temps  avant  cet  Auteur ,  qdily  a  des  hommes 
femhlables  a  ces  Comédies  qui  font  écoutées  d  caufe  de  la  grâce  que  leur 
donne  le  gejle  ér-  iaélion  du  Comédien  t  quoique  ces  pièces  ne  trou^, 
vent  pas  de  place  dans  les  Bibliothèques.  Voila  les  brodequins  de 
Theramenes  &  de  la  Médecine  bien,  dépeints  ;  les  minaude^ 
ries,  les  loüanges,  les  carelTes  6:  les  ftatterîés  qu’ils  mettent  par 
tout  en  ufâge ,  font  qu’on  les  écoute ,  mais  pour  tout  cela  il  elt 
affuré  qu’ils  n’ont  pas  l’ellime-  de's_  fagé^  des  jüdicieux ,  dont 
ics.  fuffrages  tiennent  lieu  de  Biblibtlieqûés  âùX  bons  Medeeinsé 
qnoy  qu’en  petit  nombre  r  fufficit  Unm  ,  fufficit  huilrn..  Prèlquei 
.  tout  le  monde  veut  être  trompé  par  des  complâifanees  >  &  Voilà 
pourquoy  il  n’y  a  prefques  plus  de  Médecins  qui  rie  trompent  j 
plutôt  que^de  perdre  la  pratique ,  verfo  le  donacelle  ver- 

fa  la  plebe  yjfbno  Jlimati  perché-  mettono  la  mâno/a' linganno-..  Tels 
étoient  parmi  les  gens  de  Cour  dé  leur  temps,  ces  Medécinéqui 
dirent  alTcz  hardis  êcaffez  complaifans  pour  cohfeiller  à  l’Em¬ 
pereur  Vefpaiïen  d’entreprendre  la  cure  d’une  maladie  préten* 
duë  incurable ,  parce  que  les  courtifans  étoient  d  avis  qu’il  l’en¬ 
treprît.  ,  ^  - 

:  Quant  à  nos  quatre  fameux  Médecins  f  j’àuray  biéh  dé  là 
peine  à  marquer  Icy  nettement  comment  il%  vi voient  avec  ïéurs 
malades ,  car  ily  avoitbien  du  haut  &  du  bas  dans  leurs  manie- 
ites.  Le  Neptune  éfoic  mèmQ-t  dbrupta  audacia  ■>  def- 

formeAbjequium.  Tantôt  complaifanc  à  faire  piiné  i  trijlê  addaHoy 
^ûtôtEér ,  infolent ,  ôc  tranchant  teitetent'du  Ibüvêrâin^  paf- 


Theeà.  Zuînger  '.in 
frœm.  fupA  Thee- 

fhrafi. 


'Raphaël  CaranKa 
nell.  confafieni  di 
Me  die. 


Tacit.  armai. 


37^  Ejfm  àé  Medednt, 

ticdieremént  fur  fes  eaux,  qu’il  n’y  avoit  point  d’appel  de  fes 
jugemens,  il  en  falloit  paflfer  par  là ,  B/irbatum  hoc  crede  ma^ijirum 
dicert.  Le  Grand  n’étoit  pas  fait,  pour  la  complaifancc ,  üiivant 
en  cela  fon  inclination,  parti  cul  ieremenc  depuis  qu’il  fe  vit  en 
réputation  ,  &  depuis  que  loin  d*avoir  acheté  la  Cour  ,  il  vit 
qu  elle  l’ayoit  .acheté  j  car  ce  fut  alors  qu’il  commença  à  parler 
üd’un  tout  autre  ton,  &  qu’il  devint  pour  ainjj  dire  pedentefque- 
ment  impérieux ,  jufques  chez .  les  perfonnes  qui  ont  droit  d’af- 
feder  rimperatif:  Le.  Politique  ayant ,  comme  nous  l’avons  re¬ 
marqué ,  un  fond  d’honnêteté,  &  Ta  réputation  étant  établie  ,  . 
ia’avoit  garde  de  donner  dans  ces  baUés  complai  Tances  que 
nous  blâmons.  Toute^fois  il  faut  avouer  qu’il  ne  lailTa  pas  dé 
paroîcre  un  vray  politique  5  ^x^à  quotks  & 

fe  rendant  plus  que  eoganiode  en  de  certaines  Gccafions ,  ou  fe 
tcnaus  en  quelques  autres  dans  une  efpeee  de  neutralité  ,  juf- 
qucsà  ce  qu’il  vît  qu’ii  étoic  temps  de  prendre  parti,  Quant  au 
Petit-homme,  il  n’y  eut  jamais  un  plus  grand  dateur.  H  fe  dh 
fok  le  meilleur  ami  d’un  chacun  indidéremmenu  Jl  aimoit  ^ 
difoit-il ,  cous  ceux  dont  il  avoit  affaire ,  comme  fes  freres.  Il  trou- 
voit  tout  bon  &  tout  beau  ,  quand  on  le  trouvoit  bon  ou  beau. 
Ç’eft  ainh  que  s’il  yoyoit  les  malades  &  les  affiftans  refolus  à 
prendre  un  remede  qu’il  avoir  auparavant  improuvé  .,  il  avoit 
des  raifons  toutes  prêtes  pour  reveiiir  de  fon  premièr  avis , 
pour  donner  dans  le  leur  î  fufques  à  paCer  du  blane  au  noir ,  fur 
tout  chez  les  riches  êc  chez  les  perfonn^  de  qualité  ,  dont  il 
avoit  grand  foin  d’épier  lé  foible ,  refolu  d’y  donner  à  tout  éve^ 
fîcment.  -Et  voila  pourquoy  s’étarit  oppofé  d’abord  à  l’établiffe-r 
-  ment  du  Quinquina  avee  chaleur  ,  voyant  enfin  qu’une  Dame 
qu’ij  craignoic  de  fâcher  jluy  avoit  reproché  qu'il  étoit  injufte 
de  laier  les  effets  d’un  remede  ffêxperimenté ,  il  outra  tellement 
,  .iac6tnplaifânce  ,qu’ilordônna  depuis  ce  temps-là  ce  remede  à 
tous  les  malades  qui  yenoient  de  fa  part ,  ou  qui  étoient  de  là 
\  ,  Oonnoiflançe.  Homme  à  tout  faire  ,i  pied  ^  à  cheval ,  à  droit  ê& 

à  gauche,  Alm  nm  temc^  e  F  hum  il  non  fdegno,  In  cœlum  jujfçris  ihit. 
Concluons  donc  qu’il  ne  faut  être  ny  trop  rigide ,  ny  frop  facile, 
l’exercice  de  la  Profelfion  i^tbamtas  ^  .dit  Hipoérate,  non 
aufleritas,  Laborantibus  grMÎÀi  i  foint  ces  hauteurs  que  Galien 
blâme  avec  tant  de  raifon  jufques  dans  fes  Maîtres,  ny  de  ces 
baffedès  contre  lefquelles  il  invcdlve  fi  fouvent,  Car  fi  le  Me? 
jdecin  veut  qup  fon  ^^alade  P^eïfife  >  ü  faut  qu’iTs’âttii:e  fa  çon- 

fiançq 


Seconde  Partie,  Chap.  Xlî.  377 

fiance  par  des  maniérés  franches  ,  Aujteritas ,  dit  encore  à  ce 

jet  Hipocrace  ,  fani^  &  Agm  inaece^a.  Ces  airs  de  Coxnmandans 

que  quelques  étourdis  Médecins  aifedent  ,  ne  font  propres 

qu^aux  Officiers  de  Guerre  ,  &  aux  PuÜîances.  Vade ,  difoit  le  ... 

bon  "Centurion ,  &  mais  il  n’en  eft  pas  ainfî  des  malades,  w°pùeTonSf. 

car  comme  ils  font  femblables-  atix  cnfans ,  il  les  faut  traiter  pa-  GAen.  uh.  de 

ternellement.*  Saint  Chrifoftome  même  nous  apprend  que  les  Jf/’ 

Médecins  de  fon  temps  leurs  donnoient  le  baifer  d’amitié  ,  pour 

les  obliger  a  prendre  les  remedes  falutaires.  Aiiilî  ne  voudrois-  adfeptd,  * 

je  pas  nier  qu’on  ne  pût  employer  quelques  douceurs  ,  afin  de 

les  faire  venir  au  point  qu’on  délire  pour  leur  bien  5  mais,  dit 

Galien, il  ne  faut  pas  que  cette  facilité  leur  puiïïé  nuire  ,  puis 

qu’elle  ne  fe  doit  mettre  en  ufage ,  que  pour  les  rendre  oh^iÇ^  commemitr.  in  ê-t. 

fans  aux  ordres  de  la  Medecine  rationelle ,  mtkn^ihile  obfequium, 

A  cela  prés ,  ces  petits  accommodemens ,  qui  font  Bien  éloignez, 

&  de  ces  lâches  maniérés  que  nous  avons  marquez  cy-devant , 

Ai  tout  au  contraite  de  cette  noble  audace  que  Jacques  Méde¬ 
cin  Grec  fit  paroître  à  la  Cour  de  l’Empereur  Leon  le  Grand  5 
ces  petites  facilitez ,  dis- je,  feront  qûétquésfôis  de  faifon ,  pour- 
veu  qu’elles  ne  choquent  ny  la  confcience ,  ny  l’honneur  de  la 
Profèilîon.  Mais  par  malheur  pour  les  Médecins  qui  s’en  tien¬ 
nent  là  ,  ils  ne  font  gueres  ‘bien  leurs  affaires,  C'ejl pourquoy  ,  dit 
Galien  j  mes  amis  me  njoyant fi Mtachè  h  r'étade  ^  h  l^:  recherche  de 
la  verké,  me  confeillükf^f  de  faire  ma  cour  aux  PuiJfameS  )  à  leur  U- 
•ver  t  d  leur  table  ,  ^  aux  occafims  de  flaifir  y  Sur  quoy  Symphor.  f  Comment. 
Champerius  faifant  reâexion  ,  il  fe  plaint  que  fon  époufe  ,  fa  fumHifi9riTîrî^ 
famille  &  fes  amis  lüy  donnoient  le  même  confeil.  .  ma, 

Ainfî  ne  laiffons  pas  de  conclure  ,  quant  aux  fruits  8c  aux 
avantages  que  les  lâches  tirent  de  leurs  lâcherez ,  que  ceux  qui 
onr  de  rhonneur  ne  doivent  pas  pour  cela  perdre  courage  ny  fe 
chagriner.  Ces  miferables  flareurs  ne  femblent  heureux  qu’à 
ceux  qui  ne  regardéne  que  les  dehors  ,  êc  qui  ne  fçavent  pas 
avec  quelles  peines  d’efprit  &:  de  corps  ils  font  parvenus  à  leurs 
fins.  Que  de  railleries  8c  de  duretez  effuyées ,  que  de  hau¬ 
teurs  ,  de  mépris  8c  d’ingratitudes  fouffertes  &  diffimuiées  : 
car  Toit  dans  les  Cours  ou  dans  les  Villes ,  js  ne  doute  pas  que  _ 

.  s’ils  étoient  aufli  ingénus  que  ce  Courtifan  auquel  on  demandoic 
par  quelles  voyes  il  étoit  parvenu  à  fés  fins  ,  ils  ne  répondiffent 
comme  luy  ,  in]mias  perferendo  dr  gri^tias  referendo.  Si  lu  voix  du  senü.  Uh.  j. 
peuple ,  dit .  Seneque,  parlant  d’un  mal  habile ,  mais  heureux  per-  iî. 

B  b  b 


57^ 

'  fonnagc ,  t^aplaudit ,  fi  tous  les  igmrms  é*  toutes  les  petites  femmes 

spfi.  %9:  de  la  Mie  te  louent ,  pourquoy  ne  nom  feroMu  pas  pitié ,  [çachans 

quelles  voyes  tu  as  prifes  pour  gagner  l' e fi  ime  &  la  faveur  du. vul¬ 
gaire  ?  ^mnte  villanie  e  parole  injuriofe  a  [offerte  cofiui  prima  che 
d’arrichiare ,  difoic  TEmpereur  Frédéric  1 1 1.  voyant  le  magnifi- 
que  Palais  d’un  riche  Italien.  C^ue  les  dodes  &  genereux  Me» 
decins ,  dont  le  Chancelier  Bacon  plaint  le  malheur  avec  tant 
de  juftice ,  ne  changent  donc  pas  de  maniérés  pour  fe  voir  fi  mal 
Jurea  camînaFi.  partagez ,  puifque  félon  Pithagore  il  faut  toujours  faire  les  cho» 
tkagor.  crédit»,  fes  que  nous  croyons  bonnes  honnêtes ,  quoi-qu’il  ne  nous  en 
doive  revenir  riy  bien  ny  honneur. 

Tr^ncifc.Tetrmk  Pochi  compagni  haurai  per  [altravia 

pmt.y,  ‘  Tanto  ti  pregopiùyo  gentil  fpirto 

Non  le ffer  la  magnanima  tua  impreffa. 


CH  API  TR  E  XIII. 

Des  hi'^merles  t^pp  fingulmte^ 

OU  O  i-Q^  E'  Leonardo-Fioramenti  fut  luy-mêmc  un  hom- 
m«  fîngulier ,  &  extraordinaire  dans  fes  opinions  ,  &  bi- 
SLârre  dans  fa  pratique  autant  qu’aucun  Médecin  de  fon  temps, 
il  ne  laiila  pas  de  compofer  un  Livre  intitulé  Capricci  Me- 
d:mnali  ?  oii  il  expofa  les  fantaifiesj  les  vifions  &  les  bizarreries 
des  Médecins  de  fa  connoilTance  ôc  de  fon  pais ,  tant  il  eft  vray 
Babims ,  indices ,  cc  n’eft  pas  feulement  en  France ,  ou  les  Médecins  feplai» 
cuftodcfcîue  digni-  fent  à  Pcfprit  particulier,  &  à  des  méthodes  fans  methôde.  Mais 
comme  il  ne  s’agir  icy  que  de  ce  qui  fe  pratique  en  ce  Royaume , 
je  me  retranche  à  nos  Médecins ,  dont  je  vais  Qbferver  les  biga' 
Proprius  habitus  ,  mres,le  fantafque ,  &  le  bôuru  jufqués  aux  habits,  puifque  le 
T-'m 'lo^rf  Hipocrate  ,  &  quelques  autres  grands  perfqnnages  n’ont 

aT  pas  dédaigné  de  regler  la  maniéré  de s’habiler  honnêtement ,  SC 
hoi^orem  que  iionobUant  leurs  avis  ,  les  Médecins  de  nôtre  temps  l’ont 

^  négligée  jufques  à  fe  rendre  encore  ridicules  par  cet  endrOit-là. 
Il  effc  aiÎLiré  que  la  propreté  eft  requife  en  tout  &  par  tout  >  que 
Aut  îoc^uendüm  nous  devons  quelque  chofe  au  public  j  &  que  cette  crafle  que 
nobis  cft  ut  vcaiti  quclqucs  ancicns  Philofophes  &  quelques  Bizares  Médecins  ont 
eft  extravagante.  Platon ,  comme  on  le  voie  dans  fa  vie 
^ieren  :Epfi.  le.  chez  Diùgcne  Laërce , éteit  propre , &-recommandoit  la  propre» 


Seconde  Partie,  Chap,  X 1 1 L  $7^ 

téâfcs  difciples ,  quoi-qa'il  n’approuvât  pas  le  luxe  &  les  ma-  Lih.de  Medîc», 
nieres  efFeminées  d’Arillote,  Hipocrate  marque  û  exadement 
à  fon  Médecin  ce  qui  eft  féanc ,  quil  n’oublie  ny  les  ongles  ,  . 

ny  les' odeurs  j  voulant  que  tout  y  foit  grave  &  honnête ,  jufqu’à 
la  contenance.  Galien  va  bien  plus  loin  que  fon  Maître,  puis 
q[u’il  particLilarife  la  Tônfure  ôcles  regards  mêmes.  Mais  nos 
Médecins  le  font  bien  mocqiiez  de  tous  ces  préceptes  &  de  ces 
barbons depuis<^uelquc  temsî  puifqu’ils  n’onc  vouki reconnoître 
-aucun  autre  Maitre,que  la  mode  j  quoi- quelle  ne  fut  pas  faite 
pour  eux ,  encore  ne  la  fui  vent-  ils  pas  pour  cela  fi  exactement , 
qu’on  ne  voye  bien  qu’ils  ne  font  pas  plus  à  la  nouvelle  mode 
qu’à  l’ancienne.  _  En  effet,  les  uns  ont  donné  dans  le  Cavalier, 

&  en  voicy.  la  bizarrerie.  Nous  avons  veu  des  Trafons  montez 
fur  leurs  grands  chevaux  ,  à  demi  caparafîbnnez&émmantelez 
de  violet  doublé  de  roiage,  la  mouftache  êc  la  perruque  re- 
trouffée ,  la  cravate  noüée ,  la  canne  en  la  main ,  l’épée  au  côté , 
êc  la  mine  meürtriere,  tout  de  Rolans  &de  Ferragus ,  &  peu  s’en 
faut  bufles  a  manches  de  velours  noir.  Les  autres  ont  affeefé 
une  négligence  pedentefque  ,  qu’ils  appelent  Philofophique  j 
croyant  palier  de  cette  maniéré  pour  des  Docteurs  profonds  & 
confommez.  Il  y  en  a  même  qui  font  les  coquets  &  les  galans  de 
toute  confec[ueme ,  en  point  de  France  ,  en  rubens ,  en  étoffes  de 
couleurs  &  raiées  ;  mais  dont  le  langage  démentant  l’habit,  n’é- 
talle  que  turkipinades ,  galimathiasôcfadaifcs.  Les  vieux  ont  des 
perruques  noires  fur  des  cheveux  gris  ,  pour  faire  les  beaux  &: 
les  jeunes.  Les  jeunes  ont  de  longues  calottes  fur  des  cheveux 
courts  pour  paroître  vieux  ,  &  prefques  tous  des  habits  noirs , 
blancs  de  vieilleffe.  Les  uns  &  les  autres  enfin  fe  font  laffez  d’al¬ 
ler  à  pied  ,  &  comme  fi  ceux  qui  ont  pu  avoir  des  montures  , 

(  car  il  en  refte  encore  bien  en  piçds ,  )  enflent  voulu  fe  vanger 
du  fort  qui  les  avoit  fait  venir  à  pied  à  Paris  ,  ils  ont  affedé  de 
paroître  haut  montez,  in  curribue ,  é"  b>i  if^  equis.  Mais  ce  qu’il 
y  a  de  pitoyable  &  de  récréatif  tout  enfemble  en  cela  ,  c’cfl  que 
pour  deux  ou  trois  riches  avares  qui  ont  mieux  aimé  pourrir 
dans  la  crotte,  que  d*aller  proprement  &  commodément ,  Trium- 
fhatores  Fedanei ,  il  s’en  efl  trouvé  de  fi  vains ,  que  fans  avoir  fait 
^ucun  fond  pour  cela ,  ils  fe  font  donné  des  carroflés  ,  T^riur/f 
fhatores  bien  que  la  plupart  incomplets,  dimidiau  Biye 

âimidiatis  Meâicü ,  demi  Médecin  ,  demi  voiture.  Mais  fi  Pon 
•çonfidere  que  ces  maniérés  d’équipages  ne  font  foutenus  que 

Bbb  ij 


O  "Effais  de  Medecînel 
de  refpefânce  d’une  bonne  Automne  ,  Medich  gravù  mnuf  în 
efi ,  ôc  que  ce  n  eft  que  pour  donner  dans  la  veuc  du  peuple 
qu’ils  font  cette  dépence.  Ad  populum  Phaleras ,  on  comprendra 
facilement  que  la  machine  ne  uibûftanc  qu’en  l’air  ,  il  ne  faut 
qu’un  Garbin ,  un  zephire  ,  &  un  petit  vent  de  fanté  pour  la 
renyerfer  en  peu  de  temps.  Si  chaque  Médecin  ne  vouloir  voir 
qu’autant  de  nialades  qu’il  en  faut  voir  pour  les  bien  obferver, 
il  n’auroit  affaire  que  de  fes  pieds  ôc  de  fa  tête  j  mais  comme 
on  ne  veut  que  côiirir  &  multiplier  les  vi fîtes  ,  il  faut  appeler 
au  fecours  bêtes  &  gens.  Ce  n’eft  pas  toutesfois  qu’il  ne  faille 
tomber  d’accord ,  parlant  généralement ,  que  ces  vanitez  de  ca- 
rofles  ,  font  bien  moins  une  invention  des  pauvres  maris ,  que 
de  ces  Bourgeoifes ,  qui  par  une  rage  de  paroître  femmes  de 
qualité,  fe  font  avifées  de  contrefaire  celles  qui  le  font  ,ne  fe 
contentant  pas  d’ufurpeh  le  nom  de  D  a  m  es,  mais  ufurpant 
encore  Béclat  ôc  le  fafte  de  leurs  équipages. 

Demem  Divas  ,  ^non  imipa^bUe  fulgur 
Au-XOx  é"  capnpedum 

;  Aucune  ne /voudrait  regarder  fa  ba^ffeffe  y 

La  Dame  de  deux  lours  tranche  de  la  Prince ffe  , 

'  'h  K  Lt  celle  dont  la  mere  étoit  Dame-Aliz,pn  , 

S\érige  en  Demoifelle  en  porte  le  mm, 

Lt admirere^vout  point  l'humeur  de  cette  fertime  y 
oj eut  qu  à  pleine  bouche  on  V appelle  Madame  % 

'  Pour  faire  remarquer  fa  grande  qualfté  y 

^^i  jent  encore  le  fuif  é’ le /vin  frelaté  t 
Et.  qui  ne  voudrait  pas  y  tant  fa  gloire  ejjr  exquifey 
■  Le  ceder  d'un  atome  k  la  Dame  Marquife ,  . 

Mi  fouffrir  dans:  V  état qu'elle  a  pris  dd un  plein  faut  y 

aucune  autre  au  fauteuil  Veut  pris  dd  un  ton  pim  haut  t 
Si  le  mari  diferèt ,  (f"  prudent  ét  mo^fie  y 

Pour  n  être  pas  moqué  y  ce  titre  luy  côntejle  r 

Et  de  trop  de  fierté  doucement  la  reprend  y  / 

Le  fat  n  a  pas.  appris  .k  bien  tenir  fon  rang  y 
Et  qu  être  fon  mari  y  c  ejl  a  luy  trop  de  gloire. 

Encore  s’il  n’y  avait  que  de  ces  femmes  de  MatEieux  &  de 
Zacheesqui  en  euflent  amené  la  mode, elles  pourroienc  fbutenir 
cela  5  mais  des  femmes  de  pauvres  Purgons  ,  en  vérité  ,  c*eft 
avoir  grande  envie  d’qnvoyer  les  familles  le  grand  galop  à  l’Hor 


Seconde  Partie.  Chap.  XIII.  3&I 

pkalî  ou  au  moins  de  les  renvoyer  aux  lieux  d’où  elles  font  ve¬ 
nues;  Voila  pour  les  habits  6c  pour  les  allures  de  nos  gens,  ve¬ 
nons  aux  dogmes ,  à  la  méthode  &  aux  expériences  de  ces  bons 
Codeurs ,  ou  fans  doute  nous  ne  verrons  pas  moins  de  bizarre¬ 
rie,  qu’en  tout  ce  que  nous  venons  d’obferver.  Les  uns  tien¬ 
nent  opiniâtrement  la  vieille  Phîfique,  6cla  vieille  méthode  de 
leurs  Maîtres.  Les  autres  font  pour  la  matière  fubtilc,pour  les 
Gorpufcules  de  di verfes  figures,  pour  les  machines  Hidrauliques, 
êi  femblabies  droleriesj  d’autres  pour  les  Acides  ,  les  Alkah,  ou 
le  Souffre ,  le  Sel  &  le  Mercure,  chacun  félon  fa  dévotion  fou- 
tenant  la  éhofe  jufques  au  feu  ,  mais  excluflvement.  L’un  ell  - 
Ceife,  l’autre  Paracelfe  3  l’un  ne  reconnoit  qu’Hipocrate  au¬ 
quel  il  fait  dire  comme  aux  cloches  tout  ce  qu’il  luy  plaît,  ou 
n’eftime  que  Galien  6c  quelques  Arabes ,  quoi-qu’il  n*entende 
pas  plus  leur  langage  qtie  le  bas  Breton.  L’autre  ne  parle  que 
de  ’^anhelmont  qu’il  ne- comprend  pas  ,  ôc  tous  general emen.t 
ont  leur  remede  favori,  qui  ne  fert  fouyent  qu’à  amufer  le  ta¬ 
pis.  L’un  blâme  le  vin  ,  l’autre  l’eau  ,  l’un  faigne  les  malades 
jufques  à  l’eau  ,  6c  fait  tant  de  cas  de  cet  Elément,  qu’il  lecroit 
a’uffi  propre  à  étourdir  6c  à  reprimer  l’ardeur  des  fièvres  ,  qu’à 
«teindre  le  feu  Elémentaire,  pourveu  qu’on  s’en  noyé.  Un  au- 
jtre  au  contraire,  croit  fe  bien  diftinguer  des  faigneurs 6c des 
"  Médecins  d’eau  douce  ,  laiflànt  plutôt  brûler  le  malade  vif,  ou 
crever  de  douleur  ôC  de  plénitude ,  que  de  luy  ordonner  la 
moindre  faignée  ,  6C  que  de  luy  donner  à  boire  dans  l’accès  j 
tant  il  eft  affuré  que  l’humanité  qui  porte  les  femmes  ,  les  en- 
fans  ,  les  dévots  de  profefiion ,  6c  tout  le  genre  pufiUanime  à  ab¬ 
horrer  l’épanchemcnt  du  lang  humain ,  mettra  cette  foule  dans 
fon  parti.  Quant  aux  remedes  qui  ne  font  pas  de  ceux  que  la 
Medecine  appelé  generaux  ,  *  ne  fçaît-onpas.qu’il  s'eft  trouvé  ^  5algnée,piîrga^ 
des  Petronas ,  des  Afclepiades,  6c  tant  d’autres  efprits  fl  finguliers,  ^ 
q;U’ils  leur  ont  fubftitué  les  fruits-  cruds  -,  les  pâtifferies  ,  les  lai¬ 
tages  ,  6c  qu’ils  ont  voulu  foûtenir  leur  méthode  envers  tous,j,6c 
contre  tous  jufquesàla  fin  3  quoi- qu’il  n’y  eût  que  ces  malades 
crédules  ,  6c  qui  ne  fçavoient  pas  la  carte  du  païs  de  fingularb 
té,  qui  s’âbandonnaflcnt  à  ces  guides  :  car  enfin  un  de  ces  mé¬ 
thodiques  modernes  étoit  fi  pauvre  de  remedes  ,*  qu’il  croyoit 
avoit  déployé  l’Oriflamme  de  la  Medecine ,  quand  après  avoir 
coffibatu  des  maladies  rebelles  6c  opiniâtres  à  coups  de  pommes^ 
cuites  fromages  paous,E  ^  retraachok  comme  en  un  rem- 

B  b  b 


5  s  L  àe  M eâeçîns, 

part  affuré  dans  l’opiate  Écphradique.  Pour rexpfe(Gon,  Tu^ 
parle  Ncrvcze  ,  l’autre  Cyrano  ,  l’un  Grec ,  l’autre  Latin,  ou 
François- Latin ,  tous  tres-mal ,  &  comme  on  difoit  d’un  qui  avoir 
fort  mal  harangué  en  Latin  &  en  Grec  mde  K&i  W?.  Qi^nt  aux 
ffliœurs  Sc  à  la  Religion ,  quelques-uns  font  des  libertins  décla¬ 
rez  &  impudens,  d’autres  font  des  hipocrites  6c  des  grimaciers  , 
Janfeniftes  ou  Anti-Janfeniftes,  comme  on  les  voudra,  puifquc 
le  petit  collet  s’accommode  à  tout ,  6c  que  pourveu  qu’ils  en¬ 
trent  en  pratique  ,  ils  prendront  parti  où  on  voudra  ,  témoin 
eeluy  qui  poftuloit  un  Bénéfice  avec  un  air  doux  êc  de vot  ,  ha¬ 
bit  long  .  petit  collet  6c  courte  perruque ,  à  quoy  il  avoit  ajoùté 
des  Chapelets  garnis  de  Médaillés ,  les  uns  dans  fes  bras ,  6c les 
autres  fortans  négligemment  de  fa  pochcjquoi-qu  il  fût  connu 
pour  un  franc  Deifte  ,  6c  pour  un  de  ces  Abbez  qui  fçaehans 
que  les  biens  d’Eglife  font  le  patrimoine  des  pauvres ,  croyent 
s’acquitter  de  leur  devoir  en  donnant  une  bonne  partie  de  ces 
biens  aces  pauvres  femmes  qui  ne  tirent  pas  grand  fecours  de 
leurs  maris.  En  elFet  ,  à  voir  parler  ces  bons  Freres  ,  toutes  les 
filles  6c  toutes  les  femmes  font  leurs  Bonnes^  parce  qu’il  n’y  en  à 
gucrcs  qui  ne  foie nt  bonnes  pour  leur  manege.  Bien  plus,  elles 
font  les  Sœurs  des  plus  compofez  à  les  entendreparicr,6cpeut 
être  de  celles  qu’on  pourroit  appeler,  é‘  con]ux. 

Voila  donc  bien  de  la  bizarrerie  6c  du  travers  dans  la  plu¬ 
part  de  nos  iDodeurs  ,  bien  du  mélange,  du  bas  Sc du  haut,d^ 
populaire  6c  du  glorieux  >  du  dévot  6c  de  Tindevot ,  6c  bien  des 
lîommes  faits  comme  ces  femmes  qu’on  appels  ad  ogm  cofrySC 
defquels  je  pourroisdonnerde  beaux  portraits ,  fi  je  ne  jugeoisi 
propos  de  me  retrancher  aux  bizarreries  de  nos  quatre  Mede- 
qins.  Mais  avant  que  d’en  venir  làjn’eft-il  pas  jufte,  pour  don¬ 
ner  quelque  confolation  aux  pauvres  Médecins,  6c  pour  faire  le¬ 
çon  à  tout  le  monde  fur  le  fait  de  la  bizarrerie ,  de  faire  voir 
que  les  malades  6c  les  fains  de  nôtre  temps  ont  leur  bizarrerie 
comme  nosDoéleurs  ? 

X ennuyeux  récits  y  é^comi>ien  de  redites , 

Leur  font-ils  ejfuyer  dans  toutes  leurs  vijites  f 
Combien  de  quefiions  leur  fait-on  à  la  fois  ^ 

Sur  dijferens  fujets  fans  doute  dl un  grand poidsi 
Sans  qu’ils  filent  écoutez,  y  é"  l'on  'veuille  attendre 
,^ils  fuijfent  la  reponfe  en  deux  mots  faire  entendre *  : 
Combien  fouvent  faut-il  mmr  le  difeours  > 


Seconde  Pmte,  Chap,  Xllî,^  385 

Hljiorîer  les  mmx  far  de  fecrets  détours  » 

Selon  V humeur  des  gens  &  les  divers  genies 
De  ceux  dont  le  malade  aime  la  compagnie  ? 

^^e  ne  fouffrent  ils  point  de  fa  mauvaise  humeur , 

^uand  il  devient  fâcheux  avec  combien  d'aigreur  , 
font-ils  regalez,  lors  qud  quelque  remede 
*Vne  mauvaife  nuit  ou  quelque  accès  fuccede  ? 

D'un  fymptôme  impréveu  fe  treuve-t-il  furprü, 
c'ejl  le  mauvais  effet  dufulep  qu il  a  pris» 

Deux  gouttes  de  Ftifane  ou  de  telle  autre  chofe^ 

De  ce  redoublement  feront  l' unique  caufe , 

Et  dailleurs  quelle  peine  a  choifir  leurs  ragoûts  » 

A  donner  dans  leurs  fens(jr  les  connoltre  tous  ? 

L'un  cherche  des  Doéieurs  a  fon  humeur  conforme  I 
Vautre  plus  avifé  veut  mourir  dans  les  formes  ; 

L'un  court  après  la  drogue  ér  nen  ef  jamais  fou  y 
Vautre  aujf  ridicule ,  ^  quelque  peu  plus  fou  j 
Dans  la  cuifante  ardeur  d'une  langue  altérée^ 

2/e  voudroit  pas  goûter  d'un  verre  d'eau  fucrèe. 

Ceux-ld  quune  faignèe  aurait  pu  fecourir , 

Tour  conferver  leur  fang  ^  pourront  fe  voir  mourir'^ 

Ceux~cy  l'offrent  fans  peine  i  0  nen  font  point  avares  ^ 

Tant  les  goûts  font  divers,  &  les  efprits  bigarres  j 
Mais  qui  n  admirera  qu'étant  fi  curieux 
De  leur  chere  fanté,  de  ce  bien  précieux, 

^jfavec  tant  de  chaleur  les  malades  demandent  » 

Ils  efiiment  fi  peu  ceux  defquels  ils  l'attendent  5  - 
^pii  donnent  tous  leurs  joins  >  leur  peines  ^  leur  temps  i 
A  trouver  le  fecret  de  les  rendre  contens  : 

Combien  fouvent  font-ils,  pour  toute  recompenfe» 

Traite^d'une  hauteur  quittent  de  l'infolence ,  ' 

Et  fans  aucun  refpecl  fierement  gourmande^, 
s'ils  ne  paroiffent  pas  fi-tôt  qu'ils  font  mandeljj 
Ou  fi  pour  quelque  avis  a  leur  avis  contraire  > 

Lis  n'ont  pu  mériter  le  bomheur  de  leur  plaire , 

Comme  fi  l'écu  blanc  qu'on  leur  met  dans  la  main  j 
Leur  acqueroit  fur  eux  un  droit  de  fouverain  t 
Dans  l'état  malheureux  d'une  fi  trifie  vie  , 

Far  tous  ces  beaux  endroits  fi  peu  dignes  d'envie  >' 
ils -n'ont  P  as  grand  be foin  aies  ex  aminir^ 


Effkk  de  Meiectne 

T>*atter  chercher  mlleurs  de  quoy  fe  chugrînet. 

A]oàtom  0UX  frjets  de  leur  inquiétude ,  '  ■ 

Leurs  fervices  rendue  ipaye^d’ingratiude  f 
Lu  foule  des  fâcheux ,  les  pUintes  des  purens , 

de  tous  les  fuccês  cueulent  qu  ils  foient  gMms,% 

Et  le  bruit  importun  que  dms  le  monde  excite 
Le  mdude  qui  meurt  fms  quon  le  re^ufeite, 
fuge^  ji  (ùr  cela  Von  doit  être  furpris  , 

^^Vunenuit  de  chagrins  noirçiffe  leurs.  efpritS-  i 
Et  qu  une  B  fâcheufe  ér  fi  trifie  p^ratique , 

;  Leur  donne  un  air  fi  fombre  dr  fi  mélanchelique  ? 

Le  Politique  i  la  vérité  étoit  le  moins  bizarre  des  quatre  ^  car 
fi tparoître  quelque  bizarrerie  fingularité ,  ce  nefut  gué- 

ces  que  dans  jes  differéns  .partis  qu'il  prit,  tant, au  fujet  des  Mé¬ 
decins  étrangers ,  qu'il  ne  traitta  pas  tous  &  toujours  de  même 
maniéré  ,  qu'au  fujéc  de  l'émetîque  j  pour  .lequel  il  étoit  tantôt 
Guelfe,  tantôt  Gibelin,  proptermetum.y^  fi  vacilant  dans 

la  Pratique  ,  qu’il  donnôit  dans  le  fentiment  de  la  fe.rvantc, 
comme  dans  .aeluy  de  la  Maîtreiîe  quand  on  le  preiïoit.  Le 
Grand  fut  le  premier  qui  jetta  pour  ainfi  dire  le  Broc  aux  or? 
îles,  quittant  l'hàbk  de  fon  Ordre  avec  une  bizarrerie  d'autant 
plus  grande  que  cet  habit  le  rendoit ,  luy  &  fes  Confrerçs ,  en 
gueique  façon  vénérables  s  que  depuis  ce  temps-là  les  Mede? 
cinS  ontcommencé  à  être  regardez  du  peuple  qui  fc  plaît  àce 
qui  frape  Fîmagînation  ,  comme  des  prophanes  Bç  des  farfadets; 
Ex.  iilo  fiuere.  Le  Petit?homme  étoit  la  bizarrerie  même  :  dans  fes 
habits ,  tantôt  cavalier ,  tantôt  bourgeois  j  dans  fes  entretiens , 
tantôt  populaire ,  tantôt-prétieux  j  dans  fa  conduite ,  tantôt  foû^, 
mis  ,  tantôt  menaçant  .,yray  Prothée  jufqpes  dans  fa  pratique: 
Car  fi  le  malade  demandoit  à  être  faigné  ,11  citok  aufil-tôt  Sç 
Grecs  02  Latins  pour  autori fer  la  faignée  j  h  au  contraire,  ony 
âvoit  quelque  répugnance ,  il  ne  manquoit  pas  de  raifons  pour  le 
contre  ,  &  fur  tout  de  dire  que  comme  le  fang  eii  le  tréfordc 
la  wïe ,  êc  le  frain  de  la  bile.,  on  ne  peut  allez  le  conferver  j  quoj- 
que  fi  quelque  pauvre  Médecin  .eût  allegué  cette  raifon ,  il  l’eut 
traité  d'écpher  Se  de  difciple  des  Arabes.  Si  on  ne  iuy  citoit 
ppint  HIpocrate  il  accabloit  d’Aphqrifmes ,  &  iî,on  le  ^citoit  plus 
"d  propos  qu'il  ne  faifoit ,  il  ue  manquoit  pas  de  répondre ,  que 
.est  Hipocrate.  étoit  . trop  vieux  ,  &  qu’il  .en  faloitiaîre  un  à  U 
^de,>îais  quelque  bizarre  qu’il  fut  jufques  dans  fa  h^eligiom 

faifâol 


Seconde  Partie.  Chap.  XIII.  3g/ 

feHant  tantôt  Tliommc  confcicntieux  &  tantôt  le  libertin ,  oa  au 
moins  le  commode,  &  même  dans  fon  domeftique,  où  il  cbau- 
geoit  à  tous  momens  de  refolution  &  de  veuë  ,  &  où  on  ne  le 
pôuvoit  comprendre  :  Quelque  bizarre  ,dis-je ,  qu’il  fut ,  il  faut 
neanmoins  avoüer  que  ce  n’étoit  encore  qu’un  écolier  en  com- 
paraifon  du  Neptune.  En  effet ,  outre  les  bizarreries  que  nous 
avons  remarquez  en  paflànt  dans  le  portrait  de  celui-cy ,  ily  a 
bien  encore  d’autres  traits  de  bizarreries  à  remarquer  dans  fa 
conduite  &  dans  fa  vie.  Dés  l’an  idip.  il  fc-fit  faire  un  habit 
de  marroquin  ,  croyant  fe  garentir  ainfi  de  la  Pefte  qui  regnoit 
alors.  Il  mit  en  fa  bouche  de  l’ail ,  &  de  la  rué  dans  fon  nez  , 
ic  dans  fes  oreilles  de  l’encens  ,  Sc  couvrit  fes  yeuxde  bezicles. 
Qui  ne  reconnoîtroit  donc  pas  à  ces  précautions ,  &  à  cet  équi¬ 
page ,  les  bizarreries  d’un  Dom  Guichot  de  la  Medecine  ,  &  un 
Palladin  armé  de  pieds  en  cap,  pour  combatre  les  maladies  les 
plus  malignes ,  &  tant  d’autres  ennemis  du  genre  humain?  Il 
avoit  encore  inventé  des  habits  de  camelot  &  de  ferge  d’Arras, 
de  treiUis  .&  de  taffetas ,  comme  des  armes  deffcnfives ,  fur  Icf- 


quelles  il  s’imaginoit  que  ce  glaUe  du  Seigneur  ne  feroit  que 
couler  :  car  quant  à  la  dillénterie  qui  cft  une  maniéré  de  peftç 
en  de  certains  lieux ,  fi  l’on  en  veut  croire  fon  Panegirifte,  con¬ 
nu  fous  le  nom  de  l’Abbé  Malotru ,  il  en  guérit  plus  de  dix  mille 
Ibldats  au  fiegede  la  Rochelle ,  en  jes  failant  afîbir  nuds  fur  des 
fieges  percez.,  fous  lefquels  ofi  faifbit  du  feu  de  vieilles  favattes, 
le  jolyparfum  î  Quantaluy  il  portoit,dk  l’Abbé,  un  pantalon 
depuis  les  pieds  .jufqu’à  la  tête,  qu’il  confeilloit  encore  aux  Da¬ 
mes  de  porter  pour  fe  préfer  ver  du  froid ,  quoi-qu’elles  n’aiment 
guercs  les  pantalons.  Son  fiege  de  Rue ,  continue  l’Auteur,  étoic 
garni  en  hyver  de  peaux  de  lièvres  ,  &  quand  il  faifoit  Poffice 
de  fiege  de  chambre  ,  011  le  couvroit  de  catalognes  pliées 
en  quatre.  Outre  le  feu  de  fa  cheminée ,  il  y  avoit  autour  de  fa 
chambre  des  vafes  pleins  de  feu,  ôcil  étoitfi  ami  de  la  chaleur, 
qu  un  Chirurgien  ayant  un  jour  oublié  de  mettre  une  ferviette 
chaude  furie  bras  d’une  penonne  qu’il  faignoit,il  luy  fît  une 
affaire  capitale  de  cette  négligence ,  Nejçü<ves;.-vous fas , luv  dij- 
ii  ymon  ami  ,  qu  ily  aàesjuges  pour^unir  ceux  qui  font  de  méchan-i- 
tes  aUionSi  é'  (yu,e  vous  ne  pouvez  commettre  un  plus  grand  crime 
^u  en  Otant  la  vie  aux  malades  par  votre  négligence  ,  ou  pat  votre 
ignorance  5  ^  que  fi  les  I^edecins  ^  les  Minifires  de  la  Med^ecim 
q^Quloient  s  attacher  a  leur  Profejfion  i  le  Mpy  de  France  feroit  le 
"  Ccç 


386  Medecine, 

flus  fuiffant  Monarpe  de  la  Terre ,  ér  fi»’  Royaume  bien  plus  cuUî^ 
vé  pe  tous  les  autres ,  quel  début  &  quel  bizarre  raifonnement 
pour  une  ferviecce  chaude  ou  froide?  Continuons.  11  porcoit 
pour  fe  preferver  de  la  Goûte  ,  huit  calotes  d’eftame  fous  fa 
perruque ,  &  autant  de  paires  de  bas  d’eftame  dans  fes  pieds 
avec  un  bas  de  fergè  fourré  ,  quand  il  faifoit  froid.  Le  lit  où 
il  couchoit  ,  &  dont  il  confeilloit  Tufage  aux  malades  &  aux 
fains,  étoit  enchafte  dans  un  mur  de  brique  ,  l’imperiale  dou¬ 
blée  de  peau  de  lièvres,  le  tout  natté  dehors  ôc  dedans 3  mais 
il  ne  falloit  pas  oublier  de  porter  les  deux  bottines  de  mar- 
roquin,  doublées  de  cotton  ,  avec  les  deux  paires  de  bas  d’e¬ 
ftame,  qùil  croyoit  d’une  neceflîté  abfoluë quand  on  avoir  pafîè 
foixante  ans..  Q^nt  à  la  bizarrerie  de  fa  pratique ,  outre'  tout 
ce  que  nous  avons  cy-devant marqué ,  il  déclama  contre  tous 
les  remedes  de  la  Medecine,  dés  qu’il  fe  fut  avifé de  fon bouil¬ 
lon  rouge  &  de  fon  Crocus  ,  dont  il  croyoit  que  le  genre  hu¬ 
main  lui  devoir  avoir  une  obligation  éternelle  ,  comme  du  ' 
plus  beau  prefent  qu’il  lui  eût  fçû  faire.  Entre  autres  rerhe- 
des  bizarres  ,  il  en  avoir  un  ,  dont  une  vieille  poule  étoit  la 
bafe  :  on  la  mettoit  bouillir  vive  avec  la  plume  &  toiit  ce 
qu’elle  portoit  au  dedans  ,  avec  des  purgatifs  &  des  alteratift 
de  toutes  les  clafles ,  capables  de  Gompofer  une  Oüile  médici¬ 
nale.  Apropos  de  quoy  je  penfe  qu’il  ne  fera  pas  inutile  de  marquer 
ky,  pour  égay  er  un  peu  la  matière  ,  qu’une  Reljgiéufe  Infirmie-’ 
re  de  certain  Ordre  ayant  un  juur  trouve  cette  compofition  dans 
fon  répertoire,  &  l’ayant  mife  en  execution  k  en  ufage  malgré 
un  Médecin  qui  ne  put  Ten  empêcher  ,  elle  penfa  faire  mou- 
'  rir  la  malade  ,  qui  n’en  feroit  pas  réchappée  ,  ft  elle  en  avoir 
pris  une  fécondé  dofe,  comme  cette  bonne  Infirmière  le  lui 
Gonfeilloit.  Enfin  nôtre  Neptune  çtoit  bizarre  jufques  dans  l’e¬ 
xercice  même  de  fa  Religion.  Car  comme  perfonne  ne  dou¬ 
te  qu’on  ne  puifte  adrefter  fes  prières  aux  Saints,  quand  oneft 
malade  5  les  Sages  conviennent  aufli  que  de  les  leur  adrefter 
par  rapport  à  leur  nom  ,  ou  au  genre  de  martyre  qu’ils  ont  fouf- 
fêrt,  c’eft  une  bizarrerie  fuperftitieufe  &  populaire  5  êc  nean¬ 
moins  le  Neptune  pribit  faint  Laurent  de  lui  impetrer  autant 
de  chaleur  naturelle  qu’il  en  faloit  pour  vivre  long-temps.  C’eft 
Servafius  à  fervan-  àinfi  quc  le  Roy  Louïs  XI.  prioit  faint  Servais  Evêque  de  Ma- 
ftrich  pour  une  longue  vie  ,  fé  perfuadant  qu’il  avoit  vécu  trois 
âges  d’hopmes.  ^Mais  q[üel  rapport  du  gril  de  faint  Laurent 


Seconde  Pmh,  Châp,  XI  V.  587 

de  {es  charbons  à  la  chaleur  naturelle  dans  ^l’humide  radical , 
dont  nôtre  Neptune  demandoit  la  confervation  à  faint  Lau¬ 
rent  ?  Finidons  par  une  bizarrerie,  qui  pour  ne  pas  regarder  la 
Médecine  ,  ne  marque  pas  moins  le  bizarre  ôc  le  bourru  du 
Médecin.  Il  ayoit  vendu  fa  maifon  à  un  Partifan  nommé  Ja¬ 
cob,  éc  le  marché  étoit  preft  à  être  ligné,  quand  il  s’avifa  de 
demander  qu’on  y  ajoutât  que  l’Acquereur  feroit  obligé  d’ef¬ 
facer  ces  mots  qui  étoient  fur  la  porte  :  AbJUne,  Sufiine  j  &  d’y 
mettre  en  la  place  ceux-cy  :  In  exitu  ifr^'él  de  Ægyfto  ddmusj-a^ 
mh  de  populo  barbàro^ ,  faute  de  quoy  le  marché  demeura  nul. 

Je  celTerois  icy  de.  reprefenter  les  défauts  de  la  plurpart  des 
Médecins,  s’il n’ étoit  encore  à  propos  de  les  confiderer  en  de 
certains  polies ,  tels  que  font  les  Cours  des  Princes  :  à  de  cer^ 
tains  égards,  tels  que  font  ce  qu’on  appelle  fortune ,  &  ce  qu’on 
appelle  charlatancrie.  Et  pour  ne  rien  oublier  de  ce  qui  les  re¬ 
garde  ,  s’il  ne  me  fembioit  encore  ncceiraire  de  s’arrêter  au 
choix  qu’on  en  peut  faire  ,  aux  abus  de  la  plufpart  desconfulta- 
tions,  à  ceux  dés  vifites-réïcerées  &  alFeétées  3  à  la  rétribution  , 
nu  honoraire  qui  eft  du  au  Médecin,  &  à  tant  de  differentes 
Eacultez  qui  nous  fournilfent  tant  de  Doâleurs  &  lî  peu  dé  de¬ 
mies  Médecins.  Je  commence  donc  par  les  Cours. 


G  H  P  I  T  R  E  XIV  . 

Des  Médecins  des  Princes, 

PU  I  s <xuE  les  bizarreries  des  Médecins  nous  conduifent  G. 

naturellement  dans  les  Cours ,  les  lieux  du  monde  où  l’on 
voit  le  plus  d’éyenemens  bizarres  &  fùrprenans,  voyons  li  les 
'malades  6c  les  Médecins  y  font  mieux  leur  devoir  que  dans  les 
Villes  6c  à  la  campagne  5  fi  ceux-là  font  dans  les  difppfifions 
que  la  raifon  6c  la  Médecine  en  demandent  pour  tirer  le  fruit 
qu’ils  attendent  des  remedes ,  6c  fi  ceux-cy  y  portent  autant  de 
capacité,  de  probité  6c  de  fincerité ,  qu’ris  fontparoître  de  cha¬ 
leur  6c  d’emprefiement  pour  entrer  dans  ces  ferres  de  Promif- 
fion  3  6c  enfin  fi  le  choix  qu’on  fait  de  cette  forte  d’Officiers 
du  Prince  ,  eft  toujours,  conforme  au  bon  fens  ,  6c  aux  raifons 

de  la  Politique.  Mais  . comme  il  eft  afez  difficile  dè  ne  pas  dé- 

'  ^  ....  ... 


388  EJJétts  de  Médecine. 

plaire  dans  cette  difeuffion  à  ceux  qui  peuvent  prévenir  les 
Puiffanccs,  je  crois  que  pour  éviter  cet  écueil ,  il  n’y  a  quà  ne 
pas  defeendre  au  particulier  ,  fc  contentant  de  reprefenter  en 
general,  les  devoirs  des  malades  &;  des  Médecins  de  Gour  :  car 
fi  les  uns  &  les  autres  ne  font  leur  perfonnage  comme  il  faut, 
toute  la  Medecîne  ne  fera  qu’une  ceremonie  dangereufe  pour 
fes  fuites,  fc  terminant  non  feulement  au  deshonneur  de  laPro- 
feffion  j  mais  même  aux  périls  &  fortunes  des  Têtes  facrées. 
jî  horifm  J  feSt  cc  n  efi  fas  le  Médecin  fa^e  fon  devoir  t  mais  il  . 

‘  ’  faut  encore  que  le  malade  é"  ajfijlans  fafent  le  -leur.  Aphbrif- 

me  fi  conforme  au  bon  fens ,  que  Galien  ayant  avoué  a  l’En?- 
pereur  Marc-Aurele  ,  que  fi.  un  particulier -eût  eu  l’indifpofi- 
tion  pour  laquelle  il:  leconfultoit ,  il  lui  auroit  donné  du  vin 
èc  du  poivrej  mais  que  les  Médecins  n’ofant  donner  aux  Princes  ' 
e^ÿ.i  I.  remedes  fûrs  ,  il  ne  luy  confeilloît  qu’un  T opiqué  chaud 

appliqué  fur^fon  eftomach.^  Aphorifme  ,  dis^je  ,  fi  plaufible, 
que  l’Empereur  ayant  compris  cedifeours,  il  voulut  être  trai¬ 
té  comme  un  particulier.  Pourfuivons.- 
Entre  les  avantages  queles  Princes  §c  les  grands  Seigneurs  ont 
fur  le^  autres;  hommes  ,  celui  d’avoir  un  Médecin  tout  à  eux  > 
né  me  femble  pas  un  des  moindres.  Ils  fc  peuvent  aflurer  de  le 
polïeder  ,  pour  ainfi  dire,  folidairement ,  commodité  d’autant 
,  .  .  .  plus  grande,  qu’un  fçavant  Médecin  de  nôtre  fîecle  avance  fur  le 

A^ount.  oftimo  témoignage  de  Seneque  &:  meme  de  Galien,  qu  il  leroita  pro- 
fiatft.  c.  1-7 .  pos  que  chaque  malade  eût  fon  Médecin  affidé  &  ami  :  car  il 
ne  faut  pas  douter  qu’un  tel  Médecin  n’entre  d’autant  plus  fa¬ 
cilement  dans  la  connoiiîance  dû  mal ,  qu’il  s’y  applique  avec 
Qui  me  inter  cos  d’attachement  &  de  loifir.  Car  quis  agrot  in  tranfitu  caret?  * 

ponit-SwE/^îf!  a  que  le  Fils  de  Dieu  qui  ait  eu  ce  privilège  :  Fertranfibat 

4®-  .  benefaciendo  fanando.  C'cl}:  pour  cela  que  les  Princes  qui  ai¬ 

ment  kur  fanté,  &  quien  fçavent  le  prix  ,  ont  foin  d’attirer 
en  [eurs  Cours  les  plus  fages  &  les  plus  expérimentez  Méde¬ 
cins ,  par  des  honneurs  &desrecômpenfcs  qui  les  diftinguent 
des  Médecins  ambulans.  Car  quoi  que  la  Critique  ait  dit  SC 
penfé  de  la  Medecine  ,  les  fages  Payens  l’ont  crue  fi  necefiaire 
aux  hommes  ôc  particulièrement  aux  Princes  ,  que  pour  faire 
comprendre  à  ceux-cy  qu’ils  fe  dévoient  doucement  fbumectre 
à  fon  autorité  &  à  fes  fecours  ,  ils  ont  donné  un  Médecin  à 
leurs  Dieux.  Ces  habitans  de  l’Olimpe  ne  fe  trouvant  gueres 
à  la  cable  ôc  au  lit  dans  Homère  fans  leur  Peon  ,  pour  Icqu^ 


Seconde  Partie.  Châç.  XIV.  3«^- 

ï’ Antiquité  a  tant  eu  de  vénération,  qu*elle  n’a  pas  erû  pouvoir 
rendre  un  plus  grand  honneur  aux  grands  Médecins-,  qu’en  les 
appellant  Peons.  Mais  quoi-que  les  Princes  foient  les  images- 
des  Dieux ,  &  que  quelques-uns  mêmes  fc  foient  fait  adorer  ‘ 
comme  des  Divinitez ,  ils  ne  fe  fontpas  tous  rendus  fî  obcïffan's 
à  leurs  Pcons  Sc  à  la  Médecine  ,  que  les  Dieux  d’Homeref 
car  s’il  s’en  efl  trouve  qui  ont  mis  leurs  Médecins  à  leurs  ta¬ 
bles  &au  rang  même  de  leurs  favoris ,  de  leurs  amis  ,  de  leurs  ^ 
Miniftres,  comme  ont  fait  Phalaris  r  Denis  de  Sicile,  Darius 
Augufte ,  Julien,  &  Maurice  Céfars  3  pour  ce  petit  nombre,  dis- 
je,  il  ne  s’en  trouve  que  trop  d’autres  qui  ont  bien  voulu  s’en 
palfer ,  ou  qui  tout  au  plus  ne  les  ont  retenus  que  par  vanité 
pour  le  conege ,  les  uns  apprehendans  que  le  zele  &  la  préten¬ 
due  fidelité  d’un  Médecin  ,  qui  fait  quelquefois  trop  le  necef- 
faire  ,  ne  s’opposât  au  torrent  de  leurs  paflîo ns  ^  &  les  autres  fe 
confians  en  leur  jeuneffe ,  ou  en  la  force  de  leur  conftitution  >, 
ne  pouvant  fc  mettre  dans  l’efprit  ,  qu%n  peu  de  précaution 
dans  la  vie  diffipée  Sc  voluptueufe  qu’ils  mènent  ordinaire¬ 
ment,  eft  d’un  grand  fecours  contre  les  maladies  qui  les  mena¬ 
cent.  Il  eft  bien  vrai  d’autre  part  que  les  Princes  ne  font  pas  cemmmtahts 
toujours  aftez  heureux  pour  avoir  les  meilleurs  MedeGins  de 
leur  temps  j  k  prévention ,  les  favoris ,  &  même  le  lointain  des  ' 

Provinces  ,  oii  les  plus  habiles  font  quelquefois  cachez  ,  les 
dérobent  à  leur  connoiftance  s’il  arrive  qu*ils  en  rencon¬ 
trent  un  bon ,  il  arrive  aufli  quelquefois  qu’il  eft  bien  moins  à 
eux  qu’aux  Miniftres  de  aux  favoris  qui  l’ont  donné ,  §c  qui  lui 
font  dire  tout  ce  qu’ils  veulent  C’eft  pourquoy  je  marquera/ 
premièrement  icy  ce  qu’un  Prince  qui  prend  un  Médecin ,  doit 
faire  ,  pour  ne  pas  fe  repentir  de  fon  choix  ,  d’oix  je  pafteray 
au  devoir  du  Médecin  qui  s^eft  engagé  au  fcrvice  du  Prince.. 

Il  ne  faut  pas  que  les  Princes  qui  ont  choifi  un  Médecin  & 
qui  penfent  à  la  confervation  de  leur  fanté  ,  refTemblent  à  ceuîé 
dont  Galien  nous  fait  la  peinture,  qui  faifoient ,  dit-il,  delà 
nuit  le  jour  ,  &  du  jour  la  nuit3  &  qui  étoient  fi  attachez  à  la 
vie  animale  ,  quHI  les  appelle  des  Moutons  a  la  toifon  i*or,-Il  eft 
impofiible,  dit-il  ,  de  fe  bien  porter  en  menant  une  telle  vie 
quorum  vit  a  ^  an  fagina  efi^  nec  vivere  diu  y  nec  fanos  ejfe  pojp'- 
Hle  elt.  Il  faut  donc  qu’ils  s’élèvent  au  deflus  des  fens,  &  qu  ds 
s  âddonnent  à  la  fagefte  ÔC  aux  vertus  morales ,  qui  s’accordent 
fi-  bien  avec  h  kntc  êc  la  Médecine  3  &  quftls  fc  perluadcnt  , 

Ccc.  iij 


'  59^  de  Medecine.  ^ 

que  bien  qu’ils  foient  maîtres  de  tout,  qu’ils  foient  obeïs,  jeu^ 
îics  &  de  iortc  complexion  ,  ils  peuvent  devenir  par  leurs  dé- 
réglemens,  tels  que  nous  lés  dépeint  un  Médecin  Italien  :  ofirZ 
fM  âaHe  go tte  ,  o  forpriji  dai  çaduto  ,  ottemti  d'aile  Apoplexie^, 
affitti  d'cüa  pietm ,  o  md  tmtîati  dl a  c  arm  fit  a  ,  o  pertugiati  da 
fetem  fifiotô.  Et  qu  enfin  ils  peuvent  tomber  dans  djes  douleurs 
bien  plus  grandes ,  que  m’ont  été  les  plaifirs  qu’ils  ont  fends, 
au  bâtard  encore  de  ne  pas  aller  au  premier  ou  au  fécond  clb 
materiqiie.  ^Mâis  je  ne  vois  pas  que  l’Hiftoire  lions  fournifie 
un  grand  nombre  de  Princes  faits  comme  elle  les  demande , 
puifqu’un  Morofophe  a  prétendu  pouvoir  écrire  les  noms  des 
&  des  mieux  fenfez  de  Ton  temps  dans  le  chaton-d’une 
femt.cUudiîapHd  bâgue.  E  oïlivete  ^  la  bagatelle  &  les  piaiurs  oecuperent  telle-r 
Vêpfmm.  ment  ceux  m  êmes  des  derniers  fiecte ,  pouf  ne  pas  remonter 
plus  haut ,  qu’un  de  nos  Hiftoriens  tranche  net  , 
nourris  à  faire  les  fois  en  h ahillemem  é*  en  paroles -,  h.  (\ue,  de  mU 
ks  lettres  ils  n  avoient  connoiffame.  -  V ^  (  peut-être  parce  , 

qu’il  n’âvoic  pâs^  fuj  et  ^d’être  fort  content  de  ceux  de  fon  temps) 
n’en  parlôit  pas  mieux  que  cet  Hiftorien::  car  après  avoir  fait 
faire  à  quelques  Auteurs  ce  jugement  touchant  ia;  conduite 
de  rEmpereur  Gonftantin  :  .  ,  r 

Molti  lo  ^ùdicarmo  di  poCê  ingegm 
M-che  a'veffeilcervellôfopra  lachioma.  . 

^  Atit  Rigem  mt  H  ajoute ,,  pour-peindre  l’entêtement  de  la  iplufpart-des 
famum  nafdopir-  s,uttcs  :  pfïhccs  I  cûMe  fèfHpre  a  gran  Seignor  accadei.i  C’eft 
aiïifî  qu  Erafrne  remarqué  après  Seneque,  dans  un  de  fes  plus 
beaux  de  fes  plus  hardis  Adages  ,  *  qu’un  certain  Craffüs 
fut  jugé  digne  d’être  Roy  :  tant  il  étoit  un  fat  achevér  A  quoy 
iiajoûte  ,  après  avoir  fait  une  revûë  fur  toute  la  Fable  &  PHi^ 
ftoire  j  êé  même  fur  lel  Princes  de  fon  temps ,  qu’il  n’y  voyoit 
Jÿw  ^  rien  d’un  vrai  Prince  ,  &  de  ces  qualités ,  qui  confiftent  ifé? 

Ion  lui ,  â  être  le  Médecin  de  fbn  peuple ,  à  le  fecourir  dans 
fes  befoins  ,  à  n’en  affliger  <  ni  retrancher  aucun  membre  ,  s’il 
n’efi:  neceffâire  St  à  propos^ -pour  le  bien  du  corps  PolitiqiTC 
Avançons,  il  ne  faut  pas  qu’un -Rrince  prenne  un  Medecia 
d’une  feule  main  ,  ni  même  fimplement  de  deux  ni  de  trois  i 
parce  qifêlles  peuvent  être  corrompues  ou  fufpeétes.  Il  faut  qu’H 
fàfiTe  chercher*  dans  fdn  Etat,  s  il  fe  peut ,  les  étrangers  n’étant 
iamais  aficz  furS  -,^ie  plus^-homnie  dé  bien  ,  Se ■  le  plus  fçavant 
qu’on  pourr^  .  1}  aura  qu’à  le  demander  aux  Façufe 


Seconde  Pmîe,  Chap.  X 1 1.  3 

tez&  aux  Colleges  des  grandes  Villes  de  chaque  Province, 
ne  manqueront  pas  de  procéder  à  ce  choix  fincerement  &  avec 
application  par  refped  du  Prince ,  pour  l’honneur  de  la  Pro- 
fcflion,  &  pour  ainli  dire  ,  pour  leur  propre  intereft  ,  Remploi 
que  Télû  lailTera  ,  reliant  à  partagerentre  eux.  Plufieurs  Piift- 
ces  fe  font  bien  trouvez  de  cette  précaution  ,  comme  on  le  peut 
voir  dans  nos  Hilloires ,  ôc  même  dans  quelques  endroits  de  cet 
Ouvrage,  s'il  arrive,  dit  à  ce  fujet  l’Empereur  au  Code  Théo-  v.  jnnmm -Rohru 
dolienj  que  dé  ms  Médecins  meure ,  quonen  choijîffeun  Rerum 

mtre  en  fa  flace^  fans  avoir  égard  ni  aux  foUicitations  des  Grands , 
ni  à  la  faveur  des  Juges  commis  a  ce  choix  ,  ^  quon  mus  en  faffe 
auff-tôt  afrés  le  raforté  Bien  plus  ,  il  n’y  avoit  aucun  des  dix 
Médecins  de  l’Empereur  qui  ne  fût  examiné  avant  qu’on  l’ad- 
mill  au  fervicc,  ôé  cela  fe  pratique  encore  à  prelent  en  quel¬ 
ques  Cours  ,  ou  ils  ne  font  reçus  qu  après  avoir  été  PmfelTeurs 
en  des  Facultez  célébrés  ,  êc  qu’enfuite  <ies  informations  de 
de  leur  vie  ôc  mœurs.  Rien  par  faveur  ,  rien  par  argent  l' ce 
feroit  pour  ainû  dire  ,  mettre  la  vie  du  Prince  à  l’encan.  Mais 
à  propos  de  ces  Médecins ,  il  faut  que  l’on  fçache  que  non  feu-^ 
lement  le  Comte  des  Ârchiatres ,  n’ell  plus  ondes  Comtes  Eiéfés 
de  l’Empire,  pas  même  un  Comtetel  que  l’étoit  ce  célébré  Me-  . 
decin  de  trois  Empereurs  Jean  Crato.:  trtaià  encore  que  ces  Mé¬ 
decins  qui  croient  tenir  la  place  des  dix  Archiatres  de  l’Empe¬ 
reur  ,  ne  font  dans  la  plufpart  des  Cours  rien  moins  que  ce 
qu’ils  penfent  ,  ôc  qu’ils  n’ont  prefques  plus  aucune  fonclion:  ,  /  ; 

car  à  la  referve  du  premier  Médecin  6c  du  Médecin  ordinaire  , 
ceux  qui  fe  piquent  tant  d’être  Médecins  du  Prince,  ne  le  font 
effedivement  que  de  nom.  Cependant  ces  bons  Mellieurs  veulent  - 

avec  cette  Titulade  précéder  en  de  certains  païs  tous  les  autres 
Médecins ,  abus  dont  on  pourroit  appeller  au  Prince  mieux  in¬ 
formé.  Car  quelle  honte  qu’un  petit  Medecinfraîcheinent  lord 
de  l’Ecole  ,  ou  débarqué  de  la  Province ,  précédé  des  têtes 
grifes  &  confommées  dans  rexercice  de  la  Profelîion ,  la  Loi  na^ 
turelle  obligeant  les  jeunes  a  prévenir  les  vieux  decivilitez, 
affurgere  feniorihus ,  la  vieillellè  étant  de  foi  fi- venerable  ,  que 
le  Prince  même  eft  appellé  pour  -cela  Senior  dans  les  vieux  ti¬ 
tres  ,  de  maniéré  qu*on  a  fait  de  Senior  S eignor  y  6c  le  Sere  àcs 

Italiens  ,  qui  font  le  Seigneur  &  le  «y/fr  des  François.  AulE 
qu’arrive-t-il  a  ces  Médecins  qui  fe  piquent  tant  de  leurs 
Charges ,  c  eft  qu  encore  qu’on  foie  obligé  de  refpecler  les  Pa- 


ôafieder.  ’Epifi.  . 
Ui. 


Ycms  Medîcus 
«Corporum  Prin- 
ecps«  Pi(H.:L.i*de 
M^uhik, 


591,’  Ejjais  de  Mededne 

tences  qui  fcmblent  leur  donner  que^ucs  attributions  ,  îl  fc 
trouve  des  hommes  fi  chagrins  ,  qu’ils  prennent  plaifir  à  dou¬ 
ter  de  ce  qu’ils  fçavcnc ,  ou  s’ils  n’en  doutent  pas  ,  à  y  glofcr 
chacun  à  fa  fantaifie.  Témoin  ;le  Médecin  ,  qui  voyant  qu’un 
autre  le  ^vouloit  primer  en  qualité  de  Médecin  du  Roy  ,  quoi¬ 
qu’il  fût  d*un  âge  ôc  d’un  mérité  fort  au  delïûs  du  ficn  5  fe 
a'Ctira  lui  difant  :  Je  fçay  ^  Monfieur  ,  jyue  vous  êtes  Médecin  des 
Ecmies  dé  jà  didajejlé  cejl  ^ouryuoy  je  vous  laijje  fur  votre  fumier. 
Mais  pour  revenir  de  cette  petite  digreffion ,  au  choix  qu’on 
cfaifoic  aneicnnement  des  Médecins  du  Prince  ,  >fuppofe  qu’on 
le  falTe  de  cette  manière  ,  je  croy  que  le  premier  Médecin 
peut  être  le  Juge  &  l’Arbitre  de  tous  les  difterends  ,  &  fubfi- 
diairement  les  autres  Médecins  du  Prince  ,  de  toutes  les  aiFai^ 
xcs  de  la  Médecine  »  puirque  d’autre  part  Caflîodore  y  eft  lî 
formel  ^ t  inter  fdum  Magijiros  felm  habearis  eximius  ; 
ms  pdick  -tuo.cedmt^  yui  fe  ambitu  mutUA  contentionis  excruciunt^ 
Éfo  Avbiter  mtds  wgregU^  eorum^e  difingm  confiHus  qms  judk 
eure  folm  folébut  ùÿecius.  Car  enfin  il  n’y  a  que  cet  Officier  ,  fi: 
on  en  croit  cet  Auteur  »  dont  la  Charge  ne.  doive  point  être 
WQnûc^  dndulge  te  quoqm^fdMio.mJko  ^  hubeto  fidmmm  ingrédient 
di  i  .qui&  mugnü  fdmt  pr£tiis  coMpstrari.'  Loin  d’être  obligé  i  des 
complaifànces  ferviles  ,^  comme  tant  d’autres  Officiers il  eft 
établi  comme  un  feu  facré  ^  comme  une  lampe  ,  &  comme  une 
fentineile  qui  veille  continuellement  àla  conferyation  du  Prin¬ 
ce  :  Tu  rerum  domino  fudio  pr^ejîantis  obfervu.  Car  iî  le  Prince  re¬ 
garde  Ton  Médecin  comme  un  efclave , bu  tout  au  plus,  comme 
.un  Officier  de  parade  ,  il  mec, au  hazard  fa  famé  A:  peut-être 
fa  vie  &  Ton  Etat.  Auffi  je  ne  Tçay  qui  penfoit  le  moins  à  ce 
qu’il  difoit  »  ou  cette  Princefte  qui  marquoit  à  Ton  Médecin  la 
■compofition  le  temps  de  fes  rcmedes  ,  quand  il  lui  prenoit 
fantaifie  d’en  prdidre,  ou  le  Médecin  qui  l.ni  répondoit  dou- 
cemeiic;  Fort  bien ,  Mudame.  II  faut  "encore  que  Te  Prince  at¬ 
tache  le  Médecin  à  fon  Tervice^  par  le  témoignage  d’une  gran- 
Ae  confiance  :  car  de  le  faire  par  des  profu fions  telles  qu’on  en 
.lit  dans  T’Hiftoire  ,  principalement  dans  celle  4u  Roy  Louis 
Xî.  ceîaTent  trop  Famour  de  la  vie,  &  la  crainte  de  la  mort: 
mais  il  ne  faut  pas  auÆ  que  cette  confiance  aille  auffi  loin  que 
celle  d’Alexandre  le  Grand,  quand  il  prit  d’une  main, la  mer- 
decine  què  Philippes  lui  prefenta  .9  lui  donnant  de  l’autre  ialct- 
■sre4>  quiL’fy6rtiftoitque  .çe  remede  .étpit  empoifonné  j  car  il  y 

auroft 


Seconde  Partie,  Chap.  XIV.  35>3 

auroic  en  cela  de  ia  lemerité.  H  ne  faut  pas  même  que  cette 
confiance  tienne  de  la  bonté  d’un  Prince  de  nôtre  temps  ,  le¬ 
quel  ne  pouvant  fe  refoudre  de  congédier  un  Médecin  quiiuy 
étoit  inutile  par  fon  incapacité  &  par  fon  âge  trop  avancé, 
fejgouverna  comme  s’il  n’en  eût  point  eu  ,  &  mourut  d’u¬ 
ne  maladie  qu’il  auroit  évitée.,  s’il  avoit  eu  prés  de  luy,  un 
bon  Médecin,  11  ne  faut  pas  même  qu’il  fafle  comme  fit  un  au¬ 
tre  Prince ,  qui  voulant  fe  défaire  d’un  Médecin  trop  épais, 
le  changea  malheureufement  contre  un  des  plus  minces  de  fon 
temps.  Dé  plus  il  n’efi:  nullement  de  la  gravité  &  de  rintercll: 
du  Prince  de  railler  fon  Médecin  ,  quoi-que  ce  bon  Prince  que 
je  viens  d’alleguer ,  tombaft  fort  fouvent  dans  cette  irrégula¬ 
rité,  tout  honnête  qu’il  étoit.  Caries  Souverains  doivent  le  di- 
ftinguer  en  cela  comme  en  tant  d’autres  rencontres  ,  des  per- 
fonoes  privées  ,  tant  parce  que  le  ferieux  leur  lied  bien  que 
parce  que  faifant ,  comme  ils  font ,  beaucoup  de  repas  Sc  peu 
d’exercice  ,  ils  font  plus  tributaires  à  la  Medecineque  les  au¬ 
tres  hommes.  Mais  quoi  i  les  grands  comme  les  petits  aiment 
la  raillerie  jufques  dans  cés  occafions  ou  il  n’y  a  pas  trop  à  rail¬ 
ler..  Une  grande  Princeiîé  recevant  à  fon  arrivée  en  France  les 
Officiers  qu’on  lui  prefentoit  de  là  part  du  PrinceTon  Epoux , 
ôc  entr’autres  un  Médecin  de  fort  petite  fTgure  ôc  mince  en  tou¬ 
tes  maniérés,  répondit  à  celui  -qui  le  lui  prefentoit ,  &  qui  le 
qualifioit  fon  premier  Médecin  :  Vom  aviS^rai^on  de  l"  appeller  mon 
premier  Medecm  :  c" ejl  le  fremier  que  j'aye  eu,  de  mu  vie.  Mais 

elle  étoit  jeune  &  d’une  grande  fanté.  Il  vient  un  temps  oiiun 
Médecin  eft  fort  de  faiion  j  puifqu’un  fage  Juif  veut  qu’on 
i’honorepour  la  neceffité.  Il  ne  faut  pas  non  plus  que  le  Prince 
donne  comme  le  peuple,  &  même  quelques  riches  de  trop  de 
loifir-,  dans  les  Empiriques  ,  ni  dans  les  remedes  inconnus, 
qu’un  zele  indiferet  lui  propofe  fans  fça voir  ce  que  c’eft  ,  fans 
en  connoître  la  difpenfation  ,  &  fans  fçavoir  affirmativement 
de  quelles  mains  ils  viennent ,  ces  prétendus  fecrets  n’étant 
d’ordinaire  que  bagatelles  ,  ou  (  s’ils  ont  quelque  force  ôC 
quelque  vigueur  )  étant  d’autant  plus  à  -craindre  ,  que  ceux 
qui  les  débitent  ,  font  gens  inconnus,  ignorans ,  &  qui  n’en 
connoiflent  pas  les  qualitez  ,  comme  nous  le  verrons  cy-aprés. 
A  quoi  on  peut  ajoûter  que  la  confiance  qu’ont  quelquesGrands 
a_ces  fortes  de  gens,  ne  s’accorde  guercs  avec  celle  que  la  Po¬ 
étique  veut  qu’ils  témoignent  à  leurs  Médecins  ordinaires,  de 

Ddd 


é 


in  àftprt- 

corn. 


GHaria.  néüe  Ri¬ 
me  varie. 

hih.  5^ 


Effais  de  Meiecîm  : 

crainte  que  leur  zcle  ne  fe  refroidiffant ,  ils  ne  laiffent  tout  al¬ 
ler  au  grc  des  malades  &  des  dateurs.  Le  brave  Dud  de  Ne  vers 
tant  d’autres  Princes  ,  n’ont  jamais  voulu  donner  dans  ces 
fortes  de  remedes  ,  la  plufpart  violcns  &  fuperftitieux  ,  &  qui 
font  gémir  tant  d’hiftoires.  Et  c’eft  aiiili  qü*ua  Héros  qui  vaut 
fcul  tous  ceux  de  l’Hiftoire  ,  fait  la  leçon  &  aux  Princes  & 
aux  |)articuliers  fur  cette  matière  ,  cet  Au  gu  s  t  e  fc  con¬ 
tentant  des  avis  d’un  Antoine,  qu’il  honore  de  fa  confiance. 

Quant  aux  Médecins  qui  ambitionnent  de  fervir  les  Princes  « 
il  feroit  à  propos  que  chacun  d’eux  fe  fît  juftice ,  avant  que  de 
de  s’intriguer  pour  cela ,  qu’on  penfâc  de  bonne  foy  £  on  a  les 
qualitez ,  que  demande  un  émpioy  auffi  délicat  M  auffi  impor¬ 
tant  ,,  £  on  a  de  la  vigueur  de  corps  &  d’efprit , 

^uid  vdeant  humefiy  Çiuiâ  ferre  revufent: 

Si  on  a  du  zeie  ,  de  la  patience,  de  la  capacité  ,  &  ce  fonds 
de  probité  qui  doit  être  à  touteépreuve  :  car  comme  il  fe  trou¬ 
ve  une  infinité  d’indifcrets  zélez ,  qui  font  les  bons  valets 
quand  le  Prince  tombe  malade ,  il  faut  que  le  Médecin  s’arme 
d*une  afTez  grande  confiance  ,  pour  ne  pa^  ceder  aux  vents 
qui  s’élèvent  de  tant  d’endroits ,  ôi  qu’aprés  avoir  pris  l’avis 
des  fages  &  des  anciens  Médecins  ,  il  fe  fi^xe  à  ee  que  la  rai- 
fon  &  la  confcicnce*demandent.  Il  ne  faut  donc  jamais  qu’il 
s’accommode,  comme  la  Manne  du  defert ,  à  tous  les  goûtsdes 
Particuliers  ,  ni  qu’il  reffemble  au  brodequin  de  Theramenés 
propre  à  tous  les  pieds  ,  fon  miniftere  étant  d’une  trop  grande 
confequence  pour  ne  s’y  pas  appliquer  avec  fermeté. 

H  y  a  même  des  Princes  £  mal  habîtuez,  '*que  £  on  ne  pen- 
fe  fouvent  à  la  précaution  ,  le  defordre  des  humeurs  ne  man* 
quera  pas  de  faire  celui  des  paffion s. 

■  Cotpris  efi  etiam  ratlé  non  feints  hahenâa  ; 

Corpm  enim  mdè  fi  vMear  parère  ne(ftibit 
Praeeptis  apimi  y  magna  ^.pradara  ]ubentis* 

Portant  à^des  de£rs  conformes  au  tempérament  :  car  hclas  i 
^^aV  immort  al  che  n^ha  di  terreno 
A*  terrent  dijfetti  amor  Joggiaee,  - 

C’efl  pourquoi  dit  Lucrèce  : 

M'ente m  fanari  corpus  ut  agrum  e 

Jt  Nemo  fponte  tnalus  eft ,  fed  ob  pravum  corporîs  ha^itum  rudemque  educationem 
Galen.  lih,  nnim.  meres  féq.  temp.  corpor.  Z 

Tanta  ctt  sn  mi  &  corporis  neceffitudo  ,  ut  fua  'omnia  bona  ae  mala  invicc» 
£®inmunicenu  S^mph  Campeg.l.  de  tmatione  morher.  animi  é"  corporis. 


Seconde  Parth.  Chap.  XHL 
Et  pariter  jlecfi  Medicins  pojfe 'uidemus. 

Si  ceux  ,  dit  Hérodote ,  qui  étoient  auprès  de  Cambifés ,  fc 
fuffenc  avifez  de  lui  donner  un  bon  Médecin ,  il  n’eût  pas  fait 
mourir  tant  de  parens  &  de  domeftiques.  C’eft  ainfi  que  Sue- 
cône  a  remarqué  ,  que  fi  on  eût  bien  purgé  la  bile  noire 
brûlée  de  Caligula ,  l’Empire  Romain  s’en  feroit  fend.’  li  en, 
cft  de  même  des  Nerons,  des  Domitiens,  des  Maximiens 
de  femblâbles  monftres  ,  qu’on  eût  mieux  fait  d’humeder  St 
de  rafraîchir ,  que  de  les  nourrir  graflement.  De  même  denos. 
Fredegondes ,  Brunehauds  5  Auîlrigides  ,  &  de  quelques  autres^ 
fur-ieufes  Princeffes..  Car  quant  .à  ceux  dé  nos:- Princes-d:ont  là 
conduite. n’a.i pas  été  fi  déréglée  j  on  ne.  laifie  pas  de  reconnoî- 
tre  que  leurs  nraladies  n’bnt  été  gueries  ou  entretenues  que  fui- 
vant  le  bon= ou  le  mauvais  ufage  qu’on  a  fait  de  là  Médecine.. 
Quelques  méfiances  &  une  terreur  panique  mettent^  le  Roy- 
Charles  V  I.  dans  un  état  pitoyable,- deux  Charlatans  loin  dç: 
lé  guérir  le  mettent  en  péril  de  mort ,  -&  le  fçavant  &:  prudent 
Guillaume  de  Harcelei  le  rétablit  au  moins  pour  un  temps ,  Sê: 
lui  rendant  la  vie:  confote  la  Cour,  ôt  tous:  les  bons  fiijets  de: 
ce*  Prince.  Au  contraire  lés  inquiétudes  ,  les  défiances  ,  Sc  les- 
durerez  du  Pvoy  Louis  X  E  font  entretenuës  par  l’ignorance 
mauvaife  foi  du  Médecin  qui  abufede  fa  confiance  >  &  qui: 
penfe  plus  à  faire  fon  compte  qu’à  guérir  fon  Maître.  Nefçait- 
on  pas  que  Loüife  de  Savoye  Mere  du  Roy  François  B  s’étant, 
oppofée  à  l’ûfàge  des  remedes  neceOTaires  a  la-  gnerifon  de: 
fon  mal, -d fut  afiéz  foiBle ,  &  les  Médecins  afféz  lâches,  pour* 
céder  à  cette  terrible  Italienne,  &  Dieu  fçait  ee  qui  en  arriva;  Si- 
là  Reine  Catherine  belle-fille  de  ceFrincefeûcbien  fait  purger  la; 
bile  jaune  &  là  noire  de-tous  fes  fils ,  au  lieu  d’entretenir  leurs 
paflîon^>onïn’àuroirpas  vÛTCgner  avec  eux  les  vices  qui  tenoien  t 
de  lèurs  temperamens.  Si  les  Médecins  d^douard-  IILdit VT. Rot 
d^Anglétcrrc  euffent  parié  fîneerement  de  fa  maladie  ,  s’ils  en 
caflent  fait  un  Prognoltic  véritable  ,  &  s’ils  ne  fe  fuflenrpas 
laîffé  gagner- à  fa-maîtrefle',  qui  les  en  empêcha  pendantqu’él- 
lé’faifoit  fes  affaires  à  la" faveur  de  leur  fîlence  ,  il  auroit  lui-' 
même  mis  ordre  à;  fes  affaires  fpirituelles  &  temporelles  ,.au^ 
lieu  dè  s’endormir. ,  comme- il  fit,  Air 'le  bord  du  précipice  ou 
il  tomba ,  pendant  que  la  Maîtreffé-êcles  Médecins  fc  fan  voient; 
Car  enfin  ce  neft  p^s  ainfi  qu’en  ula  le  doâie  Vclal  àd’égardi 
de  IfEmpereur.  Ciiarles  V.  car  étant  interroge  par  Ta  Majeffé; 

Ddiij, 


’P/tmhn.  Strada 


Serrcntus  mlran- 
fifç»  Rege. 


Ejjm  de  Medecine, 

Impériale  du  fuccés  de  fa  maladie ,  &  touchanc  le  tems  qu’il 
lui  reftoit encore  à  vivre,  il  lui  répondit  nettement quelleau- 
roit  peine  à  vivre  deux  ans.  G’eft  ^infi  que  le  célébré  Jeau 
Crato  Médecin  de  trois  Empereurs,  &:  tant  d’autres  faifoient 
profeflion  d’une  fincérité  inviolable  ,  quand  il  étoit  queltioa 
definteredde  leur  Prince  5  Ôcque  quelques-uns  de  ces  Princes 
de  leur  côté  fe  font  abandonnez  à  la  fidélité  de  leurs  Méde¬ 
cins  en  des  temps  difficiles  &  des  occafions  fort  délicates. 

Voila  pour  les  fautes  d’omiffion  que  les^Princes  &  les  Méde¬ 
cins  peuvent  faire  en  matière  de  Medecine  5  venons  donc  main¬ 
tenant  à  celles  de  commiflion  ,  qui  font ,  pour  ainfi  dire mortel¬ 
les  en  comparaifons  des  autres  qui  ne  font  que  fautes  véniel¬ 
les.  Une  Medecine  donnée  à  contretems  à  PEmpereur  Maxi¬ 
milien  I.  ne  prive  pas  feulement  l’Empire  d  un  bon  Empereur  , 
mais  elle  va  jufqu’à  déconcerter  la  ligue  qu’il  avoit  faite  avéc 
les  Princes  Chrétiens  contre  le  Turc.  Un  malhabile  Médecin 
de  Cour  ayant  trop  toft  arreté  une  évacuation  que  la  na¬ 
ture  fâifoit  en  faveur  de  la  Reine  Claude  époufe  du  Roi  Frail- 
çpis  Premier ,  la  mit  en  peu  de  tems  au  tombeau  ,-ôé  caufa' 
en  même  temps,  une  confternation  d’autant , plus  grande  ,, 
que  cette  Reme  étant  la  bénédiction  de  la  Maifoir  Royale  , 
de  l’Etat ,  famort  en  changea  toute  la  face.  Qn  n’oferoiîrdirc 
combien  de  Princes  &  de  Princèffes  font  morts  de  nôtre  temps 
par  des  reraedes  donnez  mai  à  propos.  11  faut  donc  que  le 
Médecin  du  Prince  ,  tant  pour  fe  dîfculper  kti-même ,  que 
pour  faire  les  chofes  avec  plus  de  feurcté,  appelle  les  plus  ha¬ 
biles  Médecins  de  fa  connoifiànce  fans  acception  de  perfonnes , 
quand  il  voit  que  le  mal  Iç  demande.  Car  quoi  qu’on  ait  fait 
dire  à  un  Empereur  qui  ne  parloit  plus ,  que  troufe  des  Medt--. 

'  dm  f  avj)jp  tué  y  cela  n’arrivera  pas  ,  fi  les- Médecins  font  fin- 
ceres,  expérimentez  ,  fçavans  ,  &  d’accord  3  pourveii  que  Içs 
Princes  deleur  côté,  ni  les  Courtifans  pe  donnent  jamais  dans 
les  remedes  inconnus,  ni  dans  ces  faux  Precieùx  de  la  Mede¬ 
cine,  qu’un  de  nos  Poètes  n’a  pas  oublié  de  drapper  ,.  noriplusi 
que  cette  foule  de  foy  difans  Médecins  ,  &  tOLîtes  ces  cefe-I 
mpnîes  qui  ne  font  rien  à  la  Medecine  ,  Sc  qui  empêeheiic- 
qu’on  lie  penfe  au  folide.  ^ 

Haud  decet  mus. 

SdUeet  Bpprejfor  t  drcumdat  copiajeef^m  ' 

furpumm  t  ftadf  fueco  i  met/iUe  -  _ 


Seconde  Vmte,  Chap»  XIV.  397 

Farcttur,ardrentes  gemma juguUntur in  haujlum  . 

^^üles  invim  Ptolemai  filia  Regü  - 

Jmfenjura  ^rocû  ^  totum  Cleofatra  Canofura. 

Tarn  grandes  anima 'vulgaribtes  haud  contentai 
Tormentü ,  triflem  ]actantur  ire  [ub  orcum ,  ^ 

Atque  oceumhere  amant  medio  in  terrore  cornet  a. 
^tquerogoexilitdafmjovisalesabalto. 

Jn  campo- Martis  1  quoties  fyraf.amma  luxa  ,, 

Offaqtie  magnerygm  crepuermt  Romalidaram  A 

Cum  fejlû  elangere  alium  mittmîur  in  orbem  : 

^fqm  adcQ  vicini  etiam  fub  funeris  horam 
Jnfanire  jîivat  y  mer ibundt  relliquias 
Races  Jiultitiamx  dum  exhalanms  in  wrnam  ,  .  : 
Infertur  mimm  àignus  majore  theatro^ 

T ant  il  eft  vray  que  la  fanfare ,  la  ceremonie  &  la  flàterre  né 
quittent  pas  même  les  Princes  au  moment  qu’ils  quittent  la  vie.[ 
Il  faut  encore  que  le  Médecin  du  Prince  fe  garde  bien  de 
luy  faire  trop  valoir  ny  fes  aflrduités>  ny  les  heureux  fuccés 
des  maladies  ,  à  moins  que  de  s’expoferàune  réponfc  aulitcha- 
grine  que  celle  que  fit  Philippes.  Koy  de  Macédoine  à  ce  Mc-^ 
decin,  dont  l’avarice  ne  laifFi  paffer  aucune  oceafion  de  folli- 
citer  fa  libéralité..  Le  Médecin  qui  dernan de  trop  y  ou  trop  fou- 
vent  fait  peur  ,•  &  le  Prince  qui  donne  trop  témoigne  avoir 
peur..  Les  Princes  aiment  affez  la  vie  ô:  le  plaifir  pour  ne  paS' 
oublier  ceux  qui  veillent  à  rua  &  à  l’autre.  Ils  fe  comportenr 
même  en  ces  occaftons ,  dit  un  fçavant  homme,,  d’une  maniéré: 
toute  oppofée  au  travail  du  Prophète  VXiÇéQ  y  Eüfem  implebat 
l'afa  'vacua  -^kna'  imptenmr  in  curia.  Mais  quoi-que  cela; 
ne  foit  que  trop  vray  ,- parlant  generaiement ,  il  nc.faut  pas- 
trouver  à  redire  à  la  magnificence  de  quelques-  Princes  en 
de  femblables  occafions.  H  y  en  a  de  fi  reçonnoifians  êc  de 
puififans  ,  que  fr  ce  qu’ils  font  en  faveur  de  la  Medecine  fcmble; 
trop  pour  elle* ,  ce  n’eft  pas  trop  pour  leur  magnanimité:.  C’eft. 
ainfî  qu’un  Salomon  l’honore  d’une  maniéré  toute  Royale  ,, 
^  a  Rege  accipm  donatiomm  ,  &  qu’un-  rAlhierus  :h^nore 

ceux  qu*îl  luy  plaît  d’ honorer  ,  jîr  bonorahitut  quemeumqut 
Rex  ^oiuerif  honorari.  Il  ne  faut  donc  pas  envier  ces  faveurs  aux 
Médecins.  Comme  ils  font  plus  qu’bn  ne  peut  penfer  pour  les: 
meriter&  ÿ  parvenir,  les  Princes-qui.dê  leur  coté  ont  éprouvé: 
la  douletïr  &  la  maladie  y  qui  fçavent.par  leur  propre  experieneç: 

D  dd  üj 


. 

Dtvitiaé 

lantur  ,  net  eft  qur 
refpiciar  ad  ino- 
peim  &  mcndtcumv 
Elifcus  impiebat 
vafi  vacua ,  &  die- 
ficientibus  vàfis  va- 
cuis  olcum  ftetit.. 
In  cuîiâ  veto  con- 
temnuntur  vafa  va- 
cua  ,  &  plcna  im- 
plcntur.  2ett.  B/ei 
fen^s  Ef  ##.-  14- 

*  Hbc  eft  rc^iiteif 
&  libcraiitcE  cCfe- 
remunerandam  me- 
didnara  denique 
honorandam  à  ma- 
gnis  Principibus 
quippe  qui  ope  mc- 
dicinæ-  fæpc  indi- 
geat-  eometiu4  Sà 
Lofid,  in  hme 
çam. 


lettres  ia  C*tâi- 
nul 


Huic  foîi  liîîertas 
dâdi  quidquid  valt 
pfo  mcdicamciîco , 
atque  ut  quifquis 
vulï.Êiçit  Xïiei^i- 

fem.^TettiJîus  in 
Faraf^m^.  fchtoU 
OHdic^Fdrif. 


:  35  §  EJfak  de  Medeçine, 

qu’on  a  eu  raifon  d’appeler  les  remedes  ,  les  maim  de  Dieu  y  ^ 
qui  fc  Tentent  redevables  à  ces  mains ,  n’ont  pas  moins  de  raifoa 
d’ouvrir  leurs  mains  bien  rfailantes  fur  ces  Sauveurs.  Mais  quel¬ 
ques  magnifiques  &  liberaux  quefoient  les  Princes,  il  faut  que 
les  Médecins  qui  s’engagent  àlcur  fervicc  avec  tant  de  confian¬ 
ce,  en  leur  prétendue  habileté ,  &  en  leur  éioilie  ,  comme  il 
mTive  trop  fouvent ,  Ôc qui  regardent  la  fortune  en  herbe, com¬ 
me  fi  c’écoit  une  moiflbn  ‘toute  prête  >  il  faut  >  dis-je  ,  que  ces 
Médecins  penfent  un  peu  qu’une  habileté  même  effeâ:ive,ny 
tant  d^aurres  bonnes  qualitcîL  ne  font  pas  toû jours  fécondées 
des  heureux  fuccês ,  &  que  la  moiffon  n’a  pas  to^ours  été  éga¬ 
le  à  la  Cour  ,  pour  tous  ceux  qui  ont  occupé  ce  pofte  qu’ils  ambi¬ 
tionnent  5  ôc  qu’elle  ne  le  fera  pas  ,, pour  tous  ceux  qu^’ occu¬ 
peront.  : 

Enfin  dé  toutes  les  qnalitez  necelTaire  à  un  Médecin  de  Cour, 
la-  fidelité  eH  la  principale.  G’eft  celle  que  le  fage  Cardinal 
d’Ofiat  recommandoit  particulièrement  à  ceux  qui  dévoient 
donner  un  Médecin  au  Koy;  Henry  I V.  en  un  temps  oii  fa  per- 
Ibnneietok  fi  préoieufe  &  expofée  à  tant  de  périls  5.  ear  ilefi 
certain  qu’un  Médecin  fîdeîle,eft  préférable  à  un  plus  féavanc 
moins  fiéelle  ôc  moins  affectionné,  parce ,  dit  Celfe ,  ôc  après  luy 
.Pline,  qu’il  n’y  a  que  le  Médecin  qui  connoifiTe  ce  qu’il  ordon¬ 
ne,  &  ce  qu’il  donne  commé  il  luy  plaift  au  Prince.  U  fc  trou¬ 
ve  même  des  occafions  6ii  cettè  fidelité  étant  fécondée  de  zele 
Ôc  d^applkation  ,  elle  produit  quelque  chofe  d’important  au  Prin¬ 
ce  ôc  à  fon  Etat ,  comme  il  arriva  lorfque  l’Empereur  Charles 
V..  ayant  demandé  à  Louis  Burgenfis  premier  Médecin  du  Roy 
François  !..  ce  qu’il  penfoit  de  fa  makdie ,  il  répondit  à  cet  Em¬ 
pereur  que  s’il  nemettoit  le  Roy  en  liberté,  il  mouroit  indubi¬ 
tablement  de  eha.grin  r  car  dés  ce  moment  Charles  fe  rendit 
plus  accommodant ,  ôc  prêta  foreille  aux  propofitions  qu’il  avoic 
toûjours  rejettées,  tant  ilétoit  perfnadé  par  la  réponfe  du  Mé¬ 
decin  qu’il?  perdjroh^  unc.rançon  confiderable  ,  s’il  ne  s’adoucif- 
lôit  unpém  i-Ce  rt’eSîpas  qa  après  la  fidélité,  la,  Science  ôc  la 
vigiletke  ne^lbiyentÂeàtpémenient  nccéfiaires  a.  un  Médecin  de 
Cour  -  car  outre  qu’il?  doit  avoir  horreur  de;  tout,  ce  qu’on  luy* 
potirroit  propo  fer -contre  le  fervice  du  Prince  ^  il  faut  qu’il  foit 
^vâot  dans  la,  Medeeînc-Sc  dans  toutfô.  les  belles,  difeiphhes^ 
ponr  pquvoir  répondre  d  propos  aux  demandes  du  Prineej  ôC- 
qu’lhfoit;  côntinu4^«î^î^*^  ;^^-g^p3  tromime  nnu&  l’avons. mar^ 


Seconde  Pdmé/CliêJi^,  XIV:  3^^ 

que  cy-dcvant  >  pour  prévenir  les  incommoditcz  dont  il 
particulieremait  menacé ,  :en  forte  que  rien  n’empêche  -  qu’il  ne 
fe  trouve  toujours  pour  ainlî  dire  furies  arçons  ,  parce  qu’il  n’y  a 
tien  qui  arrête  tant  les  eiprits  portez  à  ia  nouveauté ,  que  la 
contenance  vigoureufe  d’un  Prince  toujours  preft  à  monter -à 
cheval.  Mais  s’il  eftbon  quc  le  Médecin  foit  fcavaiit ,  il  ne  faut 
pas  pour  cela  qu’il  fe  pique  des  chicaneries  de  l’Hcole  ,  ny  mê¬ 
me  de  Poëhe  ,  (  quoi-qu’il  ne  foit  pas  mauvais  de  fçavoir  faire 
des  vers,  )  parce  que  les  occupatioiis  Poétiques  mènent  quel- 
quesfois  a  des  Ouvrages  mal-tournez  ou  peu  chaftes ,  &  qui  pis 
eft,  à  des  Vaudevilles  &  des  chanfonect  es,  qui  furent  fatales  àu 
Neptune  >  ôc  qui  ridiculiferent  chez  les  fages  certain  Médecin 
de  nôtre  temps  ,  lequel  étant  auffi  peu  aimé  de  la  Poëiie&de 
la  Médecine  qu  i!  les  aimoit  éperduëmenc ,  s  attira  une  réponce 
,  fâcheufe  d’un  jeune  Prince,  auquel  il  voüloit  fe  rendre  necef- 
laire.  Car  luy  ayant  dit  d’un  ton  pedentclque  ,  que  certaines 
legumes  qu’on  luy  avoit  fervie  6c  qu’il  aimoit  ne  valoient  rien, 
il  luy  repartit ,  EÉes  '<v aient  mieux  que  vos^vers. 

Mais  quelque -fidelle  6c  fçavant  que  foit  nôtre  Médecin  ^  6c 
quelque  facile  6c  raifonnable  que  foie  le  Prince ,  qu’eft-ce  que 
le  Médecin  n’a  pas  à  appréhender  dans  une  mer  pleine  d’ora¬ 
ges  6c  d’écueils.:  car  on  ne'fçait  que  trop,  que  quand  il  arrive 
quelque  malheur  tout  tombe  fur  le  Médecin ,  ôc  que  la  rage  des 
courtifans  foûtenuéde  la  prévention  ôc  de  la  calomnie  ,  s’en  prend 
ordinairement  aux  Miniftres  de  la  Medecine.  Hipocrate  qui 
eraignoit  avec  tant  de  raifon  ces  revers ,  6c  dont  la  conduite  étoit 
fi  judicieufe,  ne  voulut  jamais  tâter  d’aucune  Coür  ,  6c  fon  fa¬ 
meux  difciple  ôc  compatriote  Dexippe  mit  fon  fervice  à  fi  haut 
prix  à  Hecatombus  Roy  de  Carie, qu’il  comprit  âifément  que  y 
ce  Médecin  ne  vouloit  j)as  changer  de  pofte.  Democedes  de 
Crotone  ,  comme  nous  Pavons  veu  cy  -  devant ,  ne  pût  être 
retenu  prés  de  Darius  Roy  de  Perfe  ,  avec  tous  les  honneurs 
qu’il  luy  fît  ôc  toutes  les  richeffés  qu’il  luy  donna.  Galien 
n’eût  pas  fi-côt  connu  le  terrain  dans  la  Cour  des  Antonins  qu’il 
s’en  retira  fagement  j  ôc  pour  ne  pas  m’arrêter  trop  long-temps 
aux  exemples  de  1  antiquité,  Guillaume  de  Harcelel ayant  ré¬ 
tabli  la  fanté  du  Rôy  de  France  Charles  V  I.  aima  mieux  re¬ 
tourner  chez  iuy  ,  que  de  Commettre  fon  repos  ÔC  fon  honneur  à 
Pinconftânce  des  gens  de  la  Cour  ,  ôc  à  l’incertitude  des  éve- 
ûcmens.  Car  encore  s’il  n’y  avoit  à  craindre  _de  cette  incon- 


tim/trd.  di  Çapea 
»el/t  ^x^ienam. 


,  EJJds  de 'Medecîne, 

itance  que  le  changement  quelle  apporte  à rctablifTemcnt  cPun 
Médecin  i  mais  ce  qu’il  y  a  de  pire ,  c’eft  que  la  palEon  des  fa- 
yoris  ,  6c  celle  même  des  Princes  vont  quelquesfois  jufquesàla 
violence  j  tant  il  efl  vray  qu’un  Médecin  eft  toujours  en  un  état 
chancelant  dans  des  niaifons  dont  les  efcaliers  font  fî  glifTans, 
qu’il  faut  avoir  le  pied  bien  ferme ,  ou  joüer  d’un  grand  Bonheur 
pour  s’y  tenir  long-tems  fans  tomber.  Nous  avons  parlé  cy-dé- 
vant  du  pauvre  Glaucus il  avoir  eu  foin  de  T Hepheftion  d’Ale¬ 
xandre  î  il  rayoitguerijle  malade  n’avoit.  plus  qu’à  fe  cpnfcrver. 
Glaucus  va  prendre  l’air  &  paffer  quelques  momens  à  voir  les 
jeux  du  Cirque ,  Hepheftion  mange  cependant  un  gros  coq  >  il 
retombe ,  il  meurt,  ç’eft  fa  faute,  &  on  ne  laifle  pas  de  pendre  le 
pauvre  Médecin  5  fottife  du  côte  du  malade,  &  cruauté  ducôté 
d’Alexandre,  qui  ajouta  encore  un  facrilege  à  cette  inhumanité, 
faifant  brûler  le  temple  d’Efculape  pour  fe  vanger  de  ce  qu’il 
n’a  voit  pas  rendu  la  fanté  à  fon  favori.  Les  Médecins  de  Da¬ 
rius  avoient  fait  tout  leur  poffible  pour  remettre  fon  talon  dé¬ 
boîté ,  ilsn’avoient  pu  en  venir  about,  Sc ce  Roy  les  condamne 
à  une  mort  honteufe ,  Arreft  qui  eût  été  exécuté ,  fila  generofi- 
té  &  le  crédit  du  Médecin  Democedes  ne  l’eût  fait  révoquer. 
Nous  avons  veu  cyrdevant  comment  Ptolomée  traicta  le  pauvre 
Chrifipe.Mufa  Médecin  d’ Augufte  eft  accufé&ÿpeut-être  à  fort, 
d’avoir  fait  mourir  le  jeuneMarcellus  paruné  béveuc,&  fi  l’on  en 
Croit  quelques  Auteurs,  le  voila  déchiré  par  le  peuple ^  &  fes 
ftatuës  renverfées  &  mifes  en  pièces.  L’Emperereur  Caracalla 
fait  mourir  tous  fes  Médecins  pour  n’avoir  pas  voulu  faire  mou- 
rir  fon  pere  Severe.  Ceux  de  l’EmpereLir  Maximien  ont  le  mê¬ 
me  fort ,  pour  n’avoir  pû  foulager  les  douleurs  de  fes  places.  Ra- 
fes  eft  menacé  de  mort  par  les  Courtifans  ,  fi  le  Roy  Ércfdere 
ne  revient  de  la  fyncope  que  luy  acaufé  une  faignée.  Les  Tri- 
balliens  font  cmellement  mourir  le  fameux  Médecin  Zerbus» 
qu’ils  avoient  fait  venir  avec  honneur  ,  pour  n’avoir  pu  guérir 
l’hydropifie  de  leur  Priiiee  Scànderbaflî.  Le  Czar  de  Mofeovie 
ayant  ordonné  de  nôtre  temps  ,  à  deux  Médecins  d’avoir  foin 
de  Jean  frere  du  Roy  de  Dannemark  ,  qu’il  regardoit  déjà 
comme  fon  gendre:,  les  condamna  à  la  mort  pour  n’avoir  pu  em¬ 
pêcher  celle  de  ce  Prince  3  6c  l’Arreft  auroit  etc  exécuté  fi  les 
Âmbâfladeurs  de  Jean  n’êuftent  demandé  leur  grâce  avec  beau¬ 
coup  d’inftance.-^  (Re  files  Ordres' des  Princes  infidelles  ne  font 
point  de  peur .  à  dés  Médecins  de  Princes  Fidélts  ,  au  moins 

q^e 


Chap.  XI V.  401 

point  de  peur  à  des  Médecins  de  Princes  FidelLes>,au  moins 
que  le  meurtre  de  ceux  du  Roy  Contran,  &  que  les  difgraces 
de  Marilelphe  les  faffènc  rentrer  en  eux-mêmes,  ou  s’ils  veu¬ 
lent  quelque  chofe  de  moins  ancien ,  qu’ils  penfent  un  peu  au 
danger  où  le  trouva  Adam  Fumée  après  la  mort  dû  Roy  Char¬ 
les  VII.  Car  pour  les  cinquante  mille  écus  qu’on  fit  rendre 
par  Jacques  Cottier  après  la  mort  du  Roy  Louis  X I.  il  faut 
tomber  d’accord  que  quelque  confiderable  que  fut  alors  cette 
fomme ,  il  en  fut  quitte  à  bon  marché.  Q^on  confidere  un  peu 
les  ordres  que  donna  la  Reine  Catherine  de  Medicis ,  pour  fai¬ 
re  pendre  les  Médecins  du  Roy  Charles  I X.  après  qu’il  fut 
mort  5  le  danger  où  fc  trouva.  Monfîeur  du  Laurens  pendant 
certaine  indifpofition  du  Roy  Henry  I V.  8c  tout  ce  que  fouf- 
frit  Monfieur  Bouvard  à  Lion  pendant  la  maladie  du  Roy 
Louis  XII I.  Après  cela  on  ne  s’étonnera  pas  de  voir ,  quoy 
que  dans  un  fens  figuré,  la  Monarchie  d’Efpagne  m’ècontente  rietr»  Ai t*rng- 
de  fon  Médecin,  donner  ordre  qu*on  le  jette  par  les  fenêtres  : 
car  pas  moins  que  cela  quand  les  Puiflances  font  une  fois  pré¬ 
venues  contre  les  pauvres  Médecins.  Ainfî  ce  n*efl:  pas  toû- 
jours  le  mérité  du  Médecin  de  Cour  qui  l’avance  5  mais  en 
premier  lieu  ,  la  faveur  q^ui  fait  ^  défait  en  ce  p  aïs-là  ,  jufques  à 
donner  de  l'efpris  &  d  Coter,  *  En  fécond  lieu ,  une  patience  qui  *  oracui.  Mamd. 
conduife  au  terme  où  on  afpire  ,  lequel  ne  peut  être  que  fort  maxim:  17, 
éloigné»  une  autre  patience  qui  faffe  paffer  fur  tant  de  mau- 
vâiles  heures  qu’on  ne  peut  'éviter  après  qu’on  eft  arrivé  à  ce 
terme  ,&  qui  falTe  fiipporter  les  injures  au  point  d’être  obligé 
de  remercier  ceux  qui  les  font.  A  quoy  on  doit  ajouter  qu’il 
faut  encore  que  la  prévention ,  l’opinion  8c  les  con jondures  heu- 
reufes  foient  pour  le  Médecin.  Car  fi  celui-là  efi:  heureux  qui 
arrive  fur  le  déclin  de  la  maladie ,  biea  plus  heureux ,  à  mon 
fehtimentj  celuy  d’un  Prince  bien  fait  de  corps  8c  d’efprit.  Ainfi 
comme  cela  ne  fe  trouve  pas  fouvent ,  il  y  a  toujours  fort  à  crain¬ 
dre  pour  les  Médecins  qui  facrifient  à  la  Cour  ce  qui  leur  relie 
de  vie  8c  de  repos  ,  en  veuë  de  ces  avantages  qui  tentent  leur 
Cupidité  8c  celle  de  leur  famille.  Car  quant  à  ces  retraites  qui 
femblent  un  remede  prompt  8c  alTuré  aux  engagemens  précipi¬ 
tés  ,  loin  d’être  regardées  dans  le  monde  comme  des  effets  de 
k  prudence  ,  elles  ne  manquent  jamais  à  être  interprétées  de 
travers ,  8c  d’être  confiderées  comme  des  fuites  d’une  conduite 
fotte  ou  criminelle ,  Factlis  defeenfut  ,  fed  revocare  gradum  hic  labor. 


^oi  Ejjak  de  Medecine, 

Et  voila  comment  la  Cour  étant  un  fort  grand  problème ,  il  eft  ' 
difficile  de  dire  qui  avoit  plus -de  raifoii  ,  ou  de  ce  Philofpphe, 
qui  aima  mieux  frire  des  congres,  que  de  manger  à  la  table  de 
Denis  Tiran  de  Sicile  -  ou  du  courtifan  de  ce  Tiran  ,  qui  fe 
moquoit  de  la  rufticité  &du  peu  d’habileté  du  Philofophe-.  La 
Cour  5 dis-je,  étrnc  du  moins  un  problème,  fi  elle  n’eft  un  Pa» 
radoxe  ,  Jes  Médecins  qui' confidéreront  bien  l’importance  de. 
leur  miniftere ,  n  auront-ils  pasraifon  deprendre  garde  àce  qu’ils 
font  quand  ils  s’y  engagent? 

Turpijjima  tes  efi 

Nimimm  folfis  cum  libçr  vlpere  parvo 
^P^izrere  fervitio  ma]oris  pmHfi’.çenfui 
AclibertMemfiM^uàlaudabilemlefi 
Fendereié^iff^pcyif^^dommitolerarefuperbi 
J)e^en€res  mmitprocemmqmd  quaritis  aulas 
I>edecHS  ut  nobis  ^iüis  tribuatis  homrem^ 

Fdvobis  qu£  feu  pecudes  pajjtoris  egetû  i  '  . 

Tum  viles  ut  non  vuleutu  vivere  pervos.. 

Car  quant  à  nos  quatre  fameux  Médecins. 

Le  Politique  qui  écok  le  plus  fage  des  quatre  en  ufa  ainfi  , 
nonobftant  tous  les  avantages  qu’il  ayoit  de  la  réputation  &  de 
refprit ,  ne  faifant  aucune  démarche  pour  s’approcher  de  la 
Cour,  jufques  à  ne  paroîtrc  pas  moins  content  quand  le  fort  (è. 
fut  opiniâtré  à  ne  rien  décider  en  fa  faveur. 

Le  Neptune  vit  plufieurs  petites  Cours  après  la  grande.,  où 
ileût  bien  voulu  demeurer  j  mais  il  eût  mieux  fait  de  prévoir 
avant  que  de  s’y  engager,  que  fon  humeur  inégale ,  inquiété, 
ôc  hautaine  ,  ne  l’y  arrêteroit  pas  long-temps  ,  &:  qu’il  n’étoit 
pas  fait  pour  ce  païs-là  ,  quoy  qu’homme  à  tout  faire. 

.  Le  Grand  parvint  aux  grands  Emplois  dé  la  Coiir ,  &  s’y 
maintint  jufques  à  la  mort  ,  quoi-qù il  n’eût  pas  toute  la  poli- 
teffe  &  toute  la  complaifance  qu’on  y  demande  5  mais  comme  il 
y  étoit  entré  par  la  porte  de  la  prévention  ,  il  s’y  fit  valoir  juf-^ 
ques  à  en  remporter  le  glorieux,  titre  de  Médecin  des  Princes , 
que  tant  d'autres  avoient  mieux  mérité  que  luy. 

Le  Petit-homme  airaoit  la  Cour  paffionnément,  il  avoir  fait 
la  Cour  toute  fâ  vie  aux  petits  comme  aux  grands  ,  &  c’eft 
ainfique  par  la  voye  des  petites  Cours ,  il  s’approcha  enfin  de 
la  grande  fur  la  fin  de  fes  jours,  que  ce  vendeur  de-Galba^ 


Seconde  Fartie.  Chap.  XIV.  '40^ 

goûta  même  en  vifion  ôCen  efperance,  ér  tu  Galba,  de- 
^ufiabis  5  mais  il  n’eft  pas  vray  qu’il  eût  pû  y  parvenir  &  y  prinicr. 
S'il  eût  voulu  changer  de  Religion  :  car  toutes  les  machines 
qu’il  employa  pour  y  entrer  fe  renverferenc  d’elles- mêmes,  Sc 
particulièrement  celle  dont  il  eft  parlé  dans  la  lettre  de 
Guy  Patin ,  où  on  peut  obfervcr  en  paflànt  un  de  fes  plus  ordi¬ 
naires  artifices.  En  effet,  comme  il  eft  allez  difficile  de  parve¬ 
nir  à  la  première  Charge  de  la  Profeffion  fans  avoir  du  fcrvice, 
qui  parle  en  faveur  de  ceux  qui  la  briguent,  &  qu’il  n’eft  pp 
fi  facile  qu’on  fe  lèj^ojidroit  imaginer  de  déplacer  ceux  qui 
font  en  place  à  la  Cour ,  il  eft  d’autre  part  tres-certain  qu’il 
auroittout  fait  pour  parvenir  à  ce  qu’il  regardoit  comme  fa  der¬ 
nière  fin  ôc  fa  béatitude!  mais  deft  qu’il  app/ehendoit  qii’aprés 
avoir  fait  tout  ce  qu’on  eût  pû  delirer  de  luy ,  on  n’eût  quelque 
raifon  de  ne  rien  faire  de  ce  qu’il  avoir  efperé  ,  ôc  qu’ayant 
quitté  Gharenton  pour  Verfailles,  il  ne  demeurât  expofé  à  la 
raillerie  de  l’un  &  de  l’autre ,  fi  cclui-cy  luy  mànquoit. 

Concluons  donc  de  tout  ce  Chapitre,  que  comme  la  qualité 
de  Comte  des  Archiatres  n’eft  plus  dans  les  Cours  ce  Comifijfà 
frmi  Oràïnïsi  &  cette  dignité  que  Caffiodore  fait  mar  cher  dit  pair 
avec  les  Ducs  &  les  Lieutenans  des  Rois  des  Empereurs  j 
que  puifqu’il  n’y  a  plus  de  Médecins  faits  comme  ce  Jacques 
dii  temps  de  l’Empereur  Leon  1 5  que  puifqu’il  faut  à  pFefent 
quelque  autre  chofe  que  du  mérité  pour  entrer  dans  les  Cours  j 
&  quepuifqu’elles  n’ont  pas  toûjburs  ces  agrérhens  que  les  plul 
heureux  y  trouvent  auffi  ordinairement  que  les  plus  dignes. 

_  Concluons, dis-je’,  à  ces  égards ,  que  pour  peu  qu’on  appré¬ 
hendé  les  revers,  &  qu’on  aimedcrcpos  ôc l’étude,  on  fait  encore 
mieux  de  demeurer  tranquille  dans  le  port  de  la  vie  privée  , 
que  de  s’embarquer  fur  cét  Euripe. 

Vive  tihî  -i  nam  moriere  tihi, 

C'eft  le  fentiment  de  tous  les  judicieux  ,  êc  en  pardcnlîer  d’un 
Médecin  de  nôtre  fiecle,qui  pour  avoir  bien  connu  cette  carte 
donne  ce  confeil  aux  Médecins  de  iexis  \  Nunc  enim  perver- 
fam  rationém  formna  inJlituiri  Ut  m  multîi  ^entibm  prope  fit  àd  egre- 
giî  animi  indicium  arceri  à  Regiis  aut  m  ilUs  ]acere  »é‘  uhi  Mufis 
ôiim  pmcipuumfùit fasrarium^iibi fitHene  fdüoném ponts iviHütü^dm 
opmfoUagantmmmi  .  .  .  ;  lmb  pmerlgnorànttamjdr 

^ores  impudicos  nulla pdtet  ad  honores  via.  ïtd  apud  populuiifpdYiter, 
ppuli^ue  ducès  munttà  nofir^  fofdefip  âè  Idmpdâis  tnfiar  âliis  infère 

Ece  ij 


V.  Catal.  ^lorîê 
mundp  part^  é. 
conjid.  II, 


Vetas  le'ètA  apud 
Filefac.  l.  a.  0p»V. 
euL.  p^g‘  66» 

facohi  Churletum 
in  -Epiphonevnto 
opet.  ds  Scs^httî.^ 


.^04  Ejjàh  de  Médecine, 

viendo  gratis  if  fis  cenfumtmur  .  .  .  .Sic  màique  labo- 

rantibsss  qaid  dliuà  fuper  efi  cBnfiliii  nifi  ut  minimo  contenu  aacite^ 
que  folatium  petentes  afiudiis  j  domi privatim  fapere  contendamus.  Le¬ 
çon  qu*il  a  peut-être  pris  luy-même  d’un  vieux  Oracle. 

Cunu  dut  curas  j  ergo  fi  tu  bene  curas 
Vivere  fecurè,  curia  non  fit  tibi  cura. 

Curia  curarurn  genitrix ,  nutrixque  malornm  > 

Jufios  injufiis  ,  inhonefios  aquat  honefiü. 


CHAPITRÉ  X  y. 

Delà  fortune  des  Médecins» 

COMME  la  plupart  des  Médecins  qui  entrèiit  chez  les 
Grands  s’y  Soutiennent  bien  plus  Comité  fortuna  ,  que  vir^ 
tute  duce  j  nous  ne  pouvions  parler  plus  à  propos  de  la  fortune 
des  Médecins ,  qu  apres  avoir  parlé  des  Médecins  des  Cours. 
Mais  pour  le  faire  avec  ordre,  je  crois  qu’il  faut  premièrement 
fçavoir  ce.que  c’eft  que  la  fortune  en  general ,  &:  commencer 
par  fon  nom.  Tout  le  monde  tombe  d’accord  que  le  terme  de 
fortune  fignifie  quelquesfois  les  richefîes ,  &  ce  que  le  peuple 
appple  biens  de  fortuness  &  c’eft  en  ce  fens  qu*on  peut  appder 
Médecins  heureux  &  fortunez ,  ceux  qui  gagnent  bien  de  l'ar¬ 
gent  jquoi-qu’ils  le  puiflent  être  encore  en  un  autre  fens.  Car 
à  parler  proprement,  les  évenemens  qui  fuivent  les  caufes  ex¬ 
ternes  appellées  des  Philofophes  ,  caufes  par  accident,  font  ce 
qu’on  appelé  hafard  &  fortune.  C’eft  ainfi  qu’un  pinceau  jetté 
de  chagrin  &  au  hafard  contre  un  T ableau ,  y  exprime  l’écume 
d’un  cheval  d’une  maniéré  conforme  au  fouhak  du  Peintre , 
terme  auquel  ni  fa  main,  ni  peut-être  fon  idée  n’avoitpû  at- 
.  teindre.  Telle  fut  encore  la  bonne  fortune  de  ces  Capitaines, 
qui  s’étant  trouvez  plufieurs  fois  chancelans ,  &  prefques  hors 
d’arçon ,  par  les  coups  de  pique  qu’on  leur  portoit  d’un  coté 
dans  la  mêlée,  furent  autant  de  fois  rcdrelîèz  &  remis  en  felle 
par  ceux  qu’on  leur  portoit  de  l’autre  côté,  &  c’eft  encore  en 
^  -ce  fens-îà  qu’on  dit  ü  communément ,  mais  fi  véritablement ,  que 
nature  fait  U  mérité ,  ôt  que  la  fortune  le  met  en.œwvre ,  celle-là 
ne  pouvant  rien  faire  fi  quelque  heureufe  conjoncture  ou  quel- 


Seconde  Partie,  Chap.  XV*^  405 

que  patron  ne  furviennent  comme  une  machine  incfpcr ée.  Les 
anciens  Empiriques ,  dit-on  ,  mettoient  ces  évenemens  fortuits 
au  nombre  des  principes  de  l’Art  j  s'ils  obfervoient  par  exemple 
qu’une  fièvre  fe  fût  terminée  par  une  hemoragie ,  ils  concluoicnc 
de-là  que  la  faignée  pouvoir  être  bonne  en  pareille  occafion. 
Pour  les  Philofophes  ils  traittoient  de  ckimere  tout  ce  qu’on 
appelé  fortune  ,  quoi-que  la  fuperftkion  payenne  en  eût  fait 
une  Deeflè  ,  qu’elle  l’eut  honorée  du  nom  àz  Bonne ,  *  &  de 
plufieurs  autres  noms.  BonéefonunX)  Fortune  dmiy  F atis  vidtrkihuh 
&  que  le  Sénat  de  Smirne  eut  fait  fraper  une  Médaille  en  l’hon  ¬ 
neur  de  l’Imperatrice  Fauftiner  ou  elle  étoit  appelée  j  & 
reprefentée  fous  r Image  de  cette  Déefle.  C’eft  pourquoy  tant 
de  fages  ont  écrit  que  la  fortune  cft  ennemie  de  la  raifon ,  & 
diredement  oppofée  à  l’Art  :  car  Ariftotc  veut  qu’elle  foit  fans 
yeux ,  fans  jugement  &  fans  conduite.  Chilon  la  dépeint  enco¬ 
re  femblable  à  un  ignorant  oculifte  ?  qui  fait  plus  d’aveugles  qu’il 
ke  guérit  d’aveuglemens.  Plutarque  la  fait  refTemblcr  à  ces  Ju¬ 
ges  injuftes  des  combats  Gymniques  y  qui  couronnent  fbuvent 
ceux  qui  le  méritent  le  moins  i  &  c’eft  pour  cela  qudns’êft  ima- 

finé  qu’elle  arme  les  jeunes  gens ,  les  téméraires  ôc  les  étourdis. 

►es  Poètes  la  font  fille  de  l’Océan  ,  pour  marquer  fon  incon- 
ftance&;  fes  fougues ,  &,  G’eft  dans  ce  fens-là  que  Galien  en 
parle  ainfî  ,  Feteres  forpmmn  depnxemnrmulieris  fpeeie,  ut  ilUm  im* 
frudentium  amentiumque  exfnmirent  5  mais  après,  tout  le-  peuple 
ne  fçait  ce  que  c’eft ,  puisqu’elle  ne  fe  connoît  pas  elle-même.. 
SiAm  mro ,  at  quid  fum  nemo  deferibere  mvit 
He  me  qui  laqmtur  plus  i  mtnus  Hk  faplt 
Si  quid  agas  me  egijfe  refers  ycluijnafque  Tyrmnumi 
Arque  petü  dira 'uoce  fupnus  opern 
Si  fum ,  fum  dea,quid  dira  maUUifgatom 
Servuslftnonfumfiulmiaippi^tuiitejl,. 

Neanmmns  combien  y-a-t-il  de  gens  dans  le  monde  &  parti - 
cirlierement  dans  la  Medecine,  qui  sdiypotequent  pour  ainfi  dire 
à  cette  chhnere,  femblables  â  ce  jeune  homme  dont  parle  Ælien 
qni  s’amouracha  fi  éperduëment.  d’une  Statue  de  la  Fortune', 
qu’il  demanda  permifTton  aux  Magiftrats  del’époufer  j  mais  vol- 
y  la  Leçon  que  le  grand  Hipocrate  fait  à  tous  ces  petits  Mé¬ 
decins  qqi  attendent  tout  d  e  la  fortune,  ^iconque  fait  U  Mede  - 
^m  fuivant  les  principes  de  FArt  y  n  a  pas  befoin  d^etre  fecondé-de  la^ 
prtune}  car  fi  tout  ce  que  les  Arts  ont  de  beau  leur  vient  de  la  Medei^ 

Ecciij, 


*  A  r  A  0  Hî 
TTXl  XI. 

V.  M armera  O  xo- 
nienjîap.  84,  117-. 
x.77.-i.^4, 


ICshmatr.  êitmês 
artes. 


S^ealiger,  Æniÿtii- 


Di  varia 
Ub.  .  eap.  1-5^ 


EJJats  de  Medectnf, 

,  elle aV avantage  de  ne  rien  tenir,  ny  des  Arts,  ny  de  lafimnèi 
Lib.deveteriMe-  Igs  bons  Medecins  étam  dans  V exercice  de  leur  Art ,  ce  que  font  les 
hmi»^  P/Vo/W  dans  un  Vaiffeau.  Qu*on  ne  m’allcgue  donc  pas  qu’Hi- 

pocrate  a  crû  que  la  fortune  peut  quelque  choie  dans  la  eure 
des  maladies ,  puifqu  il  n’entend  par  le  fameux  a  r  a  ©  h  t  i  x  h, 
que  cette  conduite  raifonnable  &  artificielle  des  Medecins  qu’if 
âppellc  &  tvm^iu.  Il  faut  donc  toujours  faire ,  dit  Cel* 

fe,  ce  que  l’Art  ordonne ,  quoi-que  ce  que  l’on  en  attend  n’ar¬ 
rive  pas  toujours.  Galien  dit  que  ce  qui  arrive  par  hafard  eft 
direâement  oppofé  à  ce  qui  fè  fait  avec  Art ,  &  que  ceux  qui 
donnent  tout  à  la  fortune ,  arrivent^  rarement  au  terme  qu’ils  fe 
propofent  dans  l’exercice  de  la  Medecine.  Cependant- il  y  a  des 
^  Adedecins  qui  travaillent  avec  fi  peu  d’application  &  d’étude , 
quon  diroic  qu’ils  jouent  à  un  jeu  de  hafàrd.  Ils  font  de  la  vie 
des  hommes,  ou  peu  s’en  faut ,  ce  que  certain  Juge  faifoit  des 
procès  qu’il  decidoit  au  fort  des  dez.  Ils  attendent  tout  de 
l’Etmiie.  .  é  ' 

Nos  te  nm  facimus  fortuna  deam  eϔoque  locamm. 

’Âpttd  stob&um.  Jls.£{ïmTiQnt  'Ÿhis  une  goûte  de  fortune  quune  tonne  de  fagejfe , 
Bc  préfèrent  comme  Sylla  ,  le  fiirnom  d’heureux  à  celuy  de 
Grand.  Ce  n’ eft  pas  que  comme  il  y  adescaufes  par  accident 
dans  la  Mcdeeinér  il  ne  puifié  arriver  quelque  chofe  qui  fafle 
.  paroitre.  le  Médecin  heureux  ou  malheureux  ,  fuivant  le  fens 
que  le  peuple  donne  au  nom  de  fortune  fuivant  celuy  dont 
*  Tnfcli«m^inhil  quelqu’un  difok  ,  ^^^’?/  à  proyos  de  fe  repofer  quj^nd  on  ejt 

malheureux  que  d' entreprendre  quelque  chofe^^  MsLis  comme  ces 
mms.  accidens  ne  regardent  en  aucune  maniéré  le  devoir  du  Méde¬ 

cin  5  ils  ne  font  rien  aux  préceptes  de  la  Medecine  pratique.  Un 
Médecin  qui  eft  prefques: toujours  appelé  à  des  maladies  feures, 
ou  à  celles  qui  déclinent,  pourra  être  appelé  heureux  ,  qui  en 
doute  ?&  tout  au  contraire,  s’il  n’eft  appelé  qu’à  des  maladies 
morcelles  &  incurables  j  mais  pour  tout  cela  U  n’y  aura  pas  de 
fortune  dans  l’exercice  de  la  Medecine ,  puifqu’elle  opéré  d’une 
maniéré  oppofée  aux  évenemens  fortuits,  c’eft  à  dire  avec  Ait 
&avec  raifon.  Ainfi  ces  ladres  qui  furent  guéris  pour  avoir  bû 
r  ohfif'jat.  15^.  d’une  bouteille  où  une.  vipere  s’étoit  gliflee  j  cette  fem- 

enai  i..  cenmr.  i.  mc  fterüc  qui  eut  dcs  cnfans  aprés  une  chuteforntite  s  l’hidro* 
d^Amphiloque  dont  il  guérit  par  un  coup  qu’il  reçût  dans 
ceu.  oan^ûdeMe-  \o  YCotTC  J  CCS  hommcs  aufquels  dés-bleffures  creverent  des  ab- 
it£.  Hifi.  mi, ah,  cachez  èc  inconnus  3  ces  boiteux  qui  marchèrent  droit ,  paf 


Seconé€  Pam.Cha.p,  XV,  '407 

4es  açcidens  qui  auroienc.c^tffé.  bras  &  jangbésl  d'autres  3  ôc 
enfin  ce  qui  arriva. à  ua  Me Açpia^  Erpaguol ,  £cmt  des  fukces  des , 
c^ijfes  externes,  Celuî^cy  j  dit  le  conte:  >  n’efperojc  plus  rien: 

nr  fon-maladje ,canc.  il  étoit  mal,  ^crovoit  le, venir  voir  pour 
erniere  fois  ,  quand  attachant  comnm  il  avoir:  de  coûtume: 
la  mule  .dans  la  cour  du  logis pour  entrer  .' de  M  dans  la.  cham¬ 
bre  qui.  étnit  au  rés,  de  chaullée:,ril:  entend  qu*ort  le  prie  de 
monter  en  haut  pour  voir  une  .perfonne:  qui  fe:  mouroitc  II  y.» 
cpurc  5  nws  comme  fa:  mule  n  etoit  pas  trop  hie^i:  attachée,  j  elle’ 
neurpàs  de  peine*  à  entrer  dans  la -diambrede- fou  malade  Edle 
y  fait;  du  bruit  >  elle:  approchfiv du  lit-r  &  voyant  qu^il  y  a.quél^' 
qu’un:,  elle  le  flaire  d’une  maniéré  icpt  fait: ouvrir: les  y:éix:&;  les; 
oreilles  du  pau.vre  malade  prefquè  enrfeveliî  dans  une:  aifedliom 
comateufe  J  &  il  en  demeure  fi  Æayé  ,  qudl  fait  un  efiFort  pour: 
fe  parer  des  dents  de  la  mule.  Ainfi  ccmouvcment,^  fécondé  de 
cekiy  delà  naturej.poufie  en  même  temps  par  haut  &  par  bas  la^ 
matière  d’un  abfës  caché  au  malade &au:,Medeciiî.  Gependant 
celui-cy  étant  defcendu ,  cherche  fa  mule  y  &:  eft  étonné  de  là* 
trouver  dans  la  chambre ,  &  la  garde  qui  étoit  rentrée  après: 
quelques  momens  d’abfence  bien  empêchée^  à  lècourir  le  mala-: 
de.  .^  Il  le  confidere  ,  il  touche  fon  poux  j  qu’il  trouve  meilleur 
quoi-que  fort  ému ,  &  demeure  aufll  étonné  de  rétrouver  vivant 
un  malade  qu’il  avoit  prefque  abandonné,  quil  l’eft  d’en  avoir: 
kifle  mort  effectivement  un  qui  fe  portoit  bien  quelques  heures, 
avant  qu  on  l’eut  appelé’-pour  le  voir.  Mais  le  convalefcent 
voyant  que  le  Médecin  fe  prévaioit  de  faguerifon  j  ôc  qu’il  la: 
donnoit  au  dernier  remede  qu’il  luy  avoitordonné  >  ne  manque- 
pas  de  luy  dire  ,  ce  n’cft  ny  vous  ny  vos.remedes  ,  Monfieur  le 
Doâeur  qui  m’ont  guéri ,  mais  vôtre  mulej  ôc comme  vous  ne- 
tes  qu’un  petit  mulet  en  comparaifon^de  cette  grande  &  habile 
Mukj  je  vous  donne  ma  parolle  que  fige  retombe  maladey  ce  fe¬ 
ra  elle  &  non  pas  vous  que  je  manderay  pour  me  guérir.  Tout 
cela 3  dis-je ,  regarde  bien  le  fort  dit  maladey  ôélés  événement 
dépendans  des  caufes  externes  3  mais  non  pas  .ces  fuites,  qui  ne 
dépendent  que  des  réglés  de  l’Art  bien  ou  mài-mifes  empratir 
juc,  11  faut  Gonnoître  les  maladies  &  en  faire  un  prognoflic 
jufte  ,  &  cela. s’appela  raifonnement  conduite,  de  même  que 
^application  des  remedes ,  &  non  pas  hafard  &  fortune,  comme 
coups  frappez  en  aveugle ,  Sç  à  la  maniéré  des  An- 


Sulpit.  Stvere 
Negromamic, 


A 

M,  L.  D.  D.: 


O  g  lEJJkis  de  Medecîne , 

Le  Neptune  étoit  un  des  hommes  de  fon  temps  qui  donnoit 
le  plus  à  la  fortune ,  tant  il  abondoit  en  fon  fens ,  &  particuliè¬ 
rement  fur  fes eaux:  car  il  ne  fe  contentoit  pasdy  commander 
defpotiquement  j  mais  il  y  faifoit  encore  des  expériences  témé¬ 
raires  fur  des  maladies  pour  lefqucls  ces  eaux  ne  paroiflbient 
pas  être  faites.  Le  Grand  étoit  le  plus  fortuné  Médecin  de  fon 
temps ,  au  fens  des  conjondures  favorables ,  &  des  heureux  fuc- 
cés  qui  le  menèrent  fi  loin  ,qu  il  luy  étoit  permis  de  tout  entre¬ 
prendre  &  de  tout  ofer  s  julques-là  ,  que  les  mâlheureuj|^&  la 
mort  même  d’un  grand  Prince  j  qu’il  avoit  dû  prévoir ,  &  qui  l’a- 
voit  furpris  luy-même  autant  que  la  nouvelle  en  furprit  le  refte 
du  monde  5  loin  de  mettre  fin  comme  il  y  avoit  apparence  à  fa 
réputation ,  ne  luy  donna  pas  la  moindre  atteinte.  Le  Politique 
ne  donnoit  dans  la  fortune  ny  par  des  remedes  téméraires ,  ny 
en  fe  confiant  formellement  à  TEtoille  5  mais  il  y  donnoit  fans 
y  penfèr  par  des  vifites  fi  précipitées  ,  qu’il  falloit  necefiaire- 
ment  que  ces  caufès  ïècondes&ces  difpoîîtions  doht  nous  avons 
parlé  5  mffent  pour  luy ,  &  pour  le  malade,  quand  l’un  &  l’autre  , 
îe  tiroitd’alFaire,  evafit fati ope  mnMeMci.  Pour  le  Petit-homme, 
comme  il  donnoit  tout  au  hafard  dans  fa  maniéré  de  pratiquer, 
&que  fa  réputation  n’ étoit  qu’un  pur  ouvrage  de  la  fortune,  il 
eût  bien  pu  àiweifertüna  fufra  nos  negotium gerit.  Car  il  étoit  fi 
perfuadé  qu’il  falloir  tout  entreprendre  pour  s’établir, qu’il  ne 
Siârrétoir  jamais  pour  quoy  que  ce  fût  ,  &  qu’il  eut  mieux  aimé 
fkkc  cent  pas  hafardeux  en  avant ,  que«d’en  faire  deux  en  recu¬ 
lant  avec  jugement raifon,  capo  k.  Il  ne  faut  donc 

pas  pour  conclufion  de  ce  difeours  ,  que  les  Médecins  s’atten¬ 
dent  aux  caufes  fécondés  ^  à  l’Etoille ,  mais  à  la  prudence  &  aux 
préceptes  de  l’Art. 

Muüa>  viam  fortune  régît 

Tout  ce  qu’on  s’imagine  de  cette  prétendue  divinité ,  n’eff 
qu’illufion. 

Falminetînfuletiludatilafciviatyerret 
Sît  DeuSinosillam  novimm  ejfe  nihil. 

Que  le  Médecin  joüiflè  de  tout  ce  qui  arrive  de  favorable 
du  côté  des  caufes  externes,  à  la  bonne  heure  ,  j’y  confens  > 
mais  il  ne  faut  pas  qu’il  s’y  attende.  Q^’il  fe  tienne  donc ,  & 
qu’il  s’afrête,puifquc  c’efl:  affez,  au  précepte  du  grand  Hipo- 
cra.WiN'd  Umere,  nil  conumnere  ,  natur^m  operantem  conjîderare  î 
mirare.  Comme  il  n’cfb  obligé  qu’à  cela  ,  quoi-qu’il  arrive  il 

n’aura 


Seconde  Partie,  Cbap.  X  V.  415 

.iTaura  rien  à  fe  reprocher.  Si  morborum  meâicamenta  certa  funt  ^  Hipocrates  de  Uck 
»on  ejl  fortumepuii  altos  tam  rntàicam&nta  quant  non  meàicamen- 
ta  cumfortuna  exhibifafroderunt.  Je  fçay  à  la  vérité,  à.propos  de 
Jvledicainens ,  que  le  malade  peut  quelquesfois  guérir  fans  cela, 

M  qu’il  y  a  même ,  fi  on  le  veut  ainfi ,  des  rencontres  où  Dieu  be- 
43it  les  fecours  d’une  maniéré  extraordinaire  ,  quand  il  le  juge 
uecelîàirc  pour  fa  gloire,  fuflent- ils  ordonnez  fans  méthode  &: 

.âcontre  temps.  Mais  comme  tout  cela  arrive  rarement ,  &  con¬ 
tre  l’ordre  de  la  nature,  c’efl:  témérité  &:  tenter  Dieu  de  s’y  at¬ 
tendre  les  bras  croifez,  Quoi-que  Dieu  ait  créé  lé  Médecin  & 
les  medicamens ,  h  le  Médecin  eft  ignorant ,  il  n’eft  pas  obligé 
de  donner  cette  benedidion  aux  remedes ,  quand  même  ce  Me^  _  - 
decin  feroit  un  Saint ,  ü  un  ignorant  Médecin  le  peut-être.  Ainh 
comme  il  arri  ve  ordinairement  que  lî  le  Médecin  fait  fon  métier 
fuivant  les  préceptes ,  le  fuccés  fera  conforme  à  la  Padion  que 
•  Dieu  a  fait  avec  la  nature  ,  la  fin  étant  ordinairement  telle  que  y .  Mkhaei  Berin- 
-font  les  moyens  dont  on  fe  fert  pour  y  parvenir  :  de  même  fi  le 
JMedecin  agit  fans  méthode  &au  hafard  ,  U  n’en  arrivera  rien  stis.sea.  s.&ai. 
-que  de  funefte.  C’eft  pourquoy  un  grand  Medeçin  du  fiecle 
pâflé  avoit  grande  raifonde  dire  qu’il  fautfe  joüer, de  eequ’on  ub.  i.  deinigi-^l.. 
-appelé  jeu  de  la  fortune  ,  êc  qu’elle  ne  peut  rien  {ùr  la  bonne  nribm  m MeAkin. 
conduite  &  fur  la  prudence, 

:^o$  arbimo  fars  facit  impotentes  luâos  seHî  vy  e 

. -Ludoshabeamus  y  quoqpie  nos  dr  itpfotentes  -:  ,  Jsrpr. 

J^am  quod  fumus  iînperium  illius ‘vitabit  i 
Atjumus  mimus:  corpus  hac  bona  umbra  tmtum. 


C  di  A  P  I  T  R  E  XVI. 


Dis  Charlatans  j^retendus  Médecins  y  &  des  Médecins 
Charlatans. 

IL  y  a  long  temps  qifon  voit  de  ces  coureurs  qui  ahufent 
de  la  fimplicitédu  peuple  ,  puifqiie  Strabon  en  fait  mention 
-dans  fa  Géographie.  Jean  Tzetzes  *  les  appelle  ,  parce  ■^.Geograph. 

-qu’ils  aflemblent  le  peuple  autour  d’eux.  Ges  gens  ,  dit-on  5  *  inchUiadiL 
,  demandoient  l’aumône  ,  promenans  un  idole  de  Cybele  au  fon 
des  tambours.  Quant  à  ceux  des.  anciens  Gaulois  J  c’étQient  des  ' 

hommes  qui  vivoient  en  commun ,  6c  fans  doute  fur  le  commun 
-à  la  maniéré  de  nos  Bohémiens  ,  6c  qui  au  lieu  d’une,  idole 

Pff 


1  ^  Bjjais  de  Medecine. 

promcnoiem  un  afnc,  qu’ils  nommoient  le  Fortuné ,  en  faifant 
mille  jongleries.  On  ajoute  que  les  Athlètes  mêmes  étoient 
appeliez  Agyrtes ,  &  que  ces  gueux  qui  chantoient  aux  fêtes  & 
aflemblées  des  Chrétiens ,  étoient  appeliez  Menagirta.  Mais 
tout  cela  n’eil  pas  ce  que  nous  cherchons,  puilqüe  ceux  qui ie 
font  mêlez  de  la  Medecine ,  étoient  bien  plus  anciens  quêtons 
ces  Agyvtei  j  qu’Hipocrate  s’en  plaint,  &  qu’il  nous  les  dépeint 
comme  des  gens  qui  faifoient  la  JMedecine  ,  fans  raifon  ,  fans 
experience  &  fans  probité.  Mais  pour  cela  Je  ne  vois  pas  ni  que 
ce  grand  homme  ,  ni  les  Médecins,  qui  (ont  venus  après  lui , 
nous  aient  défini  la  charlatan erie.  Il  eif  vrai  que  quelqu’un  de 
z.deioeisinhomm.  nos  Medccios  a  dit  affezfpiritueiiementquec’eftiâfaufle  mon- 
^dedecem.  orna-  _noye  de  là  Medecîne  j  &  qu’un  autre  *avôic  dit  de  l’Alchimie 
*T>ifcoHn  de  l'M-  efpece  de  charlatancrie  ,  long  temps  avant  celui  là  :  que  cefl: 
gine, mœurs, fraiü,  un  art  fâns  art ,  qui  a  le  menfonge  pour  commencement,  la 
is  ’SarUt^Ta  ^  l’inquiétLide  pour  milieu  ,  &;  la  mendicité  pour  fin.  Et 

•vec  leur  découver,  c’cft  611  cc  feiis-là  que  le  fameux  d’Aviflbn  définilToit  les  Chi-  - 

Charlatans  &:  tous  ces  chercheurs  de 
les  far  f.B  M.o.  Pierre  Philofophale,  animal  ereddum  ,  mendax  Témoin  Pe- 
T).R.à  Faris,chez.  TCioi  ce  famcux  Alchiûiifte ,  qui  difoit  en  mourant  dans  l’hôpi- 
leTi  tal  d’V  Verdun  en  SuilTe  ,  qtte  s’il  avait  quelque  ennemi  quil  ne- 
sât  attaquer  ouvertement  »  il  lui  confeilleroit  de  fe  donner  tout  nAier 
a  la  pratique  de  l’ Alchimie ,  ^  à  la  recherche  du  grand  oeuvre.  C’eft 
pourqiioy  ,  à  mon  fentiment ,  la  charlatanerie  peut  être  défi* 
nie  Ars  illudendi  mundum  ,  a  qua  totm  munàm  illufus  ejî.  Car. 
encore  que  les  ennemis  de  la  Medecine  puifTent  nous  objeéfcer 
que  c’eft  ainfi  que  le  fameux  Sala  Médecin  de  Padouë  x  défi¬ 
ni  la  Medecine,  il  y  a  bien  de  l’apparence  que  Payant  faite  avec 
►  raifon  ,  experience  ôc  probité ,  il  n’a  compris  dans  cette  défi¬ 
nition  que  les  Saltimbanques ,  les  Theriacleurs  J  ôcfi  Pon  veut, 
les  Médecins  ignorans  &  de  mauvaife  foy.  Car  fi  on  confidere  la 
Medecine  en  la  maniéré  que  Dieu  Pà  creée,&  qu’elle  efl  exercée 
par  les  Médecins  honnêtes  êi  fçavans, comment  pourra -t-elle  être 
l’j^rt  de  tromper  le  monde  ,  le  moy  en  dont  on  s  efi  fervi  depuis 

tant  dejkcles  pour  dupper  les  fats  î  Anfli  n’étoit-ce  qu’à  l’égard, 
d’une  infinité  de  Charlatans  &  de  malhonnêtes  Médecins  qu’un 
grand  Prince  de  notre  temps  ne  pouvoit  s’empêcher  de  dire 
u.z.vp,  que  là  Medecine  avoir  quatre  pânies,  dont  les  crois  premières 

étoient  Charlatanerie  ,  &la  quatrième  Forfanterie.  La  charla- 
taaeric  n’étant  donc  pas  fimplement  renfermée  dans  Pignoran-  ; 


Seconde  Pdnk,  Chap.  XVI.  417 

ce  des  Empiriques ,  mais  même  dans  la  maniéré  intcreiTée ,  ava- 
-xe?  trompeufe  ôc  fanfaronne  de  quelques  Médecins  dogmati¬ 
ques  ,  n’aurons-noiis  pas  raifon  de  les  regarder  comme  une  ma¬ 
niéré  de  Charlatans  ;  l’honneur,  la  confcience ,  6:  la  pureté  d’in¬ 
tention  n’étant  pas  moins  necedaires  pour  former  un  bon  Mé¬ 
decin,  que  l’efprit ,  l’intelligence  &:  les  préceptes  de  l’Art.  C’eft 
pour  cela  qu’ayant  delTein  de  faire  connoitre  dans  ce  Chapitre- 
cy  les  differentes  fortes  de  gens  qui  exercent  lax:harlatanerie , 
je  commence  par  le  nom  ,  l’origine  ,.la  defeription  ,  lés  maniè¬ 
res,  la  conduite ,  &  Thiftoire  des.  vrais  &  fiéfez  Charlatans  , 
pour  voir  d’autant  mieux  dans  la  fuite,  en  quoy  certains  Mé¬ 
decins  leur  reUcmblent,  à  travers  la  morgue  &  la  figure  qu’ils 
tiennent  en  public  &  dans  les  Ecoles.  Âpres  quoy  je  palTeray 
aux  Eeclefiaftiques  &:  aux  Réguliers  ,  qui  fartent  comme  des 
transfuges  de  leurs  poftes,  pour  fe  riiectre  de  la  partie  ,  &  fi- 
nïray  les  portraits  que  je  feray  de  ces  trois  efpeees  de  Charla¬ 
tans,  par  la  peinture  de  ces  femmes  inquiettes ,  qui  en  veulent 
être  par  curioficé  ,  vanité  ou  indigence  ,  puifque  tout  le  mon¬ 
de  fçait  affez  que 

Fingit  fe  2\/[eàicus ,  quivis  iàiotti ,  Saserdos , 

Monàchus ,  Hijlrio  ^  Tonfor  y  Anus  , 

Miles  y^Mercator  i  Cerdo  i  ITutriX  i  é^  Armor 
Fuit  medicas  hoâîe  quivis  hubere  m^nus. 

On  croit  communément  que  les  Charlatans  fontainfi  appeliez 
de  ricalien  Ceretani  y  &  de  certains  peuples  originaires  d’une 
ville  d’Italie  âppellée  Cemo ,  fituée  entre  Spolette  .ôi  Nurfiedans 
EOmbrie  ,  opinion  qu’Ambroife  Calepin  avoir  avancée  avant 
l’Auteur  d’un  Livre  intitulé  Difeours  de  rorigine  des  churlutum  y 
imprimé  Tan  1611.  C’eft:  ainfi  que  quelques-uns  font  venir  jf- 
trio  àAJîriuy  Province  donc  ils  font  les  Batteleors  originaires  , 
foûténanc  encore  qu’Ifter  en  Langue  Hetrufqiie  figuifioit  ce 
que  les  Italiens  appellent  maintenant  Ludkne  ,  &  nous  Batte- 
leur;  Ô£  que  d’autres ,  comme  Leandre  Albert ,  ont  écrit ,  que 
les  premiers  habitans  de  Cereto  croient  certains  François  chaf- 
fez  de  leur  païs ,  lefquels  ayant  prié  le  Pape  de  leur  affîgner 
quelque  retraite  ,  il  les  établit  en  ce  lieu-là  ,  avec  permiffion 
de  mendier  &  de  vivre  de  leur  fçavoir  faire.  Mais  il eft  certain, 
quoy  que  puiiTe  alléguer  cet  Auteur,  qu’il  yavoitdes  coureurs 
êi  des  Charlatans  dans  le  monde  avant  que  la  ville  de  Cereto 
fut  bâtie ,  ainfi  qu’il  paroît  pajc  la  Loy  du  Codde  De  'validïs 

F  f  f  i  j 


I.; 

IL 

ni. 

ïv. 


Poliddr,  Vîrgil.  l.j\ 

c.S. 

I»  Italk  illpgra^ 
ta. 


l.  Z. 


ji. 


1S.kipJtre.  3  , 


'Btfcurfii  dèM'edîiis 
»on  M-edieis. 


Lamie  Frophete^e 
§lle  dt  Nepiftne. 


41g  EJJdh  de  Medecme^ 

menâicü  par  Is  rémoignage  mêaie  d'Âgellius,  &  par  qiïelqtïe  j, 
Epigrammes  de  Marcial.  Il  y  a  donc  bien  plus  d  apparence 
comme  le  veut  M.  l’Abbé  Ménage  dans  fcs  Origines  des  mots> 
Italiens,  que  le  terme  de  Charlatan  vient  de  CiarUre  ,  dérivé- 
àu 'Lztm  cirmlare  i  qui  lignifie  non  fealement  tourner  Alentour  ^ 
mais  encore:  la  même  choie  que  decipere  ,  tromper _&  fourber.. 
L’Auteur  du  Difcours  cy-devant  allégué  veut  que  ces  gens-làr. 
fe  foieiit  fait  un  plaifir  sL  un  métier  de  courir ,  attirant  douce¬ 
ment  le  peuple  par  leurs  jongleries ,  divinations  &  prédidionsy; 
&  par  les-  fauts  qu’ils  faiioient  fur  des  bancs  &  fur  de  petits, 
théâtres ,  d’où  font  venus  les  mots,  de  Chiromantes  &  de  Sal-^ 
îimbanques.  Il  ajoûte  quùls  le- rendirent  enfuite  plus- agréables, 
au  peuple  par  le  débit  des.  poudres  aromatiques.,  des  remedes,* 
des  fecrets  &  des,  curiofitez  ,  avec  quoy  ils  amüfoient  les* 
gens.de  trop  de  ioifir.  Enfin ,  dit-il ,  la  charlatanerie  fut  ré¬ 
duite  en  Art  ,  &  eut  fes  parties  intégrantes:,- dont  la  premiè¬ 
re  fut  la-  mafcarade  ,Ja  fécondé  le  banc  ,  la  troifiéme  le  men- 
fonge  ou  tromperie  ,. la  quatrième  la  raillerie,  ôc  la  cinquième, 
les  boules  ou  boulettes. ,  poudres  êc  mufcadins  ,  &  même  les. 
tours  de  palFé  -pafiévde  cartes  êc  de  goubelets.  11  va  bien  plus 
loin ,  car  il  ajoûte  que  le  diable  a  été  le  premier  Charlatan  dece; 
monde.,  le  pere  de  tous  les  autres  ,*  &  pour  trouver  fon  com¬ 
pte  dans  la  reflemblance  des  enfans  au  pere  ,  que  premiè¬ 
rement  il  fe  mafqiia  au  Paradis  terreftre  ,  feHmettant  fous  la  fi^ 
gure.  d’un  ferpent.  Qu’il  monta  fur  l’arbre  de,  vie  comme 
les  Charlatans  -montent  fur  le  theatre  qui  les  fait  vivre.,  jv 
Qfiil  inventa  ôc.de.bita  des  bourdes ,  en  difant  à  Adam  &  à  Eve 
qui  étoient  de  bonnès  gens  :  Fom  ne  mourre^  point.  4.  Qu’il  fe 
moqua  d’eux  en. difant  :  Vous  ferez, fcmblabies  à  Dieu  j  8c  en 
cinquième  lieu  qu’il  leur  propofa  le  fruit  défendu  comme  une 
de  ces  pommes  de  fenteurs ,  dont  les  Charlatans  amufent  les 
femmes,  ôc  les  fimples.  Je  ne  fçay  fi  le  fameux  Médecin  David. 
Sturmius  n'auroic  point  eu  lamême  vifion  ,  quand  il  avécrit^ 
JPrimm  Cncodœmon  meàimnta  pr&pB^iivit  FrotopU^is  ;  ce  qu’il  y  a' 
d’afiùre  eft  que  les  Prêtres  des  Idoles  ,  les  Magiciens ,  Lamies  ^ 
^  autres  Miniftres  des  Démons ,  avoient  cela  de  commun  avec 
nos  Charlatans  ,  que  les  uns  &  les  autres  ont  toujours  pris  pei¬ 
ne  à  envelloper  ce  qu’ils  debitoient.  Mais  pour  revenir  à  l’o¬ 
rigine  de  ces  coureurs ,  qui  trompent  les  fimples  par  le  débit  de 
leurs  feersta  i  ily  en  avoit  dés.le  temps  du  grandHipocrate,  com:^ 


Seconde  Partie.  Chap.  XIV.  41 P 

®e  BOUS  l’avons  remarqué  cy-devant.  Hérodote  nous  aprend  R-aptores  MeJici 
encore  que  les  Egyptiens  &  Babyloniens  les  chafferent  de  leur 
païs ,  comme  firent  les  Grecs  apres  eux  Galien  ne  les  a  pas  ou-  fdda  împeritis  im- 
bliez  fous  le  nom  de  ces  prétendus  Médecins, qui  couroient 
païs  Latin  -k  ô^l’on  n’a  gueres  vude  païs  depuis ,  qui  n’aient  été  graflkbanJ 
infectez  de  ces  chenilles- de  la  Medecine.  Mais  il  ne  faut  pas  in  campu  ta- 
paffer  outre  fans  remarquer  que  quand  on  les  appelle  Empi-'^*’ 
riqiies;  ,  on  leur  fait  bien  plus  d’honneur  qu’ils  n’en  méritent, 
èc  qu’il  ne  faut  pas  s’étonner  s’ils  ne  s’enoftenfent  pas  ;  car  en¬ 
core  que  les- anciens  Empiriques  fuffent  ai nlî  appeliez  à  caufe^ 
de  rcxperience  i-  à  laquelle  ils  ne  fe  mettoient  pas  en  peine  de 
joindre  le  raifonnement  ,  que  les  Dogmatiques  y  ajoûtoient  s 
leur  pratique  neanmoins  ne  lailToit  pas  de  rouler  fur  la  natme- , 
lafor^umAar€'velatiof^yé^Cimitaùo)fyà’oh\\st\ïo\t^nte]uc\(\ues\\i-‘ 
micres  outre  celles  de  l’experiencejgens  au  refte  la  plupart  de  bon  . 

feosjphilofophans à  leur  maniéré,  dont  les  Chefs  telsqu’étoient 
PhilinusdeCos ,  Acron  d’Agrigente,Gorgias,.Philoxene,Sofl:ra-  .  ;  - 

te  ,  Hieron  ,  Ammonius  ,.Triphonî  Evolpius,  Meges,  firent  de  -  •  ^ 
fameux  Difciples  ,.ôc  dont  Galien  avoué  de  bonne  foi  ^avoir 
apris  d  allez  bonnes  chofes.  Ainfi  je  laifFe  à  penfer  fi  des  mi- 
ferables ,  fans  étude  ,  fans  principes  ,  fans  raifonnement  5  fans  '  ■ 

honneur. ,  ne  font  pas  bien  aifes  de  fe  voir  appeliez  du  nom  i 

d’une  telle  Secte,  Ce  leroit  les  traiter  encore,  trop  favorable.-  . 
ment ,  que  de  les  appeller  les  finges  de  la  Medecine ,  comme 
fait  Galien ,  eux  qui.  ne  doivent  être  confiderez  que, comme,  les 
inléctes  &  les  efearbots  de  cet  Art.  Quoi  qu’il  en  foit  ,  voici 
comme  il  nous  dépeint  ceux  qui  de  fon  temps. ufurpoientda 
qualité  &  le  nom  de  Médecin  :  Gens  qui  fe  vantent  à' è-tre  de  cer^  Cûminent.^ïn  c.  ig^- 
taines  SeBts.  G’efl  ainfi  que  nos  Charlatans  fe  difent  Mede^"^^ 
cins  Spagiriques  ,  Chimiftes &  même  de  Monpellicr  ,.  ou  ils 
n’ont  jamais  mis  le  pied.  Il  ny  a  rien  de  fi  difficile  qu  ils  n  entre.- 
•prennent  hardiment  y, grands  menteurs  ,  ]ufquk  faire  des  e'erits  pleins 
■d'i^pofiures.  Voilà  les  impertinens  livres  des -plus  hardis  ,  les 
■placards  U  les  affiches  des  plus  timides  fur  des  matières 
n  entendent  pas..  T émoin.  celui  qui  difoit  de  Galien  ,  qu’il  avoit 
écrit  en  fort  beau  Latin.  Ils  ri mt  ni  expérience  ni  raifonnement  y 
comme  nous  le  verrons -cy-aprés.  /h comparent  jamais  les 
■  temps ÿ  le  prefent,  le  paffé  &  l’avenir  leur  font  une  même  cho- 
fe.  ils  ne  connoi fient- ni  les  efpeces  ,  ni  les  différences  des  mal/tdies  ;  u  AeTherijtc.. 

&  com.mt  ils  ne  [pavent pas  même  ce  que  cefi  que  divifer,  ils  font-  ^ 

E  £f  iij. 


■426  Medecme, 

comme  ces  mal-adroits  CuiÇiniers  ,  cfui  au  lieu  de  feparer  proprement 
i.  Meth.c.  6:  membres  des  animaux  ,  les  déchirent  &  les  écrasent.  Ils  auroient 

bien  de  la  peine  a  dire  fmplement  ce  epue  c  ejl  qu  humeur ,  ^  de  com¬ 
bien  d'humeurs  la  ma^e  du  fang  efi  composée.  Que  dif-je,  c’eft  leur 
faire  encore  grâce  que  de  fe  fcrvir  de  ces  traits  de  Galien  ,  pour 
faire  voir  ce  qu’ils  font ,  puifqu’il  y  en  a  tant  qui  ne  fçavent  ni 
lire  ni  écrire.  Aufîi  efl-ce  pour  cette  raifon  que  quelqu’un  les 
appelle  les  fléaux  de  la  Medecine  a  comme  û  c’écoit  des  ennemis 
8c  des  péftes  qui  portent  par  leur  ignorance  &  leurs  mœursçor- 
rompuës ,  la  mort  5c  la  défolation  par  tout  où  ils  vont.  Cepen¬ 
dant  les  uns  paroiffent  au  grand  jour  5  publians  leurs  fecrets,  par 
un  Zani  j  dû  l’Auteur  du  Difeours  cy-devant  allégué  par  un 
Gratim  &  par  une  Florinde.  comme  s- il  n’y  av  oit  rien  déplus  ra- 
re  pour  la  famé  ,  fans  que  le  peuple  s’apperçoive  que  tout  ce¬ 
la  n’eft  quémommerie  ,  êc  qu’il  ne  peut  rien  venir  de  bon  de 
gens  perdus  d’honneur  êc  de  confcience  dés  l’enfance  ,  8c  de- 
Capit.  de  iis  qwi  clarev:  pécheurs-  publics  par  l’Eglife  3  outre  que  s’ils  débitent 
mmnmr  tnfam.  s.  antidotes ,  ils  font  fi  differens  de  ceuxdontles  An- 

articui.C.  ïCiens  nous  ont  donne  la  delcription  ;  que  11  la  diipeniation 
sLaürentîHs  Hof-  qu’ils  en  font  ,5  écoit  faîte  fidèlement ,  ils  perdroient  leur  peine 
7.7^feJibtifué‘  ^  argent ,  les  donnant  à  fi  vil  prix.  Il  y  a  même  tantd’a-. 
vers  upi  Medic.  bus  à  cc  que  difcnt  6C  à  tout^  ce  que  font  ces  Saltimbanques  j 
c  j'mc.  debiteurs  de  remedes  ,ôc  ces  difeurs  d’Orofeopes  ,  que  le 

Duc  de  Rochefter  l’homme  de  foii  tems  qui  fe  plailoit  le  plus  à 
changer  de  divertiflemens  ,  6c  à  éprouver  comme  un  Pro- 
théc toutes  les  conditions  J  voülut  voir  par  curiofitéjufques  où 
pouvok  aller  la  crédulité  à  l’égard  de  ces  gens -là.  Comme 
le  peuple  de  Londres  ne  va  jamais  à  la  Cour  ,  6c  qu’il  ne 
oonnoift  gueres  lés  grands  Seigneurs ,  il  ne  lui  fut  pas  difficile 
de  faire  le  Charlatan  dans  cette  grande  Ville.  Il  y  propofà 
donc  fur  une  maniéré  de  theatre  lés  remedes  ,  6c  les  vendit, 
après  les  avoir  un  peu  cajolez  ,  cc  qu’il  voülut  3  6c  comme  ils 
li’avoicnt  rien  de  dangereux  ,  la  confiance  qu’on  y  avoit  ,  fai- 
foic  d’afiTez  bons  effets.  Il  difoit  la  bonne  avanture  aux  fem¬ 


mes  ,  6c  étoit  fouvent  confulcé  fur  des  matières  qui  lé  faifoient 
entrer  dans  le  fecret  des  confultans  rainfi.  étant  homme  à  pro¬ 
fiter  de  tout  ,  il  lui  arrivoit  quelquefois  des  avàntures  Roma- 
nifques  6c  des  plus  galantes.  Et  à  ce  fujet  je  ne  puis  oublier  ici , 
qu’un  Comédien  de  Londres ,  qui  n’avoit  pas  tous  les  jours  oc- 
éâfioa  deparoîcre  fur  la  fècne  de  éctte  Ville,  s’en  alloit  quel- 


Seconde  Partie,  Chap.  XVI.  42,1 

qaefoîs  faire  le  Charlatan  dans  les  V  illagcs  où  il  vendoit  fort 
bien  fon  baume ,  à  force  de  le  préconifer  aux  païfans  j  mais 
parce  qu’il  avoit  par  malheur  le  cartilage  du  nez  à  demi  ron¬ 
gé  d’un  vieux  ulcéré  3  cela  gaftoit  tout  le  métier  auprès  des 
Villageois  les  plus  fpirituels.  Comme  il  eut  donc  appris  que 
quelques-uns  ralloien^de  fon  nez  ,  il  ne  manqua  pas  de  leur 
dire  un  jour  dans  fon  allocutioii ,  qu’à  la  vérité  il  avoit  un  nez 
qui  fembloic  accufer  fon  baume  de  peu  de  vertu  5  mais  qu’il 
faloit  qu’on  fçeùt  que  le  mal  avoit  été  fi  grand  ,  qu’il  n’avoit 
plus^  du  tout  de  nez  ,  &  que  ce  qui  lui  en  paroijSbit  alors ,  ètoit 
un  effet  miraculeux  de  fon  remede  donc  il  efperoit  une  en¬ 
tière  guérifoD  quand  il  s’én  feroit  encore  fervi  quelque  tems.  . 
Voilà  pour  ceux  qui  travaillent  au  grand  jour  :  car  quand  à 
ceux  qui  fé  eaehent  dans  les  teaebres  ^  il  eft  h  difScile  de  lesdé^ 
couvrir  3  que  fi  l’affiche  ne'marquoit  précifément  la  ruë  >  l’en- 
feigne ,  le  voihn  3  la  porte  ôc  l’étage  du  logis  avec  le  nom  de^ 
l’Erculape  3  on  ne  le  trouveroit  jamais..  Et  ce  qui  fait  qti’oq 
lé  cherche  nonqbftant  f  obfcurité  du  lieu  j..  c’eft  qu’on  s’y  croir: 
bien  caché  3  quoi-que  plufîenrs  per.fonnes  de  l’un  êe.de  l’autre" 
fexc  3  qui  ne  s’entrecherehoient  pas  3  fe  foient  fouvent  rencon^ 
tr ez  à-  un  même  Oracle.  Oracle  au  refte  qiii  n’e/l  3  fi  on  le 
veut  bien  examiner  62  connoicre  à  Fond  ,  qu’un  valet  ,  qu’um 
artifan  ruiné,  qu’un  folliciteur  de  procès  ,  qu’un  ignorant  ôc 
méchant  Prêtre  ,  ou  tout  au  plus  ,  dk  un  f|avant  homme  j-uni 
Barbier  on  un  Herboriite  déguifé  en  Médecin.  Galien  parlant 
de  tous  ces  gens  là  ,  dît  agréablement  que  ce  font  des  voleurs^ 
des  plus  finguliers  3  piiifqùàprés  avoir  volé  tué ,  ils  trou- 
voient  le  moyen  de  s’en  faire  remercierpar  ceux  qui  devroient 
les  poursuivre  en  juffiiee.  G’ejft  pourquoi  lé  docle  Scaîiger  qui 
les  connoiioît  très  parfakemem  ,.-  n’a-  pas  fait  de  difficulté,  de 
nous  en  faire  cette  peinture  : 

Cjnimm  fpecies  nova  pudenda 
PVo  morte  Ah  !-■  Ÿtetmm- ^ 

^anum:^mriif:.cum  Amulatorii^^ 

Argentique  fitimlofiores  quam 
Boni  nominis  ér  boni  f  udoris ,, 

Vdle  carnifimm  cohors  cruenta^r-: 

Plena  fanguinis  éi  rieomonum. 

Q^nd  meme  iis  ne  feroient  pas  tant  de;  vols  &  de  meurtres  ,  qui 
otite  que  ce  ne  foit  au  moins  de  véritables^  ufùrpaceurs  de  % 


Z,  I  Mithoàl^ 
Freceg.adEf  ig,  ©ç- 

l.  I.  f  rmet. 


în  fnanîémCAmt^- 
liA»t 


Medecîne, 

%.  ie  T.iegMt.  Medecîne,  comme  Hipocrace  les  appelle.  Car  enfin  U  MeâeeU 
ne  efi  un  Art ,  (j^ui  \comme  tous  les  mms ,  a  fes  principes  :  tant  eUe 


eflune  hubitude,  qtd  s' acquiert  par  P  expérience  é'  p^r 
.  dont  les  principes  dépendent  de  P  étude  au  on  fait^ 


la  raijon 


Laaremberg.  forti- dont  ies  principes  dépendent  de  P  étude  quon  fait.  De  "plus  , 
CHS.  ÆfcuUfms  in  Art  doit  connoître  fon  fuiet  &  matière.  Ü  a  des  principes 

tik.  l.  cap.  î.  •  ri  k  Vl  -f  d  .  n  t  »  /z  ^ 

^  vrats  cr  unw^jrjels.  Or  ejt-u  que  l  expenence  jeule  n,  efi  point  tout 
cela  :  car  elle  n  a  rien  que  de  finguiier-,  ^  toute  fingularité  n  efi  ja* 
mais  de  P  Art  :  donc  les  Empiriques  ne  peuvent  fe  mettre  en  pofiejfim 
de  la  Medecîne  que  par  la  tromperie  ^  par  la  violence  qutls  lui 
font.  leurs  patrons  difent  -donc  tout  ce  quil  leur  plaira, 
cette  expérience  eü;  infidèle,  étant  fans  raifonnement-:  C2iv  qui- 
^UtomHHebo  Platon  ,  s^ imagine  pQ^eder  un  Art  fans  Pavoir  dpris 

9.  Method.  -avec  methvdt  ,  quil  fiache  quil  n  en  a  que  P  ombre.  Penféc  que 
inSfecHio  vjuha.  Galien  â  empruntée  de  ce  grand  Perlonnagc ,  ôc  qu*un  autre 
*^'**^‘  a  empruntée  d’eux.  ^  Cependant ,  dit  Roderic.  Zamorenfis  ,  on fe 

fie  à  ces  gens-îà  en  des  maladies  s  ou  les  plus  fçavanS  Médecins  font 
affe^  empêche^.  ajoute  cet  Auteur  après  faint  Jerome, 

zftfi.  Médecin  prétendu  pourra-t-il  fç  avoir  ce  quil  na  apris  d  aucun 

UnHm.  Maître.  Les  Charpentiers ,  les  Ti  ferans ,  les  Foulons ,  les  Serruriers , 

'''  les  MaponSi  ^  tant  dl autres  Artifans  ne  peuvent  exercer  leur  métier 

s'ils  ne  font  leur  apprentijfage  5  é"  cependant  il  fera  permis  dans  la 
Medecîne  ,  ou  il  nf  va  pas  de  moins  que  de  la  vie  ,  de  ne  rien 
fpavoir  ?  Lis  uns  confultent  les  malad..es  memes  fout  en  apprendre 
la  A£edccine ,  quoi-que  ces  malades  .ny  entendent  rien  \  les  autres 
s  informent  des  femmes  comment  il  fe  faut  prendre  d  traiter  les  hom- 
?  mes  i  les  autres  apprennent  des  Infidèles  les  remedes  dont  ils  ahu- 

fent  dans  les  maladies  des  Fidèles  j  les  autres  feuilletent  des  livres 
f'  derecept(S)  dont  ils  font  fervir  les  remedes  d  tous  les  âges  ,  d  tous  les 

''  r  f  tems  ,  (jr  d  tous  les  fexes  :  ainfi  un  av  eugU  en  conduit  un  autre. 

Combien  de  maladies  entretenues  &  prolongées  par  ces  remedes  ,  00 
3  changées  en  de  pires  ?  Combien  de  poifons  donnez,  en  parfums  ^  Com- 

i:  bien  de  remedes  de  prix  employé^  fans  neceffité  ^  ^  feulement  pour 

rendre  la  cure  prétendue  plus  precieufe  en  des  occafions  ,  ou  un  peu  de 
f'*''-  -  patience  ^  de  régime  auroknt  été  fu  fil  fans  ’.e^r  après  tout  ^  il  fe  trou  i 


n  Ciiratio  Tcra,  proceâif  mettodo ,  fine  qua  oœnis  œcd^jatio  ftolidfa  &  crapîrî--- 
ca.  Ui  ex  Galeno-artifices  errant  fine  pcrpcndiculo  &  norm  ,  fie  Medicus  ,  fi  fanec 
non  atte  fed  cafu  ,  fie  HippoccEtauros  producit  ,  &  inanirer  ut  implumcs  ciconiar 
fubrultantcs  alas  vibrât.  Sic  idem  Galeuus;  I.  13.  Method.  c.  lo.  Si  quis  adimerec 
■3 udîcationem  fumptam  à  parte  ,  totam  Medicinam  non  modo  Tex  menfibns  ,  fed  ctiam 
'  -Tex  4icb«s  addifccret.  Liment,  Jîofmmn.  de  fera  ahtifH  remedierum  Chimicer. 


Seconde  Pâme.  Chap.  XVI.  41^ 

bîe»  loin  de  rejfufci fer  des  morts ,  ^  comme  on  V avoit promisy  *  ijîî  ^  mortuîs 
en  refait  mourir  des  'vivant^  De  plies ,  dit  faint  Jerome  ,  il  ny  a  ff- 

ni  barbon  >  ni  'vieille  caufeufey  qui  ne  déshonoré  la  Medecine  jufques  ciebant.  sic  Simon 
i  Venfeigner  fans  l'avoir  apprife  ,  impofant  au  peuple  par  un  air  gra-  AÎfaToTum 

ée -,  Ôc  par  des  paroles  pefées  &:  étadies.  Auffi  eft-ce  ce  qui  piriafcha  excæ- 
i  oblige  à  emprunter  ces  vers  du  Satynqiie,  .  ; 

^md  Medicorum  eji  ■  ^ 

Promit  tant  Medki. 

Ne  feroit-il  pas  beau  voir,  dit  Sandorius,  un  aveugle  &;im  Uhrivi.' 

lourd,  qui  n’ayant  jamais  vu  ni  connu  les  roues  &  les  reflbrcs  t^nd.trror.xQ.  c. 
dnne  horloge  ,  voudroient  donner  des  avis  pour  la  rétablir  , 
quand  elle  eft  démontée  ou  rompue.  f 

Mais  quoi  ?  Antiquum  é’  vetuS  eft  ^  c’eft  un  viel  abus  chez  les 
perfonnes  de  qualité  ,  &  même  dans  quelques  Gours  / où  on 
I»  lie  le  contente  pas  de  protéger  des  fourbes  &  des  ignorâns  ^ 
mais  où  on  s’en  coëfFe  encore  honteiifement ,  &  quelquefois  tfès- 
malheureufement.  Car  pour  ne  rien  dire  de  nôtre  tems,  ôc  pour 
ne  fâcher  perfonne,  y  eut-il  jamais  rien  de  plus  ridicule,  que 
d.e  voir  le  Lieutenant  d’un  Empereur  Romain  donner  dans  les 
promeffés  &  dans  les  jongleries  d’un  Alexandre  ,  dit  le  faux  "" 

Prophète,  au  point  de  fe  faire  fon  gendre.  C’étoit  à  la  vérité,  ^  , 

J.  .  r  •  *•  ,  ,  .  r  °  Alenm- 

dit  Lucien  ,  un  homme  bien  fait ,  qui  ne  manquoit  pâs  d  eb  dr. 
prit,  &  qui  fembloit  fçavoir  quelque  chofe  de  la  Medecine, 
mais  dont  les  difcoLirs  n’étoient  que  des  coqs-à-l’âne  pour  ceux 
qui  avoient  du  bon  fens ,  &  qui  le  voùloiént 'faire  raifo'nnéf. 

Il  étoit  difciple  &;  compatriote  d’Appollonius  de  Thiànéç^  & 
peu  moins  fourbe  que  ce  déterminé  fripon  3  ôc  éepétïdahf  il  fe 
difoit  fils  de  Podalire  de  Triques 3  quelle  extravagance  !  Apres 
avoir  fait  publier  par  fes  emiflaires  qu’il  avoit  des  remedes  pour 
toutes  fortes  de  maladies  ,  il  ne  maüqudit  pas  de  répondre  à 
ceux  qui  le  confultoient ,  à  la  maniéré  des  Oracles  ^  de  forte 
que  foie  que  le  malade  mourût  ,  ou  qu’il  guérît  ,  feS  partifàhs '  ■  ^ 
interpretoient  toujours  fes  réponfes  dans  un  fens  qui  lui  étoit 
avantageux.  Il  s’aÛocia  premièrement  d’un  nommé  Coconas  j 
homme  auffi  perdu  de  débauches  que  lui  3  &  comme  il  étoit 
fefolu  de  commencer  le  débit  de  fes  fourberies  par  les  gltis 
grand  badaux  de  fon  fîecle  ,  il  commença  par  les  ÇhâléédqJ 
niens  ,  qui  étoient  les  plus  grofe  ganàches  dé  toutes  cellés-de 
la  Paphlagonie.  Cependant  il  fut  allez  malheureux  pouf  voir 
tadûrir  fon  cher  Gocohàsî  mais  il  nc  perdit  pas  pour  cela  èou- 


de.  Médecine, 

rage  ,  &  fit  tant  de  tours  de  fon  métier ,  qu’il  étonna  tout  le 
monde.  Voici  ce  qui  lui  reüflîc  le  mieux,  &  qui  établit  fa 
réputation.  Il  a  voit  caché  un  œuf  en  terre ,  dans  lequel  il 
avoit  ajufté  un  petit  ferpent,  &  publia  ,  quantdl  fut  temps , 
que  le  Dieu  de  la  Medecine  fe  vouloit  manifefter  aux  hu¬ 
mains  par  fon  minidere.  On  fait  donc  femblanc  de  chercher 
ce  Dieu,  &  on  trouve  l’œuf,  d’où  le  ferpent  ne  manqua  pas 
de  fortir  par  l’artifice  d’Alexandre.  On  adore  auffi-tôt  ce 
Dieu  &  fon  Auteur  même.  Le  ferpent  ed  montré  au  peuple 
•  comrn^  un  Génie  tutelaire.  U  change  tous  les  jours  de  taille  & 
de  itêce  :  tant  on  fçavoit  lui  donner  la  forme  qu’on  croyoit  la 
plus  convenable  à  ia  mommerie  j  de  forte  que  Rntilien  Lieu¬ 
tenant  de  l’Empereur  Marc  -  Au  rele  fait  venir  Alexandre  à  Ro¬ 
me par  l’ordre  de  cet  Empereur,  où  il  eft  conduit  comme  un 
Efçulape  fe  laiffe  enfin  tellement  mener  par  le  nez  à  Alexan¬ 
dre,  qu’il  époufe  fa  fille,  &  facrifie  aux  Mânes  de  ia  merede 
cette  fille.  Ce  qu’il  y  eut  de  honteux  êc  de  tragique  enfuite 
du  Comique  de  ces  noces,  pour  l'Empire  Romain,  eft  qu’on  fe 
fia  tellement  aux  Oracles  que  rendoic  le  ferpent ,  qu’ils  firent 
périr  des  armées  entières.  Il  y  eue  même ,  dit  Lucien  ,  un.vieux 
Médecin  à  R.oms  nommé  Poëtus,  qui  fe  fit  difcipîe  &  partifan 
jMedecm  faux  Prophète  par  un  motif  à' avarice  à'interef  ,fai- 

fant  en  cela  une  chofe  indigne  de  fa  profejjion.  C’eft  pourquoi  il  ne 
faut  pas  s’étonner  il  on  voit  à  prefent  des  Médecins ,  qui  non 
^ulement  fouffrent  patiemment  les  Charlatans  ,  mais  qui  font 
enpore  une  maniéré  d  alTociation  avec  eux.  Enfin  qu’arriva  t-il 
d’Àlexandre  ?  Il  mourut 'à  l’âge  de  foixante  &  dix  ans  d’un 
vifain  ulcere  ,  après  avoir  publié  qu'il  en  vivrpic  150.  digne  fin , 
Âit  Lucien^  du  Jlls  de  P odalire, 

En  yoicy  un  moins  extravagant  à  la  vérité ,  mais  qui  fut 
I)1en  pip5  heureux  qu  Alexandre  ,  quoi -qu’il  fut  aufii  igno- 
4.  H/^.,  rant  &  aufiî  effronté.  Uranius  natif  de  Syrie  ,  faifolt  le  Mé¬ 
decin  a  Conftantinoplc ,  &  le  Docteur  fur  toutes  fortes  de 
matières  i  fe  pouffant  par  tout  ôc  même  dans  les  aftémblées  des 
^çavans,  encore  qu’il  n’eût  pas  la  moindre  teinture  de  la  Phi- 
iofqphie  d’Ariftote,  &  que  toute  fa  critique  ne  vint  que  d’unô 
prefomprion  ^  d’une  infolence  qui  le  rendoit  comparable  au 
Xerfîte  d’Homere  ;  mais  ne  trouvant  pas  fon  compte  dans  cette 
Ville ,  il  s’avifa  de  paffer  dans  la  Perfe ,  où  il  s’infinua  par  ia 
f^çur  d’Àreobiûdus  d^s  l’elprit  de  Cofroës  Koy  de  Perfe  > 

L  8  ' 


Seconde  Partie,  Chap.  XVI.  41^ 

qui  récouta  prcmicrement  avec  quelque  fatisfa^tion ,  &  qui  s’ac-, 
ceûtuma  enluite  de  telle  maniéré  à  fes  hâbleries  j  que  non  feu-> 
iemenc  il  le  confidera  comme  un  habile  homme ,  mais  encore  il  le 
préfera  à  tous  les  plus  fçavans  Philofophes  de  fon  tems  >luy  faU 
fant  des  prefens  confiderables ,  le  faifant  manger  à  fa  table ,  &  luy 
faifant  prefenter  la  première  coupe  de  vin  par  honneur.  Il  l’appe- 
loitmême  fon  Maître  &  fon  Précepteur  dans  les  lettres  obligean¬ 
tes  qu  il  luy  écrivôit ,  &  tout  cela  parce  qu’Uranius  avoit  aflez  eu 
de  complaifance  pour  publier  que  Cofroës  étoit  un  fort  fçavant 
perfonnage ,  &  parce  qu’il  luy  donnoit  tout  l’encens  qu’il  pouvoir 
fouhaitter.  Voilà, dit  l’Hiftoire, comme,  il  amalfa  des  richeffes 
qui  le  rendirent  fi  ^in  &  fi  infolent,  qu’étant  retourné  à  Con- 
Itantinople  chaeuh  le  fuïoit  comme  un  homme  infupporcable,  ôc 
digne  du  dernier  mépris. 

Voicy  quelquè-chï^  de  bien  plus  burlefque  ,  c’eft  un  véné¬ 
rable  Savetier  qui  fe  met  en  tête  de  faire  la  Médecine,  ne  fça- 
chant  plus  de  quoy  vivre,  5c  auquel  on  donne ,  tant  on  eft  fot, 
fa  tête  à  guérir ,  quoi-qu*on  refufe  de  luy  donner  fon^ pied  à 
chaufler.  ^  ^  f 

Malus  mm  futor  inopa  de^erditm  Effgramm,  :Bhoêrd?: 

Medicinam  ignoto  facere  cepffet  loco  itki.Fabal.Æfop. 

Et  vénditaret  falfo  antidotum  mmine 
'Verhofîsadquijjivitfibifumamjlrophis.  •  ^ 

Hie  mm  'pceret  morbo  confectm  gravi 
RexurbiS  i  e]us  exprkndi  gratia 
Scyphumpopfeit  :  fufa  dein  fimulans 
‘  Antidoto  mifeere  ilîius  fe  toxicum 
Hoc  bibere  juffit  ipfum  i  pofito  pramio. 

Timoré  mortis  ille  tum  confeffus  efi 
Non  artis  ulla  -i  Medicum  fe  prudentU 
Verum  JluporevulgifaHumfembilem. 

Rex  advocata,  concipne  hdc  addidit  - 

putatis  effe  dementia 
capita  vejlra^  non  dubitatis  credere 
Cui  calceandos  nemo  commiferit  pedes  ï 
Car  qu’on  ne  me  dife  pas  que  c’eft  une  fable  ,  puifqu’il  n’y  a 
rien  de  fi  frequent  à  Paris  que  des  copies  de  ce  bel  original ,  qui 
feroient  rougir  ceux  qui  fe  fient  à  ces  miferables ,  fi  on  n’avoit 
l’honnêteté  de  fupprimer  leurs  Hiftoires. 

.  Le  Médecin  de  Florence  fit  tout  au  contraire  de  ces  vilains 

Ggg  ij 


Ejjkh  de  Medecme, 

hommes  changeant  de  méqer.  Auffi.  fut-il  plus  heufcuK  profi¬ 
tant  dé  la  crédulité  dïin  Abbé  paflionné  pour  rArchiteçtuçç  j 
car  au  moins  mit-il  un  Palais  fur  pied  3  après  avoir  tant  renverfé 
d*liommes.  .  d'i  ,  ,  tk'  " 

Vms  Florence  jadis  vwoit  un  Médecin , 

Sçavant  hâbleur  i  dit-on  r  é’  célébré  ajf affina 


CmntèntAY.  in 
^fhorifm.  z.Seii. 


yyeltagtî  neStes 
MeiU.  ÿag.  lo. 


‘EpigrammaK  K/»- 
1er.  Cordi  l. 


:  . i  C\émt  un  riçhe  4bbé  fpuàe  l\Architeciure,  ; 

f'  Le  Médecin  d'abord  femble  nè  dans  cet  Art  r, .  .  ^  d  tiv. 

Déjà  des  bât imens  farle  comme  Adan^urd.  ' 

,  E?^fin  pour  .abréger  un  fi  prodige  .ri  i  -  ]- 

.Motre  a^afifin  renonce  afin  Art  inhumamr  ,  % 

Et  déformais  la  réglé  (fi  Fé^uaire  d  la  main^  d  ^  \ 

Laifi'ant  de  Galien  la  fiience  fupfpêcîe\ 

De  méchant  Médecin  devient  bon  Architedée^ 

Quel  bon- heur  pour  te  public  ,  s’il  prenoit  envie  à  nos  Char-- 
latans,  &  même  à  touscesiMédeGins  dont  nous  parlerons cy:-  aprésj. 
d’imiter  ce  brave  Architcde  ,  iis  ne  rifqueroient ,  comme  le  re¬ 
marque  Galien  ,  que  des  matériaux.  L’Hiftoire  efl:  jolie  de  cs- 
luy  qui  de  Savetier  fe  fit  Baigneur  ,  de  Baigneur  Cabaretier  , 
de  Cabaretier  TilTeran, de  Tmeran  BrafTeur  de  biere,  de  Braf- 
feur  Magicien ,  de  Magicien  Médecin  ,,quelle  gradation  î  Voila, 
dit l’Ailteurde  i'Hiftoirej  rancrefacréej&l’azile des  fripons  Sc 
des  fcelcrats ,  êc  c’eft  pour  cela  que  l’ânefic  d’un  de  ces  guerif- 
îeurs ,  fi  l’on  en  croit  un  Médecin  Poète ,  fc  voyant  fi  mal  traittéc 
par  fon  Maitrejuy  remontroit  pitoyablement  qu’il  devoit  bien 
épargner  fon  dos  &  luy  faire  quelque  grâce  >  en  confideratioa 
du  changement  qui  pouvoit  arriver  de  foii  fort ,  puifqii’il  en 
arrive  tous  les  jours  de  plus  grands  ,  &q’Vellc  pourroit  bien  fe 
rendre  auffi  habile  que  luy ,  s’il  daignoit  luy  faire  leçon* 

Non  me  tam  dira  mifirandum  verbere  çæde 
,^in  condifiipulam  des  refidere  tuant 
Hanc  venio  audiîum  quam  vùs  fie  difiitis  artem 
Huic  operam fiudio  Inunc  daho  vefira  Cornes^ 

^o't  fi  quidem  videoy  Medicina  beavit  afillos 
Mutabit  fortem  forfan  (fi  ilia  meam. 

Que  ne  diroit-on  point  encore  du  Médecin  Grillo  des  Itaiicùs^, 
dont  les  François  ont  izitle  Medeàn  malgré  iuy,  ce 'Pâïfânüi^rütsL 
âc  JÛ  ignorait  4^’il  s’imagina ,  que  par  ce  qu  un  de  fes  freres  qui 


Secmh  Fékftié.  GÈap.  XVL  411 

étoh  Médecin  ,  avoir  découvert  un  trefor  dans  un  Ghampe ,  il 
ji*âvoic  qu  à  fe  ^irc  Méd«cm  pour  avoir  une  pareille  fortune  * 

&  qui  en  fit  en  elFet  une  conMérable  après  avoir  acheté  des 
habits  de  Médecin  Si  un  Livre où;,' quoÊ-qu’il  ne  fçût  pas 
lire ,  ri  croyoxt  fe  rendre  un  grand  Dodeur.  La  différence  qu’il 
y  a  entre  ce  Gfillo  &  nos  EfearbotS;  de  lal  jMcdecine,  eft  que  ce 
brutal  fe  fit  jiche  par  hafard;  &  par  la  fottifé  du  Prince,  qui  attri¬ 
bua  à  fi  capacité  ^ee:qur  n’ecoic  quévfortuneiÿ  ac^ü’an  contraire 
nos*  Charlatans  .meurent  prefqué  tous:  dans  la  pauvreté  ,  apres 
avoir  trompé  riches  &  pauvres.  On  n’auroit  jamais  fait  fi  on  vou- 
loit  donner  toutes  les  hiftoires  de  pareils  éhangémêns  ,  3^  toutes^ 
celles  où  rèffrontefie:  d’un  côte ,  &  de  1  autre  la  crédulité ,  n’ont 
jamais-  paru  fouienabies  aux  gens  de  bon  fens*  Auffi  voyons- 
nous  qu%i  bel  elprit  qui  avoit  obligationa  la  Médecine  ration¬ 
nelle  ,  voulant  luy  donner  quelques  marques  dé  reconoiffancéi^- 
hxy  facrifie  dans  là  Préface  de*  fés  Poëfies.  tous  ces  effrontez 
comme  autant  de  bêtes  ô£  de  vidimés  5  mais  d’une  manière  que 
je  n’ay  pas  jugé  àpropos  de  traduire  ,  decraintc  d’oten quelque' 
chofe  à  la  forQé  &  à  la  beauté  de  fbn  expreffiottï  £ga  mfüpery 
Chrijîimi  arUs  Mtàïci  ^  qui  vitàm ,  'Vitiêque  ufuram  vobis  debeo  j 
gmti  mimi  efféMûm  Àemonjlmfurm  t  repamtorib,  tejî^  mtd  r  etiam  faeoh  tâUe 
deliciasfucere  conuhiyr y  fmüs  Mtis  'vejir^  cômplurib.qùales  Glmdiolat  *»M9* 

l^ilUnovunus  y'novijjimè  JanfiQrdusMedici  pr£ÿ4>ntijfi^  depmxere  ,  :  ' ^ 

monjlris  quoque:  aliquot  ut  o.culos  pufemt-t-m.  'voluptatis  ffe^l^acuîtim 
adductis  yUt  delippis  é"  Touforibm^  ttiuum.  Simix  Medicma^^^ 
ta  ,  cinumfoY^nei  ycingMi ,  idiota^  i  mulierctdumm  malagrnam 
compenentium  eîiriofa^imô  âh^urda  fugucit 04 ^Inmonfim Ikebn  mmt'^ 
rorè  Atheot^  otquè  Judoos.Mi  omnes  medîümm  hoc  efiterm 

Rmpuhiicj^  côlumm  uel  infiitm  c&rrumfmi  i  W’d  impurtmte 
fomornt  i  digm  proinâe  qui-  fic'ùt  alkni  mMink  oAqm  honoris  roptores^ . 
vic}moru?n  ritu  oâ  tuwtâum  Gaîeni  moMéntur,  Medkis  quemad^’- 
dnodûm  jïmia  ogrïs  -i  kmihm  ob  'feBi ,  fâcrtfiemt  olii  Galh^  Æfculo^ 

^ofëgà  r#  Péëm  Foppo  pofieris  profmim  hoc  gems  hominum^  s  a. 

'^id^poiriimnolond^  pâtom.  deçor^urgetmobilifRmo- 

dtrk's  pyoMs  hfe^^  im  poft  pampinamùem  'ûitib,-fuccrefeit  latiotf 
fmœmtao  hehcjcmiihus  gemmis  ,  deterfa  Uhe  primœvm.  affunditur 
fikndor  ^c, 

'  Mais  ce ^u’i  1  y  a,  nonobftant  tout  cela davantageux  pour  cesr 
helîtres ,  &  de  fâcheux  pour  la  Médecine  ,  c’eft  qu’ils  ne  font 
^fasfîignorâiis  qu’ils  ne  f^àchent  ^fn  qu’il  y  a  des  gens  de  tour^ 

'  "  .GSS  H 


•^^2:  Effak  de  Mededni, 

scif.  MercHt.  cap.  tes  fortcs  de  Conditions  encore  plus  ignorans  qu^eux  ,  &  qui' ne 

8  •  3-  manqueront  pas  de  donner  dans  leurs  piégés ,  Accorgknào  benipT^ 

nfe,ohe  ph  di  loro  fùno  ignoranti  ^mlli  qui  di  krofifervom  >  témoin 
ecc  Artifan  qui  ne  voulant  pas  fouiîrir  qu  on  luy  tirât  du  fang 
pour  une  douleur  de  côté  preffante,  afin  d’épargner  douïie  ou 
quinze  fols ,  envoya  chez  un  Operateur  dont  la  Ptifane  purga¬ 
tive  étoit  en  .réputation  de  guérir  de  tous  maux  >  qui  luy  en  fit 
pour  trente  fols,  une;  dôfe  ,  tirée  d’une  petite  tonne  d’où  elle 
fortoit  pour  aller  amfccours  de  toutfâ  les  maladies  indÜFerera- 
mefit.  -  :  ^  ^  ^ 


Sivisjmandemorh&mfctoqualli 
‘  Accip  herham  y  qualcm  fed  ne fcio  i  Veî  quum  ^ 

Tout  •cela  pafee  t^ue  le' peupl^^  5c  tout  ce  qui  eft  peuple  par  fa 
fimplicité  ,  eroit  que  tout  ce  qu’ils  débitent  eft  un  fecret  dont 
il  n’y  a  qu’eux  qui  fçaehent  le  miftere ,  5c  c’eft  ce  qu’il  faut  exa- 
"sminer  pourle  bien  public,  êcpéur  défabuferis’ilfepeut,  ceux  qui 
Tout  pitoyablement  prévenus  de  cette  erreur,  apres  avoir  remar¬ 
qué ,  pour  égayer  un  peu  la  matîere  par  uu  petit  conte ,  que  ny 
le  Charlatan ,  ny  le  malade ,  ne  fça  vent  fou  vent  ce  qu’ils  font , 
'-&felaiftent  tromper  l’un  5c  i  autre  aufiî  facilement  qu’ils  çroyent 
avoir  trompé  les  autres. 

flauh  'm  ta^tivts  ,  -  c/ivet  ^ix  etiam  m'vet  y  cùm  etmm  .cavet,  ' 

Eîidm  mm>  cavijfe  mtm  efi  ja^e  ü  emtor  ca^ptus  efl. 

Une  femme  qui  avoit  de  la  difpGfition  à  la  Phtifie  avoir  acheté 
chérementune  boëte  de  Pilules  d’un  Charlatan,  dont  elle  fe 
fervoit  tousdes  jours  avec  une  grande  confiance.  Son  Médecin 
i4é.  »ni^n  ayant  été  averti  par  le  mary  même  de cette  femme,  ils  firent 
é  daire  de  concert  des  Pilules  avec  de  la  mie  de  pain  ,  qu’ils  co- 

^  lorerent  de  maniéré  que  la  malade  ne  s’apper^ût  pas  qu’on  les 
avoir  fubftituées  à  celles  du  Charlatan.  Cependant  le  Médecin 
îuy  ayant  ordonné  les  remedes  neceftaircs  pour  fon  mai  qu’elle 
prénoit  pour  ne  pas  fâcher  fon  mary  ,  5c  s’ étant  enfin  trou v  ée 
guerie  par  cey  remedes ,  elle  s’avifâ.  de  dire  que  c’etoit  un  effet 
des  Pilules  dont;  elle  s’ étoit  fervie  a  leur  infçû ,  êc  que  fans  ce 
remede  d’un  tres-habille  homme ,  elle  étoit  morte  5  mais  quand 
elle  vit  qu’on  luy  prefenta  ces  Pilules  ,  5c  qu’on  luy  dit  quelle 
îi’avoit  pris  que  de,  la  mie  de  pain  êc  du  fyrop  ,  elle  fut  fi.  éton- 
:  née: que  je  ne  ^ay  ce  qui  en  arriva.  Voyons  donc, je  vous 
■  yjEÎe ,  ce  que  c’eft  que  tous  ces;  fecrets  5c  toute  cette  conduite  des 


Seconde  Vartie.  Cliap.  XVI*  425 

CîiarTatans ,  &  comment  lé  peuple  en  eft  là  du pe  ? 

•  Le  docle  Freica^ius  dk  d’un  fort  bon  fens  que  ces  Panacées , 
cet  or  potable ,  eette  quintefceiiGe  &  tous  ces  remedes  qu’on 
cherche  avec  tant  de  foin  ,  de  dépenfe  &  de  fupcrftition ,  font 
de  Yetitshlés  nm  êtres ,  à  peu  prés,  à  mon  fentiment, comme  ces 
tfprits  dont  toutle  ^p^ondè  f  'fcrk^  é^^  n  a  veus.  Un  non* 

veau  Gafuifte  lès  appelé  des  enf ms  malheureux  de  la  cupidité 
En  effet, il  à’yâ  pas  jtifques  au  nom  de  fecret,  qui  eft  i’ame  de 
leur  négoce,  qui  ne  choque  le  Chriftianifme,  parce  que  celuy 
‘qui  emhok  un  rem ede  propre  d  quelque  maladie  -,  qui  loin  de  le  pro~ 

’pofer  dans  les'  occajions  rfoit-aux  malades  ou  aux  Médecins  Confultansy 
en  fait  un-  mijlere'  é"  le^taiji-,'pech'e  contre  le  prochain  é"  charité  : 
€ar  s  il  eji  bon  ,  il  faut  quü  entre  dam  la  Fratique ,  ^  fi  après  avoir 
été  examiné ,  il  fe  trouve  qm  ce  n*efi  pas  ce  qu  oru  veuloit faire  'èroire  , 
il  faut  que  le  public  en  f oit  informe ,  de  crainte  que.  les  Charlatans  é* 
les  ignorant  n  en  ahufent.  Le  nouveau  Cafuifte  que  je  viens  d’ah 
îeguer ,  &  qui  n’^a  rien  oublié  des  devoirs  &  des  obligations  d’un 
Médecin  Chrétien ,  nous  apprend  encore  que  le  Médecin  qui  re^ 
fufe  de  mettre  au  ]ôur  ce  quü  appelé  un  fecret,-  ^  fin  coup  êd  ami  efi 
d’autant  pim  coupable  que  nom  ne  pofiedons  rien  ,  que  par  grâce  du 
fouvératn- bien- facteur,  ^id  -habes.  quod  non-  accepifiii  Ammaniis 
'Spizelius  doCté  &  honnête  Médecin &  tous  les  Auteurs  qu’il 
éite  font  dé  ce  même  féndment..  Auffi  y  a-t-il  long-temps  que 
Suidas  a  écrit  qu’il  eft  indi^ned’un  Philofqphe  de  celer  ce  qu’il 
fcak  par  on  eipnt  d’envie  ,  &  que  c’eft  une  perfidie  de.  cacher 
ce  que-la  ioa  tu  remous  a  îîranife.fté  fi  libéralement,  en  le  faifant 
'tous'les'jôu'ïs-Eortir  de  fon  fein..  Ces  prétendus  fages>,  dit  Mari- 
neliUs*;^:Ges  prudens  du  fiecle  forÆ  des.  ennemis  déclarez  de  la 
nature  y  ^^elli  che  volevam,  effiere  chiamati  favi  eram ,  nemici  délia 
natura  'perçio  che  cercando  l’honor-e  ^  V utile  proprio  defideravano  che 
^iunè-k.e  foj^^^  ma  che.  ne  havea  bifigno  foffe  cofiretto  pre- 

gàndoU  JC  domandare  a\uto.  Quoi-qu’il  en  fort ,  d’autres;  ont  dk 
aiiffi  véritablement  qu’agreablement  ,rque  lesifecrets  font  les 
brides- à- veaux  de  la  Médecine  Charlatane  5  car  qui- ne  fçait  que 
-CCS  beaux  fecrets ,  quand  même  il  y  auroit  quelque  chofe  de  bon, 
ne  puiffent  être  contraires  à  de  certaines  ,  indifpofidons  ,  &  à  des 
maux  compliquez  avec  ceux ,  pour  la  cure  defquels  on  les 
■donne  ?  Mais  quoy  on  veut  des  fecrets ,  quoi-qu’il  arrive  fou- 
vent  à  ces  belles  découvertes ,  ce  qui  arrive  à  ces  effences  &  à  ces 
poudres  odorantes  qui  perdent  leur  ^rément  qu  elles 


Penfées-D.  M.  D. 
L.R.F. 

jîhafner.  Fritz,- 
chius  Medie.  feç* 
cms  eenduf.  31. 


Fml.  Zachieu  T.  1: 
lib.  6.  q- 16.  quafi^ 
Meditolegai. 


Ahafn.  Frîtzchiar 
cenciuf. 


Medicin.  deeifcf^ 
difeurf. 


*'  Nèlla  pr&fat: 
délia  Medisin,  ds 
donne. 


V.  Fplfhànm  TnP 
dat.  de  Sii^hut. 
G  H  alter.  Charlem»l 
de  Medieom. 


tîupî'àine  ingenii 
iiumaailibcr-ius  ob- 
fcura  credi.  Taciu 
hifier.Uh.  i. 


$9Â^JX' 


41^  --  ^IJats  de  M 

font  éventées^  S’il y  a  du  mifterc  en'  tout  >  ,&  par ticulicfement 
dans  la  Médecine  ,  adieu  le  métier ,  on  n’y  donne  point  i  c’eft 
pourquoy  le  Neptune  dpnnoit  de  fi  grandes  idées  ,  d’une  fimplc 
poudre  de  Senne  &  de  ]alap,difant  que  c’écpit  des  perles  que  les 
Anges  avoient  prép-arées.  C’efl:  ainfi  que  Loques  Chimifte  de.iG- 
puration  faifoit  prendre  par  un  femblable  artifice  ,  même  aux 
plus  délicats  en  douze  heures  ,qnâtre  prifes  de  boüillon  rouge  , 
où  il  ajoûtoit  :1c  Polipode  ,  lc  Senné  -^  la  Gaffe  infufez,di5nt 
quon  n^avoit  jumaù  veu  un  purgutif  mieux  inventé-,  ny  plus  facile 
à  prendre ,  quoi-qu’il  fut  en  effet  très-commun ,  tres-foible  &  très- 
dégoûtant,  &  qu’il  eût  été  impoffible  au  Médecin  qui  ne  l’au- 
roit:pas  traitté  de  fecret ,  de  le  faire  paffer  en  pratique.  Qu’ainfi 
ne  foit  3  il  efl:  évident  que  plufieurs  Médecins  de  Province  , 
de  me  me  quelques-uns  de  ceux  qui  font  habituez  a  Paris,  ayant 
en  vain  tâché  de  mettre  le  Qmnquina  en  ufage ,  enfin  il  yient 
un  Ângiois  qui  parle  d’ün  fecret  pour  les  fièvres ,  qui  r.n  en  mân- 
que,  dit-on  î^point ,  &le  miftére  met  aufli-tôt  le  Médicament  & 
le  Medécin  en  vogue  j  on  y  donne  tête  baiffée ,  6c  d’au  tant,  plus 
facilement  qu’il  eft  précieux  ,  é"  de  ultimu  Thule  pratium  ejm. 
Les  connoiffeurs  ont  beau  dire  que  c’eft  l’infufion  du  Quinqui¬ 
na,  on  nen  veut  rien  croire.  .Qu’arrive-t-il  au  bout  Je  ou 
trois  ans ,  on  révélé  le  miftere  ,.& il  ne  laiffe  pas  de  paffer  enj- 
eore  pour  un  fecret  chez  ceux  qui  le  vantent  qu’il  rfy  a  queux 
qui  fçaventle  moyen  de  le  préparer ,  quoi-que  le  mifterene  con- 
fifte  qu’à  le  donner  tantôt  en  infufion ,  tantôt  en  extrait,,  6c  quel- 
ques-fois  avec  l’opium  j  ou  quelque  Sel  végétal  5  mais  quoi-qu’il 
en  foit,  le  fecret  n  étant  plus  fecret,  6c  par  confequent  aefier  prix 
comme  auparavant-,  perd  plus  de  la  moitié,  de  fon  effime  chez 
les  fots  dorés,  jufquesâ  ce  qu’ayant  réüfli  fur  des  perfon nés  da 
premier  rang,  il  revient  non  feulement  en  pratique ,  mais  il  re¬ 
prend  un  fi  grand  crédit  qu’on  s*en  fert  quelque  temps  par  pré- 
craution  ,  en  attendant  qu’il  retombe  encore  itne  fois ,  . comme 
nous  le  dirons  dans  la  troifiéme  partie  de  cet  Ouvrage.  C’efi: 
:ainfi  qu’il  faut  des  fecrcts  &  qu’il  en  a  fallu  de  tout  temps.  Car 
qui  doute  que  les  deux  Syriens  dont  parle  Lucien  ,  ne  fuifent 
des  ignorans  affamez  ?  ils  en  tombent  eux-mêmes  d’accord.  Ik 
refiemblent  mieux  à  des  gens  qui  demandent i’auffibne  qu’à  des 
Médecins*  Cependant  comme  ils  s’ avifent  de  dire  que  leur  pere 
leur  a  laiffe  en  mourant  un  remede  fouverains  mais  qu’ils  ont  ju¬ 
ré  de  n’en  donner  jamais  la  connoiffance  àperfQnne  jjç’eff  aifez 


Seconde  Partie,  Chap,  XVI.  415 

les  «outeux y  donnent ,  &  s’imaginent  d’être  foulages. 

Syri  quidemgente  Bama'jcenti  fumtM. 

Muita  famé  veto  coacii  ,  é"  inofia 

Terra>  ^  mare  feregrinamus  j  errantes  vagi  - 

Habemus  autem  quoi  ^^ter  unguentum  dédit 
Per  hoe  mala  cenfoUmar  agrotantium. 

Voila  les  gens  &  leur  fçavoir  faire.  Et  voicy  comment  il  répon¬ 
dent  quand  on  leur  demande  quel  eft  leur  remede. 

Sacrum  tacendi  '^am  mihi  ]urandum  datum  ' 

Me  talia  dicerey  mihi  fune^  non  finit 
Nec  ultimum  morientis  edictum  faîris 
jujfit  hanc  celare  nosvim  Pharmaci 
^uodfievientemtequoquefcitcompefcere.  '  . 

Voila  le  miftere  ,  mais  parce  qu’on  l’ignore  on  s’y  abandonne.  - 

Qu’en  arrive-t-il  J  le  remede  ne  fait  que  blanchir  3  ou  plutôt  que  .  . 

falir  la  peau  5  de  forte  que  les  Syriens  tombent  eux-mêmes  dac='  -- 
cord  qu’ils  perdent  l’efcrime,  6:  que  le  remede  ed  trop  foible 
pour  un  fi  grand  mal  ?  ~ 

En  unximus  ^  levât  neque  dolorem  tamen. 

Mais  le  malade  n’a  garde  de  s’en  plaindre,  on  fe  moquerait  de 
luy  ,  ôc  il  laide  aller  les  Médecins ,  les  mains  8ç  reftomach  vuides.* 

C’efl:  une  fable  me  dira  .quelqu’un,  mais  ce  que  Lucien  fem- 
ble  traiter  de  fable,  ne  lailte  pas  d’être  une  image  de  ce  qui 
fe  palToit  de  foü  temps,  &,  de  ce  qui  fe  paffetous  les  jours  au 
nôtre.  ‘ 

Q^e  fl  l’on  m’objecte  en  faveur  de  ces  prétendus  fecrets  que 
queiquesaneiensMedeeinSî&mêmesquelques-unsdecesmo- 
dernes ,  ont  fait  miftere  de,  leurs  remedes;  Je  réponds  que  c’eft 
parce  qu’il  ne  faut  pas  en  faire  conno^tre  la  diips^tion  à  ceux  . 

qui  en  peuvent  abufer ,  ni  mettre  le  timon  du  Vaiffeau  d’Hipo- 
crate  entre  les  mains  des  palTagers  qui  n’entendent  rien  à  la  na¬ 
vigation.  C’eft  pour  cela  que  ce  grand  homme  a  dit  nettement 
que  ceux-U  méritent  d’être  châtiez,  comme  les  Efclaves  qui 
donnent  la  connoiftance  des  remedes  aux  idiots ,  aux  fripons 
&âux  vieilles  corn  eres ,  parce  qu’ils  font  caufe.de  ce  qu’ils  font  itveteri  Ht- 
un  commerce  , -qui  meneàla  perte  des  corps  &  des  âmes.  C’eft  dkin. 
pourquoy^  il  préparoît  luy-même  fes  remedes  j  pourquoy  Pa- 
chius  préparoit  fa  .Hiere  de  fes  propres  mains:,  qu’Efch r ion  \ 

Précepteur  de  Galien  cachoit  la  difpenfation  de  fon  remede 
pour  la  rage  3  ôc  pourquoy  Forncl  au  fieclc  pafte  ne  vouloir 

Hhh 


îJcCalîrer  fcciflc- 
*aus  fcmifcioli  ifti 
fibi  anfam  arripc- 
lent  in  viras  crudu- 
lorum  artirquc  no- 
ftræ  gloriam  por- 
xho  precand»G««/- 
therus  Charleton. 
fu^ra^titAt. 


ViieTiefenftenew 

Ueitcina,%Arm^ 

Tilefacii,. 


Sine-  Mcdîco-  vicE'- 
pocuîum  fit  îcthâ- 
It,  Temchrifgleg.. 

femçn.ôa. 


l^iedtn  Kérkfm* 

gim. 


lutuyent.  Sofm»ntrl. 
fuprâeitiK. 

Multîs  cauGi  fait 
tnoricndî  morbum 
faum  noffe  Quse- 
dam  igaorantibus 
çoianda.  Se-^ 


ô  Ejjak  de  Medecine,. 

pas  préparer  fes  remedes  devant  des  ignorans ,  &  pourquoy  un  Bâc¬ 
le  Medeciii  Anglois  a  écrit  que  s’il,  n  a  pas  ajouté  des  rcceptes  . 
&des  formules  de  remedes  à  la  fin  de  fon  Traitté  du  Scorbut , 
il  a  imité  en  cela  Hipocrate.  En  effet,  fi  le  EhilofopEc. n’a  pas . 
voulu  rendre  les  dogmes  de  fa  fagelTe  fort  intelligibles^  fi  l’in-, 
telligence  ôcl’âutorité des  loix  nefe  communiquent  ni  aux  jeur 
nés  gens,  ni  aux  ignorans,  files  mifieres  delà  Religion  fe  ca¬ 
chent  aux  Cathecumenes  J  fi  le.  fecret  du  gouvernement  des. 
Efiats  ne  pafle  pas  le  cabinet,  pourquoy  faire  part  des  mifieres 
de  la  Médecine  aù  peuple ,  qui  s’ingérera  fur  des  Gonnoiflancesrc 
informes  dé  juger  des  maiadies  ôc  des  Médecins  ,  &  qui  après  , 
tout  ny  comprendra  rien  ,  nsc  pouvant  bâtir:  qu’^en  l’air  &  fur¬ 
ie  fable,  faute  de  fondemens  ôc.dé.  principes  ?  Ees-  remedes=  ne 
font-ils  pas  déjà  tombez  en  tropde  mains  faiss  &  ferviles ,  &  lai 
Médecine  n’eftrelle  pas  déjà  aflezmalheufeufeTans  la  profiituer 
à  tous,  venan  s, mettant  entre  les  mains  d’un  chacun  des  inftru- 
mens.  auffi  dangereux  ,6c  auffi  difficiles  que  le  fon tr ceux  dont: 
elle  fe:fert  ?  Car  enfinàquoy  pouroic^être  bonne,  cette  publica'’ 
tion  de  remcdes  ,'filé:fecret  confifte  àsfon  bien  fervir,  â  prendre  ■ 
le  tems  Sc  ies  occafions  ,..Ge  quele:  peuple  niles  Charlatans  ne 
peu  vent  feavoir.  Il  vaudroit  mieux,  dit  Saint  Jean, Chrifoftome,., 
qu’un  Médecin -n’eût  point  de  remedes  que  de  s’en  fervir  â  la 
ruine  du  prochain  ôc  à  m  eonfufioh ,  puis  que  comme  le  reniar- 
qiie  un  autre  Chrifoftome  ,  ûmllixir  même.  de„  vie:  peut  eau- 
fer  la  mort ,  s’il  n’éft  donné  par  un  fçavanu  Médecin  ,  penféc 
qu’un  habile  MédecimpourrOit  avoir  imitée,  quand  il  a  écrit  . que 
les  medicamens  chimiques ,  ne  font  qu’une  Med ecine  morte , 
&  mêmemorcellé  dans  lesmains  de  ceux  qui  ne  fçavent  pas  les 
animer.  G’eft  ainfi  que  ce  Ghariàtaii  dont  parle  Thomas  Era- 
fins  tua  un  malade  avec  quelques  goûtes,  d’éfprit  de  vitriol , 
pour  n’avoir  obfervé  ny:  la  dofe ,  nv  le  temps  de  les  donner  ,  ny 
k  naaniere' convenable  ,  bévue  donc  nous  voyons  tous  les  jours 
des  exemples  dans  l’exhibition-  dés  remedes  des  Charlatans  a 
Paris,  oû  ils  eriÈrent  dans  le  corps  des  imprudens  ,  comme  l’I- 
cneumon  dans  le  corps  du  Crocodile  ,  caiifant  la  mort  de  ce 
grand  animal ,  en  luy  déchirant  les  entrailles  après  s*y  être  dou¬ 
cement  infinué.  11  fuffit  donc  que  le  Médecin  ordinaire  décla¬ 
ré  aux  Médecins  fes  Gollegues  le  remede  qu’il  a  dans  Telprit , 
&  même  2u  makde  s’il  eft  capable  de  comprendre  fon  raifon- 
nc0ent  >  6c  d’çn  un  bon  ufage.  Car  combien  y  en  a-t-il 


Seconde  P  mie.  Chap.  X  Vï.  417 

qui  s’aiHigej-oient  &  qui  fe  croiroient  perdus ,  s’ils  fçavoienc  leur 
îual  &  le  rcmede  qu’on  y  prépare ,  &  qu’il  faut  traitcer  comme 
cette  délicate ,  &  apprehenfive  malade  dont  parle  Seneque  î  car 
le  Chirurgien  qui  fçavoit  qu’elle  ne  pourroic  voir  l’appareil  de 
fa  guerifon  fans  fe  lamenter  &  troubler  l’operation  ,  ouvrit  fa 
tumeur  avec  la  lancette  qu’il  avoit  cachée  dans  l’éponge ,  donc 
il  fit  femblant  he  la  fomenter  doucement.  Ç^^r  fi  on  me  vient 
dire  que  c’eft  pour  cette  raifon  qu’ils  tiennent  leurs  remedes 
fecrets,  qui  ne  fçait que  ces  fecrets,  n’étant  rien  ou  tout  au  plus 
des  remedes  vioiens.,  ilS'  ont  raifon  d’en  faire  un  fccret ,  &  que 
quoy  qu’on  en  penie ,  ils  n’ont  ny  la  connoifiance  de  la  vertu 
des  remedes ,  ny  le  raifonnemenc  neceflàire  pour  les  appliquer 
^feùrement,  ôcqu’enfince  n’eft  pas  par  un  motif  tel  que  celuy 
des  Médecins  fagcs&  prudens,  qu’ils  cachent  la  connoifiance 
-de  leurs  remedes,  mais  par  intereft,  ^  de  crainte  qu’on  n’en 
coiinoifle  le  chimérique.  Aufli  lifons  nous  dans  Æce  qu’un 
he  ces  débiteurs  de  fecrets  ,  ayant  perdu  fon  repetito ire  fut 
obligé  de  quitter  le  métier  ,  &  qu’un  aurre  mouriK  de  chagrin 
d’une  pareille  perce,  c’eft  pourquoy  ces  jaloux  de  leurs  réper¬ 
toires  feroient  bien  s’ils  pouvoientvdefuiyre  ce  cqnfeil. 

Menti  non  cMtA  ttaàas  (^mà  J^rihipur jtr^e 

N^mfi  carta  cadit  tôt  a  fcientm  eü/tdit. 

C’eft  ainfî  qu’on  lit  dans  Avcrrhoes  , qu’un  pauvre  malade 
meurt ,  pendant  qu’un  de  ces  Médecins  perd  le  temps  à  chercher 
dans  Ibn  jLivre  de  fecrets  le  remede  à  une  l^yûë  qu’il  a  faite. 
Qifon  nomme  donc  comme  on  voudra  toutes  les  viCons  des  cu¬ 
rieux  de  fecrets  &  de  remedes  nouveaux  i  qu’on  prpduife  tout 
ce  qu’on  croira  jayoir  découvert  de  pins  rare  ,  le  bon  fens  vou¬ 
dra  toujours  qu’avant  qu’on  en  ait  fait  des  expériences  bien 
avérées, on  s’en  tienne  à  cette  belle  fenteace  d’Hipperate  ,  Çe 
qui  ejl  nouveau  ^  feu  ufité  nejl  jamaùfi  feur  que  ce  qui  efi  ancien^ 
&qm  four  avoir  été  ex  fermenté  tant  de  fois ,  nous  ferme  t  fds  de 
douter  de  fes  faculté^.  C’eft  fur  ce  principe  &  fur  ce  fondement 
que  lesfages  Princes,  &  les  Magiftrats  après  avoir  fait  examiner 
les  remedes  nouveaux,  n’en  permettent  encore  l’ufage  qu’aux 
yrais  Médecins ,  de  crainte  qu’aprés  les  avoir  abandonnez  aux 
ignorans  ,  ils  ne  faffent  encore  pafièr  ce  qu’il  y  a  de  comnmii 
pour  des  fpccifiques.  Car  combien  de  fois  avons-nous  veu  entre 
îes  mains  de  ces  gens- là  ,  &;  même  en  celles  de  quelques  bons 
Religieux ,  &dç  quelques  femmelettes ,  des  Ordonnances  &  des 

Hhh  ij 


nec.  de  bfevit.  vi- 
tAcap.  i8. 

Lib.  deîraeetp.  37. 


Tetrah.  4.  ferm.  z: 
cap.  Zi, 


Obi  ceceffîras  ur- 
get  cxcüfàbilis  eâ 
novitas.  Ircm  ubi 
utiliras.  'Bernard, 
cenfider.  ■ 

ÎSTova  &  ancipitia 
præcdlerc  avida  Sc 
.plcruinque  faüax 
ambitio  efï.  Tavit, 
a/instl.  14. 


418  EJfals  de  Medecme^, 

Recipez  des  Médecins  de  leur  connoifTancc ,  qu’il  faifoient  paf- 
fer  pour  des  avis  &  pour  des  fecrets  de  Médecins  de  Rois  &; 
de  Princes,  des  climats  les  plus  éloignez  i  mais  qui  ne  lailFoient 
pas  de  tuer  quelquefois  ,  quoi  qu’il  n’y  eût  rien  de. bien  malin 
dans  ces  remedes,  parce  qu’ils  étoient  donnez  mal  à  propos  ?. 
Dum  cogitât  famre  ,  mterficlt  Empricm  ^  mulier.. 
i.Lmgm  inBfift..  On  a  donc  grande  raifon  de  dire  des  prétendus  fecrets,  de  tant 

de  téméraires  ôc  d’ignorans  fouffleurs  : 

Crede  mtem  'uentis  y.  corpm  ne  créât  Chimijîh  i 
Ejl  t^lis  chimkh  tntior  imda  fide. 

"  Fejlrâm  nemo  bonus  ^  vel  fi  bonm  obtigit  uüUs  %  ' 

Neficio  quo  futo  res  mulu  fidUia  bonur  efi^. 

-  - 


Pfeudo-GalemfiasfugeiferverfofqueS'ofhifim 
Audax  ne  f^Ldceat  Pfiudochimifia>  tibi. 

Dédit d  fed  Chimicus-»  operis  fiudüfque  Guleni- 
Agmind  feBeris  ,  jîc  b ene  tutus  âges. 

Non  tamen  ullius'  \umndum  in  'uerba  Mdgifiri  y^ 

■  Judicio  gmdent  liberiore  Sophi. 

Voicy  comme  une  femme  qui  eu  avoir  peut-êtire  époufè  «ir» 
s*^en  plaint  en  ces  vers  : 

Voyons  ms  grmds  Artifies  j 
Nos  illufires  fouffieurs ,  nos  fçavans  Alchymifies». 

^i  fur  l'heureux  fuccés  d'un  fummt  Athanor 
JNe  promettent  rien  moins  que  des  montagnes  d'or  y. 

Et  qui  d'une  belle  ame  m  grand  œuvre  occupée 
Recherchent  ardemment  la  noble  chryfopée , 

En  font  notre  rivale é*  pour  nous  de foler 
L'embraient  de  leurs  feux ,  ^  nous  laiffent  geler,. 

Ce  prodige  de  l'Art ,  qu'en  terme  de  cabale 
Il  leur  plaît  de  nommer  Pierre  Philofophale 
Efi  le  fameux  écueil  où  tous  les  entêtei^ 

En  dépit  du  bon  fens  fe  trouvent  arrêtez,  : 

les  fait  tous  fùer  ,  qui  leur  remplit  la  tête 
Du  chimérique  efp  'oir  d'une  riche  conquête  t 
Plus  fubuleufe  encor  que  celle  du  Héros 
Mlfi  /»/■  tirer  la  laine  au  climat  de  Colchos. 

Dam  un  fi  grand  dejfein  où  fe  font  les  avances  y 


Seconde-  Paftie.  Chap.  XVÎ.  419 

L'on  voit  i‘ évaporer  an  creufet  lejm  finances  3 
Et  ce  cju  on  peut  ]u^er  à,e  leur  revenant  bon  3 
C'efl  (puits  jçavent  réduire  en  cendres  le  charbon  ; 

Et  pour  mieux  établir  leur  haute  renommée  3 
^u  ils  fçavent  convertir  tout  leur  bien  en  fumée» 

A  quoi  nous  pouvons  ajouter  ce  bon  mot  du  dode  Laurentius 
Hofmannus ,  comme  une  belle  leçon  à  ces  gens  qui  font  la  Mé¬ 
decine  toujours  à- bon  compte  ,  quoi-qu’ils  ne  fçachcnt  pas  ce 
qu’ils  font  J  ni  ce  qu’ils  dilent.  ^ui  fefipuipedalia  fundunt  3  fimt- 
les  funt  Monialibus  pfiaüentibus  ,  fied  non  intelligentibus  qua  dicunt, 

'Quant  à  l’experienee  dont  nos  Empiriques  ne  fe  piquent  pas 
moins  que  de  fecrets ,  tant  ils  font  impudens  ,  il  faut  fçavoir 
qu’ils  ne  fçavent  pas  feulement  ce  que  c’eû  3  &  que  comme  il 
n’y  a  rien  de  fi  feur  que  l’experiencé  quaim  elle  efi:  jointe  au 
raifonnement ,  il  n’y  a  rien  de  fi  dangereux-quand  elle  cft  feu¬ 
le  ,  Aphorirme  du  grand  Hipocrate  que  le  fameux  Jean  Dama- 
fcene  a  illuftré  dans  les  fiens.  ,  dic-il  ,  fine  .  - 

ratione  fallax  é'  incertum  ,  quoniam  Litterarumj'udes  fy  plerumque 
patria  defertores  3  'C’efi:  pourquoi  le  dode  Primerofe  a  écrit  errorîhu't 

qaun  Médecin  verfé  dans  les  principes  ér  dans  les  indications  de  in  Medid».  l.  i., 
VArty  fe  rendra  plus  habile  en  une  année  d' expérience  ,  quun  hom~ 
me  fans  principes  ^  fans  raifons  ne  peut  faire  en  cent  années . 

Àuffi  Platon  difoit-il  que  comme  les  bourreaux^n’appren- 
nent  leur  métier  que  par  l’experience  ,  il  n’appartient  qu’à  eux 
de  la  tant  vanter.  V expérience  ,  dit  Leonard  di  Capoa dont  tant 
de  faux  Médecins  fe  piquent  3  efl  jouvent  cheif  eux  ce  que  le  cœnr 
à^une  Dame  ef  a  Tégard  de  certains  amans  ,  qui  au  moment  qu  ils 
le  croyent  tenir  étroitement  y  font  fort  étomeS^  de  voir  qu  ils  ne  tien- 
nent  rien.  Il  y  faut  donc  joindre  la  fcience  des  principes  8c  de 
la  méthode,:  car  àv  moins  de  raifonner  8c  de  diftinguer,  anne 
fait  que  s’éloigner  du  but  , qu’on  s’efl:  propofé  de  fraper ,  bien 
loin  d’y  atteindre,  C’eft  ainfi  que  cet  Empirique  dont  parle 
Galien,  au  lieu  de  gtierir  un  ulcéré  avec  un  remede  propre  à 
la  cure  des  mlceres  >  le  rendoit  de  jour  en  jour  plus  fordide  8c 
moins  curable  ,  faute  de  connoître  la  conftitntion  ôc  le  tempé¬ 
rament  de  la  partie  ulcérée,  qui  ne  potivoit  foufFrir  ce  remede 
de  la  maniéré  qu’il  étoit  mis  en  œuvre  :  car  comme  l’expe- 
rienee  eft  ou  hiftorique  ,  c’eft- à-dire  tirée  des-  livres ,  8c  des 
leçons  qu’on  y  prend  ,  ou  tirée  de  nos  propres  obfervations  8c 
pratiques,  le  moyen  de  la  diriger,  fi  nous  ne  connoifibns  exa- 

Hhh  iij  ^ 


^30  EJJais  de  MedecirfS,' 

dement  la  nature  des  corps ,  tant  en  particulier  qu’en  gcnerâT  ' 
celle  de  chaque  partie  de  ces  corps  ,  &  enfin  les  remcdes  qui 
différent  en  fubftance,,  en  qualitcz  premières  ,  fécondés  ^  vtîer- 
ces  i  manifeftes  j  occultes ,  6cc.  de  forte  que  ce  qui  feroit  Tcf» 
fer  d’un  remede  à  certain  homme  ,  ne  ferviroit  que  d’alimei^ 
à  un  autre,  ôc  feroit  tout  au  contraire  l’effet  d’un poifon^  ou 
d*un  violent  remede  en  un  autre  fujet. 

Qi^nt  aux  maladies  ,  de  combien  d’efpeces  y  en  a-t-il  fous 
un  meme  genre  ,  tels  que  font  les  fièvres,  dont  les  unes  de« 
mandent  qu’on  commence  par  l’obftrudion  ,  &  les  autres  par 
la  fimple  intemperie  i  Qui  peut  %avoir  par  l’experience  feule 
ü  le  remede  doit  être  donné  fimple  ou  altéré  ,  à  qui  ea 
quelle  maniéré  &  en  quel  tems  toutes  circonftances  dépem 
dintes  de  l’indicatlbn  à  de  la  cokrdicàtion  des  forces  prefen- 
tes  &  abfentes  5  ou  diflîpées  par  l’âge  ,  l’exercice  ,  le  poifoa 
ou  par  la  malignité  des  humeurs  enfiâmées  &  bouillonnantes 
par  une  nouvelle  fermentation  ,  chofes  inconnues  à  ceux  qui 
Cita  tam  parler,  initiez  aux  principes  8c  aux  my- 

ft^^res  del’ Art  ,  &  faute  de  quoi  on  contre  s 

caquômodo,,  circa  contre  U  temps  y  contn  la  mmiere  é"  contre  l'occajion, 

.  Ârs,amy  fortuna.^regioy  Compkxioyvirmy 

t^ru.  Mo  S  (jr  fymptoma  ,  repletio  ,  tempus  ^  ujm. 

Ou  h  vous  voulezî 

Temperiesy  dtaS  y  edi  (latus  y  ars  rata  ymorbus  J 
‘^fus  -,  caufa ,  locus  ,  jymptoma ,  innata  façultas  , 

^Conpniks  morbi  ,  moSy  motus  ,  Phurmacuy  gujluc. 
îl  faut  donc  appeller  tout  au  confeil  de  la  Medecine  pratique, 
à  moins  de  celi  il  arrive  cent  malheurs  ,  particulièrement  aux 
“aux  femmes  êc  aux  filles  que  ces  ignorans  veulent  traiter  d  s 
maladies  du  fexe.  Car  combien  y  en  a-t-il  qui  pour  avoir  pris 
^es  remedes  apéritifs  des  mains  de  ce  téméraires  ,  ont  été  pré¬ 
cipitez  dans  des  paralifies  ?  Combien  ont-ils  dépéchez  d’hom¬ 
mes  travaillez  de  la  colique  ou  4e  la  pierre,  par  des  remedes 
r.  E^emerU.Ger-  phcs  que  ces  maux  ,  puifqu’il  y  tant  d’exemples  funefles  de  ces 
manie,  tcmcritez  ,  à  la  vûë  defquels  le  peuple  ôc  les  perfonnes  de 

qualité  s’efforcent  dé  fermer  les  yeux.  C’eft  ce  qui  a  îmt  poufîer 
t.  B.  UmtHoa.  in  cette  trîûe  plainte  à  un  bel  efprit  :  rurfum  generishumani 

<xjicem  y  quod  in  fe  grajptri  tam  diu  hanc  infeitiam  patiatur  ,  at^uC 
interdum  •vita  fpem  pratio  emat ,  unàe  mors  cèrtijfma  proficifcafur% 
Mi  drfi  tenebras  palpant  ejl  faMa  potejlas 


4  3J 


Seconde  Pmie,  Chap.  XVI. 

Difcmciandi  Agros j  hominefque  imfun'e  necandi. 

Xbns  leurs  remedcs  ,  félon  eux  J  font  propres,  à  tous  les  âges  & 
bons  en  tout  temps  5  &  par  confequent  ce  Vindicianus  dont 
faint  Auguftin  fait  tant  d’eftimc  ,  lequel  avoit  ordonné  cer-  ^  ^ umtV 
tain  remede  à  un  infirme  qui  s’en  étoic  bien  trouvé  ,  avoit  ^ 
grand  tort  de  répondre  à  ce  même,  homme  qui  fe  trouva  mal- 
de  s’en  être  fervi  au  bout  de  quinze  ans  i  que  s’il  l’eut  encore: 
alotï-confulté  J  il  ne  lui  auroit  pas  confeillé  de  s’en  fervir,. 

En  effet  détoit  bien  le  même  homme  ,  mais  ce  n’étoit  pas 

lâs  même  conftitution  ,  ny  le  même  tempefamment  i  maiscom- 

me  nos  Empiriques  n’y  font  pas  tant  de  façons  ,  les  Parifîens. 

ny  prennent  pas-  garde  de  fi  prés.  Après  tout  cela  qu  on  mette: 

en  avant  l’experience  d’un  homme  fouvent  allez  jeune,  ou  qui 

n  a  rien  moins  fait  pendant  unerlongue  vie  i  que  le  métier  dont 

il  s’àvife  quand,  il  eft ,  vieux ,  &  quand  il  ne  fçait  plus  de  quoy: 

vivre,&enfînquinefçaitpasia,moindre.deschofesnecefrai— 

res  pour  former  un  Médecin.  Soranus  dit  à  ce  propos  ,  qu’ony 

appliquok  de  fon  temps  les  jeunes  gens  à  l’étude  de  la  Mode- 

Gtne.  dés  l’age  de  douze  ans.  0 11  lit  même  qu’A  verrhoes  y  fut 

mis  par  fon  pere  qui  éioit  du  métier , ,  dés  l’âge:  de  fèpe ,  mais-^ 

apparemment  cela  ne  s’entend  que  de  cette  étude,  qui  con- 

fifte  dans  l’Autopfie  ou  fimple  infpeétion  des- parties- du  corps: 

humain>  puifque  Galien  blâme  ceux.qui  veulent  apprendre,  nb:  de  Librhfm- 

Medecine  avant  la  Grammaire  &  avant  la  Fhilofophie.  .  S’il  eft:/>«w. 

eft  donc,  vray  que  même  un  Médecin  qui  s’efi  donné  à  l’étude: 

de  cette  fciencc  dés  là  jeimefïe ,  fera  jamais  habile  fans  cette  sealig.  dere^poetfe^i^ 

dimm- é’  fameîife  Encyclopédie ,  feule xapable  de  rCTidre  V homme  heur^  *  ' 

teüx  ^  content  en  ce  monde ,  que  peut-on  attendre  de  ces  préten* 

du^s  Médecins  qui  commencent  fi  tard  t<.  fî  mal ,  &  qui  ney)our- 

roient  répondre  àfcla  moindre  quefïion  de  Phifiologie?  G’éflr  peut- 

être  pour  fe  didmguer  de  ce.s  ignorms  hefez , qu’il s’eh  trouve: 

qui  contrefont  :  les  fçavans  »  parce  qu’  ils  peu  vent  trouver  des  gens*  : 

qiii  léur  idemanderont  quelque  chofe  de  plus  qu’un  feeret.  Aîn0  a 

Ity uns  fe  piquent  d’Aftrologie  ,  témoin  celuy  qui  la  poufE  fri 

loin  il  y  a  quelque  temps  ,  qu’il  promettoit  de  guérir  les  fièvres , . 
pourveu  qu’il  fçât  le  nom  du  malade  êé  Pheuré  de  fâ  nativité.-: 

D’àutres  font  les  Ghimiftes  confommez ,  qtioi-qu’ils  meurent 
fouvent  jeunes  ,  Sé  empoifonnez  des  vapeurs  arfcnicales  de  ces  : 
remedes ,  avec  lefquels  ils  ont  fait  partir  leurs  malades  les  pre-- 
miers.  D’autres  font  les  méthodiques ,  fe  difaiw  Médecins  de: 


^3.2  Effais  de  Medecine. 

Monpelier ,  étourdiffans  les  malades  de  quelques  mots  de  Latin, 
leur  ferrant  le  poux  ,  &  regardant  leurs  urines  attentivement. 
Quant  aux  premiers  ,  je  ne  diray  rien  de  ce  que  les  finceres  AC 
tronomes  en  penfenc  ,  tant  il  ell  vray  6c  connu  d’un  chacun  , 
qu’ils  fe  moquent  de  leurs  vanitez.  Je  ne  m’étendray  pas  mê¬ 
me  fur  ces  Chimiftes  fiefez ,  la  plupart  y-vrognes ,  étourdis  6c  fans 
'  cervelle  ,  tant  elle  eft  deifeichée  par  le  feu  ,  6c  par  les  efprits 
-  malins  ,  des  métaux  6c  des  minéraux  qu’ils  préparent  mal ,  6c 
dont  ils  fe  fervent  encore  plus  mal  à  propos ,  6c  dont  le  docte 
^  '  Laurentius  Hofmannus  fait  cette  peinture,  farochi  Polypmg-^ 

mone$ ,  Jurijl^e  Apojlatd.  Pharmacopoei  clutA  mentis ,  orgmijld^ 
gares.  Omnes  Iropauperiores  àiviti<u  polUcentur^protinPima  colorem\ 
prolapide  philo jophico  faxum,pro  thefauro  carbones ■  refermt ,  quorum 
ars  fapientes  in  morionest  fanos  in  agro s ,  divites  in  pauper es  ^  pauperes 
in  fugitiv os  v élut  altéra  Circé  transfert.  Arrêtons-nous  donc  à  ces 
Marchands  mêlez, qui  contrefaifant  les^  Médecins  6c  lès  fages , 
s’ingèrent  de  juger  des  maladies  fimplemenc  par  le  poux  6c  par 
les  urines  ,  autant  de  guides  infidelles  qui  trompent  même  les 
meilleurs  Médecins,  quand  ils  ne  les  font  pas  marcher  de  com¬ 
pagnie  ,  avec  ce  qu’on  appelé  l'amas  ^  la  collePiion  des  fignes. 

Il  y  a  tant  de  differens  poux ,  non  feulement  quant  à  leur  na¬ 
ture  écd  leurs  mduvemens ,  mais  mêmes  quant  aux  noms ,  6c  tout 
y  paroît  li  obfcur ,  à  moins  que  d’y  être  fort  exercé ,  qn’ily  a  de 
quoy  étonner  d^abord  quiconque  voudra  s’appliquer  à  cette  étu¬ 
de  fans  la  connoiffance  des  Langues  6c  de  la  Phyliologie.  Ainfi 
ce  n’eft  pas  une  petite  affaire  de  vouloir  juger  des  forces  du 
malade  par  la'  dilpofition  du  poux  ,  qui  n’eft  jamais  femblable 
,  dans  tous  les  fujets,  6c^^r  •vouloir  conter  fur  [es  doigts,  ^  quand  il 
^  în  vc-nis  prononcer  fur  la  nature  dr  furle  fucce's  d'une  maladie.  Voila 

porisï/c  Xuc«f-  potirquoy  Hipocrate  ne  s’eft  pas  trop  attaché  à  la  connoiffance 
lu  hominis  aigitos  du  poux  ,  fil’on  en  çroit  Théophile  6c  Galien.  Aufti  Gelfe  qui  a 
Hipocrate ,  dit-il  hardiment ,  Egone  fidam  pulfui  rei  faüacif- 
-  '  *  fîma^  Ceft  donc  pour  cette  raifon  que  le  dode  Primerofe  ne 

Ltb.  J.  de  crifib.  s’empêcher  de  rire,  quand  il  voit  de  petites  femmes  tou- 

cher  le  poux  des  malades  avec  vme  confiance  6c  une  prefomptiou 
ridicule,puifqu  un  Poëtea  dit  même  d’un  Médecin  expérimenté- 
Clinicus  ipfe  autem ,  qui  nunc  Phificm  quoque  fertur 
Dum  lotium  infelix  jpeePans ,  inàe  omina  captai 
MArceiL  Tdhgen.  Dum  tentât  pulfum  ven&  ,  dum  Jiercora  verfat 

pî  LerAf.  fallitur,  &fallit. 


Car 


Seconde  partie.  Chap.  XVÎ.  435 

Car  il  en  eft  de  même  dès  urines  oii  ces  ignorans  fe  noyent  fans  y 
penfer,  quand  ils  veulent  voguer  fur  ce  vilain  Océan  de  char- 
iatanerie.  Ils  croyenc  s’être  fort  bien  tires  d’affaire  ,  quand  ils 
ont  dit  à  bon  compte  fur  rinfpedion  de  i’udne  d’un  enfant,  que  ce 
Jont  les  vers  ^ui  le  mangent ,  &  fur  celle  d  une  femme  ou  d’une  nlle,  «-5- 

que  cefi  la  matrice  qui  l’offufque.  Il  eft  bien  vray  que  non  feule- 
ment l’infpection  delà  langue ôc des  urines  ,  peuvent  ferviràla 
connoilTancedu  mal^,  &  conduire  au  Prpgnoftic  3  mais  de  plus  que  '^ef'ZZlTn-^'% 
les  urines  prifespar  la  bouche,  ont  des  vertus  particulières  pour  r7med.Z7i! 
quelques  indifpofitions  que  fi  on  en  croit  quelques  Médecins, 
elles  font  une  maniéré  de  prefervatif  contre  la  pefte,6c  c’eft  peut- 
être  pour  cela  qu’un  fameux  Rabin  les  appelle  Borith-dam,y^/>o 
fan^uinis,  le  favon  du  fan^.Mzh  de  vouloir  prononcer  fur  les  urines  ^  , 

d  un  malade  qu  on  n  a  pas  veu  ,  imitant  ces  lâches  STpareffeux  Hipcmt.demtHr, 
Médecins  d’Alexandrie  dont  Galien  fe  moque  ,  lefquels  ainfi 
queces  Prêtres  &  ces  fameufes  Fatidiques  de  la  chaire  du  tré¬ 
pied  d’Apollon ,  prononçoient  au  hafard  fur  tout  ce  qu’on  leur 
demandoit  5  n’eft-cepas  expofer  &;  le  Médecin  &:  la  Medecine  à 
la  raillerie  publique ,  ôc  s’oppoferi  tout  ce  qu’il  y  a  de  bon  fens  ? 

Gardez-vous  bien  difent  Rbafes  &  Jean  Damafcene*  de  con-  *  lotium  • 
dure  fur  Finfpedion  des  urines,  que  vous  n’ayez  veu  &  inter-  cum  morbus^hSa 
rogé  le  malade.  Il  y  a ,  dit  le  célébré  Médecin  Langius ,  -k  deux 
fortes  d’impertinens  hommes  dans  la  Medecine  ,  les  premiers 
font  les  debiteurs  defecrets,  les  féconds  font  les  Uromantesqui  *  Hh.  t 

devinent  par  les  urines.  En  effet,  la  couleur,  la  confiftence  , 
lès  chofes  contenues,*  ôc  lescaufes  externes  qui  les  altèrent  con-  *  Contenta, 
fondent  tellement  la  matière ,  que  Plantius,  ce  docte  difciple  de 
Fernel ,  ne  peut  fouffVir  que  fon  Maître  donne  avec  tant  de  con¬ 
fiance  dans  ce  figne ,  particulièrement  quand  les  urines  ont  été 
tranfportées.  Celles  mêmes  qu’on  garde  dans  les  chambres  des 
malades  peuvent  changer  pour  ainfidire  du  blanc  au  noir,  par 
le  plus  petit  incident  Que  fera-ce  donc  quand  elles  auront 
été  gardées ,  portées  au  loin  &  expofées  à  Pair  dans  quelque 
yaifîeatrmal  propre  ?  Tertulien  dit  que  les  Médecins  rationels 
.  croient  anciennement  appelez  Cliniques ,  comme  les  Chrétiens 
le  furent  depuis ,  parce  que  les  uns  les  autres  fe  tranfportoient 
dans  la  chambre  des  malades ,  pour  y  obferver  les  fignes  &  les 
açcidens  des  maladies.  Comment  donc  en  pouvoir  juger  d’aufiî 
loin  qu’en  veulent  juger  nos  Charlatans,  puifqu’on  n’y  peut  re¬ 
garder  de  trop  prés  ?  Mais  que  répondroient  ces  ignorans  inf- 


434  EJJais.de  Ad edecine, 

petr  Torepfs  de  pecleiirs  d’ufines  altérées  &:  transférées  ,  fi  on  leur  difoit  qu’iîyr 
incerto  ér  .  X  imc  Infinité  de  maladies  ,  dont  les  caufes  ôc  les  fisnes  nonc 
i,  cap.  4.  rien  de  commun  avec  les  urines,  iruchle  traiite  d  an-es  ér  d  im- 

pofieurs,  ceux  qui  pour  fe  diftinguer  ôc  fe  rendre  agréables  à  la 
populace  ,  s’attachent  ficrupuleurementaux  urines  ,  &remblent 
pour  ainfi  dire  s’y  mirer.  C ’efi:  ainfi  qu’un  Poëte  du  douzième- 
fieclej  raille  les  Médecins  de  Manuel  Gomnene  Empereur  dc- 
Gonfi:antinople,qui  obferydient  fes  urines  a v^c  des  lunettes,  6c 
que  le  docte  Evêque  de  T ournaî ,  fe  moque  de  ceux  qui  s’y  mi- 
,Qüi  in  rafo  vkreo,  renî  à  travcrs  d’un  verre  ou  d’une  bouteille.  Que  ne  pouvons- 
coloris  &  fubn^n-  ^  pas  dire  de  ces  fourbes  qui  promettent  de  cette  inf- 
nunc.  stefkanus  pedioii  juiques  au  dilcemement  des  iexes  ^ mais  que  dire  en- ' 
Tx>vna€jEptfc.Epifi.  l’impudeBce  de  ceux  qui  prétendent  reconnoitre  la 

groffeffé  d’une  femme  par  ce  ligne ckofe  fi  impoffible  à  refprit 
humain ,  que  le  fameux  Avenzoar  avoué  de  bonne-foy  s’y  être- 
trompé  en  celle  de  fa  femme  ,  &  que  Jacabus  Forolivienfis  or¬ 
donna  un  remede  à  un  malade  fur  la  fuppofition  qu’on  luy  fit  j 
d’^on  verre  de  vin  pour  un  verre  d’urine?  En  effet,,  qui  n’y  fe- 
roit  trompé  dans  de  certaines  maladies  des  reins  &:  de  la  ratte  2:^ 
Cependant  les' fimp] es  ôc  les  curieux  ne  laiffent  pas  de  conlulter 
.  les  Médecins  ,  6c  cetix-cy  de  répondre  tou joim  à  Bon  compte  j , 
/  êc  qnelquesfois  même  de  deviner.  La  fervante  d’une  Païfanne 
Fêrefi  ds  msirt.  ^affé  la  bouteîlle  dans  laquelle  elle  portoit  de  l’nrine  de  fa 
mw.  ]udf.s.  maîtreflè  au  Médecin ,  elle  en  remplit  une  autre  de  celle  d’une' 


Vache.,  6c  le  Médecin  qui  fs  doutoit  quelle  étoit  d’une  Païfa- 
ne  qui  ne  mangeoit  gueres  que  des  legumes,  répond  que  celle 
dont  on  îüy  prefente  Farine  mange  trop  d’herbes  6c  de  racines-^ 
ce  qui  furprit  bien  la  fervante  qui  crût  qu’il  avoit  deviné  la- 
chofe.  üne. autre  devine  par  des  illations  qu’il  fait  fur  les  ré- 
ponfes  d’un  Faïfan  à  fes  demandes ,  que  le  malade  a  une  dou¬ 
leur  de  côté,  qu’il  n’a*  pas  de  fièvre  ,  qu’il  eft  tom^bé ,  ôc  même: 
dans>  un  efcalier  ;  mais  étant  enfuitc  interrogé  par  ce  Païfan. 
fimple  6c  groffier ,  combien  il  y  a  de  marches  dams  l’efcalier  »  il  eff; 
contraint  d’avoüer  que  le  nombre  n’en  paroît  pas  dans  l’urine.'. 
G’eft  ainfi  qu’une  femme  demandoit  après  quelques  autres  que- 
ftions  à  un  Médecin  js’il  ne  voyoit  pas  l’âge  du  malade  dans  Pu-- 
rine,  parce  qu’on  luy  avoir  dit  qu’il  falloir  qu’il  y  parût  autant' 
de  croix  qu’il  avoit  de  dixaincs  d’années  5  mais  ce  qui  la  guérit: 
enfin  de  fon  erreur, eft  que  le  Médecin  luv  demandant  de  bon* 


ae-foy  s’y  elle  y  voyoit  elle-même  ces  croix  ,  elle  ne  fçût  q^uelu^; 


Seconde  Partie,  Chap.  XVI>  435 

répondre.  Une  autre  vouloir  non  feulement  que  le  Médecin 
4evinât  que  le  malade  avoir  une  douleur  de  côté  j  mais  encore 
4^u*il  vie  dans  fon  urine  ?  le  chariot  d’oix  il  étoit  tombé ,  &:  les 
bœufs  qui  le  traînoient.  Un  Fratcr  Apotiquaire  vouloir  qu^un 
Médecin  devinât  par  l’urine ,  fi  le  mal  de  celuy  qui  l’avoit  ren¬ 
due  ,  ne  venoit  point  d’avoir  trop  pris  de  peine  a  fendre  du  bois. 
Une  Demoifelle  voulant  tromper  un  Médecin ,  luy  envoyé  de 
Furine  d’un  Païfan  par  fa  femme ,  avec  ordre  de  luy  dire  quel- 
le  efi:  du  mari  de  la  Derhoifelle ,  mais  la  Païfanne  ayant  bou¬ 
ché  la  bouteille  avec  une  herbe  qui  ne  croifioit  qu’aux  envi¬ 
rons  de  fon  Villages  le  Médecin  qui  connoiffoit  cette  Plante  > 
^  qui  fe  douta  ainfi  de  la  fraude  jue  manqua  pas  de  dire  que 
cette  urine  eft  d’un  Païfan  ,  non  pas  du  mari  d’une  Demoi- 
felle.  Une  jeune  enjoüée  prefenteà  un  Médecin  un  verre  çsîein 
de  malvoifie ,  pour  décider  de  fa  maladie  fur  cette  urine  préten¬ 
due. s  ÔC y  apporter  le  remede  convenables  mais  le  Médecin 
ayant  apper.çû  que  le  fediment  qui  efi:  afifez  ordinairement  dans 
les  urines ,  6c  le  cercle  qu  elles  forment  autour  du  verre  n’y  pa- 
îoifibit  point  j  outre  que  quelques  efprits  qui  exhaloient  de  la 
liqueur  luy  frappaient  le  nez  qu’il  avoir  fort  fin ,  commença  par 
le  progiiofiic  de  la  maladie  ,  luy  difant  S  ignora  tu  e  gumïta  ^  6c 
finit  après  avoir  avalé  toute  la  liqueur  par  ces  mots ,  ecco  il [egno, 
Mâis  tout  cela  ne  s’appelle  pas  prognoftiquer  ny"  juger  ,  parce 
que  ce  ne  font  que  des  effets  de  la  fagacité  d’un  Médecin  fur 
fes  gardes ,  qui  tâche  de  ne  fe  pas  méprendre  ,  6c  quelqucsfois 
même  des  coups  du  hafard.  Car  il  n*y  avoit  pas  fans  doute  ny 
tant  de  prudence, ny  tant  de  fiocerité  dans  le  procédé  de  ce- 
îui-cy  .,  mais  il  ne  laifTa  pas  de  pafler  pour  habille  comme  les 
autres.  H  feeachoic  entre  deux  portes  pendant  que  fa  fervantc 
de  concert  avec  luy ,  interrogeait  ceux  qui  luy  apportoicnt  de 
l’ürine  ,  6c  comme  il  étoit  fort  attentif  à  la  réponce  que  ceux-là 
faifoient  à  chaque  interrogation  de  la  fervance ,  il  ne  manquoit 
pas  de  dire  au  porteur  de  lettrine  tout  ce  qu’il  avoit  entendu  à 
travers  la  porte  ;  car  je  ne  parle  pas  icy  de  ces  débauchés  qui 
n’ayant  point  d’argent  pour  fournir  à  leur  dépencc ,  s’aviferent 
de  faire  un  Médecin  fur  le  champ  ,  qui  trouva  bien -tôt  le 
moyen  en  arborant  un  urinai  à. fa  porte  de  leur  en  gagner,*  en¬ 
core  moins  de  ces  fceleracs ,  lefquels  à  l’aide  de  certains  miroirs 
êc  de  certains  anneaux  enchantez  j  mêmes  par  des  points  6c  fi¬ 
gures  de  Geomantie  devinoient  fur  les  urines  des  chofes  qui. 

I  i  i  i  j 


43  EJJds  de  Mededne» 

le  trouvoient  qnelqucsfois  véritables ,  tant  le  démon  avolt  enviû 
de  tromper  ô-C  ces  devins  &  leurs  confulteurs.  Je  m’arrêteray 
doncfimplemenc  encore  à  quelques  coups  d’ Almanach,  pour  ainlî 
parler,  Goldafte  rapporte  dans  fon  Hiftoire  d’Allemagne  qu’uri 
^icll  Henri  Duc  de  ,  .  .  cnvoia  de  l’urine  d’une  Dame  de 

fa  Cour  groffe  de  huit  mois,  au  fameux  Moine  &  Médecin 
Notker,  le  faifant  confulter  comme fi c’eut  été  de  la  fienne,& 
le  Médecin  répond  qif  on  verra  dans  un  mois  un  fort  grand 
prodige  ,  à fça voir  un  Duc  de  .  .  .  mere&  nourrice  d’un 

enfant  dont  il  doit  accoucher  dans  ce  terme  ,  ce  qui  arriva  en 
effet  à  la  femrhe  qui  avoit  donné  l’urine.  Une  femme  qui  fe  mé- 
loit  de  prédire  par  les  urines  étoit  fi  ignorante  ,  qu’elle  prit  de 
l’eau  de  puits  pour  de  l’urine,  &  fut fiheureufequ  encore  qu’tel- 
eut  prononcé  au  hafard ,  la  chofe  arriva  comme  elle  l’avoit  pré¬ 
dit. ,  Marquons  encore  quelques  coups  de^  fourbes.  Une  femme 
devinereffe  paries  urines  difoit  à  un  jeune  marié  que  fa  con- 
fomption  venoit  de  fon  incontinence  ,  que  fon  foix  éroit  tout 
ufé ,  &  réduit  à  la  groffeur  d’une  fève ,  û  qu’il  ne  pouvoir  vivre 
fi  on  ne  iuy  en  faifoit  un  autre ,  ce  qu’elle  entreprit  moyennant 
mille  florins.  Un  Charlatan  ne  manquoit  jamais  de  dire,  quant 
il  faifoit  des  prognofïics  à  mort ,  que  c’efl:  qu’il  voyoit  dans  l’u¬ 
rine  comme  de  petits  cercueils  flotans.  Mais  en  voicy  un  qui 
trompa  même  un  Apotiquaire  ,  qui  vouloir  apprendre  L’art  de 
deviner  par  les  urines ,  quoi-que  fa  femme,  qui  avoir  plus  d’ef- 
prit  que  iuy  ,  fe  moquât  de  fa  credulké:  car  toute  la  magie  du 
Charlatan,  aboutit ,  après  qu’il  eût  bien  mangé  l’ Apotiquaire ,  ôc 
qu’il  iuy  eut  tiré  quelques  pièces  d’argent,  à  l’affurer  qvi’il  ne  fe 
tromperoit  jamais  en  difant  que  c’eft  l’urine  d’un  mâle  ,  lorfque 
que  celuy  qui  la  Iuy  apporteroit,entreroit  dans  la  chambre  le  pied. 
^  droit  le  premier  ,  &  quec’eft  de  l’urine  d’une  femelle,  quand 
il  âvanceroit  le  pied  gauche  avant  le  droit.  Celui-cy  ne  futr 
pas  fi  heureux  que  tant  d’autres  ,  &:  mérita  bien  d’être  berné 
pour  avoir  répondu  affirmativement  à  celle  qui  Iuy  prefentoit 
e:nin  Adaiph.  Qceo^  ^  uxine  épaiffe  &  chargée ,  que  c  étoit um  femme  qui  memit 
dtinfpeci.  'vie  fcàentmre  dans  un  coin  de  fa  maifon ,  qu  elle  a'uoit  une  difficulté^ 

de^refpirer  -,  fr  qjdelle  avoit  une  enfure  au  genou  :  car  la  Dame  ne 
perdant  point  de  temps  ,  Iuy  dit  auffi-tôt,  vaut  vous  trempe^^^  car 
cette  urine  ef  la  mienne  i  'e  me  porte  bien ,  ^  fuis  ,  comme  vous  voyt^ 
fur  mes  pieds  bien  ferme.  ^  , 

Auffi  eft-ce  pour  éviter  que  les  Médecins  ne  fbyenc  trompez^& 


Seconde  Partie,  Cliap.  XVI.  437 

qu’ils  ne  trompent  eux-mêmes  les  gens  trop  crédules,  que  le  Col- 
Ico-e  des  Médecins  de  Londres ,  a  fait  un  decret  par  lequel  il  dé¬ 
fend  aux  Médecins  d’afteder  de  prédire  fur  les  urines  qu’on  leur 
apporte ,  leur  coi>feillant  de  ne  s’y  fier  que  de  bonne  manière  , 
même  chez  les  malades ,  &  en  tout  cas  de  joindre  tous  les  autres 
fîo-nes  à  celui-là,  même  en  jugeant  des  maladies  dont  lescaufes 
font  contenues  dans  les  veines ,  dans  les  arteres  ,  dans  les  reins 
&  dans  la  vefTie.  C  ed:  dans  cet  efprit  &  dans  cette  vûë  que  le 
dode  Langius  nous  fait  le  conte  d’un  Apotiquaire  d’Aix-la- 
Chappelle,  fils  d’un  Médecin  Juif,  qui  avoit  mis  fur  les  mon¬ 
tres  de  fa  boutique  la  figure  d’un  fou  ,qui  montroitaux  pafTans 
d’un  doigt  &:  d’un  air  moqueur  l’urinal  qu’il  tenoit  de  l’autre 
main,  pour  fignifier  qu’il  avoit  appris  de  fon  pere  ,  que  ceux 
qui  s’arrêtent  trop  à  l’obfervation  des  urines  ,  étoient  fembla- 
bles  à  cet  infenfé.  Je  ne  m’étonne  donc  pas  fi  de  fçavans  Mé¬ 
decins  ont  regardé  cette  matière  comme  une  étable  d’Augias, 
qui  ne  demande  pas  mioins  qu’un  Hercule  Médecin  pour  la 
nettoyer  i  fi  le  fçavant  Minderer  introduit  la  Medecine  fe  plai¬ 
gnant,  que  fon  ancienne  beauté  eft  falie  &  profanée  par  les 
pots  de  chambre  donf  on  la  coëfFe  :  Se  olim  decomm  ,  nunc  lotio 
prfupim  rmeeffere  j  &  fi  le  fçavant  Douza,  qui  connoifToit  tous 
ces  vilains  Uromantes  donc  nous  parlons  ,  les  traitte  de  cette 
maniéré: 

Abl  idiota  circulator ,  hinc  abi 
Fmeffe  agirm  de  fofo, 

^uibus  loquaris  ignorantia  ej^. 

PeriÛÆpMum  mtnihil-, 

~F^e^ue  ulla  mic0^  liter/!im 


Crumemmmg/i  natta. 

Lq eut Turbo,  ah ite.. 

Abite  Carcinomata 
2 africain  Ÿ^ofe^a  letio  tenm 
'  Soghfjlicoque  fehemate. 

Encore  Ci  ces  miferables  me  faifoient  autre  chofe  que  de  pré- 
aire  par  le  pop  Si  pp  les  urines,  iln’y  atiroit  gueresplus  d’in, 
onvenient  a  les  confuker ,  qu’à  confulter  des  Almanachs  5  mais 
de  donner  enfuHc  des  remedes  inconnus  à  ceux  qui  les  pren¬ 
ant  ,  meme  a  ceux  qui  les  donnent,  fans  fçayoir  à  qui  ni 
çomment  ,_]iüqu  a  y  meler  de  l’arfenie,  comme  il  feroit  facile 
le  vérifier  ,  s  n  n  y  avoit  une  infinité  de  perfonnes  de  cre- 

lii  il] 


h. 


Lm 


43  s  de  Médecine. 

*  Atqiicin  hocge.  ^xït  daos  la  Tobc  6c  dans  Tépée ,  qui  fc  font  *  un  plaifir  ou  im 
”SLr>X«r.  honneur  de  les  protéger?  Sur  quoi  le  grand  Erafme  trancie 
incogitanciorquc  hardiment  ,  que  plus,  ils  font  fades  &;  ignorans ,  plus  ils  font 
apud  ^TorqaaiS”  ^peabfos  à  ccux  qui  font  profefTîon  d’une  ficrc  ignorance.  14 
iitos  Principes.  E-  ny  a  rien  de  fi  facile  que  de  purger  les  humeurs ,  mais  de  le 
choix  èc  diferetion.  Hic  labon  c’eft  un  Opéra.  Ceji 
SocxncscQiciynca-  Socrate,  dit  le  dqde  Hurnius,  efiie  Medecm\  &  Socrate  pi 
rat.  Socrates  eft  gjl  malade  ,  c’eft-à-dite  un  fage  diredeur  des  remedes  ,  & 
gui  cuiacur-  mdivida,  &  non  pas  la  nature  humaine.  Ce  n’eft 

1 1 L  :pas  là  tout ,  il  faut  encore  obferver  ,  que  quand  les  Provinces 
arcfufenc  de  donner  créance ,  comme  elles  font  ordinairement 
à  ces  debiteurs  de  fecrets ,  ils  ne  manquent  jamais  de  fe  refu- 
^  Paris  ,  où  ils  trouvent  une  ample  moüTon  dans  ces  nia- 
trTck^am  piïeHdâ  ladies  qui  fymbolifent  avec  leurs  mœurs  &  leurs  infâmes  ma¬ 
çon  fluuut,  ceic-  nieres.  On  s’imagine  qùon  eft  bien  caché,  ^que  le  fecret  fe- 

b/aaturque.  TMiP.  ’  •  '  '  ^  '  '  "  •  -  - 


Anmh  it. 


^ft^uss  lenecimunt, 


‘  SX  bien, gardé,  parce  qu’on  n’eft  point  connu  de  ces  gens-là, 
Si  qu’on  fera  bien-toft  hors  d’affaires ,  fans  penfer  que  des  gens 
fans  honneur,  fans  lieu,  fans  confcience  ,  ne  fe  mettent  gue- 
scs  en  peine  de  garder  le  fecret  j  qu’il  n’eft  pas  chez  eux  à  l*é- 
preuve  d’une  bouteille  de  vin  3  6c  qu’ils  penfent  encore  moins 
à  guérir  le  malades  fuffit  qu’ils  tiennent  l’argent ,  &  qu’ils  ayenc 
plâtré  la  cure.  Car  enin  tout  ce  qu’ils  font  ^  n’eff  que  pallia- 
don,  &  gare  cnfuite  le  fameux  3c  fouvent  funefte  iiaaimboaos 
jsoso;§  de  Galien ,  c’eff-à-dire  en  notre  langage. 

-Le  garçon  du  Barbier  lîiy  dit  fort  Mal  sont entf 
-  Adiett,  Monfieur ,  juffuau  Printemps  ' 

C’eft  pour  cela  que  quelqu’un  a  dit  fort  à  propos,  que  ceux 
qui  ont  recours  à  ces  gucriffeurs  &  à  leurs  remedes  ,  font 
feniblables  à  ceux  qui  fe  làiffiffent  de  l’ancre  du  vaiffeau  pour 
fe  fauver  du  naufrage.  Anshotam  amfUBmiur  j,  gui  in  dej’pmz 
sis  morhis  circumforaneis  utuntm. 

11  y  a  bien  plus  ,  car  comme  on  fe  fait  ordinairement  fee- 
ierat  par  degrez  ,  ils  paffent  après' s’êrrc  fervis  de  remedes  viO' 
lens  6c  périlleux ,  aux  philtres ,  aux  abortifs ,  aux  poifons  ,  pour 
ne  point  parler  des  remedes  de  la  Çofeîetique  ,  *  par  lefquels 
nous  finirons  cet  Ouvrage  5  &  par  où  ces,  vilains  hommes  en¬ 
trent  dans  l’efprit  de  ces  femmes,  dont  la  conduite  n’eft  pas 
fort  réglée.  En  effet  n’eft-ce  pas  de  ces  noms  de  fard,  que 
tant  de  Dames  Romaines  inftruites  dans  l’Ecole  de  fémblabks 


*  coH''^£oient  les  poifons  qu’on  leur  trouva  apres  eu 


Seconde  Partie.  Chap.  XVI.  439 

5m)ir  faic  périr  leurs  maris,  &;  qui  furent  vérifiez  tels  par  i’é-  T.Lhiusi. 
preuve  qu’on  jugea  à  propos  d’en  faire  fur  quelques-unes  de 
ces  megeres.  Et  c  eft  à  peu  prés  de  cette  maniéré  qu’on  corn- 
mença  il  y  a  quelques  années  à  Paris  avec  des  fards  prefquetous 
ennemis  du  cerveau,  leur  aflbeiant  enfuite  les  abortifs  ,  &  fi-- 
niflant  par  ces  fins  poifons  dont  nous  avons  appris  tant  de  fune-  de^thubi 
ftes  &  de  pitoyables  fuites.  C’eft  pour  cela  que  Platon  vouloir  ^  ‘ 

qu’on  chafTât  cle  fa  Republique  tous  ceux  qui  donnoient  des 
remedes  fans  permiflion  duMagiftrat ,  &  quêtant  d’autres  Ré¬ 
publiques  ont  fuivi  ce  fage  confeil.  ■»  Car  qui  ne  fçait  que  les 
Loix  Civiles  &  Ecclefialtiques  ne  permettent  à  perfonne  de  fe  ^ 
mêler  de  la  Medecine,  s’il  n’eft  approuvé  des  Médecins  &  des 
Juges  de  Police..  C’eft  ainfi  que  faint  Leon  Pape  dans  fes  Epi-  çhap.}$: 
très,  &  fàint  Grégoire  dans  fes  Morales  fe  déclarent  contre 
l’infolence  des  faux  Médecins &  contre  la  tolérance  des  Ma- 
giftrats,  pour  ne  point  pkrler  des  Cafuices  &  des  Dodeurs  cy- 
devant  alléguez &  que  nous  alléguerons  encore  cy  après*  Le 
Jurifconfulte  Carpathius  veut  qu’on  les  fouette  ,  &  qu’on  les 
banniffe.  Sur  quoi  la  Loi  Dival-  25.  c.  de  Tcflam.  àk  qu’il  ny 
a  rien  de  fi  ^bfurde ,  que  de  foufirir  le  defordre  ^  la  confufian  y  qui 
ne  manquent  'jamais  de  fe  trouver  far  tout  ou  quelquun  fe  mêle  du 
métier  d^autruy .  L’Empereur  Charles  V.veut  dans  fon  Ordonnan¬ 
ce  de  l’an  1^32.  qu’on  punifle  tous  ceux  qui  profeffent  la  Mé¬ 
decine  ,  fans,  avoir  employé  à  l’étude  le  temps  porté  par  fes 
Déclarations., L’Empereur  Frédéric  II.  avoit  défendu  dés  l'an 
S237.  fous  de  griéves  peines ,  que-perfbnne  ne  s’ingérât  de  pra¬ 
tiquer  la  Medecine  dans  fes  Etats,  s’il  n  avoit  étudié  trois  ans 
en  Philofophie ,  ôc  s’il  n’avoit  enfuite  été  examiné  par  des 
Médecins  fçavans  &  expérimentez.  Jean  Roy  de  France  ren¬ 
dit  l’an  1 3  yi.une  Ordonnance  contre  les  femmes,  lesApoticaircSj 
les  Herboriftes  &  les  Ecoliers ,  qui  fai  foie  nt  la  Medecine;  dé¬ 
fendant  même  aux  Apoticaires  de  donner  aucun  remede,  fans 
erdonnanee  du  Médecin  ;  a  caufe  ^  djt^il ,  du  feril  des  cor  fs  ^  d^es 

«  Rhentâ  Scôtorum*  Rex  edixît  capitis  pœnâ  ,  ne  qmfquam  ni/i  doutas  &  exper-  . 

Mcdiçinomcns.iV^mcict.  HeBôr  Beëtius  in  Hifi.Sc0tic. 

Nulîuœ  pro  cpnfervanda  vira  {ànirarcque  ùtilius  Pharmacum  quàm  abfticere  à  Me- 
dlcis  indücHs.  F.  Legem  Aqailiam. 

In  Republica  bene  conftituta  non  adtnittuntur  Medici  nifi  probati  &  Turati. 
tSregor.l.  17.  de  Rtipuhl.  c&p-  9. 

b  A'phonz,.  àRontech.in  Speeuh  Medici  Chrifi.  duh.  1.  pag.  ' 

Ammun.  Medici».  decifer.  d~tfctirfu  71. 

Ahafiier.  Tritchius  Medic.  peccans  cencîuf.  i. 

Franco  a  Reies  in'sampis  Elifiii  iHcundar.  qutf:. 


Hifioire  de  Charles 
VI.  par  fean^ve- 
nel  des  ijrfms  pag, 

ijo.  é’  Ijy- 

T-t  par  M.  l’Abbé 
leLaboareur ,  Tome 
t. Livre  is.  chap.8. 


lacehus  Silvius  m 
FîAfat.  operum. 

*QReK,triumplîa, 
^ui  tôt  infontcs 
non  armis ,  fc<l  ®c- 
diciais  crucidafti. 


Mfsrcell.  Falinge- 
mt-s  Zodiac.vît&  in 
Lions, 


440  EJJais  de  Medeclne, 

âmes ,  &  ^  des  abortifs  cUndejîins ,  fous  lés  peines  ordon¬ 
nées  par  le  Prcvoll:  de  Paris.  Le  Roy  Charles  VI.  en  rendit 
une  autre  contre  les  Chirurgiens  &  autres  gens  qui  promettoient 
des  cures  au  deiTus  de  leur  capacité.  Sur  quoy  il  ne  faut  pas  ou¬ 
blier  que  deux  Auguftinss’etantprefentezpour  la  cure  de  fa  ma¬ 
ladie  5  après  avoir  receu  bien  de  l’argent ,  ils  le  mirent  en  fi  grand 
péril  de  fa  vie,  qu’ils  furent  condamnez,  apres  avoir  été  dégradez, 
à  être  décapitez  aux  Halles  de  Paris,  puis  écartelez,  &  leurs  corps 
pendus  au  gibet, &  leurs  têtes  mifes  fur  des  demies-lances.  11  y  a  des 
ArrêH:s  du  5). Mars  1J35.1 536.  &  i566.defi^ndans  à-toutes  forte^e 
perfonnes  d’exercer  la  Medecine  fans  avoir  fubi  l’examen,  Sa¬ 
voir  pris  le  bonnet  de  Dodeur.  L’Ordonnancede  Blois,  art.  87. 
y  eftformeile.Un  nommé  de  Melun  foydifantMedecimefi:  arrêté 
îeiy.Mars  137V-  pour  être  examiné  parla  Faculté  de  Paris,  &eft 
renvoyé  poiir  fon  ignorance.  L’an  15^8.  fur  la  remontrance  du 
Procureur  General  en  confequence  du  Reglement  de  l’an  153^. 
fur  ce  que  les  Parifiens  fe  lailîbient  âifément  décevoir  fous  la  q^ua- 
iité  de  Médecin,  le  Parlement  fait  défenfes  à  tous  Empiriques  de 
pratiquer  la  Medecine,  comme  avoitfait  l’Ordonnance  de  Blois. 
Mais  pour  égayer  la  matière  ,  je  croy  que  le  Ledeur  non  en¬ 
têté  fera  bien  aife  d’apprendre  icy  ,  que  quand  il  fe  trouvoit 
des  Charlatans  à  Monpellier  au  fiecle  paffé ,  on  étoit  en  poA 
feflion  de  les  mettre  fur  un  afne  maigre  &  fâcheux  ,  la  tête 
tournée  vers  la  queue  ;  quon  les  promenoir  en  cet  état  par  tou¬ 
te  la  Ville  au  bruit  des  huées  des  Enfans  &  de  la  populace  ,  * 
les  frappant  ,  leur  jettant  des  ordures  ,  les  tiraillant  de  tous 
cotez,  éc  les  maudiflant  comme  on  faifoit  autrefois  cette  célé¬ 
bré  vidime  de  Marfeille  s  &  qu’aprés  les  avoir  ainfi  chaifé  de 
la  Ville  ,  on  les  afiuroit  que  s’ils  y  remettoient  le  pied,  ils  n’en, 
fortiroient  pas  a  fi  bon  marché.  Pourquoy  donc  ne  nous  écrie¬ 
rons-nous  pas  voyant  à  prefent  tant  de  fages  Ordonnances  ^ 
de  coutumes  fi  mal  gardées  ; 

O  mi  fera  leges  ^  qua  talia  critnina  fertis 
O  Cad  reges qui  rem  non  cernitis  ijlam 
Vos  quih.  imperium  ejl ,  qui  mundi  frma  tenetis 
Confulite  humam  generi ,  quot  no  de  dieque 
Horum  carnificum  ctdga  mittuntur  in  Orcum  I 
Eft-ee  que  ces  Loix  étoieiu  trop  feveres  ,  ou  fi  nous  fommes 
trop  induîgens  &  trop  endormis  ?,  Se  trompoienc^ elles ,  ou  fi  nous 
nous  trompons  nous-mêmes  ?  Car  enfin  tous  ces  Charlatans  ? 

comme 


Seconde  l^artie,  Chap.XVI.  44Î 

^omnie  nous  le  verrons  encore  cy-aprcs ,  ne  font-ils  pas  autant 
d'aveugles  qui  en  conduifenc  d’autres  en  la  perfonnc  de  ceux 
=qui  s  y  fient,  &  qui  méritent  qu’on  les  traitte  comme  on  traita 
celuy  qui  parut  encore  plus  aveugle  que  l’aveugle  même, dont 
Uvouloit  faire  le  métier.  Voicy  l’affaire.  Piipai ,  qui  lignifie  en 
langage  Indien  ?  Médecin  mmMe  ,  écrit  dans  ces  jolis  Apolo¬ 
gues  dont  nous  avons  une  tradudion  fous  le  titre  de  La  conduite 
des  Rois  ^ar  Pillai  Bramin,  y. a  voit  un  Roy  dans  fon  païs 
dont  la  fille  tomba  fort  malade,  &  laquelle  fut  d’autant  plus  à 
pleindre^  que  le  feul  Médecin  qui  pouvoit  fe  fervir  d’un  remede 
enfermé  dans  le  cabinet  du  R.oy,  ëtoit  devenu  aveugle  j  mais 
que  comme  il  étoit  difficile  de  trouver  ce  remede ,  il  fe  prefenta 
un  Médecin  fi  ignorant ,  qu’il  tuoit  les  malades  dés  la  première 
?rifite,  qui  ne  laiffa  pas  de  promettre  qu’il  le  diftingueroit  de  tant 
d’autres  compofitions  qui  étoient  dans  ce  cabinet.  Ainfi  parce 
qu’on  s’imagine  facilement  ce  qu’on  defire ,  on  le  conduit  dans 
ce  réduit ,  il  y  prend  une  boëte  au  hafard ,  &  la  porte  au  Méde¬ 
cin  aveuglé  ,  k.  le  Médecin  en  tire  une  pilule  qui  n’étoit  pas 
faite  pour  la  malade  ,  puifqu’elle  meurt  quelque  temps  apres  ^ 
Savoir  prife,  témérité  qui  coûta  la  vie  à  celuy  qui  avoit  appor¬ 
té  la  boëte  à  l’aveugle.  Chacun  fçait  l’Hiftoire  du  fameux  hc- 
retique  Manés  ,  qui  au  lieu  de  guérir  le  fils  de  Sapor  Roy  de 
Perle ,  le  tuë  par  fon  ignorance ,  &  comment  fon  corps  fut  don¬ 
né  en  proye  aux  oileaux  Seaux  autres  animaux,  après  en  avoir 
rempli  la  peau  de  boure&  de  paille ,  &  l’avoir  expofée  fur  une 
des  portes  de  la  Ville  a  la  veuë  de  tous  les  paffans.  Maisqu’on- 
penfe  peu  à  faire  juftice  de  pareilles  gens  dans  une  Ville  qui  a 

tant  de  tri  fies  preuves  de  leurs,  attentats ,  où  tant  de  perfonnes 
pourroientdire, 

ipfe  mifertima  vidi 
Et  quorum  par  una' fui. 

Et  où  on  pourroit  bien  s’écrier, 

^rhs  orbis  caput  es  i  cur  capis  omne  feelus  ? 

Le  mal  efl  fi  grand',  que  non  feulement  on  ne  traitte  pas  d’in- 

fames  ces  hommes  infâmes ,  comme  on  faifoitdu  temps  d’Hipo- 
crate ,  qui  fe  plaint  qu’il  n’y  avoit  point  d’autre  peine  attachée  à 
leur  témérité  que  l’infamie  5  mais  encore  qu’on  les  recompen- 
fe  plus  largement  que  les  bons  Médecins  5  c’eft  ainfi  que  com¬ 
me  nous  l’avons  marqué  cy-defTus ,  cette  Ville  qui  eft  le  rendez- 
vous  3  comme  i  égout  de  toutes  les  ordures  du  monde ,  ouvre  nsnai.  i,  15. 

Kkh 


fon  fein  à  ces  Efcarbots  de  la  Médecine  qui  fc  trouvent  dans> 
fes  boües,  comme  dans  leur  centre  ôc  leur  élément  :  car  voiev 
comme  ces  fléaux  de  la  Medecine  luy  enlevent  plus  qu’on  ne 
croiroit  de  fes  Citoyens,  Ces  infâmes. Pariétaires. commencent 
•  par  des  affiches  infâmes,  ôc. qui  font  rougir  Peffranterie  même,, 
par  des  témoins  apoftez ,  &par  des  gens  ad  ogni  cofa ,  qui  certi¬ 
fient  pour  quelque  éeu  les  effets  miraculeux  du  remede.Les  va¬ 
lets  &  les..fervantes,.y  font  pris  les  premiers ,  &  les  maîtres  natu. 
rellement  inquiets  amoureux  de  la  ;ioiiveauté  ,  ôc  peut-être 

laflez  de  quelque  ignorant  Médecin  y  donnent.à  leur  perfuafion,. 

^.tombent  ainfi  d’un  fofTé  dans  un  .  précipice.  Car  comme  les.. 
hatuFeisyPàrifiens  font  bonnes  gens,  &  qu’ils  Ecroientencore  les.- 
plus  grandes  dnpes  -du  monde ,  fi  la  Normandie  ÔC  k  Gafeogne- 
,  n’étoient  vea-j  à  lenr  feeours  des  deux  extrémitez  du  Royaume,^, 
par  des  alliances  &  par  des  maniérés  tout-à-fait  oppofées  à  leur* 
facilité  natureiie;  les  Charlatans  dedeur  côté  >  font  les  gens  du 
inonde  les  plus  hardis  .&  les  plus  entrans;.,  64'  d’autant  plus^que; 

-  .  la  pauvreté  les  rend  tels,  &  les  pouffe  à  tout  entreprendre  en 

une  Ville  pecunieufe,. hors  laquelle  il  n’y u point  de  reffource^ 
à  1  eur  fflifere.  D’ailleurs  ils  fçavent  que  tout  l’avantage  efl:  pour? 
eux  :  car  fl  le  malade  meurt ,  ils  n’ont  rieni  perdre ,  au  pis  aller 
-  ils  n’ont  qu’à  changer  "de  nom  &de  quartierpour  être  àfabri  - 
des  braillards  ;  à  quoy  on  peüt  ajoûter  que  eommells  ne  fohc; 
gueres  âp.pelez.  que  dans  le  progrès,  .ou  dans  la  vigueur  de  la. 

^  maladie, ..fi  le  fuGçésm’eft  pas  heureux,  ils  ne  manquent  jamais: 

à;dire  qu’on  les  a  appelez  trop  tard  5  que-  le  Médecin  avoit  tout 
gàté>&cequ’ilyaencoredefavorableàleurmanege,c’efl:qu’Gnf 
veut  .foûtenir  à  Paris  . tout  ce:  qu’on  a  fait' ,&  qu’on  n’a  garde  de; 
fe  plaindre  d’un  choix  &  d’un  fuccés  dont  on  feroic^  raillé .  5c.t 
blâmé  comme,  d’une;  fottife.  :  entêtement  à- peu -prés  fem-- 
hlable  a  eeluy  que  nous  raconte  un  bon  Auteur. .  ün  Me- 
B^bravuis ,  hifivB  decin  .Juif ,  foi-difant  Médecin  Arabe  ,  ayant  rendu  aveim’ 
3ghermçdth:6..  glé  UH  Roy  de  Boheme  ,:.aaqiiel  il  promettoit  dé  reffituer  un 
œil  perdu  ,  ce  Prince  pour  en  dérober  la  eonnoifïànce  à  fôn 
peuple,  ne  iaifioic  pas  d’affifter  aux  jeux  publics,  oîi  il  affiguoic’ 
Is  prix  à  celuy  qui  avoit  le  mieux-^  fait ,  comme  s’il  eût  été  fpe- 
étateur ,  après  que  fes-  affidez  le  luy  avoiénr  nommé  à  l’drcille. , 
Que  fi  au  contraire  le  makde  guérit-,  fok  par  la  force  de  fou  ■ 
temperamment ,  foit  par  le  contre-coup-  du  remede  ,  comme  il  ^ 
a^riv e,  quelquesfois ,  le .triomplaeieur  eff  affuré  :  car  on.  ne.  mao.-  < 


Seconds  Partie,  Chap.  Xyl. 

que  jamais  de  donner  la  guerifon  de  la  maladie  au  dernier  ve¬ 
nu,  pour  peu  qu’il  ait  changé  les  gardes.  Quand  il  n’auroit  feit  HipccrgtJerAtient, 
que  reformer  un  peu  le  régime  ;  c*eft  aflez  i  Heureufe  la  'vieim  ,  in  acum.  ' 
die  le  Proverbe ,  ^ui  arrive  à  la  fin  àt^  mal.  ils  fçavcnt  qu’il  n’y' 
a  qu’à  ofer  i  audendum  dextra.  Il  arrive  comme  dans  la  politique 
cent  chofes ,  ëc  cent  incidens  du  côté  de  la  fortune,  dont  on  pro¬ 
fite  quand  on  eft  hardi ,  Fortuna  ]uvat ,  &  quoi-qu’il  arrive  on 
cft  en  place ,  &  avant  que  le  public  foit  défâbufé ,  on  a  vendu  le 
fecret  &  touché  l’argent  ,  qui  n’eft  pas  une  petite  aflraire  pour 
un  gueux  fans  honneur^  fans  confciencc.  Après  tout  qui  ju¬ 
gera  de  rignorance  de  ces  gens-là  ?  des  ignorans-Ôc  des  entetez. 
dont  le  monde  eft  plein,  &  des  gens»  qui  s’y  fient  fortement.  Car 
on  ne  fçait  pas ,  &on  ne  veut  pas  mêmefçavok  que  leur  igno^ 
rance  eft  fi  craffe ,  qu’ils  difent  quelquesfois  que  le  malade  à  la 
fièvre,  quoi-qu’il  n’en  ait  point ,  ôc  tout  au  contraire ,  afliirent 
qu’il  ii’enapoint  au  milieu  même  d’une  fièvre  ardente.  Com¬ 
ment  jugeront-ils  donc  de  ces  fièvres  malignes  ,  qui  ne  fe  ma^ 
nifeftent  qu’à  la  faveur  des  lignes  j' dont  la  pluralité  &  l’obfer- 
vation  eft  neceiraire,eux  qui  ne  fçavent  pas  même  ce  que  c’eft 
que  cet  amas  de  lignes.  *  A  infi  combien  de  prédirions  de  tra-  *  Golkàio  figno^ 
vers  J  de'eaufes  ignorées  ,  de  cures  manquées>^  de  qui  fro  quo^  rua^. 
pour  ne  fçavoir  pas  diftinguer -ce  qu’on  appelé 
dtjjimilitudines  -,  ^  dififiimilium  fimilkudines qui  eft  le  fin  de  là 
,  Medecine  &  de  la  prudence  politique  ^  tant  iis  font  ignorans  ëC 
tant  ils  ont  d’imparience ,  de  donner  un  remede  dont  ils  ne  con- 
noilTent  ny  la  nature  ny  la  dofe. 

Mais ,  dit  le  Parifien ,  ne  guerit-on  pas  quelquefois  etitre  les 
mains  de  «çes .gens-là ,  êc  même  en  des  oceafions  oii  les  Méde¬ 
cins  paroilîoient  à  bout-'^e  leur  Latin&de  leurs  remedes.  Ces  , 
gens  guerilfent  quelquesfois  ,  j’en  tombe  d’accord  5  mais  c’eft 
en  la  maniéré  que  les  Archers  mal  adroits  frapentle  but  >ôc  5^^  cum  cadem 
comme  des  écoliers  portent  une  botte  franche  à  un  Prévoft  oœmbus  coevc- 
de  Salle,  chofes  fort  rares.  Ces  cures  ,  dit  Celfe  ,  ne  font  pas 
des  coups  de  l’adrelTe  ,  mais  du  hafard.  &de  la  témérité,  no^rdHiui^^mc- 
traiMent ,  dit  cet  excellent  perfonnage , malades  des  ritas  adjuvat,ideo- 

decins  avec  quelque  fuccés  .mais  il  nen  efifas  de  n^ême  de. ceux  qu  on 
leur  confie.  En  effet  ,  qu’on  leur  donne  une  maladie  qui  com-  ægros  quam  fuos 
ûience  ,  ils  ne  fçavent  par  oii  s’y  prendre  ,  ne  fçaehant  diftin- 
guer  ni  les  fignes ,  ni  les  accidens ,  ni  les  temps.  Mais  qu’on  ^  ‘ 

les  appelé  dans  la  vigueur  du  mai  ,  ils  rifquent  le  tout  pour  le 

Kkk  ij 


^44  Effm  ds  Medectne 

tout ,  feurs  qu  on  ne  leur  fçaura  pas  mauvais  gré  du  fuccés ,  quel¬ 
que  funefte  qu’il  Toit  ,  tant  onell  alors  .effrayé  de  la  vehemenee 
*  Aiexand.pfiudo  di.es  accideiis,  C’cft  ainfi  que  des  Alexandres  *  pareils  à  ceiuy  de 
irophetju^m  »«-  Lucicn  coupeut  hardimerxt  ce  nœud  gardien ,  au  lieu  de  le  dé- 
**^**^^  Boùer.  A  quoy  on  peut  ajouter  que  l’impatience  naturelle  aux 

Parifiens  leur  eff  encore  fort  favorable  j  qu’on  y  aime  le  change¬ 
ment  ,  &  même  le  ragoût  dans  les  Médecines  ôcdansle  choix  des 
Médecins,.  L’inquietude  y  fuit  par  tout,  .&  les  gens  de  Ville  &  les 
gens  de  Cour ,  jufques  dans  la  Medeeine  rpirituclle  ou  on  fe  laffe/. 
&  où  on  veut  changer  de  Diredeur  fans  fçavoir  pourquoy  :  car 
enfin  je  demande  à  ceux  qui  s’entêtent  des  apparences  &  de. 
quelques  cures  palliatives  >  £  parce  qu’un  téméraire  aura  réüffi 
fans  ordre  Sc  fans. conduite  dans^ quelque  expédition  militaire, 
il  faut  négliger  l’ancienne  difeipîine ,  &  faire  des  coups  d"é- 
tourdi.  - 

.  Quel.remededbncàtantdedéf©rdres,puifque  1^'Magiftrats 

les  foufïrent  y.puifque  c'efir'  en  vain  que  le  bon  fens  fe  récrie  i 
fi  quU  turbid^  Roma  elevei  accédas  ,  qufenfin  nos  Char k - 
m ns  font  des  ttîanieres  de  Juifs  qui  font  chaque  jour:  des  Prô- 
felytes  qui  ajoutent  foy  à  leurs  Rabinages  î 
La  Loy  a  beau  nous  dire  que  efeft  aux  Médecins  ^  non  pas  aux 
Juges  de  porter  jugement  fur  la  capacité  ôc  fur  i’établiffement 
y.  Ug.  des  Médecins  ,*  ne  f^ut  f  as  -permettre  aux  malades  de  [ejervir 

i,  ç^thai.^,  fyé'  de  ces  f  rétendus  Médecins  y  farce  qn  il  efi  de  rinterefi  public  que  lêS’ 
uittm.  digefi.  Qitoyens  n'^bufcnt  fas  de  leurs  faculté^,  fe  mettant  imprudemment  au 
v.Ann&HtnB^ohert.  hafard  de  perdre  la  •vie  en  fe  confiant  a  dès  ignorans.  En  vain  Py- 
thagore  noos»  enfeigne ,  que  le  Magifirat  qui  ne  punit  pas  les  mé- 
chans  i  efi  coupable  de  l^injurè  qu  ils  font  aux  gens  de  bien.  Aufli- 
qu’arrive  t-il  quelques- fois  dé  ce  défordre  ?  le  voicy.  Des  Pre- 
fîdens  ,  des  Lieutenans  Civils  &  d’autres .  Magiftrats  fubiflènt 
-  eux-mêmes  la  loy  de  l’Adraftie  pour  n’avoir  pas  tenuda  main  à. 
l’executioD'des  ioixqui  s’oppofentàcette.licence. 

Pour  moy  qui  dans  la  fituation  où  je  me  trouve ,  &  qui  de  lama- 
niere  dont  j’ay  toujours  fait  la  Medécine,  n*ày  point  dautre  interet 
avoir  changer  la  face  des  chofes,que  celuy  qu’un  bon  citoyen 
&  un  Médecin  défin tereffé  y  doit  prendrez  je  ne  joindrayni 
mes  plaintes ,  ni  mes  remontrances  à  celles  des  Eâcultez  celles 
des  Colleges  de  Medeeine  ,  &  à  celles  dé  tant  de  graves  Au- 
,^Eos  vero  qmin  tcurs  qui  cn  Ont  fait  tant  dinutiles  j  *  mais  je  me  contenteray 
alias  «ccs.hocmo-  d^eûayer  im  remede^à  peu  prés  fémbiable  à  celuy  dont  les  Lar 


Seconde  Partie,  Chap..  XVR  445= 

ccclemonicns  s’aviferent  pour  donner  de  l’horreur  de  l*yvro-  do  invadunt  c/i, 
gneric  à  leurs  enfans ,  leur  mettant  devant  les  yeux  la  figure  hor- 
^ble  de  leurs  Efelavcs  eny  vrcz.  G’eft  ainfs  que  je  ferai  voir  par  quorumq^îje'idr iL 
les  portraits  de  nos  finges  de  la  Médecine,  &  par  l’hiftoire 
Chronologique  d’tinhccle entier,  en  quelles  mains  lesParificns 
confient  leurs  vks,  &  que  tirant  le  rideau  qui  leur  dérobe  la 
connoifTance  de  ceux  qu’ils  confultent  ,.Gomme  les  Oracles  de  la 
Médecine ,  je  les  lallTeray ,  après  les  leur  avoir  montrez  tels  qu’ils 
font,,  avec  ces  paroles  de  l’Exode  :  Hf  fmt  DH  mi  >  J[meL 
m-y  VoHk  tts  Sauveurs. 

Mais  avant  que  d? entrer  eh  matière ,  il  cfl  à  propos  de  mar¬ 
quer  icy  que  tous  ceux  qui  onr  été  traittez  de  Charlatans  par  Recherches  uu. 
la  Faculté  de  Paris  ,  n’étoient  pas  tels  qu’ils  font  dépeints  dans  chant  laiacuitédi 
les  écrits  de  fes  Suppofts  ôc  dans  fes  regifires.  Gomme  elle  fe 
trompa  dans  le  fait ,  l’an  i  f66,  le  Parlement  ,  qui  ne  prononça 
que  fur  fes.remontrances  r  fearompa  fi.  effeàûvement  dans  lé 
Droit ,  qu’il  fut  obligé  l’an  16  fù.  de  révoquer-rArreft  donné 
l^n  au  requifitoire  de  cette  Faculté.  G’eft  pourquoy  le 
Decret  formé  l’an  i .  contré  laumier  un  de  fes  D odeurs , 
fut  d’autant  plus  précipité  ^  injufte  ,  que  c’etoit  un  fort  habite 
homme,,  ôc  auquel  on  ne  pût  rien  imputer  non  plus  qu  a  Re¬ 
nier  ,  qui  ne  fut  pas  mieux  traité  l’an  1^05.  que  des’êtrefcr- 
vis  de  quelques  préparations  d’antimoine.  Ainfi  elle  n’èpargnài 
ni  MaierneTurqu et,  ni  Duchefhe  dit  Q^rcetan  ,  Médecins  de  - 

Monpeilier,  dont  les  cures  &  les  écrits  marquent  afiez  qu’ils 
en  fçavoient  trop  pour  ne  pas  faire  des  envieux,  Qm  ne  fçaic 
l’injuftecenfure  qu’éllè  fit  encore, de  la  méthode  des  nommez  ^  in 

Haruet  &  Bancinet ,  parce  qu’ils  fe  fervoient  de  quelques  re-  ' 

medes  Ghymiques.  Il  ne  faut  que;  lire  les  écrits  faits  de  part  &  dLpi.iroi.Mam 
&  d’autre,  pour  voir  qui  avoit  rai fon.  Paul  Reneaume  autre; - 
Médecin  de  la  Faculté  do  Monpeilier  ,  qui  faifoit  la  Médeci¬ 
ne  à  Blois,  fot  encore  déféré  au  Parlement  de  Paris  l’an  1^15. 
par  cette  Faculté,  comme  s’il  eût  été  ennemi  de  la  Religion 
&  de  la  Domination  ,  parce  qu’iL  fe  fervoit  de  Medicamens 
Ghymiques  ,  qu’il  employoit  à  la  vérité  un  peu  bien  hardiment. - 
Louis  de  Launay,  natif' de  la  Rochelle  ,  pareillement  Méde¬ 
cin  de  Monpeilier^,  avoir  paffé  par  cette  imperieufe  cenfure 
dans  les  écrits  de  Grevin  dés  Fan  ijéo.  pour  même  raifon  que 
les  precedens,-  Gar  pour  peu  qu’on  fe,  fervît  des  remedes  Chy- 
miquês  en  ce  temps-là  ,•  on  ne  manquoit  pas  d*être  déclaré 

Kkk  iij 


^4^  de  Médecine. 

Charlatan  fiéfé  par  la  taculcé,  5c  anaihême  à  qui  en  doutoït>, 
parce  que  n’ayant  pas  encore  ouvert  les  yeux  pour  voir  ce 
qu’elle  commença  à  reconnoître  l’an  1637.  elle  s’arrogeoit  un 
Empire  derpoiique  fur  tout  ce  qu’il  y  avoit  de  Médecins 
yqui  n’étoLent  pas  frappez  à  fon  coin.  Quand  à  jean  le  Brun 
quelle  challà  en  même  temps  de  (on  Ecole  ,  je  crois  que  j’au* 
rois  quelque  raifon  d’entrer  en  matière  par  ce  perfonnage  ,  ôc 
qu’elle  en  eut  quelques-unes  de  . cenfurer  l’or  potable  ôc  quel¬ 
ques  autres  remedes  dont  il  faifoit  trop  de  myfteres.  Car  pour 
Roch Bailly ,  dit  la  Rivière,  dont  le  procès  fut  fi  fameux,  il 
avoit  tant  mêlé  de  mauvaife  dodrine  dans  fes  dcfenfes ,  tant 
d’énigmes  5c  tant  d’ignorance  de  la  vraie  Medecine  5c  de  la 
bonne  Philofophie ,  tant  de  marques  d’inquiétude ,  de  chaleur 
Sc  d’interefl:  lordide  ,  qu’on  ne  peut  douter  qu’il  ne  fût  un 
Charlatan.  11  en  elt  de  même  des  nommez  Hureau  5c  de 
^gemensnndus  cm-  îvlelün ,?  que  le  Parlement  condamna  comme  Charlatans  l’an 
ne. les  âinfi  que  nous  l’avons  remarqué  cy -devant  du  dernier  ,, 

,  pour  n’avoir  pu  ^pondre  aux  queftions  qu’on  leur  propofa. 
piaidoyé  d’jnne  Ç’eft  ainfî  qu’clle  avoît  fait  5  condamner  Jean  Thibaut  con- 
Ve  lequel  elle  obtint  Arrefi:  le  a.  Mars  153.5.  Pompée  Gavan 
1558.  François  Pena  i^oi.  François  Miquely  ,1601.  les  nom¬ 
mez  la  Montagne  ,  Baurelly,  la  Rrofie,  Bourgeois  d’Ivelin,  le 
Duc,.Rodomont,  Vafiet  Colleville  1607,.  ôc  Hervieux  1^08, 
tous  Charlatans  iiéfez.  Voila  les  triomphes  delà  Faculté  3  mais, 

'  :  quels  triomphes ,  puifqu  elle  fut  obligée  de  chanter  la  palinodie 

quant  à  l’antimoine  5c  quant  a  quelques  autres  remedes ,  5c 
qu’elle  n’en  a  été  ni  plus  glorieufe ,  ni  plus  riche  ?  Triomphes 
en  un  mot,  dont  on  pourroitdire  ,  comme  on  a  dit  d’une  des 
c  ti's  pins  malheureu fes  viétoires  du  peuple  R.omain:Pr^i^  ut.depaupe- 
^  '  '  ribui  i  triumphm  tmtum  de  nomine  i  Ainfi  comme  elle  for-  - 

tit  enfuite  'aflez  mal  de  quelques  autres  affaires  elle  le  laffa 
enfin  dé  procès.  Les  Charlatans ,  dont  le  nombre  croKToit  tous' 
les  jours ,  palTerent  à  la  montre  fous  le  nom  de  Médecins  de 
^Monpellier ,  par  la  négligence  des  Magiftrats  3  5c  je  ne  vois 
pas  qu’elle  ait  eu  d^affaires  fort  confiderables  depuis  ce  temps- 
là  ,  jufques  à  celle  que  lui  fit  Renaudot.,  .5c  qu’elle  fe  fit  aulïï 
elle-même  ,  8c  dont  elle  ne  fortit  pas  tout-à-fait  comme  elle 
foLihaittoit.  Quoi  qu’il  en  foit,  car  je  ne  doute  pas  qu’il  n’y  ait 
eu  bien  de  l’aigreur  5c  du  mal -entendu  de  part  5c  d’autre 
dans  ce  detnêlé-là.  Quoi  qu’il  en  foit ,  dis-je,  il  efi:  affuré  que 


Seconde  Pmie.  Chap.  XVL  447- 

maî^é  les  plaintes  &  les  efForts  de  la  Faculté  ,  les  Charlatans 
depuis  plus  d’un  fîecleont  trouve  une  merveilleufe  facilité  dans 
Felprit  de  nos  Parifîens  ,  quoi  qu  on  n  ait  rien  vu  de  lingulier 
dans  ces  guerifTeurs  que  la  vanité,  TefFronterie  &  le  libertina¬ 
ge,  &  qu’ils  n  ayent  prefque  tous  eu  que  la  fin  &  le  fort  de  ces 
jniferables  victimes  des  voluptez  publiques  :  car  n*ayant  ven- 
^u  comme  elle  que  des  repentirs  ,  ils  font  prefque  tous  morts 
comme  elles  dans  l’hôpital  ,  ou  fur  un  fumier  ,  apres  en  avoir 
bien  fait  mourir  par  leurs  vilains  artifices.  AulTi  eft-ce  fur  le 
pied  de  ces  beaux  faits  là  qu’un  Poëte  du  temps  de.  Nervezc 
nous  les  reprefente  dans  cette  poëhe. 

Leurs  dogmes  dont  far  eux  ms  cor  fs  font  dljfife^ 

Smt  des  Récif  e^  faux  ^  de  >vrais  decife^, 

BMtinans  fur  chacun  c  ef  toute  leur  envie ~ 

'  De  vous  faire  mourir  four  fe  donner  la  vie, 

Voila  comme  far  eux  les  hommes  font  tomfaints 
Venus-  au  lendemain  du  jour  de  la  Toufaint. 

Semi.ni‘  pour  entrer  enfin  en  matière  eft  un  des  plus  anciens 
des  plus  renommez  de  ceux  qui  ont  régné  à  Paris ,  aprés^ 
les  Rivières  qui  l’ont  inondé  ,  6c  après  les  Brodes ,  les  Tourelles , 
-les  Abelis,  les  Goris ,  lesBoivenals,  les  Dumons,  les  Hureaux 
&  les  Mehins  ,  qui -ont  porté  la  mort  par  tout  ou  ils  ont  em¬ 
ployé  les  mettalliqucs ,  aufquels-on  peut  ajoûter  Denis  Lefcot  , 
<lui  gagna  cinquante  raille  écus  en  deux  ou  crois  ans  de  taba-- 
riaage.  De  véritable  Tabarin  ,  Mondo^ri  6c  Descombes  gens  na- 
Éurellement  éloquens^  6c.fi  rejonïlfans  qu’ils  coupoient  labour- 
fe  en  rianc;  Semini  j  disqe ,  étoic  un  homme  fi-  hardi ,  quoi^que 
fort  ignorant  5  qu’il  trouva  moyen  de  fc  faire  adorer  à  Paris 
^és  l’an  1620.  So  cela  parce  qu’il  avoit  des  rcmedes  pour  les 
Dames  comme  pour  les  hommes  :  car  c’éft  ce  qui  le  fit  bientôt 
coiinoître  aux  Grands  6c  '  à  la  Bourgeoifie^'.^  L*ântimoine  qu’il 
donnoit  déguifé  de  differentes- maniérés,  étoitfon  grand  Achii^ 
îe  5  en  un  temps  ou  la  faculté  en  avoir  prefque  aboli  l’ufage  à 
force  de  le  décrier.  H  fe  fervoit  encore- de-quelqnes  prépara¬ 
tions  dd  mercure  ^  de  fellebore  &  de  l’opium  3  6c  parce  que  les 
Médecins  de  fon  temps  étoiCnt  fi  timides  ,  .qu’ils  regardoienc 
CCS  remèdes  comme  des  '  monftres  6c  des  bêtes  feroces ,  qu’ils 
i  ne  fçavoient  pas  addôucir  6c‘ domeftiquer-,  il  profita  fi  bien  de- 

Ifoccafion  ,  que  les  donnant  a  droit  6c  à  gauche,  les  heureux 
füccez  firent  qu’on  me  vouioit;  entendre  ni  la- voix  des  . moui- 


Bfftxis  de  Meâecmt. 

rans. ,  ni  celle  de  coix  qui  les  regrctioient  qui  fc  pkignolcnt 
de  fes  reqacdes.  La  Prineeiïe  Marie  de  Nevers,^,fô/j«^  •vdetudî^ 
mm  regere  erat  folim  y  fut  celle  de  toutes  les  Dames- de  la  Coût 
qui  lui  domnæ  le  plus  de  crédit  5  mais  cela,  n’empêcha^ pas  quoa 
ne  crut  depuis ,  que  les  remedes  qu’il  lui  avoic  frequcaiment 
donnez ,  avoient  extrêmement  alFoibli  cette  Faculté ,  dont  elle 
eut  (i-^rand  befoin,  quand  elle  fut  fur  le  Thrône  de  la  Poi. 
lognc  )  polir  laiffer  des  heritiers  vivans  au  Roy  fon  époux* 
Cependant  comme  il  n  y  a  fouvent  que  la  maniéré  de  fe  fervir 
des  remedes  dans  la  pratique  qui  les  rende  bons  ou  mauvais» 
le  Grand  ,  comme  nous  l’avons  remarqué  dans  fon  portrait, 
voyant  que  Semini  avoir  fait  quelques  belles  cures ,  eut  enfin 
envie  de  tâter  de  cette  pratique,  &  tempera  fi  heureülèment  par  la 
prudence  &  par  le  raifonnement  l’efFet  cavalier  de  ces  grands  re¬ 
mèdes  ,  que  malgré  les  braillards  de  l’Ecole  qui  s’étoient  furieu- 
fement  élevez  contre  luy ,  il  fut  approuvée  applaudi  d’un  afiTez 
bon  nombre  tant  de  cette  Ecole,  que  de  celle  de  Monpellîer , 
qui  firent  taire  la  plufpart  de  ces  deckmateurs.  Voilà  la  porte 
par  laquelle  il' entra,;  &  l’échele  par  où  il  monta  à  ce  degré  de 
réputation  où  nous  l’avons  vû.  Mais  ne  perdons  pas  de  vûë 
Seminii  On  dit  donc  que  le  Neptune  s’étant  un  jour  rencontré 
avec  lui  chez  le  Cardinal  de  Richelieu  ,  &:que  ce  Médecin 
lui  ayant  montré  trois  paquets  de  certaine  poudre  ,  pour  voir 
ee  qu’il  en  diroit ,  il  fe  jetta  à  fes  pieds  lui  demandant  fon 
amitié,  6c  le  priant  de  ne  pas  divulguer  cette  préparation  de 
remèdes  qui  l’avoit  fait  fubfîfter  fi  beureufement.  Mais  pour¬ 
rions-nous  oublier  ici  une  véritable  turlupinade  que  fit  nôtre 
Neptune  au  fuj et  d0 ce  Gharlatan,chczun  Curé  defaint  Sul- 
pice,  où  ayant  trouvé  un  mourant  qui  avoir  pris  ce  jour-là  un 
de  fes  remedes  ,  il  laiffa  cet  écrit  fur  la  table  :  Seé}£  Empiries- 
femini  e\m  in  f^cuU  f£ctilorum  amen.  Au  re¬ 
lie,  on  fut  fort  étonné  de  voir  enfin  que  cet  homme  ,  dont  les 
Grands  êc  la  Boufgcoifie  avoient  été  comme  enchantez,  tom¬ 
ba  tout  d’un  coup  du  faille  de  la  réputation  où  il  étoir  parve¬ 
nu-,  pour  avoir  donné  une  poudre  à  une  Eminence  qui  en 
mourut  quelque  temps  après. 

Diller  Ain  ne  fit  pas  tantde  bruit  a  beaucoup  prés  que  Sê- 
mini  ,  quoi-qu’ü  eût  peut-être  autant  fait  de  befogne,  6c  l’on  n’en 
auroit  pas  même  confervé  k  mémoire  ,  fans  le  remede  qne 
le  Premier  Prefident  le  Jay  prit  de  fa  main,  6c  après  lequel  il 

mourût 


Seconde  Partie,  Chap.  XVI:  ^  ^4,^^ 

mourut  faute  de  bon  appareil  ou  autrement. 

Ceux  qui  vont  fuivre  ces  deux  là,  font  prefqucs  tous  con¬ 
temporains  ,  c’eft  pourquoy  je  les  prens  comme  ils  me  viennent 
dans  la  mémoire ,  fans  afFeder  de  les  ranger  chacun  félon  leur 
temps  &  félon  le  bruit  qu’ils  ont  fait, 

Roula  natif  de  Monpelier ,  condamné  par  le  Parlement 
de  Touloufe  pour  friponeries  &  pour  crimes  ,  ne  manqua  pas 
d’éviter  l’exécution  de  fon  Arrelt  ,  fe  réfugiant  à  Paris  ,  l’afile 
de  fes  femblables,  &  ou.il  n’étoit  pas  connu.  Son  principal 
l^avoif  faire  (  car  il  en  fçavoit  bien  d’autres")  étoit  comme  il 
le  difoit  de  tailler  au  petit  appareil ,  nouveauté  qui  ne  déplût 
pas.  Il  trompa  donc  fort  facilement  ceux  qui  fc  laiHerent  pré^ 
venir  les  premiers ,  en  efcamotant  la  pierre  qu’il  faifoit  femblant 
de  tirer.  Ainli  l’on  n*en  parla  au  commencement  que  comme 
d’un  homme  miraculeux  ,  &  particulièrement  Meflîeurs  de  la 
R.  P.  R,  fes  Confrères  en  Chrift  3  mais  enfin  ayant  été  obfervé 
de  prés  paï  les  Maîtres  de  l’Art  ,  il  demeura  court  à  une  opera¬ 
tion  où  il  étoit  trop  éclairé ,  enfuite  de  quoy  il  emportaau  claie 
de  la  ]Lune, ce  qu’il  ayoir  rafflé  des  plus  crédules ,  dont  aucun 
ne  fe  trouva  guéri  de  fa  pierre , 

DAMAsetNE,  hardi  Italien,  bien  fait  de  corps  &  beau  parleur, 
parut  fur  les  rangs  à  Paris,  après  avoir  fait  fon  entrée  en  France, 
applaudi  comme  un  Efculape  parti  d’Epidaure.  11  étoit  vêtu  d^u- 
né  robe  rouge  parée  de  chaînes  d’or,  &  de  tout  ce  qui  fait  dire 
.de  cette  cfpece  de  Médecins,  Meàmrum  ejl  hûnejle  vejliriyjîre- 
put  mentiri ,  mdenter  occUert)  à  quoy  il  avoir  ajouté  ces  anneaux, 
qu’Ariftophane  nous  dépeint  d’un  trait  aufli  grand  que  les 
doigts ,  qu’ils  ornent  ôc  qu’ils  remplirent , 

Eel  dado  de  m  ppttor 

Engejlado  in  orovi  le'it,  h^. 

‘‘Vn  fimjjimo  ruhi  .  ^ 

JPerche  fempre  ejle  color 
Et  antidQt'o  m^]or 
Contro  la  melancholia. 

Les  poudres  aromatiques  qu’il  exhaloit  de  tous  cotez,  aug-» 
mentoieQt  l’opinion  qu*on  avoir  de  fes  remedes,&Ie  faifoien?, 
pour  ainfi  dire  ,  fenfir  d  une  lieuë  :  car  quoi-qu’il  en  eût  bien 
expédié  en  pa£fânt,on  ne  lailToit  pas  de  donner  dans  le  faite  & 
dans  le  brillant ,  cum  oedderet  eos  quarebant  eum.  On  ne  pou- 
Voic  s  imaginer  que  la  mort  partît  d’un  fi.  bel  endroit ,  ou  du 

LU 


EJJahdeMedecme, 

moins  ne  l’apprchcndoit-on  pas  trop  venant  d’un  fibeau  per- 
fonnage. 

O  vifo  che  puo  far  la  morte  dolce. 

Ainfi  comme  il  n  y  arien  de  fi  fot  que  le  peuple  prévenu  , on 
fe  preflToit  par  tout  pour  le  voir  ou  pour  le  confulter..  C'eft  ainE 
que  quand  Philis  pêçhoit  chez  un  de  nos  Poëces. 

Oa  voyait  batre  les  foijfom  > 

,  A  qui -plutofl  ferdroit  la  vie  y 

Mn  l'honneur  de  fes  amenons- 

.  En  effet  .,  un  homme  qui  avoit  le  feçret  de  guérir ,  les  fein^ 
mes  fteriles  merkoieert  bien  qu’on  lefconfultât  pour  le  bien  pu¬ 
blic.  Il  n  y  avoit  rien  qu’il  ne  fçût  &  qu’il  ne  pût  ,  de  tout  ce 
qu’elles  pouvoient  en  demander.  Il  leur  difoit  comme  le  Pro^ 
thée  du  Poète  >  là  bonne  avanture>  il  n’oublioit  ny  le  paffe  nv 
l’avenir. 

4.  funt  i  q^ua  fuere  y  qua  mox  ventura  trahentur. 

Et  quand  les  plus  curieufes  luy  demandoient  avec  quel  remède 
il  gueriflbit  la  ftcrilité ,  il  répondoit  aux  plus  gaillardes  &  aux 
plus  jolies  ,  appliquant  doucement  fes  mains  fur  fes  cotez ,  le 
remede  ^  le  fecret  ejienDamafcene.  Le  voila  donc  cnEn  arrivée 
Paris ,  où  on  Pattendoit  comme  le  Meflie  de  la  Medeciné  ,  il  y 
eft  viûté ,  confulté  ôc  adoré  comme  un  Oracle  5  mais  comme  il , 
peofoit  bien  à  autre  chofe  qu’à  plaire  à  là  bou  rgeoifie  ,  &  qu’il 
regardoit  la  Cotir:  comme  la  fin  &  le  but  où  il  avoit  toujours 
YÏÏé  al  ber faglio ,  il  y  vola,  croyant  qu’il  n’y  avoit  qùà  payer  de 
promefies  ,  d’ affirmations  Sc  de  fa  belle  figure  pour  s’emparer  de 
tous  les  cfprits  3  mais  il  y  outra  tellement  la  Charlatanerie , 
pouffa  fes  impertinences  fi  avant ,  qu’on  ne  le  prit  que  pour  ce- 
qu’il  étoit  en  effet,  Ainfi  ce  nouveau  Paenomene de  là  Méde¬ 
cine  Charlatane  évaiioüit  devant  le  Soleil ,  après  avoir  été  re¬ 
gardé  quelque  temps  du  peuple  comme  un  Aftre  d’heureufe^ 
influence, 

Sar8.azin  n’^écoit  pas  d’une  figure  à  donner  dans  la  veuë  dir 
peuple  comme  Damafcene,  cependant  il  voulut  comme  luy  ten¬ 
ter  la  fortune.  Il  vint  de  Genève  à  Paris  avec  un  Gilla  de  vi-' 
triol ,  qui  fai feit  toute  la  boutique  de  ce  pauvre  G’ lie  3  &  com¬ 
me  il  fut  affez  idiot  pour  avouer  aux  Parifiens  qu’il  n’etoit  ni 
Médecin  ni  Chirurgien  ,  ôc  qu’il  paroiffoit  fort  impécunieux 
non  fam  Afsdicus ,  nec  efiin  mta  domo  nequt  vef  ime7itu}n  neque  panist 
Gi^  un  mot  i  comme  il  ne  fçavoic  pas  faire  claquer  fon  foüec,.  il 


Se^ionde  Pmie,  Chuf, XVI,  451 

fut  obligé  de  s’en  retourner  après  avoir  fait  mentir  une  fois  au 
moins  le  fçavant  Erafmc ,  qui  croit  qu’il  ne  faut  qu’un  ou  deux 
remedes  de  bibus  pour  nourrir  les  gens  de  ce  métier-là  >  car 
enfin  l’cxperience  nous  apprend  tous  les  jours  que  s’ilyenaqui 
vivent  de  leur  effronterie  ,  il  y  en  a  bien  plus  qui  n’en  font  que 
vivoter.  Mais  voicy  bien  une  autre  figure. 

Du  Close  l  étoit  à  peu  prés  tel  que  cét  Uranius  dont  nous 
avons  parié  ci-devant ,  grand  parleur,  difeur  de  rien ,  petit  efprir, 
ignorant ,  vanteur  &  manteur  ,  formant  des  difficultez  &  des 
queftions  fur  toutes  fortes  de  matières  fans  en  pouvoir  éclaircir 
aucune.  Mais  comme  il  f^avoit  quelque  chbfé  au  jeu  ,  &  qu’il 
vit  par  l’exemple  de  fes  femblables  ,  que  Paris  luy  tendoit  fes 
bras  de  mifericorde ,  il  ne  fe  contenta  pas  de  vendre  des  fecrets 
pour  le  mal  des  dents  &  pour  la  colique,  dans  les  Provinces  ou 
il  ne  faifoit  pas  d’affez  bonnes  affaires ,  il  vint  en  cette  Ville- 
ià  joüer  au  plus  feur ,  à  la  faveur  de  fon  fçavoir  faire  6c  des  du¬ 
pes  qu’il  y  rencontra  ,  tant  il  étoit  habile  parmi  les  ignorans  ; 
mais  on  ne  parle  point  des  cures  qu’il  y  fit ,  car ,  quant  à  fa  fin , 
quelques-uns  ont  crû  qu’il  avoir  fait  naufrage  fitr  la  Grève. 

L  E  C  E  a  F  ne  reflcmbloit  à  rien  moins  qu’à  l’animal  dont  il 
portoit  le  nom,  &dont  on  croit  que  la  tête  6C  quelques  autres 
parties  font  Médicinales ,  car  ce  n’étoit  qu’un  pauvre  animal  r  & 
un  véritable  Efearbot  de  la  Médecine ,  qui  s’étoit  borné  au-trai- 
tement  des  fiftules  de  l’Anus  ,  quoi-qu’il  n’eut  pas  la  moindre 
teinture  de  la  Chirurgie.  T  ont  fon  fçavoir  confiffoic  en  une  huile 
de  Gaiac ,  qu’il  préten.dolt  faire  paffer  pour  miraculcufe  ,  mais 
il  perdit  fon  huile  6c  la  peine  ,6c  n’en  vécut  pas  plus  riche.  Et  à 
ce  propos  il  ne  faut  pas  oublier  celuy  qui  luy  a  fuccedé  en  cet 
employ  ,  quoirqu’il  foit  venu  bien  plus  tard,  paroiffant  encore 
à  prefent  fur  la  feene  Charlatane. 

L.  M.  donc  eft  un  pauvre  diable  dont  le  nom  feul  porte  la 
réprobation  5  cependant  il  ne  lailTe  pas  de  débiter  &  de  lé  leryir 
d’une  maniéré  de  Tetr^pharmacumy  fous  le  nom  de  Baume  infail¬ 
lible  pour  les  fiftules  >  mais  nous  ne  marquerons  de  toutes  ces  ef¬ 
fronteries  que  celle  qui  fuit.  Un  des  grands  Officiers  de  la  Ro¬ 
be  ,qui  s’imaginoit  avoir  été  guéri  par  çe’Baume  d’une  fiftuleà 
l’anus  ,  produit  cet  homme, ou  plûtoft  ce  cheval  >  pour  penfer 
celle  que  le  M.  D.  Ch.  R.  avoir  cfFcdivement ,  &  qu’on  ne  pou¬ 
voir  guérir  que  par  l’operation  ,  &  ce  croquant  l’entreprend  j 
mais  qu’en  arrivc-t-ü  après  quelque  temps ,  le  malade  eft  obii- 

L 1  i 


1 


EJJals  de  Medecinô, 

gé  de  s’en  retourner  chez  luy ,  Ihnceftin  tout  pourri ,  âc  la  fièvre 
hetiqae  dans  le  corps  dont  il  meurt  15.  jours  après.  Ce  qu’il  y 
eut  de  honteux  dans  l’affaire  ,  eft  que  le  Médecin  qui  voyoit 
ce  malade  avec  ce  vilain  Efcarbot ,  n^ofa  jamais  propofer  l’o¬ 
peration  de  crainte  de  fâcher  l’Officier  qui  l’avoit  produit ,  & 
de  perdre  fa  pratique  &  celle  du  malade. 

R  A  B  E  L  étoit  Provençal ,  vilain  borgne,  &  dont  les  traits  de 
vifagc  ètoient  non  feulement  irréguliers,  mais  horribles,- fans  ef- 
prit,  fans  étude ,  fans  Religion,  au  refte  brétcur  &  très- débauché, 
inviàus ,  iracundus^  vinofus  ^  Il  fut  premièrement  Maître 

d’Ecole  en  fonpaïs,ou  pour  première  leçon  &  apprentiffage  des 
meurtres  qu’il  devoit  faire  dans  1/exercicc  de  la  Médecine ,  il 
tua  fa  femme  d’un  coup  de  moufqueton.  Il  eft  vray  que  ce  fut 
un  malheur en  confîderation  de  quoy  il  n’eut  pas  de  peine 
à  obtenir  fa  grâce.  Depuis  s’étant  mis  la  Medecine  Ghymique 
dans  la  tête ,  il  étudia ,  difoit-il,  fous  un  Anglois  &  fous  un  Turcs 
(  il  vouloir  fans  doute  dire  un  Juif  )  de  maniéré  que  non  feu¬ 
lement  il  fe  fit  fort  bon  Artifte  ,  mais  encore  il  hérita  ,  fi  on 
l’en  croit,  de  tous  leurs  fecrets  après  leur  mort.  Quoi-qu’il  en 
foit ,  il  vint  à  Paris  ou  il  employa  des  eaux  &  des  huiles,  qui  le 
firentconnoître&  qui  le  mirent  en  réputation.  Mais  parce  qu’il 
n’avoit  ni  conduite  ni  probité ,  s’étant  vanté  qu’il  avoir  en  main 
de  quoy  faire  avorter  toutes  les  femmes  de  Paris  malgré  qu’on 
en  eût ,  &  que  quelques  malheureufes  filles  s’adreflerent  à  luy 
pour  cette  fin  5  on  l’enferma  dans  Vincennes  ,  d’où  ayant  été 
transféré  quelque  temps  apres  à  Pignerol,  il  y  fit  un  tour  de  fon 
métier  :  car  s’étant  fauve  avec  plu  fleurs  autres  prifonniers  qui 
Voulurent  bien  joüif  du  bénéfice,  il  retourna  au  Capitaine  du 
Château ,  comme  un  prifonnier  de  bonne- foy  ,  qui  ne  vouloit 
tirer  aucun  avantage  de  fon évafion,  ou  qui  tâchoit  de  luy 
perfiiader  que  celle  de  tant  de  prifonniers  n’étoit  pas  de  fon 
invention,  Ainfî  la  Cour  en  ayant  été  informée,  le  tour  bien 
confideré,  dtt  luy  fît  donner  de  l’argent  &  un  habit  avec  ordre 
de  fortir  du  Royaume ,  &  de  n’y  mettre  jamais  le  pied,  Auffi 
fe  redra-t'il  à  Avignon  &  de  là  en  Italie ,  où  on  dit  qu’il  conti¬ 
nué  à  fe  fervir  de  fon  fçavoir  faire  ,  quoi-qu’il  ne  gagne  pas 
tant  en  ce  païs-U  qu’avec  les  Parifiens ,  gens  de  grand  loifîr, 
crédules  &  pecunieux. . 

T  I  c  O  P  e’  de  gente  BeliJîrA ,  étoit  à  la  vérité  Médecin  à  L.- 
pîâis  fa  vanité  ôwfes  infolences  Payant  mis  mal  dans  fon  Colle:; 


Seconde  Partie.  ChsiQ,  X  y  l,  453 

ge,  il  fé  retira  à  Paris  i  le  port  de  falut  des  hommes  de  fon  ca¬ 
ractère.  Gomme  il  n’avoit  donc  aucune  méthode  ,  qu’il  étoit 
le  plus  brutal,  le  plus  vilain  fagoin ,  le  plus  impudent  &  le  plus 
téméraire  drogueur  de  fon  temps  ,  il  ne  faut  pas  s’étonner  ü 
tout  Docteur  qu’il  étoit ,  je  le  range  parmi  les  Charlatans.  Il 
porcoit  une  groile  canne  dans  la  main  j  bien  moins  pour  fou*- 
tenir  fon  corps  chancelant ,  que  pour  en  menacer  ceux  qui  n’a- 
voient  pas  le  don  de  luy  plaire.  Dés  qu’on  s’oppofoit  à  fon  fen- 
timent,  il  haüffoit  fa  voix  de  Stentor  pour  potiiiler  les  gens,  & 
fa  canne  pour  les  en  charger.  Aufli  eût-il  bien  de  la  peine  à 
fe  foutenir  les  premières  années ,  mais  enfin  ayant  fait  défenfler 
un  Evêque  avec  une  certaine  préparation  de  feamonée  qu’il  dé- 
bitoit  j  ôcqu  il  vantoit  comme  un  fecret ,  il  commença  à  être  re¬ 
gardé  comme  le  faüvéur  des  hydropiques.  Ce  n’eft  pas  qu’il  ne 
fe  fervit  aufii  des  métalliques  les  plus  violcns  j  mais  fon  gilla  de 
vitriol  ée  fon  Précipité  de  mercure ,  étoient  fon  müo  ultima  ,  & 
comme  fes  bombes  &  fes  mortiers.  En  effet ,  ce  dernier  fît  tant 
de  râvàge  qu’on,  en  vit  mourir  dans  un  long  martire,  bien  des 
perfonnes  de  mérité  &  dé  qualité.  Il  ne  vouioit  prefque  jamais 
conférer  avec  les  Médecins  qu’on  luy  propofoit  :  car  la  langue 
Latine ,  quoi-qué  copieufeen  injiirés,  n’étoit  pas  fa  langue.  Tous 
les  Médecins  n’êtoiént  que  des  ânes,  des  perroquets  &  des  tur- 
lupins  ,  félon  luy  j  il  étoit  le  feul  qui  fçût  la  Medeçine.  On  fouf- 
frit  d’abord  cés  maniérés  extraordinaires ,  tant  on  aime  les  nou¬ 
veautés  ôc  le  fingulier  a  Paris  5  mais  enfin  la  plupart  de  ceux  qui 
en  avoient  rij  voyant  qu’il  perdoit  le  refped  commencèrent  à 
s’énlafler  ,  d’autant  plus  facilement  qu’il  ne  faifoitpas  auprès 
des  malades  tout  ce  qu’il  promettoit,  &quil  faifoit  des  chofes 
qu’ils  ne  demandoient  point.  On  commença  donc  à  le  congédier 
avec  quelque  efpecc  d’honneiir  5t  d’honoraire  3  mais  compie  il 
n’y  avoit  rien  défi  facile  que  de  le  faire  venir i  il  n’y  avoit  rien 
defidifficile  que  de  le  chaffer.  Ilrentroit  toûjours  hardiment , 
expdlas  furca  takm  ufqu e  rècurrit  i  artifice  le  pjus  ordinaire, 

quand  on  luy  refufoit  l’entrée  des  maifons  ,  étoit  de  menâ^r 
d’une  mort  prochaine  ceux  qui  méprifoient  ainfi  fa  perfonne  &: 
fes  remedes  :  m  inttrim ,  difoic-il ,  ve^ro  ridebo.  Au  refte ,  jamais 
content  des  rétributions  les  plus  honnêtes,  demandant  toujours 
quon  hauffâtla  àoÇc imodicum  particulièrement  quand  le 

nialade  fortoit  d’affaire.  Ce  qu’il  y  eût  de  fingulier  dans  la  con¬ 
duite  des  Parifiens  à  l’égard  de  ce  Msdecin ,  eft  qu’un  peu  avant 

L  H  iij 


4J4  Effm  de  Medeçine, 

que  l’âge  &  les  maladies  reuflcnt  foicé  à  faire  retraite ,  ne 
fçachant  plus  ni  ee  qu’il  diroit,  ni.  ce  qu’il  faifoit,  mangeant 
&  écuraant comme  un  porc  à  table  ,  il  s’en  trouva  encore 
d’aflez  bons  pour  le  foulFrir,  les  uns  par  entêtement,  &les  au¬ 
tres  vaincus  par  fes  importunitez.  Mais  enfin  il  partit  de  çç 
monde  après  avoir  envoyé  marquer  Ion  logis  en  l’autre  ,  à  un 
bien  plus  grand  nombre  d’bommes  que  n’avoit  fait  aucun  Char¬ 
latan  ,  &  mourut  comme  il  avoit  vécu ,  c’eft  à  dire  en  gueux  , 
ponobftant  tout  ce  qu’il  avoir  efcroqué  des  plus  crédules.  Mais 
voici  un  Médecin  bien  moins  aigre  que.Tkope  ,  puis  que  ceft 
un  véritable  Médecin  d*eau  douce,  &  pour  ainfi  dire  un  Mo^ 
nopoleur  des  eaux  de  la  Seine ,  car  commp  on  eil:  en  ^ofléffion 
de  vendre  l’eau  à  Paris, 

bARB  ERE  AU  n’eût  qu’à  déguifer  l’eau  de  la  Seine  &  a 
kiy  changer  le  nom ,  pour  la  mettre  à  bien  plus  haut  prix  que  le 
meilleur  vin  de  Champagne.  Jlen  établit  donc  le  Bureau  dans 
le  College  des  quatre  ^  popt  en  faire  la  didribution 

d’une  manière  un  peu  galante,,  ilia  commit  à  fa  femme  &  à  fa 
fille  5  deux  Nymphes  qui  ne  paroifiToient  pas  les  plus  refroidies  de 
charité 5  de  force  qu’on  croyoit  toûjours  boire  a  juilc  prix, quelque 
ehere  que  fût  l’eau  j  quand  on  la  prenpit  des  maina  de  ces  deux 
prétieufes.  Cequ  il  y  avoit  de  particulier  dans  cette  eau ,  ap  moins 
ÏÏ  l’on  en  croyoit  Barberean ,  eft  que  comme  fi  le  tranfportluy  eût 
donné  quelque  qualité  quelle  n’avoit  pas  dans  fbn  logis  (  au  con-^ 
traire  de  celles  qui  perdent  quelque  chofe  quand  on  les  tranfpor- 
te,  )  celle  qui  partoit  de  chez  luy  da^s  de  certaines  boutefilcs , 
éf  oit  bien  pluschere  quel  autre,  étant  féelé  du  [cuide  la  fontaine 
ferfetuellt  :  car  le  Dieu  du  fleuve  qui  y  prefidoit,  êcqui  la  faifoit 
partir  avec  cette  attache  pour  le  bien  public  ?  affûroit  quelle  épit 
impregnçe  d’une  vertu  miraculetife  i  quoirqu’il  n’y  parût  qu’un 
mélange  d’antimoine  vitriolé^  ou  de  vitriol  antimonié,  encore 
en  fl  petite  dofe  qu’il  nktpit  pas  capable  de  la  faire  changer  de 
nature,  0>^ua  furaputa  ^  ce  grain  yerd  qiion  voyoit  au  rond  , 
n’excedant  pas  la  grofleur  d’un  grain  de  froment  fur  fix  pintes 
d’eau.  Mais  parce  qu’fiyavoitdu  n:3ifl;ere,  & qu’on  iarpgardoit 
comme  une  fontaine  de  jouvence  ,pn  la  payoit  fi  graflemenc  que 
quelques  coffres  forts  en  dpnnoient  depuis  dix  jufqiià  trente 
loüis  d’or ,  le  prix  la  faifant  paflèr  pour  une  eau  de  longue  vip 
&;  de  fanté  ,  &  le  maître  des  eaux  du  College  comme  un  très- 
grand  maître  dans  la^Medcçine,  fe  difanc  Confeiller  &  Mede- 


Seconde  Partie,  Chap.  45/ 

cîo  ordinaire  du  Roy  ,  dans  le  Livre  qu’il  intitula  ,  les  Remedis 
fouvemins  ér  incomparables  da  fieur  Barbereau,  quoi-qu’il  ne  fçût  ni 
Aï  ni  B,  ôc qu’il  bût  plus  de  vin  en  un  jour-,  que  les  plus  forts 
de  fes  beuveurs ,  &  fi  vous  voulez  le  Manfredy  Maltob  ne  bcu- 
voient  d’eau  en  deux  journées.  On  avoit  beau  dire  aux  gen5 
prévenus  que  ce  n’étoit  que  de  Beau  de  riviere  ,&que  le  grain 
vcrd  qui  étoitau  fond  de  la  fontaine  perpétuelle,  n’était  qu’un 
mifterc,  ils  n’en  croient  rien  j  mais  enfin  on  s’en  éclaircit ,  6c  voi¬ 
ci  commenta  Un  petit  laquais  avait  retenu  l’argent  de  fan  Maî¬ 
tre ,  &  avait  rempli  fa  bouteille  de  l’eau  de  la  Seine  ÿ  au  lien 
d’aller  porter  l’un  &  l’autre  chez  Barbereau  ,  Ôc  cependant  le 
Maître  du  laquais  n*avok  pas  laifié  de  fe  trouver  fore  bien  de  cette 
eau ,  c*efl  pourquoy  il  ne  manqua  pas  d’aller  remercier  le  Maître 
des  eaux  après  fa  con valefccace ,  quoi-qivil  crût  avoir  bien  payé 
fon  remedé.  Comme  il  eut  fait  fon  cOmplimént  on  le  pria  de  dire 
fon  nom,  mais  ne  le  trouvant  point  fur  le  Rendre,  eùceiuy  de 
tous  les  beuveurs  étoit  couché,  on  foupçonna  qu’il  y  avoir  du  mal 
entendu  ,  &  que  le  laquais  pouvoir  bien  avoir  changé  Beau  en 
_yjn.  Ainfi  le  Maître  de  retour  au  logis  luy  ayant  commandé 
d’aller  trouver  Monfieur  Barbereau  6c pour  caufe  ,  le  fripon  chan¬ 
ge  en  même*tcmp3  de  couleur,  fe  trouble,  6c fe  jette  enfin  à  fes 
pieds ,  demande  pardon,  ÔC  offre  pour  l’obtenir  plus  facilement  ^ 
de  rendre  la  plus  grande  part  de  l’argent  qui  étoit  encore  en 
nature.  Voila  la  première  ôc  la  principale  caufe  du  reflus  des 
eaux  ///a voila  comment  leur  merveilleufe  réputation 
6c  celle  du  Médecin  des  eaux  fe  perdirent  ;  car  an  remarqué 
depuis  ce  temps-là,  que  te  Maître  des  eauX  6c  fa  boutique  fon¬ 
dirent  infenfiblement ,  fans  qu’il  eût  rien  fondé  pour  fa  pauvre 
famille ,  non  plus  que  ce  fondeur  de  cloches ,  dont  on  a  dit  > 
il  fondit  ^  rien  ne  fondai 

Nous  ne  fomnïcs  pas  encore  hors  de  Beau  ,  car  depuis  le  fa¬ 
meux  la  Riviere  du  fiecle  pafle  ,  il  s’eft  bien -trouvé  d’autres 
Rivières  qui  fe  font  débordées  dans  l’exercice  de  la  Charlata- 
nerie.  On  n’a  qu’à  voir  la  defeription  de  la  Riviere  Boiffard  y  d:m  /efi 
dans  le  bel  Ouvrage  de  V Abbé  Malotru  you  on  pourra  voir  eom-  flH$  dê^c^ 
bien  d’hommes  ont  payé  le  tribut  à  cette  Riviere.  Mais  pour  am. 

Venir  à  quelque  chafe  de  plus  précis  5  quim’ a  pas  entendu  par¬ 
ler  d’une  Riviere  égale  à  celle  du  Stix  ?  car  c’eR  de  celle-cy 
que  furent  tirées  les  deux  pierres  inferii aies, qui  prifes  par  un 
&>rrible  ^uipro  ^uo  en  guife  de  pilules ,  envoyèrent  ily  a  quinze 


Effais  de  Medecîne, 

ans  en  quatre  heures  un  prefident  aux  champs  Elifées. 

Joseph  François  BuRP^m,  appelé  communément 
le  Chevalier  Borri ,  a  tant  fait  de  bruit  par  les  manières  Char- 
latanes,  &  même  à  Paris,  qu’il  ne  faut  pas  paffer  outre  fans  en 
faire  quelque  mention.  Il  étoit  ni  à  Milan  avec  un  patrimoine 
fort  confiderable ,  il  voyagea  en  divers  lieux,  &  fe  mit  fi  avant 
dans  les  principes  de  Chimie  ,  qu*ctant  de  retour  en  fon  pais-, 
où  il  parloit  un  langage  tout  chimique  ,  même  fur  les  matières 
de  Religion ,  il  fut  mi§  à  l’inquifition  ,  d’où  il  ne  lailTa  pas  de 
fe  tirer  aflez  bien.  Ainfi  je  me  range  de  l’opinion  de  ceux  qui 
ne  l’ont  jamais  crû  être  un  fi  grand  hérétique  que  les  Inquifw 
teurs  l’avoient  fait,  Neanmoins  il  fut  encore  une  autre  fois  en¬ 
trepris  par  rinquifition  d’Allemagne  ,  d’où  il  fut  renvoyé  en 
Italie  ,  ©ù  il  fut  aceufé  de  bien  des  erreurs  &  de  plufieurs 
blafphêmes.  Je  ne  m’arrête  pas  îcy  à  vérifier  s’il  en  étoit  en  effet 
coupable ,  parce  que  cela  nç  fait  rien  à  fujet  3,mais  ce  qu’il 
y  a  d’afiTuré  ,  eff  que  jamais  coureur  ne  fit  tant  de  tours  depaffe^;  * 
pafl'e ,  plus  de  bruit  &  moins  de  cures ,  quoi-que  les  Grands  cri 
fulTent  encore  plus  entêtez  que  le  peuple.  Il  faudroit  faire  un 
Livre  entier ,  GU  plût^  copier  tous  ceux  qui  ont  dépeint  fes 
maniérés  &;fes  tours,  pour  voir  qivon  n’y  trou  voit  ni  le  Kir 
ni  le  Mederdi  péri  fus.  Je  me  contenteray  donc  de  rapporter 
icy  un  des  contes  qu’on  en  fait  ,  d’où  on  pourra  connpître  le  lion 
par  l’ongle.  Comme  il  gouyernoit  la  fanté  de  hfonfieur  le 
réchal  de  L.  M.  ce  Seigneur  Payant  un  jour  fait  avertir  qu’il 
l’iroit  voir  avec  un  honnête  homme  de  fés  amis,  il  fe  prépara  a 
les  recevoir  &  à  leur  faire  voir  dans  un  admirable  laboratoire, 
un  fourneau  d’une  belle  invention  ,  où  il  y  avoit  plufieurs  ma^ 
tieres  en  digeftion  3  mais  ce  qu’il  leur  fit  voir  de  piuâ  rare,  c’é-*- 
toit,  difoit-il ,  un  matras  dans  lequel  il  y  avoit  de  quoy  faire  vivre 
encore  cinquante  ans  ce  Seigneur,  quoi- qu’il  en  eût  déjà  da¬ 
vantage  par  devers  luy.  Le  fecret  confiftoit  dans  la  prépara¬ 
tion  de  cinquante  des  plus  belles  perles ,  fies  plus  grofïes  le  des 
“'plus  fines  qu’on  eût  pû  voir,  &  qu’il  avoit  loüéesà  la  Juiveriç 
pour  heures  3  mais  il  fut  bien  étonné  de  voir  que  çeluy  q^^ 
accompagnoit  le  Patron  ayant  enlevé  comme  par  admiration  le 
matras ,  le  trouva  tout  froid,  quoi-que  les  regiftres  du  fourneatt 
fiiiîént  difpofez  comme  shl  y  eût  eu  du  feu  ,  &  que  la  matière 
eût  effedivement  été  en  digeftion.  Jc.nefçay  pas  file  Seignepf  ■ 
fut  convaincu,  de  la  fourberie  par  cette  découverte ,  ou  s’il  VQU- 


Seconde  Pdrtle,  Châp.  XVI.  '4j7 

lut  foûtenîr  ropiniou  favorable  qu’il  avoit  du  Cbevalier,  comme 
font  d’ordinaire  les  Grands  »  qui  croiroienc  faire  paroîtrc  de  la 
foiblefle  ,  s’ils  revenoient  à  eux  &  à  la  raifon  5  mais  ce  qu’il  y  a 
d’afluré  ,  eft  que  la  perfonne  qui  fit  cette  obfervation  ,  &  qui 
m’en  a  fait  le  conte  eit  pleine  de  vie ,  d’honneur  &  d’cfprit 
Mais  il  ne  faut  pas  oublier  icy  pour  égayer  un  peu  la  matière 
&  la  parfumer,  qu’une  maniéré  de  Charlatan  trouva  grâce  l’an 
166^.  par  la  poudre  purgative  de  la  graine  des  violettes  de  Mars, 
dans  l’elprit  de  Venus  de  Paris.  Elles  s’imaginèrent  que  com- 
me  it  h’y  âvoit  rien  de  plus  agréable  au  nez  que  la  fleur ,  il  n’y 
avoir  rien  de  plus  fain  à  l’efliomiaeh ,  ni  qui  le  purgeât  plus  dou* 
cernent  que  cette  femenee.  On,.y  rafine  donc  de  telle  manière 
que  quelques  Dames  aüfli  faciles  à  purger  qu’à  perfuâder,  s  en 
trouvèrent  bien  ,  ou  au  moins  qu’elles  le  rimaginerent  5  &  voila 
comment  on  s’entêta  enfin  de  la  graine ,  ainfi  qli’on  avoîc  fait  de 
tout  temps  des  fleurs  ,ôcanatême  pendant  quelques  mois  à  qui 
eût  parlé  contre  cette  poudre  dans  les  ruelles  des  malades,  & 
mêmes  dans  les  cercles  des  belles.  Elle  eut  donc  fon  temps  com¬ 
me  les  autres  nouveautez  ,  &  ce  temps  fini  on  n’entendit  plus 
parler  du  purgatif  de  violettes,  que  comme  d’un  conte  violer. 
Mais  à  propos  de  poudre ,  que  n’a-t^on  point  cru  d’abord  de  la 
fameufe  poudre  de  Sympathie  ?  que  de  Styles  armez  pour  ôc 
contre  ;  car  qui  fçait  fi  elle  a^plus  fait  couler  d’ancre  fur  le  pa¬ 
pier,  quelle  n’a  arrêté  de  fang  dans  les  veines.rCependant  l’on 
n’a  rien  décidé  fur  cette  matière  après-tant  de  bruit ,  &  l’on 
n’en  dit  pas  àprefent  iin  mot,  tout  cela  s’eft  évâiioüï ,  faut 
^is  k  f acte  venti. 

T  R  E  F  F  E  L  étoitun  charlatan  Allemand  ,  le  plus  témé¬ 
raire,  malgré  le  flegme  de  fa  nation  ,  de  tous  les  téméraires  j 
les  murs  des  tou^>-les  rues  de  Paris  ôc  particulièrement  des 
carrefours,  n’étoient  tapiflèz  que  de  fes  vilaines  affiches.  Quoi 
qu’il  fe  piquât  particulieremène  de  la  cure  des  maladies  feeré- 
tes  ,  l’antimoine,  la  gomme  gùtte,  l’ellebore ,  les  fels  arfeni- 
caux  ne  laiffoient  pas  d’avoir  place  dans  fon-Arfenal  ,  d’oiiil 
déployok  d’étranges  machines,  bien  plus  contre  les  malades 
que  contre  les  maladies.  Mais  enfin  une  des  machines  fe  dé¬ 
chargea  contre  le  Machinifte.  Redit  in  autorem  fceleris, 

Jllo  unde  venit ,  fepe  remittitur  dolofa 
Frausyixkh  mtoris  dtrox  nobilimur^ 

Mmm 


1 


tmt.ta. 


4^j  ?  V  -  de  Mededné, 

Car  un  jour  qu’il  vc^^loic^o  lualadc  timide  à  prendre* 

4’une  de  leS;  effencesij  il  s’avila  pour  le  convaincre  de  fes  ver¬ 
tus  d’en  fdi^ç  d’efey  fur  luy-même.  H  mande  donc  à  fa  fiUg- 
qü^eile  lui  apporte  une  certaine  phK>le:  elle  fe  Mtc  deiuiobeïr^ 
il  en  prend  quelques  goûtes  5  2c  ne  ks.  a  pas  plucoft  prifes  ^ 
.iqu ’il  feilt  de3  douleurs  horribles  5  &  qu’il  tombe  dans  leseon-- 
yulôpus  de  Idmoi-t.  , 

E,  cofi  quel  ché  fsûe  agU  Mm 

^^dbo)^MedicOiMfinfecceafejle^o*  '  . 

R  A  î  N  s  B  E  A  U  étoit  lin  de  ces  Apotiquâires  âpoftats  qiif 
^e  pcuyent  garder  leurs  boutiques 6c  qui  quittent  la  le  mé¬ 
tier  par  principe  de  vanité  r  d’in^uietude  ôc  d’intereft.  G’étoii 
pn  adez  beau  garçon,  au  moins  sjmaginoit  il  bien  Têtre  ,  dou-  ' 
cet  6c  qui  portoit  la  petite  boëte  en  faveur  des  Dames ,  parmi 
les  autres  remedes.  Comme  il  he  s'avifa  de  fermer  fa  bouti¬ 
que  qmaprés  avoir  edayé  s’il  paderoitbicn  pour  Médecin,  il  fît 
quelque  temps  le  Marchand  mêlé,  donnant  ôc  ordonnant  des 
remedes  à  ceux  qui  en,  demandoient  1  mais  on  ne  pouvoir 
avoir  (on  opiate ,  quoi-que  ce  ne  fut  que  quelque  extrait  de- 
bayes  de  genièvre  déguifées  avec  d’autresdrogues  ,  qu’on  ne 
la  pa)4t  contant  6c  cherementi  Car  enfin  .il  falloit  payer  les 
termes  de  Vânhelmpnt  ÔC  la  bonne  grâce  de  TOrateur  qui  fça-» 
yak  cajoler  le  sremede  3  quoi  qu’on  n’entendît  rien  à  tout  ce 
qu’il  difoic,  le  peuple  étant  bâti  à'  peu  prés  comme  le  virioà- 
naire ,  dont  la  Comedie  a  dit  î 

TôutcequHnentendf.aSi4u0^tètîiy^dmirù 
Avant  même  qu’il  eut  quitté  fa  boutique  ,  comme  il  fit 
fia  ,  après  qu’on  luKêiit  envoyé  dès  .iiettres  de  Medeci  de 
Caim  ,  il  n’ ivoit  pas  laiiTé  de  fe  didinguer  des  Apotiquaires 
fans  fucrc  &  des  Médecins  cratez ,  par  un  earrofTe  complet ^ 
mais  ce  qui  le  xeridk  bien  plus  fameux  dans  Paris  >  fut  la  mort 
de  quatre  ou  cinq  Princes.  Sali I  n’en  tua  que  mille,  6c  ce  beau 
David  en  tua  dix  .mrUe,à  conipter  chaque  Prinee  pour  deux  mille» 
qui  efl  bien  le  mains.  Mais  comme  on  fe  lafle  de  tout  à  Paris  y 
il  ne  fut  plus  tant  à  la  mode  quand  il  commença  à  vieillir,  6C 
qu’il  falut  faire  place  a  des  Charlatans  plus  modernes.  Ou 
rauroic  meme  entièrement  oublié  dans  cette  Ville  deux  ou-trois 
jours  apres  fa  marc ,  Ci  iss  Dames  neufient  agréablement  con- 
ferve  la  msmoire  de  fès  fccrccs.  Nous  avons  remarqué  en  par^ 
Une  des  a.nçiçûs  Méthodiques  j  qu’ils  n’avaient  pour  toute  do- 


Seconde  XVI.  4 

^rine  qne  leurs  xieux  communice?,^^ric7««^  ^  Fluens  j  çeft  ain^ 
4  que  nôtre  Rainsbeau,  maniéré  de  Méthodique  >  pratiqucic  ces 
ÿeux  grandes  Commamte^,^  ç’ell  pour  cela  que  ceç  Adopis  des 
beautez  malades  fut  regreté  non  feqlemcnc  de  mille  V  enus ,  ^ 
^es  4-ràours  mêmes , 

mngernuijiisamoresï  . 

^îais  enepre  de  tout  le  genre  Venerien  ,  pour  lequel  il  mpuruç 
jtrop  tôt ,  Brèves  ^  mfaujtos  popnU  ç^prii  amores. 

Ce  n’eft  pas  là  tout  y  car  U  faut  des  Charlatans  à  Paris  ppur 
toutes  les  conditions,  auflîrbien  que  pour  tous, (es  âges  pppi: 
Ipus  les  fees, 

il  m_fmt  ^Qur  Preuve  âe  LmâeUe ’t 
pjont  les  fouliers  font  [ms  femelle, 
jl  en  fmt  four  tous  les  çompereSi 
Bt  même  que  f  our  les  tommçrts^^ 
Etfouftouslesfetitsgurpnsy 
]?gur les  guàouur s -i four  les  mutons, 
lien  fuut  four  laides  ^  belles  i 
Comme  U  en  faut  four  ces  donfelles^^ 
ne  font  ni  chafies  pi  belles  ^ 

Èt  qui  fms  graee  ^  fans  attrait  s j 
Vivent  des  feehé^  du  maraû, 

Voîei  doue  de  quoi  contenter  tout  le  monde,  ün  Villageois 
4c  Bourgogne  àçs  plus  brutaux  ,  §>L  ce  qui  n’a  pas  befoin  de 
|)reuve ,  des  plus  iguprans  ^  fait  du  bruit  dans  l'on  voiÇnage, 
fama  volât i  §ç  il  eft  mandé  i  JParis  fur  ce  bruit ,  comme  le  Gril- 
d-P  dont  il  étoi't  une  tres-bonne  ep.pie  »  l’avoit  été  chez  u-n 
Prince  où  on  Favoic  fait  palTer  pour  un  Médecin  miraculeux. 
Il  y  vient  i  &  voilà  tont  Paris  aux  écoutes.  L’Hirtoire  nous 
parle  d’un  Caius  Junius  bubuîçus  ,  qui  dédia  le  premier  un 
Temple  à  la  fancé  dans  Rorne,  lequel  fut  depuis  peint  Bc  cm- 
.belli  par  Fabius  Piçlor  proche  d  une ^porte  do  la  Ville  ,  qu’on 
appella  Salutajis  à  caufe  du  Temple.  Q’eft  ainiî  que  ce  mo¬ 
derne  Junius  Bubulcus  vient  de  fou  païsppur  rendre  la  fantp 
\à  Paris  y  que  la  populace  court  après  ■  ,ôc  que  peu.  s’en  fane 
-qu’elle  ne  nomme  la  rue  où  doge  eet  -Efculape ÎLa  voqe  de 
]^lut  Vims  Salutaris.  Car  çoinrup  là  ;  pkifpart  des  riches 
n’eftiment  que  ce  qui  eft  cher  -,  .U  pepulaee  ne  court  qu’à 
ce  qui  eft  à  jufte  prix,  Ainfi  voyant  qu’il  prend  des  jet r 
^lons  enyelopez  dans  du  papier ,  pour  argent  comptant  ,  on  l’a- 

Mmm  ij  . 


foan.  SsrrUiuf  $» 
eoamsit. 


^  Bootes. 


*  Bubuko  jadice. 
A  Médecin  de  pour* 
îcaux  gendre  du 
Médecin  de  BeUs 
^ui  iuy  fuccedio 


"Slot.  Hifi,  Romm. 
i,b.  i.  c0p, 


4(>o  F.lJaïi  \de  Medednê  ^ 

dore, comme  un  homme  defeendu  dû  Cieljdàns  faire  reflexiog 
qu’il  en  donne  de  Ton  côté  pour  le  prix  de  l’argent.  H  jugé  des 
maladies  par  les  urines ,  fuflent-elles  de  douze  ou  quinze  jours, 
&  dans  la  bouteille  à  l’huile  ou  à  l’encre ,  cela  ne  l’embaraffè  pas; 
On  ne  penfe  plus  à  tous  les  autres  Médecins ,  au  pojnt  que  des 
gens  qui  ne  font  pas  tout- à-fait  peuple  ,  confuhent  à  leur  tour 
ce  vilain  ferpent  comme  un  Efculapc  ferpent,  fans  refped  du 
Politique  &  de  la  Faculté.  Ainfi  voila  le  Bouvier  ^  dans  le  Zo¬ 
diaque  de  Paris  avec  les  Efculapes  6:  les  Chirons ,  parce  que  fe;s 
remedes  ne  font  que  du  foin  verd  ^  &  qu’on  en  meurt  rarement, 
&  c’eH  même  parce  qu’il  dit  quelquesfois  vray,  que  quelques-uns 
le  croient  Magicien  per  T  honorMsiis  hélasi  il  y  a  fipeu  de  noir  dans 
fa  magie,  qu*il  traite  de  ponlmoniques  des  hommes  qui  ont  des 
po  trinps  d’acier,  &  qu’il  alTure  à  l’infpecliQn  des  urines  que  des 
filles  qui  n’ont  pas  fept  ans  font  g^offes  de  cinq  moil.  Il  fuffit 
que  cet  Almanach  ait  dit  une  ou  deux  fois  vrai,  U  ne  fe  trompe ^ 
d:t-on,  jamais ,  &  voila  le  Médecin  à -laine  &  à  poil  ,  Médecin 
de  Hollande  &  de  foye  dans  Paris.  Qoi  l’eut  dit  que  la  Méde¬ 
cine  qui  fe  plaît  dans  un  air  pur  ô:  ferain ,  eût  pris  nailTance  'ver- 
'veeum  in  patria-,  dr  crajfo.fub  are  ^  Si  que  Comme  il  y  a  des  Juges 
guêtrezê:  bouviers ,  *  des  Médecins  de  vaches,  de  veaux  &  de 
poilrreaux  ,  auroient  enfin  été  du  bel  air  à  Paris  ,  êc  qu’ils  fe 
{croient  ti  heiireufement  établis  &  tranfplantez  dans  ce  marais? 
Mais  où  fuis-je  moy  même  infenfiblemcnt  tombé,  en  raillant? 
ferieufement  >  ne  me  ferois-je  point  trop  arrêté  pour  l’honneur 
de  la  Medecine  fur  ces  vilains  fujets ,  &  ne  devrois-je  pas  même 
avoir  quelque  honte  d’avoir  voulu  triompher  de  l’ignorance  de 
tels  bélîtres de  veru/Us  ^  baui/lis.pudet  triumphavimus. 

Puis  donc  que  le  temps  de  certains  Empiriques  d’une  toute 
autre  figure  que  ces  miferables  ?  nous  interpelle  de  ne  pas  paf* 
fer  outre,  ôc  pour  ainfi  dire,  inter medhs  ,  fans  y  faire  quel¬ 

que  flation ,  commençons  par  les  Clercs  des  moindres  Ordres^ 
&  refervons  ceux  des  grands  pour  la  fin  de  nôtre  Chapitre,  où 
f^  tïouv ctont ,  ad  Capitulum  capitulantes. 

L’ A  BB  e'  a  11  b  r  I ,  ce  Clerc  qui  atant  fait  parler  de  Iuy  à  Pa¬ 
ris,  eft  un  des  grands  Charlatans  qui  ayent  titré  d’ Abbaye  5  mars 
comme  il  étoit  né  à  Monpelier  ,  &  qu’il  venoit  d’une  Terre  Mc- 
decmale,  quine  l’auroitpasçrû  Médecin  à  moins  que  de  fçavoir 
qu  il  en  avoir  été  challé.  II  ne  s’amufa  pas  à  Paris  comme  ce  pe¬ 
tit  Médecin  d.ç  la  Comsdiç  ?  à  de  petites  maladies  il  choific 


Seconde 

H’àîîord;  les  cancers ,  comme  la  fparte  qu’il  ’^oaloît  orner  5  mais 
àyaht  malheurcufement  ouvert  quelque-unes  ;de  ces  tumeurs 
par  Tes  remèdes,  &fait  périr  des^temmes  qui  enflent  encore  pu 
faire  pénitence  quelque  temps,  s’il  ne  les  eut  tuées  charitable¬ 
ment,  il  fut  obligé  de  fe  retrancher  aux  traicemens  de  ces  ma^ 
lades  qu’on  a  nommez  précieux  ,  Toit  parce  ,qu’il  y  a  toujours:  de 
là  précieufe ,  ou  plutoil  parce  que  la  cure-en  efl:  fort  ehere.  Ce 
néil  pas  qu’il  ne  fepiquât  de  la  Philofophic  Hérmetique  ,  té¬ 
moin  fon  admirable  de  l' Archèt^.i^:  U  mon¬ 

de où.  il  n’eft  parlé  que  Arcanes  de  mifieres ,  volume 
quarto ,  dont-on  pou rroit  faire  un.  des  plus  petits d  5.  yo;lre:un 
vrai  Bluct,  fi  l’on  en  retrauchoit  desinjuresj,  les  inve^âiyes ,  les 
foilecifmes  &  les.  barbarirmes  ,  au  fiazard  encore  de  ne  rien 
comprendre  an  relie  du  galunathias  ;  tant  il  y  a,  outre  tout  ce¬ 
la,  de  barragoin ,  d’ignoranGes  çrailés  ,  &  dé  faùtes  d’orcogra- 
phe.  Au  refte ,  je'  ncTçay-  paâ  trop  bien  fi  Ce  bon  Abbé  écoit 
plus  ou  moins  expeditif  que  les  Chadatans  laïques  :  mais  ce 
qu’il  y  avoir  de  bon  en  fon  fait ,  eli  qu’il  étoit  fi  bien  logé , 
fi  bien  meublé  &  fi  bien  fervi ,  que  le  fort  fembloit  avoir  réu¬ 
ni  en  lui  la  fortune  de  tous  les  Gbarlatans  palTez,  prefens  &  à 
venir,  de  forte  qu’on  pou v-oit  douter  s‘il  n’ay oit ^  qnel- 

qu’autre  fçavoir  faire  que  celui  des  Gharlatans  vulgaires  & 
impécunieux.  Quoi  qu’il  en  (bit ,  c’ étoit  un  fi  galant  homme , 
qu’il  profitoit  de  toutes,  les  occafions ,  ne  laifTant  échapper  ni 
brune  ni  blonde  ,.faas  lui  débiter  d’abord  te  Lucilio  ,:^pour  én 
venir  plus  facilement  à  T Aretin  r.tant  ce  bon  Abbé  avoit  bon- 
-ne  énvic  dé  faire  des  T*uirs  dignes  d’un.Gommendatàlre.  G’eft 
à  peu  prés  de  cétte  maniéré  que  tant  d’aücres  ÈhhciL  in.  voto 
ont  plus  fait  de  figure  à  Paris ,  par  les  maléfices  que  par  leurs 
Bénéfices.  Gomme  il  yen. adonc  encore  quelques-uns  en  vie  >  Si 
qu’ils  n’ont  pas  tous  été  fi.déterminez  Chymiftes ,  ni.^i 
cûfa  que  l’Abbé  Aa;bri:,  TlTc  faut  contenter  de  les  envelopper 
les  uns  &;  les  autres  dans  des  cou  vçrtuf  es ,  d’où  iis  fortiront  peut- 
être  plus  fages ,  après  que  nous”  les  aurons  bernez  a  proportion 
de  leurs  mentes  ,  sais;  gavent  mieux  profiter  de  ce  jeniede, 
qu’ils  n’qnt  proficé  de  ceux  qu’ils  ont  débitez. 

L’Abbé  de  Brepeau  ayant  fait  Tés  premières  armes  en  Anjou 
fa  patrie  ,  vint  faire  quelques  campagnes  à  Paris  ,  d’où  après 
divers  exploits  dans  la  milice  Empirique,  il  retourna  enfin  char¬ 
gé  de  palmes  &  de  butin  . ça  Ton  païs ,  où  il  voulurmourir  com- 

Mmni  iij 


Stefhmui  "Redt^ 
fie.  Cafirienf.  in 
foÇhum.  varietaf. 


me  uâ  bon  liévire  datis  ipn  gitè  iJôc  ea.  bon  Chymîftc' j  ^  yoi;; 
d  comment.  Il  perfLiada  premièrement;  i  fon  frere ,  qu’il  n’y 
ayoic  rien  qui  purgeit  fi  doucement  qu’une  d^  fes  poudres,  de 
forte  que  luy  en  ayant  fait  prendre  une  allez  bonne  dofe ,  Iç 
bon  frere  en  mourut  fur  le  champ.  Pour  lui  ,  il  ne  fut  pas  du 
tout  fi  malheureux',  le  remede  ayant  fait  quelque  eompofition 
à  fon  Auteur  f  car  en  ayant  pris;  quelque  temps  apréS;,  pouf 
faire  voir  qu'il  n’y  ayoit  rien  que  d’innocent ,  il  eut  le  tçmpç 
de  penfer  à  fa  confciencc  ,  mourant  leniement  ^  tout  à  ioU 
■  . -b  ■; 

Qiii  ne  dirok  donc  que  cette. -Epitaphe  avok  àté  faitç  long? 
Iiemps  ayant  pour  fOÊc  Abbé  :g.  '  _  go  r  '  .  .  . 

tumulo  Midici  ^ui  4gm  furgdhÂt^] 

çomgdjîto  exTaïMrQi  Semmonior)  I  Ir 

0ççe0o,fmk..  /■ ’'  '  ' 

Monâum  ftilvii  Cfdm  ,  'févere  fepmo  '  r; 

^tmens  cmjmQr m  uhimum^ 

fi  nm  firnt  y  fulvtn  pÿimo  : 

'  '  Hùres  Cÿn]icerem  fulvwem  in  ...  i 

^  fii  miM  '  '-o  .  i...: 

■  :  ''^^inqnâum  M'edfcm  “  -J  ..  g’ 'o 

'Bojfes  iu  M^dkiim  pilyweum  c>av>e.  .  .go* 

ûmdei^ttmtahô 

.  ..,  ^  Ty^monium  nma  t 

jiüc  -S^cdummQmüm ,  o^mn  Sü'bmmfâL 

"  '  Maii'rfoublions  pa^  ,‘qae  comme  il  fe  vantnit  d’myoir  nu  ïe- 
mede  infaillible  pour  difioudre  la  pierre  de  la  vefiîe,  il  répont 
dit  a  ceux  qui  lui  confeilloient  de  la  porter  à  Cromvel,qual 
dé  garderoït  bien  de  fauyev  la  vie  à  un  liran. 

'  5i  celui  cy  eft  un  bon  Bénéficier  ,  comme  je  le  croi ,  il  n’pA 
meanmoitts  Abbé  '&  M-edccin ,  que  ùthwçi  iumint  iucent^  tom¬ 
bant  lui-même  daccord  quil  n^eft  nuliement  Médecin.  Ainfi 
c’eft  pour  cet  Abbé  ,*ou  piûtoft  pour  des  Médecins  faits  comme 
lui  qué  pette^Epigramme  femble  être  faite.  ^  î  jgî  s. 

.  '  v  '  I  N  E  U  N  Q  M  U  M..  /  ■ 

'  tismguentem  Cdium ,  moritterum  d^xerAt  oli^ 

-  ^  Bmomus  ytnjhAfit  fati  o  fe  non  Medici. 

f^ullo  fiofi  42jum  vidït  iHit  mdifih  ^J^pi^k  .  .  ^i. 


Seconde  Pafilé.  Vï,  *4 dj 

:  palUntem  ,  (j^  multü  mortis.  tu  ejfigieï.^.o  no!  j:  r_=:v  ;• 

tu?  Caius  ait  i 'vivii-ne-l  koc/übmit.  Àt  àluid  . 

•  Nune  agis  hic ^  jujfu  î>itis  ait  i  ‘ 

^t  €[uia  notitiam  remrnque  hominumque.  ienerem , 

:  Acci'rem  Me'dieoSi  Eummus  obriguit^ 

Tum  Caius  -iTnttuai  mhil  ,.  E^mome  x  dica  tgoi^  emnes 

^  ,  .  ;a 

Gc  qu  li  f-  à  d’affiiré  ^  eft  que  les  heures. qmIliii:.reftoient:a|jriâ 
telles  qu’ii  eoiployoit  aux  procès  >  lui;  firent  ;naîcre  la  curiofité 
dé  lire  les  œuvres  de  la  Framboifîere  î  &  que  comme  le  Fraii- 
i^2ÜA^fxt<jm&  è  regiùm  du  Latin  >  il  y  pric  gcsmi^^  crut  ^  com> 
prendre  quelque  thqFe  >  &  adèz,  pour:fairieda  Medecinê  à  Pa* 
ds-  Mais  pour  lui  fairi  juftice^  il  faut  avouer  que:;Ta>Æede^ 
tine  ne  fie  ni  grand  bien  ,  ni  grând  mai  auIcoiùfDencement  : 
tant  on  s’f  fioit  peu.-  Tout  ce  qu’il  |mt  faire.f/c’cft-de  faire  t⬠
ter  â  quelques  Dames  de  fon  eau  de  Scorzohere  avec  du  firop 
violât ,  qu’il  donnait  pour  des  tapeurs  r  deSfes  bouïlions  qu’il 
faifoit  rouges  r  pâles  ;  doux  »  piquansi  claârsp épais,  comme  où 
les  vouioîti'  Les  ptifânes  purgatives  5  les  poudrer  cordiales  ,  & 
quelques  autres  drogues  innocentes  entrèrent  enfuite  dans'  fà 
pratique  :  mais  Gornme  tout  cela  ne  faifoit  pas  âiTcz  d’efcarrcj 
êc  que  le  miconmitaine-b^eft  pasdu  goût  de  tons  les  Parifiens  , 
il  s’approcha  un  peu-dês  fourneaux  ,  &  y  trouva  de  quoi  fane 
feu  auprès  des  malades.  Mais  ce  qui  le  mit  le  plus  èn  crédit , 
eft  que  fes  rcmedes  écoient  â  jufte  prix  ^  &  qudl  publia  hau^ 
tement  >  qu’étant  Gentilhomme ,  il  n’avoit  garde  de  vendre  des 
drogues  3  ^  Ji  dmmii  fes  dmréês  àquien  vouloit  j  -K  mais  par  mal¬ 
heur  pour  ce  bon  Abbé,  non  feulement  rinconftance  fi  natürelle 
aux  Parifîdns  3  &  fon  àir  peu  affirmatif  3  mais  de  plus  les  Mede  > 
cins  a  robe  grife  ètans  venus  alors  à  la  rencontre  dès  noirs  qu’ils 
pouflerent  terriblement  3  cet  Oracle  fut  fi  négligé  qu’on  ne  le 
CoBfulta  plus  que  par  occafion ,  chemin  fariant  3  mais  qui  ne 
s’étonnerqit  de  voir  parmi  nos  petits  Clercs  un  . 

Abbe’üe  Sang  qui  n’en  peut  voir  répandre  qiiatrè 
Onces  fans  horreur.  Il  efi  dans  l’Eglife  par  un  petit  Benjefice3 
da»s  la  Nobiéffe  par  la  naidance ,  dans  la  juftiéepar  les  procès  , 
dans  la  Spagirie  par  le  Laboratoire,  ^  dans  le  Tiecs^èiat  par  la 
V ENTE  St;  Di5  TKi  BLiTi  ON  de  fes  fecrets.  C’eft  ainfi  qu’il  a  fait 
du  bruit  pendant  quelque  temps.  Mais  les  deux  Médecins  de  ro¬ 
be  grife  qui  vinrent  de  Syrie  sctablir  au  Louvre  »  battirent  fi 


^Chanfen  du  temfs 
du  Rov  Fraîifois  X. 


*  Le  College  des 
e^uatre  Rations, 


La  rnë  payée  d'an-> 
deiiilles. 


Effats  de  Medecme, 

vivement  fon  coin  du  College, que  l’épouvente lobligeal quit¬ 
ter  ce  PalUiittmtOLdXo.  deftin  de  fa  pratique  fembloit  renfermé. 
En  effet,  tout  fon  Balfamiqu.ç  ôc toute  fa  Mumie  s’exhalèrent  Sc 
le  perdirent  en  fair  depuis  ce  tempsdà.  C’eft  ainfi  qu’autant  en 
emporte  le  vent  qu’il  en  apporte,  par  la  Charlatânerie  Spagiri- 
que ,  &  que  nôtre  Abbé  fe  perdit  fur  les  Syrtes ,  *  ou  Tilluftre 
Barbereauavoit  fait  naufrage  avant  luy.  Il  eft  yray  qu’il  fembla 
revenir  fur  l’eau  \  lorfqu’il  tic  une  tentative  pour  fe  rétablir ,  eu 
cette  ruë  de  Paris ,  que  le  combat  ôc  le  tombeau  de  la  grande 
Reine  Miplilefet  6ç  de  fes  Amazones  a  renduë  fameufe  j  mais 
comme  .cecte  tentative  fut  malheureufe  ,  &:  qu’elle  fit  trop  de 
bruit  dans  le  voifinage  &  aux  àllentours  ,  fon  nom  n’en  a.plus 
du  tout  fait  depuis  çe  temps-la.  Quoi- qu’il  en  foit»  pourmoy 
fi  j’avois  quelque  Nobleff'e:&  quelque  rang  dans  l’Eglife,  quand 
le  tout  neferoit  qu’à  fimple  ton  fore,- je  me  garderois  bien  .de 
faire  comme  ont  fait  ces  deux  derniers  Abbez  ,  un  métier  que 
tant  de  miferablesj&He  faquins  dés-honprent ,  6c  que  la  plupart 
des  Médecins  fîneerês  6c  fça Vans  'ne  veulent  plus  faire  que  pour 
leursamïs.  Avançons,car  j  apperçois  une  autre mahiere  d’Abbéf 
&  un  genti  joli  petit  Médecin  en  /  ,  ; 

L’A  B  B  e’  Starogn  e,  G’eft  un  petit  Clerc  des  Terres 
du  Luxembourg^  dont  la  mine ,  les  gcfticulations  j  le  Netveze , 
6c  les  contes  jaunes  vallent  un  Polichinelle  &  un  Brioché  >;pour- 
veu  que  la  farce  ne  dure  qu’un  demi  quart- d’heure*,  tant  on 
s’y  ennuie  paffe  ce  tempsrlà>  lî  compofe  des  ehanfpns  ,  dfs  ReciT 
pez  ,^6c  même  des  Ouvrages  dç  Théologie  6c  de  Çontroverfe  , 
témoin  le  Livre  où  voulant  Cal'uinx  il  fe  barr 

hoiiille  luy^mêm.e.,  6c  fe  reprefeijce comme  un  drôle  mafqué. 
Ce  qu’il  y  a  de  fingüUer  dans  toutes  fes  çompofîtions  6:  dans  fes 
idifcours  ,  ell:  qu’ils  ne  fatiguent  perfpnne  tant  on  çff  foigneuX 
de  ne  s’y  arrêter  qu’un  moment.  Mais  peut-on  oublier 

D  u  Mas  ,  dit  communément  la  Grand’  barbe  ,  quoi- qu’il 
aitpaffé  le  fleuve  d’oubli,  depuis  quelque  temps.  Son  habit  long» 
fes  rubans  violets,  fes  cheveux  gris,  fa  barbafle,  fon  bâton,  fon 
allure ,  tout  cela  n’a  voit-il  pas  quelque  chofe  de  Paternel ,  d’ Ab- 
bacial,6cde  Philofoph'e  Hermétique.?  Mais,  me  jdira-t  on,  fi  cet 
Abbê.s’eft  rendu  fçavant  en  Turquie  ,  comme  il  dit  ,  6c  s’il  a 
paffe  par  tous  les  Oda  du  Sérail,  comment  n’y  a-tril  point  laiffe 
cette  marque  de' virilité  qui  faifoit  tant  d’honneur  à  fon  vTagc 
le  a  ion  menton  ;  car  il  f^mble  qu’on  ne  fort  pas  dç  ce  lien  là 

comme 


Seconde  Partie,  Châp.  XVÏ.  465 

comme  on  y  entre ,  Sc  fans  y  laifîer  - quelque  chofc  de  ce  qui  hu- 
manife  meme  les  Barbares  ?  Quqi-quil  en  foitjil  apporta  tant 
de  fecrets ,  &de  belles  chofes  de  ce  païs-là ,  qu’on  jugea  à  pro¬ 
pos,  quelque  temps  après  qu’il  fe  fut  fait  connoître  à  Paris ,  de 
le  loger  dans  un  Château  à  plus  de  fept  tours  j  mais  comme  cet¬ 
te  maifon  n’eft  pas  incommutable,  quand  on  a  des  amis  &dcs 
amies,  il  en  fordt  après  quelque  temps,  &  fut  encore  plus  con- 
fuite  qii  auparavant  fur  des  m-aderes  qui  n  étoient  ny  de  fon 
Bréviaire  ny  de  la  Loy.  Car  enfin  on  croit  que  ce  Marabout 
faifoic  pis  que  la  Jobin  ,&  qu’il  ^toit  auffî  incommode  à  la  Ré¬ 
publique  ,  qu’il  éroit  commode  aux  particuliers.  Au  refte  le 
bon  Abbe  paroiflbit  avant  que  de  difparoître,  fi  courbé  fous  le 
poids  des  années,  &  fous  celuy  de  fes  terribles  exploits  ,  que  je 
ne  fçay  qui  luy  conyenoit  le  mieux  de  toute  la  matière  de  fon 
Bréviaire ,  du  ^icut  onm  grav a  fant  ,  ou  àu  f abri cai^erunt 

jup'A  dorfum  rneurn  feceMores.  -  .  .. 

Nous  avons  remarqné  cyr-devant  dans  l’Hifioire  Chronolo¬ 
gique  des  Médecins,  un  Ammonius  de  la  Secte  des  Empiriquesi 
mais  voici  un  véritable  Jupiter. 

A  M  M  O  N  . ,  un  Juyans  Pater  ,  tant  il  a  fçû  aider  à  la  lettre  , 
&  voici  comment.  Ce  Pere  ou  Abbé  ,  c’eft  tout  un  ,  n  étoic 
premièrement  qu’un  Frater  Apotiquaire  ,  portans  les  jnleps  êc 
clifteres  dans  Rome,  De-là  il  vint  aù  fervice  du  Due  de  Br  .  ,  , 


en  France  i  mais  s’étant  enfin  érigé  en  Médecin  auprès  del’Ab- 
befie  fceujr  de  ce  Duc ,  il  ne  mit  guereà  fe  faire  Abbé  Méde¬ 
cin.  Car  luy  ayant  fait  croire  qu’ily  alioit  de  fa  fanté  de  fe  dé¬ 
faire  de  fon  Abbaye  en  faveur  d’une  Dame  de  la  faveur  ,ii  fut 
recompénfé  de  tous  les  cotez  de  fa  négociation  ,  &  fe  fit  ainfi 
d’un  Ju vans  Pater  un  véritable  Jupiter  Ammon,bien  au  defius 
de  toiis  les  Gabires  de  la  Medecine  Empirique. 

L’A  B  B  e’  LiOFrALES  cft  ccluy  donc  la  Philofophie- Sc 
la  méthode  a  fourni  le  fujet  de  la  jolie  Gomedie  de  ..... . 

où  il  parole  comme  un  Médecin  qui  devine  les  malades’ 
les  maladies ,  &  qui  n’a  pas  de  befoin  qu’on  luy  ‘en  raconte^ 
i’Hiftoire,  Un  Médecin  qui  fçait  reparer  les  pertes  que  fait  la 
machine  Hidraulique ,  par  les  échapées  des  petits  corps ,  &  où 
cet  échapé  d’Efeuiape  ell  appelé  pour  cette  rai  fon,  P  homme  aiiX' 
petits  corps  :  homme  fi  fingulier  qu’il  n’y  a  point  de  mal  pour  le¬ 
quel  il  n’ait  un  fpecifique.  Pour  moy  ce  que  j’en  ay  veu  de.  re- 
îfiarquable ,  ç’efi:  qu’il  appliqua  un  jour  à  une  bonne  femme  qui 

Nnn 


BjJmSfMeieçm, 

petoitmabcic  quc'par  la  tète, une  boëtc  fous  les  aixcUes ,  4^^ 

fummum  Domtmfmi4r,  qui  la  devoit  guérir  de  toutes  fes  infif. 
mitez  putatives.  Gecte  boëce  à  la  verit  e  ne  çontenoic  qu’une  tau- 
'“pej  mais  U  b^ëte  fut  une  . maniéré  de  Boëte  de  Pandore  pour 
la  pauvre  Dj^iie  J  qui  la  peu  fa  envoyer  au  R^yviume  des  tau¬ 
pes  >  iuy  cauiànt  un  rhumathifme  éc  une  groffe  fièvre ,  par  . 
’  radmffion  de  l’air  externe  qui  la  faifit  à  force  de  promener  la 
•  bc^ce  fur  fon.panvre  corps.  Combien  de  M^iaies  PrétWAx  n’a- 
W1  point  entrepris  de  guérir  fans  garder  la  chambre  >  pourveu 
qifoû  luy  donnât  la:  Boëte  à  Perrette  ?  &  que  faifoit  tout  cela, 
que  de  donner  quelque  petit  délay  au  mal  ,&  que  de  rengour- 
qir  jufques  à  ce  qu’il  vint  enfin  à  fe  déclarer  hautement,  tempore 
é^locoï 

L’A  B  B  e'  Gracieux  ne  trouvant  pas  affez  fon  compte  à  la 
Medecine  Charlatane  ,  s’avifa  d’une  autre  invention.  Il  feignit 
qu’il  avoit  reçu  un  jour  ,  qu’il  étoit  en  prières  devant  l'Autel 
de  Notre-Dame  de  Paris,  des  mains  d’un  homme  inconnu,  un 
billet ,  qui  le  msttoit  en  droit  de  prendre  vingt  mille  livres  fur 
la  fuccefîion  de  P.  G.  pour  les  employer  en  œuvres  pies.  Le 
jour  d’après  s’étant, encore  mis  en  prières  au  même  lieu  ^  il  en 
reçoit ,  dit-il ,  encore  un  de  pareille  fomtiie  &;  à  même  fin.  Il  en 
fait  donc  la  demande  à  la  veuve  de  Pierre.  Ou  cbnfiiere  ce 
billet ,  il  effc  précis,  &  fort  approcha nt  de  l’écriture  du  Lega- 
icuv  ^  veuve  bien  confeillée  ,  ne  laifie 

pas  de  s’infcrjre  en  faux.  Ainfî  ou  convient  .d’experts  pour 
examiner  le  billet  ,  &  pendant  que  les  Martres  à  écrire  &  les 
Officiers  de  la  Juflice  y  regardent  de  fi  prés  ,  qu’apparemment  il 
ne  doit  point  y  avoir  de  grâce  pour  l’Abbé ,  s’il  continué  à  foûte- 
nir  fa  demande,  il  s’a vife  pour  fortir  d’affaire ,  de  déclarer  qu’il 
s’en  déporte,  po  irquoy  il  intervient  Sentence  rendue  au  Châte*? 
l:ec  de  Paris  le  i6.  Septembre  par  laquelle  le  Demaudeuf 
cd  débouté  de  fa  demande ,  6c  condamné  aux  dépens.  Voila  àc 
ces  gens  qui  font  la  Medecine  gratis  6cpar  charité.' 

Encore  deux  autres  Abbez  qui  ont  mis  le  pied  en  fi  bon  lier?» 
&U  main  à  l’œuvre  avec  tant  de  confiance,  qu’ils  méritent  d’ê- 
tfs  diifinguez  des  autres ,  parce  qu’il  ed  ècnifortmam  revmnttt 
huhe  &  fateji.  A’mû.  le  premier  de  ces  deux  Ab¬ 

bez  ns  futpas  long-rem  s  abbayant,  il  devint  bicn-tot  un  veriabls 
Commsniacaire.  C’étoità  la  vérité  bien  moins  qu’un  arbriiTeanj 


Seconit  pMue*  Châp.  XVI.  4-^7 

tant  que  fon  efperance  ne  fut  qu’en  herbe  s  mais  il  ne  fe  fut 
pas  tranfplanté  du  jardin  de  la  Chirurgie  campagnarde ,  dans 
celuy  de  i’ürbique  qu’il  devint  un  de  ces  grands  arbres  qui 
percent  ombre  dans  celuy  de  la  Medecine.  C’eft  ainfî  qu’un 
peu  de  trêve  avec  les  matières  de  Bréviaire,  &  un  peu  de  com¬ 
merce  dans  la  matière  Medecinale  ,  en  fit  un  grand  Pharma¬ 
cien}  grand  Chirurgien  &  grand  Médecin.  Il  Içavoit  que  les 
cancers  fe  trouvent  quelquesfois  fort  utilement  dans  le  Zodiac 
que  de  la  Medecine’poufdes  Chirons  faits  comme  luy»  &ce  fut 
par  ce ligne  là  qu’il  fe  lignala.  En  effet}  cela  luy  fucceda  li  bien  » 
qu’il  eut  depuis  des- imitateurs  qui  ont  fait  valoir  jufqu’à  omU 
cuncri  5 1<.  c’eft  ainft  que  bien  des  cancres  font  enfin  devenus  les 
précieux  &  les  bijoux  de  la  Medecine  de  Paris.  Depuis  ce 
temps-iàjbicn  plusavifé  que  nos  Abbez  Charlatans,  qui  s’en¬ 
tregâtent  parie  nombre }  il  alla  commander  en  véritable  Com- 
mendataire}  dans  une  Province  où  on  obeïffoit  à  Tes  Ordres ,  ôC 
d’où  il  étoit  même  confultê  de  Paris  comme  un  Oracle.  Il  n’y 
répondoic  qu’à  fes  heures,  &tout  ce  qu’il  da’gnoit  proférer  fur 
le  deftin  des  maladesde  fa  bouche  fatidique ,  etoit  toujours  in¬ 
terprété  favorablement ,  parce  qu’il  étoit  l’unique  en  fon  erpece, 

&  le  feul  Apollon  qui  vaticinât  de  fon  trépied  dans  tout  le  païs. 

Ce  n’étoic  pas  feulement  le  peuple  qui  le  croyoit  fort  habile  , 
car  il  étoit  luy-mcme  tres-perfuadé  de  fon  infaiilibilité.  Quoi¬ 
qu’il  n’entendît  que  le  Latin  de  Bréviaire  ,  il  ne  laiffoit  pas  do 
répondre  fur  lesqueftions  les  plus  difficiles  de  la  Medecine;  les 
vapeurs ,  ces  maux  à  la  mode  ,  &  pour  lefquels  la  Medecine  n’a 
gueres  de  modification  ,  ne  laiffoient  pas  d’être  de  fon  gibier. 

11  en  parloit  comme  de  tous  les  autres  maux  ,  toujours  à  bon 
compte,  &  d’autant  plus  commodément  qu’il  n’étoit  contredit 
de  perfonne,  Ilavoit,dîfoît-il,  la  Philargirie  en  horreur,  c’étoit 
un  Anargire,un  Saint  Damien  de  la  Spagirie  5  mais  quoiqu’on 
ne  foit  pas  riche  en  Province  comme  à  Paris ,  on  ne  lailPe  pas  d’y 
être  honnête,  &  il  y  avoit  pour  ce  Damien  pins  que  de  ces  œufs 
que  Palladia  donna  à  Saint  Damien:  car  il  acceptoit  franchement 
quelque  choie  d’approchant  du-jaune  &  du  blanc  de  ces  œufs 
d’Empedoçle ,  dont  nous  avons  parlé  dans  lefeptiéme  Chapitre  ^ 
de  la  première  Partie  de  cet  Ouvrage, &  qui  valoient  bien  les  éc  üs 
d’or  de  cçFrcrejufte  ,dont  nous  parlerons  cy-aprés  en  parlant  *7* 
des  œufs  de  Palladia ,  &  du  devoir  des  Religieux  :  car  outre  les 
honneurs  que  la  Profçffion  luy  attirok,  l’hqnorairey  étoit  quei- 
•  Nnn  ij 


Fmfée  de 
l.  R.  F. 


468  EffaisdeMedmne, 

que  çhofe  de  plus  efFectif  que  des  paroles  &  des  reverences.  11 

elt  bien  vray  que  comme  tout  eft  lujet  à  la  décadence  5  l’Oracle 

devint  fort  ufe  après  quelque  temps  ,  fait  que  la  ceffatidn  vint 

de  fon  côcé ,  ou  qu’on  fe  laffât  de  n’en  remporter  que  des  répon* 

fes'confufes. 

I  MfiRiNDot  à  la  vérité  étoit  moins  qu’Abbéj  mais  s’ileûc  vécu, 
de  petit  Prieur  qu’il  étoit,  il  fut  dé  venu  Pmrmdonù,  &même 
in  imperioi  que  cet  Abbé  à  CrofTe  dont  nous  venons  de  par¬ 
ler,  pouravoir  demeure  bien  plus  long-temps  que  luy  dans  une 
terre  depromiffion,  feule capabledengraïffér  toute  forte  de  Me- 
decins.  Qrioi-qu’il  en  foit  ,  il  fut  premièrement  l’Oracle  &  lé 
Salomon  d’une  Province  ,  où  on  le  confulcoitde  tous  les  païs  j 
mais  il  ne  fat  pas  arrive  dans  cette  terre  de  promilTon ,  où  il  fe 
tranfplanta  fl  heureufement ,  qu’on  ne  fe  donna  pas  même  la 
peine  d’examiner  les  fecrets  qu’il  avoit  apportez  de  ultimisfimb. 
Regni.  On  en  jugea  auflî  favorablement  de  prés  qu’on  en  avoit 
jugé  de  loin  3  on  les  admira  cominm  comme  . on  avoit  fait  eminuSi 
fur  les  (impies  étiquettes  3  &  les  Parüiens  ne  manquèrent  pas  de 
les  mettre  d’abord  fur  leurs  comptes ,  comme  des  jcttons  qu’on 
tait  valoir  ce  qu’on  veut  dans  les  comptes  &  dans  le  calcul  3  & 
c’eif  ainfi  que  tous  ces  fecrets  ont  le  fort  &  l’avantage  de  ces 
pièces  de  monnoye  ,  dont  les  Déclarations  fixent  la  valeur  ,  6^ 
M.  T>,  qu*on  ejl  obligé  de  recevoir  félon  lenr  cours ,  ^  non  pas  félon  leur  ver 
ritable  prix  j  jufques  à  ce  que  le  temps  les  ayant  ufées ,  on  leur 
en  fubxuituê  d’autres  :  fi  l’on  n’aime  mieux  dire  à  ce  fujet ,  que 
comme  il  arriva  autres  fois  que  des  vifionaires  de  des  flagellans 
des  vallées  du  Dauphiné ,  attirèrent  d’abord  les  regards  Se  l’ad¬ 
miration  du  peuple  amoureux  de  la  nouveauté,  il  arrive  de  mê¬ 
me  afiez  fouvent  que  ces  hommes  que  Galien  appelé  les  Hé¬ 
rétiques  de  la  Medecine,  font  bien  mieux  reçus  Se  traitez  du 
public  que  les  Ortodoxes. 

On  me  dira  peut-être  que  j’oublie  le  plus  fingulier  de  tous 
les  Abbezqui  ont  fait  la  Medecine  à  Paris  ,  un  Dodeur  effectif» 
Se  dont  la  méthode  Se  toutes  les  maniérés  meriteroient  un  beau 
grand  portrait.  Il  e(t  vray  que  c’eft  une  matière  où  on  pourroit 
s  étendre  fort  au  long^  mais  autre  que  tant  d’autres  l’ont  traiccés 
je  croy  la  pouvoir,  remettrez  un  autre  endroit ,  Se  marquer  fim- 
piement  icy  en  faveur  de.  la  Charlataneric  ,  là  plus  jolie  Se  la 
plus  divertilTance  des  affaires  qu’elles  luy  a  faites.  Un  jour  qu’il 
aécla.moit  de  toute  fa  force  en  une^  belle  Sc  grande  compagnie 


Seconde-  Pmîe.  Chap*  XVI.  4.69 

contre  les  meilleurs  Médecins  de  fon  temps, mettant  fa  capaci¬ 
té  jfes  remedes  5  fes  cures  éctous  fes  précendus  talens  fore  au- 
deffus  des  leurs  5  un  homme  de  grande  qualité  las  de  le  voir 
haranguer  h  mal  à  propos  j  s’avifa  pour  le  faire  taire  &  pour  luy 
faire  comprendre  ce  qu’il  écoit,  de  luy  jeccer  d’un  bout  de  la 
chambré  fon  mouchoir  noüé  par  une  des  extremit-ez  ,  comme 
on  a  coutume  de  faire  dans  les  places  publiques  aux  Charlatans,, 
qui'/vantent  leur  baume ,  ce  qui  obligea  le  declamateuràfe  taire 
&  à  fe; cacher  derrière  la  tapifferie,  la  partie  n  étant  plus  tena¬ 
ble  apres  un  tel  coup. 

Que  d’autres  Abbez  dignes  d’être  un  peu  chapitrez  dans  ce 
Chapitre  de  Charlacanerie.  Mais  lailTons  les-là  crainte  d’oubiier 
le  refte  de  nos-  Charlatans  Laïques. 

Le  Procureur  de  Caftres,;^ont  lebien  Sr  la  Charge  avoient 
été  décrétez ,  étoit  à  Paris  enfèputation  d’alTez  bon  Médecin  ,  fe 
vengeant  ainfi  fur  la  Medecine^  du  mauvais  tour  que  luy  avoit  fait 
la  chicane,  ne  l’épargnant  pas, -luy  qui  l’avoit  minaudëe  en  véri¬ 
table  Grippeminaud,  11  vivoit,  dis-je, dans  la  grande  Ville  de 
quelques  fecrets ,  &  alloit  fon  train  comme  tous  les  autres,  quand 
il  fut  reconnu  d’une  Dame  de  fon  païs ,  à  laquelle  on  l’avoit  pro¬ 
duit  comme  un  Efculape  pour  la  guérir  de  fes  vapeurs.  Ils  s’en¬ 
tre-regardent  d’abord  fans  parler  5  mais  comme  ils  furent  un  peu 
revenus  de  leur  furprife,  il  avoué  à  la- Dame  qui  luy  demandoit 
s’il  n’étoit  pas  un  tel  qui  avoit  été  fba  Procureur  à  Caftres  dans 
une  telle  affaire  5  il  luy  avoue ,  dis-je ,  qu’aprés  avoir  penfé  plus 
d’une  fois  comment  il  pourroit  fubfifter  après  avoir  tout  perdu 
dans  fon  païs, il  n’avoit  pas  trouvé  de  plus  prompt  fecours  que 
de  faire  la  Médecine,  à  Paris  où  tout  vit.  Procureurs  Vautres  j 
mais  qu’il  la  prioit  au  nom  de  Dieu  de  luy  garder  le  fecret,  êc 
de  ne  pas  luy  arracher  le  pain  de  la  main  ,  tant  il  eft  vray  que 
flures  alit  Medicina  nefp.nàos. 

R  E  B  A  R  étoit  encore  vivantily  a  quelques  années,  mais  s’il 
eft  mort  depuis  ce  tcmps-là  ,  comme  il  a  laiffé  un  fils  digne  de 
fon  pere  ,  il  a  bien  pu  dire  en  mourant ,  non  totm  monarmuïm' 
que  pars  mei  UbiPinam.  Il  ne  vendit  d’abord,  que  de  l'é¬ 

cume  ffu  fer  de  Spa,  mais  il  débita  enfuite  des  remedes  qui 
tranchaient  comme  le  plus  fin  acier  :  car  on  vérifia  qu’il  avoit 
donné  à  un  malade  des  tablettes  arfenicales  ,  qui  ne  fortirent 
pas  de  fon  corps  comme  elles  y  étoient  entrées. 

Medko  inganni  piem 


N  n  n  ii) 


470 


Effais  de  Médecine. 

Che  fa  fffeglio  ucctder  di  veleno. 
che  rijfamr  d,e  Silopû. 

Il  n  y  avoit  quç  trop  de  quoy  le  prouver  par  l’oiiverture  du 
corps  du  défunt,  mais  il  n’y  a  gueres  d’affaires  qui  ne  s’accom¬ 
modent  à  Paris  avec  des  amis.  En  effet,  il  fortit  de  prifon  peu 
de  temps  apres  y  çtre  entré  :  car  des  témoins  qu’on  croyoit  nç 
devoir  pas  être  d’un  fent'ment  different  de  celuy  des  Méde¬ 
cins  &  des  Chirurgiens,  fe  trouvèrent  enrumez  lorfqu’on  les  vou¬ 
lut  faire  chanter. 

Voicy  quelque  chofe  de  femblable  au  faux  Dcmoflhenc  dont 
il  eft  parlé  dans  la  vie  de  Saint  Bafile ,  lequel  étant  dévenu  de 
cuifmier  Secrétaire  de  l’Empereur  Valens ,  fut  renvoyé  à  h 
CLiifinç  &  aux  fauces  par  çe  Saint ,  un  jour  qu’i.1  avoit  fait  un 
folccirme  voulant. faire  le  beau  M^leur  6c  le  Théologien.  Ce 
font  des  vailets  devenus  Medeci^  8c  gens  d’importance  ,  à  la 
faveur  de  leurs  Maîtres  i  depuis  que  les  Médecins  font  eux- 
mêmes  déyenus  valets.  Vrais  Çliniques  ,  fi  on  confidere  qu’ils 
n’étoient  nez  que  pour  les  chambres  ,  6c  les  Garderobbes  ,d*oü  ils 
put  efîedivement  paffé ,  aux  lits  6c  aux  nielles  clés  malades  qu’ils 
promettent  impudemment  de  guérir.  Cependant  je  n’eaanarque- 
ray  icyqite  trois  ou  quatre  des  moins  formidables-,  de  crainte  de 
heurter  quel  qu’un  de  ceux  qui  mepourroient  fairç  des  affaires  J 
auprès  de  leurs  Maîtres  ou  de  leurs  Mâîtrefl^^^ 

Gond  a  s  e  fut  premièrement  vallet  de  chambre  de  Mon- 
(leur  le  Prelident  6c  enfuke  de  Madame  la  Prinçcfïe  de  Mv 
en  titre  d’Oiîee  5  mais  il  fut  çhallé  de  la  maifon  de  celle- cy  à 
caufe  d’une  infidclité  qu’il  fît  à  Ton  bien-faiteur.  Se  voyant  donc 
fans  bien  êc  fans  pkee  ,  il  fe  fît  Médecin  de  derefpoir  dans  la 
place  M.  4^  Paris  ,  où  il  commença  par  les  Fruitières.  H  s’a¬ 
mouracha  enfuite  5c  fe  maria  autre  efpece  de  déferpoir*,  &  tout 
cela  ne  laifTa  pas  de  luy  fuçceder  fi  admirablement ,  qu’il, fe  trou¬ 
va  afïez  bien  monté  pour; battre  les  rues  de  Paris,  où  il  paflc 
pour  grand  Médecin,  à  la  faveur  des  lettres  qu’il  a  fait  venir 
poftç  de  l’üniverfité  de  C.  Ainfî  la  furprife  ne  fut  pas  petits 
dans  la  chambre  de  la  Priiiçelfe ,  quand  on  le  reprefenta  comme 
un  de  ces  Médecins  qui  vont  le  trot  à  Paris  ,  tant  la  Metsmor-* 
phofe  parut  grande  a  ceux-  qui  l’avoient  veu  fous  fa  première 
figure.  En  voicy  encore  un  de  même  efpece.  , 

Sain  t-A  m  o  u  r  ,  c’eif  Ton  ancien  nom  ;  mais  ne  le  croyant 
pas  capable  de  faire  tant  de  bruit  dans  la  Médecine  »  que  l’an- 


Seconde  Pmit  Cfeap.  XVI.  471 

cien  5:1e  moderne  Saint-Amour  en  a  voient  fait  dans  la  Religion, 
il  eut  fefîroncerîedc  le  changer  arrivant  à  Paris,  en  celuy  d’une 
înaifon  Royale  finie  il  y  a  long-temps.  Saint-Amour  ,  dis-je  , 
avoir  été  vallet  de  chambre  d’un  Secrétaire  des  Commandemens 
d’un  grand  Prince.  11  parvint  enfuice  à  être  un  des  Barbiers  de 
ce  Prince^  Mais  Tes  bons  Maîtres  étans  morts  ,  il  ne  perdit  pas 
courage,  &  crût  qu’il  gagneroità  ces  pertes  s’iipouvoit  pafiTerde 
ia  Barbarie  dans  la  Medecine  Charlatane. 

Il  commença  donc  par  quelques  Villages, d’où  il  apportoità 
la  Ville  des  grains  ,  des  fruits  ,  des  eftoupes  ,  &  de  fçmblables 
denrées  qui  le  faifoient  fubfifter,  pour  de  PAntimoine  ,  de  la 
Gomme  gutte  ,  des  pignons  d’Inde  s  de  rElleborc,  &  tout  ce 
-qu’il  luy  plaifoit  de  donner  aux  Païfans.  Mais  comme  on  fit  un 
fort  grand  bruit  de  fa  témérité  ,  &  qu’on  le  regarda  comme  un 
vmearcrier ,  il  penfa  à  la  grande  V  ille.  Il  y  vint  ,11  y  pratiqua  où 
il  pût ,  5:  comme  il  pût ,  car  on  ne  manque  jamais  d’y  trouver 
des  duppes  i  mais  ayant  demandé  d’abord  a  une  femme  fort  im- 
pecunieufe  ,  huit  cens  quarante  livres  pour  autant  de  vifites 
qu’il  avoit  faites  à  fon  mari&  àfa  famille,  8c  la  demande  faifant 
regretter  le  pauvre  défunt  fur  nouveaux  frais  à  la  pauvre  fem¬ 
me,  elle  trouva  enfin  un  prompt  fecours  en  l’avis  d’un  Procti-. 
reur  qui  excipa  pour  elle  de  ce  que  Saint-Amour  ii’étoit  pas 
Médecin.  En  effet,  comme  celui-cy  ne  pût  pas  prouver  qu’il 
étoic  gradué,  &:  le  Doyen  de  la  Faculté  de  Paris  étant  incidem¬ 
ment  intervenu  en  la*caule  ,  Saint-Amour  fut  déboutté  de  fa 
demande,  8c  défenfes  àluy  faites  d’exercer  ia  Medecine  fur  les 
peines  portées  par  les  Ordonnances,  8C  condamné  aux  dépens. 
Mais  croyez- vous  que  le  Saint-Amour  fe  rebutte  ,  8c  qu’il  re* 
cüle  pour  les  oppofitions  qu’il  trouveàfesdefléins  î  Rien  moins, 
îi  n’a  garde  de  perdre  courage,  çen’eft  pas  le  génie  de  l’Amour, 
&  particulièrement  de  l’Amour  Médecin.  Get  Amour  n’efl  pas 
un  enfant  comme  les  amours  des  peintures  8c  des  Romans  5  il 
'renverfe  cous  les  obftacles  chez  les  fains  Ôc  chez  les  maladesj  il 
entre  par  la  porte  8c  par  la  fenêtre ,  8c  fait  large  fié  de  fes  remè¬ 
des  pour  fe  faire  jour.  Comme  il  n’eil:  donc  en  amour  que  de 
perfeverer  malgré  les  difgracesj  enfin  un  homme  de  plume,  au¬ 
près  duquel  il  avoir  été  introduit  par  un  homme  à  tout  poil  , 
Comme  un  grand  Médecin, s’imagine  avoir  été  foulagé  de  cer¬ 
tain  mal  par  fes  foins  8c  par  fes  remedes.  Le  Richard  n’en  eft 
pas  ingrat, il  le  paye  bien  ,il  le  prône, "ôc  le  mene  ché^^tous  fes 


Arrefi  rendu  Van 
pag.  109. 
10  ^  11.  des  ita‘ 
tuts  je  la  laculié^ 


47  i  Effah  de  Medecine, 

amis.  Saiiit-Amonr  de  fon  côté  ne  manque  pas  de  fe  foût®, 
nir,  &  voyant  qu  on  luy  applaudit,  il  dit  du  Laci n  comme  un poffe- 
dé.  Il  poulTe fa  pointe,  il  fe  marie  3  enfin  comme  il  ne  luyreftc 
plus  qu’à  faire  taire  les  Médecins  qui  le  coniioilTent  pour  ce . 
qu’il  cft,  &  qui  ne  veulent  pas  conférer  avec  luy  ,  il  fait  venir 
des  Lettres  dé  C.  Apres  cela  vous  eulTiez  veu  le  Saint-Amour 
Médecin, monté  comme  un  Saint  George,  &  du  Régiment  de 
la  Medecine  la  plus  cavalière  de  Paris.  C’eft  un  grand  fecrec 
que  de  fçavoir  fe  tranlplanter, témoin  cet  Apotiquaire  de  Pa¬ 
ris,  qui  ne  devint  pas  moins  grand  Médecin  à  Londres ,  que  lé 
garçon  Apotiquaire  de  Londres  le  fut  à  Paris,  avec  une  écorce 
déguiféc  en  fecrec.  Si  TOrvietan  fut  demeuré  en  Italie, la 
Bmefaron.  Theriaque  *  qu’ilamife  en  réputation  ,  &  qui  l’avoic  mis  luy-» 
même  en  vogue  fous  le  nom  de  fa  Patrie  3.  cette  Theriaque  , 
D'ateiTaron  feu  de  disrje  ,  (^uatrino  ,  n’auroit  pas  bravé  la  grande  Tfaeria- 
qtuiuor.  d’ Andromachns  ,  ôc  natiroit  pas  fait  pafler  fon  A-uteur  du 

Théâtre  dans  la  Bourgeoifie  de  Paris, s’il  navoît  palfê  les  Monts 
avec  elle. 

Fugge  il  ntto  NpJîo  chi  gloria  bram0> 

"Puln.  Tefli  nelle  \âldt^a  CnCO  6  ia> 

Voif.  imche  d'al pàtr/o  aîbcrgd  . 

Non  volgeil  i  e  non  s'imgium/i  il  tergoi  .  ‘ 

Il  eft  vray  que  le  Rarçon  Orfèvre  n’a  pas  etefi  heureux  que 
tous  ces  vallets ,  quoy  qu’aüffi  hardi.  Il  croit  avoir  trouvé  le  , 
fecret  de  la  furdité  dans  une  ean  que  fon  Art  luy  a  fait  voir ,  & 
il  s’imagine  enfuite  après  quelques  épreuves  fakesfur  desfur- 
direz  Périodiques  ,  qû’il  va  guérir  les  plus  habituelles.  .On  le 
produit  donc  à  une  femme  qui  n’étoit  pas  tout-à-fait,  fourdej 
mais  le  rémede  fe  trou  y  à  fi  peu  fait  pour  elle,  quelle  demeu¬ 
ra  foiirde  achevée, 

Non  habuifebrem  Symmache  nunh  habeo. 

Onlitquhin  Lucius  Callidius  donna  des  oreilles  ddrgenea 
Minerve  Medecine  y  pour  avoir  recouvre  l’oüye  par  fonafli- 
ftance  3  &  voicy  un  Médecin  Orfèvre  qui  change  une  oreiHs 
d’argent  en  une  de  fer ,  &  qui  fe  fait  lu-ymçme  des  oreilles  ào 
Midas  ,  pour  s’être  voulu  faire  Médecin  d’or.  En  effet  ,  pré¬ 
vention  à  part,  à  voir  raifbnner  tous  les  Empiriques  coinmé  ds 
font ,  en  eft-il  un  feul,  donc  on  ne  puiffe  dire  fans  foffenfef- 
^uriculas  a-fini  quis  non  h(ib€t? 

Puïfque  nous  voicy  fur  les  maladies  incurables ,  venons 

^6 


47i 


Seconde  Partie.  Chap^XVÎ. 

de  là  fiirdité ,  aux  cancers  &  aux  goures. 

Guillcmoî:  donna  d’abord  de  grandes  efperances  toucbaiit 
la  guerifon  des  cancers  j  luais  il  devint  enfin  bien  moins  qu'ua 
Roy  Guillemot  H  qu’un  Roy  de  cartes  eutre  les  Charlatans  , 
&  dans  refprit  même  des  badaux.  Gn  ne  parla  plus  de' boire  Tes 
prccieufès  liqueurs,  depuis  qu’il  eut  laiffé  mourir  trois  femmes 
qu’il  avoir  entrepris  de  guérir  de  leurs.cancers ,  ^m7  de 

&c*cft  en  punition  d’avoir  fi  témérairement  juré  fur  fa  x'/V^qu’il 
meurt  à  prefent  de  faim  ,  &  qu’il  eft  devenu  uii  cancre  avec  tout 
fon  or  potable^ 

Talcimon  étok  jm  bon- homme  qui  ve^ndoit  fes  Mèdicâmens 
chimiques  le  mieux  qu’il  pouvoir ,  &  qui  promettoit  même  la  cu¬ 
re  des  maladies  les  plus  incurables  5  qui  fe  donnpit  un  afr  de  jeu* 
nefie,  tout  vieux  qu’il  étoit ,  publiant  toujours:  qiTii  avoir  trente 
ou  quarante  années  fur  la  tête ,  de  plus  qu’il.n’en  avoic  en  effet, 
&  tout  cela  pour  faire  valoir  fon  baume  de  vie.  Gependant  fi 
fimple ,:  qu’il  prioit  tout  le  monde  de  luy  faire  vendre  des  pape- 
raffes  chimiques  ,  qu’il  regardoit  commo  des  Traittez-  uniques 
de  Raimpndr-Lulle,  d’Arnaud  de  Villeneuve  ,  de  Get^r  V  au¬ 
tres  Alchimiftes  ,  au  point  qu’il  promît^un  jour  à  l’Auteur  de 
cet  Ouvrage  ÿ qu’il  ne  îeroit  pas  ingrat  s’il  les  pouvoir  faire  ache¬ 
ter  par  une  grande  Dame  de  fa  connoi fiance  ,  à  la  vérité  fort 
paffionnée  pour  les  Charlatans  ëc  fort  curieufe  5  mais  la  plusini- 
pecunieufe  &:  la  plus  grande  idiote  de  Paris.  11  ne  pouvoir  mê¬ 
me  s’empêcher ,  après  avoir  montré  tous  ces  parehémins  èc  vé¬ 
lins  peints  en  rouge  ,  jaune,  vert  &  bleu,  de  s’é'Grier  que  les 
Miniftres  n’étpient  gueres  jaloux  de  la  gloire  du  Roy  ,  de  ne 
luy  pas  donner  vingt  mille  livres  de  ces  tréfors ,  capables  d’enri¬ 
chir  ôcd’orner  la  Bibliothèque  de  fa  Majefté. 

rmef  eft:  un  Suiffe  gueriffeur  de  goûtes ,  qui  refiemble  à  un 
Médecin,  comme  un  Suiffe  eft  un  homme  raifonnable.  li  fait 
un  or  potable  avec  de  l’eau  de  vie  ,  qa’il  donne  ppur  toutes 
forces  de  maux  ,  prétendant  que  cette  eau  peut  guérir  les  goû¬ 
tes  au  défaut  de  fon  or.  Voilà  toute  k  raïïbn  qu’on  îtrouve 
en  ce  Suiffe,  dcuns  véritable .raifon  de  Suiffe.  Ç*efi:  ainfi  qu’Et- 
vieci ,  dit  la  Dindonelle,  Muficien ,  jadis  vray  fauffec ,  &<’main- 
tenant  unedes  baffesde  la  Médecine  Charlaiane ,  vend  &-diftri- 
buë  le  baume,  &  les  autres  merveilles  marquées  dans  fon  affiche. 

Encore,  un  Médecin  fans  barbe',  un  Âpodeake  fans  fia¬ 
cre,  un  Ghirurgien  memmorphofé .  en  Apociquaire  Médecin  > 

Ooo 


iMefihi  $alde  Ms- 
dictGlena'SfUyr, 
XV. 


474  EJJais  Jie  Medecme. 

un  Marchand  mêlé,  dans  la  Medecinci  èc  un  grand  Seigneur 
vendeur  d ’opiate  &  de  mitridat  :  car  quand  au  premier  j  avoue 
que 

Non  pjfunt  ferre  Marnllum 
Nafutum  \utvenemy  mentifyfte  errore  faperhum 
nihil  a  Phœbo  deducens  prater  inme  i 
Noment  &  intonfi  pondtts  florile  capilli^ 

Jniberbefque  gênas  i  jam  fe  majoribus  a^uaf. 

^in  crafim  famen  at^ue  çrtfès  ignorât ,  (jr  idem 

“Vheris  ac  fuvii  cançrum  diflinguere  nefeit.^ 

Nefcit  ab  Angina  quanto  maU  limite  dijlent  ^ 
Argentangina,  Rôties  maculas  elephantus 
Audit  piUucidas  t  de  barro  cogitât  unde , 

Cardiacum  morbum  rejidere  in  poplité  credttf 
%t  quant  au  fécond  ôc  à  ceux  qui  le  fuivent  5 
Praterea  turhidîim  non  poÿùm  ferre  Qïiconem 
Vnguikus  an  fcifjifque  comis ,  an  forfice  fumma 
Promptum  ad  caâes ,  Medicis  nuhe  ac^uiparat  fe 
Tonforheri,  aut  digito  çonfundens  unguem  AUptes, 


Pour  commencer  donc  par  ce  premier  ,  fi  T  Antiquité  a  dé-*-, 
peint  Efçalape  avçc  une  grande  barbe ,  pour  marquer  qyel’âge 
&  l’experiencc  font  nepeiïaires  au  Médecin  ,  elle  ne  nous  a 
pas  peu  furpris,  quand  elle  nous  a  fait  voir  un  Apollo  imberbis  y 
&  par  confequent  le  perp  d’un  barbon  ,  fans  barbe.  C’eft  ainfî 
que  Paris  naturellement  idolâtre  des  Medeçins  extraordinair? 
res&reçens  ,  n- eut  pas  fi  tpt  vu  un  Apollon  barbe  d’étoupe, 
ou  ü  l’on  veut,  du  plus  fin  lin  de  Hollande,  que  çettç  Ville  lui 
accorda  plus  facilement  droit  de  Bourgeoifié  ^  qu’à  tou&.cc  que 
les  Mufès  &  le  Parnafiè  infpirerent  aux  fçavans  de  fon  pais. 
C’eft  ainfi  qu’un. peu  de  Q^rinquina  deguifç  ,  un  peu 
&  quelque  Eau- Impériale' paflent.  pour  des  fecrets  quand,  pu 
vient  de  loin  ,  &  ^uand  on  à  affaire  à  de  bonnes  gens.  Mais  de 
bonne  foi ,  quels  que  foient  fes  remedes ,  ôc  excellcns  tant  qu’il 
vous  plaira  ,  eft-  ce  affev,  d’avoir  un  bon  cheval  pour  être 
Ecuy*cr,  &  de  bons  inftrumens  pour  être  artifan  ?  Ç^’ainfine 
foit  ,  ne  fçavons-nous  pas  que  çe  gueriffeur  ayante  frotté  les 
jointures  du  corps  de  Mademoifelle  de  D .. . ..  .  fijlè  de  qualité 
èc  d’une  grande  efperance  ,  avec  une  folution  d’Opium  ,  elle 
s’endormit  au  Seigneur?  Ne  feait-on  pas  même  que  la  fille  de 


Seconde  Partie,  Ctiap.  XVL  475 

Mi  grofle  Fermiere,  étant  malade  de  la  petite  verole, 

il  prétendit  non  feuleînent  la  guérir  par  les  fneurs ,  mais  en¬ 
core  delà  prcferver  des  marques  &  coutures  que  laiflfe  trop 
fpuvent  cernai i  &  que'l’ayant  fait  mettre  pour  cet  effet  dans 
une  lanterne  ,  elle  y  mourut,  apres  avoir  prié  plufieurs  fois 
qu’on  la  tirât  de  là  ?  La  Religieufe  de  Belle-chafTe  &  quelques 
autres  malades  n’en  eurent  pas  meilleur  marché.  Âinfi  de  fera- 
blables  coups  font-ce  des  coups  d’Efculape  ?  ou  s-ils  font  d’un 
Appollon  fans  barbe  ,  fans  étude  &  fans  expérience  j  &  d’une 
figure  fi  enfantine  >  que  M.  le  Cardinal  de  B. . ,  l’ayant  vu  chez 
un  malade  avec  un  autre  Médecin  qui  ne  paroiflbit  guercs  plus 
vieux,  dit  fort  fpirituellement  qu’il  croyoit  que  la  Medecine  étôir 
tombée  en  enfance  ^  Maispouren  venir  à  la  bonne  foi  du  perfon - 
nage ,  &  pour  faire  voir  qu’il,  y  a  auffi  peu  àè  vir  bonus  que 
de  medenâi  feritus ,  un  petit  conte  qui  n’eft  pas  un  conte,  mais 
une  vefké  inconteftablc,  Ün  bon  Jcclcfiaftiqtie  avoir  un  laquais 
malade  d’une  petite  fièvre  &  d’une  petite  diarrhée  dont  il  fut 
bientôt  convalefçent.  Il  n’y  avoir  plus  qu’à  le  purger  :  mais  le 
■  Médecin  qui  en  avoir  eu  foin  ,  craignant  que  s’il  le  purgeok 
fi  tôt  il  ne  s’empifrât  de  foupe  &  de  vin',  ôc  qu’il  né  retoni- 
bât  malade ,  difFeroit  le  plus  qu’il  pouvoir  la  purgation.  Cepen¬ 
dant  le  malade  avoir  granci’  faim  ,  &  fe  plaignoit  continuel- 
iement  fans  dire  de  quqy.  Le  Maître  qui  n’avoit  pas  vu  fon  Mé¬ 
decin  depuis  prés  de  deux  jours  >  crut  qu’il  negligeoitle  mal  a- 
de,  &  qu’il  étoit  bien  plus  mal  qu’il  ne  le penfoic.  Gela  l’obli-^ 
geâ  de  niandér  M.  H. . .  11  vient  ,  il  confidere  le  gifant  ,  &: 
après  avoir  blâmé  la  conduite  du  Médecin  dit  au  Maître  qu’il 
ne  pouvoir  pas  répondre  de  la  vie  de  foii  laquais ,  qu’il  étoif 
menacé  d’une  mort  prochaine  ,  qu’il  lui  confeilloit  première¬ 
ment  dans  cette  extrémité  de  lui  faire  adminiftrer  tous  le^  Sa- 
cremens,  &  que  cela  fait  il  pourroit  tenter  un  remede  ,  à  la 
vérité  violent,  mais  que  c’étoit  tout  ce  qu’il  pouvoir  faire  pouf 
le  fauvér.  Le  Maître  fe  Voyant  fort  empêché  de  cet  appareil 
de  remedes  rpiritiiels  &  corporels  ,  ne  fçait  d’abord  à  quoi  fe 
refoudre  :  mais  à  la  fin  il  s’avife  d’aller  trouver  un  Ecclefia- 
ftique  de  fa  connoiffance ,  qui  ne  faEoit  plus  la  Medecine  que 
AO,  facknàQS  frucluê  ,  &  de  le  prier  de  voir  ce  laquais,  êc  de  lui 
dire  ce  qu’il  en  penfe  j  U.  le  Médecin  Eccleriafeque  ne  l’eut 
pas  plutôt  confideré  qu’il  lui  dit  ;  Monfieur ,  vôtre  laquais  n’efi 
plus  malade  ,  il  n’a  befoinque  d’une  petite  purgation. ,  8c  d’une 

O  00  ij 


EJfais  de  Medecme.  . 

bonne  foupe,  tant  il  a  grand  faim.  Dit  &  fait  :  car  Le  Méde¬ 
cin  ordinaire  étant  venu  fur  ces  entrefaites  ,  &  ayant  ordon^ 
né  la  Médecine  au  laquais  ,  il  fut  fur  pied  dés  le  lendemain , 
fans  qu’il  fût  necelïaire  de  tenter  le  remede  dont  M-  H. . .  vou, 
loit  ians  doute  faire  l’experience  m  vili  anima ,  fcur  que  s’il 
tuoit  le  malade ,  on  acculeroit  le  Médecin  ordinaire  de  fa  mort. 
C*eft  ainfi  qu’il  donnoit  hardiment  des  cliftercs  d^infufion  de 
tabac,  dont  Monfieur  le  Marquis  de  Vieup  . .  & Monfietir  Ber- 
h  . .  Officiers  de  dragons  ont  péri  pitoyablement.  Qi^  des  hom¬ 
mes  fottement  prévenus  vantent  donc  tant  qu’il  leur  plaira  les* 
cures  vraies  ou  palliatives  de  tels  Médecins  ,  il  fera  toujours 
vrai  de  leur  dkc  qu’ils  font  fans  y  penfer  ,  ce  que  faifoient- 
les  Prêtres  de  Neptune,  qui  montroient  les  reprefentations de 
ceux  qui  s’étoient  fauvez  du  naufrage  ,  S:  les  prelens  qu’ils 
avoient  faits  au  temple  de  cette  faufle  Divinité  :  'mais  qui  n’a* 
voient  garde  de  parler  de  ceux  qui  s’étoîent  noyez  nonobftant 
les  vœux  &  les  prdmeffes  qu-ils  lui  avoient  faites  :  tant  fon 
pouvoir  étoit  chimérique  ,  &  tant  il  eftivrai  qu’on  ne  parle  jat 
mais  de  ceux  que  nos  Charlatans  ont  tueZf 
L’Apoticaire  fans  fucrc  eft  ainfi  nommé  ,  parce  qu’il  y  en  a 
bien  rnoins  dans  fes  tablettes  fébrifuges  que  d’autres  ingrediens, 
pour  ne  point  parler  des  fels  arfenlcaux.  Il  eft  vrai,  puifque  nous 
lâmmes  tombez  fur  ces  tablettes,  que  quelques  cavalières  qu’elieS' 
Ibient  ,  elles  ne  vont  pas  toujours  également  vite  :  car  fi  ees 
trompettes  en  délogent  quélquesTuns  dés  le  premier  coup  ,  elr 
les  laiiïent  le  temps  à  d’autres  de  fe  reconnôicre  8c  de  plier  ba:* 
gage  5  8c  c’eft  toute  la^  grâce  qu’on  peut  attendre  des  remedes 
de  cet  Apotiquaire  de  Gr.  Ainfi  je  ne  fais  aucun  doute  que 
les  Prêtres  ne  gagnent  plus  avec  lui  que  les  Epiciers  ,  8c  que 
s’il  eft  long  temps  à  Paris  ,  il  n’y  faftè  plus  périr  d’hommes  qùe 
le  Roi  Coth  dont  il  prend  le  nom  ,  nxn  expédia  au  fiege  de 
Rome.  Car  encore  h  cet  Apotiquaire  s’en  tenoit  ou  fe  bor¬ 
ne  notre  Chirurgien  metamorphofé  en  Apotiquaire  Méde¬ 
cin ,  on  n’y  yerroit  que  du  comique  5  au  lieu  du  tragique  .* 
car  pour  expédier  fon  portrait  d’après  ceux  qui  y  ont  travaillé 
avant  moy  ,  ce  nœtoip  au  commencement  qif  un  Bedeau  de  faine 
Cofme  5  enfuite  de  quoi  il  fe  fit  Prater  de  la  petite  efp^^^i^» 
.d’où  il  eft  devenu  Oonreiller  ôc  Médecin  du  Roi  8c  de  fon 
Alcefîe  Royale  ,  Artifle  ôc  Direfteur  d-une  Société  de  nouvel- 
.les  décojav.çrtef  î  ^  Ap^eur  qui  travaille  avec  autant  dç  facilité. 


Seconde  Partie.  Ghap.  XVI.  477 

que  faifoit  autrefois  la  Serre.  Il  n’y  a ,  dif-je ,  que  du  comique 
dans  fes  remedes  :  car  quelques  barbares  que  foient  leurs  noms, 
iis  ne  font  pas  grand  mal  aux  Chrétiens,  tant  ily  ade  récréatif 
&  de  prétieux  dans  fa  boutique  pour  les  prccicufes.  En  ejEFet , 
qui  n  ouyriroit  les  oreilles  &  les  yeux  au  Sirop  de  The', 
E£BRIFUG£,âU  ChoCOLAT  DEGRAISSE'  ET  AN- 
Tl  VENERIEN,  au  CaFFE'  Vo  L  AT  ILL  E  ,  aU  TaB  A  C 

&  au  T  H  R  E  s  O  R  d’E  s  c  U  L  A  P  E.  Mefdames  les  Surannées, 


le  lait  de  Perles ,  les  Cajfolettes  Roy  ailes ,  ôc  tant  d’autres  nouveau.- 

tez  que  la  Scene  prefente  d’abord ,  ne  vous  font-elles  point  ef-  Voyez  les  entre- 

perer  de  paroître  encores  jeunes  pendant  quelque  temps.  Pour 

moy  fi  fon  Orviétan  n’avoit  pas  été  condamné  par  Arreft  com-  ks  déconTcrtcs  dâ 

me  une  ufurpation  ï  je  croy  qu’il  n*y  auroit  plus  qu’à  chanter  renK^e  Angiois . 


Ah  la  grande  vertu  de  l'Drvieim  l 


ce  Médecin  Chi¬ 
rurgien  &  Apoti- 


Mais  pendant  que  nous  fommes  fur  la  Chirurgie,  il  ne  faut  pas 
iaifier  pafier  üu 

Autre  Çhirurgien-Medecin  fraîchement  arrivé  de  Province 
au  rendez  vous  des^Gharlatans car  je  croy  qu’on  fera  bien- 
aife  d^apprendre  qu’ün  homme  fi  fingulier  y  a  enfin  établi  fon 
domicile. 

11  étoit  né  &  établi  dans  la  Ville  de  B  ,  &  je  laiffe  à  penfer 
quand  on  aura  lu  ce  qui  fuit, s’il  n’étoit  pas  la  crème  foüettée, 
du  au  moins  foùetable  des  Maîtres-Aliborons  de  fon  païs.  Un 
vieux  Cabaretier  de  cette  Ville, bom homme,  k  qui  avoifune 
ijolie  femme ,  mais  fort  infirme ,  ne  laidoit  pas  avec  toute  fa  bon¬ 
té  de  tromper  autant  qu’il  pouvoir  les  Officiers  des  Aides  de 
cette  Ville  ,  dérobant  toujours  quelques  Tonneaux  de  vin  à 
leur  vigilance  &  à  leurs  vifites.  C- étoit  en  vain  que  les  Officiers 
l’obfervûient ,  il  trompoit  toujours  ces  Argus.  Le  Chirurgien 
dont  il  s’agit  étoit  leur  ami ,  &  comme  il  avoit  appris  que  le  bon¬ 
homme  donneroit  tout  à  qui  rendroit  la  fanté  à  fa  jeune  épou- 
fe  ,  il  trouve  le  moyen  devoir  cette  femme  ,  &  de  luy  faire 
conter  fon  mal  s  enfuite  de  quoTy  il  l’aflure  que  tant  d’incom- 
moditez  ne  viennent  que  des  vers  qui  la  mangent ,  &  petite 
etre  encore  'de  quelques  autres  animaux  ;  mais  qu’il  a  un  moyen  « 
&un  remede  tout  particulier  pour  l’en  délivrer.  La  jeune  fem¬ 
me  en  fait  le  rapporta  fon  bon  mari,  comme  elle  auroit  fait  de 
la  meilleure  nouvelle,8c  voila  que  l*un  &  l’autre  conjurent  le  Chi¬ 
rurgien  ddmployer  fon  fça voir  &  tous  fes  remedes  pour  cette 

Ooo  iij 


47«  Medecîm- 

cure, luy  promettant  .tout  ce  qu’il  voudra.  Dieu  fçait  s*il 
qua  à  toucher  quelque  argent  d’avance.  Il  fçavoit  que»  les  bon¬ 
nes  gens  avoient  des  loüis  d’or,  ôc qu’il  n’y  avoir  plus  qu’à  con.» 
venir  avec  îes  Officiers  des  Aydes  du  moyen  qu’il  faloit  tenir 
pour  venir  à  bout  de  l’affaire  •:  J^id  vultis  mihi  dan  ér  ego  tum 
'vobü  tradam  ?  Ils  jettent  donc  leur  plomb  de  concert ,  après  qiioy 
le  Chirurgien  dit  à  la  malade  qu’il  ne  peut  confier  la  connoifl 
iancc  ôc  Tapplication  de  fes  remedes  à  perfonne  j  que  ce  font  des 
maniérés  de  lavemens&d’injeffions  qui  demandent  de  l’adrefie 
&  du  fccret  >  que  c’eft  à  elle  de  s’abandonner  à  fa  prudence  & 
fa  conduite  ,  fi  elle  veut  qu’il  l’entreprenne;  Elle  y  confent 
après  en  être  tombée  d’accord  avec  fon  mari ,  6c  dés  la  première 
fois  nôtre  Chirurgien  ne  manque  pas  de  luy  envoyer  dans  le 
corps  à  la  faveur  d’un  lavement  les  vers ,  &  tout  ce  qu’il  en  pré- 
tendoit  faire  fortir.  La  pauvre  femme  qui  voit  tous  fes  corps 
étrangers  hors  du  fien ,  ne  fent  plus  fon  mal  tant  elle  eft  tranf. 
portée  de  joye.  Âinfi  elle  ne  fe  contente  pas  de  Faire  part  àfon 
bon  mari  de  cet  heureux  iuccés  du  premier  remede  5  mais  elle 
le  communique  encore  à  une  commercj&luy  fait  naître  l’envie 
de  voir  &  le  Médecin  &  l’effet  miî*aculeu5? de  Ton  remede.  On 
recommence  donc  l’injection  à  deux  jours  de4à,  &  voila  qu’elle 
rapporte  du  lieu  où  on  l'a  envoyée ,  des  infedes  d’une  figure  fi 
extraordinaires ,  qu’une  de  ces  femmes  s’imagine  avoir  obfervé 
une  fleur  de  lys  fur  là  tête  d'un  des  plus  gros.  Cependant  le 
perfide  en  rit  en  fon  ame ,  &  va  faire  le  récit  de  tout  à  fes  Offi¬ 
ciers  des  Aydesad'unemanierefifriponejqu’onnela  peuthom 
nêtement  exprimer  5  mais  après  avoir  amufé  le  tapis  pendant 
quelques  jours ,  Savoir  endormi  la  malade  avec  une  vaine  efpe- 
rance,  la  cure  de  fes  maux  n’ayant  été  qu’en  imagination ,  ils 
fe  renouvellent  comme  auparavant,  &  c’eflàquoy  s’ateendoit  le 
Chirurgien ,  6c  ce  qu’il  demândoit  pour  venir  à  fes  fins.  En  effets 
aux  premières  plaintes  qu’elle  en  fait,  il  luy  avoué  qu’il  n’avoit 
jjas  connu  le  mal  parfaitement  dés  les  premiers  j  ours,  ma, is  qu’en 
étantà  prefent  mieux  informé*,  il  voit  bien  qu’^il  eft  encore  plus 
grand  qu’il  ne  fc  l’étoit  imaginé  ^  enfin  quil  n’y  a. plus  qu’un 
#  remede  à  y  faire  ,*mais  qu’il  n’y  a  qu’un  homme  au  monde  qui 
fçache  le  préparer  ,  que  c’eft  pour  cela  qu’il  le  met  à  un  pri^s 
exceffif,  &  qu’il  craint  qu  elle  n’en  vculle  pas  faire  la  dépeiife. 
La  malade  en  xaifonneavec  fon  bon  mari,  &  comme  il  ne  pcu- 
fe  qu  a  contenter  fa  jolie  femme,  il  prie  luy-même  nôtre  fourbê 


Seconde  Vartie,  Chap.XVI.  47^ 

Ae  ne  rien  ménager  pour  une  affaire  de  cette  confequence  5 
mais  il  luy  répond  que  tout  ce  qu  il  peut  faire  pour  fon  fervice 
eft  d’écrire  à  Paris  au  fieur  Barlet  fameux  Médecin  Spagirique 
qui  feul  fçaic  V extrait  Bdfami^tie  y  quinteffentié  dam  la  y.  scuHger.  àt  /i- 

mix  m dab atrum  leeret  des  fecrets  &  la  véritable  panacée  ,  huiofisqudit»tiSut 

pour  convenir  du  prix,le  plus  jufte.  Et  de  fait  huit  ou  dix  jours 
après,  il  fait  voir  une  lettre  fuppofée  de  Barlet,  par  laquelle  il  ceiia9.c,xj.t. 
n^a  jamais  donné  l* extrait  Balfamique  quinteffemié.  dam  la  noix 
malabatrum  y  l' abrégé  delà  MedecinCy  à  moins  de  fix-vingts  loüis 
4’or ,  mais  qu’en  faveur  de  la  Chirurgie  il  eu  rabat  vingt.  Ainff 
le  bon- homme  fe  refond  adonner  les  cent  loük  d’or,  qu’on  fait 
femblant  d’envoyer  à  Paris  ,  au  moyen  d’une  lettre  de  change  ‘ 

cirée  des  Officiers  des,  Aydes.  En  effet ,  quinz-e  jours  après  le  - 
remeds  arrive  avec  la  quittance  de  Barlet  ;  mais  l’un  &  l’autre 
fuppofez.  On  met  le  remede  en  œuvre,  on  en  continué  Pufage 
fendant  quelques  jours ,  &  pendant  que  le  Chirurgien  &:  les  Of-^ 
liciers  tiennent  effeétivemenc  les  cent  loüis  pou-r  fe  dédomma¬ 
ger  de  tout  ce  qu’ils  prétendent  que  ce  Cabaretier  leur  a  fait 
perdre  fraudant  la  Gabelle.  Ma^s  enfin  comme  la  pauvre  ma-  ■ 

Jade  ne  fe  trouve  pas  mieux  de  l’extrait  prétendu  que  de  tous 
les  autres  remedes ,  ôç  qu’elle  voit  que  le  Chirurgien  la  négli¬ 
gé  ,  &  qu’il  ne  répond  à  fes  plaintes  que  d*une  maniéré  gogue¬ 
narde  ,  le  bon-homme  6ç  la  bonne  femme  commencent  à  fe  per- 
fuader  qu’on  pourroit  les  avoir  pris  pour  duppç.  Ils  s’avifent 
donc  d’écrire  à  Barlet  pour  fça voir  s’ila  effeftivement  donnéi 
un  Chirurgien  de  B ,  l’extrait  Balfamique  pour  la  fomme  de 
cent  loüis  d’or ,  &  Barlet  répond  qu.e  c’eft  luy  à  la  vérité  qui  dif- 
penfe  ce  grand  tréfor ,  &  qu’il  eft  le  véritable  ^  Tunique  |  mais 
que  le  Chirurgien  qu’il  ne  connoît  point  çff:  un  trompeur ,  & 
qu’il  ne  le  luy  a  jamais  envoyé.  Que  faire  a  cela  fi  non  d’aller  au 
confeil ,  quancion  eft  auffi  dépourvu  de  confeil  que  nos  bonnes 
gens  Tétoienc  ?  Ils  y  vont ,  Scie  confeil  eft  d’avis  quon  faffe  ca?- 
cher  des  témoins  dans  un  cabinet  ou  derrière  la  tapifferie,  pen¬ 
dant  qu’ilsiè  plaindront  au  Chirurgien  de  Tinutilité  du  reme¬ 
de  ,  6c  qu’ils  luy  feront  avoüer  qu’jl  en  a  touché  le  prix.  Dit  ôc 
fait, le  Chirurgien  combe  d’accord  de  tout ,  ajoutant  qu’il  faut 
efperer  Sc  attendre  patiemment  le-fuccés  de  l’extrait.  Sur  quoy 
on  porte  l’affaire  en  juftice ,  on  produit  la  lettre  de  Barlet ,  les 
témoins  font  entendus  ,  le  Chirurgien  qui  ne  s-attendoit  pas  à 
cela,  eft  interrogé  &  gâte  toute  fon  affaire,  voulant  exciper  de 


480  mjds  de  MedecînCé 

quelques  raifons&  de  quelques  inipudences  qui  ne  fervent  qu*à 
le  convaincre  qu’il  a  fait  des  retnedes  àla  malade ,  le  relie  par¬ 
lant  allez  contre  luy.  Mais  les  Officiers  voyant  qu’il  le  faloit 
tirer  d’affaire  ,  &  n’y  pas  entrer  eux-mêmes  fort  avant ,  font 
parler  d’accommodement  On  reprefente  à  nos  bonnes  gens  , 
que  leur  partie  efl  un  gueux  ,  qu’il  n’y  a  pas  où  le  prendre 
quand  on  aura  bien  fait  des  frais ,  &  011  leur  fait  comprendre 
qu’ils  feront  mieux  de  prendre  les  foixante  loüis  d’or  qü’on 
leur  offre  J  que  d’en  mettre  encore  autant  fans  efperance  de  1^ 
retirer.  Ils  aiment  la  paix  >  ils  prennent  les  foixante  loüis ,  on 
paffe  l’accord  >  &  les  Officiers  des  Aydes  font  contens  de  s’être* 
aédommagez  de  tout  ce  que  le  Cabaretier  leur  a  fait  perdre.  Au 
refte  11  on  veut  .fçavoir  toutes  les  circonftances  de  l’affaire  ,  le 
Chirurgien  eff  à  Paris  où  il  s’eff  retiré  après  cette  belle  expé¬ 
dition  pour  y  vivre  de  là  Charlataneric ,  &  où  il  raconte  auiS 
effrontément  qu’il  faifoit  en  Province  la  chofe  comme  elle  s’eft 
paffée.  Mais  c’eft  affsz  parler  des  Médecins,  Chirurgiens,  ôc 
Apotiquaircs  Charlatans ,  entrons  dans  la  Màrchandii'e ,  ôi  fi' 
niffbns  par  la  Noblelïè  comme  nous  l’avons  promis. 

G  U  D  A  N  s  le  vieux  eff  un  homme  qu’on  prendroit  d’abord 
pour  Raminagrobis  vieux  Poète  François,  mais  dans  le  vraies 
n’eff  pas  cela.  C’eff  un  véritable  Marchand  mêlé,  qui  loin  de 
broder  à  la  maniéré  des  Poètes,  n’a  travaille  que  dans  les  ma- 
nufadires  de  point  de  France  ,  où  il  étoit  intereffé  ,  &où  il 
ne  joüa  pas  de  bonheur.  C’eff  ce  -qui.  l’obligea  à  paffer  dans 
la  compagnie  des  jcuiies^gcns ,  où  il  faifoit  le  garçon  avec  fes 
maniérés  égalantes.  De  là  il  fe  fourra  parmi  la  vieilleffe  qn’il 
promstt-oit  de  reverdir  avec 'des  Elixirs  Sc  des  Spécifiques  en'- 
chantez ,  quoi  qu’il  ne  débitât  en  efl^t  que  des  ptifanes ,  auf- 
quelles  il  joignoïc  des  pilules,  quand  celles-là  n’étoienc  pas  affez 
effeffives.  Mais  quelles  pjlulcs  ?  Car  C^eff  pour  avoir  paffé  une 
de  ces  petites  baies  au  travers  du  corps  de  Macf  de  Vaugien  , 
qu’il  la  guérit  de  tous  maux  ,  8c  qu’il  la  rendit  bienheureufe  à 
jamais  *:  car  ce  maître  Aliboron  en  fçait  bien  plus  qu’on  ne  s’i¬ 
magine, 

Jl  dpjfout philtri  cohobe i 
Mtt  Pamcelfe  à  courte  robe. 

M^is  pas  moins  impécunieux  i 
Car  quoi»  Intendant  de  P  Archée 
Il  nm  paroh  pas  plus  Zachée, 

^  '  ^  '  '  Enfin 


Seconde  Partie,  Chap;  XVI.  481 

Bnfia  nous  voici  à  ce  qui  paÜe  infiniment  tous  ces  Grippçfous 
de  la  Médecine  Cliarlacane  donc  nous  avons  parlé  ci-devant. 

C’efl:  de  la  nobleffc,  mais  quelle,  noblefle  ?  Une  véritable  Al- 
teûTe  ,  &  pour  ainfi  dire  ,  la  Hauteffe  &le  grand  Seigneur  des 
Charlatans  de  nôtre  fiecle ,  la  terreur  de  toutesdesr.Facultez,  ôc 
un  Médecin  ,  fi  l’on  s’en  rapporte  à  la  généalogie  qu’il  nous  a 
donnée,  de  bien  meilleure  maifon  que  les.defcendans  de  Po- 
dalire  &  de  Machaon.  Auffi  cd-ce  par  cette  fine  Chevalerie 
que  je  ferme  la  Compagnie  d’Ordoonance  de  la  Charlataneric 
fiéfée  ,  &  avec  cette  fine  écaille  de  tortuê  appellée  communé¬ 
ment  Car ....  que  je  finis  le  cabinet  des  fecrccs  de  la  Médecine 
Bmpirique. 

Je  veux  donc  ,  s’il  le  faut  vouloir  pour  avoir  la  paix,  & 
pour  ne  pas  paroître  ruftique  parmi  la  Nobleffé,que  ces  beaux 
iecrets  d’Alexis  Piémontois",  &  de  Defiderio  Dercombes  com¬ 
patriotes  de  nôtre  Héros  Charlatan  j  je  veux,  dis  je,  que  l’or 
potable  &  tout  le  nefte  de  la  boutique  foic' miraculeux  j  màk 
j’avoLië  que  je  ne  puis  comprendre  pourquoy  ce  prétendu  Tau- 
maturge  n’a  fait  qu’un  miracle,  Pourquoy  des  remedes  regar¬ 
dez  ôc  préconifez  comme  les  n3ains  de  Dieu  n’ont  été  falu car¬ 
res  qu’a  un  grand  Seigneur,  ni  comment  il  s’efl:  fait  que  pour 
un  malade  qui  a  fentiles  effets  des  Panacées  de  nôtre  Panure 
ge ,  tous  les  autres  font  morts  ^  ou  demeurez  en  l’état,  qu’iîs 
étoieht  avant  qu’il  les  entreprit  ?  Quoi  fes  Elexirs  n’âuroicntlls 
été  bons  qu’à  une  perfonne  ?  Car  je  n’ay  garde  de  dire  avec  les 
Philofophes  ôc  les  Médecins  ,  quant  à  cette  fameufecure^j  que 
les  remedes  qui  avoient  précédé  les  fiens  ,  a  voient  pu  intro¬ 
duire  des  difpofitions  favorables  aux  derniers  j  que  la- Chirur¬ 
gie  aufli  bien  que  la  Médecine  nous  fournit  tons  les  jouri  des 
exemples  de  malades  guéris  par  la  nature  ,  lorfqu’on  les  croyait 
derefpcrez.  Je  n’ay  garde',  dis-je ,  d’allcguer  ces  raifons  &  quel¬ 
ques  autres  qui  plairôient  peut-  être  encore  moin^  :  car  c’eiŒ  bien  Morbîs  pîerum- 

à  des  Philofôphes  6c  à  des  Médecins  à  rai fonner  avec  de  Grands-  qSus 

Seigneurs,  Mais, quoi-qu’il en  fqit,  file remede  qu’ôna employé  profuit  Medicus. 
à  cette  cure  ,  eft  fi  fonverain  ,  n’étoit-il  pas  de  la  genèrofité 
d’un  Seigneur  MedeClh  ,tel  qu’étoit  M,  C. . ,  d’en  faire  part  àîa  ‘ 

pauvre  Medecine  &  au  public  ?  *  Et  s’il  voulok  mettre  ce  talent  à  ^ 
profit ,  n  avons-nous  pas  des  mains  magnifiques  ôc  toutes  Royales,  diftat  ïïcrriæ  Sia- 
qui  font  gloire  de  rCcompenfcr  toutes  les  belles  découvertes,  ôc  ▼«tus. 
de  ne  fouffrir  jamais  la  lumicre  cachée  fous  le  muid  ?  Voilà 

ppp 


^  f  Ejjüîs  de  Mededne, 

pour  la;  Panacée ,  pour  l’or  potable  ,  èci^ouv  le  medendi  perîtus^ 
Voyons  maintenant  fi  le  Hr  bonus,  ce  véritable  caradcrc  d’uii 
Médecin,  fc  trouve  dans  cet-Efculape  Tranfalpin  \  Loqtnreut 
te  'ifideam  :  car  c’eft  ce  me Temblc  traiter  un  homme  bien  dou¬ 
cement  ,  que  de  le  faire  juge  en  fa  caufe.  Il  dit  donc  par  fon  pe¬ 
tit  Fadum  ou  Manifefte  imprimé  à  Tournay  j  car  je  fie  diray 
rien  icy  du  beau  Livre  ,que  cet  Efculape  Théologien  a  fait  con¬ 
tre  les  Decrets  du  Clergé  ,  ces  vifioris  nous  arrêteroient  trop 
&  ne  font  gueres  de  nôtre  fujèt.  Il  dit  donc  dans  le  mariife- 
ifte  impriihé  i.  Tournay ,  que  s’étant  attiré  l’envie  des  Médecins 
parfâ  fcience  Ôc  par  les  gracesque  le  Seigneur  lui  a  faites ,  qu’il 
cillas  d’affaires  au  point  de  ne  vouloir  plus  faire  la  Medecine 
qu’à  fes  amis  &  aux  pauvres.  Fort  bien  ,  fi  cela  fe  trouve  vrai 
âpres  que  nous  faarons  examiné.  Quant  au  Manifefte  impri- 
mé  àT^ans ,  ce  n’efl  qu’un  gaiimathias  ,  il  n’y  a  ni  deflein ,  ni 
lorHre,  ni  fens,  ni  orthographe,  ni  pureté? de  langage,  H  con- 
iclud  tout  comme  au  premier  ,  ne  fait  riçn  moins  que  ce  qu’il 
projette  Car  ap,es  s’être  étendu  fur  une  Genealogie  qui  ne 
^it  rien  à  la  Medecine  ,  &  avoir  protefté  qu’il  ne  la  veut  plus 
faire  c^we  gram  ,  if  ne  lailTe  pa's  de  prendre  de  l’argent  6c  d’en 
exiger  même  d!avance  Encore  fi  jon  eh  avoit  été  quitte  pour 
de  l’argent*  6c  qu’il  eût  agi  deibonne  foi:,  on  auroit, eu  la  con¬ 
solation  d’av^oir-^confulte  un  Médecin  du  bel  air  ,  ôc  de  s’être 
fervi  d’un  remede  à  la  mode  ,  dans  une  maladie  d’important 
eenmais  ne  fçait-on  pas  qu’il  y  avait  ordinairement  de  làcol- 
lufiqn  entre  ce  Marquis  ôC'dcs  gens  .dignes  d’être .marquezan 
coin  dcyîj&ipons  ’  Ne  feaif-on  pas  l’hUtoirc  de  la  maladie  dé 
‘Mâd,.  de  Q^oii  il  apofla  une  femme,  qui  avoit,  difoit-il,  un  ré- 
’mtede  fouveram  ,  6c  avec  laqueUe  il  partagea  l’argent ,  quoi- 
quul  fît  femblant  de  ne  la  pas  connoître  ?  Y  avoit-il  plus  de 
finceri'té  dans  la,guerifon  prétendue  de  M .  L .  M.  D .  ;  C  pul- 
moniqne  ou tné.  félon  nôtre  Efculape  6c  fes  partifans,  entre  Icf- 
quels -ilfe  tronAfa  mémé  desiMedeciès, qui  :a.ttefterent  qu’il ém^^^ 
pulmonique  formée; pute  (fuppâiidntpu^^dqu’oMe  gnerit  jat 
mais  de  tels  .pulrnoniques ,  6c  q.Lindans  le  vrai  il  n’étoit  que  feot- 
bütique?  Ainfi  tout  le  bruit  qu’on  fit  de  cette  cure  en  idée,  ne  ve- 
noit  que  de  ce  que  les  fçorbutiques  paroifTent  quelquefois  dans 
un  écaçdéploré:^  quoi  qu’à  quelque,  temps  de  là.  fis  firent  fü^ 
leurs  pieds^  tant  cette  maladie  efl  bizarrey  ^ç  tant-il  efl:  facile  de 
confondre  quelques  fympt.Qmes  de.  ce  mal  avec  ceux  de  la  put* 


Secondé  Pdrth  Cbàÿ  :  X  V 1 .  48  3 

monie.  EnCdre  s’il  n  avoir  faÂ#qu^é»igerui||é'fois pour  toütcs  dc^ 
l’argent  des  malades  ;  mais  qdî  à'jamais  entendu  parlerdé^etoltr-^ 
neràla  charge  comme  il  ht  »  &  de  vouloir  prenid/e  une  féconde 
fois  pourduppe  un  honnête'homme  Cbhfèiller au  Parlement  de^ 
M ,  6cde  luy  voialêir  encore  ^àire -dés  ^veë-  kl^Qr  'fans^ 

füjet  5  cela'  s’appèj.e-E'll  Fif  ifàpM  medmdî  p  ,  ^  ee  ^que* 

nous  avons  appelé  Javec  Sàlà  j  Ays  îlludendpmUMi^t^^^  iàiffè^ 

à  chacun  den  j  ug^ef  fui'  le  narré^  de;  PHï^  prbmê^de  gué¬ 

rir  le  Confeiller  dans  trois  mois moyennant  quinze  cens  ééus  , 
&  il  en  reçoit  cinq- cens  GompiânS  par  prèvifièn  >  le  réfte^’payài 
blc  apres  la  güerifon-  f  pourqàoy^  on;  Contient  d’iîrbitresl^  Mâi^ 
ce  temps  expiré  ,  le  malade  n^étant  pa's  mieUîT  qu'edé  plèmîer 
jour ,  au  j ugement  même  de^  cel iarbkres  J  ^t^ifecGnnbilÏMir/qu  il 
cft  allé  un  peu  trop  vite ,  il  fe  le  tient'  pour  dit  j-de  forte  que  les 
cinq  cens  écus  detneurent'âü  Seigneur  Mcdêcin.  IL  n’y  avoit 
pas  un  fort  grand  mal  fila  choie  en  fet  demeurée  lav  pn-favbîÉ 
ftipulée  ainfi  j  mais  Voic^iqu’au^bdut  de-  huit  jouK  uStMon^uï 
Fleuranr  bien  plus  précieui  què^ceîuy de  la  ÇonîediiF  &:  une 
manières  de  Monfieur  Ghicàneaü  i  apporte  pour  fix  ou  fept  cens 
livres  de  Parties  âü  Confeilléf  pôur  rémedes ,  dit-il,  à luy. four¬ 
nis  fuiyant  les  Ordonnances  de  Monfieur  le.  Marquis  Méde¬ 
cin.  Le  Confeiller  demeuïe  Llirpris,  êc  va  demander  raifon  de 
ce  procédé  au  Marqu is  ^  mais ûl  demeu re  ^ fort  étonné  quand  il 
voit  qu’ii  ne  le  cônnoît  plus ,  &;qu’iLduy  dit  que' ce  rfefi  pas 
là  fbn  affaire  ,  qu’il  en  forte  comme  il  pourra  avec  cét  Apôtb 
quaire.  On  s’échaufe  de  part  &  d’autre ,  mais  l’épée  ne  pou-^ 
vant  plus  fouffrirdes  reproches  de  la  robe  ,  fait  enfin  une  fort 
genereufe  faillie  5  en  un  mot  le  Marquis  ouvre  la  fenêtre ,  & 
prend  à  témoins  les  paffans  de  ce  que,  lè  Confeiller  luy -vient 
faire  un  appel  contre  les  défçnfes  'de  S’a  Majefté.  Ndtbit^ 
ce  pas  là  forrir  d’une  affaire  de  cette  nature ,  d’une  nianiers 
des  plus  cavalières  ?  Car  quelle  apparence  que  la  Sotane  d’un 
Confeiller  né  pour  la  manutention  des  Edits  ,  nejïint  pour 
ai n fl  dire  qu’à  un  boüton ,  en.  un  temps  ou  toutes  les  épées 
tenoient  au  four  eau  ,  quand  il  écoit  queftion  de  duel  ?  Mais 
quoy  de  plus  fu r prenant ,  que  de  voir  qu’un  Cavalier  refufe 
de  prêter  le  collet  à  un  Confeiller  ,  luy  qui  étoit  étranger 
grand  Seigneur.,*  ne  pouvoit-il  pas  efperer  quelque  grâce  du 
Prince  ^  ou  feda  faire  luy^même ,  quittant  le  Royaume  après  le 
combâc’  Achevons  parce  qu’iLya  de  plus  joli  dans  le  manifefte 

.  '  Ppp  'j 


*  Lhmrie  ii  Ca¬ 
pe*.  âagimm.  3. 
pag.  lié- 


*  Legig. 


484.  J  Mffais  de  Médecine. 

iinprimé  à:^aris  ,  après  avoir  remarqué  en  paffanc  qu’il  fut 
attiré  en  lia  Citadelle  de  Tournay  parle  Gouverneur ,  au¬ 
quel  il  promit  de  guérir  Madame  la  Gouvernante  à  de  certaines 
conditions,  mais  que  comme  ce  Gouverneur  vit  qu’il  avoir  don¬ 
né  trop  facilement  da^  fes  hableries ,  &  que  la  gucrifon  qu’il 
avoir  proï^ire  n’avoij  été  que  palliative  ,  il  fe  crût  obligé  de 
difEipulcr  retenir  >  comme  s’il  luy  eût  encore  été  necef- 

faire  ,  jufqnes  au  prétexte  qu’il  eût  de  le  lailïer  aller,  quand  il 
fut  mandé  de  Paris  pour  M .  L.  P.:^D.  L.  F.  Le  refte  du  Fadum 
reprefente  donc  le  Marquis  Médecin  comme  un  brave  :  car 
quanta  raffaire  duConfeilléii  j^c’ed  ce  fauteur  de  la  Fable  qui 
fautoitii  bien  à  Rhpdes  nu  ib  nfetoit  pâSi  &  qui  ne  pouvoit  fau¬ 
ter  où  on  l’en  distje  J  fait  déplaifç  a  l’afïairc 

du  Gonreiller  ,  des  quérellesydes  combats  sdes  tours  de  garçon , 
voire  de  Gafeon,  &  desprocêsàqui  en  âŸOukTtater,  &  déplus  le 
diablé-à-quatre  chez  les  rnaris  qui  ne  le  vouloient  pas  fonfFrir 
auprès  de  leu ts,  femmes  j  &cc  qui  me  paroit  d’un  adroit  &  ache¬ 
vé  brave,  c’efl  qujii  évite  fort  habilement  les  Sbirres  qu’on  luy 
mec  au^îtroufTes.  Qui  ne  s’étonneroit  donc  pas  do  voir  enfin  un 
fibrayc  perfonnageredtiitavcndre  du  Galbanum  ,fi  Lucien  nC 
nous  apprenoit  qu’Antiloque  après  la  mort  de  fon  pere  Amphia- 
raus  étant  chafTé  de  Thebes  fe  retira  en  Afie  ,  où  il  prédifoit 
l’avenir  pour  deux  carolus  de  notre  monnoyei  Mais  ce  qui  doit 
bien  autrement  faire  ccÇér  Fétonnement,  c’eft,  d’apprendre  dkvn 
Auteur  *  de  fa  Nation  ,  que  non  feulement  il  u’eff  pas  fans 
exemple  de  voir  des  gens  de  qualité  s’attacher  à  la  Medecine 
comme  à  une  planche  du  naufrage  ,  après  qu’ils  ont  diffipé  leur 
bien  ,'  mais  encore  que  le  Miniftre  d’un  grand  Prince  ('  qu’il 
aiiroit  dû  nous  nommer ,  )  ayant  été  difgraeié  &  privé  de  tous 
fes  biens,  fe  rédui fit' à  vendre  des  pilules ,  des  pommes  de  feii^ 
teurs,  &;  des  mufeadins  pour  entretenir  fa  mifcrable  vieillefle. 
V oila  de  nos  Marquis  Médecins  ,  gens  ,  s’ils  font  Marquis  bien 
marquez,  dont  on  ponrroit  dire  les  voyant  confiderer  les  urines 
&  les  autres  excrémens  des  malades,  'Uh  ejl  dignitas  ilU  flen^ 
decofis  ?  (^ui  nutriehmitur  in  croceis ,  afnplexïî’ti  funt Jiercora .? 

Demeurqns-en  là  après  un  fi  bel  exemple  5  car  qui  doute  que 
fi  on  jouloit  chercher  tous  les  Empiriques  de  Paris  ,  on  n’en 
trouvât  aflez  pour  former  une  Légion  foudroiante  ,  &  pire  que  le 
■ïf  Démon  de  ce  nom,  tant  ce  genre  d’hommes  eft  brave&expe" 
ditif ,  paflànc  au  refte  fous  filence  quelques-uns  de  ceux  > 


Seconde  Partie,  Chap.  XVI.  485 

après  avoir  fait  faire  naufrage  de  leurs  biens  &  de  leurs  vies  à 
tant  de  perfonnes  trop  crédules, ont  enfin  eux-mêmes  fait  nau¬ 
frage,  jettez  fur  la  grève.  Car  quant  à  tant  de  grands  noms  de 
cette  nature ,  tout  ce  qui  a  patû  cy-dcvant  fur  la  Scène  Char- 
latane  eft  fi  ufé  ^  qu’il  n’y  en  a  plus  à  prefent  que  deux  ou  trois 
qui  /oient  à  la  mode. 

Encore  une  fois  donc  Paris  ,  les  voila  vos  Sauveurs  &  vos 
Divinitez  fenfibles  :  Hi  funt  dii  tut  ,  les  voila  vos  Dieux  qui 
malgré  toute  la  confiance  que  vous  y  mettez ,  ne  font  autre  chofe 
que  genm  homimm potentibui  infidum ,  fper antih.  f ail ax ,  quoâ  veta- 
hitur  femper  é'  retinehitur ,  foiblefle  fi  grande  qu’elle  ne  peut  être 
excuiee  qu’avec  ces  paroles  d’un  pauvre  malade ,  qui  raillé  pour 
avoir  confnlté  de  pareils  Oracles  ,  répondit  ingénument, 

•voule^’- 'uous  y  ce  nejl  pas  moy  qui"  fais  cette  faute  y  je  ue  fuis  plus 
V homme  que  f  étais  avant  que  d'être  malade,  •  ' 

Mais  il  eft  temps  de  pafler  outre,  &  de  venir  à  la  fécondé 
Partie  de  nos  Peintures.  Ceux  donc  qui  ne  font  pas  Charlatans 
fié/ez  &  par  excellence ,  tels  que  le  font  ceux  que  nous  avons 
dépeints  cy-deftus ,  ne  laiffent  pas  de  l’être  avec  la  robe  &:  le 
bonnet ,  fui vant  les  marques  que  nous  avons  dgnnées  de  la 
Charlàtanerie  au  commencement  de  ce  Chapitre.  Car  fi  la 
fincerité  ,  la  fidelité  8c  les  bonnes  mœurs  manquent  à  un  Méde¬ 
cin,  pourra-t-il  être  Fir  bonus  medendi peritus  ?  Le  grand  Prince 
que  nous  avons  ey- devant  allégué  quelquesfois ,  ôc  qui  parloit  fi 
agréablement ,  difoit -qu’il  y  avoit  quatre  fortes  de  Charlatans 
dans  le  monde.  Il  y  mettoit  les  Princes  tous  les  premiers  , 
parce ,  difoit  il ,  que  la  plupart  promettent  bien  plus  qu'ils  ne 
donnent.  Il  y  mettoit  enfuite  certains  Théologiens  qui  promet¬ 
tent  hardiment  le  Ciel  ,  qui  dépend  bien  plus  de  nos  bonnes 
œuvres  8c  du  bon  plàifîr  de  Dieu  ,  que  de  leurs  promeflès.  En 
troifiéme  lieu ,  il  y  mettoit  ces  gens  du  Palais  qui  promettent  le 
guain  déroutes  les  caufes }  8c  enfin  les  Médecins  qui  promettent 
la  fanté ,  qui  dépend  autant  d’une  infinité  d’incidens  ôc  de  cir- 
conlbnces  que  de  leur  fçavoir.  En  effet  ,  la  plupart  de  ceux  cy 
font  à  peu  prés  comme  ce  Philippes  le  Sophifte  ,  qui  promettoit 
l’immortalité  à  ceux  qui  voudroient  bien  s’abandonner  à  fa  con¬ 
duite  8c  à  fes  remedes.  Rien  ne  leur  eft  iropofiible  non-plus  qu’à 
^Médecin  que  le  Comique  introduit  ainfi. 

Num  larvatus  i0.e  aut  ceritùs  fac  feiam  ?  pUuu.s  in  Ment. 

Num  eum  veurnus ,  aut  aqua  intereus  tenet  ? 

ppp  iij 


4^6 


Ëjjals  de  Médecine, 

Perfacile  <^uiàtm  eji. 

Smümfuturumimfaidqmàempromittojîde 
Slmn  fitjpiraho  plus  fexcentos  in  dies 
Jta  ilium  cura  mugnâ  curaho  tibi. 

C’cft  ainfî  qu’un  autre  parle  prcfque  le  même  langage. 
in  Tfeudolo  3,  jorhitiouc  fucium  ego  te  hodie  mea 

JtemM  Medea  Peliam  concokitfénem. 

medicamento  ^  fuis  venenis  dicitur 
Feciffe  rurfus  ex  fene  ndolefcentem.  -  ' 

Item  ego  te  faciam.  / 

,  Ils  s*imagm‘cnt  que  c’eft  affez  d’être  Dodeur  pour  être  ha¬ 
bile  homnié,  fans  faire  attention  que  ce  titré nefe  réfufégue- 
res  à  qui  a  de  l’argent &  qu’il  ne  s’accorde  jamais  à  qui  n’en  a 
Y  Navarr  P  siV  Coiübien  y  a-t-il  d’ignorans  avec  leurDodorat ,  &  me- 

vefi.  art.  HIC  dcTprits  màl  tournez  avec  toute  leur  fcience  ,qui  prennent 

&M*g.Sedob}i-  tout  de  travcrs  I  Galien  appelle  ces  derniers  les  Hérétiques  de 
«juntur.  Médecine  ,  tant  ils  paroillént  entêtez.  Mais  ce  qu’il  y  a  en¬ 

core  de  pire  dans  nos  Dodéurs  i  eft  qu’ils  joignent  la  maüvài- 
fe  foi  à  l’ignorance  &  à  l’entêtement ,  tâchant  de  perfuâder, 
comme  font  les  Empiriques  fiéfez,  qu’ils  ont  des  fecrets  pour 
toutes  fortes  de  maux. 

fuit  beau  les  entendre  alléguer  leurs  miracles  »  •  • 

D’un  air  impérieux  prononcer  leurs  eracléî  ; 

Contre  les  plus  grands  maux  fe  déclarer  garands  »  ■ 

F t  de  leurs  beaux  difeours  infatuer  les  gens.  ‘ 

V un  prônera  par  tout  fon  grand  Alexitaire  » 

Jj autre  de  fin  extrait  fait  fin  plus  grand  myjleri  5 
Celui^cy 'VOUS  produit  pour  remede  à  tous  maux  ■ 

Son  Elixir  tiré  de  mille  végétaux, 
il  autre  ayant  fait  éclore  en  doBe  phantajlique 
Ft  Triacleur  expert  fin  œuf  philofiphique. 

D’un  fi  pompeux  fatras  charge  fis  Recipe^» 
il  n  en  donne  le  goût  ^u  a  des  préoccupez.. 

Le  feu  mifierieux  de  fin  Laboratoire 

Fait  le  plus  beau  concert  de  leur  rare  grimoire  : 

Leurs  mots  Ji  bien  choifis  de  Cohobation  , 

Fe  CinefuBion  »  £  Amalgamation , 

De  Cliffus ,  d  Algarot  »  ^  mille  autres  femblables  > 

^i  dans  le  bas  Breton  feraient  peu  fupportables  5 
Et  tout  ce  qui  J  y  dit ,  ^  tout  ce  qui  s’y  fait  > 


Seconde  Vdrtte.  Chap.  XIV.  487 

Tout  ce  qui  peut  entreux  rendre  r œuvre  fujpecf  > 

27‘e  va  qua  découvrir  le  Paétole  en  fa  fource  5 
Bt  pour  parler  "François  »  a  nous  couper  la  hourfe. 

Appelle^’Vous  ces  gens-Ià  Fir  bonus  medenài  peritus  ?  car  pour 
lüôi  jecroi  qu’ils  font  encore  pires  que  les  maladies.  Le  célébré 
Médecin  Capivaccius  étoit  bien  éloigné  de  cette  vilaine  ma- 
niere ,  renvoyant  diredcment  à  fa  pratique  tous  les  Ecoliers  qui 
lui  demandoient  des  fecrets.  En  effet  ces  Médecins  à  fecrets 
font  fouvent  fi  deftituez  de  remedes  j  qu’il  s’en  eft  trouvé  qui 
ont  ordonné  en  même  jour  le  même  remede  à  plus  de  vingt  ma¬ 
lades.  De  plus  ils  s’imaginentqu’il  n’y  a  qu’à  courir  &  à  mendier 
des  pratiques  pour  les  mériter ,  le  rendans  importuns  &  venteurs 
jufqu’à  fatiguer  ceux  qui  les  entendent  ,  ne  parlans  que  des 
cures  qu’ils  ont  faites,  des  perfonnes  de  qualité  qu’ils  fervent ,  & 
de  l’ignorance  de  tous  les  autres  Médecins.  T émoin  ce  fat  qui  di- 
foit  d’un  malade  otm  a  voit  été  introduit  par  un  Apotiquaire  affi¬ 
dé  ^  après  de  bien  plus  habiles  gens  que  lui ,  qu’il  avçit  trouvé 
h  par  où -,  et  qui  n’ empêcha  pas  que  le  malade  ne  mourûLquel- 
ques  jours  après  avec  fon  par  où  fie  pauvre  ignorant  ne  voyant 
pas  que  la  maladie  étoit  incurable.  Voilà  neanmoins  oii  la  vani* 
té  conduit  des  Docteurs  ,  fous  les  pieds  defquels  là  terre  s’ou¬ 
vre  tous  les  jours  ,  qui  joignent  le  fon  des  cloches  aux  Illumi¬ 
nations  des  Eglifes  ,  êc  qui  remplirent  les  familles  de  deüii  » 
vrais  Hermocrates  ,  pas  moins  redoutables  la  nuit  que  le  jour. 

Tant  il  eft  vray  que  « 

Tout  ejl  a  redouter  dé  une  main  meurtrière  ^ 

Ce^  enfvain  qti un  Mirthe  amounux 

Mn  efpere  un  fort  plus  heureux  • 

^ue  le  houx  ^  que  la  fougere. 

Malheur  à  qui  s"" en  trouve  près  ! 

De  tout  ce  quelle  touche  il  n  ejl  rien  qui  ne  tombe , 

Point  de  laurier  qui  ne  fuccombe 
:  A  approche  de  fes  cypre^. 

Enfans  perfides  ôc  dénaturez,  dit  un  bon  &  fçavant  Méde¬ 
cin,  qui  ne  deshonorent  pas  moins  la  mere  qui  les  a  élevez, 

&  qui  les  fait  vivre,  que  font  les  Empiriques  mêmes  avec  lef-  ‘ 

quels  ils  femblent  avoir  confpiré  fa  honte  &;faj)erte.  Car  quel¬ 
le  douleur  à  la  Medecine  de  voir  qu’ayant  tant  d’enfans  qui 
devroient  être  fa  couronne  &  fa  gloire  ,  la  plufpart  paroiffent 
•fi  peu  finceres,  qu’ils  moment  en  fpedaclc  de  fourberie  fur  le 


ft  A  Fourbe  ,  four¬ 
be  &  demi»  Comé¬ 
die  lt*Ueme. 


Mttvceü,  TAlingen, 
Stellat,  in  Leone. 


Se»Ugtv  in  tftior^ 
pis. 


4^8  ■  Ejjüis  de  Meâecine, 

théâtre.  *  De  là  vient  lans  doute  que  la  Medecine  cette  lu. 
niierc  de  la  vie,  eft  réduite  comme  à  fon  couchant  »  par  le  peu 
d’application  que  les  Médecins  ont  en  un  temps  oii  les  belles 
découvertes  des  plus  vigilans  &  des  plus  ftudieux  devroient 
luy  avoir  attiré  les  regards  de  toute  la  terre.  Après  cela  qui 
pourroit  ne  pas  s’écrier  î 

Difficile  efifatymmîtonferibere..^ 

fait  en  profe  foie  en  vers  * 

Ne  dr/tperoit  pas  fur  ces  roffesy 
^ui  font  tant  draper  de  earoffi ’.$ 

Far  des  Recipez,  dé  travers. 

Car  enfin  ,  - 

Vel.perfeBè  artem  dijeantiVel  nsn  medeanturc 
Nam  fi  alu  peccant  artes  i  telerabile^rte  ejt  3 
Hac  vero  nifi  fit  perfe^ay  efi  plena  pmcli  » 

^t  favit  tanq^uam  occulta  y  atque  domefiica  pefiis. 

Difons  donc  encore  que  s’il  n*y  a  que  trop  de  Chirurgiens  & 
d’Apotiquaires  ,  qui  bie  loin  de  garder  leurs  boutiques  ,  ont 
une  horrible  demangeàifon  de  faire  la  Medecine  ,  il  y  a  des 
Médecins  qui  ont  Tame  au flî  baffe  que  ces  gens  ont  le  cœur 
élevé:  car  les  uns  font  les  Chirurgiens,  penfant  eux-mêmes^ les 
malades  de  toutes  forces  de  maux  ÿ  les  autres  font  les  Apotiquai- 
res,  vendans  dans  leurs  logis ,  Seportans  dans  ceux  des  malades 
des  reaiedes  qu  ils  appelenc  leurs  fecrets:  tant  ils  font  ou  avares 
ou  indigens. 

!  Ne  exifio  aut  famé  periret 

Radius  clinicus  ipfemet  co^uinis 
.  *  J? in  fit  ptifanam  y  ér  rotat  verutum  , 

Rimatur  luteum  foramen  ani  y 
clifieria  tergimenda  condat. 

Il  ,y  en  a  d’autres ,  qui  pour  parvenir  plus  facilement  à  leurs 
fins ,  intereffent  certains  hommes  dans  leur  réputation ,  les  met¬ 
tant  de  parc  du  profit  ;  &  c*eff  ainfî  même  que  les  créanciers 

de  certain  Médecin  ,  qui  craignoient  de  le  voir  tomber  dans 
l’infolvance ,  refolurent  entre  eux  de  le  faire  palier  pour  un  Me- 

M  Medicina  fuo  maîo  fato  obrata  ,  fi  non  profundè  obdofmit ,  faltem  ffialè  feriatur, 
dum  corrupta  leu  derorrâ  rationç  ,  pellacibas  fenfîbus  diftrahitur ,  &  fie  cam 
trepidanti  greliu  ad  orcum  propcrarc  obfervamus.  Ant.  G.  k  Tftrr.  in  Hifi- 
Je»  Ttnnium  AmnArtnium  chloridifque  trinm^he.  .  • 

decin 


Smnde  Partie.  Chàp.  XVI.  4^ 

decin  miraculeux.  Ces  gens  entrent  chez  les  malades  fans  être 
mandez  5  ils  y  promettent  tout ,  ils  donnent  même  leurs  remedes 
à  qui  en  veut,  s’ils  n’en  peuvent  faire  de  l’argent.  Ils  ne  con¬ 
tredirent  jamais  perfonne  ,•  ils  admirent  jufques  aux  fotifes  des 
gens  qui  femblent  propres  à  leur  manège ,  accordantmême  aux 
malades  tout  ce  qùe  leur  paffîon  demande.  La  poudre  Antie- 
cliptique  de  celui  dont  il  eft  parlé  dans  la  lettre  35.  de  Guy 
Patin  vaut  feule  toutes  les  Charlataneries  imaginables  ,  & 
l’effronterie  avec  laquelle  il  foutint  le  jugement  que  deux  de 
fes  Confrères  firent  en  fa  y  mutato  nomine  àt  celui  qui 

debitoit  cette  poudre ,  va  au  delà  de  l’imagination.  Nous  avons 
connu  deux  ou  trois  de  fes  Confrères  ,  à  la  vérité  beaucoup 
moins  Grecs  ôc  Latins  que  lui ,  mais  de  mêmes  mœurs  &  de  mê¬ 
mes  humeurs  ;  ^ 

Et  cantate  fares  ét  refpondere  parMl.  ,  > 
de  coups  frappez  fans  brtiit  ,  que  d’œuvres  de  Tenebres  , 
que  de  poudres  de  differentes  couleurs  ,  que  dœxtraits  em¬ 
ployez  à  divers  ufages.  Et  au  bout  du  conte  nous  ne  voyons 
pas  qu’ils  foient  morts  plus  riches  que  ceux  qui  ont  cheminé 
plus  droit.  Mais  avant  que  de  venir  au  détail  des  plus  Charla¬ 
tans,  voyons  comment  un  vieux  Docteur  en  inflruit  un  jeune  , 
les  bons  avis  qu’ils  lui  donne. 

Si  m  veux. ,  mon  enfant ,  difoit  un  vieux  Rabi 
A  fon  fils  en  Docteur  nouvellement  fourbi  y 
D^un  brave  Médecin  mériter  la  louange , 

Et  faire  en  bon  terroir  une  bonne  vendangé. 

Fais  grand  bruit  i  Parle  en  Maître,  avecque  tes  égaux  y 
Et  f  ar  un  noble  orgueil  y  fçaehant  ce  que  tu  vaux  y 
Mire-toi  dans  toi-même.y  admire  ton  geme\ 
toute  étude  foit  de  ton  eff  rit  bannie. 

Étrei  Docteur  fufiît  fans  aller  plus  avant  y 
Et  quant  on  le  peut  être  y  on  nefi  que  trop  fc avant. 

Ton  application  &  toute  ton  étude 

Soit  a  faire  en  beau  lieu  quelque  utile  habitude  y 

Et  pour  ne  pas  commettre  en  vain  ta  gravité  y 

Ni  faire  raifonner  fur  ta  capacité  y 

Eaü'toi  dans  les  maifons  par  quelqu'un  introduire , 

^uifçache  avec  adreffe  une  intrigue  cohduire. 

nj ne  femme  en  ce  cas  mieux  qu  m  autre  l'entend  -  ' 

N  exige  rien  d  abord ,  c  efi  le  point  important. 


45^0 


^ffd^s  de  Medecîne, 

C'ejl  mettre  en  interet  le  droit  de  L'honoraire. 

JuJqaau  moindre  valet  prend  bien  foin  de  complaire  y 
Fais  bien  de  l'emprefféi  fois  fourbe  y  mais  difcret  > 

Jmprouve  hardiment  tout  ce  quun  autre  a  fait  > 

^  contenter  les  fots  mets  toute  ta  fcienccy 
Epuife  en  leur  faveur  toute  ta  patience  : 

Ce  que  l'un  dit  de  nous  un  autre  le  redit  > 

Et  cefi  de-là  quon  peut  efperer  du  crédit. 

Sur  tout  tache  a  gagner  par  intrigues  fecretes  , 

Nonnains yDames  de  Court  Revotes  ^  Coquettes» 

Si  tu  peux  une  fok  mériter  leur  faveur  , 

Te  voila  dans  ton  Art  >  au  fouverain  bon-heur. 

Tour  d'autres  ne  fois  pas  d'un  accès  fi  facile , 

Fais  dire  y  étant  au  lit  ,que  tu  cours  par  la  Fille  » 
pour  te  donner  le  bruit  d'avoir  beaucoup  d' employ  > 

Il  ne  faut  pas  fou ffrir  qu  on  te  trouve  ch e^  toy. 
jF un  hâbleur  rafné  prens  les  belles  maniérés  \  . 

Dis  par  tout,  qu  il  te  faut  veiller  les  nuits  entières  s 
^î^e  les  jours  les  plus  longs  >  font  pour  toy  toujours  courts  % 
Et  que  de  tous  cotez,  on  attend  ton  fe cours  ,• 

Enfin  que  la  pratique  aux  autres  fouhaitablc  v 
T e  vient  contre  ton  gré  y  t'importune  é"  t'accable.. 

Apres  de  fi  grands  mots  femez,  adroitement  y 
fofera  payer  d'un  froid  remerciment? 

Tour  faire  croire  aux  gens  que  ta  récolté  efi  ample  » 

Et  donner  d  chacun  un  favorable  exemple  5; 

^my-quon  paye  afie^  mal  nos  peines  é'  nos  foins  » 

3>is  que  les  facs  d'écus  te  tombent  dans  les  mains  y 
un  torrent  de  prefens  vient  chez  toy  fi  répandre  » 
^^ue-pour  quelque  vifite  on  te  contraint  de  prendre. 

Cet  averti  fement  entre  les  bons  amis  y 
Pourra  revéiller  ceux  qui  feront  endormis  r 
Fuü  foute  nouveauté  y  que  F  antique  croyance  » 

E' emporte  fur  les  fens  ejr  fur  F  expérience  ÿ 
Sluand  meme  ta  raifon  viendrait  t'ouvrir  les  yeux  y 
M  en  faut  demeurer  aux  decrets  des  ayeux  » 

Tourquoy  vouloir  fonder  après  eux  la  nature  y 
sa  va  fie  profondeur  efi  toujours  fort  obfcure  y 
Et-cés^auveaux  Aébar^ands  de  fumée  ^  de  venf» 
abufenr  de. penfirpmémr  pim  avant. 


49> 


Seconde  Partie,  Chap.  XVI. 

Jl  noué  feroit  beau  'uotr  ^our  quelque  tête  folles 
Changer  nos  fentimens  yfenttr  toujours  l'Ecole  , 

Et  déventts  barbons ,  avo'ùer  [ottement t 
^e  nous  n  aurions  fas  eu  k  bon  discernement  5 
nous  avons  befoin  d'aller  à  d'autres  fources  , 
^^e  l'art  a  de  nos  jours  trouvé  d'autres  rejfources  ; 
Et  qu'on  feutiCn  quittant  ces  Auteurs  de  renom  % 
Apprendre  de  ceux-ci  quelque  chofe  de  bon. 

Ces  illufifes  Sçavans  que  par  tout  on  reclame , 

JSFous  mettent  a  cou^rt  des  plaintes  é*  du  blâme  $ 

Et  fans  nous  arrêter  aux  curieux  du  temps  y 
Dont  la  témérité  fait  tant  de  mécontens  y 
VAphorifme  pouffé  d'un  ton  de  Pédagogue  » 

Nous  abfout  pleinement  quand  nous  fommes  en  vogue  t 
De  tous  peche\^  commis  contre  les  trépaffez  > 
la  terre  fouvent  ne  couvre  pas  affez. 

De  mon  temps  l'habit  long  nous  rêndoit  vénérables  t 
^etqu'un  même  entre-nous  des  plus  confiderables  a 
Pro^ofa  d'ordonner  par  de CŸ et  Magijîral 
^jfon  porterait  par  tout  le  bonnet  DoéÜoral  > 

Niais  aujourd'huy  quon  tient  cet  avis  ridicule  % 
,^eies  habits  trainans  ne  chargent  plus  la  mule  % 

Et  qu'on  les  a  laijfe^à  ces  gens  de  relaisy 
^ui  vont  en  balayer  la  falle  du  Palais. 

Tu  peux  jouir  du  droit  que  te  donne  la  mode , 

Te  mettre  du  bon  air  fans,  que  rien  t'incommode  t. 

Et  pour  te  conformer  aux  plus  honnêtes-gens  > 

Te  faire  bigarer  de  points  é"  de  rubans. 

Ainfi  bien  décrafféy  tu  plairas  mieux  aux  bellp  > 

Et  feras  mieux  ta  cour  dans  toutes  les  ruelles  y 
Ou  l'on  eflime  plus  la  vejle  de  brocard , 

^uun  difeours  chamarré  des  plus  fins  mots  de I Art. 
Qifun  cheval  pacifique  à  longue  haute  échine  , 
Porte  a  pas  concertez  ta  pefante  machine  i 
Pour  l'humble  cjr  baffe  mule ,  H  faudroit  moins  de  foin; 
Mais  tu  ne  pourrais  pas  être  veu  de  fi  loin. 

D'un  (jr  d'autre  côté  inclinant  dans  ta  rué , 

Tout  le  monde  fans  choix  courtoifement  falue  y 
Cefi  un  fubtil  moyen  d'être  bien-tôt  connu  , 

Et  de  ne  p^ffer  pas  pour  un  nouveau  venu. 

Qj’i  ÿ 


S  EJJats  de  Medecine, 

Soit  pour  faire  fracas ,  ou  four  courre  a  ton  aife , 

Fais  toy  fulvre  en  carojfe  ou  galoper,  en  chaife^ 

Deux  porteurs  k  la  rue  attirent  bien  des  y  eux ^ 

Et  le  malade  au  lit  >  jV»  croira  tou'jours  mieux, 

JPorte  la  drogue  en  poche  &  fçache  où  tu  t'adrej/e, 

Frend  garde  quelle  [oit  donnée  avec  adrejfe» 

Avant  quelle  s’évente  yéfprens  bien  garde  encor  y 
^^e  tu  n  ailles'  pêcher  avec  l’hameçon  d’or. 

Pour  aller  à  tes  fins  cet  avis  efi  k  Suivre  y 

Les  ,  Moines  fur  ce  fait  nous  apprennent  a  vivre  ) 

Et  puis  ne  faut-il  pas  s*accommo-der  au  temps  y 
OÙ  tu  trouves  des  foux  5  fût  fageàleurs  dépens. 

Verrons-  nous  tous  les  jours  fans  que  le  Juge  en  gronde  ÿ 
Nos  fourbes  de  fecrets  infatuer  le  monde, 

Jufquà  s’en  divervr  avecquedâs  amis  y 
Et  qu  un  fi fion  trafic  ne  nous  foit  pas  permis  t 
il  né  faut  pas ,  mon  fils  y  par  une  fotte  honte  > 

Perdre  C occafion  de  bien  faire  fon  compte  y 
^^muqii  on  veuille  alléguer  fur  un  fi  beau  defiein^ 

Efire  un  peu  charlatan  y  fied  bien  au  Médecin. 

Ménage  kien  le  temps  qui  s’ employé  aux 'Vifites  ^ 

Tache  que  le  difcours  tourne  fur  les  mérités  y 
les  fuccés,y,joient  orne^de  mots  exquis  y 
Et  tou  ours  fur  l  aveu  de  Ducs  (fr  de  Marquis. 

Pour  mus  faire  valoir  y  mon  fils  y  tout  efi  de  mife  y 
Surmotre  propre  fait  la  lo'ûange  efi  permife  3. 

Et  je  t’efiimerois  le  plus  fou  des  humaàm  V 
Situ  ne  fçav.ois  pas  te  payer  par  tes  mains, 

^ue  l’honneur  des  amis  jamais  ne  tint ere^e 3 
a,  Imer.ét'  blâmer  ta  conduite  paroiffe  y 
Après  les  avoir  mis  jufques  deffus  l” Ætel  y 
jy~tin  tour  ingemeux  donne  le  e&up  morteL  . 

Sur  ces  fages  avis  dreffe  ta  Politique  y 
La  vertu,  dans  ce,.jHcie  efi  un  bien  chimérique  % 

'Pt fi  tu  fais  àe^ein  P  attendre  fin  fecours  y 
Ta  fcience  çjl  0,^  croc ,,  tu,  remperas  toujours, 

V  ï  M  A  n  L  A  I  H  étoît  un.  Mécîecin  de  ce  caractère  j  maïs 
ii  avoir  encore  plus  qa  aucun  l’air  d’un  véritable  Empirique  ? 
Oshumerofque  ,  la  taille,  la  barbe,  les  difeours,  Sc  fur  tout ,  les 
iecrets  tous  prefts  .fur  ies  femmes  &  pour.  les  filles.  On  eût  dk: 


Seconde  Pdrtie:  Chap.lXVI.  ^493 

à  Tentendre  parler,  qu’il  portoit  dans  fa  poche  comrhe  l’Ale¬ 
xandre  de  Lucien  Efculape  enfermé  dans  un  œuf.  A  le  voir 
fur  fon  Hypogriphejon  l’eût  pris  pour  un  Roland, ou  un  Fer- 
ragus ,  fl  l’animal  n’eût  marché  aflez  lentement  pour  le  faire 
obferver  des  paflans. 

C’eft  luy  qui  s’imaginoit  avoir  guéri  un  de  fes  amis ,  lequel 
feignit  d’être  malade,  pour  empêcher  qu’il  ne  fe  mit  d’un  repas 
qu’il  faifoit  préparer,  &  qu’il  vouloir  faire  incognito  ^  avec  quel¬ 
ques  femmes.  Cet  homme,  dis-je,  pour  fe  défaire  de  Vimau- 
lain  feignit  iqu’il  étoic  tourmenté  d’une  furieufe  colique ,  &  com¬ 
me  Vimaulain  luy  eût  dit  qu’il  alloit  luy  envoyer  une  poudre 
qui  le  gueriroit  en  bref  ,  il  fit  femblant  de  l’avoir  prife  &  de 
s’en  être  fort  bien  trouvé  3  mais  ce  qu’il  y  eût  de  bon  dans  la 
feinte,  eft  que  le  Médecin  n’eût  pas  apperçû  l’operation  fuppo- 
fée  de  la  poudre  ,  qu’il  s’écria ,  Tvi  vois-)  mon  amiiOîi  tu-  en  étois Jl 
tout  cela  te  fut  demeure  dans  le  corps  ^c  éîoit  fait  de  toy  fans  le  fecours 
de  la  Medecine.  Foild  ce  que  cejl  que  d'avoir  un  Médecin  ami 
éclairé. 

Lonp  I  le  jeune  eft  à  peu  prés  un  homme  de  même  caraclcre , 
gros  &  grand  cheval,  houffe  rouge,  chapeau  trouffé,  manteau 
violet,  air  menaçant,  tout  d’un  vray  ThrafonSc  d’un  jeune  fou, 
témoins  les  coups  qu’il  a  donnez  ,  ôc  qu’on  luy  a  rendus  5  fur 
quoy  on  peut  voir  les  jettons  qu’il  donna  au  public  l’an  1687. 
fur  fes  avantures.  Au  refte  plus  expeditif  en  pratique  que  le 
Capitan  de  la  Comedie. 

Ef-ee  une  maladie  lah  qu^elle  ejl  attrapées 
-  Ÿ extermine  les  maux  du  vent  de  mon  épée. 

P  E  L  O  P  s  ne  juroit  pas  Dieu  comme  ceux-là  dés  la  porte  * 
mais  il  n’alloit  pas  moins  vite,  tout  Vuleain  qu’il  étoit,  êen’^en 
fçavoit  pas  moins  le  chemin  de  la  chambre  &  de  la  ruelle  du 
malade.  Ce  vilain  marran  faifoit  même  le  devot^quand  ce  moyen 
luy  paroiffoit  le  plus  feur  :  car  un  jour  qu’il  avoit  envied’entrer 
au  fervice d’une  bonne  Princeffe,  quoi-qu’il  n’eût  aucune  con- 
noiflance  auprès  d’eîle,  il  s’avifa  de  luy  faire  dire  que  fi  elle 
avoit  la  bonté  &  le  loifir  de  l’entendre ,  il  venoit  luy  faire  un 
récit  fort  édifiant  de  la  mort  d’une  Pemoifelk  qu’elle  regrets 
toit  beaucoup.  On  le  fait  entrer ,  il  débute  par  la  patience 
Chrétienne&par  la  pieté  de  la  de  fume  ,&  prie  la  PrincelTe  de 
trouver  bon  qu’avant  d'en  venir  au  récit  de  la  belle  fin  de  cette 
bonne  fervante  de  Dieu ,  il  commence  par  un  Ve  prsfundis  pour 

I  QLai 


494  Effets  de  Mededni: 

le  repos  de  foh  àme ,  &  il  l’entonne  avec  tant  de  ferveur  &  d’hu, 
milité ,  les  genoux  en  terre ,  que  la  PrincelTe  touchée  de  fa  dé¬ 
votion  ôc  de  l’hiftoire  qu’il  luy  fît ,  le  choifit  pour  fon  Médecin 
ordinaire.  Jugez  de-là  de  quoy  Pelops  étoit  capable ,  &  s’il  écoit 
un  Fir  bonpts  medendi  fcritm  ? 

En  voulez-vous  un  pitoyable  &  récréatif ,  c’eft  une  manière 
d’Efope ,  fi  on  le  regarde  par  la  taille  &  par  ce  qui  étoit  le  plus 
à  charge  à  ce  pauvre  Efclave.  Au  refte  Médecin  de  Balle  ou  de 
Caën ,  ce  qu’il  vous  plaira.  Comme  il  afFede  fort  de  fe  diftin- 
guer,  il  ne  faigne  les  malades  hy  en  Grec  ny  en  Latin,  mais  il 
a  des  remedes  venus  de  l’Arabie,  de  l’Egypte  &  des  montagnes 
de  la  Lune,  où  ila^de  grands  commerces  par  les  vifîons  de  l’A- 
ftrologie  j  il  livre  dulfi  quelqucsfois  chance  à  la  nature  &  à  la 
maladie  ,  comme  un  Bridoie  de  la  Medeeine,  &  hafard  au  jeu, 
ainfi  que  failbit  ce  bon  Médecin  ,  qui  après  avoir  mis  de  foir 
quantité  de  recipez  dans  un  fac  ,  lestiroit  le  matin  comme  ils 
venoient ,  difant  à  chaque  malade  qui  les  recevoir  de  fa  main, 
vrega  il  -pio  che  prieZ  DUii  que  VOUS  en  rencontriez  un  bon.  Au  refte  véritable  mine 
U  ïamaadi  non».  fçauroit  ny  A ,  ny  B ,  mais  qui  fçauroit  bien  boi¬ 

re  ,  ôc  dont  on  pourroit  dire  avec  affurance. 
tœeundi  cdices  quem  non  fecere  difertum. 

Voicy  deux  hommes  qui  vont  bien  plus  vite,  d’une  figure 
toute  autre  que  celle  d’un  petit  Efope. 

N I A  U  D  e'  efl:  un  Dodeur  &  un  Profefleur ,  dont  les  affiches 
font  feules  capables  de  nous  donner  une  idée  de  fon  génie. 
Quant  à  fon  alleure,  c’efl:  la  meme  que  celle  de  fa  monture. 
Stniig.  m  mnih,  Hinc  nil  non  fatagens  y  gemens  ÿ  pcrcurrcns 

C/imllfan,  Subfultans  y  volitans  yfercans  y  popinuns , 

JPerfriâ^am  caperanSy  fcubenfque  frontem 
Securn  verbula  manfa  ,murmurillans 
Ægros  expeditycnecat  vdenter. 

^tqmolimfuerut  crumenicida 
Nunc  occifo  homine ,  illo ,  ^  illo ,  ^  illo 
F uraci  exunimet  manu  crumenas, 

11  ue  monte  plus  fa  chcre  mule  depuis  qu’elle  a  perdu» 
queuë ,  crins  &  oreilles ,  &  voicy  comment.  Il  avoir  des  fecrcts 
pour  tous  les  maux ,  &  fçavoit  fort  bien  les  faire  valoir. 

Secum  bona  non  ruminât  circulator 
Sed  retia  tendit  fatuis ,  hiantibufque. 

Car  il  luy  f^loit  le  tout  ou  partie  de  ce  dont  il  convenoit  avec 


Seconde  Partie.  Chap.  XVI.  45  ^ 

le  malade ,  avant  que  d’entrer  en  matière.  L^accord  étoit  fait 
avec  une  vieille  credule  de  la  guérir,  moyennant  certaine  fom- 
îne  dont  il  touche  la  moitié  d*avance  3  mais  il  commence  la  cure 
par  une  pilule  fi  adivc,  que  la  bonne  femme  meurt  pendant To- 
perâtion.  Cependant,  comme  il  ne  s’attendoit  pas  à  la  trouver 
fur  les  tréteaux ,  il  eft  non  feulement  furpris  de  ce  fpcdaclc  , 
mais  encore  de  voir  que  des  collateraux  qui  luy  avoient  tant 
d’obligation ,& qui  avoient  mal  pris  l’hiftoire  delà  convention 
èc  du  remede  >  luy  reprochent  fon  avarice  &  Ion  ignorance,  & 
qu  apres  luy  avoir  fait  rendre  l’argent  qu’il  avoir  eferoqué ,  ils 
le  conduifent  à  coups  de  pieds ,  jufques  dans  la  cour  du  logis. 

Ce  n’eft  pas  là  tout ,  car  un  de  ces  Picrocoles  avoir  coupé  la 
queue  &  les  oreilles  de  la  pauvre  mule ,  fur  laquelle  on  le  jette 
avec  précipitation ,  ôc  il  he  s’apperçoit  de  eett-e  mutilation  que 
lorfqu’il  entend  les  enfans  crier  dans  les  rues  au  Eemrd,  auRe-  U  Serm». 
mrd.  Qui  ne  diroit  donc  à  le  bien  confiderer  que  c’^eft  luy- mê¬ 
me  qu’un  Poète  Italien  nous  figure  en  la  perfonne  d’un  Dodeur 
cherchant  pratique ,  &  promenant  fa  mule  SC  fa  morie  de  porte 
en  porte.  .  • 

La  muta  va  t^pfteando  e  trahendo  ^ 

Dice  H  magijlro vohis  me  cammend&  . 

Non  fo  iÏQ  me  nentendo 
Ma  certe  a  me  pare  \che  cofiuifia 
Coiui  che  va  bandando  ha  maria.. 

O  lire  tant  d^affaires  de  cette  nature  que  îe  fort  &  fa  conduite 
luy  firent ,  il  luy  en  arriva  bien  d’autres  du  côté,  de  dame  chi¬ 
cane  ide  forte  qu’il  n’y  a  prefques  rien  de  luy  >  qui  ne  fbit  un^ 
fujet  de  Comedie, 

Voicy  encore  du  plus  fin,  une  figure  de  Gafeon  toute  e^ 
traordinaire. 

Re  P  o  u  R  T  vînt  à  Paris  en  vray  Ga  feon ,  êc  y  demeura  quel^ 
que  tems  fur  le  pied  qui  l’y  a  voir  amené.  Enfin  il  s’y  fit  Dodemr 
comme  tant  d^autres  ,  ce  qui  fait  enrager  tant  d’honnétesgen^ 

fut  cequi  letira  d*afFaire& de laniifere.^^/^^/^wj^;»  torié;. J  wr- 

ga  Jf£  crevit.  Jamais  ravancurier  Bufeon  ne  fit  tant  de  cours,  ^  ne 
trouva  tant  de  moyens  pour  venirà  fes  fins,  La  vigiienee  desvalecs 
ne  fèrvoit  de  rien  quand  il  avait  refolu  d’entrer  enquelquemai- 
fon.  Il  apprivoifoit  le  ^iffe  le  plus  Suifle ,  Ôcfi  la  porte  fe  troi^ 

■^it  fermee  ,  il  regardoit  s’il  n’y  avoir  point:  de  fenêtres  baffes, 

Entré  qu’il  étoit  il  fe  l^foic  écouta:  dœ  malade  maliré  qu’il 


-  EJJaii  de  Medecine, 

ۆt,il  promettoit  tout,  &:  ne  haranguoit  pas  avec  moins  de  ve- 
hemenceScde  fuccés  pour  fes  fccrets  que  le  véritable  Tabarin. 

Il  ctoit  meme  fl  liberal  des  remedes  qu’il  portoic  ou  qu’il  faifoit 
porter  par  l’Apotiquaire  Ton  affidé ,  qu’il  en  reftoit  toûj ours  allez 
apres  la  mort  du  malade  ,  pour  en  tuer  quatre  ou  cinq  autres. 
Au  rcftc  fi  reconnoiflant  envers  le  métier  qui  luy  avoir  mis  le 
pain  à  la  main ,  qu’il  eut  fouffert  le  martire  pour  luy  5  en  voici 
des  marques.  Il  avoir  refolu  d’entrer  en  qualité  de  Médecin  or¬ 
dinaire  dans  la  maifon  d’un  Prince,  grand  Officier  de  celle  du 
Roy.  On  avoir  beau  le  chaffer,  il  ne  manquoit  jamais  de  reve¬ 
nir  le  même  jour:  Car 

^uand  on  obtient  ce  qu  on  aime 
^^importe  ,  quimfone  a  quel  prix. 

Mais  les  Officiers  de  la  maifon  ayant  enfin  eu  ordre  de  le 
faire  déferrer  ,  s’aviferent  de  l’engager  a  un  jeu  où  un  homme 
étant  monté  fur  fon  dos  ,  deux,  autres  le  ferreront  de  fi  prés , 
iqu’on  luy  coupa  facilement  l’éguillctte.  V oiçy  donc  que  com« 
me  il  ne  peut  fe  défendre  de  tendre  beau  dos  pendant  le  jeu  , 
cçluy  qui  étoit  prépofé  pour  l’exécution ,  aperit  ramum  qui  vefie 
latebat,  &  luy  en  donne  tout  d’un  temps  jufqu’au  fang ,  le  tout 
en  riant,  &comme  aux  noces  du  Seigneur  de  Bâché.  La  Prin* 
ceffe  qui  regardoit  cette  Comedie  d’une  manière  de  loge ,  ne 
pouvoir  s’empêcher  de  rire  avec  quelqu’une  de  fes  Damoifellesj 
&  comme  elle  ne  pût  même  s’empêcher  d’éclater ,  le  Gafeon  qui 
s’en  apperçût  en  fortant  d’affaire  ,  fe  tourne  vers  elle ,  luy  di- 
faut  tout  confolé  de  l’honneur  de  fa  prefencc.  Caâedis  , 
dame  ,  leur  pardonne  la  fottife  puifqu  elle  vous  plaît ,  je  fuis  trS 
heureux  de  vous  pouvoir  un  peu  divertir.  V d\\2i.  comme  fepajfaune 
Comedie  qu  on  eut  pu  intituler  la  Crème  fouettée  de  la  Medecine  char^ 
latane  é"  G ^feonne.  Mais  ce  n’eft  pas  encore  là  tout  ,  car  tout 
fouetté  qu’eft  le  Dodeur  ,11  ne  perd  pas  pour  cela  courage,  tant 
il  abonne  envie  d’être  aux  gages  de  l’Hôtel.  11  fe  prefehte  donc 
quelque  temps  après  pour  un  voyage  de  campagne  ,  &  comme 
on  voit  qu’il  en  veut  être  malgré  qu’on  en  ait ,  l’Ecuyer  non 
content  de  luy  donner  un  fort  méchant  cheval,  luy  fourre  en¬ 
core  du  favon  entre  la  felle  &la  houffe.  Il  foufle  auffi-tôtd’in- 
quietude  comme  un  Aftmatique,  &  ne  peut  comprendre  dou 
luy  vient  le  mal.  Ceux  qui  l’ont  caufé  le  queftîonnent  mali- 
cieufenjent ,  5c  s’oftrent  à*le  foulager ,  mais  il  diffimulc  ôc  patien¬ 
te  le  mieux  qu  il  peut ,  &  pendant  que  ces  Officiers  rient  >fous 


Seconde  Partie.  Chojp.  XVI.  497 

cape ,  le  temps  paffe  &  l’on  arrive  au  gîce  i  où  la  foupe  &  le  vin 
racommodenc  tout.  Cependant  comme  il  fçait  qu’il  y  a  un  païs 
dans  les  Indes  où  l’on  pafle  Médecin  à  grands  coups  de  foiiec , 
&  après  d’autres  fatigues>  il  fe  croit  déjà  Médecin  de  l’Hôtel , 
&  c’eft  pour  cela  que  les  Officiers  de  leur  côté  le  regardans 
comme  unincorrigiblc  >  l’abandonnent  à  la  vallctaille  qui  emplit 
fa  botte  d*une  matière  qui  luy  faute  au  nez  &  aux  yeux  ,  au  mo¬ 
ment  qu’il  y  mec -le  pied.  Gn  ne  fçait  s’il  fit  quelque  nouvelle 
tentative  depuis  ce  temps-là  ,  ou  s’il  comprit  enfin  que  c’etoit 
en  vain  qu’il  foufFroit  le  martirc  pour  une  ingrate  pratique. 

Autre  martyr  de  la  Médecine  j  tant  il  a  fait  de  chofes  pour 
parvenir  à  fes  fins. 

G I N  O  M  O  N  T  étoit  le  plus  grand  flateur ,  le  plus  doucereux , 
le  plus  complaifant,  le  plus  grand' loüangeur  &  le  plus  diffimulë 
de  tous  les  martyrs  de  la  Medecine  Charlatanc.  Il  ne  fe  lafloit 
jamais  dépiloguer  fur  la  fraîcheur  du  teint ,  &  fur  la  beauté 
&  l’elprit  des  Dames  :  &  Dieu  fçait  par  eonfequent  s’il  étoit 
leur  homme  !  Cependant  ce  miferable  entêtéj  au  lieu  de  jouïr 
doucement  de  ce  que  la  Medecine  ,  la  maltôte  &  là  flaterie 
lui  avoient  apporté,  &  qui  lui  avoit  tant  coaté  de  peines  &  de 
baffelTes,  fe  fait  une  affaire  d’Etac-^fous  prétexte  de  Religion  , 
fans  autre  raifon  que -la  vanité  &  l’ambition  d’avoir  une  place 
dans  le  Martyrologe  de  Charenton.  Après  ces  exemples  de  pa¬ 
tience,  qu*on  m’allegue  les  Alapihesde  rAntiquité  les  Chi- 
canoùs  du  Lucien  François ,  qui  mettoient  les  coups  à  l’enchere. 

Au  refte ,  comme  il  y  a  des  Charlatans  fiefez  de  toutes  fortes 
de  conditions ,  il  y  a  encore  de  nos  Dodeurs  Charlatans  de  tou¬ 
tes  fortes  de  métiers ,  des  piqueurs  Sc  des  prêteurs  à  pofte  ou  fur 
gages ,  des  Marchands ,  des  Courtiers ,  &  même  des  Üfuriers  pu¬ 
blics  5  mais  on  ne  fçauroit  s’imaginer  combien  grand  efi:  le  fe?- 
cours  qu’ils  tirent  des  femmes ,  des  meres ,  des  fœurs  ,  des  niè¬ 
ces,  des  coufines&des  corn  meres,  quand  elles  ont  quelque  fça- 
voir  faire  qui  leur  donne  entrée  chez  les  Dames.  En  effet, 
<jui  auroit  jamais  crû  qu’on  eut  pù  s’embarquer  dans  l’exercice 
de  la  Medecine, par  la  voye  de  certains  petits  canots  de  coton 
piqué  ,  où  les  femmes  entrent  par  la  tête  s  c’eft  rîeanmoins  ce 
qui  a  fi  bien  réüffi  au  Gafepn  Cueufa.  Car  enfin  le  Gafoon 
■if  C  U  c  U  F  A  qui  n’étoit  qu’un  mouffe  de  la  Medecine  fe  voit 
dans  une  caleche ,  où  il  vogue  à  la  faveur  des  Vjoiles  &  des  coëffes 
dont  fa  femme  ôw  fà  fœur  joignent  le  commerce  à  celuy  des  au- 

Rrr 


Voyages  de  V'meent 
le  Blanc, 


Va^ina  ^ 


*  Cuctifà  efl:  UH 
bonnet  ,  coëfîc  ou 
calotte  piquée  ,011 
j'bû  fait  tenir  entrg 


498  EJfah  de  Mededne. 

ticux  toiiies  des^  u'Qs  toîlcs  piquécs.  C’eft  cc  qui  fit  dire  un  jour  à  un  Médecin 
x^cTprurStm-  Tefprit  un  peu  Philofophe , &: qui  fe  lalîoit  de  lentcn^ 

perics  froides  &  dre  cxagcrer  fes  pratiques  ,  fes  gains  ,  lès  meubles  &  fon  beau 
hamides  du  ccr-  carofiè  avcc  unc  fotte  oftencation.  Il  ne  faut  pas  s'étonner  de  tout 
ce  brillant  ipuijque  vous  êtes  nez,  co'èjfè  vous  votre  femme. 

Finiflbns  cet  article  du  Chapitre  en  faifant  nous-meme  jullice’ 

..  su  Grand  ôc  au  Politique.  Ils  nétoient  pas  à  la  vérité  de  ces 
Docteurs  Charlatans  que  nous  venons  de  décrire ,  car  on  n*a 
pas  befoin  d’artifice  quand  tout  va  comme  on  le  fouhaitte.  Ils 
avaient  leur  plein,  ils  étoient  recherchez  ôc adorez,  &  les  fleu¬ 
ves  de  la  Charlatanerie  fiefée ,  quoi-que  déjà  larges  de  leur  tems, 
n’avoienc  pas  encore  inondé  Paris  comme  à  prclènr.  Il  eft  facile 
d’être  vertueux  quand  on  n’a  point  de  tentation  du  coté  de  la 
pauvreté  &  de  Poifiveté.  Qudi-qu’il  en  foit ,  ils  étoient  fincercs 
&  bien  éloignez  des  vilaines  maniérés  de  tous  ceux  que  nous 
venons  de  dépeindre.  Quant  au  Neptune  &  au  Petit-homme, 
on  n*a  qu’à  jetter  les  yeux  fur  leurs  portraits  &  fur  ce  que  nous 
y  avons  ajoûté  en  chaque  Chapitre  de  cette  fécondé  Partie, 
pour  voir  s’ils  n’étoien^pas  des  Dodeurs  en  Charlatanerie. 

Venons  à  la  troifiéme  Partie  de  ce  Chapitre  j  mais  après  avoir 
averti  que  nous  ne  prétendons  toucher,  ni  à  la  dignité  du  Sa- 
cerdoce  ,  ny  à  celle  des  Ordres  Religieux  j  n’en  voulant  qu’à 
quelques  particuliers  qui  5'étant  enrôliez  en  une  fi  fainte  Mili-, 
ce,  profanent  la  dignité  de  leur  vocation  par  un  commerce  tour 
feculier.  Perfonne  ,  dit  la  vérité  même.,  ne  peut  fe  donner  ^  deux 
mattres  y ceik  pour  cela  que  les  hommes  confacrez  aux  Autels 
ne  doivent  jamais  regarder  derrière  eux ,  c’eft  aflez  d’avoir  mis 
la  main  à  l’œuvre  par  un  vœu /olemnel ,  pour  ne  pas  penfer  à 
la  retirer ,  nemo  mittens  manum  ad  aratrum  (^e.  On  fe  jette  dans 
un  précipice  ydii  Saint  Leon  Pape  à  un  Moine  Charthaginois  qui 
fe  mêloit  d’nn  employ  fcculier ,  quand  on  fort  une  fois  de  fon  cer- 
Msr«l.  eaf,  %%.  ’  &  c  ejl  ainjl  qu  on  perd  ce  quon  pouvait  facilement  acquérir  y 

quand  m  paffe  a  des  chofes  qui  ne  font  pas  faites  pour  nom.  Tant 
de  bonne-foy  qu’on  voudra  du  côté  des  Ecclefiafliques  8ides 
Religieux,  qui  fe  mêlent  de  la  Medecine,  cette  bonne-foy  les 
_  diltinguerâ  bien  des  Charlatans  &de  ces  Médecins  qui  n’ont 
pas  la  probité  ,  &^larpnrete  d  intention  neceflaires  à  ceux  qui 
pratiquent  5  mais  l’ignorance ,  le  défaut  de  caradere ,  &  1  obli- 
gation  de  s  en  tenir  a  leurs  vœux,  in  qua  vocatione  vocati  efis> 
les  feront  tous  regarder  comme  des  Charlatans ,  par  les  vrais 


Seconde  Partie,  ’K'Wl»  495^ 

Chrétiens  &  par  les  gens  de  bon  fens:  Car  quelle  apparence  y 
a-t-il  qu’un  homme  attaché  aux  fondions  du  Sacerdoce ,  ou  à  la 
Réglé  de  fon  Patriarche,  &  qui  s’eft  fpirituellement  mutile 
pour  le  Royaume  de  Dieu ,  puiflTe  s’appliquer  à  un  Art  qui  de¬ 
mande  un  homme  tout  entier ,  &  de  plus ,  fçavant  &  expérimen¬ 
té  ?  chpfe  fi  difficile  aux  Prêtres  &  aux  Réguliers ,  que  le  Dode 
Primerofe  remarque  c^uil  na  ]ami6  vm  de  Minijlre  Anglais  exer-  x> 
çant  la  Medecine^  qui  ffâf  la  dixiéme  partie  de  ce  qù un  Médecin 
e fi  obligé  de  ff avoir.  Auffi  pourrions-nous  affürer  que  nous  n’a¬ 
vons  jamais  veu  ni  Prêtre,  ni  Théologien,  ni  Religieux  ,  qui 
ne  parlât  de  la  Médecine  en  véritable  novice, Toit  dans  la  chai¬ 
re  ,  foit  dans  la  converfation  familière.  Tout  ce  qu’ils  allè¬ 
guent  n’efi:  que  pièces  rapportées  tirées  de  quelques  bouquins , 
ôepour  l’ordinaire  fort  mal  placées.  .  Jugez  donc  à  plus  forte  rai- 
fon.ce  qu’on  en  doit  attendre  ,  sÜls  veulent  mettre  ces  maté¬ 
riaux  en  pratique  ,  Papplication  d’un  remede  étant^bien  d’une 
âutre  confequence  que  l’application  d’une. autorité  éc  d’un  paf- 
fage.  On  m’objedera.  peut-être  qu’on  permettoit  aux  Prêtres 
réxercice  delà  Medecine  dans  la  primitive  Eglife  ,  &  que  le.s 
Religieux  la  font  encore  à  prefent  chez  les  Infîdelles.  &  chez 
•les  Fidellés  despaïs  Orientaux  5  mais  qui  ne  fçait  que  c’eft  la 
neeeffitéqui  a  autorifé  cette  pratiquCj  6c  que  faute  de  Médecins  , 
gradués  ôc  Laïques ,  on  fouffroir  que  des  hommes  prépofez  pour 
la  confolation  des  malades ,  leur  donnaflent  quelques  confeils 
pendant  leurs  infirmitez  ,  parce  que  la  plupart  des  Médecins 
étoient  alors  Juifs  ou  Payons,  De  plus ,  il  faut  que  l’on  fçache 
que  ces  Prêtres  6c  ces  Religieux  entroient  dans  la  Medecine 
par  la  porte  de  la  Philofophie,  par  les  Langues  fçavantes^  ôcpar 
une  méthode  raifonnée  5  Exercice  qui  les  difpenfoit  de  quel- 
ques-uDs  de  leurs  devoirs  Réguliers.  Ils  fçavoient  comme  on 
parle  dans  l’Ecole  par  les  caufes ,  ôc  non  pas  par  cette  expérience 
que  le  grand  Hipocrate  ,  populaire  fmple  é’ ptrilleufe  :  c’efl: 

ainfi  que  tous  ceux  que  nous  avons  marquez  dans  nôtre  hiftôire 
Chronologique  ,  avoient  appris  la  Medecine  ,  la  plupart  avant 
que  d’être  dans  les  Ordres  Sacrez, ou  dans  les  Monafteres  :  car 
quant  à  ceux  qui  ne  fçavoient  que  la  Théorie,  ils  ne  vifitoient 
les  malades  en  qualité  de  Médecins ,  que  quand  il  ne  s’en 
trouvoit  point  déplus  expérimentez.  Et  c’eft  de  cette  maniéré, 
-pour  venir  à  nôtre  tems ,  que  les  Prêtres  &  les  Religieux  font  la 
Médecine  aux  Indes ,  oii  le  Pape  Gregoirç  JC  I I L  permit  aux 

Rrr  ij 


joo  Effdts  de  Medecme. 

Pcres  Jefuites  de  l’exercer, ce  qu’ils  fonc  avec  difcretion.  Pre¬ 
mièrement}  dit  la  Bulle  de  ce  Pape.}  citra  a^dujlionem  ,  niais  com¬ 
bien  voyons-nous  de  Prêtres  en  France  employer  le  fer  &  le  feu, 
&  pis  que  cela }  des  remedes  chymiques ,  qui  font  fouvent  plus 
actifs  que  le  fer  &  le  feu  ?  Secondement ,  Medicma  pritis ,  tels 
que  peuvent  être  des  Jefuites }  qui  font  ordinairemtcnt  Philofo- 
phes }  gens  d’érudition  >  d’efprit  &  d’application  :  car  quant  à 
leurs  Freres }  ils  les  refervent  pour  la  préparation  &  exhibition, 
des  remedes  ,  ôc  pour  les- operations  de  la  Chirurgie.  En  troi- 
Eéme  lieu  }  in  ngionihm  Medkorum pnurià  labormtibu4  ^  ^  quan- 
do  Medici  fæculares  haberi  non  pojfunt  ÿ  voila  comme:  on  en  iifoit 
du  .temps  des  premiers  Cbrétiens..  En  quatrième  lieu,  cum  f»^ 
periorum  'permfffu.  Ah  h  le  pauvre  Supérieur  de  tant  de  Moines 
Mandians  a  voit  le  pouvoir  àcs  Supérieurs  des  Peres  Jefuites, 
§£  s’il  pouvoir  s’empêciier  deceder  au  torrent  d’un  homme  in¬ 
quiet  ,  &  prévenu  de  l’opinion  qu’il  a  de"  fon  fçavoir  faire ,  & 
dont  il  appréhendé  Pofiveté,  il  le  gard^rok  bien  de  foiifFrirce 
qu’il  fouffre,  qupi-qu’il  femble  le  faire  crainte  de  pis.  Auffi  la 
jpuîle  du  Pape.  Grégoire  }  iraitte-telle  cette  permiCion  même 
qu’elle  accorde  aux  Peres- Jefuites  de.  Tolérance  y  mitrc\ncr 
que  ces  Peter  ont  la  diferetion  de  n’exercer  jamais  la  Medcci- 
îic  en  Europe}.  &  que  ni  les  Prêtres  ni  les  Religieux  ne 
doivent  mêler  que  dans  une  neceffité  prelTente.  En  effet }  ne 
voyons-nous  pas  que  Marçile  Ficin}  tout  habile  Prêtre  quit 
etoic }  n’a  jamais- été  bon  Praticien.  Turifan  étoit  plus  habile, 
jel’avouë , quoi-que  malheureux  dans  îapratique  5  mais  dés  qu’il 
eût  pris  l’habit  de  Chartreux -}  il  ne  penfa  plus.quà  fa  Réglé, 
laiffant  la  conduite  des  malades  de  fon  Monaflere  aux  Mede>- 
cins  feculiers.  Raimond-Lulle  même  n’a  jamais  été  qq’un  fore 
malheureux  Pratieiem  . 

^\grAm-‘  Luüium  igo  m'ut  i  doBumquC  probumque  fuijfe 

mftf.  ÿifg:,  ij..  lllim  infelix  praxû  at  omnk  eraU  • 

^  A  R  Kl  A'  s  Mi  O  N  T  A  N  U  S  ,  cet  homme  fi  connu  dés  Sçavansv 
«oit  Prêtre  comme  ceux-là  }  &avoit  erifeigné  publiquement  la 
Chirurgie^;  mais  comme  il  ne.  croyait  pâs  pouvoir  fCrvir  au 
monde  &  a  Dieu;,  il  abandonna  l’exercke  de  cet  Art.  Le  fa¬ 
meux  Monfieur  Stenon  efi:  une  belle  leçon  aux  Prêtres  &  aux 
Religieux  qui  fe  melent  de  la  Medecine  ;  car  ce  fçavant  tc 
pieux  perfonnage  n  eut  pas  fi-cot  mis  le  pied  dans  la  vigne  dtr 
Sejgneur  v  5c  ^ur  ainfi  dire  iamain  à  la  charrue ,  qu’il  ne  regar.d2- 


Seconde  Vdrtie,  Chap,  XVÎ.  joit 

plus  derrière  Iny  j  &  qu’il  ne  voulut  plus  mêmecfitendre  parier 
Je  maladies  corporelles  ,  de  choies  naturelles  j  ni  de  curiofitez  , 
pour  ne  point  parler  de  tant  d’autres  qui  ne  firent  la  Médecine 
que  uf<^ue  /tâ  tiras  ,  jufques  aux  Auteis  cxclufivement  ,•  mais 
quoi  qu’il  en  foit ,  quelle  comparaifonj  je  vous  prie,  de  tant  de 
petits  Prêtres  &  de  petits  Moines  ignorans  qui  exercent  haute¬ 
ment  laMedecine  avec  ces  grands  Perfonnages  des  fiecles  paf- 
fez,  ôc  avec  nos  Miffionnaires  des  Indes,  eux  qui  n’entendent 
pas  même  le  Latin  qu’ils  jargonnent?  Qtiant  aux  Chanoines  de 
paris  qu’on  pourroit  encore  mettre  en  avarit,  outre  que  c’étoic 
bien  autre  chofe  que  de  petits  Çapellans  ,  iis  ne  faifoient  la  Mé¬ 
decine  qu’aux  pauvres  du  grand  Hôpital ,  in  nofdcomio  ,  encore 
en  abandonnèrent -ils  l’exercice  quand  il  fc  trouva  afîez  de  Mé¬ 
decins  Laïques  pour  leur  être  ftibfticuez  ;  Et  quant  aux  Eccîc- 
hartiques  qui  ont  fervi  nos  Rois  en  qualité  de: Médecins,  c’é- 
toit  des  gradués  en  des  Facilitez  célébrés ,  qui  avoient  des  dif- 
penfes  des  Papes ,  &  d’autant  plus  juftes  ôc  plus  feures  qu’elles 
n’étoient  pas  obtenues  Fur  de  faux  expofez,.  &  fur  des.capaci- 
tées  chimériques,  donc  les  fuppliques  font  ordinairement  char¬ 
gées.  Ces  Médecins  étoient  tous  frappez  au  coin,  de  ces  Moi¬ 
nes  Médecins ,  dont  Caffiodore  parle  fi  avantageufement ,  gens 
de  iiterature ,  qui  avoient  appris  la  vcritable  Medecine  avec  ap¬ 
plication  ,  &  qui  ne  l’exerçoient  encore  que  dans  leufrs  Commu- 
nautez ,  ou  pour  les  Souverains  avec  difpenfe.  Car  enfin  quoi¬ 
que  la  Medecine,  foit  comme  noos  l’avons  cy- devant  remarqué> 
une  pieté ,  PEglife  a  toujours  fait  quelque  difficulté  d’en  per¬ 
mettre  l’exercice  aux  Miniftres  des  Autels  fans  necefficé  j  e*efl: 
pour  cela  que  Marcirius  fc  jugeant  indigne  du  Diaconat ,  parce 
qu’il  âvoit  fait  la  Medecine  ,  refufe  humblement  de  preudré  cec 
Ordre.  Le  Pape  Silveftre  II.  n’étant  encore  que  Gerbert  Evê¬ 
que  de  Raven  ne ,  étoit  fçavant  dans  la  Medecine  >  mais  comme 
il  le  marque  dans  une  de  fes  Epîtres  àuu  Anonime,  il  ne  s’efl 
jamais  voulu  engager  à  kf  radquer»  Alexandre  Pape  llî.  défend 
aux  Religieux  de  forcir- de  leurs  Cloîtres- pour  étudier  en  Me¬ 
decine.  Honoré  III.  étend  la  défenfe  jufqu^aux  Ecclefiatli- 
ques  non  Religieux ,  les  deelarant  excommuniez  ipjh  ^ 
contreviennent  à  fes  Ordannances.  L’Eglife  Grecque  n’en- a 
jamais  permis  l’exercice  ni  aux  Prêtres ,  ni  aux  Diacres  Moines, 
parce ,  dit  un  de  fes  Patriarches,  ce  feroÎÉ  une  chofe  fcnndaleufe 
voir  des  hommes  revêtue  d'htéits  Sacerdotaux  ^  accoiimme^  a 

Rrriq 


lie  divinh  nemini-’ 
im 


Decret. 

quefih»  Z, 


Sezmeft.  th  Sifiof. 

Gerherti  Epi  fi.  i  ya, 

V.  Pelag.  aâ 

ttniverfô-$  Ivalisu 
Epifeop.  Tom.  x. 
ép  xj.  Candt.  ^  9. 
Qitnen.  Cmàl-  Là- 
ter.  &  é,  CmsiL 
Rheme-fiC, 


Zuc.  PatrUrch- 
Conjiantincplit.  in 
'Rejponf.  f.  IJ.  /.  3. 
^uris  GrAce-Roman. 

In  refponf,  h  alfa- 
n>Bn.  inurrogaf  .Xi,. 


*  Habcntes  .locu- 
los. 


J.  B  Condrench.  de 
Chrifi  medend.  ra¬ 
tion.  eap.  tj.  lih.  i, 


J  0  2  ElJah  de  Adedecme 

mdmerles  chofes  Sacrées ,  reprendre  V habit:  feculier  ér  commercer  avec 
des  Laques ,  tels  que  [ont  les  Médecins  :  car  qmuqu  on  définip  U 
Medecine  i  Art  de  conferver  la  fantéi  elle  ne  parvient  pas  tow^oursa 
cette  fin.  D'autre  part  il  ne jl  pas  raifonnable  que  le  Prêtre -y  le  DU, 
cre^ni  le  Clerc , pajfent  d*un  Mimfiere[âr&  kreprochable ,  à  un  Etat 
aujji  incertain  y  &  a  une  Frofejfion  aujji  perilleufe  que  fi  U  Médecine. 
Qi^e  diroient  donc  les  grands  perfonnages- que  nous  avons  allé¬ 
guez  ci-devant,  s’ils  voyoient  des  Freres  ignorans  &  des  Prêtres, 
qui  ne  font  guercs  f>lus  Içavans  que  des  Freres ,  donner  desre- 
niedes  pour  des  maladies  dont  les  plus  éclairez  Médecins  ne 
font  fouvent  qu’entrevoir  les  caufes  5  pour  des  malades  abfens 
dont  ils  n’apprennent  lès  indifpofitions  que  fur  le  rapporç 
d’un  vallée  ou  d’une  fervante  ,  &  fur  l’infpedioh  d’une  urine 
corrompue  par  le  temps  &  le  féjour  ?  Que  diroient-ils  s’ils  les 
voyoient  traiter  des  maladies  honteufes ,  entendre  des  récits  8c 
confiderer  des  objets  encore  plus  honteux  ,  &  enfin  s’ils  les 
voyoient  donner  des  remedes,  dont  la  dofe,  pour  peu  qu’elleex- 
cede  ,  met  le  malade  en  péril  de  mort ,  li  elle  ne  le  tuë  efFedi- 
vement, comme  irl  arrive  tous  les  jours  ?  Si,  dis-je,  l’Eglife  Latine 
ôc  la  Greque  ont  enfin  jugé  à  propos  d’interdire  l’exercice  de  la 
Medecine  aux  Moines,  &  aux  Prêtres  mêmes  qui  favoient  ap- 
prife  par  les  principes  dans  les  Ecoles,  &  qui  avoiènt  caradere 
pour  la  faire  ,  dés-lors  qu’il  y  eut  allez  de  Médecins  Laïques  ? 
Que  peut  on  penfér  de  tant  de  Prêtres  &  de  Religieux  fans  étu¬ 
de  ôc  fans  Caradere,  qui  font  un  commerce  qui  leur  eft  défen¬ 
du  ,  &  un  Métier  *  d’une  P_rofefïîori  qu’en  tout  cas  ils  font 
obligez  d’exercer  ?  Car  fuppofé  même  qu’il  fe  foit  trouve 
quelques  hommes  qui  ayent  appris  cette  fcience  par  leur  appli¬ 
cation  par  la  force  de  leur  genie,  fans  tradition  ni  demonfîra- 
•  tion, outre  que  cela  eft  fort  rare  ,  li  on  en  veut  tirer  quelque 
confequence ,  voila  la  porte  ouverte  à  tous  les  abus.  Il  n’y  aura 
plus  qu’à  faire  le  fçâvant ,  le  bel  efprit ,  êc  à  fe  dire  l^heologien, 
Jurifconfulte ,  Médecin  j  &  tout  ce  qu’on  voudra.  Il  ne  .faudra 
plus  parler  ni  de  principes ,  ni  de  méthode ,  ni  d’üuiverfitez  »  ni 
d’experiences  5  &  parce  qu’on  fera  fervir  la  charité  de  prétexte, 
il  n’y  aura  qu’à  dire  hardiment  fon  ayis  des  cas  de*confcience, 
des  points  de  Droit  &  des  maladies ,  licet  fi  iubet  :  Car  pour  ne 
rien  oublier  fur  cette  matière ,  qui  ne  voit  clairement  que  quant 
aux  difpenfes  dont  nous  avons  parlé  ci-devant,  elles  ne  foQt 
données  ad  faciendos  fruclus  3  mais  que  ces  fruits -loin  d’être 


Seconde  Partie.  Chap.  XVI.  J03 

pour  le  public,  ne  fonc.que  pour  les  parciciüiers  qui  obtiennent 
ces  dirpenfes ,  &  pour  les  Commnnautez  qui  y  prennent  part  ? 

G’eft  pour  cela  que  les  fages  Supérieurs  des  Gommunautez 
délintereiïées ,  ne  perniettent  jamais  à  leurs  Religieux  de  faire 
une  Profemon  qui  ne  leur  convient  nullement,  &  qu’ils  défen¬ 
dent  même  à  ceux  qui  ont  quelque  talent  efFedif  &  utile  au  pu¬ 
blic,  de  s’en  (ervir  quand  il  fe  trouve  des  feculiers  capables  d’e¬ 
xercer  ces  œuvres  de  charité.  Exemples  notables.  On  lit  dans 
les  decretales  qu’un  Moine  ayant  ouvert  une  efquinancie  à  une 
femme  qui  en  mourut,  on  forma  cette queftion ,  s’il  devoit  paf- 
fer  pour  difculpé,  attendu  qu’il  avoir  fait  cette  operation  par 
un  motif  de  charitéi  &on  répond  que  quelque  habile  que  Toit  le 
Moine,  &de  quelque  efprit  qu'il  puiffe  avoir  été  porté  à  cette 
adion  ,  il  doit  en  faire  facisfadion  à  l’Eglife  ,  ôc  que  s^il  refLife 
de  la  faire  ,  on  le  doit  fufpéndre  a  divînis.  Un  Religieux  de 
Flâviac  avoir  appris  la  Medécine  avant  que  d’entrer  dans,  la 
Religion  ,  &  s’y  étolt  rendu  fort  habile  par  l’exercice  qu’il  en 
avoit  fait  dans  le  monde.  Son  Abbé  qui  avoir  fes  veuës  ôcqui 
ctoit  plus  grand  politique  que  grand  cenobite ,  le  veut  obliger 
à  en  reprendre  l’exercice  en  faveur  de  quelques  Laïques ,  ^  de 
fervir  non  k  Dim ,  mais  au  monde ,  k  des  Profanes^  k  des  Publicains 
k des  Excommunie^  Le  Relig  eux  en  fait  quelque  difficulté,  & 
confulte  cependant  Saint  Bernard  Abbé  de  Clervâux  ,  &  le 
Saint  prend  le  parti  du  Religieux  contre  fon  Abbé,  Ce  grand 
perfoanage  va  bien  plus  avant  ,  défendant  à  fes.  Religieux  la 
fréquentation  d’un  Médecin  ami  du  Monaftere  ,  de  crainte  qu’il 
ne  prenne  envie  à  fes  Moines  d’apprendre  la  Médecine,  &  de 
la  faire  enfuite  par  un  efprit  d’illufion.  Autre  induction  &  bien 
plus  nouvelle  ,  puifqu’elle  eft  de  nôtre  temps,  &  que  nous  en 
pouvons  dire  quod  vidimus  tejlamur.  Un  Religieux  des  plus  ha¬ 
biles  à  remettre  les  os  déboëtez  &  les  fraëfurcs ,  rendoit  cet  offi¬ 
ce  de  charité  avec  difpenfe  ôcpermiffion  de  fes  Supérieurs ,  aux 
environs  d’une  Abbaye  de  l’Ordre  de  Saint  Benoît,  éloignée 
de  Chirurgiens ,  fituée  entre  le  Blefois  &  la  Touraine ,  fans  di- 
ftindion  d’âges ,  ni  de  fexe ,  ni  de  quali tez.  Mais  le  bon  pere 
homme  fimple&  véritable  Religieux ,  ayant  déjà  fervi  dediver- 
tiiïencnt  fans  s’en  appercevoirà  des  femmes  qui  venoient  faire 
les  bêtes  épaulées,  fon  Prieur  en  eft  averti ,& balançant  aitre 
la  charité  qu’on  doit  au  public,  &  celle  qu’il  doit  à  fon  Ordres 
a  fes  Religieux  >  il  apprend  enfin  que  quelques  étourdies  avoient 


"BernArd.  Bpifi.  Cj. 
éi'ôZ,  ad  Flavm- 
mm. 


50^  EJJah  de  Médecine. 

apporté  à  la  fôrtie  d’un  grand  repas,  des  membres  bien  fains  ^ 
bien  fitnez  au  bon  Pere ,  pour  être  remis  en  leur  place  j  èc  qu’j, 
prés  avoir  dit  des  folies  à  l’Operateur  fur  l’operation  ,  elles  en 
avoicnt  ri  à  fon  nez,  &  s’étoiènc  enfuies.  Je  laide  à  penfer  ficg 
Supérieur  envoya  le  pauvre  Pere  renoüenr  fi  loin ,  que  non  feu, 
Icment  il  n’eft  jamais  retourné  en  cette  Abbaye  3  mais  encore 
qu’il  ne  luy  a  pas  été  permis  de  remettre  ni  bras  ni  jambes.  En 
vérité  fi  tous  les  Monafteres  étoient  rentez  comme  celui-là,  ou 
fi  les  Supérieurs  de  ceux  qui  ne  le  font  pas  s’abandonnoient  un 
^ui  peu  à  la  prudence,  on  ne  verroit  pas  de  pareils  defordres  5  on 
ne  verroit  pas  des  Réguliers  interroger  des  femmes  ni  les  tou¬ 
cher  d’une  maniéré  qui  ne  paroît  pas, trop  régulière,  ni  fe  pro¬ 
duire  dans  des  Hôpitaux  &  dans  d’autres  lieux  ,  d’ou  après 
être  fortis  avec  confufion,  ils  fervent  encore  de  divertiffement 
aux  libertins.  Il  n’y  a  donc  de  tous  les.  Religieux  que  les  Freres 
dedà  Charité  ,  parmi  les  hommes  qui  ne  foyent  pas  furpeds 
d’intérêt  &  de  vanité  dans  cet  exercice  :  car  outre  que  ces  bons 
Religieux  ne  donnent  jamais  de  remedes  aux  malades  hors  les 
cas  de  necefîlté,  8c  fans  l’ordre  du  Médecin  ou  du  Chirurgien, 
ils  ne  pofiedent  rien  en  particulier  ,  fe  confacrans  par  un  vœu 
foiemnél,  8c  qu’on  peut  appeler  héroïque, au  foin  des  hommes 
malades ,  laiffànt  les  femmes  aux  Religieufcs  Horpitalieres , 
autre  efpece  d’heroïnes  du  Chriftianifme.  Ainfi  quant  à  ceux 
qui  prennent  de  l’argent  ,  ou  des  prefens ,  voici  leur  leçon  en 
particulier,  après  leur  avoir  fait  voir  les  Freres  de  la  Charité 
pour  le  general.  Un  certain  Frere  Jufte  qui  fe  méloit  de  la  Mc- 
evegù^Mh.  decine  Pharmaceutique  dm  temps  de  Saint  Grégoire, avoit  ca. 
%.  <.  ché  trois  écus  d’or  dans  dés  drogues  >  on  rie  fçait-  pourquoy  3 

mais  on  fçait  qü’en  ayant  été  convaincu,  quoi-qu’ il  en  eût  té- 
.  moigné  un  grand  repentir  en  mourant ,  il  ne  pût  obtenir  la  gr⬠

ce  d’être  enfeveli  avec  les  Freres  du  Monaftere  5  qu’il  fut  en¬ 
terré  par  l’ordre. de  Saint  Grégoire  dans  un  fumier  ,  ôc  que 
pour  donner  à  toute  la  Communauté  un  exemple  formidable 
ce  Saint  obligea  tous  les  Freres  de  dire  en  jettant  les  trois  écus 
fur  fa  folîé  ,  fecuniâ  tua  tihi  fit  in  ferditionem.  Bien  plus ,  nous 
apprenons  que  Saint  Damien  ayant  accepté  deux  œufs  d'une 
Dame  nommée  Palladia,  qu’il  avoir  guerie,ôc  qui  l’avoitprie 
infiamment  de  recevoir  ce  petit  prefent ,  la  chofe  étant  venue 
chrifiia».  à  la  Gonnoiflancç  dc  Saint  Cofme,  non  feulement  il  l’en  reprit 
lèverement  >  mais  encore  il  défendit  qu’on  l’en feveljc  avec  ce 

prétendu 


Seconde  Partie,  Chap.  XVÎ.  50Ï 

prétendu  mercenaire  ,  exemple  que  Saint  Grégoire  pourroic 
bien  avoir  fuivi  dans  lafFaire  du  Frere  jufte.  Mais  hélas  que 
hs  gens  de  ce  temps-là  étoient  bonnes  gens  ,  ô:  que  ceux:  du 
nôtre  font  raffinez  en  comparaifon  i  car  ce  n’eft  pas  tout  que  de 
prendre  de  l’argent ,  ou  des  chufes  qui  accommodent  le  Reli¬ 
gieux  ou  la  Gommunauté  j  on  court  la  Ville ,  on  bac  la  calabre* 
on  paffe  les  monts  &  les  mers,  croyez- vous  que  ce  (bit  pour  faire 
quelque  converfîon,  un  Profelyte»  ou  pour  accomplir  quelque 
voeu  l  Ce  n’eft  pas  cela  ,  c’eft  pour  éprouver  quelque  r^mede , 
pour  découvrir  quelque  fecret,  pour  fervir  une  grande  Dame 
ou  un  grand  Seigneur  qui  en  f^auront  gré ,  &  même  pour  en¬ 
trer  dans  quelque  Cour,  fi  on  peut  j  fans  penfer  combien  fair 
des  Cours  efi:  dangereux  au  corps  bc  à  l’ame  d  un  Religieux  , 
témoins  ces  deux  Auguftins  dont  nous  avons  rapporté  THiftoi- 
re  ci-devant ,  &  qui  devroic  faire  trembler  les  Moines  qui  met¬ 
tent  en  ces  occaôons  le  tout  pour  le  tout ,  fans  en  prévoir  les 
çonfcquences.  Voila  l’exercice  de  quelques  uns  de  nos  Méde¬ 
cins  de  longue  robe  J  &  qui  dans  le  vray  font  fi  peu  habiles  , 
qu’un  honnête-homme  demandant  un  jour  finceremenc  à  un 
Religieux ,  ce  qu’il  penfoit  d’un  des  Peres  de  fon  Convent  qui 
étoit  alors  à  la  mode,  il  iuy  xé^ondh  ,Je  croy  que  ie  fre  a  part , 
m  verroit  que  notre  Pere  en  femroif  bemcoup  moins  y  que  le  moindre 
Parafer  de  boutique.  Cependant  fi  on  en  croit  un  de  nos  Poçtes, 
Le  bon  GiSa  fe  n^end  che^h  Fmre  Didace  % 

Frere  Alain  a  cent  fois  trompé  la  populace  ^ 

Et  s^ejl  fi  finement  infif’uit  dam  (on  Métier  y 
il  fçait  tirer  de  F  or  de  fa  poudre  d'acier. 

Le  Frere  Falentin  a  de  la  quintefeemC  i  ^ 

guérit  de  tous  maux  ,ymème  de  Fimpui^ame ^ 

Fl  en  fait  beaucoup  plus  que  Braiérni  Faliot  y 
Bt  le  plus  habile  homme  apres  luy  n'efi  qtF un  (ot. 

En  vérité  c’efl:  un  plaifir  de  voir  la  jaloufie  qui  régné  entre 
ces  bons  Freres ,  tout  comme  entre  les  feculiers  :  car  loin  de  rire 
entr’eux  de  la  fottife  du  peuple,  les  manches  larges  font  ja- 
loufes  des  étroites.  De  plus  les  noires,  les  blanches,  les  tanées 
ne  peuvent  s’entre-foufFrir,Ôc  foufirrcnt  encore  moins  les  grîfes, 
celles- cy  mêmes  ayant  du  mépris  les  unes  pour  les  autres.  Car 
ne  fçaic-on  pas  que  l’étroite  eft  tout- à-fait  défolée  parla  lar- 
p  ,  &  quel  pendant  que  Barbe-piecc  eft  aufilet  ,  Sàns-barbe  & 
^ns  pièce ,  jouit  non  feulement  de  tons  lea avantages  du  Rouiîîn* 


jo€  Effais  de  Médecine, 

mais  encore  de  ceux  de  rAfne  de  l’Apologue,  En  un  mot,  le 
petit  gris  n’efl:  plus  à  la  mode,  &  ce  qu’on  regardok  autresfois 
comme  un  Raphaël ,  n’eft  plus  qu’un  Ange  déchu  de  la  grâce 
de  la  nouveauté.,  Lucifer  mutatus  in  carhnem.  En  eiBFec ,  fi  Ton 
en  croit  le  public  &  le  bruit  commun  Sans-Barbe  &  Sans-piece^ 
eft  bien  un  autre  Médecin  &  un  autre  Sauveur  que  Barbe  picce, 
X’u  n  n’eft  qu  un  Prere  Simplicien ,  l’autre  eft  un  véritable  Pere 
aux  autres ,  grand ,  gros ,  gras,  frais ,  découplé,  bien  vêtu  j,qui  z 
l’attache  des  Dames,  &  plus  que  eelà ,  fondé  en  une  manierede 
révélation  quand  on  le  eonfulte,  &  voila  comment.  On  intro¬ 
duit  premièrement  dans  la  boutique  du  Pere  Efculape ,  celuy 
qui  le  vient  confulter  ,  quand  il  a  des  lettrés  de  créance  quî 
éqnipollent  à  lettres  de  change.  On  l’interroge  &  on  l’écoutç 
/attentivement ,  enfuite  l’Efcuiape  gris  ayant  ordonné  à  un  de 
ies  Elevés  de  luy  aveindre  certaine  boëtc  ,  il  la  pofe  fort  penfif 
&  avec  quelques  ceremonies  fur  ia  table  ou  comptoir  de  l’Offi¬ 
cine.  Cela;  fait  POracle  rêve  encore  plus  profondément  de¬ 
mande,  après  être  revenu  de  fa  rêverie ,  certaine  phioHe  qui  ne 
fe  trouve  pas fî'tôt.  Enfin  il  fe  jette  fur  un  Prié-Dieu,  il  y  mé¬ 
dite  quelques  mpmens ,  &  fe  relève  d\in  air  d’éxtafic ,  Ôc  com¬ 
me  un  Numa  qui  vient  de  parlera  fon  Egerie ,  difant  d’un  ton 
d’infpiré  ,  qu’il  aura  fans  douté  encore  befoin  d’ime  telle  pou- 
-dre,  que  EElévc -cherche  fort  diligemment.  Je  laifte  apenler  fi 
après  ce  mylfeçe  s  celuy  qui  yiçnt  de  confulter  PO  racle  man¬ 
que  à  faire  un  fîdelle  rapport  de  ce  qu’ila  veu  ,  &  fi  toutes  ces 
mommeries  ne  donnent  pas  du  relief  aux-  remcdes  êc  a  la  con- 
fuîtationXn  effet,  fi  fon  en  croit. fesParci fans  de  Pun  &  de  Pautre 
fexe,  &  ftl’on  prend  garde  a  ce  qui  fe  pafiTe  ehe2t  les  malades?» 
seft  uné  fois  impatronifév  ;  - 

,^el(^ue  chofe  qu  ün  en  demandé  ^  ,  r 

Le  beau  Pere  n  ignore  rien 
Jl  en  fçah  f  turque  GaUcfr. 

■  ^rés  dune  pref  ancef  grande  P 

-  Bipocrafe  def  ^dun  aifomr 

Le  par  fout  ou  femme  commande  P 
efl  le  maître  en  la  mai  fon,,  - 

Car  quî  penfe-voiis  qui  a  donné  commenceoaeiït  a  ffi:  rep#" 
îationf  • 

figure  firanec^  . 

;  ^ne,  rnàchme  rècoüéep  ; 


Seconde  Pmîe.  Chap..  XVI.  jo/ 

.  ■  ■  '  grondeufc  que  lu  mer  ,  ^  • 

N'ejl  à  Lu  Suint  Murtin  à'hyver. 

Ce  n’eft  pas  grand  chofc  à  la  vérité  que  cette  patrone*  mais 
tels  font  les*  commencemens  des  plus  grands  progrès-:  car  enfin 
il  s’efi:  tant  acquis  d’autorité  pendant  quelque  temps  ,  qu  il  n’y 
avoit  pas  d’appel  de  fes  ordonnances ,  &  qu’il  en  faloit  paffer 
par  où  il  vouloir.  On  raconte  à  ce  propos  que  comme  il  fe  trou¬ 
ve  aflez  fouvent  des  femmes  qui  ont  quelques  indifpofitions,  des 
Hypocondres  dont  il  faut  s’alTurer  par  le  tact  ;  il  leur  fignifie  ventt. 

d’abord  d’un  ton  magiftral ,  qu’elles  ^cntùfe  mettre  etrforme  i  & 
que  fi  elles  témoignent  quelque  pudeur ,  il  met  du  tabac  fur  fa 
niain,  ôc  l’envoyant  de  {on  fouffle  au  vent,  il  leur  dit,  me  fou- 
de  de  vos 'ventres  comme  de  celu.  En  vôtre  avis,  n’ell-ce  pas  là  un 
véritable  foldat  Chrétien  ?  quel  Paladin  de  la  chafletd  qui  pafle 
fur  le  ventre  de  tels  ennemis ,  &  qui  fait  ferme  en  des  occafions, 
où  les  Jeromes  ôc  les  Hilarions ,  quitteroient  la  lance  ôc  le  bou¬ 
clier  pouf  prendre  la  fuïte  ?  Mais  quelqu’un  voudroit-il  {Ravoir 
comment  ce  Panurge  de  nôtre  temps  fit  l’Ariglois  Quinaut  ? 

Celui-cy  fut  affez  (impie  pour  abandonner  L.  piiloles  à  fa  dif- 
cretion,  à  condition  qu’il  le  gueriroit  dans  quinze  jours  d’un 
dévoyement  caufé  par  une  confomptioii  de  deux  ans  i  mai^ 
comme  les  trois  prifes  d’Opiate  qu’il  luy  donna  pour  tout  renie- . 
de  ne  luy  fervirent  dè  rien ,  &  qu’il  vit  bien  qu’il  fe  mourôit  , 
il  fit  revendiquer  fon  argent  par  l’Envoyé  d’Angleterre.  Que 
répond  à  cela  le  Pere:  Qi^on  ne  luy  échaufe  pas  »  dit- il,  davan¬ 
tage  la  tête  de  cet  affaire ,  puifque  le  remede  qu’il  a  donné  au 
malade  eft  fi  préciepx,  qu'il  luy  en  faudroit  fix  fois: autant  qu’il 
en  a  reçu-  On  va  donc  droit  au  Supérieur  du  Convent,  6c  ce 
Supérieur  répond  froidement,  j  que  telles  afïàires  font  chofes 
externes  5  6c  on  luy  demande  ,  Mon  Fere  >  fi  un  de  vos  Religieux 
uvoit  fuit  quelque  chofe  mal  ù propos  hors  du  Couvent^  vous  difpenfe- 
rlez,-vous  a  en  connoitre  ^  parce  que  ce  font  chofes  externes'^,  ^oi'- 
quil  en  fait  y  il  s  agit  icy  d'une  piperie  faite  dans  le  Convent  même  y 
ér  après. une  fiipulation  verhalle  ^  de  honne-foy  ÿ  croyez-moj  laijfons 
la  tous  ces  faux  fuyans  y  rende z-nous  l'argent  y  au  moins  en  partie  y 
que  mus  ne  foyons  pas^  ohliges^a  en  faire  bruit  y  ^  nous  con  fendrons 
que  te  refie  foit  cenfe  avoir  fuit  ProfeJJlon  incapable  de  rentrer 
dans  le.  commerce  du  mondes  comme  defiiné,  à  des  ufages  Saints  y.^  non 
profhanes.  Mais  quoi. que  le  Banquier,  Ôçle  Supérieur  pûffent  dire 
êc  faire,  le  Perc  Medccia  a’cii. rendit  que  treize  piftoles ,  les 

■  -  Sffij. 


5q8  Ejjais  de  Médecine, 

trencç-fept  âutrcs  dctaeurans  pour  la  nourriture  &  entretien  des 
Frères  de  N.  S.  J.  Chrift.  Si  l’Ang^lois  eût  été  auffi  grand  Clerc 
que  cèluy  de  rOriginal,  il  n’eût  pas  eonûgné  les  cinquante  pi. 
ftoles  en  de  telles  mains ,  &ne  feroit  pas  demeuré  plus  Quinaut 
que  celuy  qui  ne  perdit  que  des  figncs  &  des  gefticulations ,  dans 
la  célébré  difpute  qu’il  eut  avec  Panurge  ,  puifqu’il  y  kifla  la 
bource  H  la  vie. 

Que  ne  peut-on  point  encore  penfer  des  40.  écus  qu’il  reçut 
derintendjantde  M  Commandant  de  la  première  Conipa- 
gnie  des  Moufquetaires  ,  pour  traiter  un  domeftiquede  ce  Com-^ 
mandant  ;  parce 7  difoit-d,  qu’il  faloit  commencer  par  lacEapt 
des  medicamens  de  grand  prix  >  Gonvention  dont  il  ne  voulut 
pas  tomber  d’accord  ,  quand  on  le  fomma  de  rexecuter  ou  de 
rendre  Fargent.  Il  eft  vrai  que  rintcndant  piqué  de  cette  perfi¬ 
die  &  du  peu  de  fatisfadion  qu’^il  eut  de  Ton  Supérieur  , de  trai¬ 
ra  d’aune,  étrange  manière  ,  mais  ne  s’écoit-il  pas  attiré  ce  trar- 
tement  î  Xe  Sculpteur  de  la  rue  du  Scpulchre  fauxbourg  faim 
<dermain  u’en  fut  pas  quitte  à  fi  bon  marché  :  car  quoi  qu’if 
eût  promis  de  le  guérir  en  bref  d’une  douleur  de  côtéV  il  y 
iaifla  corps  &  biens. 

Voicy  du  Thrafon  un  Confeiller  de  Châîons  ,qm  sdmagi- 
noit  avoir  la  pierre ,  &  qui  prit  pour  en  guérir  une  poudre 
-d un. Fxere  Martinet  qui  n’étoit  encore  quc.Gkarlatan  dePro^ 
■vincej  mais  qui  pourra  enfin  avoir  une  place  dans  la  troupe 
&  fur  le  theatfe  de  Paris.  Ce  Confeiller  ,  dis- je ,  voyant  que 
Ja  poudrei’avoit  mis  en  un  état  fi  pitoyable ,  que  le  Frere  quî 
h  lui  a  voit  fait  prendre  ,  a  voie  pris  la  fuite  ^  fut  confeillé 
d’avoir  recours  au  fameux  Sans -barbe  &  Sans- pièce  de 
paris ,  &  de  fiibUituer  ce  Médecin  gris  au  Minime  qui  Ikyoît 
ü  maltraité.  Il  addrefie  donc  pout  cet  effet  une  lettre  inftru- 
-diyc  &  use  phioic  pleine  de  ion  urine  à  un  Médecin  de  foo 
pars  qui  étoit.  alors  à  Paris  pour  affaires ,  le  priant  de  faire  voir 
le  tout  au  bon  Pere  &  d’en  ccmferer  avec  lui»  Mais  eommena 
cr<^e2.-yoas. qu’il  reçut  une  lettre  ou  il  n’y  avoit  rien  d’eff€> 
élif  a  fon  gré ,  ni  :  qui  briliât  à  fa  vue.  Aile^^  lui  dit-il  , 

moqm^de  mo^  ,  de  demander  mes  avis  four  des  Juges  de  vil- 
^  fssoi  qui  ne  vois  que  des  .Confeillers  de  Cours  Jouveraines  if 
des  Ir^aisres  des  Requêtes  ï  ApfreneJ^  ^e  je  ne  juis  que  f  aur  df  tels 
Jtdagijlrats  y  four  des  TSta^xdes  iRîarétbduse  de  France  , des  J^rif"’ 
m  Fvê<pes^-  A  quQXa  ajoêta,  romane*  îaffettre, 'qu’il 


Seconde  Partie,  Cha|).  ^XVI.  ^05 

daigna  pas  lire  :  ^ouj  voyez»  comme  je  reçois  de  telles  lettres  ,  ^ 
les  Médecins  qui  les  apportent.  Après  cela  &  après  mille  incârtar 
des  de  cette  nature  ,  tant -d’inlblences  faites  a  des  perfonnes 
de  qualité  j  tant  de  prognoftics  faux,  gede  temeriteîz-,  pcut-Dii 
douter  qu’on  nefe  lalTe' enfin  d;ua  tel  rDrogui{ic.&  de  fesdro^* 
gués ,  ôi  qu  on  ne  traite  ce  Sans-barbe  &  Sansîpiecei  y  comme 
on  traita  ces  deux  Barbe-picces  venus  de  Syrie  ,  qu’on  reri^ 
voya  de  Paris  en  Province  il  y  a  quelques  années  ? 

AUX  A  U  T  R  E  S,  dit  celui  quitraita  les;Moines  de  S. . . . i 
félon  leur  mérité.  ] e  dis  pareillement  :  Aux  ;  antres.  U n  bon 
|TT~  ayant  purgé  au  mois  dlAoûtpdernièr 

Prere  .  un  malade  avec  un  remede  arfênicai ,  cç 

pauvre  homme  en  fut  fi  tourmente  jufqu’à  la  mort  >  que  criant 
continuellement  qu’il  etoit  empoifonne ,  &  qu’ii  femouroit ,  le 
Frere  s’avifa,  pour  faire  cefTer  le  feandale ,  &  pour  appaifer  la 
dbuleu  r ,  d*u  n  remede  le  plu  s  ca  rmi  na  tif  du  monde ,  ce  n’  etoit 
que  cinq  ou  fix  coups  de  poignard  a*  la  Cefarine  ,  pour  quoi  il 
apofta  des  aflaffins,qui  n’eurert  pas  la  cruauté  d’executerce 
qu’ils  lui  promirent ,  mais  qui  ne  laiflerent  pas  de  prendre  fon 
argent.  La  plainte  en  ayant'  ete  portée  au  CommiUkre  fur  la 
déclaration  d’un  de  ces  honnêtes-hommes  y  qui  pœmtentiâ.  du- 
Üus  i  tamen  argenteos  ^  non  -retulerat.  Et  le  Pere^  Supérieur- -ou 

-,  .  ,  I - 1  ^  1  I  a\ant  été  affignè  pour  reprefenter 

Prieur  des  j _ |  | _ j  le  Frere  fugitif ,  l  affaire  fut  acco- 

modèe  moyenant  vingt  louis  d’or  Cependant  le  pauvre  malade 
ayant  etè  obligé  de  taire  fon  teftament ,  je  laide  penfer  ,  s*il 
penfa  aux  Peres  du  vieux  Teftament  Ce  qifil  yad^dmirable 
dans  tous  ces  Médecins  de  robes  noires ,  blanches  &  ra¬ 

inées,  c’efi:  qu’ils  nourriflent  de  grandes  familles  <  pendant  que 
les  petites  familles  des  Medeetns  de  robe  courte  meurent  de 
faim  tant  ces  robes  de  toutes  coulcurs^  reffemblent  au  plailânt 
d’un  Prince  ,  -qu*un  certain  Critique  regardoit comme  vSn  fat, 
magro^  houfine^^  mkis  qav  -fut  declare-d’âutane  plus'^hablle  par  Ftrmtm.fit} 
-fon  Patron, qts^il  vivoïc  d’un  métier  ,lài  &  fa  famiilci  qu’il'  ne 
fçâvoit  pasi -C^olqu’4  foit  y  allons  un  pda'ptus^avancj^ve* 
ïions  au  fcdi(fo1^^:&  voyons  fi  ées^M  Regüîie^  font  leur 

R.egk,ô|^ls  font  en  lei^ccntré^  dans  foschàmbres^& dans  les 
ruelles  de  cenains  malades.  Cave  ^rjteine,  Ckff  imf-fàîût  Mar^b  -  ‘ 
qui  ne  leâraddreliep^Ihi^ns  fo  parafe, qh^  quàiîdifl^aU^àtKï  - 

^^ecm  lÉhàiécla^ît  dahiFâifw^^  Phnisgarde y 

sn  üj 


I O  '  ^jjats  \  de  Medecîne, 

Vrjicin  ,  de  te  ferdre  enfin  toi-méme  offris  avoir  fauve  tes  malades. 
En  effet  je  demande  à  ces  Séraphiques ,  à  ces  efprits  fuperieurs, 
qui  prétendent  avoir  quitté  le  monde  ,  fi  le  grand  monde ,  fi  cet 
air  du  monde  qu’ils  ne  lajffent  pas  de  yenir  encore  quelquefois 
retirer  fi-  doucement >  tout  ce  qu’on  appelle  le  bel  air ,  n’eft 
pas-  plus  Pair  du  Prince  du  monde  ï  que  l’air  de  là  retraite  & 
du  fiience  qu’ils  ont  époufé  en  quittant  le  mondé  ?  Je  demande 
à  ces  Anges  dé  nôtre  fiecle  s’ils  feront  plus  refoliis  Sc  plusfer- 
rudes  ïucs  quand  ils  feront  livrez  i à  Satan  pour, être  criblez  comm|le 
&  incomptae  ht-  bon  grâin  ,  s’ils  feront  s  dis-je plus  fermes ,  que  ces  enfans  de 

tenir  contre  leSf filles  des  hommes  en  un 
^  lems  oh  elles  n’avoient  pas  encore  penfé  à  fe  décraffer  ?  Saint 
Jerome  n’eft  tourmenté  des  femmes  qu’en  vifion  &  en  dormant  , 
cependant  ne  diriez-vous  pas  à  le  voir  s’en  plaindre  j  que  e*eft 
un  Job  qui  s*écrie  Et  après  cela  nos  Anges  hom¬ 

mes  au  fends  ;^içs  comme  ceux  d’Enoch  pu  de  là  Qenefeyfe 
trouverpntïvolanûers'  en-  dcsm^ll^sfe  à  dey  de  fem¬ 

mes  lavées ,  parfumées  &  parées  comme  dés  AucelSé  Eft-çe  à 
ces  Autels  la  qu’on  s’eil:  fi  folennellement  confacré  î  , 

|a^:;peres  &,;freres  ,;^ee  (ont  çcs; Autels 
qu’ibne  vous  eft  permis:  de  quitter: qüe-pour  yous  reGonéiliér 
avec  fVÔtrejfeere,  Cji'ue  part  qu’au  piêd 

de:  ces  Aufelsrlà  >  vous  êtes  hprs.:.de  vôtre  fphere.  On  a  feau 

dire  que  CCS  Dames:  qu’on  va  yifiter  V  font  des  maladès  qit’on 

l?cut  fecourir  j  çes  malades  ,  fi  malades  fpnr  ,  ne  font  pas  toû- 
jours -il  défigurez  nrfî  fpiblesjqu^ls  ne  triomphent  quelquefois 
de^là  forcé:. des  plus  réfeluSi,  iTouc  depuis  la  tête  jufqucs  aux 
pieds  en  eft, meurtri^,  ï^’en  ouvré  les-yeux  auprès  dmlless 
pn  eft.  en- btutCtaux  traits  ^un  bel  Geil.:i'/»  uno  i^u  oéuUvuîne^ 
rafii._  Il  ne  faut  qu’un  de  qes  çélairSippur^  gâter  ja  yuë 
Me.no  df  ochh,^  JJ  n’y  apas. juiÇ^u’à  nU  cheveu  qui  ne  porte  coup >* 

;,Aurànç  de  cheveux  i  autant  :  jde .  piquesï  heri^ 
|efs  contre  un  pauvre  cœurf  &  parxicuhercment  sil  fe,  trouve 
f  mbarafiç. tkrtts^jyimhM  ;  car  le  ypilà  .déslorsf  . diahh 

/i  jrdans  les  lacets  du  démon  &:  priS;  a^  la  glupdes  {gcm^mo^i» 
des  effences  &  des  mutilages.  Car  qui  ne  qu’il  y  a  un 
dempn  quLprcfîde  a-mmes  çes  frifiires  ?  &  qu’on  appelle  pouir 

c^îlus  Rhodlpn. 

p  LeSienih.  ,  Ul  lu’olé  feycc  fes  yeuXy  j;i^quil-les  portc  Jiumbl^ 

ment  en  i  uerre.  :>  ft  -trouve  àçs  piégés  j ufques  dans  fes; piédî 


Secànde  Partie.  Chap.  XVI.  / 1 1 

de  la  Dame  :  car  s’il  eft  écrit  d’un  grand  Capitaine  ,  &  des 
fbuliers  d’une  belle  femme  :  Sandalia  ejus  rapuerunt  oculos  e'jus  ^ 
le  moyen  à  des  fantaffins  de  tenir,  où  des  Cavaliers ,  des  Ge¬ 
neraux  d’armes  &  des  Héros  mêmes  rendent  les  armes. 

Celui  qui  de  fon  poil  tenoit  toute  fa  force  i 
Ne  put  fe  déroher  à  cette  douce  amorce. 

ce  petit  berger  qui  devint  un  grand  Roy ,  ^ 

Ne  fut-il  pas  fournis  à  l'amoureufe  loy  J 
Il  n’y  a  jamais  eu  qu’un  Mome  qui  le  foit  moqué  des  fouUers 
de  Venus  apres  les  avoir  regardez.  Ce  n’eft  qu’un  foulier  tout 
vuide  qui  fe  prefente  à  la  vue  de  ce  Solitaire  ,,dont  ileft  par¬ 
lé  dans  la  vie  des  Peres  *  il  ne  lailîc  pas  d’en  frémir  ,  ôc  de  le 
confiderer  comme  une  pierre  de  fcandale  ,  qu’il  auroit  évitée, 
s’il  en  avoir  pu  prévoir  la  rencontre.  L’œil  fîmplc  tant  qu’il 
vous  plaira  ,  les  cabinets ,  les  ruelles  ,  les  toilettes  ,,  les  lits  & 
les  tapifleries  ont  des  objets  qui. fautent  aux  yeux  malgré  qu’on 
en  ait ,  le  plus  ferme  ne  6’y  trouve  jan>aisffl|tv.un  pied  fort  fur  .- 
IPenè  moti  f unt  ped.es  ejfcs^_  C’eft  donc  bipn fait  de  demeu^ 
rer  dans  fa  folitude  »  quand  on  n’en  eft  pas  arraGhé  pour  le  bien 
de  l’Etat  &  de  la  Religion  ,  comme  le  fut  cet  Ange  du  fiecle 
paiïc  ,  qui  n’y  retourna  que  par  un  miracle  t  tant  il  eft  dange¬ 
reux  d’en  fortir  tant  le  cabinet  d’une  Dame  a  peu  de  rapport 
avec  une  celle.-  Car  ,  .  . 

De  bonne  foi.,.  Peres  en  Bf  eu r 

Ni  les  Fefpres:  ni  les  Matines-  . _ 

Ne  fe  chantent  point  en  ce  lieu.  - 
Mais  ce  .n’eft  pas  encore  là  tout,  on  n’en  eft  pas  quitte  au  ibrtùf 
d  une  ruelle,  d’un  cabinet  ou  d’une  toilette,  pour  ce  qu’on  « 
vu ,  cette  mouche  volante  &  importune  qu’on  appelle  Tentà- 
tion ,  vous  fuit  par  tout.  L’imagination  mene  bien  encore  plu® 
loin  que  la  vue. 

L'amorofo  penfier  mn  gîa  iarrefla- 
che  non  ben  page  di  belefa  ejîern^ 

Negîi  occîflti'  fecrett  anco  sinierna..  ;  •  . 

féra-ce  donc  fous  pretexte  dé  Medecîne  ,  d’un  long  teté 
à  tete  ,  en  un  fiecle  où  on  voit  des  femmes  fi  vaines  %  fi  mali^ 
eieufes  ,  qu’elles  ne  fe  plaifene  qu’à  blefièr  U  qu’à  vaincre  r  j:e 
ne  dis  pas  de  cesgalans-hommes ,  ni  dé  ces  Cavaliers  quelles- 
reputent  fans  force  &  demi  vainçus  ,  mais  de  ees  Solitaires  ydé 
ces  mélauelioliqttes-  êç  de  ces-  vieillards ,  akifquek  Là|e  .  . 


*Omnes  în  te  sta- 
tis  periclitantur. 

Tftttt  dsiHltHmfilo 


J 1  ^  ^  Effaîs  dt  ’.Mdccînt,: 

J  déjà  coukr  la  glace  dans  hs  nerfs. 

Elles  ne  mefurcûc  leurs  forces  qu’avec  celles  de  ces  hommes 
forts ,  &  dont  la  mine  auftcrc  femble  à  toute  épreuve  j  parce 
qu’elles  font  perfuadécs  que  dans  leur  charap  comme  dans  ce¬ 
lui  de  Mars 

A  vaincre  fans  homear  on  triomphe  fans  gloire. 

Quoi  qu'il  cn  foit  ,  tous  les  âges  y  font  en  péril ,  &  pour  ain- 
fi  dire  ,  tous  les  états  dé  k  vie.  Chacun  fçait  rhiàoire  de  cet¬ 
te  belle  ,  laquèiie  ayant  demandé  un  Confefléur  ,  un  Méde¬ 
cin  êt  un  Nôtarire  >  dans  la  furprife  d’une  vapeur  un  peuvio- 
iénte  ,  iés  ten-voyâ  tous  plus  malades  qu’elle  û’étoic.  ■ 

Il  cfo'vràè  "qui  comme  Ü  fe  trouve  fouirent  des  erprks  fort 
d^ns  les  cloîtrés  mènes ,  un  pauvre  Supérieur 
cil:  én  ces  Gccâlions  aufll  empêché  d’un  Moine  difcole  ,  qu’un 
pauvre  mari  &  un  pauvre  pere  l  eft  de  fa  Nxole.  Ils  diffimu- 
ient  vdifent-ils  J  ils  patientent  l’un  ôc  l’aucre  crainte  de  pis  ,té^ 
moin  le  Ftefe  qüî-îriè%4ça  fon  Supérieur  ,  tout  fimple  Frere 
qu’il  étdic,  dé  prèchéF  dans  les  Paruifles  de  la  campagne  >  li 
cri  lui  ôtoît  fbà'Iiibdràtoireÿ  tant  il  eft  vrai  que 
Rimans^  0agna^^tudibria\  Chyn^icof^m  folles 
Jnflabis  infaheris.  ■ 

Mais'Cette  îe^ori  néft  pas  du  goût  de  ceux  qui  ne  véulcnt 
ni  leçon  ni  confeil  fur  cette  matière.  Q^i  qu’il  en  foie,  lé  Su¬ 
périeur  efl  obligé  de  faire  Ton  devoir  ,  li  ceux  qui  dépendent 
de  fa  conduite  s’oublient  du  leur  -:  yirga  direôfioms  t  virgaregni 
ejus.  Le  pauvre  Frere  ne  fçaic,  ce  qu’il  veut  ;  Hon  auditurferi- 
W  volens  i  qua.ûd  il  ne  veut  pas  ce  qu*il  doit  vouloir.  Sollkiius 
€s  èfrea  Ÿlarima.M.^n  ^3tTà^t€  Frere,  mon  pauvre  LlrEein  j  fon*' 
‘%GTL:k  vè\^S  i  cave  ^rfiùim  \  x\q  vous  mettez  pas  en  peine  des 
trialadés  dé  -là  Vlllé  6:  dé  la  campagné  ;  Dormi  fleuré  de  ce  co¬ 
té -là.  Il  y  a  des  hommes  prépofez  pour  en  avoir  foin  ,  vous, 
étes  plus  malade  qu’eux  avec  vôtre  inquiétude.  Faites  vôtre 
'R.cglc, porrho  unum , c’eft  l’unique  neceflàire  :  m  vocatus  es t  ita 
amhala,  La  véritable  charité  eit  celle  que  chacun  fe  doit  .*  f<^ 
ordinM'&it  éharitafem  ,  c’efl:  par  la  qu’il  faut  comraeiïcer  :  car 
pour  quelques  ché.rkeZ  qui  reviendront  à  la  Communauté 
ce  éommércé  de  remedes,  le  pauvre  Frere  fe  va  perdre  fi  o® 
n’y  prend  garde  ,  mors  in  olla-  c’en  eft  fait,  le  voilà  perdu  ,  le 
^oilâ  mort  en  chercharic  la  vie:  tant  11  eft  vrai  qu’un  Solitaire 
eft  en  grand  Eazard  dé  le  perdre  j  pour  peu  qu’il  forte  de  k 

folitude. 


Seconde  Partie,  Chap.  XVÎ.  *5l| 

folitudc.  On  nous  raconte  à  ce  propos  que  certain  Hermite 
qui  fcmbloit  avoir  préféré  les  trefors  du  ciel  à  ceux  de  la 
terre,  s’étant  attiré  l’eftime  d’un  Roi  qui  l’avoit  vifité  dans  fa 
folitude,  il  en  fut  enlevé  par  et  Prince  qui  le  fit  fon  Confeil- 
1er,  &  enfuite  le  premier  Miniftre  de  fa  Juftice.  Le  pauvre 
Hermite,  quelque  furpris  qu’il  fut  de  ce  changement ,  ne  fut 
pas  pour  cela  long-temps  fans  s’accoutumer  aux  riches  habits, 
aux  grands  équipages  ,  &  à  la  bonne  chère ,  jufqu’â  oublier 
enfin  .prières  &  méditations.  Un  de  fes  Frères  Hcrmites  qui 
F étoic  venu  vifirer  v  lui  reprefente  fur  cette  conduite  ,  qu’il 
femble  n’être  plus  le  même  s  mais  rHcrmite  Miniftre  le  ren¬ 
voyé  dans  fa  folitude ,  l’aftiirant  qu’il  fçaura-  bien  mettre  d’ac¬ 
cord  la  vie  Hercmitique  avec  celle  de  là  Cour.  A  quoi  le  bon 
Frère  repart  hardiment  V  qüe  l’aveugle  de  la  Fable  qui  ayoit 
pris  un  lerpent  au  lieu  de  fon  ibûet  s  en  avbit  été  mordii;  A 
CCS  paroles  rHcrmite  de  Gôùr^ femble  un  péu  revenir  dé  falé-^ 
thargie  ‘5  mais  Un  mothent  après  il  fe’ trouve  tellement  entêté 
des  vapeurs  du  monde ,  ^qù’it  retombe  dans  fon  aftbupiffement  ^ 
&  que  le  Frere  eft  obligé  de  lé  laifter  fà'  comme  un  incurable- 
Il  continué  donc  l’exercice squMl  a'  Gômmenec  j  &  toütenfemblé 
ht  vie  du  grand-monde,  dbrend  la  juftiéé ,  à  là^  vérité ,  eoriiméa 
l’ordinaire  fort  tranquillement ,  &  ne  vit  pas  moi  ns  doucement  , 
jufqu’à  ce  qu’ayant  été  convaincu  d’avoir  condamne  à  mort 
un  innocent ,  il  eft  condamné  luigmême  par  les  loix  du  p  iïsalv 
fupplice  qu’il  avoit  fait  endurer,  à  cet  innocenti  L’Hermice  èn 
Cour  eft  le  Religieux  le  ■Prêtre  qui  retourne  au  monde  5 
l’Hermite  Juge  eft  le  Moine  Medeéin-ÿ  l’innocent  condumne 
à  mort  eft  le  malade  que  le  prétendu  Médecin  a  rendu  plus 
lîMade  ,  ou  qU’il  arûè -  Dieu  éli  ldF.qi  -de  lé  grand  *RdF 

qui  juge  Ibüverainémént  "éeuX  qui  vêülént  juger  dcs-^màtiê- 
res;  qui  ne  font  pas-  dé  leur  profeffiôn  V^'  qui  font  dès  com¬ 
merces  défendus,  animas  negotiando  ôc  anfquels  on  pourroit 
bien  dire  i  S  fuite  ,  animam  hanc  repetent  a  te.  En-  effet  il  faut 
être  bien  hardi  &  bien  foü  pour  fe  cha^érid'’aftaires  auffi  de-'; 
licates  que  celles  de  la  Médecine ,  quand  ènui’eft  pas  du  mé¬ 
tier  Sc-qnând  On  n’y  eft  pas  obligé.  Ènco're  un  esèmple,  mais  ' 
réel  &  de  nôtre  tems ,  quoi -que  le  tragique  de  l'évenement  n’aie 
été  puni  que  d*ua  honnête  éxil,  à  quoi  on  condamna  deux 
manœuvres. de  là  Spagîrie,  plus- rufez  que  rous  ceux  qui  ont 
iravaillé'^  Luxembourg,  puifqu’üs  trouvèrent  moyen  de  quit- 

Ttt 


JT4  .  V  Meiecïnç. 

ter  leurs  cellules,  pour  fe  venir  loger  dans  un  Palais  encore 
plus  grand,  plus  beau  &  plusKoyal  que  le  Luxembourg.  Deux 
Do^lewrs  qui  ont  fait  leurs  études  en  Turquie  ,  fi  on  les  en 
croit ,,  &  apporté  de  la  fcicncc  Tan  païs  où  il  n’y  a  ni  Uniyer^ 
fités  ni  Ecoles  ;  d*un  païs  où  on  a  brûlé  toutes  les  Bibliothèques, 
où  on  Te  pafie  de  la  Medécine ,  où  Ton  détruit  fans  rien  rebâ< 
tiri&  où  l’ignorance  cft  un  myftere  de  Religion,  Deux  Mé¬ 
decins,  qui.  loin  d^  Youloir  joblerver  voir  les  malades ,  {ç 
rappprtqient  dç*;t(^t  à-;dro,h  ou  à  gauche  ,  comme  en  le.  vou- 
loit^  ùont  tQus  les  remedes,  étojent  des  extraits  des  effehees  & 
des  huiles  plus  af^ijes  gue  Thuile  bouïllante  .v  &  dont  tant  de 
malades  ont  été  échaudez.  Ces  deux  Médecins  ,  dif- je, avoient 
pour:  caution  de  leur,  fça  voir  fe  ire  ,  un  Secrétaire  fi  violent, 
qTiTmena^qit  dedTnd;?g^^^  de  Ton  .M;a.îcrei,;;quj  étoiî  Se¬ 
crétaire  d’Htat  ,  &  m^ne  de  celle  da  Martre  de  Ton  Maître  * 
ceux  qui  refufoient  d’en:  faire  repreuye.  Qu’en  arriva-t-il  en¬ 
fin  î  II  paye  pour  tous  ceùx  qui- Te  font  hypothéquez  à  fes  pro- 
mefies  &;  aux  remedgs,  ide  ces  manœuvres  de.i  la  Spagirie.  En 
voicy  l  hiftoire,  Il.ayoic  qüelquj?  pecije  indifpofitipn.de  poitri¬ 
ne  accompagnée,  d’une -fièvre  lente  c,  Iprfqae  la  pa  filon  de  ga¬ 
gner  vingt  ou  trente  piftoles  lüi  faieprendre  la  comrni filon  .d’un 
Valet-de-picd  ,  ou  d  un  Courrier  ,  laquelle  le  réduit,  au.  lit  ,& 
l’oblige  en  ;  même-temps  d’implorer  :le  .fecours  de  ces  Méde¬ 
cins  iàlpngus^:  rpbes.êC  aTa^geslbarbcs; éraçhe^le  iàng:,..il 
brâle  ,?il  ççév,ê  de  plgnkude,,  tout,  cela  ,  dîfent.les:  Médecins , 
n’eft  rienji:./!!  ne  feuç:que, quelques: igoutes -de  nôtre  huile  pour 
éteindre  cette  incendie.  On;, leslu.fedpnnç,  &.on  haufièinTen- 
fibiement;  la  dofe,  Tans  s’apperçevoir  que:  fpn  perd  fqn  huile  & 
Iftn  travail  f)  ôc-que  leinpakde.  n’âplus^befôinque,  des  huiles  de  la 
Parrpiffe;,  ;  Car  pendafltjqu’ôn  leur  demande  éomment  il  fe  por¬ 
te  ,ik  répandent  ^quetpiic  va  bien,  quil  fera  bien-tôt  hors.d’af-: 
faire.  Cependant  lai.  pajivre  epoufe  du  malade  ne  laifiç  pas.  de 
Te  defefperer.  On  iiii  diç.qu’çUe  ait  bon  courage,  que  les  Tueurs 
precedent;  404%  ,  &  qu  il  Tera  guen  emvingt- 

^itatrpiheurcs;,  E:n-<cÊ|:£iirneïmaiique  pas  dêtre  guen  dû  tous 
maux  4ân^T%tem^|:prtélpaj-Ja  ^  C’eft,  dis  je,de,ceC' 

tCi  manie/e  quc;  l’huile  du  Juvans  Pater  guérit  la  fievre  quicon* 
Tumpit  lemicrocofine  du  pauyre:malad,Çi 

-  QTea  dj te-s  'Vpus:;,,  .•  Patr^ûtsb-ds  xcs  .Med  Ceins  t 


MeUm.  Jr 


Secondé  partie.  Châp.  XVI.  5  x5 

N’eft-ce  pas  là  la  v^erité  da  Médecin  tmf  mieux  de  la  Fable  , 
qu’un  de  nos  Poëces  a  ainfi  rendue  ? 

Medico  f  fudavi  pim  fatiS  i  inquit  i 

Cui  Medicus  pUcido  fubiie  ore  i  bene  efl.  ■  :  :prMc.vaviijf.  f, 

Ad  Medicum-  rurfui,  febris  me  percuUt  horror  ;  -  :  i-ipirammut, 

Cui  Medicus.  placido  reddit  é’  ore  :  Bene  eji. 

Tandem  agrotui  ait  ^  me  turgidm  occupât  hydrops  ; , 

Et  Medicus  placid-o  non  minm  ore  :  Bene  ejl. 

Mox  autem  ut  valedt  vifens  dum  qu&rit  amicm  y 
Heul  pereo  mùltü  ^  dixit  i  amice  i  bonü. 

On  dit  même  à  ce  propos,  que  ce  Monfieur  le  Commis  ayant  - 
voulu  un  mois  avant  fa  mort  obliger  certain  Médecin  de  faire 
l’épreuve  des  huiles  fur  un  de  fes  malades ,  &  que  rayant  me¬ 
nacé  de  rautorité  de  fon  Maître  ,  s’il  ne  le  faifoit,  le  Médecin 
ayant  premièrement  répondu  avec  refpeet  pour  le  grand  nom 
qu’on  mettoit  en  avant  5  dit  en  fortanc  du  logis  du  malade  à 
un  de  fes  amis  t  Ce  Monfieur  le  Commis  là  meritéroit  bien 
qu’on  le  fît  palTer  pari’  épreuve  de  eette  huile,  lui  qui  ne  trouve 
rien  de  trop  chaud  ,  nous  verrions  comme  il  s^en  tireroit  :  Et 
hoc  puta  njatem  dixijfe  :  car  un  mok  apres  il  y  pàlTâ ,  Ôc  y  de¬ 
meura  échaudé,  comme  nous  venons  de  le  voir. 

^  .  Non  ejl  lexjufiioruüa  ' 

Punition  ,  diroit  Homenas ,  ét  ‘uengeance  dl'vine.  Apres  cela  nos 
Médecins,  comme  toutes  chofes  n’ont  qu’un  temps  à  ia  Cour 
à  Paris  ,  curent  ordre  de  déitoger  du  Palais,  &  reçurent  leur 
obedience  pour  quelque  Qmmper  de  la  main  d’un  homme  qui 
n’avoiepas  la  barbe  faite  comme  la  leur.  Enfin  que  pourroient 
répondre  ces-  hommes  inquiets  &  leurs  proteiâcurs  à  une  Sen¬ 
tence  du  Prevoft  de  Paris  rénduë_  au  mok  de-  îSlovembre  1^12,. 
contre'  Frère  Gabriel  de  Cahagne  Prêtre  Qordelifer  ,  foi-difant 
D  odeur  en  Théologie,  Confeiiler  &  Aumônier  du  Roi ,  atten¬ 
du  quil  njjl:  pas  jufie^  quuh  qui  n  efi  pas  approuvé  du  College  de 
Medecine  ,  fe  mêle  de  medicamenter  é‘.  penfer  les  malades  y  (jr  fpecia- 
lement  Prêtres  ^  Moines  qui  ont  une  profeffion  du  tout  contraire  ^ 
ne  fe  devant  employer  qu  au  fpiritueL  Et  attendu'  qu^  plusieurs  plain¬ 
tes  étant  fùrvenuss  d  l'endroit  de  Gabriel  de  Gajfagne  ,  il  lui  ferait 
pim  feant  de  fe  renfermer  dans  un  Monafiere  de  fon  Ordre.;,  que  non 
pas  de  vaguer  parmi  le  monde  ,  pourquoi  à  lui  faites  inhibitions 
de  pratiquer  la  Medecine  à  peine  de  punitron  exemplaire. 

pourroient  même  dire'  les  Magiftrats  en  faveur  d’un 
■  Tct  ij 


yi  C  EJJals  de  Meiecine. 

Magiftrat  Prêtre,  qui  fous  prescxte  de  charité  s’avifa  d’une 
choie  fort  extraordinaire. Cofme  Guimier,  loi-difant  Médecin, 
Chanoine  de  faint  Thomas  du  Louvre,  Prêtre,  Licentiédans 
l’un  &  l’autre  Droit ,  &  Prefident  aux  Enquêtes ,  s’offre  à  Mef- 
fieurs  les  Chanoines  de  Paris  de  guérir  tous  les  msthées  gifam 
dans  leur  Cleîm  furi  la  faiHe  ,  à  leur  charge  dr  foins ,  comme  por- 
te  POriginal,  morhi  Boferoji  currentis,  ^uemlibet  frouno  feudo ,  fa^ 
nanài  &  nutrienài.  Et  Meffièurs  du  Chapitre  le  remercient 
de  cette  offre  ,  apparemment  parce  qu’il  n’étoit  pas  Gradué  en 
Médecine,  &  qu’il  effoit  un  téméraire  de  parler  àinfi.  Sur  quoi 
l’on  peut  voir  le  Regiftre  de  l’Eglifc  de  Paris  du  Lundi  troifié- 
mc  Avril' 149 7.  qui  m’a  été  communiqué  par  M.  Petit  pied, 
Dodeur  de  Sorbonne,  Chanoine  de  Paris ,  &  Confeilkr  au  Ch⬠
telet  de  cette  Vilk,  lK)mme  curieux, d’une  grande  éfudition,d’a* 
ne  admirable  mémoire ,  &  infatigable  au  travail.  Ainfi  je  ne  vois 
pas  qu’un  de  nos  Poètes  ait  eu  fort  grand  tort  quand  il  a  parlé  de 
laMedecine&decetteefpecedeMedecinsençestermcs: 

Cet  Art  qui  dam  ms  maux  s' offre  à  mas  fecourir  i  : 

-  ^ui  les  fç ait  détourner,  &  qm  les  put  guérir , 

Bien  loin  de  faire:  A/oir  ces  divines  merveilles , 

Ces  effets  furprenans  ,  &  des  cures  pareilles , 

Nous  fait  bien  aujourd'huy  rabattre  de  fon  prix, , 

Eji  même  en  plufieurs  lieux  dans  le  dernier  méprk  ", 

Et  par  les  fois  plaifans  traduit  en  ridicule , 

JPaffe  par  toutes  mains  ^ufyu  aux  gens  de  Cuculle, 

,  (Zi^i  pour  J  être  ennuye^  de  leur  profejfion , 

Sont  devenus  fçavans  par  révélation  i 
Et  comme  Saints  ^le[  gueriffant  de  leur  ombre  i 
De  Médecins  fameux  viennent  erottre  le  nombre. 
Cherdoe^vous  Vn  remede  ép  bien  prompt  ér  bien  fur. 

Le  Couvent  a  poùr  vous  un  maître-gueriffeur. 

Grand  Courtier  de  fecretS  ',  Thaumaturge  admirab- Ci 
^ui  ne  trouve  à  V épreuve  aucun  mal  incurable  y 
Et  qui  du  faint  habit  s’étant  auforifé  , 

Ejl  de  tout  l’injlitut  par  tout  preconifé  , 

Sans  que  dans  les  maifons  aucun  autre  on  propofe  , 

Lorfqu  avec  plein  pouvoir  du  malade  on  âifpofe  , 

Ni  que  les  amis  même  entre  les  Reverends 
E a ffent  difficulté  de  s’en  rendre  garandsi 
"^f'  Cependant  en  ce  fait  te  qui  le  monde  étonne 


Seconde  Pâme,  Chap.  X  V I.  J 1 7 

C'eji  quon  'voit  que  che[  eux  Le  Médecin  ordonne  > 

JEt  quk  de  tels  DoBeurs  aucun  Ordre  réglé 
Ne  voudroit  f  as  fier  le  moindre  Frere~Uy. 

Ejt-ce  que  leur  fcience  efi  au  grand  air  fondue 
Ou  que  par  le  chemin  elle  s' efi  répandue^ 

Efi-ce  pour  n  aller  pas  prendre  la  chofe  au  pis, 

^ue  Von  nefi  pi^  toujours  Prophète  en  fon  pais: 

Et  que  comme  un  torrent  qui  fait  bruit  dans  fa  courfe^ 

Efi  -a  peine  connu  dans  le  lieu  de  fa  fource  ; 

Ces  efpritr  merveilleux  ce ffent  de  faire  bruit  0 
Vans  le  fejour  claufiral  ou  leur  vœu  les  réduit  f 
Ou  plutofi  n  efi-ce  pas  que  ce  corps  vénérable 
Efi  âVune  autre  importance  plus  confiderable 
^ue  ces  chétifs  mondains ,  qui  ne  méritent  point 
^on  ménage  leur  vie  avec  tant  de  foins  î 
Je  lai{fe  au  direéleur  de,  ce  pieux  commerce 
A  décider  d  fond  ce  point  de  Controverfe. 

Achevons  le  Chapitre  par  le  plus  bel  endroit  de  la  Charla- 
tanerie ,  puifqüe  le  beau  fexe  s’en  mêle,  que  fi  les  femmes  ne 
le  vcLillent,  on  nedes  empêchera  jamais  d’avoir  voix  délibéra*» 
tive  dans  le  Chapitre  des  Médecins, 

Protinus  accédant  Medici  Medicaque, 
tant  elles  prennent  de  plaifir  à  faire  les  Métiers  des  hommes  i 
maisqu  en  arrive-t-il  ? 

Dum  quaque  e  trivio  fatagit  Podalirius  ejfe 
Eœmina  ,  in  dubiü  prafiare  machaona  rebm 
'  Non  infelicem  faciet  Proferpina  mejfem. 

Sur  quoy  on  peut  remarquer  icy  ,  que  quand  il  eft  même 
queftion  de  ceux  qui  font  des  Métiers  défendus, des  remedes 
improavez  6c  des  incantations ,  le  Texte  facré  ne  fc  fert  guc» 
res  du  mafeulin  ,  mais  du  féminin.  Le  Magicien  ,  l’impo- 
ftciir,  le  Charlatan  ,  ou  le  Médecin  cft  toûjours  une  manière 
de  mulier  incantatrix  &  de  PithonilTe.  Et  voila  {ans  doute  pour- 
qiioy  l’Abbé  Tritheme  nefe  fert  que  du  féminin  quand  ileft^ 
queftion  de  ceux  qui  font  des  maléfices  ,  dans  le  grand  traité 
qu’il  en  a  fait,  &  dans  fa  réponce  à  l’ Empereur  Maximilien  fur 
cette  matière.  Quant  au  temps  de  l’Eglife  nai{rante,on  trouve  &■  de poreflate mal 
dans  les  Peres  6c  nommément  dans  Tertulien  ,que  les  femmes 
ne  fe  mêloient  pas  feulement  de  faire  la  Mcdecinej  mais  en-  poiitum  r/dhinum 
core  de  dogmatifer  ôc  de  difputcr  mêmes  fur  des  matières  de  ih 

T  t  t  iij 


L  de  Pnfcript.  ad- 
verf.'h&nfes. 

Mcdea,  Circc,Ca- 
,nidia  .  Sagana 
Folia  Ml  cane  ,  E- 
richtoDypfaSjErc- 
pfîa ,  Enthrano 
Gigc  Martina,Lo  - 
culta* 

Senec.  Hercnl, 
O^heo. 

In  Heroid. 


EJJals  de  Médecine, 

tieligioa, hereticomm c^uam  audaces  qukm  procaces  4«, 
denf  docere  ,  contendere  ,  curationes  repromittere  ,  forjitan  ^  tingere. 
Aufli  Pline  avoit-il  marqué  longtemps  avant,  toutes  cellesqui 
avoienc  inventé  les  venins  &  les  maléfices.  Thejfala  mulier  z\oi^ 
même  paffé  en  exemple  chez  les  Romains  comme  chez  les 
Grecs.  .  ' 

Aditumvemnis  palla  fæmineù,  dédit. 

C’eft  afîez  que  les  choies  leurs  foient  défendues  pour  les  vou¬ 
loir  faire.  Saint  ]erôme  s’en  plaint  dans  l’E pitre  à  Furia ,  juf, 
ques  à  les  peindre  de!  vives  couleurs ,  ou  pour  mieux  dire  des 
plus  noires  y  *  finifiTans  par  ce  vers  d’Ovide.  . 

Caufa  mali  tanü  fæmina  fila  fuit. 

^uid  autem  a  .mulieribm^  ijlii  non  expeBes  ex  quarUm  nugis 
affraniis  ^‘^affamis  Medici  quandoque  homr  é"  sîohilîtas  confituitur  y 
qux.  fila  garmlitate  Rhetomm_  omnium  fuperant  fuiffillia  i  intérim 
ager  moritur ,  ôCc’eft  pour  cela  que  je  ne  m’étonne  pas  de  voir -les 
juftes  plaintes  qu’en  font  quelques  obfervations  des  Epliemerides 
Germaniques ,  ôc  en  particulier  celle  quefaifoit  Pillullrc  Méde¬ 
cin  de  trois  Empereurs  Jean  Crato,dont  une  de  ces  folles  peu- 
fa:mettreàbout  la  patiehee,  jufques  dans  la  roaifon  Impcriale. 
Mais  pourquoy  non ,  difent  quelques-unes ,  n’en  fçaurions-nqus 
pas  autant  que  les  hommes  ,  qui  empêche  que  nous'  ne  lifions 
comme,  eux ,  êc  que  nous  n’ayons  des  fecrets  ?  Elles  le  difent 
comme  elles  le  croient,  &  veulent  meme  qu’on  s’en  rapporte  a 
leur  jugement ,  quand  il  eft  queftion  de  la  réputation  des  Mé¬ 
decins ,  quelles  font  valoir  ce  qu’il  leur  phit ,  mulieres  Tihicines 
JSÆediconim.  Car  quant  à  la  Médecine  pratique,  11  elles  ne  don- 
jnent  pas  toutes  des  remedes ,  elles  donnent  prefques^  toutes  des 
avis,  elles  veulent  regler  le  temps,  la  quantité  &  la  qualité;  des 
alimens  ,  6c  .même  des  medicamens ,  6c  ne  permettent  pas  même 
aux  Médecins  de  faire  uri  prognpftié  Ikcere  de  l’illuë  du  mal-. 
Ainli  quel  plaifir  pour  un  habile  homme  de  voir  une  D  a  m  h 
Moderne ,  qui  n’eft  encore  que  cand;idate  6c  fimple  afpirante 
au^Çaro^e ,  luy  dire  d’un  ton  de  üDuehéile  ôcd’un  ak.  magiteb 
qu’elle  n’eft  pas  d’avis  de  ce  remede. 

Rarbatum  hoc  crede  magifirum 

Dijcere  '  ,  .  . 

Bien  plus  ,  de  voir  une  commere  qu’on  peut  défînk  , ani^ 
mal  fort  impécunieux ,  fort  interejje  fort  grand  flateur ,’  parler  du 

.meme  ton  que  cette  Bpurgeoifeexahée.  Comment ,  dis- je,  le^ 


Oliv.  SAmlue. 


Seconde  Pmie,  Chap.  XVI.  ji ^ 

fouffrir ,  puifqu’à  moins  d’être  préoccupé  de  i’amonr  de  la  Pa¬ 
trie,  comme  l’ont  été  quelques  particuliers,  on  auroit  peine  mê¬ 
me  à  fouffrir  un  Oliya  Sambuco  ,  qui  a  eu  la  témérité  de  vou¬ 
loir  renouveller  le  fyftéme  de  l’homme  de  Platon  ,  ôc  d’en  faire 
une  plante  ren  ver  fée,  dont  le  cerveau  eft  la  racine,  où  elle  s'i¬ 
magine  un  fuc  glaireux  qui  partant  de  la  tête  va  arrofer  toutes  ..  ,  , 
les  parties  du  corps ,  qui  dit  que  ce  fuc  eft  froid  &  humide ,  mais 
qu’il  change  de  couleur  dans  le  foye  ,  &  qu’enfin  il  fe  change  novosMedicos^dia- 
en  fang  chaud  ôcfec.dans  le  cœur.  Une  fille  qui  philofophe  fur 
ce  fondement ,  à  perte  de  veuë  touchant  la  vie,  la  mort,  la  gé¬ 
nération  ,  la  corruption ,  les  remedes  &  les  maladies  :  car  falloit- 
il  pour  ces  vifions  qui  ont  plu  à  Guevarre  ,  &  qui  fenïblent 
n’avbir  pas  déplu  à  Lionardo  di  Capoa  ,  l’exalter  comme  a  fait 
ce  dernier  en  luy  appliquant  ces  vers  faits  pour  une  véritable 
'^eroj^e?  •  . 

Cojlei  gV  ingegni  femtnili  ^  ujt 
Tutti  fin  de  V Etaâe  aceïba 

l^àvore  d’ Aràchne^  kl'ago  afiufi 
.  Jnchw%r  mn  degno  la  mian  fuperba^ 

Faîloit-il  que  Scaliger  dit  en  fa  fayeur  5  ce  qui  avoir  été  dit  V 
delà  Müfe  Sulpifà , tam  laudabilis  HerdinA^a^io^hàbeÂturmn 
aufim  ob\icere  et  judim  feveritatém  ?  tant  il  eft  vray  que  les  S^a- 
vans  mêmes  craignent  cette  efpece  de  Cathedrantes  ,  aufquel- 
les  fans  doute  j’aimerois  mieux  appliquer  ces  vers  d’un  de  nos 
Poètes,  gardant  cependant  tout  le  rcfpecl  ô^toute  la  confidera- 
tion  dues  à  celles  qui  font  dans  la  moderation  êc  la  bién-feanec 
qu’on  demande  de  leur  fexc ,  ôc  qui  n’ont  pas  de  peine  à  fe  met¬ 
tre  dans  reCprit ,  que  comme  les  femmes  ne  font  pas  obligées  à 
être  -fçavantes ,  elles  le  font  à  ne  pas  faire  les  fça vantes. 

Fœmmeas  Cathedras  -,  fracegterefyue  fiolam  -  , 

MirenîUr  lattàentcgùe  alü^jed  non  eg&y  fléna 
Jn'vidi.t  atque  odii  nefeit  Ser'vilia  i  magnum 
BoBa  nomen  habens  (^konorem  nominis  hit’jus 
-■  ^^am  fiancium  cura  ferv'ms  matrona'f  udàrent^ 

M^is  quoy  î  ^ 

*Vjneillufiref^nrant^ÿ^d%neffritfubUme^  ;; 
charme  dis^tu  nos  fens',  ^ gagne  notre  efiimê , 

Réglé  nos  voîonte^y  &  f^r  mille  beaux  traits  > 
font  four  l^émoU'uoir  de  merveilleux  attrafts^> 

FaiFfar  tout  admirer  fa~  feième  frofonde  : 


facoh,  Baîd. 

A7. 


^20  F-'IJàh  de  Medecine 

Soffde~la  ta  vtrras  qadie  trompe  le  monde , 

JE t  que  [es  beaux  difceurs  raifonnemens 
Ne  font  qu'un  vain  écho  des  Doàeurs  en  Romans  • 

Et  quun  ramas  confus  dl expreffons  nouvelles  ^ 

De  mots  du  bel  ufage ,  é‘  des  fines  ruelles  , 
filuavec  grand  appareil  elle  nous  va  chercher  , 

Dont  elle  efi  toujours  groffe  é’ prête  d'accoucher  j 
Et  fi  l'humeur  la  prend  d'afpirer  au  fublime  y 
Et  de  brouiller  la  feuille  ou  de  pro je  ou  de  rime  y 
C' efi  d'un  fiile  fi  froid  ér  fi  mal  châtié, 

.  il  donne  lieu  de  rire  ou  de  faire  pitié-. 

Elle  ne  laijfe  pas  en  toutes  conférences , 

De  prefider  en  forme  ér  prendre  la  balance  y 
Four  pefer  les  Auteurs  ér  donner  fes  decrets  y 
Et  magifiraïement  prononcer  fes  Ar refis ,  -  :  *  ^ 

^u  il  nous  faut  recevoir  fans  leur  rendre  jüfiice  y 
Pour  fuivre  aveuglément  fon  ravi  fiant  caprice. 
Manque^vous  d'applaudir  atout  ce  quelle  a  dit  y 
Vous  ne  merite^pas  le  nom  de  bel  efprity  ; 

Ni  d'être  difiingué  dans  l' Encyclopédie.  ‘  ^ 

Elles  feroient  bien  mieux  de  fc  mettre  dans  refprit,aii  moins 
celles  qui  ordonnent  chez  les  malades  ,  qu’outre  le  défaut  de 
caractère  &  la  peine  qu’elles  ont  à  garder  le  fecret  s  elles  ne  font 
pas  alTez  défintereflees. 

Gratîmi.  ^  '  Z'interéz,z>a  (jr  la  dona 

r/  AV  na  fol  CS  fa.  .  : 

Benohiimie.  ji.  Et  qu’étant,  fclon, Ic  Jurifconfulte  Tiraqueau, naturellement  pof^ 
tëes  à  la  vangeance  ,  il  n  eft  pas  jufte  qu’ elles  ayent  la  vie  des 
hommes,  entre  leurs  mains,  Audi  les  Loix,  y  ont-elles  pourveu^ 
de  tout  temps  ;  témoin  cette  femme  d’Achaie  qui  voulant  faire 
la  Medecine  avec  des  paroles ,  fut  condamnée  à  mort  par  F  Ar- 
V  copage:  car  de  nous  dire  qu’Agnodice  ôc  tant  d’autres  ont  fait 

la  Medecine  par  permiffion  des  Magiftrats  ,  8c  qu’elles  l’exer- 
çoient  même  anciennement  par  les  mains  des  lervantes  j  tout 
cela  s’entend  de  certains  minifteres  ôc  offices  que  les  femmes,  fé 
rendent  en  de  certaines  maladies  par  honnêteté  8c  pudeur  ,  à 
lexclufîon  des  hommes.  Qu’ainli  ne  foit ,  outre  les  Loix  Romai¬ 
nes  8c  les  Ordonnances  de  tant  de  Princes  Sc de  Magiftrats  de 
l’Europe  ,.,il  y  a , quant  à  la  France,  un  Arreft  du  Parlement  de 
Touloufe  du  3.  Juillet  1558,  contre  Claude  Joanne  ,  dite  Ca¬ 
landre 


Seconde  Partie,  Ch.3.p,  XVl. 

landrc ,  femme  empirique  prifonniere  à  la  Conciergerie.  Un  au¬ 
tre  du  Parlement  de  Paris  du  iz.  Avril  1578.  qui  fait  défenfê 
à  une  femme  nommée  Jeanne  l’Efcollier ,  d’exercer  &  pratiquer 
TArc  de  Médecine.  S’il  ne  faloit  que  d^  A]||efts  pour  repri¬ 
mer  la  paffion  que  ces  femmes  ont  de  dominer  fur  le  corps  hu¬ 
main,  il  y  enafuffifamment  5  mais  paflbns  outre  &  marquons  en 
faveur  des  Pages,  que  comme  il  fe  trouve  des  femmes  dé  routes 
conditions  qui  fe  font  un  fot  honneur  de  prendre  le  parti  de 
leur  fexe  en  faveur  de  ces  guerifleufes,  on  voit  un  bien  plus  grand 
nombre  de  ces  Prudes  qui  fe  retranchent  aux  connoidànces  qui 
leur  font  permifes  par  les  loix  divines  &  humaines  j  lailTans  les 
caufeufes  6c  les  inquiétés  applaudir  à  leurs  femblablcs.  En  effet , 
limm  e^lanam  operata  eji  )  voila  le  partage  de  celles  qui  préten¬ 
dent  à  la  fageffe.  Il  ne  faut  donc  pas  oublier  icy  que  nous  n’a¬ 
vons  garde  de  comprendre  parmi  les  Charlatanes  ni  parmi  leurs 
protcdrices ,  ces  Damés  fi  Pages  &  fi  avifées ,  ôconcore  moins  les 
Religieufes  qui  fe  font  vouées  au  fervice  des  malades.  En 
effet,  ces  Pages  vierges  laiffent  aux  Médecins  &  aux  Chirur¬ 
giens  le  foin  d’ordonner  8c  d’operer  :  elles  fe  contentent  de  veil¬ 
ler  le  jour  6c  la  nuit ,  à  la  garde  de  ces  pauvres  gens ,  6c  de  leur 
préparer  les  remedes  6c  les  alimens  ,  confervant  pour  eux  Ic  -:/’'^^ 
fettii  d’une  charité  qui  fze  tombe  poim  ,  6c  ne  fe  laifîant  aller  ni  à 
la  vanité ,  ni  à  l’enté  cernent  de  nos  Charlatanes.  Cela  fuppofé , 
je  viens  à  tout  ce  qu’on  poürroit  chercher  dans  l’Antiquité  en 
faveur  de  nos  Médecines  :  car  celles  dont  il  nous  refte  des  ui- 
fcripcions 6c des  Epitaphes,  n’étoient  que  des  Sages-femmes ,  8c 
de  femblables' perfonnes  prépofées,  comme  nous  l’avons  dit  ci- 
devant  ,  pour  rendre  de  certains  oflSçes  aux  femmes  malades. 
Telles  étoient  une  F  l  a v  i  a  H  ed  o  n  a  M  e  d  i  c  a  ,  J  u  l  i  a 

NTIANA  CliNICA,JuLIA  S  A^  I  N  A  MeDIG  A  , 
MiNuTiA  AstaMedica.  Telle  étoit  encore  celle  dont 
cette  Epitaphe  fait  mention.  " 

Q^Corkelius  Me  li  e  eus  Sibi 

EtSentiaiElidiMedicai, 

Et  celle-cy. 

Help  I  s  L  i  v  iæ  Ad  juT  r  i  ci  Va  l  e  t  u  d  i  n  ARiiE.*  * 

Je  fçay  que  comme  l’Antiquité  a  voit  fes  Dieux  6c  fesDeeffes, 
de  tous  les  métiers ,  clic  avoit  fait  une  Minerve  Medecinel,  té¬ 
moin  cette  Infçriptipn.  .  ^ 

Yuu 


Reinejtiî  ffevA 
ferta.  ' 


F.  Suîdam, 


J  Z  ar  Ejjak  de  Medecine. 

M  I  N  E  R  V  Æ 

M  E  D  1  C  Æ  C  A  B  A  R  E  T  I  Æ 
r  iYaLE  R.  Sam  MO  N 

s  E  L.  V.  s.  L  M. 

Q^Ile  âvoit  nnQ'Venm  Phiftca  qui  préfidoit  au  defîr  naturel  dV 
voir  des  enfans. 

IMBERIO  VENERIS  PHlSlCÆjOFl.  0,  M. 

AN^H J STJA  METRE  ANTHISTI  PRIVIGVI 
V  X  0  R  D.D. 

'  Je  fçay  encore  que  les  anciens  avoient  leur  Bmna  Anhemt^ 
qui  guérit  Enée  bleffé  par  Diomède  5  mais  pour  tout  cela  Hi- 
pocrate  qui' fça voit  difeerner  les  fables  des  veritez,  8c  qui  ne 
donnoit  jamais  dans  la.  fuperftition ,  fe  déclaré  hautement  con¬ 
tré  ceux  qui  permettent  aux  femmes  l’exercice  de  la  Medecine, 
jufqües  aies  croire  dignes  du  fupplicê  des  Efclavcs ,  tant  il  en 
croit  les  fuites  dangereufes  :  car  outre  ce  que  nous  avons  rematT 
qué  ey-devant,  le  dode  Primerofe. marque  encore  qu’elles  man¬ 
quent  de  cette  docilité  naturelle  fi  neeelTaire  à  faire  changer  da¬ 
vis  quand  les  chofes  changent  de  face ,  natta.  Comment 

changeront- elles  donc  à  prefent  ^  Sc  dans  un  temps  ou  chacun 
fait  gloire  de  foutenir  ce  qu’il  a  avancé  ,  &  oii  elles  ont  accoû4 
tumé  les  hommes  à  les  laifer  dire  &  à  leur  accorder  tout^  Il  élf 
donc  bien  plus  à  propos  qu’elles  fe  retranchent  à  Fégard  des 
malades,  à  ces  petits  foins  qui  ne  leur  font  pas  inutiles,  U  qtii 
font  le  fehs'  de  cette  Sentence  du  Sage,  uBi  non  efi  mdiermge^ 
mifeit  ager.  Car  quant  à  celles  que  l’Antiquité  nous  marque 
comme  des  fçavantes  préfomptueufes ,  celles  de  nôtre  temps^n 
doivent  avoir  horreur  ,&  les  regarder  Comme  dés  folles.  En 
effet,  ilfait  beau  voir  une  Leonera  dont  la  témérité  alfa  jnfquc^ 
a  écrire  contre  Theophrafte  5  urre  Clcopatre  qui  a  écrit  des 
fai:ds_5,itne  Aftianaffc  qui  fît  des  peintures  honteufes  5:  &  fi  Loti 
m  allégué  Medée  ,  Foli^i  ,  Michané  ,  Sagana  Veia  ,  Canidia ,  ^ 
meme  Circe,  Angufe  ,  6c  Qeirrhoë.  fœurs  3  Igée  ,  Panacée  62 
Ægleprétendùës  filles  d’Efçulape.  Oevone,  Polidamne,  ErichtOy 
Dipfas  ,  Eriphie ,  Hechanide  ,  Gigé  ,  Pidamne  ,  Dorcade  , 
Anthiochis  Romaine  ,  &  Fabula  Lybi  en  ne  citées  par  Galienf 
meme  une  Helena  Flavia  Atigufta ,  qui  a  écrit  divers  Traitez,' 
êc  la  Ttotula  de  Saîerne  qui  fît  un  Livre  des  maladies  des  fem¬ 
mes  &  des  enfans.  Si ,  dis-je ,  on  met  en  avant  ces  prétendues 
fçavantes  daiis  la  Medecinç,il  n’y  a  qu’a  dire  que'  lès  unes  font 


Seconde  Partie.  Chap.  XVI.  513 

■fabuLeufes,  d’autres , des  femmes  perdues  de  débauches,  &;qui 
n’ont  fçû  que  l’art  de  farder  i  d’autres ,  des  femmes  curieufes 
de  remedes  qu’elles  compofoient  félon  leurs  veuës  j  d’autres  , 
des  accoucheufes  &  des  gardes  de  malades  ,que  Platon  admet  à 
la  vérité  dans  fa  République  à  caufe  du  befoin  qu’on  en  a 
.que  le  Sénat  d’Athenes  -confîdera  en  la  perfonne  d’Agnodice 
car  de  croire  que  celle-cy  eût  appris  la  Medecine  fous  un  habit^ 
d’homme  comme  le  veut  Higinus ,  cela  n’eft  pas  fans  difficulté. 
Ainfî  on  feroit  mieux  de  m’alleguer  une  Placilla  époufe  de  l’Em¬ 
pereur  Theodofe,  une  Pulcheria  fœur  du  jeune  lheodofe.  Les 
fages  difciples  de  Saint  Jerôme,  Salvia ,  Gervilia,  Fulvia;.  Une 
Nicerata  vierge  fi  célébré, une  Hildegarde  vierge  de  Maience, 
une  Theodofie ,  une  jutte.  Les  Saintes  Elifabeth  $c  Radegon- 
dc  Reines,  l’une  de  Hongrie  &  l’autre  de  France,  qui  fondèrent 
des  Hôpitaux  ou  elles  fervoîent  elles-mêmes  les  malades  avec 
leurs  Demoifelles.  Une  autre  Elifabeth  Reine  de  Portugal  , 
une  Brela,  une  Marguerite  de^ Sicile,  une  mere  &  une  époufe 
de  Saint  Louis  ,  &  tant  de  prudes  de  qualité  ,  qui  ne  fe  font 
occupées  qu’à  confoler  les  malades  ,  fans  le  laifTer  aller  à  des 
extrémitez  vicieufes  ^  par  un  zele- qui  n’eft  nullement  félon  la 
fcicnce.  Car, enfin  qui  ne  fçait  que  ce  n’eft  pas  affez  de  donner 
des  remedes  fbuvent  violens  à  des  maladies  d'inanition;  qu’il 
faut  des  alimens  de  bon  fuc,  ôc  que  fi  le  charitable  Samaricaia 
penfa  les  playes  du  bleffé  ,  non  feulement  il  ne  le  fit  que  dans 
le  befoin,  êc  n’y  employa  que  des  remedes  doux  &  bénins ,  mais 
encore  que  ne  fe  contentant  pas  de  cet  office  de  charité ,  il’  le 
fit  conduire  en  un  logis  ou  on  luy  donna  tous  les  alimens  Sc 
raffraichifiemens  neeenaires  à  fon  mal  ?  Je  pafte  fous  filence,  la 
vanité  ,  l’illufion  &  le  péril  qu’il  y  a  dans  cette  adminiftration  de 
remedes  que  des  femmes  ne  fçavent  propordonner ,  ny  à  râge> 
ni  au  temperàmment ,  ni  au  fexe  des  malades  ,  quelques  bien 
intentionnées  qu’elles  foient  ;  &  je  viens  à  celles  qui  bien  loin 
d’être  pouffées  par  la  charité ,  ne  le  font  que  par  un  efprit  d’in- 
tereft ,  &  qui  font  fi  ignorantes  avec  leurs  emplâtres  ,  leurs  eaux 
&  leurs  purgatifs ,  quelles  ne  fçavent  pas  même  la  fituation  des 
parties  du  corps  les  plus  connues.  L’une  difoit  à  un  Pajfan  qui 
la  confultoît,  que  fon  poumon  étoit  tombé  dans  fes  inteftins  j 
l’autre  aceufoit  les  boyaux  de  la  tête  d’ecre caufe  d’une  migrai¬ 
ne  j  l’autre  accu foit  la  matrice  d’un  homme,  qui  fe  plaignoit 
d’une  maniéré  de  colique  ;  &  l’autre  bien  plus  habille  que  celle? 


'  Ejjais  de  Medecine, 

là,  droit  quatre-vingt  riorins  d'un  loi  pour  luy  refaire  tout  de 
vsltr.  cordo,  j^euf  un  foye  qu’il  croyoit  pourri.  Combien  y  en  a-t-il  qui  don-  ■ 
nent  des  noms  aux  parties  du  corps ,  &  à  leurs  prétendus  fecrets 
qui  ne  font  connus  que  d’elles  feules ,  6c  qui  font  fi  fuperfti. 
tieufes  dans  l’application  de  leurs  reinedes ,  qu’elles  leur  don¬ 
nent  des  Etiquettes,  comme  autant  de  Bulletins  pour  les  con¬ 
duire  au  gîte  qu’elles  leur  deftinenf ,  femblablcs  à  peu  prés 
à  ces  Ombiafes  des  peuples  barbares  qui  leur  font  avaller  ce 
Ÿeyafe  de  Vincent  qu  ils  ont  écrit  fur  du  papier,  en  attendant  que  le  malade  meu- 
le  Blanc.  re  ou  guerifle  ?  fur  quoy  on  peut  voir  ce  que  nous  avons  mar¬ 

qué  ci-devant  après  les  Ephemerides  d’Allemagne.  Encore  fi 
elles  avoient  quelque  pudeur,  6c qu’elles  ne  traitalîénc  que  les 
femmes  j  mais  combien  en  voit- on  de  femblabies  à  la  Damoi- 
felle  Giot,qui  traittoit  fans  honte  les  maladies  des  hommes  les 
plus  honteufes  ,  après  avoir  tapidé  les  murs  des  carrefours  de 
Paris  de  fes  belles  affiches?  Telle  e(t  encore  à  prefent  une  de 
celles  qui  font  les  plus  à  la  mode,  laquelle  après  avoir  été  fer- 
vantc  de  M.  D.  B,  puis  femme  d’un  Barbier  de  Village ,  dit& 
fait  publier  qu’elle  a  des  fecrets  qui  luy  ont  été  confiez  par  fon 
mari  en  mourant ,  qu’elle  caution  ?  fecrets  qui  ne  font  que  des 
herbes  6c  des  racines  Connues ,  (jr  Tmforihî^,  Cependant 
des  femmes  riches  comme  des  Juifs  ,  qui  feroient  mieùx  de  la 
faire  vivre  à  leurs  dépens  >  que  de  mettre  la  vie  de  leurs  amis 
en  compromis  avec  fes  fecrets,  la  prônent  par  tout ,  6c  l’ont  enfin 
mife  fur  le  pied  de  tenir  boutique  de  prédiclions  6c  de  remedes. 
Ce  qu’il  y  a ,  de  Joli  en  cela,  eft  que  quand  la  Pithonifle  a  répom 
du  a  ceux  qui  la  confultent.lion  ne  répond  pas  manuellement, 
^ens  i  Vom prendrez,  de  mes  remedes  fi  bon  vont  jernhU  i 
mais  fnye^  cependant  ma  confultation  y  Sa  confultation  !  Hercules 
tuamfidemy'Harlequinouêtes-vom^ 

Mais  comme  ce  n’eft  pas  feulement  à.  Paris  quW  trouve  de 
ces  Chârlatanes ,  6c  qu’ilyen  apartout  païs  quiveulentreffor- 
mer  les  Ordonnances  des  Médecins  3  finirons  ce  Chapitre  pour 
egayer  un  peu  la  mâtierc  par  un  exemple  des  plus  comiques»' 
qui  vérifiera  ces  vers  fi  communs ,  mais  fi  véritables, 

NulU  quidem  nojlri  tam  régula  forma  Galeni 
^uam  non  interdum  e'urva  refellat  anus. 

fT^i'dfdieri  Médecines  s’étoit  tellement  mife  en  pofieffion  de 

reripofffL  d'iialin.  regentcr  a  Venife  chez  les  malades ,  qu’on  Pécoutort  comme 
un  Oracle  >  6c  qu  elle  donnoit  même  la  vogue  aux  Médecins  qui 


Seconde  Vartte.  Chap.XVÎ*  J*-/ 

avoient  le  don  de  luy  plaire.  Un  jour  qu’un  ProfelTciir  de  i  a- 
douë,  qu’on  avoir  fait  venir  pour  un  noble  V enitien,  propofoic  de 
purger  ce  m'alade  en  prefence  de  cette  femme ,  elle  luy  deman¬ 
da  magiftralement  de  quoy  il  prétendoit  le  purger,  &  le  Mé¬ 
decin  ayant  répondu  que  ce  feroit  avec  le  Diacathoiïcon ,  elle  luy 
repart  infolemment  que  cette  Medecine  luy  fembloit  bien  gail¬ 
larde.  C’eft  pourquoi  le  Docteur  furpris  de  cette  ignorance  &  de 
cette  vanité,  crût  qu’il  faloit  voir  jurquesoii  elle  poufTcroit  l’ex¬ 
travagance  ,  &  fit  femblant  de  lâcher  le  pied  ,  luy  répliquant 
qu’il  faudroit  donc  le  purger  avec  le  Diafatyrioft ,  k<\uoy  la  folle 
ne  manqua  pas  de  tauper  en  m  ême- temps,  &  de  luy  dire  toute 
émûë  de  joye:  Ah  Seigneur  Docteur,  que  ce  remedemc  plaît,  & 
qu’il  me  femble  effeëtif ,  en  comparaifdn  de  l’autre.  Cependant' 
le  Médecin  n’ayant  pas  lailTétle  donner  le  Diacatholicon  au  mala¬ 
de,  &  ce  remede  ayant  fort  bien  fait ,  nôtre  Charlatanc  fut  fi  per- 
fuadée  de  la  vertu  du  Satyrion-t  qu’elle  en  confeilla  depuis  Tulagc 
â  tons  les  hommes  &  à  toutes  les  femmes  de  Venife.  Le  bon  fut 
que  pendant  que  le  Médecin,  de  retour  à  Padeuë,  rioit  avec  fes 
amis ,  &  de  l’impudence  &  de  la  crédulité  de  la  V enitienne ,  elle 
fc  vantoit  chez  tous  les  malades  qu’elle  fçavoit  réduire  les  Mé¬ 
decins  comme  il  luy  plaifoit,  &  qu’elle  a  voit  fait  venir  à  fon 
point  le  plus  fameux  Médecin  de  Padouë.  Voila  le  bel  en¬ 
droit  de  la  Médaillé ,  â  quoy  il  ne  me  femble  pas  mal  â  propos 
d’ajouter  icy  le  revers  pour  fruit  &  conclufion  de  ce  grand 
Chapitre,  yô»,  dit  l’Auteur  du  conte ,  parlant  des  erreurs 

populaires  de  fon  temps  &  du  nôtre  ,  quefii  emri  che  Mie  voltc 
tjlingonolefamiglieichiudonolecaféiorbamipadriyfconfolano 
le  matri  é'  ^ene  fano  atti  a  roümare  i regni  e  a  âefimggere  le  Re»  ^ 

fubliche  ,  yuando  per  differto  d'ejji  errori  pm  morire  il  buon  Ré  i  corne 
Vottimo  S  enatore  t  perché  per  lo  piu  tali  erron  fono  eomejfi^da  donne, 

le  quMi  tropo  prefumono  neda  Medieina.  Mais  il  ne  faut  pas  ou¬ 
blier  la  defeription  qu’un  de  nos  Poètes  fait  de  ce  manège  , 
tant  la  conduite  des  malades  &  celle  de  nos  guerifleufes ,  y  clÉ 
naïvement  exprimée. 

An  nefeü  Baffum  nuper  fanajfe  propinquum 

Scilicet  in  dubio  chrijîalli  <vita  pependit  *  •  ^^cth.S4l4»Sa*.tj, 

Donec  cum  tibih  Anw  unguentaria  venté 

J)  e  crépita  ejl ,  hoc  (e  profert  ^  frontemque  corufeat 

Sulcatam  rugis  ,  Jed  quid  facit  inter  olores 

Ar^utos  male  firidnla  anttt  r  .  .  . 

ii] 


T^jjaîs  de  Medecinèl 

Fabula  cum  finita  eji  ,  é*  pofmf  CalliendrogeM. 

Fafa  domt  purgat  ^fcalaf^ue  >  mollibm  aptat 
Stramimbm  radios  )  verfat  polUce  fufum 

.  Primaa  petit  hac  Galenus  habere 
Si  t amen  vert  Gaknum  nomine  Patrie 

Dignatuti  nec  cuncia  volet  debere  ftbi  ipfi. 

Apres  cela  &  après  tout  ce  que  nous  avons  marqué  dans  ce 
Chapitre  de  la  Charlatanerie,  ne  nous  fera- t-iï  pas  permis  d’a^ 
jouter  que  c’eft  fans  doute  pour  cette  efpece-de  Femmes,  qu’eft 
fait  le  précepte  de  cafiigandis  mulieribue  ,3Litïïhué  à  Hipocratc 
par  Stobèç  ivernntamen  aliq^uo  habet  opue  muliera  quo  cajligetur  ^ 
habet  enim  in  natura  lajciviam  quà  nifi  qmtidiè  amputetnr  luxuria^ 
stfihceuffemân.71.  &  fdvejcit  injiar  arborutn  ?  Car  y  a-t-il  rien  de  plus  honteux 

&  particulièrement  à  un  Médecin,,  dit  Democrite  chez  le  même 
Auteur,  quam  mulieri  parère  quod  extremum  dedecus  viro  ?  De  plus 
ne  faut-il  pas  tomber  d’accord  que  les  bons  Médecins  ont>raifon 
jrmeife,  -Baeanje  n’aimcr  la  Mcdeclne  pratique ,  qu’autant  qu*ils  en  font- ai- 
Mugment.Jcimiar.  mez,&qüe  s’ü  s’en  cft  trouvé dans tous Ics païs ,  & danstouslcs 
Lhn*rd.  di  capê4  qyj  en  ontcnfin  quitté  l’exercice ,  de  chagrin  de  voir  tant 

6.  fujets  les  mieux  partagez  dans  l’employ-,  êc  tant  de 

badauderie  chez  les  malades  ?  la  déclaration  qu’un  fçavant  Me- 
-  *  ,  w  decin  a  faite  depuis  peu  fur  cette  matière,  doit^ctre  une  leçon 

àftn  smi.  a  ceux  qui  n  ont  pas  encore  eu  le  courage  d  abdiquer  ou  de  ne 
fe  prêter  qu’a  leurs  bons  amis. 


C  H  A  P  I  TR.  E  XVIL 

Du  choix  des  Médecins, 

COMME  il  n’y  a  rien  de  fi  difficile  à  trouver  qu’un  bon  Mé¬ 
decin  des  âmes ,  il  n’y  arien  de  li  rare  qu’un  bon  Médecin 
des  corps.  C’eft  pourquoy  Eudo  Nchufius  femblc  avoir  raifon 
de  comparer  les  bons  Médecins  aux  Elus  ,  Rari  quippe  boni.  H 
ne  faut  donc  pas  s’étonner  h  celuy  qui  choifit  un  Médecin  eft  ' 
facilement  trompé  ,  &  fi  celuy  qui  eft  choifi  impofe  d’autant 
plus  facilement  qu’il  n’y  a  aucun  moyen  alTuré  pour  s’emp^- 


Seconde  Partie,  Chap.  XVII.  517 

cher  d’y  être  trompé,  &  que  fi  l’on  en  croit  Saint  Bernard,,  la  p.udcns  Medicus 
réputation  d’ùn  Médecin  eft  fouvent  fans  fondement  &  fans  au-  frudunoa 
cunc  raifon.  Sues  traits  du  vilage  marquoicnt  inrailliblement  le  fçpefa.ifoaqairunî, 
caraderede  l’ame  ôcde  l’efprit  5  s’ily  avoit  dans  la  pratique  une  &  honorib.  ftd  in 
chaife  &  une  Tribune  u  l’on  faifoic  la  Médecine  au  grand 
jour ,  on  n*auroit  pas  tant  de  peine  à  chbifir  des  Médecins  dans 
ce  grand  nombre  qui  fe  prefentc  5  parce  que  comme  il  y  en  au- 
roit  une  infinité  qui  déferteroient  ,  il  ne  refteroit  gueres  que 
le  bon  grain  apres  cette  feparation  des  criblures.  Mais  les  cho^ 
fes  n’allant  pas  de  cette  maniéré ,  le  moyen  de  faire  un  bon 
choix  du  côté  de  ce  qu’on  choifit  ?  Car  n’eft-il  pas  facile  à  un 
Médecin  de  tromper  par  une  mine  compofée  8ç  femte  ,  par  des 
compiaifances ,  des  flâteries ,  même  par  <les  exprefiîons  har¬ 
dies  ,  toutes  chofes  qui  le  rendent  femblabie  a  ces  fruits  qui  ont 
belle  apparence,  mai s-au .dedans  defquels  il  n’y  a  que  des  vers 
&  de  la  pourriture  ?  C’efi:  pour  cela  que  Thaïes  propofe  au  Far- 
naffe  chez  le  Bocalini  de  faire  une  fenêtre  à  Fendroit  du  cœur 
des  Médecins  ,  naturellement  fi  dilfimulez  ,  que  l’Art  eft  pour 
ainfi  dire  moins  impénétrable  avec  tontes  fes  obfcuritez,  que  le 
cœur  de  l’Artifan.  Mais  encore  comment  choifir  ou  il  n’y  a 
prefques  pas  de  quoy  faire  un  choix  ?  car  de  bonne- foy  oii  font 
ceux  qui  n’agi  fient  que  fuivantdcs  ioix  de  l’Art ,  celles  de  la 
Religion  6c  de  l’honneur  ?  où  font  ceux  qui  ont  de  la  diligence, 
de  l’afiiduité  à  l’étude  ôc de  l’amitié  pour  leurs  maladcss  du  dé-  Mkh.mring  r.jf, 
ftntereflement  6c  de  la  confiance  en  Dieu ,  6c  qui  penfent  à  tout 
cela  en  un  temps  où  on  ne  paflTe  gueres  pour  grand  Médecin 
qu^vec  de  grands  Patrons  ,  qu'en  faifant  grand  bruit,  bonne 
figure  6c  donnant  à  tout  ?  Qui  de  tous  ceux  qui  s’engagent 
dans  la  Profeflîon  voudroit  feulement  penfer  avec  ce  Galien 
quil  eftime.  tant  t  que  de  même  quun  malade  habkuel  ne  ce^e  de 
mettre  remedes  fur  remedes  ypfques  àce  qutl  fe  fente  fiulagé-^nom  ne 
divâns  penfer qu  À  mettre'hontefjur  bonte^  vertus' fur  vertus  y  quoi-^ 
que  nous  ne  puijjions  ]amais,parvenir  àce  degré  de  feience  (jr  de  fa^ 
geffciquil  efi  plus  facile  de  fe  figurer  que  dé  acquérir.  Qu’elle  pel^ 
ne,  dis- je ,  à  faire  choix  d’un  bon  Médecin  de  ce  côté-là? 

Pour  Fautfe  côté ,  c’eft  à  dire  ,  quant  à  eelny  qui  choifit.  Gom¬ 
ment  pourroit-  il  réüfiîr  l  On  ne  fçait  fouvent  ce  qu’bn  veut  | 

I^on  feulement  on  change  de  Médecins  à  Paris  ,  comme  on 
change  d’habits  ,  mais  encore  d^avis  fur  Féleaion  même  des 
remedes ,  dont  on  ne  décide  que  comme  il  plate  au  Gompere 


52,8  Ejjdis  de  Medecîne, 

6c  à  la  Commcrc  :  au  lieu  de  fe  raporter  au  Médecin  qu’on  a 
choifij  comme  au  plus  fûr.  On  ne  fc  contente  pas  de  guérir 
on  veut  guérir  par  un  tel  rcmcde  ,  parce  qu’il  eft  à  la  mode  > 
ou  à  l’exclufion  d’un  autre  quoi-que  bon,  parce  qu’il  ne  plaît 
pas  >  témoin  cette  femme  âgée,  qui  s’étant  fait  une  idée  aftrcu. 
fe  du  Quinquina  ,  ne  voulut  jamais  pardonner  à  ceux  qui  le 
lui  avoient  fait  prendre  ,  quoi-qu’ils  l’euffent  fûre- 

ment  ôc  doucement  guerie  d’une  longue  ôc  dangereufe  mala^ 
die.  Voicy  leurs  humeurs  bien  décrites. 

^luun  Meèiecin  comme  il  ejï  obligé , 

Luy  montre  fon  devoir  y  il  ejl  bien- tôt  changé  ^ 

Son‘fç avoir  ne  va  fas  jufqna  fa  maladie. 

Il  faut  quil  s^en  défa^eé^  qaon  le  congédié, 

Çelui-là  feul  ejl grand  dr  célébré  Doééeuri 
fur  fon  mal  de  tête  êfi  un  adroit  flateur , 

Et  qui  foffede  à  fond  l' art  de  la  mommerie , 

Et  les  beâes  vertus  de  la  forfanterie. 

C'efi  de  ces  gens  d’honneur  qu  il  f  rend  les  bons  avis 
font  fans  contredit  aveuglément  fuivis , 

Et  dans  les  vi fions  ou  fon  effrit  s  égaye. 

Il  devient  d^  une  humeur  fi  fortement  bizarre, 

^e  f  lus  qu’aucun  mortel  il  a  ^eur  de  mourir, 

^u  il  cherche  le  remede ,  veut  ^as  guérir. 

La  garde  y  tient  fon  rang,  fait  de  la  nec_0 faire , 

Dit  qu  autour  du  malade  il  la  faut  laiffer  faire , 

^ue  mieux  que  les  DoBeurs  les  chofes.  elle  entend 3 
D’être  admife  au  eonfeil  la  fervantayrètend' 

^^a  commere  au  fauteuil  dans  quelque  autre  intermède^ 

Avec  autorité  frofofe  fon  remedi , 

L’ami  d’un  grand  fecret  fait  grand  charivari , 

Afurera  les  gens  qu’un  tel  en  ejl  guari. 

Ï1  y  a  bien  plus,  tout  le  monde  fe  plaint  qu’il  n’y  a  plus  de 
bons  Médecins  ,  &  perfonne  ne  voudroit  contribuer  quelque 
chofe  pour  en  avoir  un  bon ,  pas  la  moindre  honnêteté  &  ci¬ 
vilité  le  meilleur  ne  femblant  bon  qu’autant  qu’il  donne  d’u¬ 
ne  manière  fcrviledans  le  fens  &  dans  l’inclination  du  malade. 
Oii  fe  repent  même  bicn-tôt  d’un  bon  choix  5  6c  s’il  arrive 
qu  on  en  ait  ^  fait  un  mauvais  ,  on  le  veut  fou  vent  foûtenir 
parce  qu’on  l’a  fait  :  tant  on  fe  plaît  â  être  le  duppc  de  foy- 
meme ,  ou  de  celui  qui  nous  a  porté  à  ce  choix  dans  une  ma¬ 
tière 


Seconde  Partie.  Chap,  XVII.  ^ 

ticre  où  il  n’y  va  pas  de  moins  que  de  la  vie., 

Difcrimme  nullo  Medicus  bonus  muluf^ue 
Æqtiè  popetur  j  &  creâitur  x^ue. 

Stultôs  P  Levis  hommes  infania  verfat. 

Quel  embarras  donc  encore  une  fois  :  car  je  veux  même  ,  que 
celui  qui  choifit  foit  homme  de  bon  fens ,  a  -t-il  affcz  vécu  avec 
ce  Médecin  pour  connoître  les  mœurs  ,  fes  inclinations  ,  fon 
penchant  î  L’a-t-il  entendu  raifonner ,  &  après  tout ,  eft-il  ca¬ 
pable,  avec  tout  fon  bon  Icns ,  de  juger  d’une  Profedîon  où  on 
ne  voit  que  de  robfcurité  ?  Il  n  y  a  donc  gueres  que  les  Souve¬ 
rains  ,  comme  nous  l’avons  remarqué  cy-devant  ,  qui  puifïbnt 
réùflir  dans  ce  choix ,  difpofant ,  comme  ils  font ,  des  Colleges 
&  des  üniverfitez  ,  feules  capables  de  leur  indiquer  les  plus 
habiles  &  les  plus  vertueux.  Tout  ce  que  je  puis,  dis-je ,  faire 
icy  >  puifqu’on  finit  ordinairement  les  matières  par  une  récapi¬ 
tulation  de  ce  qu’on  a  dit  dans  les  Chapitres  precedens  ,  c’eft 
de  faire  voir  dans  celui-cy  ce  qu’en  penfent  de  bons  Auteurs  » 
&  doppofer  les  portraits  qu’ils  ont  faits  des  bons  Médecins  à 
ceux  qu’ils  ont  fait  des  indigues ,  pour  fervir  de  guide  à  ceux 
qui  cherchent  dans  les  épailîes  tenebres  de  la  Medecine  un 
Médecin  éclairé.  Il  faut  donc  qu’on  fçaehe  ,  outre  ce  que 
nous  avons  marqué  en  divers  endroits  dé  cet  Ouvrage;  qu’il 
ne  faut  jamais  juger  de  la  capacité  ou  incapacité  du  Médecin 
par  le  feul  fuccez  de  deux  ou  trois  maladies,  foit  que  ce  fuc^- 
cés  foit  bon  ou  mauvais  ,  ér  a  fait  fon  devoir  ^  $il  n  u  rien 
oublié  de  ce  que  la  raifon  V ex ferience  lui  diBent  5  qu  il  fuffit,  s  il 

difeerne  les  chofes pojf  bles  des  impojfbles ,  ^  s'il  ohferv'e  les  chofesfutu^ 
■  prefentes  ^paffées  :  Car,  dit  Erâ  fine ,  s’il  fait  tout  celât  on  nen 
doit  rien  demander  davantage.  ’  Auffi  eft-ce  fur  ce  grand  princi¬ 
pe  que  le  Médecin  fi  fameux  dans  Lucien  ,  fe  difculpede  n  â- 
vôir  pu  guérir  fa  belle  -  mère,  qtioi-qu’il  ait  guéri  fon  père  d^Ù- 
îie  maladie  prelques  femblable.  Un  Moderne  croit  avoir  mar¬ 
qué  un  Médecin  au  véritable  coin  de  la  Medecine ,  quand  après 
l’avoir  figuré  :  Timorato  del  Seignor  Iddio  ,  dotto ,  e  tuo  amico  ,  ce 
qui  femble  tout  comprendre  5  il  conclüd  par  ces  fept  marques, 
ï.  La  modeftie  S:  propreté  dans  les  vétemèns.  2.  La  fagefie  dans 
les  difeours.  5.  La  prudence  dans  la  converfation.  4.  La  vigi¬ 
lance  dans  les  occafions,  5.  L’adminiftration  judicieufe  des  ré--, 
medes.  6.  La  charité  pour  les  malades.  7.  Et  la  crainte  du  Tout- 
puilîànt.  A  quoy  on  peut  ajouter,  à  mon  féntiment ,  avec  un  fça- 

Xxx 


P  Caj.  scaliger. 
Epder^.  lib. 


Dfdmus  apud 
StebAum.  Dur  et. 
Coac.  Uipocrut, 

Eraft».  in.Laud, 
Me  die. 

In  ahdicato. 


Scipien.  de  Msreur. 
lib.  i.  cap.  i. 


Jlierer/ytn.  Bardi 
in  Politta,Jacr.M.e- 
àicin. 


fannn,  Ætho  à 
heademberg. 


Gttevsfr.-  -îixr.  t 
de  fes  Etitres  do¬ 
rées. 

Eih-.  î.  de  vahtftd, 
tiisndi». 


j.3p  Ejjds  dé  Medecme. 

vant  Théologien,  n'en  faut  quun  feul,  mats  fage,  f de/le j  dt 

bonnes  mœurs  ,  ér  bon  Catholique  j  &C  que  c  ejl:  avec  celui-lk  quil 
fmtfe  refoudre  a  rechaper  ou  à  mourir  )  zuûi  plufieurs  ont-ils  préfé¬ 
ré  le  fage  &  confcientieùx  à  rhahile.  Quant  aux  Médecins  qui 
ne  rnericent  pas  ce  nom  ,  un  fçavant  Médecin  Allemand  nous 
apprend  <]ae  ceux-là  font  dignes  du  dernier  mépris  ,  qui  nom  quun 
remede  pour  tant  de  differentes  maladies  y  que  ceux-là  font  ridicules 
qui  veulent  fe  fignaler  ptar  de  fuperfitieufes  obfervations  des  urines  ^ 
que  ceux  qui  font  conjifer.  le >  mérité  des  Médecins  dans  Us  habits  de 
prix  >  dans  les  équipages  éf  dans  Voffentation  j  ne  font  que  des  Médecins 
en  peinture  j  mais  que  les  Médecins  qui  promettent  la  cure  des  mala¬ 
dies  incurables -,  font  des  fripons  achevé^ ,  des  gens  de  Theatre  dî  des 
,  Saltimbanques.  Roderic  à  Caftro  dit  encore,  les  faux  Méde¬ 
cins  font  ceux  qui  ne  fçavent  ni  langues  fçav antes  j  ni  Philo fophie  ; 
ceux  qui  préfèrent  leur  interef  au  bien  des  malades ,  qui  'nom  point  de 
méthode  t  qui  nè  parlent  que  pour  parler  y  qui  ont  des  opinions  mon- 
Jirueufes  y  qui  parlent  énigmatiquement  y  éP  qui  fe  vantent  d' avoir  des 
fecrets.  Cardan  en  veut  à  ceux  qui  n  ayant  jamais  pratiqué ,  veu¬ 
lent  décider  des  points  de  pratique  par  des,  raifosmemens  en  l^dir  y  ^ 
qui  nom  donnent  leurs  rêveries  pour  de  beaux  dogmes.  Gabriel  Zer- 
bus  y  ajoute  ce  caradere  ;  ceux  qui  ne  font  état  que  des  remedes 
quils  affectent  y  pour  fe  difinguer  de  ceux  qui  ne  fe  fervent  que  des 
pim  ufitez,.  A  quoy  je  voudrois  joindre  les  jeunes  préfomptueux, 
puifque  Jean  Damafcene  dit  formellement  que  nulli  fudtofo  tre- 
dendum  ejl ,  nifi  ætate  profato.  Mais  plus  particulièrement  les 
mauvais  plai fans ,  tel  étoit  eeluy  qui  répondoit  à  quelqu’un  qui 
luy  reprochoit  qu’il  ne  faifoit  pas  ce  qu’il  ordonnoit 
ce  que  la  Medecme  nt  ordonne  di  ordonner  y  n'en  fais  quant  ta  mop 

que  ce  qu  il  me  plaît.  .  Ccluy  qui  bcùvant  du  vin  dans  fa  fièvre  » 
répondit  à  ceux  qui  luy  demandoient  pourquoy  il  ne  beuvoit  pas 
;  de  la  décodion  de  chicorée  ,  Hipocrate  a  confeiüè  la  liqueur  du 
fruit  de  ta  vigne  à  fes  difciples  ,  é"  ^  refervé  les  eaux  difiüèes  pour  les 
malades.  Celuy  qui  faifant  manger  àfa  femme  malade  une  fou- 
pe  de  lànté»  dit  >  qu’il  faut,  traiter  de  cette  nyaniere  les  gens 
qu  ôn  aime.  Il  faut,  dis-je ,  éviter  ces  plaifanteries  ;  car  covùva^ 
dit  Galien  à  ce  propos ,  elles  ne  font  point  du  tout  d’un  Mede* 
çin  fage  &  ferieux.  Voicy  encore  en  paffant  comme  un  Poète 
apparemment  Médecin  s^en  explique. 

Ceux  qui  des  corps  arides  , 

Sçavent  faire  en  tout  âge  évanouir  les  ridés  y 


Seconde’ Pâme,  èjiap,  XVIL  -551 

Ceux  qui  four  eux  ont  frü  le  fart i  des  'vafeurs  5 
Ceux  qui  â^un  feul  unguenti  comme  hardis  tromfeurSy 
Promettent  de  guérir  clous  i  catkers  i  flaye  ét  bo^e  P  , 

Ceux  que  Dame  Venus  fait  aller  en  caroffe  , 

Ceux  qui  font  un  fecret  du  fameux  Quinquina  >  i 
^tfilsdifent  avoir  feuls  té' qu  aucun  autre  n  a  > 
fçachant  travejlir  en  noble  fabrtfuge -, 

T  font  courir  les  gens  comme  au  dernier  refuge. 

T 7US  ces  fourbes  enfin  en  tous  quartiers  éfars  >  ■  ^ 

Soit  Doreur  en  intrigue  >  ou  DoÜeur  en  flacards  >; 

^ui  fans  examiner  ni  caufes  ni  fymftômeS  y 
Vont  combatre  les  maux  comme  de  vains  atomes. 

Mais  tous  nos  Auteurs  conviennent  qu’il  n"y  en  a  pas  de  plu^ 
dangereux  que  les  yvrognes  ,  comme  nous  l’avons  cy-devant 
marqué.  En  efFet,  un  homme  de  plume  ,  un  homme  d’épée > 
un  Arcifan  &  tant  d’autres ,  ne  font  pas  neceflaires  à  tous  les  mo- 
mens  &  à  tous  les  hommes  comme  l’eft  un  Médecin,  qui  doit 
être  le  jour  &  la  nuit  maître  de  luy-mcme  &  de  fes  veuës  ,  ôc 
bien  éloigné  de  l’infolènce  dé  ce  Gointus  dont  parle  Galien", 
qui  vouloir  que  fon  maladé  foûtint  Codeur  de  fon  vin ,  puifqu’il 
foûtenoit  l’odeur  de  fa  fièvre.  A  quoy  l’on  pourroit  bien  ajouter 
les  joüeurs  d’habitude&de  Profeffiofa  :  car  en  vérité  un  homme 
qui  a  manqué  un  grand  coup  dé  de  ou  de  carte,  ou  qui  a  perdu 
fon  argent,  ne  penfegueres,  quand  il  vient  à  fon  malade 
tre  chofe  qu’à  ce  coup  fatal  qui  fait  fon  chagrin ,  ^  qui  occupe 
fon  imagination.  Sur  quoy  nous  pourrions  bien  nous  étendre  ^ 
&  faire  de  belles  induéllons  fi  nous  ne  voulions  faire  icy  grâce 
aux  vivans  &  aux  morts ,  &  fi  nous  ne  nous  contentions  de,  ren¬ 
voyer  les  Médecins  qui  ont  cette  pampn  aux  remedes  qu’ils  y 
trouveront  dans  le  Traité  àc  paf€haf.  fufim:y  ma.rq\ié  ci-devant 
page  i8i.  ]c  pourrois  bien  encore  confeillerà  ceux  qui  ont  des 
défauts  ,  tels  que  celiiy  qui  infedoit  les  pauvres  malades  de  la 
puanteur  de  fon  haleine ,  de  ne  pas  fe  mettre  dans  la  pratique  , 
parce  que  les  pratiquans  ne  doivent  rien  avoir  de  choquant ,  êï: 
de  rebutant  pour  les  malades,  raifon  peut- être  pour  laquelle, le 
Pape  Urbain  V.  dans  une  de  fes  Bulles,  défend  aux  Univerfte^ 
de  recevoir  les  boffus  ,  boiteux,  galieux,npi)cptiques  ôc  laids, 
tels  que  font  bien  desMedecins  qui  font  bien  les  beaux  Je  cpnelu- 
ray  donc  icy  fimplement ,  fans  rappeler  fur  les  rangs  nos  fameüx 
_ Médecins  ,  ê:  fans  donner  pour  modellcs  les  preux  de  la  M,çr 

Xxx  'ij 


G/tle».  Commern.^. 
in  6.  l.pdem. 


Etiam  fpurios. 


Medicus  felicifli- 
mus  cil;  ubi  in  acte 
perfcdus  &  mo- 
ribus  optimus. 

V.  îih.  HifocraP. 
de  legs, 

MftrceU. 
in  Tdura,^ 


V.  Vi?jnÂ-ettmX.  â& 
mtonhus  con^ul^ 
Medkin^ 


'j  jx  Ejjais  de  Medecme* 

decine  de  nôtre  fieclc ,  parce  que  cela  pourroit  être  trop  Ion» 
&  paroîtroit  afFedé,  Je  çoncluray,  dis-je,  avec  Erafme.  ^ 
Q^e  Iç  Médecin  n  eft  parfait  que  quaiKi  la  fcience  &  la  pro¬ 
bité  s’entredopnenç  la  main  ,  ÔC  fe  rencontrent  en  un  degré 
éminent ,  qualitez  à  la  yerlté  qui  ne  fautent  pas  toûjours  aux 
yeux  de  cepx  qui  les  cherchent ,  quoi-qu  elles  fe  rencontrent  en 
effet  en  quelques  fu|ets,  - 
Félix  Ue  rfmft  ilium 

Felkem  mugis  fui  f  Met  utroque 

^iprohmiatqueidemJoSius. 

Car  qui  doute  quhl  n’y  en  ait 

if  un.  autre  camBen  y 

;  JOtCifeMmens  âi'ver&é^  d'^humeurs  bien  emtraires^T 
peu  dl" état  é"  de  biens  é"  d^'guam  , 

,  .  ^  FormeM  tous  leurs  fouhaks  à  fermr  le  prochain  > 

^ui  font  dignes  Chômeur  é‘  dont  la  benne  vie 
feinte  à  leurs  grands  talens  a  les  aimer  convie* 


CH  API  T  fl  E  XVIII. 

Des  AJfemhlées  &  Conjuhattons  des  Meàedns* 

T  A  n  t  de  formulaires  dç  confuîtations ,  êc  tant  de  differ- 
tations  fur  cette  matkre  données  au  publie  pai  tant  dé 
Mededns  ,  marquent  afe  que  le  jeu  ne  leur  a  pas  déplu.  AuiS 
ces  confukations  font-elles  d’ardinaïre^de  l’argent  comptant  ,  & 
fort  aifé  à  gagner  ,  en  comparaifon  de  celuy  des  fimples  vifites 
qu’on  fait  aux  malades  ^  fbuvent  pures  prétentions.  Zàcut.  Lu^ 
fitan^  Médecin  Juif,  eft  un  des  grands  tenanspour  les  Conful- 
tânons  j  mais  en  alléguant  comme  il  fait  une  infinité  de  pafFages 
d’^Auteurs  pour  établir  la  necefiité  6c  rutilité  des  confeils,  ilme 
prend  pas  garde  que  tout  cela  ne  vient  puint  au  particnlierdes  con- 
feils^i  regardent. la fanté.  Autant  vaudroîtprefques, qu’il  nous 
eût  allégué  un  Confm,  àiYinhé  que  les  Romains  faifoient  prefider 
aux  délibérations  de  leurs  Afiemblées.  Ce  n’éfi:  pas  à  ïa  vérité 
qu’^Hipocratc  ,  Ariftote ,  Galien  6c  quelques  autres  Médecins, 
tant  Grecs,  Lagin^"^  Arabes  qne  des  derniers  ficelés ,  ne  fem* 
ble-îit  être  efi^ïv^ement  pour  la  Çoniuhation  ,  an  fit  ne  vou¬ 
drais- je  pas  blâmeSrces-Afikîïibléésdc  Médecins  ,-fi  elles  étolenî 


Seconde  Partie.  Ch^ip,  XYHI.  553 

faites  comme  il  faut  3  mais  ne  fçait-o.n  pas,  par  de  fâcieûfes  ex¬ 
périences,  qu’il  en  refaite  fouvent  plus  de  bruit  &  d’embarras, 
que  de  fatisfaftian  pour  le  jnalade&pnur  fes  amis.  ?  Il  n’y  arien 
de  fl  frequent  dans  Galien  que  de  vair  des  Médecins  difputer 
chez  le  malade  fur  des  fiijets  qui  ne  font  rien  à  la  maladie  j  auffi, 
dit  ce  grand  Médecin,  le  peuple  ne  manque-t-il  pas  d’ohferver 
ces  inconfiderations  ,  ôc  de  rire  de  ces  gens  qui  ont  une  déman- 
geaifon  continuelle  de  contredire  :  Mentes  ‘vem  f/t^jopn  ;  &  ^ui 
tmhmient  plutôt  leur  pMrie  cjue  leurs  premiers  ft-atim.em  ,  tant  ils 
ont  peu  d’âfFedion  pour  la  vérité.  En  ejGFetjon  mettroit  plutôt 
d’accord  trois  Orlogés ,  trois  Almanachs  &  trois  Coquettes  que 
c^  genre  d’hommes  s  témoin  les  trois  difFerens  avis  de  trois  Mé¬ 
decins ,  dont  l’un  difoit  que  le  malade  en  mouroit  ,  l’autre  qu’il 
réchaperoit,  &  l’autre  qu’il  y  avoir  du  péril  dans  fon  mal  , 


tih.  de  Medicam. 
furgantib. 


Ut  cum  mutuis  ma- 
Icdiâris  fc  afperfe- 
rint  inutiliter  ante 
tempus  difeedant. 
Galen.  lih.  i.  Me-, 
thed.  J. 


Gtiillelm.  Onctac. 
in  colley,  mixtis. 


Il  faloit  bien  queSaiiit  Jean  Chrifoftome  eût  vende  ces  opi¬ 
niâtres  dont  parle  Galien,  puifqu’ilen  dépeint  de  fi  attachez  à 
leurs  fentimens,  qu’ils  euffent  mieux  aimé  faire  périr  le  malade 
que  de  fe  dédire.  Pierre  de  Blois  qui  en  avoic  veu  des  exem-? 
pics  s’en  plaint  à  un  Medeoin  de  fon  temps ,  comme  d’une  chofe 
tort  commune.  Polidore  Séraphin  dit  de  ceux  du  üen  ,mfurias 


Hornil.  ^8.  de  vh* 
Menach. 


Epifiel.  4  J. 


ignumcjue  ruunt ,  à  qiîoy  il  ajoute ,  tuneque  ires  impedit  mimum  ne 
^jjit  cernere  l’erumm,  Onapû  obferver  ci-devant  dans  le  Regle¬ 
ment  de  la  Cour  de  Parlement  de  l’année  1 5  5  S .  ce  qui  fe  pafïoit 
alors  à  Paris  dans  les  Confultations,  &  ro:nnefçait  que  trop  ce  qui 
s’y  pafîe  encore  tous  les  jours.  Il  feroit  donc  bien  plus  a  proposdé-  ApUrifm 

Ion  la  penfée  de  Jean  Damafcene ,  de  n’avoir  qu’un  Médecin 


que  de  fe  commettre  à  ces  embarras.  Car  qui  vous  aÛurera  que 

Pefprit  de  Dieu  ^qui  n’eft  promis  dans  fbn  Evangile  qu’à  ceux 

qui  feront  d’accord  entr’eux,fe  puifTe  trouver  dans  des  AÎïen:  blées 

fi  difeordan tes.  Car  û  l’on  m’allegue  celles  ou  quelques  Médecins 

paroiflenten  bonne  intelligence,jc  puis  affurer  que  ce  n’eft  foii^ 

venequ’intereft  &  cabale.  On  s’entre  appene,on  s’entre  âpplauditj 

on  s’entre-loué  à  la  pareille ,  &  on  s’entre-fait  des  pafîe- droits  qui 

ne  valent  fouvent  gueres  mieux  que  des  avis  difFerens.Qui  nefçai  t 

aurefteqoe  ces  Conférences  que  Duret  meme  appelé  nugurum  inCeac.  mpeer/it, 

garulitutes  ,  commencent  par  des  Préfaces  apprifes  par  cœur ,  & 

que  tout  ee  qu’on  y  dit ,  eft  plus  fait  pour  les  Auditeurs  que  pour 

les  malades  5  quoi-que  tous  les  Confultansne  foiem  pas  toûioîirs 

également  bien  fournis- de  cqs  pieees,^tant  il  s’es  trouve  quia 

Xsx  iij 


J 34  Medecine, 

comme  ces  miferables  troupes  volantes  de  Comédiens ,  n’en  ont 
que  deux  ou  trois  qui  fervent  àtoutes  fortes  de  fujets ,  mais  plus 
particulièrement  à  la  fièvre  5  ôc  d’autant  plus  facilement  que  la 
fièvre  étant  une  grande  entremeteufc-,  elle  fe  trouve  dans  la 
plus  part  des  maladies ,  où  on  n*a  pas  peine  à  faire  venir  la  Pré¬ 
face  &  les  difcours  ,  toûjours  prefi:  à  paroître  comme  le  rôlle 
du  Poète  de  la  Comedie  des  Vifionriaires  ,  l’étoit  à  partir  de  fa 
poche.  Celuy  qui  a  convoqué  ôt  choifi  les  autres  fait  l’ouver¬ 
ture  du  difcours ,  &  comme  on  voit  dés-là  où  il  tend  ôc  où  va 
fon  opinion  ,  on  ne  manque  guere  d’y  donner. 

capra  aWaltra  per  [entiero  alpejlro. 

Il  y  a  bien  pis  :  car  on  voit  fouvent  dans  ces  Aflèmblées  des 
Médecins  fi  miferables  ,  qu’encore  qu’ils  falfent  fouvent  meil¬ 
leure  figure  que  les  habilles  ,  loin  d’avoir  quelques  pièces  étu¬ 
diées  ,  ni  même  de  fçavoir  le  Latin ,  ils  ne  fçavent  pas  feulement 
leur  langue  maternelle,  au  relie  hardis  à  dire  des  mots^avoris, 
du  Nerveze,  des  Turlupinades,  &  tout  ce  qui  leur  vient  dans 
la  bouche  pour  plaire  àùes  gens  d’alTez  mauvais  goût ,  Sc  à  ce 
vulgaire  dont  on  peut  dire  :  .  -  ) 

Tûîttcé-qtitl  n  entend pa^  i  au ffi-tot  il  V admire. 

Car  il  me  fouvient  qu’un  des  grands  Officiers  d’un  des  pre¬ 
miers  Parlemensdu  Royaume,ayant entendu  enProvince  4.  Mé¬ 
decins  ,  confultans  pour  un  malade  de  fcs  amis ,  il  donna  la  pal¬ 
me  de  la  Confultation  a  un  Barbare  ,  ignorant  &  pitoyable  Me-, 
decin,  qui  n’avoit  été  eneffetentreles  trois  autres  que  ce qu’elt. 
une  oye  avec  des  cigncs.  On  voit  donc  bien  par  toutes  ces 
remarques, que  la  plupart  des  Confultans  ne  penfent  gucres  à 

la  maladie,  à  fes  caulès,  au  temperammentdumalade,  autems 

palTé ,  au  prefcnt  ni  à  l’avenir.  Gomme  on  a  commencé  pâr  du 
Latin ,  que  bon  que  mauvais,  on  continuë.par  quelques  faignées,. 
bien  boire ,  deux  écus  de  Senné ,  &:  on  finit  par  un  grand  âixiy 
qui  vaut  bien  un  Calepinus  recenfui.  Ce  qu’il  y  a  encore  à  remar¬ 
quer  dans  ces  fortes  d’Aflemblées  ,  &  dont  les  malades  &  les 
fains  doivent  être  avertis,  ell  que  fi  on  laifle  le  choix, des Con-> 
fultans  a  celuy  qui  eft  le  Médecin  ordinaire ,  il  ne  manquera, 
pas  de  faire  venir  ceux  qui  font  de  fa  cabale-  Il  fe  fouvient 
qu’il  doit  une  ,  deux  ou  trois  Confultacions  à  un  tel  qu’il  n’a 
pas  encore  acquitées  ,  qu’il  faut  conferver  Ibn  amitié  ,  fa  cha- 
landife  èC  le  commerce  :  car  de  cLoilîr  &  de  faire  appeiler  1^ 
plus  habile  qu  on  connoi^  ,  il  n’y  a  fouvent  rien  à  gagner  avec 


Seconde  Partie.  Ch ap.  XVIII.  535 

luy  5  il  pourroit  enlever  la  pratique  fi  on  le  faifoit  connoître.  Il 
faut  donc  des  hommes  de  la  faciende  du  Clinique ,  bc  qui  ne 
luy  jettent  point  de  pouffiere  aux  yeux.  'Si  tout  au  contraire 
le  malade  ôc  les  AlSftans  veulent  choilir  à  leur  fantaifie  ,  il  y  a 
tout  à  craindre  des  differens  fencimensde  nos  Confultans,  parti¬ 
culièrement  s’ils  font  ennemis  ,ou  de  differentes  Facultez.  Ils 
fe  brufquent  fouventjdit  Langius,  pour  un  rien,  ou  par  efprit 
d’übffentation.  Ils  ne  cherchent  pas  la  vérité  dans  les  Confc' 
rences.-car  quelque  différence  d’opinion  qui  s’y  trouvât ,  dit 
Duret,  cela  feroit  tolcrable  ,  s’ils  n’avoient  que  la  vérité  pour 
motif?  mais  ils  cherchent  à  contredire  ôc  à  quereller.  Ainfî  voila 
non  feulement  de  l’argent  ôc  du  temps  perdu  >  mais  encore  bien 
du  chagrin  qu’on  fe  fait ,  &  qu’on  auroit  pû  éviter  avec  un  feul 
Médecin.  Il  y  en  a ,  dit  le  Boccalini ,  qui  au  lieu  d’employer  les 
premiers  momens  de  la  vifite  à  examiner  le  malade ,  ôc  à  écouter 
rhiftoiré  de  la  maladie  ,  perdent  le  temps  en  préliminaires,  en 
ceremonies, ou  à difputer  fur  le  pas  ôc  far  d’autres  intérêts  chi¬ 
mériques,  comme  fi  cela  faifoit  quelque  chofe  à  la  maladie ,  per- 
àono  il  tempo  nel  collegi/^re  [enz,n>  aver  ^ifita  l' infirma  uàita  Chi- 
"Jlorm  del  mde  ;  témoins  ceux  qui  difputoient  s’il  faloit  dire  Ga¬ 
lien  ou  Galen  ,  pendant  que  l’occafion .  fe  paffbit  de  faire  quel¬ 
que  remede  au  malade.  On  dit  à  ce  propos  ,  que  le  Cardinal 
Albornos  voyant  des  Médecins  qui  ne  pou  voient  s’accorder  fur 
l’cfpece  ôcfurles  remedes  de  fa  maladie ,  il  leur  Fous  voilai 
îMejJieurs  bien  empêche^  %  fié  quoy  ^  ne  ‘voye^-'vous  pas  quilya  fi 
long-temps  que  je  fuis  fur  pieds ,  quil  efi  temps  que  je  me  repofe  ,  ^ 
que  fie  dorme  d'un  long  fommeil.  C’efk  fans  doute  dans  ce  même 
efprit  >  qu’un  Poëte  Italien  difoit  au  fujet  des  Médecins  qui 
font  tant  de  bruit ,  ôc  qui  donnent  fi  peu  de  fatisfadion, 

La  Medicina  con  fueherhe  r  è  cofe 
che  fias  "i  e^ccia  carotte  h  tutti  mali 
Infin  çhe  l'huom  X  per  fempre  fi  rifpofe. 

En  effet  quelles  pitoyables  conclufions  n’avons-hous  pas  fou- 
vent  de  pareilles  confultations  ?  autant  vaudroit  dire  i 
che  Mecenate  non  havena  fonno 
Lquéra  cagion che  Mecenate  non  dormiva. 

Car  n’eft-il  pas  vrai  qu’on  répond  fouvent  au  makdecomme  les 
Medecitis  du  Roman  Comique, qui  répondirent  en  fort  beauLa- 
tin  au  Curé  de  Domfront  ,  qui  les  confultoit  pour  fagravelle  , 
qu’il  avoir  la  gravelle,  C’eft  ce  qui  obligea  un  autre  ma-kde  »  qui 


Inter  Medicos  bo- 
na  opinioniim  dif- 
fentio ,  pefllma  vo- 
luncatum.D^n  t.  in 
Ceac.  Hipoerat, 
ijo.  ■ 


77. 


F.  Le  Feëme  de 
L’Abbé  d’Aubigm 
fur  ce  fnfet. 


55^  Bjjm  de  Medecme, 

aimoic  le  vin,  6c  c^ui  voyoic  que  les  Médecins  tic  difputoientqu« 
d’un  des  fymptpmes  de  fon  mal ,  Tans  aller  aux  caufes,  ôcqu’lfs 
lui  ordonnoieiit  une pcifane  fort  defagreablc  j  c’eft ,  dis-je, ccqui 
obligea  ce  malade  à  leur  dire  :  MeJJieurs ,  vous  n  avez,  quamoter 
la  fièvre:  car  pour  ma  foifquon  me  Uijfe  faire  t  je  fiauray  bien  y  re^ 
dkr.  Le  fameux  Rabelais  ne  pouvant ,  dit-on,  fouffrirle  refui, 
lat  d’une  confultàtiôn  faite  pour  le  Cardinal.du  Bellay  fonPa, 
tron  ,  parce  qu’elle  ne  concluoit  qu’à  une  décoébion  apericive, 
dk  aux  Médecins  qu’il  n’y  avoir  qu’à  faire  bouillir  des  clefs, 
rien  n’étant  plus  apéritif  après  le  canon  de  la  Baftille.  Mais 
n’oüblions  pas  nos  indutlions  fur  une  fi  belle  matière. 

Le  Neptune  étoit  fi  terrible  dans  les  confultations  ,  qu’il 
fâifoit'toùt  trembler  ,jufqu’au  logis,  par  le  fon  de  fa  voix ,  com¬ 
me  s’il  eût  falu  tout  accorder  au  droit  du  Trident ,  jufques  fur 
les  terres  de  fes  collègues,  &  loin  de  fes  eaux.  Le  Grand  ne 
faifoit  pas  tant  de  bruit  dans  ces  occaGons  que  le  Neptune, 
mais  il  n’y  étoit  pas  moins  maître  abfolu  ,impofanc  non  feule¬ 
ment  aux  malades  par  fa  réputation  ,  mais  aux  Médecins  qui 
redoutoient  fon  crédit ,  6c  particulièrement  aux  jeunes,  qui  le 
régardoienc  d.’un  oeil  de  refpeâ:  &  de  crainte. 

Si  forte  virum  €[uem 

Confpexere  5  timent. 

Lé  Politique  étoit  de  toutes  fêtes  en  matières  de  confultation. 
Chacun  le  voulbit  avoir  ,  c’étoit  le  bel-air,  aufli  étoit-ilundes 
plus  agréables  Confultans  de  fon  fiecle ,  pourvu  qu’on  le  laiflât 
dire.  Il  fçavoit  fi  bien  qu’il  étoit  à  la  mode  chez  les  malades^ 
qu’il  difôit  lui-même  ,  qu’aucun  n’eût  ofé  mourir  fans  lui ,  & 
qu’ils  lui  dévoient  tous  un  écu  d’or  oü  d’argent.  Mais  de  bonne 
foi  ,  ut  quid  f  erditio  hac  ?  puifque  tout  cela  n’étoit  que  vanité 
du  côté  des  malades  &  dè  leurs  proches,  &  qu’interefi:  du  côté 
des  Médecins ,  qui  ne  le  faifoient  âppeiler  que  par  complaifan^ 
ce  &  flaterie  pour  avoir  fijfi  approbation  ,  témoin  la  querelle 
de  deux  jeunes  Dodenrs  ,  dont  l’On  qui  fê  piquoit  fort  de 
confcience  ,  dit  à  l’autre  :  Sondés  feedemem  d  refiimér  i* argent  des 
confultations  inutiles ,  que  tu  as  fait  faire  pour  Capter  la  benevolen^ 
ce  de  B.  .  .  Quoi  qu  il  en  fbit  ,  comme  Catôâ  dilbit  des  Rhé¬ 
teurs  de  fon  tetns  )  qu’ils  s’appliquoientàl’ârt  Oratoire  avec 
autant  de  chaleur  que  s’ils  euRenc  été  prêts  de  plaider  leur 
câufe  devant  Eaqûe  ,  Rhadamancc,  de  même  lePolitiqüè  6C 
fës  Elevés  àpportôienc  fouvent  tant  d’artifice  à  ces  confiilta- 

tions 


Secônde  Pmh,  Chap.  XVIIL  537 

fions  qu*il  ne  faut  pas  douter  que  fi  ia  more  eût  eu  des  oreil¬ 
les,  elle  n’eût  rendu  les  armes  à  la  douceur  de  leur  Rhéto¬ 
rique. 

Le  Petit-homme  étoit  fi  bien  affûté  de  confultations ,  qu’il  en 
avoit  >  pour  ainfi  dire  ,  un  Avent  &  un  Carême  tout  prêts  pour 
toutes  lorces  de  maladies  ,  les  faifant  toujours  venir  à  fou 
point ,  quoi-que  rarement  au  mal  dont  il  s’agiffoit  ,  ôc  indivi- 
dueilemenc  au  malade.  - 

Concluons  donc  que  les  confultations  font  fort  fouveht  inu¬ 
tiles  :  car  fi  l’on  m’objecte  qu’Hipocrate  confeille  à  fon  Msde-  l.  de  PrAferifi 
ein  d’avoir  recours  à  fes  Collègues  s  quand  il  eft  en  doute ,  je 
répons  que  cela  efi:  bon  ,  quand  les  Médecins  qu’on  appelle, 
font  tels  que  les  demande  Hipoerate  même,  graves  ,  doux,fidé- 
/ri  ,  5  s’ils  font  comme  les  veut  Cafliodore  ,  doux  , 

defintereirez ,  confolans ,  &  tels  que  les  demande  l’Auteur  du 
Luminaire  J  Içavans',  fîmples ,  finceres ,  fidèles  ,  commodes  ;  M^hônf.kPonech. 
aurrement  cette  pluralité  de  Médecins  fera  une  de  celles  dont 
en  a  dit  r  Plures  omdere  medeitdo  Cafarem\  Et  comme  a  dit  quel¬ 
qu’un  :  Omtiones  funehres  adhuc  <viventmm  Agroîum ,  fùnejla  frA* 
nüntiæ ,  hof^itiique  mortis  defignatrices.  AufliRhafes,JeanDa’- 
mafeene ,  Cardan  &  tant  d’autres  nous  aflùrent  que 
confuliP'  Medicos  yincidit  m  erràrés  plurimorum.  - 

Impediunt  certe  medicamina  plura  faltitem  y 
No?2>  plures  Medici  ,fèd  pMis  unm  e^t. 
Nîinquamycyedemihi,kfnQrbolevabitur<&ger- 
Si  muUis  Medick  ereditur  ma  faim: 

A  moins  do  cela  voici  encore  une  fois  l’avis  d’un  habile  hom-  uîemym.  Darius 
me  fur  cette  matière  :  Ejlo  unm ,  bonay,  fidelii  ,  Gathdiem ,  Jî mo-  irt  Medic.  catheL 
rkndumsujfihoc'unomorere.  polmc. 

Erafme  dit  d’un  pauvre  malade  qui  avbît  eu  dix  Médecins 
en  confukation  y  ^  qui  ne  laiffa  pas  de  mourir  après  cette  ce¬ 
remonie  5  que  c’ étoit  plus  qu’il  n’en  faloit  pour  faire  mourir  non 
feulement  un  malade  ,  mais  Phomme  du  monde  le  plus  fain. 

Auffile  Pape  Clément  VI.  qui  avoit  eu  grand^  raifon  de  fe 
voüer  à  la  Vierge  Mere ,  pendant  une  maladie  où  il  étoit  tom¬ 
bé  entre  les  mains  de  huit  Médecins  ,  rie  fe  tira-t-il  de  cette 
affaire  que  par  une  efpece  de  miracle’,  qu’un  Poëte  du  tems 
exprima  en  cette  manière  : 

^uejlo  è  un  veto  che  Papa  clementC  - 
Jquefia  mjkot  Donna  a  fodisfatiQ  ■ 

-  T  ï  Y 


*  Pt^mium  qtiôd 

coafervâtôn  rèd- 

ditur.  Xem- 
fhont. 

Efdr&  4.  k 


"J  J  g  ElJais  de  Mededne. 

perche  da  cm  Meàtci  a  d’un  trMto 
'  fjo  likero  t  tniracolojamente  î 


C  H  A  P  I  T  R  E  X  XIX. 

De  t honneur  ou  delà  reconnoijJkn.ee  due  aux  Médecins 

La  reconnoilTance  qn‘on  doit  aux  Juges  >  aux  Avocats  & 
aux  Médecins  ,  n*eft  pas  un  falaire  ni  un  payement ,  mais 
un©  marque  d’iionneuf.  En  tout. cas  ,  dit  le  jurifeonfuîte,  fî 
e’efl  un  falaire  ,  il  n’eft  que  pour  la  peine  du  corps  ,  Solviiw 
fro  corfûref!>  f^î-tica  ^  non  fro  munere  fanitàtis  ,  le  fervice  que  lés 
Médecins  rendent.,  ne  fe  pouvant  allez  payer.  Les  Latins  ap¬ 
pellent  Honor/^rium  en  general  la  reconnoiffance  qu’on  doit  aux 
gens  de  Lettres  ,  les  Grecs  mais  quand  il  s’agit  des 

Médecins,,  ceux-cy  l’appellent  gffis-poK.  *  Les  Hebreux  appellent 
toute  forre  de  reconnoifiance  Beroch  ,  benediMon  é^minàMh  squi 
.cft  proprement  le  prefent  que  l’on  donne  aux  Rois  &  aux  Prin¬ 
ces  par  honneur.  Quoi  qu’il  en  foit  ,  on  n’eft  pas  à  prefent , fi 
foigneux  de  rendre  cette  marque  d’honneur  aux  Médecins., 
qu’on  l’étoit  autrefois.  Je  ne  fçai  lî  la  pauvreté  fille  du  luxe  & 
de  la  vanité  qui  régnent  par  tout  ,  ou  le  mépris  que  les  Mé¬ 
decins  fe  font  attiré  ,  ne  feroirpas  caufe  de  ce  changement, 
ou  s’il  ne  feroit  point  arrivé  par  hazard  ce  qui  arriva  autfefois 
à  Rome  par  l’adrelTe  des  Magiftrats  ,  qui  ne  trouvèrent  point 
de  meilleur  moyen  de  ruiner  le  vilain  commerce  qu’on  faifoic 
alors  de  la  Medecine ,  que  d’admettre  en  cette  Capitale  du 
monde  les  Charlatans  5  ou  enfin  fi  le  mal  ne  viendroit  pas ,  & 
particulièrement  à  Paris  de/ toutes  ces  caufes.  Ce  qu’il  y  a  de 
pins  affuré  èft  ,  que  comme  il  arrive  fouvent  qu’on  eft  dégoû¬ 
té  par  la  quantité  des  viandes  j  de  même  le  nombre  infini  des 
Médecins  êc  de  ceux  qiii  les  contrefont  a  rendu  l’Arc  fi 
méprifable  ,  que  bien  {bu vent  on  ne  fe  fert  des  Méde¬ 
cins  qu’à-  l’extremité -,  ou  fur  l’efperance  de  ne  leur  don¬ 
ner  ^ue  ce  qu’on  voudra  :  injuftiçe  d’autant  plus  grande  que  la 
fancé  eft  d’un  prix  infini ,  ôc  que  nonobftant  le  defordre  qui 
5’ eft  glUTé  dans  là  Profeflîon,  il  y  a  encore  quelques  bons  Mé¬ 
decins  à  Paris  &  dans  les  Provinces qui  méritent  bien  qu’on 


Seconde  Partie^  Chap.XIX.  535 

les  diftioguÇ|)ar  quelques  marques  d  uenneur.  Qu.and  on  n’%13.- 
roicdoQc,  pour  être  conv-aincu  de  ce  devoir  ,  &  de  la  dureté  , 
dont  les  convalefçens  lêmblent  fouvent  faire  trophée ,  que  Le 
texte  &  la  glofe  la  plus  na-turelle  de  cet  Oracle  ;  HommMe-' 
àicum ,  ià  efi ,  ex  tua  fubflama.  Ne  feroit-ce  pas  alTez  pour  l’in- 
ftruction  de  ceux  qui  fe  contentent  de  .donner  des  paroles  êc  # 

de  faire  des  reverences  :  car  enfin  le  terme  de  fubfimce  au  lan¬ 
gage  de  l’Ecriture  fainteî  s’entend  d’autant  plus  naturellement 
de  ÏBdmmire,  que  faint  Paul  appelle  honomria->  les  portions  ti¬ 
rées  du  fond  des  aumônes  des  Fidèles  affedées  à  l’entretien 
des  Prêtres  &  des  veuves.  Car  c’efl:  ce  qu’il  honorer  les 

véritables  veuves,  &  ce  qu’il  entend  j  en  di faut  que  les  Prêtres 
font  dignes  à' un  double  honneur ,  terme  qui  a  pafle  des  Juifs 
Helienifies  dans  les  expreffioas  de  ce  Saint  j  èc  de  là  chez  les 
Jurifconfultes ,  pour  marquer  Ce  qu’on  doit  aux  Avocaîs  &  aux 
Médecins.  En  effet  l’honneur  ,  dit  faint  Jerôme‘,  ne  fe  prend 
pas  feulement  pour  des  déférences ,  des  falutations  &  des  ce¬ 
remonies  ,  mais  pour  des  prefens^  pour  des  dons  ,  &  pour  tou¬ 
tes  les  chofes  neceffaires  à  la  vie  des  Prêtres.&des  Médecins. 

Tous  nos  Théologiens  font  de  ce  fentiment',  &  particulière- 
ment  ceux  qui  ont  commenté  le '3  8.  chapitre  de  rEcclefiaftique,  jr.  vaieftum  de  ’ 
où  il  eft  parlé  de  ce  devoir  des  malades  :  a  quoi  on  peut  ajou-  facr»  :, 

ter  que  c'efb  une  chofe  d’autant  plus  honteufe  aux  Ghré- 
tiens  d’en  vouloir  douter  .5  que  les  Pages  Payens  mêmes 
s’en  font  acquitez  avec  beaucoup  de  generofité.  On  con- 
fecroit ,  dk-on ,  à  Minerve  la  première  reconnoiffance  qu’on  *  Mmeryaî. 
recevoir  de  chaque  difciple.  Les  PEilofophes  ne  faifoient  au¬ 
cune  difficulté  de  la  recevoir;  c’ efi:  ainfi  que  Socrate,  Arifto-  j/ 

te ,  Æfehines  ,  &  tant  d’autres  prennent  les  prefens  qu’on  leur 
fait  ,  &  que  le  Philofophe  Eicon  a  foin  d’honorer  Pafitheme  carioni  mifi  ue 
êc  Media  qui  l’ont  guéri.  Et  le  Poète  même  n’entend  autre  cho-  fîbi  honos  habea- 
fe  par  le  terme  d’Eonneur  ,  que  cette  recompenfe  qu’on  doit  à 
la  vertu,  tL  aux  Profeffeurs  des  Arts  &  des  Sciences. 

Hic  petatis  honos,  ... 

Cicéron  honore  fon  Médecin  de  cette  maniéré.  ^  Seneque  fe 
fait  une  affaire  d’honneur  d’en  ufer  ainfi.  Cependant  ‘ 

Scire  valant  omnes  mercedem  folvere  nemo. 

Mais  les.  grands  Princes ,  les  Republiques  &  les  fages.Magi- 

Yyy  ij 


i»  E»(6miis  Medi- 


Calumnia  con- 
turbat  fapicatcm, 
&  perdit  robur 
eordis  illms. 
"BAeleJiafiicî 


Ejjais  de  JMedecîne, 

ftracs  n’en  ufoient  pas  autrefois  ,  ôc  n’en  ufent  pas  encore  à 
prefent  ,  comme  fait  tout  ce  qui  a  un  efpric  de  peuple.  Ces 
Legiflateurs  fe  font  fait  une  Loy  de  leur  établir  des  penfious 
&:  des  recompenfes  honorables  j  parce  que  ,  comme  le  remar* 
que  Erafme  ,  on  ne  peut  allez  reconnoître  le  bien  qu’ils  font. 
ÊnclFcc  quelles  peines  &  quelles  incommoditez  n’ont-il  point 
à  fouffrir ,  le  jour ,  la  nuit  i  à  la  ville ,  aux  champs  ?  Quel  plai- 
fir  de  voir  des  objets  lugubres ,  mélancholiques,  mal-propres; 
de  rifquer  fa  vie  dans  un  air  puant  &  contagieux.,  jamais 
à  l’aife  ,  jamais  en  repos.  ,  toujours  trottant  autour  d’une 
Ville. 

Hic  'vifum  vociit  ■>  hic  màitum  trifiia  - 

Sfretü  omnibus  ojficiis ’i  cubât  hic  in  cotle  ^mrim -i 
Trans  Tiberim  3  longe  cubât  hic  prope  Cdfam  hortos  j 
llle  in  extremo  Aventim-,  nji fendus  uter^ue. 

Lucien  plaint  Efculape  d’avoir  à  converfer  avec  des  mala¬ 
des  ordinairement  chagrins,  emportez,  ôc  fe  prenans  au  Mé-, 
decin  de  la  longeur  de  leurs  maladies.  De  plus,  fi  ce  Méde¬ 
cin  fait  fon  devoir ,  &  qu’il  n’ait  d’application  qu’à  fon  mini- 
ftere  ,  quelle  vie  de  n’avoir  pas  un  moment  à  donner  au  loin 
de  fon  domeftique  ,  &  de  Tes  affaires  du  dehors  ,  &  de  n’êtrs 
jamais  en  état  de  jouir  de  quelques-unes  de  ces  douceurs  de  la 
vie,  pourlefquellesla  Medecine  n’a  aucunes  vacations.  A  quoi 
on  peut  ajouter  la  calomnie  quj  fuit  toujours  les  mauvais  fuccés, 
êc  qui  afflige  toujours  un  bon  cœur.  Et  c’eft-ce  qui  faifoit  par¬ 
ler  en  ces  termes  une  femme  qui  ne  confeilloit  pas  à  une  fiU© 
d’époufer  un  Médecin  chez  un  de  nos  Poëces. 

Mais  mjec  quelle  ennui  ,  de  quel  air  verrons  -mus 3 
Vans  la  part  qu  en  doit  prendre  aux  chagrins  d’un  MpeUXi 
Les  cuifans  déplaifirs  les  rudes  tempêtes 
^tfun  emploi  Ji  bi^rre  attire  furH^eurs  têtes , 

Et  la  confujîon  quils  ont  d  tous  moment. 

^don  les  prenne  en  défauts  fur  les  évenemens ,  ■ 

Ils  ont  beau  fur  fon  fait  confulter  la  nature  ^ 

Elle  ne  leur  répond  que  par  la  conie£lure  y 
Et  leurs  Arrêts  de  mort  en  condamnent  fouvent 
,^i  pourvoient  bien  un  iour  les  voir  aller  devant 
La  vapeur  quau  trepied  humoit  la  Pythoniffe  ^  ^ 

Et  celle  du  Bafin  dans  ce  noble  exercice  : 

;^mi  quicy  le  parfum  en  fait  un  peu  plus  fort  ji 


Seconde  Partie.  Chap.  XIX.  54^ 

r  obfcure  é^ui'voc^ue  ont  heamoup  de  rapport', 

£t  de  qtielqu  autre  fonds  qu  ils  tirent  leur  fcience  t 
ils  nont  rien  de  certain  que  leur  doUe  ignorance  ^ 

£ans  qu  ils  pnifent  prétendre  ■>  y  'i^oulant  raifonnery 
D'autre  éclairci fement  que  pour  bien  deviner. 

Et  que  pour  trouver  lieu  dans  ces  [ombres  tenebreSi 
De  former  en  concert  leurs  oraifons  funèbres , 

Du  fouvent  on  leur  voit  prodiguer  leur  latin» 

Lorfque  la  douleur  prefe  ,  ér  gid^on  tire  h  lu  fin. 

ïl  faudroic  donc  quelc^ue  petit  addouciffemeiit  j  &  pour  ainii 
'dire  î  quoique  leurre  ,  pour  obliger  la  jeunelTe  à  s’engager  à  l’é¬ 
tude  &  à  la  pratique;  Je  fçay  quele  grand  Hipocrate  n’approu-  Epijl.  ad3cn»t.Ab^ 
jfc  pas  fort  que  le  Médecin  faffe  une  padion  avec  le  malade  5  deritm. 
qdil  VGudroit  qu’on  exerçât  libéralement  un  Art  auffi  liberal  de  decenti 

que  la  Medecine  5  qu’il  fe  plaint  (quelle  a  paffé  de  l'étude  de  la  L.de  ^rxceptionih. 
fagefie  dans  le  commerce  dès  hommes.  Je  fçay  même  qu’il  a  crû 
qu’il  feî*oit  plus  avantageux  au  Médecin  de  pouvoir  tacitement 
reprocher  au  malade  fon  ingratitude  ,  que  de  la  lui  marquer 
par  quelque  plainte ,  ou  par  quelque  demande.  Je  fçay  qu’Âu- 
ibne  rend  ce  témoignage  à  fon  pere  »  qu’il  fe  eontentoit  en  fai- 
fant  la  Medecine  ,  du  plailir  qu’on  fent  à  bien  faire  3  que  nos 
Cafuites  défendent  même  de  rien  exiger  ,  particulièrement 
quand  la  douleur  ou  la  peur  preflTent  le  malade  ;  ôc  que  comme 
il  n’y  a  que  fefperMjce  de  la  montre  Ôc  du  payement,  qui  faf- 
fent  aller  les  fimples  foldats  aux  occafions  fies  Capitaines  n’ont 
point  de  plus  prcflànt  motif  que  l’honneur  de  la  vidoire  qui  les 
anime.  Je  tombe,  dis -je,  d’accord  de  tout  cela  5  auffi  les  hon¬ 
nêtes  Médecins  ne  marchandent-ils  jamais  avec- les  malades. 

Mais  fl  le  Médecin  eft  honnête ,  faut-ilquele  malade  foie  mal¬ 
honnête  à  l’endroit  de  fon  bienfadeur  î  Car  fi  le  fouverain 
Médecin  guérit  gratuiment ,  comme  le  remarque  faint  Cre- 
goire  ,  ç’efl:  qu’outre  qu’il  eft  la  bonté  même,  &  qu’il  le  fait 
d’une  parole,  il  n’a  pas  befoin  de  nos  biens  3  mais  quant  à  ceux 
qu*il  a  établis  pour  guérir  par  des  vayes  naturelles ,  ils  ont  bien 
autre  chofe  à  faire  ,  que  de  dire  :  Surge  dr  ambula  ,ôcc’eftpour 
cela  que  le  malade  eft  obligé  de  faire  quelque  chofe  pour  ce¬ 
lui  qui  a  tant  travaillé  pour  lui.  J’avoue  qu’il  feroit  à  fouhai- 
ter  que  les  Médecins  étant  gagez  du  public  ,  fuffent  excitez 
par  là  à  travailler  plus  pour  la  gloire  ,  que  pour  des  rétribu¬ 
tions  journalières.  Mais  puifqu  Hipocrate  tombe  d’accord  qu’on 

Yyy  iij 


t’  de  Pnceftlonih. 


I-  Cicen- 
X.  Tacif, Senec. 


’Auhlar.  fcen.  j. 
art.  y 


Ipigramm.  l.  9^ 


Ejjais  de  Medecine, 

peut  même  faite  marche  en  de  certaines  occafions  ,  ^  q^»QJJ 
ne  peut  raifonnablement  refufer  VHonormre  qu’aux  ignorans 
&  à  ceux  qui  abandonnent  le  malade  j  puifquc  k  noblef- 
fe  de  l’Art'  ne  confifte  pas  entièrement  en  ce  qu’il  fe  faitgra- 
Êuitement,  témoins  les  reconnoiflances  qu’on  fait  aux  Prêtres  & 
aux  Juges,  &  qu’enfin  pour  parler  avec  Calïîodore  ,  puifque 
les  gains  font  jtiftes  quand  ils  ne  font  tort  à  perfonne,  &  quand 
ils  font  honnêtes  j  puis ,  dis  je,  qu*il  en  eft  ainfi  de  la  Médeci¬ 
ne  ,  ne  doit-on  pas  en  eela  fuivre  les  loix  ôc  les  coutumes  de 
chaque  païs,  quand  elles  font  raifonnables?  i.  Honos  dit  mes  ^ 

2-  vis  worborum  frMia  medentibus  ,  3.7^  àeterius  cofttmgatquii 

m  Jihi  ifut/que  cdveM  Mcdicm.  Car  quelle  coutume  que  celle 
des  Gots ,  qui  obligeoit  le  Médecin  à  guérir  le  malade  ,  s’il 
vouloir  être  payé  ,  ou  à  payer  les  frais  de  la  maladie ,  s’il  ne  le 
guériflbit  pas  ?  Le  Médecin  du  Comique  eft  bien  plus  pré¬ 
cieux.  ^ 

Nummo  [um  conduBuS  - 

Plus  ]um  Medico  ,  merceâe  opm  eff. 

Car  quant  à  Martial  ^  c’eft  un  jeu  d’efprlt  que  ce  qu’il  dit 
de  la  récompenfe  à  laquelle  un  Médecin  fe  relâchoit  fi  bon¬ 
nement. 

Smtonicu  medicMu>  dédit  mihi  foculu  virgu ,  / 

,  Os  hominis  mulfum  me  rogut  Hif  osrates. 

'  Xum  fiupidm  mnq.uum  me  tu^uto  G^me  fuif:i , 

Chdcea  donunti  chryfea  qui  dsderas. 

JOulce  diquod  mums  ^  fro  mumre  fofeit  unmm 
Accipiat  i  fed  fi  getut  in  HeUehoro, 

C’efl:  donc  fuivant  le  travail  du  Médecin  ,  &  proportionné- 
ment  aux  commoditez  du  malade ,  que  les  loix  ont  réglé  h 
chofe  à  Paris  dans  les  autres  Villes  riches  du  Royaume,  on 
on  fait  la  condition  du  Médecin  plus  a^rantageufe  que  dans  les 

petites  V illes.  On  donne ,  dit-on  à  Londres ,  douze  ou  qujoz^^ 
livres  pour  la  première  vifite ,  &  la  moitié  pour  les  vifites  fui- 
vantes  5  mais  apparemment  qu’on  n’cfl:  pas  fi  liberal  dans  les 
autres  villes  d’Angleterre.  Quoi-qii’il  en  foit,  la  rcconnoiffanc^ 
cfl:  fi  jufte  ,  étant  fondée  fur  le  droit  naturel ,  que  plufieursCa- 
fttiftes  vont  jufques  à  foutenir  ,  que  le  Médecin  auroit  droit  d^ 
la  demander  àun  malade  qufl auroit  afiîil:é,ou  contre  fon  gre» 
ou  fans  qu’il  le  fçût.  A  quoy  ces  Cafuiftes  ajoutent  même 
que  ceux  qui  auroient  mandé  le  Médecin  pour  ce  malade  > 


Seconde  Partie,  Chap.  XIX.  .545 

pourroient  fe  faire  allouer  en  juftice  ce  qu’ils  luy  aiiroieat  don¬ 
né  pour  fes  vifites.  Cependanc  il  y  a  des  gens  fi  peu  raifonna- 
bles,  qu’on  diroit  à  voir  leurs  maniérés  que  c’étt  encore  trop 
pour  le  Médecin  d’avoir  l’entrée  de  leur  maifon ,  &  qui  ne  fon- 
gent  non  plus  à  leur  devoir ,  après  que  le  Médecin  s’eft  aquitté 
du  lien, que  s’ils  étoienc  exempts  de  tous  les  devoirs  d’iionnê- 
teté.  Il  y  en  a  d’autres  qui  promettent  tout  quand  ils  font  ma¬ 
lades.  '  Ægros  vide  fî  fflor- 

Medicü  in  morbis  totus  permittitur  orhk.  '  ,  pcnculum  ad- 

ht  qui^  comme  le  remarque  henequerle  mettent  a  les  pieds  ,  Mcdicorum  genua 
quand  ils  font  preffez  du  mal  3  mais  le  péril  palTé,  iis  fe  mo-  tangant.  ic 
quent ,  pour  ainlî  parler ,  du  Saint.  Dés  qnon  a  bâ ,  dit  l’Oracle ,  *  ^ • 

tourne  le  dos  a  la,  fontaine  3  dés  qu  on  a  prefé  l'orange  on  la  jette.  *  Oracul. 

Si  le  pauvre  Médecin  eft  un  Dieu  pendant  quelques  jours , 
ce  n’eft  plus  qu’un  Ange  quand  la  douleur  ceffe  un  peu  ,  &  £ 
tout  va  de  mieux  en  mieux  ,  c’eft  encore  moins  ,  ce  n’eft  rien 


qu’un  homme  3  6c  enfin  un  vray  démon  quand  il  eft  queftion 
de  payer,  Lucifer  mutât  m  in  carbonem.  Voila  fes  trois  faces. 
Et  c’eft  ce  qu’une  Epigramme  des  plus  communes  nous  marque 
en  peu  de  paroles  Très  Medici  fades ,  &c.  Sc  ce  qu’un  de  nos  Poë^ 
tes  a  dépeint  en  ces  termes ,  d’après  les  Eftampes  qu’on  envoie 


par  tout. 

La  figure  ddetn  Dieu ,  la  figure  dé  un  Ange  ^  ^ 

Bt  celle  d'un  démon  fait  un  contrafte  étrange , 
oit  fans  y  bien  garder  V unité  du  dejfein , 

_  Von  veut^^prefenter  le  fort  du  Médecin, 

La  par-tmirle  malade  avec  fon  air  [everei 
^ui  le  reçoit  d'abord  comme  un  Dieu  tutelaire  f 
De  toute  la  famille  on  le  voit  honoré, 

Bt  dans  l'exprejfion  même  prefque  adoré. 

Icy  vous  le  voyez,  dans  une  autre  pofiure, 

^ui  femble  l'afiurer  d'une  fanté  future , 

Bt  montrer  de  La  main  qu'il  ejl  hors  de  danger , 

Ce  qui  fait  le  Théâtre  é‘  l^  Scene  changer  , 

Ou  Le  fçavant pinceau  dans  la  main  d' un  grand  BAlaître  i 
Comme  un  Ange  du  Ciel  la  fçû  faire  paroitre  , 

Faifant  voir  par  l'accueil  de  tous  les  jâfifians , 

Combien  ce  grand  fuccês  les  a  rendus  contens. 

Mais  voicy  qu  en  ce  groupe ,  il  ÿarott  effroyable, 
oh  l'Art  luy  donne  un  mafque  ^  la  laideur  d'un  Diable. 


J 44  de  Medecke. 

•Ace  hldeua  afpeé^  ,  voyez,  comme  on  s* enfuit  . 

Et  comme  vers  la  porte  un  Laquais  le  conduit, 
jy  ou  vient,  me  direz-vous ,  cette  figure  horrthlel 
C'efi  quil  le  faut  payer  é‘  mot  efi  terrible  , 

Tout  grand  Dieu  qu'il  était, >  il  a  dégénéré ,  ' 

Et  l'on  ne  le  voit  plus  quainfi  défiguré. 

-  .  On  vent  avoir  droit  de  fc  plaindre  de  la  Médecine  &  du  Mé¬ 

decin  ,  cela  eft  même  à  prefent  du.  bel  air  ,  &  on  ne.  veut  pas 

quil  Te  plaigne  de  l’ingratitude  de  ceux  qui  fe  plaignent  fl  mal 

à  propos.  Ariftophane  voyant  que  les  Athéniens  fe  plaignoient 
de  l’ignorance  de  leurs  Médecins  ,  leur  infinuë  qu’il  ne  tient 
qu’à  eux  d*en  avoir  de  f^avans  qu’il  ne  faut  que  les  recora- 
penfer  largement  pour  les  obliger  à  bien  faire.  Ainfi,  il  n’ya> 
pas  de  plus  méchante  épargne  que  celle  qu’on  fait  de  la  recôn- 
noilTance  qui  leur  eft  due.  Il  fe  trouve  tant  de  niomens  pref- 
fans  aufquels  on  peut  en  avoir  befoin  ,  qu’il  y  a  bien  à  appréhen¬ 
der  qu’ils  ne  foyent  alors  à  qui  plus  leur  donne.  de  vilains' 
hommes,  &pour  ainfi  dire  que  de  vilains  banqueroutiers  de  là 
Medecine,qu’on  a  fortfpiritueilement  comparez  aux  ladres  de 
l’Evangile ,  decem  curatif unt  é"  egitgratm.  On  dit  d’Her- 

*  mcilmm.  mocrate*-)e  qu’il  étpit  un  fî  extravagant  avare  ,qu’il>s’inftitua  luy- 
même  heritier  de  fes  biens  par  fon  Teftaraent ,  aimant  mieux 
mourir  qpe  de  donner  quelque  chofe  à  un  Medêcin  ,  qui  l’au- 
roit  pu  tirer  A’afFaire.  Mais,  quelle  plus  grande  folie  que  celle 
de  l'avare  Criton  ,  qui  étant  tourmenté  d’une  doule  r  d’efto- 
mach ,  au  lieu  d^’y  mettre  ordre  par  de  bons  alimens  &  de  bons 

remedes,  y  appliquoit  une  piece,  de  monnoye  ,  après  l’avoir  un 
peu  çonfidemée  comme  un  topique  fou verain?  ]e.  ne  m’étonne 

donc  pasfic’étoit  en  vain  qu’un  Médecin  vouloir  faire  entendre 
rairon  à  uh  avare  qui  luy  demandoit  comment  fe  portoit  un  ma¬ 
lade  de  fa  famille  en  luy  répondant  un  peu  mieux  ,  mais  je  nt 

un  autre  fe  proporant  dé  faire  faigner 

~  un  malade  de  même  humeur  que  le  Ÿ^'éceàcm  y  ex  venà  area , 
ne  cotnprit  pas  ce  Latin.  ' 

Cécile  honte  à  ees  vilains.  hommes  de  vouloir  qu’on  fc  facri- 
fie  à  leur  fervice ,  fans  vouloir  facriher  la  moindre  petite 
de  monnoye.  à  leur  propre  bien  ?  N-e  devroient-ils  pas  fçavoir 
que  les  petits  prefens^  rendent  les  hommes-ôcies  Dieux  propices, 
^  munera  plaçant  haminefque  deofque.  QjiQi-que  le  Seigneur  nait 

befoin  de  rien ,  ft  veut  neanmoinsv quelque  petite  reconiioiftan> 


Seconde  Partie.  Châp.  XÏX.  /45 

cc  de  ce  que  nous  tenons  de  fa  bonté  ,  af^arebit  coram  me 
rvacM-fn.  ^j^on  ,  dit  Sencqne  ,  tout  ce  qu  on  voudra 
four  leMedecm  érpurceluy  qui  nom  enfeigne^  on  naura  'jamais  affe[  hneficus  Ub.  c. 
fait  four  ce  quon  leur  doit.  EfFeâivement  on  ne  les  enrichi¬ 
ra  jamais  par  toutes  ces  petites  reconnoiflances  ,  tout  ce  qu’on 
leur  donne  n’ed;  qu’une  marque  d’honneur  femblable  à  celle 
qu’on  donne  aux  Profeffeurs ,  ôcde  quoy  les  faire  fubfifter  avec 
décencej  c’eft  àpeu  prés  comme  ces  Médaillés  que  donnent  les 
Princes  ,  Sc  comme  ces  manières  de  monnoye  qu’on  diftribue 
aux  membres  de  quelques  Academies ,  plus  pour  marquer  l’efti- 
me  qu’on  fait  de  leur  application ,  que  pour  leur  tenir  lieu  de 
falaire ,  &  dont  un  grand  perfonnage  a  dit  en  cette  occalion. 

Calcule  fac  nojlris  faveas  argentee  libris 

Si  défit  mmmm ,  tu  quoque  nummm  etis. 

Ce  n’cftj  dit  Erafme, qu’une  ingratitude  à  l’égard  des  Jurif- 
Confultes  ,*  mais  à  l’égard  des  Médecins  ,  c’eft  un  facrilege  que 
de  leur  dénier  la  reconnoiffànce  qui  leur  eft  dûë.  N’avons-nous 
pas  veu  ci-devant,  que  des  Princes  ont  accordé  des  droits  de 
Bourgeoifie  dans  de  grandes  Citez  j  à  des  Médecins  de  mérite. 

A  quoy  on  peut  ajouter  que  la  fameufe  ville  de  Tebris  doit  fa 

fondation  à  la  reconnoiffànce  dûë  aux  Médecins.  Car  h  l’on  en 

croit  lHiftoire,Zeb-El-Caten  qui  lignifie  la  fleur  des  Dames, 

époufe  de  Haron  Caliphe  de  Bagdet ,  étant  tombée  malade  l’an 

de  l’Egire  1^5.  Sc  ayant  été  guerie  d’une  maladie  qu’on  croyoit 

mortelle  ,  fon  Médecin  ayant  demandé  pour  fa  récompenfe 

qu’on  fondât  une  Ville  en  fon  païs  ,  qui  confervât  la  mémoire 

■de  cette  cure  ,  elle  en  fit  bâtir  une ,  qu’on  nomma  l’ebrü ,  parce 

que  Thebdgmde  Medecine,&que  ris  eft  le  participe  de  voyagst  iucheva. 

qui  lignifie  verfer tréfandre  ^ faire  largeficiCn  langue  Perfîenhé;:  lier  chardi» , page 

car  la  maniéré  dont  quelques  autres  rapportent  la  chofe  ,  eft 

prefques  le  même. 

Mais  fi  le  malade  eft  obligé  de  fatisfaire  à  fon  devoir  à  l’égard 
de  fon  Médecin  ,  il  faut  aulïï  que  celui-cy  fçaehe  comment  il 
en  doit  ufer  à  l’égard  du  malade.  Il  y  a  des  Médecins  fi  altérez , 
qu’ils  ne  font  jamais  contens  qui  regardent,  dit  le  jeune  Pli¬ 
ne  ,  un  pauvre  malade  comme  une  ferme  3  indignes  Pafteurs 
qui  écorcheroienc  s’ils  pouvoient  la  brebis  ,  au  lieu  de  fe  con¬ 
tenter  d’un  peu  de  lafne-êc  de  lait,y?ro  modo  laboris._  Mais  cette 
décifion  d’un  grand  Philofophe  ,  grand  Théologien  &  grand 
Saint ,  n’empêche  pas  qu’ils  ne  fadenç  un  éléphant  d’une  mou? 


5^6  EJJais  de  Medecine, 

che  ,  fc  figurant  les  fervices  quils  ont  rendus  comme  des  fer- 
vices  de  mercenaires ,  le  conàitio  ferfonarum  leur  faifant  encore 
regarder  toutes  fortes  de  perfonnes ,  comme  s’ils  étoient  tous 
riches  en  des  temps  &  en  des  lieux  ,  où  il  ne  s’en  trouve  pref, 
ques  plus.  Ainfi  voila  les  beaux  Aphorifmes  de  ces  Médecins 
Grippefous.  • 

Exige  dum  dolet poji  eümm  Medicas  olet. 


Exige  dum  dolor  ejl ,  nam  pejlquam  cura  recivit 
Audehit  [anus  dicere  multa  dedi. 


Dum  dolet  infirmus  Mtdicus  fit  fignore  firmui 
Ars  qu£  non  venditur  'vilipenditur. 


Empta  folet  carh  multos  Medicina  ]uvare 
Si  data  fit  gratis  nil  confert  utilitatis. 


Medici  j  ut  dicant  da  da ,  cum  dicit  languidus  ah  ah  î 
Concluons  donc  avec  Soranus  ,  fans  autres  indudions  que 
celles  que  nous  avons  faites  au  Chapitre  de  l’avarice  ,  que  file 
malade  offre  quelque  chofe  ,  il  le  faut  prendre  fans  regarder  de  trof 
prés  ce  que  cefi ,  &  que  s’il  ne  donne  rUn  ,  il  ne  faut  rien  -exiger  > 
parce  quequoi-quil  donne  ,  cela  fera  toujours  au  deffom  de  la  grâce 
quHl  a  reçue.  Il  faut,  dit  Accurfe ,  prendre  ce  que  le  malade  offre 
d/e  bon  cœur  &  en  faire  eftime, 

Exiguum  munm  quod  dat  tibi  pauper  amicus 
Acetpito  placide  plane  (jr  laudare  momento. 

En  effet,  il  ne  faut  jamais  faire  de  confufion  à  des  gens  qui 
en  ont  peut-être  allez  ,  de  ne  pouvoir  faire  d’avantage:  car  il 
n’eft  permis  qu’à  des  Publicains ,  gens  qui  moifîbnnenc  où  ils 
n’ont  rien  femé  ,  de  s’enrichir  aux  dépens  de  tout  le  monde  ,* 

,  mais  n’oublions  pas  auflî  qu’il  y  a  des  gens  fi  puérilement  forroa- 
liftes  ,  qu’ils  font  différer  l’honoraire  dû  au  Médecin  qui  vient 
en  chaifeou  en  carofle,  de  celuy  du  Médecin  à  pied  ou  à  cheval, 
payant  quelquesfois  la  fanfare  d’un  Médecin  de  clinquant  avec 
unepiece  d’pr. .  Encore  s’ils  ayoient  une  raifon  auflî  apparenté 
que  celle  du  Gentilhomme  MiIanoîs,qui  donnoit  un  écuàfoô 
Carrera  Marcchal ,  &  qui  n’en  donnoit  qu’un  demi  à  fon  Médecin  pour 
c-nfup  4i  Medic.  chaquc  vifitc  S  parcc ,  difoit-il  ,  qu’il  faut  être  bien  plus  habile 
pour  guérir  un  animal  qui  ne  s’explique  pas  de  fa  maladie  ,  qu^ 
pour  guérir  un  homme  qui  en  raconte  toute  i’hiftoire,  Q^oî- 


Seconde  Partie.  Chap.  XX.  S47 

qu^il  en  foit  ,  c  cft  toujours  une  bonne  politique, comme  nous 
i’avons  remarqué  ci-dclTus,  d’offrir  au  Médecin  ce  qu’on  peut 
fans  s’incommoder  5  c’eft  le  moyen  de  l’avoir  en  tout  temps  & 
à  toute  heure  :  car  croit-on  que  l’Oracle  même  d’Apollon  ré¬ 
pondît  volontiers  aux  ingrats  >  point  du  tout ,  dit  un  bon  Auteur. 
Nientefa  refnàiri  Medici  mW  o^re ,  e fa  tacer  le  mtifeyC rende  A^qU 
lo  jnututo. 


C  H  A  PITRE  XX.  ET  derkier. 

J)es  Mededm  de  differentes  Faculté^,  &  de  ces  Faculté^ 
en  particulier, 

SI  le  terme  Latin  *  qui  fignifîe  en  nôtre  hng\iC)tieence,j>er- 
mijjion  érf actif  té,  aufîi  les  richeffes,  pris  au  plurier  ;  il 

n’y  a  pas  de  meilleures  licences  que  celles  qu*on  prend  avec  per- 
miffion  &  facilité  ,  dans  les  Bureaux  des  Recettes  &:  dans  l'E¬ 
xercice  des  finances.  Cependant  il  fe  trou  ve  toujours  des  gens 
preft  à  porter  leur  argent  à  quelqu’une  de  ces  Facultez  ,  d’où 
on  n’apporte  que  des  bayes ,  *  ou  tout  au  plus  une  Licence  de 
reprendre  ,  où  on  pourra  &  en  détail  ce  qu’on  a  donné  en  gros. 
Patres  mjlri  comederunt  vos ,  ms  vos ,  ét  vos  comedetü  altos ,  qui 
n*efl:pas  une  grande  efperance.  Cependant  chacun  ne  manque 
pas  de  paroître  content  de  fes  honneurs  ,  de  s’en  faire  fort 
accroire. 

Sunt  é‘  c[uthus  unda 
Cafialia  vtlt  cum  faupertate  bibmtur 
Et placuit  cognota  fami  dtilciffima  fama 
Et  de  difputer  chacun  pour  fa  Faculté  comme  pour  les  Autels ,  & 
les  foyers ,  quoi-qu’elle  ne  mene  fouvent  à  rien.  Ily  a  à  la  vérité 
d’autant  moins  de  fujet  de  s’en  étonner  que  ces  difputes  ne 
font  pas  nouvelles  :  car  quant  aux  Facultez  de  Médecin e,  quoi¬ 
que  les  anciennes  Echoles  de  Gide,  de  Rodes  &  de  Cos  ne 
fuffent  autorifées  que  par  la  réputation  de  leurs  fu-ppofts  ,  & 
qu’elles  ne  fuffent  pas  foûtenuës  comme  les  nôtres  de  l’autori- 
ré  des  Princes  &  des  Souverains  Pontifes  ^  on  nelaifïoit  pas  d’y 
difputer  de  l’ancienneté,  du  mérité  &  de  la.certitudc  des  dog¬ 
mes.  Et  voila  comme  on  a  infpiré  depuis  à  de  jeunes  gens  Fcf- 


Seipitn.  ie  Mtrcur, 
lib.  i.  cAp.  c. 
lib.i.cdf,  ig, 


*  TMultot. 
lAeulmes. 

*  Bace/tlaureatur, 


F  r  mer  e fus 
^cpula^'.  lih. 


T'er-romm, 


M. 

iS  (jp  1-5,- 
iàtà.  4 


5^8  >  EJJais  de  Mededne. 

prit  d’orgueil  &  de  divifion ,  fe  conientant  de  les  faire  Dodenrs, 
fans  fe  trop  donner  la  peine  de  les  rendre  dodes.  Ce  n'eft  pas 
que  je  blâme  ces  lettres  qui  font  une  déclaration  des  preuves 
que  la  jeunede  a  donné  de  fa  fuffifance  5  maïs  il  feroic  fort  ne-  , 
celTaire  que  ce  qu’elles  contiennent  fut  véritable  ,&  que  quant 
à  la  France ,  on  n’y  donnât  pas  ces  Atteftations,  &  ces  Lettres 
avec  la  même  facilité  qu’on  fait  en  tant  d’autres  païs ,  où  elles 
errer,  ne  dépendent  fouvent  que  d’un  Icger  examen ,  ou  d’une  Thefe 
propofée  en  l’air,  foûtenuë  de  quelques  pièces  de  monnoye ,  ’ 
comme  nous  .le  verrons  ci-aprés  plus  au  long ,  marquant  cepen¬ 
dant  ce  qu’un  Poëce  Italien  a  penfé  >  d’une  dés  Facilitez  de  fou 
païs.  '  4 

fMd  per  Feymm  medicmdo  quanti’ 

Jf^eggQ  andar  io  i  che  Barbagiani  fom 
Riàicoli  ^  inefperti  ed  ignormti 
Se  non  jîudiar  duo  ahni  ^  e  fur  a  fkono> 

Di  gran  campana  ulfati  al  dottorato 

Ter  amici^a  optr  promeffo  dono  ^ 

che  ne  Arijîetel  mai  lejfert  ne  Plafo  - 
'Tfe  Avicenna  y  o  Galen  ,ma  due  Ridettê' 

E  le  Megole  âpena  de  Donato.:  ,  • 

C’eft  pour  cela  que' le  Cardinal  du  Perron  répondit  un  jour 
à  des  Profeffeurs  en  Médecine  j  qu  il  ferait  d  fouhaiter-,  qu  excepte- 
Paris  ^  Monpelkr-,  toutes  les  ^ni'verfttef^en  Medecinè^  comme  Ro'ùenr 
Ca'én  5  Bourges  y  Grange  y  Angers  y  tâtant  d’ autres  fujfent  abolies ,  farce 
qu  elles  m  fervent  que  d^'afde  d  T  ignorance.  Cependant  ces-deax^ 
Facultez  qu’il  excepte  ,  ont  plus  de  peine  à  s’entre-fouffrir  r 
r.  qne  fîelles  étoient  dépendantes  de  differens  Princes.  Car  quant: 

à  celle  de  Paris,  outre  qu’elle  eft.  en  de  continuelles  divilions- 
mÿ-.  1.%.  chez  elle-même.  Beîlum  Sociale  r  elle  a  encore  une-  guerre  étran¬ 
gère  avec  celle  de  Monpelicr  y  Beilur/L  adverfus  gentes  exteras  r 
mais  ce  qu’il  y  a  de  plus  fâcheux  pour  les  Médecins  de  la  Fa-*^ 
cubé  de  M-onpelier  établis  à  Paris  ,  eft  qu’ encore  qu’il  n’y  foient 
qu'en  tres-petit  nombre ,  toutes  les  autres  fe  vantent  d’en  être,* 
julques-  aux  Charlatans;  j  de  maniéré,  que  fi  Fon  admettoit  les* 
femmes  à  la  Licence  en  quelques-unes  de  nos  Facultez ,  comme' 
on  fait  chez  les  Etrangers  je  ne  doute  pas  que  nos  Charlata- 
nesnefe  vamaffent  d’autant  plus*  hardiment  d’être  Lkentiées 
4e  Monpslier>  que  le  fexe-  fe  licentie  merveilleufement  em 
Ftànce de  dir^Sc  de  faire  tout  ce  qui  luyr  pla-ît.^  Ckft  p€>up 


Seconde  Varde.  Ch.^^,  XX,  549 

cela  que  les  Médecins  de  Paris,  qui  ne  fe  voyent  pas  trop  les 
maîtres  chez  eux ,  ferablcnt  avoir  quelque  raifon  de  ne  confe-' 
rer  qu’avec  ceux  qui  leur  font  connus ,  ne  pouvans  facilement 
dilünguer  dans  un  fi  grand  nombre  le  bon  grain  d’avec  l’y  vroie. 
Mais  ce  qu’il  y  a  en  cela  d’incommode  pour  le  public-,  efi:  que 
quelques  Médecins  de  Paris  ne  voulans  pas  avoir  plus  de  com¬ 
merce  avec  ceux  de  Monpelier  qu’avec  ceux  des  autres  Facul- 
tez  >  les  malades  ne  peuvent  avoir  la  confoiacion  de  les  voir 
conjointement  ,*  de  forte  que  fi  Sa  Majefié  qui  les  admet  tous 
dans  fa  Capitale  ,  n*y  apporte  quelque  rem e de  ,  la  raifon  &  la 
charité  ,. qui  devroient  être  le  véritable  motif  de  leur  union  ôc 
intelligence  ,  ne  les  mettront  jamais  bien  d’accord.  On  a  parlé 
plufieurs  fois  de  travailler  à  ce  grand  œuvre  y  on  en  voit  la  ne- 
ceffité  j  ainfi  comme  ce  n’efi;  pas  un  mal  fans  remeds  ,  après 
avoir  remédié  à  de  bien  plus  grands  fous  les  Ordres  .du  plus 
grand  des  Rois,  ne  pourroiron-pas  terminer  une  affairé  donc 
la  fin  ne  dépend  que  du  commencement  î  Que  n’a-t-on  point 
fait  pour  l’étude  des  loix  Civiles  &  Canoniques  l  Que  ne  fau- 
droitdi  donc  point  tenter  pour  regler:ee.qui  regarde  l’exercice 
d’une  Profeflîon  en  laquelle  il  n’efl:  pas  permis  de  faillir  deux 
fois.  Ôn  plaide  fouvent  ,  pour  ainfi  dire  ,  de  gayeté  de  cœur  r 
mais  on  ne  confent  jamais  à  être  malade  y  6c  de  quelque  façon 
qu’on  le  foit,  il  n’y  a  pas  d’appel  du  jugement  de  quelques  Me^ 
decins-  de  Villages? établis  dans  de ;grandes  Viiles:,  comme  ilf 
en  a  du  jugement  d’un  Juge  guêtré  j.  ôc  même  de  ceiuy:.  é-un 
^  ignorant  alîis  furdes  fleurs  de  lys.  L’ordonnance  4^^- Médecin 
s’exécute  prefques  toûjours  fans  delay ,  il  n  y  a  ni  procedure  ,  ni 
Supérieur  qui  corrige  le  jugement,  6c  qui  en  empêche  l’exécu¬ 
tion  ,  quand  une  fois  le  malade  s’efb  fournis  à  cette  efpece  de 
Jufifdidion,oii  il aeilçore  mieux  aimé  s’expofer  que  de  laifïer^ 
Taffaire  de  (a  (anté  au  ha  fard  ÔC  à  fabandoni  Voyons  ddne^r 
puifqu’il  cfl  ainfi,.  en  quoy  confifte  le  mal  de  la  Médecine  en 
general,  6c  parciGulierement  à  Paris  Ipbur quoy  cette  Profcfiioa 
s’y  fait  avec  tant  de  bruit  6C  fi  peu  de  fruit  i  ,6c  enfin  ce.  qui  fc' 
peut  faire  pour  remedler  à  des  défordres  qui  ne  cpntinufeut  .5. 
que  parce  que  la  plupart  des  Médecins  ne  pénfent  qu%  leur' 
interet ,  6c  ne  donnent  rien  ni  au  prochain  ni  à  la  raifonv 
Mais  pour  fÙTC  la  chofe  avec  ordre  ,=  6C  pour  fçavbir  en  quoy^ 
les  differentes  Facultez  y  font  difcordances  i  .difons  premiè¬ 
rement  quelque  chofe^de  kur  étahliffement  6C  de  leurs  pro- 

Zzz.  liÿ 


jyQ  Ejjais  de  Médecins 

eres,  commençant  par  celle  de  Paris. 

Il  eft  certain  que  la  Profeffion  de  Médecine  a  fleuri  en  France» 

&  particulièrement  à  Marfeille  de  temps  prefque  immémorial  » 

&  que  quelques-uns  de  ces  Médecins  mêmes  qui  ont  tant  fait 
de  bruit  à  Rome ,  ctôient  originaires  de  Marfeille,  Bordeaux  & 
Touloufe.  Quelques  autres  Villes  de  France ,  fi  Ton  en  croit  Si- 
donius  Apollinaris  ,  eurent  comme  celles-là  de  grands  Méde¬ 
cins.  Mais  quant  à  Paris  ,  la  Medecine  ne  commença  à  y  être 
enfeignée  avec  la  Philofophie  que  fous  l’Empire  de  Charle¬ 
magne  ,  temps  auquel  il  y  avoit  des  Maîtres  qui  lifoicnt  dans 
fon  Palais ,  &  qui  pratiquoient  comme  nous  l’apprend  Alcuin  , 
parlant  des  difeiplines  Palatines. 

Aecurrunt  Medici ,  mox  Hi^ocratica  teBa, 

Hic-venas  jlndit  i  herbas  htc  mifeet  in  olla  > 
au  coquit fuites ,  alter  fed  poeul'U-^frcfert. 

Mais  à  parler  proprement  &  precifément ,  PEcoIe  de  Paris 
ne  fc  diftingua  güeres  des  autres  avant  le  douzième  fiecle  t 
car  outre  qu’elle  écoit  encore  bien  avant  dans  la  dodrine  des 
Arabes ,  elle  n’avoit  pas  re^û  la  forme  &  le  caradere  de  Fa¬ 
culté,  qui  la  rendit  depuis  fort  confiderable.  Tout  ctoit  alors' 
bien  venu  à  Paris,  &  par  tout  ailleurs  à  faire  la  Medecine  com¬ 
me  il  luy  plaifoit.  Les  Moines  ,  les  Prêtres ,  les  Chanoines  , 
tout  s’en  méloit  indifféremment  i  mais  quoi-que  la  plupart  de 
ces  Ecclefiaftiqucs  ne  fuflent  ni  des  ignorans  ,ni  des  temeraires, 
comme  le  font  ceux  de  nôtre  temps  ,  ils  n  en  continuèrent  pas 
long-tems  l’exercice  :  car  les  Papes  &  les  Princes  qui  en  avoienc 
reconnu  l’abus ,  ne  mirent  gueres  à  le  reformer.  Le  Pape  Pelage 
ï  I.  défendit  à  tous  les  Ecclefiaftiqucs  de  fe  mêler  d’aucun  com- 
ïncrce  feculier.  Alexandre  I  LL  défendit  aux  Moines  ôc  aux 
Prêtres  de  frequencer  les  Ecoles  de  Medecine  &  d’exercer  cet-^ 
te  Profeflîon.  La  Faculté  de  Paris  de  fon  côté ,  fous  l’autorité 
du  Prince,  fe  rendit  Juge  de  ceux  de  ces  fuppoftsqui  contre- 
viendroient  à  fes  Statuts ,  défendant  encore  aux  Juifs,  aux  Chi¬ 
rurgiens,  aux  Apotiquairesôraux  Charlatans  de  fe  mêler  de  la 
Medecine ,  &  aux  Âpotiquaires  en  particulier  de  donner  aucun 
rcmede  fans  ordonnance  de  Médecin.  Auffi  paroît-il  par  les  Ré- 
giftres  de  l’Ecole ,  par  ceux  du  Chapitre  de  nôtre  Dame ,  &  par 
PHiftoire  de  l’üniverfité,  qu’il  s’y  trouva  enfin  de  bons  Méde¬ 
cins  j  mais  comme  toutes  chofes  font  fujettesà  la  décadence,  on 
vit  un  grand  changement  vers  le  milieu  du  dernier  fîècle  ,  paï 


Seconde  Partie,  Chap.  XX.  551 

l’opiniâtreté ,  Peu  vie ,  &  la  difïention  des  Médecins  de  ce  temps - 
Jà^defordre  fi  fanefte  aux  malades, que  la  Cour  de  Parlement 
fut  obligée  d’y  mettre  ordre  au  requifitoire  du  Procureur  Ge¬ 
neral  J  comme  il  paroît  par  l’Arreit  du  13.  Odobre  155^.  rap¬ 
porté  dans  le  fixiémetome  del’Hiftoire  de  l’Uni  verfite  de  Paris. 
Depuis  ce  temps-là ,  non  feulement  ces  défordres  n’ont  pas  laif- 
fé  de  continuer  ,  mais  il  y  en  eft  encore  arrivé  de  nouveaux  : 
car  fous  prétexte  de  maintenir  la  dodrine  d’Hipocrate  &  de 
Galie^n ,  les  uns  fe  font  oppofezà  toutes  les  belles  découvertes , 
les  autres  les  ont  voulu  foûtenir,  &  tous  de  concert  fe  font  li¬ 
guez  avec  tant  de  chaleur  contre  les  Médecins  qu’ils  appelent 
étrangers ,  que  quelques-uns  mêmes  de  leurs  fuppofts  qui  fui- 
voient  la  méthode  de  ces  derniers ,  furent  challez  de  leur  Ecole 
fur  la  fin  du  hecle  palTé ,  comme  nous  l’avons  remarqué  cy-de- 
vant  j  de  forte  que  tout  n’a  été  depuis  que  confulion ,  faute  d’un 
peu  de  défintereflementôc  d’intelligence. 

Les  autres  Facultez  ne  fe  formèrent  gueres  plutôt  que  celle 
de  Paris  ;car  Oderic  Vital  nous  apprend  que  celles  de  Moii- 
pelier  ôc  de  Salerne,  les  plus  fameufes  de  la  Chrétienté ,  ne 
commencèrent  que  vers  l’an  1058.  Pour  moy  jene  cherche  icy 
ni  le  temps  précis  de  leur  érection,  ni  à  particularifer  le  bien  & 
le  m^I ,  que  divers  Auteurs  en  ont  dit  fuivant  l’cPprit  qui  les 
animoit  j  ce  qu’il  y  a  de  plus  alfuré,  quant  a  celle  de  Monpelier , 
eft  que  depuis  qu’il  ne  trouva  plus  tant  d’Arabes  &  de  Juifs, 
elle  fut  fi  confiderée,  que  c’étoit  alfez  d’y  avoir  pris  fes  Degrez 
pour  être  crû  bon  Médecin,  comme  il  fuffifoit  du  temps  d’Am- 
mian  Marcellin  d’avoir  étudié  à  Alexandrie.  G’eft  pourquoy 
Chrillophor.  Clavius  en  parle  de  cette  manière 

Magna  fuit  quondam  Romamm  gloria  civem 
Picier  i  in  toto  quod  Roma  excelleret  Orbe 
Non  minus  ergo  decm  civem  nunc  effe  licai 
Montijpeliaci ,  quoi,  tantum  excellit.  in  arts 
J?œonia ,  (quantum  Romana  excelluit  armü. 

La  famojîjfima  fchola,  dit  Lionardo  di  Capoa  Médecin  Napoli¬ 
tain  ,  di  Monjpelii  :  dacui  fon  fempre  ufeiti  ed  efeon  tuttâvia  •valorofi 
germogli.  Qm  doute  donc  après  ces. Eloges  qu’elle  n’ait  été  en 
France  pour  la  Médecine, ce qu’étoit  Abela  du  temps  des  Rois 
la  Paleftine,  &  pour  ainfi  dire  la  Dabir  &'lâ  Cariathfépher  de 


V.  Rauchin.  in  A- 
■poUinar.  Sacro, 


f.  Stephan.  Stro  - 
hilhergerus  Gaüiâ, 
àeferift.  ToUtico- 
Medie.  pag. 


Ragionamem. 

pag.  5»  g. 


Tôt  Medici  in 
Gertnania  quot 
niafcæ  in  Armcnia. 

Medefiin.lih  q.âe 
«xemption  hus 
decretk  nh  ordine 
faciend  i.  ^  i.  e. 
de  Profejf.  Msdie. 


5  J  2,  'BJJm  de  Medecme, 

la  lànté  ?  Anffi  les  Papes  ,  les  Empereurs  &  les  îlois  luy  ont-ils 
accordé  des  privilèges  ôc  des  prérogatives ,  dont  le  détail  n’eft 
pas  de  ce  lieu-cy. 

.  Je  viens  donc  enfin  aux  abus ,  qui  nonobftant  le  mérité  8c 
l’excellence  de  ces  deux  plus  célébrés  Facultez  de  la  France , 
n’ont  pas  laiffé  de  s’y  glifier,  qupi-qu’aprés  tout  elles  fc  foient 
encore  bien  mieux  confier vées,  que  tant  d’autres  qui  leur  fiont 
inferieurs  en  toutes  maniérés.  Car  commençant  par  les  der¬ 
nières  qui  font  des  Médecins  en  24.  heures  pour  fie  dédamma- 
ger  du  retranchement  de  leur  gages  fiur  de  mifcrables  récipien¬ 
daires,  je  demande  (  avant  que  de  parler  de  Paris  ôc  de  Mon- 
pelier  )  fi  on  ne  pourroit  pas  leur  rétablir  ces  bienfaits  du  Prin¬ 
ce,  pour  les  obliger  à  une  plus  grande  exactitude  dans  les  Ades 
^dans  les  oétrois  des  degrez,  ou  s’il  ne  fieroit  pas  plus  à  propos 
de  fuivre  l’avis  du  ^Cardinal  du  Perron  ,  qpi  vouioit  qu’on  les 
abolît  comme  inutiles.  Il  fie  feroit  à  la  vérité  bien  moins  de 
Docteurs  qu’il  ne  s’en  fait ,  mais  il  fc  feroit  de  bons  Médecins. 
Il  n’y  en  a  que  trop  en  France  de  même  qu’en  Allemagne ,  où 
il  y  a,  dit  le  Proverbe ,  autant  de  Médecins  que  de  mouches  en 
Arménie.  L’Empereur  Antonin  ordonna ,  6c  après  luy  quelques- 
uns  de  fies  fiucce&urs }  qu’il  n’y  auroit  en  chaque  Ville  que  cer¬ 
tain  nombre  de  Médecins,  dont  les  principaux  feroient  gagez 
du  public.  Il  n’y  en  avoit  même  du  temps  de  nos  peres  que 
trois  ou  quatre  dans  les  Villes,  où  on  en  voit  à  prefient  dix  ou 
douze ,  ôc  aucun  dans  celles  où  il  y  en  a  crois  ou  quatre ,  tant  il 
eft  facile  de  le  faire  graduer  dans  ces  petites  Facultez.  Ils  ne 
multiplioient  pas  alors  les  vifices  fans  neceflîté  ,  &  les  malades 
ne  les  appeloient  que  dans  le  befioin  5  èc  comme  les  Médecins 
n’étoient  pas  obligez  de  fe  fauver  fur  la  quantité  des  vifites,  ôC 
qu’on  les  payoit  exactement  ils  fiervoient  les  malades  de  même. 
Les  jeunes,  les  charitez&  les  gardes  avoient  foin  des  pauvres, 

6  ces  jeunes  barbes  faifoient  leurs  expériences  ,  s’il  eft  permis 

de  parler  ainfî  ,  2/i/i  emimet  ^  é*  in>  nofocomiü  ^  ne  trouvant 

point  alors  de  Patrons.&de  Patrones,  aufiquels  ils  ferviflent  aA 
^gni  cofa.  Mais  nos  jeunes  &  nos  anciens  ont  bien  changé  de 
méthode ,  ils  courent  à  tout ,  émbraflenc  tout ,  prennent  &  entre¬ 
prennent  tout ,  &  paffent  fi  cavalièrement  ôc  fi  legerement  fur 
le  tout  5  qu  ils  n  y  touchent  que  du  bout  des  doigts.  Meflieurs 
de  la  Religion  prétenduë  Reformée  étoient  il  n*y  a  pas  encore 

admis  aux  Charges  ôc:  Offices ,  ils  avoient  d’auti^s 

Feflcurces 


Seconde  Partie,  Châp.  X^.  555 

rcffourccs  que  la  Medecine  j  mais  comme  ils  fe  virent  depuis  cc 
tems-là  fans  ces  reflburces,  ils  fe  rctran^erent  dans  la  Medecine, 

&  s’emparèrent  tant  qu’ils  purent  de  ce  fort ,  fans  qu’on  s’ap- 
perçût  que  cela  étoit  d*une  grande  œnfequence.  Plufieursen-  ^ 

trerent  par  les  petites  Facultez  ,  &  trouvèrent  enfuite  moyen 
d’entrer  3c  de  fe  maintenir  dans  l’Employ  par  les  complaifances , 

3c  les  maniérés  afFcdueufcs ,  dolu^  an  virtus  quis  in  hojle  requirat. 

Mais  il  n’y  a  plus  rien  à  craindre  de  ce  côté-là  j  à  quoy  donc  bon 
4  prefent  tant  de  Facultez  &  tant  de  Médecins ,  qui  ont  fris  ér  qui  samhrien^ 

prennent  tous  les  jours  l’effort  en  moips  de  temf  s  quil  n  en  faut  aux  fis  m  reiurattc». 
oifeaux  four  fortir  du  n^d  ,  puifqü’il  s’ên  fait  même  fouvent  par  - 

la  Pofte  >  &  par  les  MefTagers  qui  leur  apportent  des.  lettres, 
où  pour  mieux  dire,  de  ridicules  Acteftations  de  leur  capacité 
&  vertu. 

Qi^nt  à  la  Faculté  de  Monpelier ,  quelque  chofe  que  fes 
adverfaires  en  publient ,  on  ne  peut  nier  que  les  Certificats 
•qu’on  exige  des  Ecoliers  touchant  leurs  études  ,  la  quantité 
des  Ades  probatoires,  &  la  modicité,  du  prix  qu’on  y  met  ,nc 
foyeni  des  moyens  de  faire  d’affez  bons  Médecins.  Mais  d’au¬ 
tre  côté  ,  il  faut  avouer  en  premier  lieu  ,  que  la  faveur  entre 
tropayant  dans  le  choix  des  Profeffeurs  de  l’E colle  ,-  &  que  les 
Regences  nefont  plus  fi  ordinairement  accordées  quLellcs  l’é- 
toient  autrefois  au  mérité.,  pour  des  raifbns  qui  ne  font  pas  de  ce 
,  Eeu-cy.  Les  plus  finceres  Profefieurs  s’en  fontplaintsily  a  lohgr  /«  recher- 
temps  .,  comme  on  le  peut  voir  dans  leurs  Lettres.  En  fécond 
lieu,  tous  les  ades  des  récipiendaires  ne  font  pas  afîèz  exads  ,  -Monpelier .  fa^e 
ou  s’ils  le  font ,  les  Profefleurs  ne  rapportent  pas  au  Condavt 
fort  fidèlement  le  foible  des  répondans  qu’ils  on t^londez  dans  ces 
ades.  En  troifieme  lieu  ,  les  Triduanes ,  ces  Leçons  que  leBaehe- 
lier  eft  obligé  de  foire  aux  Ecoliers  pendant  trois  mois,  par  les  Sta- 
tutSjne  fe  font  plus  qu’en  l’air  depuis  long-tems  \  de  forte  que  les 
Atteftations  qu’on  en  rapporte  font  foulfes ,  ce  qui  eft  honteux. 

Ainfî  ce  relâchement ,  qui  s’eft  infenfiblement  introduit,  en  fait 
bien  paffer  à  la  montre,  les  Profelîeurs  trouvant  moyen  de  fe 
dédommager  par  cette  facilité ,  dü  retranchement  de  leüjrs  ga¬ 
ges.  De  la  vient  qu’ils  font  quelquesfois  des  Médecins  d’aufiî 
bas  alloy, que  ceux  des  petites  Facultez. 

.  Jngeniumfibiqmd'vacuasdefHmpfitAthenas 
Bt fludiis  annos feptem  dédit  yinferviitquc 
Bfbrû  é'  curù  i  jlatua  taciturmqr  ejuit 

Aaaa 


Hcrat.  Ub,i.  Epifi^ 


Effais  de  Adedecinel 

Tlerume[ut  ér  rifii  fofulum  quatit,  - 

Et  qu’ils  reçoivent  mêrrie!  des  fiijets  qui  n’ont  aucune  de  ces 
difpofuions ,  lans  lefquelles  on  ne  peut  rien  faire,  en  quelque 
Profeffion  que  ce  foie.  Car  enfin , 

Sempre  nutum  Je  fortuna  trova 
Dîfcorde  a  fe  ^com  ogni  altro  femente 
Jpuor  di  fu(!>  Région  forma  laprova* 
EsilmondoLàgiuyponeffemente  . 

Al  fondamento  3  che 

»  .  .  .  Se^uendoluy  mra  bona  ta  aente.  - 

tl  mao  inè  -,9  •  • 

jSÆa  vot  torcete  a  la  Reugton 

Talthe  fu  nato  a  cingerji  la  fpada 
E  fato  Re  di  tal  che  da  jermone 
Onde  la  Traccia  nojlra  e  fuor  di  fe, 

Mc  Medicumâ  Comme  s’il  n  étoit  queftbn  que  de  faire  d’un  Pédant  un  Mc- 
ticcin,  &  d’un  laquais  un  Chirurgien  ou  un  Apociqtiaire.  C’eft 
l>rDbatu$fit.  T>.i.  pour  cela  quc  les  Colleges  des  plus  grandes  Villes  de  France, 
ïj.Tit.i.  tib'.  6,  ont  jugé  à  propos  d’examiner  derechef  tous  les  Médecins  de 
quelques  Faculrez qu  ils  foient  pour  y  être  admis  &  aggrëgez,  la 
plupart  étans  comme  le  remarque  le  dode  Primerole  ,  fi  igno» 
rans  dans  la  pratique  y  -qmuque  fupérbes  ,  grands  caufeurs  contre^ 
difans  ,  qu  il  ny  a  rten  de  plus  dangereux ,  perdant  même  fouvent  le 
refpeâfqu  ils  doivent  à  leurs  anciens.  Docteurs,  comme  on  dit, 
en  cire  ôc  en  plomb,  Bo^ores  bullatiy  de  Ibrdre  &  du  caractère 
à  peu  prés  de  cjeluy  auquel  le  Pape  Grégoire  XHI.  demaiidoit 
yoi  fiête  dottore  y  ove  addotorato, 

Doêêorem  té  Sulla  créât ,  tibi  Bulla  decori  efi 
Butta  tibi  vires  ,  Butta  ponit  Titulos 
Sed  caveas  ne  forte  nimis  te  Butta  perennet 

Butta  homo  es  y  e^  Do^or  y  Butta  quidergo  tûmes  t 

Les  ehofes  â  la  vérité  vont  fur  un  autre  pied  à  Paris  ,  mais  il 
îaiffe  pas  pour  cela  de  clocher  comme  à  Monpelier.LesDoyens  & 
les  Profefléurs  de  la  Faculté  font  fouvent  fi  jeunes ,  fi  peu  cx-- 
perimentez ,  &  quciques-fois  même  fi  extravagâns,  qu’on  voit 
bien  que  la  faveur  &  la  cabale  les  ont  faits.  Les  feules  affiches 
de  D.  Sc  femblâbles  placards  qui  m’ont  été  que  trop  pubUcï  ? 


Seconde  Pâme.  X  X.  jjj 

iufHroient  pour  prouver  ce  que  j’avance,  fion  vouloir  enfoiicer 
la  madère. 

Nondum  maturas  Medicorum  furgere  plamat 
Impubères  Pueros ,  Bipoemtieu  tradere  ]um 
Atque  Machaonias  jancire  ^fundere  leges 
Doefrma  quibùs  opm  ejl  )  femUque  flagella 
Et  pendere  magis  veluti  Doctoris  ab  ore  t 

flbi  mn  dignas  cathedra  perfolz/ere  laudes. 

De  plus  on  perd  trop  de  temps  à  faire  un  Dodeur  ;  on  prend 
trop  d’argent ,  &  on  y  fait  trop  de  formalitez.  On  veut  qu*uri 
Ecolier  ait  fait  fa  Philofophie  dans  TUniverfité  de  Paris,  ôc 
cependant  on  fouffre  que  les  Bacheliers  les  jeunes  Dqdeurs 
y  débitent  Sefoutiennent  toutes  les  vaines  Philofophies  que  l  ü- 
niverfité  n’enfeigne  nullement ,  &  qui  ne  fervent  qu’a  criailler 
6c  à  rendre  la  jeuneffe  préfomptueufes ,  6c  enfin  Pirrhoniene, 
tant  il  y  a  peu  de  certitude  6c  de  folide.  Maisjfi  k  Faculté  veut 
abfolument  que  les  Ecoliers  produifent  ces  Lettres  de  Maître 
CS  Arts ,  pourquoy  les  Lettres  de  Dodorat  des  autres  Facultez 
tiennent-elles  lieu  comme  elles  font  parmi  eux  de  ces  Lettres , 
ce  Dodorat  étant,  à  leur,  fenciment ,  fi  peu  de  chofe  ?  On  deman¬ 
de  encore  quatre  années  d’étude ,  6c  cependant  on  en  retran¬ 
che  la  moitié  en  faveur  des  enfans  des  Maîtres  ,  ce  qui  ne  fe 
fait  ni  a  Monpelier  ni  ailleurs  ,  pour  ne  point  parler  de  quel¬ 
ques  autres  pade-droits ,  ni  du  fameux  Jubilé  de  l’Ecole  in¬ 
venté  pour  faire  venir  des  Bacheliers  6c  de  l’argent  avec  eux. 
On  n’employc  aux  Ades  6c  aux  difputes  que  fort  peu  de,  jours 
de  ces  deux  années ,  qui  s’écoulent  depuis  le  Baccalaureat  juf- 
qu*à  la  Licence.  Cependant  on  fait  des  préparatifs  de  Thefes , 
des  harangues  6c  des  difeours  de  pure  oftentation ,  6c  qui  ne  font 
jamais  un  bon  Praticien.  On  y  propofe  par  exemple.  lue 
vénéra  convalefcentîbm  ruflhatio  f  Et  on  conlud  par  l’affirmative , 
après  avoir  paffé  la  matinée  à  reciter  une  defeription  de  la  pu¬ 
reté  de  l’air  des  champs,  du  ramage  des  oifeaux,  du  gazoüil- 
iis  des  ruideaux,  de  l’émail  des  prairies,  des  promenades  6c  de 
tous  les  plailirs  de  la  vie  ruftique.  *  On  n’y  difpute  que  par 
vanité ,  6C  pour  ainli  dire  de  lana^caprina  \  6c  enfin  après  qu’un 
pauvre  Bachelier  a  long-temps  tenu  contre  les  vens  6c  les 
orages  des  fubtilitez  de  ceux  qu’il  a  payez  pour  faire  ce  bruit, 
il  fe  trouve  que  s’il  n’a  que  cinq  ou  nx  mille  livres  vaillant ,  il 
-a  fait  naufrage  de  toutes  fes  Facultez  fur  les  bancs  de  la  Facui- 

Aaaa  ij 


*  Hæc  toîcrabilîa 
forent  fi  ad  Medi- 
cinâm  ituris  v-am 
fternerent.  ïetron. 
in  stUiùc. 


'  EJJats  de  Medecine, 

te ,  pour  s’êtfc  embarque  mal  à  propos.  Car  quoi-qu’oti  puiffe 
4ire,on  aiiroic  peine  à  m’alleguer  en  tout  un  fiecle,  trois  fujets 
aufquels  on  ait  fait  quelque  grâce  &  quelque  remife  confidc-* 
rable  en  faveur  de  leur  mérité  &  de  leur  pauvreté  ,  véritable 
cfprit  de  Communauté.  Achevons.  La  ceremonie  finie  ,  &  le 
Docteur  fait  ôc  formé  ,  on  luy  infinuë  pour  le  dédommager  de 
fa  patience  &  de  fbn  argent ,  qu’il  eft  bien-heureux  d’être  mem¬ 
bre  du  Corps  le  plus  fçavant  ôc  le  plus  fameux  de  l’Europe, 
qu’il  ne  luy  refte  qu’à  fe  faire  valoir  ,•  &  que  comme  il  n’y  a 
pas  de  faiut  hors  la  Faculté  }  il  ne  doit  regarder  les  Enfansdes 
autres  Façultez  5  que  comme  des  abortifs  j  que  c’efi:  errer  avec 
les  Arabes  &  les  Juifs  de  s’écarter  tant  foit  pende  la  méthode: 
qu’on* lui  a  tranfmife  ,  que  qui  ne  fqivra  pas  fes  maximes,  eft 
herecique  dans  la  Medecine  >  qu’il  le  faut  éviter  comme  tel , 
&  qu’il  faut  déférer  à  la  fakbre  Faculté  rous  ceux  qui  auront 
du  commerce  avec  les  Dodeurs  qui  n’ont  pas  l’avantage  d’ê¬ 
tre  frapez  à  fon  coin. 

ùarsfiï.  vtding.  Sic  lah^TÎntheis  amh^tgthus  ftd  fuA  uBd 

m  Uone,  ^  Jn^mcfi  redeunt  )  Mque  Muthymemata 'uihrmt^ 

Mine  tumidi  incedunt ,  hinc  fuhlic/a  ^mmid  fofcùnt. 

f.  Sur  quoi  toutefois  il  ne  faut  pas  oublier  icy  de  rendre  an 

Grand  ôc  au  Politique  toute  la.  jufticc  qui  leur  eft  dûë  pour 
avoir  fait  juftke  aux  honnêtes  gens  deJa  Profçfiron  rquf  aroiêiîc 
quelque  mérité ,  te  ne  s’être  alîujettïs  aux  loix  de  la  Faculté,, 
qiï’avttant  que  la  raifon  6c  l’honnêteté  leur  permettoient  de  le 
faire,  tout  leur  paroiftant  bon  quand  il  étoit  bon.  Mais  letems 
de  ces  Didateurs  ôc  les  beaux  jours  de  cette  Faculté  n’eurent 
pas  plûtoft  pris  fin  avec  eux  ,  qu’on  y  fit  de  nouveaux  fermens 
de  ne  plus  conférer  avec  ceux  qu’on  appclloit  Etrangers ,  te 
qu’on  propofa  de  donner  des  exemples  de  la  derniere  feverité 
.contre  les  faux  Freres.  En  efifet  le  fort  étant  malheureufement 
tombé  fur  un  véritable  Ifraëlite  ,  un  homme  fans  dol  te  fans 
*  æX  AXi  A,  *  aceufé  par  un  Anytus  ,>  ou  pourmieux  dire,  un  maî¬ 

tre  ÂntîCQs,  d’avoir  confulcé  avec  un  Médecin  de  Monpellierj 
&  en  ayant  été  bien  &  dûément  convaincu ,  on  le  fofpend 
de  toutes  les  fondions  de  l’Ecole  le  privant  encore  pour  frx 
mois  entiers  de  tous  les  émolumens  de  la  Faculté.  Le  coup 
fut  terrible,  puifque  le  bon- homme  en  mourut  efFedivemeac 
de.  chagrin  :  mais  un  homme .  mort  n’eft  pas  fort  grand’  choie 


Seconde  Partie .  Chap*  XX.  5  ^7 

poür  une  Synagogue  médicinale  j  au  concraifC  (xpedh  unum 
heminem  mon  en  des  cas  de  cette  importance  ;  Omne  magnum 
€}cemflum  habet  aliquid  ex  miquo  ,  quod  contra  Jtngulos  autoritate 
fuhlîcâ  rependitur.  C  eft  ainfi  ^dirent-ils  ,  peut-être  que  les  Athé¬ 
niens  mirent  à  l’amende  le  Peintre  Micon  j  pour  avoir  égalé  les 
Corps  des  Perfesàceux  des  Grecs  dans  une  reprefentation  delà 
bataille  de  Marathon.  Mais  n’oublions  pas  que  le  Petit-homme 
&Je  Neptune  ne  gardoient  pas  chacun  à  fa  maniéré  les  mê¬ 
mes  mefurcs  à  Pégard  de  cette  Faculté  ,  que  le  Grand  &  le  Po¬ 
litique  gardoient  à  l’égard  des  honnetes-gens  des  autres  Facul- 
tez  :  car  le  Neptune  traitoit  fi  cavalièrement  ces  Dodeurs , 
qu’il  alloit  fouvent  jufques  à  leur  faire  de  terribles  avanies , 
quand  ils  s’en  faifoient  trop  accroire.  Le  Petit-  homme  au  con¬ 
traire  ,  les  gâtant  par  des  complaifances  fi  baffçs  ,  qu’il  leur  fa- 
crifioic  Phonneur  de  fa  propre  Faculté  3  conduite  qui  le  fit  paroî- 
tre  ce  qu’il  étoit ,  &  qui  ne  lui  fit  des  amis  d’aucun  des  deux 
cotez.  Voilà  tout  ce  qui  regarde  l’hiltoire  de  nos  Facultez  5 
venons  donc  maintenant,  comme  nous  nous  le  fommes  propofé , 
au  remede  qu’on  pourroit  apporter  au  mal  de  la  Medecine  de 
•  Paris.  - 

Le  premier  de  ces  rémedes  non  feulement  feroît  que  cha¬ 
cun  commençât  par  fe  faire  juftice  )  pendant  que  les  Magi- 
llrats  de  leur  côté  feroient  ce  qui  eft  de  leur  minifterc  >  ÔC 
ce  qui  dépend  de  leur  antorité  3  Qu’on  fe  défît  de  la  préven¬ 
tion  ,  de  la  jàloufie  &  de  l’interet  qui  ont  fait  le  mal ,  &  qui 
l’entretiennent  3  Qi^on  ne  pênfât  qu’à  vivre  en  paix  6c  en 
gens  d’honneur  3  Qu’on  ne  fut  plus  fur  le  qui  vive ,  pour  des 
chimères  dont  le  public  n’a  pâsajftaire36c  enfin  qu’on  bannit  pour 
jamais 

Zes  fâcheux  démêle^  ^  ks  gros  différends  y 

^ue  ces  bons  J>oBeurs  meme  ont  entr  eux  pour  les  rangs. 

Leurs  contefiations  y  leurs  haines  y  leurs  envies  y 

De  lâches 'tours  d'adrejfe  de  brigues  fuivies. 

Les  débats  éternels  entre  les  Faculté^  , 

Les  fchifmes  d' interets  ,  leurs  partialité^. 

Les  foins  que  chacun  prend  de  fe  faire  connoUre , 

JEt  fur  [es  compagnons  de  chercher  a  Ÿ^roître. 

-  Tout  ce  qu  il  font  enfin  pour  V oflentation  y 
Ft  pour  bien  foutenir  leur  réputation. 

Car  quand  à  ce  qui  touche  la  Faculté  dç  Paris ,  en  partîcu- 
V  *  Aaaa  iij 


Ejjats  de  Medecmê, 

lier ,  &  quant  à  ces  examens  que  les  Colleges  des  autres  Vil¬ 
les  font  U  juftemenc  6c  lî  judicieufement  ;  repaflanc  pour  ainfî 
dire  ,  les  Docteurs  qui  s’y  prefentent  pour  f  aggregation  3  jç 
tombe,  dis -je ,  d’accord  qu’à  l’éga^rd  des  Médecins  de  ces  Fa- 
cultez  J  qui  veulent  s’établir  à  Paris  ,  cet  éxamen  fe  doit  faire 
par  les  Médecins  de  Paris ,  pourveu  qu’il  ne  s’y  falTc  pas  trop 
de  formalitez.  Car  de  demander  à  un  Médecin  qui  a  blanchi 
dans  la  pratique  ,  qu’il  fubilTe  l’éxamen  du  Baccalaureat  fous 
de  jeunes  barbes  5  qu’il  rebatte  fur  des  bancs  des  queftions 
de  Phyfiologie  alTez  inutiles  ,  ôc  dont  il  peut  avoir  perdu  des 
idées  3  qu’une  tête  grife  friflbnne  pendant  deux  anriées  fur 
ces  bancs  j  qu  il  fe  mette  au  hazard  d’avoir  un  des  derniers 
lieux  de  la  Licenc'e  ,  6c  de  voir  des  Novices  obtenir  les  pre¬ 
miers  ,  parce  qu’ils  auront  eu  ou  plus  de  mémoire»  ou  plus  de 
faveur  5  6c  qu’enfin  il  en  coûte  cinq  ou  fix  cent  piftolcs  pour 
tout  ce  manège;  ou  qu’il  faille,  pour  avoir  le  fimple  privilège 
de  confulter  avec  Melfieurs  de  la  Faculté  ,  trouver  de  quoy 
acheter  des  Charges  bien  chcres  chez  le  Roy,  ou  en  quelqu’u¬ 
ne  des  Maifons  Royales  ;  de  bonne  foi  tout  cela  eft-il  jufte? 
6c  tout  cela  rend-il  le  Médecin  plus  digne  de  confulter  avec 
là  Faculté,  s’il  ne  l’étoit  pas  avant  ?  Çar  enfin  puîfque  le  Roi 
admettons  les  Médecins  Graduez  à  pratiquer  dans  fa  Capi¬ 
tale  ,  ne  feroit-il  pas  jufte  qu’on  y  aggregeât  avec  quelque  Fa¬ 
cilité  6b  diftindion  ceux  qui  méritent  qu’on  les  diftingue  par 
leur  âge  6c  capacité  ?  Ainfî  ne  pourroît-on  pas  en  dédommageant 
la  Faculté  par  quelque  petite  contribution  faite  en  confequen- 
ce  de  l’aggregatîon  ,  feparer  de  la  malTe  de  la  jeuneffé,  des 
hommes  vénérables  ,  qui  ne  peuvent  être  fur  des  bancs  qu’cû 
Une  lituation  fort  violente  6c  défagreable. 

Ne  ïèroit-il  pas  encore  jufte  de  proportionner  ce  qu’on don- 
neroit  pour  les  fcances  6c  vacations  des  Examinateurs,  à  l’âge, 
à  la  réputation,  aux  emplois  des  Récipiendaires ,  6c  à  la  Facul¬ 
té  oii  ces  Médecins  auroient  pris  leurs  degrez.  Ce  qui  n’em- 
^êcherpit  pas  que  les  jeunes  , jûfqu’à  certain  âge,  ne  fe  miffenc 
à  l’ordinaire  fur  les  bancs ,  après  avoir  été  reçus  Bacheliers.  Et 
parce  qu’il  ne  feroic  pas  plus  jufte  que  Meflîeurs  de  la  Faculté 
de  paris  fuflenr  feuls  les  Juges  de  ceux  qui  demanderieont  à 
être  aggregez ,  je  croi  qu’il  feroit  fort  à  propos  de  leur  joindre 
en  cette  fondion  quelques-uns  de  ceux  qui  auroient  été  les 
premiers  aggregez  ,  avec  quelques-uns  des  Médecins  des  Mai' 


Seconde  Partie.  Cha^.  XX,  ,  559 

fons  Royales,  de  Facukez  differentes  de  la  leur ,  afin  que  tout 
fe  pafTât  avec  ordre  ôc  fans  paflion.  Voilà,  ce  me  femble ,  un 
avis  d’autant  plus  fîncere  ,  qu’il  part  d’nn  homme  ,  qui  dans  la 
fituation  où  il  eft,  &  où  il  le  trouve  allez  bien  ,  ne  peut  paf» 
fer  pour  intereflé.  C’eft,  dis-je  ,  la  voye  la  plus  convenable 
&  la  plus  propre  à  tirer  de  peine  tant  de  malades  &  d’honnê-J 
tes-gens.,  qui  fouhaitent  un  remedeàce  defordre  ,  le  moyen 
d’exclure  de  Tag^regation  tout  ce  qui  n’eft  pas  Médecin ,  & 
de  chalTer  de  Pans  tous  ces  prétendus  Médecins  ,  qui  comme 
des  voleurs  ôc  des  aflàfîins  n’y  font  entrez  que  par  la  fenêtre. 
Ainfi  voilf-^-vfi  je  né  me  trompe  ,  le  Fir  bonus  expédié  dans 
cette  fcc^ade  pWtie  :  paîTons  donc  au  Mcdenâi  prim  dans  celle 
qui  fuir^  '  • 

Fin  de  U  fécondé  Farjièl 


MEDECINE 


©ES  5ECOURS  DE  LÀ  MEDECINE 


C  H  E  l  T  R  E  i  :  - 

Des  Makdmy  Demh  des  Malades, 


Dll  O  U  T  ce  qui  bleffe  l’adion  des  parties  du  corpà  " 

|l  s’appeHe  maladies  chez  les  Médecins.  C’eR 
I  Lpourquôyl’hommelemblant  né  pour,  être  dans 
|l  une4diôn  continuelle  i  ôrle'plaiiant  d’autant  ^ 

Il  plus â  agin que  l’inadioneft  tins  maniéré  de 
1 1  mort ,  tousi  les  hommes  regardent  les  maladies 
comme  quelque  chofe  de  mortel:  De  plus ,  comme  elles  ne  , 

vont  gueresEans  lardouleurEêc  que  ce  fymptome  empecEe  triïïîs^quirtL! 
goûter  la  vie ,  on  les  eoniidere  encore  comme  les  plus:  piquan.i^  quam  tribuU  cor 
îe^  des  tribulations.  Aufli  la  douleur  &  la  maladie  ne  font-elles 
pas  feulement  appèlléesties  épines  chez  le  Prophète  Roy,  dam  ifdZ 

fÿina  i  mais  encorefchcz  le  Prince  *dés  Médecins.  Or  *  in  vifccribus  etil 


vcluti  fpina  vidc- 
tur,  utque  illam 
pungcre.  Hippocr. 
lib.  de  Morbis, 
PræcordiorutH 
fupputationes  & 
fcbres  vifccta  ip{a 
rorrcntfîs,  Senec. 

14* 


David  Pfalm.  'Ec¬ 
ole  c.  } . 

idagtifim.  infomn- 


Epifi.So. 
ad  FhiUgnum. 


Hugoa  tmB.  Viêt- 
Ub.  de  clauflr.  anim, 
Tertull.  m  Scorpinc. 


infirmitates  virtur 
tu  p&.^mz,An^rof. 


Penfées  de  M.  P»f- 
cb»l.  . 


ij  de  Médecine, 

la  fièvre,  outre  qu’elle  blefie  toujours  ladion,  &  qu’elle  doue 
brûle  tantôt  à  petit  feu,  comme  il  arrive  dans  les  fièvres  len¬ 
tes,  tantôt  à  grand  feu,  comme  dans  les  ardentes 3  la  fièvre 
dis-je, a  encore  cela  de  particulier,  quelle  fe.met  de  la  partie 
avec  une  infinité  d’autres  maladies  aufquelles  dlle  tient  bonne 
compagnie  ^ce  qui;  nous  oblige , dit  Tertullicn ,  a  être  toujours 
en  garde  contre  fés  infultes.  Mais  quoy  qu’on  convienne  de 
tout  cela,  les  maladies  ne  font  pas  des  monftres  aufiî  horribles 
quon  fe  lès  figure ,  fi  on  confidere  de  prés  leii^  fuîtes  ,  &  fi  on 
les  regarde  du  bon  côté.  Car  comme  les  fédjtions  qui  arrivent 
dans  le  eorps:  politique  fervent  fobvent  à  purger  Içs  Villes  des 
mauvais  citoyens ,  de  même  dans  b.  coi^s  humain  le/boüiilon- 
nement  &  la  fermencation  dçsjcaufes  internes,  préparent  fou- 
vent  des  évacuations  qui  Font  fucceder  une  longue  fanté.à 
une  maladie  de  jieu  de  jourSo  Mai^me  qnil  y  a  de  Men  plus 
Gonfiderable  dans  plufîents  maladiés ,  eft  que  comme  Dieu 
tiré  aufiî  facilement  le hien  du  mal  qü®îl  a  tiré  la  Inmiere^des 
renebres ,  il  arrive  fouvent  que  les  maladies  ,du  corps  operehe 
la  fanté  de  l’ame.  En  effet ,  den  ne  notis  fait  retourner  à  Dieu 
comme  une  grande  infirmitates  eorum 

fafiear  acceleravermt.  Gravis  ii^rmii^sjalvam  fiteit  .mimam  C’efi: 
pour  cela  que  S.  AugulFin  appelle  la  maladie  ^  îâ  mère  déjà  ver¬ 
tu  y  àL  qu  if  dit  que  le  fage  m’appelle  janiais  les  maladies  des 
maux,  2^emo fiafiens agritudinemmalamdixerit.Ù&9L  encore  pour 
cela  qu’il  vaut  bien  mieux  Ûtre  malade  du  corps,  que  d’être 
fai n  du  corps  &  malade  àQfi2mt^  Impcenmsagmaret  qm  fcele- 
rata  fanus  efi  ^  &  que  les  .Vrâjs  fages  d:ifent  à  l’approche  des  maf 
Vem  flaqfilhmiD et.  Eu  effet  ,  plus  le  corps  eft  affaifle 
fous  le  poids  des  malàdies  ,  plus  l’cfprit  s’élevei  Dieu ,  dit  m 
làint  Perlbnnage,  ne  fait  pas  moins  paroître  fa  mifericorde  qiÆ 
fa  jufliGe ,  dans  la  diftribution  des  maladies,  Çiles  ne  parlent 
pas  moins  à  l’oreille  des  jeunes  gens,  qu’à  k  viéillcfié  k  pk^ 
avancée  j  &  elles  ne  font  pas  moins  les  meureneres  des  volu- 
ptez,  que  la  fanté  en  eft  la  nourriff.^  C’eft  pour  cela  que  les 
amis  du  Roy  Etheric  luy  témoignant  la  douleur  qu’ils  a  voient 
de  fa  maladîc^il  leur  répondit  qu’il  n’y  avoir  pas  tant  dequay 
s’affliger,  puifqu’ellc  luy  avoir  fait  plus  de  biemque  de  maf 
-Et  c’eft  encore  dans  cet  clprit  qu’un  fçavanc  homme  a  écritde 
nos  joursN^  que  la  maladie  ètantîètat  natursl des  Chrétiens ,  on  doit 
s  efiimer  heureux  £  être  malade,  puifiiü*:on  fe  trouve  alors  par  necejfitè 


Troifiéme  Partf^.  h  iij 

Jani  Pètat  où,  on  efl  obligé  £étre,  Lçs  Payens  même  onc  fl  bien 
«enré  des  iiifirmitez ,  qu’ils  ont  feeu  en  tirer  de  la  force. 

Thcagene  ne  fe  feroit  jamais  rendu  grand  Philofophe,  fi  les 
maladies  ne  luy  en  avoient  facilité  le  loifir  j  auflî  eft-ce  pour 
cela  que  Platon  voulut  bien  placer  fon  Academie  en  un  lieu  c-  deRepuhi. 
mal-fain.  Hicron  Roy^de  Sicile ,  Straton  fils  de  Garrage,  Pha-  ^*«0»  ««süV«5 
gc,  &  quelques,  autres  fameux  dans  Platon,  ne  par  vinrent  i  S 

la  connoifTance  de  la  fagefleque  par  cette  voyc.  Ptoloméej  qui  litcratis  fimu?. 
fit  tant  de  'cruautez/^SÈ  de  meurtres ,  ne  fit  un  grand  magazin 
-de  Livres  ôc  de.  vertu  sry  qu’aprés  de  quelques 

grandes  maladies  ;  tant  il  eft  rray^que  le  lit  eft  une  carrière  &  Le^as  paieftraeft 
un  champ  dans  lequel  on  s’exerce  à  la  vertu.  Antigonus  tcm^«xcrccmur" 
aie  Macédoine,  apré^  être  forti  d’une  fâcheufe  maladies  avoue 
de  bonne'foy  qu’il  efb  bien  plus  dii^ofé  .à  changer  de  vie  ,■  qu’il 
jie  rétoit  pendant  fa  fàntéAj  &  q^^^^  touches  qu’il  a  fenties  ^W^/;. 
ky  font  bien  voir  qu’il  eft  mortel.  Il  faut  qu^il  en  coûte  du 
faèg  au  grand  AlexàndrO  pour  guérir  de  la  foie  prévention 
d’être  fils  éc  Jupiter.  La  maladie  de  cet  amt^  difoit  Plinelc  jeu-  .7*  %;/?. 
ne ,  mè  fait  jom;enm  qne  m^  boni  dans  laffliBion, 

JEtde  fait,  ramQut!i  l’avarice;ÇàmbitiQn,&  lesautrés  paffîonS' 
né  fe' trouvent  gueres  chez  les  maladfsI  -C^ie  Tite-LIve^^^ 
mirable  ,  quand  il  'noùs  dépeint  Tullus  Hoftlllus  troifiéme  Roy 
de  Rome,  comme  un  perfonnage^oulïi  d’orgueil  êi  pléin  de 
luy-même,  jufqucs  à  .eequ’afant  été  bien  châtié ;par  une  lon¬ 
gue  &  fâcheufe  maladie,  il  revint  tellement  de  cette  humeur 
tee  &  impie  qui  le  rendoit  infuppoftalfie  aux  Dieux  êc  aux 
hommes ,  que; non  feulement  il-  Te  donna  tout  entier  au  culte 
de  la  Religion,  mais  encore  il  en  pouffa  les  ccreùipniesjufqu^ 
a  4a  fuperftition  ,  recevant  edans  Ronre  toutes  les  Diyinitéz 
étrangères,  luy  qui  jufques4à  n’avott  pas  même  fait  cas  de  cel¬ 
les  de  fon  pays. 

£rgoegoquinecfàtahomimm^mcfaUaT>tormn 
Gùrabam  y  amenti  fetere  torva  mütsat 
i^i  Divam  bona  contemff  y  qui  fiderd  fprevi  stdiger  în  Tatru.. 

ma^i  irrifi  tda  Trifuicajovis.  gin.  de  fw  mrh,^ 

BléBor  ^  indmito  nec^^utequam  ficcenJÎ0  âb  igné 
Exitii  P atior  f  ignora  certa  mei^ 
Bfmikifufn,utdeJim^^defkmutpo:^melJeJupe^es 
Omnia  mm  feci^  nunc  nihil  ut  ferem .? 

Spirat  àdhuc  vis  fulmineà  vefana  juventa 

a  ij 


V.  flutitrch,  de 

Tranquill.'anim. 
Brujfonusip  Specul. 
mmdi- 1. 4.  c.  %o> 


Cnvmma  mnn  Ty- 
thagor.  crudita. 


iv  Ejfds  de  Médecine, 

Vtvirfm:  ambitio ^  non  finat  effe  hominem^. 

Voulez-vous  voir/ comment  une  grande  fanté  n’eït  que  Je 
bagage  de  la  vertu  ^ce  qui  l’incommode  &  ce  qui  rernbarallc 
pins  qu’il  ne  luy  fert  ?  Un  brave  de  l’armée  du lîoy  Antigonus^ 
ayant  été  obligé  ,  par  ordre  de  ce  Prince,  de  s’abandonner  aux 
foins  des  Médecins  ,' à  eau fé  d*une  maladie  qub4’avoit  rendu 
inutile  Sc  méconnoilTabie,  ne  fe  trouva  plus  fi  brave  quand  il  fut 
guéri.  Ainfi  Antigonus  s’en  étant  apperceu,  &  luy  en- ayant 
demandé  la  raifon,  il  luy  répondit  franchement  qu’il  h’avoit 
cherché  pendant  fes  douleurs  &  les  chagrins  de  fa  maladie, 
qu’à  fé  délivrer  honnêtement  de  ées  IncominQditC'Z/dri  expofant 
fa  vie  J  êc  que  c’étok  .poùr  cela  qu’il  avoit  bravé  la  mort  tant  de 
fois ,  mais  qu’elle  düy  parohTôit  bien  plus  redou ta We  depuis 
qu’il  étoit  guéri.  Voilà  ce  que  peuvent -faire  les  maladies,  . 
quand  les  malade^  f^ayen^  en  tirer  quelque  fruit.  Maiahelas  < 
les  pauvres  malâdes  loin  id’y  fonger  ferieufem ent ,  ne  penfent 
pas  même  qu’ils  font  obligez  d’àvbir  cpaelqiie  égard  pour  leurs 
;  amis  ,  ôc  pour  lés  Miniftres  de  la  Medecine  qui,  I4S 
/Comme  la  chambre  &;  le  lit  font  leur  partage  ^  Supra  ieBum/do- 
loris,  ^  que  ç’éft  pour  cela  qu’élis  font  auffi-bien  appeliez  Clini¬ 
ques,  que  d’étoienr  des  anciens  Médecins  y  ils  font  ordinairç- 
ment-fi  incommodes,  qu^Euripide  les  reprefente  tous  à  peu  prés 
comme  fon  Ôrefte.  Jon  autre  Pqëte,  dit  exprelTément ,  que  ks 
malades  font  me  efpece  d'^hoTmnes  iynpatUns ,  quHls  ont  du  dé-: 
goàt  pour  leurs  femmes  y  qîtik  fe  fâchent  contre  leurs  Médecins  5  que 
les  vif  tes  de  leurs  amis  leur  font  à  charge  ÿ  ^  quHls  fe  fâchent  meme  ' 

,  contre  leur  lit.  Ils  ne  daignent  pas,  feulement:  fe  mettre  dans  l’ef- 
prit  qu’ils  feroient  bien  mieüx  de  chercher  le  moyen  de  gué¬ 
rir  que  de  perdre  le  témps  à  fe  plaindre ,  6c  que  comme  il  n’eft 
,  pas  impoflible'de  faire  Un  bon  ufege  de  la  fanté ,  on  doitpeij- 
1er  ferieufcment  6c  tranquillement  à  la  recouvrer.  ; 

liym?  •n  •mS.  apizKicL» 

Car  ppurquoy  nous  fîgureroit-on  la  maladie  fous  le  HyerogH'* 
phe  d’un  lion  qui  dévoré  un  linge  ,  dinon  pour  nous  marquer 
qu’il  faut  de  la  force  •&  du  courage  pour  chercher  le  remede 
qui  nous  convient ,  6c  que  la  fanté  qui  fuccede  à  la  maladie  dé¬ 
pend  fort  fouvent  de  cettè  refokition  qu’on  prend  de  tout  faire 
pour  la  rétablir^  Mais  pourquoy  alléguer  dés  Payens  pour  fça- 
voir  ce  qu*on  doit  faire  quand  on  eft  malade,  puifquëde  faint 
.Efprit  nous  l’apprend?  Fili  in  malis  tuis  ne  fs  negligens.  C’ek 


Troifieme  Partie.  Chap.  L  v' 

pour  cela  que  quelques  Théologiens  ôc  quelques  Jurifconful- 
tes  regardent  comme  des  infenfez  ceux  qui  refiftent  à  la  Mé¬ 
decine,  &  qu’il  y  a  des-  Cafiiiftes  qui  ne  les  cxemtent  pas  de  s.Thom.  z.  i.  q  ^2. 
péché  mortel  ,quand4k  jefufcnt  les  remedes  naturels  &;  exemts  ti!i 

de  fupeirftition.  Nohv  feulement  Erafme  eft  de  leur  fcntiment,  Znchicis  l,  8.  #,  i. 
avec  quelques  Peres  5  mais  quelques  Cafiiiftes  vont  fi  avant , 

.  qu’ils  croyent  qu^n-doit-donner  un  Médecin  au.  malade  mal¬ 
gré  qu’il  en  aitj'^êc  quil  ne  luy  eft  pas  moins  neceflaire  que  l’a- 
'  mi  l’eft  au  malheureux.'  Ce  n’eft-pas  que  les  maladies,  com- 
menousl’avonsobfervécy-devânt,ne'puiftentavoiruHebon- 
:  ne  fuite  5  mais  il  ne  s’enfuir  pas  pour  cela^qu’il  y  faille  croupir 
par  vanité  Gu-par 'négligence  ,  ny  qu’ii  faille  tenter  Dieu  en  '  . 

méprifant  les  remedes  qu’il  a  créez. r  S’il  s’eft  vu  quelques  ma¬ 
ladies,  comme  celle  de  Job,  dont  le  Seigneur  s’eft  immédiate¬ 
ment  refervé'la  cure  ,  il  ne  faut  pas  pour  cela- s’attendre,  à  ces 
,  coups  de  Maître,  qui  font  encore  plus  rares  que  ces  inaladiès. : 

;  Qu’on  allégué  tant  qü’t5n  voudra  4â'%elle"mere  de  S.  Pierre, 
comme  un  mcidelle  de  cette  fainte  indifférence  qu’on  peut  pra¬ 
tiquer  dans  les  maladies  5  une  Pétronille,  a  qui  ce  Paint  Père  ne 
jugea- pas  à  propos  de  prolonger  la  vie:- un  S. Gilles  ,  qui  ne 
^.permet  pas  qu’on  penfe  fa  playe:  un-S.  François,  qui  fe  donne 
en  proye  aux  inffrmitez  corporelles  :  un  S.  Benjamin,  qui  ne 
permet  pas  qu’on-remedie  à  fon  hydropifîe,  parce ,  dit-il ,  , que 
fon  corps  ne  4ay-â  rendu  ducun  fervicc  y  tant  qu’il  a  été  éri 
;  fan|é.  Quon  mette  encore  en  avant  le  mflade ,  qui  ayant  re- 
rCouvré  fa  fanté  par  l’mterceffion  de  S.  Thomas  dé  Cantorbery, 
f retourna  à  fon  tombeaùTe  prier  de  luy  rendre  la  maladie  dont 
il  l’avoit  délivré.  Qu’on  allégué  même  fi  l’on  veut  cet  . 

qui  répondit  à  ceux  qui  le  prioient  de  prendre  quelques  reme- 
des'pour  tâcher  à  fe  guérir,  quand  il  ne  fatTdroit  qu  oindre  mon  ni. 
oreille  )e  ne  daigmrois  fas  U  faire  i4è  -Seigneur  le  Dieu  auquel  je 
ni' en  vais  efi  un  trop  hon  Maître  \  pour  ne  pas  partir  quand’  il  rrtap^ 
pelle.  Tout  cela -eft  grand,  mais  outre  que  quelques-uns  fouf- 
froient  leurs  maux  à  deffein  de  faire  penitenee ,  il  eft  encore  vray 
que  ces  exemples  font  fouvent  plus  dignes  d’admiration  que  d’i- 
mitatipn ,  puiique  nous  avons  ceux  d’une  infinité  d’autre  Saints,  ' 

&  d’autres  perfémiages  corifidérables  dans  leur  état condi¬ 
tion  ,  qui  ont  fait  cas  des  fècours  de  la  Medecine,  6^  particu¬ 
lièrement' tous  les  Patriarches  des  Ordres  Religieux.  Ces  faints 
Felitiques  ont  cous  feit  'des  Loix  dansdeurs  Réglés  qui  affujet- 

a  iij 


Petr.  Kirflen-  de  . 
veyo.  Jtftt  é'abufu 
Medictn°  T raélat. 


Vf  Gretfçeri  m.Cu- 


JBûfibi  in.Mifi»  ^cxl^ 
■  Gxrgov.-m  .l>itih£o 


vj  EJJdih  de  Medéclnti  : 

titrent  leurs  Religieux  peuples  à  la  Médecine ,  &  les  ont  eux-- 
mêmes  gardées,  quoy  que  quelques-uns  d’entre  eux  euflent  le 
don  des  miracles  pour  de  certains  maux.  Mais  comme  la  Mé¬ 
decine  a  fes  fcrupules  de  même  que  la  confcience,  il  eft  plus  , 
difficile  de  dire,  quant  au  particulier,  en  quoy  çonfifle  le  devoir 
des  malades  ,  que  de  marquer- celuy  des  MedeGins  &-des  a fïî^ 
ftans.  Il  fe  trouve  des  malad;es  qui  ont  trop  dé  confiance  en  la  : 
Médecine,  &. d’autres ^qui  en  ont  trop  peu.; Le  Médecin  Kirs- 
tenius  â  Gru,  quant  à  ceux-cy?  avec  quclques-devots  ,  que  k;; 
pieté:  du  malade  ;jointe  à  celle  du  Médecin ^gueriflbit  plus  dln-  - 
firmitez  que  ne  pe-u vent  faire  tous  les  remedes  i  mais  à  bien 
Gonfiderer  cette  opinion ,  ellcn’elt  foûtenuë  que  d’un  zele  ua. . 
peu  déréglé,  &t|ui-n’eft  pas  félon  la  firience  5  car  outrer  que  ia;r 
pieté  du  malade  Je  celle. du  Médecin  né  fe  trouvent  que  rare-- 
ment  de  cjoncert ,  il  eft. certain  que  le  faint  Efprit  eft  formek 
lement  p^ur  les  .remedes,  jg^  que  comme  nous  Pavons  ey^de- 
vant  remarqué  plus  d’une  fois,  une  infinité  de  faints  Perfon- 
nages  Pont  approuvée  &  s’en  fontméme  quelquefois  mêlez.  En 
eftèt ,  il:y  .a  long-temps;que  la  Pifcine  de  Reehfaida;  êc  les  eaux 
du  Jourdain  ont  pafTé  ,  l£>qu’ils  ont  perdu  toute  leur  vertu  | 
Peau  de  vSiloé  &  là  Terrc.  d’Âieédama  font  ufées.  -Mais  quànd  - 
tout  cela  ilèroit  encore  ce  qitil  étoit;: au  temps  pafïé,  qui  fçait 
fi-la  pifcine  même  nkuroit  rien  eu  de  minerai  ,  &dj:Ce  mouve-  - 
ment  qu’elle  rccevok  d’uneiâmelligen^  n’auroit  point  excité  .  ' 
cette  vertu. qu’ellé  a  voit  naturellement ,  comme  il  arrive  àu  feu  ' 
qui  ne  fort  de  k  pierrC:  que  par  lé  mouvement  dû  fér^  J:  ainfe ' 
des  autres  remedes  qui  paroifTent  -  furnatiirels  ?  Qüoy  qu’il  en  -  • 
doit,  dis- quant  à  l’opinion Jde  ces;  dévots,  qui  attendent 
tout  de  la  pieté  du  Médecin  jointe  à  celle  du  malade,  n’eft-il/î' 
pas  vray  que  S.  Paul,  qui  nemanquoit  pas  de  pieté,  confcilloit  ' 
à  fes  Difciples  de  l’un  &  de  l’autre  fexey  gcnspieux  i’ïl  çn  fô^^ 
alors  dans  PEglife  de  i)ieu  ,.  d’u fer  des  précautions  ^:dü  régi-  -• 

■  me,.3&  des  remedes  de  la  Medeci ne  ?  ■  C’eft  ainfî:  que  faint  ]  can  ’ 
PEvangelifte,  faint  Poly€arpe  ,&  long-temps  après  faint  ©cr-  '^ 
main  Evêque  de  Càpouc ,  ne  négligent  pas  les  bains  faits  pour 
la  fanté.  Saint  Hierome  n’obeït-il  pas  aux  Médecins,  J:  fai% 
te  Paule  ne  fuit- elle  pas  l’éxemplé  de  ce  véritable  Diredeur"  ' 
dés  Dames?-  //  ne  dit  faint  Bafilc,  ny  fuir  la  Médecine  ny  '' 
s'y  confier  qu'avec  dijçretioni  mais  comme  nous  avons  foin  de  cultiver  f 
U.Jene^  ^  que  mm  en  demandons  les  fruits  à  Dim  i -comme  noue,  latff 


TroJJîme  Partie,  ChapM.  vij 

Jins  le  maniement  du  (gouvernail  au  Piloie  pendant  la  ternie  fie  ^  ^ 
que  nous  prions  Dieu  qu'il  nous  conduife  au  part  i  de  meme  quand  notes 
appelions  le  Médecin  y  n&us  ne  devons  pas  oublier  de  meure  notre  ef- 
.ferance  au  S eipieur.  Vous  me  demandex^^  ajoute  ce  Pere  forç  a 
propos  ,  s'il  'ny  a  rien  qui  choque  la  pieté  dans  l'ufage  de  la  Medeci- 
"  ne  ^  &  je  vous  répons  que  comme  ï  A^imlture  efi  petmtfè  ^  neceffaire 
four  f  entretien  'de  la  vie  y  la  Tijfenderie  pour  couvrir  le  corps ^ 
0ArchiteHure  pour  nous  parer  des  injures  de  V air}  de  meme  la  Me- 
decine  ei 


jteriry  dr  pour  préferver  le  corps  humain  d'une 
infinité  de  maux  y  (ji*  pour  en  affermir  tes  mouvemens.  Il  ne  faut  ^ 

.  <iic  le  'fçavaiiE  Erafme  dans  de  mênije  efprit,  ny  méprifer  le  Me- 
,  decin  quand  on  efi  malade ,  ny  pour  ainfi  dire  f  adorer  comme  font 
quelqms^  idolâtres  de  la  vie:,  toute  notre  efperance  fait  en  Dieu  y 
[.qui  peut  feul  fe parer  f  ame<du  Corp-S.^  comme  c* efi  luy  fçul  quily  met, 
■Mais  il  ne  faut  pas  pmr  cela  différer  de  prendre  H avis  des  Mede- 
‘  tins,i  principalement  dans  les  maladies  aiguës  y  pourveu  que  le  nombre 
rde  ces  DoBeurs  ne  foit pas  trop  grande  non  pas  parce  que  le  nombre 
^des  Médecins  a  fait  périr  y  fuivant  te  proverbe -,  un  Empereur}  mais 
liparce  que  les  Joins  trop  ojfideuX  y  &  loi^  jaloufie  qui  s' y  met  ^  les  fait 
ftomhér  en  dès  contmdiBîons  ffui  ne  manquent  jamais  à  embaraffer  de 
maladeiy  ^  a'f empêcher  enfuitede  s  occuperau faluide fon  ame.  Nous 
ilîfons  dans  la  vie  de  faint  Ignace  de  Loyola,  qu’étant  malado 
-entre  les  mains  d'un  Médecin ,  jeune  &  ignorant,  il  ntt  laifTa 
ïpas  de  luy  ubeïr  jufqutts  à  ee  que  fcs  Religieux  s’étans  appcr.. 
/ceu5  de  fomincapacité  luy  ea  .amenerenDiun  autre  ,  tant  Pun 
l’autre,  luy  paroifloient  ^Eons  pourveu  qu’il  fift  à  la  volonté 
,  de  Dieuy  iSw  qu’il  ne  parut  ny  trop  prévenu  ny  trop  indifFerent 
,  à  l’ttgard  de  ta  Medecine.  Rien  à  mon  avis  dé  fi  inftrudif  ny 
dé  fi  coiîfolant  pour  les  malades  que  cès  paroles  d’un  Saint  de 
-nos  jours.  //  faut  km  malade  pmfque  Dieu  le  veut  y  comme  il  le 
/jOjeûtt  quand  il  le  veut  y  autant  de  temps. il  le  veuLy  qj'  en  la  ma^ 
,:niere  qu'il  le  veut,  il  fi’eft  que  trop  vray  que  lés  ma- 

.>lades,^  comme  nous  l’avons  marqué  ey-de^us ,  ne  penfent  gue- 
res  à  mettrexcs  avis  en  pratique,  //j  parlent  même  y  dit  Plütar- 
f^ue  ^cummedes  èytrex^  la  peur  &  la  douleur  leur  font  dire  mille 
pauvrctez,  ils  veulent  &  ne  veulent  pas ,  on  n’y  entend  rien, 
je  ne  compreus  pas  même  fi  un  bel  efprit,  qui  li’étoit  pas 
des  plus  makdes ,  railloit  ou  s’il  parloic  ferieufcment ,  quand  il 
éerlvoic  à  un  de  fcs  amis  en  ces  termes  ;  Dites  y  je  vous  prie  y  k 
^on  Médecin  que  je  luy  demande  la  vie  y  que  je  mets  fes  Ordon- 


Gregor.  ifiMsnit. 


L.  de  PrApar,  ad 
Mortem, 


Entretien:  %i.  de 
S,  Iran  fois  de  Saks, 


In-MsïaUy. 


Lettres  de  Eaiaas. 


Trjfi.  L.-i. 


Cmus 

venenum.  PjtndeB. 
thaï,  de  mrbor.  ^ 
remmfignifixu  . 


Liée  lociiinbsmme. 


Galéh.  method.  Uix.' 
Ttrmll.  h  di.  Carne 
Cb  '.ifii  &  deldolol.  . 


vtij  EJJais  de  ^Medeciner 

nancès  immédiatement  af  rés  les  Cemmandemens  de  Dieu,  Q^ilaccd% 
de  mon  foye  é*  mon  efiomach ,  ^  qu*il  faffe  ceffer  cette  guerre  civile^ 
Ainfi  je  me  range  du  côté  de  celuy  qui  fit  cette  judicieufe  rë- 
ponfe,  à  ceux  qui  luy  recommandoient  d’avoir  foin  de  fa  fan^ 
té  :  Çe  riefi  y  as  là  mon  affaire  y  c'eft.  Celle  de  mon  Médecin, . 


G  H  A  P  X  T  I  L 

I^£sMsmedesengeneraL^ 

CE  quemous  appéllÔns^emedè  en  notre  Langue,  aderfo: 

gnifications  bien  differentes  dans  les  Langues  mortes.  Car 
le  mot  chez  les  Grecs  ne  lignifie  pas  moins  un  venin  , 

qu’il  fignifier  un  des  fecour-s.de  la  Medecine#  -G’eft  peu^cfre 
pour  câa  qu’Homere  a.^^dit  des-medicaîBens  de  l’Egypte  ^  qu’il  ^ 
y 'en  avoit  autant^e  mauvais  que  de  bons ,  &  qu*Qvide  a  ditu 
Eripit  interàum-y^modo  daf  Mcdicina  falutem  . 

^£que  juvet.monfirat  ^.quteque  p  herba  nocens,  ■ 

Et.c’eft  encore,  en  ne;  Icns  la  que  Galien  a  donné  le  nom  de  ^ 
médicament ,  même  à  tout,  ce  qui  nous  peur  nuire 
fitlfiance,  .  Ce  terme  ne  Le,  prend  en  gueres  méilleure-  part^hez 
les  Latins  que  chezXcs  Xjrecs ,  puifque  V arron ,  Suetone ,  Non^  - . 
nius,  ^.autres  s’en  font  lèrvis  pour  lignifier  des  poifons.  Et 
c’eft  fans  douce  pour  cette  raifon  que  le  Jurifconfulte  a'écrir, 
que  quand  on  pailêvdeypoifbn ,  il  faut  diitinguer  entre  îmî^  bon 
&  un  mauvais  ,  tout  ce  quXapportc quelque-changement  à  no¬ 
tre  nature  pouvant  être  compris  fous  le  terme  de  médicament. 
C’eff  .  ainii  qu’Xiippoçratc  appelle  un  temeàe  tout  ce  qui  change-^  ■ 
llétatfrefent  de.  notre  corps ^  de  forte  que  l’aliment  même  eft  une  éi- 
pecede  .remede  ;  Erc’eff  de  cette  manicre.  que  Galien  rc.nten(L  * 
appellant  ^.Lecours  tout  eequi  pmt  altérer  notre  natures^-G-ell 
encorerainlî  que  le  terme  deXm^jeament  lignifie^  tàntôt-un  alL  .  ^ 
ment  limplci,,  Sc  tantôt  une  liniple  addition  de  remedes  altéra -v 
tifs  à  un  a.Umem  medicatanr/rugibus  offqm:li  Êgniûe  wêmeqüel--*/  , 
quefoîs  des  fards  ou-  des  confeélions  de  remedes  odorans',  d’ou' 
vient  qu’on  appel ledes  Apoticaires  Pigmentari  y  ^  les  baumes^ 
qudùprépare  pour  conferver  les  corps,  pigmenta  medicinalias^ 

&  quon  corpora  medicata  condimentis  fepultura.  Or^'cncore» 
jr^dcvahle  de  l’invention  de  quelques  remedes  m  - 

quelques-^ 


Troifiéme  Vante.  Chapitre.  II.  ix 

qoe^üss  animaux,  &  même  qu’il  y  er^  ait  autant  de  violens 
que  de  médiocres  ôc  de  doux  parmi  ceux  que  Texpcrience  & 
la*  tradition  nous  ont  fait  connoître,  les  Anciens  n’ont  pas  lai f- 
fé  de  nommer  les  remedes  les  mains  des  Dieux &  de  les  gar¬ 
der  avec  ceremonie,  ôt  d’une  maniéré  religieufe  dans  leurs  v-'H^erodot. 
Temples.* 

Un  Juif ,  plus  fage  infiniment  que  tou^  les  fages  Payens,  corn-  zedefinfi, 
pare  le  médicament ,  tout  amer  qudl  eft  ,  à  une  chofe  utile  & 
aimable  de  fa  nature,  &  même  à  un  ami  fidelle.  En  effet  il  eft 
toujours  falutaire,  quand  il  eft  donné  d’une  bonne  main,  de 
quelque  lieu  qu’il  foit  forti.  Le  miel  tiré  de  la  gueule  du  lion  ^ 
ne  laiffe  pas  de  cpnferver  fa  douceur ,  de  forti  exivit,  dukeda.  ■ 

E  dimeffola  tema  efee  il  diletio.-  / 

Je  fçay  à  la  vérité  que  comme:  ceux  qtii  gouvernent  les  lions  .  "" 

ont  befoin  de  prudence- 6c  de  diferetion  y  pour  prendre  le  temps 
d’en  approcher,  de  même  ceux  qui  manient  les- remedes  que  . 
la  Médecine  appelle  nepeuvent  être  trop  circonfpeâs;  Generofâ  pfæmk. 

que  ceft' pour  cela  que-  lès  Arabes  marquans  leurs  vertus, 
feillénc' encore  de  lès  confiderer;  avec  attention  avant  que  de 
s’en  fervir;  qu’ils  n-affurenr  rien  en  matierè  de  pratique  ,•  ôc  ; 
qu’iisy  mettenrtoujours  dûT^r^e  6c  du après  AriftotCj  ^ 
fon'fameuX-Difciple  T heophrafte  :  que  lé  grand  Hippocrate, loin 
d’eii' parler  trop  affirmativement ,  y  mit  du  ^ar^j  j  &  quèGalto 
ne  peut  s’empêcher  de  dire  des  pu-rgatifs  ,  après  des  avoir  tant 
celebréz  en  divers  endroits  de  fes  OûvrâgdS  ifu^ks'fint  dé  màM-  Gxhn:commmt.  iri- 
vaisfuc^  ennmis  dè  teftontach  ,  chatids  &  fecsl  ceüiquatifs\  qu  ils  de 

condmfent  f^romptement  à  la  vieillejfe.  G’eft  pour  cela  que  le  fçae  ruremsi^in  acut.  , 
vaut-  Adtiari  U  s  nous  avertit  que  'cetix  qui  font  vehem  in  Catajticis  vc-  ' 

mandent  bien  de  la  diferetion  dans  livfâge  qu’on  én  fait.  Je  ps!jy’dc?caH-ao 
fçay  encore  que  Plutarqiie  nous  objecte  icy,  que  les  moirve-  magna  reqtifritur  , 

■  meiis  qui  fe  font  dâns  îé  ventre  inferieur  par  les  remedes  ,  cor-- fingük- 

U  .  ...  ,.i  '  ,  Ç  ■  1  •  1,  i  ns  ,  premediîâtî&' 

rompent  les  parties  ,  qu  i Is  y  mettent  plus  d  ordures  acrk/exeCdra 

qu’ils  n’en  tirent,  6ç  que  qui  prend  dés  purgatifs  fait  comme  J  i“dicinm- 
ceux  qui  ne  pouvant  foiifiFrir’  dés  Grecs  ‘  dans  une  ville  y'fé-  p^S?m?r|îè*& 
roientvenirdes  AraBes  6c  des  Scythes.  Je  fçay,  dis-je,  tout  cela j  reaè  Areiis  mederi. 
mais  n’eft-il  pas  vray^  parlant  généralement,  que  ces  remedes 
ne  font  tels  qu’entre  les^  mains  dcs  ihéonfideréz  ôc  des  igno- 
ran^j  que  s’ils  y  font  dés  armés  bffenfi.Ves,  ils  ne  ibnt  pas  moins 
/^/»riïf«j_/^/«/aiwd^ïZ)/?«bi:fe'ncéllesdésrages6cfçàvânsîôîé- 
deeinsj  ôc  que  c’eft  ai'nft  qu’il  faut  entendre  tout  ce' que  nous 
"  b 


X  Ejjkk  de  Medecine. 

avons  marqué  cy-devant  ?  Car  quant  a  Plutarque  en  particu¬ 
lier  ,  ne  voit-on  pas  bien  qu’il  lie  blâme  que  les  vomiflTemens 
&  les  purgations  faites  fans  necelTicé,  un  des  grands  abus  de 
fon  temps  >  Et  que  quant  à  fon  indudion ,  n’ayant  rien  fçu  dans 

la  pratique il  raifonne  bien  plus- en  Sophiilg  qu’en  Praticien, 

avec  fa  prétenduë  corruption  des  parties  internes ,  les  remè¬ 
des  ne  demeurans  pas  plus  de  temps  dans  lé  ventre  inferieur 
que  les  fucs  excrementeux  qü*ils  en  délogent  en  Eort  peu  temps 

après  les  avoir  at;tirez  ?  Ainfi.  comme  je  ne  prétens  pas  répon¬ 
dre  en  ce  Chapitre-cy  à  toutes  les  objedionsqii’pn  pourroiî 
faire,  ny  inftruire  perfonne  de  là  Medeeipé,  mais  apprendre 
feulement  aux  gens  de  bon  fens ,  qu’il  n’y  a  rien  de  fi  dange¬ 
reux  que  de  faire  le  Médecin  quand  on  ne  l’eft  pas,  ou  qu’on 
ne  l’ed^  gueres,  jjCane  contenteray;  de  1^  avertir  icy  , 

I.  ,  Premièrement ,  qu’il  ne  faut  jamais  fc  fervir  des  grandare- 

medes  que  dans  le  béfpin ,  &:  encore  avec  prudence  .&  circon- 
I  I..  fpedion.  (^il  ne  faut  pas  s ^n  prendre  aux  Médecins  (Lies 
remedes  ne  font  pas  toûjours  cejqu’on  en  defire,  leurs  effets 
étans  difFerens  félon  les  lieux  ,  les  régions ,  .i8c  les  dofesi  ôcque 
comme  il  ne  faut  gueres  plus  qu’un  bon  fens  commun  pour 
connoitre  les  fimples  alteratifs,  il  faut  de  l’étude,  de  l’expe- 
riencé ,  &  des  iuftrudions  pour  connoître  les  remedes  qui  agif- 
fent  de  toute  leur  fubftanee ,  &  par  ce  que  les  Philofophes 
ftlltnt  cra^s  é*  modui^mixtionk.  C’eft  pour  cèla  qu’Hcraclide 
de  Tareiite  comparok  ceux  qui  ne  fçavent  rhiftoire  des  Plan- 
tesquepar  le  fecours  des  Peintures,  aces  crieurs publics  qui  dé¬ 
peignent  aiez  naïvement  un  Serf  fugi  tif  qu’ils  ne  connoîtroieut 
pas  pour  cela,  quand  ii  feroit  devant  eux.  Pourfuivons.  Q^il 
1 1 1.  faut  prendre  fans  façon  le  remede  quand  le  mal  nous  preüé, 
non  feulement  parce  qu’il  y  a  de  la  lâcheté  de  Pextrava? 
Mifeiam  fecari  &  gancé  à  croupir  dans  le  mal  5  mais  parce  que  le  fruit  quon  en 
cautenosxuri,  &  au  defTûs  de  Phorreur  qu’on  en  a  naturellemenc, 

SSadtatJaaxiL  horroremoperis  fruHum  exeufat.  C’eft  pourquoy  obficra  incrêpa  in 
ri.  Tamenquæper  Qjfifii  patientia^  ^  pour  alnfi  dire  compelle  eoi  ^  &  ils  vous  en  fçau- 
gré  ,  s’ils  font  raifonnables,  quand  ils  feront  fortis  d’af- 
mento  curationis  faire.  Combien  de  gens  de  mérité  &  de  qualité  précipitez  par 
fâît'ïpræfemem  J3.egligence  &  par  la répugnance  qu’ils  a  voient  aux  remedesi 
injuriara fuper  ven-  en  des  maux  d’une  terrible  confcq,uence ,  particulierefnent 
turæ  ütiîitamgra-  ccttc  rcpugnance  cft  fecoudée  d’une  fauffe  tendreftède 

xerST”?  Pœwi  ^  part  des  afliftans ,  oa  de  la  cpmplaifançe  du  Médecin  ?  Com- 


Tm/teme  Vartie.  Chapitre  IL  xj 

breild’liypocondriaques  ^de  phrenetiquesi  de  maniaqües  fc  font 
eux-mêffles  fait  la-dcrniere  violenee^  faute  d’un  peu  de  vio¬ 
lence  du  c^é  de  leurs  amis  &  de  celüy  de  lè.ùrs  Médecins? 

Et  combien  en  a^t-on  yû  périr  de  fang  froidj  qui  n’écoient  pas 
déplorez  ,  par  leur  opiniâtreté  ,  &  par  apprehenfion  des  re- 
medes  ?-  •  ;  •  .  • 

Qu^ant  à  ces  feerets^^  qu'on  vante  tant,.  &  qu’on  recherche  ^  V. 
avec  des  foins  inutiles  ,  &  fouvent  dangeréuXi  il  eft  bien;  plus 
fenr  de  fc  fôrvir  dès  remedes  connus  &  qui  font  en  ufage,cam- 
âîe  nous  l’avons  cy-devant  marqué ,  que  de  Ee  fervir  desdncon-  ■ 
nus  dont  le-s  operatipns'  font  ordinairement  violentes, 
grata  rhagis  ^  tuta  magJs.  G’eft  pour  cela  que  Galien  s’eft 
emporté  contre  Xenoerate  êc  contre  certain.  Empirique  ,  le 
premier  ayant  écrir  fur;  le  fait  des  medicamens ,  des-chofcs  non 
feulement  infâmes  &  honteufes ,  mais  d’une  fort  dangereufé 
pratique  :  Et  l’autre  s’étant  feryi  fi  mal-r à-propos  des  canthari¬ 
des  qu’il--  en  avoit  tué  deux  malades;,  fe  joüant,  dit-ife- de' la 
peau  des  bommes  ,  comme  il  avoit  fait  de  celles  des  bêtes. 

,  J’aycrtis  encore  que  c’eft  fans  raifbn ,  que  les  malades  prê^ 
tent  les  oreilles  à  ces  grands  mots  de  Panacée ,  de  Baume  de 
vie»  d’Ellxir  ,  de  Sirop  de  Longue-vie, d’Or  potable,  &  qu on 
ne  fçait  ce  qu’on  fait  quand  on  meprife  les  rémedes  fimples  ôc 
communs  ,  comme  fit  ceîNridicüle  Richard  dont  Galien  le  mo¬ 
que  3  iparce  que  ce  grand  Medecm  ne  luy  ayant  propofé  que 

des  remedes  à;  jufte  prix,  il  luy  répondit  que  tout  cela  n’é- 
tbit  bon  que  pour  des  giieux ,  &  quhl  falloir  quelque  chofé  de  ^ 
plus  pretieux  pour  un  hoMme  de  fe  qualité.  En  eftét ,  à  quoy 
bon  de  pfôppfer  des  remedes  diiEciles  à- trouver^  Comme  font  . 
quelques- uns:de  nos  Charivaris,  iêc^méme  de  nos^  Médecins 
finon  à  jetter  leurs  malades  dans  le  défelppir:de'  gueliîr,3lpar  la 
crainte  de  là  dépenfe ,  on  s’ils  donnent  dans  le  piegé  à  leur  èou- 
per  lâchement  la  bourfé  ?  Et  à  ce  propos  fi  l’on  me  démandei 
s’il  eft  pljÿs  digne  d’un  Médecin  de  donner  luy- même  les  re-; 
medes  convenables  que  de  lés  ordonner  chez 'les.  Artifies  v  je 

croy  que  parrant*  en  general  il  faiit;  en  cela  fuivré  la  coutume 

des  Metix  où  oh  fe  trouve,  comme  fit  Galien,  qui  s’abftint  de 

faire  la  Chirurgie  êc  la  Pharrnacie  à  Rorhe,  parce  qu  il  y  trou-, 

va  des  *^ÇIiirorgieas  ^  dé^  Apotiquaires  établis  ,*,  cequi'në  fe  *Diftinaosftm- 

pratiquoit  pas  alors  à  Pergame  fa  Patrié.  Ainfi  les  mieux  feu- 

fcz  de  nos  Médecins  conviennent  qu’z/  ne  faut  pas  qu  un  Me^  ?rmerof.  de  vuigi 


xij  Effais  de  Médecine 

Ttrrpnb.inMedicm  deciu  vende  des  rente  de  S  ^  ny  publiquement  ny  en  chambre^  cela  rié^ 
tant  pas  fort  honnête  j  mais  qu  ïl  en  peut  compofer  quelques-uns  pour 
s  en  fervir  dans  la  neceffîtè^  pourveu  qu'il  ne  les  vente  ^  qu'il  ne  Us 
Amman.  Medicin&  vende  Comme  des  fecrets )  celuy-là  péchant  contre  le  faintEfprit, 
dic.for.dijcur/.is.  connoîflant  la  vertu  d’un  remede,  le  tait  malicieufement 
à  fes  Collègues,  &;  en  laide  périr  la  connoiflance  avec  luy, 
parce  qu'il  eft  écnt  i  Malheur  à  qui  enfouit  le  talent  quil  à  r^- 
ceii  y  ^  à  qui  cache  la  lumière  fouâ  le  muid.  . 

Q^anc  à  la  découverte  des  remedes ,  à  leur  ufage  en  par, 
ticulier  ,  quoy  qu’il  y  en  ait  fi  grande  quantité  que  les  Grecs 
tAtfilva  l’ont  exprimée  par  le  terme  de  Forefi.,  à  l'égard  feulement  de 

ceux,  qui-  fe  tirent  des  végétaux ,  il  ne  faut  pas  firoplement  de 
la  difcretion,  mais  encore  de  l’application  pour  découvrir  ceux 
qui  font  cachez.  G’eft  ce  qu’ont  fait  les  ànciéns  Médecins  en 
leur  temps  ,  avec  bien  du  foin,  C'èfl:  ce  qu’ont  fait  ceux  du 
moyen  âge ,  Ôc  c’efl:  ce  qu’on  fait  encore  fort  heureufement  de- 
puiy quelque  temps  par  des  recherches ,  des  operations  j  ôc  des 
Ariâlyfes  dans  les  principales  Academies  de  l’Europe.  Mais 
comme  il  eft  arrivé  que  tous  les  fecours,qui-  ne  devroient  être- 
'  employez  qâé- par  f  ordre  des  habiles  Médecins  ,  font  maiheu- 
i  reufeménr  tombez  entre-les  mains  dés  Charlatans  j  de  que  les 
,  Miniftres  de  l’Art  &  leS  malades  les  appliquent  tous  les  jours 
deleiir  chef  temerairement  êc  fans  l’atis  des  Maîtres,  j’éntre- 
prens  pour  le  bien  public  de  donner  dans  cette  troifiéme  Paf=f 
tié  de  mes  E fiais ;,)'hifl:oire  de  la  plufpart  de  ces  feeours  &  de 
ces  remedes ,  pour  apprendre  à  tant  de  perfonnes  inconfide- 

rées  combien  il  eft  dangereux  de  s’en  fervir  fans  cbnfeil,  W 
de  les>prendre  d’une  main  inconnue  &  peu  feüre.  C' eft  donc 
pour  cela  qu’ayant  affez  parlé  dti  devoir  des  Médecins  dans  la 
feconde  ^Partie  de  cet  Ouvrage ,  -je  pafle  en  celle-cy  au  devoir 
des  Chirurgiens,  des  Apotiquaires ,  des  Sages-femmes ,  &  des 
autres  Afiîftans  des  malades ,  fans  oublier  les  malades  memesj 
après  quoy  je  m'étendray  en  particulier  fur  i’ufage^c  cés  fe- 
CDiirs,  qu’on  confie  à  chacun  de  ces  Miniftres  ou  AfiiftanS, 
fous  la  direélion  des  Médecins,'  par  oii  l’on  verra  combien  il 
eft  important,  &  à  ces  Miniftres.^  aux  -malades,  de  ne  pas 
pafTer  les  .bornes  que  la  prudence ,  la  juftice  &  la  rai fpn  leur 
preferivent^  &  que  fi  les  remedes  n’ont  pas  toujours  des  effets 
funeftes  dans  leurs  mains ,  au  mains  ils  y  font  aufîi  inutiles  que 
l’épée  de  Georges Caftriot  l’étoic  en  toute  autre  main  que  la 
fie-nne.  ■ 


Troifiémç  Partît,  Chap.  1 1 L 


CHAPITRE  I  I  L 

Chirujgkns, 

La  Chirurgie  eft  la  plus  ancienne  partie  de  la  Medecinea-Sc 
pour  ainh  dire  la  plus  feure ,  chimrÿ  cenior  tJlArs 
Nam  quid  agat  certum  efi\  ^  afena  luce  medetuY^ 

Et  celle  en  laquelle  les  anciens  Médecins  tâchoient  d’exceller  5 
car  étant  obligez  de  fiiivre  les  Héros  àla  guerre  où  cec  Art  écoit 
necelTaire^  il  leurapportoit  beaucoup  de  profit  &  d’honneur.  De 
puis  ce  temps-làîComme  ce  même  Art  dépend  entièrement  de  l’o- 
peracion  manuelle,  les  ennemis  desChirurgiens  n’ont  pas  laiiTé 
delesappeller  nom  qui  ne  leur  efi:  pas  h  injurieux 

qu’on  pourroit  penfer  j.puifquecel,uy  même  de  Chiron  vient  du 
mot  Grec  qui  fignifie  la  rnain ,  &  que  celuy  qui  fignific  un  .Mé¬ 
decin  dans  la  même  Langue  eft  tiré  jdu  terme  qui  fignifie  un 
dard.  *  Q^>y  qu  il  en  foit ,  e’efi:  de  ce  Chiron  qû* Achille  te- 
noit  la  conooilîànce  de  laChirurgie^  outre  toutes  les  autres  bel¬ 
les  difeiplines  dans  lerquelles  il  l’avoit  élevé  j  témoin  la  playe 
du  Roy  Telephe  qu’il  guérit  avec  un  cataplafme  j  où  il  mêla 
de  la  roüille  de  la  lance  qui  favoit  tdeflé.. 
j  Ego  Telephon  ' 

Fugnantem  domui  y  v0um  orantemque  refecî.  ,  - 
C’eft  ainfi  que  Patrocie  guérit  Euripile,  que  Podalire,  Ma- 
chan,  &  tant  d’autres  Héros  de  l’Antiquité  exercèrent  cet  Arc 
avec  un  fiiccés  admirable,  &  que  Denis  Tyran  de  Sicile,  ne 
dédaigna  pas  de  faire  les  fedions ,  les  uftions.,  les  redudions , 
&  tant  d’autres  operations  de  la  Chirurgie.  Les  Princefles  mê¬ 
me  des  vieilles  Hîftoires  paroiflent  Û  fçavantes  dans  la  Chirur¬ 
gie,  que  les  Auteurs  les  y  font  entrer  avec  les  Princes  mala¬ 
des,  pour  le  dévouement  de  ce  qu’il  y  a  de  plus  intrigué.  Aufiî 
étok-elle  fi  necefiairc  ,  que  les  bêtes  même  ont  eu  des  lumiè¬ 
res  naturelles  pour  la  connottre,  &pour  s’en  fervir.  En  effet, 
le  cheval  marin  neje  faigne  t-il  pas  heureulèment,  &  les  chè¬ 
vres  de  Crete  nç  tirent-elles  pas  le  fer  de  leurs  playes  par  l’ap¬ 
plication  du  Didame  ,  avec  tant  d’adrefle  6c  de  fuccés  ,  que 
les  premiers  hommes  en  tirèrent  des  leçons  pour  la  Chirurgie? 
Mon  feulement  les  Héros  ont  appris  cet  Arc ,  mais  les  Poètes 


Mareellus  Palingat. 
inLeone^ 


Lettres  de  Guy  Pa¬ 
tin. 

Xeig  manas  undc 
Ciiirurgus. 

*  N ataU  comit.  /.4. 
Et  fextus  LmpiricH 
in  verho  sta,  unie  j'ct, 

'tfOS. 

Ovid.Metamorph-it  ■ 
Iliad.  4. 


vulg,.  errorih.  h 
Mèdicin.  î- 


xiv  Efféî  de  Meiscme» 

encore  ont  cni  ne  pouvoir  traiter  affez  dignement  leurs>fjjetSj 
fans  ia  connoiÜance  de  la  Chirurgie.  Homere  n’ignore  ny  l’A¬ 
natomie  ny  la  Botanique,.jarquesà  parler  des  bandages  en  vray 
Ch  rurgien.  Les  anciens  Médecins  furent  fi  jaloux  de  cette  pari 
tie  de  leur  Art qu’ils  ne  voulurent  jamais  fbufFriir  qu’on  la  fd- 
paraft  des  autres.  C’eft  pourquoy  il  n’y  paroifToic  alors  rien  de 
inéchaniqtie  tant  ils  l’exerçoient  noblement  Sc  heureufement, 
comme  on  le  peut  voir  dans  Hippocrate.^  Cela  dura  jufquésaü 
temps  de  Galien ,  qui  l’exerçoic  de  cette  maniéré  à  Pergamc  j.- 
qui  n’en  quitta  l’exercice  qu'à  Rome,  ou  ib  la  trouva- 
réparée  de  la  M'edecine  ,  qui  ne  s’étoit  relervé  que  la  cure 
.  des  maladies  internes,  iaiirant  les  operations  manuelles  aux  Ghi* 
rurgiens.  Depuis  ce  temps- la  elle  commença  pour  ainfi  dire  à 
faire  bande  à  part  en  d’autres  pays,  &  à  fer  féparer  de  Ton  tout •. 
ce  qu’on  ne  devoir  pas  fouffrir  ,  puiCqu’il  eft  certain  que' les 
Médecins  qui  font  ordinairement  Phifofophes  ^  &  fçavans  dâns 
les  Langues  dans  la  Botanique,  auroient  opéré  bien  plus 
deurement  que  des  hommes  qui  ne  fçavoieht  que  par  habitude,; 
&  qui  après  tout  n’ont  pris  la  place  des  Médecins  qu’én  tes  ep- 
piant  vfpir  en-éerivant  ,  foit  en  opérant  >  mais  qui  ont?été  fi  heu¬ 
reux  dans  cet  hardi  projetsque  le  docle;  Primetofe  ne  peut  oom- 
^  prendré' comment  il  eii,  arrivé  qu’on  ajoute  fouvent  moins  dc- 
*  foy  à.  un  Médecin  faifant  le  Chirurgien,  qu’à  un  Chirurgien;- 
faifant  la  Chirùrgie  &.la  Medecine..  Car  enfin  il  eft  affuré 
que  jufques  au  temps  des  Arabes,  les  Chimrgiens's’^eii  font  te- 
Biis  aux  operations  manudles ,  &  que  c’éroit-la  leur  partage 
Mais-foit  que  dépuisee  temps- là:  les  Médecins  ayent  continué,, 
à  négliger,  cette  partie  de  la  Medecine ,  ou  que  les  Chirurgiens:; 
fefoiént-plAà  poiÆr  leurs  conquêtes  petit  à  petit,  ils  ont  en-' 
fin  ufurpé  la  cüre  desTumeurs  contre  nature ,  des;playes  &  des 
-  ulceresv d’autant  pîuS'  injuftement ,  que  cela  étoir  de  l’ancien  do- 
eaajne  de  la  Médecine  rationelle:  Qüainfi  ne  fok,  Galien com- 
^îsnce  fa  Méthode  par  la  cure  dés? ulcérés,  êt  la  finit- par  celle 
dey  Tumeurs ,  tant  internes’ qu’externes  5  maladies  qui  ne  peu-' 
vent  être  bien  traitées  qu’avec  les  indications  de  la  Medécine' 
Gtirative.  Et  c’eft  pour  cela  que  dans  quelques  Villes  bien  po-' 
licees,il  n eft  pas  pernris  aux  Chirurgienssde  faire  leur  Mé¬ 
tier- fans  y  fppeller  un  Médecin ,  &  particulièrement  quand  il 
eft  queftfon  d’une  operation  confiderable ,  au  point  même  qu’it 
faut  en  quelques-unes  de  ces  Villes^que  le  Chirurgien  foitDo- 


Seconde  Partie.  Chap.  I  I  î,  xy 

:a;etir  en  Médecine.  Cependant  4es  chofes  vont  bien  autrement 
i  prefent  en  France  ,  où  les  Chirurgiens  ne  fe  contentant  pas 
de  là  plus  feure  êc  plus  lucrative  partie  de  la  Medecine,  ufur- 
penc  encore,  par  un  abus  inconcevable ,  les  fondions  des  Méde¬ 
cins,  par  tout  où  ils  en  trouvent  occafion.  Les  Médecins  font 
en  droit  de  rentrer -dans la  poffeffion  de  la  Chirurgie,  il  n’y  a 
ny  prefeription  ny  police  qui  s’y  oppofe,  ils 'nunt  fait  que  to¬ 
lérer  la  léparation  fans  renoncer  formellement  à  la  prati¬ 
que  de  la  Chirurgie.  ils  fe  ferviront  s’ils  veulent,  dit  Galien, 
des  inilrumens  de  la  Chirurgie  ,  comme  les  Princes  &:  les  Ge- 
■neraiix  4’ Armées  font  de  l’arc,  de  l’épée,  &  de  la  pique^  Ils 
commanderont  comme  les  Generaux  de  la  Medecine,  quand  il 
leur  plaira,  abandonnant  quand  ils  le  jugeront  à  propos  Pu- 
fage  dû  fsr  &  du  feu  ,  &  des  autres  reineîes  aux  Mrni'ftres  de 
la  Profsffion^&fe  contentant  d’en  avoir  ^intendance  &:lâdire-. 
-ûion  quandhls  né  voudront  pas  Ce  donner  la.:  peine  d’agir  , 

4e  fe  îervir  de  ces  inftrumens.  Voila  ce  que  la  raifon  &  l’an¬ 
cien  iifà^e  leur  permet &  qu’Ms  peuvent  faire  d  une  maniéré 
qui  fent  ajlîez  le  defpotique  fur  la  Chirurgie.  Cependant  ils  ne 
le  font ipas par  honnêteté, pour  ne  pas  ^aroître  innover  pour 
iaiffer  le  monde  comme  il  eft.  Les  Chirurgiens  tout  au  con¬ 
traire,  qui  n*ont  aucun  droit  défaire  la  Medecine,  l’exercent 
fans  capaeké  ,  fans  caraâere,  fans  permiffion.  Il  n’y  a  ny  hé- 
^re  ny  autre  maladie  j  foit  aiguë  foit  chronique  qu’ils  n’entre¬ 
prennent  &  qu’ils  ne  traitent ,  jufques  a  ce  qu  ayant  perdu  la 
rràmoncane  ils  fe  voyent  obligez  d’appeller  des  Médecins  à 
leurs  fecours ,  ôc  fou-vent  fi  tard  qu’il  n  y  a  plus  de  remede.  Soit 
que  ce  deforde  vienne  de  l’inquietude  naturelle  à  l’homr- 
ffle  qui  n’eft  jamak  content  de  fon  état,  ou  que  quelques-uns 
4e  ces  Meifieurs  foient  naturellement  tels  que  le  proverbe  les 
figure.  Glorieux,  Sc  tous  pleins  d’eux -mêmes,  il  eft  certain 
qu’il  y  en  a  peu  qui  fe  contiennent  dans  les  bornes  de  la  Chi¬ 
rurgie  i Sup erbia  illorum  afeendit  fempèr.  Mais  quelque  bonne 
opinion  qu’ils  ayént  de  leurs  perfonnes,  &;  quelques  favora¬ 
bles  que  leurs  foient  les  jugemens  que  les  ignorans  &  les  en- 
têtez  font  en  leur  faveur,  s’imaginant  que  la  connoifiance  du 
corps  humain  jointe  à  l’habitude  d’operer  &  de  voir  des  mala¬ 
des,  leur  applanit  le  chemin  de  la  Medecine  Pratique  3  tout  cela 
êfl:  comme  qui  diroit,  qu’un  Procureur  à  force  de  dreffer  des 
Hequeftes,  êc  un  Notaire  des  Ades,  auroient  appris  à  dé- 


Comment,  m  d. 
Eliud.t.  Text.i. 


V.  les  Statuts  de  la 
FamLé  de  Paris , 

m-  ^4. 


3 


RÆrum.  fî.milium 
diffimilitodines ,  & 
dilTuniliani 
tudines. 


tomic  'r.  - 


Z».  FroeKiio  Etifioî. 


xvj  Ejjm  de  Medëcine. 

cider  on  point  de  Droit ,  BadauCTerie. 

Nuy£ ,  non  fi  quid^  Turbida  Roma^ 

Elevet  accédas. 

Ge  n’eft  pas  ainfi  que  ta  Médecine  fe  fait.  Il  faut  fçavoir 
diftinguer,  comme  on-dit,  la  lettré  de  la  lèpre.  Il  faut  fçavoir  la 
Pliilofophie ,  les  Langues ,  les  Principe^ ,  &  généralement  tout 
ce  qu’on  n’apprend  que  par  tradition  dans  les  écoles  ^  &  dans 
la  Pratique,  pour  üe  point  parler  de  tant  d  autres  difpofitions 
que  les  Maîtres  de  l’Art  demandent,  &  dont  nous  avons  dit  ’ 
quelque  chofe  cy-devant.  Mais  quoy  ?  tout  cela  n’eft  point 
necçffaire ,  ft  on  en  croit  ces  Chirurgiens,  qui  ont  une  fu- 
rieufe  demangeaifori  de  faire  la  Medecine,  &  particulièrement 
dans  la  campagne  ôc  les  petites  Villes,  comme  fi  les  hommes 
y  étoient  moins  précieux  qu’autre  part...  Et  c’eft  ainfi  qu’qn  y 
fait  la  Chirurgie  6c  la  Medecine  avec  une  confiance  d’autant 
plus  prodigieufe,  qu’il  s’en  trouve dit  le  docle  Primerofej  à 
peine  un  fur  chaque  douTiaine  qui  ait  quelque  connoiflance  de 
la  Théorie  de  leur  Métier  ,  route  leur  Science  n’étant  que 
^  rÆ)utine,  nîalheur  que  Galien  déploroit  de  ron  temps ,  les  dé- 
•  peignant  des  difeun  de  rien ,  impofieurs y  vanteurs  ^  ignoram  jufques.à 
frmdrA'des  artères  four  des  veines  femblahles  à  cet  Archantius 
dont  il  VOUS-  fait  le  portrait- d’après  Pline.,  7i  vaudroit  mieux j 
ditle  celebrc  V2in<g\m  -,  tomber  entre  les  onÿes  des  corbeaux  qtien-^ 
tre  l^s  mams ,  de  ces  Barbares  ipior ans  qui  n  ont  f  AS  fi^tot  vu  la  dif- 
feBion  d’m  cochon  yqu-ilsfrapquent  itifolemmeni  la  Ohirnrgie:  Com¬ 
ment  pourrpient-ils.  faire  uon  feolement  la- Chirurgie  mais  en¬ 
core  la  Medecine,.  puifqpe  les  plus  habiles  Maîti‘@s.dans  la 
Chirurgié  paroiflent  déconcertez,  quand  il  eft  qiieftion  de  rai- 
foiiner  en  prcfencc  des  Médecins,  même  fur  des  maladies  de 
Ghi  rtirgie  ?  -  Revenons  donc  aux  Chirurgiens  en  general  ,  62 
iaiflbns-là  ces- mirerables  Barbiers  de  Villages.  C’eft  bien  pis 
encore  quand  ils  fe  veulent  m.êler  d’écrire,  o^ueqüand.dls  veu^ 
knt  pratiquer  la  Medecine  3  il  n’y  a  ny  deflein.,  ny  fiiite,.-  ny 
agrément  3  la  maina  beatr  £è  piettre en devoirde- tracer  ee  que 
la  tête  a  penfé,  cette; operation  mânuerhs  ne  fera  jamais  de  cel¬ 
les  qui  les  feront  paroîcrc  Chirurgiens;  Ambroife  Paré,  qui 
étoit  haDile-dans  fa  Profefiîbn  V  fe:  garda  bien  décrire  luy-mê- 
me  ee  qu  iî  en  fçavoit,  &  ce  qudlavoit  véu  6c  obfervé,  11  don¬ 
na  les  M.èmoires  à  de  jeunes  Médecins  qu’il  paya  bien  ,  6c  qui 
les  mirent  au  jour  fous  fon.  nontr  de  la  maniere.  que  nous  les 

avons^ 


Troîjtéme  Partie,  Chap.  III.  xvij 

avons.  Mais  ils  ne  ibnt-pas  tous  fi  fages  que  Paré  ,  comme  ils 
ne  font  pas  fi  habiles.  Il  y  en  a  qui  brûlent  d’envie  de  faire 
paroître  une  ignorance ,  qu’ils  auroienc  pu  dérober  à  la  con- 
ndiffance  du  Public ,  fc  condamnant  eux-mêmes  au  filence.  Et 
à  ce  propos  il  me  Ibuvient  qu’un  Chirurgien  de. Province,  fort 
ignorant  ôc  fort  vain ,  cherchant  à  fe  faire  valoir  par  quelque 
^crit  dans  la  Licifpendence  d’une  affaire  crimineiie  qu’il  s’é- 
toit  malicieufement  attirée ,  par  voye  de  fait,  mit  en  évidence 
Si  fon  crime  Sc  fon  ignorance.  Car  certain  Factum  ou  il  fe  vou¬ 
lut  mêler  de  débiter  de  la  Chirurgien  du  Latin,  dij  Droit,  & 
des  Humanitez ,  fit  croire  au  Rapporteur  '&  aux  Juges ,  aflez 
embaralfez  à  percer  dans  l’obfcurité  du  fait ,  que  .la  main  qui 
avoit  barbouillé  le  Factum  avoit  fait  le  coup  en  queftionL  Je  *  Quoties  aiîquid 
ne  parle  qu’en  palTant  de  l’obligation  que  les  Chirurgiens  ont  es  uko 

^  n  ■‘^1  J  •  J  1  1*  te  J  naorûm  tuoiuiQ‘ 

d^appeller  les  Médecins  dans  les  maladies  Ciiirurgicaies  j  car  &  ingenilchyro- 
comme  ils  ne  font  pas  grand  fcrupule  de  paficr  fur  cette  obli*  g^aphum  darc. 
gation,  les  malades  s’imaginent  facilement,  comme  nous  Ya.-- 
vons  marqué  cy-^deifus ,  {bit  par  prévention  ou  pour  éviter  la 
dépenfe,  que  le  Chirurgien  vaut  un  Médecin  en  ces  occafions. 

Cependant  il  n’y  a  gueres  de  Cafuiftcs  qui  n’obligent  les  Chi¬ 
rurgiens  à  faire  appeiler  un  bon  Médecin  ^  foit  pour  convenir 
avec  luy  de  la  necefficé  de  faire  l’operation ,  du  temps ,  de  la 
maniéré  &  des  remedes  neceffaires,  ou  pour  faire  les  rapports  en 
Juftice,  &  confcillerenfulte  le  malade  furie  fait  du  temporel  & 
du  fpirituel.  Ce  n’eft:  pas  toutefois  qu’ils  ne  puifient  différer  l’e- 
xeeution  des  Ordonnances  du  Médecin  en  de  certains  cas ,  ils  le 
doivent  même  j  mais  au  refte  s’ils  Font  quelque  faute  de  conv 
mi  filon  par  vanité  ou  entêtement ,  autant  de  maux  &  même  de 
"morts  dont  ifs  font  comptabjes  à  Dieu  &  au  Public,  comme  il 
-  arriva  a  ce  Chirurgien,  qui  ayant  tiré  deux  livres  de  fang  à  un 
malade  au  lieu  de  huit  à  neuf  onces  que  le  Médecin  avoit  or¬ 
données,  le  jetta  dans  une  hydropifie  mortelle.  Les  négligen¬ 
ces ,  les  y  vrogneries,  de  même  que  les,  fautes  de  commiffion,  . 

ont  au  fil  des  fuites  qui  y^lcnthi&n  des  qui  prû  d’Apotlcai- 
res ,  témoin  le  pauvre  Malade  qui  brûla  tout  vif  dans  une  ma¬ 
chine  ou  on  l’a  voit  mis  pour  hier,  pendant  que  le  Chirurgien 
euvoit  fon  vin,  faute  de  prendre  garde  à  tout  ce  qui  étoit  au 
tour  de  luy.  C’efi;  pour  cela  que  Galien  foûtient  que  le  Méde¬ 
cin  a  droit  d’infpeffion  fur  tous  lesMiniftres  de  la  Médecine, 
comme  le  Pilote  &  les  Architedes  l’ont  fur  les  Manœuvres. 


xviij  de  Medecîne, 

V.  ies$muts‘de  U  Aulîi  J  a-t-il  des  Facultez  où  ils  font  obligez  d’obeir  aux  Mc- 
Arnft?^^'  comme  les  Difcipl^s  aux  Maîtres  j  de  ne  donner  aucun 

Sentences  de  U  F4-  rcmcde  fans  leurs  avis ,  &  de  s’en  tenir  à  l’operation  manucUc. 
culte,  depuis  U  prcr  Qq  «^5  qu’jl  ne  fe  trouve  par  tout  quelques  Chiruro-ieuc 

mtere  page  fufques  a  r  t  ^  iiM  •  r-  P 

lafageiii.  '  non  ieulement  tres-habiies ,  mais  encore  tore  circonfpects  en 
ce  qui  regarde  les  chofes  qui  ne  font  pas  de  leur  relîôrc  ,  &:  par¬ 
ticulièrement  à  Paris ,  où  leur  capacité  paroît  fi  inconteftablc 
qu’il  n’y  a  pas  de  lieu  au  monde  où  la  Chirurgie  fe  fafic  mieux 
que  dans  cette  Ville ,  tant  à  caufe  de  la  commodité  que  les 
Écoliers  &  Afpirans  ont  d’aller  aux  Leçons  publiques ,  qu’à  cau> 
fe  de  l’exaditude  des  examens,  &  des  çhefs-d’oêuvres.  Âuffi 
ne  fais-je  aucun  doute  que  s’ils  vpuloient  bien  fe  contenter  du 
Métier  quhls  fçavent  ,&  particulièrement  de  faire  les  grandes 
operations ,  il  rî’ y.auroit  pas  dans  le  monde  de  Chirurgiens  plus 
dignes  d’eftime  5  car  je  ne  pafle  pas  pour  de  grands  Chirurgiens 
ceux  qui  £è  bornent  à  la  faignée  j  à  penfer  d.es  playes,  ôc  à  trai- 
/  ter  ces  maladics.dont  la  Gnirurgie  n’eft  pas  moins  friandeque 
la  chicane  l’eft  de  Decrets.  Car  comme  l’une  fait  fouvent  re¬ 
léguer  aux  pais  des  Decrets  &  des  Confignations,  des  hom-. 
mes 'quelle  auroit  pu  laifler  en  liberté  ,  l’autre  fait  venir  dans 
fes  infirmeries  des  melancholiques ,  qui  ne  font  fouvent  rien 
-  moins  que  ce  qu’ils  appréhendent  d’être  5  manege  dont  ellè  tire 
un  fi  grand  profit  que  certain  Chirurgien  fe  mettoit,  dit-on, 
k  genoux  devant  la  Statué  du  Roy  de  France  Charles  V I  IL 
pour  le  remercier  de  ce  que  fon  armée  a^oit  apporté  de  Na¬ 
ples  une  maladie  qui  mettoit  fa  famille  fiir  un  fort  bon  pied. 
En  effet ,  ces  belles  6c  grandes  Operations  delà  Chirurgie,  qui 
femblent  caracterifer  les  Chirurgiens  font  feules  capables  de 
les  rendre  égaux  aux  Chirons ,  aux  Podalires,  &  aux  Mâchons. 
Ainfi  ni  ces  Prêtres  ni  ces  Religieux  ,  qui  s’adonnent  à.  ce 
qu’il  y  a  de  commun  dans  la  Chirurgie,  ne  font  en  aucune 
maniéré  Chirurgiens  ,  bien  qu’ils  faflent  encore  les  Médecins 
en  tant  d’occafions.  Quoy  qu’il  en  foit,  il  eft  confiant  que  fi 
ces  Prêtres  6C  ces  Religieux  dérogent  à  la  noblefle  &  à  la  fain- 
teté  de  leur  Etat,  foüillant  des  mains  confacrées  aux  faintf 
Myfieres ,  &  les  occupant  à  la  cure  des  maladies  /aies  êc  hon4 
teufes,  il  n’en  efi  pas  de  même  de  nos  Chirurgiens,  ôc  qu’il 
n’y  a  rien  du  tout  que  d’honnête  dans  leur  miniftere  .  étant 
non  feulement  laïques ,  mais  étant  defiinez  pour  cela  6c  ap¬ 
prouvez  des  Médecins  6c  des  Magifirats.  En  effet,  un  Art  ne 


Troifiéme  Pmte,  Chap.  III.  xix 

peut-il  pas  être  noble  &  civil,  quoy  que  défendu  aux  Prêtres 
ôc  aux  Religieux  5  Pe  terme  même  de  méchanique,  dans  fa  vé¬ 
ritable,  figniScationV^  n’ayant  rien  de  fi  bas  &  de  fi  abjet,  que 
les  ignorans  fe  l’imaginent.  Car  au  refte,  fi  l’on  m’objecle  que 
des  Chirurgiens  ne  marchent  dans  les  ceremonies  publiques 
qu’à  la  tête  des  Artifans ,  à  caufe  de  l’operation  manuelle,  & 
que  les  Apotiquaires  marchent  avec  les  Marchands  j  je  répons 
pour  les  Chirurgiens  qu’ils  ont  des  avantages  bien  plus  confi- 
derables  que  cette  marche  ceremoniale  ,  partageant  avec  lés 
Médecins  l’honneur  de  la  conférence  ôc  confultation  dans  les 
maladies  externes  5  ce  qui  n’arrive  jamais  aux  Apoticaires ,  dont 
Poffice  fe  termine  à  la  préparation  des  remedes  que  les  uns  àc 
les  autres  ont  ordonnez. 

Chimrgi  flringe  feeufim 
ZiBorefque  tui  procédant  P harmacôptæ. 

Voila  le  pouvoir  &  le  Confulat  de  la  Medecine ,  le  devoir 
des  Chirurgiens,  &  ceîüy  des  Apoticaires.  Que  ceux-là  fe  fou- 
viennent  donc  que  les  Arabes  {e  trouvant  accablez  de  mala¬ 
dies,  furent  les  premiers  qui  leur  abandonnèrent  les  opera¬ 
tions  :  qu’ils  étoient  encore  Difciples  des  Médecins  comme  ils 
le  font  naturellerhent ,  obligez  de  faire  leurs  Cours  fous  ces 
Maîtres  devant  le  régné  de  faint  Loüis  j  que  ce  Roy  &  fes  fuc- 
cefleurs,  &  particulièrement  le  Roy  Jean,  les  fournit  aux  or¬ 
dres  &  aux  Loix  de  la  Faculté  de  Paris ,  ^  qu’ils  s’y  font  eux- 
mêmes  fournis,  comme  leurs  Ecoliers,  comparoifiant  tous  les 
ans  au  jour  de  faint  Luc  pour  rcnouveller  leur  ferment;  que 
le  Roy  Charles  VL  confirma  ces  Loix,  &  qu’ils  font  d’autant 
plus  obligez  de  fe  contenter  de  leur  fort,  fans  ufurper  ceque 
les  Médecins  fe  font  refervez  ,  que  leur  portion  eft  la  plus 
grade  &  la  plus  fertile  de  toutes  celles  de  la  terre  médicinale,.. 
les  renvoyant  au  furplus  à  la  Pharmacopée  d’Aufbourg,  aux  Sta¬ 
tuts  de  l’Ecole  de  Montpellier,  &  plus  particulièrement  à  ceux" 
de  celle  de  Paris,  outre  qu’ils  peuvent  encore  apprendre  quel  eft 
leur  devoir  àzm  la  Police  de  f  Art  de  Medecine  d' André  dit Breüilt 
oii  ceux  qui  ne  demandent  qu’à  choquer  leurs  Supérieurs,, 
trouveront  ce  qu’ils  font  originairement ,  &  une  idée  de  là  con¬ 
duite  qui  leur  a  été  infpirée  par  quelques  broüillons  du  fîeclc 
pafté  &  de  celuy-cy  ;  Ce  qui  a  làns  doute  obligé  quelque  Do- 
éleur,  qui  n’étoiepas  fort  content  de  cettecoadaitê,;  d’en  fai¬ 
re  ce  beau  portraur.- 


Hteronyfn.  Bard.  m 
Medic.gloria. 


Pag.  6A^.d£s  Statuts 
de  la  Faculté- 


XX 


EJJais  de  Medecine, 

Von  feut  faire,  état  meme  entre  les  concurrens 
Qm  viennent  à  Henvi  fi  mettre  fur  les  rangs 
De  ces  braves  Jurez^  que  le  ferment  oblige 
A  rendre  au  DoHorat  far  tout  hommage  lige  s 

four  être  grands  Clercs  ^  mais  grands  Clercs  non  lettrez^ 

Et  de  leur  fuffifance  aveuglément  outrez^ 

Ofent  faire  en  ficret  la  Letton  à  leurs  Maîtres: 

Eux  qu  il  faudroit  char^r  démords  ^  df  cheveJlreS) 

^lui  vont  les  décrier  fur  leur  cafacité 
Pour  ficoüer  le  joug  de  leur  autorité, 

Quatre  mots  ècorcbez^de  la  Langue  Gregeoifi 
Les  élevent  fur  eux  tout  au  moins  dune  toi  fi  j 
V enfleure  leur  donnant  cet  air  imferieux  y 
Qui  les  fait  honorer  du  nom  de  glorieux, 
Admirez^decesgenslafigefolitiquMy 
Et  le  tour  délicat  qui  les  met  en  fratique. 

Le  figpe  dtu  fatut-,  avec  le  Crucifix  ,  ,  . 

Entre  deux  chandeliers  fur  la  table  efi-il  mis  y 
Lors  que  les  a ccidens  f  orient  far  tout  le  trouble. 

Que  le  danger  allarme ,  ^  que  la  feur  redouble  | 

Ils  fe  garderont  bien  de  manquer,  au  refieci  y 
Et  de  rien  a  vancer  qui  ne  foit  de  leur  fait. 

Mais  lors  que  le  malade  efi  en  fleine  afiurance  y 
Qu  aucun  fuccès  douteux  fin  dejlin  ne  balance  i 
Toujours  le  fin  détour  y  toujours  le  contredit 
Auf  rés  du  patient  fait  valoir  leur  crédit.  .  \ 

Toujours  quelque  bon  mot  dans  l* entretien  s^échaffCy 
•^MvafrifirlabarbeaufrudentEfiulape. 

Entendez^les  farler  :  Çcç,\x 

Tromper  le  Médecin,  preferire  à  fon  infeeu. 

Ce  remede  excellent  que  le  bon  homme  ignore , 

Et  qu’à  Tes  beaux  ayis  nous  en  fuffions  encore , 

Quoy  qu’il  foit  honnête  homme  ,  &  que  j’eftimc  fortj  _ 
Je  le  dis,  entre  nous  :  Le  malade  étoit  mort, 

Cefi  un  échantillon  de  leurs  tours  de  fiuf  le  fie 
Ou  dam  foccafion  ils  montrent  leur  adre fie  y 
Et  qui  chez^le  Bmrgeois^,^  gens  de  bonne  foy 
Leur  fait  trouver  accès ,  ^  donner  de  l'emfloy  f 

Car  quant  aux  fages  ,  je  ne  prétens  fraper  fur  aucun,  non 


Troifime  Partie,  Chap.  IV.  xxj 

plus  que  le  fage  Médecin  Anglois  nommé  Jean  de  la  Coi¬ 
gnée,  dont  je  veux  bien  inferer  icy  la  proteftation  d’épargner 
les  fages  Miniftres  de  l’Arc ,  qu’il  fait  au  commencement  du 
Livre  qu’il  a  écrit  en  Anglois  touchant  les  Abus  de  la  Mé¬ 
decine. 

:^on  fetît  hacMeàiea  frayantes  Arte  Secuns 
27 ec  Medici  officio  qui  benè  funBui  erit, 

27on  ferit  infipies  chirurgos ,  nec  myropolas 
An  quib.  é' p.etas  funt  benè  jmBa  Jtmul, 


foann.  Securis  Qx»- 
nienf.  in  quAri 
mon.  Abuf.  Medi- 


C  H  A  P  I  T  R.  E  I  V  . 

Des  Jpoti^uaires, 

Le  terme  de  Pharmacie  eft  fort  vague  ,  &  fe  prend  comme 
tant  d’autres  en  bonne  &  en  mauvaife  part,  puifqu’il  h- 
gnirie  auffi-bien  cette  partie  de  la  Magie  qu’on  appelle  Noire, 
qu’une -des  parties  Anciliaates  de' la:  Médecine  dogmatique. 

Quant  au  terme  de  Pharmacien  &  d’Apociquaire ,  ils  ne  difFe-  v.suid^m  h  verks 

rent  gueres  que  dans  retymologie,  car  quant  à  la  fignificatibn, 

elle  eft  arbitraire  dans  les  Auteurs.  C’eft  ainfi  que  Pétrone  fe 

fert  de  Pharmam  .pour  fignifier  un  impofteur  j  mais  de  dire  oPharmace. 

Apothecarifisvitm  du  terme  Grec  *,  qui  n’eft  pas  fort  éloigné  *  •ùwTtùoat. 
de  la  fignihcatiôn  du  Pharmacus  àc  Pétrone  j  c’eft  ce  me  fem- 
ble  donner  la  gehenne  à  un  mot,  pour  luy  faire  dire  ce  qu’il 
n’eft  pas.  Pharmacie  eft  donc,  parlant  proprement ,  une  par¬ 
tie  de  là  Medecine,  qui  n’eft  guere  moins  ancienne  que  la 
Ghirurgie.  On  lit  dans  ce  que  Kirkerus  nous  adonné  pour  des 
fragmens  de  la  Prophétie  d’Enoch,  que  ceux  qu’on  appelloit 
dans  les  premiers  fiecles  Principes  mundi ^  enfeignerent  à  leurs 
femmes  &  à  leur  maîtrefles  la  connoiftance  &  l’ufage  des  aro> 
mats,  &  de  tontes  les  drogues  bonnes  6c  mauvaifès.  Homere 
parle  de  la  Pharmacie  en  tant  de  lieux ,  qu’on  conjecture  de 
là  qu  elle  étoit;déja  ên  ufage  long^temps  avant  le  hege  de  Troye: 
mais  ce  qui  luy  fait  bien  plus  d’honneLif  ,  eft  que  le  fils  de  Si~  Bcclefic.ji.  c.  3%. 
rach  la  regarde  comme  le  bras  droit  de  la  Medecine,  En  effet, 
avec  quelles  armes  le  Médecin  fera- t-il  la  guerre  aux  mala¬ 
dies,  s’il  fe  trouve  en  des  lieux  ou  il  n’y  a  ni  remedes  fîmples 
m  compofez  ?  Auffi  n’a-c-elle  été  feparéede  la  Medecine  que, 

c  iij 


xxij  EJfm  de  Médecine. 

In  quô  illc  tnede-  ^  car  CCS  hommes  qui  am affolent  des  (impies  pour  Yn 

bitur  fi  locis  con-  p  jnyrJ  -  o  -i  >  •  ^  f'Jui  i  q, 

tiugat  Pharmaco-  des  Medecms,  &  qui  les  preparoienc  groffiercment,  n’é- 
poiis,Cârentib.  ar-  toîenc  pas  encorcdu  temps  d’Hippocrate ,  ce  que  nos  Apoticai- 
'vSbST^diuTce-  depuis.  Les  Médecins  mêmes  ne  connurent  qu’iml 

iemnx  in  Prifat.  parfaitement  les  remedes  qui  fe  tiroient  des  animaux  &  des  mi- 
mfior. Plant.  neraux,  jufques  au  temps  de  Diofeoride,  in  Principe 

Sch.oiiajies  Homeri  à  faucarümfuït  herboTum.  C’eft  pourquoy  les  Médecins  voyans  que 
Simc.Mat.  Medecine  étoit  d’une  trop  grande  étendue ,  fou  (Frirent  en¬ 

fin  qu’il  y  eut  des  hommes  qui  s’employalTent  fous  leur  direction 
&  conduite,;  non  feulement  à  la  recherche  des  medicamens, 
mais  encore  à  la  préparation  &  au  mélange.  Mais  qu’eft-il  en¬ 
fin  arrivé  de  ce  miniftere  autorifé  par  les  Magiftrats ,  &;  par  le 
confentement  des  Médecins  f  Les  affranchis  ont  voulu  prendre 
Toc  fetvi,  tôt  ho-  la  place  des  Patrons ,  Bixiêi  non  fervïàm..  Carquoy  que  les  Apo. 
^  ticaires  puiffent  dire ,  ils  n’ont  aucun  Livre  de  leur  Métier  non 

plus  que  les  Chirurgiens  ,  qui  n’aij:  été  compofé  par  unMedê- 
ein  ou  plufîeurs:  &:  s’il  s’en  trouve  quelqu’un  fous  leur  nom  ce 
,  n’eftque  Rapfodie,chou  remâché5&  barbarifme.C’eft  donepour 

cela  qu’ils  font  obligez  de  reconnoîcre  les  Médecins- pour  leurs 
Supérieurs  êc  Précepteurs  ne  tenant  que  de  leur  fond  &  de 
leur  bonté  tout  ce  qu’ils  ont &  tout  ce  qu’ils  font.  Cela  cft 
(i  vray ,  que  les  Loix  civiles  y  (ont  formelles  ,&  que  les  Magir 
ffrats  d’AufDourg  &  dc.plufieurs  autres  Villes  d’Allemagne,. 
d’Italie  &  d’Eïpagne  tiennent  la  main  à  l’execution  de  ces 
Loix.  Et  fi  les  Ordonnances  que  Les  Rois- de;  France  ont  fai¬ 
tes  à  même  fin  ne  s’exécutent  pas  fort  ponduellcment ,  c’eff  la 
négligence  des  Miniftres  de  la  Juftice,  ou  la  pufillanimité  des 
Médecins  qui  en  font  la  caufe.  l3e  1  à  vientouc  la  plufpart  des 
Apoticaires,  foin  de  fc  contenir  dans  leur  devoir veulent  m ar¬ 
cher  fur  lés  talons  des  Médecins  ,  faifanî  la  Medecîneavec  in- 
folence ,  quoy  qu’avec  bien  moins  de  capacité  que  les  Chirur¬ 
giens.  Car  fi  on  Voufoit  examiner  le  mérité  de  la  plufpart  de  ces 
Artiftes,on  feroit  étonné  de  voir  que  de  pauvres  garçons,, 
fouvent  fans  efprit ,  fans  étude  ny  application  ,  après  avoir  foie 
un  apprenrifiage  tel  qu’il  vous  plaira,  ôc  battu  un  peu  la  cala¬ 
bre  ,  entrent  dans  la  Maîtrife  par  les  feules  voyes  de  la  patien- 
laéhimdc  Nicofes'.  Gc  &  de  la  dépenfe,.  comme  on  le  peut  voir  dans  le  Eaffuna 
du;Ruifie^  contre  qui  a  tant  douné  de  jour  à  cette  vérité,  &  dedivertiffement  aux. 
ci4es°SarL^  Gurieux  d’Ouvrages  comiqües.  Ainfi  l'argent  &  les  ceremonies. 

ne  leur  ont  pas.  fi-tôt  donné  permiifioii  de  lever  Boutique ,  quq 


TroiJtémeVdrtk.  xxiij 

fans  fé  mettre  en  peine  combien  il  faut  de  temps  &  d’étude 
pour  faire  un  bon  Apoticaire,  ils  ne  penfent  qu’à  faire  les  Mé¬ 
decins-  C’eft  pourquoy  un  fçavant  Médecin  du  fiecle  pafle  par¬ 
iant  des  Abus  qu’ils  commettent  ordinairement,  ne  les  appelle 
pas  l'eulement  les  Singes  de  la  Médecine,  mais  des  Canonises \ 
les  renvoyant  ou  aux  Canons  de  Mefuc,  ou  i  ceux  de  leurs 
Seringues,  fiior  ultra  mÿidam  é'  Pbarmacofœus  extra  fi- 
xidem. 

autres  S(^avans  en  l'Art  de  donner  des  clyfteres , 
pont  valoir  le  talent  par  de  fecrets  myjleres , 

Ordonnent  de  leur  chef  four  malades  &  Jains^ 

Et  pour  Savoir  fongè  deviennent  JAedeems  ; 

Controlient  ^  [ans  refpeB -,  avec  outre cuidancé 
Des  fîtes  yraves  Doîleurs  là  [(gavante  Ordonnances 
Kenverfent  leurs  avis ,  méprifent  leurs  Statuts , 

Et  dans  l'occajton  i  en  font  les  Subfiiiutss 
Perfuadant  les  gens  quils  font  fort  inutiles , 

^4' eux ,  fans  d'autres  fecours ,  ne  font  que  trop  habiles. 

Et  fi  l'on  les  en  croit  le  Juliep  èpijféy 
Entre  les  Recipex^aâroitement  gliffé , 

Ou  du  fin  Cordial  une  dofe  en  bouteille  y 
De  votre  guerifon  aura  fait  la  merveille. 

Ainfi  tout  s*y  faifant  contre  le  droit  des  Cens 
On  efi  pis  qtlen  un  bois,  ou  parmi  les  Sergens^ 

Et  lufurpation  de  ces  Aides-dpffice 
Fait  que  le  Médecin  gele  dans  l'exercice. 

Mais  parce  que  je  fuis  perfuadé  que  ni  tous  les  Chirurgiens 
ni  tous  les  Apôdeaires  ne  font  pas  compris  dans  les  deferiptions 
que  ce  Poète  en  fait  ,  je  veux  bien  ajouter  icy  cette ÿeftridion 
qu’il  a  faite  en  faveur  des  fages, 

pour  garder  k  chacun  le  droit  l équité  ^ 

Et  ne  dire  icy  rien  contre  U  vérité  ^ 

Tous  ne  font  pas  moulex^fur  ce  mauvais  modèle, 
flufieurs  peuvent  fouffrir  la  touche  ^  la  coupelle  r 
Elabiles  dans  leur  Art  ,  d ailleurs  honnêtes  gens  ^  '  ^ 

Et  qui  fqavent  bien  vivre  avecque  les  vivans.  -  ^ 

Ils  fçavene  en  ufer  avec  ta  déference  "  ' 

Qdd  des  efprits  bien  faits  infpire  la  fcience  i 
Semblables  k  lé  fi  qui  porte  le  bon  grain 
Qtlon  voit  plus  s  ah aijfer  plus  il  fi  trouve  plein. 


Lifeg.  Baventi»des 
abus  des  Apoiicai^ 
tes. 


xxiv  Jldedecine, 

Mais  f  voüî  en  tïçuvex^doin  U  fage  conduite 
T  or  ce  les  envieuK  d' honorer  leur  mérité , 

■  -  .  Et  louer  leur  vertu  ;  vous  en  trouver^  aujjî 

ZJn  bon  nombre  de  tels  que  je  les  peins  icy,  ' 

Cefi  4  ceux-^cy  pourtant  quil  faut  qu  on  s'abandonne , 

Contre  les  étrangers  on  fe  précautionne. 

r.  Primerof.  1 1.  de  Car  au  rcflc  je  n’ay  garde  de  rapporter  icy  tout  ce  que  de  Tça- 
-vtdgi errortbyn Me-  M^îdeciiis  de  divers  Païs  ont  dit  de  defoblip-cant ,  quov 

■  que  véritable ,  contre  les  ignorans  5C  les  temeraires ,  qui  pal- - 

SZ7eG.'patin.  Pcnt  de  leurs  mortiers  k  de  leursboëtes  à  la  cure  des. maladies, 
dont  ils  ne  fçayent'pàs  mêmes  les  noms.  Qu’ils  apprennent 
.  donc  qu’ils  ne  Ibnt  rien  autre  cbofe  que  des  Apoticaires ,  Mar¬ 
chands  )  Droguiftes,  Epiciers,  Grodiers,  Aromataires:  qu’il  eft 
de  leur  devoir  de  s’en  tenir  à  leur  Art  &;  à  leurs  Boutiques, 
où  ils  doivent  avoir  foin  de  ne  rien  tenir  que  de  bon  &  de  bien 
conditionné  5  précepte  qui  les  mene  loin ,  fî  on  y  joint  celuy  de 
>  ne  rien  donner  de  confequence  fans  Ordonnance  du  Médecin. 

Q^ils  (cachent  encore  qu’ils  ne  doivent  faire  aucun  profit  in- 
juite,  exceflîf  &  tortionnaire  >  &  qu’enfin  ce  n’eft  pas  à  eux  à 
parler  fur  les  maladies  ,  de  quelque  nature  qu’elles  foient.  Que 
leur  expérience  ,  s’ils  s’en  piquent cil;  une  expérience  fans  ex¬ 
périence,  fauffe  &  trompeufe  , que  les  Gafuiftes  &:les  Loix 
civiles  les  condamnent,  s’ils  ofent  forcir  de  leur  fphere.  Gar,. 
combien  en  voyons-nous  qui  veulent  faire  feüls  les  Médecins 
'  en  des  occafions ,  où  les  habiles  êc  eonfeientieox  Médecins  ap¬ 
pellent  du  confeil,  qtioy  qu’ils  ne  fçaehenc  pas  même  la  con- 
ftrudion  de  la  plus  fimple  Ordonnance?  De,  li  viennent  les 
horribles  dont  on  a  tant  ven  de  fuites  funeft es  5  té-" 

Srm?ES/»iT  entre  une  infinité,  d’autres,,  celuy  qui  ayant  lu.  Philoniif- 
inchihÀb.  "  ^  pour  fl&uno  ,  fit  dormir  le  malade  bien  loin  au  delà  du  fom-. 

meil  d’Epimonides ,  puifqu’il  dort  encore.  Car  quant  à  celuy 
Ce  font  les  boutons  qui  prit  pour  dcs  ycux  dc  pcndu ,  &  auricula  mûrit 

pelpLr!  oreilles  de  fourisj  êc  à  celuy  même  qui  donna  au 

U  faceüis  Bebeiia-  vieillard  le  DiafatÿrioD  ,  quc  le  Medcciu  avoit  ordonné  pouf 
un  jeune  marié ,  &  la  medeeine  laxative  préparée  pour  le  Vieil¬ 
lard  au  jeune  homme  ,  les  fuites  de  ces  beveuës  eurent  plus  de" 
comique  que  de  tragio.uc.  Cependant,  de  quelles  confequen- 
ees  ne  peuvent  point  être  ces  méprifes ,  particulièrement  quand 
elles  font  caufées  ou  par  la  vanité,  ou  par  la  mauvalfe  foy  de' 
1  Apoticaire  ?  témoin  ce  que  nous  en  apprend  Laurent  jouberc,’ 

.  digne'' 


Troîjiéme  Pmie.  Chap.  I V.  xxv 

digne  Chancelier  de  la  Faculté  de  Montpellier.  Un  Apoticai- 
re,  dit-il,  portant  des  parties  à  un  convalefccnt  de  qualité ,  & 
homme  de  bon  fens,  luy  voulut  faire  valoir,  comme  un  grand 
fervice,  la  corredion  des  Ordonnances  du  Médecin  qui  l’avoic 
traité ,  difantque  s’il  les  eût  fuivics  ponducllement  il  en  fcroit 
indubitablement  mort.  Mais  bien  loin  que  ce  convalefcent  luy 
en  fceût  gré,  il  luy  répondit:  Et  c’eft  pour  cela  mon  ami  que 
je  m’étonne  que  je  ne  fai^  mort.  G’clî:  aflPez  que  vous  foyez 
tombé  d’accord  de  cette  conduite,  pour  avifer  avec  mon  con- 
feil,  fi  je  dois  vous  payer  ces  parties  ,  &  fi  je  ne  vous  demande- 
ray  point  en  Jufticc  les  dommages  &  intercfts  que  de  raifon 
pour  cette  témérité,  ôc  pour  ce  mépris  des  ordres  de  mon  Mé¬ 
decin.  L’ignorance  de  ceiuy  qui  ne  voulut  jamais  appliquer  à 
la  région  des  vertebres  du  dos  un  Topique  ordonne  par  un  Mé¬ 
decin  pour  une  maladie  d’eftomach ,  eft  moins  à  blâmer  à  la 
vérité  que  l’infolencede  F Apoticaire  de  Montpellier  j  mais  cela 
ne  laifle  pas  d*être  fort  fot ,  &  de  faire  voir  combien  cet  Apo- 
ticaire  etoit  ignorant  dans  1  Anatomie.  Je  ne  fçay  fi  c’eft  un 
conte  pour  rire ,  mais  on  dit  qu’un  Ecolier  en  Droit  ayant  de¬ 
mandé  à  un  Apoticairé  s’il  avoit  du  familta  hemfcunda  y  ^ 
rApotiquaire  luy  ayant  répondu,  tout  étonné,  qu’il  n*en  avoit 
pas,  l’Ecolier  luy  demanda  encore  s’il  avoit  du  finium  rigundo- 
mm ,  à  quoy  il  répondit  pour  fortir  d’affaire ,  &,pour  be  pas  pa¬ 
roi  tre  mal  foui^i,  qu’il  en  avoit  encore  le  jour  précèdent  ,  mais 
qu’il  l’a  voit  vendu  ce  jour  là. ,  P  allé  pour  cela;  mais  à  qui  fc 
trouveroit  en  la  place  d’un  pauvre  jeune  homme  nommé  Man^^^ 
lias  dans  Galien,  il  n’y  auroit  pas  à  rire,  puirqu’un  Apoticairé 
luy  ferra  tellement  le  front  d’un  bandage  que  les  yeux  Itty  en 
tombèrent  de  la  tête.  Il  en  eft  de  même  de  cet  Apoticairé  de 
Londres ,  qui  donna  du  mercure  fublimé  pour  du  mercure  doux- 
à  un  homme  qui  en  mourut  pitoyablement  5  car  pour  ceiuy  qui 
debitoit  l’emplâtre  Oxicroceum  y  fine  Croco  y  le  coupv  n’étoit  pas 
mortel ,  quoy  qu’il  fift  en  cela  une  friponnerie.  C’eft  donc  pour 
les  Apoticaires  particulièrement  l’Oracle  fimhle  avoir  parUy 
dit  le  dofte  Simon  Fanlli,  quandHadit:  Cônnois-toy  toy- 
Toutes  leurs  fautes  n  étant  qu  une  fuite  de  cédés  qu  ils  font  y 
manque  de  penfer  à  ce  grand  précepte  ,.pourquoy  ne  pas  écrire  dans  leurs 
Boutiques  en  gros  carrières  ,  cette  fentencedu  Tmple  de  Delphes  (  car 
un  homme  de  bon  fens  y.  ér  qui  a  de  la  confcience  y.  ne  s  avi fera  jamais 
de  donner  un  grand  remede  y  jel  qdefi  la  purgation ,  fi  ce  rt  efi  dans  une 


Tsijfertafîon  Àngloi- 
fe  touchant  les  Abus- 
que  lés  jSpoticains 
commettent  dans  l» 
préparation  des  Kè- 
medes  à  Lendies 
1660. 

Simon  FauHi  Ar- 
chiater  Regis  Danu^ 
in  §}uadnpartuo 
Botanico. 


preffant0  Tiecejjîtè:.  'Qpmbiefi  ahommej  ont  .ferdu;^  la  vk ,  bu  du  mo ms 
font,  tomber,  dans  de,  ^andes,extremite\y  far  U  témérité  de  certains 
Jlfoticaires  ^  de  certains  chirurgiens.  qui  font  f  feu,  de  cas  de  U 
^  vie  d'autruy  qùils  la  haz^dent  four  une  Pâuk  ou  four  une  Tablette 
lilc  qui  non  eft  dont  jls  Veulent  avoir  le Àe bit  à  quelque  frix  que  ce  fait,.  Gar  enSn 
^ïhaterrmeàl-  auroient,  .cux.  &  toLis  lcs  Empiriques,  les  meilleurs,  re- 

camentum,namiiic  medes  de  la  Medecinc,  eft-on  Eciiyer  pour  avoir  un  chevaEvi- 
qui  habet  perdit,  goureux,  ôc  habile  Anifan  pour  avoir  en  main  les  inftrumens; 
uti  débet,  chryfofi.  &  ks  materiaux  de  quelque  mecier  ?  D.e  plus i  prekrjre  &  exe^ 
Abfurdüm  fit  fi  cuter  font-ce-.  pas  des  ckofes  bien  differentes  >  Lesi. fonctions  de 
la  têtc  &  cellcs  du.bras  fontr elles  les  mêmesf?  Ee;  Pilote  &  le 
officia  ,&  aiii  cre-  Mâtclot,  Ic  Manœuvrc  &  P  Architecle ,  le  Magiftrat  &  l’Huif- 
ÿtum  abus  fubtra-  figj- n^ârchent-ils  fur  le  même  pied  ?  Sera-t-il  donc  permis  à  cha- 
capte  de  Tefimenu  cun  de  :ie  icrvir  de  ce:  qu;4l  a  en  main ,  lous  pnetexter  qp  il  le 
cioit  propre  à'  fa  En  ,'êc  particulièrement;  dans  la  Medecine,  pen¬ 
dant  que  la  Pbliceife  fait  avec  tant  dé  régularité  à  îrégarddcs 
Arcs  les  plus  méchaniques  ?  Âinfi,  les  Apoticairés  qui  ont  aïTez 
'  à;quoÿ-s‘ôccuper  dans  le  choix  de  dans  le  mélange  des  vege.-* 
taux,  des  animaux  ,  &:  des  minéraux,  pourront-ils  en  confeien-, 
cé  florcir  de  leur' Spher'ef  &^raiteTi  dés  maladies  qui 'lurpaiïcnE 
autamr.  leur'  con noilîànce:,.:  que;  Pincerpretatioii  des  Poix  6^  la 
;  .  .  décifion  des  points difficiiés  furpaffenc  celle  du. Procureiir  Ôc  de 

'i  i’Hiiiffier  ?  Gar  quant  à- ce  qui  Içs  intereffe,  fuppofe  que  la 
Pharmacieffût  bien  moinslucrative  que  la  Ghirurgie,  &  qu’un 
-  M.  Fleucarit  ne  fât ’pasmn  hdhimei^r?2^^a^; 

il  ne:ieroit  pasijuffe^pourcék  qué  Jes'Apodcairesfè 
dédommageaffent  de  ceunalheurjfar  les:  malades  qui  tombent 
'  I  entre  leurs  mains  sau  contraire* Pétat-pitoyable  où  ils  font  alors 
^  les  devroit  porter  à  iacompaffion  j  carùu.reffe  h  les  profits  dé 
la  Pharmacie  ne  font  plus  lii grands  xpu  autrefois  ,  c  eft  . la  cher¬ 
té  de  leurs  remedes  le  .peu  jde  refpeCl:  qu’ils  ont  eu  pour 
leurs  Supérieurs,  qui  ont  obligé  les  Médecins  6c  lcs' malades  à 
fe  pafter  d’eux.  Pour. les  gens  qui-ont  la  foy  tendre,  &  qui  ne 
laiftent  pas  d’écouter  leurs  dilcours  &  leurs  promeiles,  il  faut 
leur  apprendre  qu’il  y.a;  bien  a  dire  entré  promettre  &  faire,  &: 
.  que  parler  n’eft  pasù:aif0iiner,  quoy  qu’il  s’en  trouve  d’ allez 
temeraires  pour  promettre  même  ce  qui  eft  impoffibie  à  la  Mé¬ 
decine,  aimant  mieux  voir  périr  le.  malade  ,  pourveu  que  ce 
foit  dans  rufagede  leurs  drogues,. que  d’avoüer  la  vérité  , 
que  de  quitter  la  proye  qu’ils  ont  onglée.  A  quoy  j’ajoûteray 


T roifème  Vakh.  Chapitre  V.  stxy ij 

encore  au  füjet  de  la  cupidité  de  ces  Medecins  Canoniftes , 
que  fl  le  raifonnemenc  de  la-pltîfpart  dès 'GHirùfgfô^^  opinans 
avec  des  Médecins ,  n’eft  pas  foré  grande  chofès  il  feroit  beau 
voir  un  raifonhement  PhannâGien  s’ils  le  faifoieiit  en  publid"6c 
devant  de  bons  Juges;  Car  comme  tout  leur  manège  ne  fé'faic 
que  devant  des  ignorans,  ou  des  gens  pitoyablement  prévenus, 
ils  parlent  toujours  à  bon  compte ,  entalTant ,  au  refie  -,  fl  on  les 
laide  faire ,  medecine  fur  medecinè^jüillep  fur  jui 
quès  à  cé  que  le  malade  foiî  mdr-r du- guéri;  (^ant  af  lint^^^^ 
du  rnaladey  il  eft  bon  qu'ôn^fçâchê -qu’en  lezinant 
vîfites  de  Médecins  ,  que  rApotIcaire  femble  luy  fauver'  c’eft 
juftement  ce  qu’on  appelle  amaffef  pdurdifÈper  ,  la  plufpart  de 
ces  Meffieurs  là  néntf  ans  jamais  -chez  lés  malades  qnànd^ 
fdntpâs  éclairez  d’uh-Medecin  fîdelIeWôpnfcîèntieuXj  fahs^ 
^pOrteriquèlqués  femedes  qui  fe-trouvent,  tous  fur  les  paitléà,^ 
dont  le  prix  vabien  au  de-là  de  ce  qu  on  adroit  donné  à  un  habile 
Médecin ,  quoy  que  les  remedes  ne  foient  fouvent  que  ce  qu’on  - 

appelle  d es- amufemens  ôc  des^  cdlifichèts  de  1* Art ,  qui  a  fa  ba¬ 
gatelle  &  -fon  clinquant  comme  tous  lés  autres  Artsy  Ad 
‘JumPhalerasiPmpofumrèmediorum  chaos  y  '^ïndi^fins,  a  cervus ,  - 
pretiofà  Àîrüs:(^  artifaum  fcandala  ,  fuci  fuibtis  Medicina  virgo  non 
indiget,  ''  ;  '  •  '  ’  '  ■  - 

C  H  A  P  I  T  R  E  '  V.  ' 

Des  S agès^  femmes,  - 

QVoy' que  la  grofTeffe  Sc  raccoüchèrncht  ;  confiderer  fim- 

plemeht ,  foient  dés  chofes  haturèllés  5  lés  àcci  dens  qui  les  zachm  t.  2. 

àccjmpâgnent  &'qùi  iesdtiivént  font  de  fogfah'de  confequen- 
ce,  qu’on  les  doit  regarder  comme  des  maladies  qui  ont  befoijj 
des  Miniflres  &  des  remedes  de  la  .Médecine.,  On  accouche 
avant  le  temps  ordinaire,  &rnêtne  de  joyeydé  criftcfïe,dé;rire, 
de  toufïer,  &  fi  l’on, en  croit. Pline' spar  un  fimplè  bàaillément.  l.  7.  c.  7. 

Mais  comme  il  n’y  a  rien  noh  feulementde  fi  indiffèrent;,  mai 
même  de  fi  innocent  &:  de  fi  honnête  dans  les  fon étions  natu-  _ 
relies,  que  là  critique  &  l’humeur  chagrine  ne  ptiifiént  înfnb 
ter  j  ces  innocens  efforts  que  font  la  mere  ôc  Penfant ,  celle-là 
-  pour  fe  décharger  d’un  pefant  fardeau  ,  Sc  ccluv-cy  pour  foftir 

d  ij 


t.lt. 


Gm/t.  îî.  38. 

Ihi49 


.  L.  tj.  c.  7» 


ff,  devant!  infp- 
dend. 

Ovid.  Metamf  i, 
Odif  4. 


Sccrateim  Theteta. 


xxyiij  EJJkîs  de  Jidedecine, 

d’une  iongyc  prifon ,  n’oncpas  moins  été  attaquez  par  des  gens 
,  de  mauvaife  humeur,  que  les  charitables  mains  qu’on  leur  tend 
pour  les  fecourir  j  car  pour  commencer  par  ces ‘mains  bien-fai- 
lantes  Sc  charitables ,  Pline  a  fî  peu  d’cftime  pour  les  Sages-Fem¬ 
mes,  qu’il  les  fait  marcher  prefque  fur  le  pied  de  celles  qui 
méritent  le  moins  le  nom  de  Sages.  Cependant  n’en  voyons- 
nous  pas  qui  ont  des  places  honorables  non  feulement  dans  les 
Hiftoircs  profanes ,  mais  encore  dans  les  Livres  facrez  du  peu¬ 
ple  de  Dieu  ?  Ne  parlent-elles  pas  dans  ces,  Livres  d’un  air 
d’autorité  &  de  confiance  fur  les  accpuchemens  de  Rachcl  & 
de  Thamàr,  &  encore  plus  jprecifément  dans  les  réponfés  des 
.  illuftres  Sephora\&  Phua,  où  elles  ne  paroifTent pas  moins  re- 
,^lujës  que  confcientieufes  ?  Leur  Art  ,  difent  elles ,  eft  fi  necef- 
faire,  que  toutes  les  femn^  des  Hcbreux  y  font  fçavantcs: 
ÿdais  qui  doute  qu’il  ne,C3it  encore  des  plus  honnêtes  ^  puifque 
Job  ne  dédaigne  pas  Içs  comparaifons  tirées  du  Métier ,  quand 
il  eft  queftion  de  marquer  la  puîfTance  dé  Dieu,  Et  obfietricante 
manu  ejus  eàuBus  eflxomber  tortuofp  ?  Auiîî. voyons-nous  que  l’ An¬ 
tiquité  Payenne  a  tant  eu  de  conhderation  pour  elles,  que Pl> 
rqç  meme  donne  en  particulier  de  grandes  loüanges  à  une  So- 
jtyra  ôc  à  une  Salpé  :  que  le  Sénat  d’ Athènes  leur  accorde  de 
grands  Privilèges ,  en  confideration  de  la  fage  Agnodice  :  que 
Théodore  Priieien,  grand  Médecin  dédie  fts  Ouvrages  aune 
,  &'  qu  enfin  elles  font  appellées  dans  le  Droit 
Artis  frohata  ^  fidai.  Car  h  nous  voulons  remonter  encore 
plus  haut,  &dc  là  defcéndre  au  détail  des  fages  Matrones  de 
l’Antiquité  3  ne  trou veronsr nous  pas  une  Ocirrhoe  fillede  Chi- 
ron,  une  Polidamné  femme  de  Teréc  l’Egyptien,  3c  une  Pha- 
jacrete  mere  de  Socrate,  qui  font  ce  Métier  >  de  forte  qu’on  ne 
Aoit  pas  douter  que  ce  ne  foit  pour  faire  honneur  à  la  Proféf* 
fton  de  cçccç  derniere ,  que  ce  grand  Maître  de  la  fageffe  fe 
compare  à  une  Sag^-Femme,  quand  il  difpofe  les  enfans  à  la 
produftion  Sç  exercice  des  vertus  morales.  Il  introduit  même 
dans  cette  veuë  le  grand  Hippocrate»  tenant  des  difeours  fort 
à  l’avantage  de  ces  Femmes- là.  Elles  y  paroiffent  avec  autant 
de  force  de  tête,  qu’elles  en  ©nt  dans  les  bras  ;  elles  y  font  les 
mariages  :  elles  tâchent  d’aparier  les  parties ,  en  forte  qu’elles 
ne  foientpas  inutiles  à  la  République,  3c  qu’elles  n’ayent.pas 
fujet  d’être  mécontentes  les  unes  des  autres  5  précaution  &  ce,- 
remonie  dont  on  auroit  grand  befoin  à  prefent.  Ainfî  comme 


chapitre  V.  xxix 

elles  ëtoient  bien  plus  habiles  en  ce  temps-là  qu’elles  ne  font 
de  notre  temps  en  bien  des  Fais ,  il  ne  faut  pas  s’étonner  Ci  el¬ 
les  écoient  alors  plus  conGderées  qu’elles  ne  le  font  aujourd’huy. 
Il  feroic  donc  fort  expédient  pour  le  bien  public ,  qu’elles  fuf- 
fent  dans  toute  la  France  telles  qu’elles  font  ,  à  Paris  &  dans 
toute  i’Efpagne,  ou  elles  affiffcent  aux  dilTedions  des  corps  de 
femmes  que  Fon  fait  dans  les  Ecoles,  &  qu’elles  fulTent  exa¬ 
minées  comme  on  les  examine  à  Copenhaguen,  ou 'elles  pren¬ 
nent  Leçon  des  Anatomiftes  avant  que  d’être  admifes  à  l’exer¬ 
cice  de  leuï  Métier. 

Quant  à  ce  que  certains  heretiques  s’imaginoient  de  hon¬ 
teux  dans  l’accouchement,  l’appellanc  Contumeùam,  les  Payens 
même  leur  fermoient  la  bouche.  Les  productions  de  Jupiter, 
Pailas  qui  fort  de  la  tête  de  ce  fouverain  des  Dieux  ,  Sc  Bac- 
chus  qui  fort  de  facuilTe ,  font-ce  pas  des  rayfteres  de  Religion 
ou  d’Etat,  qui  font  honneur  aux  accouchemens  ?  C’eft  pour- 
quoy  Junon,  toute  femme  &  fœur  qu’elle  eft  de  Jupiter,  veut 
bien  être  encore  Lucine,  &  réputée  mere  des  enfins  qui  vien¬ 
nent  au  jour,  fe  trouvant  à  toutes  les  couches  où  elle  eft  la  Par- 
,  &  même  la  Poftuerfa  de  Yarron,  prefidant  aufli-bien  aux 
iaceouchemens  contre  nature,  qu’à  ceux  qui  font  naturels. 

Rite  maturoi  aperire  ÿartùs 

Levis  Ilîthia  tuere  matres  ^  / 

,  Sive  tu  Zucina  frohas  vocarit 
feu  Genitalis. 

Diva  froâüCAS  fobolem  patruiTups 
Profperes  décréta ,  fuper  jugandii 
Fœminis  i  prslifque  ferac^ 

Lege  marita, 

C’eft  ainft  que  les  Poètes  la  mettent  dans  les  ruelles  des  fem¬ 
mes  enceintes ,  comme  le  plus  pfomt  fecours  qu  elles  puiftent 
efpcrer. 

Zenis  ades  precihufque  fave  Lucina  pueüa , 

Digna  es  quam  jubeas ,  muneris  effe  tui. 

En  effet ,  elles  en  ont  un  Ci  grand  befoin ,  que  Medée  fait 
cet  aveu  chez  un  Poète. 

27 am  ter  fitb  armis  malim  vitam  cernerez 
Qt^am  femel  modo  farere. 

Enfin  l’on  fait  aes  vœux  non  feulement  à  la  Genita  Mana^ 
à  Y Eugenia ,  Si  à  la  Fluonia ,  mais  encore  au  D^u  Ntaîus  ^  dans 


Hoym.  m  /Acukrt 
Cftrmmet 


Utdu  Em-~ 
pid. 


XXX  ÉJfah  de  Médecine', 

le  temps  des  accouchcmens.  La  fage  Antiquité  n’a  donc  rien 

veu  que  de  venerable  dans  les  accouchemens ,  quelques  labo- 


.  rieux  qu’ils  fulTcnt  j  car 
des  Familles  3 


outre  qu 


ils  font  la  colomne  ôc  l’ 


àppuy 


Statius  4  Sthar. 
ad 


Z=  de  Anima  é' 
contra  Marcion. 


ReBè  fündajîi  vacuos  fenatei^^  -  - 

O  diem  Utum  venit  ecce  nobis ,  • 

Maximuâ  âlter.  ■  '  ,  ' 

Il  y  a  même  ,  félon  quelques-uns ,  du  miraculeux, 

CmBa  puer ferio  cedant  miracula  mundi.  - 

Jnfans  quo  referdt  claufira  pudenda  matris. 

Mais  que  ferc  d’allegiier  les  Payens ,  puifque  l’  Ecriture  faim 
-te  eft  remplie  de  faints  ôc  de  mylliques  aceouehernenÿ ,  Impie- 
ti  junt  dies  quibus  panreti  Ante  omnes  co-ües  f  arturiebar^  ^  c^^^ 

:  dédaigne  pas  même  de  particularifer  les  moriftmeux;  Melm 
fuiffet  Jî  natus  non  füijfet.  Concepit'dolorem  éf  feperit  iniquimem, 
Ainfiquoy  que  veulent  dire  les  Marcionites  des  accoüchemenSÿ 
Tertullien  nous  reprefente  la  feené  &  Eacl;ion  ,Gomme  dèsxho- 
fes  non  feülement  dignes  d  admiration ,  mais  qui  oïït’dé  irfain- 
teté.  Afpice_  viverites  uterorfdnBiSdmârum  fœmi'harüm\  nee  niodo  fpi- 
ï antes  in  illis  infantes  iVerurfi  frophetàntes.  SanHiffzmd  natuld  opéra ^ 
Coniidèrez  ces  pitoyables  efforcsiaufquers 
tous  les  hommes  doivent  Iz  i  Mulieris  enitentts  pudorem,  vel 
Qbs  earüm  non  jpro  pericuto  honoraudum  y  fw  natuld  Réligiofum\  &  voyez  s’il  y 
^  autre  chofe  que  d’humain  &  dé  charitable  dans  ce  qui  s’ypat 
tres  præftant  pro-  fc  ,  &  daus  Ics  offices  qu^oii  y  rcud.  Car  que  peut-on  fe  figu- 
Fum  charitable  quc  dc  délivrer  un  pauvre  petit  criminel, 

beroWm  procréa-  d’une  coi'de  qui  luy  celnt  lêcou  ,  6i  qtii  rattache  par  le  milieu  du 
corps,  en  un  Heu  de  tenebres&d’ horreur  ?  Qiioy  déplus  hu- 
main,  que  de  nettoyér  fa  bouche  falie-'ô:  fermée  par  un  vilain 
excrement  ? .  Combieh  y  a-t-iî  d’honnêtes  gens  tuiles-  à  l’Eglifey 
a  l’Etat  &  à  leurs  familles,  qui  ne  feroient  jamais  venus  au 
Paerperæ mortem  monde  ?  ^î^ajîâe  Utero  trajlati  ad  tumulum\Ç\  une  rdain  bien  fai- 
ftentcÏÏ'ïient”  fapte  Ôc  adroite  ne  leur  eh  avoir  facilité  &  qiivert  l’entrée, 

zeo  impratsr,  Puis  doDc  qüe  le 'fuccés  des  accouéhemens 'dépend  tellement 

de  1  adréfîe  &  de  la  pratique  des  Sages-Femmes  ,  que  même 
Efculape ,  interrogé  fur  cette  matière  ,  avoué  qu’il  n’y  entend 
Tirttq^  dtnobiUme  ticn^  &qiie  le  grand  Hipocrare* renvoyé  les  femmes  groflesauX 
*i^deïeZ'm^'irio  ^^mmes  qiîi  ont  du  jugement  &  de  la  pratique  dans  cet  cm- 
^anu.  ^  m  étoniie  pas  que  quelques  aticiens  Lfegiflateufs'  t  SC 


Troijtmê  Partie,  Ghap.  V.  xxx-j; 

lûême  quelques  Jarnconilikes  modernes  leur  ayent  été  fi  fa- 
yofables. 

Mais  quant  à  ce  qui  regarde  leur  exercice 8c  leur  devoir,  il 
faut  que  j’ajoute  à  ce  que  nous  avons  déjà  marqué  cy-devâne^ 
que  la  Medecine.  Chrétienne  en  demande  bien  plus  de  choies 
que  la  Payenne  n’en  a  demandé.  Ce  n  eft  pas  aÜez  de  l’étude, 
delà  pratique,  de  la  patience»  de  la  force  du  corps  ,  &;  de  la 
conformation  de  la  main  ,•  elle  veut  encore  quelles  fçaehent  la 
véritable  forme  de  baptifer  les  enfans  dans  le  befoini  qu’elles  1.^^ 

appellent  des  Médecins,  quand  les  accidens  prefTent,  j  qu’elles 
leur,  obéïffent  poaclueilementj  qu’elles  ne  fe  mêlent  ny  de 
preferire  des  remedes  de  confequence,  ni  de  débiter  des  fe- 
crets  j  qu’elles  foient  pudiques  dans  leurs  adions  &  dans  leurs 
difeours  j  qu’elles  foient  véritables  dans  les  Rapports  qu’elles 
font  enijufticc,  8c  danS:  tout  ce.qui  regarde  leur  mintftere. 

QuyHes  n  exercent  pas  le  Métier  avant  que  d’être  Ivîâitrelîes 
Jurées,  à  moins  que  d’y  êtreobligées  par  neceffite  j  mais  fur 
tout  que  fl  elles  Jçàvent  beaucoup  de  chofes  qu’il  n’eft  pas  ne- 
ceflaire  que  les  autres  femmes  fçaehent ,  au  moins  qu’elles  n’en 
falTent  aucun  mauvais  ufage  :  fur  tout  qu’elles  fe  fouviennent^ 
toujours  non  feuieinent  de  ce  qüe  les  Loix  civiles  leur  défen¬ 
dent  j  mais  encore  de:  ce  que  la  Loy  divine  gravée  en  leurs 
cœurs  J  ne  leur  permet  pas ,  ôc  que  je  n’ay  garde  de  particula- 
rifer  icy.  Il  faut  encore  que  la  Sage-Femme  ne  foit  pas  trop 
âgée,  qu’elle  ait,  s’il  fe  peut,  foulFert  les  travaux  de  l’enfan¬ 
tement ,  pour  en  être  d’autant  plus  tendre  3  qu  elle  foit  affiduë, 
fidelle ,  de  vote  fans  fupcrftition  ,  ce  qui  eft  de  grande  confe- 
quénee',  8c  nïême  qu’elle  ne  foit  ni  étourdie,  ni  inquiété,  ni 
colcie.  Voilà  le  moyen  de  s’attirer  les  bénédictions  dont  Dieu 
combla  les  Sages^-Femmes  de  l’Egypte ,  qui  facrifierent  leur  in-  Jî'-  -amlag.  script, 
terêt  à  leur  devoir  :  car  li  on  ne  peut  nier  qu’elles  firent  un  nien- 
fongede  la  maniéré  dont  elles  répondirent  à  Pharaon  pour  fau^  presbyter.  ^ 
ver  la  vie  des  innocens,  Dieu  ne  laifla  pas  de  recompenferune 
action  en  laquelle  le  bien  l’emportoit  fort  notablement  fur  le 
mal.  ^  .  ' 

Comme  je  ne  doute  pas  qu’il  n*y  en  ait  plufîeurs  dignes  de 
-ce  nom  quon  leur  donne,  &. particulièrement  à  Paris, oii elles 
font  prudentes:,  expérimentées,  &  fçavantes  plus  qu’en  lieu  du 
monde,  je  fuis  furpris  de  voir  qu’il  s’en  trouve  tant  d’autres 
dans  les  Provinces,  8c  fur  tout  dans  la  Campagne  8e dans  les 


Marimll.  Medicine, 
deUe  donnt. 


îUvïik.  r*.. 


V.  tang.  'Epifi.  I  ®. 


'CngoT  i  Glûff.  S.  m 
3>.  l  vjÆitHU  i. 


XXX  ij  Ejpiis  de  Médecine, 

petites  villes,  tres-ignorantes  de  leur  devoir,  &  fort  tnal-adroî- 
tcs  i  &  cju’on  u’ait  pas  foin  4e  les  obliger  de  s’inftruire  avant 
que  de  faire  ce  périlleux  &;  important  Métier.  Car  il  fautqu*on 
fçache,  pour  fruit  de  tout  ce  Chapitre,  qn’il  meurt  tant  de 
femmes  ôc  tant  d’enfans  des  accouchemens  -laborieux ,  pour  ne 
point  parler  des  incommodités  qui  reftent  à  celles-là ,  faute  de 
quelque  précaution  j  qu’on  a  eu  raifori  d’appellcr  la  grofîcfle& 
les  couches  /a  Guerre  des  femvm  é"  àes  enfans.  Certamente  non  meU’ 
îirei^  f  io  àiceM  che  dette  die  ci  donne ,  che  farifeoney  nel  farta  noue 
fer  foca  feienz^e  eognitione ,  à'etta  levatrice  fe  moiono.  Sur  quoy  H 
eft  encore  à  propos  de  remarquer  avec  Icdoâre  Prrmerofe ,  pov^ 
autre  fruit  dé  ce  Difeours,  que  non  feulement  en  Angleterre 
&en  Italie,  mais  encore  en  France ,  les  abus  &  la  mauvaife 
conduite  dans  le  régime  des  femmes  nouvellement  accouchéeSy 
en  précipitent  beaucoup  dans  de  grands  périls  >  fur  tout  quand 
les  Gardes  &  les  Sages-femmes  s’opiniâtrent  à  leur  donner  beau¬ 
coup  d’aliment  ,  de  breuvages  acluellement  chauds,, de  liqueurs 
&  d’aromates  fous  prétexte  de  rétablir  leurs  forces ,  &  plus  par- 
ticLilicremént  quand  elles  leur  font  tenir  un  régime  contraire 
aux  évacuations  naturelles,  fi  necefîàires  àleur  parfait  rétablif- 
fement,  que  le  Texte  facré  a  bien  voulu  le  marquer. 

On  voit  donc  aflez  par  toutes  ces  remarques ,  combien  il  efir 
de  l’interet  de  la  République  de  mettre  ordre  aux  abus  qui  fe 
commettent  dans  Fétablifiement  de  nos  Sages-femmes,  &  par¬ 
ticulièrement  dans  les  Provinces ,  où  (Ml  les  deyroit  renvoyer 
aux.  Médecins,  aux  Chirurgiens,  êc  aux  plus  habiles  Accou- 
cheurés  dela  Métropole  pour  y  fubir  les  examass,  &  y  donner 
des  preuves  de  leur  adrefie  >  chofe  de  fi  grande  confequçnce 
que  les  Médecins  des  Princes  n’ont  pas  dédaigné  en  quelques 
pais  de  s’y  appliquer.  Je  croy  même  que  le  public  s’en  trouve- 
roit  bien,  fionfaifoit  revivre  quelques-uns  des  Privilèges  qu’on 
leur  a  ôté,  ou  fi  on  leur  en  accordok  de  nou  veaux.  A  quoy  on 
peut  ajouter  avec  le  doâ:e  Langius,  que  fi  elles  ne  font  plus  ap- 
pellécs  aux  afTortimens  des; mariages ,  comme  autrefois,  c’eft  la 
faute  des  filles  &:  des  meres ,  qu’une  forte  honte  rend  trop  dif-^ 
ficiles:,  Car  au  refte  ce  n’efi:  pas  à  moy  feul,  mais  aux  Théo* 
Idgiens  &  aux  Faeukez  à  examiner  fi  on  pourroit  fe  paficr  de 
Sages-femmes  où  ij  y  a  des  Chirurgiens ,  6c  s’il  ferôic  plus  hon¬ 
nête,  comme  il  y  a  de  l’apparence ,  &  comme  nos  anciens  Mé¬ 
decins  femblent  le  marquer,  de  s’en  tenir  à  ecs  Femmes,  par¬ 
ticulièrement 


Troijtème  Ohâp. .  V  I.  xxxüj 

ticulîefement  quand  elleâ.  ont  lesqualitez  .rcquifel  pour  ce  nû-  *  Doicnimn  cft 
niftere.  Je  me  contente  donc  de  conclure  que  les  Chirurgiens^  tamunt^lfrar 
non  plus  que  ces  Femmes,  ne  doivent  jamais  fe  mêler  du-regi-  curis,  ut  quantum 
me  &  des  grands  remedes  ,  ni  devant  ni  pendant  raçcouçhp-  animadytr- 
ment,  pas  mêmequelque  temps  après,  ou  iFyjja/dcs-Medcieins,:  ftetricum'&  pucri 
Sc  que  c’eft  aux  Magidrats  à  exciter  ces  Femmes  de  fe  Tendre:  P^^rum  dciiûa. 
capables  de  bien  faire,  par  les  recompenfes  j  &  a  des  punir 
quand  elles  ne  font  pas  leur  devoir,  comme  Fa  fort- bien- re-  lîcrcaiis , res  maxi- 
marqué  un  feavant  Scholiafte  *  fur  une  des  Obfervations  des.  crcdi_ 

■n  •!  '  1,'  . v:;  '  Mcdi- 

Ephemendes  d Allemagne.-  ..  :îij:î  Boînibnoo  cismdiorafuaden- 

-  .  .T 

_ _ _ — - - - - - _ m _ I/.  anni  /. 

'  '  r-'l-M  ..  .J  ■  Ohfervaî.  ic6. 

CHAPITRE  V  E"  ’  ^  ^ 


Des  Jtx  chojès  a^pelîées  non  natufeHes  i  Cj?*  des  Mfntfires.^rùl-i 
Medecinequïenontfom,  ..asnc:]-:’'! 

LEs  fix  chofes  non  naturelles  cette  partie  de  la  Mede- 
cine  Dietetlque  que  le  dode  Minderer  fait;  confifter  dans 
radminiftration  raifonnablé  des  alimens  ,.8c:de  tqût  ce  qui  en^; 
tretient  la  propreté  ôc  les  coramqditez  , du  corps  , '\f^  fe-, 

cours.  de  la  Médecine ,  quand  on  en,  fait  un  bon  u.fage>  quoy. 
que -d’une  bien  moindre  importancé.  que  lies  remedes  qui  éva¬ 
cuent  la  plénitude  &  la  cacochimie.-  iC’eft  pourquoy  avant  que 
de  traiter  de  ceuX-uy>  Je;  m’arréteray  nurpeu  Eces  fix  Ghofes 
dont  i’ufage  &  le  ménagement.  na^font^paE^fîilE^^  ^  ‘ 

dans  des  maladies- que  dans  la  faStéi  *  En  effet 
mêmes,  ceux  qui  font  des  lits,  qui  pr^arentdEersiaÈai-i 
chifiremêns’ ne  font  pas  nioins  les  Miniftres.de  l’Art  quay  que 
dans  un  degré  fort  inférieur-,. que  ceuX;  dont  parle  ^.ns  les  ,; 

trois  precedens  Chapitres.  Pour  cc-qui  eftflonç  dne^s  fix  çhofes- 
dont  les  Miniftres  de  là- Medecine-ont  ledqiù,,;^.que-les-  Me-, 
deciiis  appellent  non  naturelles. *^;il^„de^  îlédui&^^ff ffaff  v  au  *  Non/nâ^^^^^ 
boire  ôc  au  manger,  au  fomgftdi^.ElayeHlegnu  m  &îrfe' 

au  repos,,  aux  excrcmens  vuidëx  on  retenus^  &  aux-pafiions" de.,uïntibasrt6icftÎÈo 
l’ame,  euradminiftraçiqnffel^^ïes;  c^x^;q^;ïfDne,a,^ 
malades  faiiant  fouvenc  plus  âë fautes  que  lesnlaiacies  mêmes,, 
ceux-cy  fontbien  mqins- à,bjâmer..qae.C-^x.qui  leur  en  accor-  .  •  :  . 

dent  Irifage  .malrl-propos.-  ^Caé  eomme^çs  Médecin^'  faUlgnc  "  '  ' '  ’ ' 

fonvent ,,  ou  parjignprance  QU^^n  negllgeuce  a-ïçf  autpes^  Mmi- ,  \  '  -'‘î' •  - 


xxsKiv  Médecins, 

=  ‘  ■  ’  ftrés  de  la  Médecine  ne  faillcnt  pas'  feulement  en  ces  deu^g 

:  _  manières ,  mais  encore  par  préfomption ,  &  particulièrement  eu 

France  où  les  Médecins  ont  beau  s’oppofer  à  ces  defordres,êc 
-  où  le  torrent  [de  la  coutume  &  de  Tentêtement  1  emportent  fur 

«isnq  la  raifon.  Sur  quoy  ileft  bon,  avant  que  de  palTer  outre,  de 

/  marquer  icy  que  la  Dicte,  a  laquelle  les  fix  chofes  non  natiu 

""  relies  fe  rapportent,  comme  les  efpcccs  aux  genres,  n’étoitpas 

encore  inventée  du  temps  des  Afclepiades ,  difciples  ^  fuc* 
celfeurs  d’E  feu  lape  j  mais  à  dire  le  yray ,  quoy  qu’elle  foit  une 
^condition  fans  laquelle  il  eft  prerqu'impolTible  de  guérir j 
quoy  qu’elle  tienne  lien  de  rçmede  à  bien  des  infirmes,  il  eût 
été  bien  moins  dangereux  de  n^  pas  penfer  que  d’en  abufer, 
comme  on  a  fait. depuis,  &  que  de  faire  feichér  comme  faifoit 
Tbeflàle,  les  pauvrés  malades  par  4es  abftinences  de  trois  joursi 
où  tout  éontf aire  4^  fenrîfer^^  Prodicùs ,  Afelepias, 

Petronas  ,  quelques  autres,  je^S  inclinationîS  des  malades  d’u¬ 
ne  maniéré  extravagante,  (^ant  à  ce  qn’on  appelle  la  diete 
des  fains  ,  on  raconte  qU'Ada  Reine  de  Carie ,  ayant  envoyé 
quelques  uns  de  fes  Cuifiniers  au  grand  Alexandre ,  comme 
ÙU  beau  préfent  y  il  les  luy  renvoya  tous ,  difant  qu'il  en  avoit 
dé  l'^xerçife  ^  la  faim  f^è  manquant  jamats  dé  luy  faire 

trouver  bon  tout  ce  qu'il  mangeoit.  Et  c’eljÉ  apparemment  ce  qui 
iacon.i,é.Hiimr  a  fait  dire  â  un  grand  Perfonnage,  qu’un  habile  Cuifinier  eft 
plus  dangereux  pendant  la-  fmté  »  qu’un  ignorant  Médecin 
pendant  Ja  maladie,  |.cs  BLomains ,  dit  Arnobe;  faifoient  tant 
•  icontrêgemes  ladiécc^  du  régime  des  fains& des  maladés,  qu’ils  y 

faifoient  prefider  deux  Divinitez,  ViBua  é'  Fotua  y  ri2Sj2Xi% 
point  d  autre  faulTe  que  <^Ile  d’Hipoeratç  y  nuriquam  fatiâri  cir 
bis  é*  mpigrum  effe  ad  laborem,  Ainfî  la  dicté  des  perfonnes  mê- 
mes  conftitueés  dans  l’Etat  ne  doit  êtregue- 

rés  moi  ns  exadbe  que  celle  dés  malades  àllitez ,  car  la  plénitude 
r  E  T t  s .  qu^dllé  foit,  faifant  dans  le  corps  humai n  ce  que  de  trop 

fcliciiez  fônt  daHs  le  corps  politique ,  on  tombe  dans 
eaf  Z.  i,  4.  é'  W.  de  grandes  maladies  faute  dhm  péu  de  retranchement.  En  ef> 
j.cay  iz.  fet,  s’il  arrivé  que  dette  pléhitude  dégénéré  en  ce  que  la  Mé¬ 
decine  Cacochimic  y  la  chaleur  naturelle  ne  manque  gue- 

res  à  être  fufFoquée ,  ou  au  moins  à  dégénérer  en  ignée.  Il  faut 
mc&^randhFr!^  donç  avoir  un  grand  fpin  du  regime  dans  tous  les  états,  même 
tin.  Strutag.  LnltiTT.-  dam  ccluy  de  conval^ence,  traitant  les  maladies,  ces  enne- 
ç.ukim,  mis  du  genre  humamy  comme  Gcïar  trait-oit  ceux  de  la  Repu- 


Troifi^  Partie.  Chap.  VI.  xxxv 

bUque,  qu’il  réduifoit  par  la  faim.  Ce  n’eftpas  toutefois  qu’il 
ne  faille  proportionner  la  dicte  non  feulement  à  la  confticu- 
tion  des  fujcts,  mais  encore  à  celle  des  climats;  Gar  pour  me 
parler  icy  que  du  nôtre ,  quoy  que  Les  alimcns  retardent  le  ma- 
rafme  naturel, qu’ils  foûtiennenc  les  forces  dilTipées  des  mala¬ 
des  ,&qu’ils  les  humedent ,  il  ne  faut  pas  lailfer  de  les  propor¬ 
tionner  à  la  nature  des  maladies ,  &  des  régions  ,  nourriffant  da¬ 
vantage  dans  les  Païs  temperez  que  dans  les  Païs  chauds,  ou  les 
maladies  étans  plus  aiguës  elles  font  plus  proches  de  leur  fin,  & 
encore  plus  dans  les  Païs  froids ,  oii  il  faut  Bien  davantage  d’ali  - 
ment  pour  mener  le  malade  jufques  au  déclin  du  mal ,  évitant 
cependant  dans  tous  les  Païs  certaines  douceurs  &  certains  mé¬ 
langes  dont^  on  flatte  &  irrite  mal-à-propos  le  goût  des  mala¬ 
des.  Gela  étant  donc  fuppofé ,  |e  defèens  au  partieuier  des  fix 
chofes  non  naturelles ,  &  commence  par  la  première. 

Comme  les  chofes  liquides  &  fotulentes  tiennent  fouvent  lieu  I;. 
d’aliment  folide  aux  malades,  que  hlixation  s’en  fait  ordinai- 
remeni  avec  l’eau  ,  &  que  l’eau  fert  quelquefois  de  medicà-  L’E  AU. 
ment,  nous  ne  parlerons  icy  que  de  ce  breuvage  ,  remettant 
à  parler  du  vin,  du  cidre  &de  la  bierre,  ey- après.  Jé  dis 
donc  que  de  quelque  neceflîté  que  foit  le  feu,  les  Loix  le 
faifant  aller  du  pair  avec  l’eau  dans  les  punitions ,  l’eau  i’em-  interdiccre 
porte  infiniment  furie  feuj  non  pas  feulement parcé qu’elle  l’é-  & 
teint  &  parce  qu’il  y  a  des  eaux  chaudes  autant  que  de  froides  , 

&  qu’il  n’y  a  point  de  feu  qui  rafraîchiffe  ,  comme  il  y  a  des 
eaux  qui  échaufFenti  mais  parce  qu’il  n’y -a  en  eflPet  ny  végé¬ 
tal  ny  animal  qui  s’en  puifle  pafrer ,  ^  rien  ne  fruélifiant  wnsfon 
fecours  5  ce  qui  a  fait  croire  à  ThalesqUe  d-eàu  étok  feite  de 
feu.  C’eft  pour  cela  que  les  Egyptiens  fe  fèrvoient  dû  Hiéro¬ 
glyphe  d’aune  cruche,  pour  marquer  les  myfteres  qu’elle  con¬ 
tient,  &  rutilité  qu’on  en  tire.  Les  Perles,  à  4eür'exemple,5la 
faifoient  ferviraux  myfteres  de  la  Religionîieomme  a  fart  le  di¬ 
vin  Legiftateuri  des  Chrétiens  ,  qui  ncLgûeritpas^  moins  :Pame  iptur  mediestur 
que  le  corps  par  une  myftericufe  ablution  dans  la  pifdne  du  pcr°*^AnjH*^în«r- 
Baptême &  qui  fe  compare  luy-même  à  une  fontaine  d^au  ventum,  &  fpirims 
vive.  Te  ne  m’étonne  donc  pas  fi  tant  de  Peuples  difFerens  ont-^  agoa  corporaii- 
cru  que  les  lotions  du  corps  paaoicnt  jüfqu  a  1  ame  ^  Si  Lucien  incadem  fpirhua- 
â  cru  que  les  Macrobes  vi voient  long-temps  parce  qu’ils  ne  üKr  mundatun 
beuvoient  que  de  l’eau ,  &  fi  quelques  Hiftoriens  ont  écrit  que 
les  premiçrs  hommes  nom  vécu  plufieurs  ficclcs  que  parce  qu’ils 

c  ij. 


XXX vj  ^  Ejjais  de 'Meiecine, 

ne  beuyoicnt  autre  clioie.  En  effet ,  Plutarque  nous  affure  que 
•  îTlicodorc  de  Lad{îe> -Libaniusj  Democharis ,  Lucien,  &  [g 
•>£ameux  Apollonius  de.  T'bianée  n’ont  beu  que  de  l’eau  :  ^ 
4*expérienec  nous  fait  voir  que  ceux  qui  boivent  de  l’eau  ont 
le  fommeil  plus  tranquille  que  eeux  qui  boivent  du  vin.  Anffi 
Galien,  pour  me  retrancher  à  ce  qui  fait  à  mon  fujet,  luy don- 
-ne^tril  le.premier  liêUi entre  les  Elemens,  non  feulement  parce 
/qu’elle  entre  en.  plus  grande  quantité  qu’il  ne  nou^  fémbledans 
rdagreneration  dés  animaux^  mais  encore  parce  quelle  rafraîchit 
tout  ce  qui  tomberoit  dans  le  mararme  prématuré ,  fi  elle  ne 
J  veiioit  au  fecours.’  Le  vin  même  qui  u’eft  autre  chofe,  fî  on 
-onenicroit  Empedoclé,:que:de  i’eàu  digerée  6c  redifiée  dans 
«lasvigné ,  in  vite  coBa  »  ne  fe  diflribuëroit  pas  !  fi  facile- 
i^encpotû:.  lâJ-repâTationrdè  H  triple  fubdance  ,  fî  elle  ne  lüy 
fer  voi  t  de  v ehieu le  >  ôc  fîîelle  ne  temperoit  :  lès  qualités  qu’il  tire 
J  .du  fbuffrir  :narcotique.;qu‘elle  diflipe  ou  qu’elle  noyé  d’unema- 
-nkfe'  auffî  effcdive  qu’elle  efl  indicible.  On  ne  fîniroit  de 
■  J .  '  ^  M  -  longrtemps  i,  fîi  onpÿjouloît  àlleguér  en  faveur  de  cet  E  lement 
:;ce?que  iesvBhHofopHesvles  Poepes ,  ôc  même  les  Peres  de  i’E 
glifê  en  ont  écrit.  Difbns  donc  fîmplement  iey  que  pour  être 
utile  aux  malades  de:  même' qu’aux  fains  ,  il  faut  qu’elle  n’ait 
.  :  ;  -,  i»  .nhgoûcni  faveur  jxp: elle  paroifîe  claireàla  veuë  iqu’elle  n’of- 

-fénfe  pâs^içdorat^îqdLë^  que  Pline  appelle  rcfîemhler  à 
.  l’aîf  i  carce  nkfliqu’à  eés  conditions  qu  elle  rafraîchit ,  6c  qu’el¬ 
le  humede.  Qr  comme  la  princïpale  différence  de  l’eau  fe  prend 
d<  s  lieux  ou  on  la  puifé  >  il  eft  certain  ^generalément  pariant, 
que  celle  des  fontaineskfl  la  meilleure  ,  n’offenfaht  aucun  des 
^  ■  fensixtafratchiflant  ëc  paffant  facilement,  particulièrement  quand 
-lelle  ne  coule  pas  vers  le  >Scptehtrion ,  6c  quklle  n’a  pas  le  Soléil 
^  derrière  le  heu  de  fa  fbürcc  ,  marques  infaillibles  de  fa  Bonté, 
s  X  A  joutez  ^qu  étant  d^ordinaixe  plus  tenue  que  les  autres  eaûx, 

elle  ne  manque  gueres^d’:a^.oàr  cette  legereté  qu’on  chercheén 
ur  i'  't  h  pcfatit  fcrupuleufeinènt  dans  des'balahccs.,.&  cettë  facilité  à 
“  recevoir  les  qualitézi-contraires  du  froid  j8c  du  chaud  que  dp- 
;mandeH^ppocr.atc.Leieauxdépluyefuiventcelies'des-fQa- 
Aifre,*fmsé>  ellesdcmandçnt  fouv eut  quelque  petite  ébullition, 

encore  qu’elles parqiflent  douces, legeres,  6c  tenues,  faute  de 
.quoy  il  les feit:dltrçr-;ècdouler  i  pour..précipiter  les  ordures  6C 
:  la  crafTe  qui  leur  ont  cté  comrnoniqüées  parlés  nLiësr,  à  moins 

dequoy  eUes  fe  corromp.çnt;Yf4çilçment..  Celles  des  puits  n’ont 


Troiftéme  Pmk.  Chap.  V 1.  xxxvij 

,=i^iiele  troifiémc  lieu  j  car  quoy  qu  elles  coulent  de  fourcé,  êlies 
n’ont  aucun  mouvement  ni  infolation,  outre  que  quand  elles 
paflent  par  des  terres  aiinerales  ou  par  des  canaux  métalliques, 
elles  fe  fcntenc  de  leurs  qualitez  à  proportion  du  themin  qu’eî- 
ics  font.  S’il  arrive  donc  qu’on  ait  des  eaux  de  puits  potables, 
x’eft  parce  que  les  fources  en  font  pures  &  qu  elles  iont  fou- 
dirent  puifées,  ou  parce  qu’elles  viennent  des  rivières  dont  les 
eaux  l'ont  bonnes.  Et  à  ce  propos  fi  on  me  demande  ce  que  je 
penfe  de  cellcs-cy,  je  répons  que  s’il  s’en  trouvoit  par  toutd’auOi 
bonnes  que  celles  des  fleuves  Entée  ôc  Coafpc,  dont  les  Rois 
de  Perfe  &  des  Parches  beu  voient  ordinairement  à  caufe  de 
leur  legereté,  ou  fi  celles  de  la  Seine  étoient  toujours  claires, 
je  iesxjftimerois  bien  autant  que  celles  des  fontaines  j  mais  il 
certain  que  toutes  ces  eaux  tiennent  toujours  des  qualitez  du 
Jimonv  de  l’argile ,  des  fels ,  de  la  glaize ,  &  des  autres  matiè¬ 
res  qu’elles  charrient ,  &  que  c’eft  pour  cela  qtul  les  faut  toû- 
;  jours  puifer  au  courant ,  au  deflus  des  Villes  ou  elles  fe  char- 
:gentdes  ordures  qui  en  découlent.  De  plus,  il  ne  les  faut  pa-s 
.garder  dans  des  cifternes  ,  où  elles  fe  peuvent  facilement  cor- 
:  rompre,  mais  dans  des  vaifTcaux  de  terre  frottez  de  faumure> 
mettant  au  fond  de  gros  fable ,  ou  de  bonne  glaife,  ou  comme 
veulent  quelques-uns  les  pafTarit  au  travers  d’un  couloir  /  pré- 
caucron  que  le  dode  Primerofè  approuve  tellement,  qu’il  la 
croit  fufîifante  pour  corriger  tout  ce  qu’elle  pourrait  avoir  d’im¬ 
puf  ô;  d’étranger*  Ajoutons  que  toutes  celles  des  lacs  ,  des 
.  étangs ,  les  glacées ,  celles  qu’on  tire  de  la  neige  font  tres-dan- 
■gereufes,  &  même  que  pour  quelques  perfonnes  qui  fe  trou¬ 
vent  bien ,  ou  peut-être  qui  ne  fe  trouvent  pas  mal  de  boire  à 
■;îa  glace.,  il. y  en  a  plufîeurs  qui  redèntent  biemtot  les  impref- 
fions  qu’elles  font  capables  de  faire  aux  entrailles,  êc  à  toutes 
ks. autres  parties  nerveufesî  &  membraneufes.  Mais  puifqiie 
.Peau  ,  dira,-t-on  peut-être ,  eft  E  propre  aux  fièvres  aiguës  , 
poLirquoy  n’en  fait-on  pas  boire  d’au fîî  froide,  &;  en  auffi  gran¬ 
de  .quantité  dans  ces  maladies^  qu’on  ;  fai  foit  au  temps  de 
Galien?  G’eft  premièrement  parce  que  notre  climat  cft -fort 
different  de  ceux  où  Galien  a  fait  la  Médecine  5  en  fécond  lieu 
c’eft  que  nous  avons  des  moyens  plus  feurs  que  celuy-là  pour 
la  cure  des  maladies  aiguës  »  que  Galien  demande  pour  cette 
tentative  des,  conditions  qui  ne  fe  trouvent  pas  toujours  dans 
les  temps ,  les  lieux  3  &  les  fujets.  Qi^ant  à  l’eau  qu’on  fait  boi- 

e  iij 


F.  Fîmium  Hijîor^ 
np-’tural.  lih.  c.  4. 
é/'  Hievon'^m.  de  leH 
cis  J  Hebraïc.  ex 
monte  Hermen^ 


xxxviij  Effais  de  Médecine, 

re  aux  malades ,  comme  il  ne  faut  pas  qu’elle  foit  trop  froide 
il  ne  faut  pas  auflî  quelle  foit  chaude,  celle-cy  ne  rafraîchif- 
fant  pas  aflez  les  entrailles,  &  celle-là  pouvant  fuffoquer  la 
chaleur  naturelle ,  qui  n’eft  jamais  bien  vigoureufe  dans  les 
malades.  Il  ne  feroit  donc  pas  mal-à-propos >  fi  on  pouvoir. s  y 
accoûtumer,  de  boire  tiède,  puifque  les  Hiftoires  nous  aflu. 
rent  que  les  Chinois  ne  fe  font  prefervez  que  par  ce  moyen  de 
la  pierre ,  de  la  goutte ,  &  de  quelques  autres  indifpofitions  que 
les  eaux  froides  &  glacées  entretiennent.  Sur  quoy  il  eft  bon 
d’ajouter  icy  que  l’experience  nous  a  convainais  qu’il  n’y  a 
rien  de  fi  bon  aux  intempéries  chaudes  des  entrailles  que  les 
clyfteres  d’eau  tiede  5  car  foit  qu’ils  reviennent  par  les  mêmes 
voyes  qu’ils  font  entrez ,  ou  qu’on  ne  les  rende  que  par  la  voye 
des  urines  ,  ils  rafraîchirent 4c  bumeélent  merveHleui'cmcnt 
le  bas  ventre.  Qimnt  aux  bains  d’eau  douce ,  comme  on  ne  les 
employé  pas  dans  les  maladies  aiguës,  je  n’en  parle  icy  que 
pour  remarquer ,  que  pourveu  qu’on  prépare  les  malades  par  les 
remèdes  generaux,  il  n’y  a  rien  qui  fonde  6c  qui  prépare  tant 
les  humeurs  groffieres,  qui  humecte  tant  les  parties  dcfleichées> 
6c  qui  rafrîchide  tant  toutes  celles  qui  font  contenues  fous 
les  hypondres  5  en  un  mot  qu’il  n’y  a  rien  défi  feur  après  la  fai- 
gnée  bien  conduite  pour  de  certaines  douleurs ,  pour  les  in¬ 
tempéries  chaudes  6c  habituelles  ,  ôc  pour  quelques  fièvres,  que 
le  bain.  Auflî  Trogne  6c  Ladance  difent-ils  à  ce  propos,  que 
les  Grecs  furent  long-temps  fans  Médecins,  cueillant  des  her¬ 
bes  au  mois  de  May  pour  s’en  fervir  dans  le  befoin ,  fe  faifanc 
fàigner-upe  fois  l’an,  fe  baignans  une  fois  le  mois,  6c  ne  man- 
geans  qu’iine  fois  le  jour.  Ainfi  la  plufpart  des  eaux  mêmes  mi¬ 
nérales  froides  font  toûjours  d’excellens  rafraîchaiflans  y  car 
quoy  qu’elles  foi  en  t  empreintes  des  qualitez  des  minéraux  qu’el¬ 
les  rencontrent  en  faifant  chemin,  elles  n’en  font  fou  vent  que 
plus  legeres,  êc  ne  font  pas  moins  utiles  dans  le  déclin  de  la 
plufpart  des  fièvres,  que  dans  les  maladies  longues  6c  rebellesf 
yeritez  connues  des  Médecins  qui  fe  donnent  la  peine  de  les^ 
étudier,  6c  qui  font  d’affez  bonne  foy  pour  vouloir  abréger  ma¬ 
tière  dans  ie  traitement  des  maladies. 

L’A  I  R  nous  environne  fi  exadement  de  tous  les  e6tcz,y[UC’ 
Tertullicn  n’a  pas  fait  de  difficulté  de  le  comparer  à  un  vête¬ 
ment  corporum  vefihÿ  mais  il  n’eft  pas  toûjours  de  ces  vé— 
teineus  qui  nous,  préfervent  des  incurfionsdes  caufes  externes. 


Troifiéme  Partie.  Chap.  VI.  xxxix 

câf  comme  il  eft  lufceptible  de  toutes  fortes  de  qualitcz ,  il 
nous  cft  ou  propice  ou  contraire,  félon  Tufagc  que  nous  en 
faifons,  &  félon  qu’il  eft  ménagé.  Non  feulement  il  nous  en¬ 
vironne  ,  mais  il  fe  faifit  encore  de  tout  ce  qu’il  y  a  de  parties 
contenues  dans  celles  que  les  Anatomiftes  appellent  Contenan- 
teSy  par  fa  fubtilité  &  pénétration.  C’eft  pour  cela  qu  encore 
qu’ Hippocrate  n’ait  touché  qu  en  paffant  bien  des  chofes  de  la 
^edecinc,  il  a  fait  un  Traité  complet  de  l’Eau ,  des  Lieux,  & 
de  l’Air.  Il  dit  même  au  Livre  qu’il  a  intitulé  de.Flatibas ,  que 
l’air  ell  la  principale  de  toutes  les  chofes  qui  nous  altèrent.  En 
effet ,  M  ne  contribué  pas  moins  au  rafraîchiffement  dont  les 
malades  ont  bien  plus  de  befoin  que  les  fains,  qu’il  fait  à  la 
matière  des  efprits  qui  fe  difTipent  ou  qui  s’altèrent  continuel¬ 
lement.  11  faut  donc  placer  le  malade  en  un  lieu  oii  l’air  en¬ 
tre 'facilement-^  d’où  il  puiffe  fortir  avec  pareille  facilité  5  &  oii 
J1  foit  encore  plus  fubtÜ  que  celuy  qu’on  refpire  en  fanté,  de 
s’il  fe  peut  même  il  faut  qu’il  ait  du  rapport  avec  tout  ce  qui 
entre  dans  le  corps ,  &  avec  tout  ce  qui  l’environne  ;  car  fi  par 
malheur  le  malade  fc  trouve  dans  un  air  mauvais,  il  ne  faut 
pas  manquer  de  le  corriger  par  les  feux ,  les  bois ,  les  aromates, 
&  tout  ce  qui  peut  changer  fes  quai  irez  premières  &  fécondés  j 
parce ,  dit  Galien  ,  que  comme  nous  ne  pouvons  vivre  fans  air, 
il  eft  impoftiblc  de  vivre  long- temps  fans  lé  fecours  d’un  air 
tempef  é.  Sur  que^  il  eft  à  propos  de  remarquer ,  que  l’air  de 
Paris  eft  d’autant  plus  j^opre  aux  malades  qu’on  en  peut  chan¬ 
ger  fans  fortir  de  cette  Ville,  011  il  diffère  en  fùbftance  &  en 
qualitez  félon  les  quartiers,  félon  les  pofttions,  &  félon  les  fi- 
tuatlons  des  maifbns,  &  encore  plus  particulièrement  félon  les 
vents  quiy  foufflent.  Dr  fi  l’air  bien  conditionné  eft  neceflaire 
aux  maladies  promptes  &  aiguës,  il  ne  l’cft  pas  moins  à  celles 
qu’on  appelle  chroniques,  3c  à  toutes  les  melancholiqucs ,  l’hu¬ 
meur  qui  domine  dans  ces  maladies  demandant  à  être  éventée 
ôc  moderénienjt  excitée,  Melancholici  mutent  local  parce  qu’é¬ 
tant  d’une  nature  craiîe^  terreftre  3c  limoneufe,  le  changement 
d’air  8c  de  vents  ne  manquent  giieres  de  l’attenuer  8c  de  l’a¬ 
doucir,  particulièrement  quand  il  eft  fécondé  8c  aidé  par  des 
vapeurs  aiimeateufes  8c  cordiales,  ces  expirations  le  rendant 
bien  plus  propre  à  la  nourriture  qu’Ariftoie  ne  fe  léft  figuré. 
Ainfi  le  frequent  changement  de  linges  8c  le  feu  ne  doivent 
jamais  être  ménagez  aux  malades,  parce  que  ces  fecours  contri- 


Sîne  afc're'aeque 
inori>us  tolli,ncqae 
fervari  fanitas  po- 
teft.  Gden.inMe» 
thed» 


Frimeref,  dt  Error. 
tiulgi  in  tdedic,  l.  3 . 

f.i. 


Vcnti  moiborum 
omniû  fcrainajlTia- 
lio-nâiis  naturæ,d.e- 
geneies  liberi ,  pc- 
ftcs  humani  gcnc- 
EÎs ,  fons  &  origo 
omnium  infiimita- 
tum  quitus  huma- 
num  corpus  confli- 
ôatur.  Ariflot.  in 
Meteor,  lihr. 

II  L 


*  Akxan(3er  Ma- 
gaus  fe  duobus  po- 
tiflîmu,  rcBus  mof- 
talitatcm  intelüge- 
rc  aicbat,  fopore  ac 
coïtu,quas  fola  na- 
turæinârmitas  pa- 
rerct. 

O  ^ feus  in 


Senec.- 


M.arcelL.V)il.ngeni. 
in  Virgme. 


Il  fxfà  nell(.Pghe\ 
tariche. 


x  l  Ejjais  (le  Medecm.  ' 

buans  beaucoup  à  l’oivercurc  des  pores,  le  chemin  eft ouvert 
aux  vapeurs  du  dedans  j  &;  de  plus ,  parce  que  l’air  externe  peut 
s- infinuer  par  ce  (ccours  en  la  place  de  ce  qui  fort  par  ces  po¬ 
res,  commodité  que  les  Anciens  tâchoierc  de  comp enfer  par 
les  frictions  qui  leur  tenoient  lieu  de  linges.  Les  vents  n  étans 
donc,  félon  quelques  Philofophes ,  qu’un  air  agité,  perfonne 
ne  doute  que  les  logis  des  malades  doivent  être  ouverts  ou,: 
fermez  à  certains  vents  pendant  les  maladies  malignes  ,  dau- 
tant  que  ces  poftillons  de  l’air,  pour  parler  avec  les  Poètes, 
étans  la  plufparc  d’une  nature  maUfaifante,  ils  ne  manquent 
gueres  à  caufer  ou  à  entretenir  les  maladies  conformes,  à,  leur  * 
nature.  , 

LE  Sommeil  &  les  Veilles  fui  vent  Pair  &  les  alimens  dans 
le  régime,  dans  la  cure  des  maladies.  Les  veilles  diffipent  les 
efprits  &  aigriflént  les  humeurs^  fi  on  ne.  les  modéré  par  les  ra- 
fraîchiflàns ,  les  fomniferes,  les  tenebres  ôc  le  filence,  Lefom-, 
me;i  an  contraire  fufFoque  lesefprits  ,  quand.il  efi  trop-long  ou 
trop  profond  s  fi*ôn  ne  réveille  ces  efprits,  &  fi  on  ne  diffipc 
ces  . vapeurs-  épaifiés  èc  narcotiques  qui  en  font  la  câiife,  par., 
lés  fridions  modérées ,  par  lescprdiau-x, les  fels  volacils,&au-  ' 
tres  remedes  penétrans.  Mais  au  refi:e,quqy  que  le. fom-meil  ne 
foit  pas  moins  le  fymbole  de  la  mort  que  les  veilles  le  font ,4e 
la  vie,  témoin  ce  que  Plutarque  a  remarqué  d’Alexandre. *le 
Grand,  il  efi:  fi:  neeefiaire  aux' malades  &  aux  fains,  que  les 
Poètes  memes  en  tombent  draccord  avec-toute  la  Médecine. • 

Somne  qtiies  rerum  yflacidrffme  fomne  Beorum 

Fax  aràmi  ^  quem  cnra  fuÿt^  tu  feciora  duàum 
■  FeffaminifteriismttlceSyreparafqusUborm^  «- 


Tuquey  0  Romitory  ' 

,  S^nyu  walomm ,  requies  anim  I 
humant  melior  vït^.  "  ' 

*  .  .tarjfb 

'  Sola  qui  es  fomnt  paùem  niortaïibus  affert^  ^  7  - 

'  F  KM  vivunj  nihil  bas  ^  (  niji  tetra,  tnfomnta  iurbanî  )-  -  .  ■  ,  -oouob 
ZuUius  effe  poiejK_  ..  =  .  '  . 


O  finne  y  ô  de  U  qufta  itmida  y  umbrefa 
■‘ruiFlpue  flacîdo  Jï^io  ^  ode  monali 


Fgri' 


Troifime  Partie.  Chapitre  VL  xîj 

jEgri  conforto ,  oblio  doUe  di  maU 

Si  grave  ^ond"  è  la  vita  afpera  ^  noiofa,  . 

hemms^  dit  à  ce  propos  Tertullien  ,  ncreator  corprum  ^  reàinte-- 
prator  viriumy  probator  valetudinunty  facator  opemm ,  Aîedicué  labo»- 
rum^  Cüi  légitimé  fruenào  dies  cedit,  vix  legern  facit  y  auferens  rerum  Ltb.ieAnims. 
etiam  colorem  .  .  .  Adam  ante  ehihit  foparem  quam  Jïtiit  quie- 

terni  dormivit  quam  laboravit. 

Les  évacuations  exceffives ,  &  cêiles  qui  font  fupprimées  par  I V. 
line  foibleffe-ou  par  un  oubli  de  la  nature,  quelles  qu’elles 
foicnc,  demandent  toutes  une  grande  diferetionj  &  particuliè¬ 
rement  cblles  dont  la  cure  regarde  les  femmes  en  particulier,* 
car  pour  celles  qui  regardent  également  les  deux  fexes ,  dans 
des  oGcalions  oii  il  y  va  de  la  confcience,  nous  en  avons  afléz 
dit  au  fixiéme  Chapitre  du  premier  livre  de  cet  Ouvrage.  Pour 
nous  retrancher  donc  à  celles  dont  on  peut  parler  librement, 
les  Tueurs  de  trop  longue  durée,  celles  qui  s  arrêtent  trop  tôt, 
les  flux  de  ventre,  d’hemorrhoïdes,  &  mêmes  ceux  des  hu¬ 
meurs  loüables  qui  ne  pèchent  qu’en  quantité,  ne  laiffent  pas 
d’être  d’une  grande  confideration  dans  la  maladie  &  dans  la 
fantéj  car  comme  il  n’eft  quelquefois  befoin  que  de  médi- 
camens  doux  6c  bénins  polir  la  cure  de  la  plufpart  de  ces 
flux  immoderez  ou  fupprimez,  il  faut  aufîî  quelquefois  avoir 
recours  aux  plus  grands  remedes  pour  la  guerifon  des  plus  opi¬ 
niâtres  :  de  c’eft  dans  ces  occafions  ou  les  affiftans  &  les  mala¬ 
des  ne  doivent  pas  moins  être  fournis  aux  ordres  de  la  Méde¬ 
cine ,  que  les  Médecins  font  obligez  d’être  prudens  &  circon- 
fpeds  dans  le  thoix  &  adminiftration  des  remedes. 

Quant  au  mouvement  &  au  repos,  comme  ils  font  fuccefli- 
vement  neceffaires  aux  Tains,  celuydà  eft  inutile  6c  même  dan¬ 
gereux  aux  malades  généralement  parlant,  parce  que  la  faci¬ 
lité  de  la  tranfpiration  en  tient  lieu ,  même  dans  la  plufpart  des 
maladies  longues,  Ainfi  ce  pauvre  Religieux,  dont  un  AiuGut  sa'pio» de Mf^curiis 
Italien  nous  fait  la  peinture  ,  fe  trompoit  bien  lourdement , 
quand  pour  fuppléer  au  defaut  de  la  digeftion ,  qu’il  croyoit  la 
caufe  de  fes  incommoditez ,  il  faifoit  de  violens  mouvemens 
après  le  repas ,  tantôt  fe  donnant  des  coups  de  poing  fur  le  ven¬ 
tre,  tantôt  prenant  des  pilules  laxatives  ou  quelques  éleduai- 
res  violens,  ôc  tantôt  heurtant  fon  ventre  contre  des.  tables, 
des  bancs ,  ou  des  troncs  d’arbres.  Car  quoy  qu’il  feToit  trouvé 


VI. 

Tantum  'enim  po¬ 
te  ft  an  irai  motus 
ut  muki  præ  fola 
lætitia  morbos  eva- 
ferint,  &  multi  præ 
mœrore  ægfota- 
lint,  GAlen.  Ub. 
fulla. 


Commentmioin  6. 
Epidem, 


xlij  EJfats  de  Adededne, 

de:>  Médecins  qui  ont  inventé  les  lits  fufpcndus  pour  bercer  \tè 
malades  comme  des  enfans,  c’eft  à  prefent  une  délicatelTe  hors 
de  faifon ,  &  à  laquelle  les  changemens  de  linges  &  les  autres 
rafraîchifl'emens  peuvent  fuppléer, 

Les  pallions  ne  font  pas  moins  à  obferver  dans  la  fanté&dans 
les  maladies,  &  particulièrement  pendant- les  malignes  ,  que 
toutes  les  autres  chofes  non  naturelles  dont  j-ay  fait  mention 
çy-devant:  &  c’eft  fans  doute  pour  cela  que  Chrilippeappclloir 
la  triftelTe  ,  tant  elle  eft  capable  de  réduire  le  corps  au  neanq 
&  qu'un  de  nos  Poètes  a  dit  ^  ’ 

Præterea  froeul  efi  'mæror  toEenâm  omnem 
'  Trifiitiam  de  corde  fuga^  nam  piacerat  artus 
Iteformat^ue  ipfum  corpus,  camfque  ca^Uloè 
Ante  diem  reddit. 

Mais  quelque  dangcreûfe  que  foit  la  trifteffe  s  lîeanmoins  on 
peut  encore  aflurer  que  fi  la  joye  ou  relperancê  viennent  à‘ 
contre-temps,  elles  font  un  aufli  mauvais  effet  que  la  triftelTe, 
trompant  le  malade  &  fcmpefchant  de  mettre  ordre  au  fpiri- 
tuel  &  au  temporel,  &  diffipant  les  efprits  dont  la  nature  a  be? 
foin  pour  les  codions,  li  faut  donc  bien  fe  garder  de  furprem' 
dre  les  malades ,  non'feuleraent  par  des  nouvelles  affligeantes , 
mais  encore  par  celles  qui  leurpourroient  caufer  une  joye  ex-?. 
ceffive,fe  contentant  de  leur  infpirer  quelque  gayeté,qui  eft  bien. 
plusde  faifon  dans  les  maladies,  chroniques  que  dans  lesa.iguës:i 
ôc  que  pendant  la  douleur  qui  leur  ôte  ordinairement  le  fen- 
ti ment  .des  chofes  agréables.  11  ne  faut  pas  même  leur  refufer 
les  chofes  indifferentes,  &  même  queiquesrunès  de  celles  qui- 
n’ont  pas  tout  ce  qu’on  y  pourroit  defircr  de  bon ,  quand  ils  les; 
fouliaitenc  pafiîonnément ,  les  plus  bizarres  ayant  quelquefois 
produit  des  effets  merveilleux  contre  toute-efperançç  êc  raifon. 
Mais  à  parler  franchement,  oHty  eft  affez  empêché,  Pn  effet 
dit  l\hafes,  unmalade  me  tourmentant  fout  accorder  quelque  cho^; 
fe  a  fon  appétit ,  fay  quelque  condefeendençe ,  ét  il  s  en  trouve  mal; 
f  avoue  ma  faute ,  d^ma  trop  grande  facilité  :  mais  quoy ,  ri ejl-il  pas- 
vray  d'un  autre  coté  que  Pii  fut  mort  faute  de  cette  petite  fatisfaltion, 
on  aurait  dit  que  cétoit  de  faimî  A  tout  cela  je  croy  qu’il  n’y  a 
qu’à  laiffer  dire  le  peuple,  &  fuîvre  le  conlcil'de  Galien,  qui; 
leur  accorde  tout  ce  qui  ne  peut  pas  leur  faire  de  mal ,  afin  de 
s’atiirer  la  eréance.neceffaire  pour  l’exhibition  des  grands  re- 
medes.  MaisToic  en  fanté  Ibit  en  maladie  ,  iieureux  eft  çeluy 


Troijtême  Partie.  Chi^,  VI.  xliij  " 

dont  la  raifon  réglé  tous  les  appétits,  qui  ne  fe  tient  jamais  dans 
une  feurcté  préfomptucufc,  ôi  qui  ne  defefpere  jamais  de  rkm 

Sperat  incertis 

Metuit  fecundis  ^ 

Alteram  fortem 

^ene  fraparatum  peBus.  ' 

Ët  encore  plus  heureux  qui  fe  conduit  par  les  réglés  de  la 
Morale  Chrétienne,  quoy  qu’il  foi t  fort  difficile  de  fe  garan- 

-  tir  des  attaques  des  paffions ,  &  particulièrement  de  celles  de  la 
colere  &  de  la  trifteffie,  deux  viperes  qui  apres  avoir  pris  naif- 
fancedans  notre  cœur,  le  déchirent  à  tous  momens.  Avec  tout 
cela  il  faut  obferver,  qu’encore  que  ces  deux  paffions  foienc 

‘  fort  préjudiciables  à  la  fanté  du  corps,  elles  peuvent  quelque- 
fois  faire  d’affez  bons  effets,  pouryeu  qu  elles  foient  modérées, 

Jrafcimini  (jr  nolite  peccare  ;  car  en  ce  cas,  qui  ne  fçait  que  la  co- 
lere  peut  réveiller  la  chaleur  naturelle  affoupie  dans  les  vieil- 

-  lards,  &  dans  les  corps  chargez  de  graiffeSc  de  pituite,  C’eft 
une  maniéré  de  fer qui  frapant  flir  une  pierre  dure  U  froide, 
en  fait  fortir  des  étincelles  capables  de  réveiller  les  efprits  en¬ 
gourdis  dans  le  cœur  &  dans  le  cerveau  &  d’atteniier  &  de  cui¬ 
re  les  humeurs  crues ,  froides  Sc  indigeffes  qui  empêchent  la 
coction,  &  le  commerce  des  efprits  &  de  la  chaleur  naturelle' 
dans  toute  l’habitude  du  corps.  C’eft  ainfî  que  la  trideffe  mê¬ 
me ,  quoy  quelle  foit  capable  de  deffecher  non  feulement  la 
moelle  des  os  .  mais  encore  jufqu’à  leurXubftance ,  Trifiitia  exfe- 
cat  effà  dans  les  temperaraens  bilieux-mélancoliques,eîlene  laiffe 
|)as  de  tcinperer  quelquefois  les  boüillons  du  fang^  lequel  dé¬ 
générant  par  une  maniéré  de  fermentation  en  feroiîtez  aigres 
&  piquantes ,  fait  un  appétit  trompeur  >  ou  des  veilles ,  des  fueurs  ® 
fymptomatiques ,  &  d’autres  accidens  qu’une  mélancolie  mo¬ 
dérée  ou  cette  efpecede  trifteffe  qui  procure  de  la  quiétude  au 
corps  peut  appaifer ,  tenant  ces  humeurs  en  bribe ,  &  les  rafraî- 
chiffant  par  l’inadion  oppofée  à  l’agitation  qui  provient  des 
caufes  externes  &  internes.  Il  en  eft  de  même  de  toutes  les  aii- 

,  très  actions  horsledefefpoir,  qui  peuvent  fervir  en  tous  les  états 
de  la  vie  ,  {1  l’on  en  ufc  comme  il  faut. 

Au  refte  je  croy  qu’on  ne  fçra  pas  fâché,  que  pour  Corol¬ 
laire  de  tout  ce  que  j’ay  avancé  dans  ce  Chapitre,  je  finiffe  par  serAfhî- 

les  remarques  d’un  bon  Auteur.  On  peche  dans  le  régime  des 
.  fains  &  dans  celuy  des  malades  ,  en  le  changeant  quand  ou,£’y  '  î. 


^  xliv  de  Jktededne, 

elt  habitué ,  &  qu’ott  ne  s’en  trouve  pas  mal,  comme  il  arrive  ^ 
ceux  qqi  ne  peuvent  fe  pafTer  de  quelque  aliment  folide  dans 
I  I.  leurs  maladies.  Quand  on  change  tout  d’un  coup,  fi  le  chan¬ 
gement  cft  neceflaire,  aq  lieu  de  le  faire  infenfiblement,  précau, 
tion  qui  regarde  particulièrement  les  maladies  longues,  &  ceux 
m.  qui  font  innrnies  naturellement.  Q^and  on  fubftituë  au  reoi, 
me  ordinaire  un  régime  tout  oppofe ,  dans  la  quantité  &  dans 

I V.  la  qualité.  De  plus ,  comme  c’eft  tromper  les  malades  que  d  e- 
tre  extraordinairement  complaifant  j  c’efl:  une  efpece  de  cruau, 

V,  té  de  les  contraindre  à  prendre  ce  qu’ils  abhorrent,  même  de 
.  leur  donner  trop  rarement  ou  à  contre-temps  des  alimensj  de 

leur  refufer  à  boire  quand  ils  ont  foif,  ou  de  les  faire  borre 
V  î.  dans  le  frilToii  des  accès.  C’eft  encore  une  grande  imprudence 

Y  1 1.  dç  donner  les  mêmes  alimens  à  tous  les  malades^  Enfin  il  fe 

faut  conformer,  autant  qu’on  lepeut,  à  l’afage  êc  à  la  métho¬ 
de  ordinairé  &  approuvée  des  Medecins^du  païs  où  on  fe  trou-? 
ve  J  parce  que  ce  qui  eft  bon  en  un  lieu  ne  left  pas  en  un  au¬ 
tre,  pourveu  que  cette  méthode  n’ait  rien  de  contraire  à  lare? 
ligion ,‘  à  la  raifon ,  &  au  tempérament  individuel  du  malade. 


C  H  4  P  I  T  RE  V  II 


Bd  Ke^i^des  de  U  CHrurgk  ^  ^ 

.  de  ^4  S àgnee, 

VOicy  la**  Mer  Ronge  de  la  Médecine,  où  les  uns  fe  faS- 
vent  commç  de  vrais  &  de  bons  Ifraëlites ,  éc  où  les  au- 
•  très  fe  perdent  eomiue  des  Egyptiens  inconfiderez, donnant  oq 
trop  ou  trop  peu  à  la  faignéef  çar  qui  ne  voit  que  çomme  cet¬ 
te  mer  eft  fciire  &  connue  aux  bons  Pilotes  de  la  Médecine^ 
elle  eft  dnconnuë  aux  malades  6c  aux  Médecins  ptévenus, 
incôgnitum^  Mer , dis-je,  inconnuë,  particulièrement  à  ces 
Eommes  qui  ne  fe  plaifent  que  fur  les  terres  malignes ,  arfeni- 
cales  ôc  dévorantes  de  la  métallique ,  T  erra  devorans.  Eu  effet  j 
rien  de  fi  connu  dans  la  bonne  pratique  de  la  Médecine  que  la 
fâignée,  mais  rien  de  fi  appréhendé  de  quelques  pufrllanimes 
Rien  de  fi  utile,  mais  de  fi  blâmé  par  ceux  que  le  nom  &  la 
couleur  de  fang  ne  déconcertent  pas  moins,  que  les  traits  8c  les 
couleurs  des  mafques  épouyantent  les  flmples  &  les  enfans. 


Troijtème  Partie.  Chapitre  VII.  xlv 

Comme  je  n’ccns  donc  pas  icy  pour  les  bons  Médecins ,  parce 
qu’ils  ont  la  Loy  &:  les  Oracles  en  vénération,  &  qu’ils  font 
profeffion  de  les  fuivre,  tout  ce  que  je  vais  dire  de  ce  grand 
remede  ne  fera  que  pour  ceux  qui  s’y  oppofent  trop  opiniâtré- 
ment  &  trop  fouvent>  où  pour  ceux  qui  en  abufent  impitoya¬ 
blement. 

Ceux-là,  nous  allèguent  les  Arabes  ,  qui  difent^.-ils  ne  fai- 
^gnerenc  pas  tant  que  les  Grecs:  A  quoy  je  répons  première¬ 
ment  ,  que  toutes  chofes  bien  confiderées  ces  Arabes  ne  paroi- 
tfoient  pas  fi  éloignez  de  la  méthode  des  Grecs, _fi  ceux  qui  les 
allèguent  voiiloient  fe  donner  la  peine  de  confiderer  leur  mé¬ 
thode  avec  attention.  En  fécond  lieu,  qu’ils  font  eux-mêmes 
bien  plus  Arabes  que  ces  Arabes  mêmes,  &  que  prefque  tous 
çes  Politiques  Aim.aphobes  ,  ont  tellement  outré  la  matière  par 
des  coraplaifances  fertiles  &  interefiees,  qu’aprés^avoir  foûtenu 
le  parti -de  la  faignée  dans  les  Ecoles  &  chez  les  malades,  ils 
ont  enfuite  changé  de  méthode  pour  fe  mettre  en  réputation, 

&  fe  diftinguer  de  leurs  Collègues ,  feurs  que  le  peuple  abhor¬ 
re  le  fang  j  deferteurs  infâmes, qui  meriteroientqu’on  les  trah 
ttât  de  même  manière  que  les  Romains  traitoieutJes  foldats  la-  r. 
phes  6ç  peureux,  leur  tirant  du  fang  comme  pour  évacuer  ce-  Uerlb,^ag,lo^^. 
luy  quhls  avoient  de  mauvais,  êc  pour  les  aguerrir  à  leur  dé¬ 
pens,  Ils  veulent ,  cçs  bons  ménagers  du  fang  vqu’il  foit  la  fub- 
flance  de  l’homme,  le  trefor  de  la  nature ,  êc  pour  ainfi  dire 
i’ame  du  corps ,  &  par  ponfequent  qu’on  l’épargne  en  quelque 
maladie  qup  ce  foit,  H  cela  (ans  confiderer  qu’un  mauvais  Ci¬ 
toyen,  quoy  que  partie  de  la  Republique,  doit  être  chaflé  &: 
mis  hors  de  la  Ville,  crainte  qu’il  n’ydntroduife  le  defordre  ôc 
la  corruption qu’il  ne  foit  à  charge  à  rEtat,  Ils  prennent, 
pour  ainfi  dire,  droit  dur  les  Difciples  d’Erafiftrate,  gens  au  fit 
entêtez  que  lenrs  Maîtres ,  jufques  à  ne  pas  fai  guet  même  dans 
les  plus  prenantes  oppreflîons.  Encore  s’ils  faifbient  la  Méde¬ 
cine  dans  les  Païs chauds  ,  ils  pourroient  remonter  jufques  à  la 
pratique  des  anefens  Egyptiens,  qui  fe  çoncentoient  ^  tant  la 
Medecine  ctoit  alors  grofiîere ,  du  lavement  &  d  u  f^rmôïfme  qui 
étoit  une  legere  purgation  5  &pourroierit  encore  mettre  en  avant 
ou  les  Chinois  ou  les  Cochinchinois  qui  ne  faignent  point,  ou  ^ 
même  les  Efpagnols  &  les  Italiens  nos  voifins,  qui  ne  faignent 
que  rarement,*  gens  dont  les  objections  font  de  fi  petite confe- 

quence ,  que  je  ne  dédaignerois  rapporter  icy  les  Réponfes  que  ; 


"Bajts  humidi 
pdi.  Hippocr. 


0i»Wt. 


%H(m>  \n  Fhitrfith 


y.  Dur  et  in  Coac. 
ffippocrat.p.  517. 


xlvj  Effets  de  Médecine, 

nos  Médecins  y  ont  faites.  Ce  qu’il  y  a  encore  de  pitoyable  mf< 
mi  nos  ennemis  de  la  faignée ,  c’efb  qu’ifc’en  trouve  de  fi  com- 
plaifans  qu’ils  font  femblantde  croire  avec  quelques  vifionnai- 
res,  que  les  faignées  du  pied  difiîpent  tellement  les  forces 
qu’il  faut  pour  vingt  écus  d’aliraeiis  afin  de  refaire  huit  onces 
de  fang.  Mais  quelle  autre  balTe  complaifance  de  dire  avec  le 
peuple,  qu’une  faignée  attire  du  cerveau  fur  la  poi  tri  ne»  comme 
fl  le  cerveau  qui  elt  le  centre  *  des  humeurs  froides,  étoit  celuy 
des  efprits  vitaux  qui  luy  donnent  l’impulfion  ,  &  qui  le  portent 
du  centre  à  la  circonférence,  &  même  au  cerveau, oii  il  ferei 
froidit  fi  Gonfiderablement ,  qu’il  n’a  garde  d’y  acquérir  cet¬ 
te  difpofition  qu’ils  s’imaginent,  &  cette  chaleur  qui  le  pour- 
roient  difpofcr  à  fe  décharger  fur  les  parties  voifines  à  in¬ 
ferieures.  A  quoy  on  doit  ajouter  que  ces  faignées  fe  fontor- 
d-inairement  pour  rappeller  les  humeurs  qui  fe  portent  des  par¬ 
ties  baffes  fur  les  parties  vitales  >  ou  même  au  cerveau  quand 
elles  ne  font  encore  qu’en  mouvement,  loin  de  les  attirer  dit 
cerveau  fur  la  poitrine  comme  on  fe  ,  l’imagine  groflierement. 
Voila  pour  les  poltrons  de  la  Medecine,  vo-icy  pour  les  impi¬ 
toyables  &  les  fanguinaires  5  pour  ces  Difciples  de  Botal,  qui 
tout  Italien  qu’il  étoit,  ne  laififa  pas  de  vouloir  loûtenir  qu’il 
n’y  a  point  de  maladie  où  la  faignée  ne  foit  neceilaire  ,  réité¬ 
rée  plu  fleurs  fois  ,&  en  de  diflFerentes  maniérés. 

On  a  dit  des  loix  deDraco  quelles  étoient  écrites  de  fengt 
que  ne  pourroit-on  donc  pas  dire  des  Aphorifmes&  des  opinions 
de  nos  Botaliftes  ?  On  ne  parloit  plus  du  cruel  Dipfas ,  de  ce  Ser¬ 
pent  affamé  de  fang  ,le  fameux  Aimagogue  de  Galien  étoit  péri 
.avec  fon  Auteur,  ôc  les  épées  ni  les  lances  ne  répandoient pas 
affez  de  fang,  quand  les  lancettes  prirent  leurs  places  pour  ré¬ 
pandre  le  fang  innocent  &  civil ,  PluPes  cccidit  Unceola  quant 
Uncea-,  on  voulut  faigner  en  toutes  rencontres  &  jufques  à  Beau,, 
"tout  autant  de  temps  que  duroit  la  fièvre,  fans  fe  mettre  en 
peine  des  forces  du  pauvre  malade.  T el  fut  l’avis  &  le  bo» 
plaifir  de  Botal, 

lüe  quad  ixigutm  refiahat  fanguinîs  artê  ^  : 

Haufit  " 

T^xcefît  Medicina  modum ,  nimiumque  fecuta  efl 

Quqm  orhi  duxere  manus. 

Tels  étoient  encore  ces  Médecins  de  notre  fiecle,  qui  diffs* 
metent  ce  grand  rcmede  par  un  abus  que  Duret  déplore ^ 


Troîfime  Pante.  Cliap.  VII.  xlvij 

dont  je  veux  bien  taire  les  funeftes  fuites,  pour  ne  pas  renou- 
v^ller  le  deüil  des  familles,  êc  Tindignation  que  ces  Médecins 
s'attirèrent ,  me  contentant  de  marquer  icy,  pour  égayer  un  peu 
la  matière  J  qtf’un  Médecin  de  notre  temps  ayant  fait  faigner 
trente-deux  fois  le  Page  d’un  Ambafladeur  Italien ,  qui  n’etoît 
pas  accoutumé  à  cette  méthode,  &  que  l’AmbalTadeur  luy  ayant 
demandé  per  là  curiofita^  après  luy  avoir  bien  donné  à  difné  6c 
de  l’argent,  pourquoy  il  avoit  ordonné  jufques  à  trente-deux 
faignées  à  ce  Page,  il  luy  répondit  lîmplemeot  faifant  volte  fa¬ 
ce  :  Il  et  oit  mort,  Monfieur^  iUl  r^eùt  été  fai<gié  que  trente  une  fois 

demie.  ‘  - 

Que  faire,  à  tous  ces  excès ,  ü  ce  n’eft  de  marquer  icy,  con¬ 
formément  à  la  doctrine  ôc  aux  raifons  d’Hippocrate,  de  Ga¬ 
lien  ,  &:  même  de  quelques  Arabes,  ôc  de  tous  les  Médecins 
dehntereflèz,  ce  qu’on  doit  penfer  généralement  parlant  de  ce 
grand  remede.  Je  dis  donc  premièrement  que  la  faignée  eft  ne-  I. 
çefTaire  par  tout  pii  il  y  a  fièvre  confîderable ,  &  qui  pafle  vingt- 
quatre  heures 5  où  il  y  a  plénitude,' inflammation,  ou  chaleur 
d’entrailles  j  dans  les  maladies  de  poitrine,  même  périodiques, 

^  entretenues  par  les  difpofitions  des  parties  bafles  5  dans  lesef- 
quinancies  ,  les  pleurefies  &  les  toux  5  dans  les  maladies  des 
yeux ,  quand  il  y  a  douleur  ou  inflammation  j  dans  les  pertes 
de  fang  pour  peu  qu  elles  foient  confîdérables ,  &  contre  natii^ 

•  rc  5  dans  les  playes ,  chûtes ,  &  contufions  recentes  j  dans  les 
goûtes  de  caiife  chaude,  rheumatifmes  &  fluxions  5  dans  les 
douleurs  même  caufees  par  des  ferofitez  &  des  vents ,  fi  elles 
font  un  peu  opiniâtres  &  en  des  parties  délicates  5  bref  en  tous 
les  âges  quand  la  maladie  le  demande,  puifque  Celfe  &  tant 
d’autres  grands  Médecins  y  font  formels,  êc  que  l’Arabe  Avi¬ 
cenne  tira  du  fang  à  fon  fils  âgé  feulement  de  quatre  ans.  Tout 
cela ,  fi  l’indication  des  temps ,  des  lieux  ,  de  la  conftitution  du 
malade,  .&  fur  tout  fi  la  coïndication  des  forces  y  confentent, 
quoy  qu’il  faille  beaucoup  de  prudence  pour  ce  remede  dans 
les  ébullitions  qui  pouflent  du  centre  à  la.  circonférence ,  com¬ 
me  nous  le  verrons  cy-aprés. 

Je  pofe  en  fécond  lieu  que  c’efi:  une  erreur  des  plus  groffie-  1 1. 
res  entre  les  erreurs  populaires ,  de  craindre  plus  une  faignée 
qu’une  purgation,  tant  parce  qu’il  efl:  facile  de  la  modérer, 
que  parce  qu’elle  ne  manque  gueres  de  rafraîchir  &  de  corri¬ 
ger  la  mafle  du  fangj  ce  qu’on  ne  peut  dire  de  la  purgation  , 


xlvnj  EJJais  de  Medecme.  v 

laquelle  fait  fon  effet  quand  elle  eft  une  fois  entrée  dans  le 
corps ,  où  elle  échauffe  &  aigrit  les  humeurs  félon  qu’elles  font 
difpofeesj  laiflant  toujours  le  malade  foible  &  dégoûté  après 
fon  operation,  pour  ne  point  parler  des  fuites  funcltes  dés  mé¬ 
decines  violentes  ou  données  à  contre-temps.  Mais  il  faut  qu’on 
fçâche  en  troiféme  lieu ,  que  r 

Les  Médecins  formez  fur  le  modèle  des  Héros  de  l’Art, 
bien  loin  d’outrer  cc  grand  remede,  n’ont  pas  laiffé  de  le  mé¬ 
nager,  tout  utile  qu’il  eft ,  jjufqnes  dans. les  maladies  de  poitri¬ 
ne,  quand  l’expedoration  fe  fait  bien  5  luy  fubftituant,  félon 
les  rencontres,  l’abftinence,  les  breuvages  rafrakhiffàns ,  les 
lavemans,  le  bain,  les  fridions ,  tant  il  eft  vray  que  la  prudence 
doit-être  la  guide  du  Médecin  en  tout  &.  partout ,  parce  que 
ce  n’eft  pas  à  la  nature  humaine  qu’il  fait  la  Medecine,  mais 
à  un  homme  en  particulier:  Socrates  eft  qui  curât ,  Socrates  eft  qui 
curatur. 

Je  remarque  en  quatrième  lieu,  que  pour  parler  de  bonne, 
foy  &  fans  paffion  ,  Galien  n’a  pas  toujours  écrit  de  ce.  remede 
dans  le  même  efprit,  particulièrement  quand  il  a  difputé  con¬ 
tre  Erafiftante  Sc  contre  fes  Difciples  j  &  que  c’eft  ainft  que 
non  feulement  les  Médecins  de  differentes  Facultez ,  êc  de  dif- 
ferens  climats,  fe  font  piquez  fur  cette  matière  comme  à  quel¬ 
que  jeu ,  &  qu’on  en  vit  au  fiecle  paffé  une  preuve  en  ce  qui 
arriva  entre  deux  fameux  Dodeurs  d’une  même  Faculté,  K 
d’une  même  Ville ,  lors  que  Fernel  &  Flcxelles  difputerenc 
avec  tant  de  chaleur  &  fi  peu  de  fruit  fur  l’ufage  de  ce  grand 
remede. 

Enfin  il  s’en  fauttoûjours  tenir ,  malgré  tant  de  raifons  fou- 
vent  captieufes,  alléguées  de  part  &  d’autre,  à  ce  que  l’expe- 
rience&  .le  bon  fens  en  font  obferver,  &  particulièrement  dans 
les  climats  voifins  de  l’Ocean,  où  on  voit  des  fuccés  fi  mani- 
feftement  heureux  de  la  faignée,  que  ce  feroit  fe  priver  de  cc 
qu’il  y  a  de  plus  effectif  6c  de  plus  feur  dans  la  Médecine ,  fi 
on  l’épargnoit  trop  en  ces  Païs-là,  fur  tout  dans  les  maladies 
que  j’ay  marquées  cy-devant.  Car  qui  ne  voit  que  l’air ,  les 
alimens,  &  les  .frequens  repas  des  peuples  qui  font  entre  la 
Seine  &  la  Loire ,  font  que  lès  enfans  même  la  fupportent  avec 
facilité  3.  circonftances  qui  méritent  d’être  pefées  non  feulement 
par  les  Médecins  finceres  appliquez  &  non  prévenus,  mais  en¬ 
core  par  les  malades ,  crainte  de  tomber  dans  ces  irrefoiutions 

qui 


Chap.  VI I.  xHî 

qui  nç  font  jamais  d’affaires,  &  qui  reduifent  les  gens  aux  ter¬ 
mes  de  ce  païfari  dont  parle  Horace  ,'qui  demeuroit  les  bras 
&  les  jambes  croifées,  attendant  une  riviere  à  s’écouler  pour 
pafTer  à  pied  fec. 

At  iUe  lahitur ,  df'  l^ihetur  in  omne  volubilis  avum. 

Mais  n  oublions  pas,  avant  que  de  venir  aux  fubftituts  de  ce 
grand  remede,  ces  faignées  qu’on  fait  dans  la  petite  veroilc  ôc 
dans  la/ougeolle,  &  qui  font  d’une  confequençe  d’autant  plus 
grande,  que  les  Médecins  fe  trouvant  tous  les  jours  d’opinion 
contraire,  on  ne  fçait  à  quoy  s’en  tenir  dans  une  occafion  fî 
délicate,  où  les  uns  &  les  autres  ne  manquent  gueres  à  foù- 
çenir  leur  opinion ,  fînon  avec  pareille  probabilité  au  moins 
avec  pareille  chaleur  ^  oftination  4e  chaque  côté.  Il  n’y  a  pas 
encore  longrtémps  qu’on  n’écoù  gueres  plus  hardi  à  la  faignée 
dans  l’éruption  de  la  petite  verollç  à  Paris,  qu’à  Montpellier  & 
dans  les  Provinces  3  mais  les  chofes  ont  bipn  changé  depuis  ce 
temps-là.  Pour  moy  je  croy  qu’aprçs  avoir  fuppofé  qqe  les  peu¬ 
ples  voifins  de  POcean  ,  lupportept  mieux  la  faignée  que 
ceux  qui  font  yoiGns  de  la  mer  Mediterranée;  il  faut  encore 
avoir  égard  à  j’àge  &  à  la  çonftitution  des  malades,  &  plus 
particulièrement  aux  fymptomes  de  la  maladie,  &  à  la  facilité 
du  difficulté  de  l’éruption  des  exanthèmes.  Car  tout  cela  fup¬ 
pofé,  je  tombe  d’accord  qu’on  peut  fai gpe?  gencralement  par¬ 
lant,  avant  l’éruption, pendant  l’éruption, &  rnêmç  après  l’é¬ 
ruption.  Je  m’explique.  Car  quant  au  pempi  qui  précédé  Pç- 
ruption,  il  eft  certain  qu’il  n’y  a  rjen  qui  diminué  davantage  la 
quantité  de  la  matière  qui  fermente ,  pi  qui  en  'adoucifTe  plus 
l’aigreur  que  la  faignée  >  outre  que  le  mouvement  qu’elle  donne 
alors  au  fang  dont  on  hâte  4  circulation ,  aide  &  ayançe  raa- 
nifeftement  cette  excre.tion.  Cela  eft  ^fans  difjçulte  ;  mais  il 
n’en  eft  pas  de  même  du  .temps  où  fe  faitl’éruptiqpj  car  fi  elle 
procédé  faqs  aecidens  6c  avec  facilité ,  pourquoy  troubler  la  v.  /.  in 

nature  dans^  foH  operation  ?  J^e  vaut-il  pas  mieux  lùy  prê-  Noaib.Genmifb.ub, 
ter  la  main  pat  des  cordiaux  temperez,  que  d’çmpêcher  cette 
excrétion  par  des  faignées  qui  ne  font  plus  alors  de  fai.fop  ?  S’il 
n’y  a  donc  ni  plénitude  manifeÇe,  m  inflammatibn  de  qiièlque 
partie  conliderâble ,  ni  difficulté  de  reïjpirer ,  ni  toux ,  ni  dbu-  Langius  ig.  Epifi. 
leur  de  côté,  ni  tranfport  au  cerveau  5  que  Purinç  ne,  |bic  ni 
rouge  ni  enflammées  éç  qu’au  refte  la  fièvre  ne  Toit  point  trop 
grande.,  à  quqy  boa  de  reüçrer  la  faignée  faite  vivant  l’éru-  Aiun.4lbc!uE.r. 
■  '  ■■  . .  "  '■  '  '  g  .  ' 


dinitnd.  de  Valdes. 
Chrifiiann.  From^ 
mxnn.  de  y.  S.  in 
Morbillis ,  Mxr- 
cell.  J>jnat.  c .  2, 5 .  de 
Varitl.  cnrat. 


1  •  '  Ejfais  de  MeJeéne, 

pcion  ,  fition  à  {oûcenir  un  encêcement  &;  une  mode  qui 
foûtenuë  ni  de  l’autorité  d’^àucim  bnn  Auteur,  ni  de  la  raifort 
ni  même  de  rexperience  *  puirque  nous  en  avons  bien  plusvû 
périr  après  ces  faignées  ,  que  nous  n’en  avons  vu  réèhaper  ; 
car  fi  Ton  veut  toujours  fLippofer  une  plénitude,  malheur  à  ces 
gens  plains  d’eux^mêmes,  qui  impofent  en  fuppofant  tout  ce 
qui  leur  plaît  >  mais  plus  grand  mal  heur  au  pauvre  malade  au¬ 
quel  on  impofe  de  fi  dures  loix.  Il  faut  donc  que  les^^ccidens 
règlent  tour  5  car  ils  pourroient  erre  fi  confiderables,quoy.que 
cela  n’arrive  que  rarement  y  qinl  faudroit  faigner  non  feule- 
nient  dans  le  conamencement  &  dans  le  progrès- du  mal,  mais 
même  dans  la  vigueur  y  ce  qui  s'appelle  faigner  pendant  ^  apres- 
l’éruption ,  de  crainte  que  les  fyinptomes  niaecabla&ot  la  na;- 
l^iire,  &  que  les  caufes  ne  s^emparafièni  de  quelques-unes  des 
parties  nobles  ,  &  n’y  fermentaflent  de  nouveau  lors  qu’on  croi- 
roit  le  malade  hors  d’affaire,  comme  il  arri'^e  quelquefois j  ce 
qui  a  fait  dire  à  un  Médecin  de  notre  temps,  qu’//  ne  ctoph  ks- 
enfans  guéris  de  ce  mai  que  quand  it  des  voyait  f&üer  dans  les  rueSyr 
cette  maladie  y  quoy  que  puerile ,  étant  de  eeliesqui  font  au  def 
fus  des  prédiélions  m-dinaires  dé  la  Médecine.  Il  faut  donc, 
quant  aux  affiftam  &  aux  malades’,  qu’ils  s’en  rapportent  à  ceux 
■  qui  en  fçavènt  bien  plus  qu’eux,  fur  tout -quand- ils  ont  fait 
choix  d’un  Medecim  qüi  ne  s’entête  pas  trop  de  1^'  faig;néeV8£ 
des  autres  remtdes.  A  quoy  j’^ajoûteray  eontre  ceux  qui  fônt 
tant  les  empreflez ,  que  lès  pothades ,  linimensÿ  &  auires  préten¬ 
dus  fècrets,  ne  font  que  de  purs  amufem^ns,.  inventez  potiif 
plaire  aux  femmes  6c  aux  gens  de  Cour  ,  les  foffes,  cicatrices, 
êc  éoûturcs  qui  fuiveut  trop  fouvent  ce  mai  étant  caufées  par 
l’impreflion  de  l  a  matière  plus  ou  moins  acre  &  eorrofive.  Car 
de  même  que  les  g4ics,  clous ,-  frondes ,  de  autres  affècfioos 
cutanées  ne  laiffent  des  marques  de  des  cicatriGes  que  quand 
kurs  caüfcs  ont  quelque  ^alité  corrofîvè,  âinfi  ies  impreffinns 
que  fait  la  matière  de  nos  cxaiithcmès  dépendent  de  la  qua¬ 
lité  de  cette  matière  plus  ou  moins  pénétrante,  piquante- dC 
cauftiqUe  ,  dC  de  la  diipofition  du  cuir  plus  ou  moins  délicat. 
Si  donc  la  matierè*efî  eft  douce,  &  le  cuir  ferme  de  ferré,-  il 
ne  fe  fera  pas  plus  de  marques  fur  le  vifage  qu’il^en  parôît 
d’ordinaire  fur  toutes  les  autres  parties  du  corps,  qui  fe  dé¬ 
fendent  bien  mieux  que  cette  partie  tendre  dé  expofée  à  l’air 
exteme.^  Et  voila  ccanme  tes  imprefitons  que  fait  fouvent  ce  vb 


Typijttm  Partie.  Cbap.  VII.  If 

kîn  dépe^  font  irréparables ,  liuliâ  reparabilis  arte ,  adiea  poiu? 
jamais  la  beauté,  Quelques  petites  qpe  foient 

ées  folTes ,  autant  d’abyfines  oii  cette  beauté,  fe  pferd  j  car  en¬ 
fin,  quoy  que  yeule  dire  la  Charlatanerîe ,  toute  la  matière  me- . 
diciriâle  ne  combleroit  pas  une  de  ces  foffes  en  un  fieele.  C*eft 
pourquoy  il  faut  pas  prendre  à  la  lettre  tout  ce  que  racon¬ 
te  Goldafte  dît  fameux  Moine  Médecin  NotKer.  Ce  Méde¬ 
cin,  dit-il,  prognoftiqua, premièrement  quuii malade  quiayoit 
une  hémorragie  auroit  trois  jours  après  la  petite  verolle,  &  il 
arriva  ainfi:  Et  moy  je  dis,  que  l’hemorrtgîe  pou  volt  empê¬ 
cher  1  éruption^  Ù  faire  mourir  le  malade,  &  qu ainfi  le  pro- 
gnoftie  n  étoit  pas  feur  ,  ni  fi  admirable.  Mais  quand  il  ajoûte, 
que  ce  Médecin  guérit  fi  parfaitement  le  malade ,  qu’il  ne  ]uy 
l-ffta  aucune  marque  de  ces  exanthèmes  j  qui  ne  voit  qu’il  n’y 
a  rien-enceia  de  fort  à  l’avantage  du  Médecin,  puifqu'on  en 
voit;  tous  les  jours  guérir  aaffi  pàrfaiteu^nt.,  fans  Médecin  & 
fans  remedei  Q^ant  aux' couvertuf es  &  étoffes  rouges  que  le 
peuple  met  avec  une  fotte  confiance  (iir  les  lits  des  maiades^/ 
croyant  faire  fortir  ce  venin  par  ce  moyen-ià,  autant  de  yi- 
fions, comme  je  prouve  fort  bien  le  doffe  Primerofe,  ôc  com^  1” 

me  rexperience  nous  le  montre  manifeftement.  Je  finis  en  aver-  ; 

aidant  les  fçmmes  qui  le  trouvem:  en  un  air  infedé  de  cette  ^ 
malignité}  éc  qui  craignent  plus  ces  exhantfietnes  queitous  les 
plus  gros  bubons,  que  le  meilleur  remede  eft  de  iuirvpârce 
que  ni  la  ,Çœur  en  çes  occafions  n’eft  en  feurcté  avec  le  frere, 
qi  la  mere  avec  fa  fille,  ni  l’ami  avec  fon  ami,  Nec hofpei  ab 
hofpipe  tum\  &  que  fi  elîes  font  obligées  d’y  deménrer,  toute  la 
précaution  qu’elles  peuvent  prendre  eft  de  ne  pointeraindre  ^ 

Çonfide  mulier^  car  affûrèment  la  çtaiute  fait  de  fort  méeliaus 
effets ,  par  tout  où  il  y  a  de  la  malignité,  • 

.  Les  icarifications^  les  fangfuës,  &  les  cautères  font  encore 
des  remedes  de  la  Chirurgie.  Les  premiers  font,  félon  Galien, 
les  véritables  fiibftituts  de  la  faignées  mais  les  deux  autres  ont 
fouyènt  befoin  d’etre  précédez  des  remedes  generaux,  Les 
anciens  Egyptiens  fe  fervoient  des  fcarifications  fort  çommtt- 
uément, les nouveauxen  retenoLent  encore  Fufage  au  temps 
de  Prolper  Alpinus,  qui  a  écrit  de  leurMedcçine.  Le  Méde¬ 
cin  Cleodemus,  cité  par  Plutarque,  fit* autrefois  un  Livre  des 
Scarifications,  ou  pour  mieux  dire  des  Ventoufes  fearifiées. 

Hippocrate  ^  Galien  s’eu  font  feryis  dans  pluiîeurs  maladies, 

g  'j 


y.  ^  4.  de  S  Mit. 

tftend.é'cap. 
t.  ad  Glaucon. 


V.Zacm.  LufttU.i 
Trax.  Admir  Ob- 
fervat.  6^.(^66.é 
Obfervat.  J.  ana.i 
’Ephemerid.  German 
Medic»  2hifi(er. 


Gale».  4.  de  lacis 
affea.  Zacttt.  Litfi 
prax.admirand»  U, 
obfervat.  é}. 


lij  EJ/ais  de  Medec'me, 

parce  que  les  enfans  &  les  perfomies  fort  âgées  n‘étaût  pas 
toûjoiirs  en  état  de  foûtenir  la  faignée,  ce  remede  en  peut  te¬ 
nir  lieu.  Déplus,  comme  les  humeurs  extravafées  ôc  répan¬ 
dues  entre  les  tegumens  &  les  mufcles  necedent  pas  facilement 
à  la  faignée,  on  ne  peut  en  faire  la  dérivation  que  par  cette 
voye.  Mais  pour  parvenir  plus  facilement  à  ce  but,  on  y  a 
joint  les  ventoufes,  qui  attirent  aufli  du  centre,  à  la  circonfé¬ 
rence  ^  comme  il  arrive  fouvent  dans  les  fièvres  malignes ,  ou 
cette  efpece  d’évaenâtion  vient  fort  à  propos,,  quand  les  hu¬ 
meurs  fe  trouvent  fubtilesSc  le  cuir  peu  tranfpirale ,  étant  de 
plus  d’un  fort  grand  fecours  aux  playes  faites  par  les  animaux 
venimeux.  Il  y  a  même  des  Païs  où  comme  on  fubftitûë  les 
fcarifications  aux  faignées ,  on  fe  fert  des  cornets  au  lieu  des 
ventoufes  >  &  particulièrement  aux  eaux  minérales  chaudes  ,• 
mais  quoy  qu’on  ne  s’y  ferve  pas  du  feu  pour  aider  à  l’attraclion 
que  font  ces  cornets,  ils  font  bien  plus  douloureux  5c  bien 
moins  utiles  que  ne  font  nos  vantoufes.  Galien  eftime  l’ufage 
des  vantoufes  feiches  ce  qui  m’étonne  d’autant  plus,  que 
nous  n’en  voyons  pas  de  fort  grands  fruits  ,  d’où  vient  que  la 
plufpart  des  Médecins  les  négligent.  QupY  q^’i^ 

•  cipale  précaution  qu  on  doit  prendre  dans  la  pratique  des  fcâfi. 

,  ficationSjCft  de  ne  les  faire  jamais  trop  profondes,  de  crainte 

•  des  aecidens  dont  on  a  quelques  exemples  funeftes ,  ôede  s’en 

’  abftenir  même  dans  des  parties  où  il  y  a  difpofîtion  à  gan¬ 
grené.  .  .  ^  ^  ^ 

Les  fangfuës  tiennent  lieu  de  fcarifications ,  particulièrement 
dans  les  parties  où  il  n’eft  pas  feur  de  fearifier,  &  quand  nous 
appréhendons  la  douleur ,  à  laquelle  les  anciens  ntétoient  pas 
fl  fenfibles  que  nous.  Ce  n’eft  pas  qu’il  n’en  puifle  quelquefois 
arriver  d’aufli  mauvais  effets  que  des  fcarifications  5  car  outré 
^  qu’elles  ^nt  quelque  malignité ,  il  n’eff  pas  fans  exemple  qu’el- 
5*  les  ne  foient  entrées  fi  avant  dans  le  fondement  ôc  dans  le  nez, 
qu’on  a  eu  peine  à  les  en  tirer.  Mais  ce  qui  furprend  davan¬ 
tage,  s’il  cft  véritable,  eft  qu’elles  ayent  pénétré  dans  le  cer¬ 
veau  j  car  pour  cette  femme  qui  penfa  perdre  un  œil  par  une 
fangfuë,  qui  pafla  du  grand  angle  à  la  conjonctive  qu’elle  al- 
loit  percer,  fi  le  Chirurgien  ne  s’en  fut  appercep,  cela  n’eft 
pas  difficile  à  comprendre.  Quant  à  leur  malignité ,  nous  n’en 
avons  pas  d’exemple  plus  recent  6c  plus  confiderable  que  l’hi- 
ftoife  de  la  Païfanne,  laquelle  s’étant  cachée  dans  un  lac  en*; 


Tmjiéme  Partie,  Cfaap.  V 1 1.  liij 

tre  des  Rofeaux  crainte  d’un  Cavalier  Polonois  ,  dont  elle  ap- 
prehendoit  rabord,  fut  trouvée  morte  &  environnée  de  fans- 
lues  ,  qui  fans  doute  i  avoicnt  rait  périr  plus  apparemment  par  légj,  ob-ferv.i^z. 
leur  malignité  que  par  la  quantité  du  fang  qu’elles  avoknt 
fuccé.  Ainfi  je  ne  m’étonne  pas  que  Galien  en  àcr^TL^touve 
Tufage,  mais  de  dire,  comme  le  veut  Zacutus , qu’il  les  faut 
fuïr  comme  la  pefte,  c’eftee  me  fèmble  une  opinion  bien  ou¬ 
trée.  Mais  à  ce  propos  que  n’auroit  point  fait  cecte  plante 
dont  nous  avons  parlé  cy -devant  ,  ce  çclebrc  Aimagoguc 
dont  Galien  nous  a  donné  Phiftoirc  ,  bien  autre  pefte  que  la 
prétendue  pefte  des  fangfLiés  ,  puifqu*il  droit  tout  le  fang 
du  corps  par  transfudation  ^  êc  que  ce  fut  de  crainte  qu’on 
n’en  abufaft  ,  que  l’invention  en  fut  ftipprimée  ^  menant  au 
fupplice  les  yeux  bandez  j  le  Païfan  qui  l’a  voit  découvert. 

Surquoy  il  me.femble  bon  de  remarquer  icy  que  cette  plante 
ayant  eîlé  inconnue  aux  fiommes  ,  depuis  le  fecônd  fiecle  de 
TErc  Chrétienne ,  jufques  au  commencement  du  noftre,  Mon- 
iîeur  Laugier  Medeciii  demeurant  à  Sennez  en  Provence  ,  la  ■ 
découvrît  de  nouveau  dans  les  Montagnes  de  ce  Païs-là  ,  ce 
qui  nous  a  été  affuré  par  M.  Laugier fori  fils,  Médecin 6c H er- 
borifte  aux  gages  de  feu  Monfieur  le  D uc  d’Orléans  >  ôc  auquel 
(bn  pere  avoit  promis  d’en  donner  la  cbnnbfil&nce  quand  il 
auroic  atteint  l’âge  de  diferetion  i  ce  qu’il  ne  put  faire  ayant  ; 
été  prévenu  par  la  mort;  v./  :  j  ■  ;  : 

Les  Cautères ,  ces  remedes  de  la  Chirurgie  ,  dont  le  nom 
n’éftgueres  moins  defagreable  que  la  chofe,  font  d’un  ufage 
fort  ancien ,  puifquc  nous  lifons  dans  Hérodote  que  les  Noma¬ 
des  ,  peuples  de  la  Lybie  ,  s’en  fervoiènt  contre  le  mal  caduc 
des  enfans.  Les  .Greés  6c  lés  Latins  skn  font  fervis  comme  les 
Barbares ,  6c  6n  s’en  eft  toujours  forvl  dcpuisku5c.  :  Ainft  je  ne 
voy  pas  que  le  Neptune  eût  raifon  de  dire  ,  qu’il  n’aimôit  ni 
les  Cautères ,  ni  les  Câuterifes  j  mais  c’eft  qu’il  aimoit  ces  al- 
iüfions  du  temps  du  Nervezej  qui  palToîent  encore  de  fon  temps 
pour  fubtilitës  d’efpric.Le  Cantefe  aebuel  eft  un  fer  chaud  fa¬ 
çonné  de  differentes  maniérés  6c-  figures  j  félon  les  befoins,  dont 
on  fe  ferc  pour  arrefter  les  hémofragses  6c  empêcher  que  la  ca¬ 
rie  des  os  ne  s’augmente  j  mais  le  Potentiel  n’eft  qu’un  mélan¬ 
ge  de  fels  minéraux  ou  végétaux  qui  brûlent  infenfiblement  le 
cuir ,  6c  qui  y  font  une  efeare  à  laquelle  fücéede  un  ulcère  qui 
donne  ilîuë  aux  humeurs  qui  ont  dé  k  difpofition ,  6c  de  la  p.en-  ' 

g  iU 


Scrapiîlo.fa  au- 
ribus  vulnera  Dciis 
incuUc  &  raJîti  fc- 
çic  vexatipnein  cr 
pf  ris  i'ûi  f 


Pdef  vitæ  in  vi- 
taip  Pæ«4  M  ^  •  * 
5i  proptcr  Chri,^ 
ftum  iacpMa  d^r 
x^v&i'vi*TermU. 


*  FomicuL'. 


llv  EJJkk  df  Medeçm, 

te  à  fortirparccs  égouts,  quoy  qu  on  s  en  fcrve  auffi  quelque^ 
fois  pour  ofter  lefentiment  aux  parties  où  onyeutf^ire  desin- 
cifions.  Je  ne  fuis  donc  pas  furpris  qu’on  fe  ferye  des  uns&  des 
autres  dans  le  befoin  jmaîs  jq  ne  puis  fouffrir  .quq  les  femmes 
de  noftre  temps  en  abufqnt  fottqment ,  perfuadées  qu’elles  font 
que  non  feulement  çes  égouts  empêchent  de  grandes  incofe 
modités  j  mais  encore  qu’ils  font  ç^ablqs  de  conttibuer  à 
netteté  &  délieatelTe  de  leur  teint,  Tertullien  ne  pou  voit  fpuf^ 
frir  que  les  Dames  de  fon  temps  fe  fillenc  de  petites  playes  aux 
oreillqs,  qu’auroit-il  donc  dit  décès  ulcérées  qui  çùefçliçnt  la. 
netteté  de  leur  peau  dans  l’ordure ,  &:  dans  la  fpüiliure  de  leurs 
membres.  Car  fi  les  ulcérés  faits  d^-ns  l-efprit-  de,  yanitq,  nq 
font  ce  que  le  même  Tertullien  .appelle  Satana  ,  au 

moins  faut-il  convenir  que  c’efl:  elïrc  bien  elclave  de  fa  peauf 
que  de  la  faire  marquer  au  coin  ùfs  efclaycs,  Qn  dit  de  çes 
ouvertures  ,  &  de  çes  maniérés  dq  playes  qu’on- fait  à  l’arbre 
qui  donne  le  Baumie  ,  que  c’eftyde  ces  playes  qu'il  tire  fon 
prix  ,  dant  fretium  i  mais  il  ne  faut  pas -que  les  Damc^ 
qui  foLiffrcnt  cqs  playes  ^  çes  ulçere§  dont  il  eft  ici  quef- 
tipn ,  s’imaginent  en  èftre  plus  pretieufçs ,  ni  devant  Içs  hom¬ 
mes  ,  ni  deyanc  pieu  j  car  qu  ne  yoi  t  pas  ni  dans  leur  intention, 
ni  ;dans  la  dnûleur  qu’elles  rcntem.  de  çef  atteintes ,  cette  ffdfur 
de  vie  ffpur  Uvie  plus  rOdprnnte  que  le  baume  de  la  Terrerfain- 
te,  la  chair  dés  Ghrétiens  n’çtant  faite  que.  pour çey  faintç^ 
rigueurSj  ^  pour  ces  mqurtirifleu res  qui  n’pnt  qu’une  fin  chré¬ 
tienne  |  a  moins  de  pela  toutes  ces  playes  &  tous  ces  ulcères 
ne  p^iTent  de  la  chair  qd’efprit ,  que  pour  le  çauteri  fer  pi  toya¬ 
blement  &  honteufement,  Concluons  .donc  .pour  frqip  de  ce 
diCcours  des  çante^Çs  »  quq  quoy^qùuls  puisent  eftre  utiles  en 
de  certaines  oçeafions  ?  ils  ne  font  pas  toujours  çe  qu’on  en  de¬ 
mande  5  la  nature  çonnoiffant  Içs  yoy es  ^  }es routés,  ditHip^ 
pocrate, qu’il  luy  faut  tenir  ,  il  n’eft^as  fi  facile  qti\on  fe  l’i- 
maginq  de  luy  faire  prendre  le  change.  Oefi:  donc  fort  foù- 
yent  en  yain  qu’on  çhçrchp  dans  des  lieux  arides  ,  ce  que  la 
Mededne  appelle  des  fontaines  f  5  car  quand  même  on  les 
trouveroit,  l’un ^  Baiurq  feXe  n’en  feroit  pas  mieux,  de  telles, 
fontaines  étant  plus  capables  de  faire.  1- effet  de  <  ' 

lenc  ,  que  de  faire  l’androgine  de  celle  de  Salma* 


Ttoîflème  V^rtie.  Chapitre  V  ï  L  îv 

Qiiatit  à  lampiuation  des  membres,  _qui  ett  enéore  un  des  xe-  Homices  siormi 
«ftiedes  de  la  Chirurgie ,  il  y  faut  bien  de  la  cifGonfpeclion .  i 
parce  que  les  hommes  mutilés  dev'iennenrj  pour  ainfi  cfire,  inu- 
-tiles  à  la  République,  même  après  Tavoir  été  parles  or- 
dres  &  confeils  de  la  Médecine,  au  par  les  Afrefts  de  la  Jufti-  ümbra  Traaabi- 
ce.  Rien  de  fi  horrible  que  de  voir  une  fletri0eure  ,  qui  nous  z^o.Eptfc. 
reprefente.  Qalbam  auriculb  nafoque  €arentcm  t  rien  de  fi  pitoyà-  5^^  atrodas 
ble  qu’un  manchot  qu’un  mutilé  ,  particulièrement  decer-  barbaris  vifumeft, 
•  taines  parties  ,  quand  ce  n’eft  pas  pour  empêcher  un  plus  grand 
malj  cât  pour  nous  arrefterprécireraent  à  cette  erpecedemu-  vivcrc  fnpcrftucs 
tilltion  dont  onabufe  quelquefois  àt  l’égard  des  jeûnes  garçons, 
il  n’y  a  rien  de  fi  foible  que  les  raifonncaienSÿ&  lesaucoritez 
que  mettent  en  avant,  ceux  qui  veulenE  foutenir  cette  opéra-  ^^rdiusno^, 
tion  faite  fans  neeefiité.  Ils  oppofent  quelques  Loix  anciennes 
aux  fentimens  des  Pères  &  des  T  heologiens,  Sceaux  Regîemens 
des  Empereurs  Chrétiens  ,  5c  font  d’autant  plus  oppofés  aux 
ordres  de  Dieu  qu’ils  gâtent  fon  ou vrageipar  ce  Yilain  retran- 
ehement.  Ils  ne  voyent  pas  que  les  Médecins  mêmes  Payens 

improuvoient  cette  operation  ,  faite  fans- neceffité,  5c  que  les 
Magiftrats  des  Gentils  la  refervoient  pour  punir  les  adultè¬ 
res ,  ôC  pour  flétrir  les  ennemis  pris  en  guerre.  Qui  doute  donc 
que  ce  ne  foit  un  infulte  fait, à  la  nature ,,  une  efpecG  d’homi¬ 
cide  5  &  une  metamorphofe  contraire  à  Fintention  du  Créa- 
teur,  de  mettre  le  Ghef-d’œuvre  de  fiss  mains  en  un  état  qui 
ne  le  rend  ni  homme  ni  bête.  \  ^  ^  ^  ^  ^ 

Seufarihica  ferra 

Luxuries  noluit.  nafcl  lamÿnis  mîhtâtté  ^  #  «  ' 

Servatoqne  diu  puerili  fere  coégît }  ^  ^  '  ; 

ArteretardatamV'enerifervirejüwntam, 

Car  de  dire  que  le  confentement  du  patient  rend  Poperâ- 
tion  permife,  ôc  c^e  .'Volenti  non' fit  injuria  ,  n’eft  ce  pas  vouloir 
ignorer  que  perfonne  n’eft  le  maiftre  dé  fon  corps  ,  qu’il  eft 
tout  à  Dieu  qui  l’a  formé  ,  dépendemment  de  iuy  à  l’Etat 
Cuncla  folutis  ^ 

TunyintuŸ  membra.  ojficiîs ,  née  fauems  iltis , 

JPanibüS  amifiùm  qmàquam  defideret  illis. 

Quant  à  Futilité  que  les  perfonnes  paffionnees  pour  la  Mu- 
fique,  s’imaginent  trouver  dans  îa  voix  douce  5c  puerite  des 
,  hommes  atnfi  deshumanifés  ,  cela  n’eft  neceiPahe  ni  à  la  vie 
civiicjui  même  à  la  Tymphonie  EGckfiaftique.Ôn  s’en  peut  pat 


anforntts.- 


LaBant,^  divi».  in- 

' fil  tHt.  l.  Clip,  II, 


*Ne  filvæquyem^ 
horridiorquç  natiu 
rsf  faciès  medicinis 
caret,  facrâ  iliâ  pa¬ 
rente  rerum  orr- 
niurn  nufquam  non 
remedia  dirponen- 
re  homini,  ut  Me-: 
diçina  fieret  ctiam 
folitudo  ipfa.  Plin. 
in  Prifat,  libri  24 . 


Ars  ornatrix* 
Ars  fucâtrix,.  - 


Ivj  Medecîne, 

fer  dans  toits  les  états ,  ôc  d’autant  plus  facilement  que  neui  nè  deZ 
vons  goûter  dans  les  Temples  que  ce  qui  peut  nourrir  nofire  ame  ^ 
nous  rendre  plus  gem  de  bien  y  car  quiçonque  tombe  dans  l" extés  de  n/t 
tirer  autre  fruit  du  plaifr  que  leplaifir  meme ^e fl  digne  de  mort. c’eft 
ce  que  le  docfce  &  pieux  JeandeSalilberi  confirme  par  cette  In- 
diidion.  ^.idàm  venerabilisvir  circiter  feptingentorum  Tfonachorum 
pater^  banc  Monafleriis  fuis  prafcripfit  legem ,  ut  omnia  eorum  cantju 
totiüsmelicæ  pronuntiatiohis  exuant  modoSyé'  tit  folà  ? falmerum  ^ 
dum  fint  fi(g^ificativa  contenti  pronuntiatione .  SufpcBa  equidem  fmt 
JanBo  viro  y  vàluftati  cognatamollities  ,  ea  quod  yoluptas  parenS;  lifli^ 
dinnlnêfl P—  -  \  ^ 

Qmâémm  non  excitai in^en  voxtbkiTida^  nequ,am\ 


CHAPITRE  VriE 
De$  fècGurs  qui  défendent Jt  k 

IL  n’y  a  que  Iç  fer  &  le  feu  qui  foienc  particuliereniem  delà 
Ghirurgie ,  elle  emprunte- tous  fes  autres  fecours  de  iTEfiar-. 
niacie.  Les  rem^,çs  de  celiev-  cy  étant  donc  d’ùnç  éténdué 
bien  plus  grandèj  *  que  ne’fant  ceux  de  eçUedà,  cequc  nous 
.a^ons  à^en  dire  fera  d’une  bien  plus  grande  diîçution.  On  les 
tire.’des  trois-  familles  de  la  nature ,  les  animaux ,  les  végétaux, 
&  les  minéraux  ,  &  on  les  divife  généralement  parlant  en  Am¬ 
ples  &  en  compofés.qui  font  ou  purgatifs?  ou  fimplement  al- 
teratifs  ,  ou  cordiaux ‘ritous  difFerens  en  qualités  çn  vertus. 
Et  c’eft  pour  cela  que  je  diviferai  cç  Chapitre  en  trois  Articles. 
Le  premier  contiendra  les  principaux  purgatifs  tant  fimples. 
.  que  tfompofés::  Le  fécond  les  altcratifs  qui  font  le  plus  en 
ge  :  Etie  troifiéme  les  cordiaux, fpecifiquçs,  ou  Alexitaires  def- 
tinés  aux  maladies  yéninieufes,  milignçs,  d’uti  méchant  ca- 
rutdère  yenfiiite  dequoy  je.palîerai  aux  remedes  de  la  Gpfme- 
tiquejmais  bien  moins  pour  en  enfeigner  L’ufagÇjqpe  pou  ravoir 
Qccafion  d’infpirer  de  l’horreur  de  ceux  de  la  Commotique. 

ARTICLE  PREMIER, 


itifs  en  general. 


Dfii  Remdes 

ns  purgatifs  fbus  lefquéls  nous  comprenons  les  vomitifs» 
_^fonc  de  deux  fortes  ?  lés  fimples  Ics  compofés  »  mais  coin- 


Troifiéme  Partie,  Chapitre  VIII.  IVij 

me  il  en  faut  avoir  quelque  idée  generale  avant  que  de  def- 
, cendre  au  particulier.  Remarquons  que  les  remedes  purgatifs, 
félon  Hipocrate  &  Galien,  font.deftinéi  à  l’évacuation  des  hu¬ 
meurs  gâlf  ées  5c  corrompues  ,  é'  ne  f  cuvent  flm  retourner  en 
qroice  4ivec  U  namre  s  c’eft  pour  eela  que  ce  dernier  définit  la 

.  I  •  ^11  ■  •  •  n  1  ji^VhOTljWt, 

pargacioti  une  eyacuaçion  des  humeurs  qui  nuilent  par  leurs 
qüalkés^  mais  parce  que  les  purgatifs  font  prefqucs  tous  con¬ 
traires  à  l’eftomack ,  qu’ils  font  chauds,  fecs  & acres,  5c  en  vueffium  ahu^ 
quelque  maniéré  part icipans  des  qualités  du  poifon  ,11  Bim  cap. 

bien  plus  de  précaution  qu’on  ne  xroit  pour  en  faire  un  bon 
ufage.  Ge  n’eit  pa*s  que  je  pretende  faire  ici  leçon  aux  Mede- 
.cins  fur  cette  matière  ,  ni  même  donner  au  public  des  précep¬ 
tes  furs  pour  fe  garantir  entièrement  de  leurs  mauvais  effetsj 
cela  ne  (e  peut.  Mais  je  veux  lèulement  marquer  en  faveur  des  : 
perfonnes  valétudinaires  éloignées  de  tout  fecours  ,  êe  mêmeen 
faveur  des  étudiaus  en  Medecine ,  ce  qu’il  faqt  éviter  dans 
Idifage  qu’on  en  fait  communément  5c  trop  librement  f  5c  que  ♦ 
c-e  n’eftpas,  comme  le  remarque  Hippocrate  ,  une  petite  affaire 
que  de  aen  .vouloir  fervir  de  fon  chef.  Il  faut  donc  qu’on  fe  . 
mette  dans  refprit  :-4^remierement  que  i’ufage  des  purgatifs  eff  L  . 
dangereux,  quand  la  nature  chaffe  d’ellç-même  ce  qui  péché/»  Apherifm, 
en  qualité  ,  ou  en  quantité  ,  parce  que  quand  elle  y  procédé 
comme  il  faut  j  c’eftlui  nuire  que  de  la  vouloir  aider  ,  ne  maiv 
quant  gucres  àfaire  ces  évacuations,  que  nous  appelions  fpon- 
tanées,  au  bien  5c  à  l’avantage  des  malades ,  5c  de  ceux  qui  ne 
font  encore  que  dans  la  voye  Ôedans  le  chemin  de  la  maladie? 
car  quant  à  ces  évacuations  qui  excédent  dans  la  durée ,  dans 
la  quantité  ôc  dans  la  qualité  ,  on  tombe  d’accord  qu’il  y  faut 
remédier  par  de^  feconrs  propor donnés  au;?  çaufes  de  l’çyaçua^ 
îioB. 

:  En  fécond  lieu ,  il  ne  faut  pas  prétendre  dé  purger  les  hu- 
meurs  groffieres ,  terreftres  5c  gluantes  ,  fans  avoir  préparé  le 
malade,  par  l’abRinence ,  les  lavemens,  le  repos,  les  rafraichif- 
fons  ôc  les  apperitifs  ^  autrement  le.  purgatif  ne  fera  que  paffer 
defius ,  ou  irriter  ce  qui  n’eft  pas  encore  préparé  ^ôç  preft  à  ce^ 
der.  Cela  eff  fi  vray ,  que  les  purgatifs  donnez  fans  cette  pre- 
GautiQU  5c  à  contre-temps ,  font  d’ordinaire  des  vertiges,  des¬ 
défaillances  ,  des  coliques ,  des  naufées ,  des  épraintes  ,  des  fiè¬ 
vres,  ôc  qu’il  arrive  même  quelquefois  qu’ils  purgent  toute  au- 
îrechofe  que  ce  qu’ils  faut  purger. 


Ivitj  Effds  de  Medécmh 

Or  la  précaution  ne  regarde  pas  feulement  la  nature  de® 
humeurs  qu’on  veut  purger  ,  mais  encore  Le  temps  de  la  purga¬ 
tion,  5c  particulièrement  dans  les  maladies  aiguës,  oul’^occafioi^ 
eft  de  La  derniere  importance,  &  quelquefois  même  dans  les  ma¬ 
ladies  chroniques,  &  dans  ce  qu’on  appelle  état  neutre  de  de- 
eidence,  ce  qui  fait  que  je  ne  puis  m’empêcher  d’admirer 
témérité  de  certains  Apotiquaires ,  ôc  même  de  certains  Chi¬ 
rurgiens,  pour  ne  point  parler  des  Charlatans,'  &  encore  plu® 
celle  des  malades  &  des  affiltans  qui  fe  comportent  en  ces 
oceahons comme  fi  ce  n’eftait  qu’un  jeu.  C’eft  ainfî  que  fous 
le  nom  d’une  médecine  de  précaution  ,  faute  d’avoir  bien  pris 
fes  mefures,  on  tue  un  homme  qui  fe  portoit  alTez  bien;  mal¬ 
heur  dont  on  n’a  que  trop  vu  d’exemples.  Ce  n’éftoit  qu’une 
de  ces  petites  médecines  de  précaution  que  prit  l’Empereur 
Maximilien  L  &;  ce  petit  remede  fîtune  fi  grande  révolution; 
dans  fon  corps  ,;que  tous  le  corps  de  La  Republique  Chrétien- 
•  ne  en  fentit  le  contrecoup  r  ce  remede  ayant  fait  périr  avee. 
ce  Prince  toute  l’erperance  qu’on  avoit  conçue  de  la  Ligue  con¬ 
clue  contre  les  Infidelles  5  de  forte  que  Le  petit  remede  ne  fut 
falutaire  qu’au  Grand  Ture.  ' 

En  troifiéme  Lieu  ,  il  faut  apprendre  d’Hippocrate  &  de 
Galien  ,  que  ceux  qui  fe  portent  bien  tombent  dans  la'def- 
faillance  accablement  quand  on  les  purge  3  parce  que  le 
purgatif  ne  trouvant  pas  où  fe  prendre ,  il  fait  une  fonte  des 
hume'urs  louables..  Cependant  on  ne  laiffe  pas  de  voir  des  mé¬ 
lancoliques:,.  &  des  Médecins  qui  ont  une  fotte  paLîîon  pourles’ 
piirgatirs ,  qui  ne  donnent  jamais  de  treves  à  la  nature ,  qu’ils 
voudroient  faire  entrer  malgré  qu’ellé  en  eût  dans  leurs  vi- 
lions,  fans  penfer  que  les  purgatifs  ne  font  faits  quèpourceux' 
qui  font  a(^ucllement  malades,  ou  qui  font  en  péril  dé  l’êtré 
notablement  &  bien-tôt.  Mais  ce  qu’il  y  a  eneore  de  bizar^^ 
dans  la  pratique  certains  Médecins,  c’eft  que  comme  il  f^ 
trouve  des  malades  qui  periroient  plûtoft  que‘d’avaller  un  re¬ 
mede  purgatif,  ii  y  a  des-  Médecins  qui  ordonneroient  plûtoih 
dix  faignées  que  le  moindre  minorâtif. 

En  quatrième  lieu  ,  on  fait  une  faute  dans  l’exhibition  des 
■purgatifs  ,  quand  on  ne  confidere  pas  la  nature  individuelle. 
t.de Medicftm.^uŸ'  dcs  malades  ,  chofè  facile  à  faire,  dit  Hippocrate  ,  û  on  les  in- 
gmtih,  terroge  a  loilir,  fur  la  facilité  ou  difficulté  qu’ils  ont  a  foppor- 

ter  1  effet  du  niedicamenticarc’effainfi  que  prpgortionuant,.au: 


II  L 

I.  7;  A^hmftrio- 

Qêtnm&itAU 


ir. 


Troijîème  P4r/-/V.  Ghapîtfc  VI I  ï.  lix 

iïnt  qu’il  fe  peut,  le  remedc  à  la  portée  &  à  la  nature  d’un  cha¬ 
cun,  on  en  évite  les  méchans  effets  ,  &  que  le  Médecin  fe  met 
hors  dcdanger  de  voir  périr  fon  malade  le  jour  qu’il  a  pris  me- 
.<iecine;  Calamité Hippocrate,  la  flusfkcheufe  ^  la  plus  hmteitfe 
de  toutes  celles  ^ui  peuvent  arrivée  a  un  Médecin.  Comme  i  1  y  a  donc 
i?ien  des  occafi&ns  où  il  ne  faut  pas  penfer  à  la  purgation.  Voi- 
çi  ce  qu’en  a  remarqué  ce  fouverain  Dictateur  cfe  l’Art.  Né  l.  de Meâkitment. 
fur^zjamais  dans  une  fièvre  confderable.  Dés  que  les  ordures  de  la^ZlT^È^itJeZ- 
première  région  demandent  quelque  évacuations  y  tachez^de  la  procurer  tk. 
par  les  lavemens  revulfifs.  Ne  purgezjii  dans  la  douleur  de  tefley  cau~ 
fée  par  l exercice  de  la  ehaffe  ,  de  la  eomfe  y  ou  de  Venus.  Gardez-. 
vous  bien  meme  de  purger  ceux  qui  font  pâles ,  enroüez^y  rateleux  j  ceux 
qui  refpirem  difficillement  ■,  qui  touffent  y  qui  font  altérés  y  engourdis , 
fujets  aux  vents  ■>  qui  ont  des  duretez^  cthipocondres  ^  la  veu'ê  bàfiè^ 
isruits  d'oreilles ,  incontinence  et  urine ,  jauniffe  y  flux  de  ventre  c au f épar 
des  crudités  >  dans  k s  perte  de  fang ,  é*  dans  les  douleurs^  car  il  y  a  bien 
du  perd  â  le  faire  da?îs  (es  maladies.  On  trouble  la  nature  dans  fies  ope^- 
rations ,  ^  dans  ce  qu'elle  médité  en  faveur  du  malade  d  quand  on 
fia  point  d’égard  â  de  tels  ^  femblabUs  incidens.  En  éffét ,  encore' 
que  certains  endroits  de  ce  texte  demandent  quelque  glofe  Bc 
cxplicatron,  il  n’efi:  rien  de  fi  vrai  que  ce  qu’il  contient' fur  la  ma-' 
tiere  de  la  purgation.  quoy  on  doit  ajouter,  comme  dit  le  meme 
Hippocrate  en  un  autre  endroit ,  qu’il  faut  toujours  commen-  ^ 
eer  par  quelque  fâignée.  Ma^is  il  efl  encore  plus  neceflairc  de 
remarquer  que  fi  Galien  &  Hippocrate  n’ont  pas  fait  de  difii-  :  ' 

culte  de  purger  les  femmes  groflesjparticulieremertt  à  mi-terme,  ’V'* 
les  Médecins  Chrétiens  font  obligez  d’eftre  nlus  circonfpecls  ytâHs  r». 
que  n  ont  elfe  les  Payens ,  &  qu  il  elt  bien  plus  loir  de  tenir 
la  bride  un  peu  haute  en  ces  occafions ,  que  de  la  tenir  trop  l⬠
che,  rexperience  nous  ayant  fait  voir  que  comme  ce  remede  ' 

4onné  trop  facilement  a  malheüreufement  faitaccoucher  quel¬ 
ques  femmes  avant  le  terme  i  d’autres  femmes ,  quoy  que  fort 
incommodées  des  accidens  de  la  grofiefle  &  de  quelques  autres 
qui  fembioient  demander  la  purgation ,  n’ont  pas  laifTé  d’aGoU'^ 
cher  heureufement  fans  ce  remede.  Mais  ,  quoy  qu’il  en  foit, 
generalement  parlant,  il  faut  toujours  plus  de  précaution, pour  ' 
purger  les'  femmes  que  pour  purger  les  hommes  j  car  outre . 
qu’elles  font  d’une  nature  plus  délicate,  on  peut  pêcher  con¬ 
tre  les  maximes  de  la  Medecine,  &  contre  la  confciencc ,  fi  on  • 
n’eft  affuré  de  l'état  où  elles  font  actuellement. quand  on  k$; 
furge,  h  ij 


Ix  t  Efjkis  de  Medeclne, 

Mais  me  dirâ-t*on  peuc*êtrc  ,  paifquc  Tufage  des  purgatif^' 
cft  11  dangereux  ,  ne  vaudroit-il  donc  pas  mieux  s’en  abdenit 
entièrement  6c  particulièrement  des  Chimiques  que  de  s’enfer- 
vir  ?  Non  adurement  5  car  la  plûpart  des  purgatifs  bien  préparez 
&  même  les  Spâgiriquesdonnezd’une  bonne  main  peuvent  gué¬ 
rir  endes  occa-fionsj.  ouïes  purgatifs  des  Grees,& ceux  des  Ara^' 
bes  ne  feroient  quurrker  l’humeur ,  ôc  violenter  la  nature.  Car 
parlant  generalemenf  tous  les-  purgatifs  ne  font .  dangereux 
qu’entre  les  mains:des  ignorans  ôc  des  temerairés  qui  s’en  fer¬ 
vent  fan?  les  connoître  rindifferemmeiit  en  toutes  fortes  de  ma¬ 
ladies  5c  de  temps  ,,  fans  avoir  égard  à  la  dofs.  Ainfi  il  ne  faut 
pas  s’imaginer  que  les  Spagiriques  foient  de  la  feuk  invention 
de  Paracelfe,  puilque  les  Medecins  Dogmatiques  s’emfervoient 
avant  luy  j  que  nous  avons  mêmes’  des  préparations'  G himi- 
ques.des  purgatifs- dont  Galien-  &  les- Arabes-  fe  font  fervisy 
&  qu  il  y-  a-  des  remedes^  chimiques  auffi-  bénins  ôc  auffi  feurs 
que  les  Galéniques..  Ainfi  ifeft  des  oecafions  oii  ils  peuvent 
çftre  chacun  à  leur-  tour  de  faifiin}  de  maniéré  que  le  Mede-^ 
cinqui  youdra-pas  s^n  fërvir, pat  négligence oüfignorance 
ne  fera  jamais  rien  de  bon.  Les  anciens  Médecins' nous  ont 
ouvert  le  chemiri  de  la  Medecine,  les  modernes  les  ottc  fuiVisi- 
ipais  ils  font  enfin  allez  plus  avant,  ôC  il  n’y  a  que  les  finges  de 
la  Medecine  qui  le  foient  égarez  dans  les  voyes  de  ia.Spagi-^ 
tie.  ^ 

,  On  demande  à  propos  de  purgatifs  &  de  leur  ufager,  s’il  faut 
prendre;  garde  au  lever  ,  au  coucher  ôc  à  la  conjonâion  des^ 
Mres  quand  on  les  prend,  comme  le  veulent  tous  ;  les  Aftro- 
logucs  ,  ÔC'  comme  Hippocrate  ôc  Galien  femblent  le  vouloirr* 
Q^nt  aux  premiers  leurs  rai fons  fontfi  obfcures,  pour  ne  pas  . 
dire  fi  chimériques,  qu’il  n*y  a  plus  perfonne  de  bons  fens  quh 
s’y  arrefie, -nos  Gorpsn  étant  lujets  qif  aux  influencesd©  la  Lune# 
&  à  la  chaleur  du  Soleil ,  ôc  non  pas  aux  inâucnees  des  autres^ 
Aftres,  On  dit  -même  à  ce  propos ,  que  le  fçavant  Simon  Piètre 
Kiedecin  de  Paris,  ne' pou  voit  foufFrir  qu’on  luy  parlât  chez 
les  malades  des  quartiers-  ôc  des  diverfes  Phafes  de  la'  Lune,  ni 
de  femblables  vanitez  touchant  les  Aftres.  Quanta  Hippocrate  ‘ 
ÔC  Galien, quoy  qu’ils-ayent  été  d’avis  de  prendre  garde  au  lever' 
ôc  au  coucher  de  quelques  Aftres  dans  Padminiftration  des  pur-' 
gatift,  cependant  nous  ne  voyons  gueres  que  cela  foit  de  confer- 
quçuçe  d^s  la  pratique  de  chnaac,,  où  les  purgadfs  font 


Tmlîéme  Partie.  j^j 

bien  plus  doux  qu^cn  e&luy  des  Grecs  -,  &  l’àir  aflTez  tempéré  , 
outre  que  fi  od  vouloir  arrêter  a  ces  précautions ,  on  ne  troif- 
veroic  jamais  ni  les  tems  ,  ni  les  momens  propres  à  la  purga¬ 
tion:  Q£C  d’oppofîtions  ,  de  eonjonéïions  y  de  quadrations , 
que  d’équinoxes  ,  de  rdlftiees  ,  d’arpees  &  de  phenomeries  oh 
il  fâudroit  laifTer  faire  la  nature  pendant  pluriéurs  jours  5  que 
de  fériés  pour  les  remedes  ,  &  que  de  terris  pour  les  caùfes  des 
maladies  j  qui  gagneroient  cependant  le  tems ,  &  qui  rie  mari- 
queroient  pas  à  enlever  le  malade.  ^ 

On  deiriandc  encore  fi  k  nature  ri’à  pas  fait  naître  en  ehay 
que  Païs  tous  les  purgatifs  ôi  autres  temedès  neceflairès  aux 
.  maladies  qui  régnent  ordinairement  en  ces  lieux-là?  Plirie', a  la 
vérités  la  cru  ainfi ,  mais  il  n  eft  pas  vray.  akfolument  parlant  | 
car  fi  elle  a  fait  naître  des  fpeeiêqucs  pour  eêrtaînês  maladk^^ 
de  certains  Païs  ,  dans  le  Païs  rriêmej  elle ri’eri  a  pas  fak  uaitre 
pour  toutes  les  autres  maladies  que  ees  Païs  ont  em  eoirimUa 
avec  d’autres  climats.  Au  contraire  elle  a  eu  foin  do  donner 
aux  Uns  ce  qu’elle  n’a  pas  donne  aux  autres ,  pour  obliger  lés 
hommes  à  u  n  eommeree  d’amitié  .4'  outre  que  tou  s  ces  remèdes 
qu’elle  nous  donne  ont  des"  qualités  differentes  a  pfoportiGn  d^- 
Ce  qu'ils  ont  dé  Soleil  &  de  foL  -Il  faut  dôriC  riêCèSairèrrieiïë 
avoir  recours  à  ceux  des  autres  Païs  quand  cêtiXidu  -^re  né 
fuffifent  pas ,  comme  il-  arrive  tous  les  jours:  Mais  quarit  a  l’ 
fâge  dé  ces  remedes, quels  qrfils  foient,  les  malades  riê''fôdob 
vent  pas  chagrinery  fides  MedeGiiis-fes-rêïtërêrit^^quelqucs 
occafions  y  8^  s’ils  fcurdê  mauvairgo^t ,  ptulqu’ils^r mfeligèZ' 
d’en  proportionner  la  quantité  laqualité  aUx  Caufes  dés  ma-^ 
ladies  ,  n’étant  pas  cri  liur  pouvoir  de  les  rcridré  autres quéle 
Greateur  les  a  faits, &  de  chariger  les  ^veurs4  -ordiriairéirieriri 
defagreableS  ypeüt-êtrC  afin  deriouS  oblîger  â  Uri^rieir  uné^ié- 
réglée  y  étant  au  réfte  falutaires  dans-  leuts  fiii  tes  éc  dâûs  teiirs^ 
effets;  c’eft  ainfi  que'  les  plus  falutaires  Antidotes  font  cachés 
fous  l’horrible  figure  du  ferpent  dont  én  les  tire. 

E  diiPieffo  là  teinà  efee  û  ^  ^  ^ 

Ét  qo’on  a  dit  de  celui  mêmè  qui  ne  laiffâ  pas  d’effrayer  llbmé 
çpiarid  il  y  vint  chaffer  la  pefte  qui 

Ce  font  deux  chofes  bien  differentes ,  que  de  pialrC  an  cœur  5t 
à  la  bouché,  ce  qui  eft  l’agréemeritde  celle' Cy,  eft  quelquefois 
lé  poilori  de  céluy  là  ,  &  au  contrairê  céquléaUfe  deThorreuir 
à  l’un ,  eft  ce  qu’il  y  a  de  plus  proprek  ré-cablir  l’autré:  '  - 

h  iij 


F-  Pnmerof.'Èrrèr: 
PopHlar.  l.  4.  ç.  7^ 


yij  Ejjah  de  Meiednè, 

Ï  X.  J’avertis  encore  que  c’eft  une  erreur  populaire  de  prendrç 

comme  font  quelques  perfonnes  des  pilules  purgatives  avant  Iç 
repas  j  car  ayant  ordinairement  l’Alpés  pour  ^afe  qui  eft  enne¬ 
mi  de  l’eftomach  ,  au  lieu  de  purger  les  humeurs  tcrreftres  Sj 
ce  tartre  qui  croupit  dans  les  replis  dû  mefentcrej^çen  plufieurs 
autres  eadroits  du  bas  ventre,  il  ne  fait  que  troubler  la  cpaion 
^  attirant  dans  le  ventricule  des  humeurs  billieufcs,  échaufep 
route  la  baffe  région, au  lieu  de  purger  ce  qui  peche. 

X,  .11  eft  encore  â  propos  de  fçavoir  que  fi  les  purgatifs  font  un 

thtd.  efFet>,j  daias  les  maladies  periQdiqiies  ou  de  tetour ,  c’eft  une 

'  erreur  de  ne  s’en  vouloir  feryir  qu -au  Printemps  , une  feule 

dofe  n’étant  pas  fuffifantc  pour  chafTer  des  çaufes  qui  dépen- 
^  dent  de  la  conltitutipn  &  des  di rpofitions  des  parties  qui  les  pro^ 

duifentcominuellempnt,:  /  . 

Jv ;  De  plgs  fi  ion, vomit,  comme  il  arrive  quelquefois,  le  purga-r 
tif ,  il  ne  s’en  fauqprcndre  ni  au  Mcdecim,  ni  à  PApotiquaire  ^ 
comme  on  fait  ordinairement,  car  fi  cela  n’arrive  qu’une  heu, 
re  ou  deux  après  Pavoir  pris  s  il  né  laifïê  pas.  d’operer ,  ôc  d’é- 
vacimr  tout, ou  partie  dejçe  quai  a  trouvé  ffans  le  yentricu's 
le  ,  &  dans  les  partiçsvybîffnej.  v^  fes  voye^ 

fçâch.ant  fe  foulagerieh  de  differêntes  mtanieres. 

XîJ.  .  Quant  Av  la.  chaleur  &  à  .  la  froideur  aÉuçlles  des  purgatifs 
queîonprend.j  c^efl  une  chofe  affez-indifferente,ilne.faut  quf 
^  fe  connojtrfefofememe  pQur  n’y  pas  faillir,  les  uns  ne  poüvant 

boire  ;çhaud5^1es.:autïes#QidadJeS  Anciens  benvoient  chaud 
tout  ce  qu^d^iprenménc  leiQur?;de  la'medecinÆ  ,  mais  nos  mos 
dernes.ne  font,  paitonjours  de  leur  ayp,  car^il  y  a  des  ren^ 
contres ,  où  il  faut  Japire  actuellement  jfiqid.  O n  dit  a  ce  pror 
pps -que  Jean  de  Yega  Medecimd’un  Vice  Roy  des  lndes,  luy 
ayant  ordonné  un  boüilion  de  ppullet  tiede  poiiç  exciter  une 
médecine  ,  dont  l’operation  étoit  ;  trop  lente  ,  mais  que  cela 
n’ayant  feryi  de  rien ,  le  eêiebre  Médecin  Philippes  Jugraffias 
étant  furvenu  s.sAvifa  de  luy  faire  prendre  feize  onces  d’çau . 
froide  fiicrée  ,  qui  non  feulement  appai  fa  fes  douleurs  ,&  fes 
frimpr^f.  îhügmt  uaufées ,  mais  encorp  fiC'faire  à  la  médecine  tout  ce  qiCoii  en 
pouvoir  defirçr.  Ge  qu’il  y  eut  en  tout  cela  de  meilleur  pour  le 
dernier  venu  eft  que  le  Vice  Roy  luy  donna  le  gobelet  d’or 
dans  lequel  il  avoit  pris  l’eau  froide  fucrée.  C’eft  donc  le  tem- 
peramment  du  naalade  ,1a  coutume  &  la  nature  du  purgatif  qqi 
doivent  feryir  de  réglé  aux  Médecins  en  ces  ocçafionSj 


Ghap. V I II.  Ixüj 

Mais  une  des  principales  précautions  qu’on  doit  prendre 
dans  le  choix  ôi  ufage  des  purgatifs ,  eft  que  non  feulement  il 
ne  s’en  faut  pas  rapporter  à  tous  venans ,  mais  qu’il  ne  faut  pas 
même  s’en  rapporter  à  fon  propre  jugement  encore  moins 
à  ces  livres  de  recettes  où  tout  eft  écrit  à  vcüe  de  païs  ,  èc  où 
il  fe  peut  trouver  erreur  dans  la  dofé  ,  témoin  cé  qui  arriva  à 
Mr  le  Rez  Profédeur  en  Phiiofophie  fi  connu  dans  Paris.  Il 
trouva  dans  un  de  ces  Livres  certain  purgatif  qui  luy  plût,  f 
maisqui  étoit  fort  mal  dofé  »par  une  faute  d’imprcffion  ,  ê.  l’er^- 
voya  prendre  chez  l’ Apoticaire  qui  le  luy  prépara  de  bonne- foy^ 
ne  fçachant  pas  fans  doute  ce  qu’on  en  voulok  faire  j  maiscelâ 
n’empêcha  pas  qu’il  n’en  mourut  en  fort  peu  de  temps.  Que 
d’imprudens  dans  le  monde  qui  ne  ménagent  guerres  mieux 
leurs  vies  que  le  Païfan  Thracius  ménagèoit  les  arbres,  car 
voyant  fon  voifin  tailler  les  vignes  5^  les  oliviers ,  il  les  coupoit 
jufques  à  la  racine.  Que  de  pareilles  bévuës.  dont  les  fuites.fonÊ 
chagrinantes  pour  les  familles, où  aucun  n’ofetoit  s’én  plaindré 
ni  s’en  confoler  avec  fes  amis  crainte  d’en  eftre  blâmée 

Au  refte  comme  on  n’efi:  pas  toûjours  en  état  de  prendre  dés 
purgatifs  p  qu’il  y  a  des  corps  qui  ne  les  peuvent  foùlFfir  ,  & 
des  maladies  où  ils  ne  font  pas  encore  de  faifon  j  j’avertis'  icy 
que  les  lavemens  réitérés  font  quelquefois  le  même  effet ,  ôc 
qu  ils  font  d’un  fecoitrs  tres^particulîer  quand  ils  font  bien  pré¬ 
parez  ,  chaffant  feurement  des  matières  que  certains  purgatifs 
n’auroient  fait  qu’ébranler ,  êc  aigrir  i  car  qüoy  qu’ils  ne  paf- 
fentpas  le  gros  boyau,  iis  ne  laiffent  pas  de  foulager  là  premieré 
région  du  corps ,  éc  quelquefois  la  fécondé ,  auflî  s’en  fert^on 
toû'oitrs  fort  utiiemenr  avant  la  faignée  &  la  purgation, &  même 
après  cellc-ey  quand  elle  neprocedepas  biefniprécaution  ^avis 
dont  les  Charlatans  ne  s’a  vifent  gueres,tanc-ils  ont  envie  d’ex- 
pedier  matière  tout  d’un  coup.  Rien  de  fi  fréquent ,  dit  Hé¬ 
rodote  chez  tes  Egyptiens ,  que  ce  remede'dont  ils  tiroient  de 
fort  grands  fecours.  Ainfi  Galien  ne  peut  s’empêcher  d’invec¬ 
tiver  contre  ces  Medêcins  Gomplaifans,  qui  pour  donner  dans 
la  fauflé  pudeur  &  dans  là  delicateffe  des  malades  j  les  difpen- 
fent  trop  facilement  de  s’y  foûméttre,  en  quoy  les  Arabes  font 
de  fon  q>iniqn  le  croyant  fon vérarn  pour  les  maladies  delà 
première  région,  &  pour  quelques  unes  de  celles  de  là  fécon¬ 
dé,  &  particulièrement  pour  les  coliques.  Car  quant  au  Phr- 
lofophes  Plotin*,  qui  ne  pou  voit  fe  réfoudre  à  ce  remede  ,Ie 


XIIÎ. 


XIT, 


*lSîec  Gîyfïereî, 
nfeciglam  ThesiaH 


Ixiv  .  "  '  :  Effm  de  Mededne, 

croyant  contraire  à  la  gravité  Philofophiquc 


il  eft 


a  croire 


Èam  «ccepit  ,  cum  ^  ^  ^  ^  _ 

”'am°^man(U«o-  n’cût  pas  parlé  ainfi  s’il  eût  eu  quelque  commerce  aveç 
?um"corporibus  ca  Ics  douléurs  qm  le. demandent,  Pout  V auhelmoiit  &  fes  Seda-. 
perepfeam  fcdicc-  teurs  qui  n’en  voulçnt  jamais  entendre  parler,  je  les  renvoyé  à 

.  .  Pexperience  ^  ^eux  ;q.ai  n’admettent  aucune  des  raifons  de  la 

rangeant  cependant  du  codé  dii  feoliafte  de 
E^o  yero  .fi  clyRc-  î  oi^rervation  152.  dés  Ephemerides  des  curieux  de  la  naaire  , 
i4  imerdido.  py-  011  il  dit  à  çe  prppos,  quc  fî  OU  banniflbit  les ciyderes  deiapra- 
exuLe  ^fitrentar  la  Îvîe  ü  UC  voudroit  plus  l’cxerçer. 

noiiem  effe  Medic*  '  Enfin  pQur  derniere  prccaudon  touchant  les  renaedes  pur,? 

V  ptifsjje  croy  qu’il  n’eft  pas  trop  Peur  de  prendj-e  le  grand  air  le 
'  ^  P^rr  qu’on.a  pris  méd.ecinc,&  particulièrement  en  hiver, de 
crainte  que  Pair  externe  n’einpêche  l’aclion  des  remedes  ,  & 
qu’il  ne  caufe  une  fupprcfîion  à  laquelle  il  pourroit  furveair 
des  trancljées  ,  des  héyrçs  &  d’autres  aeeidens  tres-dangç- 
féux,  - 

.  Les  voniitifs  ne  font  differens  des  purgatifs  qu’en  ce  qU'  ils  fonç 
leur  effet  pa^  haut ,  ee  qui  les  rend  ftifpeds  aux  fages  Mede^ 
çins  ,qui  ne  s’en  fervent  que  dans  une  preffànte  neceiîîté.C’eft 
pour  cela  qu’il  eft  à  propos  d’en  dire  ici  quelque  chpfeen  ge^ 
neraL  avant  que  de  les  examiner  en  particulier.  Les  anciens 
s’en  fçrvoient  bien  pins  fréquemment  que  nous  ne  faifons,  jaf- 
ques  à  les  admettre  parmi,  les  remedes  de  précaution,  Hippo- 
crate^^avoit  pour  maxime  ,  qu’il  faloic  purger  les  malades  en 
Efté  par  haut,  &  en  Hiver  par  bâs>  mais  il  nelaiffepas  d’avoüer 
que  l’ufage  ^  dçs  purgatifs  ^  des  vomitifs  eft  dangereux. Aufli 
Galien  nous  ditril  que  les  vomitifs  font  particuliérement  pour 
les  maladies  longues  ôc  rebelles ,  comme  les  dejeclifs  pour  les 
aiguës  3  mais  qu’on  les  peut  donner  au  çommeacementde  cel- 
Ics-cy  quand  if  y  a  de  la  malignité  ?que  Phumeur  eft  en  rut 
&  qu’çiie  fait  effort  dans  la  première  région.  Mais  c’eft  l’af¬ 
faire  du  fage  Médecin  de  prendre  garde  quand  ’  comment  , 
&:  à  qui  on  Içs  donne,  Car  outre  que  toutes  les  eonftitutions  ne' 
font  pas  propres  à  vomir ,  &  particulièrement  les  poitrines  foi-* 
De  cmfi^  sÿmp-  Mes  J  le  vpmiffement  eft:  nn  mouvement  convullif  de  l’eftp- 
mach  contre  nature  ,  ^  pour  parler  avec  Galien  une  efpeee 
d’acouchement  d,c  cette  partie.  C’eft  pourquoy  je  m’étonne 


XV. 

^deriola  lecorum 
commart:.  l.  i^. 

hs^u 

f.  A^harifm. 


.  |,,  4.  de  MerhiSf 


Irt  Antidatât; 


tih.  é  Afhmf»^‘ 
Comprit .  lit 3  ^7' 


Zücut.  Lufît.  frax- 
^dmirand.  c.aJ. 


qu’un  autre  moderne  faffe  difiiculcé  de  mêler  des  purga¬ 
tifs  avec  des  vomitifs  j  car  bien  loin  que  ce  mélange  fafte  coiur 

me  il  le  veut  des  mouvemens  contraires  ,  l’experience  nous 

. .  ^  ■  -- 


T Yoifmf  partie,  Chap.  V 1 1 1.  ixv. 

îalt  ^oir  que  les  purgatifs  déterminent  fouvent  les  vomitifs 
par  bas,  &  qu’ils  en  brident  la  violence  ,  les  entraînant  dans 
les  inteftins ,  ou  ils  exercent  leur  facultez  bien  plus  feurement 
que  ne  faifoient  les  vomitifs  des  Anciens ,  pourvu  que  les  ma¬ 
lades  ayent  été  bien  préparez,  par  les  rafraîchi  flans  &  les  hu- 
meftans  5  précaution  des  plus  neceflaires  pour  en  éviter  les 
mauvaifes  fuites.  Mais  pour  cela  il  ne  faut  pas  laifler  de  rom¬ 
pre  toutes  les  mefurcs  quand  on  eft  prefle  du  mal,  lesremedes 
que  PoD  prend  avec  quelque  efpece  de  précipitation  ,  ne  lâif- 
fant  pas  alors  d’être  de  fai  (on. 

Je  croi  encore  qu’il  efl:  bon  d’avertir  ici  les  jeunes  Mede- 
eins ,  qu’il  y  a  des  rencontres ,  où  les  malades  rejettant  touslcs 
remedes  de. mauvais  goût,  il  efl:  impoffible  de  leur  faire  aval- 
ler  ces  Emeto^Mariijfms  :  Et  qu’en  ce  cas  là  ,  il  n’y  a  rien  de,.fl 
feur ,  que  de  m.êler  i’émetique  avec  quelque  flrop,  ou  autre  li¬ 
queur  agréable,*  ce  qui  a  quelquefois*  reuflî  en  des  occafions  où 
on  defelperoit  dii  falut  des  malades  faute  de  ce  petit  ftratageme. 

Il  ne  rederoit  donc  plus  qu’à  marquer  ici  d’où  viennent  les 
facultés  despurgatifs  êc  des  vomitifs,  fl  cet  éclairciffement  étoit 
de  confequence  pour  le  peuple, &  s’il  ne  paflToit  point  fa  portée. 
Je  dirai  donc  feulement  ^  en  paflant  en  faveur  des  Etudians  en 
Médecine  8c eiiPbilofophie, que  Galien,tout  grand  Philofophe 
8c  Médecin  qu’il  étoit,  s’efl:  trompé,  attribuant  leur-s  operations 
,aux  qualités  manifeftes ,  8c  à  la  convenance  que  les  humeurs 
ont, avec  les.  remedes  qui  les  ébranlent,ôc  qui  les  attirent  enfui- 
teicar  outre  qu’il  y  a  bien  des  implications ,8c  des  contradiclionv 
dansfan  raifonneracnt,quine  fçait  que  les  operations  particuliè¬ 
res  viennent  des  formes  fpecifiques ,  8c  que  comme  toutes  les 
formes  viennent  du  ciel,  qui  félon  les  jPlatoniciens  en  efl:  le  Sé¬ 
minaire  j  c’efl:  à  ce  mélange  qu’il  fautdonner  toutes  les  adions 
des  purgatifs  8c  des  vomitifs,  comme  le  prouve  admirablement 
ledode  Vâleriola,parles  raifonnemens  8c  audoritez  de  Mefué, 
d’Avicenne  8c  même  de  Platon , contre  les  fubtilités  de  Galien, 
que  le  même  Valeriola  fe  croit  obligé  d’abandonner  en  cette 
occafion  i  Tout  cela  étant  donc  ainfl  fuppofé  ,  venons  au  par¬ 
ticulier  de  ces  grands  remedes  ,  que  nous  ne  toucherons  nean¬ 
moins  qu’autanc  qu’il  efl:  neceffaire  pour  guérir  les  gens  de 
leurs  préventions,  maladies  d’efpric  qui  peuvent  caufer  Sc  icn-r 
tretenir  celles  des  corps  ,  fi  on  ne  fe  tient  en  garde  contre  les 
fi^rmations  des  ignorans,  8c  contre  fa  propre  facilité,  ‘  ^ 


Locor.  cemmunmm 


mfds  de  Mede(dne^ 
ARTICLE  II. 
Des  Remedespurgat^s  en  particulier: 


QÜoy  que  les  Auteurs  divifent  ordmaircment  les 

gatifs  en  violens  ,  en  medioéres  en  bénins  ,  je  fun 
vrai  ici  ceux  qui  les  divifcnt  en  fimples  &  en  eompofés^ 
commençant  pas  les  plus  ufîtés  ,  &  defcendant  infcnfible- 
ment  à  ceux  dont  on  ne  fe  fert  que  rarement  &  avec  gran¬ 
de  difcretion  y  marquant  même  >  en  paflant  le  degré  des  quali¬ 
tés  de  chacun  en  particulier  ,  par  oii  on  pourra  diftinguer 
les  bénins  des  violens  3  car  quant  h  ceux  dont  Fufage  eft 
tout  à  fait  pernicieux  &  malhonnefte ,  je  garderai  un  grand 
filenee,puifque  Galien)  tout Pafenqu^il  était,  a  écrit  qu’il  ne 
voudroit  pas- feulement  les  nommer.  Je  commence  donc  par 
Le  fenné  j  ces-peti tes  feüiîles  Bü  ces  petites  gouffes  qu’oiT 
nouS'  apporte  diï  Levant.  Car  elles  ne  fontpas  ce  que’ s’ima-^ 
gine  le  peuple ,  quoÿ  qu’^i'l  ny  ait  rien  de  fi  commun  dans? 
la  pratique  de  la  Medecine.  Elles  font  chaudesv6c  fecheS 
au  delà  du  deuxième  degré  ,  ennemies  de  l’eftomachv 
opérant  lentement,  donnant  des  tranchées,  fi  elles  ne  font 
in fu fées  en  grande  eau,  Ôc  avec  de  bons  corrcd:ifs,d’ofi  viehe 
que  quelques  Médecins  les  mettent  au  rang  des  violeUs  pur-^ 
gatifs  quo^  qu’elles  ne  foient  en  e^t  que  de  celuy  des  médio¬ 
cres  ,  &  qu’elles  ne  faffent  pas  de  grands  defordres  quand  lé 
corps  eft  préparé  par  les  rafralchinans  &  les  humedans , 
quand  l’infufion  ^  aidée  par  quelque^  autres  medicamens 
qui  tiennent  lieu  de  cofredifs.  Qi^nt  à  rancicnneté  de  fon 
ufage  ,  il  eft  certain  que  les  Grecs^ne  s’en  font  Jamais  fer- 
vi ,  &  par  eonfequent  qu’ils  né  rom  pas  connu  :  car  de  dire  qüé 
c’élè  le  C«»/a^rr<i^de  Tfieophrafté,  ou  le  Be^hiniumt  ùy  a  tao^ 
de  différence  de' ces  plantes  cy  à  celle  là  ,^qae  le  fenné  mêmé 
qui  vient  d’Italie  ô£  d’Efpagne  eft  bien  inferieur  à  celuy  qui 
vient  du  Levant.  Il  eft  vray  qu’il  y  a  d^s  conftirntions  dé  corps^ 
fi  pardeuiieres  qu’on  ne  les  peut  purger  avec  du  fenné  ni  en 
înfufion,  ni  en  fubftancc  ,  qu’ils  ne  tombent  dans  des  douleurs 
&  dans  des  défaillances  terribles. C’éft  pourquoy  lesbonspra"» 
ticiens  Buy  fubftituent  en  ce  cas-là  l’infufion  du  caîholicon  dou¬ 
ble  de  rheubarbe,où  il  entre  du  fenné  bien  corrigé,  cette  in- 
fufion  étant  feure  enfuite  des  fièvres  continues ,  dans  les 


Troifiime  Vartte,  Chapitre  V 1 1  ï.  Ixyij 
4c  ventre  opiniâtres ,  &  dans  les  T enefmes,  ou  épraintes.  Que  fî 
l’on  veut  purger  doucement  l’humeur  mélancholique.on  peut  fe 
fervir  de  firop  de  pommes  compoféjoù  il  entre  du  fenné  en  alTez 
grande  dofe  &  affez  bien  corrigé  pour  n’en  appréhender  rien  de 
mauvais,  le  mêlant  avec  d’autres  remedes,  fuiVant  l’indication 
,<lu’on  a  prife^  Il  eft  vray-que  le  lait  clair  dans  lequel  on  in- 
fufe  quelquefois  le  fenné,  peut  empêcher  qu’il  ne  caufe  des 
tranchées  &  des  yents  >  mais  on  né  prend  pas  garde  à  Paris 
que  le  lait  dont  on  exprime  cette  liqueur  n’eft  gucres  bon 
quand  on  l’a  long- temps  gardé  &  promené  dans  les  rués ,  fur 
tout  quand  on  y  a  mêlé  de  Teau  ,  &  que  l’animal  dont  il  eâ 
extrait  a  été  nourri  de  mauvaifes  herbes  ôc^^reuvé  de  mau- 
yaifes  eaux, comme  il  arrive  cres-fouvent. 

La  CalTe  des  Arabes  fcarla  calTe  des  Grecs  eftnoftre  Ca- 
nelle)  eft  medioGrcment  chaude  ,&  humide.  Ç’eft  un  purgatif 
fort  connu  ,  &  qui  n’eft  gueres  moins  familier  que  le  lenné , 

«nais  comme  celuy-ci  eft  quelquefois  un.  peu  vehement,  celle- 
là  eft  d’ordinaire  ün  peu  fpible ,  particulièrement  celle  du  Pog¬ 
nant.  C’efi  pourquoy  fi  on  l’cmployc  en  d^autres  maladies  que 
iÇellès  des  reins  ,  de  la  veilîe  &  dê  la  poitrine,  elle  émeut  fou- 
vent  plus  qu’elle  ne  purge,  &  eft  tres-contraire  aux  enfansqui 
ont  des  vers  ,  fi  elle  n’eft  accompagriçe  d’autres  purgatifs  ^ 
mais  on  s'en  fertfort  utilement  én  de  certains  cataplafmes  ,  & 
autres  Topiques.-  Il  y  a  des  gens  qui  fe  feryent  de  celle  qu’on 
a  conht  ayant  que  de  l’apporter  en  Europe  y  mais  fprt  inu^ 
itilcment  ,  ce  remede  étant  des  plus  foibles.  Cependant 
jécus  de  fenné  Scune  orice  de  cafte  mondée,  avec  quelque  Latin 
ou  quelque  Groefont  fou  vent  î’abrege  de  la  Médecine  pratique 

Paris^ 

La  Manne  connue  des  Grecs  ^  des  Arabes^  eft  une  autre  par 
Uâcée  de  Paris.  On  fçaitaftez  que  c’eft  une  efpece  de  fncre  ou 
de  miel ,  qui  fe  formée  d’une  rofée  fur  les  fouilles  de  dilFerens 
arbres  dans  la  Calabre  ,  &  même  dans  noltre  Dauphiné  i  car 
celle  qui  tombe  fur  la  Terre  eft  fort  inferieure  à  celle  qui  tpmr 
l9e  fur  les.  fcüilles  êclôs  branches  des  arbres.  Galien  en  aepn^ 
nu  .une  efpece  qui  tombe  quelquefois  for  le  Mon  Liban  6c, 
qu’il  appel  mel  mfeidum  ^  æretim.,  Surquoy  .  ^ 

il  eft  bon  de  marquer  qu’il  y  a  dans  l’ifîe  de  Qeyion  une  efoe- 
ce  de  fourmis  de  la  groflèur  d’ une  abeille,  qui  font  deU  Manne  mtrii.  Gem^Jc. 
^’un  goût  6^  d’une  vertu  admirable,  Quoy  aue  ce  purgatif  fois 


Ixviij  Ejjkii  de  Adedecme, 

J.  De  aliment. fet^  tcmpcré  datis  fcs  qualitcz ,  doux  6c  ami  de  la  |)oitnne  qu’il 
idtatib.taf.  3?.  purge  facilement  les  humeurs  fereufes  ,  il  ri’eft  pas  propre  à 
toute  forte  de  perfonne  &  de  maladies t  car  outre  qu’il  fe  chan^ 
ge  en  bile  dans  les  cftomachs bilieux,  &  qu’il  nefaic  quxmou- 
voir  quand  il  eft  donné  féul ,  il  arrive  tout  au  contraire  qu’il 
fait  bien  plus  qu’on  n’en  demande,  quand  il  eft  faleifiépar  les 
Marchands  ,  qui  y  ajoutent  quelquefois  du  fuc  de  Thicimale 
&  de  la  Scammonée.  Auftî  eft-cede  cette  manie're-lâ  qu’il  faut 
entendre  prècifement  ce  jugement  qu’cii  fait  un  Medctin  de 
Lettre  de  Guy  V^atîn  noftrc  temps  ,  écrivant  à  un  de  fes^amis.^  Nous  rfen  a'üons  ■point 
de  véritable ,  celte  q-uon  nous  apporte  <£  Italie  rlejl  autre  choje  que 
dufucre  ^  du  mïelyinejlés  avec  un  pende  feammonee, Hans  la  Manne 
de  Briant^on  il  y  a  du  Thitimale  ^  de  l'épurge  ;  car  cela- n’eft  pas- 
vrai  à  la  lettre  y  parce  qu’il  en  vient  dé  bonne  de  la  Calabre, &: 
qui  ne  fait  que  ce  qu’on  en  demande  quand  elle  eft  bien;  cÊon 
fie  parce  que  celle  de  Briançon,qiUoy  que  plus  foible,  n’elt 
pas  toujours  altérée^ 

La  Kheubarbe- ,  eflr  une  autre'  idole  du  peuple  qu’il,  aefore 
fans  fçavoir  pou rquoy ,  car  encore  que  cette  racine  du  Levant 
ait  fes  bons  endroits,  elle  a  auffi  fes  nàauvais  quand  on  s’enen- 
tête.  Elle  eft:  feche  &  chaude  au  feeond  degré ,  fou  vent  gâtée'r 
Sc  rarement  bien  choifie ,  &  on  lüy  fubftituë  même  quelqùe- 
meuharh,.  Uemeh.  fois  du  Rhapuntic.*  Elle  eft  fort  contraire  à  ceux  qui  ont  quel¬ 
que  ardeur  d’urine  r  à  laquelle  elle  communique  jufques  à  foU 
odeur  &  à  fa  teinture.  Elle  agit  félon  fes  difFerentes  ftabftan- 
ces,  car  elle  purge ,  ouvre' &  pénétré  ,  &  particuLierement  etf 
^  infufion  par  la  plus  fubtile  /  mais  c’ie  fortifié' ôc  reffere  p'ai'cé 

/%.  qu’elle  a  de  terreftre,  comme  il  paroît  quand  ce  qu’ellc'a  déplus 
fag.  6l%.  fubtil  s’eft  évaporé  par  l’uftion  St  deficcation  qu’on  en  fait.  Mais' 

H  n’eft  pas  V ray  qu’elle  foit  toûjourH’amédu  foyecomrhe  on 

fc  l’imagine.  Aufîî  Btîblan  le  fils  a  t- il  marqué  fort  précife-^ 
At  mors  tepatis  ment  qu  elle  eft  même  la  mort  du-  foye  quand  il  eft  chaud 
cah'iioxis  ac  ficcio-  fec  ,  6c  qu’on  cn  ufe  trop  fréquemment.  Elle  eft  encore  con-^^ 
femmes  groftes ,  &  aux  temperamens  bilieux.  Ainfi 
tiedar.  jc  ne  voy  pas  à  quelle  fin  les  Vénitiens  en  mâchent  conti¬ 

nuellement,  eux  qui  font  fi  ardens  ôc  fi  fecs.  Le  plus  feur-  eft 
donc  de  s’en  fervir  dans  le  firop  de  chicorée  eompofe,  &  dans 
le  Gatholtcon  double  ,  dont  nous  parlerons  cy  après  >  parce 
qu’elle  y  eft  bien  corrigée.  Car  quant  aux  enfa.ns ,  comme  ils' 
font  fon.  humides  ;  ^  ïujets  à  des  ftux  de  ventre  caufés  f 


Tnifiéme  Partie,  Chap.  V III.  Ixix 

ées  crudités ,  &  même  aux  vers ,  qu’elle  tuë  par  fon  amertume, 

.elle  leur eft  plus  propre  en  infufion,  ou  enpoiidrejquatix  adui- 
tes.  Elle  efl  encore  propre  aux  ulcérés  internèsj&  aux  vifceres 
languiffans  débilités,  fur  tout-quand  ori  eu  a  fait  évaporer 
la  partie  purgative'  ,  &  qu’on  l’a  meflée  àveé  les  poudres  aro¬ 
matiques  dans-  des  opiates  ou  tablettes ,  car  elle  ne  manque  gue- 
résde  cette  manière  à  faire  un  borï  effets  fur  tout  aux  coiiva- 
lefcens  des  longues  maladies.  :  . 

■  Aloés,  ou  AÏoé  eft  un  mot  équivoque  dans  la  Medccinejcar 
dl  fignifie  le  bois  appellé  JfïlaLoe  des^  Grecs ,  dont  l’odeür  eft 

il  agfeabie  ,  que  l’Ecriture  fainte  lé  fert  de  ce  nom  pour  rnar-  cmiidr.  4  -oerf, 
qiier  cd  quftl  y  a  de  plus  odorant  >■  &  de  plus  oppofé  àla  cor- 
TÜption  î  &c’eft  apparemment  de  cet  Aloé  que  veulent-  parler 
îes  Auteurs  de  la  Géographie  de  NeibieS  marquans.  que  le  «  é* 
grand  Alexandre  ayant  conquis  l’ifle  de  Socotra  proche  la  syovit.  inceografh,' 
Terre  de  jamaica  y  Ariftote  luy  confeilla  d  y  envoyer  une  Co- 
Ionie  Grecque  pour'  avoir  foin  des  Aloés;  "Qmïy  qu’il  en  foit 
cet  arbre  eft  fort  rare ,  ôé  ne  croift'  qu’en  ces  régions  des  Indes* 
où  il  y  a  des  Tigres ,  &  femblablê^ibêtes-  féroces.;  Il  edi  fec  &  . 

chaud  j  &  rend  une  liqueur  ondtueufe  quand  on  le  hrûle.fl  en¬ 
tre  dans  là  corifecïion  d’hyacinte  quand  ôn  en  trouve,  faute 
dequby  ori  luy  .fubftitué  le  faritàh' 

■  Quant  k  l’ Aloé,  dont  il  eft  qiieftion  dans  cet  Article  des  pur«^ 

gàtifs  ,  c’eft  une  fort  grànde  plante  êc  fort  connue.  Elle  eft 
toûjours  verte ,  &  c’eft  pour  cela  qu’elle  eft-  appel] ée  femper  vi- 
vùm  par  quelques  Auteurs-,  étant E  inajeftdeu le'  &ft 

à^reablé  â'la  veuéVqü’ellé  rié  fort  pas  nioin^  à  prcfent  à  l’or-' 
riement  deV  Jardins ,  qu’à  la  Medéciné.  C’cft  le  fuc  de  cette 
plahté  qui  fért  de  baze  à  tant  dé  pilules  dïfFeréntéS  de  nos  dif- 
penfairés ,  &  à  celles  que  chacun  préparé  à  fa  manière.  Le  Ga- 
bàlliri  commun  en  Efpàgrie  né  fert  qu’à  purger  lés  chévàüx , 
mais  IeEucoî!rin,àinfi  appélé,parcé  qu’il  croift  én  l’ifté  de  Soeo-^’ 
tra,  eft  dèftiné  poür  les  hommes.  Il  ouvre  les  veines  par  fa  cha¬ 
leur  tenuité, &  eft  par  cohféquent  coritrairé aux  femmes  grollês, 

&  aux  ïébrici taris ,  aux  tàbides  &  à  tous  lés  tempéramiHéris  dé¬ 
licats,  &;  ne  laiffe  pas  pour  cela  d*être  fort  utile  dans  la  Chirur¬ 
gie.  Car  quand  àl’ufagéqu’on  en  fait  dans  les  pilules  appellécs 
dé  Francfort ,  ilnepeut  être  approuvé  des  Médecins  méthodi-^ 
ques  tarit  l’abus  eri  eft  grand,  fi  ce  n’éft  pour  des  AHemàns 
ïcplets ,  phlegmàtiqucs  ,•  &  fujets  à  la  crapule  j  ces  pilules  n’é- 


MifcelUn.  Medico-’ 
fkÿflc.fm'Eühemirid. 
germant  &  ÿari.  i. 
«tm.  ïf.  ■ 


^^fcrndA. 


IxK  "  Ejjais  de  Med^cinel 

tant  autre  chofe  que  le  fuc  de  cette  plante ,  nourri  èçlavé  dans 
l’eau  de  violettes  dont  on  fait  un  inyftere  &  un  fecrct  j  quoy 
que  ce  remede  ne  purge  que  des  ferolités  &  des  crudités  des 
premières  yoyes  ,  en  la  place  derquelles  il  laifle  une  chaleur 
dont  il  n’y  a  que  les  eonftitutions  humides  &  replettes  qui  fe 
defFendent,  Mais  pour  revenir  du  fuc  à  la  plante  &  égayer  un 
peu  la  matière  :  l’Aloés,  tout  agréable  qu’il  eft  à  U  ve.uë ,  nç 
lâilïe  pas  d’être  le  Tymbole  de  lamertume , qui  fe  trouve  avep 
les  doueeurs  mêmes  de  la  volupté ,  plus  ^loés  quam  mpllis  habfit 
Sc  c’efl:  pourquoy  on  en  pent  dire  >  malgré  sous  Tes  agréemens^ 
fïimium  ne  fiàe  colori.  refte  il  ne  faut  point  palier  fou^filenr 
ce,  que  le  plus  grand  de  les  agréemens  cpnhfteen  fa  fleur 
quoy  qu’il'ne  fleurifTe  que  rarement ,  à  propos  dequpy  je  né 
puis  alFez  métonner  qc  ce  quela  Francej  quoy  que  bien  plus 
chaude  que  L’Allemagne ,  n’a  point  encore  vu  ce  qui  arriva  dans 
la  Silefie  l’an  id^3.  où  cette  plante  fleurit  au  bout  de  trente  & 
un  ans  de  flerilité ,  &  où  elle  niouruc  quelque  temps  après 
avoir  poufFé  vihgr  &  une  tiges  &  plus  de  deux  cens  fleurs  ,  ce 
qui  donna  oCGafion  àtin  Médecin  de  ç§  Païs-Ià  de  faire  une 
épitaphe  fort  fleurie;  àcetie  plante?^  je  renvoyé  le  lecLeuf^paç 
ce  qu’elle  eft  un  peu  trop  longue  pour  eftrp  ici  inCerée, 
L’Agariq  eft  une  maniéré  de  champignon)  qui  croît  au  pied 
des  Cèdres  plus  partieuiierement  au  pied  des  Larix-5  ü  eft 
chaud  au  premier  degré,  &  feç  au  fécond.  U  Auteur  du  Scaii-; 
gerana  a  reniarqué  que  Diofeoride  ne  fçavoit  ce  que  c’eftoir,- 
quand  il  a  dit  qu’il  croifîbit  fur  jes  eedref  dans  l’Agarie,  doùil 
ayoitpria  fon  nom  j  parce  que  Agarie  eflmu  nom:  imaginaire. 
Quoy  qu’il  en  foit,  il  en  croît  dans  le  Dauphiné  qui  ne  cede 
pas  beaucoup  à  celuy  qu’on  apporte  des  Pais  étrangers.  Il  fait 
epmme  beaucoup  d’autres  purgati%)  de  mauvais  effets,  s’iln’eft 
corrigé  félon  Part ,  par  de  fréquentes  lotions  faites  avec  l’eau 
ou  le  fuc  de  rofes  ,  . après  quoy  on  Le  réduit  en,  Xrochirques^ 
C’eft  de  cette  maniéré  qu^on  l’ employé  pour  purger  les  humeurs, 
virqueufes  &  grofîierês  des  parties  les  plus  éloiguées.  fqk  en 
injFiifion,  ou  dans  des  pilules  5  mais  l’ufage  n’en  eft  pas  Çi  feur 
ïii  fl  ordinaire  pour  les  femmes  que  pour  les  hommes,  Quoy 
qu’il  entre  dans  la  Thériaque  ,  il  nç  laifle  pas  d’être  une  ma-, 
iliere  de  poifon  quand  il  eft  trop  vieux  ç  tant  il  eft  y  ray  qucqul, 
dk  un  purgatif,  dit  une  de  ces, images  qui  changent  de  figur|^ 
félon  Içur  ppfition  |  le  cofté  où  on  Içs  regarde. 


Troijîêiné  Partié,  Cliap.  V I  ï  I .  Ixx| 

Lè  Jâkp  éft  encore  un  remcde  fort  connu  du  peuple  au 
jôoins'de  nom  ,  mais  il  en  fait  un  mauvais  ufage  3  parce  qu’il 
n’cft  ni  cher,  ni  difficile  à  préparer  &  avaller.  Il  eft  vray  qu’il 
purge  affiéz  bien  les  ferofités  ,  mais  outre  qu’il  n’én  tarit  pas 
la  fource  ,  comme  c’eft  une  erpecé  deBrions  des  Indes ,  il  eit  h 
iehaudjfi  fec  &  fi  véhément  qu’il  fait  louvent  des  fiiperpuro-a- 
tions,  ôc  des  impreffions  fort  fâcheufes  aux  entrailles.  Cepen¬ 
dant  on  fe  le  figure  un  feeret  pour  les  cachexies  &  hydropifies 
à  caufe  de  quelque  fubftance  refineufe  qu’on  y  entrevoir.  On 
i’employe  meme  pour  les  maîadies^  feerétres,  mais  tout  cela  né 
va  pas  jurqaes  à  corriger  les  impreflions  faites  aux  parties  nour- 
riciercs  par  les  caufes  de  ces  maladies; 

L’Iris  autre  raeine,  &  dont  on  fe  fert  comme  du  Jalap  efl: 
quelque  chofe  de  pire,  puîfqu’^il  eft  plus  chaud  ,  plus  fec  ,  pluS 
acre  &  plus  vomitif,  &  parriculicrement  celuy  de  Florence  : 
car  à  moins  quede  sknfervir  dans  ces  mélanges  appellés 
&  dans  les  Tablettes  compofées  pour  la  poitrine  ,  du  dans  les 
remedes  de  Chirurgie  y  les  vieillards,  lés  femmes  6c  les  enlans 
s’en  doivent  abftenir. 

La  Coloquinte  éft  eiïcore  pire  que  l’Iris  ,  pa'rtieuîiercment 
quand  elle  eft  mât  corrigée,  C’eft  le  fruit  dés  courges  fau va- 
ges  dont  la  préparation  a  pafie  dans  Tufagé  de  la  Médecine 
fous  le  nom  de  Trochifques  Alhandaî.  Elle  eft  humide  & 
feche  dm  fécond  au  troifiéme  degré  ,  6c  a  outre  ces  qualités 
manifeftes  quelque  degré  de  malignité.  Ainfî  elle  eft  contrai¬ 
re  à  Feftomach  ,  aux  iriteftins ,  au  roye,  au  cœur  ,  aux  vieil¬ 
lards  ,aux  feramfes  ,  aux  enfans,  aux  febricitans  ,  6c  ne  doit 
eftre  employée  que  faute  d’autres  purgatifs ^même  aux  hom-^ 
mes  robuftes  6c  vigoureux.  Qnpy  que  certains  Médecins  s^èit 
fervent  pour  les  maladies  cutanées ,  je  ne  voy  pas  qu’on  s’y 
doive  trop  fier  3  car  fi  les  Arabes  l’appellent  la  mort  des  plan¬ 
tes, elle  poUrroit  bien  encore  l’être  dés  miprüdens.Auffieespau^ 
vres  gens  dont  il  eft  parlé  dans  le  quatrième  Livre  des  Rois, 
s’en  trouve rent-ils  fi  mal,  qu’ils  ne  fe  crurent  pas  moins  qu’em- 
poifonnez  ,  &  qu’il  fallut  employer  tout  ce  que  le  Pr^hete 
Elifée  avoir  de  connoilfance  naturelle  pour  les  tfrer  d’^affaire. 

Le  Turbit  meft  pas  fi  connu  que  la  coloquinte ,  au  (fi  eft- 
ce  la  racine  d’une  efpece  de  ferule  qui  n’eft  pas  commune.  Il 
eft  tres-chaud,  très  fec  6c  très  fubtil.  Il  pürgeTe  phlegme  grof- 
fier  des  parties  les  plus  éloignées  >  mais  comme  il  opéré  lente- 


*  Turbin  à 
Turbaudo, 


V-GrJ.in  Comment. 
i-/.3-c  2,  inlih.Iîi- 
f  ocrât,  de  viël.-fatio 
iTi  RSHt. 


Ixyij  Meiecméf 

mène ,  U  fait  de  fi  fâcheufes  impreflion? ,  &  caufe  foiivent  dç 
fi  grandes  douleurs  qu’on  croit  qu’il  a  pris  fonnom  *de  ces  fc^r 
dif  ions  qu’il  excite  dans  le  bas  ventre.  Aufii  ne  l’employe-t-on 
jamais  que  bien  corrigé  ,  &  dans  des  compofitions  où  il  n’çft 
pas  fi  dangereux  que  quand  il  eft  feul.  Un  Traité  MS.  corn- 
pofé  par  M.  Laugier  Mpdeciu  de  Sepez  en  Provence  ,  marque 
qu’il  eft  cres-daiigereux-de  mander  du  poiflbn  &  de  s’expofer 
à  l’air  le ^jour  qu’on,  a  efté  purgé  avec  du  Tnrbit,  '  ' . 

Les  Herinodactes  ces  Bulbes  ou  fruits  d’une  elpcce  dc  ccl- 
chiquejauffipeu  connuës  dp  peuple  que  leTurbit>  font  unpeu 
moins  violentes  à  la  vérité  ,  mais  elles  ne  demandent  pas  moins 
de  circonfpection  dans  Pufage  de  la  Medecine  ,  puifquelles 
font  chaudes  &  feches  au  fécond  degré,  qu’elles  opèrent  tard, 
qu’elles  font  contraires  à  l’eftpmacb  ,'  &  qu*enfin  Diofeoride  les 
croît  un  peu  venimeufes.  ^  ^  ^  ^  ^  ^ 

La  Scammonéç,  qu’on  peut  appelier  le  Salmonee  des  purga¬ 
tifs,  ^  des  Charlatans,  tant  elle  fait  de  bruit,  ôc  tant  elle  v^ 
vite  dans  fes  operations  ,  ne  laifle  pas  d’étre  un  bon  remede  , 
quand  elle  a  été  bien  corrigée  &  réduite  en  cette  erpeçe  dç 
larmes ,  d’oùelle  à  prls  le  nom  de  Diagrede  tiré  du  Grec.  G’eft 
le  fucTaitteux  d’une  de  ces  Plantes  du  Levant  qui  mentenf 
toujours  quand  elle  trouvent  a  s’attacher.  Les  Apoticairesrap:? 
pellent le foiiet  des  Eleduaires, parce  qu’il hafte  ^excite  leur 
operation,  Auffi  ce  foc  épaifii  ,  eft  il  chapd  ^  fec  du  lécond  ap 
troifiéme  degré ,  U  contraire  à  l’eftpmach  ,  au  cœur  ^  au  foye, 
ouvrant  même  les  veines  su!  n’eft  corrigé  comme  il  l’eft  dans 
iediaprumfolutif,  qui  purge  fortbien  la  bilé&.  1^ pituite,  pris 
tant  par  la  bouche  que  par  )es  lavemens,  fans  caufer  aucune 
incommodité.  Ainfi  c’eft  un  fort  bon  remede  de  fa  nature, 
mais  dangereux  dans  les  mains  du  peuple  ^  des  Ghariatans  qui 
en  abufent. 

L’Ellebore  eft  .connu  de  tous  les  fçavans  ,  parce  que  les 
Anciens  s’en  purgeoient,  ôc  particulièrement  les  Ppëtes, pour 
avoir  Pelprit  plus  net  &  plus  ouvert.  On  croit  que  la  manière 
de  le  préparer  s’eft  perdue  avec  les  Livres  qui  étoiçnt  dans  les 
Bibliothèques  d’Alexandrie,  &  que  la  tranlplantatipn  qu’on  en 
faifoiten  deslieu^  aquatiques  ,contribupit  beaucoup  à  l’adou¬ 
cir.  A  qupy  il  y  a  quelque  apparence, puis  qu’Æcée  s’en  fervoiç 
fort  communément  3  &  que  Symphor.  Campegius*a  remarqué 
que  Galiçn  le  mettoit  aftez  fo.uveut  en  ulage  ,  &  préférable^ 


TroijtèmePar^.^^^  fxxiij 

incnc  â  la  fcamâionée.  Quoy  qu’il  en  foit  cette -racine,  étant  noù 
feulement  tres-chaude,  tres-feche&tres-acrcî  mais  ayant  en¬ 
core  des  qualités  malignes, on  ne  peut  affeï  admirer  laconfti- 
tution  fl  nguliere  de  ce  Pafteur  nomm d  T hrafias  &  de  cet  Eu- 
demus  de  Chio  dont  Theophraile  nous  raconte  ,  qu’aprés  en 
avoir  mangé  des  poignées  iis  n’en  fentoient  pas  la  moindre 
émotion,  Antiffire  eft  le  nom  de  Plfle  où  cjroiïloit  ce  célébré 
purgatif,  &  même  (elon  Suidas,  le  nom  d’une  fameufe  courti- 
fanne.  Hippocrate  s’en  fert  comme  d’un  Mechliqae,,  aulîi  ap- 
peile-t-il  tous  lès  violens  purgatifs  du  nom  d’Ellebore ,  mais  il 
étôit  en  ufage  long-temps  avant  luy  ,puifque  le  Médecin  Me- 
lampe  s"* en  lérvit  dans  la  maladie  des  filles  de  Proëtus  Roy 
cTArgos.  Democrite, dit-on, en  avoit  appris  l’ufage  en  Egypte, 

&  le  communiqua  eiî  iu.ite  au  grand  Hippocrate  avec  plufieurs 
autres  connoiflances  II  a  eft é. de  tout  temps  le  remede  dont  on 
s’eft  fervî  pour  la  guerifon  des  furieux  j  des  atrabilaires  des  Epi^ 
lepciques  &  des  ladres.  Mais  les  Médecins  des  derniers  fiecl es  qui 
ont  découvert  des  remedes  plus  doux  ,  ne  s’eii  font  pas  feryi 
jfi  hardiment  ôc  fi  fréquemment  que  les  anciens  5  car  outre  qu’ils 
n’employcnt  prcfques  jamais  le  blanc  ,  il  .eft  certain  que  le  noir 
même-  eft  fi  violent  qu’il  porte  d’urne  égale  furie , quelque  pré¬ 
paré  &  adoucit  qu’il  foit  par  haut  ôc  par  bas.  Je  ne  m’étonne 
donc  pas  fi  le  blanc  dont  on  le  fervoit  du  temps  d’Oribafe,  ne 
laiftbit  pas  d’exciter  le  vomiflèmentjdonné  fîmplement  enifiip?- 
pofîtoire.  11  y  a  Eien  plus,,  puifque  préparé  avec  du ft e]  de  bœuf, 
il  purgeoit  parle  fimple  odorat ,  &  qu’aprdS;.l’av.ôk:iaY^  ATO 
de  Peau  marine  ,  de  l’huile  &  du  nitre.i  il  ne  falîoit  qLfen  la¬ 
ver  les  pieds  pour  faire  vomir.  Après  céia  qùon  s’étonne  fi  un 
Charlatan  en  tua  l’Illuftre  Jacques  Cardinal  de  Pavie^l’honr 
neur  des  belles  Lettres  ,  6c /fi  les:  Ephemerides  Cermaniques 
nous  donnent  des  exemples  récens,  ôcfuncftes  de  fa  maligni¬ 
té.  Surquoy  il  ne  me  femble  pas  mal  à  propos  de  marquer  -iey 
après  Paufanias  que  Solon  Capitaine  des  An|phi<ftions  ,  ayant 
arrefté  le  cours  du  fleuve  qui  entroit  dans  la  V  ille  des  Çirrheens 
pendant  qu’il  les  tesoit  aifiegez,  êc  y  ayant  fait  jçtter  quantité 
d’Elleborejil  ne  le  laifta  rentrer  dans  cette  yilleque  quand  ille  vide  ScheukîumUk 
vit  infedé  des  qualités  de,  ce  violent  purgatif  &;  que  c’eftain-  7‘Obftrviiî,  9. 
fi  qu’il  rédqific  les  aflîegez  5  parce  qu  ayant  bu  trop  avidemmcnc 
î|e  cette  eau  ,  .guand  Us  en  eurent  à  fouhait.  Us  fe  t^uverent 


ixxiy  ;  ;  :’E£ais  de  Medf  cm^ 

^5  toguilïans  ü-  étonnez  da  mal ,  qu’ils  furent  oblige^  de  fe 

J  rendrer-  •  \ 

f  .  La  Pierre  bleue  ou  étoilléevappellée  des  Artiftes  &  des  Ar-' 

-tifans  Lapis  la^li  y  eO:  un-  purgatif  beaucoup  moins  tlangeréux 
'^qne  la  plupart  de  ceux  que  n,'Ous  avons  marqiié  c)^ devant  •- 
t  f  cum  e  El  -  '  pdifqu^if  entrC  dartô  la  cbnfediGm  d’ÀlKermes ,  quoi  queTufa* 
/er.  “ge  en  paroilTe  fort  fufped  au  fçavant  Leonicenus  y  furquoy  ou 

peut  encore  voir  Symphôr,Campeg.Quoy  qu’il  en  Toit,  comme- 
on  ne  s’en  ferc  gueres  nous  n’en  dirons  pas  d’avantage ,  le  peu¬ 
ple  n’en  ayant  entendu  parler  qu’àq>ropos  des  ou  vra ges  de  mar^’ 
queterie- &  de' rapport.  ,  „  -  . 

.  Il  y  a  bien  encore  d’autreS  purgatifs  fimpies  dàns  la*  Méde¬ 
cine  que  ceux-là ,  mais  comme  Tufage  des  plus  communs  n'eft; 
pas-dangereux,  nous  n’avons  rien  à  en  diréde  particuliery  fînon 
qu’ils  fônt  la  plÉpart  lents  foibles,  .  s’ils  ne  font  aides  de- 
quelques  autres.  Telsi  font  les  TamarînsVle  Polipode  ,  les  Mi- 
robaicns^d’Epithiraeyles^Rolesyles  'Violettes, les  fleurs  de  Peché,^ 
la  Pu meterre  ;  le  T ârtre  3  car  quand  à^ceux  dontlcs^  Anciens  fe- 
lervoient  comttïuneîncntjll  feut  etre  bien baTdi  pour  les  pren* 
te  fans>conful£er  quelquelion  Médecin  ,  ôc- particulièrement 
la  Mirrhe,  leCabarret  .îa  Laureoile,.la<jratiolle,lc  Concombre 
faiî vagerie Mezereoni  le  Palma-cbrifti",  la  SabinedeT hitimale,- 
la  GommC'guttCjPÈiiphorbe  &  femblablcSytant  on  a  vende  ter¬ 
ribles  fuites  de  leurttfagè  pour  quelques-uns  qui  ne:s’en  font 
pas  î^uvê  nïâl.;  Je^ne  parie  encore  icy  y  ni  de  quelques  gpmmesr 
fil  de  qu^ques  refines ,  ni  de  quelques  fels  dont  l’ufâge  bien' 
Conduit  eft  fi  fàlutaire ,  parce  que  comme  il  n’y  a*  rien  dont 
on  ne  puifTe  abufer ,  iP  n’êft  pas  propos  d’en  inftruire  lë  pu^ 
ilic  5  outre  qu'îlfaud  roi t  entreprendre:  un  ouvrage  exprès 

-  ,  particulier  qui  fe  trouveroit  endors  au^defUis  de  Pintelligeni;' 
oe  de  bien  des  gëns.-  .  ;  n 

J£es  purgatifs  cômpofe^font  compris  fous  lesmomsd’elccfüai-^ 
rtss  de  fîrops&  depilules.  Les  éieduai res  font  divifés  enmous' 
^  folides ,  6c  ont  pris  leur  nom  du  choix  des  remèdes  qui  en^^; 
deiige.  trent;  dans  IcuT  compofîtiom  Lc  plus  cofinu,  ôc  un  des  meilleurs 
entré  les  môus  ,  cfl:  _ 

Le  Gatholicon  double  de  rHeubarbejappellé  à  Paris  lenitiffifi^ 
car  le  fîmple'  n^élb: que  pour  lés  lavemens.  C’eft  un  remcde  fort 
four  pour  tous  les  âges ,  6é pour  lei  deux  fexss>  &  tres-proprç  ^ 


Troifîme  Partie.  Çfaap.  ;V  1 1  î.  Ixxv 

-purger  fur  ledcclin  des  fièvres  cc«3tjnuës,foit  en  difTokitîcm  faite 
en  une  infufion  dcfenné,  foiten  infufion  dansée  fimple  Tifane, 
le -lait  clair,  ou  decoètionpedoralle,  y  ajoutant,  félon  Tindica^ 
ÿion,  quelque fkop  propre  à  purger  i’Iiumeul*  qui  peehci  ' 
Le  Diaprun  eompofé  purge  fort  doucement  la  bile ,  comme 
^lous  l’avons  remarqué  uy-deyant  ,  mais  il  faut  garder  quel- 
,que  uiefure  dans  l’uf^e  qu’on  >en  fait  ,  ne  le  donnant  dans 
les  fièvres  que  quand  elles  ont  des  intervalles  ,  car  quand  il 
n’eft  queftion  que  d’évacuer  la  bile  de  la  première  région,  un 
le  ppt  donner  dans  un  lavement  en  toutremps,  .  T  '  1  ■ 

L’Eleétuâire  de  fuede  rofes  purge  fort  bien  la  brie  ^  mais  d 
demande  encore  plus  de  difcretionque  le  Diaprun  fdiutif, me¬ 
nant  quelquefois  le  malade  uu  peu  loin.  Le  plus  feur  eftdone 
4e  ne  le  prendre  que  de  la  main  d’un  bon  Médecin ,  foitqu  qè 
fe  purge  par  précautipn  ou  pour  -quelque  màiadie^  effedi ve.  ^ 
Le  Piaphenk  eft^in  puiirant  éleduaire  pour,purger  la  bile 
^  la  pituite,  par  eonfequent propre  pour  les  coliques,,  parti- 
eùliercment  en  lavemens  5  car  quand  il  eft  pris  par  la  bouche  ^ 
outre  qu’il  eft  d  un  goût  fort  delagreable  6:  même  en  bol,  il  e^ 
un  peu  vehement  S  meme  quelquefois  vomitif,  :  ‘ 

.  La  Hieie  de  Galien  ou  cdlé  de  Fa^iuscompofée  fait  mer-i 
v^eilles  dans  les  elyfteres  revulfîfstjubn  ordonné  pour  les  affec¬ 
tions  du  cerveau  ^  &  pour  quelques  coliques  ,  fok  en  lavement 
ou  par  la  boiiçhei  mais  on  ne  la  peut  gueres  donner  qu^en  bol, 
parce  cpf  elle  eft  d>un  -goût  encore  plus  delagreable  que  le  pid- 
plienic ,  ^  quelle  purge  violeîntUént  les  .iiuineja%  *^1  Uede^ 
nent  pas  fans  fe  faite  tit^  -  ■  ' 

La  jGonfeâion  Hamech,  grande  &  petite purge  rbufineUï 
mélancholique  avec  veliemencc ,  &  fe  donne  dans  toutes  lesma> 
ladiesméiancbpliques,&  même  fecrettes.  Mais  que  de  Cîiirur- 
giensdc  d’ Apotiquairés  qui  en  abufent  ,  pechans  ou  dans  da 
dofe ,  ou  dans  les  indications  de  la  c^tfe  du  mal  ,  de  l’age,  dû 
fexe ,  .du  tempéramment  .de  la  faifon  &  des  forées  du  maladei 
Les  Eleétuaires  folldes  ,dont  on  fe  fert  'plus  ordinairement 
dans  la  Médecine,  font  ieDiacartliamï  ^  le  de^kro,  - 

Lu  premier  a  pour  baze  la  feîpençe  de  faf&an -feu  vàge>4if 
Carphamum jLtire  fon  nom ,  iaquèlle^éft  chaude#  feehie 
jCeccnd  degré ,  H-  fert  à  purger  les  caux&  la  pituite. 

de  Gitrp  eft  à  peu  prés  de  même  nature  ,  mais  comme  il 


iPil»,- 


fexrj;  "  '  -  Effm  de  Médecine^ 

a  pour  baze  Fécorce  de  citmfn  d’cù  il  tire  auiîî  fdn  nom,  iîeft 
plus  feu r  que  le  Diacarthami àc  Fun  èc  l’autre  plus  eotnmodc 
en  poudre  qu’en  Eleduairc  folide  ou  fec,  la  poudre  ne  faifanr 
pas  un  fi  grand  volume.  G’eA  un  remede  famitiér  &  ufité  j. 
mars  toutefois  qui  demande  quelque  difcretiom 

Les  Sirops  font  où  purgatifs  >  ou  fimples.. 

Les  purgatifs  fe  font  des  infufions  re'iteréès  des  racines  ÿ 
des  fleurs ,  des  fruits  &  des  autres  parties  des  plantes ,  &  me¬ 
me .  de  leurs  fucs  dépurés.  On  les  fait  cuire  avec  le  fücre  êc 
quelques  çorreclifsvpour  en  confcrver  k  vertu  &  les  facultés,- 
&  quand  on  les  veut  rendre  plus  actifs  i  on  y  ajoùte  quelque 
purgatif  fuivant  l’indication  qu’on  a  prife.  Les  plus  communs 
Font  celuy  de  fleurs  de  péché  pour  purger  les  ferofités  bilieitf.- 
fes  ôc  pour  dèropilef  le  mefentere  ?  celuy  de  chicorée  qui  pur¬ 
gé  med  ïoGrcmenc  '  la  b  ile  ,  laifle-  quel  que  impreflîon  corrobo- 
ranvc  aux  vifcères  à  çaufe  de  la  Rheubarbe  qory  encre  5  celuy' 
de  Rofes  pâles  pour  les  ferofités  &  pour  la  pituite  >  mais  qûl 
n-efl:  pas  propre  aux  femmes  j.  celuy  de  Pommes  compofé ,  pour 
l’humeur  méiancholique,  la  bile  noire  ôt  même  la  pituite  craffe 
&  gluante  5  car  on.  ne  tient  pas  dar^-tous  les  ;  dilpcnfaires- le 
purgatif  ide  violettes V  chaque  GoOege  de  Médecins  choifliantr 
ceux  qui  leur  femblent  les  meilleurs  ,  &  les  plus  propres' aux. 
maladies  de  leur  climat ,  Si  de  leur  Païs^  < , 

J  GJi^nt  aux  firops  magillrau’X  putatifs  ort  les  conspofe;  feloû 
fîndication^  du  Médecin  qui  des  ordonne  niais  qué  de  prepa^ 
rations  Antimonialés  »  &  d’autres  irémedes  donnés  fous  ce  nom^ 
par  des  gens  qui  ne  penfent  quk  purger ,  fans  fçavoir  qui 
qùoy  ,  comment ,  quànt^  &  qùi  fouvent  purgent  la  bource  & 
cçffpsjufipiés  à  Finanitiom  ^ 

.  -  Les  Pilules  font  ainfi  nommées ,  païce  qùé  ce  font  dbpe- 
tices  boalles  qudu  avale  faeilement  ^éc  qu’on  eft  obligédere^ 
duire^  fous  cette  forme  pour  cette  fin  >  a  caufo  dé  leur  mau¬ 
vais  goût.  Elles  difFerent  félon  rhumeur  qu’on  veut  purger,& 
font  ordinairement  uu  peu  gaillardes;  Les-  plus  communes 
fo^nt  celles  de  Rheubarbe ,  de  Fumeterre  :  .g/:y^®^  ^i«ji«iy propres 
à  purger  là  bile,  les  Agrégatives, ainfî  appellées  parce  qu’on? 
en  purge  iButes  les  humeurs.-  Celle  d’Agarié  font  pour  là-  pi¬ 
tuite  ,  &:raémes>  celles  d’ Aloés ,  comme  font  les  Stomachiques 
&  les  Cochgçg^tg^  mineures  (jue  raa|eures;.car  celles  qu’on  ag^ 


Troijtême  Partie,  Chapitre  Y 1 1 1.  Ixxvij 

pciïe  de  Lapide  Laxuli  font  particulièrement  pour  le  fucmékn- 
çhalique ,  quoy  que  peu  en  ufage,  les  unes  &  les  autres  tirant 
prefques  toutes  leurs  noms  de  leurs  bazes.  Mais  les  plus  feures 
îbnt  celles  qu’on  corapofe  fuivant  les  beloins  &  les  indications, 

&  qu’on  appelle  magiftralles,  ou  on  fait  entre  les  gommes,  les 
refines, les  fels  &  autres  remedes  dont  on  préparé  quelque  cho- 
fede  fort  bon  pour  les  maladies  chroniques,  quand  on  en  fçait 
l’oeconomie.  Voilà  pour  les  purgatifs  proprement  &  précife- 
ment  appelles  purgatifs. 

Mais  comme  les  vomitifs  font  des  mameres  de  purgatifs  qui 
portent  par  haut  &  par  bas,  &  qu’ils  font  bien  du  bruir  dans 
la  Médecine  ,  particulièrement  depuis  trente  ou  quarente  ansy 
il  en  faut  dire  quelque  chofe  en  particulier,  après  en  avoir  parlé 
comme  nous  avons  fait  ey-deffus’ en  generaL 

] e  remarque  donc,  quant  aux  vomitifs,  que  comme  la  répu¬ 
tation  des  remedes  dépend  bien  fouvent  des  fuccés  qu’j Is  ont 
dans  les  cours  5  tout  le  monde  y  donne  ,  quand  des  perfonnes 
d’autorité  les  approuvent.  C’eft  pour  cela  que  quand  Dieu  eut 
béni  ceux  que  le  Roy  Louis  le  Grand  prit  il  y  a  environ  tren¬ 
te  ans  dans  une  grande  maladie  ,  le  vin  Emétique  y  qu’on,  ne 
donnoit  auparavant  qu’en  tremblant  S:  en  cachette  ,  prit  le 
deflTus  fur  tous  les  autres  remedes  y  jufqu’à  fe  faire  nommer 
vin  Royal.  Ce  fut  alors,  dif-jc,  que  ce  vin  fe  trouva  du  goût 
de  ceux  même  qui  à  voient  redouté  fa  force»  &  qu’on  en  eut 
une  fi  grande  idée  ,  que  les  femmes  l’ayant  appellé  vin  miflb 
que,  les  hommes  crurent  qu’elles  nk voient  pas  tout  à  fait  mal  dit. 
Quant  à  nos  Poètes  peu  s*en  fallut  qu’ils  ne  le  miflTent  dans  la 
cruche  de  la  jeune  Hebé,  pour  en  régaler  Jupiter  &  toute  fa 
table.  C’eft  ainfî  que  les  Sénateurs»  les  Chevaliers  &  le  peu- 
pie  Romain  compoferenc  la  Theriaque  à  l’envi  ,  pendant  que’  oden- 
l’Empereur  Àntonin  la  difpenfoic  de  fes  propres  nîains.  Mais 
comme  cette  occupation  ne  fut  plus  à  la  mode  dans  Rome  , .dés 
quil  eut  ceiTéde  vivre  y  de  même  le  vin  Emetique  ayant  été 
donné  inutilement  au  Cardinal  Mazarin  ,■  il  perdit  beaucoup 
de  fa  réputation.  On  ceiîa  alors  de  luy  faire  juftice  ,  ^  on  né 
daigna  pas  fealemcnt  confiderer  que  comme  il  avoit  été 

floy  é  dans  un  marafme  mortel  ^  on  n’en  de  voit  rien  efperér.  . 

1  arriva  même  enfuitc  à  ce  grand  remede  ec  qui  arrive  à  cés 
Ouvrages  d’Hiftoire,  d’Eloquencc  &  de  Poëfie  qu’on  fait  trop 
fonser  avant  que  de  les  rendre  publics  ,  car  un  bel  efptit  le- 


'mjak  (k  Medecine, 

__..j  malheurcufcment  au  raval  pour  lavoir  exccfTivemem  prjt- 
fé  >  &  pour  s’en  être  trop  promis  tlans  ce  beau  Sonnet.  :  ' 

Maintenant  l'Emetique  cfl  dans  un  grand  éclat;, 
univers  en  reçoit  un  avantage  extrémej 
Ce  miracle  eji  vijîble  ^  ^  lefecle  eji  ingraf  ^ 

S'il  ri éleve  un  Ttofhêe  a  f  a  vertu  Jufrème, 


jl  nous  a  fecourûs  contre  un  double  attentat 
Z,  a  Pourpre  s'en  rejfent  comme  le  Diadème  , 

Et  donné  par  deuK  fois  t  II  a  fauve  l' Etat  ^ 
pn  fauvmt  le  Miniftre  ^ 'le  Monarque  mçnije„ 

Jules  je  vois  briller  I4  fanté  dans  vos  y  eux^ 

Ayant  pu  fiutenir  ce  vin  fi  furieux^ 
filous  montrés  une  force  a  qui  toute  âpre  cede  y 

lion  fixait  vofre  douceur  ^  de  h*aveu  de  tous^  "  = 

Lorfqüe  vous  employer,  un  violent  remede  ^  .  . 

fil  efi  àprèfumer  que  ce  fiefi  qfte  furyemf  ’ 

ps.i à  vint  ec  vilain  Saroafme, apres  fa  mwort, 

Q'efi  ne  pas  fiavoir  l'Art  j  c  efl  manquer  fie  pratique^ 

C' e fi  de  ïa  Medecine  ignorer  les  fuccés  i  ~  : 

Que  de  condamner  i Emetique  ^  ; 

Apyés  Ict  biens  qfiil  nous  a  faits f 

Neann^ins  eomme  Jes  liqueurs  fe  racommodent  foùv^nt 
livccje  temps  î  avec  la  patience  ôcavec  un  peu  d’arti|îeejlevin 
Emetique  ae  fut  pas  long*  temps  fans  reprendre  la  réputation 
dp  force  ^  de  bonté  qu’il  a  toujours  çonferyée  depuis.  Mais 
parce  que  tout  le  monde  ne  fçaitpâs  çe  que  c’eft  .  quoy 
que  tout  le  monde  en  parle ,  diloqs  quelque  cbpfp  dp  nom,  des 
qualitez  &  de  la  madere  de  ce  grand  remede. 

Emetique  ejfl:  un  mot  François  tiré  du  mot  Grec  qui  %nifip 
vomir-  î  de  forte  que  tout  remede  qui  fait  une  fubverlion  de 
reftomach  liiivie  d’une  prompte  évacuation.,  eft  un  émetique^ 
pu  vomitif.  C’efb  par  rapport  à  cet  effet, que  les  Latins  appel¬ 
lent  Vornitoria  les  grandes  ouyértures  des  Amphiteatrespar  lef- 
quelles  le  peuple  fe  dégorge,  fir  fort  en  foulp.  Il  eft  bien  vrai 
qu’il  .y  a  des  vomitifs  dou^  ,  qui  n’agiffent  que  par  des  qualir 
îps  mauifcftes,  qui  font  unp  fujbyer|ion  d’eftomacli  qui  u’pl| 


Troijîéme  Partie,  Ghap.  Vil  1.  Ixxix 

piS  lui  vie  d’un  efForc  &  d’uiié  évacuation  coniiderable  ,  telles 
que  font  toutes  les  chofes  uiictueufes ,  oleagineufes  &  tiedes, 
Fhuile,lc  beurre,  la  graifle,  &  tout  ce  qiu  relâche  les  fibres 
de  i’edomachj  mais  il  y  en  a  qui  font  leur  effet  par  des  qua¬ 
lités  bierf  moinseomrauîies ,  comme  la  racine  de  Raiffort,  les  fk 
mences  d’ Ortie,  d’^Anet  de  Sureau ,  d’Arroches;  le  Giclameq , 
TAzarum,  les  fleurs  de  Genêt:,  &:  plus  que' tout  cela  la  Catapu- 
^e ,  l’Ellebore,  la  noix  vomique, le  Tabac. 

Mais  comme  les  uns  font  trop  lents  pour  fatisfaire  Indica¬ 
tion  du-Medecih  en  de  certaines  rencontres  ,  ô:  qu  ils  font  en¬ 
core  de  mauvais  goûts,  &  qu’au  contraire  les  autr^  font  trop 
violehs  j  l’experience  en  a  découvert  d’inconnuS  à  la  plus 
-part  des  anciens  ,  qui  n’ont  rien  de  defogréablb  au  goût  »  après 
avoir  é-té  bien  préparez  ,  &-  qjü  font  un  effet  d’autant  pins  feur,- 
qu’ils  déterminent  rhumeur  par  bas  ,  quand  iis  font  aidés  par 
Quelques  purgatifs  tn’efl:  afnfl  qu’on  a  trouve  le  moy  en  de  ren¬ 
dre  le  Vitriol  vomitif  par  fonfel,  r  Antimoine  par  l’ouverture" 
qu’on  en  a  fait,  &  le  Mercure  par  des  mélanges  5e  des  prepaL 
rations  qui  le  rendent  tantôt  vomitif  Ôe  tantôt  dejecfcif. Ces  deux 
derniers  s’étant  donc  enfin  étabiis  ,  quoy  qûavec  bien  de  la’ 
peine  5  ce  fera  fur  ceux- la  que  je  m^areflerai  pi u^  particulière¬ 
ment,  parce  qûàyant  déjà  parlé  de  FEllebore  ,  fi  je  m’arrête 
^Tiîi  quelqüe  peu  fur  le  Tabac. ,  ce  ne  fera  que  pour  marquer 
qu  il  eft  non  feulement  un  vomitif  tres-dangereux  i  mais  enco¬ 
re  que  de  quelque  maniéré  qu’on  s’en  ferve  ,  il  fait  beaucoup 
plus  de  méchans  effets  que  de  bons  ,  &  bien  plus»  4e  bruit  que 
de  guerifonsV  • 

ÜAntimoine  eft  dbncyfclon  quelques-uns,  lejanfenifmc  de 
la  Medecitte,tant  l’ufage  en  femble  nouveau ,  &  tant  il  a  fait 
de  bruit  de  nos  jours* 

Les  Miniflres  facrés  ont  fait  la  guerre- entre  eu3t  r 
La  Grâce  était  V objet  de  leurs  combafs  fameuXi 
Les  enfans  (LEfculaf  e  ont  fait‘ la  meme  chofe  ^ 

Antimoine  en  ètoit  le  mafque  non  la;  caufe, 
ceux-lk  le  fainf  F ere  a  commande  la  Paix  , 

Et  bani  des  lieux  Saints  ces  importuns  procez^y 
Far  vous  >  Grand  Sénateur^  le  parti  mondelique 
^  vu  réduire  à  rien  fa  procedure  inique , 

Et  de  ffavans  Focieurs  refiex^.viBorieux , 

JHi  écrits  diffamms  éf  det  traits  envieux  y 


^Cep  M-îe  Premier 
Prefident  de  ha 
gnon. 


13, 

R  $.  4-  c  •  9. 
merem._  4. 


Ixxx  EJJàis  de  Medecme. 

Oii  s’efl:  même  imaginé  il  y  a  long-temps  ,  qu’il  avoit  pris 
fon  nom  du  mauvais  tour  qu’il  avoit  fait  à  quelques  Moynçs 
aufquels  on  l’avoit  fait  prendre  en  remede  j  mais  .cette  allufion 
ne  répond  ni  ay  «"W  des  Grecs  ,  ni  à  X Antimonium  des  La¬ 
pins ,  &;  n’eft  qu’un  jeu  de  noftre  langue,  qui  ne  conelud  rien. 
Ce  qu’il  y  a  d’afluré  eft  que  les  Dames  Juives  en  faifoient  des 
fards  dés  le  temps  du  Prophète  Ezechiel.Q^ant  à  fa  nature  c’en: 
un  folTile,  ou  minerai  noir,  ^  rayé  de  lignes  argentées  fort  fria- 
.hle?  6c  qui  participe  de  la  nature  du  métail  en  ce  qu’il  fe  fond, 
de  cellede,la''pierre  en  ce  qu’il  fe  broiç,  étant compofé  d’un 
foulFre  à  peu  prés  femblable  au  fouffre  commun ,  &  d’une  fub^ 
ftance  métallique  ,  6c  au  refie  froid  U  fee.  Quant  à  fes  qualités 
manifeftes  ,  nous  n’avons  pas  d’affiirance  qu’on  ait,  découvert 
fa  qu-alité  vomitive  ,  ni  qu’on  ait  commencé  à  l’ouvrir  avant  le 
douzième  fiecle ,  ou  la  Chimie  revint  en  vigueur^  Q^oy  qu’jl 
en  foit  ,le  Moyne  Bafile  Valentin  fut  celuy  qui  en  paiî  le  pre? 
fùier  les  préparations  en  l’ufage  fous  le  nom  de  Panacé^jen- 
ftiite  dçquoy  Paracelfe  fe  fit ,  pour  ainfi  dire  ,  Patron  &.  Protecr 
teur  de  ce  grand  rcmedç  ,  6c  neanmoins  quelques  Médecins 
dogmatiques  nç  laifferent  pas  de  le  traiter  de  venin  >  les  ups 
par  prévention,  les  autres  par  envie  ,ou  par  ignorance»  ôc  çek 
a  duré  .jufques  à  noftre  temps^  Mais  ce  qui  m’a  furpris  eftde 
voir  que  malgré  les  effets  miraculeu_x  de  ce  remede  ,  il  fe  fois 
trouvé  des  Médecins  opiniâtres  au  point  de  le  déerier  fans  au¬ 
cune  diftinâion,  ni  modification  3  &  que  quelques  unjs  Payent 
voulu  bapnir  des  Pfearmaeppées ,  6c  des  Pifpenraires.  Carqupy 
qu*on  en  puifle  dire,  tout  eft  fi  myfterieux  dans  ce  foffile,  que 
.  ia  femelle  en  eft  preferée  au  male  foit  dans  la  Médecine  toit 
dans  la  metaUique  j  où  il  eft  d’un  grand  ufage.  Il  faut  donc  fça- 
voir, quand  à  la  Medecine,que  fi  on  l’employe  cru  &  fanspré-^ 
paration ,  il  n’a  autre  vertu  que  de  relTerrer  6c  fortifier  3  mais 
que  quand  il  eft  ouvert  par  le  feu ,  le  falpétre  ^  quelques  au¬ 
tres  ingrediens ,  il  ef):  vomitif,  purgatif,  du  diaphoritique  3  ce 
qui  l’a  fait  nommer  la  Cohmne  de  U  Medecine quelques 
Chimiftes.  A-infi  ce  qu’on  appelle  foye  d’  Antimoine ,  parce  que 
eette  prépaparadon  reffemble  au  fort! r  du  creufet  à  du  foye 
cuir ,  d*  Crocus  metallorum  ,  parce  qu’il  eft  jaupe  quand  il  eft 
broyé,  eft  l'a  matière  dont  on  fait  le  vin  Emetique^  quand  on 
fa  bien  broyé  6c  làyé,  le  faifant  infufer  dans  du  vin  blanc  , 
parc^  (pe  le  eft  Ton  correctif,  6c  qu’il  fe  change  de  fa  vercu 

vomitive 


Trotjîme  Vartk,  Chapitre  VU  I.  Ixxxj 

vomitive  &  purgative ,  à  proportion  de  ce  qu’il  a  de  force  d’ef- 
prit  &  de  fubtilité.  Voila  donc  comment  ce  vin  n’eft  dange¬ 
reux  qu’entre  les  mains  des  ignorans  ôc  des  termcraircs,  qui 
louvcnt  le  préparent  malj  &  le  donnent  encore  aulîîmal  à  pro¬ 
pos.  Surquoy  il  eft  bon  de  marquer  ici  que  le  Neptune  mit  en 
ufage  pendant  Içs  dernieres  années  de  fa  vie  ,  une  maniéré  de 
Crocus  metdlorumy  donc  il  fe  difoit  l’inventeur  ,  ôc  dont  il  fai- 
foit  une  Panacée.  Il  en  donnoit  depuis  quinze  grains  jufques 
à  cinquante  en  fubftpice ,  fort  innoceînment  à  ce  qu’il  difoit, 
mais  outre  qu’il  n  y  avoit  pas  grand  myftere  à  cette  préparation 
ôc  à  cette  preicndùë  invention ,  elle  ne  lailToit  pas,  malgré  fes 
affirmations ,  de  faire  fouvent  plus  qu’on  n’en  demandoit,  tant 
Il  eft  dangereux  dans  la  Médecine  de  vouloir  mefurer  tout  le . 
monde  à  même  mefure.  Et  cependant  le  bon-homme  foute- 
noit  toujours  &  fort  Antimoine  ainjipreparéy 

éioit  ^ujji  naturel  à  l homme  que  le  meilleur  pain  de  froment  y  qidilre- 
nouvélloit  le  corps  3  reverdijfoit  la  jeunejfe,  qu  il  feparoit  la  roüile  ^  . 
fmpmetè  de  fl  humeur  radicalle  :  quel  galimathias  \  m\ondifioit  la 
peau ,  dépurait  le  fang ,  que  rien  ne  p&uvoit  en  payer  la  valleur. 

Quant  aux  fleurs ,  au  verre  8c  au  beurre  d’Antimoine,  dit  pbur  Hofmam-; 
dre  d’Algarot ,  ce  font  des  remedes  aiiffi  dangereux  entre  les. 
mains  des  ignorans,  que  le  font  les  épées  ôc.  les  armes  à  feu  çhmmr, 
en  celles  des  fous  8c  des  enfans.  Il  en  eft  de  même  du  Bezoard 
minerai  qu’on  fait  avec  le  beurre  d- Antimoine  êcl’efprit  de  ni, 
trc.  Il  eft  vray  que  cette  préparation  qu’on  appelle  diaphoriti- 
que  eft  bien  moins  dangereufe  que  tout  cela,  mais  outre  qu  el¬ 
le  a  bien  perdu  de  fon  ancienne  réputation ,  il  eft  certain  que 
fi  ce  remede  n’eft  bien  préparé ,  il  ne  laiiTc  pas  de  faire  des  nau- 
fées  ôc  d’autres  incommoditez ,  devenant  mfme  vomitif  quand 
il  a  été  long-temps  gardé.  Concluons  donc  de  toiu  ceçi  que 
comme  il  ne  faut  pas  trop  s’çftrayer  au  nom  d’ Antimoine  8ç 
d’Emetique,  il  ne  faut  aufîi  s’y  conner  que  quand  il  eft  conduit 
par  un  Médecin  fage  ôc  habilles  ôcque  tons  ces  fîrops  de  Ion? 
gue  vie,  ôc  autres  grands  noms  font  dçs  machines  dont iheft 
le  grand  reflbrt ,  ôc  dont  l’impctuofîté  ne  s’arrêtera  pas  com¬ 
me  on  voudra ,  quand  elles  feront  une  fois  en  mouvement.  Ec 
c’eft  en  ce  fens  qu’il  faut  prendre  ces  vers  d’un  fçavanthom- 
me,qui  pour  fe  mocquer  du  Livre  intitulé  l’Antimoine  Triom¬ 
phant  ,  ne  le  fait  triompher  qu’à  la  maniéré  des  Capitanes 
llomains. 


Ixxxl)  Meiecmf* 

FRANCISCI  O  GERin 

IN  LIBRUM  GUI  TITULUS  STIBIUM  TRIUMPHANS.  ' 

E  P  I  G  R  A  M  M  A. 

^mCylicet-i  aurato  fcandat  capitalia  curYU  ^ 

ITunc  albis  jlibium  jure  triumphet  equis. 

Plaudite  fumof  ciniflones ,  plaudite  Agirtæy  . 

Inter  qui  cédât ,  crédité  ^nullus  erit. 

ViBoris  tantimeritis  obfiare  Triumphis, 

Tût  cæfis  hominum  millib.invidiaefi. 

Ge  qui  obligea  un  autre  fçayant  à  luy  répondre  en  cette 
maniéré.  ^  ^ 

V'ïBorisfiîbiimerîtotdaimareTriumphoSy 
.  Tôt  Domitü  morbps  quü  nezet-,invidiaefi. 

poemat  Æ/id,  Ms-  IPofl  tot  jervatos  y  jervato  PtiMipe  civcs  y 

ViBorem  certe  querva  corona  decet. 

Le  Tabac  n’eft  pas  feulement  vomitif  j  mais  encore  purga¬ 
tif,  ôc  quelquefois  un  poifon  félon  la  dole,  &  félon  qu"il  cft 
préparé.  Cependant  on  s’en  fert  en  pourdre  ,  en' fumée  ,  en 
machicatoire ,  fou  vent  fans  (Ravoir  pourquoy ,  ni  â  quelle  fin. 

Pourroit -on  donc  en  parler  avec  liberté  ,  puifqu’il  eft  même 
du  bel  air,  de  tous  les  âges  &  de  tous  les  fexes  i  jufques-là  que 
les  beaux  efprits  font  fur  le  qui  vive  pour  des  feuilles,' qui  ne 
fcfoient  que  le  joüct  des  vents,  fi  la  prévention  ôc  rentêcement 
n’en  avoient  rempli  tant  de  feuilles  vuides  i  Car  s’il  s’eft  trou-' 
vé  quelques  Auteurs  qui  ont  monté  fur  le  Parnaffè  pour  le 
foLidroier,  il  s’en  eft  trouvé  d’autres  qui  n’y  font  montés  que 
pour  l’élcv-r  de  la  Terre  jufques  aux  nuës  ,pour  ne  'point 
parler  de  ceux  qui  lo.ücrcnr,dit-on,  leurs  plumes  aiix  intereffés 
quand  il  fut  mis  en  parti ,  &  [qui  tâchèrent  de  le  rendre  pré¬ 
cieux  à  force  de  le  prôner  &  de  luy  donner  toutes  fortes  de 
bonnes  qualités.  Car  quoy  qu’il  en  {bit,  que  de  vers  en  toutes 
les  langues ,  mais  que  d’cxpreflîons  outrées  dans  la  Latine 
dans  la  Françoife  pour  de  la  fumée.  Aufîî  n*aurions-nous  ja¬ 
mais  fait  fi  nous  ne  nous  contentions  de  deux  de  ces  pièces 
qu’on  a  faites  pour  &  contre.  Jean  Barclay  pour  les  Latins 
m  en  fait  pas  moins  dans  fonEuphormion ,  qu’une  eicuë  mortel- 


Troijtmi  Partie,  Chaç.  V I  II  ;  Ixxxiij 
le ,  qu’une  vapeur  infernalle  &  qu’un  Aconit  fortî  dé  1  ecume 
ü-un  Cerbere ,  plus  propre  à  punir  les  parricides  qu’à  entrer 
dans  i’ufage  de  la  Medecine. 

planta  nmnSi  b  lethifero  flantahorridaffimo'i 

bena  diverfis  natura  removerat  cris  ^ 
planta  nocens  trifii  veBare  carinà , 

Infiitüit  demens^nofiiipiue  ofiendete  termt 
^cilicet  infelix  râpent  mm  pecula  mavors , 

Deformifque  famés  ^morbi^cadenfque  feneButi 
f roh  dolori  a  léger ant  aconit  a  noverca. 

Heu  etiam  in  mfir as  deerant  hæcfdta  ruinas  t 
^jdsfordesfacinufquetuumyàirofquèvaporeSi 
JBxplicet  ^e^fœde  furgentia  nuhila  fumo  ^ 

Talis  âvernali  çorrumpit  fpiritm.  auras  y  -  . 

■fdijfus  in  aftra  lacm ,  morituraque  gemîna  folvit^ 

Vicinumque  pecus  volucrufnque  intercipit  alas. 

Talis  ^  inferni  fubter  mala  limina  mundi  ^ 

Zdrget  odofmanesy  cumlampada  trifis  erinniSf 
Solvit  extinBa  fumant  pojî  pralia  tad^^ 

Planta  nocens 4  lethifero  planta  horriàafumo y 
Bi  te  lethifero  caçüs  jaBaffet  ab  ore^ 

^Icidem  viciffee  odor  ^  te  pecula  prifea  ^ 

Si  noffent  poterant  vacuis  prafene  ckutis  y 
Bt  de  cerbtrea  natam  te  dicerefpuma, 

Tum P  quis  patriam  violajfet  cade  feneBam , 

Huic  mites  nimium  flammas  y  hfiica  lenta  putajfenty 
fluminai  fumiferi  pptaffet  nubila  peti, 

Un  de  nos  François  an  contraire  eft  fi  éloigné  de  là  penfée 
de  cet  Etranger  ^  qu  il  met  le  Tabap  fur  la  table  des  Dieux  d® 
k  fable  /  tant  il  eft  vray  que  ' 

Çuique  T>ms  fit  dira  libido, 

^Mand  je  boy  ce  Tabac  falutaire  aux  humains^ 
fi^ay  comme  Jupiter  VVnivers  dans  les  mains  ^ 

Çar  je  tiens  dans  la  pipe  é'  l^  feu  la  T erre  y 

Je  pis  environne  de  nuages  fumeux\ 

S*il  fait  pleurer  le  Ciel ,  je  fais  fleurer  mes  yeux  ^ 


f  m  nttmp  corpmeluy  je  darfie  U  jonnirrç. 


IxXxlv  mjah  de  Médecine, 

Ceüe  qui  rajeunit  le  pere  déjà  fin , 

Zefaifant  retourner  en  fa  verte  faifin, 

Encore  que  fin  corps  fut  fec  comme  une  fouche^ 

Zui  donna  fiuüement  ce  remede  invaincu^ 

Zt  luy  faifitt  firtir fis  vieux  ans  par  le  C.,.. 

Au  prix  que  le  Tabac  entroit  dedans  fa  bouche > 

En  prenant  du  Tabac  je  prens  un  grand  plaifir^ 

Les  mauvaifes  humeurs  defcendent  à  loifir  ^ 

^e  ne  mourai  jamais  fi  j  en  puis  toujours  prendre , 
Faites  grands  Dieux!  pour  plaire[au  de  fin  qui  me fuit^ 
Qu  en  cendre  de  Tabac  HZJnivers  foit  réduit  ^ 
Tuifqùilfaut  quelqtls  jour  qti  il  fait  réduit  en  cendre. 

Bacchm  qui  tient  la  clef  des  portes  de  mes  fins, 
JiZ a  toujours  défendu ,  de  n  ufir  dl autre  Encens 
du  divin  Tabac  fur  l'  Autel  de  fa  gloire  t 
Même  il  fut  arreflé  dans  le  Çonfeil  des  tiieusc, 
Qfion  fefoit  la  Balance  un  desfignes  d.es  deux:  \ 
Tour  pefir  le  Tabac  que  les  Dieux  veulent  boire.  . 

Je  mets  tant  de  fumée  au  Tuyau  de  mon  ne^, 

£lye  les  rais  du  Soleil  fur  leurs  pas  retournés , 

Se  vont  cacher  de  honte  au  centre  d'une  nue, 

A  la  fin  le  Soleil  m  ayant  b  ai fé  les.  mains , 

^e  lui  rends  fa  lumière  en  faveur  des  humains  5 
Mais  pour  éclaircir  Pair  il  faut  que  f  éternué, 

UEfpagnol  eufi  vaincu  ces  braves  HoUaudoîs ^ 
Sils  n'euffent  rapporté  des  Rivages  Indois, 

De  ce  divin  Tabac  la  liquetir  enfumée , 

Et  je  veux  fiutenir  é*  de  bec  é*  de  dents , 

ce  riëjé  quune  pipe  ^  du  Tabac  dedans , 

Za  T rompette  que  tient  en  main  la  Renommée, 

Ce  voleur  donile  foye  à  jamais  renaijfant, 

TT ourrit  à  Table  d'hofe  un  voleur  ravijfant , 
Pouvait  faire  aifément  un  crime  fans  offenfe: 

Car  fi  pour  aüumer  du  Tabac  feulement , 

Il  eujl  fait  le  Urcin  du  celefie  Elément , 

Ah  lieu  de  çhafijment  il  eufi^  eu  recompenfi. 


Tmfime  Partie.  Chap.  V 1 1  î.  Ixxxv 

Mais  de  bonne- foy  ,  avant  que  d’en  venir  à  la  conclufion  ,  qni 
ne  voit  que  le  Tabac  eft  ennemi  de  toutes  les  parties  nervcufes 
bc  membraneufes ,  &:  qu’une  tres-petite  portion  de  fa  fubftance  , 
même  la  fimplc  fumée  ,  caufe  des  accidens  à  ceux  qui  l’ava¬ 
lent  pires  que  ceux  des  plus  violens  purgatifs ,  &  que  ceux’ de  la 
plus  vilaine  crapule  ?  Car  fi  l’habitude  ôc  la  force  individuelle 
de  la  complexion ,  empêche  en  quelques  fujets  ce  mauvais  effet, 
c’eft  à  cette  habitude  &  à  cette  force  qu’on  en  eft  redevable ,  êc 
c’efi;  de  cette  maniéré  que  les  Marfes  &  les  Pfîlles  ,  &  cette 
fille  dont  parle  Pline  ,  ne  craignoient  plus  rien  du  poifon  :  Car 
voudroic-on  nier  après  tant  d’ expérience ,  qu’il  ne  mette  la  plu¬ 
part  des  hommes  &  des  femmes  en  un  état  pitoyable,  particu¬ 
lièrement  quand  ils  n’y  font  pas  accoutumez,  &  que  deux  goû¬ 
tes  d’huile  ,  de  Tabac  £ur  la  langue  d’un  animal  ne  càufe  des 
.  convulfions  mortelles  ?  Qui  ne  fçait  encore  que  du  fuc  de  y  j 
Tabac  mis  fur  une  playe ,  fait  un  vomiffement  cruel  &  dange-  deVsçavan's  «le  l’an 
reuXî  &  que  la  feule  picqueure  d’une  éguille  trempée  dans  de  ^^^3-  Mars, 
certains  extraits  de  cette  Plante,  caufe  la  mort  en  fort  peu  de  Mifceiianea  Medî- 
temps  I  '  _  ,  - 

Que  la pareffe ,Poifiveté ,  i’inquietude  &  le  mauvais  goût  plai- 
dent  donc  tant  qu’ils  voudront  fur  mer  ôc  fur  terre  pour  le  Ta¬ 
bac,  ôc  que  les  Dames  Françoifes  qui  en  avoient  autresfois  t^nt 
d’horreur  ,  luy  accordent  fi  elles  veulent  l’entrée  de  leurs  cabi¬ 
nets,  il  s’en  faudra  toujours  beaucoup  que  le  nombre  de  fes 
Partifans  approche  de  celuy  de  tant  de  perfonnes  de  bon  goût 
qui  l’ont  en  horreur:  car  toutes  chofes  bien  confiderces  ,  la 
plupart  même  de  ceux  qui  s’en  fervent ,  voudroient  s’en  être 
Aé^zitS  iC'ontubernMis  mea  mihifajîiâmm  f/icit  y  &  ne  le  regardent  ^etro’a.  in  satync: 
que  comme  un  remede  propre  à  quelques  conftitutions  Phleg-  j  r.  An 
matiques  h^bemfis  frtenm  reos.  Âiiffi  n’eft-ce  qu’en  cette  qualité  Mifica^ncs. 

&  en  cette  maniéré ,  que  quelques  Princes  &:  autres  grands  Per- 
fonnages  en  admettent  l’ufage  6cluy  accordent  l’entrée  de  leurs 
Palais.  Mais  quand  on  feroit  obligé  de  prendre  pour  juges 
dans  cetté  eaufe  tout  ce  qu’il  y  a  de  grand  dans  le  monde ,  qui 
ne  fçait  que  non  feulement  Jacques  I.  Roy  d’  Angleterre  5  mais 
encore  un  Roy  de  France  qui  eft  fort  au  deffus  de  tous  ceux  de 
fon  fiecle ,  8c  qui  a  tant  de  difeer nement  &  de  bon  goût,  n’y  a  rien 
apperçû  de  bon  n’y  d’honnête,  puifqii’il  ne  luy  a  pas  donné  fon 
approbation ,  ôc  qu’ainfi  ce  qu’on  nomme  l’herbe  à  la  Reine ,  ne 
fera  Jamais  celle  d’un  Roy ,  qui  loin  de  donner  dans  la  vapeur 


Ixxrvj  Mededne. 

&  dans  la  fumée ,  ne  fuie  que  les  lumières  de  la  faifon ,  dun  Roi 
dont  laconduite  ne  varie  jamais,  non-plus  que  TAftrequi  fait  fa 
Devife ,  &  dont  il  cil  plus  à  propos  d’admirer  la  courfe  que  de 
vouloir  ajouter  quelque  choie  à  là  fplcndeur ,  par  des  Eloges  fu- 
perdus ,  tant  il  eft  vray  dans  le  langage  même  des  ennemis  de  ce 
Prince,  qu’on  ne  peut  rien  ajoûter  à  l’or  &  au  brillant  du  SolciL 
mas  ne  fe  fuede  dorar  el  Sol  ne  flatear  la  Luna. 

Et  iqu’enfin  il  eft 

Da  fe  Jlejfo  Frèggie  af  at  chiaro. 

Puis  donc ,  pour  conclufion  de  tout  ce  difeours ,  &  pour  juge? 
fainement  &  lans  paflîon  du  tabac ,  que  comme  ce  n’eft  tout  au 
plus  qu’un  remede  de  précaution  pour  quelques  indifpofitions 
ôc  temperammens ,  il  ne  faut  pas  s’en  entêter,  ni  croire  qu’il  foit 
fait  pour  tant  de  perfonnes  qui  en  prennent  en  tant  de  manié¬ 
rés.  Qÿc  s’il  eft  utile  à  une  nation,  il  n’en  eft  pas  de  même  d’une 
^  autre.  Que  comme  il  eft  des  temperammçris  tout  particuliers, 
il  pourroit  être  très -contraire  à  quelques  perfonnes ,  même  en 
poudre  &  en  fumée,  pour  ne  point  parkr  de  celuy  qu’on  mâchej 
«rSirupüs  acBîeii-  Que  la  Medecinc  n’en  adméc  l’ufage  quf  dans  certain  drop  ^ 
^ochoide.  prdpfe  aux  Afthmatiques,  avec  fept  ou  huit  fois  autant  d’autres 
Îîrops  peâroraux ,  qu’on  fe  contente  de  lécher  au  bout  d’un  mor- 
çem  de  Regueliffe,  &  quc  les  remçdes  n’étant  faits  que  pour 
les  malades ,  on  doit  fe  pafler  partieulierément  de  celui-là.  A 
quoy  il  eft  bon  d’ajoûter  que  quant  à  ceux  même  aufqucls  il 
pourroit  être  utile ,  il  y  a  tant  d’autres  fternutamircs  ,  5c  apo- 
phlegmatifmes  plus  feu rs  5c plus  innocens,  6c  enfin  qu’on  ne  dé- 
yroit  s’en  fervir  que  dans  le  particulier  &  dans  la  retraite  par 
bien-feance  5c  honnêteté.  En  eftet  j  peut-on  appeler  le  bel  air 
d’avoir  continuellement  une  boëte  de  Tabaç  en  main  ,  ôc  de  fe 
farcir  le  nez  dkne  poudre  qui  pffenfç  peut-être  la  veuë  ôc  l’or 
dorât  de  toute  Ja  compagnie  ’  Y  art-il  quelque  chofe  d’hpn? 
nête  à  s’enfumer  d’une  vapeur  puante  5c  ’à  fe  fàlir  le  y  ifage ,  pou 
feulement  à  la  table ,  où  il  ne  fe  peut  qu'pp  ne  dégoûte  quelr 
qu’un ,  mais  encore  jLifques  au  pied  des  Autels  où  on  eh  abufe  ? 
Eft- ce  ainli  qu’on  met  en  ufage  les  feepurs  de  la  Médecine  ? 
quelque  bcfpin  même  qu  on  en  puifte  avoir?  Michel  de  Mon- 
n  ^  î^agüife  ne  peut  fouffrir  qù’on  reçoive  avec  tant  de  ceremonie  ô£ 
dans  des  linges  fi  blancs  ôc  fi  propres  l’excrément  qui  fort  na¬ 
turellement  du  cerveau ,  6c  on  ne  fera  pas  de  difficulté  de  l’exr 
citer  à  fortir  par  dçs  efforts  de  mauy  aife  graçe ,  de  s’y  mirer  g 


Troifiéme  P  mie,  Chap.  VIII.  îxxxvij 

de  l’expofcr  aux  yeux  ôcau  nez  de. ceux  qui  n’ont  affaire,  ni 
de  nos  remedes,  ni  de  nos  goûts  dépravez ,  Erntinliame  nfirihus 
fœànm  mucofam(^Hî  ptuitamrefanfam  linteolo  intenti,  in  enque  've- 
lut  in  fpeculo  fe  intueri  :  Car  enfin  tout  bien  confideré  ,  voicy 
comme  des  Allemans  mêmes  en  parlent  dans  leurs  Ephemeri- 
des.  Si  j'avoü  du  pouvoir  dms  la  Médecine^  pn  banirois  pour  ja¬ 
mais  l'ufage  du  Tabac ,  pour  les  mauvais  effets  que  j^en  ay  vem ,  n  é- 
toit  quil  a  eu  le  bon-heur  de  plaire  aux  illujlres  Bartholin  ^  Dia-^ 
merbrochy  mais  ajoutent-ils  avec  le  dode  Simon  Paulli, 

Cuique  ergo  piaceat  fumm  odorque  fuus. 

Oe  qui  n’eft  pas  en  faire  grand  cas ,  ni  même  de  ceux  qui  s’en 
fervent. 

On  tire  tant  d’autres  vomitifs ,  d’autres  purgatifs  Scaperitifs, 
de  deflicatifs ,  de  diaphoretiques  ,  Sc  d’autres  fecours  pour  la 
Médecine  ôc  la  Chirurgie  ,  des  Terres ,  des  fels ,  des  fucs  ,  des 
bitumes ,  des  pierres  précieufes ,  &  non  prccieurcs  ;  bref ,  des 
minéraux ,  des  végétaux  êc  des  animaux ,  qu’il  faudroic  compo- 
fer  un  Livre  exprès ,  fi  on  les  vouloit  partie ulari fer.  Je  me 
eontenteray  donc  d’ajouter  à  ce  que  j’ay  dit  des  purgatifs  êc 
des  vomitifs  ,  quelques  remarques  touehant  un  remede ,  à  pre- 
fent  fort  en  ufage ,  qui  purge  par  haut  &  par  bas  ÿ  qui  fond ,  qui 
réfoud ,  qui  atténué ,  félon  qu’il  eft  préparé ,  ôcqui  efi:  fi  fiifce- 
ptible  de  differentes  formes,  qu’on  le  nomme  le  Procée  de  la 
'Médecine  &  de  la  nature.  C’eft 

Le  Mercure  ,  ainfi  appelé ,  parce  qu’il  eft  plus  fubtil  ^  plus 
volatil  &  plus  infinuant,  tout  pefant  qu’il  eft ,  que  la  Divinité 
fâbulcufe  de  ce  nom.  JTydrargiro  furaciory  dit-on,  pour  marquer 
que  comme  Mercure  ctoit  chez  les  Payens  le  Proteéfeùr  des 
larrons  ,  &  l’inventeur  des  fubtilitez  5  de  même  ce  que  nous 
appelons  Mercure  dans  la  Médecine  ,  s’empare  promptement 
de  tout  ce  qui  peut-être  fondu  &  liquéfié  dans  nos  corps.  Ou 
fi  l’on  veut  de  même  que  les  larrons  font  toujours  au  guet  pour 
attraper  for  5  ainfi  le  Mercure  s’accommode  bien  plus  particu¬ 
lièrement  de  ce  métal  que  de  tous  les  autres.  Les  feules  cein¬ 
tures  des  Apôtres  reftufeitoient  les  morts  de  leur  attouchement  5 
mais  il  ne  faut  qu’urt  ceinturon  de  nôtre  Mercure  pour  faire 
fondre  des  hommes,  comme  le  beurre  au  feu  ,qüoi-qu’il  foit  très- 
froidjSc  voila  pourquoi  les  Ephemerides  d’Allemagne  font  fi  rem¬ 
plies  des  mauvaifes  nouvelles  de  ce  Mercure.  Avec  tout  cela  ,  les 
Hermétiques  n’ont  pas  laiffé  de  l’appeler  la  femence  des  Mé- 


Obyrvdt.  îo?| 
anno  léSj. 


V  OhfervMt.  ij. 
<»»/  1 .  Ephemerid. 
C^rmann.  nnn. 
Ipji.  i»  Schelio. 


taurentiui  Hef- 
■fnmnm  Hàlofaxe 
de  veto  ufu  ^  fe^ 
ro  ahufu  ,  Medi^l 
V^mt>  Çh miter ^  ' 


mv.fofeph.m.%. 

cap.  i.fhn.junier, 


Ixxxviij  Ejjdis  de  Medecîne, 

taux  j  mais  de  fçavdir  s’il  eil:  en  effet  la  baze  du  grand  œuvre 
hic  lahor.  Il  y  en  a  de  naturel  &  d’artificiel ,  l’un  fe  trouve  dans 
les  mines  ,  &  l’autre  fe  fait  du  Cinabre,  11  eft  l’Androtrime 
chaud  &  froid  rayant  des  parties  crafks  &  d’autres  tenues  &  fub- 
tilcs.  C’eft  encore  le  fymbole  de  i’inquietude  &  de  la  fuperbe, 
parce  qu’il  efl  toujours  dans  le  mouvement,  &  que  pour  peu 
qu’il  foit  aide  &  excité  ,il  monte  toujours.  Il  ouvre,  atténué  , 
fond,  refont , pénétré  &  attire  de  la  circonférence  au  centre , les 
humeurs  j  mais  ii  n’çn  eft  pas  moins  ennemi  des  nerfs  &  des 
membranes  ,s’il  n’eft  bien  bridé  &  bien  corrige,  Ainfi  il  va 
quelquesfois  trop  loin,  quoi-qu employé  en  petite  quantité, 
devenant  corroftf  comme  ii  paroît  par  les  ukerés  de  la  bouche, 
&  même  par  ceux  qu  il  fait  dans  les  inteftins  faute  de  fe  fubli- 
mer.  Au  contraire ,  il  demeure  quelquefois  trop  court ,  pour 
n’avoir  pas  été  donné  affez  largement  j  mais  de  quelque  façon 
quon  l’employc,  ^  quelque  cour  quon  luy  donne  ,  c’eft  tou-? 
jours  luy-même  ,  Trallien  ayant  remarqué  qu’un  homme  qui 
n’en  avoiç  été  frotte  qu’aux  bras,  en  vomit  quelque  temps  après 
de  tout  çrud.  G’eft  ainfî  que  quand  on  le  croit  tout-à-fait  éteint, 
&  cnfeyeli  dans  un  Uniment  ,  ç’eft  alors  que  fi  on  rapproche,  du 
cforps ,  il  fe  réveille  fi  fubitement  à  l’aide  de  la  chaleur  natui 
relie,  qu’il  s’empare  de  toutes  les  dimenfions  paf  des  courfçsfi 
précipi|ées ,  que  l'efprit  humain  eft  tenté  de  ctoirp  la  pénétra? 
tiondes  dimenfions,  malgré  toute  la  Phüofophie.  Ôn  dit  à  pro¬ 
pos  de  fes  préparations  êc  de  fes  ufages  ,  que  Demperite  ayant 
eu  de  grandes  conférences  avec  les  Égyptiens ,  qui  avoienc 
tiré  du  tombeau  de  Dardanus  Egyptien,  des  Livres  ou  étoieni 
les  fecrcts  de  la  Chimie,  il  comprit  que  cequkiiylit  touchant 
le  ramage  des  oi féaux,  ne  marquoit  autre  chofé  que  les  mifte- 
rcs  de  la  Spagirie  5  &que  VAiglé  dans  la  Table  Smaragdine  fig- 
fie  le  Merpure  ,  que  nous  appelons  V Aigle  blanche  ,  quand  il  eft 
dulcifîçjeommc  il  eft  appelé  le  Corbeap  d' Hemes  a  certains  égards. 
Et  c’eft  pour  cela  que  ceux  qui  en  ont  parlé  à  la  maniéré  de| 
Égyptiens  nous  en  ont  donné  ce  portrait  Enigmatique, 

Ÿ habite  dans  les  monts  ^  parmi  l^  plamrçy 
J?ere  devant  epte  filsÿ  fay  ma  mere  engendré  ) 

^t  ma  mere  fans  fere  en  [es  flancs  m'a  porté  y 
Sms  avoir  nul  befotn  ddat^cune  nourriture  j 
Hermaphroidite  fuis  d- une  é"  dl^Utre  nature  y 
Pu  plus  fort  Iç  vainqueur  y  du  ■moindre  furmontê ^ 


IxxxM 


Troifime  Partie,  Chap.  VI 1 1. 

;  Et  ne  fe  trouve  rien  dejfous  le  Ciel  voûtée 
Défi  bon  y  de  fi  beau  &  parfaite  figure, 
ii  moy  J  de  moy ,  fians  moy ,  naifi  un  errant  oifeaU  i 
^ui  de  fies  os  j  non  os  fe  bâtit  un  tombeau  , 

Ou  ailes  volant  y  mourant  fe  revifiê  y 

Et  de  nature  fart  en  enfuivant  la  loj  , 

Jl  fe  métamor^hofe  a  la  fin  en  un  Roy  ' 

Six  autres  furrnontant  êf  admirable  armature. 

Ainfi  pour  en  parler  plus  incelligiblement  &  finccrcment ,  il 
n’y  a  rien  de  fi  utile ,  ny  de  fi  redoutable  tout  enfcmble  dans  là- 
pratique  de  la  Medecine,  fes  effets  ne  dépendans  pas  feulement 
des  préparations  bonnes  ou  inauvaifes  qu’on  en  fait  ,*  mais  en¬ 
core  de  la  nature  individuelle  de  ceux  aufquels  on  le  donne  , 
témoins  tant  d’obfervations  ,  6c  particulierernent  celle  qu*on  a 
faite  de  ce  Médecin  j  qui  layant  pris  de  la  main  d’un  aiitre  Me-  r.  uifeeUn.  Mé¬ 
decin  fous  le  nom  de  poudre  uni  verfelle ,  l’ayant  donné  à,  un'  ^îeo-phj^fic.  abfer- 

malade  pour  lequel  ce  ;  Cathoiieon  n’étoit  pas  fait ,  en  vit  de  so  anm  i.  ^ 

•  I  A  •  ^  ^  1  f  t 'i  y  r*  40. 

terribles  errets ,  qu  il  ne  le  crut  pas  moins  qu  endiablé  &  firti  de  s.  tsjt.  &  obfer- 
V enfer.  Mais  pour  ne  nous  point  arrêter  à  toutes  les  qualitez  '^'*^- 
c^e  Pline  êc  Galien  luy  donnent ,  qui  ne  fçait  qu’outre  les  dé- 
fjrdres  qu’il  peut  faire  étant  mal  donné  ôc  mal  préparé  ,  il  ne' 
laîfTe  pas  d’autre -parc  de  faire  des  miracles  dans  des  maladies 
qtti  paroifTent  défefperées  î  &  que  même  il  fe  trouve  quelques- 
foîs  fi  innocent ,  employé  tout  crud  &  fans  préparation ,  que  des 
femmes  de  Smirne  en  avalloicnt  avec  des  ceremonies  fuperfti- 
tieufes  pour  devenir  graffes  j  ce  qui  leur  réüfTiflbiC  admirable¬ 
ment ,  quoi-que  fans  raifon  apparente.  C’eft  ainfi  qu’encore 
qu’il  porte  du  centre  à  la  circonférence  ,  par  cette  vivacité  qui 
le  fait  appeler  argent-vif  j  il  n’eft  pas  fi-tôc  dulcifié  &  comme 
fixé  par  une  operation  tres-facile  »  qu’il  efi:  un  remede  doux  , 
pacifique  &  effedif  aux  opilations  ,  aux  tumeurs  fehirreufes , 
aux  cachexies  &;  aux  pâles  couleurs  les  plus  inveterées  des  fem¬ 
mes  6c  des  filles  ,  aufquelles  un  Jupiter  radouci  en  pîuye  d’or , 
ne  pourroit  être  plus  utile  qu’un  Mercure  ainfi  dulcifié  .  Iln’efi: 
pas  jufqucs  à  celuy  qu’on  appelle  précipité.,  qui  n’ait  fes  üfages 
dans  les  maladies  fécrettes,  pourveu  qu’il  foit  bien  ménagé,  ni 
jufques  à  la  poudre  Emetique  ,  dite  Turbich  minerai  où  il  en¬ 
tre,  qui  ne  fe  fafle  appeler  Mercure  devieyfouvent  avec  autant 
dé  raifon  ,  que  ce  Mercure  qui  rappelle  chez  nos  Poètes  les 
morts  à  la  vie  ,  atque  eas  revocat  orco.  Et  quant  au.  Mercure 

m  , 


xc  Medecme, 

rouge  ou  rubéfié  >  pourquoy  ne  rappellerions-nous  pas  k  pôuÿ» 
pre  des  Chirurgiens)  puifquUl  eft  un  des  plus  beaux  ornemenr 
de  la  Chiruïgie. 

A  R  T  I  C  L  E  S  E  C  O  N  B: 

Des  remedes  aheratifk 

LEs  remèdes  alteratifs'  font  ceux  qui  n’agifiTent  que  pair 
leurs  qualitez  manifeftes ,  premières ,  fécondés  &  tierces 
ôc  non  pas  par  leurs  foiïnes  fpecifiques ,  comme  font  les  purga- 
tifs  &  les  cordiaux.  11  y  a-des  Alteratifs  qui  fe  changent  en  nô-’ 
tre'  fubftance,  tels  que  font  les  alimens  fimples  &  les  alimens?. 
médicamenteux.  D*autres  qui  nous  communiquent  leurs  quali-»' 
rez  fans  s’y  changer.  Ceux-cy  font  Hmples'  ou  compbfez  5  mais^ 
comme  on  ne  les  peut  partieularifer  fans  employer  trop  de 
temps ,  je  m’arrête  fimplement  à  ceux  qui  font  de  la  clafie  des  ' 
rafraichiirins,  parce  qu’ils  font  plus  feurs  ôc  qu’ils  viennent  pto 
fouventî  dans  i’ufage  que  les  chauds ,  la  plupart  des  maladies^ 
étant  cauCces  par  d^s  humeurs  &  des  intemperierchâùdesv 
Les  plus  fimples  donc  font  premièrement  l’eau  bien  condi¬ 
tionnée,  &  telle  que  nous  t’avons  marquée  ci-devant  :  car  elle" 
corrige  puiflamment  les  intempéries  chaudes  &  feiehes ,  em-'- 
pibyée  dans  les  bains,  dans  les  la  vemens,&  dans  tomes  fortes 
de  ptifancs ,  d^émulfionf  &  de  hochets ,  retardant'  l’aélion  de  la-- 
chaleur  étrangère  fur  les  parties  folides  |c  fur  l’humide  radicaL 
En  fécond  lieu ,  le  lait  clair ,  à\t  [smm  leêciis.  Il  cft  vray  que  quel¬ 
ques  Praticiens  le  mettent  au  rang  des  purgatifs-,  à  caufe  de 
certaine  fubftance  nkreufe qu’ils  y  remarquent,  êc- avec  laquelle' 
iï  déterge  &  entraîne,  comme  une  petite  lcxive,  toiit  ce  qu’if 
trouve  en  paflànt- mais  ce  qu’il  y  ad’afturéy  eft  qu’it  n’agit  que' 
félon'  la  nature  du  lait  dont  il  elt  tiré  :  car  quoi-qu’il  arrive  or¬ 
dinairement  que  la  qualité  rafraichiftante  &  humedantc  pré-^ 
vale  fur  la  déterfive  ,  celle  cy  l’emporte  aufti  .  quelquesfois  fur 
les  autres.  Quoi  qu’il  en  fbit ,  c’eft  félon  Hipocratc  le  remede 
des  méiancholiques,  s’il eft  bien  conditionné , comme  nous  l’a¬ 
vons  remarqué  ci-devant ,  celuy  qu’on  tire  du  lait  promenb 
dans  les  rues  deParis^^n’étânt  gueres  propre  pour  la  Médecine.  li 
faut  donc  que  racimal^iui  en  fournit  la  matière  fort  jeune,  fain^ 


Troifieme Pdrtie,  Chap.  V ÎI ï.  xcj 

tien  noüm.  6c  que  le  malade  le  prenne,  fmon  ticdc,âu  moins 
dégourdi  ôc  corrigé  avec  le  fucrc  rofat ,  de  crainte  qu'il  ne 
blelTe  les  membranes  de  l’eftomach  par  la  trop  grande  froideur. 
Les  eaux  diftilées  des  Plantes  rafraicHilTantes ,  font  encore  dû 
rang  des  alteratifs  froids ,  mais  comme  elles  fentent  toutes  le 
feu ,  elles  ne  font  prefques  plus  en  ufagè,  à  la  refer ve  des  cordia¬ 
les  ,  ôc  particulièrement  de  Peau  de  rofes.  Les  alteratifs  compo- 
fez, outre, ceux  que  nou^  avons  marqué  ci-deflus, font  les  pou¬ 
dres  appelées  efpeces  dans  les  difpcnfaires ,  les  bechiques  ,  & 
quelques  antres  dont  l’ufage  efl:  prefque  aboli  par  Pimpatienec 
des  malades ,  6c  par  l  avarice  des  Artiftes  j  tout  cela  d’autre  parc 
n’opérant  qu’avec  le  tpmpsôCfUn  long  ufage. 

Mais  parce  que  nous  avons  promis  ci-devant  de  dire  quelque 
^cliofe  du  cidre. 6c de  la  bierre,  je  croy  que  nous  ne  les  pouvons 
mieux  ranger  que  dans  la  elafle  des  alteratifs,  quoi- que  l’un  _6c 
l’autre  ait  quelque  chofe  d’alimenteux.  Le  cidre  n’eft  autre 
,çhofe  que  le  fuc  des  pommes  gardées  quelque  temps,  puis  con- 
tufes  ôc  broyées  ,  apres .quoy  on  les  faifle  fermenter ,  6c  dépurer 
,comme  le  vin.L’ufage,  ditr-on,  en  vient  d’Affrique,  d’ouila  paffé 
en  Bilcaye  6c  de-Ià  en  Normandie.  Aufîî  Tertulliçn  6c  Saint 
Àugufl:in,dcùx  iiluflres  AfFriquains ,  en  font  mention  f  le  prc- 
,mier  l’Appellant  fucmm£x  femü  venofi^imum  ,  6c  l’autre  répon¬ 
dant  aux  Manichéens  qui  luy  reprochéient  que  les  CatKoliques 
étoient  des  voluptueux  qifi  beuvoiertt  du  fvin ,  que  les  Mani- 
eheens  beuvoiemt  du  fuc  de  pomme?  plus  délicieux  que  tout 
les  vins.  Le  meilleur  cidre  vient  de  la  baffe  Normandie  ,  ôc  fe 
conferve  bien  mieux  en  bouteilles  que  dans  des  muids  :  car  ce- 
luy  de  la  liaute  Normandie  n’a  garde  d’être  ;fi  bon, ,  non-plus 
que  le  Poiré ,  qui  eft  certain  fuc  de  poires  fort  mal-fain  ,  6c  peu 
agréable  en  comparaifon  de  celuy  des  pommes  ,  mais  pour  tout 
cela  le  cidre  ne  laiffe  pas  d’enyvrei^  comme  le  vin,  ôc  d’une 
maniéré  bien  plus  incommode , puis  qu’étans  bien  moins  chaud , 
les  vapeurs  ne  s’#n  diffîpem  pas  fi  facilement..  Le  meilleur  fe 
fait  dans  le  Cotentin  avec  certaines  pommes  appcllées  d’é- 
carlatre ,  6c  fe  garde  fort  bien  dpux  ou  trois  ans.  Scs  forces 
6c  fes  vertus  different ,  félon  les  païs ,  les  pommes  dont  il  eft 
exprimé  ,  la  conftitution  de  l’année  ,  8c  les  temperammens  de 
ceux  qui  en  ufent.  Le  ffir  efl:  eflimé  le  plus  excellent  &  le  plus 
propre  aux  fains  ôc  aux  malades  :  car  l’aigre  efl:  mal-fain  Sc  fe 
referve  pour  les  vâllets  6c  pour  les  faufles  j  mais  il  faut  fçavoir 


xcij  Efjan  de  Meâecine. 

qu’il  en  eft  de  cette  liqueur  comme  de  quelques  autres  qué 
Tufage  ordinaire  &  la  coutume  rendent  faines  à  de  certaines 
perfônnes  j  c’eft  pourquoy  l’Auteur  du  Peroriiana  cite  Monfieur 
de  Tiron,  diiant  que  fi  on  luy  ôtoit  Pufage  du  cidre  il  mou- 
roic ,  &  c’eft  ainfi  que  fi  on  vouloir  réduire  à  ce  breuvage  bien 
des  gens,  qui  font  accoutumez  au  vin ,  ils  s’en  trouveroient  fort 
mal.  Quoi -qu’il  en  foit ,  il  y  a  des  Auteurs  qui  ont  confirmé  la 
penfée  des  Normans,  qui  affurent  qu’il  eft  ami  de  l’humide  ra¬ 
dical  ,  qu’il  humede  &  rafraîchît,  &  qu’il  eft  excellent  à  toutes 
Y  paimar,  devina  les  affedioiis  mélancholiques ,  &  même  aux  palpitations  de  cœur, 
àpomaceo.  ^  l’ufage  en  a  fait  des  cures  admirables  ,  en  des  maladies 
chroniques  oii  tous  les  remedes  n*avoient  fervi  de  rien ,  &  qu’il 
eft  même  fort  propre  aux  enfans ,  parce  qu’on  le  corrige  avec 
l’eau  qu’il  porte  fort  facilement. 

Quant  à  la  Bierre  ,  il  s’en  faut  beaucoup  qu*on  en  difetant 
de  bien  que  du  Cidre ,  ni  qu’elle  foit  d’un  goût  fi  agréable.  Cc-^ 
pendant  elle  n’a  pas  laifté  d’avoir  fes  approbateurs:  car  quant  à 
fon  ufage ,  il  eft  fort  ancien  ,  puis  qu  Athénée  parle  au  Livre  i J 
des  Dypnofophiftes  d’un  vin  fait  avec  l’orge.  Mais  à  parler  ge-. 
neralement  ,  c’eft  un  breuvage  fort  contraire  aux  fains ,  mais 
plus  particulièrement  aux  malades,  parce  qu’il  n’y  a  rien  de  fi 
flatueux  ni  de  fi  efud,  &  par  confequent  de  fi  difficile  diftribur 
tion  ,'  ni  qui  faffie  tant  d’obftrudions.  On  a  beau  dire  que  la 
fermentation  ôc  le  houblon  corrigent  tout  ,  il  eft  toujours  luy-^ 
même ,  à  moins  que  d’y  être  accoutumé  :  car  quand  on  en  a  été, 
pour  ainfi  dire ,  pétri  &  nourri ,  il  pafTe  en  natüré  comme  plu^ 
fieiirs  autres  alimens ,  &  rend  meme  les  gens  gras ,  frais  &  fobres, 
au  manger  ,  tant  il  emplit  5  mais  tout  cela  ne  s’entend  que  des 
fains  ,car  je  ne  le  crois  nullement  médicamenteux.  Cependant 
.comme  chacun  approuve  les  fruits  de  fon  pais  ,  Monfieur  Gro¬ 
tius  n’a  pas  laifie  de  répondre  aux  beaux  vers  que  Monfieur 
Guiet  a  faits  contre  la  bierre.  On  jugera  qui  des  deux  a  eu 
plus  de  raifoii ,  Se  qui  a  mieux  réüffi  par  cet  extrait  donc  j’ay 
bien  voulu  faire  part  au  LeCleur  ,  quoi-qu’orf  le  trouve  facile¬ 
ment  dans  les  Lettres  de  Monfieur  de  Balzac  ,  où  on  peut  eii- 
Leitre  ^  Man-  corc  voft  Ic  juffement  qu’Ericius  Pateanus  a  fait  de  la  bierre  en 
profe  Latine. 


Troijtême  Chap.  VUL 


xciij 


FR  A  N  C  I  S  CI  GUIETI 
in  Cerevifiam. 

Ritîcei  latices ,  menfis  boredibus  apu 
Munem  ,  feà  Celtis  tetra  venena  mets. 

vos  facra  tulit  tellus ,  qud  mmims  ira 
Æmula  lethais  pocula  finxit  a^uis  ? 

vos  oâit  amat  mufas  ,  bacchum^ue  cyfrmqut 
Et  fuperos  odit,  fi  qms  amare  potefi. 

Vos  vitiata  Ceres ,  temeratis  devovet  ttndit 
Nais  é’  aojerfis  Cinthius  horret  equis. 

Ctii  fapitis  nil  iUe  fapit  i  dignufque  fuillo 
Jure  fitt)  ^  focios  glan-dis  habere  fuos. 

bfbet ,  irato  tentabit  Apolline  carmen 
Arcadkofqm  dabit  rufiicus  ore  fonos. 

Bine  Batavi-ifumis  eerealibus  ebria  turba 
Carmina  tot  mufis  inficianda  vemunt  y  ■ 
Etmiferiplacuerefibiigaudentqaeprofanas^ 
Erondihus  Aternis  implicui fie  comas, 

At  Veus  e  Pindo  -,  crafia  deliria  gentis 
Midet ,  é‘  bfos  panas  impietatis  habett 
Ducite  damnatos  ,  geni  harbara  ducite  fitccos 
PfeSiareus  nobis  proluet  ora  liqmr. 

H  y  G  ON  I  $  G  R  O  T  II 
Pro  Cerevifia. 

‘Vmor  dulcis  aquA  >  fed  igné  coBèe 
^uam  fucco  Çerès  imbuit  falubri, 
corpus  végétas  nec  impotente 
Çommotam  furias  vomere  mentem 
^up  potu  fruitur  Batava  tellus 
Neptuni  domm  horreumque  mundi  ■ 

Et  quotquot  populos  maris  ab  alto 

Cœli  culmine.  cmjpicaturArctos 

Jpfa  te  fitiuntnovem  forore  s 

Kec  Permerfida  proluuntitr  unda 

Ex  qm  Gracia  barbaro  fub  hofie  efi  _  ' 

Nec  Bacchi  cyathos  ammtpuella  -  ' 

m  iij 


tSrjyelle  .âf  l^Re. 
fubl.  de?  llettr.  de 
Lfuniéi^.ayp.  XI. 


xciy  ;  ;  Bffds  de  Medecmn, 

Sed  Rheni  Vahalij^He  temperatos 
Almis  pafiihns  h^uriuni  liquores  .../  ' 

puïdi  mentis  iners  ^  merumque  ru f  efi 
Si  quem  Bufm  non  movent  fecundi ^ 

£t  quos  D.opf^  cmit  pu/enpe  m'a  jor 
jCælo  fydereo s  rotm.tç  curfpu  , 

Mt  qUd  jpiçula  B  audio  vibrante 
Non  unum  fihi.  de^ipant  Lycamben  .. 

Ef  :^ôS  dafmi^eToj  pikil  Vttufiü 
■Çedens  vatibus  Heinjii  Thàlia.  ' 

At  me  (  fentio  )  larga  cum  fequatur 
Fini  copia  fri^idique  fontes 

Peu  mufa  fugiunt.  Ffnjte  qqondam  i 

pile0i  latiees  :  nec  effe  crudum 
Piec  confrar  dtcetiebrium  Poéiam. 

"  .  /V 

E§.,ycii  PuTE^fii  de  Ccrevi^a.  Md. 

<^ue  fî  1011  me  demande  ce  cjae  je  f  enfc  de  tous  ces  autres 
,akeracifs ,  dont^des  'ptrangers  ont  intradumrulagc  en  France 
depuis  quelques  annécsr,  .&  qu’on  tâche  de  faire  valoir  à  laide 
des  nouveaux  princip,es  “de  Philofophijec>  qui  font  à  prefent  àla 
mode  J  je  ne  croirai  pas  me  tromper  ,  quand  je  dirai  jque  ce  ne 
font  que  ies  fruiri  cie  nos-  voyages  &  de  nôtre  inquiétude  i  ou 
Il  l’on  véur  ,  des  fuites  de  l’ emetement  qui  règne  â  .prefenc  fi 
imperieufement  dans  Paris.  Car  qu’eft-ce  jque  le  Thé,  linon 
un  bochet-ou  infufôn  d’urie  plante  ^  qui  a  quelque  vertu  de- 
liccatiye  Ôt  diaphoretique 5  OA  tout  au  plus,  comme  a  dit  quel- 
fjpunt  uyfhpnéfe  ajpuftment  ?  itne  pïfwetè  innocente  ■,  un  petit- artijî-yy 
ce  pour  empêcher  que  Us  fernipèf  né 's’mni^en4^  ,,^-q?c  Aies  nè^fajjeni. 
pf?  Aulfi  ces  leuiil^squi  viennéiit  de  li'ioin,^nt-elies  moin£ 
efiimées  dans  leurfaîs  que  celles  de  nôtre  faitge.  Pour  le  Cho¬ 
colat,  qu’eft- ce,  qu'’un  méian-ge  fearre  d’ingrediens  froids  ôç 
^hauds ,  de  la  feruaentation  delquels  on  peut  dire  r  . 

Frigida  pugnqhant -ctiUdû  humentid  ficcis^  .  ^  . 

Mais  à  la  yericé  donc  il  peut  refLiltcr  quelque  vertu  cordiale,  puif- 
que  nous  lifoqs  dans  l’obfervation  40.  du  Journal  de  Leipfic  an? 
née  trolfiéme,  que  de  17.' perfonnes  qui  avoient  pris  d’une pou¬ 
dre  erapoifqnnéc ,  mife  au  limi  de  fucre  dansdu  Choéolat  dans 
des  cerilès  cuites  ,  les  cinq  qui  a-vorenc  pris  du  Chocolat^  foufr 
frirent  bien  moins  a  ôc  fareat^  bien  plus  facilement- fecourus 


T toifiém  e  Partie.  CHap.  VÏIt.  Cxr 

(jue  les  dou2.e  qui  avôient  mangé  de  ces  ccrife?.  Je  tombe, 
dis-je ,  d’accord  qLiil  y  a  quelque  c-hofe  de  corroboratif  dans 
le  CbocolaCr  quoi  que  bien  moins  que  dans  nos  efpeces.  Car 
X  ce  propos ,  que  dira-t-on  de  cé  mélange  ,  quand  on  fçaurâ 
qu’un  Médecin  de  belle  humeur  ayant  fait'prendre  à  des'fem. 
mes  le  Diarrhodon  Abbatis  pour  du  Chceolat  f  cette  liqueur 
A'bbatiaic  leuT  plût  telienrchc  /  qu’elles  s’écrièrent  toutes  & 
avec  raifon  qu  elles  n’avoient  jamafs^  bû  de  tel  Chocolat.  Quant 
à'I’OrfaTe  ou  Horgeat,  ce  n’ed  qu’une  émulfîon  fane  avec  le' 
lait ,  les  pignons  ,  les  amande'sr,  Tambré  êc  autres^chofes  propres^ 
à  dater  le  goût.  H-  eh  elt  de  même  du'  Sorbet  ,  qiri  ueft  rien 
qu’un  fuc  cpailîi-,  un  firop  candr ,  ouune  conferve,  qui  a  ©u 
pair  fà  nouveauté  l’approbation  deS  riches  &  des  voluptueux^. 

Ainfi  les  François" étant  natureUemeut  inconftahs-,  je  ne  defef* 
pere  pas  de  les  voir  révenir  de  ees  efatêtemeos  ,  a ufquels  d’au¬ 
tres  peuvent  encore  fnteeder  :  car  qui  ne  fçait  qu’ils  voudroient 
tous  les  jours  changer  d’habi^,  de  maifon ,  de  maîtrelTe ,  &  mê¬ 
me  de  morale,'  &  qucc’eft  ainfî  qu’ils  changent  dé  Médecin;^ 
de  rcmedes,  d’alimeus  &  de  breuvages  comme  de  linge  ? 

Q^nt  à  quelques  rcmedes  que  Galien  appelle  AnMologim  y 
parce  qu’on  ne  cômprehd  pas  éômtncnf  &  pourquoi  ils  agiflTent  de 
telle  maniéré,  je  m’en  rapporte  à  l’cxpcricncé  ,  à  laquelle  il  faut 
deferer,  lorfqu’ elle  ed  confirmée  par  des  épreuves  raKbnnéesÿ' 
ôc  quand' onr  eft  affûté  qu’il  n’y  a  pas  de  fuperftition.  Éc  c’eff 
ce  qui  m"pbltge  dé’  dirc  eiKore  ici  quelque  chohedu  Quinki»* 
na ,  du  CalFé ,  des  yeux d’Ecreviffe  &  de  ICÎpium  ,  quoi  quhls 
ne  foienc  pas  tous  Anaïtiologites  ,  laiffanr  à  part  les  Amulectes,- 
les  Sympathiques  tant  d’autres  fecours  qui  ont  quelque  cho--- 
fe  dé  particulier  6i  de  fpecifiqüe,  mais  qui  demandent'  de  trop 
longues  diffcrtatiohs-.  , 

Les  Philologues  n’avoient  fait  eonliftcr  péndahi:  on  long-tems 
la  vertu  des  herbes  ,  des  arbri fléaux  ô£  des  arbres  que  dans 
leurs  racines-,  leurs  bois  ,-  leurs  fleurs  ,  leurs  femences  &  leurs 
fruits.  Ils  n’avoient  prefquc  tien  dit  de  Pécorce  ,  fi  on  en  ex-’ 
eepte  celle  de  l’arbre  qui  porte  la’  canelle  ,  celle  du  Coftus  Cor- 
ticofus  ,  du  Frefnc  ,  du  Liege  êcd.  mais  voici  une  écorce  qui  K  l  N  A  K  l  N  Mr 
lait  bien-  plus  de  bruit  toute  feule ,  que  toutes  les  parties  de 
tant  d'autres  plantes,  de  corfict  lis  ef.  Ce  n’éfi:  qu’une  écorce  à 
fa  vérité  ,  mais  c’eft  une  écorce  qui  ne  tire  pas  fimplement  fou 
prix  du  lieu  d’où  elle  vient,  ^rocul  é'  dtimü  finibffs ymûs  à& 


Metettus  Retinus 
Sekafi.  Badus.  An. 
îm.  Kentgiu's.  f.  /«■ 

échus  çhifietius. 


Pais  de  Kent 
Anglcsetrc- 


xevj  EJJais  de  Meiedne, 

fès  effets  merveilleux,  tdomphanc  des  fièvres,  qui  fe  moquoient 
des  Médecins ,  &  qui  avoienc  des  fuites  d’autant  plus  funeftes 
que  le  peuple  negligeoit  la  cure  de  ces  fièvres ,  &  ne  les  re- 
gardoic  que  comme  des  maux  rarement  funeftes.  En  effet ,  ft 
tant  d’autres  écorces  ont  eu  l*avantage  ,  avant  l’invention  de 
l’Imprimerie  ,  de  faire  revivre  les  morts  dans  la  mémoire  des 
y i vans  3  à  combien  de  mourans  celle-cy  n’a’t-clle  pas  rendu  la. 
vie,  particulièrement  depuis  quelques  années  ?I1  eft  vrai  qu’il 
y  a  déjà  plus  d’un  fiecle  quelle  commença  à  fe  produire  à  peu; 
prés  comme  on  a  dit  de  la  renommée  : 

Pdtrva  metu  prirm  mox  fej'e  çxtoilit  in  auras.  * 

Car  les  Efpagnols  furent  les  premiers  après  les  Indiens  qui  en 
curent  quelque  connoiffance ,  ôc  qui  la  firent  connoître  fous  le 
nom  àQ  Palo  de  Calenduras  ^  quoi  que  les  Indiens  né  la  connuffent^ 
que  fous  le  nom  àc  Loxa^  Divers  Auteurs  en  ont  parlé  depuis, 
chacun  félon  fes  lumières ,  fous  le  nom  de  ïOna  china ,  ou  de 
^mnqmna,.o\x  de  Cortex.  Pemtvianmi  Les  uns  l’ont  crue  peu 
feure  &  même  infidèle  dans  fes  effets  5  d’autres- dangerèufe; 
d’autres  au  contraire  divine  ,  6^  un  denes  preféns  ,  dont  le  Pé¬ 
rou  a  bien  voulu  enrichir  ceux  qui  étoient  ruinez  de  farité , 
par  de  longues  fièvres.  Pour  moi  qui  fais  profeffionde  fincerké  ^ 

&  qui  n  ai  aucun  intereft  à  prendre  parti  en  cette  rencontre  j 
fine  eortice  natus ,  je  puis  affurer  avec  tout  ce  qu’il  y  a  dé  Mé¬ 
decin  sdefintereffez ,  que  fi  nous  avons  queiques  fpecifiquesdânS 
la  Medecine: ,  celui-cy  eft  le  pius  fur ,  le  plus  innocent ,  &  \q 
plus  admirable  qu  elle  ait  encore  connu.  Car  s’il  ne  s’eft  étâ- 
bli  qu’à  peine,  c’eft  en  partie  la  faute- du  peuple  qui  ne  vou- 
loit  point  donner  dans  une  nouveauté  à  cher  prix,  &  en  partie 
l’ignorance  ou  la  mauvaife  foi  de  quelques  Médecins  enBémis 
de  l’abréviation.  Quoi  qu’il  en  foit,  ce  fpecifique  a  enfin  paru 
comme  un  grand  fecret  entre  les  mains  de  celui  qui  avoir  eon- 
^  nu  par  de  frequentes  expériences  dans  un  air  fiévreux  ,  que 
le  fecret  ne  confiftoit  qu’à  en  ufer  plus  fréquemment  6c  plus 
long-temps  qu’on  ne  faifoit ,  SC  qu’à  trouver  comme  il  fit  arrH 
vant  en  France ,  des  fujets  d’autant  plus  dociles ,  qu’ils  ne  le  pre- 
noient  plus  fous  le  nom  de  Quinquina  ,  mais  fous  ce! uy  d’un 
fecret  infaillible.  Cependant  il  ne  fçavoit  pas ,  cet  Anglois  mai" 
tre  du  fecr'et ,  comme  l’expericnce  l’a  fait  voir  depuis  aux  Mé¬ 
decins,  que  ce  remede  ne  fait  pas  toujours  un  bon  effet, quand  . 
en  n’a  pas  préparé  le  corps  par  les  remedes  generaux  ,  &  que- 


Troifime  Partie.  Châp.  VUI.  scvij 

faute  de  cela  qu’il  ne  luy  a  pas  toujours  jréüfllll  fic  fçavoic 
pas  que  tout  bon  qu’il  eft  pour  la  plupart  des  fièvres  ,  jl  n’ejQ: 
pas  fait  pour  tant  de  maladies  aufquellcs  il  le  prodiguoit ,  pour- 
veu  qu’il  fût  bien  payé.  Car  s’il  cft  un  yray  fébrifuge^ particu¬ 
lièrement  aux  fièvres  qui  ont  un  foyer  &  des  retours,  il  efttres- 
eontraire  à  toutes  les  dirpofitjons  infiammacoires  des  entrailles., 
aux  maladies  de  poitrine,  aux- fiéyres  malignes^  aux  opilations, 
bi  prefques  toujours  inutile  où  il  y  a  flux  de  ventre  ,  pour  ne 
point  parler  de  quelques  autres  indifpofitions.  Et  à  ce  propos^ 
je  veux  bien  encore  avertir  içy  le  public  ,  que  tout  ce  qu*on 
vante  au  pats  de  la  Cfiarlataneriè  pour  des  fébrifuges  affiirez , 
n^efl:  d’ordinaire  que  du  Quinquina  déguife  &  mêlé  avec  d’au¬ 
tres  écorces ,  des  fels ,  ou  de  l’Opium. De  plus  i que  les  Mar¬ 
chands  rubftituenî  fouvent  à  cette  écorce  du  Pérou  ,  des  écor¬ 
ces  d’arbres  fort  communs  en  France  ?  d’oû  il  arrive  quelques- 
fois  que  les  malades  ôc  les  Médecins  fe  trouvent  fort  loin  de 
leur, compte  i  mais  U  eft  afiez  difiiciie  dé.dire  pourquoy  & com¬ 
ment  le  peuple  s’eft  enfin  figuré  le  Quinquina  i  fous  l’idée  d’un 
remede  Tiotenr.  Ç’eftee  qui  faifoit  craindre  avec  raifon  aux 
véritables  Médecins ,  que  ce  grand  remede  n’eût  enfin  malgré 
fon  mérité,  le  fort  de  tant  d’autres  nouveautez  ,  ayant  qu’ileût 
triomphé  comme,  à  l’ombre  des  lauriers  dei’inyincible  Louis  le 
.Grand  ,  de  la  fièvre  qui  a  voit  ofé  attaquer  ce  Trioraphateur  ; 
car  il  eft  eerrain  que  quand  il  fit  cette  importante  guerifon  ,  il 
a  voit  déjà  perdu  beaucoup  de  fon  ancienne  eft:ime  ,  ôc  qu’il  étoic 
manifefle  nent  déchu  dans  i’efprit  du  public  ,  foit  parce  qu’d 
étoic  trop  commun  bc  trop  connu ,  bc  qu’il  n’y  a  voit  pas  ^rand 
miflere  à  le  préparer, ouparcc  qu’on  en  faifoit  fi  bon  marçhe>qu*il 
ne  mericoit  plus  d’être  regardé  comme  précieux ,  tant  il  efl:  vray 
qu’on  veut  à  Paris  du  miftere  êc  du  fecret  j  &  qu’pnfe  plaîqà 
être  trompé,  . 

Le  GaflFé  eft  encore  un  remede  fi  connu  bc  fi  en  ufagc,qu’a- 
prés  tout  ce  qu’on  en  a  écrit  en  diverfes  langues  il  feroit  fii- 
perflu  d^en  vouloir  parler  fort  au  long.  Iiruffit  donc  de  remar¬ 
quer  icy  qu’il  y.a  eJFedivement  qnelqi^é  chofe  de  plus  efFedif  & 
de  plus  utile  ch  cette  cfpece  de  Phafêolè,  que  dans  Ip  Thé  ,  le 
Chocolat,  &  femblables  liqueurs  qui  font  à  la  mode.  En  effet , 
fans  avoir  recours  ni  à  la  Philofophie  d’Ariftote,  niàcelled’E- 
picure  ,  de  Defeartes ,  de  Wanhelmonc  &  de  Willis  ,  !  expé¬ 
rience  nous,  a  tant  fait  voir  de  bçns  effets  de  Pufage  de  cette 

n 


L^s  yeux  de  Phil- 
lis  changez  en  A- 
fîres» 


aUwi  p*(' 

6tiS^ 


xcviij  ^EjJkU  de  Mdecîne, 

décoàiôa ,  que  ce  feroît  opiniâtreté  que  de  les  éevoquer  en 
doute.  Mais  il  ne  faut  pas  s'imaginer  pour  cela  que  le  CafFé  fort 
une  Panacée  ,  puifque  la  même  expérience  nous  apprend  qu’il 
eft  fort  contraire  à  de  certains«temperamens.  Voila  pourquoy 
le  temps  qui  eflr  le  pere  &  le  meurtrier  des  nouveaucez  ,  pour- 
roit  bien  faire  périr  auffi  celle-cy.  Il  ne  faudra  poureela  que 
quelque  femme  extraordinaire  qui  s  en  fera  trouvée  mal ,  ou  qui 
le  Timagincra,  une  même  perfonne  donnant  &  ôtant  fou  vent  à 
Paris  ôc  à  la  Cour  le  crédita  une  même  chofe. 

Oculi  Cancri  eft  un  mot  Latin  auffi  mal  appliqué  que  ce- 
luy  d’EcreviiTes  j  fous  lequel  cés  yeux  prétendus  ont  été  re¬ 
gardez  des -malades  ,  comme  les  yeux  de  Phftlts  Font  été 
des  Amaâs  ^86  des  beaux  Efpri es  :  car.  loin  d’être  les  yeux 
d’une  cfpeGe  d’Ecrèviftes  marines ,  appellée  Crabes  en  Norman¬ 
die  j  ce  n  eft  qu’une  mucoftté  endurcie  dans  la  tête  de  ces  poif 
fons  >  mais  les  Médecins  &  entre^autres  W^anhelmont  qui  les 
ont  vantés  ^  nous '^droient  b i en  obligés  s’ils  les  croyoient  un  Ct 
grand  remede,  d’ien  :éc'rire  plus  elafremènt  qu^ls  n’ont  fait. Pour 
moy,  comme  ijein’y  ay  jamais  rie;n  :obfcrvé  de  fmgulier  î  non  plus 
que  quelques  Médecins  finceres  que  j ’aycoiïfultés  fur  ce  fait  y 
je  ne  croy  pas  que  cet  Alcali  foit  beaucoup  plus  effëciif  que 
îa  craie  >  à  laquellevil  reiemble  ,  quoy  qu*bn  le  préparé  avec 
autant  de  ceremonie  que  les  perles  y  faufquelles  on  fubftîtuë’ 
même  quelquefois  Pécaillê  intérieure  des  coques  d’imillrcs 
broyée  fur  le  marbrc5,qü%n  fait  ainfî  pafrer  pour  des  perles  pré¬ 
paré  es  ou  pour  des  yeux  d’écreviffes  chez  les  gens  cred*ules»re^- 
medes  dont  quelques  Médecins  fe  promettent  des  effets  qu’il  eft 
plus  facile die  sftmaginer  que  de  prou ven 

L’Opium  eft  un  remede  bien  autre  que  les  precedens  >  & 
côtitre  lequel  il  eft  d’autant  plus  à  propos  de  fe  tenir  en  garde 
qu’il  femble  ort  innocent  tant  on  le  donne  en  petite  quam 
tiré ,  8c  tant  il  s’avale  facilémeiit. 

C’^eft  le  fue  d’une  efpece  de  Pavot  ,  qu’on  appelle  lire  *pa.-f 
excellence comme  ft  c’eftoît  le  plus  excellent  de  tous  les  fuesy 
&  qu’il  n’eût  rien  que  d’innocent.  Il  eft  chaud_par  fes  parties 
huileufesi^e  par  fon  fouffee  ,  engourdiffant  &  a{K)UpifFant.  Ain- 
fi  ces  effets  n’ont  garde  de  venir  de  la  froideur  que  le  peupfe 
luy  attribué,  auffi  caufe-t-il  quelquefois  tout  affoupiffant  qu’il 
eft ,  des  fucurs,  des  vomiffemèns,  des  fclles  &  des  flux  d’urinc 
quoi  que  çc  ne  foit  que  par  acGidcnt.Difonsdonc  que  comjaqiç  les; 


Troijtme  Pdrtîe,  Ch2Liÿ,Vlll,  xdx 

^ücicns  avoient  leurs  fomniferes ,  dés  le  temps  même  d*Hipo- 
erate.  les  modernes  en  ont  découverts  qu’ils  ont  préparé  cha¬ 
cun  à  leur  maniéré  :  car  la  Médecine  ayant  confideré  qu’il  n’y 
avoit  rien  de  fi  utile  aux  douleurs, aux  veilles,  &  aux  fièvres  ar¬ 
dentes, qu'  un  fommeil  doux  &  tranquille,elle  a  tâché  de  le  provo¬ 
quer  par  des  remedes  narcotiques ,  ne  le  pouvant  pas  toujoiirs 
faire  par  de  fimples  rafraîchiflans.  On  a  donc  commencé  par  la 
femenec  de  pavot,  qui  n’ètoit pas  inconnue  aux  anciens  ,  parce 
que  les  décodions  ou  rnfu  fions  qu’on  en  fait,  peu  vent  engour¬ 
dir  les  efprits  &  arrêter  le  mouvement  des  humeurs,  ce  qu’on  a 
itenté  d’auranc  plus  hardiment  qu’il  y  a  des  Païs  ou  l’huile  de 
pavot,  loin  d’être  noifible  fert  à  la  cuifine  faute  de  celle  d’Or 
lives.  Mais  comme  cette  femence  n’a  pas  toujours  paru  afiez 
effedive,  il  a  fallu  .enfin  avoir  recours  au  fuc  mêmedes  feüil- 
|es  &  des  têtes  dun  pavot  exotique, qui  eft  le  meme  que  le 
Moeconium  de  Diofcorlde>êc  non  pas  la  larme  appel! ée  propre¬ 
ment  Opium, n^’eû  pa^  ici  le  lieu  d’examiner,  fi.ee  fuç  defle^ 
|:hf, commeOalien  l’a  penféâl  fuffit  d’apprendee  au  puWic  qu’on 
s’en  peu|:  quelquefois  fervir  tresrutilementî'puifqufilentremê- 
pe  dans  la  T heriâque»dâns  le  Mithridat,  dans  les  pilules  de  py- 
noglojjh  ^  dans  le  Phïlonium  ,  ^  autres  compofitions  ,•  &  qu’enfin 
|a  Chimie  à  trouvé  le  moyen  de  le^prép^ree  fous  Icuom  de 
^audanum ,  d’une  maniéré  qfo  le  rend  bien  plqs  feur  que  quand 
il  eft  prif  fans  prépation)  quoy  que  lesTurcsu’y  faiïenr  pas  t^ant 
3e  laçons  i  &  qu’au  lieu  de  deux  eu  trois  grains,  bien  corrigés 
que  nous  àonnons  ordinairement,  ik  en  prennent  quelquefois 
jufqu’à  une  dragme.  A 'quoy  il  n’y  a  autre  chofe  à  dire  linon 
que  la  coutume,  le  climat,  Bc  le  tempefammeni  iodividuel  font 
fouvent  que  quelqu’un  en  prend,  fans  péril,  alTez  de  quoy  tuer 
einq  ou  fix  autres  perfonnes,  témoin , cet  Ambafladeur  dont  les 

Ephemerides  Germaniques  font  mention  j  qui  fa  prenoit  une  jj?/* 

once  entière  pour  le  procurer  le  fommeil.  Ce  qu’il  y  a  encore 
U  confiderer  dans  l’ufage  qu’on  eufait  ,,  eft  qu’il  ne  faut  pas 
trop  s’arrêter  aux  grandes  loüangesque-luy  donne  Bontius  s 
car  comme.il  faifoit  la  Medecinê  en  dès  Païs  fujets  aux  mala- 
.d-ies  de  caiife  chaude;,  que  la  préparation  s^çu  fait  en  ces 
Païs-là ,  en  des  maniérés  difterentes  de.  celies ,  des  noilres ,  fes 
.effets  y  font  bien  plus  grands  ^  plus  feafibles  ,  que  dans  nos 
régions  temperées,oii  les  maladies  &  les.  fymptomes  ne  font  pas 
fl  rurieux-Car  enfin  û  l’on  yoit,pour  ainfi  pa^ler,3esrmiraçlpsde: 

■■  v—  ‘  -  —  -  ij  '  ;  ‘ 


c  l^JJkts  de  Meiecke, 

ce  rcrrredc  dans  noflre  Pratique,  on  y  obferve  auflî  quelquefois 
de  terribles  fuites  de  l’abus  qu’on  en  fait.  On  a  beau  le  loüer 
c’cffc  une  médaillé  qui  a  Tes  revers  5c  qui  reffemble  à  ces;  ima¬ 
ges, qui  regardées  d’un  collé  rcprefentent  la  vie  fous  la  figure 
d’une  belle  jeane  fille,  &  qui  confiderées  d’un  autre  codé  nou? 
font  voir  la  mort,  fous  celle  d’un  vilain  crâne.  Ne  vaudroit-if 
donc  pas  mieux  s’en  abflenir  entièrement  que  de  le  donner 
trop  fréquemment ,  5c  en  trop  grande  quantité  comme  font  nos 
Empiriques  5c  même  quelques-uns  de  nos  MedecinsÆar  quoy 
que  le  maiade  puifTe  mourir  apres  avoir  pris  un  remede  inno¬ 
cent ,  puifqu’on  meurt  même  fans  remedes,  iln’eneft  pasain- 
fi  de  rOpium  >  quand  on  a  manqué  dans  la  préparation,  dans 
la  dofe,  ou  dans  le  temps,  &  maniéré  de  le  donner  r  car  fl  con¬ 
duit  dautant  plus  facilement  ôc  direclcment  à  la  mort,  par  fà 
vertu  ibmni  fere ,  que  le  fommeil  même  eft  une  efpece  de  mort,. 
&  qu’il  n’y  a  qu’un  petit  trajet  de  rdn  à  l’autre.. 

Che  dal  fonrio  a  U  morte  è  m  pid^^ 
témoins  tant  de  morts  furprenantes ,  &  l’exemple-  entre-autres, 
decetcc  Panacée  folaircd’uu  Cliarlatan,  fa  quelle  n’étoit  autre 
chofe  que  de  l’Opium  qui  ayant;  arrefte  rexpeclorâtion  d’une 
maladie  de  poitrine  ^ne  manqua  pas  d’étouffer  le  malade,eojiT- 
mé  ôn  le  peut  voir  dans  FpbferTOion  131.  de  Fa  troifiéme  an¬ 
nées  des  ^bemefides  d’  Allemagne  ,  ou  il  eft  encore  marqué 
dans  l^Obfervation  réé.  de  la  fécondé  année  ^  qu’une  femme. 
y.H*rceih  DomK  ayant  été  tuée  par  rOpium.  8c  par  lé  T abac  qu’un  Chirurgien 
S  donna  témérairement ,  ce  fripon  eut  Fimpudence  de  diré 

tt.  iwrmir  -  qu’ou  Favoit  appelé  trop  tard  ^  Ôc  quc  le  Médecin  avoit  cour 

;■  ,  ’  ■  "  ^  '  ,'é 

Au  reftequoy'que  Fes^^  les  empFâtres  ôc  res  cerats» 

fuient  la  plupart  une  manière  d’alteratifs  ,  je  n’en  feray  icy 
aucune  mention  particulière  ,  n’étans  que  dés  remedes  exter¬ 
nes  apparcenails  la  plupart  à  la  Chirurgie.  Je  mécontenterai 
donc  fculenent  de  marquer  à  Pégard  des  unguens,  pour  fini? 
le^Chapitrc  par  quelque  petite  érudftiorr  ,  qu’ils  étoient  autres 
fois  d’un  Fi  fi-equent  i^agc  ,  ôC'd’une  dép'encefî  prodigieuFe 
chez  les  Juifs  ,  les  Grecs  ôc  les  BLomains  ,  qu’on  s’en  fervoit 
plus  pour  le  luxe  5c  pourla  fénfualité  y  que  pour  la  Méde¬ 
cine  ,  ÔC  qu’'on  y  mêloit  du  myfterc  jufques  à  vouloir, que 
Fépoufe  fuft  appellé  uxor  quafi  mxor,  parce  qtf  avant  que  d’err- 
trer  dans  la maifon  d  l’Epoux  ,  elle  étoic  obligée  d’oindtel^ 


Troiféme  Partie.  Chap.  VIII.  cj 

porte  avec  delà  grai^  de  loup,  gour  éviter  certains  malheurs  55 
que  la  fuperftition  Payenne  faifoit  appréhender.  D’autres  di- 
fent  que  cela  fc  praciquoic  encore  pour  fignifier  qu’il  ne  falloit 

Î>as  appellcr  les  Médecins  dans  la  famille  pour  de  petites  ma- 
adiesjôi  particulièrement  pour  celles  des  femmes  ,  mais  qu’il 
en  failloit  commettre  le  foin  à  la  mere  de  l’Epoux ,  qui  fçavoit 
cniployer  les  ondionsdes  linimens  &  les  demi-bains  en  ecs  occa- 
fions,  &  fe  fervir  même, quand  l’Epoux-  &  PEpoufe  étoient 
brouillés,  decertaines  petites  adreiîcs, comme  de  lenitifs  pour 
adoucir  Paigrcur  des  cfprits,  fans  qu’il  fud  bcfoiii  d’y  appeller 
d’autre  perfonnes.,  &  de  fc  fervir  d’autres  remedes  que  de  ces 
petites  addrelTes. 

article  II  L 

Des  Cordiaux^^  des  Contre foifons  dits  AlexitairesO*‘ Antidotes 

GO  M  Nï  E  on  ne  peut  parler  des  vertus ,  fans  fe  faire  quel- 
"|ue  idée  des  vices  qui  leur  font  oppofés,  il  eft  impoffible 
de  parler  ,  des  Cordiaux  &  des  Antidotes  fans  dire  quelque 
chofe  des  poifons.  Mais  parce  que  le  fâge  ülifîe  ne  s’arrefte 
que  fort  peu  de  temps  dans  l’air  peftilent  des  Cirées  &  des  LeL 
trigons  ,  imitons  les  fages  de  la  MedcGine,.qiïi  netombent  pref- 
ques  jamais  fur  cette  matière, que  pour  ei\.  îbrtir  le  plus  promp- 
temeht  qu'ils  peuvent ,  n^cn  traittanc  qu’en  ternies  generaux  , 
&ne  fpecifiant  rien  dont  onpuiffe  faire  un  mauvais  ufage.Car 
que  ne  dit  point  fiippocrate  fur  cette  âbonsinâblc  fiijct  dans 
fon  fameux  jurement ,  &  dans  Ion  Livre  du  mal  CaducfQi^nt 
à  Galien  ,  quoy  qu’il  ne  puifTe  fe  difpenfcr  de  parler  des  poi- 
Ions  en  plufîeurs  rencontres,  il  ne  laifFe  pas  deblâmerun  Me- 
îiedefius,un  Hcliodore,&  un  Aratusqui  en  ont  écrit  d’un  ma¬ 
niéré  trop  ouverte  &  tropdangereufe,  coneluant  que  c’eft  tres- 
tnal  fait  que  d’en  enfeigner  l’ufage.  C’eft  pourquoy  je  me  fi¬ 
gure  aifement  que  le  Docte  Valcriola  ,  n’a  écrit  que  rela- 
tivepîent  aux  remedes  ,  &  .non  à  la  nature  êc  à  l’ufage  des 
poifons  ,  qne  le  di f coûts  des  venins  efi  une  matière  ne  ce  faire 
^ue  peu  agreahle-i  '3L[i&  eft-cc  pour  cela  que  je  n’en  parlerai  ici  l- 
qu’en  general ,  qu’sautant  qu’il  eft  neceflaire  pour  venir  aux 
Antidotes  ôc  contrepoifons.  Sextus  Empirjeus  a  écrit  que  la 
Médecine  avoit  été  appellée  anciennement  wei/zi* ,  parce  qu’el- 

n  iîj 


Cjn4ra 
caf.  6, 
iit  Tdum. 

tvjt}),  rzT^  / 


Y'  Vnv'iùl.  îecor. 

Ig, 


iç\\  T  "  Effets  de  Medecîne^ 

le  s’appliquoic  alors  à  guérir  particulièrement  les  maladies  de 
caufes  venimeulesi  qui diçmtur  eximeniis.Ç? ^Si 

ainfi  qu’on  aapellélçs  poiibns  Toxica^àw  nom  des  fléchés  que 
les  Scithes  frotoienc  d’un  meiapge  fait  ayeç  le  fang  humain, ôc 
la  faniede  certains  ferpens.QLiant  à  la  définition  du  venin, e’eft 
dit  Galien ,  tmt  ce  qui  eji  fi  contraire  a  nojire  nature^  qu^d  en  peut 
détruire  ^  corrompre  la  Jubfiançe  fans  perdre  la  fienne.  Aufiî  ç’efl- 
^Bufivemenc  que  quelques  Auteurs  ont  appellé  les  medicamens 
des  venins,  puifqu’ils ne  detruifent  pas  nollre  nature.  Surquol 
ihfaut  remarquer  que  lespoifons  ne  font  généralement  parlant 
leur  efrec  qu’à  proportion  de  la  dofe  qu’on  en  prend ,  Scfuivani 
les  temperamens,  &:  qu’ils  perdent  beaùcoup  de  leur  force, quand 
on  s’y  eft  accouftumé  infenriblementi  pârce  que  dés  que  la  na^ 
tore  les  admette  reçoit  avec  quelque  facilité,  elle  les  dompte 
premierementîapr-és  quoyelle  les  change  en  alimenti  l’Art  mê- 
nie  les  adouciffant  quelquefois  au  point  que  Thraçias  &  Al^i 
xias  de  hlawinée  avoient  trouvé  le  moyen  d’ofter  à  la  ciguë 
ce  quelle  avoir  de  dégoûtant.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  que 
qtioy  que  ks.  Médecins  ay eut  écrit  que  les  purgatifs  ont'queL 
chofe  de  veneneuxs  il  y  #  cette  différence  èntfe  le  poifon  &  Iç 
f  argatif,  que  celui-cy, quelque  violent  qu’il  foit  ^  ne  fait  que 
iqrcer  la  nature,  aulieu  que  lepqifon  la, détruit  ordinairement, 
puifque  ces  deux  Medeéins  n’èterent:  pas  à  la  Ciguë  ce  qu’elle 
avpit  de  mortel  en  luy  oftant  fon  mauvais  gput.  Ainfi  de  quel, 
que  maniéré  qu’on  prenne  la  chofe,  le  poifon  eft  toujours  amer, 
dAine  amertume  bien  autre  que  celle  du  médicament ,  ficcini 
amara  mors  cogis  \  Le  mief  rneme  eft  fi  morte}  en  quelques  corn 
trées,  qu’on  en  peut  bien  dire,  pour  peu  qufonén  goûte-, 
^ufiavi paululum  meBpé'  sCçe  morior.  La  mort  eft  amere  par  tout, 
-Ses  efi  amara  mort.  DifQns  donç,  ayant  que  de  pafier  aux  con- 
-trepoifons  »  que  comme  il  -y  en  qui  imïteat  ia-;  yitefie:  du 
-Tonnefe  ,par  celle  de  leur  acl: ion,  de  meme  la  malice  dos  hom¬ 
mes  eft  allée  jufques  à  en. préparer  de  fi  lens  qu’ils. prolongent 
-les  langueurs  &  font  fentir  la  mort  tout  àiitanc  de  temps  que 
leur  inventeurs  le  défirent,  tel  qmétoit  celui  .que  les  Ca^tha*^ 
ginois  donnèrent  à  Regulus.  Il  y  en  a  d’autres  fi  déterminés 
&  d’une  facuité  fl  précife,  qu’ils  fe  portent,  d’abord  &'  di/e^é- 
ment  àla  partieà  laquelle  ils  fontcontraires  jc’eft  ce  que  les 
:AmiQns  pp'pes\\oi^ïit  dodl^  yenena, ,  ' 


Troi/iéme  Parttè.Ch^Ÿ* 

"ÎTecnova  monifeninficit  poculajuccl  ^ 

Déxtera  ^  nec  cuiquam  doHa  venena  dedi. 

Tel  étoic  eeluy  dont  un  Empereur  Romain  ei^ppoifonna  fou  ; 

frere ,  mangeant  iuy-même  une  moitié  du  morceau  qu*il  avoir 
feparéavecun  couteau  empoifonné  ,  du  côté  de  celle  qu’il 
luy  le;rvit.  C  elt  encore  avec  un  poifon  de  cette  nature  c.  17. 
que  la  femme  du  Sénateur  Crefcent  fe  vangea  de  l’indignité 
que  TEmpereur  OtEon  III. avoir  faite  à  fou  mari,  par  desgands 
qui  le  firent  bien-toft  mourir.  Et  c’eft  ainE  que  cette  Ellenor- 
ric  de  venin  ,  faifbit  trouver  la  mort  dans  le  féin  même  dé 
la  vie  J  à  ceux  quelle  attiroit  par  fes  GareiTes ,  &  qu’elle  infec- 
toie  mêmes  les  animaux  avec  fa  falive.  Mais  ce  qui  femble 
moins  Croyable,  c’eft  qu’avec  un  poifon  encore  plus  fubt  il  Mpithscuets  neiig 
que- ceux- là,  un  certain  Médecin  Juif  ait  fait  périr  un  Cbré-  ^ogromantho. 
tien  juRement  à  l’heure  qu  il  avoit  marqué  dans  fon  prognof- 
tic  ,  luy  touchant  la  langue  d’un  doigt  ^  fous Tongle  duquel  il 
avoir  caché  ce  poifon  mortel ,  cruauté  qui  fut  découverte  par 
Vâlefius  fameux  Médecin  du  Roi  d’Efpagne  PhîlippeTI.  dont 
ce  Chrétien  étoit  beaufrerej  comme  ilparoitpar  le  narré  qtfen 
fait  l’Auteur  du  Mais  n’étoic-cc  pas  cnco- 

re  de  cette  maniéré  qu’il  étoit  facile  à  Cléopâtre  d’empoifon-^ 
ner  Marc- Antoine  J  malgré  la  peur  qifil  en  avoit  5  car  uh  jour  ÿUn.i.i. 
qu’ils  mangeoient  enfemble  en  bonne  amitié  .  cette  Reine 
l'ayant  invité  à  boire  l’un  à  l’autre,  mettant  lés  Couronnes  de 
fleurs  qu’ils  avoîcnt  fur  leurs  têtes  dans  leurs  coupes ,  Antoine 
allôit  âvaiier  le  poifon  dont  Cleopatre  avoir  frotté  rèxtremité 
dès  fleurs  de  la  fienne  ,  fl  cilé  né  luy  eût  arraché  la  coupé  de 
la  main ,  fi  elle  ae  luy  eût  fait  voir  au  dépens  de  la  vie  d’un  ^ 
criminel,  qiii  tomba  mort  dés  qu’il  eut  avalé  le  vin  delà  coupe 
oix  elle  avoit  trempé  là  couronne ,  qu’elle  étoit  maîcrelîe  de  fa 
vie  malgré  toutes  fes  delfiances ,  &  qu’elle  la  luy  eût  oftéc  fl 
elle  eût  pû  j  difoit-elle  ,  vivre  fans  fon  cher,  Antoine.  Ainfl 
l’homme  eft  empoifonné  en  une  infinité  de  maniérés  ,  toutes 
les  trois  familles'de  la  nature  femblans  confpirer  à  cette  fin, 

Carce  n’eftpas  a{rez,quant  aux  animaux  que  les  plus  grands  & 
les  plus  furieux  le  déchirent,la  feule  piqnèured’un  infeéle  don¬ 
ne  la  mort  àu  Julie  Arillide,qui  meurt  inconfolablc  de  n^avoir 
pas  fini  par  les  dents  d’un  Lion  ou  d’un  Eléphant,  llyaprèfque 
autant  de  morts  differentes  que  de  fortes  de  ferpens.  Le  venin 
du  chien  enragé  ofte  la  raifon  &  l’humanité  à  l’homme  avant 


làrdois  hcibis  fe- 
runtur  in  morte 
ridere.  Bdrcla  in 
Bü^horm.^ 


civ*"'  EJJakJe  Medecine. 

que  de  luy  ofler  la  vie.  11  y  a  des  p lames, quant  au  végétal,  qui 
empoi forment ,  pojur  ainridjre,  en  riant,  &  d’autres, qui  comme 
le  fameux  .Aimiagogne  de  Galien ,  tirçnt  tout  le  fang  des  vei¬ 
nes.  Pour  les  mçcaux  ^  minéraux ,  qui  np  fçait  que  ceux-ey 
mêmes  ont  quelque  ehofe  déplus  meutrierque  le  tranchant  du 
plusfin  acierîPlusque  tout  cela  le  corps^de  l’homme  eft  quelque^ 
fois  une  fource  fécondé  çn  humeurs  bien  pires  que  fa  cerufe, 
que  le  plâtre  ôc  que  le  verdet ,  les  plus  horribles  ^  les  plus  ve.- 
nimeux  animaux  y  prennent  naillance  ,  &  ce  qu’iî  y  a  de  plus 
furprenant  la  matière  même  dont  ce  corps  elf  formé  le  fang 
&  ce  que  la  nature  ,  a  travaillé  de  la  plus  pure  partie  dp  ce 
fang ,  donne  quelquefois  la  mort  par  {a  corruption ,  comme  on 
le  peut  voir  dans  une  infinité  d’pbfervadons  ,  &  comme  nous 
Pavons  remarqué  d’une  Impératrice  de  Conftantinopie.  Tout 
cela,  je  l’avoue,  defole  Pline  Paine,  &  avec  lui  tout  ceux  qui. 
ont  ozé  nier  la  Providence  comme-il  a  fait.  Mais  Ip  PhiiofQphc 
Chrétien  ne  s’ébranle  pas  fi  facilement ,  ayant  des  veuës  bien 
plus  élevées  que  celles  “là.  Il  regarde  l’Auteur  des  poifons  com¬ 
me  un  être  fouverain  ,qui  pourvoit  à  tous  nos  befoins,  quîTçak 
feul  pirer  le  rem.ede  necelTairc  mal  de  lacholp  même  qui 
a  fait  le  mal.  Comme  ce  grand  œil  a  des  veuçs  infiniment  plus 
étendues  que  celles  des  hommes ,  il  jaii  fortir  lattouceurde  Pai* 
mertiime,  &le  contrepoiTon  du  poifon  roAme,  C'eft  ainfi  que  - 
plufieurs  ferpens  portent  leur  Antidpte  en  eux-mêmes  j  que  le 
remede  à  la  piquepre  des  feorpions  ,,  fc  trouve  dans  les  Scorr 
pions  3  qu’une  plante  toute  femblable  à  l’Aconit , en  arrête  les 
yiolens  çflfetsi  que  le  Napel  qu’on  croit  le  plus  adijf  de  tous  les 
poifons, a  félon  quelques  Auteurs, fori  contrepoifon  dans  un  pe¬ 
tit  ver  caché  au  fond,  de  fa  racine,  &  qu’enfin  toute  la  nature, 
fi  elle  nous  femble  une  pepiniere  de  yenins,n’efl;  pas  moins  une 
forefi:  d’Alexitaires,  Qü’ainfi  ne  foit,laMedeeine  eaa  defimr 
pies  &  de  compofés ,  tous  propres  à  fortifier  le  coeur  à  contre¬ 
carrer  la  malignité  ,  &:  à  reparer  les  efprits  diffipés  on  altçréSi 
Tels  font  entre  lesfimples,  l’ Angélique,  le  pîdame,  le  Char¬ 
don  Bénit,  la  Tormentillc,  la  Ruë  ,1e  S.cordeum^îe  Genielire, 
la  Zedoaire ,  la  Scorzonere,  la  Geptiane,  les  Perles,  le  Saffran, 
les  Grenades,  le  Citron,  la  Carline,  le  Kermes,  le  Macis  >  1^ 
Gerofle ,  les  fieurs  de  Buglofe  6c de  Bourroche,  le  bol  d’Àr^ 
meiiie,  la  Terre  fi.gelée,le  Bezoard  ,  la  Corne  de  Cerf  &  celles 
4ç  tant  d’autres  .animaux.  aux  compofés  pn  a  la  Teria- 

que 


Tmjtème  Pdrtie,  Chapitre  V 1 1 1-  cv. 

le  Mitiiridat ,  la  confection  de  Hyacinthes  &  de  Ker^ 
mes,  remedes  que  nous  examinerons  cy-aprés ,  au  moins  ceux 
qui  font  le  plus  en  ufage ,  &  apparemment  les  meilleurs.  Re¬ 
marquons  donc  avant  que  d’aller  plus  loin ,  qu’il  y  a  des  re¬ 
medes  de  précaution  contre  les  poifons  ,  5c  des  reniedcs  de  eu-  r-  7  ^ 
re ,  5C  que  ceux-cy  regardent  ceux  qui  fonteffedivement  em- 
poifonnésj  ÔC  qu’on  ne  laide  pas  de  les  employer  quoy  qu’on  ne 
tçaehepas  même  déterminement  quel  poilbn  on  a  à  combatre. 

Ceux  donc  qui  fecroyent  obligez  d’être  fur  leurs  gardes, doi¬ 
vent  avoir,  autant  qu’il  fe  peur  ,  l’eftomach  garni  de  bons  ali- 
mens  &  de  bons  Antidotes.  Les  figues  cüittes  ,  les  noix  5c  la 
ruë  font  approuvés  des  anciens  Médecins  j  mais  quand  on  fe 
croît  empoiibnné  il  faut  commencer  par  le  vomitif,  5c  prendre  le 
premier  trouvé ,  parce  non  feulement  qu’il  chade  le  poifonj  mais 
encore  qu’on  en  connoît  à  peu  prés  la  matière  5c  la  nature  / 
par  révacuâtion  qui  s’en  fait  ,  quand  il  n’y  a  pas  long-temps 
qu’on  fa  pris.  Les  boüillons  gras  retardent  fon  impreffion,  quand 
on  croit  n’avoir  pas  tout  rendu  par  le  vomidement ,  les  clyfte- 
res  acres ,  attirant  en  bas  ce  qui  refte  dans  reftoraach  &  dans 
ies  petits  intedins.  Le  lait  en  adoucit  encore  l’aigreur  5c  mali¬ 
gnité ,  par  fa  douceur  J  comme  les  cordiaux  marqués  cy-dedlis 
s’oppofent  à  fon  effort  par  leur  forme  fpecifique.  Mais  quand 
ce  poifon  a  été  communiqué  par  la  piqueure  ou  morfure^de 
quelque  animal  ,  il  ne  fuffic  pas  d’avoir  recours  aux  cordiaux 
pris  par  la  bouche ,  6c  appliqués  fur  la  playe ,  il  faut  encore  fe 
rervirdes  fcarifications  |c  des  attractifs.  Les  Marfes  5c  les  Pfil- 
les  fameux  dansfHiftoire  ,  fufçoient  le  venin  î  6c  c’eft  ainfi, 
dit  THiftoire,  que  la  Reine  Eleonor  femme  d’Edouart  II.  Roy  aAio  divrireme-. 
d’Angleterre  le  guérit  d’une  playe  empoifonnéc,  fi  on  ne  veut  e'^faemins. 

rapporter  cette  cure  à  ce  que  peut  fonction  de  l’amour  fincerc 
d’une  Dame  Chrétienne  envers  fon  Epoux.  Mais  il  ne  faut  pas  --b- 
s’imaginer  pour  tout  ce  que  nous  avons  dit  des  cordiaux ,  qu’ils 
foient  en  tout  teins  6c  toujours  de  faifon  aux  poifons,  6c  aux  mala¬ 
dies  malignes,  il  faut  encore  qu’on  fçaehe  à  ce  fujet  que  les  An¬ 
tidotes  des  Charlatans  ne  font  ordinairement  que  des  trompe¬ 
ries  ,  6c  que  bien  éloignés  d’êcre  des  fecrets,  ils  ne  font  tout  au 
plusqu’undiminutif  des  Antidotes  de  nos  Difpènfaires.  Déplus 
que  le  lait  de  vache  eft  un  Antidote  plus  feur  contre  l’Arfe- 
nic  6c  le-fubiimé  que  tout  ce  que  ces  fourbes  débitent.  Il  faut 
encore  avertir  le  public  ?  qu’outre  tant  de  fubtilités  qu’ils  met- 

o 


cv;  "  ^  Medecîne. 

V.  Ftïmercf.ie  tr-  tcnt  cn  ufâgc  &  dont  noLis  avons  tant  de  preuves  dans  MatKIoî^ 
&dans  les  expériences  d’um chacun  j  celle  de  fe  faire  piquer 
à  la^mammelle  eft,une  des  plus  ordinaires ,  parce  que  Ic^venirï 
ne  fe  communique  pas  fr-tort  au  cœur  par  les  petites  veinesdes 
mufcles  pedoraux  ,  que  par  celles  des  bras  ôc  des  cuifles  quif 
font  bien  plus  grandes.  C’eft  pourquoy  les  Peintres  qui  repre- 
fentent  Cleopatre  piquée  d’un  Afpic  à  l’endroit  du  cœur ,  fe 
trompent  manifeftement ,  félon  même  fe  témoignage  de  Pline 
&  de  Plutarque  >  &  fi  l’on  s’^cn  rapporte  aux  Statues  faites  d’ après 
celle  qui  fut  portée  au  Triomphe  d’Angufte  Cæfar oii  Pafpig: 
paroic  attaché  au  bras.  C’eft  pour  cela  que  fe  miracle  qui  ar¬ 
riva  en  la  per  fon  ne  de  S.  Paul ,  cft  d’autant  plus  grand  qu’il, 
fut  picqué  au  bras  d’un  ferpent.  Concluons  donc  que  non  feule-: 
ment  tousces  Antidotes  des  Charlatans,  mais  encore  k  plupart 
de  ceux  de  la  Medecine  étans  d’ordinaire  chauds  demandent 
à  être  bien  ménagés  ^dans  les  intempéries  chaudes  &  feches  oir 
on  les  donne  un  peu  trop  legeremenr..  Car  <|uant  au.poifonde^ 
la  pefte ,  on  n’a  pas  encore  pu  fçavoir  quel  eft  fon  véritable  An¬ 
tidote  y  non- plus  que  de  tous  les  autres  qui:  fe  communiquent 
par  l’air,  les  plus,  dangereux  de  tous  agitfanc  même  d’une  ma- 
piere  dilFerente,  fuivant  leur  nature,  les  lieux  les  minières 
dfeh  ils  partent.  Il  s’ep  faut  beaucoup^  que  toutes  les  peftes  fe 
refTemblent ,  quoi-qu’elles  attaquent  toutes  fe  cœur  >  cha(|ue 
poifon  nous  In-redant  d’une  maniéré  toute  particulière.  La  va¬ 
peur  des  latrines  eft  fuffoquame  ,  fi  on  en  approche  de  prés»  Su 
caufe  u  ne  efpece  d’apc^lexie ,  que  les  Ouvriers  a  ppel  ent  plomb  y - 
&  dont  ils  meurent  fi  on  ne  les  fait  vomir..  Les  vapeurs  arfenfe 
cales,  celles  du  plâtre  y  St  de  difFcrentes minières  enchaînent  r 
pour  ain.fi  dire  j  tes  efprits ,  comme  fe  poifon  de  la  pefte  corrompt 

le  kng.  Qi^cile  plus  horrible  Si  fubtile  vapeur  que  la  fumée  du 

fembeau  avec  iequei  on  empoi-fonna  lePape  Cfemcnty  lI.poar  n^ 
point  parler  de  celle  du  Charbon>parce  qu’il  p’y  a  rien  de  fi  con¬ 
nu  ?  T  ont  cela  étant  donc  fuppofé ,  il  eft  tems  d’examiner  les  rc:^ 

medes  les  plus  ufitez  courre  les  pojfonSjSc  route  forte  de  malignité.. 

^  Le  Saftran  dont  on’  fe  fert  qtielquesfois  comme  d’un  cor¬ 
dial  eft  ,d]t-©n  ,  appelé  de  Corieium  ,  Ville  de  Ly- 

.  ;  die  ,  autour  de  laq^aclle  il  croît  en  abondance  j-  il  eft  fort 

"ch^ud  ,  il  caufe  des  veilles  &  douieurs  de  tête ,  ô£  eft  fi  pénétrant 
qu:ûii  a  veii  des  enfans-  nouveaux  nci,  teints  de  la  couleur  de^ 
eddy  dont  leurs  meres  a. voient  fait  un  trop  frequent  ufage.  S’ife 


Troiféme  Partie,  Cliap.  VîIIJ  cvij 

^  même  pris  en  trop  grande  quantité  ,  il  fait  non  feulement  obfervst.  to.  mu 
perdre  l’erprit,  mais  encore  la  vie.  Comme  il  ne  fe  donne  donc 
=qu  en  petite  dofe  &  alTez  rarement ,  &  que  les  Marchands  qui  ne  ‘‘ 

font  point  d’autre  commerce  que  de.ee  remec^,ne  gagnent 
-gueres,  il  eft  bon  de  marquer  en  paflant  que  c’eft  pour  cela 
.qu’on  appelé  en  France  SaiFranier ,  celuy  qui  ne  fait  aucune 
fortune  dans  le  commerce  de  la  yic 

Le  Bezoard  elf  communément  cru  un  remede  admirable  Bez^nUr.  Arabib: 
contre  les  poifons  èc  .contre  les  maladies  malignes ,  de  maniéré  Tnm«r 

que  tout  en  paroit  miilerieux  julquesau  nom^d’oii  vient  que  la 
plupart. des  prétendue  Cordiaux  des  Chimiftesont  été  nommez 
Bezoandiques.  Ce  qu’il  y  a  d’aduré  ^  eil  qu’on  a  bien  de  la  peinca 
en  trouver  de  véritable,  &  qu’il  s’en  débite  bien  de  faux.  Cela  eft 
fl  vray ,  que  1 ’experknee  en  ayant  été  faite  dans  la  ville  de  Mo- 
lins  en  Bou  rboenois  du  tems  de  Charles  IX.  Roy  de  France ,  fur 
un  criminel  quon  empoifenna,  il  ne  laifla  pas  4e  mourir  malgré 
ic  Bezoard,  comme  on  le  peut  voir. au  Traité  des  Rapportsd’Am* 
broife  Paré  5  fur  quoy  on  peut  encore  voir  Louis  Cuion,  Livre 
3.chap.  13.  delà  beautéêclànté  corporelle.  On  veut  que  cc- 
iüy  des  Indes  foir  préférable  à  celuy  de  r  Amérique,  à  quoy  ily 
a  grande  apparence  ,  c’eft  pour  cela  que  s’il  s’en  rencontre 
qui  n^ait  point  été  fophiftiqué  îur  le  lieu ,  ou  en  arrivant  en  Eu- 
:  f ope -J  on  s’en  peut  fervir  hardiment  depuis  quatre  grains  juf- 
ques  à  iV'ingt  le  trente.  Quant  à  ces  pierres  femblables  au  Be- 
zoard  ,  qui  palTent  pour  du  Bezoard  dans  le  commerce  ôe  chez 
les  malades  crédules  ,  comme  elles  n^ont  point  de  mauvaifes 
qualkcz,  je  ne  fais  pas  de  doute  quon  n’en  pui de  donner  juf- 
ques  â  une  on  deux  dragmes  &  plus,  comme  d’un  Alkaii,  fort 
innocent  On  parle  fort  d.e  cette  pierre  de  Bezoard  gardée 
dans  un  vaiffeau  d’Agathe  ,  dans  le  çabinçt  du  grand  Duc  de 
Tofeane,  &  qu’on  en  tira  mais  trop  târ4>  comme  on  le  croit, 
pour  la  maladie  du  fameux  Hermolaus  Barbarus.  Le  Roy  de 
Golconda  )àit  l’Auteur  du  voyage  des  lnd.es  ^  a  grande  prouipon 
d' ex^eü^nts  Bei^oards,  lU  [e  vendent  ordinairement  quarante  écùs  La 

-  livre.  Los  longs  font  les  meiiteurs.  OrkÀn  trouve  dans  qutlquss  va ~ 
ches  qui  font  fins  gros  que  teux  des  chevresymais  on  tt  en  fait  pas  tant 
de  cas  y  ceux  qui  font  les  plus  ejiime^  de  tous  fe  tirent  d^ une  efpcce 
de  fmges  qui  font  un  peu  rares ,  &  ces  Be^oards  font  petits  cr  longs  , 
circonftances  aiirquelles  fe  rapportent  aflez  ee  que  nous  en  ap- 

-  prenons  des  Siamois,  5: de  ceux  qui  ont  fait  le  voyage  de  Siam, 


Ohfervat.  uj  ann. 
■  I.  &  «bfetv.  i8^. 
.mni  », 


Frimerof.  lik  4. 
tap  .  J  8  . 


Conchae  frsÈtibfâs 
verrucas. 


Qiits  quilias-  Ara- 
baœ. 


‘€viij  Effah  de  Meiedne. 

d’où  on  en  a  apporté  d’alïez  bons,&  même  ce  qii^on  en  lit  dans 
les  Obfervadons  ou  Ephemerides  d'Allemagne  ,  où  il  y  a  des* 
chofes  fort  curieufesfur  cette  matière. 

La  corne  de  Licorne  eft  bien  un  plus  grand  J^foblé me  chez: 
les  Auteürs  que  le  Bezoard  ,  quoi- qu’on  vende  bien  des  baga¬ 
telles  pour  ce  remede.  Il  eft  vraÿ  que  l’Ecriture  Sainte  femble 
faire  mention  de  la  Licorne  j  mais  il  eft  auftî  vray  qü’encor^ 
que  les  Interprètes  ayent  traduit  le  mot  Hebreu  en  celuydV 
Les  Juifs  > félon  la  remarque  du  Fere  Morin  de  l’Ora¬ 
toire ,  a  voüent  qu’ils  ne  connoiffent  pas  la  plupart  de  ces  ani¬ 
maux  que  Moife  a  nommez  dans  le  Leyitique,-  Ainù  la  mer 
la  terre  nous  fournilTans  beaucoup  d’animaux  qui  n’ont  qu’un^ 
corne, on  ne  fçak  pas  pofitivement  qufèlle  eft  la  plùscordiale^ 
de  toutes,.  De-là  vient  qu’on  a  perdu  la  coutume  de  meicrc  iW 
morceau  de  cette  prétendue  corne  de  Licorne,  damla  Coupc^ 
de  nos  Rois.  Tout  ce  qui  regarde  donc  les  remedes  de  Cette 
nature ,  eonftfte  en  de  bonnes  expériences  faites  diverfes  fois,- 
le  par  des  Médecins  ffa vans  &  fl ncercs. 

Les  Ferles,  ont  paflë  des  omemens  de  là  vanité  eU  ceux  de 
la  Medecine  ;  car  quoi- que  TertuÜîen  ne  les  regarde  que  com¬ 
me  les des  G0quilies,elles-ne  laiirent  pas  d’avoir  quelque 
vertu.  Il  ne  faut  donc  pas  écouter  ces  Médecins  qui  les  ap- 
pelent  comme  ils  font  tant  d’autres  remedes,  les  bagatelfes  des 
Arabes.  Ges  Meflieurs  n  ont  pas  fait  de  diÉculcé  de  ruiner  la 
matière  médicinale,  pourveu  qu’ils  ruinaffent  les  Apotiquairès 
qui  abufoienc  des  dépofts  de  la  Medecine  par  leur  avarice 
par  leur  témérité.  Pmjfe  amiyfourveu  que  l'ennemi  feriffe.  C’eft 
îà  ce  qu’on  appelé  la  voix  delGobriaSÿ  mais  ce  n’eft  pas  celle  de' 
la  raifon  qui  nous  oblige  à  eftimer  tout  ce  qui  eft  digne  d'éfti* 
me ,  &  qui  nous  fait  croire  que  les  perles  font  au  moins  une' 
maniéré  d’Alkali ,  qui  peut  avoir  du  bons  ufages ,  ft  elles  n’bnt- 
rien  de  cordiale ,  à  prendre  ce  mot  dans  fa  véritable  fignifica^ 
tion. 

Le  Diamargaritum  frigidùm,lc  Magiftere  de  perles  ^quelques 
autres  préparations  n’oncdoncpas  moins  de  vertus  que  tant  d’au* 
très  pierres  preci eu fes  qui  entrent  dans  les  eompoficions  Alexis 
taires ,  Ss  qui  ont  été  eftimées  &  mifes  en  nfage  par  ceux  quf 
nous  ont  précédez  ,  quoi  que  les  Charlatans:  &  les  ignorans 
prévenus  leur  attribuent  fouvent  plus  de  pouvoir  qu’elles  n’en 
ont.  Ainfi  nous  ne  pouvons  pas  nier  quoa  u  ait  quelque  raifon 


TroiJtém€VarHé,(^ii^itt&"^\\\,  cm 

‘S’employer  Ton  dans  quelques-unes  de  nos  comppfitions  y  étant 
le  plus  pur  des  métaux  ,  &  reconnu  propre  aux  maladies  mé- 
lancholiques ,  aux  défaillances  j  aux  venins ,  Scparciculiercment 
à  celui  de  l’Arfenie  &  du  Mercure  employé  &  donné  en  feuil¬ 
le  ,  en  poudre  &  en  chau. 

Mais  quant  à  cette  teinture  prétendue  dont  on  fait  une  Pa^ 
îiacée  ,  fous  le  fpecieux  nom  d’or  potable  y  je  fuis  perfuadé 
qu’il  y  a  bien  de  la  vanité  &  de  la  forfanterie  en  tout  ce  com- 
-merce  j  que  qui  cherche  l’or  potable  perd  fon  temps  &  fa  ma¬ 
tière  ,  êc  que  pour  parler  franchement  ce  qu’on  appelle  Sel 
d’argent  a  plus  àffoibli  de  bourfes.  j  qu’il,  n’a  fortifié  de  cer-- 
celles. 

O  facta  fatne  che  don  püdi  fanti 
\  »  Cerche  ruolgendô  le  fallaci  ca^te 

J>e  Poro  il  fonte  i  ^  fabrica  fer  ardd 
La  fietra  filofofhica  ti 

É  curva  è  china  at  dai)6  •vitrd  avanfP 
S^ualida  e  magrà  in  foUtaria  farte 
Jrriti  nel  Carbon  Pauré  confparte 
Da  le  Bocche  d"  t  mantici  foffanti.- 

Èemint  in  màrU  tuè  fperan^e  ,  ê  fnietî 
0mbre  falfè  d'error  y  che  altro  non  fanm 
Scofo  che  l  mllay  c  chimici  fecretié 


O  /  quat  •vand  fudor  thiard  è  i 
ch'  altrùi  fafee  di  fumo  y  ofoco  lieti 
Son  qùagli  acquifbi ,  oi/e'  il  guadagno  è  dannâ^ 

La  poudre  Theriacale  n’a  pas  manqué  d’être  attaquée  paf  ces 
Critiques  ,  qui  en  veulent  à  prefque  toute  la  matière  medici-^ 
fiale ,  ne  fe  retranchans  que  dans  la  feignée  êc  la  purgation. 
Mais  apres  le  témoignage  de  tant  de  graves  Auteurs  y  &  après 
ce  qu’on  a  obfervé  des  differentes  préparations  dès  viperes , 
céft  vouloir  s’aveugler  &  vouloir  être  plus  fage  que  tous  les 
autres  ,  que  de  douter  de  leurs  vertus  &  facultez ,  témoin  en¬ 
tre  autres  ce  Berger  qui  paroiflbit  tout  jeune  ,  quoi  qu’il  eut 
plus  de  foixante  ans  ÿ  pour  s’être  nourri  long-temps  de  chairs 
de  vipères. 

La  TheriaqueyCetee  eompofîtion  fi  fameufe ,  qni  les  Tro- 

G  iij. 


Ohfefvat.  tj.  »nn, 
i.EfhemtriÀ,  Gtr~ 
man». 


îontito  dtl  CavMh 
ti«r  Marin». 


pom  Sfephdn.  SVf- 
lunenf  lih  de  inco. 
lumitate  di»  fer. 
vand». 


ex  EJJals  de  Mdeclnei  ’  • 

chirqtics  de  viperes  pour  baie,  régné  il  y  a  long-temps  dans 
la  Médecine  ,  ^  y  régnera  tant  qu’il  y  aura  dans  le  monde 
des  maladies  malignes,  des  poifons  ^  mêmes  de.  ces  maladie^ 
qui  mcnaGent  de  inarafrne,  tar  quoi  qu’on  allégué  que  le  LL 
vre  de  la  Tberiaque  addrede  aux  Plfons ,  n’eft  pas  incomefta. 
blçment  de  Galien  ,  il  eft  certain  que  ce  grand  Médecin  fait 
une  honorable  mention  de  ce  grand  remede  dans  Tes  Liyres 
des  Antidotes,  &  dans  quelques  autres  do  fes  Ouvrages.; 

Quant  au  Mithr»:dac  ,11  en  eft  eomme  de  la  Theriaque  ,  ds 
laquelle  il  nell:  pas  fort  different.  h’Orvietan  mime  ,rÂta. 
van  &  quelques  autres  composions  quje  les  Bateleurs  ont  yeg- 
duës  de  notre  teras  êc  du  tems  de  nos  Peres  ,  ayoient  leuxsyeE, 
tus ,  quoi  qu’elles  ne  fuffem  què  des  abrégez  de  ces  grandes 
compofitions  ,  &  qu’ elles  ne  doivent  gueres  qu  a  rOpium  leurs 
bons  effets,  La  Theriaque  d’Â.ndrpmachus  étant  donc  d^uh  fi 
grand  mérité,  qu’elle  a  mem.ç  étç  chantée  par  les  Ppëtes,  je 
çrpi  qffon  voudra  bien  encore  entendre  ce  jqli  Spnnçt  pré 
la  lyre  du  Cavalier  Marin, 

Quejla^delecmpolfe  tVfm  mèale  ;  -  * 

Çom^ar  Medica  man  vipem  ardent§ 

Per  le  Lyhuhe  vie  ^’i;dïo  foy ente  Aw  - 

4nimett^  ,  e  vivo  Jf mie,  // 

fe  fiii  â' um' afpm  e  înoftat 
Jperfe  gia  col  velenofa  dente  ,  * 

pMta  hor  noveo  d^  Achille  h^ijla  pungenfe 

FormSchermofily-elén[ayteiplmde‘,; 

Qu)'losguardo£rudeltMhorgimte 
‘  ■  :  O  yoi  che  vughè  i  fçl  de  paltrui-  fangue 

Sempre  fcîhpre  ferite  ■>  ç  Çanate  '  . 

E  fiavi  dlmeh  di  çhi  tmfitto  hngue  : 

•  ^d  impamrpiem  donne  fpiettate 
Ne  la  fchol  [d'ampr  m^'ejlro  un-  angue. 

Mais  voici  un  Antidote  bien  particulier  ,  puifquc  la 
terié  étant  une  maladie  maligne, on  a  découvert  qu’il  étoinfoil 
fpècifique,  &  d’uae  maniéré  fi  furprenante  ,  qu’il  ne  laiffepas 
d’être  purgatif  &  vomitif.  C’eh  lé  fameux  Ipëcacuanha  des  I  or- 
ttigais.’,  od  Begdq.uella  des^Efpagnols  ,ficelebre  dans  les  écrits 


Troifime  Partie.  Ghap.  VlH.  cxj 

éê  Stiiilaumc  Pifon  Mcdecin  d’Amfterdam  ,  &  qui  a  été  le  fc- 
érGC  de  nôtre  ApoUo  imberhh ,  ou  Efculapefans  barbe ,  quoi  qu’il 
eût  été  connu  long-temps  avant  de  nos  Apotiquaires  ,  qui  en 
licgligcrent  l’ufage ,  comme  on  a  fait  de  quelques  autres  laeines, 

&  comme  on  fera  fans  doute  à  P  avenir  des  remedes  qui  font 
â  prefent  les  pïusà  la  rmde. 

Cette  racine  croît  dans  le  Pérou  :  car  fans  s’arrêter  à  la  def. 
eription  qu’on  en  peut  voir  autre  part  >  il  fufEt  de  dire  que  la 
blanche  cft  la  plus  douce,  la  plus  âlcxitaife>  &  celte  qui  caufe 
le  moins  de  naufées  ,  &  qui  porte  lé  moins  par  les  {elles.  L’an¬ 
tre  eîl  plus  deje<9live,  vomitive  &  fudorifiqué.  On  peut  pren¬ 
dre  de.la  poudre  de  Fane  &  de  Fautre  jufques  à,  un  gros  ,  ou 
Pinfüfîon  de  deux  gros  faite  dans  de  Peau..  Le  marc  qui  en  re- 
fte  eft  fort  adftringent.  infin  l’on  foûtient  qu’il  n  y  a  pas  un 
meilleur  cordial  ,  ni  un  plus  fouverain  remede  pour  les  diar¬ 
rhées  opiniâtres.  Mais  il  ne  faut  pas  douter  que  comme  tous 
les  remedes  demandent  de  la  prudence ,  ks  ignorans  ne  puif- 
fent  faire  un  mauvais  ufage  de  Gclui-cy  ,étant  ehâud,  fec ,  acre 
&  d’un  goût  fort  defagreable. 

Les  &nfeéfeions  de.Ecrmcs  y  de  Hiaeinthes ,  de  SalGmon  ÿ 
1  {ont  d’autres  cf^ces  d’Antidotes  &  de  cordiaux  >  dont  l’ufage 
efl:  d’autant  plus  feur  qu’il  ny  entre  point  d’Opium  ypourveu 
qu’on  n’excede  point  la  dofe  ordinàife.^.Aü  refte  comme  le  peu¬ 
ple  appde  du  Baume  ,  tout  ce  qui  eft  de  quelquc  ufage  confi- 
derabie  dans  la  Medecine ,  &  même  les  cordiaux  à  la  maniéré 
des  Chimides,  qui  font  entrer  le  Balfâmique  dans  tous  leurs  re¬ 
medes  ,  il  cft  à  propos  de  marquer  icy  en  paffant ,  que  ce  qu’on 
appelé  du  Baume  tout  court ,  eft  diftingué  du  Balfamiquc ,  en  . 
ce  que  celui-là  caille  le  laitÿquof-que  tout  ce  qui  fait  cet  effet 
ne  fort  pas  du  Baume  »  6c  que  le  Balfamique  des  Ghimiftesn’eft 
qu’une  qualité  iadicible  qu’ils  eroyent  voir  dans  leurs  mumies  r 
êC  même  dans  nôtre  humide  radical.  Quant  à  rOpobalfamum 
dès  Anciens ,  il  y  a  long-temps  qu’on  ena  perdu  la  connoiffance 
6c  qu’on  nous  donne  de  l’huile  de  mufeade  p(our  ce  fuc  ,  quoi- 
que  Profpcr,Alpinus  ait  fait  mention; d’une  efpece  d’Opobalfa-  rid  Geiman.^ 
mum ,  dont  les  Egyptiens  de  fon  temps  fc  fervoient  encore ,  &  1^71- 
auquel  on  a  fubftitué  le  Baume  de  la  nouvelle  Efpagne  ,  6^  ce- 

luy  de  Toiu  ,  qui  tout  falfifié  qu’il  eft  fou  vent  ,  ne  laifte  pas  m . /  9'. 

d’être  l’idole  ie  tant  de  femmes  qui  y  cherchent  ce  qui  n’y  eft 

pas,  à»  Germmh.. 


I^'xîj  Ejjak  de  'Medeme^  ' 

On  ponrroit  demander  icy,  fi  parce  <^uc  l’efprit  de  yitriol 
i  cft  appel! é  la  f terre  angulaire  des  boutiques  de syipotiquairer^Wxx^ 

s  '  feroif  point  un  çordiiil ,  &  fi  le  fucre  &  le  miel  qui  entrent  en 

I  tant  de  çompofitions ,  &  qui  les  conferyent  comme  l’amc  fait 

i  ‘  le  corps,  ne  meriteroient  pas  auffixe  nom  ?  A  la  vérité  tout  ce 

f  qui  nourrit ,  tout  ce  qui  çonferye  l’humide  radical  ,  ôc  qui  fo¬ 

mente  la  chaleur  uacürelle ,  femble  avoir  quelque  chofe  de  çor-? 
dial  >  puifqiie  l’aliment  meme  eft  fami  du  cœur ,  &  que  quel? 
ques  Médecins  ont  penfé  qu’il  -n’y  a  rien  de  cordial  que  ce  qui 
nourrit  :  mais  à  propremenc  parler  il  elt  affuré  qu’il  n  y  ,  a  que 
ce  qui  s’oppofe  a  radiviré  -^  malignité  des  poifons  qui  mente 
efFedivement  ce  hom  :  ainfi  refprit  4e  yitriol ,  celui  de  foulfrç 
:  &  tous  ces  efprits  volatiles  qui  {put  à  la  mode  ,  ne  font  pas  a 

proprement  parler*  j  des  contrepoifons ,  quoi  qu’ils  contrecarrent 
la  pourriture  j  à  la  refcrvc  de  çeiix  quon  tire  de  la  corne  de 
cerf ,  des  yiperes  St  de  quelques  autres  cordiaux. . 

Le  facré  &  Iç  miel»  quoi-qu’ils  foient  d’un  grand  ufagç  dans 
la  Medecine  ,  &  qu’ils  entrent  même  dans  quelques  compo-. 
fitions  cordiales  ,  ne  reparent  pas  la  diffipation  des  efprits,  nf 
ne  S' oppofent  aucunement  a  la  malignités  car  çé  n’eft  pas  icy  le 
lieu  d’çxaminer  >  h  bien  loid  d-avoir  ces  qualitez  ,  ils  contienr  t 
nent  des  erprits  fi  penétrans  acres ,  qu’ils  approchent  des  cor-; 
rofifs  5  ou  fi  le  dode  Turnebe  a  eu  raifpn  de  dire  ^  quol-qu’en 
un  fens  figuré. 

Adverfat.  Uk,  th  lïon  et(mm  mi  mel  non  ^àfit  tUc  ^a^iî^ 

Concluons  donc  qüe  les  cordiaux  ôc  tout  ce  qu'on  appel® 
contrepoifon  ,  quoi  que  bien  plus  fur  que  les  purgatifs,  les  vo-^ 
îhitifs ,  Ôt  même  que  quelques  alterâtïfs  ue  laifient  pas  de  re? 
quérir  bien  de  la  prudence  dans  l-ufage  qu’on  en  . fait 

Pn  pourroit  encore  demander  icy  î  Vü  n’eft  point  d’Antidote 
particulier  contre  la  morfure  du  chien  enrage  ,  le  plus  forrnW 
dable  des  poifons  3  àquoy  je  répons  que  comme  le  beurre  de  va? 
che  mis  fur  la  playe  ,  les  Ecrevifies  ,  la  Gentiane ,  le  Rubia , 
EAlyfiirm  de  Diofcoridc  ne  palïent  que  pour  des  reroedes  de 
campagne  chez  quelques  Médecins  3  les  ventoufes  iaerifiées  fur 
la  partie ,  ôc  enfin  l’eau  marine ,  font  quelque  chofe  de  bien  plus; 
fur  &  de  plus  particulier  ■  mais  qu’aprés'  tout,  il  n*y  a  rien  de 
meilleur  &  de  plus  expérimenté  pour  ce  mal,  que  la  poudre  de 
Palmarius  mêlee  ayec  la  poudre  iTheriacale. 

Je  ferois  enfin  au  bouc  de  ce  grand  Chapitre  des  Contrepoi'j 

foDS 


Troifime  Partie.  Chapitre  V 1 1 1.  •  exiif 

fons  &  des  cordiaux ,  fi  je  n’avois  jugé  à  propos  d’imiter  le  faoc 
perc  de  famille ,  qui  garde  ordinairement  le  bon  vin  pour  la  fin 
du  repas. 

Le  vin  donc  réjcjüit  le  cœur ,  raffine  tes  efprits  ,  &  en  repare 
la  perte  quand  ils  font  diffipez  ,  ô:  n’eft  pas  moins  un  remede 
qu'un  aliment,  pourveu  qu  d  foit  bien  choifi&pris  médiocre¬ 
ment.  Sur  quoy  on  peut  voir  les  vers  de  Mncfithée  marquez 
dans  le  Livre  ^  des  Dipnofopliiftes  d’ A thenée, &  marquer  en 
paffant  cette  autorké  de  Ju vénal. 

Jffe  capMUto  dîffufum  ConfuU  fotat 
Caicfitamque  tenet  bellis  focialibus  uvam 
Cardiaco  *  nunquam  'cynthum  Mijfurus  amico. 

Les  Grecs  l’ont  nommé  6/W  d’un^ertain  Oenus ,  qui  félon 
eux,  fut  le  premier  qui  s ’avifa  de  preffer  le  raiiin.  Les  Latins 
veulent  que  vimm^  vineaY\tnnQn.i  du  mot  z'Ajqui  force. 

C^oy qu’il' en  foit  ceu  x  1  à  me  feinblenc  avoir  parlé  affiez  j  ufte  qui 
ont  dit  que  le  vin  avoir  été  donné  à  Noé  après  le  déluge  com¬ 
me  lin  figne  ôc  une  marque  d’amitié ,  &  que  comme  les  peres 
apres  avoir  châtié  leurs  enfans  ,  leur  font  quelques  prefens. 
Dieu  donna  le  vin  Scies  chairs  des  animaux  aux  hommes  après 
les  avoir  châtiez  par  les  eaux  du  deluge.  On  juge  communé¬ 
ment  de  fa  bonté  par  ces  qualitez.  . 

Vina  probantur  O  dore ,  fapore ,  nitore  3  colore  ,  v 
IBortia  ^  fêrmofa\fraprantia  yfrtgida  y  frïfcd.  ' 

Car  quand  au  fol,  on  veut  qu’il  en  foit  comme  des  hommes, 
dont  le  Pâïs  natal  eft  fort  indiffèrent  pourvu  qu’ils  foient  ver¬ 
tueux.  Mais  quoy  qu’on  rencontre  de  bon  vin  en  bien  des  Païs, 
U  faut  beaucoup  de  defîntereflement  pour  en  juger  équitable¬ 
ment.  Car  qui  ne  fçait  que  chaque  nation- préféré  le  fiên  à 
celuy  de  toutes  les  autres.  M.  Redi  premier  Médecin  du  Grand 
Duc  de  Tofcanc ,  fi  connu  par  fon  érudition  6c  par  fa  poli- 
teffe  a  adreffé  un  Poëmeà  Mr  l’Abbé  Ménagé  intitulé 
in  Tofeana^oh.  il  femble  mettre  le  vin  Florentin ,  au  deflus  des 
plus  excellens  vins  de  l’Europe ,  quoy  que  tout  ce  vin  dont  il  liiv 
fait  prefent  avec  tant  de  confiance,  ôc  en  faveur  duquel  ilpa- 
roît  fi  prévenu  ,  ne  vaile  peut-être  pas  ,  deux  de  ces  beaux 
vers  avec  lefquels  Mr  Ménage  a  payé  le  vin  ,  quoy  qu’un  Mé¬ 
decin  Italien  ait  appelié  les  vins  de  France  les  bourreaux  de 
l’eftomach  en  comparaifon  de  ceux  d’Italie ,  parce,  difoit-il  y 
que  leurs  vins  étant  meurs  il  fc  changent  en  nourriture. 

P 


*  ideft  fyncopc 
lab'oranti.  fuv$». 


Scipie  Mettur. 

c-  %-]. 


Perreni/tn-fol.  31^, 


F.  vderloh  em» 
mm.Ucor.  l,  i. 


V.  7.  ytardinm  in 
génial^ 


[..(juoiammi  mon 
fequ^ntar  temfer. 
(or^oris. 


cxiv  Effais  de  Medeclnè, 

Ainfi  la  pfeV^ntion  que  chaque  Nation  a  pohf  fon 
pas  nouvelle,  les  hommes  n’étant  gueres  moins  jaloux  de  la  ré¬ 
putation  de  leur  vin  que  de  celle  de  leurs  femmes.  En  effet 
c’eft  une  maladie  fi  univerfcllc,  que  comme  il  n’y  apas  demere 
qui  ne  foit  prévenue  de  la  beauté  ,  ou  de  la  bonne  grâce  de  fa 
fille ,  il  n’y  a  pas  de  pere  de  famille  qui  ne  prenne  fon  vin  pour 
del’Àmbrofie,&  dont  . on  ne  gagne  le  cœur  en  le  loüant  Mais  .fi 
le  vin  a  tant  de  bonnes  qualités  qu*il  eft  appelle  chez  Suidas 
eim ,  du  mot  ôïi,Tif  y  qui  fignifie  utilité  &  fecours  j  &  s’il  eft  un 
E  grand  Problème,  qu’il  efï, difficile  de  dire  s’il  a  plus  fait  de 
bien  que  de  mal  j  c’eft  pour  cela  que  je  croy  qu’il  ne  fera  pas 
mal  à  propos  de  le  regarder  ici  par  ces  deux  différens  endroits. 
Je  commence  donc  par  ce,  qu’il  a  d’excellent ,  &  qui  le  fait  re¬ 
garder  comme  un  cordial  dans  la  diète  des  fains  &  dans  celle 
des  malades. 

IL  eft  chaud  &  humide,  de  facile  diftribution ,  &  rétablit  les 
forces  perdues  par  fa  tenuité,  &  par  fes  efprits^ », toutes  quali¬ 
tés  d’un  cordial  &  d’un  aliment.  C’eft  pourquoy  Bacchus  eft 
appellé  par  les  anciens  le  pere  de  la  fanté  h/one ,  6c  par  un  Mo¬ 
derne  fftmmus  penetrator.  C’eft  ainfi  que  Xenophon  l’avoit  ap¬ 
pelé  la  Mandragore  de  la  trifteffe  par  une  expreffion  bien  par¬ 
ticulière,  &  Platon  a  écrit  un  Livre  de  fes  loüanges  j  6c 
c’eft  pourquoy  les  Xomains,  avoient  non  feulement  une  Deeflc 
M^editrina  j  mais  encore  des  fêtes  âppellées  MeditrinaliaiOxi  on 
offroitduvin  vieux  &  nouveau  ,  dont  on  faifoit  quelques  eftais 
l’ayallant  en  maniéré  de  médicament  6c  de  prefervatif  ,  en 
difant  vetu$  novum  vinum  biho ,  'ueteri  novo  morbo  medeor.  C’eft 
encore  pourquoi  ils  faifoient  frapper  des  médaillés,  où  la  DccfTe 
affife  furiun-Thrônc  donnoit  d’une  main  à  manger,  à  un 
ferpent ,  6c  mettoit  de  l’autre  une  couppe  pleine  de  vin  fur  un 
Autel.  Dieu,  dit  encore  Galien  à  ce  fujet,  a  donné  le  vin  à 
l’homme,  comme  pour  le  rajeunir,  ôc.comme  un  charme  auX' 
ennuis  dont  la  vie  eft  pleine  ,  6c  même  pour  rendre  l’efpricplus 
docile,  6ç  enfuite  plus  ferme  ,  parce  que  comme  le  fer  fe  rend 
plus  traitable  par  le  feu  ,Jcs  âmes  féroces  s’amolifïant  par  ce 
lenitif ,  viennent  enfin  à  s’humanifer.  C’eft  pour  cette  raifon 
qu’il  dit  autre  part  ,  qu’on  le  fait  entrer  dans  la  Thériaque,' 
ayant  cela  de  merveilleux  qu’il  facilite  le  mouvement  du  fang 
6c  des  efprits.;  Il  y  a  bien  plus,,  puifqu’il  adoucit  l’amertume  de 

la  bile.,.  6c  rallcmit  fa  ferveur^  même  qu’il  provoque  le. fouis 


Troifiéme  Pmie,  Chap.  V 1 1  î. 

-ïneil ,  St  que  par  une  faculté  oppofée  il  reveille  &  éguife  l’ef- 
prit ,  le  menant  quelquefois  fi  loin  par  de  belles  faillies  qu’il  eft 
appellé  le  cheval  du  Poète.  Qui  ne  voit  même  qu’il  excite  les  ris 
&  les  amoursj  qu’il  cîiâfle  la  mélancholie ,  qu’il  donne  du  cou¬ 
rage  auxpufillanimes,qu  ilconferve  la  chaleur  naturelle,  qu*il 
^  fortifie  les  membres ,  &  qu’il  donne  la  fécondité  au  beau  fexe? 
Nous  avons  cy-devant  remarqué  qu’Afclepiade, qui  comparoîc 
fon  pouvoir  à  celuy  des  Dieux  ,  fut  le  premier  des  Médecins 
qui  en  accorda  Tufage  aux  malades.  Auffi  n’a-t-on  pas  fait  de¬ 
puis  ce  temps-là  de  difficulté  de  s’en  fervir  comme  d’un  reme- 
de,  ôc  même  dansies  fièvres  qui  ont  quelque  malignité ,  pour 
ne  point  parler  dequelques  autres  fièvres,  jufqu’à  quelques  ar¬ 
dentes  qui  ont  été  quelquefois  gueries  par  l’efpritde  vin  3  parce 
qu’on  en  pourroit  abufer  en  ces  occalions.  Enfin  le  vin  n’efl: 
pas  feulement  le  fpecifique  des  champignons  les  plus  dange¬ 
reux  ,  mais  encore  fon  propre  contrepoifon  ,  tant  il  eft  capa¬ 
ble  de  diffiper  les  impreffionS  qu’il  a  faites  par  fon  fouffre  nar¬ 
cotique  :  ainfic’eft  un  Dionyfus ,  un  libérateur.  Voilà  cerne  fem- 
ble  le  bel  endroit  de  cette  médaillé  :  mais  fi.  nous  le  regardons 
d’un  autre  côté ,  c’cft  un  revers  des  plusfiirprenans',  le  cordial 
changé  en  poifon  par  l’intemperancc  5  les  braves  compagnons 
d’ülilFe  changez  en  pourceaux  ,  par  cette  Circé,  6cun  Lucifer 
,  en  puant  charbon  \  Plaute  a  beau  nous  dire,  que  fi  le  vin  pou¬ 
voir  parler ,  il  n’auroit  pas  de  peine  à  fe  deffendre, 

Vimmfi  ■ 

Fahulari  f  offët  fe  deffènderet 

puifqu’il  n’a  pas  même  pardonné  à  fon  inventeur  ,  P£oc  ad 
unittS  hora  ebrietatem  nudavit  femoralia fua  qua  fofi fexcentos  amoi 
cantexerat ,  pour  ne  point  parler  des  mauvais  offices  quil  rendit 
depuis  à  Loth  6c  à  Samfon.  Ce  n’efl:  pas  Amplement  un  de  ces 
filoux  qui  fe  contentent  de  piper,  c’efl:  un  voleur  qui  dépouillé 
les  gens,  comme  font  l’amour  6c  le  jeu  quand  on  n’eft  pas  fur 
fes  gardes,  . 

Vives  eramdffdumfecerttnt  me  tria  mdum^  . 

Alea^vina^  Venus  ^  f  er  qua  Jum  faBus  ègenus. 

Il  va  bien  plus  loin  ,  il  infpire  la  cruauté  ôc  le  meurtre. 
Qu’elle  plus  horrible  figure  que  celle  des  Centaures  6c  des 
Lapithes  agitez  du  vin  ?  que  de  rage ,  que  d’hommes  ,  de  fang 
&.  de  vin  répandus  par  terre?  C’efl:  dans  le  vin  qu’ Alexandre 
tua  lâchement  fon  ami  Clitus,  Comme  le  .  vin  n’efl:  que  du  feu 

P  y 


V  .  OlftrvAt,  J- J. 
*»»■  2..  Avifcell. 
Medic.  2hyftc.  Gtr-^ 
mAn. 


A<£t 


«4  061 

(Anum^ 


Vç  qui'Confurgitî# 
manc  ad  ebrieta» 
tem  fcdlandam. 
l[Aii.  s-  Cui  vç  -, . 
coi  rixîB,  cui  foriç, 
cui  fine  c»ufa  vuk 


ncra  ,  cui  fufFafio 
ocalorum ,  noanc 
his  qui  commorant 
in  vi;50  ,  &  ftudenc 
calicib.  cxolvcndis. 
Froverb.  zr- 
/«smquodopinionc 
&  ariogantia  im- 
f  leat  animum» 


\.Tt\tuUUn, 

ndverfm 

Uurciomm. 


'Etihulus  apui 
Cd. 


Bernard.  Tottm 
MonathftS'T 


Crnul.  aBu  î. 
Sçtna 


cxvj  de  Jldedecine. 

chez  Homère ,  iln’eft  qu’infolence  chez  Platon.  Il  ncrefpîre  ; 
fi  on  s’en  rapporte  à  Hefiode  que  flâme  &c  fureur  5  c’efi  ainfi* 
qu’en  ont  parlé  Aulugelle  5  Maerobe  ,  Plutarque  ,  Suidas  êc 
même  tous  les  Médecins.  Ce  n’eft  que  faillies  &  boüillons  chez 
les  Poëces  Lâtms  fervida  vina,  comme  c’eft  même  l’enfant  du 
feu  chez  les  Grecs  w;  &  partant  gardez-vous  en  biem 
C’eft  encore  à  caufe  du  meurtre  &;  du  carnage  qu’il  a  caufé, 
que  les  Egyptiens  fe  perfuadereht  qu’^il  étoit  Ibrti  du  fangdes 
Geans  répandu  fur  terre ,  aufli  étoit-il  le  figne  du  fang  dans 
les  facrifîces  des  Païens.  * 

Fufaque  in  obfcænum  mutamur  vîna  emorem^ 

Comme  il  eftdans  tes  faintes  Lettres  le  fang  du  raifin 
gîtine  üva ,  6c  même  le  Symbole  de  la  vangeance  -Divine  ,  focu^ 
lùm  in  manu  Domini  efi  vino  mero  repUtum.ixx  eftet  fi  on  en  exa* 
mine  les  fuites  on  trouvera  qu’il  n’^a  pas  moins  enfté  le  cothur¬ 
ne  tragique,  quont  fait  Tamour,  Tambition  &  lavcngeance>  &: 
qu’il  n’attaque  d’abord  la  tête  que  pour  mener  les  pieds  dans 
des  précipices,  témoin l’incefte  de  Macareus.^ Comme  le  pre¬ 
mier  verre  de  vin  ,  dit  tin  bon  Auteur,  eft  dédié  à  la  fanté,le: 
fécond  au  plaifir,  &  le  troifiéme  au  fommedi  de  même  le  qua¬ 
trième  eft  la  caufe  des  outrages  qu’on  fait  &  qu’on  reçoit  fou- 
vent  après  avoir  "beu.  Le  remede  eft  donc  >  comme  l’a  crû  Solon  > 
de  luy  aflbcier  les  Nymphes. 

Très  mifeeks  aqua  parteSi  fit  quarta  liai. 

Autrement  il  ne  faut  point  efperer  de  quartier  de  cet  eflneï 
mi.  Il  faut  que  nous  le  faflions  changer  de  nature  ,  ou  qu’il 
nous  en  fafle  changer ,  vinum  perdendum  aut  ab  eo  perdi  ,-car  en¬ 
fin  fa  nature  eft  telle,  qu’il  le  faut  noyer  pour  l’empêcher  de 
faire  du  mai  au  genre  humain. Mais  eft-ce  de  cette  maniéré  que 
ta  bonne  femme  lüy  fait  la  Medeciné  dans  le  Comique  > 

Kiden  ut  anus  tremula  medicinamfiacit  î 
Eapfe  merum  eondidicit  bibere ^foribuydat 
Aquam^  quam  bihant. 

On  remarque  même  que  la  Providence  divine  fembte  avoir 
ofté  la  connoiflance  &  le  goût  du  vin  à  la  plûparc  des  animauXy 
parce  qu’il  âuroit  augmenté  leur  férocité  5  quant  aux  mala- 

«  Maicâreas  uWus  cûngètieris  (  forons^  amorc  corréptus  aliquandiu  calamirofam  !cs;ri- 
tudincm  füam  cônrinuit  compefcnitqué  leipfum  :  ve'rum  uridem  Vino,  tanquaiti  duce 
frétas  .  quod  fdlum  niorraUbus  audaciam  prçbet ,  contra  quam  fapienter  antca  dccrevcr 
rat ,  noàu  furgens  quod  çuplcbat  abftuÜt.  Àthen.  /•lo.D/pso/ofL 


Troljteme  Partie.  Chap.  V 1 1 1 .  cxvî/ 

àcs  que  les  fagcs  Legiflateurs  en  laiff  rent  la  dirpofition  a  la 
prudence  des  Médecins,  6c  c’eft  a  nfi  q  e  Zcleucus  les  punifToic 
de  mort  s’il  réchappoient  après  en  avoir  beu  dans  leur  mala¬ 
die.  En  effet  on  n’abufe  gueres  de  ce  grand  cordial  fain  6c 
malade  fans  devenir  inutile  à  la  République  6:  à  charge  à  '  = 

la  famille.  V'inùm  <^uod  in  corde  fobrii ,  id  in  lin'^uk  ehrii.  Oni  dit 
franchement,  ou  plûtoft  fortement,  ce  qu*on  penfe quand  ou 
a  du  vin  dans  la  tête,  yinum  animi  fpecttlum.  In  vino  veritas. 

Le  vin  cft  entré,  difent  les  Hebreux ,  6c  Icfecrec  eft  forci.  Le 
piseft  que  cet  état  pitoyable  où  il  réduit  ceux  qui  en  prennent 
trop  ,  les  mene  petit  à  petit  à  des  convulfions ,  des  goûtes  ,  des 
apoplexies^  des  paralifies ,  6c  à  des infenfibilités  de  corps  6c  d*ef- 
prit..  Car  confiderez  un  peu  cet  homme  cy- devant "li  vif, 
lî  agiffant  ÔC  qui  raifonnoit  avec  les  intelligences ,  c*eft  moiris 
qu’une  bête.  Ibn’eft,  dit  faint  ^  ni  vif  ni  mert.  O  çSi  Cef. 

quelque  chofe  de  femblable  aux*  Idoles  des  Paycnsv  qui  ont 
des  yeux  6c  ne  voycnt  point ,  des  oreilles  6c  n’entendent 
point.  '  ^  ■  ' 

rJm  cum  jat  marpep  cauieh  - 

N’eft-ce  pasdà  encore  un  eftat  pire  que  la  folie  même,  à  la-  tionem  damm  ho- 
quelle  il  mene  fi  natureliment,  que  Platon  a  dit  que  les  Dieux 
le  voulant  vang-er  des  hommes  n  avoicnt  pas  trouve  de  moyen  legeDmiog.  a. 
plus  feur  que  de  leur  donner  le  vin  pour  les  conduire  droit  à 
la  folie  ?  Si  donc  il  peut  faire  tant  de  mal  aux  hommes  ,  que  ne 
ferat-il  point  aux  enfans  qui  font  bien  moins  capables  d’y  re- 
iider  ,*  6c  dont  il  n^eft  pas  moins  le  p'oifon ,  qu’il  efl  cenfé  leiait 
6c  le  cordial  des  vieillards.  G’eft  pour  cela  que  Galien  n’en  con--j,.  Symph.  campUg. 
feilie  l’ufage  cpi’à  Page  de  vingt-deux  ans  ,  dc  crainte  qu’apres- htfior.caien.  1.3. 
avoir  in fenfiblemcnt  échauffé  la  jeuheflè  i  elle  ne  'vienne  enfin  * 

colere,cruelle,  pafîionnée  pour  les  femmes, 6c  enfin  hébétée. 

Auffi  Gallego  * -Médecin  de  la  Reine  de  France  Anne  de  Brc-  *  Tratiatu  de akn^ 

tagne  y  fe  déclaré  hautement  contre  la  coutume  de  ceux- qui  ifi/anttb.  ^ 

donnent  du  vin  aux  enfans.  Un  autre  ^  va  juTqiies  à  le  deffen- 

dre  aux  nourriéesy  de  crainte  que  les  enfans  qui  ont  ferofoi.  158. 

rc  des  difpoficipns  au , mal  caduc  n*y  tombent  eftedivement  > 

pour  ne  point  parler  de  tant  d’autres  graves  Médecins  qui  font 

de  leur  icnciment.  En  effet  ces  jeunes  plantes  ne  manquent 

gueres  à  fe  fentirdes  qualités  de  la  liqueur  dont  on  les  arrofe. 

Ce  qui  a  fait  dire  à  quelqu’un  que  le  vin  étoit  femblable  à  la 
chaux  J  6c  que  comme  elle  fait  jetter  promptement  les  feuilles 

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t.%.  CAŸ-Ï. 


Waèms 


cxviij  ^  'EJJah  de  Médecine. 

ô£  les  fruits  aux  arbres ,  mais  quelle  les  faitcnfuitc  mourir* 
de  même  le  vin  éguaye  la  jeuneffc  ,  &  la  réjoüit  luy  faifant 
même  produire  quelques  fleurettes ,  mais  que  la  fuite  ne  man¬ 
que  gueres  à  en  être  funefte  ,  de  forte  que  toutes  ces  jeunes 
f. remit,  fol.  }8.  plantes  fcichcnt  bien  tofl:  fur  le  pied ,  &  qu’il  nef  elle  de  tou¬ 
tes  cçs  fleurs ,  dont  on  attendoit  quelques  fruits,  que  des  bayes 
d’Asphodcles  ,  &  de  trilles  fruits  de  Cyprès.  Cela  efl:  fi  vrai 
que  Galien  marque  expreflement ,  que  c’eft  jetter  de  rhuile 
ldidefmit.mnd.  le  feu  que  d’en  donner  aux  nourrices  &  aux  enfans.  De 
plus,  qu’il  emplit  le  cerveau,  caufe  la  toux,  les  écroüelles,  & 
enfin  la  phtifîe.  Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  fi  un  grand  nombre 
d’enfans,  jolis  &  fpiritucls ,  ne  manquent  gueres  à  degenerer 
de  cet  état  quand  ils  entrent  dans  radolefccnce,  pour  s’être  trqp 
toll  accoutumés  au  vin  ,  comme  Palmarius  même  Médecin  de 
la  Faculté  de  Paris  l’a  remarqué  de  la  jeunefle  de  cette  Ville 
en  particulier  dans  fon  traité  du  vin  î  &  fi  on  leur  applique  cet- 
te  penfée  de  quelques  anciens  qu’un  bel  efprit  a  ainfi  rendue 
en  fa  langue  Faucmli  toto  fpirto ,  Muomini  toto  feccia.  Corne  il  fan- _ 
cinllo  Stejichero  choroin  bocca  loto  emtino  i  rofignoli^faîti  f  iu  grmdi 
mughiam  corne  bmi.  Mais  ilUe  faut  pas  oublier  que  les  Republia 
ques  de  Rome ,  de  Carthage ,  de  Marfeillc  ,  &  quélquqs  autres 
qui  entrerent  dans  l’efprit  de  leurs  Philofophes  5c  Médecins ,  ne 
fê  contenterent  pas  d’en  interdire  l’ufage  aux  enfans ,  mais 
qu’elles  .n’étoient  gueres  plus  indulgentes  ,  à  l’égard  des  fol- 
dats  qui  campoient,  M  à  l’égard  des  femmes  ,  parce  qu’il  efl: 
Pâiguiilon delà  fénfualité.  lac  Ventfii.  F'cnerh  fcomtpr&: 

^rmigefé  C ainfi  que  l’ufagc  du  vin  fut  entièrement  inter¬ 
dit  aux  Dames  Romaines ,  &  que  pour  les  appaifer  en  quelque 
maniéré  on  leur  accorda  ccluy  des  bijoux  ècàcs  ornemehs  dont 
elles  font  fi  curieufes  ,  &  d’autant  plus  volantiers  ,  dit  Valere 
Maxime,  quelles  n’étoient  pas  encore  expofées  aux  yeux  ôC 
aux  atteintes  de  ceux  qui  aiment  à  troubler  la  paix  des  famil¬ 
les.  Dés  le  temps  même  de  Romulus^  la  Loy  leur  deffendoit  . 
Il  expreflement  dé  boire  du  vin  ,  qu’un  certain  Egnatius  Me- s 
cennius  ayant  tue  fon  époufe  pour  en  avoir  bû,  il  fut  abfous 
‘  en  jugement  par  ce  premier  Roy  de  Rome.  Un  autre  Dame 
meurt  par  ordonnance  du  Magiflrat  fous  des  faifléaux  de  ver¬ 
ges  de  myrthes ,  pour  avoir  bû  à  fon  tonneau.  On  en  fai? 
mourir  une  autre  de  faim  ,  pour  n’avoir  pas  gardé  avec  aflTez 
de  foin  ,  les  eicfs  du.  cellier  5  ôc  on  avoir  tant  d’averfion  pour 


Troifteme  Pâme.  Chap.  VlII.  gxîx 

celles  qui  beuvoient  du  vin ,  que  les  hommes  baifoient  leurs  pa- 
renies  en  les  faluant ,  fous  prétexté  d’amitié  &  d’honnêtete  , 
pour  s’affurerfî  elles  obfervoient  la  Loy  du  Prince  ,  qui  leur 
dejfFendoic  l’ufagc  du  vin.  C«s  fages  Païens  n’avoient  que  des 
raifons  de  Politique  &  de  bien-feançe  de  defFcndre  le  vin  aux 
femmes  5  ruais  les  Héros  du  Chriftianifme  ont  bien  d’autres 
Tcuës  ,  puifque  faint  Jerome  en  defFend  l’ufage  ,  à  celles  qui 
ont  choifi  le  6ls  de  Dieu  pour  époux  ,  le  confiderant  comme  nieren 
le  venin  le  plus  prefent  dont  le  Démon  fe  puiffe  fervir  pour  chinm.' 
empoifonner  une  ^  ame.  Que  ne  devons -nous  donc  pas  penfer  *  •  • 

de  quelques  Marchands  qui  non  contens  de  fomenter  6c  d’en- 
tretenir  l’intemperance  par  la  quantité  qu’ils  en  donnent  à  tous 
venans ,  le  gâtent  6c  le  rendent  d’un  ufage  très- dangereux ,  y 
mêlant  des  ingrediens  corrompus  6c  quelquefois  corrofifs  pour 
luy  procurer  une  force  6c  une  vigueur  qui  n’eft  agréable  qu’aux 
yvrogncs,êc  aux  gens  de  mauvais  goût,  defordreaufquels  les 
Magiftrats  ne  remédient  pas  affe  ,  tant  il  eft  de  grande  im¬ 
portance. 

Quant  à  ceux  qui  paifent  jufques  àTufage  de  l’eau  de  YÎCr 
il  eft  certain  qu’elle  leur  débilité  l’eftomach ,  ôcles  parties  ncr- 
veufesj  ôcqucl’efprit  meme  de  ceux  qui  enaburent  n’eft  gueres- 
fans  fe  fcntirdefes'  impreflàons.  (S’eftpour  quoi  Scipio  de  Mercu^ 
riis  dans  fês  Livres  des  Erreurs  populaires  dlcalie,fouhaitequè 
quelqu’un  perfuade  aux  Princes  de  mettre  un  forr  gros  tribut 
fur  cette  eau  ardente  ;  car,  dit-il,  quelle  proportion  entre  le 
feu  de  cette  eau,  6ç  la  chaleur  naturelle^  l’une  travaillant  aux 
codions ,  6c  l’autre  débilitant  tellement  1  eftomach  quand  ou 
en  abufe ,  qu’au  lieu  de  digérer  les  alimens  il  ne  produit  que 
des  crudités.  Quoy  qu’il  en  foit ,  ajoute  cet  Auteur  ,  de  quel¬ 
que  utilité  qu’on  s’imagine  l’eau  de  vic' ,  c’^eft  voiilok  s’accoû- 
tumer  à  regarder  fixement  le  Soleil  que  de  prétendre  s’y  ac- 
eoutumer.  Les  Charlatans  qui  afFcdcnt  de  quitter  les  voyes 
ordinaires  de  la  Médecine , promettent  tout  de  cette  liqueur,^ 
niais  tout  ce  qu’ils  font  avec  ce  remède  ,  n’eft  que  tromperie 
6c  palliation  5  car  à  la  referve  des  maladies  de  Chirurgie ,  il 
arrive  fort  rarement  que  l’eau  de  vie  entre  dans  lufage  de  la: 
Mcdecine ,  fi  ce  n*eft  de  la  Veterinaire.  Au  fil  lifons-nous  entre 
tant  d’exemples  que  nous  pourrions  rapporter  ,  icy  que  François- 
de  Gonzague  ,  Marquis  de  Monferrat,  s’étant  fervi  de  ce  re- 
43Jede  par  lavis  d’un  Médecin  Italien ,  pour  fe  précautionner  de 


cxx  EJJkis  de  Me decint. 

certaines  indîrpofitions ,  ion  cftoinach  le  relâcha  de  telle  ma* 
nierc,  que  tous  les  alimens  qu’il  prenoit  fe  tou rnoienc.en  vents* 
de  forte  qu’on  eut  bien  de  la  peine  à  le  tirer  d’une  hydropifie 
timpanite  où  elle  l’avok  précipité.  C’eftainfi  que  le  fameux 
M'  Defcart CS  mourut-il  malheureufement  pour  en  avoir  abufé, 
comme  nous  l’avons  marqué  en  fon  lieu.C^ant  à  rufage.qu’en 
font  quelques  femmes  idolâtres, de  leur  teint,comméellesne  s’en 
fervent qu’exterieureraent,  je  n’ay  pas  grand  chofe  à  leur  dire-: 
car  11  elles  font  bien  perfuadées  que  cette  eau  applanit  lesiné-i 
galités  du  cuir,  en  vain  leuj:  proLiveroit-on.qu’.ellc  le  brûle  à  la 
continue.  Je  ne  doute  pas  même  qu’elles  n’en  firent  ,  fi  elles 
font  perfuadées  qu’elle  les  peut  rendre  belles ,, ce  que  la  bonne 
femme  faifoit  du  vin.  Sou  Médecin  luy  avoit  dit  qu’elle  feroit 
bien  de  s’en  laver  les  yeux  j  mais  cllecrüt  qu'il  feroit  encore 
mieux  fi  elle  s’eu  lavoijc  premièrement  i’cftomach.  C’eft  ainû 
que  nos  femmes  avalcroient  pour  devenir  belles ,  non  feule* 
ment  l’eau  de  vie  î  mais  i’eaiU, de  départ,  puifquelles  fe  font  po¬ 
lir  le  vifage  par  des  eaux  de  cette  nature  au  mépris  des.  eaux 
dlu  célébré  M.  Brieubceuf  dont  les  affiches  leur  promettent  une 
jeunelTe  éternelle.  - 

.  FiniiTons ,  revenans  au  vin,,  &  eoucluons  .qu’avec  tout  cc  que 
nous  avons  dk  à  ravantagè  du  vin  ,  &  avec  tout  ce  qu’on  y 
pourrqk  ajouter ,  qu’il  n’elt  abfolumen.t  parlant  necelîaire  qu’en 
qualité  de  cordiaU  qu’on  s’en  peut  pajTer,  5:  qu’il  eft  même 
quelquefois  ben  de  s’eu  jabftenir.  Ç’eft  l’opinion  de  quantité 
de  graves  Auteurs /uivis  par  Je  doébe  Adrian.Turnebus.  En  ef¬ 
fet  i’éxperiençe  nous  apprend  que  tant  d’ùommes  de  divers 
païs  &  de  diverfes  eondkions  s’en  paflTent  fort  facilemcnt,qu’il 
s’en  trouve  même  qui  n’eU  ont  jamais  beu ,  &  qui  font  tout  ce 
que  font  ceux  qui  en  bpivent ,  témoin  le  dode  Tira  queau  fî 
fou  vent  allégué  en  cet  ouvrage  dont  Mr  de  T  hou  a  écrit  en 
fon  hîftoire.  Abjlemius  £nim  çumèjfet  ^  triant  a.  liberorum  ex  ho-, 
pejia^-’uxoye  frfeepiorum  parens:,  ‘totiaem  Uhrortim  amorfuit  ^  &  Jîngu- 
lis  amis:  fngulos  libros  ^  itbem  jreipublic£  dsdit.  Mais  pour  ne  pas 
paroître  d’un  opinion  pardçuljere-lùr  ce  fait ,  je  crois  que  le 
meilleur  edde  décider  cette  affaire  fuivant  l’oracle  du  CIirif* 
Ù2m\ime.:’Vteremodicovino  ^dfiomachpmhXes  Prophanes  mêmes 
nes’éloignant  pasde  ce  fentiment, comme  il  paroît  par  cediftique? 

Sumite  nec  nimiumiBacchi  valet  optimus  tifus  t 

Keç  minimum  î  hincmœroT  provemt^indphror, 

.  CfiAF. 


CHAPITRE  DERNIER,^ 


Des  fecours  de  U  Medecme  qui  fer'vent  à  hrnement  du  corps 
dr  des  differens  ufages  qu'on  en  peut  faire. 

Quoique  ies  Mcdeclus  ayent  abandonné  il  y  a  long- romps 

la  cure  des  maladies  externes  aux  Chirurgiens ,  elles  ne  IhtZf.  ctl' 
laiiient  pas  d  erre  toujours  de  leur  ancien  domaine.  C’eft  pour-  é* 
quoy  ceux-cy  ayant  abufé  de  la  conceffion ,  ceux-là  rentreront 
quand  il  leur  plaira  dans  leur  héritage  ,  ]ure  'Dominii  pfûmi- 
niti  tout  ce  que  les  Chirurgiens  y  poffédcnt  n’étant  tenu  qu’à 
foy  &  hommage ,  faute  dequoy  il  y  a  lieu  à  la  faifie. 

Or  ces  maladies  externes  ne  fc  raportent  pas  feulement  aux 
tumeurs  5  aux  plaies^  aux  ulcérés ,  aux  luxations ,  aux  fradures, 
mais  encore  à  quelques  autres  indifpohtions  qui  peuvent  cftrc 
comprifes  fous  celles-là  comme  des  efpeces  Ibus  leurs  genres , 
i5t  qui  ont  leurs  remedes  particuliers.  Mais  comme  il  y  a  quel¬ 
ques-uns  de  ces  remedes  qui  font  innocens  &  permis ,  il  y  en  a 
d’autres  qui  ne  le  font  pas  chez  les  Chrétiens,  au  moins  en  de 
certaines  occa£6ns  ,&  à.  de  certains  égards.  C’eftainfi  que  cette 
partie  de  la  Pharmacie ,  qui  s’appelle  Cofirntique  ,  a  produit  une  Ars  Ornatrix,. 
fille  appellée  Commotique  ^  laquelle  bien  loin  d’être  regârdéé  Ars  Fucatiix. 
comme  naturelle  J  ne  doit  être  regardée  que  comme  un  mon-' 
ftre  que  la  Médecine  &  la  politique  ont  droit  d^étoufFer.  Com¬ 
mençons  paria  mere  ,  car  nous  ferons  alTez-tofl:  à  la  fille  pour 
en  concevoir  de  l’horreur, 5c  pour  en  dire  avec  le  Poçce. 

Atmm  . 

Définit  in  pfcem  mulier forme  fa  fuj^erne. 

3La  Cofmetiquc  ou  i’ Art  des  ornemens  permis  ,  tire  fdn  nom 
du  mot  Grec  5  qui  fignifie.,  netteté, parure  ^  ornement:,  &  ne  com¬ 
prend  pas  moins  l’extirpation  de  ce  qui  fe  trouve  de  fuperflu 
dans  le  corps  humain  , que  la  réparation  &  le  fupplément  de  ce 
qui  y  manque.  Surquoy  fion  me  demande  fi  T Artde  Taghacot, 
qui  regarde  la  reftitution  des  membres  mutilés,  efi;  permis.  Je 
répons  qne  s’il  y  a  quelque  folidité  en  cet  Art ,  on  le  peut 
hardiment  pratiquer ,  pourvu  qu’il  n’en  coûte  rien  au  prochain. 

Critobtile  3  après  avoir  tiré  une  flèche  de  l’oeil  de  Philippes 
Roy  de  Macédoine,  fait  encore  en  forte  qu’il  ne  paroît  pas 

q 


Plinius  hiftor. 
n&tur.  l.  ig'  c.  lî:- 
y.  Marcel’ .  Donat. 
1. 1.  cap.  8. 

de  Medic^  hifior., 
mrah. 


%.  X.  de  MeàiClyU'v 
fetUb.cap.  i. 


fexîiif  ^  \  EJ[ms  dé  Ad-èdeck^e, 

qu  li  Toit  borgne,  îl  n’y  a  rien  là  que  de  bien  j.  maïs  de  gâter  fc 
bras  de  Titius,  ou  Tépaule  de  Mevius  pour  reparer  le  nez,  b 
Icvre  oü quelque  autre  partie  de  Marc,c’eil:  ce  me  femblc pé¬ 
cher  contre  k  charité.  Car  fi  l’on  m’allegne  le  valenti  non  fiu 
mjma  ne  fçaic  que  perfonne  n’eft  maîtréde  fon  corps ,  & 
que  c’eft  faire  un  maî  évident  pour  un  bien  qui  n’eft  que  dans 
l’idée  dedans  i’ihtention  î  Quoy  qu’il  en  foit,l’intereftdupro- 
chain  à  part  >  je  croy  qu’il  eft  permis  de  chercher  ce  qu*on  a 
perdu  J  &  de  fe  défaire  de  ce  qui  iüeommodc  ,  &  qui  met  k 
la  vie  en  péril.  C’eft  ainfi  que  la  Ghirurgic^artie  ancillarge. , 
de  la  Medecine  coupe  &  tranche ,  &  qu’elle  remet  des  dents  ôc 
autres  rnftrumens  en  la  place  de  ceux  qu  on  a  perdu  j  c’^eft  ain-  ^ 
fi ,  dif-jc,  qu’elle  redreflè  lesmembres  tors,  qu  elle  tire  les  corps 
étrangers,, &  qu’elle  extirpe  les  excrefeences  >  les  loupes,  coh- 
dilomes ,  verrues,  &c.  ôcquelle  remédie  même  à  quelque  mar¬ 
ques  ou  taches  naturelles  qu’on  apporte  en  venant  au  mom 
de.  Elle  ne  fait  donc  pas  plus  de  difficulté  de  pafifer  fes  épon¬ 
ges  fur  le  rouge  des  faces  extraordinairement  hautes  en  cou¬ 
leur,  que  fur  le  brun  &  fur  le  jaune  des  idères  qui  teignent 
le  cuir, -  Elle  n’émpefche  pas  qu’on  Baigne  les  hommes  &  les 
femmes  pour  la  propreté  &  pour  la  fanté,  comme  nous  le  di¬ 
rons  cy-aprés.  Rien  de  ce  qui  contribué  a  la  netteté  &  à  la 
blancheur  du  cuir  &  des  dents,  ne  femble  à  la  Medecine  in¬ 
digne  de  fes  foinsquoy  qu’elle  en  commette  l’execution  à  fes 
miniftres permettant  jufques  aux  refnedes  qui  corrigent  les 
defâux  qui  peuvent  dégoûter  dans  le  mariage.  Elle  permet 
même  de  remédier  à  la  perte  des  cheveux,  fi  on  le  peut  faire  y 
puifqu’^il  n’y  a  rien  défi  vilain  qu’une  tét©  chauve,  qu’on  la 
compare  à  un  arbre  fans  feuilles ,  ^,Jine  fronde  nemus  ,  qu’en- 
fin  Venus  la  chauve  paroît  bien  moins  fupportablc  à  Homere 
que  Vénus  naurée,  &  couverte  de  fon  fai^ ,  Fenm  calva  fnrp;-- 
tor  vdnerata..  11  n’ÿaqueles  rides  ,  ces  enfans  du  tems,  qü’élîe 
femble  refpccter,  ou  qui  lui  paroiflent  des  noli  me  tangere.  C’efe 
pour  ces  raifons  que  Galien  définit  la  Cofmetique  ,  une  hahi-- 
tüde  effeBive  de  l^entenâement  y.  qui  conferve  ta  beauté  naturelle  di^ 
eorps  humain ,  qui  P’a  retaUit  quand  elle  fouffre  quelque  perte  ^ 
diminution-,  ^  c'éiï  en  cela  qu’elle  différé  de  la  CommotiquC  y 
qui  ne  travaille  &  ne  s’occupe  qu’à  procurer  unô  beauté  ap¬ 
parente  ,  fauffe  ,  empruntée  &  qui  n’à  rien  de  naturel  ,  &  con¬ 
tre  laquelle  laPhilofophie&la  Médecine  fe  déclarent  commÇ 


TraiJtemepAriU.ChiL^.Jkmttr.  Cîxîîî 

fait  tout  le  Chriftianifme.  En  efFet  comme  la  beauté  de  l’a-' 
me  regarde  le  Philo fophe,  ou  le  Médecin  habillé  en  Philofo- 
phe ,  celle  du  corps  regarde  plus  particulièrement  le  Médecin 
qui  l’a  définit  un  rapn^  une  mefüre  dr  me  frofortion  du  tout  auK 
farties  ,  &  des  f  unies  au  tout  yfoütem’é  de  U  gruce  de  la  couleur  j  ou 
fl  l’on  veut,  une  difpfition  du  corps  agréable  aux  fenSidont  la  ton- 
Jervation  dépend  de  la  bonne  confiitmion  dr  du  louable  temperarnem 
des  humeurs.  Or  comme  cette  grâce,  &  cette  louable  difpofition 
fert  à  la  faute  des  particuliers  ,  elle  n’eft  pas  moins  utile  au 
public  ôc  au  commerce  de  la  vie  ;  car  quel  plaifir  à  vivre  &  à 
traiter  avec  des  perfonnes  dilgraciées  de  la  nature  ?  ddii  on 
conclut  que  ia  Medécme  a  droit  de  fefervirdela Cofmetique, 

&  de  corriger  tout  ce  qu’elle  appelé  Turpitude  dans  le  corps  hu¬ 
main  ,  jufques  à  la  malTe  des  chairs ,  5c  des  graiffes  qtfon  y  com¬ 
prend,  cette  mafle  n^ét.antpas  moins  incommode  é:  defagreable 
qu’une  extraordinaire  maigreur.  Car  quant  aux  autres  di- 
inenfions  du  corps  ,  comme  il  n’y  a  pas  plus  de  remede  aux 
tailles  gigantefques  qua  celle  des  Nains,  je  fuis  furpris  de 
fvoir  que  Galien  nous  ramene  à  ce  propos  la  cruauté  d’un  cer^ 
rain  brigands  qui  coupoit  les  pieds  de  ceux  qui  luy  fem- 
iDloient  trop  grands.,  pour  les  réduire  à  la  hauteur  naturelle  de 
l’honime.  " 

Ainfi  quant  à  cette  largeur  qui  vieut  de  la  maffe  5c  de  la  graîf- 
fe  du  corps ,  ôc  par  laquelle  j’entre  en  matierei  comme  il  meft 
pas  jmpdffibied’y  remedier,  il  le  faut  faire  avec  une  application 
n’autantplus  grande ,  que  ces  fuperfiuitez  font ,  (elon  Avicenne , 

^  les  entraves  du  corps  humain  ,,  compedes  cerporis ,  5^  pour  par-  *  7- 

1er  avec  piaton  fa  Prifon  j  témoin  ce  Nmomaque  de  Smirne  qui 

étoit  fi  gros  &;  figras ,  qu’il  ne  pouvoir  marcher  ni  même  toucher 

.à  iès  pieds,  pénis  Heraclèot ,  ce  monftre  de  chair  5c  de  graiffe , 

qui  de  crainte  d’étoufer  ,  fe  fai fok  couvrir  le  corps  de  fang'  ^ 

fuës  réveiller  par  des  pointes  d’éguilles.  Ce  fils  de  Lucius  Dei^n&fp^hp.  Uk 

Apronius  homme  Confulaire  ,  &  quelques  autres  âufqueis  on  »• 

enlevoit  une  partie  de  la  graifle  qui  les  menaçoit  d’opprefiîon. 

Géft  donc  de  cette  manière  qu’il  faut  entendre  Galien  ,  oii  îi 

nous  dit  que  ficette  maffe  n’eft  qu  un  Simptôme, quand  elle  ne 

hleffe  que  la  beauté,  elle  eft  une  maladie  quand  elle  empêche 

l’aclion.  Il  en  eft  de  même  quand  elle  caufe  quelque  çhofe  de  lUn.  lih.  ir;  ap. 

femblable  à  cette  infenfibilité  des  éockons ,  dont  les  fou  ris ,  dit-  35- 

on ,  percent  le  cuir.^  la  graifie  fane  qu’ils  Je  fentent  3  fi  dis-je ,  * 

qij 


v.  Uttreell.  T>onnt, 
de  Medic.  Hifi  mi- 
rab.  lib.  s.ca}.  x. 

CurdAU.  lib*  de 
fubtilitau. 

MArcettas  jyonat. 
lib.  j-  cAff  Z.  de 
Medic,  Hifiot.  m- 
TAbil. 


Gstnba-.d  livre  f. 
Epgramm. 


dmKScgnsQijtfi^^ 

2ajil,  Uh.  de  virgi- 
nib: 


tmec.  Épi  fi,  7^, 


cxxiv.  r.  de  MedecIne. 

on,  veut  procédera  la  cure  de  cette  fuperflaité  ,  il  n’y  faudra  paj 
peu  apporter  de  difcretion ,  puirqu  il  peut  arriver  de  grands  acci- 
dens  dans  la  diete  >  dans  l’adminillration  des  remedes ,  &  dans 
la  colliquation  ou  fonte  des  matières ,  comme  il  arriva  à  un  Roy 
d'Erpagne,  qui  mourut  pour  avoir  voulu  fe  dégraife  ,  par  le 
moyen  d’une  herbe  que  Cardan  nomme  Imgm  ,  bien  dif¬ 
ferent  de  ce  Sanche  fils  de  Ramire  Roy  de  Leon,  furnommé 
le  Gros, qui  fut  dégraiffé  par  le  fecours  d’une  herbe  quel’Hi- 
ftoire  ne  nomme  pas  j  moyen  qui  fans  doute  n’étoit  ni  fi  feur,  nï 
fi  efFedif  que  la  diete  qui  ne  manque  gueres ,  quant  elle  efl 
cxquifè  &  accompagnée  de  quelques  remedes ,  de  faire  l’effet 
qu’un  de  nos  Poètes  a  marqué  dans  cette  Epigramme.  , 
Diemi  ejl-u  un  mtn ,  e^- ce  luy-mème , 

J:)\u  vient  ce  changement  extrême  i 
Il  était  gros  y  il  efi  menu , 

Veut-il  pajfer  four  inconnu  ? 
il  furprend  la  veué  y  il  étonne  r 
Ce  n*ejlqu  untiers  de  fa  perfmne  ^ 

Dame  diette  volontiers 
Mn  a  pris  les  deux  Autres  tlerS; 

Pour  la  cure  de  la  maigreur  extraordinaire,  fi  elle  efi  natu« 
relie,  il  n’y  a  pas  beauGoup  de  remedeàcette  erpecedeT^r/i?» 

jamais  fi  elle  provient  de  cette  ahftinence  que  je  grand  Hi- 
pocrate  blâme  dans  de  certains  hypocondriaques  ,  6c  que  les 
Chrétiens  mêmes  condamnent  quand  elle  va  à  l’excès  ,  &  à- la 
diflolution  des  forces,-  il  n’y  a  que  ce  que  la  Medeei ne  appelé 
Jnaiepfe  y  bonne  nourriture ,  repos  8c  tranquillité  de  corps  ^ 
d’efprit ,  qui  foient  Gapables;  d’y  remedier.  yoila  pour  la  graiffe 
&:pour  la  maigreur.  -  i-  -  ; 

Les  Varices: font,  une  autre  erpece  de  Turpitude  &  d’încom^ 
mbdité  qui  paroît  au  Guir ,  quoi-que  le  mal  loit  dans,  les  vaif- 
féaux  )  mais  la  curç  en  efi:  fi  douloureufe  que  la  patrence  dabrave 
Marius- ,  étant  allée  jufques  à  fouffrir  l’operation  qu’on  luy  fit 
â  uiie  des  cuijflfes  1  il  aim:%  mieux  garder  le  mal  de  l’autre,,  que 
de  guérir  par  un  remedefîdouloureux ,  quoi-qué  Seneque  nous' 
allégué  un  homme  qui  tenant  un  Livre  pendant  qu*^on  luy  faifoit 
cette  operation,  encoritinua  la ledure  jufques  à  la  fin.La  couleur 
du  cuir  peut  s’effacer,  comme  nous  l’avons  remarqué  cy-deffus» 
quand  elle  n’eflpas  naturelle,  tant  par  les  remedes  internes  qu5 
parles  cxççrnçsy^s:  quand i..ç|ttçdéperdition  de  fubffance  qui  - 


TroifiêmePame.  Ch^Lp.  defnier.  cxxv 

fait  des  cicatrices ,  on  n-a  pas  la  même  facilité  de  la  reparer 
non-plus  que  certains  feings  &  certaines  contufions,  brûlures 

&  autres  impreflîons  ,  ôs  particulièrement  ces  feings  qui  font 

naturels  ou  inveterez.  En  ces  cas-là  il  les  faut  foufeir  gc  imi¬ 
ter  la  patience  de  cet  Evêque  de  Narni  dent  parle  Saint  Gré¬ 
goire,  qui  fe  voyant  moqué  de  Totik  Roy  des  Got5,à  caufe 
de  fon  teint  rouge  &  horriblement  eoEamraé  ,  ne  laiffa  pas  de 
prendre  la  chofe  £  doucement  que  ce  Prince  ayant  enfuité 
appris  que  cette  couleur  étok  naturelle  à  ee  bon  Evêque  ,  il 
l'uy  rendit  depuis  tous  les  honneurs  dûs  à  fou  caraélere  &  à  là 
vertu. 

Au  reÛe  comme  Celfe  &  Galien  ont  obfervé  qu’il  étoit  per-^ 
mis  dans  les  cas  de  neceffité  de  faire  fervir  les  fecours  de  la 
Pharmacie  àla  Cofmetique  ,  ils  ont  rnême  crû  qu’il  étoit  allez 
difficile  à  des  Médecins  qui  fiiivent  k  Cour  ,  &  qm  fréquentent 
les  femmes  de  qualité  dene  les  pas  contenter,  &  de  ne  pas- doit- 
ner  jufques  dans  k  Gommotique ,  tant,  ona  de  peine  ,-difent-iIsv 
àfe  défendre  de  leurs  importunitez ,  curieufes  quelles  font  die 
tout  ce  qui  les  peut  rendre  agréables.  Car 
&i  ton  en  croît  ces  heüei  li âmes  f 
.  n  ont  four  tout  cjüe  le  àtho^rs -f 

Le  Cul  ne  leur  donne  des  nmet  y 
pour  a/uoir  foin  de  leurs  corps,' 

Maïs  comme  ces  Médecin#  avoient  leurs  veüës ,  6c  qufih  vî- 
voient  dans  le  Paganifme  ,  il  ne  s’enfuit  pas  pour  cela  qu’un 
Médecin  Chrétien  nkit  de  plus  grandes  inefiires  à  garder  dans 
ces  occafions  ,  que  des  Idolâtres.  Puis  donc  que  nous  Voila  in- 
fenfiblement  tombez  fur  la  Commotique  ^  il  n’y  a  pas  de  doute 
que  comme  il  eft  permis  à  un  Médecin  Ghrétren  >  félon  tons  les 
plus  rigides  Gâfuiftes ,  de  eonferver  k  beatité  rrnturélle  pardes 
voyes  honnêtes  j  de  même  ce  qui  n’elt  que  fard ,  platras ,  appa¬ 
rence  &  faafeté,ne  liiy  eft  nullement  permis,  s’il  ne  regarde 
un  organe  perdu  qu’on  peut  feindre  par  un  fuppofé ,  pour  évi¬ 
ter  une  ex  traÀ)rdinaire  difformité ,  toutes  ks"^ autres  feintes  étant 
même  indignesd’ûn  honnête- homme,-gc  à  plus  fores  raifon  d:’uri 
Chrétien.  ,  quoy  on  doit  ajouter  que  ces  medicamens  dont  ou 
teignoic  le  tçin  &  les  cheveux  des  hommes  &;  des  femmes  du 
temps  de  Galien,  dont. on  teint  encore  à  prefent  lé  cuir ,  cau- 
lènt,  félon  ce  grand  Médecin,  des  maladies  dangereufes,  &  en- 
tre^autres  des  fluxions, epilepfies, apoplexies  gc  trembleméns.  Pouh 


Cafiîus  Ep^fcepüs 
NainiexilisC  ; 


ëomhmil  ’Efigrum. 


QuatcniTs  ttiaîie- 
ribas  corpori  fui 
cura  enpi  non  ,po- 
teft.  Celfu$  lié.  /. 
CAp.  6. 

Nemo  illarum  eft 
quæ  non  æqujGii 
ferat  animo  fi  ref- 
pubiica  mibcEttr 
qnam  fi  coma,  iîj-; 
^olip.  r^divi-vm, 


Gültn.  lié.  r.  dé 
imprpt.  Medical, 
fecund.  loc. 

-V.  Vo0um  4^ 
lié.  s.  cap 


Ktrk-r.  in  arcansc. 


Stibmm 
Snktir.  t. 

Supercilia  teni^ 
fuîigiae  dcpinge- 
k&t.  ‘  ■ 


^lant.  in  M-, 


cxxvj  ^  Medeme, 

le  temps  oix  les  fards  8c  tous  ces  vilains  artifices  qui  ne  tendent 
qu’à  tromper  ont  commencé  ,  ce  ne  fut ,  dit  on ,  que  lorsqu’He- 
raclite  de  Tarente  arriva  à  Rome  ,  quoi- qu’on  puiflë  remonter 
bien  plus  haut,  quant  aux  premiers  inventeurs  de  ces  couleurs  : 
car  fl  l’on  en  croit  le  fragment  qui  nous  refte  de  la  Prophétie 
d’Enoch ,  les  Princes  dtt  monde  enfeignerent à  leurs  femmes  lu-, 
fage  des  fards  prés  de  500,  ans  ayant  le  déluge.  Clouant  à  I^l 
teinture  des  cheveux&des.fourcils,  dont  ies  noirs  pàroifïoienç  ' 
fl  beaux  ,  que  Venus  fut  appelée  par  les  poètes  nigris  fapercitus^ 
Clçuient  Alexandrin  donne  cette  invention  à  Medée,.  Quoi* 
qu’il  en  foit.il  eft  affuré  que  les  Dames  Juifves  fe  peignoient 
les  yeuXed’ Aiatimoine, témoins  Ifabel,  Tamar  8c  quelques  au^ 
très ,  vanitez  qu’elles  avoient  apprife  des  Egyptiennes ,  ÔC  qui 
paffa  aufTi  des  Eyptiennes  aux  Grecques^  ,8c  de  celles-cy  au^ 
Romaines,  ôc  cniuite  aux  fiecles  fuivansfous  le  nom  d’Al|:poi^ 
ou  de  poudre,  noire  apparemment  connaë  de  ] uyeqaL 

llU  fupercilium  ?n^âida  fuligine  tini^um  ; 

Qbliquâ  prpduxit  MUo 

Et  plus  particulièrement  de  T ertullien  ,  nigfum  ilium  pdsvere^  ' 
(puo  occuUrum  primordm  pinguntur^  Plaute,  après  avoir  rcmarquç 
que  celles-là  fencent  ajez  bon  qui  ne  fentent  rien  ^  dépeint  les 
Vieilles  édentées  qui  fe  fardolent  de  fon  temps ,  d’une  mânierf 
à  donner  bien  du  dégoût  de  leurs  fards  8c  de  leurs  peridnnes^o. 
Eccfijlof  mülief  reê^fe  olet  uhi  non  olep  '  . 

ijls  'veteres  fe  unguentis  unBitmt  interppllep 
Yitul^  edentuU  pua 'uitiaiorporh  fueo  pccult^nti 
eyhi  fe  fudor  unguentis  ponfociat  illico 
Jtidem  oient  quaji  cum-multa  ]^'e^  eonfundit  coquus 
^^id  oleas  nefeids  niji  id  unum  m^le  olere  mtelligas. 

Elles  ië  fervoient  encore  d’un  mélange  dç  Saffran  pour  îei^? 
dre  les  cheveux^  qu’eljes  faifoient  enfuite  fecher  au  Soleil ,  fo¬ 
lie  ,  dit  Tcrtulliep,  qu’elles  paydient  fcuvent  par  de  cruelles 
douleurs de  tece.  Car  quant  au  rouge  ôc  au  noir ,  qui  font  enr 
çprcàprefent  en  ufage  >  elles  en  avoient  de  differentes  fortes  , 
meme  des  eaux  compofées  avec  du  %!  de  jCrocodilc  ,  du  fuc 
de  limons  8c  de  rargent  fublimé  ,  qui  leur  enfloit  la  face  8c  la- 
langue  jufqu.es  à  les  rendre  opprefïées.  C’eft  pour  cela  que  Pli* 
nesquoi-qu’aflez  libre  àparticularifer  la  matière  de  là  Commo- 
tique  fous  le  nom  de  medicaraens,  ue  laiffe  pas  d’armer  fon  ftilê 
contre  ces  défdrdres.,  Je  luxe  des  fa^ds  6c  des  parfums  étant  allé 


Tm/féme  Partie,  ChâTp.  dernier,  cx%nj 

û  avant  de  Ton  temps ,  que  les  femmes  ne  fe  conccntoisnc  pas 
des  odeurs  avec  lefquelles  elles  attiroienc  les  hommes  ;  mais  elles 
les  répandoient  encore  jufques  fur  la  terre  ;  moleUe  que  les 
hommes  imitoienc  *  les  répandant  fur  leurs  meubles  ,  &  mêmes 
fur  leurs  étendards^  Ce  qu  il  y  eut  encore  de  particulier  en  ce 
qui  regarde  l’infame  manège  de  la  Commotique ,  eft  qu  il  avoir 
fes  couratiers  ^  ôc  fes  cou  ratières ,  gens  qui  ont  continué  ce 
commerce  jufqu’à  nôtre  temps ,  marchans  fur  les,  pas  des  Cleo- 
pâtres,  des  ^Elephantes ,  des  Callimaques,  des  Sotires  autres 
qui  ont  écrit  de  cette  matière,  qui  en  ont  exercé  la  pratique ÿ 
laquelle  ne  paroilToit  peut-être  pas  h  infâme  qu’ils  ne  fc  fau- 
vaffent  fous  le  nom  des  Parfumeurs,  dont  la  qualité  entroit  juf- 
ques  dans  les  Epftaphes  ,  témoin  celui-cy. 

CN,  FERGIL  IVS  MPAFHMO  ÜlTVS 
'-Magijler  odomrm  a  Minerve  Medica  vixit  ann.  70.- 

Et  tant  d’autres,  Qaoi-qu’il  en  foit  de  ees  métiers  y  Pline  ne 
fut  pas  le  feul  qui  cria  contre  ces  défordres  :  car  ce  qu’on  ap¬ 
pelé  la  fage  antiquité  y  étoit  fi  oppofée  ,  que  la  Comedie  même 
en  fait  raillerie  j  que  les  Lacédémoniens  condamnoient  Pu  fage 
des  fards  fous  de  grofiTcs  peines,  &  que  Fhilippes  de  Maeedoine 
chaflTa  un  Juge  du  Sénat ,  pour  s’être  peint  les  cheveux  ydifant 
qu’un  homme  qui  avoit  déguïfé  jufqucsà  fon  poil,  ne  meritoit 
pas  d’être  crû  fincerc  en  fes  jugemens.  Auflî  Caton  fe  dieciara- 
t-il  depuis  Contre  tout  ce  qui  avoit  Pair  de  fard  ^  &  de  faufleté 
touchant  les  ornemens  du  corps.  Q^nt  aux  Chrétiens ,  quoi¬ 
que  tous  les  Peres  de  l’Eglife  ayent  déclamé  contre  les  fards  > 
nous  n’en  voyons  pas  qui  Payent  fait  avec  tant  de  zele  &  d’élo¬ 
quence  que  Tcrtullien  ôc  Saint  Hicrome.  Celui-là  dit  préeifé- 
ment ,  quilriapp^^rtient  qtlà  P  animal  dont  ces  femmes  font  imita- 
irices ,  dont  elles  méritent  le  nomade  changer  tous  les  jours  de  for¬ 
me:  elles  macèrent  leur  w fage  en  des  licf^ueurs  ér  en  des  medicamens 

hiz^arres ,  comme  pce  n  était  'ape^de  le  laver  fans  le  frotter  encore 

etun  vilain  mélange,  A  quoy  hony  apûte-t-il,  les  fucs  des 

herhes  ér  its  préparations  des  minéraux  pour  teindre  le  cuir 
comme  on  teint  la  lainè  yfaifant  violence  h  la  nature ,  ^  corrompant 
Vufage  des  chofe  s  elle  ne  nous  donne  que  pour  une  bonne  pn.  S,  Hierô- 
me  fe  moque  d’une  maniéré  encore  bien  plus  piquante  dans  fes 
Lettres  à  Furia  &  à  Marcella  >  de  ces  Idoles  de  plâtre  ^  qui  fe  rendt 
laides  par  des  heautez^  empruntées  y  qui  nofent  répandre  des  larmes 


Mangoess  virgi- 
nes ,  îuuliêres  ,  vi- 
ros  vendebant ,  dc- 
feâus  corporis 
corrigebant,  pinge- 
bant."  Mer.arial. 
vtttiar.  leB.  lib.  i. 
eaf,  I.  Keinef.fag. 


Centto  VüUntmtA* 
»cs. 


-Idem  de  vlrgimi, 
veîand. 


cxxviij  Effals  ,d€  Médecine, 

cYûiinu  d'y  noyer  toutes  leurs  feintes  j  de  ces  femmes  dont  les  rides  com^ 
pent  les  unnées ,  malgré  toutes  Us,  oppof fions  de  l' art  ^  de  la  frifure y 
dont  les  tours  de  cjpeveux  font  de  mauvais  tours  d  leurs  tètes ,  d^ 
quelques  maniérés  quelles  Us  tournent.  Si  aveugles  au  refe  ^  quelles 
ne  voient  pas  que  les  filles  de  leurs  fils  marquent  trop  évidemment  qtU 
cefi  en  vain  qu  elles  font  les.  filles.  A  quoy  Saint  Cyprien  ajcmte  qii’il 
n’y  a  que  celles  qui  ont  perdu  ,  toute  honte  ,  &  qui  font  à  tout 

.  Caire  ^  qui  fe  plaifent  aux  fards  ^  au  luxe  des  habits. En  effe^t 

fanion,  m  Epith4‘  Frufira  fdc  fe  m^uUcr  p^averit  effe  pudica 

lam.  inU»n.  j'g  varUs  omat  adulteriis. 

Ce  n’eft  pas  là  tout  ^  car  ne  fe  content  an  s  pas  des  fards  du  païs^ 
elles  en  faifofont  encore  venir  d’outre-mer, 

Nitelas  oris  ex  Arabicis  frugibuy 
Tenuem  candifimm  ^  nomlém  puivifculum  ■ 

Complanatorem  tumida  gingïvula 
Converritorium  Pridiand  reliquia 
Ne  quis  vifatur  tetra  labes  fbrdium 
Mefiriclis  f  o/te  fi  labellis  riferit. 

Elles  palToient  mêmes  jiifque  à  des  ibizarreries  fi  honteufes^ 
*  fnff..  Aifnsts.  qu’on  aurdit  peine  à  le  croire  ,  fi  de  bons  Auteurs  ne  nous  qi 
peinture.  Ne  fa  loi  t- il  pas  être  folie  pour  vou^ 
foir  farder  jufques  à  la  grofTeiTe  ,  comme  ht  cette  fille-fcmo^ 
dont  il  çft  parlé  dans  PTutar-que  5  laquelle  étant  obligée  de  fe 
baignet  en  eompagnie  ,  fe  frotta  rout  le  corps  à  la  reiérye  dc^ 
reiris,  dçs  lombes  &  .du  ycntre d’une  herbe  qui  luy  fit  enfler 
tout  le  refte ,  à  proportion  de  ces  parties ,  que  ce  que  T ertullien 
appelé  le  tribut  des  mois ,  avoir  élevées.  Quelle  extrayaganGe 
.  ,  .  de  fe  faire  appliquer  des  ventoufes  fçarifiées  en  divers  endroits^ 

Mîr  edmme  fit  cette  Damoifelle  de  Louyaki ,  qui  youloit  paroîcré  la 

plus  blanche  d’un  bal ,  où  elle  dévoie  tenir  fa  partie. 
fan  ta  efi  quarendi  eura  déco  ri  s  î 

Mais  que  n  arrive-t-il  pas  .de  ces  extravagances  ?  Combien  d^ 
femmes  &  de  Çlle?  mottes  de  pâles  couleurs  &  d’hidropifie, 
pour  avoir  feulement  mangé  dnbled,  dei’amidon ,  &  de  fembla’- 
blés  crudhez  qu’elles  erpyent  propres  à  blanchir  la  peau  ?  Que 
n’eft- il  pas  arriyé  à,  quelques-uuef,  qui  pour  n’-^voir  fait  autre 

*  Ornamentomm  &  lîcftmm  infigûia  &  lenocinia  fucorum  nonnifi  profthutis  ,  .&  im- 
pudicis  fçeniinis  \co.ngruuni: ,  &  nuHaium  fcrc  pr<j;:ofior  cülcus  eft  ,  quam  quacum  pudor 
yihs  eft.  Sic  .Icripcarés  fanftis  dcfcrjjjkur  ciyic^s  mcrctjix  compta.  Cyprian,  deha- 
btfH  Virp».  ■  i  y , 

chofe 


TroîJJtéme  Fartie,  Chap.  dermer.  Cxxix 
chofe  qusc  fe  laver  6l  baigner  mal  à  propos  dans  des  eaux  froides, 
ont  repouffé  un  venin  qoi^n’en  eft  forci  qu’avec  plus  de  force , 
.de  furie  &  de  péril ,  &  dont  les  fuites  ont  fouvenc  été  funefies  i 
Qi^and  mê.me  ces  lotions ces  bains  niroient  qu*à  une  dépen- 
fe  extraordinaire  ,  &:  à  une  moleffe  qui  choque  le  Chriftiamf- 
me  i  que  ne  doit-on  point  craindre  du  coté  de  çeluy  qui  ne 
nous  donne  . des  biens  temporels  que  pour  en  faire  un  bon  ufage> 
On  n^a  qu’à  lire  les  Hiftoires  Stàconfulter  ce  qui  arrive  fou- 
vent  à  ces  femmes  perdues  de  moleffe  &  de  volupté ,  parcicu- 
lierement  ce  qui  arriva  à  Calis  fœur  de  Niçephore  Empereur 
de  Conftari.dnople ,  époufe  de  Dominico  Silvio  Duc  de  Venife, 
laquelle  dédaignant  de  (é  fervir  de  feau  eommune  ^ordinaire 
pour  les  ufages  de  la  vie  ,  fut  furprîfe  d’une  fi  grande  corrup^ 
don  ,  que  ni  les  eaux  naturelles ,  ni  celles  que  l’artifice  &  la  dé- 
penfe  parenjL  fournir  pendant  une  maUdie  qui  n’avoit  rien  de 
naturel,  fe  trouvèrent  tropfoibies  pour  laver  ,&  tarir  les  ordures,' 
^  le  pus  qui  forroient  de  toutes  les  parties  de  fou  çorps ,  &  dans 
iefqueiles  eUç  mourut  ffiiferablemenn. 

Quant  à  ces  orncmens  des  femmes  ou  plutôt  a  ces  çontraintes , 
.dont  la.  matière. à  la  vérité  ne  fe  tire  pas  de  la  Pharmacie,  je 
croy  neanmoins  qu’ils  ne  méritent  pas  moins  la  cenfiire  de  la 
^edecine ,  que  tout  ce  que  nous  avons  blâmé  çy-deyant ,  n’é- 
;tant  gueres  moins  contraires  à  la  fanr é ,  Sc  faifant  mçme  partie 
des  inventions  de  la  .Commotique.  En  effet,  ces  modes  &  tout 
,ce  qui  expofe  la  poitrine  &  la  tête  aux  injures  de  l’air  6c  du  froid, 
font  autant  de  caufes  de  maladies ,  de  langueurs  &  de  villeffes 
prématurées.  Pour  ne  point  parler  de  l’honnêtetp  qu’elies 
choquent ,  au  point  qu’un  Poète  Payen  &  qui  n  croit  pas  trop 
cbafte,  n’a  pu  s’empêcher  de  traiter,  les  ffemmes  qui  expofenc 
leur  chair  à  .la  Veuè  d’un  fbaçun ,  de  mal-gvifées  6c  do  malheu.» 
jreufes.  ;  ;  *  ■ 

hamem  "P [échos ,  infelix  nudifyue  popillis. 

Ces  parures  qui  font  du  beau  monde  ,  ôc  ce  qu’on  appelé  le 
Monde  féminin  ^  il  y  a  îong-temps,  6c  mêmes  ces  Formes  de  corps 
de  cuiraffes ,  fous  prétexte  dp  rendre  la  taille  . dégagée  ,  ne  la 
mettent-ils  p^s  dans  nnq  captivité  effedivc  î  Car  après  tout, né 
vaudroit-il  pas  mieux  paroffre  un  peu  moins  grande  ôc  moins 
droite  que  de  s’écrafer  les  poulmons  ,  par  vinç  vanité  dont  on 
peut  bien  dire.  .  / 

^md  non  morpolio  ^e^em  co^uij 


pavenal.  Satir.é,' 

*  Mundas  malie-» 
bris. 


cxxxr  Medecîne, 

Mais  quant  il  n’y  auroit  que  les  égards  qu’on  doit  avoir  Tuti 
pour  l’autre  i  parciculierement  quai^l  on  a  à  vivre  en  focieté  i 

N'ejl-ce  fOi  un  fujet  ^laifa-nt  é"  commode , 

De  n  entendre  parler  ^ue  d‘achapts  cjr  de  mode  y 
De  rencontrer  partout  la  pomade  é"  le  fard , 

Et  tant  i  autres  fatras  quelle  emprunte  de  l'art» 

Delà  voir  au  miroir  concerter  fa  pofure  y 
Et  du  bel  air panehé  prendre  la  tablature  , 

Etudier  la  grâce ,  amorcer  fes  regards  y 
■  Rappeler  en  leurs  rangs  quelques  cheveux  eparS  ^ 

Zes  ccmpartir  de  nœuds  à  dijlances  pareilles , 

De  fins  ou  faux  brillans  fe  charger  les  oreilles»  ' 
four  la  mouche  chercher  un  pofie  avantageux  y 
Apprendre  à  radoucir  fon  air  trop  dédaigneux  > 

Ajouter  au  fmris  la  riante  grimace  y 

Sans  découvrir  les  dents  ou  la  blancheur  s^'e  face f  ' 

chaffer  par  leur  fe  cours  des  levres  la  pâleur  > 

Ou  d*un  rouge  appliqué  réhau fier  la  couleur, 

frefier  de  tous  cotez,  la  molle  corpulence  ,  * 

D* un  Je  in  qui  s^  émancipe  é’ ptend  trop  de  licence  ÿ 
Ou  faire  avec  grand  foin  rembourer  fon  étui  y 
Lors  que  pour  fe  produire  il  a  befoin  d' appup 
Arborer  fur  fa  tête  étage  fur  étage  y 
Des  coéfies  ou  des  points  V ondoyant  équipage. 

Aller  dans  le  grand  monde  étaler  fes  appas  y 
Courir  aux  rende^-vom  y  dont  le  mari  nefi  pas  i 
Donner  d  tous  objets  r  être  de  toutes  fêtes  > 

Chercher  de  tous  cotez,  a  faire  des  conquêtes  » 

Et  recevoir  les  vœux  d'un  tas  de  fins  gau fieurs  9 
De  jeunes  prétendans  i  de  conteurs  de  douceurs  9 
^i  pour  fe  divertir  dans  le  pais  de  Tendre  y 
Sur  fa  rare  beauté  fe  plaifent  à  s* étendre, 

La  badine  le  foufire  le  prend  fur  un  ton  y 

^fielle  fe  rit  du  bruit  ér  du  qu'en  dira't-on,  i  ' 

La  ce  font  -les  emplois  qui  partagent  fa  vie  p 
Ce  font  les  pafie-temps  où  l'âge  la  convie  y 
Ses  delices  yfes  foins  y  fes  divertifiemens  , 

Et  les  plus  grands  fujets  de  fes  empreffemens ,  • 

Et  quand  de  fon  frintemps  les  plus  belles  années  y 


Troifême  Pmie.  Chap.  dernier.  czxxj 

Offt  juf^ues  au  retour  fou ffé  [es  dejlinées, 

Ut  que  fam  nul  reÇ^ect  ^  elles  ont  de  leur  feau , 

Pam  un  d^e  avancé  marqué  fa  tendre  feau. 

Combien  four  arrêter  cette  beauté  fuyante  , 

Af forte-  t-on  de  foins  ?  que  de  fecrets  on  tente  > 

^ue  ne  fait-  elle  fas  four  refijler  au  temfs , 

Ut  four  Je  conferver  quelques  viéupc  foufirans; 

Tant  qu  enfin  fe  rendant  ^  changeant  de  conduite , 
plie  aille  Je  laver  dans  un  bain  d'eau  bemte  , 
pt  fans  rabattre  rien  de  fa  f  ré fomf  pion  i 
Prendre  le  grand  farti  de  la  dévotion? 

Ce  n’çft  pas,  pour  ne  iaifler  aueun  ferupule  fur  eette  matiercj^ 
qu’iine  Dame  Chrétienne  ne  puiiTe  ayoir  foin  de  fe  tenir  pro-' 
pre.  Les  Saints  naêmes  n’ont  ni  blâmé,  ni  défendu  cette  occu¬ 
pation  ,  autre  chofe  eft  fç  débarboüiUer  j  pour  ainfi  parler ,  autre 
chofeie  barboüiller.  Je  tombe,  disqe  ,  d’accqrd  qu’une  hon^- 
ncte^iemme  peut-être  quelque  temps  à  fa  .toilette  pour  fené^ 
toyer  le  vifage  ,  &  tout  ce  qui  parotc  au  dehors.  Elle  peut  mê¬ 
me  tordre  les  cordages  de  les  cheveux ,  Û.  tendre  les  voiles  dont 
elle  couvre  fa  tête,  pourveu  que  ces  voiles  ne  foient  enflez  que 
d’un  bon  vent  ,  que  le  vaiflcau  ne  parte  du  Porc  que  pour  un 
bon  commerce,  êc  qu’il  n’y  ait  aucune.de  ces  peintures  &  de 
ces  ornemens  fuperflus  jqui  loin  de  rendre  fa  courcc  plus  feu- 
r,e  &plus  heureurçî.ne  lérvcnt  fouVent  qu’à  le  faire  perdre. 

Il  y  a  eneorc  d’aûtres  ornemens,  qui  dans  le  vrai  femblent 
^tre^  quelque  chofe  de  fort  indiffèrent ,  pqifqu’ils  ne  regardent 
pas  la  fante;  ^  qu’ils  ne  nuifent  ni  au  cerveau  ,  ni  à  ja  poi¬ 
trine,  Et  neanmoins  les  Dames  Romaines  parurent  fl  circon- 
fpedes  9  que  n’qfant  refufer  de  fembla.bles  prefens  dont  Pir- 
rhns  s’aviià  de  les  regaler,  elles  répondirent  en  les  acceptant, 
qu’à  la  vérité  ils  leur  paroi.ffoient  digne  de  la  magnificence 
d’un  fl^rand  Roy,  mais  qu’il  ne  leur  étoit.pas  feant  d’en  fai¬ 
re  montre  ^  oflentation.  Des  Dames  Chrétiennes  n’auront,- 
elles  donc  pas  honte  d’être  non  feulement  rocoüées ,  mais  encore 
matachiées  &  bi]outées  ,  comme  des  idoles  du  nouveau  monde  ? 
Car  fi  ces  bijoux  ne  font  ce  que  TercuUien  appelle  les  dépouil¬ 
les  de  quelque  ferpent  *  elles  font  au  moins  le  feau  de  i’anr- 
cien  ferpent.  En  effet  ces  enfeignes  dediamans  vraies  ou  fauf- 
fes,  que  font-elles,  que  des  inffrumens  de  la  vanité  6c  du  vice, 
qui  n  enfeignent  que  trop  ce  qu’on  nç  devroit  pas  chercher? 


Æliatn  i» 
Vatr.  P ifhr. 


*  Et  de  frontibas 
draconum  gemmas 
erui  folitas  &  hoc 
décrit  Chriftianæ 
ut  de  ferpeme  col- 


cxxxij  Ejjais  de  Médecine 

Ces  nœuds ,  ccs  banderoiles  ,  6s  tout  ce  qui  environne  la  tête 
n’aiant  pas  pea^  de  raporc  avec  les  Gouranncs  des  Payens-;  nWt- 
ils  pas  toiit-à  fait  l’air  de  ce  que*  Tcrtallien  appelle 

?  Comme  c’eft  donc  alTez  d’être  belle ,  quandon  a  reçû  du' 
Créateur  cette  fdiciH  âi^  corps  y  ce f  habit- àe  fefi-e  ^  cette  imprejjion 
de  la  main  de  Dieu  qu’il  elt  permis  de  conierver  j  n’cft«ce  pas 
vouloir  outrer  la  nature  r  que  de  la  parer  avec  trop  de  foin ,  ÔS- 
perdre  non  feulement  le  temps  qui  ell  cher,  mais  encore  des^ 
vétemens  ôc  des  parures  qui  font,  fuperflus  *  aux  belles ,  &  fr 
inutiles  aux  laides  ,•*  qu’ils  fe  plaindroienc  de  fe  trouver  fo  mal^ 
placez.,  s’ils  étoient  capables  de  fentiment 

^ualem  i(ie  demèns-  chlamidem  diJperdiA-  . 

cjuæ.  nil  fapic ,  ita  *  ^ 

mulier  tum  ciemum  ■  .  feîAC  ''  ■  _  _ _ _ 

boni  quæ  nil  atti-a,  ^uifquis  tc  a^pcxit  mpTohamme  poMpam 

xit.  H'ippolitu,  ve^  ^  j  •  l  -J  '  Il  ^ 

divivus  pag-r^.-  Dn  perdant  att  y  horrtdam  fuelLam 

-  ipos  pdttuit'haûdmiferta  cultt^. 

En  effet ,  ne  peut-oû  pas  dire  en- ces  occafîoBS  ^ 

Ifabelié  a  beau  fe  parer  ,  .  — 

Sa  beauté  ne  peut  plus  dure f:. 

En  îjain  ette  fait  la  mignarde  r 
TûM  tes  jours  etl’e  s  enlaidit  y 
Ce  n  ejt  pas  que  fe  ia  regarde 
Mais  tout  te  monde  me  le  dit  l 

Concluons  donc  que'  c’eft  en  vain*  qu’on  veut  rajeunir  pïf 
la  Commotique.  Ees  plaintes  ,  les  vœux  ni  les  prières  ne  rap¬ 
pelleront  pas  le  pafté,  pietas.  moram" rugis afferet yZ  plus  forte 
raifon  les  fards  6c  tes  peintures-  né  feront  que  de  vaincs  ten-« 
tatives,  dont  les  laides  6c  les  infirmes  s’achèveront  de  peindre . 
‘  pitoyablement.  Les  bains  ,  les  extraits ,  les  huiles  ,  les  fucs  ,= 
lés  Terres ,  les  Fiels ,  les.MinerauX',  6c  particulièrement  îeMer- 
ctire  qui  entre  dans  la  compofîtion  des  fards  ,  font  ordinairement 
ennemis  du  cerveau  8c  des  nerfs ,  6c  fur  tout  ce  dernier  s’infi- 
Lti.defiihtiiimu^  lîuc  fi  facilement  dansle' corps , que  Cardan  rapporte, qu’on  en 
*  ungueni^ariares  tfouv'a  aprés  la  morc  d’unc  femme  jiifaues  à  deux  onces  dans  fa 
ignomiaiofa  illibe-  A^outcz  que  li  1  on  en  croit  *  Appulee  ,  g  eft-  non  teuie- 

rÿs,figuris  coio-  ment  unc  tres- Vilaine  chofe  que  le  fard, mais  qu’au  fond,  çg 
âfa'^*uodam'*(if-  û’cft  qu’un  appeau  de  mouches  &  de  fots. 
eipiens.  "  Venait  donk  peUus  ïmprobœ  Mœcha 

scaliger  in  jiippo:  Moechps  ntc  ultra  prodigis  ciens  donis 

'  ^uaeumçpue  fuco  laéf toque  iomCfUir 


tîorfîat  ?  TertuU 
de  cultu  fsRmin. 

Si  pulchra  es  ni- 
mium  ornata  es. 
Plmt.  in  milit. 

Tertul.  lib.  de  cu,l~ 
tu  fœmindr. 

*  Ilia  placebit  quæ 
foi'tnæ'  ncglcdtu 
ci^lta  eft.  Quem- 
admodum  enim  ea 
aqua  eft  optima 


TroîJtéme  Pmîe,  dernier^  cxxxiij 

Joutât  cdorem  fefe  mentitur  , 

Annofque  mrvos  famlùm^ue  derügat» 

Jnertmm  mget  ex  probrmtque  nature, 

Ôri  a  beau  fe  crépir  le  vifagé ,  on  ne  fe  dbnberâ  jamais  un- 
véritable  air  de  jeuneffé.  Tout  ce  qu’on  appelé  la  magie  noire 
des  vieilles  médailles ,  ne  fait  que  bTancKir  un  édifice  ruiné  par 
le  temps 3  j8c  dont  le  proprietaire  fe  rend  ridicule  quand  il  faic- 
de  la  dép^enfe  î  &  qu  il  prend  des  Ibins  ftiperflus  pour  l*brher.* 
MaisqUdy  leS  ri  dés  mêmes  ne  peuvent  pas  mettre  à  raifon  cette' 
infâme  race'  d’Archianafîa  ,  laquelle  continua  ion  vilain  eom- 
mercemême  dans  une  extrême  vieillcfTe  ?  Carau  refte  ne  fçait- 
on  pas  qu^l  né  fâlnt  quuïi  peu' d^eau  châudé  à  cette  courti- 
fane  ,  dont  parle  Galien  ,  pour  mettre  de  la  difFerencé  entré  fa 
beauté  ôc' celle  que  fcs  compagnes  avoient  empruntée  de  la 
Gommbtique  ?  .Ainfî  c’eft  en  vain  qu’on  lave  une  infinité  dc^ 
têtes  Egyptiennes ,  &  qu’on  veut  rendre  des  feüilles  gi  de  la- 
verdeur  à  de§  arbres  que  le  temps  a  deflèçbés;  Tout  ce  qu’om 
fait  pour  cela  n’éft  rien  que^  menfonge,  , 

ôt  c-  eft  pour  cela-  qu’ un-  de  nos  Poëtes  parle  en  cette  maniéré^ 
I  nos  barbouillées.'  ^  ^ 

Les  hommes  Mtefient  le  fard  r 
Gelles  qUÏŸr^eîqif  enf  cetMii  ,  \ 

Les  unes  les  mtres  s' acçufent 
Jt  efi  ihfuŸortald0  à  tous.' 

'Bûmes  donP  les  foins  en  abufent’i- 
Bites pour  qui ‘Vous  furde^^vous^  . 

Criant  aux  Médecins ,  concluons  encbre  quc  ç’êft  le  devoir 
(ÿuh  Medècîm  Chrétien  de  dérober  a  la  cqnnoi0ancudu:püblic' 
autant  qu'il  le  peut ,  tout  ce  que  les  Livres' &  la  pratique  de  la' 
Commbtique  n’ont  rendu  que  trop  connu.  eft  obligé  de- 

fahétifier  par  un  bon  ufage ,  toutes  les  eaux  &;  toutes  les  huiles 
de'la  Pharmacie.  Que  notre  Medecîné  ne  doit  admettre  quC' 
les  odeurs  de  'Vie  po.ur  ne  courir  qu  aprés^  les  parfums 

du'  Divin  épotix.  *  Que  tout  ainh qu’elle  ne- doit  rep.rder les 
ornemeiis  de  Judith',  que  comme  des  infpirations  de  j  cfpricDi- 
vin  ,*  elle  ne  doit  regarder  ceux  des'TamâfS'&  des  Jefabels  ^  que 
comme  des  expirations  du  malin  efprit ,  plus  proprcs^^de  cesmal- 
heureufes  victimes  des  volupte'z  pübliques'j  que  de  ces  colom^s 
du  ChrirtJanîfne.,qui  font  bien  plus  d*eftime  de  lacandeur des 
meurs  quedè  la- blancheur  du  vifage  j  ôc  qu’enfin  le  feul  blanc 

r  iij. 


Épigrdmme  it 
Gemhaud  Lime  i., 
%pigrdmme  j6. 


*  In  oioicm  rin-- 
guentor  àm  cuoium 


TertuUian.  de  cul  • 
tu  fosm. 


cxxxiv  AâdkÏQH$, 

ôc  Tunique  rouge  dont  elle  peut  confeiller  Pufage  aux  femmes 
&  aux  filles,  elt  le  lin  de  la  fainteté  ,  é  la  pourpre  de  U  pudeur, 
feuls  capables  de  leur  attirer  l’amour  du  Divin  f  Manus 
lanis  oempate ,  pedes  domi  figite ,  ^  plufquam  in  aura  pUcebitis,  Ve- 
fiite  vos  ferico  probitatis ,  btjjino  fanbUtatis  > pitrpura  pudiciti^ ,  talftef 
pigmentata  JPetim  habebitis  amatorem, 

F  I  N.  . 


ADDITIONS, 

P  Age  i?,8*  ligne  *1^,  aprqs  Taumaturge ,  ajoutez  ,  &  enfuîte 
par  Georg.  Villingan.  Pictorius ,  in  Çompend.  rei  M^dic,  ^ 
càuie  du  régime  qu’il  preferivit  aux  Ifraëlites. 

Page  151.  ligne  2,1.  après  Angleterre  ,  ajoutez  Henri  V I  II, 
pdoiiard  V  I.  &  Jacques  I,  Roy  d'Angleterre ,  Eric  IX.  Roy  dg 
DannemarksÇhriftiern  I.  Jean  fon  fils,  Chriftiern  III.  Chriftîern 
IV.  &  Frideric  IJ.  Mathias  Cory in  Roy  de  Hongrie  >  Henri  Roy 
de  Portugal  j  &  enfin  entre  les  derniers  Empereurs ,  Charles  IV, 
Sigifmond ,  Maximilien  I.  Ferdinand  I.  Maximilien  II.  &  Ro-? 
dolpiie  IL 

Page  I  j7.  ligne  1 8.  après  mains ,  ajoutez  \  mais  il  ne  faut  pas 
oublier  icy  que  le  dode  André  Tiraqueau  s  efl  trompé  dans  ion 
’Nomemlatura  Medicorum,  quand  il  a  fait  Médecin  Saint  Bâfile 
Evêque  d’Ancirc,  furie  témoignage  de  Saint  jerôme  :  carTil 
eût  bien  lu  le  Texte  qu^il  allégué  de  fon  Livre  de  feriptoribm 
Ecclejiajlic,  il  eût  trouvé  qu’il  n’y  a  qu’une  confufipn  de  paroles 
dans  le  Latin  qui  rie  conclud  rien ,  quoi-qiTon  y  life  le  mot  de 
Médecin  ,  mais  hors  d’œüvre  ,  U  que  quant  au  Grec  >  il  ri’y 
parlé  ni  de  Mçdeçin ,  ni  de  Medecine,  * 

Page  161.  ligne  T.  après  çhrijl  ,  ajoutez  n?oublions  pas  pen^ 
dant  que  nous  fommes  fur  cettè  matière ,  Fabius  Pacius  Medé-? 
çin  de  Vincence  ,qui  a  mis  les  fept  Pfeaumes  Penitenciaux  en 
vers  Italiens.  Petrùs  Kirftenius  Médecin  de  Brellau  ,qui  a  dé- 
’couvertA^  iiluftré  un  Code  Arabique  des  quatre  Evangeliftes,’ 
&trayarllé  fort  dodement  fur  le  Cantique  des  Cantiques;  Hie-- 
roriimus  V^clfçhius  quia  doiirié,  outre  fes  Ouvrages  de 


jdàdittofiSt  cx^Yiy 

cine.des  Traitez  de  pieté  ,  &  entres  autres  le  Reltgiô  'A^edici. 

■ .  Joan.  'W'ierus  Médecin  Allemand  qui  a  fait  un  Traité  de  la 
fCplere,  on  il  n’y  a  pas  moins  de  Théologie  que  de  Médecine  êc 
de  Phiîofophie. 

Joan.  Gherardus  Médecin  de  Saxe  ,  qui  a  fait  le  Meàmtknes 
facra,  où  à  la  referve  de  ce  qui  regarde  la  Polémiqué  >  il  n’y  a 
rien  que  de  tres-devot. 

.  Richard  Capel  Théologien  &  Médecin  natif  de  Gloceftre  en 
Angleterre,  lequel  s’étant  retiré  à  la  campagne  l’an  1655.  pen¬ 
dant  les  troubles  de  ce  Royaume  ,  y  fit  non  feulement  la  Mé¬ 
decine  avec  charité ,  mais  .encore  y  compofa  divers  Sermons, & 
un  Traité  des  Tentations  qui  furent  fort  bien  reçues  du  public* 

Page  1^5.  ligne  G.  après  ajoutez,  Pierre  V.  du  nom 

Evêque  de  Salerne  j  étoit  un  fçavant  Médecin ,  &  apparemment 
celuy  de  Gefbcrt  Prince  de  Salernc ,  qui  le  fit  nommer  à  cet 
Evêché  Pan  de  grâce  5 5  S.  où  il  mourut  en  odeur  de  Xainteté  ? 
l’an  onzième  de  fon  Pontificat. 

Page  ligne  20'.  après  BiUiopheqüe  ,  3.]où.t&Zi  Curianus  ap¬ 
pelé  vulgairement  Abhas  de  cm^  i  elf  cite  par  Nicolaus  Anti- 
àoi2iû\jis  m  EleBuar.  Bucii. 

Page  170.  ligne  21.  après  Philofophes,  Il  ne  faut  pas  non  plus 
oublier  qu’Ezechicl  Stephanus  Àbbé  du  Monaftere  Cobaski 
prés  d’ Athènes ,  eft  un  fçavant  Médecin. 

Page  171.  ligne  51.  après  Ordem^  ajoutez,  Vincent  dé  Beau¬ 
vais  Bourguignon  >qui  fe  fit  Religieux  de  l’Ordre  de  Saint 
Dominique  du  temps  de  Saint  Louis  Roy  de  France  ,  a  écrit 
plufieurs  chofes  de  la  Médecine  dans  les  Chapitres  X 1 1 1.  Sc 
X I  V.  &  de  fon  fpeeulum  mturale.  . 

Page  Ï73.  ligne  li.  afrés  cinq  cent  livres  t  ajoutez ,  Petrus  de 
Alvernia  Médecin  du  Roy  Jean,  Chanoine  de  Paris  1550.  Jean 
de  Guiftri  Médecin  du  même  Roy  &  Chanoine  de  Paris  *555. 

Ligne  20.  après  Pani37r.  ajoutez  Guillelmus  Cardon- 
celli  Médecin  ,  &  Chanoine  de  Paris  5c  Phifieâen  du  Dèufin  de 
France,  qui  fut  depuis  le  Roy  Charles  VI.  Jean  Avantagii 
Chanoine  de  Paris  &  Médecin  de  Charles  V 1 1.  142 Petrus 
de  Chalîî  Médecin  8c  Chanoine  de  Paris  y  14.^0. 

Page  174.  ligne  ii.  après  de  France ,  ajoutez,  Guiîlelm.  d  An¬ 
ge  Médecin  &  Chanoine  de  Paris ,  1444.  Engueran.  Parentî 
1451.  Gobért.  Cordier  14^4.  ^ 

Ibid,  ligne  20.  après  Faculté  >  ajoutez ,  Jacobus  Martin  Ar- 


ç:^xxvj  ‘Àddklçni* 

chiprêcrc &Çuré  de  la  Magdelaine,  Profeffeur  en  Théologie^ 
Penitencier,  Chanoine  &  Mcdecin  de  Paris  15x1.  joajn.  de  lUüi 
Qhano.ine  3c  Médecin  de  Paris  152,6.  ôc  Michael  Lanii  1533.  '  ‘ 

page  175.  ligne  31.  Tournaj  ,  ajoutez,  joann.  Ürfinus! 
Médecin  de  Leopoid  ,  cppic-jChanoin,e  ^  Profe%ur  à  Zartipis^ 
etx  Pologne,  . 

Page  15)7.  ligne  '16.  après  l'af^ ,  liPez  15,60,  ligne  ai.  lifç^ 
Anutius ,  au  lieu  (fAntonim.  ligne  31,  apres  Segufian^ ,  ajontez, 
Jacobns  Pelecarius  jCæipmj,_n.'  1581,.  ligne  33'.  eÇacpz  Vincent. 
;Êurgund.  fielloy.  1,520.  ‘  • 

Ligne  2  8 ,  apre$  ymjéius,  ajoutez Jurifconfulte  Allenian. 
Page  158.  ligne  zy.  zjprèf  Bodeke^f/4 ,  aj^ontez,  Jpannçs  Ôpc- 

jinus,  Jpannes Cnÿinianus,  ‘ 

Jkid,  Ligne  31.  ^.^rés  Jefuîtes ,  ajoutez  .,  Ânnfbal  Codret  Sa.- 
yoiard  ,  lequel  après  hvoix  fait  quelque  .temps  la  Médecine, (e 
ht  jeluitç  15^^. 

Page  ligne  àpré^pr-îj^^/^^ajout^^^^  auqupl  le  célébré 
Médecin  Louis  Anguiîlara  donne  de  grands  Eloges  dany  l’É^ 
pitre  liminaire  du  Livre  des  Simples  qu’il  by  dédie  ,  où  il  je 
qualifie  Médecin  de  Madame  Marguerite  puchefTe  de  Berry  , 
hile  du  Bçoy  François  I.. 

'Page  274.  Hgne  4.  après  ,aj9Ûtez,  par  HeropM^^^ 

qui  appelle  le  Médecin  la  main  de  D i eu, &: par , Galien  qui-aj^ 
pelle  les  fçavans  Médecins  enfans  des  pieux,  • 

' '  '  Page  48  q,  ligne  3 8 .  liiez  an.lieu  de  1 5  80. 1 530. 


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te 


De  rin3prîmcidk;à’A.,SVc)î.wi  Lamb  i  'i^>  i6S$l 


TABLE 

PE  LA  PREMIERE 

^  féconde  Farcie* 


A 


J%  Braham,  fag. 
Abukoraïth , 

151 

134 

Abunazar  Alpharabius, 

Abubicer , 

2.42 

Abbez  Médecins  ^  44p. 

&  fuivans 

Abdoflalc , 

142 

Abhinguefit 

145 

A'bdaramahus  ^ 

149 

Ablabius, 

Agâthimus^ 

,112 

AÈjfirtus , 

1-19 

Acumenius , 

-70 

Agapius ,  1 

120 

Aconiftus  , 

a  20 

Acron, 

53 

Adtius  Caius  ^ 

95 

Acbilles , 

A9 

Adam,, 

7 

Acefiâs  , 

^3 

Æfehines , 

118 

Æçe,  - 

Î2I 

Æfqhrion 

10^ 

Æmilianus  - 

103 

Adélard , 

127 

Ægimius , 

7(? 

Ætius  Promotujÿ 

.  .  S4 

Aharon', 

133 

Agatocles  , 

;  72 

Aicon , 

93 

Alsharavius 

144 

Alcmæon, 

55 

Alexias , 

-  :7i 

Aibinus  ; 

•  ■  104 

Aleocio , 

87 

Albucaiîs  3 

.?44 

Æmilius  Macer .  ^ * 

Albatenus  , 

143^ 

Agazo , 

Aîkanamufalus  , 

124. 

149- 

Althmar, 

Ï2I. 

Saiiit  Alexandre, 

25  5». 

Agathemerus, 

95' 

Alexandre  le  Grand,’ 

ÏI3* 

Alexandre  Trallien, 

120. 

Alex.  Philalethe  ,  . 

84. 

Ammonius, 

5io.,i59. 

Amatus  Lufîtanjis^ 

132. 

Antigene , 

53.  &  1 1 1; 

Androcedes , 

71. 

Saint  Antio(|ue^^ 

?55. 

Antioque , 

lor. 

Antipater , 

I02>. 

Antonius  Epicui-ens 

104. 

Antàemius , 

116. 

Andréas , 

€0, 

Antonius  Mufa, 

88.  &  159. 

Andtomachus , 

5,5; 

Antimaque , 

Antiftius , 

82. 

Apollonides , 

4^9. 

ApôHodore , 

95- 

Apollon. 

34- 

Apollophanes,' 

78.; 

Apollonius , 

784 

Aretée, 

85: 

Arifton , 

315. 

Archagatc; 

Si. 

Artiater , 

ÎI9. 

Afclapo , 

87. 

Ariftogene; 

74* 

Archevêques  Médecins 

3,04. 

Arabo , 

13- 

f 

.  Afclepiade  y. 
Ariftée , 
Ariftote , 
Artorius, 

•  AfclepiodorCy 
Athoth. 
Avicenne  , 
Attale  , 
Averrhoes  , 
Aitemidorcy 
Aufone , 
Archagate,. 
Avenroar , 


78. 


Si.  97. 

38- 

70. 
89. 
125. 
S.&  29. 

145. 
.  &Ï02. 
[  4^. 
9T. 
119. 


CalfigeiTe  y 
Saint  Ciciairc  , 

CaiSus, 

Cardinaux  Médecins  y 
C.Celfus, 

Calliahax  , 

Chalafiris,. 

Charlatans ,  415'.  &  fmvans. 
Charicles, 

Choix  de  Médecins .  . .  ^ 
Claude  d’ Ancône  ^ 
Chiran, 

Qaude  y 


8x. 

f57 
•89. 

1 61, 
9U 

95- 

IZOo' 

#• 

:  87. 

3^*  &  37i. 


Archigene  , 

Avarice, 

ïoo’.  Gleophante, 

87*. 

^20;  .  Chronologie  des  Médecins,  z^.’ôic*- 

Apuleius  Cetfus  y 

Afclepius ,  .  . 

Athenêe , 

52.  Chronologie  des  Chartafâns  y 
91.  Chapeau  d’Efculape  y  . 

d 

99.  d’Mipocrace  y 

6î^ 

Ariftarque  y  ç  - 

94:.  Celer , 

'  99^ 

Auhri,  1 

460.  Çhriferme*. 

95'- 

Aurehanus^ 

102.  Cocitev 

49*' 

•  B  ' 

Charmis,. 

96;. 

Acchius  ÿ 

Il  Bachtishua y 

7<f.  Ginningo, 

134.  Saint  Golrnev 

Batricides^, 

Saint  Godratÿ 

Saint  Bafîlc  ,  , 

157.  Ghrihppe, 

^5' 

Saint  Barbalien  ÿ=  ^  s 

Gratippe, 

77^ 

Barbereâu  y  ' 

'454.  CrareruSy 

Beaurainv 

458.  Creon, 

Beaupré,. 

4^1.  Cratevas , 

.577, 

Benitio  , 

ïyS.  Gonful  tâtions  y 

534^ 

Bôius, 

yô’r  Crinias, 

9(y» 

Ebtt-Bothia  y 

141,  Çriton , 

îof. 

Bnhahyliha  Bcngeiïa,. 

149.  Critobuley 

70. 

Bizarreries  de  Médecins  ,>  ^ 

378.  Crjrodemey 

71. 

Bizarreries  db  malades  y 

38  2.  Cte/îas 

44' 

Bôrri, 

45(?.  Cyrus, 

79’ 

Xavier  Médecin  , 

459.  Saint  Gir  y 

*54" 

C  . 

ArüS, 

Cadmiis  y  'J4. 

Aphnus , 

97.  JL^  Damoeratc  ; 

ïir» 

8^» 

&  50.  David  de  Pomis,.  * 

27.  DemetriuSj 

152- 

Capoa  Lionardÿ 

127' 

Caton , 

82.  Denis ,  ^ 

12  2- 

CallimagjSe  > 

Saint  Denis  y 

ï5.<5î 

Dionyfius ; 
peoldus  , 
Pemocricc , 
Democedes , 
pexippe, 
Demofthene , 
péfaux  &  dey  oies 
piocles  , 
Diodote, 
Diofeoride , 
Diodore , 
Piogenien, 

Saint  Diomede  s 

Pipphane, 

Doius, 

Dibfcore , 
Dorothée, 

Durius  Valla  ^ 
praco', 

EBn-Çlbitar  , 
Elpidius  > 
£lifée, 

Ëmpedoçle , 
Émilien,  . 

Énvie, 

Efculape  , 
JEpigramrae  a 
jEuribo.tc , 
Euriphon  j 
Eudpxe , 
jBudorai , 

Éudame, 
Epicharme  I 
Erafîftrate 
Euphorbe , 

Euelide , 

Evax, 

Saint  Eufèbê  ji 
Eutrppius , 
Eunapius, 
Euftathius, 
Eudoxius., 

Efdras, 

Eiinef 


'5^; 

Î58. 

57* 

50. 

de  Medeçiïis,  2.73. 

6^. 

^7* 

85. 

9$ 

97' 

154. 

91. 

ÎI7. 

J70- 

ixi. 

97' 

61. 

I  , 

140» 

ixi, 

Î29. 

-54. 

ï5^. 

340- 

&3^. 

1 1. 

55' 

^5* 

(59. 

^7i..&9x. 

66. 

:  .  72-. 

89. 

92. 

9^. 

119. 

îi§. 

1,18. 

122. 

îiS. 

473- 


F 

FAcuItez  eh  Medecinç  ; 

Farragiiis , 

Fidelis, 

Flavius  s 
Fortune  , 

Flaterie , 

Femmes  Charîatanes, 


GAIien , 
Galaf, 
Gariopont  > 
Gabriel , 
Gennadius, 
Gezius  , 
Geber^ 
Gilles, 
Glauque , 
Gnolîdiquç  , 
Gprgafiis , 
George , 
Gorgias  , 
Grégoire, 
GuillemcA, 
Gudan , 


H 


HAly- Abbâs , 
Hareth, 
Harpocration , 
Heliodore  , 
Heraclide , 
fierax, 
HelluchaEm> 

Helal, 

Heraclien , 
lierennius  Philo  ^ 
Herax , 

Hèrophile, 
Herthogene,  ^ 
Hérodote , 
Honoraire , 


547- 

152. 

131. 

114 

404- 

372. 

57 


117. 


f  ij 


ÏO9. 
131. 
ÎI6. 

155- 

158. 
122. 

iz6.^ 
Fp.  &103.' 
50. 

47^ 
141. 
61. 
149.- 
473-, 
48  p.  : 


*44- 

I33‘ 

98,. 

9^, 

774 

77{ 

*45r 

m, 

loi.'  ' 
77- 

6 J. 

■  ipo. 

•  &  79 

538; 


HeroJicus^ÿ 
.Herophile  r- 
Hcrcule,  <r'"^ 
Homicides  prétendus,. 
Homere , 

Hoam-ti , 

Hugues'  le  Noir  ,, 
Honaim  y 
Himetus , 

Hycefîas, 

Hypocrites  Médecins , 

l 

TAchenus^ 

J  Jacques, 

Iccus, 

Icetidcs  , 

Jean  Damaicene 
Jéan.,, 

Jean  Arabe, 

Jean  Aéfcuarius^,’. 

Saint  Jean 
Jean  Pape, 
Joannitius, 

Ignotance , 

JciUs^Siracà-y 

Jolas,, 

Ibnicusv 
Joachimv 
Jofeph  Pâtriare-He^ 
Impudence, 

Irrefigion  prétenduëi. 
Ifaac  Arabe  ». 

Ifay  e 
Ifidore 

Saint  lulienv 

Julius  Pollux,.. 

Jùftus  y 

J&jfi£Ebn  Yahia, 

K 

Klnanisÿ- 
Kalehus, 

E. 

T  eto  v 

Saint 


[83 

H 

Joo 

34 

171 

138 

119 

74 

19S 


31 

rjt.  140 
5^ 

H9 
lyi. 
î3(?&  14.J 
117 
3.54  155. 
16^1 

143 

3'<jo 

12^ 

II5 

a 

3^7 

■  '  "15)0 

130 
128 
ts6 
.  202 

*'  2II 
122 

23,3  r42 

14.5 


Lionardb'  r 
Licinius  Suirav 
Saint  Luc , 
Saint  Libérât  , 
Lifo , 

Lupus  , 


:M 


MAchaon , 

Magnus 
Marus , 

Marcion  , 

Marinus , 

Martianus, 

Martirius 
Marcellus  , 

Marilelphe , 

Mafarignia  Arabev 
Maflèrianath  Arabe 
M'anfur , 

Marchand  Arabe  Medecih 


l'O'I. 


27 

15^’ 

'H 

is^ 

4<î^ 
14' 

78  ^ 

roi\ 

tid^ 

nr.  us 

rij. 

130' 
234- 
ï4<y  ■ 
140' 


Médecine 


Médecins- 


Son  e2iftence,/?<?^.i.C^c’i 
Son  origine  ,  S 

Progrès'  7 

Noni,fin  &  déiînition,ir 
Excellence,..  17 

Payenner  Ç  217 
Chrétienne,  <  244 
Catholique , 

Juîh,  Sesennemis ,  20T 
227. 
277 
îSW 
292:; 
1^4. 


^ulques  à’ 

^Angloïs, 

J  Allemans  y 
lElpaghols-, 

Médecins-  des  Princes 387' 
Médecins  Charlatans  ,  3.85: 

Medècinsicitez'par  Gsire.,:.  104- 

parPlîtie»  '204-; 

parGaliew,'  105;. 

Medèdns  pieux  ,. 

Médecin  défini ,  2  75 

Médecins  Evêques&  Archev.  r(î4 
Médecins  Abbez  &  Religieux ,  1 72 
Madécins  des  Papes , 

M?4e9n5  Chaaqinçs  5cPrêtrç5î  lyrt 


Kîege^ 
Melampe, 
ÏÜcIilîus, 
I^eton , 

Mencftofv 

Menon , 
i^ieIenus  , 
Mijfraim, 
Mnefîthèej" 
Menecrates,^ 
Meno'dote , 
Mefué  Jean  y 
Methrodore 
Michel , 
Mithridare  ^ 
Itiofchion , 
Mohamet'y 
Mdyfe  , 


N' 


^5 

4B 

36 

^4 

67 

79 
118 

9 

^9*95 

80 

U7‘  13^ 
/74 

IZ7 

84 

toi 

t4z 


NAdhiMuch  Acafic  ^ 
Nebms,. 

Nehiefîus",; 

Nicandre,^ 

Nictomedésï’»-" 

Nicias  >- 
Kiceratê 
NiccfftrateV^ 

Nicomaque  ,5  ^7; 

Nicolas,  S^^îtàridrih., 

tMÿrepie'3== 

Nicolas  Pàpe , 

Nicëlas  &  Dbnat"^ 
KumiJ^nus:-, 


OEinipus;,. 

Oribaze 
Obfcâiions , 
Saint  Qrefte, 


PAlIadiiis  y 
Pamphile^. 
l^àuUu  y 
Pàfiiïicusy-' 


Ï41 

5à 

tiS 

7l 

8é 

74 

M 

8c^o 

lis 

tOf- 


S^' 

11*5 

2?3Ô 

î)4. 

Jbi 

KJ 


^ aul  Eginette  J- 
Saint  P-antaleon  y 
Saint  Papolcy 
Paul  IL  Pape,- 

Ph’aon  5 
Parthemius 

PetronaSjî 

Paidànias  ^ 

Péiops  , 

Petrone  ,> 

Pefte,; 

Pheeianüs', 

Pedenterie  de  Médecins,' 
Philagfius  Lÿc-ius 
Philotheus 
Pherecide  y 
Pkiiumenus  y 
Philoftorge  , 

Philoxéne , 

Philôibphes  Medccms 
Philippes, 

Philiftion  y 
Philo , 

Phriothde, 

Philotàs,^ 

Philotime  , 

Phidippus  y 
Phocus, 

Pitocles, 

Fliftonicüs,* 

Pierre 

Saint  Pierre  de  Cfts? 
Pœon , 

Podaliré, 

PolicIete,i 

Policrate, 

Pomponiiîs  LæticüS  y 
Plinius, 

Ftolomèe,, 

Pofidippe, 

Poëtes  MedecinSÿî 
Fromethée , 

PtaxagOre 5 
Procîus  y 
PtQdicùsy 

£  ii| 


13* 


12.0 

^45 

67’ 

87 

és 

7  ï 
les 
tôt 

3I' 

105 

ri  2 
115^ 
fî 
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85.91 
151 
70 

^4 

9c» 

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85^ 

66 

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JS 

57 

66 

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^57 

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49 
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87 

97 
90  . 

Il  I 
151: 
33J 
66 
tf 
66^ 


Uintus, 


QL, 


R 


Q 

AL-Rahabi , 

Rafis , 

Saint  Raûphe  &  Ravcnne, 
Rabi  Mofes , 

Rabi  Juda , 

Raoul , 

Ebn  Reduvan  ^ 

Repnal , 

Rhamnius  F anni us  ^ 

Rois  &  Princes  Médecins  > 
Ridiciile  de  Médecins  J 
Riviere , 

Ruphus  Ephefîus , 


I0| 


Î41 

143 

13Î 

130 

ïX7 

ns 

.  ^n 

m 

34-8 

455 

99 


Stratoîî  j. 

Scrabon, 

Stertinius , 

Strato  des , 
Syminachus 

TAIcimpnf , 

J'heombrctc , , 
Tbeon, 

Théodore  Jacobifc^ 
Theflaic^ 

Thrafias,  . 

Theophiip ,, 
Theophrafte  , 
Théodore  Prifcien  ^ 
Theotime ,  . 

SaÎBC  Théodore  , 


74-î-Oj 

68 

55 

.  n 
n 

473 

.  7<? 

H 

^iv94 

7i 

'  7f 

n6.  iiç 

lié 

'  m 


jQ  Anté , 

T hebi  th  §c  T hebeth , 

'Ï3^^ 

3  ISalufte  ,  ^  -in -  ; / 

Timothée, 

116 

Sajomon , 

Toxaris, 

'^Sf 

^amuelElDn  Juda^ 

Î3I 

Toforthro, 

9*  ^9 

Sarirus  , 

105 

Trefel, 

457 

^altnanath  Arabe , 

138 

Tubalcain, 

9 

Saiufte , 

9^ 

Tribun, 

S.alehiis  Arabe, 

138 

.  id 

Sabinus  , 

100 

.  4' 

Saint  Sampfon, 

157 

■T  T  Alets  Médecins , 

47®: 

Darius, 

96 

V  Vanité  de  Médecins 

,  348 

Scribonitis  Largns., 

9i 

Vindicicn, 

117 

Sciences  méprjfees. 

^XO\ 

Saint  Urficin  J 

154 

Sixcus ,  ... 

.  îi  -f- 

-  •  d 

Sicxti us  Niger, 

9f 

Enocrate , 

lOV 

Secret  dans  la  Medeciac  p 

^enophon , 

m 

Serenps , 

;ji4r 

Semini , 

447 

Serapion  ,  76. 9,9 .  &  14  3 . 7 6 

\r  Ahia  Arabe , 

Simon, 

75 

J.  Y vrogneric  prétendue  de  Me-, 

Silveâre  JI.  jPape , 

decins , 

497’ 

Sinale , 

77 

U." 

Sirianus  J 

.  .  Ï22 

r7  Amollis , 

Simeon  Scthi , 

117 

Ibn  Zoar , 

■  45 '^1 

Soranus, 

98 

Saine  Zenon ,  ^ 

157. 

Solon , 

?  ^  ï 

Zenon , 

8p.; 

Spirale , 

09 

Saint  Zenobe , 

,  ■ 

ZacïiâriÇÿ 
^leiixis , 
Zâcmas  Liîfit. 
Zetbus  , 


'  84 


ZedecKiaSy 
Zopirus , 
Zoroaftre  , 


Tal’fe  de  la  trot f me  Partk^ 


fag.  ixx 
Ixix 


J 


Aî'ap  y 
Iris , 


Èt  Hierc , 

AGariey 
Aloes  y 

Air,  Mxviij 

Arnpucatioii  &  fès  e^^etes,  chap^viij. 

,  intitulé  des  remèdes  de  la  Chirurgie.- 
Antimoine.,  Ixxix 

Âpotiqriaires  &  leur  devoir  y  xxi 
■  B' 

p  ierre  >-  ^ciij 


K 


151 


Itxv 

îxxj 

ihid. 


F 


CAtholicôn ,  Ixxiv 

CafFé  &  Chocolat ,  XcVi} 

Gauteres ,  chap.<  vij.  des  remèdes  de 
la  Chirurgie , 

G)afïè ,  îxyji)' 

Ghirurgierîs  &  leur  devoir  ,  xiij 

«Ghofes  nott  naturelles ,  xXxiij 

Golaquinte ,  •  kxj 

Cidre,  xc) 

Gontrcpoirons&:  cordiaux  y  '  e| 

P 

Dlaprum,  Ixxv 

Diaphenicy 

Diacarthami,  '  kîdl 

De  Citroi  ^ 

EAu,  Xxxv 

Eleéluaires-,  Ixxiv 

Ellébore  y  Ixxij 

Emetique ,  ,  Ixxvii} 

Evacuations,  xlj 

■  F 

TTArds  &  leurs  abus,  exxV 


Hi 


H 

Amech  confeâiion, 
^ermodades  y 


Ixxv 

Ixxq 


Klnaslina  6u  Quinquina ,  xcv 
È  ^ 

LApis  Lazuli ,  xxi>^ 

M. 

MAlades  Se  leur  devoir,.  j 

Manne,  kvij 

Mercure  y  Ixxxyiij 

Mouvement  y  xli 

O 

OGuîi  Cancriy  xcvii; 

Opium xcvii| 

P 

PAlEonSy-  xlij 

Pharmacie  >  &  fess  remedes ,  vii ; 
Pilules ,  Ixxvj 

Poifous  y  Xcÿ 

Précaution  touchant  les  remedes  pur¬ 
gatifs,  Ixv} 

P, 

REmedes,  vii) 

Repos, 

Rheubarbe,  •  Ixvii) 

Rofes ,  S  Ixxv 

S  Ages-femmes  ,  &  leur  ^voir  , 

XXV/ 

Saignée,  xliv 

Sangfucs ,  Cbap.  VEl»  de  la  Saignée. 
Scarifications  > 

Senne ,  Ixvj 

Scanimonée  Ixxi) 

Sirops  purgatifs  Ixxv) 

Sommeil  >>  si 


T 

V 


Abac,i 

Turbirh  , 


Billes, 


Ixxîtij  Ventouiês ,  Cliap.’  -VH^ 
;îxxj  Vin* 

Voniiiifs, 

3^1 


gantes  d^impre^ofî  de  la  première  &  fécondé  Tarties, 

PAgei.  ligne  Z.  de  fe/es  &  Pag.  i.  ligné  ?,•  le /*/«!;  les.  Ligne  1 1.  & ’4.  Zi/e^  Eccîefiaftique.  En  marge 
Evotias.Zî/ex  Hugo  .Grotius.  Pagen-  ligne  40.  .quatre  ,  Zi/e:;  quiize.  Page  ^4.;ligr_e  jo.Zt/erSeli- 
nontîus.  Pagei.L»  ligne  7  de  vivant  ,  life^  qui  ait  eu  vie.  pagé.58  ligiie  z  frimtfat^  ,  Ijfei  prirntpara. 
page  69  ligne  zj.  rTepaiffoit ,  Zi/e?;tep%iirant.  page  11.5  ligne  ai  viendroît ,  Z»/*;;  voudrqit.,  page  14.7  Ji, 
«ne  s  J  1'“'^  le  ^es  iSeûes  de  Galien,  page  1.5^1. .ligne  15  après  l’an  1  ajaûte^  1160.  page  ii|. 
'figne  56.  pitié  .Ziÿê^ pieté,  page  ligne  7  fuliUme ,  /i/es;  îubtüe.  page  ZI7  ligne  i^ne^ue  .lifezBegw. 

page  146  lignei7  ou  ceux  quife  font  violence,  page  z^j  ligne  8  /i/e^  ce  qui  n’e^ 

pas.  page  zt^  ligne  lO  Valerdcj  Zi/ê?  Valeqoia^  page  :7  7  ligne  14  .élever,  Zi/<^  enlever,  page  zjr 
ligne  z,  prompt  ,  . Zi/én  précis.’ pagei^oS  ligné- 5  après  malheureux  ,^  tf;eMfêi;.fuccez,  page  441  ligne 
zj”  trouvpienf ,  li{e\  tibutenti  pageazâ  l^nè  35  rica ,  .Z^ije;^  fatiticâ.  page’4i5  ligne  z,  difpofition 
life'difpchfatioh.  page  45^  ligne  ii,  Z//«<^'ineritGit  bien  qu’on  le.  page  457_Ugne  jo,  Zi/et; dé  toutes 
les’  ruës.  page  46.4  ligne  zj.  légataire  ,  Zi/ê%  iegateut.  page  ^04  ligne  ro  prudértee , /Z/eti prÔTiden, 
ce.  page  5is‘ Ü^né  45.  fond^,Zij«!î  feu.  page  j'4;.  ligne  14  partait ,''Zi/eîs  par-oît. 

Fautes, /de, } f  troijlé^e  Partie. 

Page.-^lv  Ufe^  dlfent-îU.  ,page.î^iv  ligne  5  de  ceux  ,  Zi/encux.  page  Ixx  l%ne  1  z  Agaric  ,  life^  Agatig; 
page  xdv  /ijej;  qui' n’avoîent' màrfgé  que.  de  cés  ceiifes.  page  ci  ligne' i.lgrainei  ZZ/^n  gtaifl'e.  Pa^ 
Ixxvj  Kgnéjô  Zi/i?  .Montagne,  pags  cij  ©ûcz  eB.inarge  .ee' qui  fuit  2éxe»î4rit.  •  -  ‘  = 


'  Bpdtruh  du  Privilège  du  Rop  ’ 

A  R  gcaçe  &  Privilège  du  Roy  *  dè^né  à  Verfailîes  le  feptiérne  jour  de 
X  Janvier  1.^89.  fignépar  le  Roy  en  fon  Confeil ,  D  u  g  o  n  £  >  Il  eftperr 
mis  ail  fieut-  'B  Ê-R  N  I  É  R  Confolk^  &  Médecin  ordinaire  de  feue  Madame 
Duehefle  Doüairiere  d’Orléans ,  de  faire  imprimer  un  Livre  intimle  Efats 
de  Medecine  ,  en  relie  ^marsge  &  earadlere  que  Bon  luy  fcmjblera ,  durant  le 
•temps  e^acc  de  huit'  années  *  à  compter  du  jour  que  lcdk  Livré  fera  ache¬ 
vé  d’imprimer  &  mis  en  vente  pour  la  première  fois.  Avec  défenfe  à  tous  Li¬ 
braires  5  Imprimeurs  &  autres  de  l’imptimer  ni  contrefaire  fous  quelque  pre,- 
irexte  que  ce  .foît  *  mefme  d’impreffion  étrangère  ou  autrement j  iàm  le  confen- 
itfement  dudit  Expofant  /  4  peine  de  trois  mille  livres  .d’amende ,  confilcation 
des  Exemplaires  qui  fe  prouveront  contrefaits ,  &  de  tous  dépens ,  ddmnu- 
ges  &  iiiterefls  .5  SnÉ  qu’il  eft  plùS'  amplement  porté  par  lefdites  Lettres  d® 
‘PrîyMege.  -  "  "  ' 

Ledk'fBeur  Bernier  a  .cédé.  Ion  droit  de  Privilège  à  Simpti 
Marchand  Libraire  *  fiüÿant  l’accord  fait  en, tr’eux. 

Regidré  ftr  le  Livre  de  la  Communauté  d§s.  Imprimeurs  &  Libraires  de 
^  Zï.  jourdejuillet  i6îp.  Signé  /J.P.  CoiG-H  AKo  ^  Syndic. 

Achevé  d’imprinier  pour  la  premier^  fois ,  le  trentième  Juillet  16% 


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